Chapitre VI. La société insulaire
p. 471-533
Texte intégral
II. Les Puissants.
1Recherches prosographiques. – Les dynatoi insulaires : élite politique et notables locaux ; les gouverneurs insulaires : carrière, origines sociale et géographique ; les notables locaux : les limites de notre enquête prosographique.
III. Les rapports des Puissants avec les Faibles et avec le pouvoir impérial.
Introduction.
2La société insulaire mésobyzantine est, compte tenu de l’économie, une société avant tout rurale. On ne peut guère parler, au moins jusqu’à l’extrême fin du 12e siècle, d’une classe bourgeoise de commerçants ou « nauklèroi » insulaires. Les sources dont nous disposons ne permettent pas en effet de supposer l’existence de cette catégorie sociale en tant que « classe » ayant des intérêts propres1.
3Pour l’étude de la société insulaire byzantine, nous avons, par commodité, adopté la division que faisaient les Byzantins eux-mêmes entre « Faibles » et « Puissants ». Mais du fait de notre documentation, cette étude est forcément déséquilibrée : les renseignements sont maigres et dispersés pour la classe des Faibles alors qu’ils sont relativement riches et fournis pour celle des Puissants, tout au moins pour les 11e-12e siècles. Aussi après avoir tenté une rapide description des Faibles dans les îles à l’époque étudiée, nous pourrons étudier plus en détail les Puissants.
4L’essentiel de notre étude sur les Puissants sera fondée sur la recherche prosopographique. Nous essaierons de connaître l’origine géographique et sociale de l’élite politique ; nous tenterons aussi d’analyser le plus précisément possible la carrière des hauts fonctionnaires et des chefs militaires connus dans les îles. Nous considérerons les familles dont ils étaient issus, et nous nous demanderons ce que représentait leur gouvernement dans les îles. Était-ce un poste important, le début d’une promotion sociale et politique, ou bien une sinécure de fin de carrière ? Il nous paraît également intéressant de rechercher jusqu’à quel point l’élite politique s’est établie dans les îles et s’est assimilée à l’élite sociale. Nous tenterons d’ailleurs de cerner les grandes familles locales et d’examiner les liens des familles à travers les îles et avec le continent voisin. Nous procéderons donc à une étude prosopographique île par île et par groupe d’îles en reprenant le plan que nous avions adopté pour l’étude du peuplement : Iles Ioniennes, Crète, Cyclades, Eubée, Sporades et Iles nord-égéennes, Iles micrasiatiques et enfin Chypre. Cette progression géographique d’Ouest en Est nous semble en effet plus légitime qu’un plan purement alphabétique qui serait trop abstrait. Après avoir achevé ces recherches prosopographiques, nous tenterons de voir s’il existait une « société insulaire ». Cette partie centrale de notre étude sur la société byzantine, la plus documentée, constitue certainement le pivot de cette étude. Nous verrons néanmoins qu’elle ne permet pas d’embrasser l’ensemble des puissants : l’élite sociale échappe en effet en grande partie à une documentation trop politique.
5Il nous sera plus aisé de considérer ensuite le poids qu’elle représentait au sein de la société insulaire à travers l’étude des conflits sociaux qui ont bouleversé les îles à la fin de la période étudiée. Nous étudierons les rapports entre les Puissants et les Faibles à travers les crises, les révoltes et les conflits relatés par les chroniqueurs de l’époque. Il existe en effet quelques textes « historiques », notamment ceux de Nicolas Mouzalôn et de Néophyte pour l’île de Chypre, qui relatent la violence des oppositions entre les deux classes. Ce type de sources ne permet certes pas une étude très fine, mais il nous fait parfois entrevoir ce que l’étude prosopographique à elle seule ne peut révéler.
I. Les Faibles.
« νῆσον μάϰαιραν, οὐχἱ νῆσον μαϰάρων »
Mouzalôn v. 270.
6L’élément démographiquement le plus important, celui qui était le moteur économique de la société insulaire byzantine, les paysans, est hélas celui pour lequel nous avons le moins d’informations. C’est dire à quel point l’étude que nous nous proposons de faire de la société insulaire, est incomplète. Nous entamons néanmoins notre étude par la classe des Faibles, même s’ils ne peuvent être évoqués que comme une toile de fond, faute de sources qui permettraient une réelle analyse.
7Cette classe comprend un ensemble très disparate, depuis les moyens et petits propriétaires jusqu’aux salariés et esclaves. Il n’y avait rien de commun au sein de la société byzantine entre un petit propriétaire et un salarié, si ce n’est la distance qui les séparait des Puissants. Cette distance n’est d’ailleurs pas seulement économique, elle est également sociale. Il convient de rappeler ici les termes de l’importante étude consacrée à la société rurale byzantine par P. Lemerle : « Mais de même que les puissants ne sont pas nécessairement des riches, les faibles ne sont pas nécessairement pauvres... Si l’on veut parmi eux désigner vraiment les pauvres, on emploie le terme « aporoi » indigents, qui s’applique aux civils dont la fortune n’atteint pas 50 nomismata, et aux stratiotes dont le patrimoine n’atteint pas une valeur de 4 livres »2. A l’origine, ceux que les textes législatifs désignent comme « faibles » étaient les habitants du chôrion, classe de petits et moyens propriétaires s’opposant aux puissants, qui usaient de leur pouvoir pour pénétrer dans la commune3. C’est donc par cette catégorie que nous allons commencer notre étude de la classe des faibles.
8Des petits et moyens propriétaires insulaires du 8e au milieu du 10e s., nous ne savons rien, faute de sources. C’est seulement à partir du milieu du 10e s. que nous commençons à glaner quelques renseignements.
9Les « stratiotes » et les « plôïmoi » constituaient dans les îles du milieu du 10e s. un élément important parmi les moyens propriétaires. La novelle de 947 précise en effet que les marins des thèmes de la Mer Egée, de Samos et des Kibbyrhéotes doivent posséder au minimum un bien de quatre livres4. Or à cette époque le monde insulaire égéen est pratiquement couvert par ces trois thèmes. Il existe donc au milieu du 10e s. dans les îles une classe relativement importante de moyens propriétaires qui remplit de plus une fonction dans la vie de l’Empire, celle de défendre ses provinces. Nous n’avons plus mention des « plôïmoi » au cours des 11e et 12e s., si ce n’est dans un acte de Patmos de sept. 11585 où les moines se plaignent de ce que le duc de Samos leur réclame des « plôïmoi » dont ils n’avaient jamais entendu parler depuis la fondation du monastère. A cette époque il est évident que les « plôïmoi » ne désignent plus les marins détenteurs d’un bien de quatre livres, et n’ont plus rien à voir avec l’obligation du service armé imposé aux détenteurs de la strateia maritime. Il s’agit tout simplement des contributions versées par les détenteurs de biens fonciers dans les régions maritimes6. Rappelons que la seconde moitié du 11e s. fut un tournant à cet égard : les détenteurs de la strateia maritime ne fournissaient plus d’hommes, mais des sommes d’argent qu’acceptaient des officiers corrompus7. A la fin du 11e s. les plôïmoi n’étaient plus tels qu’on les entendait au milieu du 10e s., et du même coup ces moyens propriétaires n’étaient plus protégés par l’ensemble de la législation qui avait permis leur essor.
10On doit s’interroger sur le chiffre de la population qui au 10e s. était représenté par ces plôïmoi, et se demander si ce chiffre était important par rapport à l’ensemble de la population insulaire.
11Nous possédons le compte des marins des trois thèmes de la Mer Egée, de Samos et des Kibbyrhéotes engagés dans les expéditions de 911 et de 9498, c’est-à-dire à l’époque où les plôïmoi représentaient une réelle force dans la flotte de l’Empire. En 911 le thème de Samos fournissait 4 000 hommes d’active plus 1 000 de réserve, celui de la Mer Egée 3 000 hommes d’active plus 1 000 de réserve, et celui des Kibbyrhéotes 5 600 hommes plus 1 000 de réserve. Ces trois thèmes englobaient, nous l’avons dit, la plus grande partie des îles de l’Egée, mais également la plus grande partie du littoral asiatique, ce qui rend difficile l’interprétation de ces chiffres. Néanmoins si nous considérons l’importante superficie de ces régions de recrutement, nous sommes bien obligé d’avouer que ce chiffre est relativement faible par rapport aux régions concernées et très semblable à celui du recrutement des stratiotes pour l’ensemble des thèmes de l’Empire9. De plus les chiffres cités dans l’expédition de 949 sont nettement inférieurs à ceux de 911 (le tiers environ), et l’on peut donc invoquer pour l’expédition de 911 (qui était de grande envergure et non limitée à la reconquête de la Crète) une mobilisation presque totale des effectifs disponibles. Il apparaît donc que les plôïmoi, comme les stratiotes, ne constituaient pas à eux seuls une classe dominante de la société, mais qu’ils étaient intégrés, à cette époque, à une classe dominante de moyens et petits propriétaires. Les chiffres mentionnés confortent donc l’impression que l’on retire de la lecture des textes législatifs qui tendent à les protéger des puissants de la même façon que l’ensemble des habitants du chôrion.
12Dans les îles de Crète ou de Chypre où les ploïmoi ne sont pas mentionnés10, nous avons affaire en revanche aux stratiotes. Rappelons à cet égard la colonisation massive de la Crète, lors de la reconquête byzantine, par des soldats arméniens, russes, slaves et romains venus de tout l’Empire11. Il est probable qu’on leur donna alors un lot de terre équivalent à 4 livres d’or ou plus12. Les textes malheureusement sont muets sur cette opération. Leur sort est en revanche évoqué au début du 12e siècle dans l’île de Chypre, île dont l’évolution sociale dut être assez proche de celle de la Crète à la même époque. Avant de nous interroger plus avant sur la réalité que recouvre le terme de « stratiôtès » à Chypre au 12e s., il convient de brosser un tableau des petits propriétaires de l’île à cette époque. Grâce au témoignage de Nicolas Mouzalôn, archevêque de l’île, nous savons à quel point de misère ils étaient alors parvenus. Tout d’abord ils étaient accablés par le fisc : « Ils ne mangent pas ce qu’ils récoltent ; ils ne boivent pas ce qu’ils vendangent ; toute leur richesse est aux mains des maudits percepteurs »13. Ainsi en plein 12e siècle, à l’époque où l’accroissement de la grande propriété s’exerce aux dépens des petits et moyens propriétaires, où les chôria libres tendent progressivement à devenir des « chôria domaniaux » et où les petits propriétaires sont contraints de rechercher la protection des puissants jusqu’à devenir leurs parèques, nous constatons que ces petits et moyens propriétaires, habitants du chôrion, constituent une réalité économique bien vivante sur laquelle l’État s’appuie toujours. Et Mouzalôn explique comment, à cette époque encore, la « solidarité fiscale » est partagée par les membres du chôrion : quand les fonctionnaires du fisc se trouvent devant le cas d’un paysan qui a déguerpi, « un autre souffre à sa place... c’est ce qu’on appelle, dit Mouzalôn, allèleggyôs »14. Devant le déguerpissement et l’abandon des terres, l’État tente de réagir par tous les moyens : non seulement il continue de faire jouer le principe de la solidarité fiscale, mais encore il tente d’établir de nouveaux « stratiotes ». Si au 12e s. la strateia ne correspond plus à la réalité militaire du milieu du 10e, il n’en reste pas moins qu’elle correspond à une réalité économique et fiscale liée à la détention d’une terre « laïque ». Et Mouzalôn s’indigne alors de ce que le « phorologos » de l’île ait encouragé un moine à quitter l’habit et l’ait imposé d’une strateia15. Cette notion de « strateia », comme contribution fiscale grevant les terres laïques16, apparaît également à travers les documents officiels de l’époque : lorsqu’en avril 1088 Christodule échange avec le fisc les terres qu’il détenait à Kôs contre l’île de Patmos17, un recenseur est chargé d’une part d’exempter de la strateia quiconque à Patmos s’y trouvait soumis avant avril 1089 et d’y soumettre en revanche les paysans des anciens domaines de Christodule à Kôs, devenus terres du fisc18. Il convient de noter ici que les « parèques du fisc » étaient donc soumis à la strateia, ce qui n’est pas réellement étonnant quand on sait par ailleurs que ces mêmes parèques pouvaient être enrôlés et participer aux expéditions militaires19. Ainsi dans les îles à la fin du 11e s. nous avons l’exemple, pour les terres du fisc, de la « strateia » à la fois comme obligation fiscale et comme obligation militaire.
13Excepté ces quelques informations fragmentaires, nous ne savons pas grand chose de cette catégorie des petits et moyens propriétaires qui devaient pourtant représenter une importante assise sociale du 8e au 10e siècle dans les îles, et qui étaient loin d’avoir entièrement disparu aux 11e-12e siècles, comme nous avons pu le constater en Chypre. Rappelons que cet état est dû avant tout aux sources à notre disposition que sont les archives des grands monastères, seule source détaillée en ce qui concerne le statut des terres. Les textes de lois ne concernent pas les îles en particulier, et les autres sources (Chroniques, Correspondances, Vies de Saints) n’apportent que quelques touches disparates.
14Nous glanons çà et là quelques exemples de petits ou moyens propriétaires, mentionnés la plupart du temps à l’occasion des donations qu’ils faisaient aux grands monastères. Nous citerons ainsi à Skyros le koubouklèsios Jean, dignitaire subalterne, qui transforma sa maison en petit monastère et qui voulut en faire don à un moine de Lavra20. A sa mort, sa veuve, Glykéria, y ajouta sa terre de pâture, et eut des démêlés avec l’évêque de l’île, qui n’acceptait pas la mainmise de Lavra21. Il me semble que ces petits notables qu’étaient le koubouklèsios et son épouse faisaient bien partie de la classe des Faibles. Ils étaient intégrés en effet à une communauté villageoise, même s’ils pouvaient y être considérés comme des « coqs de village ». Et je me demande justement si le conflit de ces gens-là avec l’évêque de l’île ne provient pas de la rupture de leur solidarité économique, à partir du moment où ils transforment leur maison provinciale en petit monastère et le lèguent à Lavra. Rappelons en effet qu’un des griefs qui était formulé contre eux était celui d’avoir transformé une maison profane en monastère22. Il est impossible de ne pas évoquer ici les dispositions de la Novelle de Basile II de 996, qui ne permettaient pas qu’un « euktèrion » bâti par un petit propriétaire villageois fût transformé en monastère parce qu’il était alors facilement accaparé par un puissant23.
15En Crète, à l’extrême fin du 12e s., en 1193, nous avons l’exemple de deux petits propriétaires, Léon Staurakiôtès et Kôstas Psèlos, membres du chôrion de Sillamos, qui vendent leur vigne à un certain Léonce Orestès, étranger au village, car ils n’avaient trouvé aucun acheteur « parmi les proches et même plus loin »24. Preuve une fois de plus qu’à la fin de la période étudiée la communauté villageoise de petits propriétaires libres était encore une réalité économique et sociale.
16Autre exemple de cette communauté villageoise bien soudée et, toujours en Crète, celle du chôrion de Menikos en 1118, sans que l’on sache s’il s’agit ici de petits propriétaires libres ou de parèques25. Quel qu’ait été leur statut précis, nous constatons qu’ils forment une entité juridique face au grand propriétaire Achille Liménitès : l’ensemble du village est cité à la barre du tribunal en tant que « membres du chôrion » et obtient, par décision du katépanô Jean Helladikos, satisfaction d’un contentieux qui dure depuis quinze ans. Cet exemple en rappelle un autre presque contemporain, où il s’agit cette fois de la communauté des parèques de deux agroi de Léros (Polouphoutè et Kourounôn) dressée contre le grand propriétaire de l’île qu’est à cette époque le monastère de Patmos. Le litige concernant une terre de pâture est réglé une première fois en avril 1089 par division de la terre de pâture entre les deux parties, et une seconde fois entre 1097 et 1109 aux torts de la communauté des parèques de Kourounôn, qui avaient laissé paître leurs bêtes sur une terre appartenant au domaine de Parthénion26. Néanmoins les parèques de Kourounôn obtinrent alors le pardon d’autant plus que nombre d’entre eux se trouvaient alors en expédition militaire.
17Très proches en effet à beaucoup d’égards des petits propriétaires libres se trouvent les parèques du fisc ou même ceux des grands domaines privés. D’ailleurs à partir du moment où nombre de chôria ont été englobés progressivement dans la grande propriété et sont devenus « domaniaux », il est pratiquement impossible de savoir si les habitants de tel ou tel chôrion mentionnés dans les documents, sont des paysans libres ou dépendants. Tel est le cas de la plupart des villages cités dans le testament de Xénos en 1027 : excepté le chôrion de Mouselas dont nous connaissons le nom des détenteurs, les Mesostablitai, nous ne savons rien du statut des habitants des autres villages de Kalamnôn, de Pègè, de Kouphos27. On pourrait en dire autant de l’ensemble des villages cités dans l’inventaire des biens de la Théotokos de Krinia en Chypre : nous ne savons pas quel était le statut des chôritai de Paramèda, Thrinea, Lithiko etc…28. Il est probable que l’ensemble des chôria étaient alors divises entre les grands propriétaires de l’île et que leurs habitants avaient désormais le statut de parèques, mais nous ne pouvons complètement exclure l’existence, même au 12e s., de petits ou moyens propriétaires libres. Et l’on peut supposer qu’à une certaine époque, il pouvait exister des chôria « mixtes » dont une partie des habitants étaient des petits propriétaires redevables devant le fisc, et l’autre, des parèques qui versaient l’ensemble de leurs redevances au grand propriétaire dont ils dépendaient. Entre les deux catégories se situent les parèques du fisc qui, comme nous l’avons vu pour ceux de Léros, avaient un statut intermédiaire.
18Nous n’avons pas dans les îles l’exemple d’un petit propriétaire qui, à la suite d’une ascension économique et sociale, soit devenu un puissant comme ce Philokalès dont la fortune immense finit par être confisquée par Basile II, quoique nous discernions à travers nos documents l’ascension sociale et économique des grandes familles de Crète, comme les Chrotatzis ou les Hagiostephanitès. Mais au moment où ils sont mentionnés, c’est-à-dire à l’extrême fin du 12e s., ils sont déjà devenus des puissants. Les seuls exemples d’ascension économique que nous ayons sont ceux des moines qui paraissent effectivement démunis au départ et qui, peu à peu, arrivent à constituer pour leur monastère une fortune non négligeable. Il convient de citer ici Jean Xénos en Crète au début du 11e s. qui commença par défricher une forêt pour y élever sa première église et acquit peu à peu des domaines dans toute la Crète, qu’il disputa pied à pied aux habitants des lieux où il avait choisi de s’installer. Néanmoins ce n’était pas un « faible » que ce Jean Xénos, malgré les apparences, car nous savons qu’il était issu d’une famille « riche ». D’autre part, à l’époque de la reconstruction de l’Église de Crète où se situe son action, il n’eut aucun mal à obtenir les faveurs impériales et locales, épiscopales ou laïques29. Si nous prenons un peu plus tard l’exemple de Christodule, nous en retirons une impression très similaire. Certes au départ Christodule n’était qu’un tout petit propriétaire à Kôs en 108530 : il possédait le lieu-dit Kastellion-Kastrianon soumis à un impôt d’1 /4 de nomisma et le lieu-dit Pèli qui devait une redevance également d’1 /4 de nomisma, ce qui ne peut correspondre qu’à un très modeste bien-fonds. Néanmoins Christodule avait à cette date un long passé. Moine du Latros réfugié à Strobèlos, il avait rencontré là Arsénios Skènourès dont il acquit, à Kôs, nombre de biens. Il était connu de l’empereur qui lui proposa la direction de la montagne dite Kellia et Zagora avant de lui donner Patmos31. Et puis, toujours grâce à ses amis et à la faveur impériale, il put obtenir les deux domaines Parthénion et Téméneia, ainsi que le kastron de Pantélion à Léros32. Et comme pour Xénos, l’exemple de Christodule ne peut être réellement considéré comme l’exemple de l’ascension économique d’un faible, même s’il y a nombre de traits communs entre les deux. La différence essentielle consiste certainement dans la mise de fonds au départ. Souvent les moines sont issus en réalité d’une riche famille. Souvent ils ont un capital à investir. Souvent enfin, même leur origine sociale n’est pas négligeable : leurs parents peuvent être d’importants dignitaires ou fonctionnaires de l’Empire. C’est néanmoins en Chypre que l’on trouve, plus qu’ailleurs, à l’époque étudiée l’exemple de moines d’origine modeste qui ont su gravir les échelons de l’ascension sociale et économique. Je prendrai l’exemple du fameux Néophyte le reclus qui ne savait ni lire ni écrire à l’âge de dix-huit ans, qui fut employé à cultiver les vignes d’un domaine du monastère de Koutzovendi et apprit alors les rudiments de l’instruction religieuse33, ce qui lui permit d’être promu au grade modeste de « parecclésiarque ». Désirant voguer vers des Lieux Saints, il alla à Paphos pour trouver un bateau et y fut arrêté alors qu’il n’avait que deux nomismata en poche. En 1159, alors âgé de vingt-cinq ans, il commença sa vie de reclus. Et peu à peu des cellules furent aménagées et décorées dans la grotte appelée Enkleistra. L’importante construction que l’on connaît aujourd’hui n’a été réalisée qu’assez tardivement comme en témoigne le Typikon, qui mentionne constamment les problèmes financiers auxquels se heurtaient Néophyte et ses disciples. Il faut souligner ici, comme d’ailleurs dans le cas de Neilos pour la fondation du monastère de Machairas à la même époque, le rôle primordial des élites locales : c’est Basile Kinnamos, évêque de Paphos, qui permit à Néophyte grâce à une rente suffisante de fonder l’Enkleistra et c’est Nicétas Hagiostéphanitès, évêque de Tamassos, qui désigna Neilos comme higoumène de Machairas34. Ces moines acquirent l’un et l’autre une si grande notoriété qu’ils furent chacun en leur temps archevêques de l’île. Ils illustrent donc assez bien l’ascension économique et sociale d’un type de faibles. Notons pourtant que si Néophyte était un chypriote, il n’en est pas de même de Neilos dont nous ne connaissons pas l’origine, mais qui fait partie de cette cohorte de moines qui se rendaient aux Lieux Saints et qui s’arrêtaient par Providence dans l’île de Chypre ou dans d’autres îles pour y fonder églises et monastères. La colonisation monastique des îles par des étrangers est un trait spécifique de l’époque étudiée.
19Si nous n’avons d’exemple concret que pour les moines, il semble pourtant que l’ensemble de la société insulaire de l’époque étudiée était loin d’être un monde figé. Le petit propriétaire écrasé d’impôts pouvait tomber dans le dénuement le plus complet, abandonner sa terre ou s’en faire déposséder par un puissant, comme en témoigne Mouzalôn pour Chypre au début du 12e siècle. Le puissant pouvait également être obligé de quitter sa terre, d’abandonner ses immenses richesses qui pouvaient être confisquées par l’empereur ou par un gouverneur quasiment indépendant du pouvoir central : Néophyte en témoigne pour Chypre35 à l’extrême fin du 12e s. sous Isaac Comnène ; en témoignent également le testament de Théoktistos et les requêtes de son successeur à l’empereur en 1157- 115836 concernant les exactions des gouverneurs de Samos. Et il n’est pas interdit de penser non plus, quoique nous n’en ayons pas d’exemple précis, que dans les îles il y eut pendant la période étudiée nombre de « Philokalès », qui, partis de peu, parvinrent, à l’égal des moines que nous avons cités, à se constituer une grande fortune.
20Parmi les faibles, nous plaçons également les parèques, paysans dépendants, qui néanmoins détenaient un capital foncier fort différent, selon qu’ils étaient « zeugaratoi », « boïdatoi » ou « pezoi ». De plus certains paysans pouvaient être à la fois parèques d’un domaine et petits propriétaires ailleurs.
21Les archives conservées mentionnent nombre de parèques dans les domaines des monastères de Patmos, de Chios (il s’agit dans l’île même de Juifs dont le statut était assimilable à celui des parèques), dans ceux de l’Église de Corfou, et enfin nous connaissons des parèques du fisc.
22Chronologiquement nous n’avons pas mention de parèques avant le 11e siècle. Là encore la faute en est aux sources conservées, puisque les archives de Chios et de Patmos, nos seuls documents d’archives importants pour notre sujet, ne sont pas antérieures au 11e s., et même au milieu du 11e siècle. Mais dans la mesure où il faut nécessairement lier l’extension de la paréquie à l’accroissement de la grande propriété, il est probable que cette catégorie sociale ne commença à devenir réellement importante qu’au 11e s. Les premières dispositions impériales concernant le monastère de Patmos interdisent au monastère de détenir des parèques dans l’île : tels sont les termes du chrysobulle d’Alexis I en avril 108837. Les moines ne sont autorisés qu’à engager des « salariés » célibataires. Or avant même l’année 1091 une partie de ces dispositions n’était plus respectée : les moines engagent alors pour les travaux du monastère des hommes « mariés »38. S’agissait-il de salariés ou de parèques ? La question se pose d’autant plus que nous avons un document d’avril 1089, émanant du recenseur de Kôs, qui exempte de la « strateia » tous les habitants de Patmos qui y étaient soumis auparavant : suivent les noms de douze chefs de familles39. Ces habitants de Patmos étaient-ils déjà établis dans l’île avant l’arrivée de Christodule ? Ils seraient le cas échéant des petits propriétaires libres, qui deviennent en 1089 des parèques dépendants du monastère et se trouvent en conséquence exemptés de la strateia. Ou bien faut-il penser que ce sont des parèques amenés par Christodule, et qu’ils étaient jusque-là soumis à la strateia40 ? La mention d’une veuve comme chef de famille et le patronyme de Patmiotès que porte un autre chef de famille vont néanmoins à l’encontre de cette dernière hypothèse. De toute façon ces gens sont devenus ou sont restés des parèques, et il ne peut s’agir en aucun cas de salariés, alors que la lecture de l’Hypotypôsis de Christodule de 1091 donne l’impression, au contraire, que les gens recrutés par le monastère sont des salariés41. En effet selon les termes de ce document, Christodule accueillait des laïcs mariés pour la construction du monastère : ceux-ci devaient résider dans une partie de l’île éloignée du monastère, venir travailler cinq jours durant au monastère et retourner à leur foyer pour la fin de la semaine. On ne voit nulle part dans ce texte une allusion aux terres détenues par lesdits laïcs. S’il s’agit bien de parèques, leurs tenures se trouvaient alors dans la partie de l’île où ils habitaient. Mais dans ce cas comment interpréter leur travail au monastère qui était davantage celui de maçons ou de terrassiers que celui de paysans ? Il n’est pas plus vraisemblable d’imaginer que leurs tenures aient été distinctes du lieu d’habitation et situées près du monastère. Une solution beaucoup plus séduisante consiste à considérer qu’il y avait dans l’île à la fois des parèques du monastère et des salariés laïcs et mariés, engagés pour la construction des bâtiments. Les parèques étaient en 1089 les douze familles citées plus haut.
23Le chrysobulle d’avril 1088 de donation de l’île de Patmos à Christodule le confirmait dans ses possessions de Léros et de Leipsos, mais ne donnait aucune précision sur les exploitants de ces biens-fonds. Le recensement qui en est fait, entre juin 1087 et sept. 108842, mentionne l’existence dans le domaine Téméneia de Léros de constructions sommaires destinées l’une au logement des parèques, l’autre au logement des salariés, preuve ici encore que le monastère engageait des salariés en plus des parèques. D’autre part une lysis d’Alexis I de juillet 1099, confirmée par un acte de mars 114543, accordait au monastère la liberté d’établir douze parèques dans l’île de Léros. Si l’ensemble de ces documents témoigne du mode d’exploitation des domaines du monastère, il nous renseigne également sur les conditions de vie des parèques qui leur étaient attachés. Si du point de vue juridique, le parèque détient en effet la possession d’une terre contre un ensemble de prestations versées au propriétaire, l’acte de recensement nous apprend néanmoins que le mode de vie du parèque établi dans un « proasteion » (même s’il s’agit d’un parèque zeugaratos) n’était pas très éloigné de celui du salarié. Les parèques du domaine de Téméneia habitent, comme les salariés, dans des constructions assez sommaires, dispersées à l’intérieur du domaine. Dans le proasteion en effet, il existait un seul propriétaire, le maître du domaine, qui résidait en dehors dudit proasteion : le parèque avait alors un genre de vie proche du salarié. Mais il est vraisemblable que dans un village devenu domanial, les parèques vivaient de la même façon que les anciens petits propriétaires : dans un chôrion « mixte » du 11e ou du 12e s. peu de choses séparait dans la vie quotidienne le parèque du petit propriétaire, alors que l’ouvrier agricole était un marginal. Ainsi à travers les documents étudiés, il nous est apparu qu’il y avait finalement plus de distance entre le parèque d’un chôrion devenu domanial et le parèque d’un proasteion qu’entre les anciens petits propriétaires (et paysans libres du chôrion) et les nouveaux parèques du même chôrion. Nous avons d’ailleurs souligné à quel point, s’agissant de « chôritai » au 12e siècle, il était difficile de savoir s’ils étaient des paysans libres ou dépendants. Ils formaient, quel qu’ait été leur statut par rapport à la terre qu’ils détenaient, une personnalité juridique, et même une entité économique44. Et la diversité de fortune des parèques était bien comparable à celle des petits propriétaires. Pourtant il s’agissait bien de deux catégories sociales distinctes, ayant des intérêts distincts et des réactions différentes face au pouvoir.
24Assimilables aux parèques étaient les Juifs de Chios. C’étaient en effet des paysans dépendants du monastère de la Néa et les termes du document qui les attribue au monastère sont très comparables à ceux que l’on trouve dans les actes de donation de parèques. Les Juifs sont en effet « eleutheroi » et ils bénéficient de la complète « exkouseia ». Aucune autorité étrangère au monastère ne peut les soumettre à quelque charge ou corvée que ce soit45. Il y avait quinze familles recensées en juillet 1049 qui détenaient chacune, selon toute probabilité, une tenure, mais nous n’avons aucun renseignement sur l’étendue de la terre qui leur était attribuée. Nous savons simplement que ces familles étaient tenues de rester dans les habitations appartenant au monastère46. Cette dernière restriction les différencie des parèques qui pouvaient en effet détenir une terre propre et une habitation propre en dehors du domaine dont ils étaient les parèques. Ce n’était pas le cas de ces familles juives, ni non plus, il convient de le rappeler, des parèques du monastère de Patmos à Léros, qui, était-il précisé dans les documents, ne détenaient aucune terre propre47.
25Les parèques du fisc dans l’île de Léros avaient un statut différent de celui des parèques du monastère de Patmos. D’une part comme tous les parèques du fisc, nous savons qu’ils étaient redevables au fisc de toutes leurs prestations et n’en étaient point exemptés comme les parèques des grands domaines. Il n’est pas évident néanmoins qu’ils fussent défavorisés par rapport aux « exemptés » des grands domaines monastiques, car si ces derniers étaient bien exemptés vis-à-vis du fisc, on ne sait s’ils l’étaient en réalité ou si c’est le monastère qui, à travers eux, bénéficiait d’un statut tout à fait privilégié. Nous avons évoqué d’autre part la personnalité juridique de ces parèques du fisc, et nous voyons en effet que le recenseur de Léros les considère à égalité, de ce point de vue, avec les moines de Patmos. Rappelons, à cet égard, cette terre de pâture appartenant au domaine Parthénion que les parèques de l’agros de Kourounôn revendiquaient et qu’ils n’ont finalement pas obtenue aux termes du sigillion de Nicétas Katakalôn48. Nous avons également fait remarquer que les parèques du fisc, aussi bien à Léros que dans l’île de Kôs, étaient soumis à la « strateia » contrairement aux parèques des grands monastères, exemptés à la fois de strateia et de ploïmoi. Nous avons même constaté que la strateia pouvait devenir un service réel effectué par les parèques du fisc en cas de danger, comme il en fut de ceux de l’agros de Kourounôn entre 1097 et 1109. Il existait donc une réelle différence de statut entre les parèques, tout au moins entre ceux des grands monastères et ceux du fisc, car nous n’avons aucun document concernant les parèques de grands domaines laïques. Est-ce dire pour autant que leur vie quotidienne en dehors du temps de guerre fût très différente ? Je ne le pense pas. Dans une île comme Léros par exemple, où il semble bien qu’à la fin du 11e s. tous les paysans étaient soit des parèques du fisc soit des parèques de Patmos, ils avaient un mode de vie très comparable. Nous avons en effet mention de deux petites forteresses, l’une, le kastron Pantélion, attribuée au monastère, l’autre, le kastron Lépida, attribuée nous dit-on, aux « insulaires »49. Il semble bien que ces petites forteresses n’étaient pas un centre d’habitation permanent : l’indigence des bâtiments en témoigne50. Elles servaient uniquement de refuge quand l’île était menacée51. Et le reste du temps les parèques du fisc, comme ceux du monastère, habitaient sans doute le même genre de bâtiments ou de hameaux dispersés à l’intérieur de l’île. Il est probable que les structures du paysage agraire ne s’étaient guère transformées depuis des siècles quand bien même les propriétaires avaient changé. A Léros en effet le fisc avait succédé aux grands propriétaires laïques, et avait lui-même cédé la place à la grande propriété monastique. A Corfou également, où l’Eglise s’était substituée aux épisképseis impériales, les parèques qui lui étaient désormais attribués habitaient les mêmes maisons52 ; et les biens-fonds de Christodule à Kôs passèrent avec leurs habitants aux mains du fisc... Il reste néanmoins fort difficile d’appréhender le mode de vie des paysans insulaires à travers notre documenttion si fragmentaire, qu’ils fussent par ailleurs libres ou dépendants.
26Tout en bas de l’échelle sociale, non seulement « faibles », mais également « aporoi », tels étaient les salariés des grands domaines. Citons ceux qui nous sont connus dans les propriétés du monastère de Patmos dans l’île même, ou à Léros et à Leipsos53. De la même façon le monastère de Machairas en Chypre, qui avait obtenu vingt-quatre parèques exemptés, employait néanmoins nombre de salariés pour l’exploitation de ses terres et de celles de ses métoches54. Ainsi il n’y a pas de doute qu’au 12e s. les grosses unités économiques qu’étaient les monastères utilisaient encore largement, malgré l’introduction progressive de la paréquie, le système d’exploitation directe au moyen de salariés. A ces salariés il faut ajouter également, et même jusqu’à la fin du 12e s., les « esclaves ». Si une grande partie d’entre eux étaient des esclaves « domestiques », d’autres étaient employés à l’exploitation des terres : on mentionne, à côté des parèques exemptés, soixante « hagiodouloi » donnés à l’Église de Corfou, et Néophyte raconte également que les grands propiétaires laïques de Chypre possédaient une foule d’esclaves dans la seconde moitié du 12e s.55.
II. Les Puissants.
27Dans cette étude des « dynatoi » insulaires, nous écartons le cas du monastère en tant que tel. Si au regard de sa richesse et de ses privilèges immenses, le grand monastère fait sans aucun doute partie des puissants, il s’agit néanmoins d’une entité constituée d’un ensemble d’individus de statut très différent, dont seuls les moines fondateurs qui ont acquis richesse et puissance nous intéressent. Nous analyserons l’ascension de ceux-ci à travers l’ensemble de notre étude prosopographique quand les sources nous le permettront. C’est en effet par des recherches prosopographiques les plus détaillées possibles que nous abordons ici l’étude des puissants. Nous allons dresser le répertoire île par île, comme nous l’avions annoncé, de tous les grands propriétaires, notables, fonctionnaires connus, et également de tous les fondateurs de monastères ou d’églises que nous connaissions, car ils faisaient souvent partie de la classe des puissants56. Cette recherche nous permettra de connaître l’origine des dynatoi insulaires. Nous verrons ainsi s’ils étaient originaires de l’île où nous les trouvons mentionnés ou s’ils venaient de la capitale ou du continent voisin. Nous verrons également si leur établissement dans les îles était temporaire ou définitif. Et enfin nous pourrons poser la question de l’homogénéité de cette élite politique et sociale.
1) Recherches prosopographiques.
Iles Ioniennes
28Mousoulikès 57
29Stratège de Céphalonie en 880, il est mentionné dans une expédition contre les Arabes de Calabre : un passage de Léon le Grammairien mentionne à propos des mêmes opérations militaires un certain Eupraxias Môsilikès stratélate de Sicile, qui est ailleurs mentionné comme stratège de Sicile et stratopédarque. L’ensemble de ces témoignages nous invitent à réexaminer le texte du continuateur de Georges le Moine sur lequel se sont appuyés D. Zakythinos et N. Oikonomidès pour distinguer Eupraxias stratélatès de Sicile et Mousoulikès stratélatès de Céphalonie : il s’agit en fait d’un seul et même personnage Eupraxias Mousoulikès stratélatès de Sicile et de Céphalonie en 880.
30Symbatikios 58
31Mentionné en 892 comme stratège de Macédoine, de Thrace, de Céphalonie et de Longobardie, ce personnage est selon nous distinct de Léon Symbatikès, archôn de Chypre en 911-912. Il faut néanmoins noter que ces personnages sont presque contemporains et qu’ils portent tous les deux le titre de protospathaire.
32Michel Ghersonitès 59
33Stratège en 968 il réside à Corfou. Selon Liutprand, le personnage tire son nom de Cherson. Il s’agirait ici d’un personnage dont la famille était originaire de la ville ou de la province de Cherson.
34Nicétas 60
35Stratège de Céphalonie sous Basile II, il est vraisemblablement originaire du thème de Strymon : il a en effet donné à Lavra cinquante parèques qu’il possédait dans le thème de Strymon.
36Kontoléôn 61
37Stratège de Céphalonie autour de 1010, il est issu de la célèbre famille arménienne Tornik, de la branche des Taronites. Il aurait été également katépanô de Bari (après le gouvernement de Basile Argyros) : une charte de 1019 mentionne Tornik Kontoléôn protospathaire et katépanô d’Italie. Déjà en 1011, lors de la sédition de Mélès, Kontoléôn, alors stratège de Céphalonie, était parti redresser les affaires des « Romains » en Italie aux côtés de Basile Argyros, alors stratège de Samos. En 1024 Kontoléôn Tornikios est protospathaire et stratège de l’Hellade.
38Stéphanos 62
39Prêtre, il a fondé l’élise des Saints Jean et Sosipatros à Corfou.
40Nicolas 63
41Ce personnage est attesté en 1074-1075 pour avoir fait construire et décorer l’église de Saint-Mercure située près du village d’Hg. Markos à Corfou. Si certains ont interprété la mention de « Drôngarios » comme un patronyme, nous inclinons à penser que la juxtaposition de ce terme au prénom du fondateur sans article révèle son titre de drongaire. Notons néanmoins que l’existence du patronyme « Drôngarios » à cette époque pouvait se justifier au même titre que celle du patronyme « Droungaropoulos » attesté à la même époque.
42Alexis 64
43Duc de Corfou en 1104-1105, il était originaire du thème des Arméniaques.
44Constantin 65Métropolite de Corfou au 12e s., neveu du métropolite de Nicée.
45Nicolas Kontodonatos 66
46En mars 1100, il fit construire l’église Saint-Démètrios à Pourko dans l’île de Cythère. Ce personnage était-il originaire de l’île ou venait-il du Péloponnèse ? Le nom de « Kontodonatos » est inconnu par ailleurs.
47Nicolas Eudaimonoiannis 67
48Puissant de Cythère au 12e s.?
Crète
Les Fondateurs
49Jean Xénos 68
50Moine de la fin du 10e s. et du début du 11e, il a fondé le monastère de la Théotokos Antiphonètria de Myrioképhalon et lui a adjoint de nombreux métoches à Mélikos, Arion, Mousélas, Kouphos, Opisô Aigialon. Il était né en Crète, d’une riche famille.
51Nikôn le Métanoeïte 69
52Moine originaire de Paphlagonie, il quitte l’Orient qu’il avait parcouru pendant trois ans pour évangéliser la Crète au lendemain de la reconquête. Il construisit une église en l’honneur de Sainte Photeine à trois jours de marche de Gortyne.
Les gouvernants
53Philarète Brachéôn (Brachamios) ? 70
54Protospathaire et stratège de Crète, il authentifie un acte de 1027. N.B. Tomadakis identifie ce personnage avec Philarète Brachamios, personnage bien connu, qui fut gouverneur de Mélitène et d’Edesse, puis d’Antioche à la fin du 11e s. (entre 1068 et 1086), et qui est mentionné comme couropalate dès 1078-1081. S’il s’agit bien du même individu, il faut situer son gouvernement de Crète avant 1068, puisqu’il y est alors désigné du titre de « protospathaire ». On doit néanmoins retenir une autre hypothèse : le Philarète Brachéôn mentionné comme stratège de Crète aurait effectivement exercé son gouvernement en 1027, lors de la rédaction du document dans lequel il appose sa signature. Il serait alors le grand père du personnage bien connu.
55Eumathios 71
56Protospathaire et stratège de Crète, il authentifie un acte de 1027. On doit rappeler ici une inscription du 11e s. mentionnant « Eumathios protospathaire et stratège de Crète ». Cet Eumathios dont le patronyme n’est pas connu fut stratège de Crète en 1027 ou peu après.
57Karykès 72
58Gouverneur de Crète, il fut à la tête de la révolte de 1091. Ce personnage est inconnu par ailleurs.
59Nicéphore Diogène 73
60Fils de Romain Diogène, il fut gouverneur de Crète sous le règne d’Alexis I, avant 1094, date à laquelle il fut aveuglé. On peut se demander si son gouvernement de l’île de Crète fut antérieur à la révolte de Karykès ou s’il se situe au contraire entre 1091 et 1094.
61Si l’on accepte qu’en 1093-1094 le duc de Crète était bien Michel Karantènos, il n’y a guère de place pour un gouvernement de Nicéphore Diogène entre l’été 1092 et 1094. C’est pourquoi nous optons pour une date juste antérieure au gouvernement de Karykès et à la révolte de l’île, c’est-à-dire vers 1090. Il serait alors seulement âgé de vingt ans, mais ne combattait-il pas dès l’âge de douze ou treize ans contre Robert Guiscard et à dix-huit ans contre les Petchénègues ? En revanche si nous adoptons pour le gouvernement de Michel Karantènos la date de 1088-1089, il est possible que Nicéphore Diogène ait été duc de l’île de Crète entre l’été 1092 et juin 1094.
62Michel Karantènos 74
63Vestarque de « Phouka » et duc de Crète en 1088-1089 ou en 1093-1094, il reconstruisit le kastron de Hiéron (Didymes). On doit peut-être l’identifier avec Michel katépanô de Crète connu par un sceau du 11e siècle.
64Jean Helladikos 75
65Katépanô de Crète en 1118, dit « oikeios anthrôpos » du grand duc et praitôr de l’Hellade Eumathios Philokalès.
66Jean Straboromanos 76
67Est attesté comme duc de Crète entre 1143 et 1149, et entre 1155 et 1174. Selon la Vie de Léonce, Jean Straboromanos était chargé de la gestion des impôts de Crète au nom du grand domestique Jean Axouchos sous le règne de Manuel. Or nous savons que Jean Axouchos était mort en 1151, la dernière mention que nous ayons de ce personnage datant de 1149. Voilà qui situe la première époque du gouvernement de Jean Straboromanos entre 1143 et 1149.
68D’autres témoignages indiquent une période postérieure, et en particulier la requête de Gênes à l’empereur datée de 1174, qui énumère les dommages subis par les marchands génois dans l’Empire depuis dix-neuf ans. Jean Straboromanos aurait, pendant cette période, confisqué la laine que les Génois transportaient. Au vu de ces témoignages, nous pouvons supposer soit que Jean Straboromanos a été duc de Crète de façon continue depuis 1143- 1149 jusqu’en 1155-1174, soit qu’il fut duc de Crète à deux reprises, d’abord entre 1143-1149, ensuite entre 1155 et 1174. Néanmoins si l’on considère qu’Alexis Kontostephanos est attesté comme duc de Crète en 1167, la fourchette se rétrécit. De plus si l’on remarque qu’il aurait au moins soixante ans en 1160, il est probable que les années 1155-1160 doivent avoir marqué la fin de son gouvernement en Crète. Finalement nous proposons un seul gouvernement de Jean Straboromanos en Crète de 1149 environ à 1155 environ. Rappelons enfin que quelque temps avant 1157 Jean Straboromanos et ses hommes, dits Botanioi, avaient confié leur or au monastère de Patmos, or qui fut confisqué par le duc de Samos en fonction, Pégonitès.
69Nous savons par ailleurs qu’il fut gouverneur à Andrinople et à Anchialos avant vraisemblablement d’être nommé en Crète. Jean Straboromanos était le fils de Manuel S., haut fonctionnaire et poète, qui fut grand hétériaque entre 1108 et 1118. Cette famille était liée aux Synadènos par le mariage d’une sœur de Jean Straboromanos.
70Alexis Kontostephanos 77
71Neveu de Manuel I et fils d’Etienne Kontostephanos, Alexis K., est signalé dans les synodes de 1157, 1166 et 1170. En 1161 il prend part à la campagne de Hongrie. En 1167 il est duc de Crète.
72La famille Kontostephanos est au 12e s. une famille illustre. Rappelons que plusieurs de ses membres furent chargés du gouvernement de la Crète. Leurs biens étaient, pour une part, situés dans la région du Méandre.
73Constantin Doukas 78
74Duc de Crète en 1184 et en 1192 (?) selon les « faux » documents fabriqués sous la Vénétocratie en faveur des grandes familles crétoises. Selon certains historiens, il n’y a jamais eu de Constantin Doukas duc de Crète à cette époque. Si ce Constantin Doukas avait néanmoins réellement existé, on pourrait peut-être l’identifier avec Makrodoukas, cousin d’Alexis II Comnène.
75Etienne Kontostephanos 79
76Neveu de l’empereur régnant Isaac Ange, il est attesté comme duc de Crète en fév. 1193.
77Nicéphore Kontostephanos 80
78Duc de Crète en nov. 1197. Il était apparenté aux Anges.
79Manuel Limas 81
80Métropolite de Crète à la fin du 12e s.
81Lachanas 82
82Métropolite de Crète au milieu du 12e s. La famille Lachanas est une illustre famille byzantine dont on a nombre de représentants au 13e s.
Fonctionnaires subalternes et notables
83Jean Kolikos 83
84Vestarque, il siège au tribunal de Chandax en 1118 et instruit l’affaire « Liménitès ».
85Georges Tourmarchès 84
86En 1118 il fait partie de la cour du katépanô Jean Helladikos
87Basile Aribès 85
88En 1118 proèdre et primicier, il fait partie de la cour du katépanô cité ci-dessus. Si la famille « Aribès » n’est pas connue, on trouve mention en revanche de nombreux Ariepès-Ariebès notamment à la fin du 11e s., d’origine arménienne.
89Constantin Bourtzès 86
90En 1118 ce personnage qui porte le titre de magistre fait partie de la cour du katépanô Jean Helladikos.
91Nicétas Kontorès 87
92Diacre et nomikos de Chandax en 1118.
93Dèmètrios Komètas 88
94Nauklèros, il témoigne dans l’affaire « Liménitès » en 1118.
95Michel Chrysobergès 89
96Logariastès de Crète en fév. 1193.
97Constantin Skanthès 90
98Notable vers 1150, connu pour sa sainteté. Il habitait vraisemblablement près d’un monastère fondé au nom de St-Georges.
Les grands propriétaires
99Achille Liménitès 91
100Attesté en 1118 comme grand propriétaire dans l’île de Crète, il n’appartient pas néanmoins à une grande famille. Notons que d’autres Liménitès (ou Limnitès) sont connus en Crète et dans d’autres îles.
101Les Mesostablitai 92
102Ils détenaient en 1027 le chôrion Mouselas et sa région.
103La famille Chortatzis 93
104Dans le domaine dit « Chortatzis » est attesté en 1196 l’établissement d’un puissant. Selon les termes du document qui en fait mention, ce personnage était assez influent et important pour obtenir l’ephoreia du monastère de St-Nicétas à Nèsi, situé à côté dudit domaine. Il semble donc qu’en 1196 la grande famille crétoise des Chortatzis faisait déjà partie de l’élite de la société, même si son autorité et sa puissance se développèrent au cours du 13e siècle. Nous savons qu’à cette époque elle était possessionnée dans la région de Réthymnon. Il est vraisemblable que le lieu-dit Chortatzis dans la région d’Apokôronas constitua le noyau à partir duquel cette famille acquit bien d’autres domaines.
105La famille Hagiostéphanitès 94
106Attestés comme chefs de la révolte de 1212 contre Venise, les Hagiostéphanitès étaient déjà établis en Crète à la fin du 12e s. comme en témoigne un document de 1206. A cette date en effet les Hagiostéphanitès donnent au monastère de Patmos certaines de leurs vignes qui leur ont échu par « héritage patrimonial ». La localisation des domaines des Hagiostéphanitès suscite bien des problèmes. En effet selon les faux qui consacrent le partage de la Crète entre les douze familles d’archontes, les Hagiostéphanitès seraient possessionnés dans l’Ouest de la Crète, dans l’éparchie de Selino. Or les toponymes mentionnés dans l’acte de 1206 ne se retrouvent nulle part dans cette région aujourd’hui. De plus ledit document porte la signature d’un prêtre et clerc de Knôssos-Chandax, ce qui incite à penser qu’une partie au moins de leurs biens se trouvaient dans la région de Chandax. Cette hypothèse est confirmée par leur signature dans une requête qu’ils adressent conjointement avec le peuple de Chandax au doge Pierre Zianès en 1224. Ce texte sur les malheurs de Chandax et de sa région suggère en effet qu’ils y avaient là nombre de biens. Enfin la révolte de 1212 dont ils furent les principaux chefs est née dans l’Est de l’île. Toutes ces informations montrent à l’évidence qu’ils étaient possessionnés dans l’Est de l’île, et en particulier dans la région de Chandax. Cela n’exclue pas néanmoins qu’ils pouvaient avoir d’autres biens-fonds dans l’Ouest de la Crète.
107Notons enfin que la famille crétoise des Hagiostéphanitès-Argyro-pouloi n’a aucun lien de parenté avec la famille micrasiatique des Argyres.
108La famille Varouchas 95
109Leur présence n’est attestée à la fin du 12e s. que par les faux déjà mentionnés.
110La famille Skordylis 96
111Leur présence n’est attestée à la fin du 12e s. que par les faux déjà mentionnés. Ils habiteraient, selon les mêmes documents, la région de Sphakia.
112La famille Phôkas 97
113Leur présence n’est attestée à la fin du 12e s. que par les faux déjà mentionnés. Il faut d’ailleurs noter que cette famille cappadocienne, qui a joué un rôle important en Asie Mineure au 10e s., subit une éclipse importante aux 11e-12e s. Elle réapparaît seulement en 1235 en Asie Mineure. L’île de Crète a pu être au 12e s. la terre de refuge pour nombre de ses membres.
114Les Melissènoi 98
115Si leur présence n’est attestée à l’époque étudiée que par les faux déjà mentionnés, il convient néanmoins de rappeler la présence dûment attestée de Constantin Bourtzès dès 1118 parmi les personnages influents de l’île. Or les Bourtzès avaient des liens familiaux, rappelons-le, avec les Melissènoi. Il est donc possible que les Melissènoi fussent déjà établis dans l’île à l’époque qui nous concerne, tout au moins au 12e siècle. Un Mellisènos est mentionné en 1223.
116Nicolas Daimonoiannis 99
117Sébaste, mentionné en 1223, il détenait alors la région comprise entre le fleuve Petra et Aktis. La famille Daimonoiannis était vraisemblablement établie en Crète dès le 12e s. et alliée aux Melissènoi.
118La famille Gabalas 100
119Leur présence n’est attestée que par les faux déjà mentionnés.
120La famille Kalaphatès 101
121Leur présence dans l’île de Crète n’est mentionnée que dans les faux, dits du 12e s. Ce patronyme est pratiquement inconnu par ailleurs excepté pour le surnom de Michel V.
122Les Mousouroi 102
123Également mentionnée dans les faux déjà évoqués, cette famille est inconnue par ailleurs.
124Les Lithinoi 103
125Uniquement mentionnée dans les faux, leur présence n’est pas autrement attestée dans l’île de Crète à cette époque. Cette famille est inconnue par ailleurs.
Iles Cyclades
126Nicolas Tzanzès 104
127Magistre, kritès et anagrapheus des Iles Cyclades en 1088, Nicolas Tzanzès n’est pas connu par ailleurs. La famille Tzanzès est connue dans l’Empire depuis Basile I. Elle n’est pas originaire des îles.
Andros
128Daniel Sgourismenos 105
129Attesté dans l’inscription du Taxiarque de la Mesaria en 1158, il s’agit vraisemblablement d’un notable local, quoi qu’il ne porte dans l’inscription ni titre ni fonction.
130Il convient de rapprocher Sgourismenos de la famille Sgouros (rappelons également les patronymes Sgouropoulos ou Sgouromallès). On trouve au 13e s. des représentants de ces familles établis dans le Péloponnèse et la Grèce : Léon Sgouros qui vers 1202 conquit Argos, Corinthe, attaqua l’Attique et se rendit maître de la Béotie, était originaire de Nauplie. Ainsi Daniel Sgourismenos qui vivait à Andros au milieu du 12e s. avait vraisemblablement des liens familiaux dans le Péloponnèse ou l’Attique.
131Kosmas Pikri 106
132Attesté dans l’ex-voto de l’inscription du Taxiarque de la Mesaria en 1158. On retrouve ce nom de famille en Crète à une époque plus tardive sous la forme « Pikros ».
133Constantin Monastériotès 107
134Fondateur de l’église du Taxiarque de la Mesaria en 1158, il était vraisemblablement un notable de l’île quoiqu’il ne porte ni titre, ni fonction. Nous connaissons plusieurs Monastériôtès pour les 10e-12e s. A la fin du 12e s. quelques-uns sont originaires d’Athènes.
135Irène Prasini
136Épouse de Constantin Monastériôtès, elle fonde avec lui l’église du Taxiarque. Nous ne connaissons pas de famille de ce nom à l’époque étudiée.
Naxos
137Léon 108
138Évêque de l’île, il a décoré en 1052 l’église Prôtothronos de Chalki.
139Nicétas
140Le protospathaire et tourmarque Nicétas a décoré en 1052 l’église Prôtothronos de Chalki. C’était vraisemblablement un fonctionnaire établi dans l’île.
141Stephanos Kamecharis
142Komès, il a décoré en 1052 l’église Prôtothronos de Chalki.
Eubée
143Pothos 109
144Moine au 11e s., originaire de Naôna, il habite l’Eubée et possède des biens à Thèbes. La famille Pothos est connue. Elle était d’origine athénienne. Ses trois centres d’habitation étaient, à l’époque considérée, Athènes, Thèbes et l’Eubée.
145Sisinios 110
146Proèdre, au 11e s. Originaire du chôrion Iakou, il possédait des biens à Thèbes et habitait l’Eubée. Petit-fils de l’archôn Sisinios, originaire de Thèbes, le proèdre Sisinios dont nous trouvons mention dans le Cadastre de Thèbes pourrait bien être Sisinios Léobachos, proèdre impérial d’Athènes. Or la famille Léobachos était une grande famille athénienne. Comme la famille Pothos, elle se répartissait dans les trois centres d’Athènes, de Thèbes et d’Eubée.
147Théophylacte d’Achrida 111
148La famille de Théophylacte évêque d’Achrida sous le règne d’Alexis I, était originaire d’Eubée.
149Georges 112
150Notaire d’Euripos, originaire de Strobèlos, il rédige en 1093 le testament de Christodule de Patmos.
151Ghristodule 113
152De Patmos, réfugié en Eubée en 1093.
153Basile et Constantin 114
154Moines du grand monastère d’Os. Loukas de Phocidie, ils fondèrent en 1014 le monastère d’Hg. Loukas d’Eubée, au Nord d’Aliveri, et sans doute quelques autres églises dans l’île.
155Nikodimos 115
156Moine, il a fondé la Théotokos Leukôn vers 1100.
157Dèmètrios Bardanès 116
158Évêque de Karystos à la fin 12e-début 13e s. Nous connaissons de nombreux Bardanès dans l’Empire à partir du 8e s., et nous remarquons notamment leur présence dans les régions occidentales de l’Empire à partir du 11e siècle.
159Georges Bardanès 117
160Fils du précédent, il est l’un des correspondants de Michel Choniatès. Il était vraisemblablement un grand propriétaire de la région de Karystos et gérait les biens de Michel Choniatès réfugié à Kéos.
161Manuel Beriboès 118
162Diacre de Sainte-Sophie à la fin du 12e et au début du 13e s., il appartenait à une famille originaire d’Eubée.
163Euthyme Tornikès 119
164Archonte patriarcal en 1191, il se réfugia en Eubée après l’arrivée des Latins. Nous pouvons situer ce personnage dans la généalogie des Tornikès qui étaient à cette époque de hauts fonctionnaires. Euthyme Tornikès, correspondant de Michel Choniatès, appartenait à cette famille Tornikès, descendante de la famille princière arménienne de Taron. La famille Tornikios, plus tard Tornikès, est connue depuis le milieu du 10e s., mais elle n’obtint pas de distinction honorifique avant le 11e s., date à laquelle elle s’intégra à l’aristocratie byzantine. Après une éclipse, la famille Tornikès réapparaît dans la seconde moitié du 12e s. et occupe une place importante aux siècles suivants dans la société byzantine. A la fin du 12e s. en tout cas, il semble bien que, si le noyau de la famille habitait Thèbes, leurs biens s’étendaient également en Eubée et en Attique où certains membres de la famille résidaient. Ainsi Euthyme Tornikès, après la prise de Constantinople par les Latins, est revenu en Eubée comme ses amis Nicolas Pistophilos et Manuel Beriboès, en raison des liens de famille qui l’unissaient à la grande île. Si son père était originaire de Thèbes, et son oncle Euthyme Malakès également, son grand-oncle, Théophylacte d’Achrida, était d’Eubée. De plus Euthyme Malakès, métropolite de Néopatras, avait bien des intérêts dans l’île comme en témoignent les nombreux différents qui l’opposèrent à plusieurs personnages d’Euripos.
165Chalkoutzis 120
166Premier des archontes possessionnés d’Euripos à la fin du 12e s., il était dit « archôn thematikos » et « ktèmatikos ». Sa famille était à cette époque célèbre dans toute la Grèce. Depuis la fin du 10e s. il est vrai que de nombreux Chalkoutzis se sont illustrés dans l’histoire byzantine. Nous ne savons pas néanmoins d’où cette famille était originaire. En tout cas à la fin du 12e s. elle détient des biens en Eubée et dans la Grèce.
167Balsam 121
168Évêque d’Euripos entre 1182 et 1204, il participa aux intrigues qui vers 1185 opposèrent Euthyme Malakès, métropolite de Néopatras, à divers personnages d’Eubée dont plusieurs higoumènes et un moine. Si le point précis du différent n’est pas connu, il nous semble qu’il s’agissait d’un litige sur des biens-fonds. Michel Choniatès alors métropolite d’Athènes fut chargé de régler cette affaire. Mais ne pouvant obtenir de l’évêque d’Euripos Balsam et des higoumènes de l’île qu’ils viennent à Athènes, c’est lui-même qui dut se rendre à Euripos. Nous ne savons rien de la famille de ce Balsam.
Iles Sporades et Nord-Égéennes
Skopélos
169Anastase 122
170Évêque de l’île, il a restauré l’église de la Vierge et deux autres églises en 1078.
Skyros
171Jean Pselakis 123
172Mentionné dans un acte de 1016 comme ancien archôn de l’île, il n’appartient pas à une famille connue.
173Léon Gournakis 124
174Oikodespotès de l’île en 1016, il n’appartient pas à une famille connue.
175Léon Sarakostènos 125
176Notable de l’île, vraisemblablement d’origine locale, il appose sa signature dans un acte de 1016.
177Jean 126
178Koubouklèsios, il fit don avec sa femme Glykéria de ses biens à Lavra entre déc. 992 et mars 1012.
Ténédos
179Georges Chiôtès 127
180Évêque de Ténédos au 11e s., il était selon toute vraisemblance originaire de Chios.
Lemnos
181Mitzos Laparis 128
182Oikodespotès de Lemnos, il est témoin de la donation de Glykéria de Skyros en 1016. Il n’appartient pas à une famille connue.
183Andréas Papadopoulos 129
184Oikodespotès de Lemnos et epeiktès de cette île, il est témoin de la donation de Glykéria de Skyros en 1016.
185Zéphinézer 130
186Stratège de la Mer Egée, il réside à Lemnos autour de 945. Les Zéphinézer étaient une grande famille constantinopolitaine. Notre Zéphinézer n’est probablement pas Théodore Zéphinézer connu comme beau-frère de Léon Phokas et promu hétériarque vers 919.
187Pentacténès 131
188Entre 1084-1111, le moine Pentacténès est transféré du siège de Rhousana à l’archevêché de Lemnos et obtint à ce titre l’évêché de Maroneia en bénéfice. Il est évoqué dans la correspondance de Psellos.
Iles Micrasiatiques
Mitylène
189Georges 132
190Selon la Vie des Saints de Mitylène, il aurait été archevêque de l’île vers 843. Il était originaire de l’île, aurait combattu avec ses frères David et Syméon l’iconoclasme, et il peut être enfin considéré comme un grand propriétaire d’un ensemble de biens-fonds situés non seulement dans l’île, mais également dans la région de Smyrne.
191Alôpos 133
192En 1088-1089 Alôpos est le kouratôr de Mitylène. D’autres Alôpos sont mentionnés à l’époque byzantine.
193Les Machètarioi 134
194Les Machètarioi possédaient dans l’île d’importants domaines dont une partie fut donnée en 1136 au monastère du Pantocrator. La famille des Machètarioi est une famille d’origine arménienne bien représentée aux 11e-12e siècles.
195Jean Katakalôn 135
196Moine du 12e s. La famille Katakalôn est bien connue. Une partie de la famille vivait dans la région de Smyrne au milieu du 11e s.
Chios
197Léon Kyparissiôtès 136
198Stratège de Chios au 10e-11e s. La famille Kyparissiôtès était, semble-t-il, originaire de Kyparissia, ville de Messénie.
199Théodore (?) Beriboès 137
200Stratège de Chios entre 1025 et 1028, il est alors chargé de la défense des Cyclades attaquées par les Agarènes. On possède de nombreux sceaux de ce personnage. On connaît d’autres Beriboès, notamment Manuel Beriboès dont la famille était originaire d’Eubée.
201Théodore 138
202Moine de Chios, mort en 1058, il portait le titre de nobelissime. Ce n’était vraisemblablement pas un dignitaire local.
203Michel Maurex 139
204Vestès et stratège de Chios vers 1070, il est connu comme vestarque et katépanô par un autre sceau, et également comme vestarque et katépanô de Dyrrachium. Il est connu par les sources occidentales pour l’année 1066 : c’est à cette date qu’il reprit Bari et Tarente et que l’on peut donc situer ses fonctions en tant que katépanô de Dyrrachium. Enfin d’autres sceaux encore le mentionnent comme proèdre et duc des Boukellarioi et comme couropalate et duc d’Antioche.
205De sa famille nous ne savons rien, mais il faut noter que ce personnage avait en 1075-1076 une fortune et une influence hors du commun dans la région d’Héraclée quand il reçut la visite d’Alexis Comnène. Ce grand personnage qui n’appartenait pas aux grandes familles de l’Empire dut vraisemblablement son ascension sociale à sa carrière de fonctionnaire et de militaire de haut rang, ce qui n’exclut pas néanmoins qu’il héritât de biens-fonds importants dans la région d’Héraclée. En tout cas le poste insulaire de Chios représente une étape dans cette ascension d’autant que Michel Maurex était réputé pour sa grande expérience des choses de la mer. Il est mentionné pour la dernière fois au début du règne d’Alexis Comnène : au début du printemps 1082 il commandait la flotte byzantine chargée d’intercepter les communications normandes entre l’Italie méridionale et les côtes de l’Épire.
Samos
206Paul le Jeune 140
207Moine venant de Latros, il restaure entre 932 et 942 trois monastères à Samos qui avaient été détruits par les Arabes.
208Constantin Paspalas 141
209Premier stratège de Samos connu, il fut fait prisonnier par les Arabes en 892-893. Le patronyme Paspalas est connu à l’époque étudiée.
210Romain Lécapène 142
211Stratège de Samos avant 911. Si Romain Lécapène appartenait à une famille d’origine arménienne bien établie dans l’Empire à cette époque, elle n’était guère considérée de Constantin VII.
212Jean Kourkouas 143
213Stratège de Samos avant 1008, date à laquelle il devint katépanô de Bari, sa carrière présente bien des points communs avec celle de Basile Argyre. La famille Kourkouas d’origine arménienne était bien établie dans l’Empire à cette époque.
214Basile Argyre 144
215Stratège de Samos avant 1010, il redressa alors les affaires des Romains en Italie avec l’aide du stratège de Céphalonie Kontoléôn. Notre Basile Argyre doit être identifié à Basile Mersadonitès, katépanô de Bari de 1010 à 1017. Le surnom Mersadonitès qui a donné lieu à une série d’hypothèses, ne se trouve que dans les sources occidentales.
216Nous pouvons situer précisément la date à laquelle Basile Argyre exerça la fonction de stratège de Samos. En effet si Jean Kourkouas fut stratège de Samos avant de prendre le commandement de Bari en 1008, le gouvernement insulaire de Basile Argyre peut être daté de 1008-1011. Il succède ici à Jean Kourkouas dont il suivit d’ailleurs de près la carrière.
217Il faut rappeler que pour les Argyre, la grande époque fut justement le début du 11e s., dans laquelle s’inscrit la carrière de notre personnage. Après son commandement de Bari, il fut nommé stratège de « Vaspurakan ».
218Pakourianos 145
219Patrice et stratège de Samos entre 1025 et 1028, il appartient à une grande famille connue dans l’Empire, vraisemblablement d’origine géorgienne, dont nous connaissons de nombreux représentants jusqu’au 13e s.
220Georges Théodôrokanos 146
221Stratège de Samos entre 1025 et 1028, il dut défendre les Cyclades alors attaquées par les Agarènes. La famille Théodôrokanos est d’origine arménienne, elle fit son apparition sous le règne de Basile II.
222David d’Achrida 147
223Stratège de Samos au début du 11e s., lui-même et sa famille étaient originaires d’Achrida.
224Eustathe Gharsianitès 148
225Patrice, stratège et pronoètès de Samos en 1087-1089, il est appelé « homme de la despoina » (la despoina Anne Dalassène). Si la famille Charsianitès était sans doute originaire de Charsianon, nous constatons néanmoins qu’à la fin du 11e s. nous trouvons deux de ses représentants dans les îles micrasiatiques.
226Constantin Argyropoulos 149
227Stratège de Samos et magistre au 11e-12e s., connu par son sceau. Était-il de la famille bien connue des Argyres d’Asie Mineure ?
228Pégonitès 150
229Duc et praktôr de Samos dans les années 1143-1157, Pégonitès était réputé pour ses méfaits à l’égard du monastère de Patmos auquel il réclamait le versement des « plôïmoi » et dont il accaparait les richesses en or. Peut-on l’identifier avec Constantin Pégonitès, percepteur des impôts dans la région du Pont et de Chalybas, connu par la correspondance de Michel Choniatès ? Le décalage chronologique nous paraît trop important.
230Loukas 151
231Moine, il a fondé une église au nom de St-Syméon et de la Théotokos en 1065-1066. Nous ne connaissons ni l’identité de ce moine, ni l’emplacement de l’église mentionnée.
Kôs
232Kaballourios 152
233Vestarque et propriétaire avec sa sœur de biens-fonds dans l’île : en effet il semble bien que ce soit sa sœur qui ait légué à Christodule deux proasteia avant mars 1085. Il était aussi propriétaire de biens à Léros.
234Christophore Kopsènos 153
235Magistre, anagrapheus de Kôs en avril 1089. On ne sait s’il résidait dans l’île même, mais il y a tout lieu de le penser. Nous ne savons pas non plus s’il était originaire de l’île, ce qui serait peu probable si on doit l’identifier à ce Christophore Kopsènos qui à la fin du 11e s. appose sa signature au typikon de la Théotokos de Naupacte.
236Anonyme 154
237Mentionné comme duc de Kôs après 1175, il était auparavant duc de Nicomédie.
238Arsénios Skènourès 155
239Moine et grand propriétaire de Kôs, il a fondé deux kellia sur la montagne dite Dikaion avant oct. 1079. Avant mars 1085 il fit don à Christodule de ses biens, ou du moins d’une partie d’entre eux : il lui donna en effet deux proasteia. Nous savons que ce personnage vécut à Strobèlos, ville côtière d’Asie Mineure en face de Kôs, entre 1079 et 1085 : il y détenait là un monastère. Il devait néanmoins être originaire de Kôs, car ce sont des biens « patrimoniaux » qu’il détenait dans l’île. Rappelons enfin qu’il était également propriétaire de biens-fonds dans l’île de Léros.
240Nikôn Asképès 156
241Moine, propriétaire à Kôs à la lin du 11e s., il fit donation de ses biens, ou d’une partie d’entre eux à Christodule.
242Christodule 157
243Moine originaire du Latros, il détint entre 1085 et 1088 d’importantes propriétés dans l’île de Kôs où il fonda d’ailleurs un monastère au nom de la Vierge, appelé Tôn Kastrianôn.
244Limnitès 158
245Propriétaire de biens à Kôs à la fin du 11e s., il fit don à Christodule d’un proasteion.
246Kapsex 159
247Les biens-fonds de Kapsex dans l’île de Kôs ont été donnés en 1136 au monastère du Pantocrator. On ne connaît pas de famille de ce nom à l’époque étudiée.
Léros
248Matzaros 160
249Vestarque, il avait des domaines dans l’île avant 1087 : il fut débouté à cette date de ses droits.
250Kaballourios 161
251Vestarque et propriétaire de biens-fonds dans l’île, il donne un proasteion à Christodule avant 1087. Il avait également des biens à Kôs.
252Arsénios Skènourès 162
253Propriétaire de biens-fonds dans cette île, il donne un domaine à Christodule avant 1087. Il était également propriétaire dans l’île de Kôs.
254Christodule 163
255Moine originaire du Latros, il reçut par donation impériale en mai 1087 les deux proasteia Parthénion et Téméneia et la moitié du kastron de Pantelion (l’autre moitié fut donnée entre juin et sept. 1088). Mais il dit aussi que les deux proasteia qu’il a acquis dans l’île de Léros lui venaient de Kaballourios et de Skènourès.
Patmos
256Christodule 164
257Christodule était en fait originaire de Bithynie, avant de devenir moine de Latros, et prôtos d’ailleurs dudit monastère. Il s’enfuit du Latros, chassé par les Turcs, et après avoir séjourné à Strobèlos, puis fondé un monastère à Kôs, il échangea ses biens-fonds de Kôs contre l’île de Patmos en avril 1088. Il dut fuir Patmos lors d’une nouvelle incursion turque en 1092 et se réfugia en Eubée.
258Théodosios Kastrisios 165
259Chartulaire et notaire patriarcal de Constantinople, il avait été désigné par Christodule lui-même comme son successeur. Il ne vint jamais à Patmos, n’osant affronter les périls de la traversée.
260Joseph Iasitès 166
261Higoumène de Patmos après 1094 et avant 1118. Il a légué en 1103 un fonds de livres au monastère.
262Sabbas 167
263Higoumène de Patmos (+ entre 1119 et 1127). Son testament nous apprend qu’il détenait dans l’île de Patmos (?) des épisképseis qui ne paraissent pas d’une grande étendue. Il fonda là le monastère d’Asômaton auquel il légua quelques livres et objets précieux.
264Théoktistos 168
265Higoumène de Patmos de 1127 à 1157. Nous ne savons pas de quelle région il était originaire, mais nous savons qu’il fit partie de cette cohorte de moines qui, partie pour les Lieux-Saints, en fut vite chassée par les incursions turques. Il se réfugia d’abord à Chypre, d’où il gagna Patmos dont il devint higoumène.
266Léonce 169
267Higoumène de Patmos de 1157 à 1176. Né à Stroumitza, il partit lui aussi pour la Palestine, après un séjour à Constantinople, mais n’y parvint même pas. Après s’être arrêté dans l’île de Chypre, il gagna directement Patmos dont il fut d’abord économe avant de prendre la tête du monastère.
268Arsènios 170
269Higoumène de Patmos à la fin du 12e-début 13e s. Il copia de nombreux manuscrits pour enrichir la Bibliothèque du monastère.
Rhodes
270Théodore Alôpos 171
271Grand propriétaire de l’île au milieu du 11e siècle, il meurt en laissant Psellos comme tuteur de ses enfants et gérant de ses immenses domaines. Théodore Alôpos, né à Constantinople, considérait néanmoins Rhodes comme sa patrie. De sa carrière, il faut retenir ses études en droit et en philosophie qui l’amenèrent vraisemblablement à exercer des fonctions de juge. Il est mentionné comme ambassadeur de Michel VI avec Constantin Lichoudès et Psellos auprès d’Isaac Comnène à Nicomédie en 1057. Alôpos n’est pas un patronyme très répandu, quoique le seul que nous connaissions était kouratôr de Mitylène en 1091.
272Andronic 172
273Duc de Rhodes entre 1155 et 1174, il est connu pour avoir confisqué argent et objets précieux aux Génois.
Chypre
Les gouverneurs et leurs subalternes
274Léon Symbatikès 173
275Archôn de Chypre en 910-911, il envoie des espions pour suivre les mouvements de la flotte arabe dans le golfe de Tarse, en Cilicie, à Tripoli et à Laodicée.
276Théophile Erôtikos 174
277Stratège de l’île en 1042, il incite les Chypriotes à la révolte et à tuer Théophylaktès, dikastès et praktôr. Il est déjà mentionné en 1040 quand Etienne Voïslav, archôn des Serbes, le chassa de son territoire. Le patronyme Erôtikos est connu à l’époque étudiée.
278Rapsomatès 175Auteur de la révolte de 1091, il reste inconnu par ailleurs.
279Théophane Abalantès 176
280Protonotaire et kritès de Chypre au 11e s. La famille Abalantès-Balantès (Aballantès-Balantios) était une grande famille byzantine, d’origine ancienne et qui possédait une grande fortune. Une partie de ses biens se trouvait dans la région de Smyrne.
281Kalliparios 177
282Kritès de Chypre en 1092-1093 après la soumission de l’île révoltée. Son origine n’était pas des plus illustres selon les dires des contemporains.
283Manuel Boutoumitès 178
284Envoyé en 1092-1093 contre Rapsomatès, gouverneur révolté de Chypre, il se trouve alors sous les ordres de Doukas, grand duc de la flotte. D’après l’Alexiade, il n’exerce à cette occasion aucune fonction civile ou militaire dans l’île. On a pu reconstituer de façon précise la carrière de ce personnage : En 1090 il est duc de la flotte et est envoyé alors contre l’émir Aboul Kasim en Bithynie.
285En 1092 il est envoyé contre l’émir de Smyrne Tzachas, et peu après contre Rapsomatès en Chypre. En 1096 il accueille le croisé Hugues de France à Dyrrachium. En 1097 il prend part au siège de Nicée dont il est nommé duc. En 1105 il est envoyé en Cilicie contre Bohémond et enfin en 1111-1112 il est chargé d’une mission diplomatique auprès de Baudouin de Jérusalem : Boutoumitès passe alors deux fois par l’île de Chypre que gouverne à cette époque Eumathios Philokalès. Fut-il à un moment donné de sa carrière duc de Chypre comme le mentionne un manuscrit tardif (avec une erreur de datation évidente) et aurait-il fondé alors le monastère de Kykko ?
286Eumathios Philokalès 179ou « Εὐμαθἡς εἰς ϰαϰίαν »
287Duc de Chypre à la fin 11e-début 12e s. La première mention de son rôle à Chypre est datée de 1092-1093 lors de la reconquête de l’île sur les révoltés : il est alors nommé stratopédarque, et il commande l’ensemble des forces maritimes et terrestres de l’île car il fallait « défendre l’île de Chypre sur terre et sur mer ». En février 1099 il est appelé duc de Chypre et repousse cette année là la flotte pisane qui allait piller l’île. En 1105 il exerce d’autres fonctions : il est envoyé comme ambassadeur à la cour hongroise pour ramener à Constantinople Irène Piryska. Il porte alors le titre de sébaste. En 1108-1109 il se trouve à Constantinople quand l’empereur lui ordonne de rétablir la paix sur la côte ouest d’Asie Mineure jusqu’à Attalia : il reçoit le gouvernement d’Attalia. En 1112 il est à nouveau duc de Chypre. Enfin en 1118 il est grand duc de la flotte et praitôr de l’Hellade-Péloponnèse. Il porte alors la dignité de pansebastesebaste.
288Eumathios fut donc deux fois duc de Chypre : une première fois entre 1092-1093 et 1102, une seconde fois autour de 1112. Il fonda à Chypre le monastère de Saint-Jean Chrysostome à Koutzozovendi. L’inscription de fondation le mentionne avec le titre de « protonobelissimos », ce qui date le monument de son premier gouvernement puisqu’on 1105 il porte déjà la dignité de sebaste. Nous connaissons plusieurs membres de la famille Philokalès à la fin du 11e s. et au cours du 12e.
289Nicétas Chalintzès 180
290Personnage mentionné autour de fév. 1105, dont on ne connaît ni le titre ni la fonction. Il est en mission à cette date à la cour de Guillaume, neveu de Raymond de Toulouse. La famille Chalintzès ne nous est pas connue.
291Constantin Euphorbènos Katakalôn 181
292Duc de Chypre au début du 12e s., il est issu d’une très illustre famille dont nous avons déjà nommé un représentant à Mitylène. On peut reconstituer assez aisément la carrière de ce personnage : il est pour la première fois mentionné en avril 1078 lors de la bataille livrée par Alexis Comnène contre le rebelle Nicéphore Bryennios. En 1095 il livre bataille contre les Coumans et acquiert à cette occasion la dignité de nobelissime. En oct. 1096 Katakalôn est chargé de ramener à Constantinople les Croisés rescapés du massacre de Drakôn. Il est duc de Chypre au moment où Tancrède, neveu de Bohémond, prit Laodicée aux Byzantins : fin 1102 ou début 1103. En 1108 il fait partie de l’ambassade auprès de Bohémond : c’est le terminus ante-quem de son gouvernement chypriote.
293Il semblerait néanmoins qu’il ait été, comme Eumathios Philokalès, deux fois duc de Chypre : une première fois avant 1095. Un sceau le mentionne en effet comme duc de Chypre avec la dignité de couropalate. Eumathios n’aurait donc pas été le « premier » duc de Chypre : après avoir rempli les fonctions de stratopédarque au moment de la reconquête, il aurait laissé la place à Constantin Katakalôn vers 1094 qui aurait pris le titre de duc de Chypre. Après avoir repris le poste de gouverneur de l’île, cette fois en tant que « duc » vers 1095 (?), Eumathios cède à nouveau la place à Constantin en 1102, puis la reprend après 1108-1109.
294Léon Nikéritès 182
295Anagrapheus de Chypre à la fin 11e-début 12e s. On a pu aisément reconstituer les différentes étapes de sa carrière. Il fut anthypatos et stratège du Péloponnèse, puis proèdre et anagrapheus du Péloponnèse. Après 1091 il fut nommé duc de Paristrion. Il est nobelissime, grand duc et anagrapheus de Chypre entre 1091 et 1103. La dernière étape est celle où il porte les titres de protonobelissime et d’« oikeios anthrôpos » d’Alexis I. Nous connaissons d’autres Nikéritès aux 11e-12e s. qui exercèrent des fonctions importantes.
296Elpidios Brachamios 183
297Couropalate et duc de Chypre au 12e s., il appartient à la famille arménienne Brachamios connue depuis Tzimiskès et dont nous avons un représentant comme stratège de Crète au cours du 11e siècle.
298Kamytzès 184
299Duc de Chypre en 1135, il est considéré comme le responsable de la famine qui sévit alors dans l’île. La famille Kamytzès dont le patronyme est d’origine turque est une grande famille byzantine qui s’allia à la famille impériale des Comnènes. Une partie de leurs biens se trouvait en Propontide de Thrace, une autre dans la région du Méandre.
300Jean Gomnène 185
301Duc de Chypre vers 1155, fils du sebastocrator Andronic et neveu de Manuel I, il défendit l’île contre Renaud de Chatillon, mais il fut fait prisonnier. Nous savons qu’en 1150 ce personnage se trouvait à la tête de l’armée envoyée contre les Hongrois qui venaient au secours des Dalmates, mais qu’il n’eut pas de commandement en Adriatique. Il semble en revanche avoir été gouverneur de Sofia.
302La famille était, en partie au moins, établie dans l’île, puisqu’en 1158 nous savons que son frère fut fait prisonnier par les Arabes au cours d’un raid.
303Michel Branas 186
304Nous ne connaissons ni le titre ni la fonction de ce personnage directement subalterne de Jean Comnène qui fut également fait prisonnier lors du raid de Renaud de Chatillon en 1155. Nous savons en tout cas que sa carrière suivit de très près celle de Jean Comnène : il commandait avec lui l’expédition contre les Hongrois en 1150. Il commande une nouvelle expédition contre les Hongrois en 1166.
305Triakontaphyllos 187
306Phorologos de Chypre sous l’archevêché de Jean le Crétois, il appartient à une grande famille byzantine déjà importante au 11e siècle.
307Alexis Doukas 188
308Duc de Chypre en 1160, il porte alors la dignité de sébaste. Nous savons qu’il était de sang impérial par sa grand-mère, l’impératrice Irène Doukas. Nous savons également qu’il faut l’identifier avec son homonyme, duc de Dyrrachium et d’Ochrida.
309Alexis Kasianos 189
310Duc de Chypre entre 1152 et 1174. Nous connaissons quelques étapes de la carrière de ce personnage. En 1158 il était gouverneur de Séleucie, et en 1168 il commandait l’expédition contre les Hongrois. Il faut donc exclure les dates de 1158 et de 1168 (et plus généralement de 1165-1172) de la chronologie de son gouvernement de Chypre.
311Andronic Synadènos 190
312Duc de Chypre de 1165 à 1172. Il était cousin germain par alliance de Manuel I. Il était en effet le gendre de Constantin Ange lui-même marié à Théodora, fille d’Alexis I. Sa carrière fut brillante. Il fut stratège de Dyrrachium, duc de Chypre, stratège de Nis, duc du thème de Trébizonde. En tant que duc de Chypre, il aurait eu un rôle non négligeable dans le mariage d’Amaury I et d’une petite nièce de Manuel I.
313La famille Synadènos est issue d’une ville de Phrygie dite Synada. Elle apparaît dans les sources à partir du 11e s. et connut un grand essor aux 13e-14e siècles.
Les Hommes d’Eglise
314Dèmètrianos 191
315Mort en 915, cet évêque de Kythraia illustre la carrière exemplaire d’un chypriote. Il était en effet natif de l’île (du village de Sykai, diocèse de Kythraia) ; il fut d’abord ordonné presbyteros, puis nommé économe de l’église de Kythraia, et enfin abbas du monastère d’Hg. Antônios ; il fut alors désigné évêque de Kythraia dont il n’avait jamais quitté la circonscription. Il assiste à la destruction de sa ville par les Arabes en 911.
316Nicolas Mouzalôn 192
317Archevêque de Chypre en 1107-1110, il démissionna en 1110. II nous a laissé l’une des fresques sociales les plus vivantes de l’île pour le 12e siècle. Il fut par la suite patriarche de Constantinople en 1147-1151. Le patronyme Mouzalôn apparaît dans les sources au 11e s. et connaît une grande fortune sous les Paléologues.
318Jean le Grétois 193
319Ancien moine, il devint archevêque de Chypre de 1152 à 1174, il fut donc à la tête de l’Église de Chypre pendant vingt-deux ans. Il fit plusieurs séjours à Constantinople et prit part aux décisions synodales en 1157 et en 1170. Il semble qu’avant son accession à l’épiscopât, il eût été moine. Son origine, si l’on en croit son éponyme, serait crétoise. Enfin il fit déposer l’évêque d’Amathonte.
320Basile Kinnamos 194
321Évêque de Paphos entre 1166 et 1190, et peut-être même jusqu’en 1194 : en effet on trouve mention d’un évêque de Paphos anonyme dans un document de 1192, qui relate la prise d’un bateau longobard par des corsaires génois et pisans. Il est possible, mais non certain que cet évêque fût Basile Kinnamos, d’autant que l’on ne connaît pas exactement la date de l’acte de piraterie. Nous savons en tout cas qu’en 1194 l’évêque de Paphos était Bakchos. Le patronyme Kinnamos est connu à l’époque étudiée quoiqu’il ne fût pas très répandu.
322Nicétas Hagiostéphanitès 195
323Évêque de Tamassos autour de 1180.
Les fondateurs d’églises et de monastères
324Nicéphore Ischirios 196
325Magistre, fondateur de l’église d’Asinou en 1106. On a rapproché ce Nicéphore Ischirios de Nicéphore Euphorbènos, fils de Constantin Euphorbènos duc de Chypre au début du 12e s., qui aurait épousé Marie, sœur d’Anne Comnène après la guerre contre les Coumans en 1095. Cette hypothèse doit être rejetée car le titre de magistre donné à Nicéphore Ischirios dans l’inscription de fondation ne correspond pas à la dignité que l’on attendrait à cette date pour le gendre de l’empereur. Il s’agit sans doute d’un notable local qui n’a rien à voir avec la famille d’Euphorbènos Katakalôn.
326Nicolas Isèn 197
327Selon une notice de manuscrit, il est dit moine et fondateur de la Théotokos Phorbia, c’est-à-dire d’Asinou. Il est mort en 1115 : sans doute doit-il être identifié au précédent. Isèn n’est pas un patronyme courant à l’époque qui nous concerne. Les autres mentions connues d’Isèn sont postérieures de plus d’un siècle.
328Neilos 198
329Moine fondateur de Machairas vers 1180, il établit en 1210 le typikon du monastère. Il n’était pas originaire de l’île, et s’y établit seulement en 1172 alors qu’il se rendait dans les Lieux-Saints. Il faut noter qu’il y avait déjà à son arrivée un euktèrion (fondé par un certain Néophyte quelques années auparavant) à la place où il fit construire plus tard une grande église peinte. Il fut nommé évêque de Tamassos avant 1210.
330Néophyte 199
331Moine fondateur de l’Enkleistra. Nous connaissons sa vie grâce au typikon qu’il rédigea en 1157 ; puis en 1214 sous sa forme définitive.
332Nous n’avons hélas aucun renseignement concernant sa famille ou ses origines, si ce n’est qu’il était natif de Leukara près d’Amathonte. Il ne savait ni lire ni écrire quand, à dix-huit ans, il se réfugia au monastère de Saint-Jean Chysostome où il obtint bientôt le titre de parreclésiarque. Il avait seulement deux nomismata en poche (prix de sa traversée pour des lieux saints) quand il fut arrêté et conduit dans une prison de Paphos. C’est l’évêque de Paphos, Basile Kinnamos, qui lui versa une rente régulière à partir de 1166. Dans les années 1180 il fonda l’Enkleistra qui, à l’origine, n’était qu’une église très fruste : il suffit de rappeler à cet égard les dispositions du typikon prévoyant la construction d’une église plus vaste et plus importante. Néophyte était donc d’origine modeste, vraisemblablement paysanne. Il a gravi un à un les échelons de l’ascension sociale et économique. C’est ainsi qu’il devint peut-être même archevêque de l’île. En tout cas cet autodidacte devint un lettré, qui écrivit un grand nombre d’ouvrages dont certains nous livrent des renseignements incomparables sur l’histoire de Chypre dans la seconde moitié du 12e siècle.
333Georges 200
334Abbé maronite qui fut le premier fondateur du monastère de Saint-Jean Chrysostome à Koutzovendi en 1090. Était-il originaire de l’île ou venait-il du Liban ?
335Epiphanios Paschalès 201
336Fonde l’église de la Théotokos Alypou en 1091.
2) Les dynatoi insulaires : élite politique et notables locaux.
337Les recherches prosopographiques que nous avons conduites à travers l’ensemble du monde insulaire à l’époque byzantine nous amènent d’abord à constater une indigence complète d’informations pour le début de la période étudiée (8e-9e s.). Si nous possédons la mention de quelques évêques ou stratèges, il n’y a aucun renseignement qui permette de situer tel ou tel personnage : nous n’avons point de patronyme, pas d’information non plus sur la carrière des personnages, sur leur origine géographique ou sociale. Ce n’est qu’au 10e s. que de véritables données prosopographiques nous sont fournies, et encore sont-elles alors peu nombreuses et ne concernent-elles que quelques îles. Les renseignements, quelque peu fournis que nous ayons, intéressent en effet uniquement les Iles Ioniennes. De plus la carrière des personnages mentionnés reste encore mal connue ou inconnue. Le patronyme, quand il n’est pas un hapax, est d’un usage peu fréquent dans les sources de l’époque. Enfin l’origine géographique et sociale des personnages nous échappe le plus souvent. A cet état des choses, il existe néanmoins des raisons qui ne sont pas seulement dues aux sources à notre disposition. Il faut en effet rappeler que les îles de Crète et de Chypre, nos deux « mines » essentielles pour la prosopographie byzantine ne sont pas reconquises avant 961-965. Et les dernières années du 10e s. n’enregistrent pas dans ces îles de personnalité remarquable. L’essentiel de nos renseignements vient alors de l’Ouest, nous l’avons dit. Ce déséquilibre des sources coïncide avec la priorité donnée à cette époque aux îles Ioniennes dans la défense de l’Empire et dans les opérations menées en Italie. Nous avons en effet noté le cumul des « thèmes » sous un même stratège pendant ces opérations, et il n’est pas superflu de rappeler qu’Eupraxias Mousoulikès était en 880 stratège de Macédoine, Thrace, Céphalonie et Longobardie.
338La période de richesse prosopographique insulaire se situe aux 11e-12e s. Nous avons mention d’un nombre relativement important de gouverneurs, de fonctionnaires, de fondateurs de monuments et d’hommes d’église. L’ensemble des données prosopographiques de cette époque suggère que les dynatoi insulaires ne constituaient pas une classe homogène. Coexistent en effet une élite politique, issue le plus souvent des grandes familles de l’Empire, et une élite sociale, constituée de notables locaux dont les noms ne sont en général guère connus, si ce n’est à la fin du 12e siècle. Et encore sont-ils davantage connus de l’historien qui les retrouve dans les documents du 13e s. comme étant les noms de grandes familles insulaires, qu’ils ne l’étaient à l’époque. Si ces deux « strates » superposées (élite politique et notables locaux) constituaient ce que l’on peut appeler la classe des dynatoi, leur nombre et leur rôle respectifs étaient très différents. La moins connue, celle des notables locaux, était certainement la plus importante en nombre. On y compte tous ces fonctionnaires et dignitaires subalternes par lesquels passaient les rouages de l’administration. On y trouve aussi les grands propriétaires de l’île, les deux allant souvent de pair : Matzaros et Kaballourios, grands propriétaires de l’île de Léros à la fin du 11e s., portaient la dignité de vestarque. Le dénommé Jean, qui fit don de ses biens patrimoniaux à Lavra, était koubouklèsios. Ces notables locaux avaient le souci d’assurer leur repos éternel et ils construisaient nombre d’églises. Ainsi Nicolas, drongaire qui fit construire l’église Saint-Mercure à Corfou en 1074-1075 et Nicolas Isèn (dit également Nicéphore Ischirios) magistre qui fit construire l’église d’Asinou en Chypre en 1106. Ce sont également ces notables locaux que l’on va chercher lors de la rédaction d’un testament ou d’un acte de donation pour servir de témoins respectables. Ainsi Glykéria en 1016 requit-elle l’ancien archôn Jean Pselakis, les « maîtres de maison » Léon Gournakis, Mitzos Laparis et Andreas Papadopoulos : tous ces notables de Skyros et de Lemnos auraient été de parfaits inconnus si la veuve Glykéria ne les avait point appelés pour être témoins de sa donation à Lavra. C’est pourquoi nous n’avons que quelques noms d’une catégorie sociale qui devait être relativement importante et qui jouait un rôle non négligeable dans la vie quotidienne des insulaires. Si ces notables locaux se hissaient rarement au faîte du pouvoir, il ne faut pas seulement les considérer comme des « gratte-papier ». Connus à l’intérieur de leur circonscription, ils pouvaient en devenir les évêques : il suffit de rappeler ici cet évêque natif du village Sykai, diocèse de Chytroi à Chypre, qui devint successivement « presbyteros », puis économe de l’église de Chytroi avant d’être désigné comme évêque de ce diocèse. Combien d’évêques locaux dont nous ne connaissons ni le nom ni les origines, n’ont-ils pas connu un destin semblable ? De même si nous considérons l’entourage du katépanô Jean Helladikos en Crète en 1118, nous relevons le nom de quelques notables locaux, investis de fonctions importantes, ainsi Jean Kolikos vestarque, ou Georges Tourmarchès, à côté de ceux qui vraisemblablement accompagnèrent dans l’île le katépanô, tels Basile Aribès ou Constantin Bourtzès, à moins qu’eux aussi n’aient été établis dans l’île avant son arrivée. Ainsi à travers la « cour » de Jean Helladikos, on perçoit les liens qui unissent les deux catégories de dynatoi que nous avons distinguées. Les liens se créent en effet d’abord par la fonction : les conseillers de Jean Helladikos et les membres du tribunal de Chandax sont recrutés à la fois dans l’élite locale et dans une élite politique venue de Constantinople. Mais les liens se créent également (nous aurons l’occasion de l’examiner plus longuement ci-dessous) par l’établissement de ceux qui sont venus d’ailleurs, de Constantinople ou du continent voisin. Après ces premières considérations qui ressortent d’un bref aperçu de nos recherches prosopographiques, il convient d’analyser plus en détails les deux catégories de dynatoi que nous avons distinguées, d’abord l’élite politique, puis les notables locaux.
– Les gouverneurs insulaires : carrière, origines sociale et géographique.
339Coiffant les notables locaux, investis des plus hautes fonctions, venant toujours de l’extérieur et appartenant le plus souvent aux grandes familles de l’Empire, tels peuvent apparaître au premier coup d’œil les gouverneurs insulaires.
340La carrière des gouverneurs insulaires présente des caractéristiques communes notamment à l’intérieur d’une période considérée. Nous remarquons ainsi que l’ensemble des gouverneurs insulaires du 11e s. qui nous soient connus, qu’ils se trouvent à Céphalonie ou à Samos, ont suivi des carrières très parallèles. Tornik Kontoléôn, stratège de Céphalonie en 1010, a par exemple suivi un itinéraire très comparable à celui de Basile Argyros, stratège de Samos à la même époque : tous les deux ont en effet occupé un poste insulaire avant de devenir katépans d’Italie. Le poste insulaire se trouve vraisemblablement au début de leur carrière, car nous observons que Kontoléôn est mentionné comme stratège de l’Hellade en 1024. Il en est de même pour bien des gouverneurs insulaires du 12e siècle : le poste insulaire en début de carrière se rencontre fréquemment parmi les gouverneurs qui obtinrent ensuite les plus grands commandements. Il convient de citer ici le fameux Eumathios Philokalès, duc de Chypre en 1092-1093, puis en 1102, qui devint par la suite praitôr de l’Hellade (en 1118) ; Michel Maurex stratège de Chios vers 1070 a vraisemblablement été antérieurement katépanô de Dyrrachium (vers 1066), mais c’est en 1075-1076 qu’il est au faîte de sa puissance, quand il reçoit Alexis I à Héraclée ; de même Andronic Synadènos, après avoir été duc de Chypre entre 1165 et 1172, fut encore stratège de Nis et duc du thème de Trébizonde. Parfois néanmoins le poste insulaire s’inscrit à la fin d’une longue carrière. Peut-on alors parler de « sinécure » pour Léon Nikéritès qui fut d’abord stratège, puis anagrapheus du Péloponnèse, et encore duc de Paristrion avant de prendre le gouvernement de Chypre sous le titre d’anagrapheus ? Ou pour Nicéphore Diogène qui obtint le gouvernement de Crète après avoir commandé une série de campagnes militaires, d’autant que dans ce cas précis il n’est pas sûr qu’il ait été en Crète prendre le gouvernement effectif de l’île…202. Il faut également noter qu’une évolution assez nette se dessine à partir de la fin du 11e s. dans la mesure où nous rencontrons souvent un même personnage assumant les fonctions de gouverneur deux fois dans la même île. Il y a une sorte d’accaparement des fonctions les plus hautes par les mêmes. Ainsi Eumathios Philokalès et Constantin Euphorbènos Katakalôn ont eu au moins deux gouvernements dans l’île de Chypre ; Jean Straboromanos a sans doute été quant à lui deux fois duc de Crète. Cet accaparement au profit des mêmes s’accentue encore davantage à la fin du 12e siècle, quoique sous une autre forme : le gouvernement de telle ou telle île reste alors entre les mains d’une même famille. Ceci pose alors évidemment le problème de l’établissement de ces personnages dans l’île. Rappelons d’ailleurs qu’Eumathios Philokalès est le fondateur de Koutzovendi. Plus tard nous voyons la famille de Jean Comnène établie à Chypre.
341Une autre question, liée à la précédente, concerne l’importance relative d’un gouvernement insulaire par rapport aux autres gouvernements régionaux. Il semble que sur ce point il faille rester très prudent : il ne s’agit pas seulement de comparer un gouvernement insulaire avec tel ou tel gouvernement provincial dans la mesure où les îles n’avaient pas toutes la même importance, et où tel gouvernement insulaire important au 10e s. l’était beaucoup moins à la fin du 12e s. Ainsi ce n’est pas seulement un hasard dû aux sources, me semble-t-il, si nous avons gardé les noms des stratèges de Céphalonie au cours du 10e s. et au début du 11e. En effet l’importance primordiale des îles ioniennes dans la défense de l’Empire à cette époque et dans les campagnes d’Italie appelait au gouvernement de ce thème, alors étendu, les hommes les plus capables, qui étaient, de plus, investis du commandement de plusieurs « thèmes » pour ces opérations militaires de grande envergure. De la même façon les stratèges de Samos, au 10e s. et au début du 11e, ont sans aucun doute été recrutés parmi les meilleurs car leur commandement militaire et administratif était à cette époque élargi au littoral asiatique et à nombre d’îles. Et le rôle de la flotte de Samos était des plus importants dans les grandes expéditions maritimes de l’époque. C’est sans doute pourquoi nous avons pour cette époque une flopée de noms importants. Citons Romain Lécapène, Jean Kourkouas, Basile Argyre, Pakourianos, et Georges Théodôrokanos. En revanche il semble que, depuis leur reconquête jusqu’au règne d’Alexis I, les îles de Crète et de Chypre ont été gouvernées par des personnages mineurs, de famille inconnue si l’on excepte Philarète Brachéôn (que l’on a identifié comme Philarète Brachamios et si c’est bien de lui qu’il s’agit). Les noms de Karykès et de Rapsomatès, gouverneurs de Crète et de Chypre qui prirent la tête de la révolte dans chaque île, sont de parfaits inconnus. Il semble bien que le règne d’Alexis I Comnène inaugura l’importance nouvelle attachée à ces îles, importance qui ne fit que croître au cours du 12e siècle. Les ducs de Crète et de Chypre sont alors des personnages issus de grandes familles. Citons Nicéphore Diogène, Michel Karantènos, les trois Kontostéphanoi, qui se succèdent au gouvernement de Crète ; Eumathios Philokalès, Constantin Euphorbènos Katakalôn, Elpidios Brachamios, Jean Comnène, Alexis Doukas, Alexis Kasianos, Andronic Synadènos en Chypre. Cette évolution générale qui déplace du 10e au 12e s. la primauté insulaire de Céphalonie et Samos en Crète et à Chypre, est d’abord due à la date assez tardive de la reconquête de ces îles, et plus encore au rôle nouveau qui leur échut à partir de la fin du 11e siècle. Ce rôle n’est point militaire, comme il l’était au 10e s. pour Samos et Céphalonie, mais il est essentiellement économique. Les grands de l’Empire aspirent aux gouvernements de Crète et de Chypre parce qu’elles sont alors les grandes escales et les grands pôles économiques sur la route de l’Occident vers la Syrie-Palestine. Ils y fondent d’ailleurs à cette époque des monuments de prestige, et profitent de leur gouvernement et de leurs fonctions très étendues pour se constituer quelque pécule. On les remarque à l’avant-scène économique : Jean Straboromanos confisque la laine des Génois (voir la requête de ces derniers à l’empereur en 1174203), sans compter les 300 hyperpères qu’il a également saisis. Et Andronic (?), duc de Rhodes à la même époque, leur confisqua également des sommes considérables d’hyperpères, de sarracenales et des objets précieux204. On remarque également les exactions des ducs de Chypre. Devenu en effet au 12e s. « phorologos » et « apographeus », le duc de Chypre pressure les petits propriétaires jusqu’à la misère. Rappelons à cet égard Eumathios Philokalès qui ne s’en est pas privé aux dires de Nicolas Mouzalôn205. Or à l’époque antérieure les « inconnus » du 11e s. faisaient cause commune avec le peuple contre les percepteurs envoyés par Constantinople. A travers ces exemples nous discernons non seulement le déplacement du centre de gravité des îles, mais également l’évolution des cadres administratifs du 10e au 12e siècle : si les gouverneurs insulaires sont davantage recrutés dans les grandes familles qu’auparavant et nous sont par là davantage connus, c’est aussi parce que les modes d’administration provinciale ont changé.
342Une autre façon d’envisager cette évolution est d’examiner attentivement les origines sociale et géographique des grands gouverneurs connus.
343Nous constatons d’abord que, dans une première période qui couvre en gros le 10e siècle (avec la fin du 9e s.), les gouverneurs insulaires sont quasiment des inconnus : les stratèges de Céphalonie, Mousoulikès en 880, Symbatikios en 892, Michel Chersonitès en 968 ne sont pas issus des grandes familles de l’époque. Il en est de même des stratèges de Samos contemporains, tels Constantin Paspalas, et même Romain Lécapène qui, selon Constantin VII, n’était point d’« origine illustre ». Par ailleurs nous notons que leur origine géographique est variée : Michel Chersonitès était d’une famille originaire de Cherson ; Nicétas, stratège de Céphalonie sous Basile II, était vraisemblablement originaire du Strymon. Seul le stratège de la Mer Egée, qui réside à Lemnos vers 945, Zéphinézer, présente le profil connu d’un représentant d’une grande famille constantinopolitaine206.
344Au début du 11e siècle, nous constatons une nette évolution dans le recrutement des gouverneurs insulaires, en particulier dans les îles ou les circonscriptions insulaires importantes pour la défense maritime à cette époque. Ainsi dans les îles ioniennes, nous relevons le nom de Tornik Kontoléôn et à Samos ceux de Jean Kourkouas, de Basile Argyre, de Pakourianos et de Georges Théodôrokanos. Tous ces noms ont des consonnances illustres à l’époque considérée. Nous constatons également la primauté donnée alors aux stratèges d’origine arménienne. C’est l’époque des grands flux arméniens d’Est en Ouest et de la promotion rapide des membres de grandes familles arméniennes aux plus hauts commandements militaires de l’Empire : certainement Romain Lécapène fut en 911-912 leur premier représentant insulaire. Et l’on note, à côté d’eux, la présence de Basile Argyre qui illustre bien l’intérêt que l’on porte en ce début du 11e siècle aux grandes flottes thématiques.
345Cette génération militaire et d’origine illustre est relayée dans l’ensemble des îles au cours du 11e siècle par des « administrateurs » compétents, mais de famille plus obscure. Les patronymes portés par cette génération de gouverneurs insulaires sont parfois des patronymes connus, mais très souvent aussi ils ne sont point connus du tout. Je citerai en Crète « Karykès » dont on ne connaît qu’un ou deux autres représentants à la même époque. Nicolas Tzanzès, kritès des îles Cyclades en 1088, est issu d’une famille qui comprenait des administrateurs et des hommes d’église ; Alôpos, le kouratôr de Mitylène en 1088, avait un homonyme connu qui fut un homme de l’administration des Doukas ; Eustathe Charsianitès, stratège de Samos en 1087-1089, avait certes un patronyme connu, mais guère illustre : on trouve des Charsianitès notaires ou parèques dans l’Empire à l’époque considérée ; Théophile Erôtikos stratège de Chypre en 1042 et qui conduisit la révolte des insulaires, était également issu d’une famille d’administrateurs ; Rapsomatès qui conduisit celle de 1091 est un inconnu et Kalliparios kritès de Chypre après la reconquête de l’île révoltée, ne faisait pas partie des plus illustres noms... Ainsi le qualificatif d’« administrateurs » souvent efficaces, mais sans grand renom, peut caractériser ces hommes qui gouvernèrent les îles au 11e siècle. Cela ne veut pas dire qu’il n’y eut pas, de temps à autre, des gouverneurs plus « militaires » ou d’origine plus illustre, ainsi Philarète Brachéôn en Crète (en 1027 ?) ou Michel Maurex à Chios vers 1070 qui, bien que n’appartenant pas à la « noblesse »207, eut une destinée exceptionnelle, ou encore Théophane Abalantès, kritès de Chypre au 11e siècle, qui appartenait à une grande famille fortunée de l’Empire.
346Le règne d’Alexis I inaugure certainement une ère nouvelle de gouverneurs insulaires. Tout d’abord des hommes de guerre se pressent au gouvernement insulaire à la fin du 11e s. et au début du 12e s. dans les îles de Crète et de Chypre qui deviennent à cette époque, comme nous l’avons dit, les grands gouvernements insulaires. Citons Nicéphore Diogène, ce rejeton illustre de Romain Diogène, qui combattait dès l’âge de treize ans contre Robert Guiscard et qui obtint le gouvernement de la Crète ; Michel Karantènos, issu d’une famille illustre depuis le 10e s., homme de guerre qui fut également duc de Crète dans les premières années du règne d’Alexis ; Eumathios Philokalès en Chypre que l’on voit à la tête des forces maritimes de l’île à mainte reprise et qui était un chef militaire réputé ; Constantin Euphorbènos Katakalôn qui réunit à la fois le prestige immense des Katakalôn et des compétences militaires personnelles. Au cours du 12e s. la liste de ces militaires d’origine illustre s’allonge. Il suffit de citer à Chypre Léon Nikéritès, Elpidios Brachamios, Kamytzès, Jean Comnène… Et à la fin du 12e s. on constate même que les gouverneurs des grandes îles ont des liens de famille avec l’empereur. Citons en Crète les Kontostephanoi et Andronic Synadènos en Chypre. De plus ces grandes familles qui fournissaient les îles en grands fonctionnaires étaient liées entre elles : tels les Straboromanoi dont nous avons un représentant illustre en Crète au milieu du 12e s. et que des liens de famille unissaient aux Synadènoi (nous avons justement cité Andronic Synadènos, gouverneur de Chypre et vraisemblablement contemporain de Jean Straboromanos en Crète). Ainsi les liens entre Crète et Chypre étaient-ils noués à travers leurs gouverneurs...
347Une élite politique extérieure aux îles, appartenant souvent au 11e s., et toujours au 12e, aux grandes familles de l’Empire, d’origine arménienne, micrasiatique ou constantinopolitaine, et de plus en plus liée à la famille impériale à mesure que l’on avance dans la période étudiée, ainsi peut-on caractériser cette élite à laquelle appartenaient au premier chef les gouverneurs insulaires, mais également toute cette cour de conseillers directs ou de fonctionnaires juste subalternes qu’ils amenaient avec eux quand ils prenaient la charge de gouverneur dans les îles. A cette élite appartenaient également les « Grands » de l’Église. Il suffit de citer ici Nicolas Mouzalôn ou Jean le Crétois, qui n’étaient pas davantage issus des îles où ils exercèrent les plus hautes fonctions. A partir de la fin du 11e s., de plus, nous avons constaté que les mêmes personnages reviennent aux mêmes gouvernements. Ils tiennent en quelque sorte leur gouvernement comme une affaire de famille. Ils font venir avec eux toute une cour de fonctionnaires et de dignitaires à leur service : les uns et les autres s’établissent progressivement dans les îles. Cette évolution que l’on perçoit à partir du règne d’Alexis n’est pas sans incidence sur l’histoire des îles. C’est ce que j’appellerais l’enracinement social. Or cet enracinement social de l’élite politique coïncide à la même époque à l’émergence politique de grandes familles locales. Cette considération nous amène à étudier l’évolution des notables locaux au cours de la période étudiée.
– Les notables locaux.
348La recherche prosopographique ne nous a fourni que quelques noms de notables locaux. Et encore reste-t-il à savoir si les noms que nous trouvons, ci et là, au hasard des sources étaient bien ceux de notables locaux ou s’il s’agit de paysans un peu plus aisés que les autres et appartenant donc à la classe des faibles. Nous avons ainsi rangé parmi les faibles le koubouklèsios Jean et sa femme, petits ou moyens propriétaires de Skyros, même s’ils peuvent être considérés comme des coqs de village et faisaient ainsi partie des petits notables de l’île. Il en va ainsi de nombreux petits dignitaires dont l’ascension sociale est modeste.
349Nous connaissons néanmoins quelques noms de notables importants, soit parce que ce sont de grands propriétaires, soit parce que leurs noms les apparentent à de grandes familles locales, soit encore parce que leurs fonctions leur donnaient accès à des postes de responsabilité politique. Nous avons de plus constaté que notre étude prosopographique par îles ou par groupes d’îles, selon des zones géographiques délimitées, permettait de mieux appréhender cette catégorie sociale. Car les liens qu’ont tissés ces notables locaux à l’extérieur de l’île, où ils se trouvent établis, dépendent très étroitement de leur implantation géographique. Ainsi c’est en suivant notre démarche, qui a conduit nos recherches prosopographiques d’Ouest en Est, que nous nous proposons d’examiner cette classe bien particulière qu’étaient les notables locaux.
350Des notables locaux des Iles Ioniennes, nous ne savons pas grand chose, car les seuls exemples que nous ayons concernent des fondateurs de monuments dont nous savons simplement que l’un avait la dignité de « drongaire », qu’un autre était prêtre et qu’un troisième portait le nom de Nicolas Kontodonatos. Nous remarquons néanmoins que les églises qu’ils ont fait construire sont des monuments remarquables, même s’ils restent modestes comme l’ensemble des monuments insulaires de l’époque. On ne connaît pas de monument qui ait été construit dans ces îles par un gouverneur, quoiqu’il ait pu en exister. Nous cernons ici toute la difficulté inhérente à notre étude : ce sont en effet des sources différentes qui le plus souvent nous font connaître des catégories sociales distinctes.
351Nous sommes plus à même d’étudier les notables de Crète, car nos sources sont plus fournies. Il ne s’agit pas tellement ici de fondateurs : les seuls que nous connaissions en effet sont des moines (Jean Xénos et Nikôn le Métanoeïte), et contrairement à ce que nous avons constaté pour les Iles Ioniennes, des gouverneurs (tel Eumathios Philokalès). Les notables crétois que nous pouvons classer parmi les « dynatoi » sont d’abord les grands propriétaires de l’île. Ainsi nous pouvons citer au début du 11e s. les Mesostablitai, grands propriétaires originaires de l’île selon toute vraisemblance ; Achille Liménitès qui en 1118 détenait au moins un proasteion et un moulin dans la région de Chandax, et dont le patronyme semble crétois. D’autres noms connus au 13e s. sont déjà mentionnés dans les actes d’archives de Patmos à la fin du 12e, ainsi les Chortatzis et les Hagiostephanitès. Là encore il s’agit de grands propriétaires crétois, originaires de l’île, et c’est sans doute un toponyme qui donna son nom à la grande famille des Chortatzis que nous connaissons au 13e s. : les documents d’archives de Patmos en témoignent208. S’il n’est pas exclu que l’élite politique acquit, surtout au 12e s., des domaines dans l’île et s’y établit alors qu’elle était originaire d’Asie Mineure ou de Constantinople et s’il paraît probable qu’en retour les grands propriétaires crétois pouvaient avoir un poids politique dans l’île, les deux milieux paraissent néanmoins distincts dans l’ensemble de notre documentation. Seuls les « faux », datés de la fin du 12e s., suggèrent une collusion de ces deux élites, puisque les « archontopouloi » mentionnés sont de grands propriétaires qui détiennent une part du commandement en assistant le duc de Crète. Dans la liste des archontopouloi fournie par ces « faux », on trouve des noms connus par d’autres documents, tels les Hagiostephanitès ou les Chortatzis, mais aussi d’autres noms dont nous n’avons aucune mention par ailleurs et qui ont, pour certains d’entre eux des consonnances illustres, ainsi les Phokas, les Melissènoi, les Gabalas. Il ne faudrait certainement pas prendre à la lettre ces faux documents fabriqués vraisemblablement sous la Vénétocratie pour permettre à l’aristocratie grecque de « conserver » une place qu’elle aurait détenu depuis fort longtemps. Néanmoins il me semble évident que des familles comme les Skordylis, les Chortatzis ou les Hagiostéphanitès n’auraient pu jouer le rôle important qui fut le leur dès la première moitié du 13e s., si elles n’avaient pas eu de solides assises sociales. Leur influence politique était probablement réelle dans la seconde moitié du 12e s., en particulier à partir de 1176 quand des pronoiai furent attribuées « aux insulaires ». D’autre part les mentions simultanées dans les « faux » de familles crétoises et de familles originaires d’Asie Mineure reflètent assez bien la réalité telle que nous l’entrevoyons : établissement de l’élite politique dans l’île et influence grandissante dans le gouvernement de l’élite sociale insulaire, l’ensemble constituant à partir du 11e s. la classe des « archontes » de Crète, telle que nous l’avons vu autour du katépanô de Crète en 1118. De plus la Crète pourrait également être considérée comme un refuge pour les grandes familles chassées d’Asie Mineure s’il est vrai que s’y établirent les Phokas. L’étude prosopographique des dynatoi de Crète ne permet pas de remonter bien au-delà du début du 12e s., faute de sources. C’est pourquoi il nous est impossible de savoir jusqu’à quel point la société du 12e s. est différente de celle des siècles antérieurs, au moins en ce qui concerne les classes supérieures, ce qui serait déjà une première approche de l’étude de l’évolution de l’ensemble de la société crétoise pendant les siècles étudiés. Nous constatons néanmoins que l’île de Crète était liée socialement à l’Asie Mineure et à Constantinople bien plus qu’à la Grèce (rappelons à cet égard les noms des Gabalas, des Phokas, des Melissènoi), ce qui est fort intéressant, car après tout la Crète est, de par sa situation géographique, à égale distance des deux continents. Ces liens sociaux entre la Crète et l’Asie Mineure se distinguent donc des liens administratifs et même culturels qui unissaient davantage la Crète à l’Hellade qu’à l’Asie Mineure.
352La prosopographie des Cyclades et celle de l’Eubée me paraissent aller de pair. Il est vrai que nous ne possédons de réelles informations que pour le groupe nord des Cyclades, et en particulier pour Andros. Or Andros et l’Eubée ont des liens sociaux extrêmement étroits avec le continent helladique. Ces deux îles semblent tourner résolument le dos à Constantinople, et se distinguent profondément de la Crète à cet égard. De plus il faut noter que ces îles sont des sous-circonscriptions et non pas des sièges de gouvernements provinciaux : elles connaissent donc à un moindre degré l’établissement d’une élite politique envoyée par la capitale. Leur prosopographie apparaît bien davantage issue de milieux locaux. Enfin nous avons la chance d’avoir pour ces îles une documentation relativement fournie sur les notables des 11e-12e siècles, quoique disparate. Ainsi nous connaissons quelques noms de fondateurs d’églises à Andros, alors que le Cadastre de Thèbes et la Correspondance de Michel Choniatès constituent le fonds de notre documentation eubéenne. Les familles de Sgourisménos et de Monastériôtès à Andros, celles de Pothos, Sisinios, Bardanès, Bériboès et Tornikès ne sont certes pas toutes originaires de Grèce, et l’on trouve nombre de leurs représentants dans les bureaux constantinopolitains au 12e s. Néanmoins on constate, me semble-t-il, un ensemble de faits qui méritent d’être relevés. Certains personnages cités étaient originaires d’Athènes, d’Eubée ou de Thèbes, et leurs biens fonciers se trouvent répartis dans ces trois centres et non ailleurs. Je songe ici à Pothos ou à Sisinios d’Eubée. D’autres personnages portent des patronymes que l’on retrouve ailleurs dans l’Empire (et en particulier dans la capitale), mais qui sont davantage mentionnés en Grèce à l’époque étudiée. Ces familles se sont en quelque sorte déplacées d’Est en Ouest. Il convient de citer ici les Sgouros-Sgourismenos, mais aussi les Bardanès, les Tornikès, les Beriboès, qui se sont établis soit en Eubée, soit à Thèbes, soit à Athènes, ou dans les trois centres à la fois. Et l’on retrouve ici, comme dans le cas précédent, une imbrication de propriétés, d’habitations et de litiges entre les membres de ces familles dispersées dans ces trois centres. Au 12e s. nombre de ces personnages ont acquis dans les îles concernées et en Grèce une position sociale éminente et également, ce qui est important, une grande influence politique. Il suffit de citer Dèmètrios Bardanès, évêque de Karystos, Euthyme Malakès métropolite de Néopatras et grand propriétaire dans l’île d’Eubée, et surtout ces fameux Chalkoutzis dits « archontes thematikoi » et « ktèmatikoi » d’Eubée, célèbres dans toute la Grèce. Ainsi on peut affirmer qu’à la fin de la période étudiée une élite socio-politique provinciale rayonne dans la partie helladique de l’Empire, et dont les pôles sont Athènes, Thèbes, l’Eubée. Elle réunit des personnages originaires de Grèce à des familles venues de l’extérieur qui se sont établies en Grèce et dans les îles proches (Eubée, Andros) et dont les intérêts se rapprochent de plus en plus.
353Si l’étude prosopographique des Sporades et des îles nord-égéennes ne nous livre pas une grande mine de renseignements, faute de sources, elle permet néanmoins de constater les liens sociaux qui unissent ces îles entre elles. L’acte de donation de la veuve Glykéria de Skyros, mainte fois citée, est une fois de plus exemplaire : fait à Skyros par des propriétaires de cette île, il réunit les signatures de nombreux notables de Lemnos. De plus les liens de ces îles avec la Chalcidique et Constantinople sont également étroits. Rappelons que Glykéria fait une donation en faveur de Lavra ; que Zéphinézer est parti de Constantinople visiter Lemnos en qualité de stratège de l’Egée. Et l’on pourrait citer maint autre exemple. Un tissu de liens économiques, administratifs et sociaux fait de cet ensemble insulaire une région tournée vers le Nord (Macédoine, Thrace) et la capitale, et qui apparaît alors relativement coupée aussi bien du groupe étudié précédemment (Eubée et Cyclades nord) que des îles micrasiatiques dont il convient maintenant de parler.
354Si l’on connaît mal l’élite sociale des îles micrasiatiques (les grands propriétaires mentionnés dans les sources de l’époque ne sont pas nombreux), nous constatons néanmoins qu’elle avait des liens serrés avec le continent asiatique et Constantinople. Sans revenir sur les monastères insulaires et leurs relations économiques étroites avec le continent voisin ou sur les moines venus d’Asie Mineure qui se sont établis à Kôs, Patmos ou Samos, rappelons néanmoins le cas exemplaire d’Arsénios Skènourès, originaire de Kôs (il possédait dans l’île des biens patrimoniaux), résidant à Strobèlos et grand propriétaire à Kôs et à Léros. Pour illustrer les liens entre les îles micrasiatiques et la capitale, rappelons le cas de Théodore Alôpos, grand propriétaire à Rhodes qu’il considérait comme sa « patrie » et où vivaient d’ailleurs ses enfants, qui résidait néanmoins à Constantinople et qui accéda aux plus hautes fonctions puisqu’il fut ambassadeur de Michel VI en 1056. Outre ces liens sociaux entre les îles micrasiatiques et la capitale ou le proche continent, il faut rappeler que les grands propriétaires de la région ont des biens dans plusieurs de ces îles : le vestarque Kaballourios était grand propriétaire à Kôs et à Léros comme Arsénios Skènourès d’ailleurs. Enfin il semble qu’à l’époque étudiée nous ne puissions distinguer une collusion des élites dans les îles micrasiatiques. Les deux classes politique et sociale nous apparaissent parfaitement distinctes à travers les sources, peu nombreuses il est vrai, qui sont à notre disposition.
355Et c’est à l’état défectueux de nos sources qu’il faut également attribuer notre ignorance en ce qui concerne les noms des grandes familles de Chypre dont nous savons pourtant parfaitement qu’elles possédaient d’immenses richesses à la fin du 12e siècle. Nous ne connaissons pas de grande famille locale qui aurait accédé à des postes de responsabilité politique ; néanmoins il faut rappeler que les deux révoltes de Chypre du 11e s. furent conduites par des gouverneurs qui étaient étrangers à l’île : c’est le cas en particulier de celle de 1042 conduite par Théophile Erôtikos, qui n’était pas originaire de l’île (il avait été en 1040 expulsé de Serbie) et qui devenu stratège, incita les Chypriotes à la révolte. Et le gouverneur de Chypre qui en 1184 fit dissidence à l’autorité impériale, Isaac Comnène, venait également de l’extérieur. La recherche prosopographique ne nous fait malheureusement connaître aucun nom de l’élite sociale de Chypre. Nous n’avons par conséquent pas pu toucher du doigt la collusion entre l’élite politique et l’élite sociale qui était pourtant inscrite dans les faits, comme en témoigne le rachat de la rançon d’Isaac Comnène par les dynatoi de l’île. Ainsi nous sommes obligé d’avouer que tout un volet des dynatoi nous échappe et que les recherches prosopographiques, si instructives, soient-elles, ne donnent qu’un aspect partiel de la société insulaire.
III. Les Rapports des Puissants avec les Faibles et avec le pouvoir impérial.
356L’accaparement des pouvoirs économique et politique par les puissants dans les îles aux 11e-12e siècles s’est fait aux dépens de la classe des petits propriétaires, mais aussi aux dépens du pouvoir impérial. Il nous paraît donc intéressant d’étudier maintenant les rapports des dynatoi insulaires avec chacune des deux parties.
1) Les rapports des Puissants avec les Faibles : peut-on parler de luttes de classes dans les îles aux 11e-12e siècles ?
357Les îles de l’Empire byzantin ont connu aux 11e-12e s. des crises sociales plus ou moins violentes qui ont pris des formes différentes. Elles ont parfois abouti à une sécession par rapport au pouvoir central. Il convient de citer ici les tendances « autonomistes » de Crète et de Chypre au 11e s., le ralliement de Corfou aux ennemis de Byzance au milieu du 12e s. Elles ont pris, en d’autres cas, la forme de crises larvées au cours du 12e siècle, qui aboutirent en Chypre à la sécession, puis au massacre ou à l’expulsion hors de l’île des riches à l’extrême fin du 12e siècle. Ces différentes expressions de crises de la société insulaire à la fin de l’époque étudiée révèlent-elles une lutte de classes entre les puissants et les faibles ? C’est ce que nous allons tenter d’examiner.
358La première grande crise insulaire qui nous soit connue pour l’époque étudiée est la révolte des Chypriotes en 1042. Cette révolte de l’« ethnos » des Chypriotes, conduite par Théophile Erôtikos, était entièrement et uniquement dirigée, selon les textes, contre le percepteur d’impôts. On ne sait si, seuls, les faibles se révoltèrent ou si les puissants de l’île participèrent également au mouvement. De toute façon il n’est pas question à cette date de lutte de classes. On doit parler simplement d’une révolte fiscale ainsi que d’une volonté d’autonomie régionale face à l’autorité centrale, car rien ne révèle les signes de la révolte d’une classe opprimée par une autre. Il ne semble pas que les révoltes de Crète et de Chypre vers 1091 aient été très différentes dans leurs motivations et dans leurs objectifs de celle de Chypre en 1042. Elles s’inscrivent également dans une tendance autonomiste par rapport au pouvoir central affaibli ou ne disposant pas de moyens immédiats pour réagir. Elles furent conduites par les gouverneurs des îles et parfois par les corps d’armée cantonnés dans l’île (ainsi les Immortels à Chypre) en dissidence par rapport au pouvoir central. Là encore il semble bien que la volonté qui animait le peuple de Chypre ou celui de Crète résidait dans le refus de payer l’impôt. En effet après la reconquête de Chypre, le premier soin de l’empereur fut de nommer un répartiteur des impôts « compétent et équitable »209. Ainsi on peut dire que l’ensemble des grandes révoltes insulaires du 11e siècle, qui étaient originales par leur caractère autonomiste, ne furent pas l’expression de la lutte entre dynatoi et faibles, mais beaucoup plus une révolte contre l’oppression fiscale incarnée par le percepteur des impôts. Qu’en est-il alors des révoltes et des crises du 12e siècle ?
359Si le cas de Corfou s’apparente pour une part aux révoltes de Crète et de Chypre du 11e siècle, il s’y ajoute néanmoins un caractère de classe que ne comportaient pas ces dernières. Ce fut en effet la révolte fiscale qui poussa les Corfiotes au ralliement à l’ennemi, dans leur refus de payer le fouage, mais la population insulaire ne fut pas concernée dans son ensemble : Nicétas Choniatès précise bien qu’il s’agissait surtout des Gymnoi (les Nus), c’est-à-dire la catégorie sociale la plus défavorisée, celle qui ne possédait pas de terre, qui ne payait point le « telos » et qui en revanche devait s’acquitter du « kapnikon »210. Ainsi la crise de Corfou de 1147 revêt deux caractères distincts, celui de crise fiscale traditionnelle, celui plus nouveau de la révolte de la classe sociale la plus défavorisée. Contrairement à ce qui en était des révoltes examinées précédemment, celle de Corfou ne fut pas conduite par le gouverneur qui était à cette époque le « phorologos » de l’île. Néanmoins il faut souligner qu’une fois de plus il s’agit d’abord d’une sécession insulaire par rapport au pouvoir central : les Gymnoi ont ouvert la porte de la forteresse aux Normands. Et il semble bien que le reste de la population ait laissé faire. Le caractère de dissidence par rapport au pouvoir impérial l’emporte ainsi largement sur celui de lutte de classes, même s’il apparaît évident que la crise corfiote de 1147 révèle une aggravation des conflits sociaux à l’intérieur de l’île.
360Au 12e siècle en effet, dans l’ensemble des îles, l’accentuation de la pression fiscale sur les « faibles », l’insertion progressive des puissants dans les « chôria » et l’augmentation de leurs biens-fonds aboutissent peu à peu au démantèlement de la petite propriété et à la paupérisation de leurs détenteurs : les conflits sociaux internes prennent alors une dimension nouvelle. Par ailleurs la distinction entre l’élite politique et l’élite sociale, qui était un fait réel jusqu’à la fin du 11e siècle, fait place à la collusion du pouvoir et de la richesse. Cette évolution que nous avons perçue et analysée aussi bien à travers l’étude des structures économiques que dans l’esquisse de la société insulaire du 10e au 12e siècle, était également perçue par les contemporains du 12e siècle. Tandis que Nicétas Choniatès évoque le rôle des Gymnoi à Corfou, Mouzalôn, archevêque de Chypre au début du 12e siècle, met au premier rang des accusés le percepteur des impôts, le « praktôr » par excellence qu’était le duc de l’île à l’époque, Eumathios Philokalès. Ses agents parcourent les campagnes et prennent aux paysans tout ce qu’ils possèdent, ils pressent comme des citrons ceux qui n’ont déjà plus rien, et quand l’un d’eux a déguerpi, un autre souffre à sa place211. Ainsi, pour l’observateur sur place qu’était Mouzalôn, le malaise de la société chypriote au début du 12e siècle est d’abord imputable au gouverneur et à l’administration de l’île. De l’ensemble des « dynatoi », c’est l’élite politique, administrative et ecclésiastique qui est accusée par Mouzalôn de la misère des « faibles ». Il dénonce en effet la collusion entre l’élite politique civile et les grands dignitaires ecclésiastiques : tel évêque, dit-il212, innocente les percepteurs d’impôts qui outrepassent toute mesure, tel autre participe même à l’administration civile et militaire. Il se rend au « stratègion », au « praitôrion » et au « kritèrion ». Toute cette classe de gouvernants est corrompue : quiconque fait une requête auprès de l’administration doit verser de l’argent. Elle mène de plus une vie dissolue213. Et la suprême autorité ecclésiastique, l’archevêque de l’île, n’a plus aucun pouvoir : le gouverneur de l’île s’arroge en effet le droit d’annuler ses sanctions ecclésiastiques. Si Mouzalôn ne dit rien des possédants, Néophyte, quant à lui, brosse le tableau des grands propriétaires de l’île au 12e siècle qui ont été, selon lui, injustement dépouillés par Isaac Comnène. Ils possédaient « des demeures somptueuses, des serviteurs, des esclaves, une foule de troupeaux, des champs de blé, des vignes, des vergers »214. Or à côté de cette richesse des dynatoi chypriotes, il y avait la misère croissante des faibles : autour des années 1175-1180 on note dans l’île famine, épidémies... Une famine telle qu’elle pousse les insulaires au cannibalisme215. Comment interpréter autrement la description par Néophyte de ces corps mutilés qu’on trouve sur les routes ? Dans ce contexte la lutte des classes à Chypre dans le dernier quart du 12e siècle était certainement un élément important de cette crise insulaire, qui aboutit à la sécession de l’île par rapport au pouvoir central et à la politique originale d’Isaac Comnène.
361Isaac est en effet venu au pouvoir en Chypre, peut-être investi de « fausses » lettres impériales selon le récit de Choniatès216, mais en tout cas grâce à l’argent de la rançon versé au prince d’Antioche par les dynatoi de l’île217. Or une fois au pouvoir, Isaac a mené une politique entièrement axée contre les puissants qui l’avaient appelé : il a, selon Néophyte, dépouillé et assassiné les riches et les archontes218. Nous constatons qu’en fait Isaac Comnène s’est attaqué à l’ensemble des dynatoi, à l’élite politique (les archontes) et aux grands propriétaires. A-t-il été ce fou sanguinaire que dénoncent les chroniqueurs ou a-t-il mené tout simplement une politique de réformes qui visaient à redonner vigueur à cette catégorie de petits et moyens propriétaires sur laquelle s’était appuyé l’État byzantin aux 9e-11e siècles ? En tout cas il est certain qu’Isaac Comnène a mené une véritable révolution sociale, raison pour laquelle tous les chroniqueurs de l’époque le dénoncent comme un malfaiteur. Pourtant il dut céder l’île à Richard Cœur de Lion sans être le moins du monde soutenu par le petit peuple219. Cette révolution fut donc un échec, et nous sommes bien incapables de connaître les raisons de cet échec, dans la mesure où nous manquons d’information sur le contenu des réformes qu’il avait entreprises. Mais de toute façon il était difficile d’attaquer les privilèges de cette classe soudée des dynatoi du 12e siècle, qui disposaient d’une clientèle et d’une milice privées. Abandonné de tous, aussi bien à l’intérieur de l’île qu’à l’extérieur, ne disposant pas de forces militaires suffisantes, Isaac fut rapidement défait par Richard220.
362S’il nous est impossible d’appréhender avec certitude l’existence de conflits et de crises de la société dans les autres îles à la même époque, faute de sources, nous pouvons tout au moins en avoir quelque soupçon pour l’île de Crète. En effet nous constatons que la société crétoise évolue de façon très comparable à celle de Chypre pendant la seconde moitié du 12e siècle. Tout d’abord, dès 1176, l’État byzantin laisse aux puissants le soin de percevoir les impôts : les épisképseis de Crète ont été en effet à cette date attribuées en « pronoïa »221. L’élite sociale crétoise se trouve donc investie de pouvoirs politiques. Or nous avons constaté que parallèlement l’élite politique s’établissait dans l’île. Les « faux » de la fin du 12e siècle mentionnent une révolte des habitants de Crète, qui aurait été réprimée par les « dynatoi »222. Entre la révolte des Crétois au 11e siècle de caractère fiscal, conduite par l’élite politique et réprimée par le pouvoir central, et la lutte de classes entre dynatoi et faibles à la fin du 12e siècle, il y a confusion dans ces documents fabriqués en réalité au 13e siècle. La réalité de la fin du 12e s. a été néanmoins perçue : collusion de l’élite politique et de l’élite sociale, lutte de classes entre puissants et faibles, telles sont les grandes tendances de l’évolution de la société crétoise à la fin de la période étudiée.
363Néanmoins quels qu’aient été les antagonismes de la société insulaire de la fin du 12e siècle, les crises de cette époque sont d’abord des manifestations de révolte contre le pouvoir central, ou plus encore de désaffection vis-à-vis de ce pouvoir, quand elles prennent la forme de ralliements à l’ennemi. En fait si les puissants ont peu à peu accaparé les terres, s’ils ont acquis des privilèges de plus en plus importants, et s’ils se sont substitués au pouvoir central, ils ont en même temps récupéré à leur profit la masse de paysans libres acculés à la misère. Ils sont devenus des « archontes », notion qui entend la richesse et le pouvoir. Les Occidentaux appellent ceux de Chypre « divites et principes »223. Les rapports entre les classes se transforment en même temps que se créent des liens nouveaux entre les personnes. C’est ainsi que dès le début du 12e siècle, Philokalès dispose d’une milice privée224. Les puissants de Chypre s’enfuient de l’île après 1184 accompagnés de leur « laos »225. Des liens sociaux nouveaux se sont ainsi créés au cours du 12e siècle. D’une part les puissants disposent d’une clientèle privée, d’autre part ils sont unis entre eux par des rapports de confiance et de dépendance qui ne sont pas sans rappeler les liens féodaux de la société occidentale, sans leur être toutefois assimilables. Jean Straboromanos, duc de Crète au 12e siècle, a des hommes à lui, les « Botanioi »226 tandis que Jean Helladikos, katépanô de l’île un peu avant, était dit « oikeios anthrôpos » du grand duc et praitôr de l’Hellade, Eumathios Philokalès227. Cette transformation de la société byzantine a en quelque sorte biaisé les luttes entre puissants et faibles. Au terme de cette analyse, nous constatons donc que le concept de lutte de classes ne peut s’appliquer qu’avec une extrême prudence aux conflits sociaux insulaires et, même si les crises de la fin du 12e siècle présentent une certaine originalité par rapport à celles du 11e, le caractère traditionnel de lutte contre le pouvoir central en reste le caractère dominant. Après avoir tenté d’analyser les rapports entre les puissants et les faibles et constaté que leur lutte commune contre le pouvoir central l’emportait sur les antagonismes de classes, il n’est pas inintéressant de voir avec un plus de précision les rapports entre les puissants et le pouvoir impérial.
2) Les rapports des Puissants avec l’Empereur.
364L’élite politique des îles recrutée parmi les grands fonctionnaires ou chefs militaires de l’Empire a pris la tête des révoltes contre l’autorité impériale en Chypre en 1042 et 1091, en Crète en 1091. A Corfou en 1147 on ne sait si elle a cautionné la dissidence des Gymnoi, mais elle a en tout cas laissé faire. On peut certes objecter qu’inversement elle se trouve aux côtés du pouvoir au moment de la répression, puisqu’envoyée à ce dessein, elle reste alors fidèle au pouvoir central. On ne peut donc discerner une seule tendance de l’élite politique insulaire, mais l’on constate que, selon les circonstances, elle s’est trouvée soit opposée au pouvoir central, soit au contraire du côté du pouvoir. D’ailleurs il pouvait y avoir scission à l’intérieur de cette élite : en 1042 à Chypre l’administrateur chargé du recouvrement de l’impôt fut mis en accusation par Théophile Erôtikos, stratège de l’île, qui prit la tête de la révolte des Chypriotes. Au cours du 12e siècle, quand le gouverneur de l’île cumula les fonctions de percepteur d’impôts avec celles du commandement, la question ne se posa plus dans les mêmes termes.
365Au cours du 12e siècle l’autorité insulaire devint relativement indépendante du pouvoir central, et l’on constate qu’elle menait une politique personnelle servant ses intérêts bien plus qu’une politique au service de l’Empire. Quand Pégonitès, duc de Samos, enfreint l’immunité fiscale du monastère de Patmos et exige le versement des ploïmoi, les bénéfices reviennent dans sa caisse228. La requête des Génois à l’empereur en 1174 prouve à quel point l’élite politique insulaire menait une politique économique en marge des décisions impériales. A l’époque où les Génois ont acquis des privilèges, sinon égaux à ceux des Vénitiens, tout au moins assez importants pour leur permettre l’accès du monde insulaire, les autorités insulaires prennent manifestement parti pour les Vénitiens et collaborent avec eux pour empêcher toute ingérence génoise dans les îles : les ducs de Chios, de Crète et de Rhodes ont participé à la prise des bateaux génois et ont confisqué leurs marchandises229. Les gouverneurs insulaires mènent alors une politique économique contraire aux intérêts de l’État byzantin et manifestent ouvertement leur indépendance et leur autonomie. Quoi de plus naturel d’ailleurs quand ils sont de plus en plus massivement recrutés parmi les grandes familles de l’Empire, quand ils s’établissent eux et leur famille dans l’île où ils sont nommés, quand ils accaparent plusieurs fois un même gouvernement... Finalement la dissidence ouverte d’Isaac Comnène dans ce contexte n’apparaît pas vraiment étonnante, mais plutôt comme la réalisation ouverte d’une attitude larvée, mais commune, d’autonomie de l’ensemble des gouverneurs insulaires à la fin du 12e siècle, et elle réussit là où ont échoué précisément les révoltes du 11e s. pour un ensemble de raisons que nous avons déjà eu le loisir d’examiner.
366En ce qui concerne l’attitude de l’élite sociale vis-à-vis de l’autorité impériale, les choses sont plus difficiles à cerner dans la mesure où l’élite sociale, coupée du pouvoir politique direct, fut davantage un groupe de pression. En tant que tel, il est certain que cette élite a souvent pris parti contre le pouvoir central. Rappelons d’ailleurs le silence absolu des chroniqueurs sur son rôle pendant les révoltes, ce qui signifie à tout le moins qu’elle ne s’y est guère opposée. Au fur et à mesure d’ailleurs qu’il y eut collusion entre l’élite politique et l’élite sociale, il est certain que cette dernière adopta une attitude de plus en plus hostile au pouvoir central. Les possédants appuyèrent sans aucun doute les tendances autonomistes de la fin du 12e siècle, s’ils ne les dirigèrent pas eux-mêmes : les archontes d’Eubée étaient derrière Léon Sgouros en 1202 comme ceux de Chypre derrière Isaac Comnène, quand celui-ci débarqua dans l’île.
367Au terme de cette étude sur les rapports des dynatoi avec les faibles, notamment à travers l’analyse des crises insulaires du 11e-12e siècle, et sur les rapports de ces mêmes dynatoi avec l’empereur, on est bien obligé de constater que la solidarité de l’ensemble des classes sociales contre le pouvoir central l’emporte sur la solidarité d’une classe contre l’autre. C’est pourquoi l’on ne peut vraiment parler de luttes de classes dans les îles à l’époque mésobyzantine. Pour les faibles l’oppression venait du pouvoir central, et était incarnée par les percepteurs d’impôts. Acculés à la misère, ils recherchaient la protection des puissants. Pour ces derniers, la contrainte venait également du pouvoir central : c’était celle d’une politique contraire à leurs intérêts locaux. Les uns et les autres s’unissaient donc en dépit de leurs intérêts contradictoires contre le pouvoir impérial. Cette solidarité ne peut néanmoins s’expliquer que par une profonde transformation des rapports sociaux du 10e au 12e siècle.
368Avant de clore ces recherches sur la société insulaire à l’époque mésobyzantine, je voudrais revenir sur la question du poids des marchands dans la société insulaire et sur la naissance éventuelle d’une classe « bourgeoise ». Nous avons constaté que l’économie insulaire mésobyzantine était avant tout une société rurale. Nous avons également dit que nous n’avions qu’un seul nom d’armateur byzantin (en Crète en 1118) qui nous soit parvenu, mais nous avons souligné que toutes les archives notariales byzantines de l’époque avaient disparu. D’autre part nous avons pu constater qu’au 12e siècle, lorsque les îles entrent dans une aire commerciale à grande échelle, ce sont les étrangers, et d’abord les Vénitiens qui sont le moteur de cette nouvelle économie. Alors que peut-on dire quand les Occidentaux parlent des « marchands » qui accueillirent avec enthousiasme Richard Cœur de Lion en Chypre230 et des « bourgeois » de la ville de Limassol à la même époque231 ? Il est difficile de savoir si les marchands étaient byzantins ou latins et quels étaient ces habitants du « bourg » de Limassol : était-ce une classe nouvelle de marchands dont nous n’avons aucun autre écho ou bien s’agissait-il tout simplement des « dynatoi » de l’île, propriétaires terriens et élite politique résidant dans la ville ? Pourtant il n’est pas impossible qu’il y ait eu au 12e siècle une importance accrue de commerçants et d’armateurs byzantins dans les îles : en témoigne la mention de ce Dèmètrios Komètas « nauklèros » dans un acte de 1118232. Mais faute d’informations, nous sommes obligés d’en rester là et de laisser sur ce point le débat ouvert. Nous nous sommes tenus uniquement à l’étude des forces et des rapports de forces d’une société rurale. Il y a sans doute un déséquilibre entre ce que nous avons pu étudier à travers une documentation parcellaire et la réalité, mais il nous paraît certain que, pendant la période étudiée, le fondement de l’économie insulaire restait la terre : nous avons peut-être dans notre étude sous-estimé la catégorie sociale qu’étaient les commerçants insulaires, mais il ne nous semble pas que nous ayons falsifié la réalité.
Notes de bas de page
1 Les « armateurs » insulaires si nombreux dans les inscriptions antiques et paléochrétiennes (voir à ce sujet l’ouvrage de Julie Velissaropoulos, Les nauclères grecs. Recherches sur les institutions maritimes en Grèce et dans l’Orient hellenisé, Paris-Genève 1980) sont totalement absents dans l’ensemble des sources byzantines. Seules exceptions la mention d’un nauklèros en Crète en 1118, voir ci-dessous sv Crète Demètrios Komètas et un certain Kostatis de Tinos (?) vers l’an 1000, cf. D. Feissel, BCH 104 1980 n° 37.
2 Lemerle, Esquisse (2) p. 279.
3 Ibid.
4 JGR I p. 223.
5 MM VI p. 111 = Actes de Patmos I p. 198.
6 A ce sujet voir Ahrweiler, Adm. p. 23 ; La Mer pp. 212-213.
7 Pour l’évolution de la strateia voir aussi Lemerle, Esquisse 3 p. 43 sq. Le témoignage de Kékauménos (Kékauménos p. 102) prouve que les strateiai maritimes n’avaient pas encore disparu à l’époque de la rédaction du Stratégikon, cf. Lemerle, Prolégomènes p. 90.
8 De Cer pp. 651-653, 665 ; Vasiliev II1 p. 201 sq, 333 sq.
9 Voir à titre d’exemple les 2 000 stratiotes du Péloponnèse à la même époque : Lemerle, Esquisse 3 pp. 54-70. Voir également à ce sujet J. F. Haldon, H. Kennedy, The arab-byzantine frontier in the eighth and ninth centuries, Military Organisation and Society in the borderlands, Sbornik Radova 19, 1980 p. 102 : au milieu du 9e s. selon Ya’qubi, la Thrace comme la Macédoine fournissaient 5 000 cavaliers ; les petits thèmes frontières n’en fournissaient guère plus de 500.
10 Ils ne pouvaient certes pas être mentionnés au mil. du 10e s.! Néanmoins les textes concernant la reconquête de Crète et de Chypre n’en font pas mention.
11 Léon le Diacre p. 28 ; Th. Cont. pp. 474, 476, 481 : le Continuateur de Théophane cite en particulier l’armée de Thrace et de Macédoine. Notons que la recolonisation de la Crète s’est effectuée avec des contingents de thèmes non maritimes.
12 C’est en effet Nicéphore Phokas (donc juste après la reconquête de la Crète) qui créa la nouvelle classe des cavaliers cuirassés dont la strateia équivalait à un bien foncier de 12 livres d’or : JGR I p. 256.
13 Mouzalôn v 277 sq.
14 Ibid, v 905-912.
15 Ibid, v 536 sq.
16 Nous savons certes qu’elle grevait également les terres ecclésiastiques non exemptées, cf. Ahrweiler, Adm. p. 20.
17 MM VI p. 45 = Actes de Patmos I pp. 59-60.
18 MM VI pp. 57-58 = Actes de Patmos II pp. 77-79.
19 Actes de Patmos II n° 55.
20 Actes de Lavra n° 16 (mars 1012).
21 Actes de Lavra n° 20.
22 Ibid n° 20, 1. 18 : « κοσµικὸν ἰδεῖν οἶκον μετασκεϭᾶσαι εἰς μοναστήριον… » :
23 JGR I p. 268.
24 MM VI pp. 124-127.
25 MM VI pp. 95-99.
26 Avril 1089 : MM VI p. 42 = Actes de Patmos II p. 72 ; 1097-1109 : Actes de Patmos II n° 55.
27 Testament de Xénos pp. 57-61, 65-66.
28 Darrouzès, Notes 2 p. 47 sq.
29 Testament de Xénos p. 60.
30 MM VI pp. 23-25 = Actes de Patmos I pp. 33-35.
31 MM VI p. 64.
32 MM VI pp. 25-28 = Actes de Patmos I pp. 44-47 ; MM VI p. 40 = Actes de Patmos II p. 58 ; MM VI p. 65.
33 Typikon de Néophyte p. 6.
34 Basile Kinnamos en faveur de Néophyte : Typikon de Néophyte p. 9 ; Nicétas Hagiostéphanitès en faveur de Neilos : MM V p. 396.
35 RHC Grecs I p. 560.
36 MM VI pp. 107-108 ; pp. 111-112 = Actes de Patmos I pp. 197-200.
37 MM VI p. 45 = Actes de Patmos I pp. 59-60.
38 MM VI p. 67.
39 MM VI pp. 57-58 = Actes de Patmos II pp. 77-79.
40 Rappelons l’exemple des parèques du fisc à Léros, voir ci-dessus.
41 MM VI p. 67.
42 MM VI pp. 36-40 = Actes de Patmos pp. 53-57.
43 MM VI pp. 104-105 = Actes de Patmos I pp. 190-192.
44 Voir à titre d’exemple les chôritai de Menikos : MM VI pp. 95-99.
45 JGR I pp. 633-4 ; MM V pp. 443-444.
46 JGR I p. 640 ; MM V p. 441 ; Stephanidès p. 594 ; Dölger, Reg n° 950.
47 MM VI p. 104 = Actes de Patmos I p. 190.
48 Actes de Patmos II n° 55.
49 MM VI p. 40 = Actes de Patmos II p. 58.
50 MM VI p. 36 = Actes de Patmos II pp. 53-54.
51 MM VI p. 40 = Actes de Patmos p. 58 : « Sa Majesté décide qu’en échange de Pantélion l’autre kastron de Lépida soit transmis aux habitants de l’île de Léros pour leur sécurité ».
52 Dölger, Reg n° 1542, 1543, 1544 et 1546.
53 Patmos : voir réf. ci-dessus ; Léros : logement pour les salariés, cf. MM VI p. 36 = Actes de Patmos II p. 54 ; Leipsos : logement pour les salariés, cf. MM VI p. 41.
54 MM V pp. 412-413.
55 RHC Grecs I p. 560.
56 Ce n’était néanmoins pas toujours le cas, mais nous avons inclu dans nos recherches prosopographiques tous les « notables » mentionnés dans nos sources. Nous avons en revanche délibérément exclu de notre répertoire tous les noms de parèques. Ainsi nos recherches prosopographiques nous amènent à examiner une élite sociale plus large que les « puissants » à proprement parler, dans la mesure où notre information est par trop fragmentaire.
57 Georges le Moine Cont. p. 845 ; Léon le Gram. p. 258 ; Vie d’Ignace : PG 105 col 564 ; Za kythinos, Le Thème de Céphalonie p. 305 ; Oikonomidès, Céphalonie et Longobardie p. 122. Il faut supprimer la mauvaise ponctuation due à l’éditeur du Continuateur de Georges le Moine comme suit : ὄντος Εύπραξίον στρατηλάτον εἰς Σικελίαν καἱ εἰς Κεɸαληνίαν τοῦ Μουσονλίκη. Dans la mesure où « Eupraxias » peut être considéré comme un patronyme, il est possible en effet que le protospathaire Nicéphore (chargé par Léon VI d’enquêter sur les accaparements du monastère de Kolobos à l’Athos, cf. Actes du Prôtaton n° 2, 1.31.32) qui porte l’éponyme « tou Eupraxè » soit bien le fils d’Eupraxias, stratège de Sicile comme l’affirment les éditeurs du document où il est mentionné.
58 Voir réf. dans Za kythinos, Le Thème de Céphalonie p. 305 ; De Cer. p. 657 : notre étude sur les archontes de Chypre à cette époque nous a conduit à les considérer comme une élite administrative locale distincte de l’administration byzantine nommée par l’empereur.
59 Liutprand p. 36 (PL 136 col 936) ; Dölger, Reg n° 716 ; sur Cherson, voir Oikonomidès, Listes p. 353.
60 Actes de Lavra p. 362.
61 Skylitzès p. 348 ; N. Adontz, Byz. 11, 1936 p. 32 ; MGH SS V p. 57 ; Actes de Lavra n° 25.
62 Ch. 3 sv Corfou.
63 Notons qu’il ne peut à cette époque être question du drongaire d’une région, ni même du drongaire de la flotte. Pour Droungaropoulos, voir Laurent, BM n° 633 (Hellenika 7).
64 Alexiade III p. 51.
65 Laurent, Corpus V1 p. 620 n° 803.
66 Ch. 3 sv Cythère.
67 Le personnage est mentionné dans Memorie di Cerigo (ed. K. N. Sathas, Mnèmeia Hellenikés Historias VI pp. 301-302) : un document de 1238 l’établit dans son fief crétois.
68 Testament de Xénos p. 57 ; pour l’ensemble des toponymes mentionnés, voir ch. 3 sv Crète.
69 Vie de Nikôn p. 152. Outre Hg. Photeinè, il construisit de nombreuses autres églises dans toute l’île.
70 Testament de Xénos p. 66 ; Laurent, La Crète p. 392 n. 35 ; Tomadakis, REB 7, 1949 p. 119 ; J. C. Cheynet-J. F. Vannier, Etudes prosopographiques, Publications de la Sorbonne 5, 1986, 13 p. 66.
71 Testament de Xénos pp. 66, 72 ; l’inscription a été mal commentée par son éditeur qui a vu dans cet Eumathios, stratège de Crète, dont le patronyme reste inconnu, le célèbre Eumathios Philokalès dont nous connaissons bien la carrière par ailleurs et qui n’est certainement pas le stratège de Crète de l’inscription, cf. S. N. Marinatos, EEBS 7, 1930 pp. 388-393.
72 Alexiade II p. 162 ; Vie de Meletios le Jeune p. 27 ; Zonaras III p. 737 ; nous connaissons un autre (?) Karykès qui fut duc de Bulgarie, Nicétas Karykès, connu par son sceau, et qu’il convient peut-être d’identifier avec » Nicétas », duc de Belgrade en juin 1096, cf. Gautier, Défection pp. 222-224. Si cette hypothèse était juste, ce ne pourrait être en aucun cas notre Karykès qui fut assassiné en 1092 par les Crétois dont il conduisait la révolte.
73 Alexiade I p. 155, II p. 96, 173 ; Gautier, Défection p. 221 n. 22 ; pour Michel Karantènos et sa chronologie, voir Ahrweileh, Adm. de la Crète pp. 223-226 ; Laurent, La Crète p. 394.
74 Laurent, La Crète p. 394 (1088-1089) ; Ahrweiler, réf. ci-dessus (1093-1094) ; pour l’identification avec Michel, katépanô de Crète, connu par son sceau, cf. Schlumberger, Sig. p. 201. Mais cela reste une hypothèse. Ce dernier peut très bien avoir été gouverneur de Crète à une date antérieure. Au cours du 11e s., avant l’avènement des Comnènes, le nom de famille ne figure guère sur les sceaux. Mais l’on doit néanmoins situer ce sceau après 1027, date à laquelle le gouverneur de Crète portait encore le titre de stratège, voir ci-dessus Philarète Brachéôn et Eumathios.
75 MM VI p. 96 ; N. Oikonomidès, Actes du 4e Congrès Int. Crétois, Héracleion 1976 t. 2 pp. 308-317.
76 Vranoussi, Témoignages Historiques pp. 7-9. La chronologie donnée par V. Laurent (Laurent, La Crète p. 395) ne se fonde pas sur des données exactes, mais nous pensons comme lui que Jean Straboromanos tenait la charge des impôts en tant que duc de l’île ; Bertolotto p. 398 ; MM VI p. 107 ; E. Miller, Annuaire de l’Association pour l’encouragement des études grecques en France 17, 1883 pp. 52-53 ; voir aussi pour Manuel S., et l’ensemble de la famille connue à la fin du 11e siècle et au cours du 12e, P. Gautier, REB 23, 1965 pp. 168-177.
77 Réf. données dans Laurent, La Crète p. 396. Pour la carrière de ce personnage, voir Laurent, Vatican n° 192 ; J. Darrouzès, Georges et Démètrios Tornikès, Lettres et Discours, Paris 1970 p. 57 sq ; pour les biens-fonds des Kontostephanoi, cf. T-TH I p. 479.
78 Gerland, Noblesse Crétoise XI pp. 21-29 = MM III pp. 235-237 = Dölger, Reg. n° 1561 (document daté de 1184) : Gerland, Noblesse Crétoise XI pp. 30-41 (document daté de 1192) ; Gautier, Défection p. 226 ; Polemis, The Doukai n° 225 ; le gouverneur de Crète, Constantin Doukas (fin 12e s.) était un neveu d’Isaac Ange : Brand, Byzantium p. 108.
79 MM VI p. 125.
80 MM VI pp. 139-140 = Actes de Patmos II pp. 116-117 ; sur les Kontostephanoi, voir biblio. donnée dans Actes de Patmos II p. 112 § 1.
81 Laurent, Corpus V1 n° 623 : le patronyme Limas est attesté au 15e s. dans l’île de Crète.
82 Vie de Léonce p. 385. Pour la bibl. cf. Vranoussi, Témoignages historiques p. 6 et n. 2.
83 MM VI p. 96.
84 Ibid.
85 Ibid. ; pour les Ariepès-Ariebès cf. Laurent, Orghidan n° 408.
86 MM VI p. 96 ; la famille Bourtzès est une famille très connue d’Asie Mineure, liée aux Melissenoi ; voir aussi J. G. Gheynet, J. F. Vannier, Etudes Prosopographiques, Publications de la Sorbonne 5, 1986, 28 p. 50.
87 MM VI pp. 98-99.
88 Ibid. p. 99.
89 MM VI p. 125.
90 Vranoussi, Témoignages historiques p. 9.
91 MM VI pp. 95-99 ; on connaît également Michel Limenitès, prêtre et taboullarios en 1193 dans l’île de Crète (MM VI pp. 125, 127) ; Limnitès, propriétaire dans l’île de Kôs à la fin du 11e s. (MM VI p. 88).
92 Testament de Xénos p. 59.
93 MM VI pp. 130-133 = Actes de Patmos I pp. 208-211 ; Manousakas, La Famille Chortatzis pp. 231-301.
94 Xanthoudidès, La Vénétocratie pp. 21, 23 ; MM VI pp. 150-151 ; Gerland, Noblesse Crétoise X pp. 217, 221 ; XI pp. 39, 47 ; Vannier n° 26.
95 Gerland, Noblesse Crétoise XI pp. 15, 32, 46.
96 Ibid. pp. 21-29 = MM III pp. 235-237. Voir à ce sujet Xanthoudidès, Le Diplône des Skordilis pp. 299-312 ; Brand, Byzantium p. 107 sq.
97 Gerland, Noblesse Crétoise XI pp. 15, 34-36, 45 ; sur les Phokas, voir l’étude très complète d’I. Djuric dans Zbornik Radova 17, 1976 pp. 189-292.
98 Gerland, Noblesse Crétoise XI pp. 16, 32, 37, 46-47.
99 T-TH II pp. 312-313.
100 Gerland, Noblesse Crétoise XI p. 15, 32, 38.
101 Ibid. pp. 16, 33, 39.
102 Ibid. pp. 15, 33, 39, 45-46.
103 Ibid. pp. 16, 33, 40, 48.
104 MM VI pp. 55-57 = Actes de Patmos II pp. 37-42.
105 Ch. 3 sv Andros ; voir aussi A. K. Orlandos, ABME 8, 1955-1956 p. 31 ; Oikonomidès, La Décomposition p. 17 ; Cheynet pp. 85, 99. La famille Sgouros était une famille connue dans l’ensemble de l’Empire et beaucoup de ses membres furent des fonctionnaires établis à Constantinople.
106 Ch. 3 sv Andros ; A. K. Orlandos, op. cit. p. 31.
107 Ch. 3 sv Andros ; des Monastériôtès connus, citons à titre d’exemple un Monastériotès mentionné par Michel Choniatès comme « megalepiphanestatos » et originaire d’Athènes en 1183, cf. michel Choniatès II p. 19.
108 Ch. 3 sv Naxos.
109 Svoronos, Cadastre A 77 et pp. 70-71.
110 Ibid. A 38 et p. 36 ; A 72 et p. 73. Rappelons que Théodore Léobachos fut le fondateur du monastère d’Os. Loukas de Phocidie en 1048 (J. Nesbitt-J. Wiita, BZ 68, 1975 n° 365).
111 Réf. dans Gautier, Défection p. 216.
112 MM VI p. 86. En ce qui concerne Strobèlos, cf. MM VI p. 62 « πόλις παραθαλασσία ». Strobèlos est mentionnée dans les sources de l’époque tantôt comme une île, tantôt comme une ville côtière. Dans les documents étudiés, Strobèlos est une ville située sur la côte micrasiatique, en face de Kôs : Christodule traverse tout droit la mer pour aller de Strobèlos à Kôs. Voir aussi à ce sujet Eras L. Vranoussi, EEBS 33, 1964 pp. 52-69.
113 Voir aussi Kôs, Patmos où ce personnage est cité.
114 Koder, Negroponte p. 151 ; voir aussi ch. 3 sv Eubée.
115 Koder, Negroponte p. 165 ; voir aussi ch. 3 sv Eubée.
116 Michel Choniatès II p. 205 ; pour les Bardanès établis dans les régions occidentales, citons Georges Bardanès, métropolite de Corfou au début du 13e s. (J. B. Pitra, Analecta sacra et classica Spicilegio Solesmensi parata VI, 1891 col. 463/4) ; dès le 11e s. on trouve des Bardanès en Chalcidique (information communiquée par J.G. Cheynet à partir de sceaux inédits).
117 Michel Choniatès II p. 206 ; Herrin, Byz. Prov. Government p. 263.
118 Michel Choniatès II p. 305.
119 J. Darrouzès, REB 23, 1965 pp. 148-167 ; Polemis, The Doukai p. 184 ; Michel Choniatès II p. 226, 274 ; G.D. A. Chatzèkôsta, Arch. Eub. Mel. 15, 1959 pp. 180-194.
120 Michel Choniatès II p. 277, 278.
121 Michel Choniatès II pp. 26-30 ; Grumel, Reg n° 1164 ; Herrin, Byz. Prov. Government p. 265.
122 Ch. 3 sv Skopélos.
123 Actes de Lavra n° 20 1. 81.
124 Ibid. N° 20 1. 79.
125 Ibid.
126 Ibid. n° 16, 20.
127 Laurent, Corpus V1 n° 757, 758.
128 Actes de Lavra n° 20 1. 81-82.
129 Actes de Lavra n° 20 1 81-82. Pour la signification du terme « epeiktès », voir Ahrweiler, La Mer pp. 422-423. Pour ce qui est du patronyme, je ne connais que Michel Papadopoulos, personnage important en rapport avec Lembros en 1231 et 1234 : MM IV pp. 144, 147.
130 Vie d’Athanase (Vie A) pp. 7-8, (Vie B) p. 18 ; Actes de Lavra pp. 25, 31 ; pour Théodore Zéphinézer, cf. Th. Cont. pp. 392-393 ; Kédrènos II p. 291 = Skylitzès p. 208 ; Léon le Gram. pp. 298-299. Voir aussi Lemerle, La Vie Ancienne pp. 90-91 n. 91.
131 Grumel, Reg. n° 990, 991. L’archevêché de Marônia était situé dans la province de Komotini (Thrace), cf. Laurent, Corpus V 1 pp. 636-637. Pour Rhousana, voir Laurent, Corpus V1 pp. 719-720 : Pentacténès fut peut-être le dernier titulaire byzantin ; Psellos, Scripta Minora p. 142 n° 114.
132 Actes de David, Sym et Georges pp. 251-254.
133 Alexiade II p. 110 ; voir Théodore Alôpos, ci-dessous sv Rhodes.
134 Typikon du Pantocrator p. 123.
135 Laurent, Corpus V2 n° 1400 = DELM 5, 1965 pp. 198-218 ; rappelons quelques Katakalôn établis dans la région de Smyrne ou mentionnés à propos des îles : le « fameux » Katakalôn mentionné en 1044 dans un acte de la Néa Monè de Chios et dont les fils étaient à cette date possessionnés dans la région de Smyrne (JGR I pp. 615-618) ; Nicétas Katakalôn, doulos de la pansebaste sebaste Anne Comnène, qui délivra un sigillion à propos d’une terre de pâture de Léros entre 1097 et 1109 (Actes de Patmos II n° 55) ; Constantin Katakalôn, duc de Chypre vers 1103 (voir ci-dessous sv Chypre).
136 Schlumberger, Sig p. 196 (sous la forme Kyparikiôtès).
137 Kédrènos II p. 484 = Skylitzès p. 373 ; Laurent, Vatican n° 63 : l’auteur distingue notre Beriboès stratège de Chios (mentionné également comme Théodore stratège de Chios) d’un autre Théodore Bériboès, protoproèdre au 12e siècle.
138 J GR I p. 638. Sur l’identité présumée de ce personnage (peut-être le nobelissime Constantin, oncle de Michel V, qui fut exilé à Samos après 1042), voir Bouras, Nea Mont p. 30 et n. 7.
139 Seibt n° 58 ; Schlumberger, Sig. p. 328 n° 19, p. 204 ; MGHSS V p. 59 ; Bryennios p. 196 : « Bien qu’il ne fût pas de la noblesse... il avait une énorme fortune, une foule d’esclaves et de serviteurs militaires » et n. 4 ; Alexiade I p. 148.
140 Vie de Paul de Latros p. 67. Pour la chronologie, voir Vocotopoulos, EEBS 35, 1966-7 p. 79.
141 Voir réf. dans Chronologie.
142 Th. Cont. p. 377 ; Kédrènos II p. 273 = Skylitzès p. 191 ; DAI p. 72 : Ο κύρις Ρωμανός, ὄ ϭασιλεύς… καὶ οὔτε τῶν ἄνωθεν ἐν ϭασιλείοις τεθραμμένων, οὔτε τῶν παρηκολουθηκότων έξ ἀρχῆς τοῖς ’Ρωµαϊκοῖς ἐθισµοῖς, οὔτε ἀπὸ γένους ϭασιλείου καὶ εὐγενοῦς.
143 Zakythinos, Meletai 25, 1955 p. 147 ; réf. dans G. Schlumberger, L’Epopée byzantine à la fin du 10e s., II, Basile II le tueur des Bulgares, Paris 1900 p. 541.
144 Skylitzès p. 348 ; Vannier n° 12 p. 40, p. 16 ; voir aussi A. Guillou, Studies in Byzantine Italy VIII, Var. Reprints Londres 1970.
145 Schneider, Samos p. 104 ; Zakythinos, Meletai 17 p. 262 ; B. Montfaucon, Palaeographia Graeca sive De Ortu et Progressu Literarum graecarum et De variis omnium saeculorum Scriptionis graecae generibus ; itemque de Abbreviationibus et de Notis variarum Artium ac Disciplinarum, Paris 1708, p. 46.
146 Skylitzès p. 373.
147 Ibid. p. 368.
148 MM VI pp. 34-43 = Actes de Patmos II pp. 51-60, 72. Voir aussi sur ce personnage le commentaire donné dans Actes de Patmos II pp. 64-65 ; voir Basile Gliarsianitès, parèque de Léros dont on a le signon dans un acte de 1089 (MM VI p. 43 = Actes de Patmos II p. 72).
149 Schlumberger, Mélanges p. 232 ; Vannier n° 29 p. 55.
150 MM VI pp. 107-108, 111-113 = Actes de Patmos I pp. 197-200 ; il s’empara notamment du dépôt fait au monastère par Jean Straboromanos, duc de Grète : MM VI p. 107 ; identifié avec Constantin P.? Cf. Actes de Patmos I p. 204.
151 Réf. Bibl. ch. 3 sv Samos.
152 MM VI pp. 23-25 = Actes de Patmos I pp. 33-35 ; MM VI p. 88. Pour ce personnage, voir ci-dessous sv Léros. Nous connaissons d’autres personnages de ce nom, ainsi Constantin Kaballourios, gouverneur des Kibbyrhéotes en 1043 (Skylitzès p. 432) et aussi Kaballourès au début du 13e s. (J. B. Pitra, op. cit. n. 116 pp. 177-180). Par ailleurs on retrouve ce nom sous les toponymes Kaballouri ou Kaballouria dans l’île d’Andros (D. P. Paschalès, Toponymikon tès nèsou Androu, Athènes 1933 p. 32).
153 MM VI pp. 57-58 = Actes de Patmos II pp. 77-79. Sur ce personnage, voir aussi Actes de Patmos II pp. 80-81 ; Christophore K., fondateur de la Théotokos de Naupacte : J. Nesbitt-J. Wiita, BZ 68, 1975 pp. 366, 375-376.
154 Eustathe, Opuscula pp. 319-320 n° 9.
155 MM VI pp. 21-23 = Actes de Patmos I pp. 25-27 ; MM VI pp. 23-25 = Actes de Patmos I pp. 33-35 ; MM VI p. 65 ; la chronologie est donnée par les documents : en effet en oct. 1079 Skènourès était encore à Kôs (MM VI pp. 21-23 = Actes de Patmos I pp. 25-27) et en mars 1085 il n’y était plus, puisqu’à cette époque Christodule obtient confirmation de la donation de Skènourès (MM VI pp. 23-25 = Actes de Patmos I pp. 33-35) pour des biens à Kôs qu’il avait visités au nom dudit Skènourès (MM VI pp. 62-64) ; en ce qui concerne le personnage de Skènourès, voir aussi Eras L. Vranoussi, EEBS 33, 1964 pp. 65-66.
156 MM VI pp. 23-25 = Actes de Patmos I pp. 33-35.
157 En 1088 il échangea ses domaines de Kôs contre l’île de Patmos ; pour le monastère Tôn Kastrianôn : ch. 3 sv Kôs.
158 MM VI p. 88.
159 Typikon du Pantocrator p. 122.
160 MM VI pp. 25-28 = Actes de Patmos I pp. 44-47.
161 MM VI p. 65 ; ch. 3 sv Kôs.
162 MM VI p. 65.
163 MM VI pp. 25-28 = Actes de Patmos I pp. 45-47 ; MM VI p. 40 = Actes de Patmos II p. 58 ; voir aussi l’Hypotypôsis de Christodule de mai 1091 : MM VI p. 65.
164 MM VI pp. 44-48 = Actes de Patmos I pp. 59-63. Pour la vie de Christodule, voir MM VI pp. 59-65 ; c’est en Eubée qu’il rédigea son testament, cf. MM VI pp. 81-90 ; voir aussi sur ce point Vranoussi, Ag. Keim pp. 34-37 et Actes de Patmos I p. *51-52.
165 MM VI pp. 86, 90-94 ; voir aussi Vranoussi, Ag. Keim. pp. 125-126.
166 Eras L. Vranoussi, Delt. Chr. Arch. Et. 4, 1964 pp. 345-351.
167 Testament de Sabbas : MM VI p. 244 sq ; Eras L. Vranoussi, Hellenika 19, 1966 p. 224.
168 MM VI pp. 106-110.
169 Actes de Patmos I pp. *73-74.
170 MM VI pp. 122, 142 ; G. Astruc, TM 8, 1981 p. 26 I. 127.
171 Psellos, Scripta Minora II p. 82 ; Skylitzès p, 496 = Dölger, Reg n° 937.
172 Bertolotto pp. 398-399.
173 De Cer p. 657. Voir ci-dessus Symbatikios sv Iles Ioniennes.
174 Kédrènos II p. 549 = Skylitzès p. 429 ; Glykas p. 594 ; Zonaras p. 624 ; Skylitzès p. 408 ; parmi les Erôtikos connus, citons à titre d’exemple Manuel Erôtikos patrice, commandant de la ville de Nicée qui fut prise par Sklèros en 978 (Skylitzès p. 323) ; Théophile Erôtikos éparque sous Constantin VII (Th. Cont. p. 446).
175 Voir réf. dans Chronologie.
176 Seibt n° 159.
177 Alexide II p. 164 : ἀνὴρ δἑ οὗτος οὐ τῶν ἐπισήµων.
178 Alexiade II pp. 163-164 : il est sous les ordres de Doukas, tandis que Kalliparios est nommé « kritès », et Eumathios Philokalès « stratopédarque » ; pour la carrière de ce personnage, cl. Bryennios p. 198 n. 3 ; Alexiade II p. 69 (en Bithynie), p. 160 (contre l’émir de Smyrne), p. 214 (Dyrrachium), p. 236, III pp. 8-14, 16 (siège de Nicée), pp. 40-41 (contre Bohémond), pp. 148-153 (Eumathios Philokalès duc de Chypre) ; C. Spyridakis, Kyp. Sp. 13, 1949 pp. 15-28 = Dölger, Reg n° 1295a (Manuel Boutoumitès duc de Chypre).
179 Sur ce personnage, voir l’étude très complète qui lui a été consacrée : G. Mango et E. W. Hawkins, DOP 18, 1964 pp. 335-339 ; voir aussi Laurent, Vatican n° 68 ; pour son surnom, cf. Mouzalôn p. 112 v. 41 ; selon l’Enkômion d’Athanase (voir réf. dans Actes de Patmos I *pp. 52-54), Eumathios Philokalès aurait été dès 1092 (avant donc d’être nommé stratopédarque de Chypre) « gouverneur des provinces de l’Ouest », ce qui semble indiquer qu’il fut praitôr de l’Hellade à cette époque, et par conséquent grand duc de la flotte : est-ce la raison pour laquelle l’empereur lui aurait confié à Chypre l’ensemble des forces maritimes et terrestres ? Voir encore pour 1092-1093, Alexiade II p. 164 ; en l’an 1099 il est en effet dit « duc de Chypre » lors de l’expédition byzantine sur les côtes de Syrie : Alexiade III p. 34 = Dölger, Reg n° 1211 ; il repousse les Pisans : Alexiade III p. 44 ; sebaste en 1105 : Chronique de Théodore Skoutariôtès dans Sathas, Mes. Bibl. VII p. 181 ; gouverneur d’Attalia en 1108-1109 : Alexiade III p. 142 ; duc de Chypre en 1112 : Alexiade III p. 148 ; Dölger, Reg n° 1259 ; pansebaste sebaste en 1118 : MM VI p. 96 ; rappelons enfin le célèbre ancêtre de la famille, ce Philokalès, né simple villageois, qui devint successivement « hebdomadarios, koitonitès et enfin protovestiaire » et qui s’appropria son village natal : sa fortune fut confisquée par Basile II (novelle de 996 : J GR I p. 265).
180 Alexiade III p. 39.
181 Ibid. p. 41 ; pour la carrière de ce personnage, voir P. Gautier, REB 29, 1971 pp. 247-249 ; en 1078 : Bryennios p. 271 ; Alexiade I pp. 21-22 ; nobellissime en 1095 : Alexiade II p. 195 ; en 1096 : Ibid. p. 212 ; duc de Chypre dans la seconde moitié 1102 : R. Grousset, Histoire des Croisades I, Paris 1934 pp. 8-9 ; ou en fév. 1103 : H. Hagenmeyer, ROL 11, 1908 pp. 484-485 ; ambassadeur en 1108 : Alexiade III p. 141 ; couropalate : Laurent, Orghidan n° 205.
182 N. A. Bees, Viz. Vrem. 21, 1914 pp. 97-98 ; pour sa carrière, voir Laurent, Vatican n° 110 ; stratège du Péloponnèse, cf. Vie de Meletios le Jeune pp. 60-62 ; anagrapheus du Péloponnèse, cf. A. Bon, Le Péloponnèse byzantin, Paris 1951 p. 190 n° 21 ; Herrin, Byz. Prov. Government chart n. 17 ; duc de Paristrion, cf. Alexiade II p. 55 ; grand duc et anagrapheus de Chypre, cf. Laurent, op. cil. ; Seibt n° 99 ; Darrouzès, Manuscrits 2 p. 156 : le cumul des fonctions de « grand duc » et « anagrapheus de Cnypre » est pour le moins étonnant (au 12e s. en effet, c’est le praitôr de l’Hellade qui est généralement grand duc de la flotte) ; oikeios anthrôpos, cf. Laurent, op. cit. ; pour la famille Nikéritès, citons en particulier Nicétas Nikéritès duc de Bulgarie pendant la 1re Croisade (N. Banescu, Bull. de la Section Hist. de l’Acad. Roumaine 10, 1923 p. 23 sq).
183 Schlumberger, Sig. p. 305 ; N. Adontz, Byz. 9, 1934 pp. 377-382 ; voir ci-dessus sv Crète Philarète Brachéôn ; J. G. Cheynet-J. C. Vannier, Etudes prosopographiques, Publications de la Sorbonne 1986, p. 63.
184 Tsiknopoulos, Kypriaka p. 139 ; pour la localisation des biens-fonds des Kamytzès, cf. Typikon du Pantocrator p. 114 ; T-TH I p. 479.
185 Hill, History p. 307 ; Kinnamos p. 178 ; pour la carrière de ce personnage voir Kinnamos p. 105 ; V. Laurent, REB 20, 1962 p. 212 n. 10 ; F. Ghalandon, Jean II Comnène et Manuel I Comnène, Paris 1912 p. 217 ; son frère, prisonnier des Arabes : RHC Or III p. 473.
186 Kinnamos pp. 178-179 ; pour la carrière de ce personnage, ibid. pp. 108, 258.
187 Vie de Léonce ; mention d’un Triakontaphyll s dans la Peira : JGR IV p. 146 (XXXVI, 18).
188 Manassès p. 336 ; Polemis, The Doukai n° 80 ; A. Frolow, La Relique de la Vraie Croix : Recherches sur le développement d’un culte, Paris 1961 pp. 329-332 n° 319 ; Manassès p. 336 ; duc de Dyrrachium et d’Ochrida : V. Laurent, REB 20, 1962 p. 212 n. 14.
189 Tsiknopoulos, Kypriaka p. 132 = M. Jugie, REB 7, 1949 p. 8 ; Laurent, Orghidan n° 438 ; pour la carrière de ce personnage, cf. Kinnamos pp. 179, 268.
190 V. Laurent, REB 20, 1962 pp. 210-214 ; NE 8, 1911 pp. 146-148 ; Polemis, The Doukai p. 178.
191 Vie de Démètrianos de Chylri p. 205 sq.
192 Kinnamos p. 83 ; Lequien, Or. Christ. II 1052 ; Laurent, Les Fastes p. 162 ; PG 147 col 461 ; description de l’île de Chypre par Mouzalôn : Mouzalôn pp. 109-150 ; patriarche de Constantinople : Grumel, Reg n° 1027 à 1035 ; pour le patronyme Mouzalôn, cf. Polemis, The Doukai pp. 148-9.
193 M. Ghatzèpsaltès, Kyp. Sp. 18, 1954 p. 29 sq ; V. Laurent, REB 7, 1949 pp. 33-35 ; même auteur, Corpus V2 n° 1485 ; mentionné en 1157 : PG 140 col 197 ; en 1170 : Grumel, Reg n° 1109 ; sur son origine, voir M. Chatzèpsaltès, op. cit. p. 38 à 45 ; déposition de l’évêque d’Amathonte, cf. Grumel, Reg. n° 1097.
194 Typikon de Néophyte pp. 9, 24-26 ; MM III p. 38 ; Rudt de Collenberg, L’Empereur Isaac p. 152 ; en 1194, Backhos évêque de Paphos : Typikon de Néophyte p. 25 ; parmi les Kinnamos connus, citons Jean Kinnamos l’historien et Basile Kinnamos dont on a un sceau du 12e s. (Laurent, BM n° 605 dans Hellenika 7).
195 MM V p. 396.
196 Réf. ch. 3 sv Chypre (Asinou) ; sur Nicéphore Euphorbènos, voir Zonaras III p. 739.
197 Darrouzès, Notes 3 p. 93 citons un Isèn prôtostrator sous Vatatzès (Akropolitès p. 38).
198 MM V pp. 392-432 ; en 1172 établissement de Neilos : Ibid. p. 394 ; construction de l’église : Ibid. pp. 393, 396 ; en 1210 Neilos signe le typikon en tant qu’évêque de Tamassos, cf. MM p. 432.
199 Typikon. de Néophyte ; voir à ce sujet I. P. Tsiknopoulos, Byz. 37 1967 pp. 350-351 ; pour la construction de l’église, cf. Typikon de Néophyte pp. 22-24 ; Néophyte, archevêque de l’île : voir la lettre de 1223 du patriarche de Constantinople, Germanos, qui mentionne son expulsion, cf. Sathas, Mes. Bibl. II p. 7 ; pour la bibliographie des œuvres de Néophyte, voir Marie-Hélène Congourdeau, Ep. tou Kentrou Epist. Ereunôn VIII, Leukôsia 1975-1977 pp. 114-118 ; pour les renseignements donnés par Néophyte sur Chypre, cf. Tsiknopoulos, Kypriaka : l’auteur a réuni dans ces recueils toutes les informations historiques contenues dans l’œuvre de Néophyte.
200 Voir Mango, Chypre Carrefour p. 6 ; ch. 3 sv Chypre (Koutzovendi).
201 Ch. 3 sv Chypre (Théotokos Alypou).
202 La chronologie de ce personnage suscite beaucoup de difficultés, et il n’est pas impossible que le commandement de Crète lui ait été confié à titre de gouverneur « honoraire », ce qui témoignerait, le cas échéant, de l’importance des revenus d’une telle fonction. Le texte d’Anne Comnène est en effet ambigu, rappelons en les termes (Alexiade II p. 173) : καἱ αὑτῷ δή τῷ Νικηφόρῳ τν τῆς νήσου Κρήτης ἀρχὴν ἀνέθετο εἰς ἐνδιαίτημα ἲδιον
203 Bertolotto pp. 398-399.
204 Ibid.
205 Mouzalôn v 277 sq ; 905-912.
206 Nous n’avons pas pris en considération l’ensemble des gouverneurs de la province de la Mer Egée dans cette étude de la société insulaire, pour un ensemble de raisons. Tout d’abord l’ensemble des îles de l’Egée n’a été intégré au vaste thème de la Mer Egée décrit par Constantin VII que durant un siècle environ. C’est d’ailleurs de cette période qu’il faut dater le commandement de Zéphinézer que nous avons mentionné uniquement parce qu’il est dit expressément qu’il résida un temps à Lemnos. Nous aurions également étudié le cas du stratège qui réside à Mitylène en 843, si nous avions eu quelque information sur son nom ou sa famille. Il ne nous a pas paru intéressant de mentionner les autres stratèges de la Mer Egée de cette période, dans la mesure où nous ne savons même pas s’ils ont été inspecter les îles. Ils résidaient en effet à Constantinople. En dehors de cette période, la province de la Mer Egée n’est que très marginalement insulaire : il convient alors de considérer uniquement les autorités locales.
207 Bryennios P. 197 : ἀνἡρ οὐ τῶν εὖ γεγονότων.
208 MM VI p. 131 = Actes de Patmos I p. 209.
209 Alexiade II p. 164.
210 Choniatès pp. 72-73 : τὸ δ’αἴτιον οἱ τῆς χώρας οἰκήτορες, καὶ τούτων μάλιστα ὁ τν σύνεσιν ὑπέρου ψιλότερος, Γυμνὸς τν ἐπίκλησιν οὖτσι γάρ βαρὑν, ὡς ἔφασκον, καἱ δυσύποιστον ɸορολόγον οὐ στέγοντε… ϭουλὴν ϭουλεύονται πονηρὰς εἰς ἀποστασίαν ἀπιδόντες λαµπρά. Il faut néanmoins proposer une autre interprétation selon laquelle « Gymnoi » serait un patronyme et non une catégorie sociale.
211 Mouzalôn v 277-279, 884 sq :
903 « Βασανίζονσι µ κεκτημένους. »
909 « πολλοὐς έκιεκροῦσι τῆ ».
910 « ῎Αν δ΄οὐ λάζωσιν ; » – « ῎Αλλος ἄντ’ἀλλου πάλιν πάσχει… »
910 Ο Փασίν άλληλεγγύως ».
212 Ibid. v. 305 sq : καὶ πρῶτον εἶδον… 307 πονηρίας ἔξσρχον ἐργαστηρίου
τοὑς ἀγρίους κρίνοντα τρισμακαρίους 312 λογοπραγοῦντα τοὑς πικροὑς ɸορολόγους.
213 Ibid. pp. 120, 123, 124, 126. Mouzalôn cite en particulier l’exemple d’un évêque qui s’adonnait à des chants « bacchiques » (p. 123).
214 RHC Grecs I p. 560.
215 Tsiknopoulos, Kypriaka p. 139 : … εὖρον ἄνθρωπον πεφονευμἐνον, καί οὐ μονον ὄτι έɸόνενσαν οἱ ɸονευταί, άλλ΄ὄτι καἱ τν κάραν αὐτοῦ καἱτάς χεῖρας καἱτούς πόδας ἒζέτεμον Le cannibalisme pendant les périodes de famine était également un phénomène connu dans l’Occident médiéval, cf. Le Goff, L’Occident Médiéval pp. 298-299.
216 Choniatès p. 291. Sur Isaac Comnène, gouverneur de Chypre et l’ensemble de la bibliographie concernant ce personnage, voir Rudt de Collenberg, L’Empereur Isaac. Cette étude est néanmoins contestable par certains partis pris, notamment sur « l’économie de marché » qui régirait l’île de Chypre au 12e siècle.
217 Roger de Hoveden II p. 203.
218 RHC Grecs I p. 560. C’est également ce que raconte Ghoniatès (Choniatès p. 291) : Οὐσίας τε ἁπάσης τοὑς εὐδαίµονας πρώην οἴκους ἀνυττευθύνως ἐστέρησε
219 RHC Occ II p. 164.
220 Défaite d’Isaac sur le plan intérieur, voir Néophyte (RHC Grecs I p. 562) : « Τότε ὀ δασιλεὑς ἔρημος ἐναπομείνας λαοῦ ». Sur le plan extérieur la fortune d’Isaac changea en effet du tout au tout quand la flotte normande de Margaritès fut rappelée en Sicile en 1189. Enfin, en ce qui concerne la conquête de l’île par Richard Cœur de Lion et la défaite d’Isaac en quinze jours (il dut abandonner successivement Limassol, Famagouste, Nicosie et Trimithos, ainsi que les forteresses de Kyrénia, Didymes et Buffavent). nous ne disposons hélas que des sources occidentales : RHC Occ II pp. 164-169.
221 MM VI pp. 117-119 = Actes de Patmos I pp. 219-221.
222 Gerland, Noblesse Crétoise XI pp. 7-16.
223 Roger de Hoveden p. 203.
224 An. Ianuenses p. 45.
225 Tsiknopoulos, Kypriaka p. 137.
226 MM VI p. 107.
227 MM VI pp. 95-99. Pour le terme « oikeios » ou « oikeios anthrôpos » voir J. Verpeaux, REB 23, 1965 pp. 89-99 ; et surtout N. Oikonomidès, Actes du 4e Congrès Int. Crétois, Héracleion 1976 t. 2 pp. 308-317.
228 MM VI p. 111 = Actes de Patmos I pp. 197-198.
229 Bertolotto pp. 386-400.
230 RHC Occ. II p. 163.
231 Ambroise, L’Estoire p. 356 = RHC Occ II p. 164.
232 MM VI p. 99.
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