Chapitre IV. L’administration insulaire : administration civile et ecclésiastique
p. 295-371
Texte intégral
I. L’administration civile et militaire.
1Du début du 8e siècle au milieu du 9e : archontes et drongaires – Du milieu du 9e siècle à la fin du 10e : l’intégration des îles dans le régime des thèmes – De la fin du 10e siècle à la fin du 11e : les nouveaux thèmes insulaires et la prédominance du pouvoir civil – De la fin du 11e siècle à la fin du 12e : la promotion des ducs insulaires.
II. L’administration ecclésiastique.
2De la fin du 7e siècle au début du 9e : Crète ; Cyclades ; Mitylène ; Méthymne ; Égine ; Chypre ; les autres îles – L’Église insulaire aux 9e-10e siècles : les cadres de l’administration ecclésiastique insulaire (les éparchies des Iles Cyclades, de Mitylène, de l’Hellade et du Péloponnèse ; les archevêchés autocéphales du Nord de l’Égée, des îles ioniennes, d’Égine et de Karpathos) ; les tendances économiques et démographiques du monde étudié – L’Église insulaire de la fin du 10e siècle à la fin du 12e : les grandes transformations de la fin du 10e siècle ; l’Église de la fin du 11e s. à la fin du 12e s. (les nouvelles métropoles ; les transformations des anciennes éparchies).
3L’étude de l’administration des îles du 8e au 12e s. est sans doute l’un des thèmes les plus complexes de notre ouvrage. De manière paradoxale en effet, la quantité importante des sources à notre disposition ne permet pas de dresser une carte claire des circonscriptions administratives. Il convient tout d’abord de dissocier l’administration civile de l’administration ecclésiastique et de les traiter séparément. S’il existe, au début de la période concernée (8e-début 9e s.), une certaine conformité entre les deux types de circonscriptions du fait de l’héritage justinien, les deux administrations apparaissent de plus en plus distinctes, à partir du moment où les îles sont intégrées dans le régime des thèmes. L’étude des deux administrations repose d’ailleurs sur des sources différentes. Les sources dont nous disposons pour l’étude de l’administration civile et militaire (les deux vont en effet de pair), ne présentent hélas guère de continuité. Au disparate de quelques sceaux fort importants des 8e-9e s., qui constituent l’essentiel de notre information pour cette époque, succède la richesse inestimable des Taktika depuis 842-843 jusqu’à la fin du 10e s. Les deux premiers tiers du 11e siècle présentent une coupure très nette avec l’époque antérieure, du fait de l’extrême rareté des sources. Enfin, avec le dernier tiers du 11e siècle, apparaissent les documents d’archives qui sont pour l’historien des sources irremplaçables. Néanmoins leur caractère local et fiscal est loin de permettre une analyse claire de l’ensemble de l’administration insulaire de l’époque. Quel que soit par ailleurs l’apport fourni par les autres types de sources pour la période étudiée (Chroniques, Vies de saints etc...), nous en arrivons toujours à trouver plus de contradictions que d’homogénéité dans les renseignements fournis. Pourtant une chose est claire, c’est la transformation continue du régime administratif pendant la période étudiée. La réalité administrative s’adapte sans cesse aux circonstances nouvelles, militaires, politiques ou économiques. Cette mobilité des structures rend évidemment notre tâche plus difficile. En ce qui concerne l’administration ecclésiastique, le caractère « archaïsant » des listes formelles (Notices) empêche bien souvent de saisir l’évolution des circonscriptions ecclésiastiques pendant la période étudiée. Si certaines modifications sont clairement annotées, nous sommes cependant toujours obligés de confronter les données fournies par ces listes avec la réalité, telle qu’elle apparaît à travers les conciles ou les synodes. Mais dans la mesure où ces derniers ne réunissaient qu’exceptionnellement l’ensemble des évêques de l’Empire, bien des incertitudes demeurent. Pourtant, quoique les structures de l’administration ecclésiastique fussent plus rigides que celles de l’administration civile, nous observons, ici encore, des transformations continues pendant la période étudiée, transformations également conditionnées par des bouleversements extérieurs, démographiques, économiques et sans doute aussi politiques.
4Ainsi, au terme de cette réflexion, il nous a semblé que, seule, une étude chronologique était possible : l’important étant certainement de bien situer les dates-clés où se produisirent les grandes transformations et d’en saisir la signification historique.
I. L’administration civile et militaire.
5Du début du 8e siècle à la fin du 12e, il convient de distinguer quatre époques. Tout d’abord jusqu’au milieu du 9e siècle, l’administration insulaire paraît être une administration transitoire entre le système paléochrétien et le régime thématique. Pourtant l’accent est déjà mis sur la primauté de la flotte : c’est avant tout le régime des drongaires. Archaïsant et adapté à des circonstances très particulières, ainsi devrait-on caractériser l’établissement des archontes insulaires . Du milieu du 9e siècle à la fin du 10e, nous assistons à l’intégration de l’ensemble du monde insulaire dans le système thématique : c’est l’époque des grands thèmes insulaires ou maritimes. De la fin du 10e siècle à la fin du 11e, à une époque de relative stabilité de l’aire insulaire de l’Empire et de détente militaire dans les eaux byzantines, on constate la création de nouveaux thèmes insulaires et une prédominance accentuée du pouvoir civil sur le pouvoir militaire. Enfin la dernière période (fin 11e-fin 12e s.) connaît de nouveaux bouleversements dans les structures administratives avec d’une part le morcellement des circonscriptions insulaires et d’autre part la promotion de ces petits gouverneurs, de plus en plus indépendants du pouvoir central, que furent les « ducs-praktores » insulaires. La fin du 12e s. et le début du 13e sont marqués par une anarchie de l’administration insulaire, répondant d’ailleurs à l’anarchie de la situation politique. Telles nous apparaissent les grandes phases de l’administration insulaire dont il convient maintenant de faire une analyse détaillée.
1) Du début du 8e siècle au milieu du 9e : archontes et drongaires
6Nous commençons notre étude de l’administration insulaire au moment où Byzance, réagissant aux grandes menaces du 7e siècle sur la vie même de l’Empire (péril arabe, invasions slaves) établit progressivement un système d’administration nouveau, le régime des thèmes. Si certaines îles, du fait de leur situation stratégique, vont être rapidement intégrées dans ce nouveau système de défense et d’administration (exemple du thème de Céphalonie regroupant les îles ioniennes), la plupart d’entre elles vont cependant connaître un régime d’administration particulier et transitoire, celui des archontes insulaires et des drongaires. Cette nouvelle organisation territoriale, mise en place au cours du 8e siècle et de la première moitié du 9e, coïncide avec une réorganisation complète de la flotte, de son équipement, de son commandement et de son financement, qui aboutira finalement pour l’ensemble des provinces de l’Empire à un véritable « système d’autodéfense et d’autoadministration »1. Nous avons choisi le milieu du 9e siècle comme terme de cette première période dans la mesure où le taktikon Usp., liste civile des fonctions et dignités rédigée en 842-8432, fige en quelque sorte une réalité qui existe au moins depuis un siècle et demi, mais en est également et paradoxalement, le dernier témoignage avant l’intégration de l’ensemble des îles de l’Empire dans le système thématique.
– L’âge des archontes insulaires.
7Les archontes de Chypre et de Crète.
8Les archontes de Chypre et de Crète mentionnés dans le taktikon Usp 3. sont des archontes régionaux tels qu’il en existait aux 8e-9e siècles, et peut être même depuis la fin du 7e. Leurs fonctions sont avant tout administratives. Ainsi en 877-878, selon Photius4, l’archôn Staurakios de Chypre s’occupait de la fiscalité de l’île.
9Chronologiquement, on constate une étroite relation entre la disparition de l’archôn et l’apparition du stratège dans l’île.
10L’exemple de Chypre est significatif à cet égard : les mentions de l’archôn de Chypre peuvent être datées très précisément des années 843, 877-878, 911-9125 alors que la première mention du stratège est donnée dans le taktikon de l’Escorial 6, daté de 971-975, si l’on met à part la tentative avortée de reconquête de l’île vers 874.
11Si nous prenons le cas de la Crète, nous savons, grâce aux sceaux, qu’au 8e siècle l’île était dirigée par un archôn7, et il n’existe aucun sceau de stratège de l’île pour cette époque. On peut se demander ce qu’il advint de cet archôn au cours du 9e siècle notamment, à partir du moment où la Crète devint un thème, chose réalisée en 842-843 selon le taktikon Usp. 8qui mentionne à la fois le stratège et l’archôn9. Nous ne connaissons pas la chronologie exacte de l’apparition du stratège de Crète, question qui a déjà suscité un large débat10. Il est probable que le stratège de Crète fut établi pour contrecarrer le péril arabe. C’est d’ailleurs après les deux sièges de Constantinople en 678 et 718 que le gouvernement impérial entreprit de réorganiser la défense insulaire11. Néanmoins entre 718 et 843, la marge est importante. Nous écartons la date de 843, car l’expédition de reconquête de 843 a été un échec complet, et ce n’est sûrement pas à cette époque qu’a été créé un thème de Crète. En revanche nous retenons l’hypothèse de l’apparition du thème et du stratège de Crète avant la conquête de l’île par les Arabes : la Vie d’Etienne le Jeune (mort en 764), mentionne en effet par deux fois le gouverneur de l’île Théophanos Lardotyros comme stratège12. Il est également appelé « archôn », mais dans le sens de représentant de l’empereur, et nullement dans le sens de gouverneur régional. Si l’on retient comme authentique ce témoignage, la coexistence des deux fonctions de stratège et d’archôn de l’île aurait duré près d’un siècle, ce qui est beaucoup, même si l’on admet que les fonctions de l’archôn furent de plus en plus réduites à un rôle municipal. L’exposé des faits au moment de la conquête de l’île par les Arabes (824-831 ?) n’apporte guère d’éclaircissement. D’après le Continuateur de Théophane13, l’empereur apprenant le débarquement des Arabes dans l’île de Crète, envoya Photeinos, qui était alors stratège des Anatoliques, pour reprendre la situation en main, et c’est en tant que « stratège de Crète » que ce dernier échoua dans sa mission. On peut alors se demander s’il y avait un stratège de Crète avant cette date, ou si Photeinos fut le premier stratège de Crète. On en reviendra donc, faute de preuve, au taktikon Usp. qui mentionne le stratège et l’archôn de Crète comme témoignage irréfutable de la coexistence des deux institutions au début du 9e s.
12Ainsi le taktikon Usp. comme certains l’ont déjà souligné14, témoigne bien d’une période transitoire où l’ancienne administration n’a pas disparu et où se mettent en place les nouvelles structures administratives. Dans cette perspective, on peut supposer que le stratège d’une région détint d’abord l’ensemble des pouvoirs militaires sur cette région, avant de concentrer pouvoir civil et militaire. A cette époque l’archôn put détenir un certain temps le contrôle de l’administration de ladite région. Remarquons enfin que l’administration insulaire est, excepté pour les îles ioniennes, encore à l’écart du système thématique jusqu’au milieu du 9e siècle, et c’est en particulier dans les îles que l’on trouve encore des archontes au milieu du 9e s.
13Cette étude éclaire enfin l’histoire politique des deux îles. En ce qui concerne la Crète, il est en effet vraisemblable que le stratège ait été nommé au moment de la conquête arabe, sans que l’archôn de l’île fût destitué pour autant. En 842-843, au moment de la rédaction du taktikon Usp., on garde l’espoir de reprendre la Crète assez rapidement, on cite donc les deux institutions que l’on connaissait. Pour Chypre la situation est encore plus claire. Chypre connaissait alors un régime de condominium byzantino-arabe depuis un siècle et demi. Ce type de statut n’offrait pas la possibilité aux Byzantins d’établir un thème avec un stratège à sa tête. En revanche il était tout à fait légitime que la communauté grecque de l’île ait eu à sa tête un archôn, qui était en quelque sorte le chef de l’administration civile des Chypriotes. Il devait d’ailleurs prélever l’impôt dû par moitié aux Arabes et aux Byzantins15. L’hypothèse que cet « archôn » fut le chef d’une flotte byzantine détachée à Chypre ou dans les environs paraît peu vraisemblable16 : les Arabes ne pouvaient le permettre.
L’archôn de Chios.
14On peut rattacher le cas de l’archôn de Chios, quoiqu’il ne soit pas mentionné dans le taktikon Usp., aux archontes régionaux. De l’île de Chios, nous avons en effet deux sceaux d’archontes datés des 8e-9e siècles, dont l’un est dit plus précisément « basilikos kouratôr et archôn de Chios »17. A cette époque le kouratôr n’a rien à voir avec le kouratôr de la ville protobyzantine, qui a disparu avant même le règne de Justinien. C’est au contraire l’institution justinienne du kouratôr de la maison divine qui se perpétue. D’ailleurs le terme « basilikos » indique qu’il s’agit d’abord d’un administrateur des biens impériaux (rappelons ici les exemples analogues de la kouratôreia de Mélitène en 934 et de la kouratôreia de Mitylène en 1088-108918). Mais on peut se demander s’il ne s’agit que d’un administrateur des biens impériaux ou si ce personnage a des fonctions plus larges, celles d’un gouverneur civil de province, comme le laisserait entendre la mention accolée d’archôn. Nous constatons que l’archôn de Chios n’est pas mentionné dans le taktikon Usp. et cette remarque pose le problème de la chronologie. Ce statut particulier de Chios a pu en effet être très limité dans le temps : l’île a pu être, pendant un temps très court, détachée soit du drongaire du Dodécanèse, soit de celui de l’Egée pour constituer un domaine autonome directement rattaché à la Couronne. Il paraît vraisemblable en tout cas qu’en 842-843 l’île n’est plus régie par ce statut particulier.
15Les archontes de Rhodes, de Skyros ou d’Euripos (Chèroupou)19 mentionnés aux 10e-12e siècles, n’ont rien à voir avec l’administration insulaire étudiée ici. Il s’agit à cette époque soit d’archontes municipaux attachés aux villes-ports des îles considérées alors comme n’importe quelles villes-ports20, soit des subordonnés du stratège appelés « archontes ». Si les archontes de Skyros et de Rhodes font partie de la première catégorie, l’archôn d’Eubée appartient lui à la seconde. Dans la première moitié du 10e s., l’Eubée faisait en effet partie du thème de l’Hellade qui avait, à sa tête, un stratège. Or en 911, le stratège de l’Hellade ne se trouvant pas sur place pour une raison inconnue, ce sont le kritès de l’Hellade et l’archôn d’Eubée, ses subordonnés, qui furent chargés des préparatifs de l’expédition contre la Crète21. L’archôn d’Euripos a donc des fonctions administratives de caractère régional, mais subordonnées à la haute autorité qu’est le stratège : il est l’équivalent du tourmarque. Les fonctions de cet archôn s’étendaient-elles à l’île entière (souvent appelée Euripos) ou seulement à la ville d’Euripos ? La dernière solution n’est pas à exclure dans la mesure où, à la fin du 12e s., l’archôn de la ville d’Euripos était considéré comme le plus important des archontes « thématiques » d’Eubée.
16A l’époque des archontes insulaires, il existait une autre forme d’administration des provinces maritimes ou insulaires n’entrant pas dans le cadre des thèmes, qui consistait à nommer des drongaires à la tête de ces circonscriptions. Il convient de les examiner successivement.
– Les Drongaires.
Le Drongaire du Kolpos.
17Le drongaire du Kolpos mentionné dans le taktikon Usp 22. a été assimilé au drongaire du Dodécanèse23. Inconnu du taktikon Usp., le drongaire du Dodécanèse est mentionné par d’autres sources en 780, puis aux alentours de 800. Dans la mesure où le drongaire du ploïmon était attaché à la flotte constantinopolitaine et le drongaire de l’Egée était à la tête d’une circonscription englobant le Sud de la Propontide et le Nord de l’Egée, il semble logique d’identifier le drongaire du Kolpos à celui du Dodécanèse, dont la circonscription engloberait les îles de l’Egée. Cette hypothèse rencontre néanmoins des obstacles : les sources protobyzantines24, puis les sources byzantines25 emploient le terme « Kolpos » sans précision26 pour désigner la région de Nicomédie ou le Nord de la Propontide. Par ailleurs nous n’avons trouvé aucune source qui désignerait de « Kolpos » une région insulaire. Ainsi il n’y a aucune raison de penser que le taktikon Usp. ait utilisé l’expression « drongaire du Kolpos » en donnant à « Kolpos » un sens inhabituel. Reste à savoir pourquoi il ne mentionne pas la circonscription insulaire connue à la fin du 8e s. et au début du 9e comme « Dodécanèse ».
Le drongaire du Dodécanèse ou des Douze Iles.
18Il faut en premier lieu tenter de cerner exactement cette circonscription dite « Dodécanèse » et l’aire géographique que recouvre ce terme. Les sources mentionnent le Dodécanèse de façon épisodique jusqu’à la fin de la période byzantine, ainsi en 780 avec le drongaire du Dodécanèse27 ou en 1198 lorsque le Dodécanèse fut ouvert au libre commerce des Vénitiens28. Dans l’Antiquité le terme de Dodécanèse était lié aux Cyclades qui étaient dites Douze29. Il y avait donc à cette époque une assimilation conceptuelle entre les « Cyclades » et les « Douze Iles ». Cyclades ou Dodécanèse désignaient alors exactement l’ensemble cycladique d’aujourd’hui, c’est-à-dire les îles autour de Délos. Nous avons étudié l’évolution du terme « Cyclades » à l’époque byzantine et nous avons vu comment les Cyclades ont fini par transgresser leurs limites géographiques primitives et par désigner un ensemble insulaire extrêmement vaste, décalé par rapport aux Cyclades antiques et dans lequel il serait vain de chercher le chiffre « Douze ». Si cette transgression des Cyclades ou Douze Iles hors de leur domaine primitif est facile à percevoir à l’époque étudiée grâce à l’ensemble des textes littéraires30 ou administratifs31, il est en revanche beaucoup plus difficile de délimiter exactement l’aire géographique des Cyclades-Dodécanèse ainsi que la circonscription administrative du même nom à une date donnée. De plus, à l’époque byzantine, les lettrés désignaient également comme « Cyclades » les Cyclades antiques, ce qui ajoute à la confusion. A quelles îles songeait le chroniqueur byzantin quand il relate la révolte iconodoule « des habitants des Iles Cyclades » conjointement avec les habitants de l’Hellade en 728 ? S’agit-il des îles que nous appelons aujourd’hui Cyclades ou de l’ensemble insulaire médiéval des Cyclades ou Dodécanèse, infiniment plus vaste ? En ce cas ne doit-on pas assimiler le Dodécanèse à l’ensemble de la mer Egée, comme y incite le texte de Théophane à propos des vexations de Nicéphore ? Le texte raconte en effet que Nicéphore imposa une taxe de deux nomismata sur tout esclave vendu « en dehors d’Abydos, et en particulier dans la circonscription du Dodécanèse »32. On peut alors penser que le drongaire du Dodécanèse commandait l’ensemble de l’espace maritime à la sortie des Dardanelles et avait donc dans son ressort toutes les îles de l’Egée. Il ne ferait qu’un avec le drongaire de l’Egée33. En faveur de cette hypothèse nous pouvons invoquer la promotion réalisée dès 843 (donc quelques mois après la rédaction du taktikon Usp.) du drongaire de l’Egée au titre de stratège qui eut dans son ressort l’ensemble des îles de l’Egée.
19L’autre solution consiste à différencier le drongaire de l’Egée du drongaire du Dodécanèse. Cette seconde solution repose essentiellement sur la conformité éventuelle des circonscriptions ecclésiastiques avec les circonscriptions civiles à l’époque envisagée. Dans la mesure où une notice ecclésiastique, dite notice archaïque ou notice 1, datée du 7e siècle, mentionne une éparchie des Iles Cyclades comprenant douze îles34, nous concluons à l’identité de l’éparchie des Iles Cyclades avec le drongaire du Dodécanèse. La circonscription ecclésiastique des Iles Cyclades comprenait des îles micrasiatiques, telles Léros, Samos, Chios, Kôs et Rhodes (la métropole) et des îles proprement cycladiques comme Naxos, Théra, Andros, Tinos, Milos et Amorgos. Ainsi il y aurait une réelle filiation entre le nouveau drongaire du Dodécanèse et l’ancienne éparchie des Iles mentionnée dans le Synecdemos de l’époque justinienne.
20Si l’on admet l’existence d’un drongaire du Dodécanèse, distinct du drongaire de la Mer Egée, se posent néanmoins de nouvelles questions dont l’une a trait au drongaire de Kôs et l’autre au « thème des plôïzomenoi ». Examinons-les, l’une après l’autre.
Le drongaire de Kôs et le thème des plôïzomenoi.
21Le drongaire de Kôs est connu par un sceau daté du 8e-9e siècle35. On peut émettre plusieurs hypothèses. On peut d’abord supposer que le drongaire de Kôs ne fait qu’un avec celui du Dodécanèse : Kôs en serait alors la capitale. On peut supposer également que le drongaire de Kôs, distinct du drongaire du Dodécanèse était, soit une circonscription autonome, soit une subdivision administrative du thème des Kibbyrhéotes36. Il est possible qu’il ait englobé au moins pour un temps l’île de Rhodes, ce qui expliquerait pourquoi l’on trouve par la suite l’île de Rhodes intégrée au thème des Kibbyrhéotes37.
22Le thème des plôïzomenoi, dont le commandement et la métropole était Samos, est évoquée par Constantin VII dans le De Thematibus 38. S’il faut entendre par « thème » une entité administrative, il se pourrait très bien que la circonscription du Dodécanèse ait eu alors comme capitale Samos et qu’elle fût assimilable au thème des plôïzomenoi39. Notons tout de suite à l’encontre de cette hypothèse que le ressort géographique de la circonscription du Dodécanèse n’a pas grand chose à voir avec le ressort de la circonscription administrée plus tard par le stratège de Samos.
Le drongaire de l’Egée.
23Le drongaire de l’Egée est attesté en 842-843 par le taktikon Usp. 40, mais aussi par plusieurs sceaux datés du 9e siècle41. La circonscription appelée « Mer Egée » semble, d’après l’analyse des sources des 11e-12e siècles et la localisation des toponymes liés à cette circonscription, presque marginale, contrairement à sa dénomination, à la Mer Egée. Elle couvre en effet la côte sud de la Propontide et l’extrême nord de la Mer Egée avec les îles de Ténédos, Lemnos, Imbros, Samothrace et Mitylène (peut-être également Thasos, Skopélos et Skiathos). Cette circonscription a néanmoins englobé à certaines périodes un ensemble insulaire beaucoup plus vaste, si ce n’est l’ensemble des îles de la Mer Egée, peut-être même du milieu du 9e siècle à la fin du 10e 42.
Chronologie des drongaires.
24Il est difficile de donner la date précise de leur création ; le taktikon Usp. en effet, qu’il mentionne les uns (Kolpos, Mer Egée)43 ou qu’il omette les autres (Dodécanèse, Kôs), fige une situation administrative qui existe depuis longtemps, alors que, de façon paradoxale, il fut rédigé peu de temps avant les grandes transformations qui entraînèrent la disparition des drongaires44. Il nous faut donc recourir à des témoignages indirects, ainsi les dernières mentions qui se réfèrent à l’administration justinienne et les premiers témoignages de la mise en place de la nouvelle administration. Mais la difficulté d’établir une chronologie précise reste grande. Il nous semble que l’existence d’un drongaire de la Mer Egée est suggérée pour la première fois dans la Vie de Théophane le Confesseur, c’est-à-dire entre 741 et 77545. La première mention du drongaire du Dodécanèse date, quant à elle, de 78046. Ces différentes informations nous conduisent à situer la date de la disparition de l’éparchie des Iles et de la création d’une nouvelle géographie administrative insulaire entre 710 et 770. Il semble par ailleurs qu’il faille lier la création de ces drongaires chargés d’assurer la défense du littoral et des îles à la disparition du commandement des Karabisianoi, qui eut lieu sous le règne de Léon III47. C’est autour de cette date que fut d’ailleurs créé le thème des Kibbyrhéotes (en 732) : la menace que fit peser sur le sort de l’Empire le siège de Constantinople par les Arabes en 718 aurait incité le pouvoir à mettre en place un nouveau système de défense48, ce qui aurait eu un résultat bénéfique. Au 8e siècle en effet, la sécurité de l’Empire ne semble pas menacée par mer. La création de ce nouveau système de défense aurait été accompagnée d’une profonde réforme administrative.
25Nous pouvons peut-être préciser la chronologie de l’apparition du drongaire de l’Egée grâce à l’information indirecte que représente la mention de la circonscription douanière et fiscale dite « Mer Egée » du tout début du 8e siècle. Il faudrait alors supposer un exact recoupement entre la circonscription administrée par le drongaire et celle gérée par le commerciaire. Il existe en effet des sceaux des préposés aux « Basilika Kommerkia des Iles de la Mer Egée » et à « l’Apothèkè de la Mer Egée », datés respectivement de 734-735 et de 711-71349. Pour le Dodécanèse, il convient de citer les sceaux datés de 687-689, puis de 696-697 des commerciaires des Iles Cyclades50. Si les circonscriptions civile et militaire de même nom existaient déjà, il faudrait donc remonter très haut la création des drongaires de la Mer Egée et des Iles Cyclades ou Dodécanèse, à l’époque même où fut créé le thème de l’Hellade, vers 687.
26Ce système d’administration transitoire a été remplacé, à partir du milieu du 9e siècle, par une autre organisation aussi bien militaire que civile, celle que l’on constate achevée dans le Klétorologe de Philothée en 89951. Les circonscriptions qui étaient dirigées antérieurement par des drongaires furent élevées au rang de thèmes et s’alignèrent alors sur le reste de l’Empire. Cette entreprise d’uniformisation se réalisa pendant une période de crise et de graves menaces pesant sur l’espace égéen. En effet, alors que de 720 environ jusqu’au début du 9e siècle, les ennemis de Byzance ne menaçaient pas la sécurité de l’Empire par mer, le début du 9e siècle se caractérise au contraire par une formidable poussée des Arabes sur mer. On enregistre d’abord la perte de la Crète pour Byzance, puis la conquête progressive par les Arabes, de la Sicile et de l’Italie du Sud. La frontière maritime de l’Empire remonta nettement au Nord de l’Egée et les îles devinrent alors une zone frontière. Ce n’est donc pas une coïncidence que de constater en cette période de troubles une réorganisation de l’administration insulaire avec, en particulier, la création de grands thèmes maritimes englobant les îles et une partie du continent voisin : le régime des drongaires avait fait son temps et ne correspondait plus aux besoins de défense qu’exigeait la nouvelle situation politique.
2) Du milieu du 9e siècle à la fin du 10e : l’intégration des îles dans le régime des thèmes.
27Résumons d’abord rapidement les formes que pouvait revêtir l’administration insulaire dans le système thématique.
28Une première forme d’administration était le thème « insulaire ». Il pouvait être limité à l’île dont il portait le nom, tels les thèmes de Crète et de Chypre. Il pouvait également englober de nombreuses îles, tels les thèmes des Cyclades et de Céphalonie. Tous les thèmes cités ici ont en commun leur ressort uniquement insulaire.
29Une seconde forme d’administration insulaire trouvait sa place dans le thème « maritime »52. Ce dernier englobait en effet îles et littoraux du proche continent. Il pouvait porter une dénomination purement insulaire (Samos), ou une dénomination liée à l’espace maritime concerné (Mer Egée) ou encore une dénomination purement continentale (Kibbyrhéotes). La caractéristique de ces circonscriptions est leur orientation maritime : des flottes de guerre sont levées régulièrement aussi bien dans les îles que sur les côtes du proche continent.
30Un dernier mode d’administration insulaire est le rattachement des îles aux thèmes continentaux : tel fut le cas des îles rattachées au thème de l’Hellade53.
31Après ce bref aperçu sur le cadre de l’administration insulaire, il convient d’étudier ses modalités pendant la première époque des thèmes : celle des grands thèmes jusqu’à la fin du 10e-début 11e siècle.
– Les thèmes insulaires.
Le thème de Céphalonie.
32Le thème de Céphalonie fut créé bien avant le milieu du 9e siècle. Dans la mesure où les problèmes suscités par la date de création de ce thème et par les circonstances qui en furent à l’origine ont déjà fait l’objet d’importantes études, nous nous contenterons d’en exposer brièvement les principales données54.
33Tout d’abord les deux explications différentes de Constantin VII quant à l’origine de ce thème sont à rejeter : aussi bien celle donnée dans le De Thematibus qui rattache Céphalonie au thème du Péloponnèse avant que l’île ne fût érigée au rang de thème –, que celle du De Administrando Imperio qui fait de Céphalonie une « tourma » de Longobardie avant que Léon VI ne l’élevât au rang de thème. C’est au contraire la Longobardie qui, jusqu’au règne de Léon VI, constitua une « tourma » de Céphalonie, date à laquelle elle fut promue au rang de thème55.
34La première mention d’un stratège de Céphalonie date de 80956, et l’on peut même supposer que le thème a été créé dès le milieu du 8e siècle57, au moment de la disparition de l’exarchat de Ravenne et des premières attaques arabes en Sicile. A partir de cette date en effet les Byzantins ont dû sentir le besoin de doter la frontière occidentale d’une structure solide et ils créèrent à cette fin un ensemble de thèmes : les thèmes du Péloponnèse, de Dyrrachium, de Nicopolis, de Dalmatie furent créés dans la première moitié du 9e siècle58. Il faut donc situer dans cette optique la création du thème de Céphalonie qui fut le thème pionnier sur la frontière de l’Empire avec l’Occident, exception faite du thème de Sicile créé dès la fin du 7e siècle.
35De nombreux sceaux de stratèges de Céphalonie des 8e-9e siècles et la mention de ce stratège dans le taktikon Usp. 59témoignent du rôle important de ce thème insulaire à une époque où les autres îles de l’Empire ne sont pas, pour la plupart, intégrées dans le système thématique. Notons au passage que le stratège de Céphalonie est cité juste après le stratège de Sicile dans le taktikon Usp., ce qui confirmerait l’hypothèse d’une date relativement haute pour la création du thème60. En ce qui concerne la question du « tourmarque », il convient de distinguer le sceau du 9e siècle mentionnant « Nicolas spathaire impérial et tourmarque du ploïmon de Céphalonie »61, du sceau du « tourmarque de Céphalonie » daté du 10e-11e siècle62. En effet le premier était un officier de la flotte de Céphalonie63, alors que le second nous paraît être tout simplement le gouverneur d’une des divisions du thème de Céphalonie64. Le tourmarque du ploïmon de Céphalonie doit donc être lié à la mise en place d’une défense renforcée face au péril arabe avec la création notamment d’une flotte thématique (milieu 8e siècle). Le tourmarque de Céphalonie correspond au contraire à une époque où le thème est devenu une circonscription administrative et territoriale.
36L’extension géographique de cette circonscription insulaire est indiquée dans le De Thematibus 65. Elle comprenait au milieu du 10e siècle les îles de Zakynthos, Leukas, Ithaque, Céphalonie et Corfou. Avant 886-891 le thème était beaucoup plus vaste et pas uniquement insulaire, puisqu’il comprenait l’Italie méridionale.
37Les stratèges de Céphalonie sont régulièrement mentionnés dans les taktika des 9e et 10e siècles66. Ceux dont nous connaissons le nom et la date d’exercice sont les suivants : Mousoulikès qui participa en 880 à l’expédition contre les Arabes de Calabre ; Symbatikios qui cumula les fonctions de stratège de Macédoine, de Thrace, de Céphalonie et de Longobardie en 892, quoiqu’il s’agisse plutôt ici de la réunion de fonctions militaires et de l’unité d’un commandement dans le cadre d’une campagne précise ; le patrice Georges, stratège de Céphalonie et de Longobardie en 892 : Il succède certainement à Symbatikios. Il faut remarquer dans ce cas, comme dans le précédent, que l’intérêt des îles Ioniennes coïncidait, au moins pour les préoccupations d’ordre militaire, avec celui de l’Italie méridionale67. En 968 réside à Corfou un stratège nommé Michel Chersonitès : on peut supposer qu’il s’agit du stratège de Céphalonie dont la capitale administrative et militaire serait alors située dans l’île de Corfou68, mais on peut supposer également qu’à cette date l’île de Corfou a été détachée du thème de Céphalonie pour constituer un petit thème indépendant69. Sous le règne de Basile II, donc entre 976 et 1025, un certain Nicétas, stratège de Céphalonie, aurait donné à Lavra cinquante parèques qu’il possédait dans le thème du Strymon70, ce qui prouve qu’à cette époque le pouvoir réussissait encore à nommer des gouverneurs en dehors de la région dont ils étaient issus. Enfin en 1010 est mentionné Kontoléôn, stratège de Céphalonie, une fois de plus dans une expédition en Italie méridionale71.
38Avec Kontoléôn s’achève notre étude du thème de Céphalonie tel qu’on peut le suivre pendant plus de trois siècles. Nous constatons une diminution progressive de son ressort géographique : d’abord à la fin du 9e siècle quand la Longobardie érigée au rang de thème en fit un thème proprement insulaire, ensuite à la fin du 10e siècle quand ce thème a été amputé de l’île de Corfou. Ainsi le grand thème de Céphalonie du milieu du 8e siècle aurait donc cédé la place à un petit thème insulaire à la fin du 10e siècle et au début du 11e. Comme les autres thèmes à la même époque, il est gouverné par un stratège sous la dépendance duquel se trouvaient les tourmarques. La vocation maritime et militaire du thème, attestée au 9e siècle par sa participation aux nombreuses expéditions en Italie du Sud dirigées par un général en chef qui groupait les forces de plusieurs « thèmes », cède progressivement la place à une circonscription administrative et territoriale sous les ordres du stratège de Céphalonie. Ce n’est pas pour autant que le rôle de la flotte thématique s’en trouvât diminuée : il suffit de signaler la présence des Mardaïtes dans son équipage au milieu du 10e siècle pour s’en persuader72.
Les thèmes de Crète et de Chypre.
39L’érection des deux îles de Crète et Chypre au rang de thèmes est bien antérieure à la reconquête de ces îles par Byzance à la fin du 10e siècle. En ce qui concerne la Crète, le stratège de Crète est mentionné dans le taktikon Usp. (842-843), puis il disparaît des sources jusqu’à la reconquête de 961. Nous avons étudié plus haut la date supposée de la création du thème de Crète. En ce qui concerne Chypre, le thème aurait été créé, selon les termes de ConstantinVII73, sous Basile I lors d’une reconquête temporaire de l’île par Byzance, reconquête qui aurait duré sept ans. Si le chiffre « sept » est un peu trop symbolique pour être exact, divers témoignages confirment une mainmise byzantine sur l’île autour de 87474. Cette reconquête dura assez longtemps, sans doute quelques années, pour qu’un thème puisse effectivement être créé, dont le stratège était un certain Alexis d’origine arménienne. Par la suite la reprise de l’île par les Arabes contraignit les troupes byzantines à quitter l’île : il n’y eut plus de stratège de Chypre jusqu’à la reconquête définitive de l’île en 965.
40Dès le lendemain de la reconquête, les deux îles furent placées sous le commandement militaire et administratif de leur stratège respectif. Les circonscriptions des deux thèmes coïncidaient exactement avec l’île dont ils portaient le nom. C’est Nicéphore Phokas lui-même qui, sur ordre impérial, a rétabli le stratège dans l’île de Crète après la reconquête75. Notons d’ailleurs que le stratège de Crète est mentionné dans le taktikon Esc. (971-975)76. De la liste des stratèges de Crète pendant cette période, retenons Basile patrice et stratège de Crète vers l’an 1000 et peut-être « Michel dishypatos et stratège »77 dont le sceau a été trouvé en Crète et datant probablement de la même époque que le précédent. Pourtant la dignité de « dishypatos » paraît bien secondaire pour un stratège de Crète ! Pour ce qui est de Chypre, nous ne connaissons pas de noms de stratèges jusqu’en 1041. Il est indubitable pourtant qu’il y eut des stratèges en fonction dans l’île pendant toute la période puisque le stratège de Chypre est mentionné, comme celui de Crète, dans le taktikon Esc. qui le situe immédiatement avant celui de Crète78.
— Les thèmes maritimes.
41La plus grande partie des îles de l’Empire étaient intégrées aux thèmes maritimes de la Mer Egée, de Samos et des Kibbyrhéotes. Nous allons étudier ici cette forme d’administration insulaire qui permit certainement aux îles d’être dotées d’une bonne défense, notamment grâce à leur couverture continentale.
Le thème de la Mer Egée.
42La création du thème de la Mer Egée peut être datée très précisément : c’est en effet en 842-843 qu’est encore mentionné dans le taktikon Usp. le drongaire de la Mer Egée79, et c’est en 843 que nous trouvons la mention d’un stratège de Mitylène80. Or il n’y a pas de doute que le stratège de Mitylène ait été en fait le stratège de la Mer Egée. Nous constatons de plus que cette date supposée de la promotion du drongaire de l’Egée au rang de thème correspond assez bien avec la date suggérée par les Taktika de Léon VI81.
43Si l’on considère les listes de préséance de la fin du 9e et du 10e siècle82, on retrouve dans toutes les listes la mention du stratège de la Mer Egée. Citons également la mention de ce thème dans une novelle du milieu du 10e siècle83.
44Le problème du ressort géographique du thème de la Mer Egée est complexe. Nous savons qu’au milieu du 10e s. il englobait l’aire insulaire suivante : les « Cyclades » avec notamment Lemnos, Skyros, Milos, Amorgos, Théra, Thérasia, Rèneia et les « Sporades » avec en particulier Mitylène, Chios et Lemnos84. Les limites de l’aire insulaire ainsi dèsignée sont loin d’être claires. De plus les « Cyclades » sont mentionnées par Constantin VII à la fois dans le thème de l’Egée et dans celui de l’Hellade85. On peut retenir l’hypothèse d’une double appartenance de certaines régions de l’Empire, appartenance administrative à une circonscription et appartenance militaire à une autre circonscription86. Ainsi les Cyclades feraient partie pour l’administration civile du thème de l’Hellade, mais seraient rattachées militairement au thème de la Mer Egée. Pourtant à l’encontre de cette hypothèse, rappelons l’existence de la flotte thématique de l’Hellade87, et notons déjà dans l’administration justinienne la coupure géographique assez peu cohérente des îles de l’Egée : ainsi Kéa, Kythnos, Délos et Skyros appartenaient à l’éparchie d’Hellade alors que le reste des îles de l’Egée constituaient l’« éparchie des Iles »88. Or si nous allons au-delà de la définition littéraire des Cyclades, directement héritée de l’Antiquité, que donne Constantin VII pour retenir les îles qu’il désigne ensuite comme « Cyclades appartenant au thème de l’Egée », c’est-à-dire Lemnos, Skyros, Milos, Amorgos, Théra, Thérasia, nous constatons qu’il s’agit des îles sud-égéennes (Cyclades sud actuelles) et des îles orientales du Bassin Egéen (Amorgos, Lemnos), Skyros constituant une exception. Toutes les autres îles dites « Cyclades » aujourd’hui comme dans l’Antiquité, avec en particulier Andros, Tinos ou Kéos, c’est-à-dire toutes les îles au Sud de l’Eubée, pouvaient très bien faire partie du thème d’Hellade. La coupure maritime et insulaire des thèmes d’Hellade et de la Mer Egée passerait alors au Nord de Naxos. Dans cette hypothèse, les termes de Constantin VII seraient ambigus dans la mesure où la division géographique traditionnelle était rompue dans la réalité administrative. A partir du moment en effet où le terme « Iles Cyclades » s’attache à une terminologie administrative (ecclésiastique, fiscale ou militaire), la définition géographique des Cyclades se détache progressivement de la cosmographie antique et se calque sur la réalité administrative. Mais tout cela entraînait nécessairement une certaine confusion dans les esprits.
45Les stratèges de la Mer Egée connus pendant cette période sont Théodore Zéphinézer vers 945 (nous savons que ce personnage a résidé à Lemnos alors qu’il inspectait les îles de son ressort89), et d’autres stratèges dont nous possédons les sceaux90.
46En ce qui concerne la capitale du thème, notre ignorance est complète : était-ce Mitylène ? Était-ce Constantinople ? Zéphinézer, stratège de la Mer Égée part de Constantinople pour sa tournée d’inspection insulaire et y retourne, une fois celle-ci achevée. Mais pourquoi pas aussi Lemnos ou Chios ?
Le thème de Samos.
47Le premier stratège de Samos mentionné peut être daté de 89391. La date de la création du thème doit donc être située entre 842-843 et 893, sans doute avant 886 puisque la promotion des drongaires au rang de stratèges s’est effectuée avant le règne de Léon VI.
48Il convient de rappeler que le thème de Samos englobait également une partie du continent asiatique. De plus toujours selon le De Thematibus de Constantin VII92, Smyrne en serait la capitale administrative. Mais l’importance du rôle de Samos, qui devint « archè et métropole du thème des plôïzomenoi » lors de la création du thème donne à ce dernier une orientation insulaire. Nous pouvons d’ailleurs nous interroger sur ce rôle particulier qui fut attribué à Samos. Si nous entendons par « thème » une unité militaire, cela signifierait que l’île de Samos est le centre du commandement militaire de la flotte des « plôïzomenoi ». Si en revanche nous entendons par « thème » une entité administrative, cela signifierait que Samos fut la capitale d’un thème maritime dont nous ne connaissons pas les limites, et dans cette dernière hypothèse Constantin VII ferait allusion à une réalité administrative bien antérieure à celle du milieu du 10e s.93. De toute façon il est certain qu’au milieu du 10e siècle l’île de Samos avait un rôle militaire : c’est dans l’île qu’était concentrée la flotte de guerre du thème. Néanmoins le stratège de Samos résidait à cette époque à Smyrne où devaient être enrôlés tous les habitants susceptibles de servir dans la flotte du thème c’est-à-dire tous les détenteurs d’une strateia correspondant à un bien immeuble de quatre livres94.
49L’aire proprement insulaire du thème de Samos au milieu du 10e siècle se réduisait-elle à l’île de Samos ou comprenait-elle aussi une partie des îles micrasiatiques ? Précisons que l’île de Rhodes faisait partie à cette époque du thème des Kibbyrhéotes. Des îles micrasiatiques au Sud de Samos jusqu’à Rhodes, le De Thematibus ne dit rien : il est possible qu’elles aient été incluses dans le thème de Samos. En 971-975 est attesté un nouveau thème, celui des Cyclades95 qui dut modifier considérablement les ressorts géographiques des thèmes de la Mer Egée et de Samos. Et le stratège de Samos, dont l’existence continue d’être attestée pendant tout le 11e siècle, n’eut désormais qu’un ressort insulaire limité à l’île, ou peu s’en faut.
50Le stratège de Samos est régulièrement mentionné dans les différents taktika du 10e siècle, dans le De Thematibus et dans le De Cerimoniis de Constantin VII ainsi que dans les Novelles de l’époque96. Des stratèges de Samos nommément cités, notons Constantin Paspalas qui fut fait prisonnier par les Arabes en 893, Romain Lécapène, le futur empereur, qui était stratège de Samos lors de l’expédition d’Himérios en 911, un certain Théophane stratège de Samos entre 932 et 942, dit « prôtos » de l’île et un stratège du 10e siècle nommé Pakourianos97.
51Le thème de Samos était souvent lié aux mêmes opérations maritimes que celui de la Mer Egée au cours du 10e siècle, comme le montre d’ailleurs leur rôle respectif au cours des deux opérations manquées contre la Crète en 910 et 94998. Il est également probable que la création des deux thèmes fut contemporaine, comme en témoigne dans la liste de Philothée la mention du stratège de Samos qui précède juste celle du stratège de la Mer Egée99. Enfin leurs aires d’extension maritime et par conséquent insulaire étaient voisines.
Le thème des Kibbyrhéotes.
52Du thème maritime des Kibbyrhéotes, nous ne dirons pas grand chose dans la mesure où la seule île d’importance qui en dépende est Rhodes100.
– Les îles rattachées aux thèmes continentaux.
53Le thème d’Hellade, qui disposait au milieu du 10e siècle d’une flotte non négligeable101, englobait l’Eubée, les Cyclades et l’île d’Egine102. Un archôn était à la tête de l’île d’Eubée et s’occupait des fournitures navales et militaires103 mais la défense de l’île restait aux mains du stratège d’Hellade104. Quant aux Cyclades, nous rappelons ici le problème déjà évoqué de leur double appartenance, à la fois au thème de l’Hellade et à celui de la Mer Egée105. Nous mesurons le poids important de la tradition justinienne dans la nouvelle administration insulaire si nous retenons l’hypothèse d’une coupure géographique des Cyclades. En effet si l’on note que dans le Synecdemos de Hieroclès les îles d’Eubée, d’Egine, de Kéa, de Kythnos et de Délos faisaient partie de l’éparchie de l’Hellade106, on peut supposer que ces îles ont été tout naturellement intégrées au thème de l’Hellade, au moment de sa création, dès la fin du 7e siècle. Il faut cependant remarquer que l’île d’Andros par exemple qui, faisait partie au 6e siècle de l’éparchie des Iles107, est rattachée au 10e s. au thème de l’Hellade. Par ailleurs Céphalonie et Zakynthos qui faisaient également partie de l’éparchie des Iles au 6e siècle, ont constitué dès le milieu du 8e siècle un thème insulaire propre. Et l’on pourrait citer bien d’autres exemples : quel qu’ait été le poids de la tradition, il est certain qu’il y eut un éclatement des anciennes circonscriptions administratives hors de leurs cadres géographiques lors de la création des thèmes.
54Les îles de Thasos et de Samothrace, ainsi que celles de Skiathos et de Skopélos sont mentionnées par Constantin VII respectivement dans le cadre des thèmes de Thrace et de Macédoine108. Nous ne savons absolument pas si au 10e siècle elles étaient effectivement intégrées dans ces deux thèmes continentaux ou si au contraire elles ont été rattachées, dès sa création, au thème de la Mer Egée. Elles étaient peut-être sous l’autorité du drongaire de l’Egée à l’époque antérieure. En effet le témoignage de Constantin VII est particulièrement suspect : il cite ces îles alors qu’il se livre à une énumération des villes calquée du Synecdemos. Rappelant les anciens cadres administratifs, il constate que Thasos et Samothrace faisaient partie de l’éparchie de Thrace, et que Skiathos et Skopélos faisaient partie de l’éparchie de Thessalie. Or si les îles de Thasos et de Samothrace ont pu, au moment de sa création, faire partie du thème de Thrace (jusqu’à la date de création du thème de Macédoine), il est en revanche exclu que les îles de Skiathos et de Skopélos aient fait partie à un moment quelconque du thème de Macédoine, circonscription qui n’a rien de commun avec l’ancienne éparchie de Macédoine (ou de Thessalie d’ailleurs).
55Ainsi nous avons étudié comment à partir du milieu du 9e siècle, l’ensemble des îles ont été progressivement dotées de structures thématiques. Les îles ioniennes ont été un précurseur d’exception, Crète et Chypre, au contraire, ont dû attendre la fin du 10e siècle pour retrouver un statut qu’elles avaient perdu à cause de la mainmise arabe.
56Ce système administratif reste stable jusqu’à la fin du 10e siècle. A partir de cette date, de nouveaux bouleversements vont apparaître, bouleversements qui, sans remettre en cause le régime des thèmes, vont cependant modifier peu à peu l’étendue géographique des différentes circonscriptions et la répartition des pouvoirs à l’intérieur de chaque thème. Ces modifications successives vont finir par apporter une grande complexité au système relativement clair que nous venons d’examiner. On doit lier ces transformations à l’évolution générale de l’administration de l’Empire à cette époque. En effet c’est alors que « l’équilibre entre administration provinciale et l’organisation militaire se trouve rompu »109. On assiste d’une part au remplacement progressif de l’armée des thèmes par celle des tagmata (ce qui modifie la relation, au sein du thème, entre pouvoir civil et pouvoir militaire qui, jusque-là, se trouvaient réunis entre les mains du stratège), et d’autre part à la création de nouveaux thèmes qui englobent soit des régions détachées de grands thèmes, soit des régions frontalières récemment conquises. Ce processus général dans l’Empire ébranle aussi le système administratif insulaire et lui donne une forme différente que nous allons tenter d’exposer.
3) De la fin du 10e siècle à la fin du 11e : les nouveaux thèmes insulaires et la prédominance du pouvoir civil.
– Fin 10e-début 11e s., les premiers bouleversements.
57A la fin du 10e siècle, le régime des grands thèmes de l’époque antérieure, dans lesquels les îles se trouvaient intégrées, que ce fussent des thèmes maritimes, insulaires ou continentaux, s’effondre peu à peu avec l’apparition de nombreux petits thèmes insulaires, qui transformèrent l’étendue géographique des anciens thèmes.
58La première innovation apparaît dans le taktikon de l’Escorial (971-975) avec la mention d’un « stratège des Iles Cyclades »110. La création de ce nouveau thème, que l’on peut dater du milieu du 10e siècle suppose une modification du ressort géographique des anciens thèmes maritimes de la Mer Egée et de Samos.
59Notons également, vers la fin du 10e siècle ou le début du 11e, la création d’un thème de Chios, dont le stratège est mentionné pour la première fois dans les années 1025-1028111. Avec l’apparition de ce nouveau thème insulaire, le grand thème maritime de la Mer Egée, tel qu’il était connu au milieu du 10e s., se trouve une fois de plus amputé.
60Un autre petit thème, créé vers la fin du 10e siècle, pourrait bien être celui de Corfou. En effet en 968 Liutprand mentionne un stratège résidant à Corfou. Ce dernier pourrait être certes le stratège du grand thème de Céphalonie résidant à Corfou, mais il reste plus vraisemblable de supposer la création d’un nouveau thème de Corfou, réduit à l’île même qui aurait été détachée du thème de Céphalonie112.
61La création de ces petits thèmes insulaires s’inscrit assez bien dans l’évolution générale du système thématique de l’Empire. Il s’agit désormais de thèmes insulaires restreints, à la tête desquels se trouve toujours un stratège, mais dont l’importance est moindre que le stratège du grand thème insulaire ou maritime de l’époque antérieure. Cette évolution est due au moins en partie au rôle particulier des îles de l’Empire byzantin qui furent toujours un monde frontière. De la même façon que la défense de la frontière orientale de l’Empire fut assurée par la création de multiples petits thèmes à la fin du 10e siècle, la frontière insulaire de cet empire fut également couverte de petits thèmes.
62A côté de ces thèmes insulaires nouvellement créés, notons la persistance en cette fin du 10e siècle et ce début du 11e, du système administratif antérieur pour nombre d’îles.
63Jusqu’en 1042, date de la révolte de l’île conduite par Théophile Erôtikos, Chypre fut administrée par un stratège113. De même le thème de Samos continua à être administré par un stratège pendant toute l’époque concernée. Rappelons quelques noms illustres : Basile Argyros, stratège de Samos avant 1010 ; David d’Achrida connu au début du 11e s. ; Georges Théodôrokanos, stratège entre 1025 et 1028 ; Constantin Argyropoulos connu au 10e-11e s.114. Nous ignorons le ressort géographique du thème de Samos à cette époque : était-il désormais limité à l’île même ou comprenait-il quelques autres îles ainsi que la frange littorale du continent asiatique entre Adramyttion et Ephèse ? Quoique nous n’ayons pas de stratège de Crète connu avant la fin du 11e s., il n’y a pas de doute que l’île ait été administrée par un stratège avant cette date. En 1010 le thème de Céphalonie est encore gouverné lui aussi par un stratège115. Enfin le thème de la Mer Egée conserve un stratège à la fin du 10e s.116. Son ressort géographique, réduit par rapport à l’époque antérieure, est désormais axé sur la Propontide et le Nord de l’Egée117. Parmi les îles rattachées au thème de l’Egée, citons vraisemblablement Lemnos et Skyros118.
64Ainsi, après l’époque des grands thèmes insulaires et maritimes, dont nous avons vu l’essor du milieu du 9e s. à la fin du 10e, il semble que les Byzantins en soient revenus à un système d’administration insulaire plus proche de celui qui existait à la fin du 8e siècle et au début du 9e. On est en effet frappé par la similitude du découpage administratif. A la circonscription du Dodécanèse de la fin du 8e s. correspondrait le thème des Iles Cyclades ; l’île de Chios administrée par l’archôn au 9e s. se retrouve administrée par un stratège à la fin du 10e s. ou au début du 11e ; le stratège de la Mer Egée de la fin du 10e s. est à la tête d’une circonscription très proche de celle qu’administrait autrefois le drongaire de la Mer Egée ; enfin le stratège de Samos a probablement une circonscription bien réduite par rapport à celle qu’il avait sous le règne de Constantin VII. On évoque alors le drongaire de Kôs, quoique les deux circonscriptions ne se recoupent pas exactement. Ainsi le remodelage de l’administration insulaire, à la fin du 10e siècle-début 11e, s’apparente à l’organisation du 8e-9e siècle, et son esprit diffère totalement de l’administration décrite par Constantin VII pour le milieu du 10e siècle. Néanmoins il faut noter la plus grande multiplicité des circonscriptions insulaires à la fin du 10e s. qu’à l’époque des drongaires et des archontes.
– 11e siècle : hétérogénéité de l’administration insulaire et concurrence du pouvoir civil sur le pouvoir militaire.
Le juge (kritès) à la tête des circonscriptions.
65Comme dans le reste de l’Empire, l’importance du kritès s’est accrue dans certaines circonscriptions insulaires ou maritimes. Les sources concernant les thèmes des Cyclades, de la Mer Egée, de Chypre ou de Céphalonie, ne mentionnent plus de stratège, mais le « kritès » qui, détient entre ses mains l’ensemble de l’administration civile, alors que les affaires militaires continuent d’être dévolues au stratège qui a désormais un rang inférieur à celui du kritès119.
66Des juges des Iles Cyclades connus, citons Nicolas Tzanzès, kritès et anagrapheus (recenseur) des Iles Cyclades en 1088 et un certain Gabriel, kritès des Cyclades, connu par ses sceaux datés du 11e siècle120.
67Pour tenter de délimiter le ressort géographique du thème des Cyclades à cette époque, il convient de rappeler les circonscriptions voisines. Au Nord-Est se trouvait le thème de la Mer Egée : la frontière des deux thèmes se situait sur une ligne passant au Sud de Lemnos et de Mitylène. Le thème des Cyclades n’englobait pas Chios non plus, puisque cette île formait, semble-t-il, un thème propre pendant tout le 11e siècle. En ce qui concerne l’extension du thème à l’Est et au Sud-Est, il est possible de nous en faire une idée grâce aux documents de Patmos datant de la fin du 11e siècle : le chrysobulle de Nicéphore III Botaneiatès d’oct. 1079 nous apprend en effet que l’île de Kôs faisait partie de la circonscription fiscale des Iles Cyclades à la tête de laquelle se trouvait un « dioikètès »121. Or à cette époque le recoupement des circonscriptions fiscales avec les circonscriptions administratives est courant : l’île de Kôs faisait donc partie du thème des Iles Cyclades en 1079. Un praktikon d’août 1088122 nous apprend que c’est encore de la circonscription des Iles Cyclades que relève Patmos, puisque c’est Nicolas Tzanzès, juge et recenseur des Iles Cyclades, qui reçoit l’ordre de procéder à la mise en possession de l’île de Patmos en faveur de Christodule. Enfin en avril 1089 Christophore Kopsènos, recenseur de l’île de Kôs, exempte les habitants de Patmos de la strateia123. D’après ces diverses informations, nous pouvons même établir une hiérarchie des circonscriptions fiscales, qui a toutes les chances de coïncider avec celles des circonscriptions administratives : la plus haute circonscription était celle des Iles Cyclades, à la tête de laquelle se trouvait le juge (kritès), qui est également recenseur et répartiteur des impôts de ladite région ; au-dessous, l’île de Kôs est le centre d’une des subdivisions de la circonscription des Iles Cyclades, et cette sous-circonscription englobe l’île de Patmos. Ainsi nous pouvons exactement délimiter la frontière sud-est du thème des Iles Cyclades au 11e siècle : elle englobe les îles de Patmos et de Kôs. C’est la frontière du thème des Cyclades avec celui de Samos. En effet un document quelque peu postérieur à avril 1089124 nous apprend que les deux îles de Léros et de Leipsos font partie du thème de Samos. La limite nord-ouest du thème des Iles Cyclades est difficile à fixer. A nouveau se pose le problème des îles dites Cyclades aujourd’hui : étaient-elles intégrées en totalité dans le thème des Iles Cyclades, ou bien faisaient-elles partie, au moins pour certaines d’entre-elles, du thème de l’Hellade, comme on l’a supposé pour l’époque antérieure ? Dans la mesure où ce thème, proprement insulaire, des Iles Cyclades s’est constitué aux dépens des circonscriptions administrées par les stratèges de Samos et de la Mer Egée, il a pu englober de la même façon des îles qui faisaient partie antérieurement du thème de l’Hellade, Il est donc probable que le thème des Iles Cyclades comprenait les îles de Naxos125, Paros et Andros et bien d’autres encore. Seules l’Eubée et les îles du Golfe Saronique restaient sûrement englobées dans le thème de l’Hellade. Quelle était la capitale du thème des Iles Cyclades ? Était-ce Kôs ? Il faut noter que le recenseur des Iles Cyclades en fonctions en août 1088 n’est pas le personnage qui est dit recenseur de Kôs en avril 1089126. Mis à part Kôs, la capitale pouvait être Naxos.
68Autre kritès d’une circonscription, sinon insulaire, du moins maritime, est au 11e siècle le kritès de la Mer Egée127. L’espace insulaire compris dans ce thème est désormais bien réduit : il se limite aux îles nord-égéennes, y compris ou non l’île de Mitylène. Le thème qui couvre la côte sud de la Propontide, peut-être jusqu’à Constantinople même, et le Nord de l’Egée, comprend sûrement les îles d’Imbros et de Ténédos, sans doute celles de Lemnos et de Skyros, peut-être celles de Thasos, de Samothrace, de Skopélos et de Skiathos.
69Le kritès est mentionné à Chypre à la fin du 11e siècle. En effet, après la répression de la révolte de 1091 conduite par Rhapsomatès, Alexis I établit deux pouvoirs séparés dans l’île : l’un se trouva doté du pouvoir administratif, le kritès Kalliparios, qui avait également la responsabilité fiscale de la circonscription puisqu’il fut nommé « exisôtès ». L’autre était le commandant en chef des troupes armées stationnées dans l’île, le stratopédarque Eumathios Philokalès128. Antérieurement nous avons mention d’un katépan de Chypre (en 1055) que les sources occidentales qualifient de « princeps de l’île »129. Ce katépan de Chypre, attesté dès le milieu du 11e s., cumula bientôt les fonctions militaires et civiles : il est dit alors « kritès et katépan de Chypre » comme en témoigne le sceau d’un certain Michel130. Telle aurait été la situation en Chypre, quand Rhapsommatès prit la tête de la révolte de l’île en 1091, quoiqu’il fût, selon Anne Comnène, un piètre militaire131.
70Le kritès de Céphalonie enfin est connu par un sceau daté du 11e siècle132. Avec le juge de Céphalonie s’achève notre analyse sur les thèmes insulaires ou maritimes qui connurent, à partir de la fin du 10e siècle, une promotion du pouvoir civil sur le pouvoir militaire, qui se concrétisa par la promotion du juge à la tête du thème. Une autre forme néanmoins d’administration civile est attestée à cette époque dans les îles, celle du « kouratôr », qui fut une mesure particulière et transitoire.
Le kouratôr à la tête de l’administration de certaines îles.
71Chypre est administrée par un kouratôr au lendemain de la révolte manquée de 1042. En témoigne la lettre de Psellos au « kouratôr de Chypre » : l’Empereur… admire ta réussite. Plus que tout autre il a apprécié la manière dont tu as rétabli l’ordre dans l’île et dont tu as administré les affaires. Tu as transformé le trouble en paix »133. Le kouratôr dut être ici chargé d’assainir la fiscalité et d’alléger l’impôt, puisque la révolte était due d’abord au poids excessif de l’impôt et à la corruption des fonctionnaires. Nous possédons le sceau d’un autre kouratôr de Chypre, daté selon l’éditeur du 11e-12e siècle134 : la « kouratôreia » de Chypre date donc du milieu du 11e s.
72Mitylène est également administrée par un kouratôr en 1089 : lorsque Tzachas entreprend une expédition contre l’île à cette date, le gouverneur est le « kouratôr » Alôpos135. Peut-être convient-il également de considérer comme kouratôr de l’île un certain Constantin dit « proèdre et eidikos de Mitylène » connu par son sceau daté du 11e-12e s.136.
73Si pour l’île de Chypre, nous pouvons expliquer, au moins en partie, les circonstances qui donnèrent lieu à l’établissement du kouratôr, nous ne savons rien en revanche de l’histoire de Mitylène pendant cette période. Ainsi il est impossible de dire si l’île était intégrée au thème de la Mer Egée au cours du 11e s. et si elle en a été détachée pour une raison historique précise, ou si elle fut administrée par un kouratôr pendant tout le 11e siècle. En tout cas il convient de nous interroger sur cette forme particulière d’administration.
74Tout d’abord nous pouvons affirmer que les « kouratôreiai » des provinces à partir du 9e siècle n’ont plus rien à voir avec les « kouratôreiai » municipales préjustiniennes. Il s’agit d’un ensemble de biens impériaux, qui couvraient parfois des régions entières, confiés à la gestion de curateurs137. Reste à savoir pourquoi le kouratôr pouvait être investi également du gouvernement de ladite région. Nous constatons dans le cas de la kouratôreia de Mélitène, située aux marges orientales de l’Empire, pour laquelle nous avons quelques renseignements précis, que l’établissement du kouratôr était lié à la réorganisation économique d’une région entièrement dévastée138. Or il semble bien que le texte de Psellos évoque également une refonte économique et fiscale de l’île de Chypre après la révolte de 1042. On peut donc estimer qu’en certains cas de dévastations d’une région, dues à des campagnes militaires ou à de graves troubles intérieurs, le pouvoir décidait le rattachement direct de l’ensemble des biens fonciers de la région considérée à la couronne pour une période déterminée.
La persistance des stratèges insulaires jusqu’au règne d’Alexis I.
75Parallèlement à la prédominance du kritès dans certains thèmes et à une réorganisation administrative qui détache de plus en plus l’administration civile du pouvoir militaire, de nombreux thèmes insulaires ne connaissent aucun de ces bouleversements et le stratège continue à administrer l’ensemble des affaires de la région don t il a la charge. Je citerai ici les thèmes de Crète, Samos et Chios.
76La Crète serait en effet administrée par un stratège jusqu’à la fin du 11e s. si le document de 1027, dit Testament de Xénos, a bien été authentifié par deux stratèges de la fin du 11e s., Philarète Brachéôn et Eumathios139. Peut-on alors suggérer que la réforme administrative qui aboutit à la promotion du duc de Crète se situe pendant le règne d’Alexis I ? Il reste difficile de donner une date précise. La mention du premier duc de Crète serait donnée par l’inscription de Didymes datée de 1093-1094, donc du lendemain de la répression des insurgés par le grand duc Jean Doukas140.
77Le thème de Samos continue lui aussi à être administré par un stratège au cours du 11e siècle : plusieurs documents de l’été 1087 mentionnent le stratège de Samos, Eustathe Charsianitès141. Ce stratège est également responsable de la circonscription fiscale correspondante puisqu’il est appelé « stratège et pronoètès » de Samos. Les îles de Léros et de Leipsos font partie de son ressort. Ainsi les frontières des deux thèmes des Iles Cyclades et de Samos se trouvaient imbriquées, puisque le thème des Iles Cyclades comprenait, lui, les îles de Patmos et de Kôs. Il faut d’ailleurs ajouter que le thème de Samos, qui était au milieu du 10e siècle un thème maritime spatialement important, est beaucoup plus réduit au 11e siècle. Il est probable en effet que son ressort ne s’étend plus à la côte asiatique, et certaines îles ont été sans aucun doute enlevées à son administration pour être intégrées aux Iles Cyclades. Des îles qui faisaient encore partie du thème de Samos au 11e siècle, citons, outre Samos, sûrement Leipsos et Léros, sans doute Ikaria, peut-être Kalymnos.
78Le stratège de Chios, mentionné pour la première fois en 1025- 1028, est encore attesté en 1079142. Néanmoins les documents d’archives concernant Chios ne permettent pas d’affirmer que le stratège détenait l’ensemble des pouvoirs civil et militaire comme ceux de Samos ou de Crète. Le chrysobulle de juillet 1049 concernant les Juifs de l’île précise que « personne, ni stratège, ni kritès, ni protonotaire, ni autre percepteur, ni l’évêque de l’île, ni celui qui a le commandement de l’île, ni autre, n’aura le droit de soumettre les Juifs à quelque corvée ou taxe que ce soit »143. L’hypothèse d’un « archôn » de Chios, gérant les affaires civiles de l’île et soumis au kritès d’une plus haute circonscription n’est pas à exclure. Si l’on rappelle, de plus, qu’en 1025-1028 les Iles Cyclades sont défendues par les stratèges de Chios et de Samos144, alors que le stratège des Cyclades n’est pas mentionné, on pourrait même supposer que le thème des Iles Cyclades, administré à cette époque par un kritès, était défendu par le stratège de Chios. L’île de Chios ferait alors partie du thème des Iles Cyclades et le commandement militaire de cette circonscription serait basé à Chios. Il y a cependant quelques arguments à l’encontre de cette hypothèse. Tout d’abord le document de 1079 mentionne les « stratèges de Chios » qui se sont succédés jusqu’à cette date, sans dire mot d’autres personnages, kritès ou subalternes, qui auraient dû être concernés par la teneur de l’acte s’ils administraient les affaires civiles de l’île. Et surtout nous retrouverons plus tard une circonscription autonome de Chios, administrée par un duc qui aurait alors simplement succédé au stratège.
79Pour clore ce chapitre concernant l’administration insulaire au 11e siècle, il convient de rappeler une dernière forme d’administration qui en souligne l’hétérogénéité, celle du rattachement de certaines îles aux thèmes de l’Hellade et des Kibbyrhéotes. Au premier sont rattachées l’île d’Eubée145 et les îles du Golfe Saronique. Rhodes continue, quant à elle, de faire partie du thème des Kibbyrhéotes administré à cette époque par un kritès146.
4) De la fin du 11e siècle à la fin du 12e : la promotion des ducs des îles.
80L’administration insulaire est caractérisée pendant cette période par une série de transformations, dont il convient d’analyser les modalités et la chronologie. A partir des années 1120-1130 en effet, le régime des ducs, concentrant pouvoir militaire et civil, se généralise dans l’ensemble des îles de l’Empire. Si les ducs insulaires ont des attributions comparables aux stratèges des 9e-10e siècles, les circonscription à la tête desquelles ils se trouvent n’ont en revanche aucun point commun avec les grands thèmes maritimes et insulaires de l’époque antérieure. Bien souvent le duc ne gouverne qu’une île ou un nombre d’îles très réduit. De plus si les « thèmes » insulaires, morcelés, subsistent et même se multiplient, le système d’administration mixte îles-continent, qui avait fait la force des grands thèmes maritimes du 10e siècle, semble avoir disparu.
– L’apparition du « katépan » ou « duc ».
81Dès les premières années du règne d’Alexis une place nouvelle est faite au « katépan » ou au « duc »147. Pendant un premier temps il succède simplement au stratège, et le nouveau titre donné au commandant général de l’armée reflète simplement la tagmatisation de cette armée provinciale. Se situe alors une période de transition, assez bien illustrée à Chypre, où l’on constate tantôt un seul personnage dit « katépan » ou « kritès et katépan » regroupant l’ensemble des pouvoirs, tantôt deux fonctionnaires distincts, l’un le « kritès », l’autre le « katépan » ou « stratopédarque » avec des pouvoirs distincts : ainsi Eumathios Philokalès, nommé stratopédarque par Alexis148, avait seulement le pouvoir militaire. Cette période de transition ne dura pas : Eumathios Philokalès, nommé duc de Chypre en 1099, présidait quelques années plus tard un tribunal.
82On pourrait évoquer une situation très comparable dans l’île de Crète. En effet si une inscription de 1093-1094 mentionne un duc de Crète menant une expédition militaire, quelques années plus tard, en tout cas avant 1118, nous avons la preuve que les ducs de Crète s’occupaient de l’administration et de la fiscalité de leur île : un document mentionne en effet qu’Alexis I ordonnait aux futurs ducs de Crète de fournir à Patmos trois-cents modioi de blé et vingt-quatre nomismata par an149. Tout cela situe assez bien la chronologie des sceaux du « kritès et katépan » : ils doivent appartenir à cette époque transitoire où le « duc-katépan » cumule peu à peu l’ensemble des pouvoirs, mais où les fonctions du kritès sont encore distinctes de celles du duc. N’est-ce pas d’ailleurs contre ce cumul des fonctions que s’insurge Mouzalôn, quand il dénonce le gouvernement de Philokalès à Chypre ? Il mentionne en effet que ce dernier est présent partout, dans toutes les instances, aussi bien au tribunal civil (kritèrion) qu’au quartier général de l’armée (stratègion), où il fait ce qu’il veut, sans compter l’appui de bien des évêques de l’ile…150.
83Nous notons par ailleurs l’apparition de circonscriptions nouvelles, celle de Karpathos par exemple151. Le thème des Cyclades (qui, rappelons-le, était lui-même une création de la fin du 10e siècle) s’est ainsi morcelé en une multiplicité de petites circonscriptions, petits thèmes à la tête desquels ont été promus des ducs ou katépans. Si ces derniers apparaissent dès le milieu du 11e siècle, il semble néanmoins que la promotion des ducs ne s’est généralisée dans les îles qu’après la reconquête de l’ensemble des îles micrasiatiques sur Tzachas et la répression des deux grandes îles révoltéee de Crète ou de Chypre.
– Les « ducs-praktores » insulaires du milieu du 12e siècle : les nouvelles circonscriptions administratives.
84Au milieu du 12e siècle on constate que désormais des « ducs-praktores » se trouvent à la tête des provinces insulaires et qu’ils concentrent l’ensemble des pouvoirs entre leurs mains. Les circonscriptions fiscales sont calquées sur les circonscriptions administratives. Le duc est aussi le responsable fiscal de sa circonscription, c’est pourquoi il est souvent désigné comme « praktôr-anagrapheus ». Parfois on le désigne même des termes de « dasmologos » ou « phorologos »152. Nous allons étudier successivement les nouvelles circonscriptions telles qu’elles apparaissent grâce aux mentions des « ducs » qui sont à leur tête. Nous essaierons de cerner l’aire géographique qu’elles recouvrent. Enfin nous énumérerons, quand cela est possible, la succession des ducs dans chaque circonscription.
85Il convient de distinguer les circonscriptions qui existaient déjà à l’époque antérieure, mais à la tête desquelles fut nommé un duc, des nouvelles circonscriptions insulaires qui apparaissent pendant cette période. Parmi ces dernières citons Rhodes et Kôs.
86Le duc de Rhodes est mentionné en effet pour la première fois vers 1160-1170 : il s’agit d’un certain Andronic qui est remarqué pour son attitude hostile aux Génois153. On constate donc qu’au milieu du 12e siècle apparaît pour la première fois un thème de Rhodes réduit vraisemblablement à l’île et à ses quelques satellites (Chalki, Simi). L’île de Rhodes, qui jusqu’en 1147 appartenait au thème des Kibbyrhéotes, fut certainement détachée de cette province au moment où le thème subit d’importantes modifications géographiques avec l’apparition des nouvelles provinces d’Attalia, de Séleucie, d’Antioche et Laodicée, de Milasi et Melanoudion154.
87Le duc de Kôs est attesté pour la première fois en 1175155. Il ne paraît pas pouvoir être identifié au duc de Samos d’après la seule mention que nous en ayons156. Ses fonctions étaient bien réduites à l’île de Kôs même. D’ailleurs aucun texte concernant le duc-praktôr de Samos ne fait allusion à l’île de Kôs. Kôs a été détaché du thème des Iles Cyclades, probablement vers le milieu du 12e siècle, pour constituer une province administrative autonome sous les ordres d’un duc.
88Outre les nouvelles circonscriptions de Rhodes et de Kôs, administrées par leurs ducs respectifs, nous trouvons mention du duc à la tête de circonscriptions déjà connues : ainsi le duc de Chios, le duc-praktôr de Samos, le duc de Corfou, le katépan-duc de Crète, le duc de Chypre.
89Le duc de Chios est mentionné vers 1160-1170 pour une affaire où il prit partie contre les Génois et en faveur des Vénitiens157. L’empereur et sa sœur lui donnèrent alors l’ordre de restituer aux Génois les biens qu’il leur avait confisqués. Le thème de Chios, que nous avons vu administré par un stratège à l’époque antérieure, est donc entre les mains du duc à partir du milieu du 12e siècle. La circonscription se limitait vraisemblablement à l’île comme l’indique sa dénomination : l’île de Mitylène, qui aurait pu être intégrée au thème de Chios, semble avoir eu à cette date (d’après une inscription aujourd’hui disparue158) un gouverneur propre appelé « archôn » qui devait être le duc de l’île.
90Pégonitès est le seul duc-praktôr de Samos dont le nom soit conservé159. Son gouvernement se situerait entre 1127 et 1157 selon le testament de Théoktistos, higoumène de Patmos160. Nous pouvons préciser un peu plus sa chronologie, si nous rapprochons son gouvernement de celui de Straboromanos, duc de Crète, qui avait fait un dépôt d’or à Patmos, dépôt confisqué par la suite par le sus-nommé Pégonitès161. Pendant le gouvernement de Jean Straboromanos, dans les années 1143-1149, est justement venu en Crète un moine de Patmos, appelé Léontios et chargé d’une mission concernant ledit dépôt d’or162. La confiscation de cet or par Pégonitès a donc eu lieu après 1143-1149. En 1158 Pégonitès n’est plus en fonctions, puisque Léontios, alors higoumène de Patmos, mentionne que les praktores qui lui ont succédé, l’ont pris pour exemple163. Nous parvenons à cerner d’assez près la chrnologie du gouvernement de Pégonitès autour des années 1150. Il faut noter que Pégonitès ne fut pas le premier duc de Samos : un document de 1145 concernant les parèques de Patmos mentionne les tracasseries, que durent subir les moines, des praktores qui se sont succédés jusqu’alors164. La promotion du duc de Samos daterait vraisemblablement du début du 12e siècle, des années 1120-1130. Rappelons que le dernier stratège de Samos connu est de 1087. Le ressort géographique du thème de Samos au 12e siècle, est difficile à délimiter. L’île de Kôs en a été détachée. En revanche les documents d’archives prouvent que l’île de Patmos, qui à la fin du 11e siècle faisait partie du thème des Iles Cyclades, fait partie au milieu du 12e du thème de Samos165. Le thème des Iles Cyclades dont nous n’avons aucune mention au 12e siècle, s’est donc morcellé en partie ou en totalité, et une partie au moins de l’ancienne circonscription a été rattachée au thème de Samos, tandis que Kôs a formé une circonscription autonome. Le problème est de savoir si l’ancienne circonscription des Iles Cyclades a complètement disparu ou bien s’il est resté un noyau de l’ancien thème qui, spatialement réduit, aurait pu prendre éventuellement une dénomination différente. En ce qui concerne le thème de Samos au 12e siècle, tout semble indiquer qu’il est spatialement plus important qu’au 11e. Si le thème des Cyclades avait complètement disparu, il aurait même englobé une grande partie des îles de l’Egée.
91En 1104-1105 est mentionné le duc de la « polis » de Corfou166. Il s’agit d’un certain Alexis, originaire du thème des Arméniaques. L’expression « duc de la ville » pour « duc de l’île » n’est pas étonnante : il était d’usage d’utiliser à l’époque byzantine le terme de ville (polis) pour désigner l’île entière. En revanche la question est de savoir s’il s’agit du duc de l’île de Corfou ou du duc d’une circonscription plus large dont Corfou serait la capitale. Nous avions déjà évoqué cette problématique pour un stratège de Corfou mentionné à la fin du 10e siècle. Et déjà l’hypothèse d’un petit thème de Corfou, détaché du grand thème de Céphalonie, nous avait paru la plus plausible. La mention par ailleurs d’un « kritès de Céphalonie » confirme cette hypothèse.
92Le premier duc de Crète pourrait bien être Michel Karantènos en 1093-1094167. En 1118 le katépan-duc de Crète en fonctions, Jean Helladikos, administrait les affaires de l’île, comme en témoigne un acte de jugement émanant de lui168 : un différend entre les villageois et un grand propriétaire à propos du détournement d’un cours d’eau par ce dernier, est porté en jugement devant un tribunal présidé par le katépan en personne. Nous pouvons citer quelques noms connus au cours du 12e siècle de ceux qui remplirent la fonction de duc de l’île : ainsi de la première moitié du 12e siècle date le sceau de Michel, katépan de Crète169. Un duc fort connu est Jean Straboromanos, dont on peut dater assez précisément le gouvernement : il était en effet duc de Crète sous le règne de Manuel I alors que Jean Axouchos était grand domestique170, ce qui le situe entre 1143 et 1149. Mais il était encore duc de Crète en 1162 (ou 1170), date à laquelle il confisqua aux Génois leurs marchandises171. On peut donc supposer soit un gouvernement très long, d’une quinzaine d’années (au moins entre 1149 et 1162), soit deux gouvernements, séparés par le gouvernement d’un autre personnage qui pourrait bien être Alexis Kontostephanos, neveu de Manuel I, attesté comme duc de Crète en 1167. Signalons que cet Alexis est le premier de la « dynastie » des Kontostephanoi au gouvernement de Crète. Nous pouvons citer en effet Étienne Kontostephanos attesté en février 1193 et Nicéphore Kontostephanos attesté, quant à lui, en novembre 1197172. Enfin nous avons mention d’un duc anonyme dit « dasmologos » sous le règne d’Andronic Comnène, c’est-à-dire entre 1183 et 1185 : il pourrait être identifié avec Constantin Doukas duc de l’île, selon des documents suspects (ce qui rend la chronologie de son gouvernement difficilement datable), en oct. 1184 et en septembre 1192 (ou 1182 ?)173. La date de 1192 doit être écartée du fait d’une succession alors trop rapide des derniers ducs de Crète à l’extrême fin du 12e siècle.
93Nous ne pouvons clore cette étude sur l’administration crétoise au 12e s. sans évoquer les liens qui unissaient le duc de Crète au praitôr de l’Hellade174 : ce dernier nommait vraisemblablement le duc de Crète (au moins au début du 12e s.). Si nous rappelons que le praitôr de l’Hellade était également le duc de la flotte à cette époque, nous trouvons peut-être ici l’explication de cette forme d’administration particulière. Les ducs insulaires relevaient vraisemblablement du duc de la flotte et praitôr de l’Hellade au milieu du 12e s.
94Nous avons déjà examiné comment se fit la promotion du duc de Chypre au début du 12e siècle. Nous nous contenterons donc de citer ici la succession des ducs de Chypre connus depuis la fin du 11e siècle jusqu’au moment où l’île fit sécession sous le gouvernement du dernier duc de Chypre, Isaac Comnène.
95Le premier duc de Chypre fut donc Eumathios Philokalès, nommé stratopédarque au lendemain de la reconquête par Byzance de l’île révoltée, alors que l’île avait encore un kritès pour s’occuper de l’administration proprement dite. En 1099 Eumathios Philokalès était cependant nommé duc de l’île sans que nous puissions savoir si, à cette date, il cumulait déjà les fonctions militaire et civile. C’est de ce premier gouvernement de Philokalès, comme duc de l’île, que daterait la fondation par lui du monastère Saint-Jean Chrysostome à Koutzovendi : dans l’inscription de fondation dudit monastère, il porte en effet le titre de « protonobellissimos » alors que durant son second gouvernement il était « sébaste », dignité qu’il portait depuis 1105. C’est entre ses deux gouvernements, entre 1099 et 1112, qu’il faudrait situer le gouvernement d’un autre duc célèbre, Constantin Euphorbènos Katakalôn, attesté en 1103. Lorsqu’en 1112 Eumathios Philokalès se retrouve duc de Chypre, il reçoit l’ordre d’approvisionner les chefs des Croisés de Syrie-Palestine en vaisseaux et en monnaies de toutes sortes : son activité s’étend donc à tous les domaines. Nous ne savons pas la durée exacte de ce second gouvernement de Philokalès. En tout cas, en 1118, il n’est plus duc de Chypre puisqu’il est mentionné à cette date comme « grand duc et praitôr de l’Hellade-Péloponnèse ». La carrière175 de ce personnage nous permet de constater que le gouvernement de l’île de Chypre à cette époque représentait une étape importante dans l’ascension sociale des fonctionnaires ; Chypre était donc un poste important.
96Manuel Boutoumitès176 fut-il duc de Chypre ? Cette hypothèse serait fondée sur le lien qui existe entre ce personnage et la fondation du monastère de Kykko. Un manuscrit tardif mentionne une lettre d’Alexis I au duc de Chypre, lui enjoignant de donner au moine Isaïe l’icône et l’argent, qui lui ont été envoyés, pour la fondation du monastère. Parmi les ducs connus de l’île, mentionnons ensuite Kamytzès, duc vers 1135 : Néophyte attribue à ce personnage la responsabilité de la famine qui s’est abattue sur l’île à cette date177. Peut-on identifier Kamytzès avec un certain Constantin, dont nous ignorons le nom de famille, duc de Chypre, selon une notice de manuscrit178, en mars 1136 ? En tout cas le décalage chronologique ne permet pas d’identifier ce Constantin avec Constantin Euphorbenos Katakalôn, duc de l’île en 1103. Un peu plus tard, vers 1155, nous trouvons Jean Comnène, fils du sebastocrator Andronic et neveu de Manuel I : il est mentionné comme défenseur de Chypre lors des incursions de Renaut de Chatillon, mais il fut fait prisonnier en cette occasion179. Lui succéda probablement Alexis Doukas, duc de Chypre en 1160. Nous trouvons ensuite Alexis Kasianos, qui fut nommé à ce poste vraisemblablement à la suite de son gouvernement en Cilicie. Si nous savons de source sûre qu’il était duc de l’île avant 1174, nous ignorons en revanche s’il exerça ses fonctions avant 1165-1172, date à laquelle se situe le gouvernement d’Andronic Synadènos, ou après180. Enfin, après 1174, mais avant 1184, figure Kyriakos181 ; il fut probablement le dernier duc de Chypre avant la sécession de l’île. Nous ne prétendons pas avoir donné la liste complète des ducs de l’île pendant le 12e siècle. D’ailleurs il faudrait y ajouter un certain Michel, magistre et katépan de Chypre et Elpidios Brachamios, curopalate et duc de Chypre : ces personnages, connus par leurs sceaux182, exercèrent les fonctions de gouverneurs de l’île à une date que nous ignorons. Cette liste nous permet cependant d’affirmer que les ducs de Chypre du 12e s. étaient des personnages connus et de famille illustre. D’ailleurs Isaac Comnène, qui fut certainement nommé duc de Chypre par le pouvoir de façon légale avant de déclarer qu’il s’en rendait indépendant, appartenait à la famille impériale, comme le duc Jean Comnène trois décennies plus tôt.
97Ainsi s’achève notre étude sur le duc de Chypre dont nous connaissons mieux qu’ailleurs les représentants. Ce personnage dirigeait l’ensemble des affaires civiles et militaires de l’île dans le cadre du thème de Chypre, circonscription administrative que recoupait sans aucun doute la circonscription fiscale de même nom. En revanche, Chypre faisait partie d’une circonscription douanière beaucoup plus large, comme en témoigne le sceau de Léon commerciaire de Chypre et d’Attalia, daté de la fin du 11e ou du 12e siècle183. Il faut d’ailleurs ajouter que sur le plan administratif, un regroupement de Chypre avec Attalia fut au moins envisagé par le gouvernement impérial. En effet en raison sans doute de la situation particulière de Chypre et de son ouverture sur les pays de Syrie-Palestine à partir de la fin du 11e siècle, l’administration des Comnènes a failli inclure Chypre dans un vaste complexe comprenant « la Cilicie et Antioche avec Attalia et Chypre »184. Ce projet ne fut pas réalisé, et Chypre est donc demeurée jusqu’en 1184 une circonscription thématique propre.
– L’extrême fin du 12e siècle et les problèmes suscités : le morcellement de l’administration insulaire et l’émiettement de l’aire insulaire byzantine.
98S’il est difficile, faute de sources appropriées, de connaître l’ensemble des circonscriptions insulaires à la fin du 12e s., il n’en demeure pas moins que l’impression générale est celle d’un extrême morcellement alors même que nombre d’îles échappaient de plus en plus au pouvoir impérial. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’il y ait eu une relation très étroite entre ces deux états de faits.
99Notre source principale est certainement le chrysobulle de 1198 qui énumère l’ensemble des provinces de l’Empire ouvertes au libre commerce des Vénitiens. Un second document d’appoint est la Partitio de 1204185. Nous constatons que dans l’un et l’autre documents les îles sont généralement citées à part, et ne sont comprises ni dans les provinces, ni dans les épisképseis, ni même dans les ressorts plus limités que constituaient les « horia ». Une exception de taille figure néanmoins dans le chrysobulle de 1198 pour l’île d’Eubée : cette île, en effet, est incluse dans la circonscription dite « horion de Thèbes et d’Euripos » qui faisait partie du thème d’Hellade-Péloponnèse186. Il est possible que d’autres îles proches de l’Eubée, non seulement les îles du Golfe Saronique, mais encore une bonne partie des îles dites aujourd’hui Cyclades, aient également appartenu à cette grande circonscription. Le chrysobulle de 1198 précise en effet que les Véniens pourront commercer librement dans « l’horion de Thèbes et d’Euripos avec les îles d’Andros et Karystos, Kéos, Milos et dans toutes les îles qui se trouvent au Sud d’Andros et Karystos ». Notons enfin dans la Partitio certaines lacunes d’ordre historique : rappelons en effet que dès 1202-1203 le centre de l’Eubée était occupé par Léon Sgouros et devint partie intégrante de sa principauté.
100Pour l’ensemble des autres îles de l’Egée, nous avons au contraire l’impression d’une administration morcellée et relativement autonome. Le chrysobulle de 1198 mentionne en effet successivement les îles micrasiatiques de Mitylène, Chios, Samos, Rhodes et Kôs : cette énumération des îles correspond bien à une suite de duchés autonomes. La Partitio reprend les termes du chrysobulle sans citer Rhodes qui se trouve, au moment de la rédaction de ce document, sous la poigne de Léon Gabalas. En revanche elle mentionne à part « Lemnos avec Skyros et les îles au-dessous d’Abydos », ce qui confirme l’hypothèse de l’appartenance de ces îles au thème de la Mer Egée pendant tout le 12e siècle.
101L’énumération successive des îles ioniennes laisserait supposer là encore l’existence de duchés autonomes : nous connaissons en tout cas l’existence d’un duc de Corfou, indépendant de celui de Céphalonie. Par ailleurs il faut rappeler que les îles de Céphalonie, Zante et Ithaque ne sont plus dans la mouvance de l’Empire à cette date : en 1194 en effet elles tombent sous la poigne de Maïo d’Orsini.
102Enfin le chrysobulle de 1198 cite le « Dodécanèse » entre l’horion de Thèbes et d’Euripos et les îles micrasiatiques. On constate ainsi qu’à la fin du 12e siècle, après les transformations administratives importantes d’Alexis I, puis de Manuel, cette circonscription appelée autrefois Iles Cyclades, était réduite à l’extrême : Naxos en était probablement la capitale187.
103L’extrême fin du 12e siècle est donc marquée à la fois par un émiettement de l’espace insulaire byzantin (dû à l’occupation temporaire ou prolongée de nombreuses îles par les Normands, les Génois ou les Vénitiens ; dû également à la sécession de Chypre, Rhodes et du centre de l’Eubée) et par un morcellement administratif extrême : toute île, ou presque, encore byzantine a un duc à sa tête. La seule exception importante reste, au moins jusqu’en 1202-1203, l’horion de Thèbes et d’Euripos. Mais là encore l’unité administrative est superficielle : en effet les personnages importants, représentants des grandes familles locales et désignés du titre « d’archontes possessionnés du thème » gouvernent sur place et réduisent sensiblement le poids de toute autorité supérieure.
104Chaque province insulaire était en effet divisée en circonscriptions plus petites qui portaient le nom de « tourmai ». Si nous ne pouvons, faute de document, étudier l’administration interne de chaque province insulaire, nous pouvons en revanche reconstituer de façon assez précise l’administration de la Crète qui aura donc valeur d’exemple.
– L’organisation administrative d’un thème insulaire : l’exemple de la Crète.
105Nous pouvons assez aisément reconstituer l’administration interne de la Crète à l’époque byzantine grâce à un document vénitien de 1212188. Si ce document cousacre la division de l’île en sestiers dans lesquels les Vénitiens furent établis selon leurs sestiers d’origine, il est clair que la répartition géo-administrative s’est effectuée en tenant compte de l’ancienne administration byzantine. Aussi l’énumération des sestiers qui groupent un certain nombre de « tourmai » également énumérées est du plus grand intérêt. Dans la mesure donc où les Vénitiens ont respecté les tourmai byzantines, nous connaissons exactement le nombre et la localisation des dites tourmai.
106A l’Est de l’île nous trouvons les tourmai de Siteia, Ierapétra et Lassithi. Pour la tourma de Mirambello qui n’est pas mentionnée dans toutes les copies du document vénitien, la question se pose de savoir si elle existait à époque byzantine. Si c’était le cas, elle devait en tout cas porter un nom différent.
107Dans la région sud-est de Chandax, nous trouvons le « kastron » Belvéder : le terme de kastron signifie qu’il s’agit d’une circonscription d’époque byzantine. Nous trouvons également mention des tourmai de Pediada et de Pessocunava.
108Dans la plaine de Messarea, notons les tourmai de Bonifatio (Monophatsi aujourd’hui), Kastelnuovo et Pyrgiotissa dite également Messarea. Or un document byzantin de février 1193 prouve que la région dite Messaria était effectivement divisée en « tourmai ». Une de ces tourmai, englobant Sillamos, était appelée « tourma du Nord de la Messaria »189.
109Dans la région de Réthymnon, le document vénitien fait état des tourmai d’Apanô Sybrito, de Milopotamos (Mylopotamos) et d’Aurion (Agrion). Or ces trois centres sont connus à époque byzantine comme centres ecclésiastiques. Il paraît clair que les circonscriptions administratives de l’île devaient très souvent recouper les circonscriptions ecclésiastiques : le centre de la tourma étant également siège épiscopal.
110Entre Réthymnon et Chania notons les tourmai de Katô Sybrito, Kalamôna et Psychro. Or un texte byzantin de 1196 nous donne les noms de Kalamnôn et de Psychro : le premier comme siège d’évêché, le second comme circonscription190. De plus un autre document de septembre 1027 mentionne très exactement la « tourma de Kalamônos »191. Ainsi nous constatons que les rares documents byzantins qui sont susceptibles de donner quelque information sur l’administration interne de la Crète coïncident parfaitement avec les données fournies par le document vénitien de 1212. D’autre part nous remarquons une fois de plus le recoupement des circonscriptions administratives avec les circonscriptions ecclésiastiques à l’intérieur de l’île de Crète.
111A l’Ouest enfin nous trouvons les tourmai de Chania, Kisamos et Arna, dite également Kouphos. Ces noms sont connus dans les documents byzantins à notre disposition, sans qu’il fût cependant précisé s’il s’agissait de centres de tourmai192. Notons cependant que l’évêché de Kisamos avait été transféré à Episkopi : qu’en était-il du centre administratif ?
112Dans le document vénitien de 1212, on ne trouve pas mention de la région même de Chandax qui a été donnée en toute propriété à la commune de Venise ainsi que le territoire autour de « Temalum »193. Or le castellum de « Temelum » ou « Temalum » mentionné en octobre 1211 n’est autre que le kastron de Temenos construit par Phokas194 et où la troupe vénitienne se cantonna en 1212 lors de la révolte grecque. Là encore on constate combien la réalité vénitienne de 1211-1212 était proche de la réalité byzantine : c’est l’ancien kastron byzantin qu’en 1211 les Vénitiens utilisent, faute de nouvelles constructions fortifiées à cette époque. Quant à la circonscription même de Chandax, c’était à l’époque byzantine la circonscription la plus densément peuplée de l’île, le centre économique et administratif le plus important. Là se trouvait la résidence du stratège, puis du duc. L’importance de cette circonscription par rapport aux autres en 1211-1212 est révélée par le fait que la Commune de Venise se l’approprie. A l’époque byzantine la ville et la circonscription, qui l’englobait, étaient appelées « kastron de Chandax »195.
113D’après le document vénitien de 1212, la Crète aurait été divisée en dix-huit tourmai, ce qui représente un encadrement administratif solide, proche d’ailleurs de ce qu’il est aujourd’hui (vingt éparchies). Nous n’avons pas de point de comparaison avec d’autres grandes îles, faute de document. Rappelons néanmoins que l’île de Naxos en 1052 était une « tourma », très vraisemblablement du thème des Iles Cyclades. De la même façon l’Eubée était divisée en un certain nombre de tourmai dont nous ne connaissons pas le nombre, mais dont nous savons qu’à leur tête se trouvaient à la fin du 12e siècle des archontes « thematikoi »196, l’archôn principal étant celui d’Euripos.
II. L’administration ecclésiastique.
114Le cadre formel de l’administration ecclésiastique est fourni par la suite des Notices dont la récente publication complète197 nous permet enfin de les situer chronologiquement et de distinguer celles qui peuvent être considérées comme des listes officielles (ainsi la notice 7 dite « Acte de Nicolas ») de celles qui se présentent comme des compilations hétérogènes dont la valeur historique est inégale. L’archaïsme de ces listes formelles empêche bien souvent le lecteur de saisir l’évolution de l’administration ecclésiastique pendant la période considérée. Aussi ces listes doivent-elles être perpétuellement confrontées à la réalité concrète qui, elle, est fournie par toutes les mentions d’évêques insulaires dans les listes conciliaires, les actes des patriarches ou les documents d’archives, ou encore par toutes les mentions sigillographiques. Nous nous heurtons ici au fait que ces mentions historiques sont éparses dans l’espace et dans le temps. De plus les sceaux sont souvent datés de façon imprécise, et les synodes et conciles ne réunissaient qu’exceptionnellement l’ensemble des évêques en fonctions. Pourtant, quoique les structures de l’administration ecclésiastique fussent plus rigides que celles de l’administration civile et militaire, nous n’en observons pas moins des transformations au cours de la période étudiée, transformations conditionnées par les bouleversements démographiques, économiques et sans doute politiques du monde insulaire byzantin. Il nous est alors apparu que seule une étude chronologique était possible : l’important étant certainement de bien situer les dates-clés où les grandes transformations se produisirent et d’en saisir la signification historique. Nous nous proposons donc d’étudier l’évolution de l’administration ecclésiastique insulaire depuis le 8e siècle jusqu’à la fin du 12e, d’examiner la répartition géographique de l’ensemble des circonscriptions et de comparer les données formelles aux informations concrètes.
1) De la fin du 7e siècle au début du 9e.
– La Crète.
115La Crète fait partie du vicariat de Thessalonique compris dans l’Illyricum oriental sous la dépendance du pape jusqu’en 733, date de son rattachement au patriarcat byzantin. Son statut est donc nouveau au début de l’époque étudiée. Nous ne savons pas ce qu’il advint de l’Église de Crète pendant l’Arabocratie. Si certains évêques continuèrent à assumer leurs fonctions dans l’île, tel n’était pas le cas du chef suprême de cette Église, exilé au Bosphore. Pendant toute la période étudiée, ce dernier fut tantôt appelé « métropolite », tantôt « episkopos », tantôt « archiepiscopos » ou « proèdros » de Gortyne ou de Crète198.
116Pour la liste des évêchés de Crète au 8e siècle, nous devons partir de la réalité concrète que nous fournit le Concile de Nicée en 787199. Nous distinguerons alors un état de l’Église de Crète antérieur à 787 et un état sûrement postérieur. La notice 2 nous fournit en effet une liste des sièges épiscopaux exactement conforme à la liste des villes de Crète énumérée dans le Synecdemos de Hieroclès200, avec cependant l’absence d’Einatos. Si nous considérons en revanche la liste donnée par la notice 3, dite liste « iconoclaste »201, nous constatons une réduction sensible des sièges d’évêchés par rapport à la liste du Synecdemos (11 évêchés au lieu de 21), les noms de deux nouveaux sièges (Ierapetra au lieu de Ierapydna, et Siteia). Elle présente ainsi une grande parenté avec la liste des évêques de Crète présents au Concile de Nicée, sans que pour autant les deux listes soient parfaitement identiques. Au Concile de Nicée ne figurent pas en effet les évêques de Ierapetra et de Siteia mentionnés dans la notice 3, alors que sont mentionnés au contraire les évêques d’Héracleion, de Phoinikè et de Klaudonèsos : rappelons que Phoinikè et Klaudonèsos étaient des villes mentionnées par Hieroclès. Dans la mesure où ces trois évêchés disparaissent des notices postérieures, il est vraisemblable que la notice 3 a été rédigée après le Concile de Nicée, à l’extrême fin du 8e siècle, ou au tout début du 9e 202. En revanche la notice 2, plus proche de la liste de Hieroclès que de la liste conciliaire de 787, est certainement antérieure à ce concile.
117Si nous considérons sur le plan géographique la liste des évêques présents à Nicée, nous constatons que les villes de l’Est de la Crète mentionnées par Hieroclès n’ont pas d’évêques présents en 787. Doit-on en conclure qu’il n’y a plus de siège épiscopal dans l’Est de la Crète et que par conséquent ces villes paléochrétiennes ne sont plus que de petits villages à l’époque considérée ? Nous abordons ici le problème de la réalité urbaine en Crète à la fin du 8e siècle, problème dont nous avons déjà parlé précédemment. La liste des évêques de Crète en 787 confirmerait ainsi l’hypothèse d’une décadence des villes crétoises et d’une dépopulation de l’île avant la conquête arabe. De plus nous ignorons, au vu de la titulature des évêques, si les sièges épiscopaux sont toujours situés dans les villes dont ils portent le nom ou s’ils ont déjà été transférés dans ces lieux-dits aujourd’hui « Episkopi » tout en gardant le titre ancien. Les vestiges monumentaux antérieurs à la conquête arabe, trouvés dans ces lieux-dits, militeraient en faveur d’un transfert dès le 8e siècle ou même avant. Nous savons en tout cas que l’évêché d’Aradènos a été transféré à une époque très reculée au lieu-dit Phoinikè (l’évêque de Phoinikè est présent au Concile de Nicée) puisque la notice 2 précise bien « Phoinikès ètoi Ariadnès »203.
– Les Iles Cyclades.
118Les notices depuis le 7e siècle jusqu’au milieu du 9e (soit les notices 1, 2, 3) 204donnent de l’éparchie des Iles Cyclades et de sa métropole Rhodes un statut et un cadre géographique identiques avec onze suffragants, soit les îles de Samos, Chios, Kôs, Naxos, Théra, Paros, Léros, Andros, Tinos, Milos et Amorgos (Pissynè). Ainsi l’éparchie des Iles Cyclades est bien réduite par rapport à la liste des îles comprises dans l’éparchie des Iles de Hieroclès205. Elle est amputée en particulier des îles du Nord de l’Egée (Lesbos, Ténédos). De plus certaines îles mentionnées dans le Synecdemos ne sont plus assez importantes désormais pour mériter un évêché, ainsi les îles de Siphnos, Ios ou Astypalaia. En revanche une nouvelle île-évêché apparaît, celle de Léros qui n’était pas recensée dans le Synecdemos. Pourtant, en considérant le ressort géographique de l’éparchie des Iles Cyclades, on est étonné de constater une grande similitude entre les limites occidentales de cette éparchie et celles de l’éparchie des Iles du Synecdemos. Ainsi Kéa qui était mentionnée par Hieroclès dans la province d’Hellade-Achaïe, ne ressort pas de l’éparchie des Iles Cyclades, mais reste citée dans le cadre de l’éparchie d’Hellade par la notice 3 206 : il faut préciser que c’est la seule mention connue de Kéa dans l’ensemble des notices étudiées jusqu’à la fin du 12e siècle. De même Skyros qui était mentionnée par Hieroclès dans la province d’Achaïe, ne ressort pas davantage de l’éparchie ecclésiastique des Iles Cyclades207. Enfin Karpathos est mentionnée comme archevêché autocéphale208.
119De l’ensemble des évêchés de cette éparchie, six seulement assistèrent au concile de Nicée : ceux de Chios, Samos, Léros, Milos, Andros et Tinos, sans compter bien sûr le métropolite209. Il manquait donc un certain nombre d’évêques, en particulier ceux de Naxos, Paros, Théra et Amorgos. Il est possible qu’ils ne se soient pas dérangés à cette occasion, mais il est possible aussi qu’à la fin du 8e siècle certaines de ces îles connaissent déjà une profonde régression démographique, ainsi Paros, Amorgos ou Théra.
– Les sièges archiépiscopaux de Mitylène et de Méthymne.
120Pendant la période étudiée, Mitylène et Méthymne ont le statut d’archevêchés autocéphales210. Les deux archevêques sont présents au concile de Nicée211. Par ailleurs nous connaissons une série d’archevêques de Mitylène pour la première moitié du 9e siècle (outre un certain Christodule connu par son sceau, qui a vraisemblablement exercé ses fonctions à la fin du 7e s. ou au cours du 8e 212) : mentionnons donc dans l’ordre un certain Georges archevêque de Mitylène avant 813, puis un certain Léon archevêque de 813 à 820 et enfin un autre Georges, archevêque en 843213.
– L’archevêque d’Egine.
121C’est un des derniers sièges d’archevêchés mentionnés dans la notice 2 : il aurait donc été créé au cours du 8e siècle, ou au plus tard dans le premier quart du 9e 214. Notons d’ailleurs qu’en 787, date du Concile de Nicée, Egine est encore évêché suffragant de Corinthe215. Nous possédons également le sceau d’un certain « Théodore évêque d’Egine », daté du 9e siècle216. Egine, promue au rang d’archevêché, faisait partie de l’éparchie d’Hellade. Se pose alors la question de savoir comment l’île d’Egine a pu bénéficier de cette promotion au moment même où l’île était ravagée par de continuels raids arabes.
– L’île de Chypre.
122Il est tout à fait naturel que l’île de Chypre ne figure pas dans une grande partie des Notices, puisque depuis 488 l’île de Chypre est constituée en église autocéphale et ne relève théoriquement que de l’autorité impériale217. La notice 3, dite notice iconoclaste, en fait néanmoins mention dans la mesure où Chypre était représentée au concile de Nicée à partir duquel cette notice fut en grande partie rédigée218. Elle donne malgré tout une liste très formelle des évêchés de Chypre et elle s’inspire largement du Synecdemos 219. Pourtant, en plus de Leukousia qui ne figure que dans les manuscrits tardifs du Synecdemos 220, la notice 3 ajoute Neapolis. En revanche elle omet Kirboia qui figurait dans le Synecdemos. Si l’on considère maintenant la liste des évêques de Chypre présents au concile de Nicée, on constate d’abord qu’ils ne sont pas nombreux. Y assistent en effet le métropolite et les évêques de Soloi, Kythraia, Kition, Trimithonte et Amathonte221. On constate également que ne figure aucun évêque de la partie occidentale de l’île, ce qui s’explique, selon nous, par le statut particulier de l’île à cette date. Il faut en effet rappeler la division « géographique » de l’île entre byzantins et musulmans : « Ces derniers nommaient un gouverneur militaire et un juge civil ; ils avaient la haute main sur les chrétiens vivant dans leur circonscription, si bien que les chrétiens étaient scindés en deux groupes »222. La partie byzantine était administrativement autonome et avait une Église qui fonctionnait normalement. La partie musulmane au contraire ne comportait sans doute pas d’évêchés. D’autre part il n’est pas exclu que les villes que nous savons prospères pour l’époque paléochrétienne, soient tombées dans un profond déclin ou soient abandonnées, comme en témoigne l’exemple de Paphos. Au contraire notons l’activité des évêques de Kônstantia et de Kition ainsi que des villes du même nom encore à cette époque223. Il faut noter enfin que Chypre ne connut pas de transfert généralisé d’évêchés, comme en connut l’île de Crète à la même époque.
– Les autres îles.
123Les îles ioniennes, les îles dites Sporades aujourd’hui, les Cyclades occidentales, l’Eubée ne sont pas mentionnées dans les notiecs 1 et 2, et ne figurent dans la notice 3 que dans un cadre formel, recopié vraisemblablement des anciennes listes du 4e s. ou de la liste civile qu’est le Synecdemos : ainsi Skiathos et Skopélos sont intégrées dans l’éparchie de Thessalie, Cythère dans celle du Péloponnèse, Céphalonie, Corfou, Porthmos, Oréos et Zakynthos dans celle de l’Epire224. Or il est bien évident que ces cadres ne correspondent plus à rien. La notice 3 ne les a cités que par un souci évident de reclasser des évêchés qui jusqu’en 733 échappaient à la juridiction du patriarcat byzantin. L’ensemble de ces évêchés, inclus jusque-là dans l’Illyricum dépendant de Rome, étaient pour la plupart suffragants de Corinthe (Corfou dépendait quant à lui de Nicopolis). En 787, lors du concile de Nicée, certains de ces évêchés sont représentés : citons dans l’ordre l’évêque de Porthmos, celui d’Oréos, celui de Céphalonie, celui de Corfou, celui de Zakinthos et enfin celui de Lemnos225 qui était également compris dans l’Illyricum jusqu’en 733226. Excepté ce dernier, nous constatons que ne figure au Concile aucun évêque des îles nord-égéennes. La comparaison par ailleurs de la liste des évêques insulaires donnée par la notice 3 avec celle du Concile de Nicée nous permet de vérifier que la notice 3 reflète une certaine réalité : elle mentionne en effet l’évêché d’Oréos dont le représentant est mentionné pour la première fois à Nicée.
124Ainsi le 8e siècle apparaît capital dans la géographie ecclésiastique du monde insulaire byzantin. Avant 733 la juridiction du patriarche était amputée de toute la partie occidentale de la Mer Egée ainsi que des îles ioniennes. Aussi les notices ecclésiastiques et les conciles de cette période ne mentionnent que les îles situées à l’Est d’une frontière, qui fut définie à la fin du 4e siècle et qui apparaît en fait comme une limite théorique « en dehors de l’histoire »227. A partir de 733, c’est-à-dire au début de la période étudiée, l’ensemble des îles byzantines sont réintégrées au patriarcat. Aussi nous n’aurons pas à nous interroger sur les conséquences auxquelles aurait pu aboutir la dissociation entre l’administration ecclésiastique et la réalité historique. Nous avons rappelé simplement ces données dans la mesure où elles éclairent les premiers renseignements fournis par les notices ecclésiastiques.
125L’étude de l’administration ecclésiastique insulaire contribue à étayer certaines de nos hypothèses aussi bien sur le dépeuplement de certaines îles à cette époque (du 7e au milieu du 9e siècle) que sur la délimitation des circonscriptions administratives civiles et militaires.
126Nous constatons en effet que les îles qui sont représentées à Nicée sont justement les îles qui n’ont jamais été complètement dépeuplées, même si elles ont subi un déclin démographique. Et d’ailleurs nombre d’entre elles témoignent, dès le milieu du 9e siècle, d’une reprise démographique. En revanche l’absence des évêques des îles nord-égéennes ne paraît pas entièrement fortuite : ces îles sont vraisemblablement désertes à cette époque. Lemnos constitue ici une exception : son évêque, présent au Concile de Nicée, témoigne que l’île est bien habitée à la fin du 8e siècle. De la même façon la notice de la fin du 8e siècle aussi bien que la liste des évêques de Crète donnée par le Concile de Nicée témoigneraient d’une certaine décadence, dès cette époque, des villes de Crète, et en particulier des villes de l’Est de la Crète : ne sont mentionnées en effet ni Bienna, ni Allyngos, ni Lyktos, ni Kamara, ni Ierapydna.
127L’étude de l’administration ecclésiastique contribue également à éclaircir le problème de la délimitation des circonscriptions civiles et militaires de la même époque. Nous avons vu en effet que la nouvelle circonscription dite Dodécanèse empruntait beaucoup à la circonscription ecclésiastique existante, dite Iles Cyclades. Et même si les deux cadres administratifs évoluèrent différemment, on peut penser qu’il y eut au cours des siècles un jeu d’influences réciproques. En témoigne pour le début du 10e siècle le rattachement à l’éparchie d’Hellade de l’île d’Andros qui, jusque-là, dépendait de celle des Iles Cyclades228. Ce transfert correspond en effet, sur le plan civil, au rattachement de l’île d’Andros au thème de l’Hellade, dès la disparition du drongaire du Dodécanèse, lors de la refonte administrative du milieu du 9e siècle. Cet exemple, qui anticipe sur l’étude de la période suivante, révèle l’adaptation de l’administration ecclésiastique à l’administration civile.
2) L’Église insulaire aux 9e-10e siècles.
128Les deux sources essentielles pour l’étude de l’administration ecclésiastique aux 9e-10e siècles sont d’une part les conciles de 869 et de 878229, et d’autre part l’Acte de Nicolas I (901-907) dit encore Notice 7. L’Acte de Nicolas I est une notice qui a été promulguée, ce qui constitue un phénomène unique dans l’histoire des notices ecclésiastiques230. Aussi nous pouvons tirer de cette liste des renseignements aussi concrets et historiques que ceux fournis pour la même période par les conciles ou les sceaux d’évêques. Dans la mesure donc où la notice 7 se présente comme une « taxis » officielle, il nous a semblé utile de fixer pour cette période les cadres ecclésiastiques des îles étudiées (tout au moins de celles qui sont sous domination byzantine) et de mentionner pour chaque diocèse les évêques connus. Après cette étude de l’administration ecclésiastique proprement dite, il nous semble également intéressant de considérer quelle contribution apportent les données ecclésiastiques à l’histoire démographique insulaire.
– Les cadres de l’administration ecclésiastique insulaire.
L’éparchie des Iles Cyclades.
129La notice 7 mentionne Rhodes comme métropole avec dix évêchés suffragants231 : ceux de Samos, Chios, Kôs, Naxos, Théra, Pissynè (Amorgos), Paros, Léros, Tinos, Milos. Manque donc l’évêché d’Andros qui a été détaché de l’éparchie des Iles Cyclades et rattaché à celle de l’Hellade232. Ce transfert a été effectué entre le milieu du 9e siècle et 901-907. Outre l’influence du cadre politique sur l’administration ecclésiastique dont témoigne cet exemple, nous constatons que la répartition des îles égéennes dans l’espace économique, politique ou administratif, était bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Une partie des îles dites Cyclades aujourd’hui, au Sud de Syros, Mykonos et Délos, était bien plus ouverte sur l’Asie que sur la Grèce. L’histoire de ces îles était alors liée à celle des îles micrasiatiques.
130Au cours du 10e siècle des évêchés nouveaux apparaissent dans le Sud-Est de l’Egée, ainsi Nisyros et Astypalaia mentionnées dans la notice 4. Cependant si la rédaction de cette notice est très proche chronologiquement du concile de 869, un seul manuscrit daté du 9e-10e s. mentionne ces deux nouveaux évêchés insulaires233. Ne pourrait-on pas alors dater ce manuscrit du cours du 10e s. ou même de la fin du 10e s. dans la mesure où la notice 7 de 901-907 n’enregistre pas ces deux créations d’évêchés qui, du point de vue historique, se situeraient mieux après la reconquête de la Crète ?
131En ce qui concerne les titulaires des différents évêchés des Iles Cyclades, mentionnons d’abord une suite de métropolites de Rhodes bien connus pour le 9e siècle : ils furent d’ailleurs présents aux deux conciles de 869 et 878234. Pour l’île de Chios nous n’avons aucune mention d’évêque pour cette période. Il en est de même de quelques autres îles, en particulier Tinos, Naxos, Paros, Milos, Théra et Léros. En revanche notons que Samos et Kôs ont des représentants connus dont l’un d’ailleurs assistait au concile de 878235.
L’éparchie de Mitylène.
132La promotion de Mitylène au rang de métropole est enregistrée dans la notice 7 avec ses cinq suffragants : Eressos, Strongylè, Ténédos, Berbinon et Perperinè236. On a pu cerner d’assez près la chronologie de cette promotion grâce aux lettres de Photius adressées au métropolite de Mitylène, sûrement antérieures à la seconde déposition du patriarche, donc antérieures à 886237. La création de la nouvelle province ecclésiastique se situe environ entre 850 et 880. Parmi les représentants de l’archevêché, puis de la métropole de Mitylène, nous connaissons en particulier ceux qui sont mentionnés dans la Vie des Saints de Mitylène du 9e s. : Léon, l’archevêque iconoclaste qui a sévi sous l’empereur du même nom, avait une terrible réputation238. Mentionnons également un certain Michel qui assista au concile de 878239. Nous n’avons aucun nom des évêques suffragants pendant cette période. Certains de ces évêchés nous restent inconnus en ce qui concerne leur localisation géographique, notamment ceux de Berbinon et de Perperinè : il s’agit peut-être d’évêchés situés sur la côte asiatique en face de l’île. Pourtant il n’est pas exclu qu’il s’agisse de localités situées dans l’île même : c’est le cas en effet de Strongylè que l’on a cherché vainement jusqu’à présent sur la côte asiatique et qui se trouve être une localité de l’île où l’on a récemment fait d’importantes trouvailles monétaires. L’histoire de l’évêché de Ténédos nous reste inconnue entre le 5e s. où il était rattaché à la métropole de Rhodes240 et le début du 10e s., date où il se retrouve suffragant de Mitylène. En tout cas il n’est pas mentionné dans les notices des 7e, 8e et 9e siècles.
Les îles ou les villes insulaires intégrées aux éparchies d’Hellade et du Péloponnèse.
133Le caractère officiel que revêtit l’Acte de Nicolas I était surtout dû au besoin pressant de reclasser dans l’ordre de préséance les évêchés occidentaux qui revinrent en 733 sous l’obédience du patriarche. Ainsi les îles qui dépendaient autrefois de l’Illyricum oriental et qui avaient été mentionnées dans la notice 3 à travers des cadres recopiés du Synecdemos, sont ici pour la première fois cités dans leurs cadres réels.
134Céphalonie et Zakynthos sont des évêchés suffragants de Corinthe241. On a la mention de leurs représentants au moins dans l’un des deux conciles de la fin du 9e siècle242.
135Les évêchés insulaires dépendant d’Athènes, métropole de l’éparchie d’Hellade créée autour de l’an 800243 sont ceux d’Eubée (Oréos, Karystos, Porthmos, Aulôn et Euripos), d’Andros (détachée de l’éparchie des Iles Cyclades), de Syros et de Skyros. Les évêques de Porthmos et d’Oréos étaient présents au concile de Nicée et sont de ce fait déjà mentionnés dans la notice 3. La ville de Karystos était quant à elle mentionnée dans le Synecdemos. Aulôn se trouve ici mentionné pour la première fois, et la ville-évêché d’Euripos est représentée pour la première fois au concile de 869244 : le Synecdemos citait en effet la ville de Chalcis, ville antique et paléochrétienne qui disparaît après le 6e siècle245. Notons que l’évêché d’Euripos est protothronos de la métropole d’Athènes dans la notice 7. Enfin si l’évêché de Skyros est tout naturellement rattaché à l’éparchie d’Hellade (suivant en cela le sort des évêchés insulaires de cette région après leur réintégration au sein du patriarcat), notons en revanche que l’évêché de Syros est mentionné ici pour la première fois et que l’île de Syros n’était pas citée dans le Synecdemos. Le rattachement de Syros à l’éparchie d’Hellade, avec celui d’Andros, témoignent de cette frontière administrative que nous avons antérieurement définie sur une ligne passant au Sud de Syros, Mykonos et Délos, entre les circonscriptions de l’Hellade et des Cyclades.
Les archevêchés autocéphales du Nord de l’Egée (Lemnos, Méthymne), des îles ioniennes (Corfou, Leukas), d’Egine et de Karpathos.
136Nous avons déjà rencontré les archevêchés de Méthymne et d’Egine, le premier créé vraisemblablement au milieu du 7e siècle246, le second à la fin du 8e s. ou au tout début du 9e. L’île de Lemnos, quant à elle, avait jusqu’en 733 un évêque soumis à l’obédience du pape et, à ce titre, n’était pas mentionnée dans les notices ecclésiastiques. On ne sait quand cet évêché fut promu au rang d’archevêché qu’il détient dans la notice 7 et qu’il gardera jusqu’au 14e siècle247. Cette date se situe en tout cas entre 733 et la date de la rédaction de la notice 7, soit 901-907. En ce qui concerne Corfou, rappelons qu’avant 733 c’était également un simple évêché intégré dans la province de l’Illyricum sous la dépendance juridique du pape et que la première mention de sa promotion au rang d’archevêché est celle de la notice 7248. Sa place à la fin de la liste des archevêchés tendrait à prouver que cette promotion est récente. Les origines du diocèse de Leukas ne sont pas connues : l’archevêché apparaît dans les listes ecclésiastiques à partir de l’Acte de Nicolas 249.
137Ainsi l’Acte de Nicolas I ou notice 7 permet de cerner assez exactement la géographie ecclésiastique insulaire, tout au moins en ce qui concerne les îles métropoles ou évêchés. Il en va en effet différemment des îles qui ne sont sièges ni d’une métropole, ni d’un archevêché, ni d’un évêché. Nous ne savons absolument pas à quelle circonscription ces îles étaient rattachées. Tel est le cas des îles de Skopélos et de Skiathos, de celles de Samothrace et de Thasos. Et nous retrouvons d’ailleurs exactement les mêmes zones d’incertitude que celles que nous avions en étudiant la géographie civile et militaire de la même époque. En revanche nous avons vu quelle contribution importante l’étude de l’administration ecclésiastique pouvait apporter à celle de l’administration civile, et nous avons constaté que l’on ne peut dissocier complètement les deux types d’administration. On constate cependant qu’avec le temps les deux administrations tendent à se différencier. Alors que le système thématique en effet représente une coupure complète avec l’administration justinienne, il est certain que l’administration ecclésiastique ne s’en détache que progressivement. Mais il serait faux de dire que cette administration reste figée. En effet si elle n’est pas sensible aux contraintes militaires qui imposèrent par exemple un système de défense original à l’époque, en intégrant îles et côtes dans de vastes thèmes « maritimes », l’administration ecclésiastique fut néanmoins obligée de réintégrer l’ensemble des évêchés qui jusqu’en 733 faisaient partie de l’Illyricum et elle ne reprit pas alors l’ancien système. Elle trouva de nouveaux cadres plus adaptés aux circonscriptions civiles. D’autre part elle dut également s’adapter aux transformations démographiques et économiques de chaque région et créer des évêchés là où il n’y en avait pas, si besoin était. Nous abordons là le second grand intérêt que présente l’étude de l’administration ecclésiastique dans la mesure où elle peut refléter les grandes tendances démographiques de la période considérée.
– Tendances économiques et démographiques du monde insulaire étudié : l’administration ecclésiastique reflète une réalité concrète.
138La confrontation des diverses données ecclésiastiques avec l’ensemble des données historiques nous amènent à quelques remarques sur la vitalité économique et démographique du monde insulaire étudié.
139Tout d’abord nous constatons que certaines îles n’ont pas d’évêché : il s’agit des îles du Nord de l’Egée, en particulier Thasos, Samothrace, Imbros, des Sporades, excepté Skyros, ainsi que de certaines cyclades occidentales et de Cythère. Or d’autres témoignages nous avaient conduit à supposer que ces îles avaient subi un important déclin démographique, et avaient été parfois désertées. En revanche la promotion de Lemnos au rang d’archevêché et la mention d’évêques de l’île aux 9e-10e s. prouvent que Lemnos ne dut pas subir à cette époque un déclin démographique aussi important que l’absence de toute autre information ou de tout vestige archéologique aurait laissé croire. Il en est de même de l’île de Skyros dont on a une mention d’évêque en fonction en 895250 : cette île était donc relativement bien peuplée à la fin du 9e siècle.
140L’ensemble des données ecclésiastiques confirment l’hypothèse d’une reprise de la croissance démographique dans certaines îles au début du 9e siècle, en particulier dans les grandes îles d’Eubée et de Rhodes, mais aussi dans les îles moyennes de Mitylène et de Samos. Ces îles ont en effet une suite d’évêques tout au long des 9e et 10e siècles, mis à part l’île de Samos pour laquelle il n’existe qu’une seule mention d’évêque au début du 9e siècle. De plus les mentions de l’évêque d’Oréos au concile de Nicée, de celui d’Euripos au concile de 869 et de celui d’Aulôn dans la notice 7 témoignent d’une exceptionnelle vitalité urbaine de l’Eubée (il s’agit en effet de trois nouveaux évêchés) et sans aucun doute d’une croissance démographique importante de l’île dès la fin du 8e siècle et au cours du 9e. Il n’est d’ailleurs pas inintéressant de comparer les tendances démographiques assez proches de l’Eubée et d’Athènes251.
141T’ès peu de renseignements concernent les îles ioniennes à cette époque, et pourtant le nombre relativement important d’évêques connus252 prouve que ces îles étaient plus peuplées que ne le laisserait croire l’absence de tout monument pendant cette période. Certes la fonction militaire de ces îles dès le 8e siècle empêchait de formuler l’hypothèse d’un dépeuplement important. Nous avons affaire à un groupe d’îles dont l’étude démographique et économique pour cette période se révèle faussée par l’absence de toute information autre qu’administrative.
142Si l’ensemble des Cyclades et des îles micrasiatiques sont bien pourvues d’évêchés (comme en témoignent la notice 7 et la notice 4 qui en ajoute deux), l’absence continue de certains de leurs titulaires aux différents conciles, combinée à l’absence de toute autre mention, en particulier sigillographique, confirmerait l’hypothèse du dépeuplement de nombreuses îles. Citons en particulier Milos, Théra, Léros et même Chios. Néanmoins il faut rester prudent. Si en effet le témoignage d’évêques en fonctions dans certaines îles à une date donnée infirme l’idée d’un dépeuplement de ces îles, l’absence en revanche de mention d’évêque pendant une période peut être fortuite. Ainsi la richesse monumentale de Naxos aux 9e-10e siècles dément toute hypothèse de dépeuplement de l’île à cette époque. En revanche la présence, au contraire de ce que l’on attendait, d’évêques en fonctions à Egine et à Andros semble prouver que ces îles n’ont pas été désertées. Pour l’île d’Egine en particulier, les mentions d’évêques, aussi bien au début du 9e siècle qu’en 878, contredisent les témoignages hagiographiques qui mentionnent que l’île fut désertée du fait des incursions arabes à cette époque. Il faut alors supposer ou bien que l’évêque d’Egine, réfugié à Athènes ou ailleurs, continuait à être nominalement titulaire de sa chaire et à représenter l’île dans les divers conciles, ce qui était chose courante à Byzance, ou bien que l’île n’a pas été réellement désertée, ou bien encore que l’île n’est restée inhabitée qu’une courte période. Si la première hypothèse est la plus séduisante, il n’est pourtant pas exclu qu’après une courte période pendant laquelle l’île fut abandonnée, elle ait été repeuplée. L’archéologie n’apporte pas non plus de témoignage concluant, si ce n’est qu’elle militerait plutôt en faveur d’une désertion des habitants d’Egine, sans doute temporaire. La mention de l’archevêque de Karpathos au concile de 878 est également digne d’intérêt. En effet nous n’avons aucun témoignage de l’activité de l’île ou de ses habitants pendant toute cette période. La mention de l’archevêque de Karpathos253 prouverait, s’il résidait bien dans l’île, que malgré la proximité de la menace arabe, Karpathos ne fut pas désertée : rappelons d’ailleurs qu’en 961 seuls les marins de Karpathos connaissaient l’itinéraire pour la Crète254.
143Si la liste des évêques en fonctions aux 9e-10e siècles ne modifie pas dans ses grandes lignes le tableau démographique des îles que nous avons tenté d’établir pour cette période, elle incite pourtant à une certaine prudence. Il faut nous défier quelque peu des hagiographes qui dans leur zèle n’hésitent pas à tronquer la réalité. Il en est de même d’ailleurs des chroniqueurs qui parlent d’une désertification complète des îles de l’Egée avant la reconquête de Phokas. Si les uns et les autres expriment une part de vérité, la réalité semble néanmoins beaucoup plus complexe, et le témoignage fourni par les mentions d’évêques insulaires en fonctions le confirme. Cependant, mis à part les conciles précisément datés, les autres mentions d’évêques sont le plus souvent données par les sceaux qui sont difficilement datables à quelques dizaines d’années près. Or il faut avouer que pour certaines îles les sceaux d’évêques sont les seuls indices qui nous permettent de savoir si l’île était habitée ou non. Nous considérons donc que les mentions d’évêques insulaires sont extrêmement utiles pour nuancer une étude démographique fondée sur d’autres types de sources, mais que les unes et les autres restent des objets d’étude imparfaits et inadaptés : on les utilise faute de mieux. Pourtant il est vrai que l’étude de l’administration ecclésiastique apporte une information concrète autant qu’un aperçu des cadres formels auxquels les îles étaient intégrées. Pour en terminer avec l’Église insulaire des 9e-10e siècles, il convient d’évoquer Chypre, dont nous avons mentionné les sièges épiscopaux à la fin du 8e siècle. La succession des archevêques de l’île a été bien étudiée255 et nous n’y reviendrons pas. En revanche notons la destruction de la ville de Chytroi par les Arabes sous les yeux de son évêque Dèmètrianos256. Il faut donc désormais rayer de la carte des villes de Chypre celle de Chytroi.
3) L’Église insulaire de la fin du 10e siècle à la fin du 12e.
144A la fin du 10e siècle, le cadre de notre étude sur l’administration ecclésiastique insulaire s’élargit, non seulement avec la reconquête de l’île de Crète, mais aussi parce que cette période coïncide avec un développement économique et démographique des îles byzantines. L’ensemble des îles byzantines apparaît alors bien peuplé, excepté quelques îlots dont le milieu ne permet d’établissement humain permanent. Par conséquent les mentions des évêques de telle ou telle île ne présentent plus le même intérêt pour l’étude de la démographie insulaire, car nous disposons pour cette époque de nombreuses sources plus précises et détaillées. D’ailleurs il n’y a plus de grand concile comparable aux conciles de l’époque antérieure : aussi une des sources les plus importantes au regard de cette étude disparaît. En revanche l’existence de notices rédigées à cette époque, la multiplication des sceaux d’évêques ou de métropolites et les mentions de plus en plus nombreuses d’évêques dans les documents d’archives nous permettent d’analyser en détails les circonscriptions ecclésiastiques insulaires. Cette étude nous conduira tout naturellement à dépasser le cadre ecclésiastique et à poser des problématiques historiques. Il faudra en particulier noter les villes-évêchés qui ont disparu, celles qui, au contraire, sont apparues à la place des anciennes. Il conviendra également de mettre en relief toutes les créations d’évêchés et toutes les promotions d’évêchés ou d’archevêchés au rang de métropoles car les unes et les autres suggèrent un accroissement démographique des îles concernées.
Les grandes transformations de la fin du 10e siècle.
145Nos sources formelles sont les notices 8, 9 et 10 datées toutes les trois du 10e siècle257, mais dont certaines informations concernant les îles étudiées doivent plutôt être datées de la fin du 10e siècle ou même du 11e siècle. Ces listes sont en effet des compilations hétérogènes à partir de plusieurs manuscrits qui remontent à des dates diverses258. En ce qui concerne notre étude nous dirons, pour simplifier, que notre exposé donne l’état des cadres ecclésiastiques à la fin du 10e siècle et au début du 11e.
146Si l’on passe en revue les différentes circonscriptions insulaires, on constate que certaines d’entre elles sont à la fin du 10e siècle semblables à ce qu’elles étaient au tout début du 10e. Il s’agit des évêchés insulaires suffragants de la métropole de Corinthe (Céphalonie et Zakynthos), des îles ou des villes insulaires suffragants d’Athènes (Euripos, Andros, Oréos, Skyros, Karystos, Porthmos, Aulôn et Syros), et de l’éparchie de Mitylène (suffragants : Eressos, Strongylè, Ténédos, Berbinon et Perpérinè)259. En revanche les deux éparchies de Crète et des Iles Cyclades se sont profondément modifiées, la première en comparaison de ce qu’elle était avant la conquête arabe (le dernier état est donné par la notice 3 de la fin du 8e siècle ou du début du 9e), la seconde en comparaison de ce qu’elle était au début du 10e siècle (Acte de Nicolas I).
147La métropole de Rhodes a en effet acquis quatre nouveaux suffragants : Ikaria, Astypalaia, Nisyros et Kalymnos (dite Tracheia)260. Nous avions noté que déjà la notice 4 (datée du 9e-10e s.) donnait les noms de Nisyros et d’Astypalaia. Mais nous avions supposé que le seul manuscrit concerné (manuscrit B) daterait plutôt de la fin du 10e siècle au vu des circonstances historiques. Il nous semble en effet que les nouvelles créations d’évêchés s’inscriraient davantage dans la période qui suivit la reconquête de la Crète que dans la période antérieure qui fut marquée par une série de raids et d’occupations temporaires des îles de l’Egée aboutissant fréquemment à un dépeuplement de ces îles. D’ailleurs il est démontré que le passage de la notice 9 concernant l’ajout des trois évêchés de Nisyros, Ikaria et Astypalaia provient d’une copie du 11e siècle et décrit donc un état de l’Église insulaire de cette époque. Enfin la notice 7, document digne de foi puisqu’il s’agit d’un acte officiel, ne mentionne que 10 évêchés suffragants de Rhodes. Ceci dit, il est certain que dès la reconquête byzantine de l’île de Crète, la reprise économique et démographique des îles du Sud-Est égéen se fit sentir. Et nous pouvons dater ces nouvelles créations d’évêchés insulaires de l’extrême fin du 10e siècle ou du début du 11e. Nous noterons enfin que ni Kalymnos, ni Ikaria, ni Nisyros n’étaient mentionnées dans le Synecdemos de Hieroclès : il est certain que ces îles acquièrent donc une importance qu’elles n’avaient jamais connue, même en plein 6e siècle où pourtant de nombreuses basiliques paléochrétiennes témoignaient de leur vitalité et de leur prospérité. L’essor démographique des îles de l’Egée à la fin du 10e siècle et au début du 11e est donc un point tout à fait remarquable. En revanche Astypalaia mentionnée, elle, dans le Synecdemos retrouve à la fin du 10e siècle une vitalité démographique et économique qu’elle avait perdue depuis plusieurs siècles.
148La notice 10 est extrêmement intéressante pour l’étude de la nouvelle organisation de l’Église de Crète au lendemain de la reconquête. Sous la dépendance de métropole de Gortyne se trouvent désormais les dix évêchés suivants261 :
Knôssos | Lampè |
Arkadia | Kydônia |
Cherronèsos | Iera |
Aulopotamos | Petra |
Agrion | Kisamos |
149La notice 10 diffère donc complètement des listes 1 et 2 qui recopiaient servilement les listes ecclésiastiques du 4e siècle ou même la liste civile de Hieroclès. Bien des villes paléochrétiennes avaient profondément décliné avant la conquête arabe jusqu’à disparaître parfois ou être réduites à l’état de bourgs ruraux. Elles n’avaient par conséquent plus d’évêché, et les listes du 7e et du début du 8e siècles ne reproduisent plus que des cadres formels qui n’ont pas grand chose à voir avec la réalité. Plus intéressante est la comparaison de la notice 10 avec la notice 3 qui, nous l’avons vu, est assez conforme à la réalité de la fin du 8e siècle. Ainsi l’Église de Crète qui fut démantelée par une occupation arabe d’un siècle et demi, présente à la fin du 10e siècle et au début du 11e un visage nouveau auquel d’ailleurs ne furent pas indifférentes les missions de Nikon et de Jean Xénos. Cette analyse comparée des deux notices nous permet de voir quelles furent les grandes transformations de la réalité urbaine entre la fin du 8e s. et le début du 11e. Nous ferons appel, pour l’étude de chaque cas, aux renseignements tirés de l’ensemble des sources à notre disposition.
150Nous constatons en premier lieu que certains sièges épiscopaux continuent d’être mentionnés, tel celui de la métropole de Gortyne (ce qui prouve que la ville n’a pas été détruite par les Arabes et qu’elle assura une sorte de pérennité aux cadres administratifs, aussi bien ecclésiatique que civil lors de la reconquête byzantine), tels ceux des évêchés d’Arkadia, de Chersonèsos, de Lampè, de Kydônia, de Knôssos et de Kisamos. Quant à l’évêché de Iera que l’on peut identifier à celui de Ierapetra donné par la notice 3, il faut remarquer a transformation de la dénomination du diocèse qui implique certainement une modification du cadre géographique dudit diocèse. D’ailleurs de manière générale il est certain que de nombreux sièges de ces évêchés paléochrétiens que l’on retrouve à la fin du 10e s., ont été transférés : l’évêché de Kydônia à Hagia, celui de Kisamos à Episkopi Kisamou, celui de Chersonèsos à Piskopiano, celui d’Arkadia à Mikra Episkopi. En ce qui concerne l’évêché de Knôssos, il semble qu’au cours de la seconde période byzantine il se produisit un amalgame entre cet évêché et la nouvelle métropole de Chandax. Primitivement, au moins jusqu’en 787, existaient, comme en témoigne la liste des évêques du Concile de Nicée, un évêque d’Héracleion et un évêque de Knôssos262. La mention d’un évêque d’Héracleioupolis en 787 prouve qu’au lieu même où fut construite la Chandax arabe, il y avait une polis qui avait rang d’évêché263. Beaucoup plus tard, en 1192, un document est authentifié par un certain Paul « évêque de la ville de Knôssos, c’est-à-dire de Chandax »264. A cette époque il n’existe donc plus qu’un seul siège, celui de Chandax-Knôssos. Nous n’avons aucun renseignement pour le 11e siècle et il est vrai que la notice 10 ne nous éclaire guère. En effet elle mentionne Gortyne comme métropole et Knôssos comme évêché suffragant : nous ne pouvons savoir au vu de cette mention si au moment de la rédaction de la notice, Knôssos faisait déjà doublet avec Chandax. Notons enfin que si Knôssos était un centre urbain à l’époque paléochrétienne (la ville est mentionnée dans le Synecdemos et à ce titre avait rang d’évêché), assez tôt l’évêché fut transféré à Raukos (aujourd’hui Hg. Myrôn)265 où l’on trouve une église byzantine dite Hg. Myrôn qui a pris la succession d’une basilique paléochrétienne. Comme pour beaucoup de ces transferts d’évêchés de Crète, il se pourrait là encore que le transfert de l’évêché de Knôssos à Hg. Myrôn fût bien antérieur à la réorganisation de l’Église de Crète après la reconquête. La mention dans la notice 10 de Gortyne comme métropole nous conduit par ailleurs à évoquer de nouveau un sujet, fort débattu, celui de la localisation de la métropole de Crète pendant la seconde période byzantine. La notice 10 et d’autres témoignages de la période qui suivit juste la reconquête prouvent la pérennité de Gortyne comme ville (polis)266 et très vraisemblablement comme métropole. Rappelons en effet que la ville de Chandax a été détruite et rasée par Phokas, et transférée à Téménos, situé plus à l’intérieur. Cette situation artificielle ne dura pas, et, après quelque temps, les conditions exceptionnelles qui avaient fait de la Chandax arabe une capitale poussèrent les Crétois à reconstruire la ville, à s’y établir et à en refaire une capitale et une métropole : c’est alors que Gortyne déjà en déclin fut définitivement abandonnée. En 1118 un document prouve qu’à cette date Chandax était bien la métropole de Crète267. Ainsi nous constatons une fois de plus que les questions de sièges épiscopaux ou métropolitains soulèvent le problème de l’existence des villes et c’est en cela qu’elles offrent le plus grand intérêt à l’étude de la géographie historique d’une région donnée.
151La localisation de l’évêché de Lampè, après la reconquête et avant son transfert définitif à Kalamôn, reste incertaine. En effet l’évêché de Lampè a-t-il été reconstruit à la place où il se trouvait ou pendant la première période byzantine, c’est-à-dire à Lappa Lampè près de l’actuel village d’Argyroupolis, ou bien fut-il rétabli dans l’actuel village de Lampini (éparchie d’Hg. Basileios) où se trouve une église byzantine à coupole datant du 14e s.268 ?
152Les nouveaux évêchés mentionnés dans la notice 10 sont ceux d’Aulopotamos, d’Agrion et Petra. Deux hypothèses ont été formulées sur l’historique des deux évêchés269 d’Agrion et d’Aulopotamou. Selon la première, l’évêché d’Agrion a pris la succession de l’évêché d’Eleutherna, et l’évêché d’Aulopotamou, celle d’Axos. L’argument le plus valable de cette hypothèse est géographique : il était en effet logique de supposer que l’évêché d’Eleutherna avait été transféré à Beran Episkopi (Agrion), et celui d’Axos à Episkopi d’Aulopotamos. Or c’est justement la solution inverse qui a été adoptée par d’autres spécialistes. Moins logique si l’on s’en tient à la géographie, elle est néanmoins corroborée par la publication récente des notices ecclésiastiques. Une notice du 12e s. en effet, la notice 13, mentionne expressément l’équivalence (ètoi) Eleutherna-Mylopotamos270. Cette mention prouve donc que c’est l’évêché de Mylopotamos (ou d’Aulopotamos271) qui a pris la succession de celui d’Eleutherna, tandis que celui d’Agrion succède à celui d’Axos.
153Le nouvel évêché de Petra fut constitué à partir de régions détachées de l’ancien évêché de Ierapetra (aujourd’hui le Lassithi et l’éparchie de Mirambello) et de Siteia : en effet son siège fut d’abord situé dans la ville antique de Petra dont il tire le nom (lieu-dit actuel Liopetra ou Liopetro, qui est la simplification du nom ancien Palaiopetra, situé au Nord du village Chamezi de Siteia). Il est difficile de savoir, au vu des notices, si l’ancien évêché de Siteia subsista ou s’il fut englobé dans le nouvel évêché de Petra : les deux évêchés ne sont en effet jamais mentionnés en même temps. Rappelons néanmoins que Siteia était une création récente (fin 8e s.).
154Si l’étude de la notice 10 ne nous donne, à elle seule, aucun renseignement concret, elle nous a permis pourtant de progresser dans la connaissance de la réalité ecclésiastique et urbaine de l’époque envisagée. Elle nous a incité à prendre en considération d’autres sources, aussi bien administratives, littéraires qu’archéologiques, pour tenter de saisir les grandes transformations de la Crète byzantine. Et elle nous a également interdit de raccourcir l’histoire de certaines villes, comme celle de Gortyne par exemple. En ce qui concerne l’administration ecclésiastique proprement dite, nous avons pu cerner le nombre des évêchés, la nouvelle dénomination et la nouvelle localisation de nombre d’entre eux.
155Notons enfin l’absence dans la notice 10 (comme dans les notices postérieures) du siège épiscopal de Soubritos mentionné dans la notice 3 à la fin du 8e s. ou au début du 9e. Or le « Synodikon de Sybrita » prouve l’existence de cet évêché pendant toute la période byzantine. Cette question a été l’objet d’un si grand débat qu’il convient d’en rappeler quelques points.
156Le Synodikon de Sybrita 272porte tout d’abord le nom de « Souaret » et non celui de « Sybrita » ni celui de « Soubritos », mais l’identification ne pose aucun problème : il s’agit bien de l’évêché de Soubritos connu de toutes les listes ecclésiastiques jusqu’à la fin du 8e ou le début du 9e siècle. Il faut d’abord s’interroger sur la localisation du siège de l’évêché de Souaret pendant la seconde période byzantine. A-t-il succédé à l’ancien évêché de Soubritos au lieu même où ce dernier avait son siège, c’est-à-dire au centre de la Crète, au lieu-dit aujourd’hui Thronos Amariou, ou bien a-t-il été transféré ailleurs ? La seconde hypothèse a été retenue dans la mesure où l’on ne trouve pas de témoignage monumental de l’époque mésobyzantine à Sybritos et où la région paraît avoir été occupée et incendiée par les Arabes273. Par ailleurs on ne trouve plus mention de Soubritos dans les notices ecclésiastiques, comme nous l’avons dit, et se pose alors la question de sa dénomination à l’époque mésobyzantine. Une fois de plus l’archéologie nous vient en aide. On a trouvé en effet à Beran Episkopi une inscription antique avec le nom de « Sybritiôn »274, ce qui établit un lien entre le nouvel évêché d’Agrion et l’évêché de Soubritos inconnu de toutes les sources de l’époque, excepté de celle que constitue le Synodikon de Sybrita. Si l’on retient donc la solution d’un transfert de l’évêché de Soubritos à Beran Episkopi, l’évêché d’Agrion aurait donc succédé à la fois à l’évêché d’Axos et à celui de Soubritos. Pourtant on aurait tort de négliger les monnaies découvertes dans la basilique de Bizari d’Amari qui prouveraient que la région était encore habitée à l’époque étudiée et qui n’excluent donc pas l’existence, encore au 11e siècle, d’un évêché de Souaret situé à Sybritos ou dans les environs. D’ailleurs l’analyse d’un document vénitien de 1212 (qui reprend en fait les cadres de l’ancienne administration byzantine)275 nous conduit à reconnaître l’existence de deux tourmai portant le nom de « Sybritos ». L’une autour de Spili est dite « Katô Sybrito », l’autre autour de Thronos Amariou est dite « Apanô Sybritô ». Si l’on suppose une certaine conformité des éparchies ecclésiastiques avec les circonscriptions civiles et militaires, on peut concevoir un évêché de Sybritôn comprenant l’aire géographique approximative des deux tourmai susdites. Il semble en effet qu’en Crète tout au moins un diocèse coïncidait avec deux tourmai réunies : il y a dix-huit tourmai citées dans le document vénitien de 1212, et il n’y a que dix évêchés mentionnés dans les listes ecclésiastiques des 11e-12e siècles. Notons en dernier lieu la disparition dans la notice 10 de Kantanos, omission que reprend une des traditions manuscrites de la notice 13. Si la notice 3 avait déjà enregistré la disparition de certains évêchés de l’Ouest de la Crète, et notamment celui de Phoinikè représenté à Nicée, la notice 10 semble consacrer le déclin de la Crète occidentale après la reconquête byzantine.
157Ainsi à la fin du 10e siècle et au début du 11e de grandes transformations ecclésiastiques touchent l’île de Crète et l’éparchie des Iles Cyclades. Il nous semble qu’elles sont loin de relever du hasard. Pour la Crète, il s’agissait de reconstruire une église démantelée après un siècle et demi d’occupation arabe, en tenant compte des nouvelles réalités démographiques, économiques et administratives : c’est ainsi que nous comprenons la multiplication des transferts d’évêchés (dont certains ont pu être néanmoins antérieurs à la conquête arabe) et les nouvelles dénominations des diocèses qui se sont imposées à l’époque byzantine. De la même façon nous constatons d’importantes modifications à l’intérieur de l’éparchie des Iles Cyclades au lendemain de la reconquête. Là encore la création de nouveaux évêchés correspondait à un accroissement démographique et à un essor économique dans nombre d’îles, une fois écartée la menace permanente des raids et des occupations arabes. Il nous reste maintenant à considérer quelles furent les grandes transformations qui marquèrent l’Église insulaire de la fin du 11e siècle à la fin du 12e.
L’Église insulaire de la fin du 11e s. à la fin du 12e s.
158La confrontation des notices datées de la fin du 11e s. et du 12e s. (notices 11, 12, 13 et même l’Opuscule de Nil Doxopatrès dont le contenu historique est discutable) avec l’ensemble des témoignages tirés d’autres sources nous amène à considérer l’importance du dynamisme de l’Église insulaire au cours de cette période. On note d’abord et surtout la promotion d’archevêchés ou même d’évêchés au rang de métropoles, mais on constate également quelques créations d’évêchés (sans doute moins nombreuses qu’à la fin du 10e s. et au début du 11e) dans les autres éparchies. Les nouvelles métropoles et les nouveaux évêchés se créent en particulier dans les régions, qui avaient peu évolué depuis le début du 10e siècle, en particulier dans les îles du Nord de l’Egée.
159Une fois de plus, nous sommes conduits à entrevoir, sous ces créations épiscopales nouvelles, l’essor démographique et l’expansion économique de la région concernée.
– Les nouvelles métropoles.
160La promotion de Corfou au rang de métropole a été diversement datée276. Elle est enregistrée dans les notices 11 et 12 ainsi que dans l’Opuscule de Nil où il est précisé qu’elle ne comporte pas d’évêché suffragant277. Le métropolite de Corfou est par ailleurs cité pour la première fois dans une lettre de Basile de Calabre à Nicolas III de nov.-déc. 1089 pour une histoire remontant à une année environ, soit 1088. Puis la métropole de Corfou est à nouveau mentionnée dans un jugement synodal en 1092278. Mais il est probable que la promotion de Corfou soit antérieure de dix à vingt ans comme le suggère le rang qui lui est assigné dans la notice 11. Le titre de syncelle attribué à un certain Basile, évêque de Corfou, sur un sceau daté de la seconde moitié du 11e siècle, illustre cette promotion279. Sous le règne d’Alexis I, la métropole de Corfou acquit l’éleutheria et l’immunité pour l’ensemble de ses biens. Sous Manuel I Comnène un nombre important de chrysobulles dotent l’Église de Corfou de parèques, maisons et autres biens. D’autres dispositions impériales concernant la métropole de Corfou furent prises, mais nous n’en connaissons pas le contenu. Par la suite plusieurs actes de l’empereur Isaac Ange confirmèrent l’ensemble des chrysobulles antérieurs en faveur de la métropole de Corfou, ainsi que toute autre disposition concernant ses biens ou son immunité judiciaire280.
161L’érection de Méthymne au rang de métropole peut être précisément datée entre 1072 et 1082281. D’autre part Méthymne est, avec Paronaxia, la seule métropole dont le titulaire fut gratifié du titre de « proèdre des protosyncelles » en 1084-1085282. La métropole de Méthymne, mentionnée dans les notices 11 et 12, était comme Corfou dépourvue de suffragant283.
162La métropole de Paronaxia fut créée sur ordre patriarcal et impérial284 en mai 1083 en détachant les îles de Paros et de Naxos de la métropole de Rhodes. Nous connaissons par ailleurs l’existence d’une requête du métropolite de Paronaxia à Alexis I, entre mai 1083 et 1087, mais dont le contenu reste inconnu. En 1087 en tout cas nous avons mention d’un chrysobulle (de confirmation ?) adressé au métropolite de Paronaxia285. Le métropolite de Paronaxia était à cette date gratifié du titre de « proèdre des protosyncelles ». Cette nouvelle métropole, mentionnée dans les notices 11 et 12, n’avait pas d’évêché suffragant286. Nous ne savons si la circonscription de Paronaxia comprenait d’autres îles (qui n’étaient pas sièges d’évêchés, comme Siphnos, Milos ou Ios) ou bien si elle était proprement réduite aux deux îles de Paros et Naxos.
163La création des trois nouvelles métropoles insulaires de Corfou, Méthymne et Paronaxia dans la seconde moitié du 11e siècle révèle sans aucun doute l’adaptation de l’administration ecclésiastique aux nouvelles réalités insulaires, et en particulier à l’accroissement démographique du monde insulaire étudié depuis la fin du 10e siècle. Elle correspond à « l’âge d’or insulaire », à la période privilégiée de la paix maritime, à la multiplication des échanges commerciaux, à l’épanouissement nouveau des villes insulaires. Parallèlement d’ailleurs à ces promotions d’évêchés ou d’archevêchés au rang de métropoles, nous assistons à des créations nouvelles d’évêchés insulaires aussi bien dans les îles Cyclades dépendant de l’éparchie d’Hellade que dans celles de Mitylène ou de Crète.
– Transformations des anciennes éparchies.
La métropole d’Athènes.
164Alors que la notice 13 donne un nombre d’évêchés insulaires inchangés pour la métropole d’Athènes287, l’Opuscule de Nil ajoute (au moins dans certains manuscrits dont nous ignorons la date288) l’évêché double de Kéos et Thermia (Kythnos)289. De plus à la place de l’évêché simple de Syra, il mentionne l’évêché double de Syra et Sériphos. Si l’on admet que ces mentions reflètent un état historique contemporain de Nil, trois cyclades auraient donc acquis au milieu du 12e siècle rang d’évêché : Kéos, Kythnos et Sériphos. Or de ces îles avant le 12e siècle, on ne sait pratiquement rien depuis l’époque paléochrétienne. Nous avons même supposé qu’elles furent désertées dès la fin du 7e siècle ou au cours du 8e, et qu’elles le restèrent jusqu’à la fin du 10e siècle. Leur promotion ecclésiastique au cours du 12e siècle signifierait que ces îles étaient alors bien peuplées, ce que confirment par ailleurs d’autres témoignages.
165On doit noter l’importance de plus en plus considérable de l’évêque d’Euripos en Eubée, importance qui, notons-le, coïncide avec le développement de la ville d’Euripos, de sa population et de son économie au cours du 12e siècle... à tel point qu’en 1185-1186 le métropolite d’Athènes doit aller lui-même à Euripos régler un différent qui oppose l’évêque de cette ville, Balsam, à Euthyme Malakès, métropolite de Néopatras290. L’évêque d’Euripos ne s’était pas rendu en effet à la convocation du métropolite d’Athènes.
166Quoique non mentionné par les diverses notices des 11e-12e siècles, l’évêché de Skopélos est pourtant attesté au 11e s. Il est en effet mentionné pour la première fois en 1016 dans un document d’archive qui semble d’ailleurs l’assimiler à l’évêque de Skyros291. Skyros est régulièrement mentionné dans les notices comme évêché suffragant d’Athènes : nous aurions donc affaire en 1016 à un évêché double de Skyros-Skopélos. Par ailleurs une inscription de 1078 mentionne un certain Anastase, évêque de Skopélos, qui aurait fait construire plusieurs églises dans l’île où il siégeait. Au-delà des questions de prestige, cette activité monumentale pouvait être suscitée par un important essor démographique de l’île de Skopélos à cette époque. La question de l’aire géographique de ce diocèse concerne également l’île de Skiathos où l’on a trouvé une inscription de la même date mentionnant l’évêque Anastase292. Or cette inscription, trouvée non loin du tombeau de l’évêque, est certainement l’inscription funéraire de l’évêque de Skopélos, preuve que Skiathos était comprise dans le diocèse de Skopélos. A partir de ces indices, on a supposé une fusion des deux évêchés de Skiathos et de Skopélos après 1078293. Pour l’époque concernée, c’est-à-dire, jusqu’à la fin du 12e siècle, non seulement cette fusion nous paraît plus qu’hypothétique, mais encore l’existence d’un évêché de Skiathos est incertaine. Nous n’avons en effet trouvé nulle part la mention d’un évêché de Skiathos, si ce n’est dans la notice 3 (fin 8e-début 9e siècles) qui recopie à cet endroit le Synecdemos ou des listes ecclésiastiques très antérieures, sans aucun souci de la réalité. Pour conclure, nous dirons donc qu’un document d’archive de 1016 suggère l’existence d’un évêché double de Skyros-Skopélos, et qu’une inscription de 1078 mentionne l’évêque de Skopélos qui a vraisemblablement dans son ressort l’île de Skiathos.
167Difficile à interpréter est la mention de Kosmas moine, « proèdre de Mykonos », sur un sceau trouvé en Eubée, et daté du 10e-11e siècle294. Se pose alors la question de l’existence de l’évêché de Mykonos à cette date (ou un peu plus tard, compte tenu de la datation imprécise des sceaux) et de l’éparchie dont il ressort. Rappelons à cet égard que Mykonos est mentionné dans le Synecdemos comme faisant partie de l’éparchie d’Hellade295. Aussi il n’est pas impossible qu’un nouvel évêché de Mykonos, créé au 11e-12e siècle, fût suffragant de la métropole d’Athènes. En témoignerait d’ailleurs le lieu où ce sceau du proèdre de Mykonos fut découvert. Une autre hypothèse ferait de Mykonos un évêché suffragant de Rhodes, que la situation géographique de l’île, au Sud de Tinos (évêché suffragant de Rhodes), rendrait plausible. Mais il faut noter que la liste « corrigée » des évêchés suffragants de Rhodes, après la création de la métropole de Paronaxia, ne le mentionne pas.
168Rappelons, au terme de cette étude sur les nouveaux évêchés insulaires dépendant de la métropole d’Athènes, qu’à la fin du 12e siècle l’île d’Egine, autrefois archevêché autocéphale, est administrée directement par le métropolite d’Athènes296. Cela signifie-t-il que l’archevêché n’existe plus, et que l’île, devenue un repaire de corsaires au cours de la seconde moitié du 12e siècle, a perdu le rang important qu’elle avait acquis dès la fin du 8e s. ou l’extrême début du 9e ?
La métropole de Rhodes.
169Elle fut amputée de quelques îles qui firent partie de la nouvelle métropole de Paronaxia à partir de 1083. La notice 13 enregistre la radiation de Paros et de Naxos297. A part cela, elle donne une liste des évêchés suffragants de Rhodes inchangée par rapport à la notice 10 298 : l’éparchie des Iles Cyclades comprend donc au 12e siècle douze évêchés suffragants. Si nous n’avons guère d’autre source que les notices et les actes officiels de 1083 pour connaître la vie de ces évêchés à cette époque, un document d’archives nous apprend néanmoins que l’évêque d’Ikaria avait des revendications sur l’île de Patmos dans la première moitié du 12e siècle, alors que le statut particulier de l’île la reliait directement au patriarche299.
La métropole de Mitylène.
170La métropole de Mitylène aurait acquis, selon la notice 13, un évêché suffragant, celui de Iera ou « Gera » qui n’apparaît pas autrement cité jusqu’en 1261300. Ce lieu-dit, connu dans l’île, acquiert un évêque, ce qui témoigne de la prospérité de l’île à cette époque et en particulier de son essor démographique.
L’Église de Crète.
171La notice 13 est extrêmement utile pour l’étude de l’Église de Crète au 12e siècle. Par ailleurs elle confirme certaines de nos hypothèses concernant les nouveaux évêchés de l’époque antérieure. La liste des évêchés de Crète de la notice 13 est en fait double. Il s’agit en effet de deux listes appartenant à deux familles de manuscrits (AS et M) qui ont des traditions différentes, la première suivant la notice 10, la seconde plus proche de la notice 3 301. Les deux listes des évêchés de Crète de la notice 13 s’avèrent alors extrêmement précieuses lorsqu’on les compare à leurs modèles respectifs. Les variantes en effet de la notice 13 par rapport aux listes anciennes permettent de suivre l’évolution des évêchés de Crète, évolution si difficile à saisir. Ainsi si nous comparons la première liste (AS) à la notice 10, nous enregistrons l’équivalence Mylopotamos-Aulopotamos, Kalamônos-Lampè, Hagia-Kydônia, Siteia-Petra302. La notice 13 confirme le transfert déjà envisagé de Kydônia à Hagia. L’équivalence Siteia-Petra est également digne d’intérêt dans la mesure où Siteia avait disparu des listes ecclésiastiques depuis la fin du 8e siècle. L’équivalence Mylopotamos-Aulopotamos ne nous surprend pas. Plus intéressante est en revanche l’équivalence dûment mentionnée entre Eleutherna et Mylopotamos dans la seconde liste (ms M). De la même façon nous constatons que ce manuscrit M de la notice 13 donne Arion à la place de Soubritos de la notice 3. Or l’archéologie nous avait justement suggéré cette identification d’Arion avec Soubritos, qui, seule, pouvait expliquer l’absence de la mention de l’évêché de Soubritos dans l’ensemble des listes ecclésiastiques, alors que le Synodikon du même évêché interdisait de remettre en question son existence pendant la seconde période byzantine. Notons également que dans le manuscrit M de la notice 13 Knôssos disparaît pour laisser place à Chandax. Or nous savons par d’autres sources qu’à la fin du 12e siècle il n’y avait plus qu’un seul diocèse « Knôssos-Chandax ». Si de façon tout à fait formelle M donne Gortyne comme métropole, en revanche AS ne mentionne plus Gortyne, mais « Krètè » qui pouvait désigner Chandax (et non l’île entière). Ainsi on comprend pourquoi AS ne mentionne pas Chandax comme évêché suffragant. Enfin nous constatons l’équivalence entre Kalamônos (mentionné pour la première fois dans AS) et Lampè de la notice 10. L’évêché de Kalamônos succède très certainement à l’évêché de Lampè. Cet évêché avait comme siège Megalè Episkopè : le siège aurait été transféré au cours du 11e siècle et aurait alors pris sa nouvelle dénomination. L’évêque de Kalamnôn mentionné en 1196303 doit être identifié avec l’évêque susdit de Kalamônos : en effet il est dit qu’un bien immeuble provenant des terres impériales, appelé Nèsi et sis dans la localité de Psychro304, a été revendiqué par l’évêque de Kalamnôn. Ce bien lui a finalement été attribué personnellement. Le texte insiste particulièrement sur le caractère personnel de la donation. Si l’on considère la géographie administrative de la région, on constate alors que la région de Psychro recouvrait la région d’Apokorônas305, région à l’Est de Chania, comprise entre le fleuve Kyliarès et le fleuve Mousélas, et qui comprend au Sud les premières hauteurs des Leuka Orè. L’évêché de Kalamnôn n’est donc autre que celui de Kalamônos dont le siège à l’époque considérée était situé à Mégalè Episkopè, à l’Ouest de Réthymnon. Et l’on comprend très bien comment l’évêque de Kalamônos-Kalamnôn pouvait revendiquer un bien sis dans sa circonscription, ou jouxtant sa circonscription.
172Si notre analyse a mis en relief, et à juste titre, l’importance de la notice 13 pour la connaissance de l’Eglise de Crète à l’époque considérée, en revanche l’Opuscule de Nil Doxopatrès, daté très précisément de 1142-1143, n’est en rien une œuvre originale et se contente, pour ce qui est de la Crète, de mentionner le nombre de ses suffragants306.
173Pour en finir avec la Crète, nous dirons simplement que la reconstruction de l’Église après la reconquête et sa progressive réorganisation aux 11e-12e siècles ont hissé la Crète du 50e au 30e rang des préséances307.
L’Église de Chypre.
174La notice 3 et le Concile de Nicée à la fin du 8e siècle témoignaient d’une relative stabilité des cadres de l’Église de Chypre par rapport aux villes mentionnées dans le Synecdemos. Il est intéressant de voir ce qu’est devenue l’Église de Chypre trois siècles après. Nous partirons pour cette étude de l’Appendice de la notice 10 qui donne deux listes des évêchés de Chypre, l’une vraisemblablement mise en circulation aux 11e-12e siècles, l’autre étant l’œuvre d’un compilateur du 13e-14e siècle308.
175Les deux listes semblent très formelles par rapport à la réalité historique des 11e-12e siècles. D’une part elles continuent de mentionner Kônstantia comme métropole : or l’archéologie montre que le site de Kônstantia était quasiment déserté et en ruines à cette époque. Il ne pouvait y avoir de siège épiscopal et encore moins métropolitain. Nous savons d’ailleurs qu’en fait la métropole fut transférée à Leukôsia. De plus Kythroi, qui continue d’être mentionné dans les deux listes, fut incendiée et complètement détruite par les Arabes en 911-912. L’hypothèse d’une reconstruction de la ville et d’un rétablissement du siège épiscopal à l’époque postérieure n’est attestée par aucune source. Ainsi les notices ecclésiastiques n’ont pas enregistré ces bouleversements comme elles n’ont pas enregistré les transferts de certains sièges, tel celui de Kourion à Episkopi ou celui de Karpasos à Rizokarpasso. Cependant on note que d’une manière générale l’Église de Chypre est restée assez stable depuis l’époque paléochrétienne jusqu’à la fin du 12e siècle. Ainsi nous savons que Kourion, Lapithos, Kition, Arsinoè, Tamassos, Kyrènia, Trimithos n’ont jamais été rayés de la carte réelle des évêchés, même si parfois le siège dut être transféré (Kourion) ou si la ville a subi un profond déclin (Trimithos). Et d’ailleurs ces cas de transfert d’évêché ou de déclin des villes restent des cas d’exception. Le plus souvent la ville paléochrétienne existe encore à l’époque byzantine, et la fin du 11e siècle marque même le début de sa nouvelle prospérité (exemples de Paphos, Tamassos ou Kyrénia) ; aussi garde-t-elle rang d’évêché. Notons que la liste la plus récente mentionne Némesos qui est une nouvelle ville chypriote attestée pour la première fois dans le De Thematibus, tandis que l’autre liste, du 11e-12e s., mentionne à la place Néapolis. L’identification Néapolis-Némesos, qui nous avait paru possible lors de l’étude du peuplement de l’île, serait donc probable au vu des deux listes de la notice 10. La note suivante qui accompagne la mention de Néapolis : « qui est située dans le golfe de Pamphylie » ne contredit pas cette hypothèse, car une petite notice annexe spécifie que le golfe de Pamphylie s’étend tout autour de l’île. La seule difficulté reste sans doute la date relativement haute de la naissance de la ville de Néapolis-Némesos, que l’on ne croyait guère antérieure au 10e siècle. Notons également que la liste du 11e-12e siècle omet Kourion, connu de la notice 3, et mentionne Kerbia inconnu de l’ensemble des notices. Le seul rapprochement que nous puissions faire est celui de Keramaia-Kirboia mentionné dans le Synecdemos 309. Enfin la liste du compilateur du 13e-14e siècle omet Karpasia, mais rajoute Kourion. Il est difficile de tirer quelque information historique des omissions de Kourion ou de Karpasos dans l’une ou l’autre liste. Il peut s’agir en effet simplement d’une erreur du copiste. Rappelons seulement que Kourion est toujours mentionné comme siège d’une circonscription (épiscopale ou fiscale) à la fin du 12e ou au cours du 13e siècle310, mais que nous n’avons aucune mention de Karpasos à l’époque byzantine, si ce n’est dans les notices ecclésiastiques. l’Opuscule de Nil Doxopatrès ne fournit aucune information utile : l’auteur se contente de recopier Georges de Chypre311.
176En conclusion nous constatons que la géographie ecclésiastique insulaire du 12e siècle est bien différente de ce qu’elle était au début du 8e. Les grandes étapes ont été d’abord le rattachement des provinces occidentales au patriarcat en 733, puis la constitution de l’éparchie d’Hellade et enfin une série de transformations qui ont bouleversé les cadres de l’Église insulaire du 8e au 12e siècle. Ainsi l’Église insulaire qui, au début du 8e siècle, était à peu près entièrement représentée par la grande éparchie des Iles Cyclades, héritière de l’éparchie justinienne des Iles, s’est non seulement accrue, mais encore divisée en plusieurs métropoles et répartie en de nombreuses circonscriptions. Désormais de plus en plus d’évêchés insulaires dépendent de la métropole d’Athènes ; la région de Mitylène, avec en particulier Ténédos, détachée de longue date de l’éparchie des Iles, constitue une métropole ; les îles ioniennes ont été soit rattachées à Corinthe, soit promues au rang d’archevêché (Leukas) ou de métropole (Corfou) ; de plus de nombreux archevêchés autocéphales ont été créés, tels ceux de Méthymne (avant d’être promue au rang de métropole), Egine, Karpathos, Leukas, Lemnoss… ; enfin l’un des derniers bouleversements qui fit de Paros et de Naxos une métropole acheva de transformer les cadres primitifs de l’Eglise insulaire. Ces transformations eurent des origines multiples. On doit évoquer des causes politiques (rattachement des provinces occidentales en 733), démographiques et économiques (créations d’archevêchés, puis promotion des évêchés ou archevêchés en métropoles). Nous avons évoqué tout au long de notre étude ces diverses causes. Mais il ne faudrait pas négliger non plus une nécessaire adaptation de l’administration ecclésiastique face aux transformations de l’administration civile et militaire. Si chacune des deux administrations eut sa propre évolution, néanmoins il y eut souvent corrélation et interaction de l’une à l’autre. Ce phénomène particulièrement sensible au niveau des petites circonscriptions (rappelons en particulier les étroites relations entre les tourmai et les diocèses de Crète) se reflète aussi au niveau des plus hautes. Nous avons examiné le cas de l’île d’Andros transférée dès le début du 10e siècle dans l’éparchie d’Hellade. Nous avons vu aussi, pour l’époque antérieure, la nécessaire corrélation à faire entre l’éparchie ecclésiastique des Iles Cyclades et la circonscription administrée par le drongaire du Dodécanèse. Nous avons vu également la promotion de Corfou au rang de thème à la fin du 10e siècle, et l’érection de l’archevêché de Corfou en métropole dans la seconde moitié du 11e siècle. Nous constatons enfin au 12e siècle le parallèlisme étroit entre la circonscription du Dodécanèse réduite à une peau de chagrin et la nouvelle métropole de Paronaxia. L’étude comparée des deux administrations nous a permis aussi de suivre la pérennité de cette frontière justinienne qui séparait l’éparchie des Iles de l’éparchie d’Achaïe (ou d’Hellade) et qui passait par une ligne coupant le monde cycladique en deux. Certes elle a pu être modifiée par le rattachement d’Andros et de Tinos à l’éparchie d’Hellade. Mais cette coupure du monde insulaire qui passe en pleine Mer Egée, et qui donne aux Cyclades du Nord une orientation européenne et aux Cyclades Sud une orientation asiatique, subsiste à travers les siècles et peut être considérée comme proprement « byzantine ». Elle est due en effet à l’emplacement de la capitale et à la géographie de l’Empire.
177Cependant la géographie des deux administrations civile et ecclésiastique est au 12e siècle bien différente de ce qu’elle était au 8e. Alors que les circonscriptions des deux administrations étaient assez proches à haute époque, elles se sont de plus en plus différenciées au cours de ces quatre siècles. Si l’évolution générale a été dans le sens de la division et de la multiplicité, l’administration civile et militaire a abouti à un véritable morcellement de l’autorité en chaque île qui constitua une circonscription thématique. L’administration ecclésiastique, quoiqu’elle fût de plus en plus divisée, garde toutefois quelques grands pôles : l’éparchie des Iles Cyclades avec dix évêchés, l’éparchie de Mitylène avec six évêchés. Ainsi l’administration ecclésiastique qui s’est modelée peu à peu sur l’administration civile et militaire par la force des contraintes démographiques, économiques et politiques, a gardé néanmoins, du fait de son caractère conservateur, quelque chose des cadres qui étaient les siens au 8e siècle. En revanche dans les multiples thèmes insulaires du 12e siècle, rien ne subsiste des éparchies justiniennes, alors que l’éparchie ecclésiastique des Iles Cyclades reste malgré tout l’héritière de l’éparchie des Iles du Synecdemos.
Tableau des métropolites, archevêques et évêques des îles de l’Empire connus du 10e au 12e siècle
Eparchie de Rhodes. | ||
Rhodes | 9e-10e s. Jean | Laurent, Corpus VI p. 529. |
997 Théodore | T.E Evangelides, Eκκηαία ρὀδου, EEBS 6,1929 pp. | |
1070-1100 Jean | Ibid ; Akolouthie de Christodule pp. 109-123 ; D. N. Cappuyns, Le Synodikon de l’Église de Rhodes au 13e s., | |
11e s. Syméon | Laurent, Corpus VI p. 530. | |
1147-1156 Nicéphore | Mansi 21 col. 705. | |
1156 Anonyme | T. E. Evangelidès, op. cit. | |
1166 Jean | Ibid. | |
Léon | PG 140 col. 238. | |
1173 Jacques | D. N. Cappuyns, op. cit. | |
Chios | 10e-11e s. Constantin | Laurent, Corpus VI p. 535 ; K. Amantos, lup-PoX^ eî ? TTJ’V μεααιωνική ἱατοἱαν τκκληαἱας τῆς χίου, SBN pp. 9-1. |
11e s. Nicolas | Laurent, Corpus VI p. 535. | |
1049 Anonyme | JGR I p. 633. | |
1173-1177 Michel | Grumel, Reg. n° 1134 ; 1126. | |
Samos | 11e s. Georges | Laurent, Corpus VI p. 533. |
Léros | 1158 Constantin | MM VI p. 113 = Actes de Patmos I p. 200. |
Ikaria | 1158 Anonyme | MM VI pp. 113-118. |
Paros | 10e-11e s. Constantin | Laurent, Corpus VI p. 538. Ibid. |
Eparchie d’Athènes. | ||
Euripos | 10e s. Loukas | Laurent, Corpus VI p. 455. |
943 Georges | Lequien, Or. Christ. II p. 214. | |
1001-1009, 1011 Anonyme | Corpus Codicum Astrologorum Graecorum V111 pp. 253-4. | |
1084 Anonyme | Rallès-Potlès 5 p. 57. | |
Liste des évêques d’Euripos | J. Gouillard, Le Synodikon de l’Orthodoxie TM II | |
du Synod. de l’Orthodoxie. | , | |
11e-12e s. Constantin | Laurent, Corpus VI p. 455. | |
1170 Anonyme (dit de Chalcis) | Grumel, Reg n° 1118. | |
1185-1186 Balsam | Michel Choniatès II pp. 26-30 ; Grumel, Reg n° 1164. | |
Oréos | 2nde moitié 10e s. Constantin | Laurent, Corpus VI p. 459. |
12e s. Michel | Laurent, Corpus VI p. 459. | |
Karystos | Fin 12e-début 13e s. Dèmètrios | Michel Choniatès II p. 206. |
Andros | 10e s. Léon | Laurent, Corpus VI p. 537. |
Skyros | Autour de 980-992 Anonyme, | |
dit évêque de Skopélos | Actes de Lavra I n° 1613, 2020,31. | |
1012-1016 Anonyme | Ibid, n° 2042. | |
Skopélos | 1078 Anastase | Réf. ch. 3 p. 228. |
Mykonos | 10e-11e s. Kosmas | BCH 86, 1962 p. 428. |
Entre 1086 et 1087 Michel | Ekk. Al. p. 447 = Dölger, Reg n° 1132. | |
1172 Constantin | Grumel, Reg n° 1125. | |
Eparchie de Mitylène. | 10e s. Thomas | Laurent, Corpus VI p. 575. |
Métropole | 2nde moitié 11e s. Jean | Ibid. pp. 575-576. |
1054 Constantin | PG 120 col 737. | |
1066 Anonyme | . | |
11e-12e s. Etienne | Laurent, Corpus VI p. 576. | |
1089-1092 Nicétas | V. Laurent, Le Synodikon de Sybrita et les métropolites de Crète aux 10e-13e s., EO 32, 1933 p. 400 ; Grumel, Reg | |
1166-1170 Pothos | PG 140 col. 238 ; Grumel, Reg n° 1111. | |
Fin 12e s. Constantin | Laurent, Corpus VI p. 577. | |
Eressos | 11e s. Basile | Ibid. p. 579. |
Ténédos | 11e s. Georges Chiotès | Ibid. p. 580 : L’évêque était probablement originaire de Chios. |
après 1072-1082 | 1084-1085 Nicéphore | Grégoire, Ins. d’As. p. 56 n° 163 ; N. A. Oikonomidès, |
Un décret synodal inédit du Patriarche Jean VIII Xiphilin REB 18 1960 p 68. | ||
1147 Georges | , , . | |
1166 Nicolas | . | |
1170-1171 Théodore | . | |
12e s. Michel | Laurent, Corpus VI p. 623. | |
après 1059-1063 | 1066 Jean | Kinnamos p. 257. |
2nde moit. 11e s.-avant 1082 Basile | Laurent, Corpus VI p. 619. | |
Sept. 1088 Anonyme sans doute le suivant 1092 Nicolas | voir ci-dessous. | |
1156-1157 Constantin | PG 140 col. 180 = Grumel, Reg n° 1041. | |
Zakynthos | 11e-12e s. Jean | Laurent, Corpus VI p. 435. |
Métropole | Fin 10e s. André | V. Laurent, Le Synodikon… EO 32, 1933 p. 399 ; N.B. |
Tomadakis, ’H àrajŒToXiKï] ’EKxLqaia rflç Korjxr|{ Kazà TOUS ai | ||
H’-II’’, EEBS 24, 1954 p. 76. | ||
Avant l’an 1000 Jean | V. Laurent, Le Synodikon… EO 32, 1933 pp. 396, 398 ; | |
Laurent, Corpus VI p. 466. | ||
Après l’an 1000 Jean | Ibid. | |
1027-1032 Etienne | Ibid. ; PG 119 col. 837 = Grumel, Reg n° 833 ; PG 119 | |
1030-Fin 11e s. | col. 844 = Grumel, Reg. n° 840. | |
Basile | ||
Nicétas | V. Laurent, Le Synodikon... EO 32, 1933 p. 400. | |
Autour de 1100 | ||
Jean | ||
Léon | ||
Michel | ||
Constantin | Ibid. | |
Avant 1095 ou vers 1120-1130 | Ibid ; N. B. Tomadakis, op. cit. pp. 77-78. | |
Elie | ||
Basile | ||
Constantin | ||
Nicolas | ||
1166-1172 Jean | V. Laurent, Le Synodikon... EO 32, 1933 p. 400 ; N.B. | |
Tomadakis, op. cit. p. 78 ; Grumel, Reg n° 1111 ; 1118 ; 1125. | ||
Manuel | V. Laurent, Le Synodikon... EO 32, 1933 p. 402. | |
Manuel Limas | Ibid. ; Laurent, Corpus VI pp. 467-468. | |
1192 Paul, évêque de Knôssos-Chandax | MM VI p. 99. | |
Knôssos | Fin 10e s. Constantin | Laurent, Corpus VI p. 469. |
1re moitié 11e s. Nicéphore | Ibid. pp. 469-470. | |
Arkadia | Fin 10e s. Georges | Ibid. p. 470. |
Archevêché de Lemnos. | Avant 925 Anonyme | Grumel, Reg n° 785. |
1027 Nicolas | PG 119 col. 837. | |
1054 Paul | PG 120 col. 748 ; Lequien Or. Christ. Il 953-954. | |
1066 Anonyme | , , | |
Entre 1084 et 1111 Pentacténès | . | |
11e-12e s. Basile | Laurent Corpus VI pp. 657-658. | |
1136 Michel | T-TH I p. 98. | |
1170 Théodore | Grumel, Reg n° 1111. | |
1172-1173 Constantin | Grumel, Reg n° 1125, 1126. | |
Fin 12e s. Léon | Laurent, Corpus VI p. 658. | |
Archevêché de Méthymn | ne. | |
Jusqu’en 1072-1082 | 11e s. Anonyme | Laurent, Corpus VI p. 647. |
Mil. 11e s. Philarète | Laurent Corpus VI p 648. | |
1072 Georges | , . | |
triarche Jean VIII Xiphilin, REB 18, 1960 p. 68. | ||
Archevêché de Corfou. | ||
Jusqu’en 1059-1063 | Vers 933 Arsène | Voir Chronologie et ch. 1 p. |
Fin 10e s. Kosmas | Laurent, Corpus VI p 673. | |
Fin 10e-début 11e s. | . | |
Théophane | Réf. ch. 3 sv Sts Jason et Sosipatre. | |
11e s. Anonyme | Laurent, Corpus VI p. 673. | |
Début 11e s. Jean | Ibid. p. 674. | |
mil 11e s. Anonymes | Laurent, Corpus VI pp. 675-676. | |
Archevêché de Leukas. | 968 Anonyme | Liutprand p. 35. |
2nde moit. 11e s. Jean | Laurent Corpus VI pp 659-660. | |
12e s. Michel | , . | |
Archevêché de | ||
Karpathos | 1170 Jean | Grumel, Reg n° 1111. |
1171 Anonyme | Ibid n° 1119. | |
Eglise de Chypre. | ||
Archevêques | 10e-11e s. Jean | |
Alexis | ||
Epiphane | ||
Nil | Laurent, Les Fastes pp. 156, 161. | |
Fin 11e s. Basile | Laurent, Les Fastes p. 156, 161 ; Laurent, Corpus VI | |
p. 311-312. | ||
Avant 1110 | ||
Nicolas Mouzalôn | Kinnamos p. 83 ; Mouzalôn pp. 109-150 ; Laurent, Les Fastes p. 62 ; mention de l’acte d’abdication : PG 119, col. 921 = Grumel, Reg n° 1035 Nota. | |
Entre 1110 et 1152 Théodoret | Laurent, Les Fastes p. 162. | |
Entre 1152 et la fin du 12e s. : | ||
Jean le Crétois | ||
Barnabè | ||
Sophrone | V. Laurent, La succession épiscopale des derniers archevêques grecs de Chypre, de Jean le Crétois (1152) à | |
Germain Pésimandros (1260), REB 7, 1949 pp. 33-35 ; | ||
Laurent, Corpus V2 pp. 313-314. | ||
Paphos | 10e-11e s. Arsène | Laurent, Corpus V2 p. 315. |
1160-1170 Basile Kinnamos | Typikon de Néophyte pp. 9, 24-26 ; Tsiknopoulos, | |
Kypriaka p. 116 ; Dolger, Reg n° 161. | ||
Kourion | Vers 1050 Michel | Le Quien, Or. Christ. II p. 1058 ; Darrouzès, Man. 1 |
p. 179. | ||
Tamassos | 1175 Nicétas Hagiostephanitès | MM V p. 396. |
Amathonte | Avant 1157-1169/1170 Jean | Entre 1157 et 1169/1170 Déposition de l’évêque d’Ama |
thonte Jean : Rhallès-Potlès III p. 324 ; acte patriar | ||
cal et synodal annulant la déposition de Jean, évêque | ||
d’Amathonte : Grumel, Reg n° 1097. |
Notes de bas de page
1 Ahrweiler, La Mer, pp. 11, 17, 20-21.
2 Oikonomidès, Listes pp. 45-47.
3 Ibid. p. 57 15 (Chypre), 53 5, 55 3 (Crète).
4 PG 102 col. 984-985.
5 843 : Oikonomidès, Listes p. 57 15 ; 877-878 (Staurakios « eparchôn de Chypre ») : PG 102 col. 984-985 ; 911-912 : De Cer p. 657.
6 Oikonomidès, Listes p. 26526.
7 Laurent, La Crète p. 183 sq. ; Zacos-Veglery n° 2001, 1782, 2645-2646.
8 Oikonomidès, Listes p. 49 18.
9 Ibid. pp. 53 5, 55 3.
10 Pour V. Laurent (Laurent, La Crète pp. 383-384) la mutation s’est faite entre 826 /827 et 843, date où fut rédigé le taktikon Usp., grâce à l’expédition de Théoktistos. Cette hypothèse est partagée par d’autres auteurs, cf. Papadopoulos, La Crète p. 42. Spyridakès, quant à lui, fait remonter la création du thème de Crète dans la première moitié du 8e siècle, cf. G. Spyridakès, EEBS 21, 1951, pp. 59-68. Il s’appuie notamment sur le passage de la Vie d’Etienne le Jeune où il est fait mention de Théophane Lardotyros appelé successivement « archisatrapès » de l’île, puis « stratègos ». Ce personnage pourrait être identifié à un certain « Stephanos stratège » mentionné par un sceau trouvé en Crète et daté du 7e-8e siècle.
11 Ahrweiler, La Mer pp. 25, 31.
12 PG 100, col. 1164. Mentionnons le sceau d’un « tourmarque de Crète » daté de la première moitié du 9e siècle, qui confirmerait l’hypothèse de l’existence d’un stratège de Crète avant la conquête arabe, cf. Zacos-Veglery n° 2059.
13 Th. Cont. pp. 76-77.
14 A. Pertusi, La Formation des Thèmes byzantins, Contribution au XIe Congrès Int. Byzantin, Munich 1958, p. 29.
15 DAI 22 10-15 ; c’est ainsi d’ailleurs que nous expliquons également la présence l’île d’un « dioikètès » à la fin du 8e siècle ou au début du 9e cf. Zacos-Veglery n° 1895, 2019.
16 Ahrweiler, La Mer p. 60.
17 Laurent, Orghidan p. 111 ; Schlumberger, Sig. p. 196.
18 Kouratôreia de Mélitène en 934 : Th. Cont., pp. 416-417 ; Kouratôreia de Mitylène en 1089 : Alexiade II p. 110.
19 Schlumberger, Mélanges p. 207 (Rhodes) ; Actes de Lavra p. 160 (Skyros) ; De Cer p. 657 (Euripos).
20 Pour l’ensemble des références concernant l’archôn d’une ville, voir Ahrweiler, La Mer pp. 57-59 ; même auteur, Fonctionnaires pp. 239-246.
21 De Cer p. 657.
22 Oikonomidès, Listes p. 53 19.
23 Ahrweiler, La Mer pp. 73-75, 80.
24 Ahrweiler, La Mer p. 75.
25 Pour toute la bibliographie et les hypothèses concernant le Kolpos, voir E. Schilbach, Byzantinische Metrologische Quellen, Dusseldorf 1970 p. 158.
26 L’expression même d’« Aigaios Kolpos » dans la Vie d’Athanase (Vie d’Athanase, Vie A, p. 8) paraît désigner la Propontide puisqu’Athanase et le stratège de la Mer Egée quittent la capitale, dépassent les îles du Kolpos Egéen et débarquent enfin à Lemnos.
27 Théophane p. 454 : Théophylacte Rangabé, drongaire du Dodécanèse ; sceau du 9e siècle, portant la mention de l’« anagrapheus » du Dodécanèse, cf. Schlumberger, Sig. p. 194.
28 T-TH I p. 265.
29 Voir ci-dessus notre analyse ; voir aussi K. Amantos, BZ 30, 1930, pp. 244-246.
30 Théophane p. 487 (à propos des vexations de Nicéphore) : et il a ordonné d’imposer tous les marchands d’esclaves de deux nomismata à chaque transaction en dehors d’Abydos, et en particulier ceux du Dodécanèse ; Génésios définit, quant à lui, Skyros comme une cyclade (Génésios p. 27) ; de même Lesbos est appelée cyclade dans un passage de la Vie des Saints de Mitylène (Actes de David Sym. et Georges p. 212) ; plus tardivement on trouve la mention de Gabalas, maître de Rhodes et des Cyclades (NE 6, 1909 p. 32) ; voir enfin Doukas p. 94 : Chios, ainsi que le reste des îles cyclades furent prises...
31 Voir ci-dessous le thème des Cyclades à la fin du 11e siècle.
32 Théophane p. 487 : voir-ci-dessus.
33 Buhy, Adm. System p. 109 ; Antoniadis-Bibicou, Eludes pp. 97-98 : l’auteur soutient que Samos faisait partie du thème de la Mer Egée avant son érection au rang de thème. Son argumentation est fondée sur le sceau d’un certain Nicolas « dioikétès de Samos et de Chios », daté du 8e-9e siècle.
34 Darrouzès, Notitiae, p. 213.
35 Pour l’édition du sceau du drongaire de Kôs, voir V. Laurent, Byz. 6, 1931 p. 780 ; R. Guilland, BZ 44, 1951, p. 218.
36 Ahrweiler, La Mer, pp. 63, 82-83 : l’auteur fait de la circonscription administrée par le drongaire de Kôs une unité distincte du drongaire du « Kolpos-Dodécanèse » et suggère de rattacher Kôs au thème des Kibbyrhéotes.
37 De Thema p. 79.
38 Ibid. p. 81.
39 Ahrweiler, La Mer, pp. 80-81.
40 Oikonomidès, Listes p. 53 18.
41 Voir la liste donnée dans Zakythinos, Meletai 17 pp. 256-259.
42 Ahhweiler, La Mer, p. 108.
43 Oikonomidès, Listes p. 53 19 (Kolpos), 53 18 (Mer Egée).
44 C’est d’ailleurs un argument avancé par N. Oikonomidès pour une datation serrée du Taktikon (Oikonomidès, Listes pp. 45-47).
45 Théophane II p. 28 ; Ahrweiler, La Mer p. 77.
46 Théophane p. 454.
47 Ahrweiler, La Mer pp. 50-51.
48 Ibid. pp. 30-31, 53.
49 Zacos-Veglery n° 249, 211. Notons qu’il s’agit du commerciaire des « Iles de la Mer Egée » et non du commerciaire des « Iles et de la Mer Egée », ce qui nous fait rejeter l’hypothèse, d’une circonscription douanière et fiscale réunissant deux circonscriptions administratives correspondant aux drongaires de la Mer Egée et des Iles Cyclades (Ahrweiler, La Mer p. 81). La relation entre la circonscription administrée par le drongaire de l’Egée et celle gérée par le commerciaire de la Mer Egée a été évoquée par Antoniadis-Bibicou dans Douanes p. 208.
50 Zacos-Veglery n° 163, 196.
51 De 843 date la première mention du stratège de la Mer Egée, cf. Actes de David, Sym et Georges p. 253. Pour les mentions du Kletorologe de Philothée, voir Oikonomidès, Listes p. 100.
52 De Cer pp. 656, 664, 665 (Samos, Kibbyrhéotes, Mer Egée). Voir à ce sujet Aerweiler, La Mer pp. 32, 34, 45-46 et Appendice p. 401. Noter l’expression « thematikon plôïmon » : Léon VI, Taktika XIX, 23 (PG 107 col. 997).
53 II faut cependant noter la double vocation du thème de l’Hellade qui fournissait une flotte non négligeable dans les grandes expéditions maritimes de Byzance : De Cer p. 653.
54 Il faut consulter notamment Zmakythinos, Le Thème de Céphalonie pp. 303- 312 ; même auteur, Mélanges à la Mémoire de K. Amantos, 1960 p. 452 et n. 4 ; Oikonomidès, Céphalonie et Longobardie. Pour la bibliographie complète concernant le thème de Céphalonie, voir Oikonomidès, Listes p. 352, n. 364.
55 De Thema p. 91 ; DAI 50 85 ; voir l’analyse de N. Oikonomidès dans Céphalonie et Longobardie p. 123.
56 Il s’agit de la mention à cette date d’un certain Paul « praefectus » de Céphalonie (MGHSS I pp. 196-197). Voir à ce sujet Oikonomidès, Céphalonie et Longobardie p. 118.
57 Oikonomidès, Céphalonie et Longobardie p. 119 et n. 7 ; J. Ferluga Actes du 12e Congrès Int. des Etudes Byzantines, II, Belgrade 1964 p. 84 et n. 5.
58 Zakythinos, Le Thème de Céphalonie p. 310.
59 Pour les sceaux des stratèges de Céphalonie, voir Zacos-Veglery n° 1824, 1946, 2050, 2145 B, 2548, 2642, 2657, 919 ; voir aussi Oikonomidès, Céphalonie et Longobardie p. 119 n. 7. Pour la mention du stratège de Céphalonie dans le taktikon Usp., cf. Oikonomidès, Listes p. 49 15.
60 Le thème de Sicile semble en effet avoir été créé dès l’extrême fin du 7e siècle, cf. Oikonomidès, Listes p. 351.
61 Laurent, Vatican n° 96.
62 Schlumberger, Sig. p. 208 ; K. Konstantopoulos, Armonia 1, 1900 p. 249 ; Zakythinos, Meletai 17 pp. 247-248.
63 Léon VI, Taktika XIX, 23 = PG 107 col. 997 ; voir Ahrweiler, La Mer p. 51.
64 Zakythinos, Le Thème de Céphalonie p. 308 : nous pensons, comme l’auteur, qu’I faut exclure l’hypothèse d’une déchéance du thème au rang de tourma au cours du 11e siècle.
65 De Thema p. 91.
66 Oikonomidès, Listes pp. 10126, 10518, 13914, 24724, 26534.
67 Zakythinos, Le Thème de Céphalonie p. 305 (Mousoulikès) ; Oikonomides, Céphalonie et Longobardie p. 121 (Symbatikios) ; Zakythinos op. cit. p. 305 ; Oikonomidès, op. cit. p. 122 (le Patrice Georges) ; Liutprand p. 36 = Dölger, Reg n° 716. Zakythinos, op. cit p. 306 (Michel Chersonitès).
68 On peut alors se demander si le gouverneur de l’île qui eut un différent avec les notables entre 933 et 956 n’était pas le stratège de la circonscription dite de Céphalonie dans la mesure où il en référa directement à l’Empereur (pour cet épisode, voir Da Costa Louillet, Saints : Byz. 31, 1961, p. 329).
69 Ahrweiler, Adm. p. 51 et n. 5. Noter néanmoins que le stratège de Corfou n’est pas mentionné dans le taktikon de l’Escorial daté de 971-975.
70 Actes de Lavra p. 362.
71 Skylitzès p. 348 ; Zmakythinos, Le Thème de Céphalonie p. 306. Pour les autres stratèges connus par leurs sceaux, voir la liste donnée par Zakythinos (op. cit. pp. 307-308), et Zacos-Veglery cité n. 59.
72 De Cer p. 668 ; Ahrweiler, La Mer p. 33, n. 1.
73 De Thema p. 81.
74 Voir Chronologie.
75 Phrantzès p. 106 : le texte de Phrantzès révèle une ignorance complète des réalités administratives de la fin du 10e siècle. En effet, selon Phrantzès, Nicéphore laissa dans l’île « stratèges et gouverneurs ». A moins qu’il ne faille voir dans ces « stratèges » des chefs militaires uniquement, le texte ferait allusion à la réorganisation du thème de Crète.
76 Oikonomidès, Listes p. 265 27. Pour le stratège de Crète, voir Ahrweiler, Adm. de la Crète pp. 221-223 ; Laurent, La Crète pp. 385-386.
77 Pour Basile, voir Ahrweiler, Adm. de la Crète p. 222 ; K. M. KÔNSTANTOpoulos, EEBS VI, 1929, pp. 318-319 ; Laurent, La Crète p. 391.
78 Oikonomidès, Listes p. 264 26. Voir aussi Zakythinos, Meletai 17 p. « 268.
79 Oikonomidès, Listes p. 53 18.
80 Actes de David, Sym et Georges pp. 253, 258.
81 PG 107 col 997 ; voir Ahrweiler, La Mer p. 68.
82 Oikonomidès, Listes pp. 101 30, 10522, 139 18 (Philothée) ; p. 247 28 (Benesevic), p. 267 3 (Escorial).
83 J GR I p. 223 ; Dôlger, Reg n° 673 ; Ahrweiler, La Mer p. 109.
84 De Thema p. 83.
85 Ibid. p. 83 (Mer Egée), 90 (Hellade).
86 Ce qui coïnciderait avec d’autres exemples semblables, cf. Ahrweiler, La Mer p. 46 n. 2, Appendice p. 402.
87 Le thème de l’Hellade fournissait des contingents maritimes, comme les thèmes de l’Egée ou de Samos (De Cer, pp. 651-653).
88 Hieroclès p. 17 (Hellas), p. 32 (Nèsoi).
89 Vie d’Athanase, Vie A pp. 7-8 = Vie B p. 18.
90 Zakythinos, Meletai 17 p. 258.
91 Skylitzès p. 175.
92 De Thema p. 82. Cependant Smyrne faisait sûrement partie du thème des Thracésiens. Il faut retenir l’hypothèse selon laquelle le thème de Samos comprenait, pour l’enregistrement de la flotte, deux tourmai du thème des Thracésiens, cf. Ahrweiler, La Mer p. 402.
93 Ahrweiler, La Mer pp. 81, 108.
94 JGR I p. 223. Voir Ahrweiler, La Mer p. 109.
95 Oikonomidès, Listes p. 266.
96 Ibid. p. 101 29, 247 De Thema p. 82 ; De Cer pp. 651-2, 664-5 ; J GR I p. 223 = Dölger n° 673 ; Ahrweiler, La Mer p. 109.
97 Skylitzès p. 175 (Constantin Paspalas) ; Ibid. p. 191 (Romain Lécapène) ; Vie de Paul de Latros p. 65 (Théophane) : pour la chronologie, ibid. p. 57. L’arrivée de Paul à Samos se situe douze ans après son installation à Latros que l’on situe entre 920 et 930 ; Schneider, Samos p. 101 (Pakourianos).
98 De Cer pp. 651-652, 664-665.
99 Oikonomidès, Listes p. 101 29.
100 De Thema p. 79.
101 De Cer p. 653.
102 De Thema p. 90.
103 De Cer p. 657.
104 En 882-883, c’est le stratège de l’Hellade, Oinatès, qui rassemble tous ses soldats pour défendre le kastron d’Euripos, cf. Th. Cont. p. 298 ; Vasiliev III p. 56.
105 De Thema p. 83 (Mer Egée), 90 (Hellade).
106 Hieroclès p. 17.
107 Ibid. p. 32.
108 De Thema p. 86 (Thasos, Samothrace), p. 88 (Skiathos, Skopélos).
109 Ahkweiler, Adm. p. 46.
110 Oikonomidès, Listes p. 267 31.
111 Skylitzès p. 373 : Beriboès « stratège de Chios » va défendre les Cyclades attaquées par les Agarènes. De ce tournant du 10e-11e siècle date aussi le sceau de Kyparissiôtès, stratège de Chios, cf. Schlumberger, Sig. p. 196.
112 Ahrweiler, Adm., p. 51 et n. 5.
113 Voir Chronologie. Théophile Erôtikos est le dernier stratège de Chypre : Skylitzès p. 429 ; Glykas p. 594.
114 Skylitzès p. 348 (Basile Argyros), p. 368 (David d’Achrida), p. 373 (Georges Théodôrokanos) ; Schumberger, Mélanges p. 232 (Constantin Argyropoulos) : l’auteur date ce sceau du 11e-12e siècle. En fait il faudrait plutôt le dater du 10e-11e siècle, cf. N. A. Bees, J1AM 1911 p. 13 : l’auteur attribue également à ce personnage le sceau de « Constantin stratége de Samos ».
115 Au mois de mars 1010, le stratège de Samos Basile Argyros et le stratège de Céphalonie Kontoléôn furent envoyés en Italie contre les Lombards qui s’étaient révoltés, cf. Sklyitzès p. 348 ; Zakythinos, Le Thème de Céphalonie p. 306. Le stratège de Céphalonie est d’ailleurs mentionné dans le taktikon de l’Escorial : Oikonomidès, Listes p. 265 34.
116 Oikonomidès, Listes p. 267 3.
117 Ahrweiler, La Mer pp. 78-79, 108-109.
118 Si nous supposons que Lemnos faisait bien partie du thème de la Mer Egée, Skyros dépendrait alors de la division administrative de ce thème, centrée sur Lemnos : un document d’archives de 1016 mentionne en effet la présence de plusieurs représenants de l’île de Lemnos lors de la donation en faveur de Lavra des biens de Glykéria is à Skyros, cf. Actes de Lavra p. 160.
119 Ahrweiler, Adm. pp. 68, 70 sq.
120 MM VI pp. 55-57 = Actes de Patmos II pp. 37-40 (Nicolas Tzanzès) ; Gladys R. Davidson, Results of Excavations conducted by the American School of Classical Studies 12 p. 328 n° 2752 (Gabriel).
121 MM VI pp. 21-23 = Actes de Patmos I pp. 25-27 ; Dölger, Reg n° 1046 ; même auteur, Die Kaiserurkunden p. 336.
122 MM VI pp. 55-57 = Actes de Patmos II pp. 37-40.
123 MM VI pp. 57-58 = Actes de Patmos II pp. 77-79.
124 MM VI pp. 34-43 = Actes de Patmos II pp. 51-60, 72.
125 Mention du tourmarque de Naxos dans une inscription de 1052 : AAA IV 1971 n° 3 p. 370 ; Panayotidis, Monuments de Grèce pp. 179-182.
126 MM VI pp. 57-58 = Actes de Patmos II pp. 77-79.
127 Pour les mentions du kritès de la Mer Egée, voir Ahrweiler, Adm. p. 84 et n. 4 ; Zakythinos, Meletai 17 pp. 258-259.
128 Alexiade II p. 163.
129 Schlumberger, Sig. p. 305 ; Vita Lietberti 41 = Hill, Hislory p. 260.
130 Schlumberoer, Sig. pp. 304-305.
131 Alexiade II pp. 62-63 : « Il ignorait l’art de la stratégie... Il agissait ainsi, je crois, par ignorance de la guerre comme je l’ai entendu dire, il venait seulement de toucher une épée et une lance et ne savait pas non plus monter à cheval. »
132 V. Laurent, Ellenika 7 n° 642.
133 Psellos, Scripta Minora II p. 110 n° 80, p. 185 n° 159.
134 K. M. Konstantopoulos, Sceaux byzantins du Musée d’Athènes (en grec) 1917 p. 50.
135 Alexiade II p. 110 : le kouratôr Alôpos auquel avait été confié le gouvernement de Mitylène.
136 K. M. Konstantopoulos, op. cit., p. 97.
137 Interprétation donnée dans Ahkweiler, La Mer pp. 141-142 et n. 1.
138 Pour les kouratôreiai des provinces à l’époque mésobyzantine voir aussi I Sevcenko, Byz. 35, 1965 pp. 568-572.
139 Testament de Xénos pp. 65-66 : de façon générale, on a daté la signature des stratèges de la date de la rédaction du document, cf. Ahrweiler, Adm. de la Crète p. 222 ; Laurent, La Crète p. 391. Cependant V. Laurent a entièrement repris cette datation pour rabaisser considérablement jusqu’à la fin du 11e siècle en se fondant sur la carrière respective des-dits stratèges, cf. V. laurent, REB 7, 1949 p. 119.
140 Pour l’inscription de Didymes, voir l’interprétation d’Hélène Ahrweiler dans Adm. de la Crète pp. 223-227. L’argument de V. Laurent selon lequel il faut retenir la 12e indication donnée par le fac similé, était déjà écarté par H. Grégoire qui penchait plutôt pour la 2e indiction, cf. Laurent, La Crète p. 393 et Grégoire, Ins. d’As. Min. p. 74.
141 MM VI pp. 34, 35, 36-39, 41-42 = Actes de Patmos pp. 51,52-53, 53-57, 59-60.
142 Voir le chrysobulle de Nicéphore Botaneiatès en faveur de la Néa Monè de Chios de juin 1079, cf. MM V p. 9 « stratège de Chios ». Le texte cite également un « katépanô » : peut-on dater de cette époque le renforcement du pouvoir du katépanô dans les rouages administratifs de l’île ? Ce phénomène coïnciderait assez bien avec l’évolution administrative de l’Empire à cette époque, cf. Ahrweiler, Adm. p. 61. De toute façon l’île de Chios était certainement un bastion important dans la défense des îles et de la côte asiatique.
143 J GR I p. 633 : ... que ce soit l’évêque de l’île ou celui qui aura été investi de l’archè de celle-ci.
144 Skylitzès p. 373.
145 Voir l’acte de Thiéodosios Kastrisios de 1094 (MM VI pp. 90-94) : Théodosios affirme qu’il a renvoyé aux moines les pièces justificatives qu’il détenait, c’est-à-dire l’original du testament secret de Christodule, l’original du codicille et les copies authentiquées par le praitôr de l’Hellade et du Péloponnèse, Bardas Ikanatos. Or ces copies ont été authentiquées par le praitôr de l’Hellade et du Péloponnèse parce que Christodule avait rédigé son testament et son codicille en Eubée, à Euripos : MM VI pp. 86-89.
146 Voir la lettre de Psellos au kritès des Kibbyrhéotes concernant les biens du défunt Théodoros Alôpos, situés à Rhodes, cf. Psellos, Scripta Minora II p. 82.
147 Pour le kritès, voir Ahhweiler, Adm. pp. 67-78 ; pour le katepanô, ibid., pp. 64-67 ; pour le duc, ibid. pp. 61-64.
148 Alexiade III p. 34 = Dölger, Reg n° 1211.
149 MM VI p. 100 = Actes de Patmos I p. 82.
150 Mouzalôn p. 122 (avant 1110).
151 Schlumberger, Sig. p. 269.
152 Ahrweiler, Adm. p. 90.
153 Bertolotto pp. 398-399.
154 Zakythinos, Meletai 19 pp. 9, 14.
155 Eustathe, Opuscula pp. 319-320.
156 Cette identification est proposée par Hélène Ahrweiler (La Mer pp. 273 et 274 n. 1). Or il faut rappeler que l’île de Kôs est seule évoquée dans ladite mention, cf. Eustathe, Opuscula p. 320 : toi l’exarchôn de cette île (Kôs).
157 Bertolotto p. 386.
158 Voir ch. 3 p. 232.
159 Pégonitès appelé « praktôr de Samos » : MM VI pp. 107, 111-112 = Actes de Patmos I pp. 197-200 ; « duc » : MM VI p. 112 = Actes de Patmos I p. 199.
160 MM VI p. 107 : « voilà près de trente ans qu’il est à la tête du monastère ». Suit alors l’exposé de tous les événements qui sont survenus pendant ce temps, y compris les exactions de Pégonitès « praktôr-duc de Samos ».
161 MM VI p. 107.
162 Vranoussi, Témoignages historiques p. 9.
163 En effet le texte mentionne les « praktores suivants », cf. MM VI p. 112 = Actes de Patmos I p. 199.
164 MM VI pp. 104-105 = Actes de Patmos I pp. 190-192.
165 MM VI pp. 107-108.
166 Alexiade III p. 51.
167 Supra. Pour la liste des ducs et katépans de Crète, consulter Ahrweiler, Adm. de la Crète pp. 223-228 et Laurent, La Crète pp. 394-396. Pour Karykès et Nicéphore Diogène donnés comme « ducs » de Crète par ces deux auteurs, rappelons que nous ne possédons aucune source byzantine qui le confirme.
168 MM VI pp. 95-99.
169 Laurent, La Crète p. 395.
170 Vie de Léon (ed. Macaire Chrysokephalos, Cosmopolis 1793) p. 395. Voir à ce sujet Vranoussi, Témoignages historiques p. 9 ; Laurent, La Crète pp. 395-396.
171 Bertolotto pp. 398-399 : « au même Gervasio, Stravus Romaneus confisqua soixante-douze popoati de laine qui était transportée de Crète à Constantinople ». Néanmoins les actes de Patmos de sept 1158 (et non de mai) et d’avril 1176 (et non 1161) ne portent aucune mention de Jean Straboromanos, contrairement aux assertions de V. Laurent (Laurent, La Crète p. 395) et ne peuvent donc servir d’indices chronologiques pour la carrière de ce personnage. Pour les actes mentionnés, cf. MM VI pp. 110-112 = Actes de Patmos I p. 197s et MM VI pp. 117-119 = Actes de Patmos I pp. 219-221.
172 Alexis Kontostephanos : Bibliotheca Vaticana, Codices Palatini Catalogue Stevenson, Rome 1885, pp. 7-8, notice 1167 ; Ahrweiler, Adm. de la Crète p. 227 . Laurent, La Crète p. 396. Étienne Kontostephanos : MM VI p. 125. Nicéphore Kontostephanos : MM VI pp. 139-140 = Actes de Patmos II pp. 116-117.
173 Choniatès p. 352 ; Ahrweiler, Adm. de la Crète p. 227 n. 6. Document d’oct. 1184 : MM VI pp. 235-237 ; Gerland, Noblesse Crétoise XI pp. 21-29 ; Dölger, Reg n° 1561 ; Polemis, The Doukai pp. 191-192 (l’auteur donne l’ensemble de la bibliographie sur ce document). Document de sept. 1192 : Gerland, Noblesse Crétoise XI pp. 30-41 ; X pp. 197-199 ; voir aussi pour ce document Manousakas, La Famille Chortatzis p. 273 n. 1. Ce dernier acte émane de Constantin Doukas.
174 N. Oikonomidès, Actes du 4e Congrès Int. Crétois, Héracleion 1976 II, pp. 308-317.
175 En 1099 Anne Comnène cite Eumathios Philokalès comme chef militaire uniquement, cf. Alexiade III p. 34 (an 1099) : « C’est alors qu’Isangelès reçut de l’autocratôr l’ordre de remettre... les places de Maraka et de Valania aux officiers d’Eumathios qui était alors duc de Chypre ». Ibid. p. 44 (an 1099) : « Les réchappes de la flotte pisane eurent l’idée de piller les îles qui étaient sur leur chemin ainsi que Chypre ; or il s’y trouvait Eumathios Philokalès qui s’élança contre eux ». Il est sebaste en 1105, cf. C. Mango et E.J. W. Hawkins, DOP 1964 pp. 335-337. Il est duc de Chypre en 1112 : Alexiade III p. 148. Constantin Euphorbènos Katakalôn est duc de Chypre en 1103 : Alexiade III p. 41 ; le texte nous apprend que le duc était aussi chef de la police de l’île, ce qui suggère peut-être que le duc était déjà à cette époque, à la tête de l’administration de l’île. Eumathios Philokalès est grand duc et praitôr de l’Hellade en 1118 : MM VI p. 96.
176 Pour la carrière de ce personnage, cf. Bryennios p. 198 n. 3 ; lettre d’Alexis : Dölger, Reg n° 1295a ; Ch. Pantelidès, EEBS I pp. 246-247 ; K. Spyridakis, Kyp. Sp. 13, 1951, pp. 97-99.
177 Tsiknopoulos, Kypriaka p. 139.
178 V. Laurent, Ext. de Revue Numismatique, 5e série, 13, 1951, pp. 97-99.
179 Kinnamos p. 178 ; Hile, History p. 307.
180 Alexis Doukas : Manassès p. 336 « kyriarchôn Kypriôn ». Pour l’origine de ce personnage et l’ensemble des faits le concernant, cf. V. Laurent, REB 20, 1962 n. 14 ; Alexis Kasianos : Kinnamos p. 179 ; Tsiknopoulos, Kypriaka p. 132 ; Andronic Synadènos : V. Laurent, op. cit. pp. 210-214.
181 K. Chatzepsaltès, Kyp. Sp. 18, 1954 p. 35 sq.
182 Schlumberger, Sig. p. 305 ; Zakythinos, Meletai 17, 1941 p. 269.
183 N. A. Bees, JIAN X, Athènes 1909 p. 364 ; Antoniadis-Bibicou, Douanes p. 236.
184 Tel était le projet de Jean II qui aurait donné l’ensemble de ces régions en héritage à son fils Manuel, cf. Kinnamos p. 23.
185 Chrysobulle de 1198 : T-Th I p. 264 (îles ioniennes) ; 265 (îles de l’Egée. Chypre) ; Partitio : Carile pp. 217-220.
186 T-Th I p. 265.
187 Rappelons que la lecture de « Naxos et des Cyclades » dans T-Th I p. 265 est erronée, cf. Carile pp. 258-259.
188 T-Th II pp. 143-145 (tous les noms de « tourmai » que nous énumérons se trouvent dans ce document) ; voir Thiriet, La Romanie p. 125.
189 MM VI p. 125 : Léon Staurakiôtès et Kôstas Psèlos, originaires du chôrion de Sillamos, tourma du Nord de la Messarea.
190 MM VI p. 131.
191 Testament de Xénos p. 58.
192 Ibid. pp. 60-61 : à propos de ce dernier texte, il semble bien que les noms géographiques mentionnés par Xénos dans son testament correspondaient aux centres administratifs connus dans les régions que visitait le Saint.
193 T-Th II p. 130.
194 Ibid. pp. 138, 166-167.
195 MM VI p. 100 = Actes de Patinas I p. 82 : Il (l’empereur) ordonne que les ducs de Crète successifs donnent au monastère intégralement les 400 modioi de blé et les 24 nomismata théotokia, en les prélevant sur les produits et les nomismata perçus par les agents du fisc dans le kastron de Chandax.
196 Michel Choniatès p. 277 : « le sebaste Chalkoutzès, archôn thematikos issu d’Euripos », p. 280 : « lui qui était le premier des archontes thematikoi et ktèmatikoi d’Eubée ». En revanche nous émettons la plus grande réserve sur l’identification faite par G. Schlumberger d’un certain Jean « tourmarque de Chalcis » avec le tourmarque d’Euripos, cf. Schlumbehger, Sig. pp. 170-171. En effet la ville de Chalcis d’Eubée actuelle était appelée Euripos à l’époque byzantine. De plus il s’agit d’un sceau du 11e siècle, dont la lecture est difficile.
197 Darrouzès, Notitiae.
198 N. B. Tomadakis, EEBS 24, 1954, p. 82 sq.
199 Mansi 13 p. 389.
200 Notice 2 : Darrouzès, Notitiae 2 207 sq ; Synecdemos : Hieroclès p. 19819 sq.
201 Darrouzès, Notitiae 3239 sq.
202 Voir à ce sujet Darrouzès, Notitiae p. 29.
203 Darrouzès, Notitiae 2217.
204 Ibid. 1425sq, 2494 sq, 3564 sq ; pour l’identification de Pissynè avec Amorgos p. 113 et n. 3.
205 Hieroclès p. 32696-887.
206 Darrouzès, Notitiae 3 689 : Kéa est mentionnée seulement dans cette notice. L’île a été intégrée par le rédacteur dans un cadre formel tiré des anciennes listes ecclésiastiques ou du Synecdemos : il avait le souci de réintégrer dans la juridiction du patriarche l’ensemble des îles soumises à l’obédience du pape jusqu’en 733.
207 Darrouzès, Notitiae 3693 (Ospeous) : Skyros dépend également de l’éparchie d’Hellade.
208 Darrouzès, Notitiae 167 .2 71. 3 86 (Notons dans la notice 3 l’appartenance de Karpathos à l’éparchie d’Asie !), 4 69.
209 Mansi 13 p. 383 (Rhodes), p. 396.
210 Darrouzès, Notitiae 1 6l.68, 2 “,62, 3
211 Mansi 13 p. 385.
212 Laurent, Corpus VI p. 574.
213 Actes de David, Sym et Georges pp. 227, 230, 251-254. Voir à ce sujet F. Halkin, AB 11, 1959, pp. 464-469.
214 Darrouzès, Notitiae 2 82 et p. 19.
215 Mansi 13 p. 392. La notice 3 qui reprend ici la liste du concile de Nicée, le cite également comme suffragant de Corinthe : Darrouzès, Notitiae 3773.
216 Laurent Corpus VI pp. 671-672.
217 Laurent, Corpus V2 p. 307.
218 Voir à ce sujet Darrouzès, Notitiae p. 29.
219 Darrouzès, Notitiae 3143 sq.
220 Ibid. 3 154 (Hiéroglès p. 38).
221 Mansi 13 p. 338.
222 Ibn Hauqal I p. 198.
223 Mansi 13 col. 77.
224 Darhouzès, Notitiae 3 684-685, ’732, 769.
225 Mansi 13 pp. 392, 374.
226 Laurent, Corpus VI p. 657.
227 C. Pietri, Roma Christiana, Recherches sur l’Eglise de Rome, son organisation, sa politique, son idéologie de Miltiade à Sixte III (311-440), Rome 1976, II, p. 1076.
228 Darrouzès, Notitiae 7500 (901-902).
229 Concile de 869 (Mansi 16 p. 18) Concile de 878 (Mansi 17 p.377).
230 Darrouzès, Notitiae pp. 53-78 ; 269-288.
231 Darrouzès, Notitiae 7
232 Darrouzès, Notitiae 7500,.
233 Ibid. 4455-456.
234 Epiphanios (8e s.), cf. Zacos-Veglery n° 1874 ; Théophane (814-832) et Neilos (833), cf. T. E. Evangelidès, EEBS 6, 1929 pp. 163-165 ; Michel (869), cf. Mansi 16 col. 18, 144, 158 ; Léontios (878), cf. Mansi 17 col. 374-378 ; Iôannès (9e s.), cf. Laurent, Corpus VI p. 529.
235 Pour Samos, voir Léon (9e s.), cf. Lequien, Or. Christ. I. pp. 929-932 ; pour Kôs, voir Constantin (878), cf. Mansi 17 col. 374-378.
236 Darrouzès, Notitiae 7 678-683.
237 Laurent, Corpus VI p. 573.
238 Voir n. 213.
239 PG 102 col. 834, 859-860 : ce Michel qui fut titulaire du siège de Mitylène entre 877 et 886 doit être celui qui est mentionné au Concile de 878 à l’endroit où figure une croix dans le texte.
240 Laurent, Corpus VI p. 579.
241 Darrouzès, Notitiae
242 Pour Céphalonie, voir Antônios en 878 (Mansi 17 col. 374-378) ; pour Zakynthos, voir Nicéphore en 869 (Mansi 16 col. 18, 144, 158).
243 Laurent, Corpus VI p. 437. Pour les évêchés insulaires dépendants d’Athènes, cf. Darrouzès, Notitaie 7496 sq.
244 Théodore, évêque d’Euripos au concile de 869 (Mansi 16 col. 18 144, 158), Théophylacte, évêque d’Euripos au concile de 878 (Mansi 17 col. 374-378).
245 Hiéroclés, p. 16-17.
246 Laurent, Corpus VI p. 66.
247 Ibid. p. 657.
248 Darrouzès, Notitiae 7.102
249 Ibid. 781. Sur l’archevêché de Karpathos, voir ci-dessous.
250 Pour le texte de l’inscription mentionnant l’évêque de Skyros, Sabbas et la bibliographie correspondante, cf. ch. 3 p. 230.
251 Herrin, Byz. Prov. Government p. 259 et n. 14.
252 Notons pour Corfou Michel en 869 (Mansi 16 col. 18, 44, 144, 159, 195) ; Arsène en 933 (voir tableau) ; pour Leukas, Germain en 878 (Mansi 17 col. 374-378) et Antônios (sceau daté du 9e siècle : Laurent, Corpus VI p. 659).
253 Philippos : Mansi 13 col. 374-378.
254 Attaliate p. 224.
255 Voir la bibliographie donnée par J. Gouillard : J. Gouillard, TM 2, 1967 p. 273, n. 134.
256 Vie de Dèmètrianos de Chytri. Voir aussi P. Stylianou, Saint Dèmètrianos de Kythréa (en grec), Nicosie 1973. Rappelons que l’évèque de Chytroi, Spiridon, était présent au concile de 787 (Mansi 13 p. 338) ; la ville était alors appelée « Palaia Kythrôn » ou bien « Palaia ètoi Chytrôn », cf. J. Darrouzès, REB 33, 1975, pp. 31-32.
257 Darrouzès, Notitiae pp. 85-87.
258 Ibid. p. 113.
259 Darrouzès, Notitiae 9 375-376, 10 435-446 (évêchés suffragants de Corinthe), 9380 sq, 10440 sq (évêchés suffragants d’Athènes), 10660 (évêchés suffragants de Mitylène).
260 Ibid. 9 473sq, 10 575 ; pour l’équivalence Kalymnos-Tracheia, ibid. p. 113 et n. 3.
261 Darrouzès, Notitiae 10 466sq.
262 Mansi 13 p. 146 : Théodôros évêque d’Héracleioupolis… Anastasios évêque de Knôssos.
263 N. B. Tomadakis EEBS 1954 pp. 89-102.
264 MM VI p. 99.
265 Platon, Basiliques p. 418.
266 Voir Th. Tzedakis, Communication au Congrès Int. des Etudes Byz, Athènes 1976, p. 365 sq. L’auteur situe bien la problématique concernant la métropole de Crète au lendemain de la reconquête. Nous rappelons le témoignage fourni par la Vie de Nikôn, juste au lendemain de la reconquête, qui mentionne la « polis » de Gortyne cf. Vie de Nikôn p. 152. Les Arabes en effet auraient pris toutes les villes de Crète, sauf Gortyne et Kydônia, cf. Phrantzès p. 101.
267 MM VI p. 99. Le document porte la signature de « Nicétas logothète de la très sainte métropole et komikos de Chandax », qui est contemporaine de la rédaction du document.
268 K. D. Kalokyrès, Krèt. Chron. 10, 1956, pp. 305-316.
269 Première hypothèse dans : Platon, Basiliques p. 421 ; l’autre hypothèse est fournie par N. B. Tomadakis, dans Testament de Xénos p. 68 ; voir aussi K. D. Kalokyrès, op. cit.
270 Darrouzès, Notitiae 13 180 (M).
271 L’équivalence Mylopotamos-Aulopotamos déjà mentionnée par K.D. Kalokyrès (op. cit.) est rendue manifeste par la comparaison de la liste épiscopale de Crète de la notice 13 avec la même liste de la notice 10 : Damouzès, Notitiae 13 468 (AS), 10 466.
272 V. Laurent, EO 32, 1933 pp. 392-393. Datation proposée : autour de 1200.
273 Voir l’étude de la basilique de Bizari d’Amari, ch. 3 p. 193.
274 K. D. Kalokyrès, op. cit. p. 13.
275 T-TH II p. 145.
276 Laurent, Corpus VI p. 618 : cet auteur la date du patriarcat de Constantin Lichoudès (1059-1063).
277 Darrouzès, Notitiae 1176, 12 73, 1463.
278 Grumel, Reg n° 950, 967.
279 Laurent, Corpus VI p. 619 ; même auteur, REB 3, 1945 pp. 92-114.
280 Dölger, Reg n° 1287, 1542 à 1546, 1554, 1624.
281 N. Oikonomidès, REB 18, 1960 p. 68. Voir aussi Laurent, Corpus VI pp. 622-623.
282 V. laurent, REB 3, 1945, p. 104 n. 32.
283 Darrouzès, Notitiae 1178, 1275 ; Gelzer, Ungedruckte p. 587.
284 Ordre patriarcal : Grumel, Reg n° 929 ; ordre impérial : Dölger, Reg n° 1088.
285 Texte dans Ekk. Al. 4 p. 447 = Dölger, Reg n’ 1132 : « l’empereur satisfait la requête du métropolite de Paros et de Naxia, proèdre des protosyncelles, an 6595 ». Le métropolite de Paronaxia est aussi appelé : « exarchos de toute la Mer Egée ».
286 Darrouzès, Notitiae 1184, 1280.
287 Darrouzès, Notitiae 13446 sq.
288 L’édition nouvelle partielle de l’opuscule de Nil ne mentionne en effet que dix évêchés suffragants d’Athènes : Darrouzès, Notitiae 1431.
289 Doxopatrès p. 300 ; Kéa et Thermia sont également mentionnées dans la notice 5 de Gelzer : Gelzer, Ungedruckte p. 584.
290 Michel Choniatès II pp. 26-30 = Stadtmüller p. 242 = Grumel, Reg n° 1164. Voir aussi Herrin, Byz. Prov. Government p. 265.
291 Actes de Lavra n° 2031.
292 Ch. 3 p. 227.
293 T. E. Evangelidès, EO 15, 1912 p. 507.
294 BCH 86, 1962 p. 507.
295 Hieroclès p. 17.
296 Michel Choniatès II p. 75.
297 Darrouzès, Notitiae 13612 sq.
298 Ibid. 10562 sq.
299 Après 1127-avant sept. 1157, accords écrits entre l’évêque d’Ikaria et l’higoumène du monastère de Patmos (MM VI pp. 113-117) : cet homme (Théoktistos), simple et ignorant des privilèges attachés au siège patriarcal s’est fait abuser par l’évêque d’Ikaria.... Ce dernier pressa Théoktistos de lui livrer le monastère sous prétexte qu’il était dans sa circonscription... Le kathigoumène et les moines ont cédé à l’évêque les droits du patriarche, sans en avoir la permission, et ils ont accepté de faire l’« anaphora » de l’évêque au lieu de celle du patriarche de Constantinople... ils ont ainsi mutilé, dans sa plus grande part, l’eleutheria dont ils jouissaient et ils ont cédé les droits patriarcaux.
300 Darrouzès, Notitiae 13 (51) et p. 149. L’ènôria de Gera est néanmoins attestée au 12e s., cf. ch. 3 p.
301 Ibid. 13468 sq (AS), 13480 sq (M) et pp. 147-148.
302 Darrouzès, Notitiae 13468 sq, 10466 sq. Pour l’ensemble des lieux cités, voir ch. 3.
303 MM VI p. 131 = Actes de Patmos I p. 209.
304 Ibid.
305 S. G. Spanakis, Krèt. Citron. 12, 1958 p. 322.
306 On trouve mention de dix ou douze évêchés selon les manuscrits considérés : Darrouzès, Notitiae 1450.
307 Darrouzès, Notitiae 12 et p. 131.
308 Ibid. 10758 sq.
309 Hieroclès p. 38 706-707.
310 Darrouzès, Notes 2 p. 49 ; mention vers 1050 de l’évêque de Kourion, Michel (voir le tableau).
311 Doxopatrès p. 285 = Georges de Chypre, ed. Hönigman p. 701095 sq.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Byzance et le monde extérieur
Contacts, relations, échanges
Michel Balard, Élisabeth Malamut, Jean-Michel Spieser et al. (dir.)
2005
La Cappadoce (ive-vie siècle)
Une histoire provinciale de l’Empire romain d’Orient
Sophie Métivier
2005
Évêques, pouvoir et société à Byzance (viiie-xie siècle)
Territoires, communautés et individus dans la société provinciale byzantine
Benjamin Moulet
2011
Grégoire Antiochos. Éloge du patriarche Basile Kamatèros
Texte, traduction, commentaire suivis d’une analyse des œuvres de Grégoire Antiochos
Marina Loukaki
1996
