Chapitre 8. Les collections
p. 157-176
Texte intégral
« La bibliothèque est le cœur de l’université ; aucun autre facteur non humain n’est aussi étroitement lié à la qualité de l’enseignement supérieur. »1
Allan M. Cartter.
1La valeur d’une bibliothèque est faite de celle de ses collections. Celles-ci sont définies par leur taille et leur composition. Les dimensions des collections des bibliothèques universitaires américaines sont relativement importantes par rapport à celles des autres pays. Beaucoup de ces fonds sont même devenus si considérables qu’actuellement se pose moins le problème de leur développement que de leur limitation par différents moyens, comme la coopération entre bibliothèques. Le stockage de ces masses de livres et d’autres documents pose des problèmes de place dans des lieux comme le campus ou les villes, qui sont déjà très construits, de coût, car la construction de magasins de livres est onéreuse, et de fonctionnement : dans certaines bibliothèques, il y a tant de livres qu’on ne retrouve plus ceux qu’on cherche et on aboutit à un pourcentage important de livres introuvables, donc inutilisables pour l’usager, soit déplacés, perdus, volés, etc. Ce problème est même devenu si crucial que certains établissements ont procédé à des études pour améliorer la situation. Bien que touchés par la crise, les budgets d’acquisition sont restés substantiels et on aboutit, dans les grands établissements de recherche, à ce que la richesse même des collections en vienne à poser problème. Il faut penser qu’il s’agit là d’une crise de croissance qui sera résolue dans l’avenir par la technologie moderne et que le développement futur des bibliothèques n’en souffrira pas.
2Les collections sont composées essentiellement de livres, puis de périodiques, de microformes de plus en plus nombreux, de documents spéciaux comme les cartes de géographie, les estampes, les photographies, les dossiers et coupures de presse, les manuscrits et les archives, les documents audiovisuels et, parfois, des objets historiques ou artistiques comme les clés de l’université conservées à la bibliothèque de Harvard, ou des œuvres d’art, tableaux et sculptures, qui évoquent les cabinets de curiosités d’Angleterre et de France. Elles intéressent toutes les disciplines et toutes les langues.
3Les chiffres montrent bien l’importance de ces fonds. En 1977, l’University of California, campus de Berkeley, possédait 4 917 330 volumes, le total des collections pour les neuf campus étant de 15 243 000 volumes, avec une évaluation pour 1987/1988 de 22 920 000 volumes2 ; l’University of Chicago conservait 3 886 130 volumes, Columbia University 4 730 492 volumes, Cornell University 3 929 581 volumes, Harvard University 9 547 576 volumes, l’University of Illinois 5 828 980 volumes, Indiana University 4 399 020 volumes, l’University of Michigan 4 917 381 volumes, l’University of Texas 4 053 775 volumes, Yale University 6 884 604 volumes et la Library of Congress 18 320 256 volumes3.
4Cependant, on ne peut pas toujours mettre sur le même rang des bibliothèques possédant le même nombre d’ouvrages, car tout dépend de la composition de leur fonds et de sa valeur intrinsèque. Ainsi, le Massachusetts Institute of Technology, qui ne possède que 1 669 840 volumes, peut cependant être mis au premier rang des établissements du pays en raison de ses collections prestigieuses, remarquablement choisies en science et en technologie. De telles collections attirent les savants et les chercheurs du monde entier et l’attraction de Columbia University, Harvard University et Yale University vient en grande partie de la qualité de leurs fonds. Les Présidents des universités qui possèdent de grandes et belles bibliothèques ont publiquement attesté de ce pouvoir d’attraction des collections sur les plus éminents des chercheurs, tel Conant à Harvard, Ford à Minnesota, Hutchins à Chicago, Sproul et Kerr en Californie4.
5Quelles sont les conditions d’un bon fonds de bibliothèque ? Il doit d’abord répondre à la taille de l’établissement et fournir en nombre suffisant les documents exigés par les usagers. Il n’y a pas de normes nationales en la matière aux Etats-Unis, chaque université ayant les siennes propres. A titre d’exemple, on peut citer l’University of California qui prévoit 130 volumes pour un étudiant en moyenne5. Naturellement, au niveau de la recherche, ces chiffres peuvent varier, car les ouvrages deviennent plus spécialisés, plus coûteux et les chercheurs scientifiques ont besoin de plus en plus de périodiques. Il faut compter aussi avec la présence éventuelle d’autres bibliothèques dans le voisinage, dont les fonds peuvent compléter ceux de la bibliothèque universitaire, surtout dans les grandes agglomérations. En revanche, sur les campus isolés, les usagers se servent beaucoup plus de la bibliothèque, à la fois parce qu’elle est seule à offrir des ressources en ce domaine, et parce qu’il n’y a pas d’autres tentations culturelles ou artistiques à proximité. C’est dans ce cas que le besoin en livres est proportionnellement le plus grand.
6Le type du fonds doit refléter les orientations de l’université en matière d’enseignement et de recherche, soit que l’accent soit mis sur les sciences, la technologie, ou au contraire les lettres. Cependant, les grands établissements de recherche possèdent des fonds pratiquement encyclopédiques et complets, même si certaines disciplines sont plus développées que d’autres. Les universités s’accordent à ce sujet pour se compléter les unes les autres, chacune se réservant, à côté du fonds général indispensable, des secteurs mieux pourvus. Le Farmington Plan avait déjà, quelques décennies auparavant, organisé cette spécialisation des établissements dans un souci d’économie et de rationalisation. En effet, si chaque bibliothèque doit acquérir les collections d’ouvrages bibliographiques et de référence indispensables, les ouvrages de base pour l’enseignement et les outils de travail plus spécialisés nécessaires aux chercheurs, elle doit, du fait de la masse des documents, pousser ses efforts dans tel ou tel champ plus limité, au risque de ne pouvoir couvrir vraiment la totalité de la documentation dans les secteurs prioritaires. Périodiquement, des études sont faites par établissement, prévoyant l’orientation de la politique d’acquisition pour les années à venir. On peut citer en exemple le rapport de 1931, Special Report of the Library Committee on the Aims of the University Library Based upon the Survey of the Collection6, qui engageait la bibliothèque de l’University of California dans un programme systématique d’achat, qui prévoyait non seulement les sujets à développer, mais aussi le personnel et les fonds nécessaires : acquérir les publications des principales académies et des sociétés savantes, les plus importants périodiques, sans négliger les périodiques anciens, les documents tels que journaux, pamphlets, cartes de géographie, indispensables aux sciences sociales. Ce rapport prévoyait également de développer les collections selon un programme de priorités national et selon un programme de priorités relatif à la Côte du Pacifique. Dans le premier programme, les disciplines retenues étaient le bassin du Pacifique, l’histoire des sciences, les sciences sociales appliquées, l’agriculture semi-tropicale et sub-tropicale, l’économie de l’agriculture. Dans le second, on devait insister sur les sciences de l’ingénieur et la technologie, les americana, l’histoire et la littérature de l’Amérique du Sud, de l’Amérique latine et de l’Espagne, l’histoire de l’Europe moderne, la langue et la littérature russes ainsi que l’histoire générale de la Russie, la littérature et l’histoire italiennes, l’archéologie classique, l’Empire britannique.
7Enfin, la qualité d’une collection dépend des crédits qui sont mis à sa disposition. Ceux-ci doivent être suffisants pour assurer le développement normal des collections, non seulement les achats courants, mais les acquisitions de séries rétrospectives qui viennent combler les lacunes, ainsi que les achats prospectifs, c’est-à-dire les documents acquis en prévision de la création de nouveaux champs d’enseignement et de recherche en voie d’évolution. Ce point est particulièrement important dans le domaine des sciences, où il faut presque que le bibliothécaire devine les besoins avant même qu’ils apparaissent pour que, le moment venu, le chercheur puisse disposer de la documentation dont il a besoin. Les abonnements interrompus, les ouvrages à petit tirage, qui ne sont pas acquis, faute de crédit, entraînent des lacunes qu’il sera plus tard impossible de pallier, car ces documents sont vite épuisés. Les reprints parfois disponibles de ces publications coûtent très cher. Il est actuellement prouvé que les bibliothèques universitaires européennes, en particulier allemandes et françaises, qui étaient les premières du monde au début du siècle, ont perdu du terrain, faute de moyens financiers suffisants, et que ces lacunes sont désormais irréparables. En revanche, les bibliothèques universitaires américaines, qui ont bénéficié de moyens importants ces dernières décennies, sont devenues les premières du monde. On peut citer quelques chiffres à titre d’exemple : l’University of California, campus de Berkeley, en 1977, disposait d’un budget livres, périodiques et reliure de $ 2 535 390, l’University of Chicago de $ 3 158 478, Columbia University de $ 5 121 295, Harvard University de $ 3 708 737, Indiana University de $ 2 940 057, Standford University de $ 5 779 763, Yale University de $ 2 740 5487. Ces fonds sont des fonds d’Etat, des fonds du Gouvernement Fédéral ou des dons. Il faut ajouter à ces acquisitions les donations de documents et les publications reçues en échanges.
8La composition des collections des bibliothèques universitaires américaines présente une originalité remarquable : leur politique de sélection est beaucoup plus large que celles des bibliothèques universitaires européennes. Celles-ci ne conservent que des documents qui concernent directement l’enseignement et la recherche, d’un niveau scientifique élevé et auraient honte de garnir leurs rayonnages d’ouvrages populaires ou de vulgarisation. En revanche, depuis le début du siècle, les bibliothèques universitaires américaines ont conçu beaucoup plus largement la composition de leurs fonds, estimant que pratiquement tous les types de publications, au moins à titre d’exemples, doivent être conservés. On y trouve donc des collections de livres d’enfants, qui servent aux enseignements des sciences de l’éducation, des publications populaires, romans sentimentaux ou feuilletons, qui peuvent être utilisés pour la sociologie de la lecture ou l’histoire des mœurs, les catalogues des grands magasins utiles à l’étude des modes et des cadres de vie à une époque donnée, les grands quotidiens du monde intéressant la vie politique et économique internationale. Cette perspective est tout particulièrement justifiée dans le domaine des sciences sociales où pratiquement chaque document peut être considéré comme un témoin. Ces collections sont maintenant d’un intérêt sans égal, mais elles ne laissent pas de poser des problèmes d’encombrement et de conservation. Cette politique découle à la fois de principes économiques et d’une conception plus large de la recherche que la conception d’une recherche traditionnelle érudite de type allemand. L’actualité la plus immédiate y est concernée, ainsi que des secteurs marginaux, comme l’ésotérisme, l’occultisme, le roman d’espionnage, etc. Ainsi, les bibliothèques achètent non seulement les ouvrages classiques français, mais s’intéressent également à l’histoire locale ou à la littérature d’avant-garde, secteurs qui ne sont pas toujours bien représentés dans nos propres bibliothèques.
9Guy R. Lyle, dans son petit ouvrage, The President, the Professor and the College Library, résume bien les conditions requises pour la constitution d’un fonds de qualité :
« Il y a quatre principes qui, d’après moi, sont nécessaires pour réussir le développement d’une bonne collection de livres d’une bibliothèque de college. En résumé, ces principes sont : une compréhension d’une clarté cristalline de ce dont la bibliothèque de college est supposée être constituée, une connaissance authentique et générale des différents types de livres qui sont nécessaires pour soutenir la variété de cursus universitaire, une organisation efficace pour impliquer le personnel enseignant comme le personnel de la bibliothèque dans la sélection des livres, et des fonds suffisants pour assurer la couverture adéquate, par l’intermédiaire d’une sage sélection, de la production courante de livres et de périodiques. Il y a naturellement d’autres éléments. Mais si le président du college, les professeurs et les bibliothécaires maîtrisent fermement leurs conceptions des problèmes posés par ces quatre principes ainsi que de leurs solutions, outre une compréhension des aspects négatifs de la sélection des livres affirmés au commencement, alors, la bibliothèque sera dans le temps capable de posséder une collection hors ligne et un programme systématique, éclairé et imaginatif de développement de ses collections. »8
10Il faudrait ajouter à ces quatre principes un cinquième qui serait la compréhension étroite du développement de la recherche au sein de l’université et de ses besoins en documents spécialisés, récents, de différentes sortes, non seulement traditionnels comme les livres, mais spécifiques comme les rapports ou les brevets.
11La sélection des documents dans des domaines aussi variés et à des niveaux aussi différents pose de sérieux problèmes de compétence. En Europe, par tradition, on a considéré le bibliothécaire comme le plus apte à mener la politique d’ensemble des acquisitions de son établissement, pour créer un fonds qui fût à la fois complet, équilibré et harmonieux. Aux États-Unis, en revanche, une partie de la responsabilité des achats a longtemps été dévolue aux enseignants qui disposaient de « fonds libres », c’est-à-dire des sommes restantes, une fois prélevés les crédits nécessaires aux achats obligatoires (abonnements, suites, ouvrages de référence, collections exigées par l’enseignement, textes fondamentaux, manuels, traités, etc.). Ces fonds réservés aux professeurs ont pu atteindre dans le passé jusqu’à la moitié du budget. Les enseignants choisissaient, chacun dans sa discipline, les titres à retenir, et les communiquaient à la bibliothèque qui devait les acheter. Cependant, si ce système peut présenter des avantages dans certaines disciplines très spécialisées, où l’avis des utilisateurs est intéressant à connaître, il n’en offre pas moins de nombreux inconvénients : les achats se recoupent souvent, les professeurs de plus en plus accaparés par leurs tâches manquent de temps pour suivre vraiment la vie de l’édition et dépouiller les bibliographies concernées ; enfin, c’est toujours la bibliothèque, et non les enseignants, qui est tenue pour responsable des lacunes et des erreurs. Peu à peu, la sélection des acquisitions est passée des mains des professeurs à celles des bibliothécaires. Le corps enseignant s’intéresse encore de très près aux achats, mais on considère aujourd’hui que c’est vraiment en dernier ressort la bibliothèque qui gère les fonds et prend les décisions ultimes. La collaboration entre les bibliothécaires chargés des acquisitions et les professeurs se fait plutôt au niveau des relations personnelles et il semble qu’on soit arrivé à un bon équilibre dans ce domaine.
12Généralement, le service chargé de la sélection des achats est séparé du service plus proprement technique, responsable des opérations matérielles de commandes, de réception et de paiement des ouvrages. Il concerne les livres et les périodiques et parfois d’autres types de documents de la bibliothèque centrale ; les acquisitions des bibliothèques annexes sont choisies tantôt par cette dernière, tantôt par ces bibliothèques annexes elles-mêmes selon leur degré de spécialisation, mais une corrélation étroite existe entre tous les agents concernés qui se réunissent régulièrement, se communiquent des informations ou des vœux, afin de développer une politique cohérente d’acquisition pour l’ensemble de l’université. Ce personnel est composé de bibliothécaires bibliographes et de spécialistes hautement qualifiés au point de vue intellectuel, dont beaucoup sont docteurs ou ont publié dans leur discipline. Leur nombre varie selon l’importance de la bibliothèque. Ils se répartissent les achats selon les groupes linguistiques (langues slaves, langues romanes) ou les disciplines (mathématiques, physique, chimie), parfois les deux se recoupant. Périodiquement, ils réévaluent leur politique d’achat et redéfinissent les objectifs de la bibliothèque. Ainsi, la bibliothèque de Stanford University, grâce à une fondation qui lui assure, depuis 1975, un crédit annuel, a pu procéder à une analyse du développement de ses collections. Etant donné l’accroissement de la documentation, la bibliothèque ne pouvait plus suffire à acquérir 500 000 volumes par an et à soutenir financièrement l’achat de fonds de 35 ou 40 millions de livres pour couvrir la totalité des disciplines. Elle se devait donc de prendre un parti et de se fixer des objectifs précis – pour conserver la qualité de ses collections.
« A Stanford, nous avons défini qualité comme utilité pour les usagers, à la fois enseignants et étudiants. Nous avons aussi posé en principe de Stanford que notre but commun est l’excellence universitaire dans toute l’étendu de sa signification. Si nous avons à servir, à aider, à attirer et à garder à Stanford un nombre remarquable de lauréats du Prix Nobel et du Prix Pulitzer, à soutenir la recherche des membres de l’American Academy of Arts and Sciences, les lauréats de la National Medal of Science, ceux de Guggenheim, NEH et de beaucoup d’autres récompenses et de bourses de recherche, nous devons avoir une collection de bibliothèque de distinction. La même chose est vraie si nous avons à servir vingt-et-une écoles, programmes ou départements situés parmi les cinq plus hauts de la nation. »9
Figure 16 Stanford University Bibliothèque Service des Acquisitions

13 Le programme a consisté à mesurer les besoins, la demande et l’usage des documents de bibliothèque afin de mieux comprendre le comportement des usagers, étudiants et professeurs. Cette étude a été faite sur un échantillonnage et développée en coopération avec les enseignants, les bibliothécaires, conservateurs ou bibliographes, et les étudiants avancés. La difficulté du projet vient de ce que les collections de Stanford concernent aussi bien la recherche en lettres qu’en sciences et que chaque discipline requiert des exigences très différentes. Le résultat de cette étude donne une appréciation très complète du fonds et signale les lacunes ou les secteurs à développer. Les objectifs et les buts que doivent poursuivre les bibliothécaires chargés des acquisitions sont définis et développés dans de nombreux documents intérieurs à l’établissement, comme le Collection Development Policy Statement, qui détermine les priorités et explique la politique générale d’achat dans les différents secteurs, collections spéciales, niveau avancé de recherche, niveau d’étude, niveau de base et ses conclusions. Actuellement, on compte plusieurs dizaines de bibliothécaires à temps complet ou à temps partiel qui participent à la sélection des documents, chargés chacun d’une ou de plusieurs disciplines, larges ou étroites, par exemple, la Nouvelle Gauche américaine, l’astronomie, la danse, l’économie, les sciences de l’éducation, etc. Ces bibliothécaires sont appelés selon leurs attributions, conservateurs, bibliographes ou sélectionneurs. L’assistant du Directeur de la Bibliothèque pour le développement des collections dirige, coordonne et évalue les travaux des conservateurs dans le domaine linguistique et les sélections de livres des autres bibliothécaires, bibliothèques annexes inclues. Il détermine également le temps que chaque bibliothécaire spécialiste doit consacrer aux achats. Il préside le Collection Development Coordination Committee, le Stanford university libraries Collection Development Council, et le Curators’ Group, chargé de la coordination de la politique d’achat. Il doit décider des acquisitions très coûteuses ou en aviser le Directeur de la Bibliothèque et représenter la bibliothèque dans les activités de coopération interbibliothèques en matière d’harmonisation de politiques d’achat. L’organisation des activités d’acquisition à Stanford University est très complexe, fait appel à un grand nombre de compétences tout en établissant une coordination et une autorité responsable, le Directeur de la Bibliothèque ou son représentant, l’assistant du Directeur. On retrouve ce type d’organisation plus ou moins développé dans beaucoup d’établissements où l’on a toujours soin de choisir des bibliothécaires particulièrement qualifiés pour les acquisitions. Si ces dernières sont plus décentralisées, il n’en reste pas moins que de nombreuses réunions des agents intéressés permettent de garantir l’unité de la politique générale d’acquisition de la bibliothèque.
14Il n’est pas toujours facile de répartir les fonds selon les différentes disciplines et, là encore, de nombreuses études ont été menées par des Groupes de Travail à l’intérieur des établissements, en particulier à l’University of California, pour évaluer l’importance des collections de documents dans chaque discipline. L’étude menée à Berkeley dans ce domaine et qui a abouti en 197610 a montré, par exemple, que la plupart des collections de science concernant les études avancées et la recherche, soit 90 %, sont en anglais, mais on peut évaluer l’ensemble des livres étrangers dans toutes les disciplines à 50 % des collections. Un autre programme, soutenu par un groupe de l’American Library Association, eut pour objet d’étudier les objectifs de la politique d’acquisition des grandes bibliothèques de recherche et de déterminer quelles sont les disciplines où la masse des documents s’accroît plus vite que d’autres11. A titre d’exemple, on peut donner la répartition des crédits par groupe linguistique en 1978 à la bibliothèque de l’University of California, campus de Berkeley : pour un budget général d’acquisition de $ 2 065 998 pour la bibliothèque centrale et les bibliothèques annexes, la bibliothèque centrale disposait de $ 448 756 ; on comptait $ 155 000 pour l’anglais, $ 97 000 pour l’allemand, $ 90 000 pour les langues romanes, soit $ 40 000 pour le français, $ 34 000 pour l’espagnol et le portugais et $ 16 000 pour l’italien12. Les collections françaises sont bien représentées en général, mais surtout dans les vieilles universités de la Côte Est où existe une tradition littéraire européenne. De nombreux établissements possèdent des fonds anciens remarquables, fruits de donation, qui intéressent, par exemple, les mazarinades ou les éditions de luxe illustrées d’ouvrages de poésie.
15Beaucoup de bibliothèques achètent des ouvrages de loisir et de culture générale au sens large pour les étudiants, réservés à une salle spéciale, la browsing room. Il s’agit de biographies, de romans à succès, de romans policiers, d’ouvrages pratiques et utilitaires. Ainsi, une bibliothèque de droit achètera pour sa salle de loisir des biographies de juristes ou des dossiers de cas célèbres, mais aussi de la poésie, des nouvelles, des romans. Très utilisés, donc vite défraîchis et souvent d’un intérêt peu durable, nombre de ces documents ne sont pas conservés et sont revendus aux usagers par la bibliothèque avec les doubles.
16La sélection des ouvrages s’effectue traditionnellement sur les bibliographies courantes et rétrospectives, les comptes rendus de lecture, les catalogues et les publicités d’éditeurs. De nombreuses bibliothèques reçoivent régulièrement de libraires américains et européens des lots d’ouvrages en fonction d’un profil déterminé. Ces envois sont étudiés par la bibliothèque qui n’en retourne qu’un nombre très limité, de 5 à 10 %, en raison du coût du transport. Cette procédure est intéressante, car un bon libraire est capable d’effectuer déjà un premier choix dans des disciplines données si les critères de sélection sont bien définis ; elle gagne du temps et facilite la tâche des bibliothécaires qui peuvent étudier le livre lui-même dans sa forme et son contenu. Conformément à une vieille tradition également, les bibliothèques envoient des bibliothécaires sur place, en Europe par exemple, choisir directement les livres chez les libraires, surtout chez les libraires d’occasion grâce auxquels elles ont pu se constituer des collections rétrospectives. Cette tradition ne s’est pas perdue, mais elle implique évidemment d’importants moyens financiers.
17La sélection des périodiques est le plus souvent confiée au service qui effectue celle des ouvrages. Ces collections sont surtout importantes pour les sciences et la technologie. Etant donné le coût élevé des abonnements, on cherche de plus en plus à éviter les duplications par l’harmonisation des politiques d’achat et le développement du prêt interbibliothèques, et de la photocopie. Un fait intéressant à remarquer est que les bibliothèques universitaires des Etats-Unis reçoivent également beaucoup de quotidiens d’information politique, américains ou étrangers, ainsi que des revues d’intérêt général, comme Match. Souvent, ces documents sont réservés à la salle de loisir, avec les livres d’actualité immédiate ou de distraction et, dans ce cas, ils ne sont pas conservés. Mais il peuvent aussi faire partie du fonds général. Dans un souci d’économie, le Center for Research Libraries, à Chicago, est chargé de collationner, de réunir et de conserver pour le pays les quotidiens peu consultés, en particulier ceux du Tiers-Monde. Il sert de conservatoire national de ces documents et les communique sur demande aux bibliothèques intéressées. Cependant, les grandes bibliothèques orientales, comme à Harvard University, la Harvard Yen-ching Library, ou à l’University of California, l’East Asiatic Library, sont abonnées à de nombreux journaux japonais ou chinois.
18Les collections de périodiques de bibliothèques universitaires américaines sont très importantes numériquement. Le seul Lawrence Radiation Laboratory de l’University of California reçoit déjà plus de 4 000 titres courants qu’il met à la disposition de ses chercheurs. C’est d’ailleurs cette université, pour le campus de Berkeley, qui est la plus riche du pays en abonnements, soit en 1977, 97 199, et pour le campus de Los Angeles 56 345. Mais les autres grandes bibliothèques de recherche sont également bien pourvues, soit pour Columbia University 57 617 titres courants, Cornell University 51 945, Harvard University 97 000, l’University of Illinois 85 558, l’University of Texas 60 000 et Yale University 60 88613.
19La conservation de ces nombreux fascicules de périodiques et des journaux pose des problèmes de plus en plus difficiles à résoudre et on tend maintenant à conserver ces documents en microfilms et à se débarrasser des originaux trop encombrants. Seules, les publications importantes sont conservées sur papier, la sélection étant faite avec beaucoup de soin. La place constitue l’une des raisons qui a conduit au développement rapide, ces dernières années, des collections de microformes, surtout pour les périodiques. Il faut ajouter à cela la mauvaise conservation du papier de ces publications qui jaunit rapidement et tombe en poussière, le coût de la restauration étant trop élevé pour pouvoir être envisagé sur une grande échelle. On peut se demander cependant si, dans l’avenir, les usagers ne regretteront pas que les collections originales n’aient pas été conservées et se satisferont de simples reproductions photographiques ?
20Les bibliothèques des universités d’Etat reçoivent un grand nombre de publications officielles en dépôt et certaines bibliothèques d’université privée ont également des collections importantes dans ce domaine. Les publications officielles américaines sont nombreuses, qu’elles soient fédérales, d’Etat ou d’autres organismes, et intéressent pratiquement toutes les disciplines. Elles sont gérées dans un service spécial qui dispose d’une salle de lecture. Là aussi, la microfiche tend de plus en plus à remplacer le document original, surtout pour les publications émanant du Gouvernement Fédéral, comme celles du National Technical Information Service (NTIS), source informative de tous les rapports de recherche et des autres informations techniques émanant du réseau fédéral des ministères, des bureaux d’agence, et également maison d’édition d’Etat en matière scientifique et technique. Ces publications sont très consultées.
21D’autres documents sont choisis et acquis à part, tels les cartes de géographie, les documents iconographiques, estampes, photographies, ou constitués de toutes pièces comme les dossiers de presse sur un sujet, par exemple à la Journalism Library de Columbia University, qui sont très recherchés par les étudiants.
22Les vieilles universités ont des fonds rares et précieux qui intéressent les archives de l’université, des manuscrits américains ou étrangers, anciens et modernes, et des éditions de luxe. Les manuscrits français sont bien représentés. En littérature moderne, on trouve un grand nombre de papiers, de lettres et d’autographes divers d’écrivains, comme à la Houghton Library de Harvard University, qui conserve mille manuscrits anciens et des manuscrits modernes comme celui du Journal des Goncourt, des notes du Sang d’un Poète de Cocteau, de Mallarmé, et encore bien d’autres papiers manuscrits de Balzac, de Baudelaire, de Valéry, etc. Mais naturellement, les manuscrits anglo-américains sont les plus nombreux et les chercheurs peuvent trouver dans ces fonds des matériaux de qualité. Cependant, avec les restrictions budgétaires, les achats de manuscrits se font de plus en plus rares et ces fonds ne s’accroissent plus guère que par des dons. Les bibliothèques universitaires conservent également des œuvres d’art, tableaux, dessins, gravures, lithographies, sculptures, objets, et les documents historiques de l’université, comme les sceaux, la masse et les clés. Il est intéressant de remarquer que, malgré leur jeunesse, les bibliothèques universitaires américaines sont parvenues à acquérir de nombreux documents anciens, européens et orientaux, et à constituer des collections historiques tout à fait propres à répondre aux besoins de la recherche. Un effort constant a été fait dans ce sens au cours des années et, sans égaler les prestigieux fonds anciens des grandes bibliothèques européennes, les établissements américains peuvent cependant répondre d’une façon satisfaisante aux exigences des usagers dans ce domaine.
23Les brochures et un certain nombre de documents de seconde importance sont simplement reçus par les bibliothèques et considérés comme éphémères. Ils sont mis à la disposition des lecteurs pour un temps limité, mais ne sont ni inventoriés ni conservés. Ils sont disponibles dans des classeurs, des tiroirs, des boîtes, classés par sujets ou par auteurs. On estime que le coût de sélection et de traitement de ces documents serait trop élevé eu égard à leur valeur intrinsèque. Ces documents sont d’intérêt divers et inégal. On y trouve le meilleur et le pire.
24Les microformes se sont développées d’une façon spectaculaire ces dernières années. Elles ont d’abord rencontré les réticences des usagers et on estime encore qu’au dessus de quarante ans, les lecteurs ne s’habituent pas à lire un document sur écran et préfèrent toujours consulter l’original. Mais les jeunes générations sont familiarisées avec les nouvelles techniques et les utilisent facilement. Il faut dire également que toutes les bibliothèques disposent de lecteurs-reproducteurs qui, moyennant un coût modique, permettent à l’usager de tirer lui-même d’une microforme une reproduction en clair semblable à une photocopie et à l’emporter chez lui. Ce procédé rend plus attrayante la microforme, car il permet de disposer réellement des pages importantes du document sur lesquelles on souhaite plus spécialement travailler. Il faut ajouter aussi que, de plus en plus, certaines publications n’existent qu’en microformes et que le lecteur n’a plus le choix. Il doit donc s’habituer nécessairement à ce nouveau support.
25Les microformes intéressent principalement les périodiques et les journaux, les documents officiels, les documents inaccessibles en édition ordinaire – ouvrages épuisés, petits tirages réservés à un public restreint, ouvrages de grande érudition, thèses de doctorat, manuscrits, archives, etc. Leur grand avantage est leur coût modique et leur peu d’encombrement. Cependant, ils sont plus facilement volés que les livres et leur conservation n’est pas aussi durable. En fait, on ignore totalement ce que seront devenues ces collections de microformes dans mille ans et si elles résisteront au temps au même titre que le papyrus, le parchemin ou le papier. Mais dans la civilisation américaine, tout va vite, tout évolue et les bibliothèques n’ont pas la préoccupation d’œuvrer pour l’éternité de la même façon que l’ont eue les bibliothèques européennes. Facilement, on revend des documents jugés inutiles ou on les détruit. C’est un monde jeune et dynamique, mais qui ne possède pas la longue tradition intellectuelle ancrée dans les bibliothèques monastiques et le travail patient et minutieux des clercs du Moyen Age.
26Les chiffres montrent bien l’importance de ces collections de microformes, certainement sans égal dans le monde : l’University of California, campus de Berkeley, en conservait 1 084 450 en 1977, Columbia University 1 707 474, Comell University 1 632 462, Harvard University 1 501 444, l’University of Illinois 1 358 993, Princeton University 1 095 090 (son fonds de livres étant de 2 910 461 volumes) ; Yale University, en revanche, ne disposant que de 992 994 unités14, peut-être en raison de sa longue tradition intellectuelle.
27Toutes les grandes bibliothèques universitaires américaines ont une politique d’échange suivie avec les pays européens, surtout de l’Europe de l’Est, l’URSS, l’Extrême Orient et le Tiers-Monde. Le volume des échanges est variable, mais généralement important, de l’ordre de plusieurs milliers de documents par an. Quelques faits sont à remarquer à ce propos : les universités sont de moins en moins intéressées par les thèses de doctorat européennes, car elles estiment que leur niveau ne répond plus aux impératifs de qualités et sont conçues dans une perspective trop étroite et trop limitée de la recherche. Dans certains cas, elles ont même renoncé à des échanges et se contentent d’acheter les thèses imprimées qui les intéressent vraiment. Ou même, elles les reçoivent en service d’un libraire spécialisé dans ce genre de publication, et les choisissent sur pièces pour ensuite les acheter. C’est le cas des thèses françaises. Le Center of Research Libraries de Chicago reçoit des collections complètes de thèses étrangères et les diffuse aux bibliothèques intéressées. Cette méthode a été jugée plus économique et plus rationnelle à l’égard de publications étroitement spécialisées qui n’intéressent qu’un nombre limité de chercheurs. Les échanges sont beaucoup plus développés avec les pays communistes, surtout l’URSS. Mais, là encore, les universités américaines se plaignent que le niveau des publications – surtout dans le domaine scientifique – ne soit pas réellement satisfaisant, et elles recherchent de moins en moins ces documents. En revanche, dans le champ des lettres et des sciences sociales, le matériel d’échange est précieux et bienvenu. Cette situation découle du haut niveau de la recherche scientifique aux Etats-Unis qui est certainement à la pointe du monde entier alors que dans les autres champs disciplinaires, maints pays peuvent s’aligner avec eux. Cette désaffection des thèses européennes, en particulier françaises, est préoccupante pour le rayonnement intellectuel de notre pays. Il y aurait lieu de repenser le problème dans son ensemble si l’on ne veut pas assister à un recul dans ce domaine. Ajoutons que l’impossibilité d’effectuer des reproductions photographiques des thèses dactylographiées – d’après la législation en vigueur sur le droit d’auteur – conservées par les bibliothèques françaises et de les vendre aux Etats-Unis est également un obstacle majeure à la diffusion de la pensée française à l’étranger, surtout pour les thèses de troisième cycle, car elles concernent souvent des sujets plus nouveaux et plus originaux que les doctorats d’Etats, et sont très demandées. Là encore, il conviendrait de se pencher sur le problème et de trouver une solution qui, dans le respect de la propriété littéraire, permette de mieux servir le développement de la recherche. Naturellement, chaque bibliothèque reçoit en dépôt les thèses soutenues dans son université, mais ne s’en sert guère comme monnaie d’échange. Les thèses américaines sont rarement imprimées. Certaines bibliothèques sont d’ailleurs réticentes pour les diffuser et exigent des autorisations spéciales pour le faire, afin de préserver l’originalité des travaux. Cependant, un grand nombre de ces thèses sont disponibles en reproduction photographiques par l’intermédiaire de l’University Microfilm Inc., Ann Arbor, Michigan.
28 Les dons sont une source importante d’accroissement des collections, traditionnellement favorisés aux Etats-Unis. Ils consistent en dons en argent et en dons de livres. Dans tous les cas, les ouvrages ainsi obtenus portent l’ex-libris du donateur et les collections entières ainsi obtenues sont également désignées par le nom de celui qui les a donnés. Ces donations sont le plus souvent à l’origine des collections spécialisées qui sont déposées dans une salle spéciale ou, selon leur importance, dans une bibliothèque réservée à cet effet, et considérée comme un centre de recherche. Il s’est créé nombre de ces centres ou de ces instituts de recherche autour d’une donation prestigieuse, accrue et développée par la suite par d’autres donations et par des achats. C’est le cas des archives du Sénateur Robert F. Wagner, qui s’illustra dans la législation du travail. Ces archives furent à l’origine de la Taminent Institute Library de New York, qui conserve une grande variété de documents, publiés ou non, incluant des journaux syndicaux, des comptes rendus de Congrès, des contrats, des journaux intimes, des correspondances, des rapports, des minutes, des photographies, des bannières, des tracts, des affiches, etc. Cette bibliothèque fonctionne comme un institut de recherche sur le syndicalisme américain et les problèmes du travail.
29La Bancroft Library à l’University of California, campus de Berkeley, a également créé un centre de recherche à partir d’une collection des papiers de Mark Twain et un autre sur l’histoire régionale à partir de documents écrits et sonores donnés à la bibliothèque, des archives des hommes politiques, des journaux intimes et des manuscrits. Une autre collection prestigieuse, fruit d’une donation, est la Hoover Institution Library à Stanford University, qui intéresse l’étude des relations internationales au service de la paix et de l’avenir du monde. Le fonds concerne la guerre, la Révolution, la paix, les conséquences du développement des sciences et des techniques sur la civilisation, etc. Cette bibliothèque continue à attirer des dons intéressant les grands problèmes européens. Citons encore la Gest Oriental Library à Princeton University, qui possède la première collection de livres rares chinois anciens, incluant nombre d’ouvrages de l’époque Sung et Ming. Elle fut fondée par deux sinologues, Guion Moore Gest, un ingénieur Quaker, et son ami I.V. Gillis. Gest, guéri par la médecine chinoise d’un glaucome, considéré comme incurable, se passionna pour la civilisation chinoise et réunit à l’aide de son ami une importante collection, comprenant de nombreux livres médicaux, qu’il donna à Princeton University et qui fut à l’origine de la Gest Oriental Library, fréquentée à présent par les chercheurs du monde entier. Les bibliothèques universitaires américaines possèdent d’au-très types de collections spéciales d’origines diverses, développées régulièrement, qui peuvent parfois être très importantes et faire l’objet de catalogues spéciaux. Ces collections intéressent également au premier chef la recherche et concernent les sujets les plus divers, comme l’histoire de la femme et des mouvements féministes aux Etats-Unis, les livres de cuisine et de « sciences domestiques » à l’ Arthur and Elizabeth Schlesinger Library à Harvard University.
30Outre ces dons prestigieux, les fonds des bibliothèques sont alimentés par des dons courants plus ou moins intéressants, mais qui, cependant, contribuent à enrichir les collections. Dans certains cas, également, le Gouvernement Fédéral accorde une subvention spéciale pour constituer ou développer une collection particulière, mais ceci n’est pas très fréquent.
31Il existe sur les campus des centres universitaires de documentation pédagogique à l’intention des enseignants, qui ont un rôle croissant et sont indépendants de la bibliothèque. Ils ont un programme dynamique pour le développement, l’utilisation et l’évaluation des ressources dans le processus éducatif, en particulier des ressources audiovisuelles. Leur budget, pour tous les centres de l’University of California, atteignait en 1970/1971 approximativement trois millions de dollars15 ; c’est en dire l’importance. Cependant, parallèlement à ces centres, les bibliothèques, déjà depuis plusieurs années, développent des collections de documents audiovisuels. Les bibliothèques d’art et d’architecture possèdent d’importantes séries de photographies et de diapositives en couleur ; les bibliothèques de musique conservent des enregistrements sonores, disques ou cassettes ; les bibliothèques littéraires disposent d’enregistrements de poèmes par des acteurs connus ou par les auteurs, ou encore d’entretiens, de conférences. Les sections de science et surtout de médecine sont les plus riches en documents audiovisuels, car ces enseignements se prêtent tout particulièrement à ce type de pédagogie. Presque toutes disposent de vidéocassettes et de programmes préétablis de télévision qui reproduisent des cours ou présentent des cas. Elles ont aussi des programmes automatisés accessibles sur terminal d’ordinateur par lesquels l’étudiant salarié peut recevoir un enseignement-dialogue progressif. Plus rares sont les bibliothèques qui disposent de films et d’un matériel de projection. De nombreux établissements offrent des programmes audiovisuels concernant l’utilisation des grands index, pédagogie de la recherche réalisée d’une manière attrayante. D’autres réalisent elles-mêmes des montages pour initier l’étudiant à l’usage de la bibliothèque. Dans les bibliothèques d’Etat, qui reçoivent des étudiants en retard dans leurs études parce qu’issus de milieux défavorisés, ou handicapés, le secteur audiovisuel est relativement développé, comme à San Francisco State University. Des documents sonores sont mis à la disposition des aveugles ainsi que des techniques de lecture spécifiques pour eux. Ces machines lisent le texte et reproduisent les caractères par des séries de vibrations transmises dans la main de l’aveugle par une poignée métallique. Des programmes audiovisuels pédagogiques conçus pour les étudiants, et pour les adultes, leur permettent d’acquérir plus facilement une formation en langue étrangère, sous forme de laboratoires de langue en cabines individuelles, de cours enregistrés sur cassettes ou d’enseignement programmé sur télévision. Les usagers peuvent ainsi bénéficier d’une formation individuelle qui se prête à leur propre rythme de travail, adaptée à leur niveau intellectuel. Si cet équipement est coûteux, il permet cependant d’économiser des salaires de professeur.
32Les documents audiovisuels sont soit achetés à des entreprises commerciales, soit produits sur place par la bibliothèque en coopération avec les enseignants et les étudiants avancés. Ainsi, la bibliothèque de George Washington University produit de nombreux documents audiovisuels, dispose d’un laboratoire de cassettes, et d’un très bel auditorium avec installation de projection cinématographique pour causeries, conférences et spectacles. Mais la production audiovisuelle de ces établissements est freinée par la législation américaine sur le copyright et les bibliothèques doivent respecter très strictement les lois en vigueur. Dans ce domaine cependant, l’équipement technologique est souvent impressionnant. Certaines bibliothèques disposent de machines hypersophistiquées, comme la liseuse-reproductrice en clair de notes manuscrites de cours, griffonnées par les étudiants. Tout ce matériel est très utilisé, surtout par les étudiants qui ne peuvent suivre les cours ou ont un retard à combler. Ces documents sont de plus en plus nombreux, mais il est évident que le moment n’est pas encore venu où ils remplaceront le document écrit. Actuellement, ils servent plutôt de complément à ce dernier, ou d’appoint.
33La EImer Holmes Bobst Library de New York University possède une intéressante médiathèque, qui dispose non seulement de collections audiovisuelles diverses, mais encore de tout un équipement très complet en appareils photographiques, caméras, magnétophones, vidéophones, etc., qu’elle met à la disposition du corps enseignant et des étudiants avancés, pour leur permettre d’acquérir, en les expérimentant par eux-mêmes, ces nouvelles technologies. Les futurs professeurs sont appelés à réaliser un programme, par exemple une présentation architecturale ou un montage sonore poésie-musique. Ces réalisations sont prises en compte pour l’obtention de leur diplome. Ce sont à la fois le personnel de la bibliothèque et les membres du corps enseignant qui initient les étudiants au maniement des appareils. Cette médiathèque pédagogique connaît un vif succès et l’on pourrait s’inspirer avantageusement ailleurs d’une telle réalisation.
34En l’espace d’un siècle, les Etats-Unis ont réussi à constituer des collections de bibliothèques harmonieuses, équilibrées et complètes. Certaines de ces collections, dans les grandes bibliothèques de recherche, figurent maintenant parmi les plus prestigieuses du monde. Cette réussite est due en grande partie aux différentes institutions officielles et privées qui ont compris la nécessité d’accorder les moyens financiers nécessaires aux établissements pour réaliser cette tâche, mais aussi à la compétence des bibliothécaires, qui ont su concevoir des politiques d’achat répondant aux objectifs de l’enseignement et de la recherche, et créer des services d’acquisition bien structurés, étroitement insérés dans la vie universitaire.
Notes de bas de page
1 CARTTER (Allan M.). – An Assessment of Quality in Graduate Education. – Washington, DC : American Council on Education, 1966, p. 114.
2 The University of California Libraries : A Plan for Development, 7978-7988. – Berkeley [Calif.] : University of California, Office of the Executive Director of Universitywide Library Planning, 1977, p. 123.
3 ARL Statistics 7976/7977. – Washington, DC : Association of Research Libraries, 1977. – 46 pp.
4 DANTON (J. Periam). – Book Selection and Collections : A Comparison of Germon and American University Libraries. – New York ; London : Columbia University Press, 1963, p. 116.
5 D’après les informations fournies par l’University of California.
6 PETERSON (Kenneth Gerard). – The History of the University of California Library at Berkeley, 7900-7945. – 1968, p. 56. – (Thesis : Library Science : Berkeley : University of California : 1968.)
7 ARL Statistics 7976/7977, ouv. cité.
8 LYLE (Guy R.). – The President, the Professor and the College Library ; with an introductory chapter by Kevin Guinach. – New York : the H.W. Wilson Co., 1963, pp. 49-50.
9 MOSHER (Paul H.). – Progress Report on the Collection Evaluation Project / presented to the Academic Council Committee on Libraries by Dr. Paul Mosher. – Stanford : Stanford University Libraries, Collection Development Office, 1978. – Non pag., multigr.
10 PALIS (Jane F.). – Library Support of Academic Programs / prepared by Jane F. Palis for the Sélective Committee. – Berkeley [Calif] : Library University of California, 1976. – III-221 pp., multigr.
11 Titles Classified by the Library of Congress : National Shelf List Count. – 1977 ed. – Berkeley [Calif.] : General Library University of California, 1977. – VII-63 pp.. multigr.
12 D’après les informations fournies par la bibliothèque.
13 ARL Statistics 7976/7977, ouv. cité.
14 Id., ibid.
15 MERRILL (Irving R.), DROB (Harold A). – Criteria for Planning the College and University Learning Resources Center. – Washington, DC : Association for Educational Communications and Technology, 1977. – [VIII] – 117 pp.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Enfermements. Volume II
Règles et dérèglements en milieu clos (ive-xixe siècle)
Heullant-Donat Isabelle, Claustre Julie, Bretschneider Falk et al. (dir.)
2015
Enfermements. Volume III
Le genre enfermé. Hommes et femmes en milieux clos (xiiie-xxe siècle)
Isabelle Heullant-Donat, Julie Claustre, Élisabeth Lusset et al. (dir.)
2017
Se faire contemporain
Les danseurs africains à l’épreuve de la mondialisation culturelle
Altaïr Despres
2016
La décapitation de Saint Jean en marge des Évangiles
Essai d’anthropologie historique et sociale
Claudine Gauthier
2012
Enfermements. Volume I
Le cloître et la prison (vie-xviiie siècle)
Julie Claustre, Isabelle Heullant-Donat et Élisabeth Lusset (dir.)
2011
Du papier à l’archive, du privé au public
France et îles Britanniques, deux mémoires
Jean-Philippe Genet et François-Joseph Ruggiu (dir.)
2011
Figures de femmes criminelles
De l’Antiquité à nos jours
Loïc Cadiet, Frédéric Chauvaud, Claude Gauvard et al. (dir.)
2010
