Évolution du statut de la minorité islamique dans les pays de la Couronne catalano-aragonaise au XIVe siècle
p. 439-452
Texte intégral
1 L’expansion territoriale de la Catalogne et de l’Aragon – unis ensuite dans la Couronne d’Aragon – sur des territoires dominés par l’Islam, ne coïncide pas exactement avec la définition classique de colonie, qui exige une séparation physique entre métropole et colonie1. Cependant, cette expansion a eu un caractère colonial, comme l’a déjà dit le père Burns à propos de la conquête du royaume de Valence2.
2Comme on sait, la conquête de Tolède par la Castille en 1085 changea la tactique de l’expansion chrétienne hispanique, qui admettait désormais la capitulation des vaincus et leur maintien en territoire chrétien. Pour faciliter la conquête de nouveaux territoires, les rois aragonais et les comtes de Barcelone adoptèrent cette nouvelle tactique dès le début du XIIe siècle et ont admis des capitulations qui garantissaient le maintien de la population musulmane, tout en conservant leurs lois, religion et organisation interne. Les rois ou les comtes s’emparèrent de la terre conquise qu’ils répartirent entre la noblesse, l’Église, les sujets de leur armée et autres personnes qui venaient repeupler la région, même si la population islamique put conserver ses terres en une forme de possession similaire à l’emphytéose. Pendant le XIIe siècle, les terres de nouvelle conquête furent intégrées dans les États d’Aragon ou de Catalogne ; mais la présence de minorités islamiques, même si elles étaient importantes, n’eut pas beaucoup de poids dans l’ensemble.
3Au XIIIe siècle, Jacques Ier a inauguré un autre système. Les terres de nouvelle conquête, Majorque et les terres Valenciennes, ont formé des royaumes séparés d’Aragon et de Catalogne. On créa pour eux une nouvelle structure politique et administrative similaire, en beaucoup d’aspects, mais non identique, à celle des États d’origine. Ainsi, le roi prétendait éviter des problèmes nationaux en Aragon et en Catalogne, déjà unis sous une même couronne ; l’annexion des conquêtes à l’un ou à l’autre pouvait générer des problèmes, puisque tous deux avaient collaboré dans l’armée qui avait rendu possibles les conquêtes. Par ailleurs, le roi désirait conserver les mains libres afin de créer une structure politique qui ne donnerait pas autant de pouvoir à la noblesse, comme en Aragon ; le souverain, en effet, désirait sauvegarder l’autorité royale.
4Parmi les nouvelles annexions, Majorque, conquise en 1229 par les armes, conserva peu de population islamique. Les Sarrasins qui restèrent furent réduits en captivité ou bien durent se racheter ; en aucun cas, on ne leur a reconnu un statut propre3. Le caractère insulaire, et par conséquent plus vulnérable de ce territoire, rendit difficile l’existence d’une communauté qui pouvait se convertir en un ennemi intérieur très dangereux s’il se concertait avec quelque État musulman.
5Dans le royaume de Valence la conquête fut faite entre les années 1233 et 1245. Dans les zones où les conquérants ont rencontré une résistance armée, la population musulmane a été expulsée. Elle a dû émigrer en Andalousie ou dans d’autres royaumes islamiques, ou bien elle fut réduite en captivité, mais très souvent on est arrivé à des capitulations qui permirent le maintien de la population musulmane4. Dans les premières années après la conquête, la domination chrétienne était seulement une superstructure militaire et administrative qui s’appuyait sur une très faible minorité chrétienne – pas plus de 30.000 personnes en 1270 – installée en particulier dans les villes, tandis que la grande majorité de la population du royaume continuait d’être musulmane5. C’est ce qui donna au royaume de Valence des premières années des caractéristiques coloniales.
6Avec le temps, plus de chrétiens s’installèrent et beaucoup de musulmans partirent, surtout après les rébellions successives de la seconde moitié du XIIIe siècle, de telle sorte que le rapport numérique entre les uns et les autres changea radicalement. On calcule que, vers le milieu du XVe siècle, la population totale du royaume de Valence dépassait légèrement les 250.000 habitants, dont environ 30 % de musulmans6. Encore au début du XVIe siècle, un marchand vénitien qui avait visité Valence commentait ce qui suit :
« Nel regno de Valentia sono mori infiniti, et li sono molte ville bonissime dove sono quasi tutti mori, et si crede che in esso regno de le tre parte almancho l’una siano mori: et tutti credeno in la sua fede et hano le sue meschite. Et per poter stare nela sua fede paghano uno certum quid che non è gran cossa alli signori de quelle ville, et etiarn in Valentia propria ne sono asay, ultra illos qui habitant in la moraria, et tutti parlano morescho, licet aliqui sappino parlare spagnollo »7.
7Donc, si on peut parler, au XIIIe siècle, de colonisation d’un royaume islamique, au XIVe siècle cette réalité a déjà changé, il s’agit d’un royaume chrétien avec une très importante minorité musulmane. La présence de cette population indigène était pourtant un élément colonial résiduel. Comme le dit le voyageur vénitien, cette population musulmane avait conservé la langue arabe. Dans les villes ou villages où il y avait une population mixte, les Sarrasins connaissaient le catalan ou l’aragonais pour entrer en contact avec les chrétiens, mais dans les lieux à population exclusivement musulmane, la majeure partie ignorait le roman, surtout chez les femmes. Dans le pays valencien, les autorités chrétiennes avaient recours souvent à des « torsimanys », c’est-à-dire, des traducteurs, quand ils voulaient expliquer quelque chose de vive voix aux communautés musulmanes. On acceptait comme valables les documents rédigés en arabe ; quand il fallait, on les traduisait.
8Le maintien d’une partie de la population musulmane dans les terres conquises a apporté quelques avantages pour les conquérants, mais aussi quelques inconvénients. Parmi les avantages, j’ai déjà signalé que cela facilita la reddition de diverses villes et villages, ce qui supposa un coût militaire moindre. Cela permit aussi de pallier la faible capacité démographique catalane et aragonaise à repeupler les nouveaux territoires et d’assurer, par ailleurs, la continuité des cultures et de l’activité économique. Pour les nobles et ecclésiastiques qui avaient reçu des terres, la continuité des cultures fut un bénéfice important qui leur permit de recevoir des rentes immédiatement.
9Les inconvénients, pourtant, étaient aussi considérables ; le premier était la fragilité d’une domination fondée sur un nombre si faible de conquérants résidant en permanence ; la possibilité d’une révolte de la population musulmane soumise a toujours été présente dans la pensée des chrétiens et, pendant le XIIIe siècle, cette crainte est devenue réalité en diverses occasions. Les gouvernants savaient que, si ces révoltes trouvaient appui auprès des pays musulmans voisins, la domination chrétienne sur le royaume pouvait se trouver en danger. Le second inconvénient fut le manque d’homogénéité de la population, provoquant des tensions dans la cohabitation entre Sarrasins et chrétiens qui aboutit parfois à l’attaque des moreries.
10Après la conquête, rapidement les soulèvements commencèrent. La première insurrection débuta entre 1245 et 1246 et se termina vers 1249 ; la seconde, qui éclata en 125 1, fut vaincue en 1257 ; toutes deux furent dirigées par AI-Azraq, seigneur d’Alcalá, un notable sarrasin qui était resté dans ses terres après la conquête. La dernière des grandes insurrections éclata en 1275 et fut sur le point de provoquer la perte du royaume. Il semble qu’à cause des attaques des almogàvers chrétiens contre les communautés rurales musulmanes et le pillage de diverses moreries urbaines, on autorisa les Sarrasins à se réfugier dans les châteaux, ce qui leur permit de se rendre compte des déficiences de la défense chrétienne et de l’insuffisance des garnisons ; conscients de leur propre force, ils prirent les châteaux ; ainsi débuta une longue révolte qui se termina en 1277. Tout ce qui s’est passé resta dans la mémoire dynastique de la Maison de Barcelone qui, pendant plus de cent années, insista sur le fait qu’il fallait empêcher les Maures de s’approcher des châteaux.
11Chacun de ces soulèvements fut suivi par l’expulsion d’un grand nombre de Sarrasins des zones révoltées. La chronique autobiographique de Jacques Ier nous informe qu’après la première révolte, le roi se proposait d’expulser tous les Sarrasins du royaume, puisque l’insurrection le dispensait de l’obligation de tenir la parole donnée dans les capitulations de conquête. Bien que la sécurité et la défense du royaume aient été en jeu, les nobles dont les seigneuries étaient habitées par des Sarrasins se sont opposés au projet. Ils étaient mus, selon le roi, par des intérêts économiques égoïstes, puisque un vassal sarrasin était beaucoup plus rentable qu’un chrétien. Finalement, seuls les Sarrasins directement impliqués dans la révolte – environ 100.000 selon la chronique – furent expulsés, peut être à cause de l’opposition de la noblesse, mais aussi en raison des difficultés qu’aurait supposé une expulsion totale. Nous ne connaissons pas le nombre des Sarrasins expulsés dans les deux autres révoltes, mais il semble qu’il ait été aussi très élevé8.
12C’est ainsi que le rapport entre population chrétienne et musulmane dans le Royaume commença à changer. Les musulmans devinrent peu à peu minoritaires. Ce à quoi contribua aussi l’installation d’un plus grand nombre de chrétiens ainsi que la poursuite de l’émigration des Sarrasins valenciens, soit légalement, soit par des fuites en groupes à travers les montagnes, ou en masse à l’occasion des incursions de troupes nasrides venant de Grenade9.
13Malgré l’inversion du rapport numérique entre chrétiens et musulmans, la peur des chrétiens du royaume de Valence d’une révolte des Sarrasins et de leur possible collaboration avec l’ennemi extérieur ne disparut pas au XIVe siècle, puisqu’ils représentaient encore plus d’un tiers de la population. Cette proportion fut une des raisons de la détérioration de la situation de la population musulmane.
14Mais, plus que des révoltes, ce que l’on trouve souvent ce sont des fuites en masse. Nous savons qu’il y a eu divers cas, que j’ai déjà commentés dans quelques-unes de mes études. Une des premières fuites enregistrées eut lieu en 1287 à Xativa. Une incursion de genets de Grenade s’était enfoncée dans le royaume et arriva jusqu’à cette ville ; les Sarrasins habitant dans un faubourg hors les murs, n’eurent pas de difficulté pour suivre les genets dans leur retraite ; nous ne pouvons pas savoir si ces Sarrasins avaient collaboré avec l’armée nasride dans l’attaque de la ville et si leur départ fut volontaire ou forcé ; quoiqu’il en soit, la réaction chrétienne fut le sac de la moreria immédiatement après la retraite de l’armée nasride10. C’est un schéma que nous voyons se répéter en d’autres occasions.
15En 1304 se produisit une autre incursion nasride très importante. Elle avait été préparée pour faire coïncider une attaque terrestre avec une attaque par mer et un soulèvement armé des Sarrasins de la zone méridionale du royaume de Valence. Mais la conjonction des attaques terrestre et maritime ne réussit pas, la flotte ayant pris du retard à cause d’une tempête. Quand elle arriva sur la côte de Xàbia, l’armée de terre nasride s’était déjà retirée. En ce qui concerne les Sarrasins du pays, quelques uns collaborèrent avec l’armée nasride et beaucoup d’autres la suivirent dans sa retraite, au moins mille à deux mille quittèrent la région comprise entre Alcoi, Dénia et la frontière11. Les fuites en masse se répétèrent en 1331 et en 1332, à l’occasion de nouvelles incursions nasrides12
16Les grandes révoltes du XIIIe siècle ne se sont pas répétées au XIVe siècle. On sait qu’il y a eu des agitations, des réunions et des harangues religieuses en 1304, en 1331 et entre 1337 et 1340. A cette dernière occasion, il y eut des accusations concrètes contre quelques Sarrasins d’avoir eu des contacts avec le Maroc et avec Grenade afin de faire coïncider une révolte avec une attaque de ces États13. Que ces contacts aient existé et que ces pays aient incité secrètement au soulèvement ou à quitter le pays, cela est prouvé par un document très intéressant, quoique plus tardif, rédigé en arabe à Barcelone par un grenadin pendant le règne de Yusuf III de Grenade (1408- 1417), et dans lequel on incitait les Sarrasins de la Couronne d’Aragon à quitter le pays14. Mais il n’y eut pas de véritable soulèvement, pendant le XIVe siècle, excepté celui mené par les adeptes d’un certain Cilim, qui se proclamait prophète, en 1360, au cours de la guerre entre la Couronne d’Aragon et la Castille15.
17Un autre problème était celui de l’accusation permanente des chrétiens, à l’égard des Sarrasins résidents dans la zone de la frontière méridionale valencienne, de pratiquer la collaboration ou de cacher des almogàvers et des bandits de Grenade, lors de leurs incursions en territoire valencien pour voler du bétail ou enlever des personnes qui seraient ensuite vendues comme captifs à Grenade. Bien que la Couronne d’Aragon n’ait plus eu de frontière directe avec Grenade, les quelques kilomètres de territoire murcien qui la séparaient ne permettaient pas un isolement sûr, ce qui explique l’infiltration constante de groupes armés dans l’une ou l’autre direction. A la fin du XIVe siècle les almogàvers chrétiens répondirent aux incursions nasrides, non seulement par d’autres incursions en territoire de Grenade, comme d’habitude, mais aussi par la prise d’otages des aljames maures, pour lesquelles on demandait rançon. L’action des uns et des autres produisit tant de confusion que déjà en 1394 (avec un précédent en 1315) s’était imposée l’organisation d’une confraternité des aljames maures et des communes chrétiennes de la frontière méridionale. Celles-ci s’obligeaient réciproquement à répondre de façon solidaire, à l’égard de l’autre communauté, pour la recherche des disparus et pour le paiement des rançons, ou l’indemnisation pour les morts dans ces attaques16.
18La réalité ou le soupçon de contact entre Sarrasins valenciens et ceux des pays musulmans voisins, et la peur d’une révolte ont accru la méfiance que les chrétiens avaient envers les gens d’une autre religion. Dans les milieux populaires, ces sentiments débouchèrent souvent sur des assauts ou tentatives d’assaut de diverses moreries. Généralement ces crises ont coïncidé avec des périodes de guerre contre Grenade ou avec des rumeurs d’éventuelles attaques grenadines. Au niveau du gouvernement, cette méfiance s’est traduite par le contrôle des armes détenues par les Sarrasins, l’interdiction de s’approcher des châteaux, la restriction de la liberté de mouvements des Sarrasins et par la prise d’otages des aljames, généralement femmes et enfants, pour garantir leur loyauté quand on craignait une éventuelle attaque de Grenade17.
19 Les restrictions de la liberté de mouvements affectèrent en particulier les Sarrasins du gouvernement frontalier d’Oriola qui, en 1315, et à nouveau en 1375, furent obligés de circuler seulement de jour et par les grands chemins royaux et en aucune façon par les petits chemins ou sentiers ; s’ils avaient besoin d’irriguer leurs champs de nuit, parce que c’était leur tour, ils étaient obligés de prévenir leur seigneur ; ils ne pouvaient pas chasser, ni ramasser de bois ou cueillir de la sparte dans les territoires des villages autres que les leurs et, en plus, ils ne pouvaient pas chasser dans les territoires d’Oriola et de Guardamar, les plus proches de la frontière ; il leur était aussi interdit d’accueillir des Sarrasins étrangers au village et, s’ils en voyaient, ils étaient obligés de les capturer ou d’avertir un chrétien, ou au moins un Sarrasin voisin. Les punitions prévues pour les contrevenants étaient la mort ou la captivité, ce qui donne une idée de la rigueur de ces dispositions18.
Autres changements affectant la situation de la minorité musulmane
20Outre ces graves limitations imposées aux Sarrasins pour des raisons de sécurité dans le royaume de Valence au XIVe siècle, d’autres s’ajoutèrent, qui eurent un caractère général pour toute la Couronne d’Aragon.
21Les libertés fondamentales établies lors des pactes de reddition se réduisirent progressivement, sous la pression de plusieurs éléments. D’une part l’Église exigeait la ségrégation absolue, s’inquiétait de voir les démonstrations de la religion musulmane et voulait assurer la primauté de la religion chrétienne ; d’autre part, la société urbaine chrétienne, plus radicale et plus intransigeante encore que l’Église, s’irritait de la proximité des mosquées par rapport aux maisons chrétiennes, du son des anafils – les trompettes qui appelaient à la prière – et du bruit du travail des Sarrasins dans le silence des dimanches et jours de fête chrétiens. Finalement, la noblesse, d’habitude assez libérale en affaires religieuses et pour les questions de ségrégation, voulait empêcher ses vassaux sarrasins d’abandonner leurs terres et fit pression pour faire interdire l’émigration et restreindre la liberté de changement de résidence.
22En règle générale, la liberté religieuse a été respectée, bien que les musulmans aient perdu quelques mosquées, en particulier si, à cause de l’évolution urbaine, elles restèrent dans un quartier chrétien. Les musulmans se sont aussi souvent plaints de violations et de pillages de sépultures dans leurs cimetières.
23Mais ce dont ils se plaignirent le plus, ce fut de la limitation imposée à l’appel à la prière musulmane, la sala, que les muezzins faisaient du haut des minarets des mosquées, en invoquant le nom d’Allah. L’Église s’était donné pour objectif de faire taire la sala, qu’elle considérait comme une offense à la religion chrétienne. Le concile de Vienne de 1311 s’en préoccupa et interdit que l’on puisse chanter la sala en terre chrétienne. En conséquence, le Saint-Siège insista très fortement pour que les rois chrétiens concernés appliquent les décisions du concile. Pour cette raison, en 1318, le roi Jacques II se vit obligé de publier un statut très dur interdisant l’appel de la sala, et menaçant de la peine de mort les contrevenants. En d’autres temps, les rois de la Couronne d’Aragon auraient peut-être ignoré la décision papale, ou bien l’auraient publiée sans se soucier de la faire appliquer, mais Jacques II avait joué depuis le traité d’Anagni, en 1295, la carte de l’obédience au Saint-Siège. Cette attitude avait épargné à ses États la répétition d’attaques comme la croisade française contre des terres catalanes – qui avait échoué en 1285 – et lui avait rapporté la concession papale des royaumes de Sardaigne et de Corse ; pour la conquête de ces îles, il attendait d’obtenir l’aide de la papauté. Ainsi, donc, il obéit et demanda aux officiers royaux de convoquer les représentants des aljames les plus importantes pour leur expliquer la mesure, tenter de les apaiser et leur promettre qu’il n’y aurait pas d’autres limitations à la pratique de leur religion. Nous croyons que cette interdiction eut un grand impact, malgré les efforts du roi pour rassurer les aljames. De fait, depuis lors, les aljames ont toujours insisté pour obtenir la permission de chanter la sala. Dans quelques cas, le roi autorisa l’appel à la sala devant la porte de la mosquée et à voix basse, afin qu’elle ne puisse pas être entendue par les chrétiens.
24On ne réussit pas, par contre, à faire taire aussi l’anafïl. Pourtant, de nombreux chrétiens des villes pensaient qu’il était irrévérencieux qu’à l’aube et au coucher du soleil puisse s’entendre le son de l’anafil immédiatement après le premier son de la cloche qui appelait à la prière les chrétiens, sans attendre tous les autres coups de cloche. Une demande présentée aux cortès Valenciennes par le bras royal en 1371 fut rejetée par le roi.
25Le concile de Vienne avait interdit aussi les pèlerinages musulmans en terre chrétienne. En partie sous la pression de l’Église et en partie par peur de la concentration de Sarrasins. Au XIVe siècle, on limita les pèlerinages au sanctuaire d’Atzeneta, un petit lieu de la commune de Guadalest, une zone montagneuse dans la région méridionale du Pays valencien, où l’on vénérait le sépulcre d’un célèbre saint Abu Ahmad Sid Buna.
26Un des objectifs de l’Église a été d’obtenir la conversion de la population musulmane soumise au moyen de la prédication. Pour cela, on créa des écoles d’études orientales dans lesquelles les religieux, spécialement les dominicains, purent étudier la langue arabe et la religion musulmane, afin de réussir leur prédication. Mais pour convaincre, il fallait avoir un public, chose semble-t-il difficile à obtenir spontanément ; pour cela l’Église sollicita le concours de l’autorité civile afin d’obliger les Sarrasins à écouter les sermons des dominicains.
27Le prosélytisme réussit dans une certaine mesure. Les convertis au christianisme ont été plus nombreux que ce que l’on pensait, en particulier dans les villes, du fait du contact et de la pression du milieu. La conversion posait, cependant, bon nombre de problèmes : conservation des biens, dissolution ou permanence de la famille du converti, relations de celui-ci avec Sarrasins et chrétiens, etc. Souvent ces relations étaient conflictuelles19.
28L’une des conditions imposées par l’Église concernant la cohabitation dans le même territoire de communautés de religions différentes, fut la ségrégation complète, afin de sauvegarder la pureté de la foi chrétienne : ségrégation dans la résidence et les activités sociales, et ségrégation sexuelle. Après la conquête chrétienne, la ségrégation dans la résidence devint effective et la population musulmane fut reléguée vers les quartiers périphériques des centres urbains. Mais auparavant, il fut difficile de maintenir la ségrégation à l’intérieur des moreries, puisqu’y demeuraient les convertis et leurs descendants du fait de la contradiction entre les lois : les unes leur permettant de conserver leurs biens et les autres stipulant que chrétiens et Sarrasins devaient habiter séparément. De plus, il y eut une tendance à l’occupation des maisons vides des moreries par des chrétiens marginaux, en particulier les prostituées. Même les membres de la famille royale n’appliquaient pas la réglementation puisqu’ils obligeaient les Sarrasins à loger les officiers et les serviteurs royaux dans leurs maisons.
29La ségrégation sexuelle ne fut pas non plus observée strictement. Il y eut beaucoup d’infractions, mais elles furent châtiées ; la relation chrétien-sarrasine était très fréquente et signifiait l’esclavage pour la femme ; la relation sarrasin-chrétienne était plus rare, parce que le châtiment était très sévère : la mort sur le bûcher pour le Sarrasin. Une documentation abondante illustre des cas variés : erreurs judiciaires, destin des fils issus d’unions mixtes etc.20
30Précisément pour éviter ces contacts, l’Église avait exigé des rois chrétiens, depuis le concile de Latran de 1215, d’imposer aux Sarrasins une distinction vestimentaire, afin qu’ils ne puissent être confondus avec les chrétiens. Dans les premiers temps après la conquête, la différence était évidente parce que les Sarrasins s’habillaient de façon différente, mais par la suite, au XIVe siècle, par mimétisme ou par désir de ne pas trop se différencier, les Sarrasins, surtout les hommes, adoptèrent la façon chrétienne de s’habiller. Pour cette raison la Couronne imposa une coupe de cheveux particulière pour les Sarrasins et, dès la fin du XIVe siècle, un signe dans l’habit : un ruban jaune à la manche droite. Cette dernière mesure, décidée aux cortès générales de Monzon en 1390, suscita une grande résistance dans les aljames, qui sans doute la considérèrent infamante. Quelques aljames ont accordé des dons à la Couronne pour obtenir l’exemption de l’usage du signe distinctif21.
31Une autre des libertés fondamentales de la minorité musulmane qui eut à souffrir de graves limitations pendant le XIVe siècle et les premières années du XVe siècle, fut le droit d’émigrer. Ceci a peut-être provoqué une plus grande préoccupation encore parmi les aljames que les restrictions que nous avons commentées auparavant. Les capitulations de conquête avaient établi le droit des Sarrasins de rester dans le pays et leur droit d’émigrer. En général, l’attitude de la Couronne a été de permettre l’émigration, tant parce qu’elle s’y était engagée que parce que cela représentait des revenus importants : le dixième de tous les biens que l’émigrant emportait avec lui, en plus d’autres impôts. Les guerres ont causé, parfois, l’arrêt temporaire de l’émigration ; d’autres interruptions ont été dues à la pression de la noblesse, qui finalement réussit, en 1403, à faire interdire par le roi l’émigration des Sarrasins du royaume de Valence, par une constitution des cortès.
32La pression nobiliaire pour limiter le droit d’émigrer avait commencé avant même la chute démographique causée par la Peste Noire de 1348 et par la guerre avec la Castille de 1356-1369, mais elle s’accentua encore plus après ces désastres, à cause du manque de main d’oeuvre. La guerre avec la Castille, surtout, occasionna une diminution très importante de la population musulmane. Ce fut une guerre longue et destructrice, ayant eu lieu dans l’Aragon et dans ce même royaume de Valence, qui resta dévasté. Tout comme les paysans chrétiens, les Sarrasins ont vu leurs terres brûlées, les arbres et les vignes abîmés ou coupés, les récoltes détruites, les animaux et les biens de valeur volés ; de plus, eux-mêmes devinrent le butin, soit des armées de Pierre le Cruel de Castille, s’ils ne se soumettaient pas lors de son avancée dans les terres Valenciennes, soit de leur propre roi, Pierre le Cérémonieux, s’ils n’avaient résisté suffisamment contre l’ennemi ; beaucoup furent vendus comme captifs. Par ailleurs Pierre le Cruel de Castille, en quelques occasions déporta des aljames entières en Castille, comme celles de Bunyol et de Xiva, qui finalement s’installèrent dans des lieux aussi éloignés que Palma del Rio, dans la région de Cordoue. Il semblerait, aussi, que beaucoup de Sarrasins des zones frontalières du gouvernement d’Oriola réussirent à fuir à Grenade22.
33S’enfuir furtivement à Grenade était l’une des méthodes utilisées d’habitude par ceux qui voulaient émigrer dans un pays musulman, et pas seulement en temps de guerre. Beaucoup de Sarrasins étaient poussés à l’émigration clandestine par le coût très élevé de l’impôt de sortie et par les dangers que les émigrants devaient affronter dans leur voyage. La légalité de la sortie n’entraînait pas une plus grande sécurité, au contraire, elle signifiait un départ connu et donc, bandits et corsaires, par terre ou par mer, les guettaient pour les attaquer et les voler. Certes, les émigrants clandestins couraient le risque de tomber en captivité s’ils étaient découverts23.
34Malgré les avantages que pouvait supposer pour eux le fait d’habiter dans un pays musulman, beaucoup ne réussissaient pas à s’adapter à une nouvelle société et revenaient dans leur lieu d’origine en terre chrétienne. Sachant cela, tant la Couronne que quelques nobles intéressés à accroître sur leurs terres une population si productive, menèrent en quelques occasions des opérations de racolage d’immigrés à Grenade et au Maghreb pour les convaincre de retourner sur leurs terres.
35Les voyages à l’extérieur, pour affaires commerciales ou familiales, ou bien pour effectuer le pèlerinage à La Mecque, étaient permis, même s’il fallait une autorisation de sortie, une caution et des garants pour assurer le retour du voyageur. De même, la circulation intérieure était permise, même si elle était soumise dans le royaume de Valence, et surtout dans le gouvernement d’Oriola, à quelques restrictions pour des raisons de sécurité, comme je l’ai déjà dit. La liberté de changer de lieu de résidence en théorie était totale, mais dans la pratique elle était restreinte tant par les engagements de résidence des Sarrasins24 que par les divers recours utilisés par les seigneurs pour les retenir. A la fin du XIVe siècle, les nobles ont fait pression pour rendre plus difficiles les migrations intérieures et ne pas perdre leurs vassaux, mais dans ce cas, ils n’ont pas atteint leur objectif, contrairement à ce qui s’est passé pour l’émigration, interdite dans le royaume de Valence en 1403, comme je l’ai dit plus haut25.
36La prohibition de la liberté d’émigration a supposé une rupture des pactes conclus entre les Sarrasins et la Couronne, ce qui fut un motif de mécontentement et de méfiance. Pour le pays, cela signifia de sacrifier aux intérêts particuliers de la noblesse la méthode qui permettait, peu à peu et volontairement, de réduire une minorité très importante et difficilement assimilable, alliée potentielle des ennemis extérieurs : Grenade, jusqu’à l’extinction de ce royaume en 1492, les États du Maghreb ou l’empire ottoman plus tard. La solution donnée à ce problème a été finalement l’expulsion, après avoir tenté l’assimilation culturelle et religieuse.
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37Après avoir mis en évidence les aspects négatifs de l’évolution du statut de la minorité musulmane dans la Couronne d’Aragon et en particulier dans le royaume de Valence, je ne voudrais pas terminer sans souligner les aspects positifs. Par exemple, la minorité musulmane ne fut pas représentée dans les cortès, mais les notables des aljames, au moins ceux du royaume de Valence, pouvaient se réunir périodiquement en assemblées pour traiter des affaires qui concernaient leur communauté26 et une des charges de la cour, celle de manescal, était toujours réservée à un notable sarrasin27 Cette charge permettait d’avoir accès au roi, comme celle de l’alcade majeur, qui voyait, en seconde instance, les procès des Sarrasins dans toute la Couronne d’Aragon28. La garde du roi, enfin, appelée la geneta, était formée par des chrétiens et aussi par des Sarrasins29 ; elle devait apparaître aux yeux des visiteurs étrangers comme un symbole clair de la société multi-ethnique de la Couronne d’Aragon.
38J’ai déjà dit que les divers bras ou États du royaume se sont efforcés de restreindre les libertés des Sarrasins : l’Église, pour la pratique religieuse et par la ségrégation, les nobles pour ce qui concernait la liberté de mouvements, tandis que la population urbaine, qui formait le bras royal, alternait entre des périodes de cohabitation et des mouvements xénophobes et anti-musulmans. Des raisons de sécurité imposèrent d’autres restrictions. Mais même ainsi, il faut reconnaître qu’en aucun autre lieu, les droits de la population musulmane vaincue n’ont été respectés à ce niveau. Les rois de la Couronne d’Aragon, et spécialement ceux de la dynastie de Barcelone, peut-être par la mémoire familiale de l’engagement pris dans les capitulations, ont respecté en général la parole donnée. Ils n’ont absolument pas méprisé le fait de compter avec l’existence de cette minorité dans leurs royaumes. Au contraire, ils s’enorgueillirent de régner sur trois religions, mais ils n’en ont pas moins été pour cela, tout comme ceux de Castille, le bastion de la Chrétienté face à l’Islam dans la Méditerranée occidentale.
Notes de bas de page
1 Je remercie Cécile Crabot, Damien Coulon, Dominique Valérian et Mahine Behrouzi, qui ont eu la gentillesse de corriger mon français pour le rendre lisible.
2 R.I.B ums, « The Significance of the Frontier in the Middle Ages », dans R. Bartlett, A Mackay (sous la direction de), Médiéval Frontier Societies, Oxford, Clarendon Press, 1989, p. 321.
3 Sur la conquête de Majorque cf. A. Santamaria, Ejecutoria del Reino de Mallorca. 1230-1343, Palma de Mallorca, Ajuntament, 1990. Pour la conquête de Minorque : E. Lourie, « La colonización cristiana de Menorca durante el reinado de Alfonso III el Liberal, rey de Aragòn », dans Crusade and Colonisation, Aldershot, Variorum Reprints, Londres, 1990, V, p. 135-186, et « Free Moslems in the Balearics under Christian rule in the thirteenth century », ibid., VI, p. 624-649.
4 Cf. M. Sanchis Guarner, « Epoca musulmana », dans Historia del Paìs Valencià, I. Prehistòria i Antiguitat, Barcelona, Edicions 62, 1965, p. 316-333. Cf. aussi les travaux innombrables de. R.I. Burns, Colonialisme médiéval, Valence, Très i Quatre, 1987 et autres ; des résumés du même R.I. Burns et de P. Lopez Elum, dans Historia del Pais Valencià, II, Barcelone, Edicions 62, 1989, p. 43-167. Cf. aussi le livre récent de P. Guichard, Les Musulmans de Valence et la Reconquête (XIe-XIIIe siècles), Damas, Institut Français de Damas, 1990-1991.
5 A. de Capmany, Memorias histôricas sobre la Marina, Comercio y Artes de la antigua ciudad de Barcelone, réed. E. Giralt y Raventós et C. Batlle y Gallart, Barcelone, Cámara Oficial de Comercio y Navegacion, 1961, II, doc. 24, Cf. aussi M.T. Ferrer i Mallol, Lafrontera amb l’Islam en el segle XIV. Cristians i sarraïns al Pals Valencià, Barcelone, CSIC, Institucio Milà i Fontanals, 1988, p. 2.
6 P. Iradiel, El segle XV. L’evolució econàmica, a Histôria del Pals Valencià, II. De la conquesta a lafederació hispànica, Barcelona, 1989, p. 270.
7 A. Ferrando, Un « mossàrab » valencià a l’època de Jaunie I ? . Valence, 1994 (« Saô » Monogràfics, 21, Els mossàrabs valencians), p. 18-19.
8 Cf. M.T. Ferrer, Lafrontera amb l’Islam, op. cit., p. 2-5, et aussi « Les mudéjars de la Couronne d’Aragon », dans Minorités religieuses dans l’Espagne médiévale, Revue du monde musulman et de la Méditerranée, 1993, p. 63-64, où l’on trouvera la bibliographie précédente.
9 M.T. Ferrer, La frontera amb l’Islam, op. cit., p. 7-10, et Els sarraïns de la Corona catalano-aragonesa en el segle XIV. Segregació i Discriminació, Barcelone, CSIC, Instituciô Milà i Fontanals, 1987, p. 150-198.
10 E. Lourie, « Anatomy of Ambivalence. Muslims under the Crown of Aragon in the Late Thirteenth Century », Crusade and Colonisation, 7, p. 9. M.T. Ferrer i Mallol, « La moreria de Xàtiva (segles XIV-XV) », dans Xàtiva. Els Borja, Una projecció europea, 1. Catàleg de l’exposició, Xàtiva, 1995, p. 189.
11 M.T. Ferrer, Lafrontera amb l’Islam, op. cit., p. 84-90.
12 Ibid., p. 128-134.
13 Ibid., p. 38-41.
14 W. Hoenerbach, « Cuatro documentes mudéjares originarios de Cataluña y de Levante », dans Homenaje al Prof. Dario Cabanelas Rodriguez OFM, con motivo de su LXX aniversario, I, Grenade, Universidad, 1987, p. 369-379.
15 M.T. Ferrer, Lafrontera amb l’Islam, op. cit., p. 41-43.
16 M.T. Ferrer, La frontera amb l’Islam, op. cit., p. 47-72 et 187-222. Cf. aussi J.E. López de Coca Castaner, « Los mudéjares valencianos y el reino nazari de Granada. Propuestas para una investigación », dans En la Espaiia Médiéval. Estudios en memoria del Prof. D. Salvador de Moxó, I, Madrid, Universidad Complutense, 1982, p. 643-666 ; M.D. Meyerson, « The War against Islam and the Muslims at home. The Mudejar Predicament of Valencia during the Reign of Fernando el Catolico », Sharq al Andalus, 3 (1986), p. 103-11. Cf. aussi sur la confraternité, en plus des ouvrages cités : A. Nieto Fernandez, « Hermandad entre las aljamas de moros y las villas de la gobernación de Orihuela en el siglo XV », dans Primer Congreso de Historia del Pais Valenciano. II, Valence, Universidad, 1980, p. 749-760 ; J. Torres Fontes, « La hermandad de moros y cristianos para el rescate de cautivos », dans I Simposio International de Mudejarismo. Actas. Madrid-Teruel, 1981, p. 499-508.
17 M.T. Ferrer, Lafrontera amb l’Islam, op. cit., p. 21-37.
18 Ibid., p. 37-38 et Els sarraïns, op. cit., p. 106-113.
19 M.T. Ferrer, Els sarraïns. op. cil, p. 63-101.
20 Ibid., op. cit., p. 1-39.
21 Ibid., op. cit., p. 41-60.
22 Ibid., op. cit., p. 247-183.
23 Ibid., op. cit., p. 185-210.
24 S’ils profitaient d’une remise d’impôts pour s’établir dans quelque village ou hameau, ils étaient obligés d’y habiter pendant quelques années, entre cinq et vingt, selon les cas : ibid., op. cit., p. 129-133.
25 Ibid., op. cit., p. 119-146.
26 M.T. Ferrer, Lafrontera amb l’Islam, op. cit., p. 44.
27 Le manescal était en même temps vétérinaire et chef des maréchaux-ferrants, puisqu’il avait la responsabilité de la santé et du bon état des chevaux royaux. Ont occupé la charge : Hamet Abenxoa, avant 1339. après Abraym Abenxoa et plus tard, vers 1362, Faraig de Bellvìs, puis Alì de Bellvìs en 1397 etc. : M.T. Ferrer, Els sarraïns, op. cit., p. 31, 161-162, 167-168, et Lafrontera amb l’Islam, op. cit., p. 158 et ACA, C, reg. 866. f. 64 r. (1339, juin, 9) et reg. 2223, f. 33 v.-34 r. (1397. décembre, 22) etc...
28 La famille Bellvìs a occupé longtemps cette charge. Sur cette famille : M.V. Febrer Romaguera, « Los Bellvis : una dinastia mudéjar de alcadìes generales de Valencia, Aragon y principado de Cataluña », dans Actas del III Simposio Internacional de Mudejarismo (Teruel, 1984), Teruel, Instituto de Estudios turolenses. 1986, p. 277-290.
29 La geneta n’a pas encore été étudiée ; souvent les membres musulmans étaient des mercenaires maghrébins, mais quelques-uns semblent être du pays, comme Maçot el Ginet, de la maison du roi en 1341 : M.T. Ferrer, Els sarraïns, op. cit., p. 198.
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