Un notaire vénitien à Constantinople : Antonio Bresciano et le commerce international en 1350
p. 79-103
Remerciements
Je tiens à remercier la Fondation Guggenheim pour sa générosité ; M.M. Manoussacas, Directeur de l’Istituto Ellenico di Studi Bizantini e post Bizantini de Venise, de m’avoir offert l’hospitalité de l’Institut ; M.A.P. Kaiždan pour ses conseils ; et Mme Madeleine Charanis et Mlle B.B. Ford. Cette communication a été présentée en premier lieu au séminaire de Mme Hélène Ahrweiler en décembre 1980.
Texte intégral
1 Le fonds « Notai di Candia » des Archives d’État de Venise est d’une richesse extraordinaire en ce qui concerne l’histoire de la Crète et l’histoire du commerce en mer Égée, à l’époque de la domination vénitienne sur l’île. L’abondance même de ces archives présente des difficultés, puisqu’elle exige une méthode de sondage pour permettre au chercheur d’aborder les renseignements qui y sont contenus.
2Parmi les notaires de Candie au xive siècle, le prêtre Antonio Bresciano tient une place particulière. Son activité à Candie couvre les années 1349 à 1387, et son dossier occupe deux grandes buste plus quelques feuillets (48) d’une troisième1. C’est un notaire très important pour Candie, puisqu’il a une clientèle variée, et qui s’occupe assez activement du commerce maritime. Le commerce des épices y tient une place ; mais c’est surtout celui des étoffes qui devient important à l’époque. Les actes de notre notaire nous documentent sur ce développement capital dans l’histoire des échanges en Méditerranée. L’importation massive des étoffes de l’Italie et de la Flandre, et leur vente au détail sur les marchés de Candie (et sans doute dans d’autres colonies vénitiennes) sont aussi notables.
3Ce qui est d’un intérêt particulier pour nous, c’est que, dans la busta n° 11, quelques feuillets contiennent des actes instrumentés à Constantinople ; ils sont suivis d’un seul acte passé à Négrepont, et de deux autres instrumentés à Modon, car le bateau qui ramenait notre notaire de Constantinople à Candie fit escale dans ces ports. La busta n° 11, à un certain moment, a été reliée incorrectement. Ainsi, les feuillets 8 r.-14 v. sont datés du 12 décembre 1349 au 22 mars 1350 à Candie ; les feuillets 1 r.-6 v. contiennent les actes instrumentés à Constantinople, du 10 juillet au 24 octobre 1350. Puis les feuillets 7 r.-v. sont datés du 7 décembre 1350 au 14 janvier 1351 (Candie), et le feuillet 15 r., daté du 15 janvier, reprend la suite. Cette partie du dossier se termine avec le feuillet 22, le 21 juillet 1351. On doit ensuite se référer aux feuillets 1-8 de la busta n° 12, rédigés du 21 juillet 1351 au 21 mars 1352. Il y a alors une lacune, partiellement comblée par les feuillets 1-48 de la busta n° 103, datés du 22 octobre 1355 au 12 juillet 1356 ; puis on continue, dans les buste n° 12 et 11. L’état de conservation du manuscrit dans les trois buste est bon, à l’exception, malheureusement, des deux premiers feuillets des actes constantinopolitains, ainsi que des deux premiers feuillets de la busta n° 103. L’écriture du manuscrit est parfaitement lisible et présente moins d’abréviations qu’il n’était d’usage chez les notaires candiotes.
4Comme il ne reste pas beaucoup de documents des notaires vénitiens de Constantinople de cette époque2, ces quelques feuillets constituent une source intéressante, qui nous permet de nous faire une certaine idée de l’activité économique des Vénitiens à Constantinople pendant cette époque troublée, ainsi que de l’état du commerce constantinopolitain et pontique. Le dossier commence le 10 juillet 1350 et s’achève le 24 octobre ; peu après cette date le notaire a dû quitter Constantinople. Comme il y avait encore un feuillet – maintenant perdu – d’actes instrumentés à Constantinople, il semble que son activité dans cette ville a commencé vers le 1er juillet et que le dossier comportait huit à dix actes supplémentaires qui ne nous sont pas parvenus3. D’ailleurs, le notaire se trouve à Candie jusqu’au 22 mars 1350, et ce n’est qu’après cette date que se placent son voyage à Constantinople et son activité dans cette ville.
5On se trouve justement à l’époque où les relations entre Venise et Gênes deviennent nettement hostiles. Ayant dépassé le stade de la suspicion et des malentendus, elles devaient aboutir à la deuxième guerre entre les deux cités, guerre commencée en septembre 1350 par une bataille près de Négrepont. Tout en essayant d’éviter la guerre, les Vénitiens tentaient aussi de former une alliance avec l’empire byzantin, avec lequel ils avaient déjà signé un traité le 9 septembre 1349. Les tentatives d’alliance d’août 1350 aboutirent enfin au traité de mai 1351, par lequel les Byzantins s’engageaient à participer à la guerre vénéto-génoise aux côtés de Venise4.
6 Notre notaire fournit des renseignements sur l’activité commerciale et financière à Constantinople à un moment clef pour l’économie de la région. La valeur de ses données est, en revanche, diminuée par le fait que sa présence à Constantinople fut fortuite et brève. On doit supposer que sa clientèle n’était pas tout à fait celle des notaires vénitiens habitant Constantinople. La proportion des clients crétois est peut-être plus forte que dans les dossiers des autres notaires constantinopolitains. Peut-être aussi ne devrait-on pas en déduire l’activité normale d’un notaire vénitien de cette époque, puisque Bresciano, relativement étranger dans cette cité, n’avait probablement qu’une activité limitée. En effet, pendant son séjour de quatre mois à Constantinople, il a instrumenté 58 actes, soit une moyenne de 14,5 actes par mois ; par contre, avant son départ de Candie il a instrumenté 41,5 actes par mois et, après son retour, 18 actes par mois (l’activité étant saisonnière)5. On doit tenir compte de ces limitations dans ce qui suit.
7La plupart des 58 actes du dossier constantinopolitain (41 %) sont des actes de commission, autorisant le commissionnaire à récupérer de l’argent ou des marchandises. Les actes de quittance forment 22 % du dossier, tandis que les ventes d’esclaves représentent 26 % du total. Un contrat de prêt et quelques contrats de travail complètent le dossier.
8Un groupe de documents se rapporte aux opérations financières qui résultent du traité de 1349 ; une des clauses de ce traité obligeait l’empire byzantin à payer à Venise la somme de 34 000 hyperpères de bon aloi. Cette somme se composait de 12 000 hyperpères qui restaient de la trêve de 1342, et de 22 000 hyperpères dus en dédommagement aux Vénitiens pour les pertes subies du fait des Byzantins entre 1342 et 13496. Au moment de la conclusion du traité, l’empire avait déjà payé 5 667 hyperpères. Le reste devait être payé au cours des cinq années suivantes7. Cinq documents instrumentés par Bresciano fournissent des détails précieux sur le processus par lequel s’effectuait le transfert des fonds de Constantinople à Venise. L’argent était payé au baile, qui était alors Zaccaria Contarini, l’ambassadeur qui avait signé le traité8. Les Vénitiens qui avaient des réclamations à faire contre l’empire, présentaient leurs demandes aux « officiers extraordinaires », qui dressaient la liste des réclamations9. Ensuite, les requérants nommaient des plénipotentiaires qui, au cours de leur voyage à Constantinople, recevaient l’argent de la part du baile. Ainsi, les deux frères Celsi, de l’illustre famille vénitienne, donnèrent à Marco de Belfiyo, Andreolo Venier, et Matteo Thomado, mission de récupérer à Constantinople, à Péra ou en mer Noire les 800 hyperpères auxquels ils avaient droit. Belfiyo, quelques mois plus tard, accepta, au nom des deux frères, 500 hyperpères10. Marino Viaro, conseiller du baile et signataire du traité de 1349, chargea son propre plénipotentiaire, Niccolô Signolo. de récupérer 600 hyperpères de la somme prévue par le traité11. Deux autres Vénitiens, Michieletto Michiel et Marco Giustiniano, récupérèrent de l’argent pour leur propre compte12.
9Dans tous ces cas, le transfert des fonds s’effectua par des contrats de change. Les hyperpères payés à Constantinople étaient rendus en grossi aux « officiers extraordinaires » à Venise, au taux de 28 soldi a grossi par hyperpère. Cette valeur de l’hyperpère s’accorde avec les valeurs fournies par Pegolotti13. Ensuite, les officiers distribuèrent aux marchands l’argent ainsi reçu. C’est pourquoi Marino Viaro, peu avant le départ des galères pour Venise en octobre 1350, chargea deux plénipotentiaires de recevoir à Venise l’argent récupéré pour lui par Niccolô Signolo.
10Les hommes chargés du transfert des fonds étaient ou des habitants de Constantinople, ou des personnes qui faisaient régulièrement le voyage de Constantinople. Le noble Niccolò Signolo était un armateur qui, en 1347, avait nolisé une nef qui allait de Candie à Venise14. Dans nos documents il est identifié comme ancien habitant de Constantinople. On retrouve ser Marco (de) Belfiyo, commissionnaire des frères Celsi, dans la correspondance de Pignol Zucchello, comme armateur d’une galère qui, en 1348, quitta Candie pour Venise15. Quant à Michieletto Michiel, le baile lui paya 400 hyperpères, toujours sous condition qu’ils soient transférés, en grossi, aux « officiers extraordinaires » ; comme garantie de ce paiement Michiel offrit l’argent qu’il devait recevoir de la commune, et qui faisait partie des dédommagements payés par les Byzantins. En septembre, il nomma deux plénipotentiaires pour recevoir toutes ses créances à Venise16. Or, Michiel qui était marchand, était d’une famille de Vénitiens bourgeois de Constantinople17.
11Le dernier acte se rapportant aux dédommagements a été instrumenté à Modon, le 11 novembre. Giovanni Manolesso, conseiller du baile, accepta de Zaccaria Contarini 608 hyperpères et 20 carati, qu’il devait payer aux « officiers extraordinaires » en grossi et au taux déjà établi18. Contarini, identifié ici non pas comme baile mais comme ambassadeur auprès des empereurs de Constantinople, agissait au nom de la commune de Venise.
12Les sommes citées dans les cinq actes de Bresciano que nous venons de présenter atteignent 2 858 hyperpères 20 carati, et représentent donc la moitié des 5 667 hyperpères payés par les Byzantins19.
13Les actes de Bresciano concernent les ports de la mer Noire, spécialement Tana et Caffa, Venise, la Crète et Famagouste. Je m’occuperai plus loin des relations avec Tana et Caffa. En ce qui concerne Venise, on constate une présence marquée de ses marchands à Constantinople. Ils s’occupent surtout des opérations financières, pour des raisons que j’essaierai d’élucider plus loin.
14Quant à la Crète, notre dossier démontre l’existence de liens commerciaux assez étroits entre l’île et Constantinople à cette époque. Il est évident que les navires crétois atteignaient assez souvent Constantinople. Par exemple, le boulanger de la commune vénitienne de Constantinople, un certain Bartolomeo, se trouva créditeur de Janachio de Crescenzia, capitaine candiote, qui lui devait de l’argent pour un achat de biscuit négocié pendant un voyage à Constantinople. Bartolomeo nomma deux plénipotentiaires pour récupérer ses créances à Candie20. Tous les deux allaient sans doute faire le voyage de Candie, peut-être sur le navire même qui ramènerait Bresciano chez lui.
15Les capitaines crétois recrutaient parfois des matelots à Constantinople. Tel est le cas de Pietro Marcello de Candie ; il était capitaine d’une nef qui faisait régulièrement la route Candie-Constantinople et, en juillet 1350, il engagea un habitant de Constantinople qui devait le servir par mer et sur terre pendant trois ans21.
16Les relations entre la Crète et Constantinople se manifestent aussi dans l’acte de commission donné à un Juif, Samuel, fils de Samson, par David Yalomati, habitant de Constantinople. Samuel est autorisé à recouvrer à Candie une créance de 32 hyperpères (de Crète) et 11 grossi, ainsi que quelques marchandises. Samuel était, lui aussi, habitant de Constantinople, comme nous l’apprend un autre acte par lequel il se déclare filius divisus de son père22. Il a donc récupéré, le 10 janvier 1351, l’argent et les effets que devait à Yalomati un certain Moise Casani23.
17De certains documents il ressort que Constantinople servait d’escale dans le commerce entre Venise et Candie, et que les Candiotes étaient des intermédiaires dans ce commerce24. C’est ce qui se dégage de quelques actes où des marchands vénitiens autorisent leurs compatriotes ou des Candiotes à récupérer leurs dettes à Candie et dans Venise-Crète, il existait une ligne Candie-Constantinople, et que parfois le commerce vénitien avec l’île faisait étape à Constantinople. Malheureusement, ces relations commerciales ne sont pas encore suffisamment connues, peut-être parce que, dans la mesure où je peux le constater, elles sont mentionnées, non pas dans les documents d’État, mais plutôt dans les minutiers des notaires candiotes, source trop négligée. Il est possible, d’ailleurs, que le système commercial de la mer Égée ait subi des modifications pendant les années 1344-1351, à cause de la croisade de Smyrne et de la guerre entre Venise et les émirats turcs, qui aurait désorganisé le commerce dans le Sud25. Dans ce cas, l’importance de la ligne Candie-Constantinople aurait été temporaire, et par là-même illusoire.
18 Les sources notariales fournissent des renseignements très intéressants sur le commerce candiote. La plupart des contrats commerciaux qui figurent dans les registres du xive siècle concernent le commerce de courte distance à Candie même, en Crète, par mer et par terre, ou bien à Négrepont et dans les îles de la mer Egée26. Il y a, bien sûr, quelques contrats qui font mention de destinations plus lointaines : Alexandrie, au début du xive siècle ; Palatia et Altologo (Milet et Ephèse), et aussi Constantinople. Si ces contrats sont loin de constituer une majorité, ils témoignent quand même d’un commerce actif, à une époque plus reculée qu’on ne le pensait jusqu’à présent27. Même dans le dossier de notre notaire, que je n’ai fait que parcourir assez rapidement (à l’exception, bien entendu, des actes des années 1349-1351), on trouve des contrats pour Palatia, Altologo, Négrepont, Carpathos, Skopelos, Salonique, Constantinople et Majorque.
19Le rôle de la Crète dans le commerce de la Méditerranée pendant la première moitié du xive siècle est un sujet qui mérite d’être approfondi notamment à l’aide des documents notariaux encore inédits. Je me contenterai de quelques observations.
20En ce qui concerne les marchandises échangées, les esclaves tiennent une place importante, comme on peut le constater dans les actes de notre notaire. Selon Ch. Verlinden, le commerce des esclaves à Candie a subi une baisse vers 1350 et pendant la seconde moitié du xive siècle. Cette baisse n’apparaît pas dans notre dossier. Au contraire, on trouve un nombre élevé d’esclaves dans le dossier crétois d’Antonio Bresciano. Ils ont une provenance ethnique assez variée, et je cite à titre de curiosité un esclave décrit comme « de genere Tesalonicorum »28.
21Le vin crétois est une des marchandises les plus souvent citées dans les documents notariaux. Il faut rappeler que, dans la plupart des contrats, les marchandises dans lesquelles on investit de l’argent, ou qui sont transportées par les bateaux nolisés, ne sont pas spécifiées. Le vin, toutefois, apparaît dans quelques contrats29. Un acte notarié de 1339 signale le vin crétois comme objet du commerce avec Constantinople. Un marchand candiote, nommé Schiavo, emprunte à un Génois 500 hyperpères de Crète qu’il doit lui rendre à Péra, en monnaie locale. Il s’agit donc d’un contrat de change. Comme gage, Schiavo offre une quantité (100 vegetes) de vin crétois de deux qualités, qu’il apportera avec lui à Constantinople où l’amènera un lignum génois30. On retrouve le vin crétois (Malvaxia) vers la fin du siècle dans les registres de la colonie génoise de Péra31. Les Candiotes investissaient aussi leurs capitaux en encens grec (timiama), qu’ils vendaient à Constantinople. Parfois, ils réinvestissaient les profits ainsi réalisés en d’autres marchandises32. Les capitaux placés dans ce commerce étaient très modestes. Ainsi en 1341, le Juif Chay, fils de Lazare, habitant de Candie, accepta 14 hyperpères de Candie qu’il devait investir et rembourser à l’actionnaire à Constantinople. Vers la fin du siècle, dans les registres du notaire Costanzo de Maurica, on trouve toujours des capitaux d’un volume assez faible, investis en marchandises non-identifiées, destinées à Constantinople33.
22Le dossier constantinopolitain d’Antonio Bresciano nous donne aussi des renseignements très importants sur les marchands et les hommes d’affaires qui se trouvaient à Constantinople en 1350.
23Cent quatre-vingt-neuf personnes sont nommées dans le registre, soit comme marchands, soit comme témoins ; il s’agit assez rarement d’hommes cités sans être présents. De ces 189 personnes, il est possible de préciser les lieux d’origine ou les lieux de résidence pour 116 d’entre elles, soit 61 %34. La plupart étaient Vénitiens, provenant de Venise et y résidant (42 %) ; en deuxième lieu viennent les Vénitiens habitant Constantinople (15 %) et la Crète (9 %) ; 9 % sont des Grecs ; il y a trois Orientaux, quatre Juifs, et un certain nombre d’Occidentaux surtout de Florentins (six), et d’autres Italiens, comme aussi des Génois de la colonie de Péra.
24Il est possible de déterminer1 la classe sociale à laquelle appartenaient certaines personnes notamment les Vénitiens de Venise. La distinction entre nobles et popolani n’est pas chose aisée, on le sait. Si la plupart des Vénitiens connus par nos actes s’occupent de commerce et de navigation, 9 ou 14 d’entre eux (soit 8 ou 12 %) appartiennent sûrement à la noblesse vénitienne, aux Celsi, aux Dolfin, aux Contarini, aux Giustiniano, aux Soranzo, aux Corner. C’est d’ailleurs une estimation assez mesurée, car je n’ai compté que les cas certains. Ces nobles donnent des commissions pour recouvrer leurs créances (souvent justement l’argent qui leur parvient grâce aux clauses du traité de 1349) ; parfois ils sont eux-mêmes commissionnaires d’autres personnes. Parfois aussi ils se livrent au commerce.
25Quant aux marchands et patrons de navires, ils ont des affaires à Constantinople même, à Candie et à Tana ; mais, comme d’ailleurs dans tout le dossier, la seule marchandise citée est les esclaves, à la seule exception d’une quantité de vin de Triglia qui avait été vendue à un Vénitien.
26Il y a parmi les marchands deux personnes que l’on pourrait peut-être identifier avec deux des marchands qui avaient prêté à la régence d’Anne de Savoie les 30 000 ducats pour lesquels Venise avait reçu en gage les joyaux de la couronne byzantine35.
27Les Vénitiens habitant Constantinople sont aussi parfois des marchands, traitant des affaires à Venise ou à Tana ; un ou deux d’entre eux appartiennent à la noblesse vénitienne (leur résidence à Constantinople semble d’ailleurs être temporaire comme c’est le cas pour ser Niccolò Signolo, « olim » habitant de la ville) ; mais la majorité regroupe des petites gens, des barbiers, des tailleurs et d’autres encore dont les métiers ne sont pas précisés. Quelques-uns avaient des liens de famille avec la cité. Tel est le cas de Michieletto Michiel, fils de ser Costa Michiel, qui était bur gensis de Constantinople, et marchand. Dans le traité de 1332, Costa demanda 500 hyperpères pour une quantité de mastic qui lui avait été enlevée par les commerciales de la ville, et sa requête fut acceptée. Sa demande supplémentaire, pour 700 hyperpères, devait être examinée par le baile, selon la coutume36. C’était aussi l’un des marchands vénitiens qui avaient participé au prêt fait à Anne de Savoie. Il avait donné à l’impératrice une somme de 4 822 ducats37. Michieletto était, lui aussi, marchand, avec des affaires à Venise comme à Constantinople. Il servait d’intermédiaire, en quelque sorte entre les Grecs de Constantinople et les Vénitiens. Par exemple, il acheta à un Grec du vin pour le compte du Vénitien, ser Niccolò Signolo38. Il doit avoir subi quelques pertes du fait des officiers byzantins, car c’est l’un des Vénitiens qui ont reçu de l’argent du baile pour le rendre à la chambre des officiers extraordinaires et être dédommagés de leurs pertes39. Il avait aussi des affaires à Venise ; car il devait de l’argent au Vénitien Zannino Soranzo, sans doute pour des dettes commerciales40. Et un peu plus tard, en septembre, il engagea deux hommes pour lui servir de plénipotentiaires à Venise41.
28Le groupe de marchands le plus important après les Vénitiens de Venise même se compose de Crétois, c’est-à-dire de Vénitiens de la Crète. Même s’il est possible que la clientèle de Bresciano ne soit pas tout à fait typique, il faut remarquer que l’activité commerciale des Crétois à Constantinople se dégage aussi des autres sources, ce qui garantit en quelque sorte les renseignements donnés par Bresciano.
29Quelques-uns de ces Crétois sont des marchands d’esclaves. Parmi eux Bartolomeo Sirigo, capitaine d’un bateau faisant régulièrement le voyage entre Candie et Constantinople, qui a acheté une esclave à Constantinople42. D’autres (Francisco Corbo, Nicoletto Lisi) sont probablement des grossistes, achetant parfois à Caffa les esclaves qu’ils revendront à Constantinople. Le marchand d’esclaves le plus actif était un certain Giacomo Vassallo, originaire de Négrepont mais aussi identifié comme habitant de Candie. Il apparaît comme acheteur ou comme vendeur d’esclaves dans cinq actes de notre dossier43.
30Parmi les personnes actives dans le commerce entre Constantinople et la Crète, on peut noter Marino Mazamanno, d’une famille crétoise bien connue44. Dans notre dossier il ne figure que comme témoin d’un acte de vente d’esclave45. Mais son fils, Filippo Mazamanno, apparaît dans un contrat de prêt maritime, instrumenté en 1352 pour le voyage Candie-Palatia46. Ser Marco Belfiyo ou Bonfiyo dont nous avons déjà parlé, est un personnage assez intéressant. Patron d’une nef, c’est à ce titre qu’il est venu à Constantinople. C’est là que nous le trouvons en juillet 1350, arrivant de Venise où il avait passé le mois de mars. Il devait quitter Constantinople peu après le 30 juillet, car à cette date il fit de Jean Manglaviti, habitant de Constantinople, son commissionnaire pour s’occuper de toutes les affaires qui touchaient à sa nef, par exemple conduire devant le baile tous les matelots échappés que l’on retrouverait47. Le même ser Marco Belfiyo était patronus d’une galère qui, en février 1347, quitta la Crète pour Venise48. Il semble donc qu’il faisait avec une certaine régularité le voyage entre Venise, Constantinople et Candie. Quant à son commissionnaire, Manglaviti, lui aussi est peut-être Crétois. Il est identifié comme habitant de Constantinople ; mais le nom, comme on le sait, est attesté pour des Crétois grecs, citoyens de Venise, ainsi que pour des Grecs de Constantinople, dont les relations éventuelles avec Venise ne nous sont pas connues49.
31La présence de Manglaviti pose le problème de la participation à ce commerce des Crétois d’origine grecque. Or, c’est la seule personne dans notre dossier qu’on peut classer dans cette catégorie. On sait toutefois que, depuis au moins la fin du xiiie siècle, et certainement pendant le xive, les Grecs de Candie participaient assez activement au commerce et à la navigation de l’île. Comme matelots, comme marchands, comme artisans, les Grecs de Candie (car nos données proviennent surtout de cette cité), tenaient une place importante dans la vie économique crétoise50. On les retrouve dans le commerce local, ainsi que dans le commerce avec l’Asie Mineure. Un certain Chortazzi apparaît même sur les marchés de Constantinople. Sujet vénitien, il demande en 1332 à être indemnisé d’une somme de 240 hyperpères pour ses étoffes qui ont été saisies par les douaniers d’Andronic III51. C’est toutefois un cas exceptionnel. Pour le moment, il faut conclure que le commerce de grande envergure, qui menait les Crétois (Vénitiens) à Constantinople, et parfois dans la mer Noire, ne touchait pas encore les Grecs de l’île52.
32Que les Grecs de Constantinople aient eu des relations commerciales et financières avec les Vénitiens et les Génois est absolument certain53. Toutefois la documentation n’est pas toujours très précise. C’est pourquoi les quelques données que nous fournit notre notaire ont une certaine valeur. On relève dans ce dossier six Grecs habitant Constantinople, et quatre autres qui, Grecs de langue et d’origine, habitent des régions de l’empire soumises à Venise, ou à l’empire de Trébizonde. Parmi les premiers, on peut noter Michel Argo, qui, le 16 octobre, acheta une esclave tatare54. Le personnage n’est pas connu par d’autres sources. Il y avait tout de même à Constantinople à la même époque quelques personnes du nom de Archon ou Archos. Un certain Nicholas Archon était questeur à Constantinople en 134355 ; en 1332, Manuel Archon était débiteur du Vénitien Sanuto pour quelques étoffes qu’il avait achetées ; et, vers 1350, Démétrius Cydonès demanda à l’empereur Jean VI une rente pour un certain Archos56. On retrouve le nom en 1401, quand un autre Manuel Archon fut envoyé en Hongrie par le patriarche57. C’est tout ce que nous savons, mais le nom n’est pas très commun, et il est bien possible que les Archons qu’on rencontre au milieu du xive siècle aient appartenu à la même famille. Celle-ci aurait eu des contacts divers (commerciaux aussi) avec les Vénitiens, tout en appartenant à l’aristocratie de la capitale, phénomène assez fréquent à l’époque.
33Un autre Grec, Théodore Sévastiano, marchand de vins, avait affaire à des Vénitiens riches et importants de Constantinople. C’est lui qui avait vendu à ser Niccolò Signolo, en utilisant Michieletto Michiel comme intermédiaire, 832 mitra de vin de Triglia. Apparemment, il ne fut pas payé, et il exposa son cas au baile et à son conseiller, Giovanni Manolesso58. Je n’ai pas pu retrouver Sévastiano dans les sources byzantines. Quant aux autres Grecs, à l’exception d’une femme qui a vendu une esclave, et d’un homme qui était débiteur d’un personnage appelé Nicolao Mosco, ils ne présentent pas d’intérêt, ayant eu avec les Vénitiens des relations économiques très simples59.
34D’autres sources contemporaines nous renseignent sur des Grecs en relation d’affaires avec les Vénitiens. Michel Sofianos, le pansebastos sebastos, qualifié d’oikeios d’Andronic II, devait 4 200 hyperpères à un Vénitien ; deux autres, Georges Vranas et son gendre Kalamaras, avaient acheté du caviar à un Vénitien, à qui ils devaient, en 1332, 325 hyperpères60. Enfin, un certain Petros Mariléon (ou tou Marileontos) avait contracté pour un achat d’étoffe une dette, dont 693,5 hyperpères restaient à payer à Giovanni Sanudo61. Il est probable que toutes ces personnes s’occupaient du commerce et que, au cours de leur activité elles avaient eu des contacts avec les Vénitiens.
35Les Grecs qu’on rencontre dans le dossier de Bresciano, et les autres dont je viens de parler, s’ajoutent au nombre (peu considérable pour cette époque, mais assez élevé pendant la deuxième moitié du siècle) des commerçants grecs dont nous connaissons les noms et qu’on peut parfois repérer dans plus d’une source. Ce sont des hommes qui ont des activités commerciales ou financières ; en général, c’étaient des détaillants ou des intermédiaires entre la population locale et les grossistes, vénitiens ou génois. Nous connaissons aussi des armateurs, des maîtres de bateau, des financiers et des banquiers62.
36Les Grecs du registre d’Antonio Bresciano ont des activités commerciales très modestes. On ne retrouve pas dans cette source les marchands et banquiers très actifs décrits par Cantacuzène, et qu’on peut repérer dans les sources notariales génoises ; ces marchands grecs qui, avant 1348, ont temporairement brisé le monopole italien dans la mer Noire, causant des ennuis et des alarmes aux Génois ; ou ces habitants de Constantinople qui, en 1360, voyageaient à Kilia pour acheter des esclaves ou pour transporter des céréales à Constantinople et à Péra, qui investissaient des capitaux parfois considérables dans des contrats de change, ou qui servaient de capitaines ou de matelots sur les bateaux grecs63. En effet, pour dresser le portrait du marchand grec – surtout constantinopolitain – c’est dans les sources génoises qu’il faut chercher et non pas dans les sources vénitiennes. Je n’explique pas, pour le moment, ce phénomène, mais je rappelle que les sources parvenues jusqu’à nous ne sont pas tout à fait comparables ; elles le seraient si on avait les registres de notaires vénitiens de Constantinople ou de la mer Noire.
37On peut aussi constater que des Grecs provenant des régions non soumises à l’empire apparaissent dans notre registre. Il y a, par exemple, un certain Sava de Simisso, habitant Caffa, qui paya 24 hyperpères à des Génois comme garantie pour le Vénitien Nicoletto Venier. Les habitants d’Amisos étaient des marins et des commerçants très actifs, comme on l’apprend du registre du notaire génois Antonio di Ponzò, qui instrumentait à Kilia en 1360-6164. Les Grecs provenant des possessions vénitiennes dans la mer Égée ne présentent pas un grand intérêt. On trouve seulement quelques hommes, originaires de Négrepont, qui étaient habitants de Constantinople65.
38Notre notaire ne donne pas beaucoup de renseignements sur les marchandises échangées par les Vénitiens, ou par les autres marchands à Constantinople. Une seule marchandise est mentionnée : ce sont les esclaves, qui ont fait l’objet de ventes enregistrées dans 15 des 58 actes du dossier.
39Il s’agit d’un total de 15 personnes vendues : l’une d’elles fut achetée deux fois. Comme la période pendant laquelle sont effectuées les ventes s’étend du 27 juillet au 24 octobre, on doit admettre que le nombre des esclaves n’est pas négligeable. A titre de comparaison on peut citer Ch. Verlinden, qui, à propos de Tana, centre de grande importance pour ce commerce, note l’activité du notaire vénitien Benedetto Bianco qui, en un peu plus d’un an, a passé 30 actes de vente pour un seul marchand, Dominicus de Florentia, bourgeois de Venise66. Il me semble que le nombre d’esclaves vendus à Constantinople, même s’il ne s’agissait pas d’un seul marchand, est tout à fait comparable, et fait de Constantinople, même à cette époque difficile, un marché florissant de la traite67.
40Tous les esclaves vendus à Constantinople étaient de race ta tare. Il y avait parmi eux 12 femmes et 3 hommes. Cette proportion peut se comparer à ce que nous savons des esclaves orientaux à Venise et à Gênes, et des esclaves vendus à Tana en 1359. Dans ce dernier cas, il s’agissait de 27 femmes et de 3 jeunes garçons. A Venise, la proportion des hommes était de 32,5 % du total pendant le xive siècle, et à Gênes aussi les femmes avaient une prépondérance marquée68. Malheureusement, Bresciano ne fournit pas l’âge des esclaves, ce qui aurait permis une analyse plus poussée des prix et du recrutement. Les prix sont, comme il est normal à cette époque, plus élevés pour les femmes que pour les hommes. Les 3 hommes sont vendus 26, 36, 5 et 27 hyperpères, soit une moyenne de 30 hyperpères par personne, tandis que pour les femmes le prix moyen est de 50 hyperpères. Le prix le plus bas payé pour une esclave est de 36 hyperpères, et le plus élevé fut payé pour une tatare baptisée (63 hyperpères)69. Ces prix sont à comparer aux prix moyens relevés par Ch. Verlinden pour Venise pendant la deuxième moitié du xive siècle : 27 ducats pour les hommes, jusqu’à 30,4 ducats pour les femmes70. L’écart entre les prix est plus grand dans nos documents que dans ceux de Verlinden ; ce qui pourrait s’expliquer par l’âge éventuel des esclaves en question. En tout cas, comme Constantinople n’était qu’une étape dans la traite des esclaves, et que la plupart des esclaves vendus là étaient destinés à Venise ou à Candie, leur prix aurait dû être beaucoup plus bas que sur les marchés de Venise71. Or, la différence n’est pas très grande : cette hausse des prix pourrait être le résultat immédiat de la peste et du manque de main-d’œuvre.
41Les esclaves vendus à Constantinople présentent une autre particularité intéressante. Tous, à l’exception de deux femmes, portent des noms tatars. Selon Verlinden, cela n’était pas normal à Constantinople, où les esclaves étaient généralement baptisés, tandis qu’à Tana ils apparaissent dans les actes de vente sous leur nom d’origine ce qui, pour lui, constitue une preuve que les esclaves tatars arrivant à Constantinople n’étaient plus dans les premiers jours de leur captivité72. Certes, l’usage des noms « tatars » est une caractéristique des marchés d’origine, tandis qu’on rencontre les noms chrétiens surtout dans les marchés secondaires. Comme les esclaves rencontrés dans les actes d’Antonio Bresciano portent encore leurs noms d’origine, leur captivité semble récente. Il est probable que le marchand qui les vend à Constantinople est celui qui les a importés. Tel est certainement le cas de Ayas Zich Zarchas, originaire et habitant de Tana, qui est cité dans un de nos documents73. Les actes n° 39 et 43 sont aussi intéressants. Dans le premier, le nom de l’esclave n’est pas mentionné ; mais son deuxième vendeur l’a déjà baptisée. Ainsi, on peut dire que Constantinople représente un marché important de transit. Il faudrait aussi noter que tous les esclaves vendus dans notre dossier sont des Tatars, alors que le marché de Constantinople d’après d’autres sources présentait une certaine variété en ce qui concerne l’origine ethnique des esclaves, à la fin du xiiie siècle comme dans la première moitié du xive 74.
42On peut aussi découvrir, parfois, le lieu de destination des esclaves. Quelques-uns sont vendus à des habitants de Constantinople, et il est probable qu’ils y resteront75. Mais la plupart sont destinés à Venise, puisque les acheteurs se dirigent vers cette ville. Parfois même la transaction s’effectue par l’intermédiaire des agents qui achètent à Constantinople pour un client resté à Venise. C’est le cas dans deux contrats de vente. C’est d’ailleurs un phénomène qu’on rencontre assez souvent dans cette région76.
43Quant aux vendeurs d’esclaves, on trouve des Vénitiens, provenant de Venise ou de Constantinople, une Grecque, un Tatar et des Crétois. Les plus importants sont Giacomo Vassallo, qui était sûrement un grossiste, comme l’étaient son compatriote candiote Francisco Corbo, et Paolo Moro, habitant de Venise, qui a vendu trois esclaves en dix jours ; ses clients étaient deux Vénitiens et un Grec77.
44Les esclaves tiennent donc une place unique dans le dossier de Bresciano, puisque seuls ils font l’objet d’achats et de ventes. Quoiqu’il ne faille pas exagérer l’importance de ce fait, on doit toutefois se demander si, à cause des troubles entre les états tatars et les Italiens, le commerce avec Tana et Caffa n’était pas désorganisé. Il semble que, au moment où la guerre allait éclater, les marchands aient investi leurs capitaux le plus vite possible, dans une marchandise lucrative, les esclaves. Il se peut aussi que, à une époque où la main-d’œuvre manque, le commerce des esclaves ait acquis pour quelque temps une importance accrue, d’où la présence marquée des esclaves sur le marché constantinopolitain. Cela expliquerait aussi le phénomène que nous avons déjà constaté, c’est-à-dire la captivité récente de la plupart des esclaves, qui indique une activité accrue de la part des marchands. Certes, les renseignements que nous donne notre notaire ne nous suffiraient pas pour répondre à cette question : quel fut l’effet de la grande peste sur l’esclavage ? Ils nous permettent, quand même, de la poser ; ce qui suffit pour le moment.
45Il faut signaler que le commerce des esclaves a les marques d’une certaine continuité. Il s’est poursuivi pendant la guerre des Détroits, comme le montre le dossier du notaire Giovanni Barbafella, et était très actif quelques années après cette guerre. Dans le petit cartulaire du notaire Marco Marzella, qui contient 31 actes instrumentés à Corfou, Coron, Monemvasie, Constantinople, Cembalo et Tana (8 août 1362 au 26 août 1366), 39 % des actes sont des contrats de vente d’esclaves. En 1362, la plupart des esclaves vendus étaient baptisés, et leur prix moyen à Constantinople était de 62 hyperpères. Tandis que la plupart des acheteurs semblent avoir agi pour leur propre compte, on trouve aussi un certain Pietro Barbo, qui achetait des esclaves pour ses clients à Venise ; il fit en tout 5 achats, à Tana et Constantinople78.
46 Le registre d’Antonio Bresciano a une importance plus étendue que je ne l’ai suggéré. Pour l’apprécier, il faudrait jeter un coup d’œil sur les relations internationales et leur influence sur Constantinople et son commerce.
47L’année 1350 était troublée, comme, d’ailleurs, cela avait été le cas dès 1343, date qui marque le commencement des hostilités entre les cités italiennes et l’empire tatar. Dès le 21 février 1344, le gouvernement vénitien avait interdit le commerce avec les pays tatars, y compris Caffa. Quelque temps après, en 1345, les Génois et les Vénitiens conclurent une alliance qui, afin de forcer l’état mongol à faire la paix, établissait un boycottage du commerce dans les territoires mongols79. Mais le boycottage était une décision politique, qui n’avait pas l’appui des hommes d’affaires. Les marchands tatars continuaient à vendre leurs marchandises à qui ils pouvaient80. Les commerçants génois de Péra et de Caffa, en opposition au boycottage, voyageaient à Cembalo et dans les ports tatars. Leur activité était entreprise sans le consentement de leur gouvernement, au dire du doge Giovanni de Murta81. Quant aux marchands vénitiens, pendant que leur gouvernement essayait de s’entendre avec les Mongols, ils souffraient de l’interruption du commerce. Même quand le traité avec Gênes leur ouvrit la navigation et le commerce à Caffa aux mêmes conditions qu’aux Génois, ils purent constater que les pertes subies par les deux villes à cause de l’interruption du commerce étaient inégales. Leurs représentations à Venise, en 1344, insistaient sur le fait que Solgat était pleine de soie et de froment : en quelque sorte les deux symboles du commerce du Levant qu’ils ne pouvaient plus toucher82. Les ambassadeurs vénitiens qui, en 1344, attendaient à Caffa les sauf-conduits qu’ils présenteraient à Zanibeg, pouvaient constater que les Génois ne cachaient même pas leur activité commerciale dans l’empire tatar ; au contraire, ils avançaient la théorie audacieuse que Caffa ne faisait pas partie de cet empire et que, en conséquence, on pouvait librement trafiquer de là avec les autres ports de la mer Noire, et y amener des marchandises83. En somme, les Vénitiens voyaient les produits du Levant (soie, céréales, peaux) passer dans les mains des Génois, qui exportaient aussi vers les États tatars des étoffes et d’autres marchandises occidentales. La perte était pour eux d’autant plus grave qu’ils ne s’étaient établis à Tana que depuis quelques années, et que leurs marchands avaient réorganisé leurs activités pour investir des capitaux à Tana84.
48Ce n’est qu’en 1347 que les Génois et les Vénitiens firent la paix avec les Tatars, sans, toutefois, arriver à un arrangement qui aurait partagé le commerce de la mer Noire entre les deux puissances navales, sans danger de confrontation violente et directe. Les Génois, pour qui le commerce de la mer Noire était toujours quasi un monopole, souhaitant faire de Caffa le seul port d’importance, imposèrent des limites à la navigation vers Tana. Ainsi, en septembre 1347, ils demandèrent aux Vénitiens d’utiliser seulement le port de Caffa, et de ne plus atteindre Tana, ce que les Vénitiens ne pouvaient pas accepter85. Avec la fin de « l’alliance » anti-tatar entre Gênes et Venise, les relations entre ces puissances dans la mer Noire et à Constantinople devinrent très difficiles. En février 1348, le Sénat vénitien donna à Giustiniano Giustiniani l’ordre de protéger des Génois les galères de Romanie et de Tana86. Le gouvernement vénitien montra aussi sa méfiance en offrant son aide aux Byzantins pendant la guerre entre Jean VI et les Génois87.
49Au dire de Cantacuzène, et si on en croit aussi les sources italiennes, pendant les années 1348-1350 les relations politiques entre Gênes, Byzance, et Venise continuaient à être tendues, à cause surtout de l’insistance des Génois à conserver leur monopole, et de l’effort des Byzantins à participer à ce commerce lucratif88. Pendant la guerre entre Cantacuzène et les Génois, les Byzantins exigèrent de Venise des armes et du matériel pour leur flotte89. Des rapports sur les difficultés créées par les Génois aux marchands vénitiens continuèrent à arriver à Venise en 1348, en février 1349, et devinrent de plus en plus urgents vers la fin de cette année90. La politique vénitienne, pourtant, hésitait. Au parti qui poussait à une action rigoureuse combinée à une alliance avec Byzance s’opposait un autre parti qui préférait la paix et engageait des pourparlers avec Gênes. En mars 1350, la situation devint critique, car Venise avait reçu un rapport de son baile à Constantinople qui accusait les Génois d’hostilités envers les Vénitiens à Caffa. Le Sénat, en raison de l’importance du commerce pontique, surtout pour les céréales, décida encore une fois d’envoyer des ambassadeurs à Gênes. En même temps, les Vénitiens faisaient des préparatifs pour la guerre qui déjà paraissait probable91. Enfin, le 2 août 1350, le Sénat apprit que les Génois avaient saisi les marchandises des négociants vénitiens, accompagnant ce délit d’attaques contre les Vénitiens eux-mêmes. Quelques-uns d’entre eux auraient été tués92. Le rapport était exagéré ; néanmoins le Sénat décida de déclarer la guerre, le 6 août 135093. Des tentatives de paix continuèrent et n’aboutirent pas. Quelques jours plus tard, Marco Ruzzini fut chargé d’accompagner les marchands vénitiens qui venaient de la mer Noire, de détruire les navires de guerre génois qu’il trouverait près de Coron, et de tenter une alliance avec Byzance. La première phase de la guerre commença le 18 septembre 1350, quand la flotte de Ruzzini rencontra, près de l’Aulide, 14 galères génoises, s’en empara et prit comme butin les hommes et les marchandises qu’elles transportaient. Puis il alla à Péra, toujours en septembre. Quand il apprit que quatre des galères génoises avaient échappé et attaqué Négrepont, il partit de nouveau, ceci après le 24 octobre 135094.
50L’arrivée d’Antonio Bresciano à Constantinople se place au milieu de ces événements, avec lesquels elle est probablement liée.
51Au commencement d’avril 1350, le Sénat décida que deux galères seraient préparées en Crète, pour aller à Modon, où elles devraient rejoindre les galères marchandes et, avec elles, naviguer vers les Dardanelles. Au retour, le capitaine des galères de la Romanie devait détacher et laisser à Modon deux navires, car les marchands de cette ville se plaignaient de ne pas voir souvent les galères du trafic95. Il est probable que notre notaire arriva à Constantinople sur une des deux galères crétoises. Quant à son voyage de retour, il est presque certain qu’il partit avec Marco Ruzzini. Car son dernier acte constantinopolitain daté est du 24 octobre (il y en a encore un dont la date manque), et il se trouve à Négrepont le 2 novembre. Avec le commencement donc de la guerre vénéto-génoise, et le départ de Ruzzini, les autres Vénitiens (y compris le baile et au moins un de ses conseillers, Giovanni Manolesso), ainsi que les Crétois, ont quitté Constantinople, qui allait devenir le centre de cette guerre. Quelques mois plus tard, en mai 1351, Giovanni Dolfin et Jean VI signèrent le traité d’alliance qui entraîna Byzance dans la guerre des Détroits aux côtés de Venise.
52Mais si la situation politique pendant les années 1348 à 1350 menait implacablement vers la guerre, les voies commerciales entre Constantinople et l’empire tatar restaient ouvertes, même jusqu’à l’automne de 1350. Le chroniqueur Caroldo, comme l’a noté F. Thiriet, dit que les Vénitiens continuaient à naviguer en mer Noire pendant l’année 135096. Le graphique illustrant les voyages des galères « a mercato », qu’ont publié Tenenti et Vivaldi selon les données des Incanti, est très instructif à ce sujet. Commençant en 1332, les voyages de ces galères vers Tana continuent jusqu’en 1351, avec une seule interruption en 1347. Pendant les années 1351-54, les galères marchandes ne naviguent pas vers Constantinople et la mer Noire. En 1355, elles vont jusqu’à Constantinople, et ce n’est qu’en 1358 qu’elles reprennent le chemin de Tana97. Les documents vénitiens aussi, si pleins qu’ils soient de charges contre leur rivaux, montrent par là-même que le commerce n’était pas interrompu98. Même Niccolo Gata, marchand et correspondant de Pignol Zucchello, qui fut emprisonné pendant les hostilités contre les Tatars, semble avoir regagné Tana, d’où il écrit une lettre de plaintes à Zucchello99. Notre notaire apporte aussi des données précieuses sur ce point. Dans ce qui suit, il faut tenir compte du fait que Bresciano n’était à Constantinople qu’en passant, et que ses données se rapportent à une quantité minime des activités commerciales dans le port de Constantinople, et ne touchent que très peu à l’activité réelle des Vénitiens dans les ports de la mer Noire.
53Des 58 actes instrumentés à Constantinople par Antonio Bresciano, 7 (donc 12 %) se rapportent à des relations commerciales avec Tana ou Caffa. Il s’agit surtout d’actes de commission, par lesquels des Vénitiens (résidant à Venise, à l’exception de Gianotto Rosso, habitant de Constantinople), confient à d’autres Vénitiens la mission de récupérer leurs créances à Caffa ou à Tana ; Péra est parfois compris dans l’acte de commission100. Le 20 octobre 1350, Gianotto Rosso, dit Malipiero, habitant de Constantinople, donna à Nicoletto Malipiero, habitant de Venise, le pouvoir de récupérer 97 hyperpères (qui appartenaient à Nicoletto) de Giovanni de Seminiaco, habitant de Tana. Cet argent avait été investi en marchandises en 1349, avant le départ des galères vénitiennes101. On sait donc qu’en 1347 Gianotto Rosso était à Tana, comme agent ou plutôt comme partenaire de Nicoletto Malipiero, et qu’il a investi de l’argent dans ce port. Quant à Nicoletto, il est évident qu’il faisait le voyage entre Venise, Constantinople et Tana fréquemment, mais aussi qu’il y a eu une interruption de cette activité en 1350. Car, par l’acte suivant, du 20 octobre, il chargea Matteo Thomado, habitant de Constantinople, de récupérer toutes ses dettes à Constantinople, à Péra, en Romanie, à Caffa et à Tana102. On est déjà en pleine guerre avec Gênes. Et Nicoletto Malipiero, qui était peut-être en chemin vers Venise, désirait régler ses affaires en utilisant comme intermédiaires des Vénitiens de Constantinople.
54 Lés Vénitiens avaient des affaires non seulement à Caffa et à Tana, mais aussi dans la colonie génoise de Péra. Il s’agit toujours d’actes de commission, passés pendant les mois de septembre et octobre ; des Vénitiens autorisent des Génois de Péra à récupérer de l’argent. Le 16 septembre 1350, le boulanger de la colonie vénitienne autorise un Génois, habitant de Péra, à récupérer en son nom de l’argent que lui doit Marco de Varagine, lui aussi habitant de Péra. Il s’agit probablement d’argent dû au boulanger pour une vente de biscuit103. Le 24 octobre, Andreolo Venier autorise un Génois à récupérer pour son compte à Péra et dans toute la Romanie des marchandises que Venier attend de Famagouste104. On se trouve déjà à l’époque où la guerre a éclaté et où la nouvelle de l’attaque génoise sur Négrepont est arrivée à Constantinople. C’est le dernier acte de notre dossier ; le notaire quitta la ville, comme peut être aussi A. Venier, qui emmena avec lui deux esclaves ; mais en réglant ses affaires, il fit confiance à un Génois, en dépit de la guerre entre les deux cités105.
55Quant au port de Constantinople, on constate qu’il jouit d’une activité commerciale considérable, même dans des conditions politiques qui ne sont pas des plus favorables. On y trouve des Vénitiens, des Crétois, des Florentins, des gens de Clarenza, de Négrepont, de Soldaïa, de Mésembria, de Bologne, de Caffa, tous réunis dans un dossier assez modeste. Des nefs et des coques apportent des marchandises d’un peu partout : un acte de commission précise – si c’est le mot – que le commissionnaire peut récupérer des marchandises qui arriveraient « de quibuslibet mundi partibus »106.
56Néanmoins, les difficultés s’annoncent, menaçantes. Pas un seul des contrats instrumentés par Bresciano ne concerne un nouvel investissement commercial. Seules les ventes d’esclaves peuvent être considérées comme des investissements. La plupart d’entre elles sont effectuées en septembre et en octobre, c’est-à-dire vers la fin du séjour de notre notaire à Constantinople. Mais on ne trouve pas un seul acte de colle ganza, et les contrats de change visent surtout le transfert des fonds acquis dans l’empire byzantin par les Vénitiens. La situation politique anormale se reflète donc dans la composition même du dossier. Ce dossier est, en effet, comparable à celui du notaire génois Niccolò Beltrame, qui instrumentait à Caffa entre le 30 novembre 1343 et le 15 août 1344. Là aussi, la plupart des contrats se réfèrent à des investissements anciens, tandis que les contrats nouveaux sont surtout des prêts et des contrats de change107.
57 Si le grand commerce entre Venise, « itreConstantinople, et la mer Noire fut interrompu par la guerre des Détroits, il n’en va pas tout à fait de même en ce qui concerne le commerce local. Le dossier du notaire Giovanni Barbafella nous permet d’essayer de reconstruire l’activité commerciale de Constantinople pendant la guerre. Barbafella arriva avec la flotte de Niccolô Pisani, et instrumenta 39 actes, dont l’un (f. 1 r., daté du 30 septembre 1351) à Candie, deux autres dans la « bocha dell’Argiro » (f. 2 v., du 16 février 1352, et f. 3 r., du 24 février 1352), et le reste à Constantinople même. La présence de Barbafella à Constantinople, comme celle de Bresciano, était liée à des événements politiques plutôt que commerciaux ; on doit donc s’attendre à ce qu’une proportion élevée de ses actes se rapportent à des sujets qui n’ont rien à faire avec le commerce. En effet, on y trouve des testaments de marins, ainsi que des contrats de prêt effectués entre les hommes de Pisani et engageant des sommes minimes. Il y a, quand même, un certain nombre d’actes proprement commerciaux, ce qui est déjà significatif. Il est évident que les activités commerciales, bien que réduites, continuaient, même sous les pires auspices. Cela se reflète dans la composition ethnique du dossier. Parmi les 121 personnes du dossier, on trouve 45 Vénitiens dont la nationalité est certaine (plus 32 dont elle est incertaine), 1 Génois plus 4 Génois habitant Péra, 15 Italiens, 9 Candiotes, une personne de Caffa, et 5 Grecs. Les Vénitiens ont une prépondérance évidente, comme c’est d’ailleurs normal, mais la présence de gens d’autres nationalités signale la continuation des échanges.
58Le dossier de Barbafella montre qu’il y avait toujours des marchands vénitiens à Constantinople. Quelques-uns parmi eux, ayant quitté la ville en 1350, y sont rentrés, peu après : tel est le cas d’Antonio de Perlasio, qu’on trouve à Modon en novembre 1350, et à Constantinople en octobre 1352108. Pendant la guerre, ces marchands faisaient des efforts pour récupérer leurs investissements, et parfois ils engageaient des fonds dans quelques nouvelles entreprises. Le rayon géographique de leur activité a été réduit ; on les trouve en Grèce, à Constantinople même, et ils voyagent de la capitale vers le Sud, à Négrepont et Candie ; mais pour régler leurs affaires dans la mer Noire, ils ont besoin de faire des arrangements différents, car ils ne peuvent pas s’y rendre eux-mêmes. Par exemple, le Vénitien Menas Zeno a eu la chance de récupérer une somme de plus de 700 ducats, qu’il avait investis à Négrepont, à Fatras et dans d’autres ports. Ce fut son neveu, Marino Zeno, qui récupéra cette somme, et la donna à Menas, à Candie, en décembre, 1351109. D’ailleurs, il semble que les communications entre Candie et Constantinople n’étaient pas interrompues, car on trouve un bon nombre de Crétois dans la capitale. Giuliano de Candie, qui était à Constantinople déjà en 1350, était peut-être établi dans cette ville, car, en 1352, ses fils, qui se trouvaient dans la capitale, furent parmi les bénéficiaires du testament du prêtre François, de l’église Saint-Pierre des Pisans110. D’autres Candiotes étaient venus acheter des esclaves. Parmi ceux-ci, deux avaient déjà été baptisés, ce qui signifie que leur captivité n’était pas tout à fait récente. Le commerce des esclaves entre Constantinople et Candie était toujours actif, et des Candiotes, comme le « dominus » Georges Callergi, engageaient des agents pour faire leurs achats111.
59Comme en 1350, c’est le commerce des esclaves qui est le plus important dans ce dossier ; 31 % des actes de Barbafella enregistrent des ventes d’esclaves. Toutefois, ce n’est pas ici une preuve que les ports de la mer Noire étaient ouverts. Au contraire, comme la plupart des esclaves étaient baptisés depuis quelque temps (tous sauf les deux mâles portent des noms chrétiens), on doit conclure que la source de la traite était, pour le moment, inaccessible. Le prix moyen était beaucoup plus bas en 1352 qu’en 1350, montant à 37 hyperpères pour les femmes, et à 35 hyperpères pour les hommes112. Il me semble exclu que cette baisse ait été le résultat d’une surabondance d’esclaves sur le marché constantinopolitain ; on en trouverait peut-être l’explication dans la dégradation de la qualité des esclaves (âge, condition physique).
60Parmi les vendeurs d’esclaves, on retrouve des hommes qui étaient à Constantinople en 1350, tels Victor de Floravantis, Andrea Manetis, Gabriel Capello. On peut retrouver, dans les registres de Barbafella et de Marzella, 19 des 189 personnes du dossier de Bresciano. C’étaient tous des Italiens, à l’exception du Grec Jean Manglaviti. Pour la plupart d’entre eux, nous n’avons pas beaucoup de renseignements ; ils apparaissent comme bénéficiaires des testaments, comme plénipotentiaires d’autres Occidentaux, comme témoins. Deux d’entre eux (Giuliano de Candida et Ugozonus de Perosa) étaient sûrement des Candiotes, ou habitants de Candie, qui se trouvaient alors à Constantinople113. La plupart de ceux dont les transactions nous sont connues s’occupaient du commerce des esclaves : tels Bartolomeo de Florence, Bernardo et Luigi Bedelotto, Andrea Manetis, Giuliano Manetis, et Gabriele Capello. Ce dernier est la seule personne que l’on trouve dans les trois dossiers de Bresciano, Barbafella et Marzella. Il est qualifié de Vénitien, habitant de Constantinople. En 1350, il vendit trois esclaves, tandis qu’en 1352 il acheta une esclave tatare à un homme qui est qualifié d’habitant de Caffa. Dix années plus tard, en août 1362, il vendit une esclave à Pietro Barbo, qui faisait des achats à Constantinople et à Tana, comme agent de clients habitant Venise114. Un autre personnage intéressant est Cristoforo Inviciato, Vénitien mais habitant de Constantinople, qui semble avoir servi d’agent à ses compatriotes. En 1350, il accepta trois cartes de commission, pour servir comme plénipotentiaire de Vittorio Trevisan, de Nicoletto Marino, et d’Andrea Venier, récupérer leurs créances à Constantinople et en Romanie, et recevoir les marchandises expédiées à Venier de toutes les parties du monde. En 1352, ce fut lui qui donna une procuration générale à André Saginben, dont la présence en Romanie est attestée pour les années 1350 et 1352, et à un autre Vénitien115. Il était, sans doute, établi à Constantinople, et s’occupait de ses propres affaires, ainsi que de celles de ses compatriotes. Dans les conditions difficiles des années 1350, il est probable que l’activité commerciale dépendait plus que jamais de gens comme Inviciato.
61Les actes de Barbafella qui concernent Matteo Thomado nous permettent de préciser le rôle des Vénitiens établis à Constantinople pendant cette période. En mars 1350, il avait accepté une commission pour récupérer, au nom des frères Celsi, l’argent auquel ils avaient droit, à la suite de la trêve avec Byzance. Vers la fin d’octobre de la même année, comme les Vénitiens qui se trouvaient à Constantinople faisaient des préparatifs pour quitter la ville, il fut chargé par Nicoletto Malipiero des affaires de ce dernier en Romanie, à Caffa, et à Tana116. Il semble que Thomado ne quitta pas la ville au commencement de la guerre. Au contraire, il fit de son mieux pour continuer ses activités commerciales, malgré les conditions dangereuses, et se donna à cet effort avec ingéniosité. En juin 1352, un mois après la conclusion de la trêve entre Byzance et Gênes, il investit, avec Jean Manglaviti, 410 hyperpères, chez un Pisan, patron du tiers d’un navire. La formule utilisée dans ce contrat est différente de celles qu’on trouve d’habitude, par lesquelles l’argent est investi ad risicum et fortunam maris et gentium. Ici, il est stipulé que, dans le cas ou la nef serait prise par les Génois, le patron serait obligé de restituer leur argent aux actionnaires117. Ainsi, les deux hommes (qui étaient aussi, peut-être, des associés, au moins dans cette entreprise), ont reçu des garanties contre le danger le plus grave du moment. D’autre part, Matteo Thomado continua à s’intéresser au commerce de la mer Noire, où il utilisa les services d’au moins un marchand grec. Un certain Michel Sofachi (?), Thessalonicien d’origine mais habitant Constantinople, acheta à Tana 10 cantares et 33 rotoli de cire, commandée par Thomado chez un boucher118. Manglaviti paraît comme témoin dans cet acte, ce qui suggère qu’il était ami ou associé de Thomado. Il semble donc que les Vénitiens qui étaient établis à Constantinople avaient développé des techniques par lesquelles ils pouvaient se livrer au commerce, même dans la mer Noire. Il est aussi évident que les Grecs, malgré le traité du 6 mai 1352, qui les empêchait de naviguer en mer Noire, trouvaient les moyens d’y voyager. C’est peut-être pourquoi Jean Cantacuzène a essayé d’annuler cette clause du traité, tandis que les Génois s’y tenaient obstinément119.
62On doit donc remarquer l’insistance des Vénitiens, comme des Génois, à se livrer au commerce, malgré les conditions défavorables et dangereuses. On a l’impression que les marchands vénitiens surtout (car telles sont nos sources ici) refusent de laisser la guerre interrompre leur activité. La guerre des Détroits était très mal vue à Venise ; elle est devenue la cause – au moins partielle – de la tentative de Marino Falier d’établir à Venise une seigneurie, à la suite d’un coup d’État (1355). A Gênes aussi, malgré la victoire remportée dans la bataille du Bosphore, la guerre a apporté, en 1353, le renouvellement du conflit entre les Gibelins et les Guelfes, comme dit le chroniqueur Stella, qui rapporte que, à cause du grand nombre des morts, il y eut une émeute à Gênes, et Giovanni de Valente fut remplacé comme doge par Guglielmo Pallavicino120. On se rappelle, enfin, que Cantacuzène n’a pas réussi, au commencement de son règne, à persuader les marchands et les banquiers de Constantinople de subventionner la création d’une flotte de guerre, qui aurait eu comme objectif la guerre contre les Génois121. On se demande, donc, si à cette époque, le système économique et commercial de la Méditerranée orientale, caractérisé par des relations complexes entre les Italiens et les populations locales, n’avait pas une existence qui dépassait les structures et les rivalités politiques, même quand ces dernières visaient à garantir la prépondérance commerciale d’un des États rivaux.
Notes de bas de page
1 A.S.V., Notai di Candia, b. 11, 12. 103. Les actes instrumentés à Constantinople occupent les feuillets 1r.-6v. de la busta 11 ; l’acte de Négrepont se trouve dans le feuillet 6v., et les deux actes instrumentés à Modon se trouvent dans le même feuillet.
2 Les seuls actes que je connaisse pendant cette période sont ceux de Giovanni Barbafella, A.S.V., Cancelleria Inferiore, B, b. 17, cartulaire III. Ils sont mentionnés par Ch. Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, II (Ghent, 1977), 572 fl.
3 Dans l’acte n° 58 (f. 6v., n° 1), daté entre le 24 et le 31 octobre 1350, à Constantinople, le notaire dit que cette « carta » et les six feuillets précédents ont été enregistrés à Constantinople ; il y avait donc un autre feuillet, ce qui ajouterait huit ou dix actes de plus.
4 Sur les événements qui précèdent la guerre des Détroits, ainsi que sur les premières années de cette guerre, v. en premier lieu Mario Brunetti, Contributo alla storia delle relazioni Veneto-Genovesi dal 1348 al 1350, in Miscellanea di Storia Veneta III, ser. a, vol. IX (1916) 1-160 ; A. Sorbelli, La lotta tra Genova e Venezia per il predominio del Mediterraneo, in Memorie della R. Accademia delle Scienze dell’Istituto di Bologna, Classe de Scienze morali, ser, I, t. V (1910-1911), Sezione di Scienze storicifilologiche (Bologna, 1911), 87-157 ; C. P. kyrris, John Cantacuzenus, the Genoese, the Venetians and the Catalans (1348-1354), Byzantina, 4 (1972), 333-356 ; P. schreiner, La chronique brève de 1352, OCP, 34 (1968) 38-61. Sur le traité de mai, 1351, cf. Cantacuzenus, III, 190-193, et Chronicon. Raphayni Caresini Cancellarii Veneti, continuatio Chronicorum Andreae Danduli, dans Muratori, RIS, XII, 421-422. Sur la bataille du Bosphore, v. M. Balard, A propos de la bataille du Bosphore – L’expédition génoise de Paganino Doria à Constantinople (1351-1352), Travaux et Mémoires, IV, (1970), 431-469.
5 A.S.V. Notai di Candia, b. 11, f. 8r.-10v. (décembre, 1349) ; 10v.-12v. (janvier, 1350) ; 12v.-13v. (février, 1350) ; 13v.-14v. (mars, 1350) ; 7r. (décembre, 1350) ; 7r.-v., 15r.-v. (janvier, 1351) ; 15v.-Î6r. (février, 1351) ; 16r.-v. (mars, 1351) ; 16v.-17v. (avril, 1351) ; 17v.-22r. (mai, 1351) ; 22r.-v. (juin, 1351).
6 Le traité du 9 septembre 1349 se trouve dans F. Miklosich, J. Müller, Acta et Diplomata Graeca medii aevi, III, 114 ff. (c’est la version grecque, traduite du latin), et dans G. M. Thomas, Diplomatarium Veneto-Levaniinum, I, n° 171. Pour le traité du 25 mars 1342, entre Venise et Jean V, v. Miklosich-Müller, Acta, III, 111-114.
7 Il s’agit des documents n° 13 (28. VII.1350), 15, 16 (tous les deux datés 30. VII. 1350), 58 (entre le 24 et le 31 octobre), et 61 (instrumenté à Modon, 11. XI.1350).
8 Sur Zaccaria Contarini, V. Chryssa A. Maltezou, ’Ο θεσμός τοι « : έν Κωνσταντιvovn-ôÀei bevetov pafÀov (1268-1453), (Athènes, 1970), 113-114. On peut ajouter que Zaccaria Contarini, dont le bailat est un peu confus, a quitté Constantinople avant la fin d’octobre 1350, et se trouvait à Modon le 11 novembre, comme cela résulte de notre acte n° 61.
9 Sur les officiales extraordinarii, et leurs devoirs, v. F. C. Lane, Venice and History (Baltimore, 1966) 221 fï., d’après leur capitulaire (A.S.V., Mise. Codici, n° 131- 132). Ils étaient chargés d’accepter des marchands vénitiens les charges de douane, ainsi que les nolis pour les galères d’état. Ils étaient aussi chargés d’examiner les demandes d’indemnisation présentées par les Vénitiens pour des pertes subies soit du fait des tempêtes soit du fait des actes hostiles commis par les sujets des gouvernements étrangers ; ils distribuaient l’argent payé comme indemnisation par ces gouvernements : A. Lombardo, Le deliberazioni del Consiglio del XL délia Repubblica di Venezia, II (1958), n° 18 ; idem, vol. I (Venise, 1957), n° 332 ; DVL, I, n° 170, 322 ; F. Thiriet, Regestes des délibérations du Sénat concernant la Remanie, II, 286. Comme ils s’occupaient en général du transfert des fonds et des crédits, ils ont été la première branche du gouvernement vénitien à accepter des paiements en « argent de banque », c’est-à-dire par le transfert des fonds des comptes des individus privés à leur propre compte : R. C. Müller, The Role of Bank Money in Venice, 1300-1500, dans Sludi Veneziani, n.s., III (1979) 68 ff. Il est évident que cette fonction est liée aux relations de cet office avec le commerce du Levant et à la nécessité de transférer des fonds en monnaies diverses et sur des distances considérables.
10 N° 13, 28. VII.1350. La commission a été donnée à Venise le 6 mars 1350. Frederick Lane, qui avait vu ces documents, avait exprimé l’opinion que le transfert des fonds s’effectuait par le transfert de crédits ; c’est-à-dire que, le baile payait les requérants à Constantinopl e, et peut-être en hyperpères ; chacun alors « payait » à l’Officium extraordinariorum la somme en soldi, c’est-à-dire que cette partie de sa réclamation était annulée.
11 N° 3 (11. VII.1350). La commission a été donnée à Venise le 6 avril 1350. Viaro était, à ce moment-là, à Venise. Il avait signé le traité de septembre 1349, à Constantinople, comme baile. V. Maltezou, op. cit., 113-114.
12 N° 15, 16 ; Giustiniano a reçu 750 hyperpères, et Michiel 400.
13 A. Evans, Francesco Balducci Pegolotti. La Pratica della Mercatura (Cambridge Mass. 1936), 50-51. Cf. A. evans, Some Coinage Systems of the Fourteenth Century, Journal of Economic and Business History, III (1931), 481-496.
14 R. Morozzo della rocca, Lettere di Mercanti a Pignol Zucchello (1336- 1350), (Venise, 1957) 105.
15 Ibid., n° 61 : « Sapié como io ve mandé, cum la gallia de ser Marco Belfio la qual se parti de Candia a dì 14 de fevrer, chuna letera... »
16 N° 31 (13. IX.1350).
17 V. infra, p. 87.
18 Acte n° 61.
19 A cette somme on peut ajouter 90 hyperpères crétois que réclamait Giovanni Vlacho, caligarius, habitant de Candie, pour des pertes subies entre les mains des Grecs de Ténédos. Pour les récupérer, Vlacho a nommé Leonardo de la Porta, habitant de Candie, son commissionnaire, avec droit de réclamer l’argent auprès des « officiers extraordinaires » à Venise : b. 11, 21r., n° 1 (20. V.1351).
20 N° 2 (10. VII.1350), et 35 (17. IX.1350).
21 N° 4 (11. VII.1350) ; cf. b. 103, f. 33v. (17. III.1356).
22 N® 27 (10. IX.1350), 24 (23. VIII.1350).
23 A.S.V., Notai di Candia, b. 11, 7r., n° 4 (10.1.1351).
24 N° 7 (17. VII.1350), 60 (10. XI.1350).
25 F. Thiriet, La Romanie vénitienne (Paris, 1975), 335, 337. Sur les événements politiques dans la mer Égée, voir K. M. Setton, The Papacy and the Levant, 1204-1571, vol. I (Philadelphia, 1976), 190-223 ; cl. E. Zachariadou, Sept traités inédits entre Venise et les émirats d’Aydin et de Menteçe (1331-1407), Studi Preottomani e Ottomani, 1976, 236-237.
26 A. E. Laiou, L’économie et la société de Crète vénitienne (ca. 1270-ca. 1310), dans Bisanzio e l’Italia, Raccolta di studi in onore di Agostino Pertusi (Milan, 1982).
27 Ibid. Le sujet a été examiné par S. Borsari, Il dominio veneziano a Creta nel secolo XIII (Napoli, 1963), et M. abrate, Creta, colonia veneziana nei secoli XIII-XV, dans Economia e storia, IV (1957), 253 ff.
28 A.S.V., Notai di Candia, b. 11, 19r., n° 5 (10. V.1351). En 1326, on trouve à Candie un esclave « Blachum, de partibus Blachie », qui avait été acheté à Thèbes et revendu à Candie, au grec Jean Cutaioti : A.S.V., Notai di Candia, notaire Giovanni Similiante, b. 244, f. lOv.
29 A.S.V., Notai di Candia, notaire Marco de Piacentia, b. 186, 83 (15. XI.1346).
30 A.S.V., Notai di Candia, b. 22, notaire Francesco Croce, f. 26r. (15. XII.1339). V. aussi Pbgolotti, La pratica della mercatura, p. 40, qui, parlant de Constantinople, écrit : « Vino di Crete si vende a centi di metri a pregio di tanli perperi il centcnaio de’ metri, e misurasi, e la botte rimane al comperatore per niente ». Le vin crétois arrivait aussi jusqu’à Tana : ibid., p. 24.
31 A.S.G., Peyre Massaria, 1390 bis, f. 31v. (« marvaxia »).
32 A.S.V., Notai di Candia, b. 178, notaire Andrea Negri, f. 3v. (16. III.1323), f. llr. (19. IV.1323). Cf. Pegolotti, 432.
33 A.S.V., Notai di Candia, b. 286, notaire Marco de Placentia, 17r. (26.1.1341) et A.S.V., Notai di Candia, notaire Costanzo Maurica, b. 13, 287v.-314r. (1401-1402).
34 Voir infra, Appendice.
35 Ce sont F. Contarini et ser Marco Foscarino : cf. Bertelé, Gioelli, n° 4.
36 Miklosich-müller, op. cit., 108-109. Costa Michiel apparaît, à un certain moment, comme marchand candiote : Thiriet, Romanie, 280.
37 T. Bertelé, I gioelli délia corona bizantina dati in pegno alla repubblica Veneta nel sec. XIV e Mastino délia Scala, dans Studi in onore di Amintore Fanfani, II (Milan, 1962), n° 4 (1343).
38 Acte n° 21 (13. VIII.1350).
39 N° 16.
40 N° 42 (2. X.1350).
41 N° 31 (13. IX.1350).
42 N° 57 (24. X.1350) ; cf. b. 11, 17r., n° 2 (27. IV.1351).
43 Les actes n° 28, 36, 39, 41, 43. Sur le commerce des esclaves en Crète, et sur la Crète comme centre de la traite des esclaves, v. Ch. Verlinden, La Crète, débouché et plaque tournante de la traite des esclaves aux xive et xve siècles, dans Studi in onore di Amintore Fanfani, III (Milan, 1962) 553-619, qui toutefois ne s’occupe pas du milieu du xive siècle en détail. Se fondant sur les données du notaire Manoli Bresciano, Charles Verlinden constate une baisse dans le commerce et la présence des esclaves en Crète après le milieu du xive siècle. Nos propres documents montrent que les Crétois étaient toujours actifs comme marchands d’esclaves en 1350.
44 E.g., A. Lombardo, Zaccaria de Fredo, notaio in Candia (1352-1357), (Venise, 1968) passim ; M. Chiaudano, A. Lombardo, Leonardo Marcello, Notaio in Candia (1278-1281), (Venise, 1960) passim ; M. Morozzo Della Rocca, Benvenuto da Brixano, notaio in Candia (1301-1302), (Venise, 1950) passim.
45 N° 60 (10. XI.1350), à Modon.
46 A. Lombardo, Zaccaria de Fredo, n° 39.
47 N° 17 (30. VII.1350), n° 13.
48 Morozzo della Rocca, Pignol Zucchello, n° 61.
49 G. Fatouros, Die Briefe des Michael Gabras (ca. 1290-nach 1350), (Vienne, 1973) let. n° 62 : «τῳ Mαγκλαβίτn κυρῳ ». Cf. J. Chrysostomides, Venetian Commercial Privileges Under the Palaeologi, Studi Veneziani, 12 (1970), doc. n° 13 (1375). On trouve d’autres byzantins appelés Manglavites dans F. dölger, aus den Schatzkammern des Heiligen Berges (München, 1948), n° 7 ; N. Oikonomidès, Actes de Dionysiou (Paris, 1968), n° 15 ; P. Lemerle, A. Guillou, N. Svoronos, D. Papachryssanthou, Actes de Lavra, III (Paris, 1979), 168. Sur le nom, v. G. Theocharides, Δύο έγγραφα άφορώντα είς τήν Νέαν Μονήν Θεσσαλονίκης : dans Μαkɛδvikα, 4 (1960), 335-336 et M Chaireti, Τά παλαιότερα κατάστιχα τού ’Αρχείου τοι ? Δούκα τής Κρήτης, dans Κρητικά χρονικά, 21 (1969), 513 n. 45. Cf. Antonio Bresciano, b. 11, f. 18r.
50 A. E. Laiou-Thomadakis, The Byzantine Economy in the Mediterranean Trade System, Thirteenth-Fifteenth Centuries, dans Dumbarton Oaks Papers, 34 (1980), 177-222, passim, et Eadem, The Greek Merchant of the Palaeologan Period : A Collective Portrait, dans les Comptes rendus de l’Académie d’Athènes, 57, 1982, 96-132.
51 Miklosich-Müller, Acta, III, 109 (Constantin Chortazzi).
52 A comparer U. dorini, T. bertelé, Il libro dei conti di Giacomo Badoer (Venise, 1956) 204, 78, 194, 358.
53 N. oikonomidès, Hommes d’affaires grecs et latins à Constantinople (XIIIe-xve siècles) (Montréal, 1979) passim ; Laiou-Thomadakis, Byzantine Economy, passim.
54 N° 47.
55 Bertelé, Gioelli, n° 4.
56 Miklosich-Müller, III, 107 (Plp, 1463) ; R. Loenertz, Démétrius Cydonès, Correspondance (Glttà del Vaticano, 1961), I, let. 60. Comme la lettre fait mention de la peste, elle doit se placer vers 1348-1350. Cf. PLP 1465, 1466.
57 Miklosich-Müller, Ii, 52 ff. (PLP 1464).
58 Acte n° 21. Sur le vin de Triglia (sur la côte asiatique de la Propontide), v. Pegolotti, Pratica delta mercatura, s.v. vino.
59 N° 37, 45, 26, 29, 30.
60 Miklosich-Müller, Iii, 102-103 (1324), 107 (1332).
61 Ibid., 107. On peut aussi noter Vaxilius Maximo et Théodore Dramo, tous les deux acheteurs de deux esclaves tatares en 1352 : verlinden, Esclavage, 573, les appelle Maymo et Diamo, mais cf. Barbafella, f. 8r.
62 Laiou-Thomadakis, The Byzantine Econoiny, passim.
63 A.S.G., Antonio di Ponzö, Notai Ignoti, b. XVIII, 1. 12v.-13r. ; Geo Pistarino, Atti rogati a Chilia di Antonio di Ponzô (1360-1361). (Bordighera, 1971), passim ; M. Balard, Notes sur les ports du Bas-Danube au xive siècle, Südost Forschungen, XXXVIII (1979) 1-12.
64 N° 11 (16. VII.1350) ; cf. A.S.G., b. XVIII, ff. 44r.-v.
65 N° 6, 9.
66 Verlinden, Esclavage, 926-929. Sur Tana, v. E.č. Skržinsakja, Storia della Tana, Studi Veneziani, 10 (1968) 3-46, et pp. 36 ff. sur Tana comme marché d’esclaves. Sur ce sujet, v. aussi Ch. Verlinden, La colonie vénitienne de Tana, centre de la traite des esclaves au xvie siècle et au début du xve siècle, dans Studi in onore di Gino Luzzatto, (1951) 593-669.
67 Sur Constantinople comme centre de la traite des esclaves, v. Ch. Verlinden, La traite des esclaves et traitants italiens à Constantinople. xiiie-xve siècles, Moyen Age (1963) 791-804, et idem, La traite des esclaves dans l’espace byzantin au xive siècle, Actes du XIVe congrès international des études byzantines (Bucarest, H, 1971) 281-284.
68 Verlinden, Esclavage, 929, 585, 484-485. Cf. Domenico Gioffré, Il mercato degli schiavi a Genova nel secolo XV (Gênes, 1971).
69 N° 46, 39, 43. Les prix en ducats sont :
50 hyp. = 28,6 ducats
63 hyp. = 36 ducats
36 hyp. = 20,6 ducats
(selon T. Bertelé, Gioelli, 1 ducat = 1 hyp. 18 k.).
70 Verlinden, Esclavage, 585.
71 Pour les prix des esclaves vendus à Constantinople en 1352, v. infra, n. 112.
72 Verlinden, Esclavage, 573.
73 N° 57 (24. X.1350).
74 N° 39 (29. IX.1350), n° 43 (7. X.1350) ; Verlinden, Esclavage, 573.
75 N° 38 (22. IX.1350) ; 57 (24. X.1350) ; 12 (27. VII.1350) ; 28 (10. IX.1350) ; 39 (29. IX.1350) ; 41 (1. X.1350) ; 44 (7. X.1350) ; 47 (16. X.1350).
76 N° 41 (1. X.1350) ; 50 (21. X.1350).
77 N° 46-47 (12. X.-16. X.) ; 50, 51, 52, 38, 45, 57.
78 Selon le minutier de Marzella, les esclaves furent vendus à Tana, Cembalo, et Constantinople, en 1362, aux prix suivants (A.S.V., Cancelleria Inferiore, Notai, b 117) :

Pour la conversion en hyperpères, j’ai utilisé les valeurs suivantes : 1 ducat = 1 hyperpère 18 kar. (Bertelé, Gioelli, 100). 1 sotnmo = 10 hyperpères en 1358 (E. Zachariadou, Prix et marchés des céréales en Romanie (1343-1405), Nuova Rivista storica, 61 (1977), 302). 1 sommo = 190 aspres de Tana (F. Thiriet, Regestes des délibérations du Sénat de Venise concernant la Romanie, I (Paris, 1966), 225). 1 sommo = 55 aspres nouveaux de Caffa en 1344 (Balard, Romanie génoise, 663). Cette valeur est peu certaine.
79 Le traité fut signé le 22. VII.1345 : Thomas, D VL, I, 167. Cf. R. Predelli, I libri commemoriali délia repubblica di Venezia, Il (Venise, 1878), n° 128 (juin 1344), 169 (juillet 1345). Selon R. S. Lofez, Storia delle colonie genovesi nel Mediterraneo (Bologna, 1938), 332, le boycottage a été, en premier lieu, l’œuvre du doge génois Simone Boccanegra.
80 M. Morozzo Della Rocca, Notizie di Caffa, dans Studi in onore di Amintore Fanfani, II, doc. 1 : « omnes mercatores de Sorgati et omnis populus multum dexiderat habere pacem et similiter populus tartarorum habere pacem dexiderat, et similiter omnes dicunt non in oculto sed pallam ex incomoditate quam suferunt ». Cf. Villani, in Muratori, RIS, XIII, 907-908.
81 Morozzo Della Rocca, Caffa, 270 ; Thomas, Dvl, I, 152 (février, 1345).
82 Morozzo della rocca, Caffa, 270 ; cf. n° 5 (décembre 1344), et 10 (1344).
83 Ibid., n° 10 ; cf. S. Papacostea, « Quod non iretur ad Tanam », un aspect fondamental de la politique génoise dans la mer Noire au XIVe siècle, dans Revue des études sud-est européennes, 17 (1979) 201-217.
84 Morozzo Della Rocca, Caffa, n° 10 : Thomas, DVL, I, n° 170 (1344).
85 Thomas, Dvl, n° 170 (juin 1347), n° 167 (26. Xii.1347) et p. 340. Cf. W. Heyd, Le colonie commerciali degli Italiani in Oriente net medio-Evo II (Venise, 1868) 102-111.
86 Thiriet, Sénat, I, n° 211, répété le 22 mai.
87 Thiriet, Sénat, I, n » 222 (7. Iii.1349).
88 Cantacuzenus, Iii, 192-193.
89 Thiriet, Sénat, I, n « 222 ; Cantacuzenus, Iii, 186-190 : cf. Kyrris, John Cantacuzenus, 333.
90 Brunetti, Contributo, 2-23.
91 Brunetti, ibid., 42 ff.
92 Brunetti, ibid., 62.
93 Brunetti, ibid., 70.
94 Sur la bataille de Castro, v. Chronicon Raphayni Caresini, 421-422 ; P. Schreiner, Chronique brève de 1352, 0CP, 34 (1968) 39, 50 ; Lorenzo De Monacis, Chronicon de rebus Venetis (Venise, 1758) 209 ; Gregoras, 878 ; Cantacuzenus, Iii, 118, 186 ; cf. Sorbelli, Lotta, 106.
95 Thiriet, Sénat, n° 239 (5-8 avril 1350).
96 Thiriet, Sénat, n° 244, 245 ; Remanie, 168 n. 5.
97 A. Tenenti, R. Vivanti, Les grands trafics d’état à Venise : les galères à mercato (1332-1534), dans Annales, 16-1 (1961). Sur la politique de Venise après la guerre du Bosphore, v. G. I. Bratianu, Les Vénitiens dans la mer Noire au xive siècle, après la deuxième guerre des Détroits, dans Echos d’Orient 33 (1934) 148-159.
98 Brunetti, Contributo, 22 ff. ; Thiriet, Sénat, I, n° 245.
99 Morozzo della Rocca, Pignol Zucchello, n° 68 (vers 1350).
100 Ce sont les actes n° 10, 11, 38, 48, 49, 56, 57.
101 N° 48.
102 N° 49 (20. X.1350).
103 N° 34.
104 N° 55.
105 N° 52 ; cf. aussi n° 13.
106 N° 12, 56.
107 B. Balbi, S. Raiteri, Notai Genovesi in Oltremare. Atti rogati a Caffa e a Licostomo (sec. XIV) (Bordighera, 1973).
108 A.S.V., Cancelleria Inferiore, B, b. 17, cartulaire III, f. 5 r. et Bresciano, b. 11, n° 60.
109 Barbafella, f. 1 r.
110 Bresciano, n° 39, 40 ; Barbafella, f. 6 v.-8 v.
111 Barbafella, f. 6 r., quatre actes.
Voici les prix des esclaves vendus à Constantinople en 1352 : (F = femme, M = homme)112

113 Barbafella, f. 6 v.-7 r., 8 v., 5 r.
114 Bresciano, n° 51, 52 ; Barbafella, f. 8 r. ; Marzella, f. 105 r.
115 Bresciano, n° 14, 54, 56, 57 ; Barbafella, f. 1 v., 8 r., 1 v.
116 Bresciano, n° 13, 49 ; Barbafella, f. 7 v., 8 r.
117 Barbafella, f. 7 v.
118 Barbafella, f. 8 v.
119 Liber jurium reipublicae Genuensis, dans MHP, IX, n° 203.
120 Stella, dans Muratori, RIS, XVII, 1092.
121 Cantacuzenus, III, 33-40 ; 71-72.
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