De la plaine à la mer : Les gouvernements communaux et les problèmes d’émigration outre-mer
p. 9-21
Texte intégral
1 La lecture des actes des notaires génois, publiés pour Péra et Caffa, laisse entrevoir la présence au sein des établissements génois de Méditerranée orientale de gens venus des villes de l’intérieur ou de leur contado 1. Il s’agit alors le plus souvent d’artisans d’origine, qui sont venus tenter leur chance en Orient et qui s’y livrent à des trafics commerciaux fructueux2. Par ailleurs, à Gênes même, outre les commerçants venus de villes comme Lucques, Florence ou Plaisance, se rencontrent dans le quartier des artisans du textile des hommes originaires des villes lombardes, mais aussi en d’autres lieux de la ville des hommes arrivés sur le port ligure et qui n’ont aucun lien avec les représentants des grandes sociétés commerciales et bancaires qui y trafiquent3. Une telle émigration s’inscrit-elle dans le cadre d’une politique concertée entre les gouvernements communaux lombards et génois ? La réponse ne saurait être donnée sans un examen attentif des conditions même dans lesquelles pouvait s’exercer un tel déplacement d’une ville à l’autre. Il convient ainsi d’examiner tant les données propres au milieu de départ qu’au milieu d’arrivée pour saisir le fondement des déplacements des individus à l’époque communale. Nous exclurons bien évidemment les marchands des villes de l’intérieur, appelés par nécessité à se déplacer, et qui répondent à une motivation tout autre, d’autant qu’ils sont, eux, sous la protection d’accords entre gouvernements et que des consuls les représentent face aux autorités génoises4.
2Étudier les phénomènes migratoires revient à s’interroger sur les facteurs qui peuvent jouer pour pousser les individus à quitter leur territoire d’origine5. La psychologie individuelle, collective, la sociologie, l’économie, ont toujours leur part dans tout ce qui contribue au déplacement des individus. En fait l’impulsion migratoire répond à un faisceau de besoins, à des aspirations diverses qui engendrent autant d’espoirs que de souffrances. L’imagination des hommes, le mirage de terres promises, sont sans doute les aspirations majeures qui entraînent les hommes à quitter leurs lieux d’origine à la recherche d’une condition de vie meilleure. Reste que ces flux peuvent être ou non individuels, et répondre alors à des incitations personnelles au départ ou être ordonnés par les gouvernements, et dès lors participer à des opérations de déplacement programmées. Dans le cas présent, il nous appartient de rechercher si les gouvernements communaux des villes de l’intérieur ont pu avoir leur part dans les déplacements d’individus qui se retrouvent par exemple à Caffa à la fin du XIIIe siècle.
3Une première observation s’impose à partir d’une ville comme Plaisance, dont la colonie marchande établie à Gênes était l’une des plus importantes. Le gouvernement communal de Plaisance a bien pris soin de reconnaître les consuls des marchands de Plaisance à Gênes, mais les Statuts des marchands sont muets en ce qui concerne la population et d’autres habitants de Plaisance qui voudraient s’établir à Gênes6. Il en va de même des Statuts urbains 7. Les Statuts des marchands, qui organisent non seulement l’arte des marchands, mais aussi toutes les professions qui relèvent de l’exportation, et particulièrement celles du textile, ne comportent aucune rubrique qui intéresserait d’éventuels déplacements d’artisans. Mieux même, ces mêmes statuts s’efforcent de protéger les produits de la ville contre toute contrefaçon, interdisant notamment l’exportation des procédés de fabrication propres à l’industrie placentine des futaines. Face à la concurrence des autres villes lombardes, Milan ou Crémone surtout8, les autorités communales placentines s’efforcent de maintenir la qualité de leurs produits et punissent ceux qui viendraient à nuire aux ateliers placentins en venant à imiter les produits typiques de l’industrie citadine. La politique protectionniste des gouvernements communaux en matière industrielle est bien connue, qui les mène à interdire l’exportation des méthodes de fabrication propres aux ateliers de leur ville9.
4Il ne faut pourtant pas se dissimuler que sont présents à Gênes des artisans venus des villes lombardes, et qui travaillent dans les ateliers textiles du port ligure. Il est bien connu que l’industrie textile génoise a pris son essor aux environs de 123010. Après les artisans flamands, qui ont permis le démarrage à Gênes de la fabrication des draps, sont arrivés ceux venus d’abord des zones voisines de la ville, puis des villes lombardes. Le gouvernement génois, et surtout les marchands dont il était l’émanation, n’a pu qu’encourager l’arrivée dans la ville de gens qui apportaient leurs bras et leurs compétences pour une industrie qui, rapidement, fournit des produits d’exportation dont tire profit l’élite marchande au pouvoir, surtout à partir du moment où s’ouvre le grand marché asiatique après 1260. Les artisans lombards ne pouvaient évidemment venir s’établir à Gênes que dans la mesure où ils y trouvaient des conditions d’accueil satisfaisantes, supérieures à celles de leur milieu d’origine.
5 Or, il est clair que les gouvernements communaux étaient hostiles à voir leurs dépendants s’expatrier. Mais il est non moins évident que les mesures prises pour empêcher le départ éventuel de leurs artisans n’étaient pas très efficaces. Et de ce point de vue, il faut bien observer que chaque gouvernement communal s’efforce de s’opposer à l’émigration de ses artisans, mais par ailleurs il encourage l’installation de ceux qui voudraient venir s’établir là où ils pensent trouver bon accueil11. De ce point de vue joue la concurrence entre gouvernements communaux pour attirer en permanence de nouveaux producteurs. C’est un moyen d’affaiblir, pensent les autorités communales, un rival dangereux pour la production textile locale que de lui retirer quelques éléments de sa main d’oeuvre, qui en lui faisant défaut seront à la base d’une baisse des fabrications entrant dans la concurrence sauvage que se livrent, à la fin du XIIIe siècle, les villes italiennes.
6Les gouvernements communaux sont ainsi incités à garder leur main d’oeuvre et si possible à en retirer une partie à leurs concurrents. Or, cette main d’oeuvre si précieuse, les villes italiennes se la procurent prioritairement dans leur contado 12. Il est bien connu que la ville s’est toujours nourrie pour son développement démographique des campagnes environnantes dans les sociétés préindustrielles. Les contrats d’apprentissage sont particulièrement parlants, qui voient les gens des villages du contado placer leurs enfants près d’un chef d’atelier, à qui ils fournissent d’ailleurs à date fixe des volailles pour assurer la rémunération de leur apprentissage13. Les ateliers textiles de Crémone, Pavie, Plaisance, voire Milan, ont ainsi à leur disposition une réserve de main d’oeuvre disponible et peuvent accueillir les surplus démographiques que ne pourrait retenir le contado. Garçons et filles, venus du contado, après un apprentissage de plusieurs années, participent par là au renouvellement de la main d’oeuvre citadine et contribuent à l’accroissement constant des cités.
7Au cours de la deuxième moitié du XIIIe siècle, les régimes « populaires » resserrent leur emprise sur le contado 14. C’est le moment où le contado devient d’une part un débouché pour les produits de moindre qualité issus des ateliers urbains, en même temps qu’il constitue un grand réservoir de main d’oeuvre autant qu’un fournisseur de certaines matières premières. Si l’essor économique a tendance à se ralentir au début du XIVe siècle, il n’en reste pas moins que la population a cru partout. Or, il semble que les terres à conquérir soient désormais réduites. Pour n’en prendre qu’un exemple, celui du contado de Plaisance, sans doute plus parlant que celui de Crémone, beaucoup plus étendu sur la plaine padane, la Montagne placentine a certes été mise en valeur, mais lorsque la Peste Noire éclate, les terroirs les moins productifs sont très vite abandonnés15. Le XIIIe siècle n’avait pas connu dans les campagnes lombardes une véritable pression démographique telle qu’ait pu s’imposer une émigration lointaine. La ville absorbait une grande partie du surplus démographique du contado, où des terres nouvelles continuaient à être mises en valeur, quand bien même le phénomène des défrichements ait été très ralenti. Même si un certain ralentissement se produit au début du XIVe siècle, les conditions de vie ne sont pas telles que les hommes aient éprouvé le besoin ou le désir de s’expatrier loin de leur patrie d’origine en grande masse.
8Il pourrait être facile d’expliquer le peu d’empressement des gouvernements communaux à soutenir un mouvement d’émigration lointaine par l’attachement à la mère patrie. De ce point de vue, les éloges de villes pourraient être allégués comme témoignage d’un certain patriotisme municipal. Il convient cependant de nuancer très fortement une telle allégation. Les laudes civitatum sont généralement l’oeuvre d’ecclésiastiques ou de laïcs issus des milieux dirigeants, défenseurs du régime communal dominé par les aristocrates établis en ville. Aussi ne faut-il concevoir ce patriotisme communal (ou municipal) que comme l’expression de l’élite aisée des villes16. Quant aux milieux plus humbles, le seul véritable témoignage qui puisse être avancé vient de l’affirmation par les artisans émigrés à Gênes de leur vicinia, de leur cité d’origine17. Encore faut-il y voir sans doute plus une manière de faire reconnaître sa provenance que de proclamer son amour envers sa petite patrie. L’onomastique montre que bien des noms de la fin du XIIIe siècle continuent de se rattacher au lieu géographique originel des individus18. Rappeler sa vicinia va plus ou moins dans ce sens.
9Développer la production intérieure, protéger les intérêts industriels et commerciaux de la cité, telle était la politique voulue par les gouvernements communaux, peu tentés par l’idée de mander des représentants outre-mer. Tout au plus les Statuts des marchands de Plaisance s’intéressaient-ils à l’établissement des marchands placentins et à leur défense face aux autorités étrangères par le système du consulat19. Maintenir la population de la ville, prendre en charge ses intérêts propres, lui assurer son ravitaillement, telles étaient les préoccupations prioritaires des gouvernements communaux20. Certes les villes communales étaient troublées par les luttes guelfes-gibelins, et de telles luttes auraient pu éventuellement entraîner le départ des vaincus, chassés de la ville21. Or, les extrinseci entendent à tout moment revenir au pouvoir et ne songent en rien à s’exiler au loin. Si les luttes internes retentissent parfois sur le destin des affaires commerciales, elles ne poussent en rien à une migration lointaine des uns ou des autres. La recherche d’une revanche, le plus souvent à partir de la ville voisine qui recueille ceux qui attendent des temps meilleurs, l’amour du pouvoir portent les hommes des factions guelfes ou gibelines à vouloir ne pas s’éloigner de leur ville d’origine. Les gouvernements communaux d’ailleurs ne tentent même pas d’inciter leurs adversaires à tenter de s’éloigner. Tout au plus les repoussent-ils aussi loin que possible dans le contado, mais le plus souvent l’appui des factions victorieuses dans les villes voisines assure une retraite et un abri aux vaincus, le temps que se révèle le moment favorable pour expulser ceux qui jouaient le rôle d’intrinseci22.
10 Il ne saurait donc y avoir de politique favorable des gouvernements communaux des villes de l’intérieur à concevoir et mettre sur pied des plans de soutien à une émigration outre-mer, leurs préoccupations majeures étant tournées vers tout ce qui peut contribuer à l’honneur et à la beauté de leur ville face à ses concurrentes. Les problèmes de production industrielle, de protection des fabrications de la ville sont les aspects majeurs d’une politique économique qui les amène à maintenir autant que faire ce peut la population citadine sur place et à ne pas encourager les hommes établis à quitter leur ville et leur région. Alors que la prospérité, entretenue d’ailleurs depuis les ports par l’exportation des produits textiles, ne fait que croître, il n’apparaît pas possible aux gouvernements communaux lombards de se priver d’une main d’oeuvre qui se révèle un atout indispensable pour l’essor industriel23. Comme il n’y a pas à proprement parler une véritable pression démographique qui exigerait des départs vers des régions plus favorisées, comme les ressources alimentaires autorisent un équilibre satisfaisant entre subsistances et population de la ville et du contado, il n’est jamais apparu nécessaire aux gouvernements communaux de concevoir la moindre politique fondée sur le besoin absolu d’une migration lointaine.
11Si les gouvernements communaux lombards ne sauraient donc encourager l’émigration outre-mer, à tout le moins qu’en était-il de ceux de Venise et de Gênes, les deux ports qui au cours du XIIIe siècle étaient parvenus à se rendre maîtres d’établissements coloniaux ? La réponse est de ce point de vue différente selon l’une et l’autre des deux villes. Venise, la première à s’être emparée d’un domaine colonial aux dépens de l’empire byzantin, avait conçu une véritable politique de peuplement en ce qui concerne la Crète, les autres parties du domaine colonial vénitien se réduisant à des escales le long de la route Venise-Constantinople24. Il est certain que le gouvernement vénitien voyait dans l’île crétoise une terre susceptible de lui fournir le ravitaillement en blé, huile et vin que l’arrière-pays lombard réservait de plus en plus aux cités padanes en pleine expansion démographique, et que la Pouille et la Sicile, en raison des conditions politiques liées à la politique Staufen, ne lui assuraient qu’épisodiquement25. Mais la Crète était une île largement occupée et mise en valeur par ses propres habitants. Aussi la colonisation de peuplement vénitienne a-t-elle été de plus en plus représentée par une poli – tique d’encadrement militaire des indigènes et non une véritable politique d’établissement de citoyens vénitiens et d’hommes venus de l’arrière-pays lombard. Il ne saurait être possible de qualifier la Crète de terre d’accueil de « colons » lombards, d’autant que la Sérénissime réservait en priorité à ses habitants le bénéfice de l’établissement en Crète. Ce n’est donc pas Venise qui se montre réellement favorable à une émigration outre-mer. Tout au plus admet-elle l’établissement à Nègrepont de quelques commerçants lombards26.
12Les conditions génoises sont tout autres. La ville s’est révélée être un centre d’accueil tant de commerçants que d’artisans venus de l’arrière-pays lombard, gens qui se sont insérés dans la population du port ligure aux côtés des hommes que la ville attire des collines voisines de la ville et des Rivieras. C’est après 1260 et le traité de Nymphée que le gouvernement communal génois peut véritablement concevoir une politique « coloniale »27. Mais à la différence de Venise, pour qui la Crète représentait une terre de peuplement, le domaine colonial génois se compose plus de colonies, points de pénétration du domaine byzantin et mongol, que de terres à mettre en valeur. Caffa ou Péra sont prioritairement des points d’appui en mer Noire, à partir desquels il est possible aux commerçants génois de pénétrer les rives de la mer Noire et les steppes russes et asiatiques28. Certes, ce sont des points avancés, dont il convient d’assurer la défense. Aussi le gouvernement communal génois a-t-il dû se préoccuper de mander des hommes à Caffa. Or, sur les 578 personnes identifiées en 1289-1290 par M. Balard, comme installées à Caffa, il y a à peine une cinquantaine de personnes venues des villes de la plaine du Pô : Bergame, Crémone, Mantoue, Milan, Pavie, Parme, Plaisance, Vérone et en ajoutant celles venues du Piémont et de Romagne, l’on arrive à 95, soit 17 % de la population d’origine italienne29. C’est avant tout la Ligurie qui participe de ce mouvement d’émigration au plus beau moment de l’expansion territoriale et commerciale de Gênes. Assurément Gênes accepte plus libéralement les hommes venus des villes de l’intérieur que Venise, et de ce point de vue il en allait de même pour les hommes d’affaires qui faisaient de Gênes le centre de leur stratégie commerciale plus que Venise. Est-ce à dire que cette population partait sans espoir de retour ? Venus d’horizons divers, les habitants de Caffa à la fin du XIIIe siècle sont très souvent dénommés habitatores de Caffa30. Mais il faut dire que la colonisation de Caffa n’en est encore qu’à ses débuts. La population issue des villes lombardes continue de se réclamer de sa ville d’origine31.
13Le courant d’émigration de Lombards vers Gênes n’est assurément pas négligeable, malgré les efforts des gouvernements communaux pour retenir leur main d’oeuvre industrielle. Il s’agirait cependant essentiellement d’individus et s’opposerait à nouveau ici ce que beaucoup d’historiens ont dénommé l’individualisme génois à la solidarité étatique vénitienne. La plupart de ceux qui sont signalés dans les actes de Caffa sont des hommes arrivés à Gênes, qui parfois avaient commencé à s’y établir, avant de se rendre en Orient. Les informations manquent pour dire comment le gouvernement communal génois a pu prendre en main le flux migratoire de Gênes vers la Méditerranée orientale, sans doute les grandes familles commerçantes : les Cigala, Mallone, Doria, Lercari ou Zaccaria ont-elles prêté main forte à ces déplacements de population, indispensables pour assurer le contrôle et la mainmise du gouvernement communal sur le comptoir colonial de Caffa32.
14Colonisation mercantile, la colonisation génoise ne pouvait attirer qu’un nombre réduit de gens venus des villes de l’intérieur, d’autant plus que le surplus démographique des collines environnant la ville comme des Rivieras fournissait au gouvernement communal génois des hommes prompts à gagner la Méditerranée orientale33. Ceux qui, originaires des villes de l’intérieur, acceptaient de s’expatrier sont avant tout des gens tentés par l’aventure, à la recherche de la fortune. Ils fuient une condition modeste en espérant améliorer leur sort. L’analyse qui peut être faite par exemple d’un individu comme Jacobus de Bobbio le montre bien. Témoin en divers actes, il est socius stans pour une commende du 7 juillet 1290 où il engage près de Gerardus Lexer, son compatriote, 200 aspres barricats. Le 18 juillet 1290, il conclut un contrat de change avec Enrico de Comezana pour une somme de 375 livres de Gênes. Le 1er août, il prête 200 aspres barricats à Oberto Rasparello d’Asti. Il se livre à un trafic de cuirs de boeufs le même jour. Il est clair qu’à partir de ces actes Jacobus est venu en Orient pour y pratiquer un trafic commercial dont il attend un large profit34. L’exemple de Jacobus pourrait être répété pour d’autres individus venus de Plaisance ou du contado.
15Dans les conditions où se déroule ainsi le départ des gens des villes de l’intérieur vers l’Orient méditerranéen, il serait difficile d’imaginer que le gouvernement communal génois n’y ait pas pris quelquefois sa part, en encourageant sous des formes qui nous restent mal connues l’expatriation de ceux qui entendent tenter fortune en Orient autant qu’ils contribuent à assurer la défense et la prospérité des comptoirs génois. Mais si s’expatrier pouvait répondre à des incitations majeures pour les gens des collines de l’arrière-pays génois ou des Rivieras, il n’en va absolument pas de même pour ceux venus des villes de l’intérieur. Les routes qui de Milan et Pavie ou de Plaisance portent les hommes vers Gênes ne sont en rien comparables à celles qui, à la fin du XIXe siècle, sont parcourues en Italie méridionale par ceux qui, poussés par la misère, vont à Naples ou Palerme afin de gagner le nouveau continent à la recherche d’un sort meilleur. Peut-être est-il permis de dire que le mirage oriental soutient ceux qui se rendent à Péra ou Caffa, mais en aucun cas il n’y a véritablement émigration de la misère en cette fin du XIIIe siècle pour les Lombards, alors que les horizons leur restent encore largement ouverts en Italie même, pour tenter de continuer à conquérir de nouvelles terres, même si les meilleures sont désormais occupées et mises en valeur.
16Mirage oriental, précisions-nous. Là aussi il est nécessaire de nuancer. De l’Orient, les hommes du XIIIe siècle n’ont que des connaissances relativement vagues35. Si les marchands font certes circuler à la fin du XIIIe siècle des connaissances nouvelles quant au continent asiatique, après les voyageurs ecclésiastiques, il subsiste bien des représentations traditionnelles dans l’esprit des hommes des environs de 1300. Si la Terre sainte est relativement bien connue à partir des récits des pèlerins, les mondes lointains restent objet de connaissances mythiques36. L’Asie demeure pour beaucoup de gens le pays des peuples monstrueux, et les récits de Jean de Plan Carpin37 ou de Ricoldo de Monte di Croce38 sont là pour montrer combien les hommes de la fin du XIIIe siècle mêlent la réalité aux mirages anciens de la tradition. Comment les récits de l’un et de l’autre ont-ils été perçus par les Occidentaux, rien ne le montre mieux que la réaction de Salimbene lors de sa rencontre avec Jean de Plan Carpin. Il a écrit, dit-il, un grand livre sur les Tartares et autres merveilles du monde, et la lecture de son livre le portait à s’appesantir en rapportant les actions des Tartares, et là où ceux qui lisaient s’émerveillaient ou ne comprenaient pas, il expliquait à loisir39. L’étonnement du bon franciscain ne saurait surprendre et correspond à celui des humbles de l’époque. S’éloigner et gagner des terres inconnues n’encourage que médiocrement des candidats éventuels au départ. Certes, Caffa se présente comme une petite Gênes, mais aux portes des terres mongoles, et gagner Caffa demande d’affronter la mer, autre élément non moins redouté des hommes. Seul l’espoir de pouvoir améliorer leur sort pouvait soutenir ceux des Lombards qui entendaient se rendre en Orient et qui étaient portés par l’esprit d’aventure.
17L’image de Jacobus de Bobbio porte à se demander si ces gens venus des villes de l’intérieur ne disposaient pas de certains capitaux pour s’expatrier. Certes, les sommes mises enjeu par Jacobus ne sont pas considérables, mais nous ignorons depuis quand il était établi à Caffa. S’agit-il de sommes réinvesties, gagnées en d’autres contrats antérieurs ? S’agit-il de sommes qu’il a apportées avec lui lors de son départ de Gênes ? Il semble avoir conservé des liens avec la société génoise, puisqu’il peut conclure un contrat de change de Caffa sur Gênes, pour faire remettre à son client 370 livres. Les autres exemples ne sont guère plus explicites, pour qu’il soit permis de dire s’il s’agit de petits capitalistes intéressés au trafic de la mer Noire ou d’aventuriers à la recherche de la fortune. Les artisans venus de Pontenure ou de Plaisance peuvent fort bien avoir liquidé leurs biens avant leur départ et en tirer parti pour venir s’établir en Orient. Il semble cependant, quant aux colons venus de la Ligurie, que la misère ait été l’incitation majeure à leur émigration40, mais de là à étendre ce motif aux gens des villes de l’intérieur, il y a un pas que nous nous abstiendrons, à tout le moins aujourd’hui, de franchir. Y a-t-il par ailleurs départ de gens venus des villes de l’intérieur et assumés par le gouvernement génois en cette fin du XIIIe siècle ? La réponse est difficile à donner, en raison de l’absence de sources à cet égard. Le mercenariat s’est certes largement développé sur le sol italien au cours du XIIIe siècle, notamment avec les armées mises sur pied par Frédéric II, mais ni la documentation génoise, ni celle en provenance des villes de l’intérieur n’en fait mention quant à des départs de ce type vers l’Orient génois.
18La psychologie individuelle est donc largement à la base des ressorts qui ont poussé les gens des villes de l’intérieur à émigrer en Méditerranée orientale et à prendre leur part de la colonisation génoise. De l’expansion génoise, les gouvernements communaux de ces villes de l’intérieur ne ressentent que les effets sur la production de leurs ateliers textiles. La demande de draps lombards, nécessaire pour le voyage de Chine selon Pegolotti41, pousse les ateliers lombards à rechercher la laine anglaise42, et à exporter vers Gênes les draps dont se munissent les voyageurs génois qui se rendent en Chine. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que le travail n’ait pas manqué au sein de villes où la production liée à une demande croissante encourage le surplus des campagnes à se déverser dans les villes, promptes à l’absorber comme main d’oeuvre industrielle. Comme les crises agricoles, certes présentes dès la fin du XIIIe et au début du XIVe siècle en Lombardie, ne mettent cependant pas en route les masses laborieuses et ne les poussent pas à rechercher d’autres horizons plus sereins, les gouvernements communaux n’ont pas à prendre de mesures susceptibles de calmer un mouvement qui aurait pu les inquiéter.
19Il ne saurait ainsi être question depuis les villes de l’intérieur d’une émigration de masse, organisée, canalisée par les gouvernements communaux, qui ne sentent en rien la nécessité d’alléger leur contado. Bien au contraire, ils entendent rassembler dans les murs de la ville, voire dans les faubourgs, la main d’oeuvre jugée indispensable à l’essor industriel. Il est dès lors évident que le popolo au pouvoir a veillé à maintenir le renom des qualités des produits industriels et à ce que leur commercialisation en soit confiée à des commerçants de la ville dont les intérêts, eux, étaient pris en charge par le gouvernement communal. Ceux qui étaient appelés à émigrer ne pouvaient être nombreux. Ne disposant pas d’importants capitaux susceptibles d’être engagés dans le trafic commercial, de nombreux artisans ne pouvaient tout au plus que se borner à l’horizon génois, d’où il leur était sans doute plus facile que pour les Ligures de s’engager pour gagner l’Orient méditerranéen afin de participer à de menues opérations commerciales. Pour beaucoup de ceux qui quittaient les villes et leur contado de Lombardie ou du Piémont, très souvent leur chemin s’est arrêté à Gênes, où ils ont été absorbés par les ateliers textiles de la ville.
20De la plaine à la mer, disions-nous dans le titre de cette communication. Le nombre de ceux qui ont quitté leur foyer pour se rendre en Orient est certainement infime par rapport à la population des communes lombardes et de leur contado 43. S’il est vrai que les hommes ont toujours été animés d’un certain désir d’enracinement, il est alors clair que les conditions de vie offertes au sein des villes communales ne portaient en rien à la recherche d’horizons lointains et mirifiques. Le besoin d’espace vital ne se fait aucunement sentir et le travail industriel retient ceux que le contado rejette vers la ville. Il est ainsi difficile, d’ailleurs autant pour Venise que pour Gênes, de se tourner vers une colonisation de peuplement et d’espérer, même à travers les nouvelles Gênes créées outre-mer, pouvoir disposer des hommes en nombre suffisant pour assurer à long terme la défense des comptoirs d’Orient. Cette faiblesse du peuplement, liée à des conditions d’équilibre subsistances-population qui ne poussent guère à s’expatrier, si ce n’est peut-être pour les populations de Ligurie, n’est pas encore trop ressentie à la fin du XIIIe siècle. Mais les siècles suivants révéleront les difficultés éprouvées par les puissances maritimes italiennes à maintenir leur domaine colonial face à la poussée de nouveaux envahisseurs.
Notes de bas de page
1 G.I. Bratianu, Actes des notaires génois de Péra et de Caffa de la fin du XIIIe siècle, 1281-1290, Bucarest, 1929. M. Balard, Gênes et l’Outremer. I. Les actes de Caffa du notaire Lamberto di Sambuceto, 1289-1290, Paris-La Haye, 1973.
2 P. Racine, « Images de la colonisation placentine à l’Aïas et Caffa à la fin du XIIIe siècle », Rivista di Bizantinisca, 3 (1993), p. 327-346.
3 P. Racine, « I Piacentini a Genova alla fine del Duecento : l’esempio degli artigiani tessili », dans La Storia dei Genovesi, XII (1994). G. Petti Balbi, « Presenze straniere a Genova nei secoli XII-XIV : letteratura, fonti, terni di ricerca », dans G. Rossetti (sous la direction de), Dentro la città. Stranieri e realtà urbane nell’Europa dei secoli XII-XVI, Naples, 1982, p. 121-135.
4 Le cas des marchands placentins est bien connu à travers les rubriques des Statuts des marchands de 1321, dont la plupart remontent en fait aux années s’échelonnant entre 1150 et 1300 : Corpus Statutorum Mercatorum Placentiae, secc. XIV-XVIII, éd. P. Castignoli e P. Racine, Milan, 1967, rub. 94, p. 46 quant à leur élection.
5 Sur ces phénomènes migratoires, la littérature géographique est fort étendue. Voir plus particulièrement les réflexions de M.S orre, L Homme sur la terre, Paris, 1961.
6 Aucun article des Statuts des marchands de 1321 n’est consacré à d’autres personnes que les marchands dont l’activité se déroule à Gênes.
7 Les statuts urbains de Plaisance, qui remontent à 1391, ne comportent aucun article concernant la présence des Placentins hors de leur ville. La majeure partie de ces statuts remonte au XIIIe siècle. Ce sont les ducs Visconti qui en ont fait exécuter la révision par leurs officiers, avant de les rendre publics. Voir à leur sujet l’édition de G. Bonora, Statuta varia civitatis Placentiae. Parme, 1860 (Monumenta historica ad provincias parmensem et placentinam pertinentia, 8), p. 1-212. Cette édition devrait être revue et faire place à une nouvelle, qui réponde mieux à nos critères scientifiques contemporains.
8 Les deux villes lombardes de Milan et Crémone étaient des concurrentes sérieuses de Plaisance pour la production des futaines à la fin du XIIIe siècle, comme le montre notamment pour Milan le texte célèbre de Bonvesin délia Riva. De magnalibus Mediolani, publié dans une nouvelle édition par M. Corti en 1974 ; pour Crémone, il est possible de trouver d’abondants renseignements dans l’ouvrage de M. Pennel Mazzaoui. The italian cotton industry in the later Middle Ages, 1100-1600, Cambridge, Massachussets, 1981.
9 Cette politique apparaît clairement dans les divers statuts corporatifs des villes lombardes, qui tentent d’interdire l’exportation des fils, des peignes et machines permettant l’imitation des produits des villes concurrentes.
10 R.S. Lopez, « Le origini dell’arte délia lana », dans Studi sull’economia genovese, Turin, 1938 (Documenti e studi per la storia del commercio e del diritto commerciale, 8), p. 65-204.
11 De même que Gênes s’est efforcé d’attirer des ouvriers flamands pour le développement de son industrie textile, de même les autres villes du nord de l’Italie facilitent l’implantation d’ouvriers venus d’autres villes : voir à Plaisance le groupe de « lainiers » venus de Bergame à la fin du XIIIe siècle illustré par A. Zaninoni, « Forestieri a Piacenza tra il XIII e il XIV secolo : una spia délia realtà cittadina », Bollettino storico piacentino, 86 (1991), p. 91- 108.
12 Démonstration bien connue pour Florence avec l’ouvrage de J. Plesner, L’immigration de la campagne à la ville libre de Florence au XIIIe siècle, Copenhague, 1934.
13 Nombreux contrats d’apprentissage de ce type fournis par le registre du notaire Giacomo Spatamorbia major pour les années 1290 aux Archives d’Etat de Plaisance.
14 P. Racine, « Ville et contado dans l’Italie communale : l’exemple de Plaisance », Nuova Rivista Storica, 61 (1977), p. 273-290. J.C. Maire Vigueur, « Les rapports ville-campagne dans l’Italie communale : pour une révision des problèmes », dans N. Bulst, J.P. Genet (sous la direction de). La ville, la bourgeoisie et la genèse de l’Etat moderne, Paris, 1988, p. 183-209.
15 Le révèlent clairement les zones de la « Montagne » placentine, où sont signalés par les documents de la seconde moitié du XIVe siècle des villages désertés. Il s’agit alors de terroirs éloignés de la ville et peu productifs.
16 La coscienza cittadina nei Comuni italiani del Duecento, Todi, 1972, (Convegni del Centre di studi sulla spiritualité medievale, 11) avec les interventions de A. Bosisio pour Milan (p. 45-93), de A.I. Pini pour Bologne (p. 137-193), de R. Morghen pour Florence (p. 195-228) et E. Cristiani pour Pise (p. 345-355). G. Martini, « Lo spirito cittadino e le origini délia storiografia comunale lombarda », dans C.D. Fonseca (sous la direction de), I problemi délia civiltà comunale, Milan-Bergame, 1971, p. 137-150. P Racine, « Spirito civico e spiritualità cristiana nei Comuni italiani », Brixia sacra, 1986, p. 67-80.
17 Les émigrés placentins à Gênes font nommer par le notaire leur ville et leur vicinia d’origine dans les documents les concernant.
18 La formation des cognomina est loin d’être achevée à la fin du XIIIe siècle à Plaisance, comme en maintes autres villes italiennes. Aussi maints individus continuent-ils à se faire désigner par leur lieu d’origine.
19 La rubrique 96 des Statuts des marchands de Plaisance de 1321 prévoit que partout où sont présents trois marchands doit être élu un consul : Corpus Statutorum..., p. 46.
20 Voir notre article cité à la note 14.
21 Sur ces luttes, voir l’ouvrage de J. Koenig, Il « popolo » dell’Italia del nord nel XIII secolo, Bologne, 1987 et la contribution de E. Artinoni, « Tensioni sociali e istituzioni nel mondo comunale », dans La Storia, Turin, 1989, vol. 1, p. 459-490.
22 Les exemples abondent pour toutes les villes communales du XIIIe siècle, secouées par les luttes guelfes-gibelins au lendemain de la mort de Frédéric II en 1250.
23 Les gouvernements communaux tentent de fixer des spécialistes pour le développement de leurs productions industrielles au cours du XIIIe siècle, en leur offrant notamment des avantages en nature.
24 F.C. Lane, Venise. Une république maritime, Paris. 1985, p. 110-132.
25 F. Thiriet, La Romanie vénitienne, 2e éd., Paris, 1975, p. 95-98 et 152-153. M.I. Manoussakas, « L’isola di Creta sotto il dominio veneziano : problemi e ricerche », dans A. Pertusi (sous la direction de), Venezia e il Levante fino al secolo XV, Florence, 1973 (Civiltà veneziana, studi n. 27), vol. I, parte 2a, p. 473-514.
26 Quelques commerçants lombards sont autorisés à trafiquer à Nègrepont. dont des marchands de Plaisance et de Crémone : P Racine. Plaisance du Xe à la fin du XIIIe siècle. Essai d’histoire urbaine. 3 vol.. Lille-Paris. 1979. t. 2. p. 522-523.
27 M. Balard, La Romanie génoise (XIIe-début XVe siècle), 2 vol., Gênes-Rome, 1978, t. 1, p. 45-54.
28 Péra et Caffa sont prioritairement des établissements commerciaux : M. Balard, La Romanie génoise, op. cil., p. 105-118.
29 M . Balard, La Romanie génoise, op. cit.. t. 1, p. 237-248.
30 Voir les exemples dans les actes de Caffa publiés par M. Balard, cf.. note 1.
31 Ce ne sont pas seulement les Génois qui rappellent leur origine, mais également les autres Italiens comme le précise M. Balard, La Romanie génoise, op. cit., t. 1, p. 264 et suiv.
32 La part des grandes familles génoises dans la colonisation de Caffa a été essentielle : voir M. Balard, La Romanie génoise, t. 1, op. cit., p. 248-249.
33 R. Pavoni, Liguria medievale. Da provincia romana a stato régionale. Gênes, 1992, p. 247 et suiv.
34 M. Balard. Gênes et l’Outremer, op. cit.. p. 720, 764, 828, 839.
35 C. Deluz, Le livre de Jehan de Mandeville. Une géographie du XIVe siècle, Louvain, 1988, p. 101-114. M. Mollat. Grands voyages et connaissance du monde du milieu du XIIIe à la fin du XVe siècle, 2 vol., Paris, s.d., t. 1, p. 16-32.
36 W. Fischer, J. Schneider, Das Heilige Land im Mittelalter. Begegnungsraum zyvischen Orient und Occident. Referate des 5. interdisciplinaren Colloquiums des Zentralinstituts, Neustadt, 1982. Sur les voyages qui ont révélé la Terre sainte aux Occidentaux, cf. J. Richard, Les récits de voyages et de pèlerinages. Turnhout, 1981 (Typologie des sources du Moyen Age occidental, 38), p. 19-23.
37 Jean de Plan Carpin, Histoire des Mongols, trad. D.J. Becquet. intr. de L. Hambis, Paris. 1965.
38 Ricoldo de Monte Croce, Il libro délia peregrinazione, éd. U. Monneret de Villard, Rome. 1948.
39 Cronica Fratris Salimbene de Adam ordinis minorum. éd. O. Holder Egger, Hanovre-Leipzig, 1905-1913 (MGH SS, 32), p. 206-207.
40 Les conditions physiques propres à la Ligurie, coincée entre la côte et les collines de l’Apennin, l’expliquent parfaitement. Le terrain, répulsif trop souvent, contraint les hommes, quand ils sont trop nombreux à émigrer.
41 F.B. Pegolotti, La Pratica délia Mercatura, éd. A. Evans. Cambridge (Mass.), 1936, p. 21-23.
42 Les ateliers lombards, notamment milanais, mais aussi florentins, sont à la recherche de la laine anglaise à la fin du XIIIe siècle. Une telle recherche n’est sans doute pas étrangère à la mise en place de la liaison maritime Gênes-mer du Nord comme à l’animation des routes terrestres qui unissent par le Saint-Gothard la Lombardie à la Flandre : voir notre contribution « Prêteurs et marchands : les hommes d’affaires de Plaisance en Angleterre », dans Precursori di Cristoforo Colombo : Mercanti e banchieri piacentini nel mondo durante il Medioevo, Bologne, 1994, p. 139-152.
43 En raison de l’absence de données statistiques fiables pour la fin du XIIIe siècle, il est difficile de préciser la proportion de la population des villes lombardes qui a pu participer aux divers courants d’émigration. Il apparaît cependant, à travers notamment les superficies englobées dans les murs des villes, comme par les faubourgs qui rayonnent à l’entour, que subsistent de larges possibilités pour le surplus de population du contado de venir s’installer en ville.
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