Chapitre 10. Les services publics
p. 195-214
Texte intégral
« Avec les bibliothécaires documentalistes pour conseiller et guider les lecteurs, avec les catalogues et les index très améliorés, il est tout à fait possible de faire d’une bibliothèque une université sans professeur »1.
Melvil Dewey.
1Les services publics des bibliothèques universitaires américaines sont variés et essentiels dans la vie des établissements. Ce sont, au sens large, toutes les activités qui concernent directement les usagers. Elles comprennent le prêt, la consultation sur place, le service de renseignements bibliographiques par ouvrages de référence et par interrogation d’ordinateur, la formation des usagers à cette recherche et à leur propre travail en bibliothèque, les activités d’animation et les activités de recherche qui intéressent les lecteurs en étroite liaison avec les bibliothécaires. Dans tous les cas, la qualité des services dépend de la compétence du personnel concerné, de ses qualités intellectuelles et psychologiques. Le bibliothécaire américain, contrairement à son collègue européen, est en général très attiré par les contacts humains, le rôle dynamique d’accueil et d’orientation, la dimension sociale et la réception du public. Les personnes chargées de ces tâches sont des bibliothécaires choisis pour leur expérience et leur savoir, aidés par de nombreux étudiants employés à temps partiel. Contrairement aux bibliothèques françaises, le personnel d’exécution non professionnel est peu concerné par les tâches en rapport avec le public. D’où une qualité de l’accueil, une efficacité et une précision des réponses aux questions posées tout à fait remarquables. Il faut constater également qu’avec le développement de l’automatisation des services techniques, en particulier les commandes et le catalogage, les effectifs de personnel tendent à diminuer dans ces domaines au profit des services publics. Beaucoup de tâches techniques peuvent être désormais exécutées par du personnel d’exécution et le personnel qualifié peut consacrer plus de temps aux lecteurs. Cette tendance ne fera que s’accentuer dans l’avenir, où les notices catalographiques de la Library of Congress et les coopératives de catalogage collectif pourront être de plus en plus souvent appelées sur terminal d’ordinateur dans chaque établissement, et simplement reproduites, n’exigeant donc pas de qualification professionnelle très poussée. On pourra envisager la même économie de personnel quand le bulletinage des périodiques et le prêt seront automatisés partout. Déjà maintenant, le personnel peut se consacrer avec beaucoup plus d’attention aux lecteurs, pour les aider à trouver leurs informations, pour leur apprendre comment évaluer, identifier, utiliser les ressources que leur offrent la bibliothèque, leur expliquer ce qui est disponible du fonds et comment il peut être obtenu2.
2Dans les bibliothèques américaines, ces services sont beaucoup plus développés que dans les bibliothèques européennes et sont orientés par un souci pédagogique constant. C’est vraiment dans le cadre de ces activités que la bibliothèque cherche à remplir sa mission éducative auprès des lecteurs, non en leur fournissant des réponses toutes prêtes à leurs questions, mais en leur apprenant à utiliser les instruments de travail disponibles pour résoudre leurs propres questions. Cette politique se fait en étroite liaison avec le corps enseignant à tous les niveaux et demande un état d’esprit spécifique, à la fois ouvert et rigoureux.
3Déjà en 1890, Melvil Dewey définissait cette forme d’enseignement qui vise à enseigner à l’étudiant comment apprendre, non un contenu mais une méthode, et que dans leurs activités publiques, les bibliothécaires actuels des grandes bibliothèques universitaires de recherche illustrent si bien :
« L’éducation nouvelle se caractérise par la substitution de la bibliothèque au manuel et à la conférence ex cathedra. Dans les meilleurs collèges, des séminaires surgissent dans tous les départements. Le but principal des cours est d’apprendre aux étudiants à travailler en bibliothèque et lorsque quelqu’un est capable d’utiliser intelligemment une vaste documentation bibliographique et sait trouver rapidement et avec précision dans une bibliothèque, ce qu’il recherche, il peut se vanter d’avoir une bonne instruction. »3
4Ces services d’aide aux lecteurs n’existaient pas dans les bibliothèques anciennes où l’on considérait que l’usager devait se diriger lui-même au sein de l’établissement, d’ailleurs plus petit. Mais avec le développement et la complexité croissante des bibliothèques, il apparut bientôt qu’il fallait créer un service d’orientation et de renseignement bibliographique pour aider les lecteurs et répondre également à la mission socio-culturelle de la bibliothèque. Les premiers de ces services apparurent en 1915, mais se développèrent réellement à partir de 1940. Depuis cette date, ils ne cessent de s’améliorer.
5L’aide aux usagers se fait à plusieurs niveaux : renseignement bibliographique, identification bibliographique, localisation du document, accès au document, mise en valeur du document (dans le cas de l’animation, par exemple). Sa forme et sa nature dépendent de la nature des usagers, de la nature des besoins en information de ceux-ci, et de la nature de l’accès à cette information (manuelle, automatisée, etc.). Les usagers sont divers, étudiants débutants, étudiants avancés, professeurs, chercheurs, lecteurs autorisés. Dans les grandes bibliothèques de recherche, ce sont plutôt des lecteurs qualifiés qui fréquentent en plus grand nombre l’établissement. Dans les universités orientées vers la recherche, comme au Massachusetts Institute of Technology, le but principal des usagers est de consulter les périodiques courants (63 %) et de lire les documents recommandés par les bibliographies des professeurs, ou trouvés à la suite d’articles ou de communications (61 %)4.
6La nature des besoins en information peut être de trois sortes :
- une information brève et ponctuelle (par exemple la formule d’un composé chimique, le chiffre de population d’une ville ou la date de naissance d’un compositeur),
- les éléments d’une information dont l’usager connaît déjà l’identité (par exemple un livre particulier, un article de journal, un rapport technique) ; il s’agit donc là de compléter et de préciser une information déjà possédée,
- un corps d’informations recensées (par exemple une bibliographie sur un sujet spécifique indiquant ouvrages et articles à consulter pour l’étudiant qui doit faire un exposé, pour le professeur ou le chercheur préparant un article), mais avec des niveaux de recherche différents5.
7Pour l’information ponctuelle, une fois que l’usager a été initié à l’usage des catalogues, des bibliographies essentielles et des magasins, elle peut être trouvée sans l’aide des bibliothécaires, ou après un simple conseil d’orientation. Pour le second type de renseignements, soit un complément d’information pour une donnée partiellement connue, ce type de question très fréquent requiert le plus souvent l’intervention du bibliothécaire. De nombreuses enquêtes ont montré que, dans les bibliothèques de recherche, 60 % des usagers s’adressent au bureau de renseignements pour ce genre de question. On constate également que la majorité des lecteus préfèrent le document sur papier et non sur microforme, et dans la langue originale. On remarque également que les questions sont de plus en plus diversifiées, avec le développement des champs de recherche interdisciplinaires ou même marginaux, ce qui implique de pouvoir disposer de très nombreux instruments de référence, à la fois généraux et spécialisés, et également d’un fonds très complet. Il faut ajouter que, de tradition, les bibliothèques universitaires renseignent aussi des usagers extérieurs à l’université, avocats, médecins, architectes, laboratoires privés, etc., et que l’éventail des demandes est naturellement très vaste. Ces deux niveaux de service sont remarquablement bien organisés dans toutes les bibliothèques universitaires et éprouvés. Ils sont efficaces, précis et rapides. On peut donner un exemple du type de renseignements demandés dans une grande bibliothèque universitaire de recherche par le tableau ci-dessous, qui propose un panorama des catégories de questions posées au bureau de renseignements bibliographiques.
Tableau 7 Pourcentages des types de question à la bibliothèque de Yale University6

8 A la bibliothèque de Princeton University, le service de renseignements comprend deux niveaux : un premier bureau de renseignements est occupé par des étudiants diplômés en anglais, qui répondent aux questions générales concernant la disposition des lieux, la place des ouvrages, etc., ce qui représente 60 % des questions. Ce personnel a une formation d’une vingtaine d’heures préalables et dispose de la documentation nécessaire pour répondre. Les lecteur qui posent des questions plus difficiles (environ 20 %) sont envoyés à un bureau tenu par des bibliothécaires professionnels. Ce service a trois fonctions principales qui concernent aussi bien les usagers que le personnel de la bibliothèque : il donne des informations générales pour l’université et la bibliothèque, par exemple sur les dictionnaires et les ouvrages en toutes langues, il donne des informations bibliographiques, en indiquant par exemple les catalogues imprimés disponibles, les index de documents gouvernementaux et leur mode d’utilisation ; il procède à de petites recherches dans le domaine des lettres et des sciences humaines. Il est très fréquenté, non seulement par les étudiants, les professeurs, mais aussi par les bibliothécaires d’autres services et des bibliothèques annexes spécialisées. Il est installé dans une grande salle qui contient l’essentiel des ouvrages de référence nécessaires : catalogues imprimés de bibliothèques, dictionnaires et encyclopédies, bibliographies générales et spécialisées, et également des ouvrages pratiques comme les annuaires du téléphone, les divers Who’s Who ou des annuaires professionnels. On trouve aussi parfois dans ces salles certains périodiques importants. Les documents sont classés d’après une classification propre à la bibliothèque, mais le plus souvent selon la Library of Congress Classification. Ces salles sont très grandes, car les collections bibliographiques sont abondantes et complètes.
9Le lecteur est aussi informé par les nombreuses publications de la bibliothèque disponibles sur des présentoirs – simples feuilles de couleur indiquant les horaires des salles et des services, le plan du campus, des bâtiments de bibliothèques, et, surtout, des magasins où le débutant a parfois du mal à se conduire ; affichettes humoristiques rappelant qu’il est interdit de boire ou de manger dans les locaux, d’y faire du bruit ou de fumer dans les lieux interdits ; brochures illustrées expliquant l’usage des différents catalogues, les règles du prêt et du prêt interbibliothèques, ainsi que les services que la bibliothèque peut rendre à ses usagers ; livrets illustrés présentant les bâtiments et l’architecture de la bibliothèque, son histoire, ses donations les plus prestigieuses (ce dernier type de document est souvent plus artistique, car il est destiné à un usage publicitaire) ; guides détaillés de la bibliothèque ; annonces d’activités culturelles, conférences, concerts ; annonces d’expositions ; enfin toute une gamme de documents produits par la bibliothèque, simples, pédagogiques et attrayants, qui aident grandement l’usager à se familiariser avec la complexité de l’institution. Le lecteur prend très vite l’habitude d’utiliser cette documentation, la recherche et la demande. Elle permet de compléter et surtout de fixer les informations données par le personnel.

Figure 19 Yale University, Sterling Morton Reference Room Plan de la disposition de la salle.
10Le troisième type d’information, la recherche bibliographique sur un sujet, est moins développée. La qualité est très variable selon les établissements. Il faut dire qu’il s’agit là de recherches difficiles, qui exigent beaucoup de temps et de personnel, et que la bibliothèque n’a pas toujours les moyens d’y répondre. Dans le meilleur des cas, elle initie le lecteur aux méthodes de recherche dans son champ d’étude, l’aide à effectuer ses démarches et le guide, mais n’effectue pas le travail pour lui. Cette méthode serait contraire au souci pédagogique des bibliothécaires professionnels.
11Il en va cependant autrement dans le cas de la recherche automatisée. Celle-ci est maintenant très développée dans les bibliothèques universitaires et il est possible de dresser un premier bilan de cette expérience de plusieurs années. Historiquement, les banques de données ont été constituées en dehors des bibliothèques et servies à ces dernières comme des produits finis. Dans les années soixante, on a commencé à constituer des index. Pour imprimer ces derniers, on a mis les données sur bandes, ce qui était un procédé plus rapide et moins coûteux. Plus tard, avec le développement des ordinateurs, on a utilisé directement ces bandes pour les entrer en mémoire et constituer des programmes spécifiques. Le premier de ces programmes fut le programme MEDLINE concernant les sciences médicales et biologiques de la National Library of Medicine. Beaucoup de ces banques de données sont actuellement directement accessibles en conversationnel sur terminal d’ordinateur ; les mêmes renseignements peuvent aussi être obtenus par consultation d’index imprimés qui renvoient aux abstracts des publications. Les abstracts peuvent être obtenus soit en prêt, en photocopies ou en microfiches. Ce procédé, moins coûteux, satisfait souvent mieux les chercheurs habitués aux méthodes traditionnelles. En général, les bibliothèques possèdent les deux systèmes, à l’exception des petits établissements qui se contentent des index, faute de moyens financiers suffisants.
12Il existe des centaines de banques de données sur différents sujets, américaines surtout et européennes. Ces banques sont reçues, soit par des intermédiaires commerciaux comme Lockheed, qui permet d’appe- ler plus de 75 banques, New York Times Information Bank ou System Development Corporation (SDC). Il existe aussi des coopératives à l’usage des universités, qui sont moins chères, comme BRS, qui gère 17 banques, en majorité américaines. Ces coopératives possèdent différents systèmes qui parfois se recoupent. D’une façon générale, les documents sont mémorisés à partir des années soixante ou même soixante-dix. Les banques ne couvrent donc pas les publications anciennes ni certains sujets encore vierges comme l’anthropologie ou l’histoire. Elles sont surtout développées dans les sciences exactes, en médecine, en technologie, en gestion des entreprises, et relativement dans les sciences sociales7.
13Les grandes bibliothèques universitaires sont toutes pourvues de terminaux d’ordinateur pour interroger les banques. Le prix varie en fonction du type de banque interrogé (firme commerciale, coopérative ou entreprise gouvernementale), du nombre de banques appelées et de la longueur du dialogue. Il faut également compter le coût de l’impression de la documentation par l’imprimante. Le prix varie de $ 15 à $ 250 avec des tarifs préférentiels pour certaines catégories d’usagers. Ces tarifs sont calculés d’après le coût de l’ordinateur, maintenance et fonctionnement, à l’exclusion de l’achat de l’équipement – qui dépend d’un budget à part – et du personnel. Les bibliothèques publiques commencent également à s’équiper en terminaux grâce à des fonds fédéraux et leur service est gratuit pour le public. Mais leur équipement est encore incomplet et elles transmettent beaucoup d’interrogations aux bibliothèques universitaires dont elles sont de bons clients.
14A l’University of California, campus de Berkeley, par exemple, il y a dans les bibliothèques douze terminaux de recherche pour les diverses disciplines, dont sont responsables vingt bibliothécaires chercheurs spécialement formés aux méthodes de dialogues en conversationnel. Le bibliothécaire prend toujours rendez-vous avec l’usager et converse avec lui jusqu’à ce qu’il parvienne à cerner parfaitement sa question et détermine les mots clefs. Dans certains cas, il l’oriente vers d’autres méthodes de recherche, l’ordinateur étant loin d’être une panacée universelle. L’usager possède généralement une vue sommaire de ses besoins et ce premier dialogue avec lui est une étape essentielle de la recherche : il permet aussi de préciser l’étendue du domaine disciplinaire à couvrir, la longueur de la bibliographie demandée, son degré de spécialisation, son orientation, etc. Après l’interrogation, la bibliographie est envoyée assez rapidement par courrier. Si la bibliographie est simple, le lecteur peut l’obtenir deux ou trois jours plus tard ; si elle est plus complexe, il doit attendre une dizaine de jours. La qualité du service vient essentiellement de la formation et des compétences du bibliothécaire. Le fait a été prouvé par de nombreuses statistiques intérieures. Les questions les plus fréquentes et les plus faciles à répondre sont celles intéressant les sciences sociales. En 1977/1978, il y a eu 350 interrogations de cet ordre ; dans les bibliothèques annexes spécialisées, 370 à 390 interrogations concernant la santé publique, 370 à 390 la biologie et également 370 à 390 la psychologie et les sciences de l’éducation. Les questions relatives à la chimie, la physiques et les sciences de l’ingénieur ont été moins fréquentes, peut-être à cause du manque de bibliothécaires chercheurs bien formés dans ces disciplines8. Les banques en général concernent peu les livres, plutôt les articles de périodiques, les dissertations, les rapports, les communications d’ouvrages, etc. C’est dire qu’elles intéressent la recherche au plus haut niveau et que l’étudiant y fait rarement appel, sinon pour la préparation d’un doctorat. Il est aussi retenu par le prix de l’interrogation.
15Une importante publicité est faite auprès des professeurs et des chercheurs pour les informer des services que la bibliothèque peut leur rendre à ce sujet. Par exemple, régulièrement, au début de chaque trimestre, un faculty seminar est organisé pour présenter et expliquer aux usagers les nouveautés. On leur fait une démonstration de recherche et on leur distribue une importante documentation. Le corps enseignant est très intéressé par ces activités et y assiste en nombre de plus en plus grand. Cependant, il semble absolument exclu que dans l’avenir, l’usager puisse en venir à interroger lui-même la banque sans passer par un spécialiste de l’information. D’abord le coût élevé du dialogue exige précision et rigueur et exclut la possibilité de tâtonnements et de pertes de temps ; les divers systèmes sont très différents les uns des autres, compliqués, et leur usage implique le même effort que d’apprendre une langue étrangère ; enfin, la formulation de la question est un exercice très particulier de l’esprit, auquel n’est pas préparé l’usager, puisqu’il implique une recherche et une étude de vocabulaire. Tous les avis concourent à affirmer que l’interrogation par ordinateur se développera de plus en plus dans l’avenir et continuera à faire appel à des bibliothécaires, sinon spécialistes dans les disciplines concernées, du moins très bien formés et particulièrement expérimentés.
16Cependant, à chaque niveau de renseignement bibliographique, la bibliothèque a le souci de former ses usagers. Au reste les bibliothécaires chargés des services publics sont également responsables de la formation des lecteurs. Ils commencent par des visites guidées de la bibliothèque pour les étudiants débutants afin de les familiariser avec le maniement des catalogues, la localisation et l’utilisation des ouvrages de référence dans la salle de bibliographie, le système de classification de la bibliothèque afin de leur permettre de trouver eux-mêmes les livres qu’ils souhaitent en magasin. Bref, on les initie aux ressources que leur offre la bibliothèque et aux différents services qu’elle propose pour les aider dans leurs études. Cette formation est donnée en étroite coopération avec le corps enseignant, mais plus souvent à l’intérieur même de la bibliothèque sous forme de cours et de travaux pratiques. Dans beaucoup d’universités, au niveau de la licence, l’étudiant doit effectuer un travail de recherche bibliographique sur un thème concernant sa discipline. Ce devoir écrit compte dans les unités de valeurs nécessaires pour acquérir son diplôme. Les bibliothécaires orientent l’étudiant dans sa recherche et le conseillent tout en lui laissant l’initiative nécessaire. Dans les universités où il existe une école de bibliothéconomie, celle-ci propose également aux étudiants un enseignement bibliographique donné par les professeurs de l’école et parvient à former ainsi au cours d’une année plusieurs centaines d’étudiants. Ces cours ne sont pas obligatoires, mais donnent également des points dans le cursus universitaire. Au niveau du doctorat, l’aide à l’usager se fait généralement sur rendez-vous ; elle donne lieu à un dialogue personnalisé afin d’orienter très précisément l’étudiant aux méthodes de recherche. On lui indique les manuels de base, très nombreux, en anglais, qui expliquent comment cerner un sujet de doctorat, chercher, sélectionner, localiser et se procurer la documentation nécessaire, rédiger le texte, constituer un appareil critique, un index, une bibliographie, etc. On le familiarise avec les bibliographies spécialisées et avec tous les ouvrages qui peuvent l’aider dans sa tâche. On lui indique comment utiliser un index de documents officiels, les sources manuscrites, les archives, les thèses et les rapports. Guy R. Lyle définit bien les différents aspects de ces activités pédagogiques :
« La tâche du service de renseignements bibliographiques dans ses activités à l’égard des étudiants est (1) de leur fournir des informations sur tous les sujets, (2) de leur donner des conseils personnels pour l’utilisation des catalogues, des bibliographies, des abstracts et des index, (3) de les orienter au sujet de leur dissertations, de leur thèse, etc. – méthodes pour déterminer les matériaux et constituer leur bibliographie, (4) d’initier les étudiants débutants à l’usage de la bibliothèque, et (5) de leur donner des informations supplémentaires individuelles et des cours par la préparation et la publication de listes, de bibliographies, de guides des collections, types de documents ou moyens de les localiser. »9.
17Dans ce cadre, les bibliothèques produisent de nombreux documents bibliographiques, listes de nouvelles acquisitions dans un champ disciplinaire, choix de périodiques sur un sujet, bibliographies régulières sur un fonds spécial qui fait l’objet d’études particulières, comme les études africaines ou les études sur la femme. Ces bibliographies sont plus ou moins importantes, plus ou moins régulières. Les bibliothèques américaines spécialisées font un grand effort dans leur domaine pour faire connaître et mettre en valeur leurs publications, les bibliothèques centrales sélectionnent plutôt un sujet ou un type de tâche, comme la rédaction d’un article : comment cerner le sujet, réunir et sélectionner la documentation, rédiger, etc. Tous ces documents sont diffusés gratuitement et rendent des services considérables aux lecteurs.
18La formation de l’usager, cependant, s’adresse non seulement aux étudiants, mais aux professeurs et aux chercheurs. Les bibliothèques se sont aperçues que ces derniers croyant tout connaître des ressources et des services qui leur sont offerts, n’en utilisent en fait qu’un pourcentage restreint, et prétendent que la bibliothèque ne dispose pas de tel ou tel document (parce qu’ils ne l’ont pas trouvé) ou ne peut répondre à tel de leur besoin (parce qu’ils n’ont jamais songé à en parler à un bibliothécaire). La difficulté s’est accrue avec la complexité croissante des grands établissements de recherche où l’usager a parfois du mal à s’orienter et à trouver un contact. Pour remédier à cette lacune, des entreprises intéressantes ont été lancées à différents endroits. L’une des plus remarquables a commencé à l’University of California, campus de Berkeley. A l’origine on a crée un service de renseignements par téléphone, le BAKER Service (le nom choisi était celui du code téléphonique d’appel), qui répondait à toutes les questions quelles qu’elles fussent, suivi d’un service de livres à domicile moyennant une rétribution modeste d’un dollar. Très vite, les professeurs se sont montrés satisfaits de ce service qui répondait réellement à un besoin, et la bibliothécaire qui avait lancé l’opération a reçu nombre de lettres de remerciement et de félicitations.
19Peu à peu, les professeurs se sont aperçus qu’ils avaient encore à apprendre à mieux se servir de la bibliothèque pour l’utiliser et que les bibliothécaires, spécialistes de l’information, pouvaient les initier dans ce domaine. Donc, passant à une seconde phase, des séminaires pour le corps enseignant ont été organisés sous la direction de seize bibliothécaires déjà chargés du service de renseignements bibliographiques et de la formation de l’usager. Ces séminaires durèrent une semaine avec deux sessions générales. La première était consacrée à l’organisation de la bibliothèque et intéressait les catalogues, les microformes, les suppléments aux catalogues ; l’autre concernait les nouveaux ouvrages de référence et les instruments bibliographiques. Chaque session avait lieu plusieurs fois. Des sessions nouvelles devaient être créées la seconde année. Elles intéressaient les sources statistiques, les sources historiques et les archives, la littérature anglaise et américaine, les bibliographies de sciences sociales, les films. Chaque professeur avait de six à quinze heures d’enseignement. On constate que les cours concernaient essentiellement les sciences sociales et les lettres. Les bibliothécaires, d’abord réticents, ont très bien réussi dans leur enseignement.
20Grâce à une campagne publicitaire bien orchestrée, ces séminaires connurent un vif succès : la bibliothèque reçut 78 inscriptions dont 20 émanaient de professeurs en titre. Les candidats provenaient de 24 départements, principalement des départements de lettres et de sciences sociales (par exemple, anthropologie, études classiques, psychologie, linguistique, sociologie). Un observateur assistait à tous les cours, permettant à la fois une coordination d’ensemble, et une évaluation de l’enseignement reçu ainsi que de la valeur de l’opération. Celle-ci, toute récente, doit continuer à se développer, car elle a eu un résultat bénéfique, non seulement sur la connaissance des ressources et des services de la bibliothèque pour l’usager, mais elle a mis en contact professeurs et bibliothécaires sur un pied d’égalité et leur a permis de se mieux connaître. Les bibliothécaires ont pris confiance en eux-mêmes, en leur rôle, en leur mission, et les professeurs ont reconnu leur compétence et leur culture. Bref, un nouveau climat de coopération entre le corps enseignant et le personnel a été crée à cette occasion, une meilleure compréhension et, à ce titre, cette expérience est certainement exemplaire10.
21La politique des bibliothèques américaines est d’aller au devant des usagers et de leurs besoins, de consacrer temps et moyens à leur formation jusqu’à ce qu’ils soient parfaitement à même d’utiliser d’une façon correcte les ressources de l’établissement. L’usager, bien formé, est désormais capable d’effectuer seul ses recherches, de localiser et de trouver lui-même sur les rayons les documents dont il a besoin. Là encore, il ne faut pas sous-estimer le coût de l’investissement, mais il est payant à longue échéance et il s’incrit dans la conception générale de la mission éducative de la bibliothèque aux Etats-Unis : le citoyen doit apprendre à s’informer lui-même, à chercher sa documentation, à l’évaluer et à la juger. C’est par ce moyen que l’étudiant, adolescent frais émoulu de l’enseignement secondaire, devient un adulte conscient, mûr et responsable devant les grands problèmes de la vie.
22Un autre domaine d’activités publiques de la bibliothèque est le prêt à domicile. Bien que les salles de lecture connaissent une fréquentation très satisfaisante, le prêt à domicile ne cesse d’augmenter. Cette tendance a été remarquée dans tous les pays développés où elle traduit une préférence des lecteurs à travailler chez eux sur des documents empruntés dont ils ont le libre usage. Les chiffres des prêts dans les grandes bibliothèques universitaires sont d’ailleurs tout à fait significatifs à cet égard : pour l’année 1976 on dénombrait, à l’University of California, campus de Berkeley, 2 095 364 prêts ; en 1977, à Columbia University 233 313, à Harvard University 1 259 663, à Princeton University 700 841, à Stanford University 1 241 890, à Yale University 1 233 313, et au Massachusetts Institude of Technology 442 86111. Des tendances assez constantes se manifestent dans le choix des documents demandés, qui va aux documents plutôt qu’aux microformes, aux livres plutôt qu’aux périodiques (par exemple, 52,4 % de livres empruntés pour 38,8 % de périodiques) ; les lecteurs préfèrent également les livres ou les traductions en anglais dont la proportion varie entre 80 et 95 % de la totalité des documents empruntés. A l’University of California, campus de Los Angeles, 79 % des documents empruntés sont en anglais, 13 % en langues romanes, 4 % en allemand et 2 % dans d’autres langues. Même dans les grandes bibliothèques de recherche où une importante proportion du fonds est en langue étrangère, l’usage de l’anglais prédomine12.
23Les bibliothèques prêtent très librement, à l’exclusion des documents rares et précieux, des grands formats, des ouvrages de référence, de certains périodiques et, souvent des thèses dactylographiées. L’usage de la photocopie à la place du prêt du document se développe, mais n’est pas toujours très apprécié, car il faut l’acheter et certaines bibliothèques restent réticentes à ce sujet à cause du copyright, surtout Harvard University. Les modalités du prêt sont suffisamment souples pour permettre à chaque catégorie de lecteurs de satisfaire ses besoins : pour les étudiants débutants, les ouvrages au programme choisis par les professeurs sur listes envoyées régulièrement à la bibliothèque sont séparés du fonds général et prêtés dans des salles spéciales de livres réservés, pour des séances de deux heures, d’une demi journée ou d’une nuit. Ainsi, ces livres très demandés circulent rapidement et on évite, parce moyen, des achats fréquents et coûteux de manuels en nombreux exemplaires, qui se périment vite. Ces fonds peuvent atteindre 50 000 volumes et plus. Les nouveautés, les livres de loisir et les périodiques sont également prêtés, pour une courte période, généralement une semaine. En revanche, au fur et à mesure que l’on s’élève dans le cursus universitaire, le prêt s’allonge, le nombre des livres à emprunter devient plus important et les étudiants de doctorat, les professeurs et les chercheurs peuvent emprunter pratiquement autant de livres qu’ils veulent et les garder autant de temps qu’ils en ont besoin, si le livre n’est pas réclamé par quelqu’un d’autre.
24Comme dans tous les pays, il n’est pas toujours facile de faire rendre les documents empruntés. On évalue de 0,1 à 3,3 % le nombre de livres qui disparaissent chaque année, soit 1 % à Princeton University. Les lecteurs qui perdent un livre reçoivent une facture d’environ $ 5 ou le prix évalué du document perdu. Les étudiants qui n’acquittent pas leur dette à ce sujet sont signalés aux services d’inscription de l’université et ils ne peuvent renouveler leur scolarité l’année suivante. Pour les enseignants, l’université fait directement une retenue sur leur salaire. Mais ces méthodes sont impopulaires et, dans le projet d’une automatisation complète du prêt, il serait plus avantageux de simplement refuser tout nouveau prêt à un lecteur en faute.
25L’organisation des services de prêt est évidemment variable, mais à peu près partout ces services, s’ils sont dirigés par un bibliothécaire, sont composés exclusivement de bibliothécaires assistants et surtout d’étudiants. Et dans bien des cas, le chef de service n’est pas un bibliothécaire professionnel. Les étudiants reçoivent le public et rangent les livres en magasin. Les bibliothécaires assistants font des tâches un peu plus difficiles et sont responsables des étudiants. Par exemple, à la bibliothèque de l’University of California, campus de Berkeley, pour 350 000 prêts par an, concernant les lettres, les sciences humaines et les sciences sociales, on compte 36 agents et 125 étudiants, surtout pour la manutention et le rangement. De même, dans les bibliothèques des autres campus de l’University of California, le chef de service n’est pas un bibliothécaire, mais un gestionnaire administratif payé et considéré comme un bibliothécaire. Le service est divisé en un certain nombre d’unités qui sont placées sous la responsabilité d’un bibliothécaire assistant : art, histoire et études classiques, lettres pour les étudiants avancés, prêts intercampus (certains document ont dû être déposés à l’extérieur des bâtiments mêmes de la bibliothèque faute de place), service du bureau, enregistrement et classement des fiches, magasins. Le système du prêt est semi-manuel avec cartes perforées entrées dans un ordinateur IBM et également un système de classement et de réclamations effectué par machine. Ce système est relativement commode dans la situation actuelle et peu coûteux, soit $ 3 000 par an13.
26Ce type de gestion n’est cependant pas entièrement satisfaisant, car il exige beaucoup de main-d’œuvre. Les systèmes de prêt manuels encore couramment utilisés dans les bibliothèques universitaires sont des modalités du charging System (qui indique la nature du prêt, le lecteur, la date du retour du document et, quelquefois, les statistiques) : le Newark System, où le livre est équipé d’une fiche spéciale enregistrée avec la carte du lecteur, le Browne System, qui utilise des tickets et est moins employé, le Bookamatic System, qui imprime à partir de la carte du lecteur et de la fiche du livre en forme de flanc. Dans beaucoup d’établissements, on a élaboré des programmes à titre expérimental, mais certains se sont montrés décevants, étant donné la complexité des données, comme à Princeton University, où un premier programme a dû être abandonné et où un second mieux élaboré est en cours d’étude. Comme beaucoup d’autres établissements, l’University of California s’oriente vers le système du crayon lumineux, qui déchiffre le code du livre, le code de la carte du lecteur et les entre en mémoire. Ce système est facilité par le fait que tous les universitaires, enseignants et étudiants doivent posséder une carte du même type, qui peut servir aux diverses activités de la bibliothèque. Ce système a été expérimenté sur quelques campus comme celui de Los Angeles où, dans l’ensemble, il a donné satisfaction, mais où un certain nombre de problèmes sont encore à résoudre. Ces problèmes sont dûs à la complexité des cotes des livres dans le système de la Library of Congress Classification, qui est alphanumérique et qui comprend des points, à la difficulté d’obtenir des statistiques régulières étant donné la diversité des opérations spécifiques selon le type de lecteurs, enfin à la capacité même des ordinateurs, car le temps de réponse de ces derniers est trop long quand on leur pose un grand nombre de questions et le personnel ne peut informer suffisamment les usagers sur la disponibilité des livres, la date de retour d’un ouvrage emprunté, etc. On essaye d’étendre ce système progressivement aux neuf campus de l’University of California14.
27D’autres bibliothèques ont déjà testé et éprouvé des systèmes d’automatisation complète du prêt, mais ce sont des établissements de taille beaucoup plus restreinte où les problèmes posés étaient moins ardus. Dès 1970, par exemple, la bibliothèque de Northwestern University a instauré un système de prêt automatisé en direct avec cartes perforées, utilisant un équipement IBM. En 1974, ce système a été perfectionné, le terminal équipé d’un écran cathodique, ce qui a amélioré de 100 % la gestion des prêts. Les livres sont munis d’une carte perforée transmissible en machine comme le code du lecteur. L’ordinateur peut effectuer les réclamations et donner toutes les statistiques nécessaires. Les renseignements demandés à la machine peuvent être pris en compte quotidiennement, hebdomadairement ou mensuellement, selon le type d’information (par exemple, livres empruntés réclamés par un autre usager, pour les questions quotidiennes). Ce système donne toute satisfaction depuis sa création, mais, répétons-le, il s’agit d’une plus petite université où le chiffre des opérations est restreint et où les problèmes techniques à résoudre sont sans commune mesure avec une bibliothèque gérant un ou deux millions de prêts par an. Il faut ajouter que ce système est inclus dans un programme général de gestion automatisée de la bibliothèque15. Cette bibliothèque est un exemple original et réussi d’automatisation complète, dont il existe d’autres illustrations aux Etats-Unis, mais peu nombreuses, pour différentes raisons, surtout le souci qu’ont eu les grands établissements d’établir une politique d’harmonisation et de coopération entre bibliothèques qui exclut des programmes trop spécifiques. Dans un pays où l’initiative individuelle est encouragée, et envisagée sur le modèle de la libre entreprise, et où il n’existe pas de politique nationale autoritaire en matière de bibliothèques, ces différents types de solution sont intéressants. Ils montrent la richesse de la création technologique où tout encore est à l’étude et en voie de développement. Il est d’ailleurs plus facile de trouver des solutions ponctuelles à un problème d’ensemble difficile, quitte à les généraliser et à les harmoniser après coup, que de suivre des directives imposées sur le plan national qui, si elles ne sont pas parfaitement adaptées et assurées du succès, peuvent avoir des résultats décevants et coûter fort cher.
28Ajoutons que le prêt des périodiques, surtout scientifiques, fait souvent l’objet d’un traitement particulier. Ceux-ci circulent à l’intérieur d’un département ou d’une section, où chaque chercheur les gardent deux à trois jours pour les passer directement à un collègue sans les rendre à la bibliothèque. Cette dernière garde cependant le contrôle des prêts. Elle tient informés les chercheurs des articles qui peuvent les intéresser en leur adressant différents types de documents, comme les livraisons hebdomadaires des quatre séries publiées par l’institute of Scientific Information, Current Contents : Chemical Sciences ; Current Contents : Physical Sciences ; Current Contents : Life Sciences ; Current Contents : Education, qui reproduisent les sommaires et les tables des matières prévues par les éditeurs, parfois même avant la publication. Dans certains cas, les bibliothèques produisent leurs propres listes et bibliographies.
29Toutes les bibliothèques complètent le prêt de leurs propres documents par le prêt interbibliothèque. Mais cet aspect de leurs activités intéresse les problèmes posés par la coopération entre bibliothèques et il sera étudié dans ce cadre.
30Le problème de la disponibilité des livres dans une bibliothèque pour les usagers a été souvent analysé aux Etats-Unis, et il existe toute une littérature sur le sujet. Par exemple, Michael K. Buckland, dans un intéressant ouvrage, Book Availability and the Library User 16, essaie de formuler une réponse théorique à ce problème en fonction de l’importance du fonds, de la reliure, du rapport prêt / reproduction photographique des documents et de la psychologie des lecteurs. Il s’efforce d’établir des tableaux de corrélation et des règles relatives par exemple à la détermination du temps accordé au prêt en liaison avec le type de document et le niveau du lecteur et, à l’aide de nombreux graphiques et figures, il établit que le bibliothécaire a, dans sa liberté de fixer officiellement la durée du prêt, un pouvoir de contrôle fin sur les mécanismes qui déterminent la disponibilité des livres dans sa bibliothèque. Ce type d’étude est très utile parce qu’il permet une approche scientifique d’un problème difficile et peut infléchir le choix de la solution apportée.
31Aux Etats-Unis, les bibliothèques universitaires ont un souci presque agressif d’établir un contact avec leurs usagers et imaginent toutes sortes de moyens pour faire participer les lecteurs aux activités de la bibliothèque. Ces activités d’animation sont diverses et appartiennent à des domaines différents : certains établissements organisent ainsi une véritable « animation bibliographique », qui dépasse la simple formation, et qui peut prendre des formes telles que des dialogues de questions et de réponses entre les étudiants et la bibliothèque, qui sont confiés à un groupe d’étudiants, des rencontres bibliographiques sur un thème organisées dans un cadre détendu, des séminaires sur des thèmes d’actualité animés par des étudiants avancés, la participation des étudiants au service de renseignement de la bibliothèque, des montages audiovisuels sur des problèmes à l’ordre du jour, le problème racial, par exemple, avec publication de listes bibliographiques sur le sujet. Ces activités d’animation ont deux buts : rendre les lecteurs conscients et responsables du rôle et de la valeur de leur bibliothèque en les motivant ; insérer les activités de la bibliothèque universitaire dans la vie actuelle avec tout ce qu’elle peut avoir de brûlant.
32Dans ce cadre, les bibliothèques organisent aussi des causeries, des lectures de poésie, des tables rondes sur des sujets bibliothéconomiques ou littéraires. Mais leurs activités sont également artistiques : partout ont lieu des expositions de qualité, à partir des documents de la bibliothèque auxquels s’ajoutent des documents empruntés – exposition sur la magie, les cartes à jouer, la gravure contemporaine, un peintre local, la nature, etc. Même les petits établissements font un effort dans ce domaine avec le souci de rendre la beauté accessible et proche des étudiants, présente dans leur cadre de vie même. Les bâtiments sont ornés d’œuvres d’art permanentes, tableaux, tapisseries, sculptures, objets. Enfin, la musique peut aussi être représentée dans ces activités par des récitals d’artistes ou, plus souvent, des enregistrements. Il faut rappeler, pour bien comprendre ce type d’activité, que l’université et sa bibliothèque, aux Etats-Unis, sont de véritables foyers de culture vivante et de création artistique, au sens le plus contemporain du terme. Elles attirent l’essentiel des initiatives dans ce domaine. L’histoire et le contexte socio-culturel expliquent ce rôle original et l’importance des bibliothèques, par exemple dans la vie littéraire ; par cet aspect de leurs activités, leur rôle peut être comparé à celui des maisons de la culture françaises.
33Ces activités d’animation qui s’adressent à un large public sont complétés, dans les grands établissements, par des activités plus savantes, qui relèvent de la recherche. Les bibliothèques publient beaucoup et différentes sortes de documents qui vont des bulletins culturels destinés aux associations d’amis de la bibliothèque avec des articles littéraires ou historiques à partir de documents récemment acquis, comme The Imprint of the Stanford Libraries Associates, illustré d’une façon ravissante, jusqu’aux prestigieux bulletins savants de renommée internationale des vieilles universités comme le Harvard Library Bulletin ou The Yale University Library Gazette. Ces publications, dirigées par des bibliothécaires, sont faites en étroite coopération avec les enseignants et les étudiants avancés. Par exemple, le n° 4 d’octobre 1978 du Harvard Library Bulletin offrait entre autres articles une étude sur la censure théâtrale en France de 1844 à 1975, une étude sur Bonfils et la photographie du Proche-Orient, une étude sur Darwin, l’esclavage et la guerre civile américaine, etc., tous d’une excellente tenue intellectuelle et abondamment illustrés. D’autres bibliothèques publient des revues d’aspect moins universitaire et de contenu plutôt bibliothéconomique, comme le Library Quarterly, édité par la bibliothèque de l’University of Chicago. Ces bulletins sont un excellent moyen de publicité pour la bibliothèque dans les différents milieux, et ils servent également de monnaie d’échange pour obtenir des publications étrangères. Ils sont généralement imprimés sur les presses de l’université, qui ont une longue tradition aux Etats-Unis. La distribution est faite soit par la bibliothèque, soit par une firme commerciale, selon l’importance de la revue. Les articles sont très variés, mais doivent être en rapport avec le fonds ou les activités de la bibliothèque.
34Les bibliothèques publient également des catalogues de leurs grandes expositions, ainsi que des catalogues de leurs fonds spéciaux, très joliment illustrés. C’est le cas de la bibliothèque de Yale University qui fournit un gros effort dans ce domaine.
35Enfin, un certain nombre de bibliothèques accordent des bourses de recherche à des étudiants avancés, des chercheurs ou des bibliothécaires pour effectuer un travail de recherche relatif à leur fonds et publier dans ce domaine. Par exemple, la Bancroft Library à l’University of California, campus de Berkeley, offre trois bourses par an pour des études avancées sur ses documents. Des bibliothèques privées spécialisées, mais qui coopèrent étroitement avec les universités locales, offrent également des bourses de recherche pour mettre en valeur leur fonds. C’est le cas de la Newberry Library à Chicago, parmi bien d’autres.
36A tous les niveaux de leurs activités, depuis l’accueil des jeunes étudiants jusqu’aux activités les plus savantes, en passant par la formation et la mise en valeur du fonds par l’animation et la recherche, les bibliothèques américaines cherchent à motiver le lecteur, à l’inclure étroitement dans la vie même de l’établissement, à établir avec lui un contact dynamique et créatif. C’est l’esprit même de la politique de la bibliothèque qui est orienté dans ce sens, par un souci autant pédagogique que social. Les lecteurs doivent se sentir à l’aise, satisfaits, bref « chez eux » dans leur bibliothèque. C’est un climat totalement différent des bibliothèques européennes, peut-être difficile à créer, mais qui présente un aspect positif, favorable à la fois au travail personnel des étudiants et des professeurs et au développement même de l’établissement.
Notes de bas de page
1 DEWEY (Melvil). – « Libraries as Related to the Educational Work of the State », Regent’s Bulletin, University of the State of New York, n° 3, August 1890, p. 119.
2 Academic Libraries by the Year 2000 : Essays Honoring Jerrold Orne ; ed. by Herbert Poole. – New York ; London : R.R. Bowker, 1977, p. 153.
3 DEWEY (Melvil). – « Libraries as Related to the Educational Work of the State », ouv. cité, p. 118.
4 D’après les informations fournies par la bibliothèque.
5 The University of California Libraries : A Plan for Development, 7978/7988. – Berkeley [Calif.] : University of California. Office of the Executive Director of Universitywide Library Planning, 1977, pp. 29 et suiv.
6 BALAY (Robert), ANDREW (Christine). – « Use of the Reference Service in a Large Academic Library », College and Research Libraries, 36, n° 1, January 1975, p. 21.
7 Deux revues nouvelles peuvent fournir tous les renseignements nécessaires sur ces banques, en particulier la création de nouvelles banques. Ce sont Database : The Magazine of Database Reference and Review, et On-line Magazine, disponibles à la même adresse l’une et l’autre, 11 Tannery Lane, Weston CT 06 883 USA, au prix respectivement de $ 72 et $ 70 l’abonnement annuel.
8 D’après les informations fournies par la bibliothèque.
9 LYLE (Guy R.). – The Administration of the Coege Library / by Guy R. Lyle ; with the collab. of Paul H. Bixler, Marjorie Hood and Arnold H. Trottier. – 3rd ed. – New York : the H W. Wilson Co.. 1961, p. 134.
10 La bibliothécaire qui a été à l’origine de cette expérience en a donné un premier bilan dans une communication au Congrès de l’Association of College and Research Libraries :
LIPOW (Anne Grodzins). – Teaching the Faculty to Use the Library : A Sucessful Program of In-depth Seminars fot University of California, Berkeley Faculty : Paper Submitted to the 7978 ACRL National Conference. – Berkeley [Calif.] : 1978. – 11 pp., multigr.
11 D’après les informations fournies par les bibliothèques.
12 The University of California Libraries : A Plan for Development. 7978/7988, ouv. cité, pp. 30 et 34.
13 D’après les informations fournies par la bibliothèque.
14 D’après les informations fournies par la bibliothèque.
15 D’après les informations fournies par la bibliothèque.
16 BUCKLAND (Michael K.). – Book Availability and the Library User. – New York ; Toronto ; Oxford, [etc] : Pergamon Press, 1975. – XII-196 pp.
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