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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 1. Continuer l’abstention républicaine ? : Brisson – Grévy, novembre-décembre 1885 2. Janvier 1886-Mai 1887 : Radicaliser la République ? 3. Apaiser l’opposition ? Mai-Décembre 1887 Notes de bas de page

    La république absolue

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre II. Quelle république ? (bis) 1885-1887

    p. 159-193

    Texte intégral 1. Continuer l’abstention républicaine ? : Brisson – Grévy, novembre-décembre 1885 2. Janvier 1886-Mai 1887 : Radicaliser la République ? La démocratisation de l’ Armée : janvier – juillet 1886Les élections cantonales d’août 1886 : la revanche de l’apaisement républicainLe général Revanche, instrument de la « socialisation des âmes » 3. Apaiser l’opposition ? Mai-Décembre 1887 Les prodromes de l’apaisement républicain : Août 1886 – Mars 1887« L’expérience » Rouvier : apaisement républicain ou péché contre la légitimité ? Mai - Novembre 1887La succession de Grévy : guerre civile ou abstention républicaine ?Conclusion : La nouvelle abstention républicaine : signification et perspectives Notes de bas de page

    Texte intégral

    * *

    1Tactique, la réconciliation des radicaux et des républicains avait réussi à sauver la légitimité républicaine mais non à trancher le problème de la dévolution du pouvoir d’État comme cela eût été souhaitable dans un régime républicain, assis sur le suffrage universel.

    2Ainsi, loin de pacifier le pays, l’abstention républicaine pratiquée par le Cabinet Brisson avait finalement eu pour principal résultat de transférer la question du corps électoral, où les frontières entre partis demeuraient floues, vers le corps parlementaire où, en raison des luttes des dernières années, les clivages étaient beaucoup plus abrupts.

    3Enfermée dans l’enceinte du Palais-Bourbon, la recherche du compromis nécessaire à la vie gouvernementale relevait tout simplement de la quadrature du cercle puisqu’il est mathématiquement impossible de faire une majorité positive avec des tiers dont chacun d’entre eux est hostile aux deux autres.

    4La seule issue sera donc l’abstention de complaisance pratiquée par un tiers de l’Assemblée qui accepte temporairement l’action directrice d’un autre tiers. Mais en raison des obligations de la légitimité républicaine, seuls les tiers républicains pouvaient aspirer à la direction des affaires : ainsi verra-t-on successivement républicains modérés et républicains radicaux proclamer tantôt qu’ils ont le droit de disposer du soutien de l’autre tiers républicain, tantôt qu’ils sont capables de bénéficier de l’abstention complice de la droite sans pour autant y perdre leur âme.

    5De cette suite de tours de prestidigitation sortiront alors quatre figures politiques dont la rapide succession donne la clef de l’histoire mouvementée de la législature : la sagesse commande-t-elle de se limiter à l’expédition des affaires courantes, c’est-à-dire de poursuivre la politique de l’abstention républicaine ou, au contraire, demande-t-elle un essai hardi pour radicaliser la République ?

    6 Puis, les alliances inter-républicaines ayant fait long feu, chacun des deux tiers républicains se mettra à regarder du côté de la droite, de sorte que le dilemme deviendra : Qu’est-ce qui est le plus dangereux pour la République ? « apaiser » l’opposition en lui donnant des gages somme toute assez modestes comme le voudrait Rouvier, soutenue en coulisse par J. Ferry ? Ou au contraire, peut-on tenter de « républicaniser » l’opposition comme les radicaux et les boulangistes s’en déclarent capables en adoptant le programme de la Révision ?

    7Toutes ces hypothèques devront être levées avant que le ministère Constans – Tirard puisse administrer la preuve qu’il n’y avait d’avenir pour la République parlementaire que dans la stabilité constitutionnelle.

    1. Continuer l’abstention républicaine ? : Brisson – Grévy, novembre-décembre 1885

    8La réunion de la nouvelle Chambre a lieu le 14 novembre et aussitôt éclate le divorce entre les deux fractions républicaines. Par la voix de Rochefort, l’extrême-gauche fait savoir qu’elle n’accordera son appui qu’à une double condition : mise en accusation du Cabinet Ferry et amnistie complète pour les quatre derniers condamnés de la Commune1.

    9Joignant le geste à la parole, l’élection du bureau provisoire, bientôt suivie de celle du bureau définitif de l’ Assemblée, est utilisée pour montrer que faute d’un accord sur ces points, l’extrême-gauche n’hésiterait pas à jouer de l’alliance avec la droite pour imposer ses candidats et à travers eux sa politique2.

    10Le Tonkin et l’amnistie avaient valeur de symbole : la guerre extérieure et la guerre civile n’étaient promues au premier rang que pour montrer au président du Conseil que les conditions de l’extrême-gauche étaient justement celles sur lesquelles ce dernier ne pouvait transiger sous peine de perdre l’appui des modérés.

    11Désireux de ne pas céder à l’intimidation, Brisson décide de passer outre en faisant enfin acte d’autorité : le 16 novembre, il lit sa déclaration ministérielle et en même temps il fait savoir que le report d’un crédit pour le Tonkin, de l’année 1885 à l’année 1886, donnera bientôt à la Chambre l’occasion d’exprimer ses sentiments à l’égard du ministère.

    12Plus long que de coutume, le programme du président du Conseil propose l’union des républicains autour de trois principes : rigueur budgétaire, organisation du statu quo en Indochine, maintien du Concordat auquel le corps électoral venait de démontrer son attachement3.

    13Raisonnable, ce discours avait l’inconvénient de plus répondre aux critiques des conservateurs qui avaient fait campagne sur le tryptique : déficit, guerre et violences, qu’aux exigences des radicaux encore tout à la joie gourmande de leur jeune victoire.

    14En d’autres termes, le programme de Brisson refusant de faire la moindre concession aux nécessités de la légitimité républicaine4, cherchait dans la meilleure tradition parlementaire, à créer une majorité autour de la conjonction des centres.

    15Mais menés par Clemenceau, toujours plus habile en tactique parlementaire qu’en stratégie nationale, les radicaux manœuvrent avec adresse. Le nouveau député du Var avait fortement désapprouvé les excès de son collègue Rochefort qui risquaient justement de favoriser le rapprochement des centres5. Et, conscient de l’importance de l’échéance présidentielle de décembre, Clemenceau veut préserver jusque-là la fiction de l’unité républicaine afin de ne mettre en cause ni la légitimité ni la forme de ce pouvoir par abstention qu’il commençait à considérer comme un moindre mal.

    16Pour se protéger des ambitions de Jules Ferry, Clemenceau oriente la politique radicale dans deux directions : celle des apparences où se célèbrent l’unité et la légitimité républicaine et celle des réalités où l’alliance avec la droite est utilisée pour mener une lutte sans merci contre quiconque refuse de se désolidariser du président du Conseil des années 1883-1885.

    17Ainsi le 18 novembre, une réunion plénière des Gauches se tient-elle au Grand-Orient et, de cette enceinte extra-parlementaire, fait savoir au ministère qu’elle ne l’interpellera pas publiquement avant le Congrès présidentiel6. De même tout au long des mois de novembre et de décembre, radicaux et modérés s’unissent pour invalider 25 députés conservateurs élus dans six départements où l’intervention du clergé en leur faveur avait été trop voyante7.

    18Mais après ces hommages aux principes, les radicaux retrouvent le terrain des réalités politiques en s’unissant à la droite pour élire, le 25 novembre, une commission hostile au ministère : chargée d’étudier le report à 1886 d’un crédit pour le Tonkin, la commission obtient le droit de citer des témoins et fait le maximum pour avoir l’air de se transformer en commission d’enquête. Et lors du débat en séance plénière, le 24 décembre, 96 radicaux se joindront à 174 conservateurs pour refuser ce crédit (qui n’en était même pas un puisqu’il avait été voté en 1885) et qui, en conséquence, ne sera voté que d’extrême justesse avec quatre voix de majorité !

    19Le résultat est immédiat : le surlendemain 26 décembre, Jules Grévy, père octogénaire de la République est réélu Président de la République8.

    20Élu sans concurrent car l’ère d’incertitude où la République semblait être entrée depuis le succès des conservateurs aux élections d’une part, et l’échec du président du Conseil dans sa tentative à rallier l’extrême-gauche d’autre part, avaient découragé toute candidature publique chez les républicains. En outre Grévy, qui avait inventé la forme du pouvoir par abstention, devenait pour les nouveaux élus une assurance vivante contre le risque de dissolution d’une Chambre que l’on commençait à considérer comme ingouvernable.

    21Tirant la leçon des événements, Brisson donnait, le 27 décembre, une démission sans phrase.

    22Le scrutin décisif avait bien sûr été celui du 24 décembre où, sur une politique qui ne faisait que prolonger le statu quo au Tonkin, le président du Conseil n’avait réuni que 274 voix contre 270. Encore ces quatre voix de majorité n’en étaient-elles pas car elles n’étaient dues qu’à la double absence de 25 conservateurs invalidés et de six radicaux de Paris, ayant opté pour la sécurité d’un siège de province9.

    23Ce vote, nul en quelque sorte, montrait que personne n’avait tiré la leçon du scrutin d’octobre : ni le ministère qui, élu selon la légitimité républicaine, cherchait à gouverner selon une ligne de conjonction des centres ; ni les conservateurs qui, tournant le dos au programme qui les avait conduits au succès et négligeant les avertissements des départements mixtes, avouaient de la sorte que, finalement, les questions dynastiques étaient encore chez eux prévalentes10. Ni Clemenceau enfin qui, continuant à utiliser l’affaire du Tonkin comme le bélier capable de lui ouvrir la porte du pouvoir, ne comprenait pas qu’en fait, il prenait simplement le risque de ramener le danger de guerre de l’Extrême-Orient à la frontière franco-allemande.

    24Dans sa marche forcée vers le pouvoir, Clemenceau ne réussit cependant pas à entraîner la totalité des 144 députés qui s’étaient déclarés radicaux devant les électeurs11 : seul 96, soit une proportion de l’ordre des 2/3 acceptent de le suivre lorsqu’il appelle à l’union sur la base d’une renégociation du traité de Tien-Tsin, conduisant à terme à l’évacuation du Tonkin12.

    25Les cinquante autres13 préfèrent le langage de Ch. de Freycinet qui, ministre des Affaires étrangères, s’en tient à la thèse traditionnelle de l’application du traité de Tien-Tsin14.

    26Cet éclatement des radicaux lors du premier scrutin de la nouvelle législature conduit à rappeler le lien qui existe entre le vote d’un député à la Chambre et sa situation électorale à l’intérieur de son département : comme au 26 janvier 1882, le député élu contre un républicain est d’autant moins enclin à soutenir un ministère qu’il cherche avant tout à se distinguer de ses concurrents républicains ; et comme au 30 mars 1885, le scrutin de liste crée une solidarité départementale dont le 24 décembre, il sera d’autant plus difficile de s’affranchir que le député est plus néophyte.

    27Ainsi, sur 35 députés radicaux élus dès le premier tour, 23 se sentent assez sûrs de leur situation électorale pour refuser de mettre le ministère en difficulté sur une question de politique extérieure. Et comme de ces 35 députés radicaux, il faut défalquer 3 abstentionnistes15, il n’y aura finalement que 9 radicaux sur 36, soit le quart des élus du 4 octobre pour voter contre le ministère lors du scrutin du 24 décembre.

    28A l’inverse, chez les 103 radicaux16 élus au second tour, c’est-à-dire ayant éliminé des modérés au premier tour, 85 – soit plus des 4/5 – se rangent aux côtés d’un Clemenceau décidé à utiliser le Tonkin pour pulvériser l’abstention républicaine. La proportion est encore plus forte chez les radicaux élus dans des départements où le ballottage avait été total le 4 octobre : là, ce seront 55 députés sur 60 – soit 11 sur 12 – qui refuseront leur soutien à Brisson.

    29Dans cette Chambre qui sent planer sur elle la menace d’une dissolution, le député radical vote donc moins contre le ministère que pour Clemenceau qui paraît être le maître de sa réélection.

    30Vingt ans plus tard, Jean Jaurès qui, élu d’un département mixte, était comme tel conscient à la fois de la précarité du régime et de la modération du corps électoral, se demandera « quelle raison vitale avait alors poussé les radicaux à engager le combat sur ce point... alors que la période militaire était close et les traités signés ». Et d’autant que, fort d’une confidence de Clemenceau avouant que « l’évacuation était impossible », il se sent autorisé à conclure qu’« au fond, aucun des radicaux ne voulait, en octobre 1885, l’abandon du Tonkin »17.

    31De ce débat qui se révélait alors « d’autant plus redoutable qu’il était factice », Jaurès ne trouve alors qu’une explication : « la crainte de la revanche de J. Ferry », d’autant plus désolante « qu’il n’était pas dans l’intérêt de la République de prononcer contre Jules Ferry une sorte d’ostracisme et de bannissement perpétuel »18.

    32Tel était pourtant le nœud du débat : pour Clemenceau et ses amis de l’extrême-gauche, l’anti-ferrysme était devenu à lui seul une politique puisqu’il était la seule plate-forme susceptible d’utiliser les voix de la droite pour obtenir la radicalisation de la République qui, depuis l’échec de Brisson, se présentait comme la seule alternative compatible avec la légitimité républicaine.

    2. Janvier 1886-Mai 1887 : Radicaliser la République ?

    La démocratisation de l’ Armée : janvier – juillet 1886

    33Radicaliser la République avait une signification très précise : cela voulait dire ouvrir les rangs du pouvoir au personnel radical qui, comme le personnel opportuniste dix ans plus tôt, enrageait de ne tirer aucun bénéfice de ses succès électoraux. Clemenceau ne disait pas « radicaliser » mais seulement « démocratiser ». Personne ne se méprenait cependant sur le sens de ces termes. N’avait-il pas été, lors du débat du 24 décembre, jusqu’à accuser le gouvernement d’entretenir une guerre pour que des officiers « très bien apparentés » puissent aller chercher en Extrême-Orient « grades et avancement ». Et il avait terminé en affirmant que « dans cette question délicate, qui touchait aux personnes, on avait profondément blessé l’élément démocratique »19.

    34L’instrument de cette démocratisation sera donc le général Boulanger, ministre de la Guerre d’un nouveau Cabinet Freycinet qui, fort du soutien toujours acquis de J. Grévy et cette fois conditionnel de Clemenceau, allait tenter de mener à bien cette expérience d’ouverture vers les radicaux20.

    35A quarante-huit ans, le général Boulanger est justement fier d’une carrière qui avait été particulièrement rapide grâce à un judicieux dosage de courage militaire, de talent publicitaire et d’intrigues politiques21 : jeune lieutenant, il avait combattu en Grande-Kabylie, à Magenta et en Cochinchine ; la guerre de 1870 le ramène à Paris où une blessure opportune l’empêche de participer à l’écrasement de la Commune22 ; colonel à trente-sept ans, il est sous les ordres du duc d’Aumale auprès de qui il n’hésite pas à demander une recommandation pour hâter sa nomination de général, nomination qu’il obtiendra finalement en 1880, mais le vent ayant tourné, grâce à l’appui de Gambetta !

    36En 1881, ce jeune et fringant général républicain représente la France au centenaire de la bataille de Yorktown : et ce contact avec la vie politique de la grande « République américaine » où le Chef du Pouvoir Exécutif est élu au suffrage universel après une campagne où la publicité politique jouait déjà un rôle considérable, ne sera pas indifférent pour l’évolution ultérieure d’un homme dont les idées politiques resteront toujours fort sommaires.

    37A son retour, il est appelé à Paris à la direction de l’infanterie, poste qu’il utilise pour se faire connaître dans les milieux parlementaires et en particulier renouer avec Clemenceau qu’il avait connu au lycée de Nantes. Le bénéfice de ces amitiés sera touché quand il est nommé en février 1884 en Tunisie, où P. Cambon essaie de mettre en œuvre le nouveau protectorat. Là, de mesquines querelles de préséance l’opposent au résident général qui était, depuis 1870, très proche de J. Ferry23. Aujourd’hui, l’incident n’a d’importance que dans la mesure où les deux hommes, revenus à Paris après la chute de Ferrry, chercheront à obtenir gain de cause pendant plus de six mois en s’appuyant l’un sur les opportunistes, l’autre sur les radicaux.

    38Sur cette toile de fond, la promotion du général Boulanger au ministère de la Guerre, apparaît alors autant comme une victoire pour les radicaux que comme un camouflet personnel contre J. Ferry24.

    *
    * *

    39Arrivant rue Saint-Dominique, le général Boulanger ne sera pas long à créer le changement que les radicaux espéraient, qui peut se résumer en trois mots : démocratisation de l’armée, affermissement de la légitimité républicaine, affirmation de l’honneur national. En clair, cela voulait dire améliorer le moral de la troupe, écarter les officiers dont les opinions étaient suspectes et enfin abandonner, vis-à-vis de l’Allemagne, le langage précautionneux qui avait été depuis dix ans celui des républicains.

    40Avec le génie de la mise en scène qui était le sien, Boulanger entreprend la réforme de la condition militaire. Si le temps lui a manqué pour faire voter la loi sur le service militaire obligatoire et universel25, il reste de son action nombre de petites mesures qui, répercutées jusque dans les campagnes par les lettres du soldat, vont créer sa popularité : à Paris et en province, seront créés les Cercles militaires où officiers et anciens officiers pourront se retrouver. Chaque caserne sera baptisée du nom d’un homme célèbre, et les guérites repeintes aux couleurs tricolores. En ce qui concerne le soldat, le port de la barbe devient autorisé, l’ordinaire est amélioré et le régime des permissions assoupli. Enfin, introduisant des méthodes plus modernes, Boulanger réorganise le service cartographique, fait adopter le fusil Lebel qui sera celui de la guerre 1914-1918, et installe le premier service téléphonique26.

    41Du point de vue social, Boulanger se tire avec habileté de la situation délicate où l’avait mis la grève de Decazeville, et surtout l’assassinat de l’ingénieur Watrin qui, engendrant une forte émotion chez les conservateurs et les modérés, avait nécessité l’envoi de troupes27. Devant la Chambre littéralement subjuguée, il précise que l’armée n’est là que pour maintenir le calme entre les ouvriers et la Compagnie minière et lance sa fameuse phrase : « A l’heure qu’il est, chaque soldat est peut-être en train de partager avec un mineur sa soupe et sa ration de pain »28.

    42Et toute cette politique de démocratisation militaire trouvera sa consécration populaire dans les premiers jours de juillet 1886 avec l’inauguration du nouveau Cercle militaire de Paris, et surtout avec le défilé du 14 juillet, immortalisé par le chansonnier Paulus dans sa chanson « En revenant de la revue »29.

    43Mais Boulanger ne s’en tient pas là. Parallèlement à cette action destinée au grand public, il prend soin d’afficher son attachement à la légitimité républicaine et ceci avec d’autant plus d’éclat que cela risque de froisser la hiérarchie militaire.

    44Dès sa nomination, il avait changé tous les principaux directeurs du ministère : infanterie, cavalerie, artillerie, génie..., partout des hommes nouveaux qui lui seront dévoués30. De la même façon est créé un service de presse, aussitôt utilisé pour envoyer à l’armée un ordre du jour, dont l’usage était alors tout à fait nouveau ; et de ce bureau, nouvelles et commentaires ne cesseront plus d’alimenter, en échos plus ou moins bienveillants, les principaux journaux parisiens, ainsi que certaines feuilles de province.

    45Le 26 janvier 1886, moins de trois semaines après la formation du ministère Freycinet, un régiment de cavalerie, connu pour les opinions royalistes de ses officiers, est déplacé de Tours vers Nantes afin de retrouver le goût de la discipline républicaine : interpellé à la Chambre à ce sujet, le général-ministre obtient un triomphe en demandant : « Sommes-nous ou non en République ? »

    46Et le principe de la légitimité républicaine est approuvé par 347 voix contre 15331.

    47Aussitôt, Le Figaro cancanne en écrivant que le général Schmitz, dont dépendait le régiment déplacé, a gardé un « douloureux silence » devant la décision ministérielle. Et quand le général Schmitz envoie une dépêche pour dire que c’est faux, il se voit sanctionné par son ministre32.

    48Encouragé par ce succès, Boulanger veut rééditer la même opération contre le général Saussier, gouverneur militaire de Paris qui serait généralissime en temps de guerre et qui, comme tel, est la personnalité militaire la plus considérable du monde opportuniste. Mis en cause par un journal, le général a la faiblesse d’envoyer une lettre de protestation et se voit aussitôt qualifié d’un blâme public de la part de son ministre.

    49Piqué au vif, le général Saussier demande à être relevé de ses fonctions par le Conseil des ministres qui, fort irrité du tapage engendré par le ministre de la Guerre, songerait même à le démissionner si le scandale n’était finalement plus grand. Mesurant son erreur, Boulanger n’insiste pas, mais comme il le fera souvent plus tard, il rebondit et réussit à trouver un dérivatif capable de transformer cet échec en succès.

    50Cette fois, Boulanger va s’attaquer au duc d’Aumale, prince du sang le plus élevé dans la hiérarchie militaire, et dans le sillage duquel l’ambitieux colonel avait, autrefois, cru un moment faire carrière.

    51Le prétexte est la loi de juin 1886 interdisant le territoire français aux chefs de familles ayant régné sur la France, et « autorisant » le gouvernement à l’interdire aussi aux membres de leur famille qui, de plus, ne peuvent exercer aucune fonction publique33. Boulanger, toujours prompt à saisir ce que cela signifiait en termes de légitimité républicaine, raye des cadres de l’armée tous les princes de sang. Le duc d’Aumale, qui était le plus âgé et qui jouissait d’une réelle popularité, se pourvoit devant le Conseil d’État et écrit, le 12 juillet, une lettre publique au président Grévy, qui se termine par ces termes : « il ne m’appartient pas de vous rappeler que les grades militaires sont au-dessus de votre atteinte ; et je reste le général Henri d’Orléans, duc d’Aumale »34.

    52Le lendemain, 13 juillet, la veille du défilé militaire de Long-champ, le général Boulanger répond à une interpellation à la Chambre : là, avec une phrase que Jules Ferry qualifiera de « mauvais calembour »35, il se taille un tel triomphe que l’affichage de son discours sera voté36.

    53Mais cette fois, la mesure était passée. Et derrière le devant de la scène où il allait continuer à agiter pour dix mois encore, le double drapeau de la légitimité républicaine et de l’honneur national, commençait le regroupement des partisans de l’apaisement républicain.

    *
    * *

    Les élections cantonales d’août 1886 : la revanche de l’apaisement républicain

    54Il n’est guère étonnant de voir Jules Ferry être le premier à sonner l’alarme. Ferry qui avait suivi les péripéties de la lutte entre Paul Cambon et Boulanger que Freycinet, ministre des Affaires étrangères, n’avait pas pu ou pas voulu trancher37, savait ce qu’il fallait penser des déclarations de Boulanger sur la soumission du pouvoir militaire au pouvoir civil.

    55Dès le 2 juillet 1886, il écrivait à son frère Charles :

    « Les Républicains doués de quelque bon sens, assistent avec stupeur aux cabrioles de ce général à la bolivienne, démagogue audacieux, orateur séduisant, politicien infatué, comédien dangereux qui parcourt la France en triomphateur en haranguant les évêques, les gymnastes38 et les maires, compromettant ses épaulettes dans tous les ruisseaux d’intransigeance, se faisant appeler citoyen-ministre par les pires communards... Une immense vanité, une suffisance pyramidale, un prurit de parole et de popularité : ce n’est que la moitié du personnage. L’autre moitié est faite d’une rare intelligence mise au service d’une ambition sans limites. Il a un plan bien conçu et bien suivi. Conquérir avec des phrases que la badauderie gobera éternellement, la popularité de Pache et Bouchotte, être l’homme du service de deux ans pour les ruraux, de la barbe entière et des permissions nocturnes pour les sous-officiers ; organiser à l’état-major général, au cabinet du ministre, un bureau de dénonciations, en passant par-dessus tous les degrés hiérarchiques, tous les règlements tutélaires ; en même temps, éliminer tout ce qui tient les sommets, tout ce qui peut porter ombrage. C’est Schmitz à qui l’on tend un piège... C’est Galliffet qu’on amoindrit, qu’on irrite, qu’on dégoûte par des procédés détestables... C’est enfin Saussier... que depuis trois mois on taquine, on provoque, on tourmente en cent mille façons...39. »

    56Mais pour dévoiler sa pensée en public, pour envoyer au gouvernement le premier d’une longue série d’avertissements, Jules Ferry attend le résultat des élections cantonales du mois d’août 1886 qui, confirmant son analyse sur la modération du pays, allait lui permettre de relancer sa politique d’apaisement républicain.

    57En effet, que répondent les 87 départements à qui est demandé le renouvellement de la moitié des 3.000 conseillers généraux ? Sur 1.434 sièges à pourvoir, plus de 1.200 sont simplement renouvelés, tandis que parmi les changements, il y a nombre de permutations qui ont pour résultat de se compenser. Ainsi, si les conservateurs gagnent 108 sièges par rapport à 1883, les républicains en obtiennent de leur côté 95 nouveaux, de sorte que le solde, positif pour les conservateurs, se réduit à 13 sièges, à peine 1 %, ce qui donne la mesure de leur chute depuis octobre 1885.

    58De plus, si on classe les soixante départements où il y a eu un changement, dans les quatre groupe analysés lors du premier tour des législatives, on s’aperçoit que les conservateurs gagnent un maximum de sièges (+ 27) dans les 14 départements du groupe IV40, c’est-à-dire dans le groupe des départements où la présence radicale avait causé un balottage total, tandis que de leur côté, les républicains obtiennent leurs meilleurs résultats (+20) dans les sept départements du groupe I où les conservateurs avaient enlevé la totalité des sièges41.

    59Échec des conservateurs dans leurs fiefs, échec des républicains dans les départements radicaux : au fond ces cantonales, en enregistrant l’échec des bénéficiaires du scrutin d’octobre 1885, ne faisaient que confirmer « a posteriori » l’aspect paradoxal des précédents résultats42.

    60La déception causée par le résultat de ce retour à un scrutin uninominal majoritaire va donc être aussi forte chez les conservateurs, où les plus lucides vont amorcer un processus de ralliement à la République43, que chez les radicaux qui, n’ayant tiré aucun bénéfice électoral de six mois de République radicale, se mettent à considérer avec beaucoup d’appréhension l’éventualité d’une dissolution44.

    61Chez les républicains modérés, la situation est évidemment inverse : reprenant courage, ils commencent à envisager avec bienveillance l’hypothèse d’un retour devant le corps électoral dans des conditions telles qu’ils pourraient, à leur tour, se présenter comme les hérauts de la Paix.

    62Jules Ferry, quant à lui, ne perd pas de temps pour passer à l’attaque ; le 14 août, il écrit à Jules Develle, ministre des Travaux Publics dans le Cabinet Freycinet : « Le général Boulanger est un péril pour le Cabinet, un péril pour l’armée, un péril pour la sécurité nationale ». Et après avoir vertement critiqué la renommée de mauvais aloi de qui se présente comme « celui qui s’apprête à battre l’Allemagne à bref délai », il termine en autorisant son correspondant à montrer au Président de la République et au président du Conseil une lettre qui est « le résumé de longues réflexions et de sérieuses informations »45.

    63Le lendemain 15 août, il écrit à Joseph Reinach, alors directeur de la République Française, que désormais Freycinet n’aura son concours « qu’à la condition qu’il se sépare du général Boulanger »46. Le 17 août, ouvrant les travaux du Conseil général des Vosges et tirant la leçon des dernières élections, il lance un appel à la création d’un parti républicain conservateur47 :

    « Les circonstances avaient donné au scrutin du premier août le caractère et la portée d’une grande consultation politique adressée à la France entière ; il en est sorti une manifestation non équivoque de fidélité républicaine...
     » C’est que le suffrage universel... est désormais parvenu à sa grande majorité. Essentiellement conservateur... plus éloigné que jamais dans ses masses profondes, des utopies révolutionnaires, le suffrage universel estime en même temps que la politique de restauration monarchique est la pire des utopies, la plus révolutionnaire des politiques.
     » Le parti conservateur renoncera-t-il à ses chimères ? Comprendra-t-il enfin qu’en dehors de la République, franchement et résolument acceptée, il n’y a plus pour les conservateurs dignes de ce nom, ni rôle politique sérieux à prétendre, ni action efficace à exercer sur les grands intérêts nationaux ? Nul ne le souhaite plus vivement que nous. Il n’est pas bon pour le pays qu’une partie de ses forces vives se consume dans une protestation impuissante. Il faut à une République bien constituée un parti conservateur. »

    64L’appel à la création d’un parti conservateur républicain ne pouvait être entendu autrement que comme le signe du désir des républicains modérés de s’affranchir de leur alliance forcée avec l’extrême-gauche. Si bien que cette déclaration qui visait à renverser la tentative de radicalisation de la République, menée depuis six mois par Freycinet et dont Boulanger était devenu le symbole, ne sera pas reçue de la même façon par Clemenceau, qui réagit en homme politique que par Boulanger, dont les préoccupations sont plus militaires.

    65Tandis que le chef de l’extrême-gauche est prompt à saisir ce que signifierait, en termes de légitimité républicaine, une tentative de conjonction des centres menée au nom des nécessités gouvernementales, le ministre de la Guerre prend brusquement conscience de la précarité d’un poste auquel il tenait par-dessus tout48 et au-delà duquel il y a de fortes raisons de croire que son ambition ait mis longtemps à aller49.

    66Cette perception différente va engager les deux hommes dans des voies contraires, même si cela n’apparaît pas tout de suite.

    67Pour Clemenceau, le but essentiel est d’infléchir encore l’expérience de radicalisation de la République, en obtenant cette fois un Cabinet à direction radicale. Insistant sur le bénéfice politique de l’opération, Clemenceau et son journal deviennent presque modérés : les rumeurs entretenues par la « presse réactionnaire » au sujet des dangers de guerre sont déclarées « absurdes »50. Et pendant la crise ministérielle de décembre51, La Justice qui, à défaut de pouvoir faire campagne pour Clemenceau, cite les noms de Brisson52 et de Floquet53, met beaucoup de dignité à respecter l’autonomie de l’initiative gouvernementale qui ne doit en aucun cas être ligotée par « un programme commun des Gauches » qui ne serait que mystification.

    68« Si le gouvernement repose sur l’idée d’un pouvoir exécutif responsable devant les Chambres, il faut lui laisser l’initiative. C’est lui qui propose, c’est la Chambre qui décide. Dire à l’homme en qui on va mettre sa confiance : nous dressons un menu politique, c’est renverser les rôles. Il est bien certain que le Chef du Pouvoir Exécutif doit représenter la volonté de la Chambre ; mais précisément parce qu’il est choisi pour la représenter, c’est à lui de la dégager à ses risques et périls.

    69» Voilà pourquoi l’extrême gauche a voulu laisser au président du prochain ministère le rôle d’initiative qui lui appartient ; voilà pourquoi l’extrême gauche n’a pas voulu de délégation ni de Bureau des Gauches54. »

    70Or, que fait Boulanger pendant ce temps ? Délaissant l’ostentation républicaine, il fait mine de s’enfermer dans un personnage strictement militaire, symbole de l’unité nationale. N’oubliant même plus de favoriser le vieux personnel militaire55, il achève de sculpter sa statue de général Revanche, vigile de la frontière, où il se plaît à faire des visites impromptues.

    71Mais, en sous main, il laisse ses partisans développer leur campagne : patriotes animés par Déroulède, chansonniers de la rue, ou journalistes plus ou moins stipendiés qui, pendant la crise ministérielle de décembre 1886, écriront dans un journal militaire édité à Limoges que seule l’inamovibilité des grands ministres, comme celui de la Guerre, permettrait d’assurer la continuité de l’État face au péril extérieur56.

    72Un démenti circonstancié57 lui permet de conserver son portefeuille dans le nouveau Cabinet Goblet, guère différent du précédent. Mais bien que Jules Ferry continue à parler et à faire parler du général Boulanger comme d’un « politicien charlatan »58, le ministre de la Guerre ne fera rien pour s’assagir.

    *
    * *

    Le général Revanche, instrument de la « socialisation des âmes »

    73La notoriété de Boulanger va culminer lors de deux épisodes à vrai dire fort différents quant à leur signification politique : le vote du septennat militaire par le Reischstag allemand et l’affaire Schnaebelé.

    74Le vote du septennat militaire est une opération de politique intérieure allemande, où le vieux Bismarck gonflera à dessein la menace que représente Boulanger, pour forcer le vote de crédits militaires qu’il jugeait nécessaires pour les sept prochaines années : ayant échoué une première fois à en obtenir le vote, au début de janvier 1887, Bismarck dissout le Parlement et, pour obtenir une majorité favorable à son projet militaire, il orchestre pendant les mois de janvier et février 1887 la montée de la crainte avec campagnes de presse, coups de Bourse et appel de réservistes auquel Boulanger aura, un moment, la légèreté de vouloir répondre59.

    75Mais le 21 février, Bismarck ayant gagné les élections, la tension s’abaisse sans que les gouvernements se soient directement affrontés.

    76Tel ne sera pas le cas de l’affaire Schnaebelé où la paix ne sera sauvée que par le sang-froid conjugué de Flourens, ministre des Affaires étrangères60, et de Grévy qui devait là administrer une éclatante preuve de la vertu bienfaisante du pouvoir par abstention.

    77Commissaire à la frontière, Schnaebelé est arrêté le 20 avril 1887 pour espionnage alors qu’il se rendait à une convocation que lui avait envoyé son collègue allemand : des lettres, retrouvées dans le bureau de Schnaebelé, prouvaient que ce dernier était bien tombé dans un piège. Tandis que Boulanger et Goblet veulent mobiliser et lancer un ultimatum, Grévy réussit à convaincre le Conseil des ministres de la nécessité d’attendre, en se contentant d’envoyer une demande d’explication à la Wilhelmstrasse : dix jours plus tard, Schnaebelé était libéré, sans que le gouvernement français ait eu à répondre sur la question de l’espionnage qui était pourtant réel61.

    78Pour le grand public, le général Boulanger devient l’homme qui, devant l’Europe, a fait reculer Bismarck. La foule des badauds chante sur le refrain du « Général Victoire », et vingt ans plus tard, Barrés décrira la « fièvre » qui s’empara de la France en ces termes :

    79« Une grande circonstance créa la socialisation des âmes... Dans cette attente de quinze jours, un sentiment commun se substitua aux soucis particuliers. Un état parut, qu’on peut appeler l’ " âme nationale ". Elle se tournait vers la frontière, elle attendait un geste de Paris. Qu’ils s’effacent les comités, les députés, les chefs de groupe !... Aujourd’hui le seul adversaire c’est l’étranger ; le seul gouvernement, c’est le chef de l’armée...

    80» La France le conçoit comme le soldat au service de la République et peut-être l’accepte comme protecteur de la République. En face du terne Elysée, habité par un vieux légiste incapable d’un mouvement venu du cœur qui seul toucherait les masses, le jeune ministre de la Guerre, chevauchant sur son cheval noir, dispose d’un éclat qui parle toujours à une nation guerrière ; en outre, son autorité constitutionnelle, par tel grand mot, par tel acte qui va jusqu’à l’âme, saurait bien se multiplier : il convoquerait nos réserves d’énergie.

    81» D’un tel élan, après une victoire, fût sorti un César... »

    82Ce sera justement pour couper court à cette éventualité que Jules Ferry et ses amis décideront de rompre avec les radicaux, et de se tourner vers la Droite.

    3. Apaiser l’opposition ? Mai-Décembre 1887

    83Le 17 mai 1887, moins de trois semaines après la libération de Schnaebelé, Jules Ferry, entouré de 70 députés de l’Union des Gauches, se joignait à la droite pour renverser le ministère Goblet en refusant de voter un budget jugé trop dispendieux62.

    84Ce jour-là, il y a près de 100 députés radicaux à se dire ministériels : leur masse retire toute importance au fait que Clemenceau et quelques autres aient voté contre le budget, et en tout cas rend encore plus sensationnel le passage dans l’opposition, pour la première fois depuis plus de dix ans, de Jules Ferry accompagné de presque tout ce que l’opportunisme comptait de notabilités présentes et futures : Waldeck-Rousseau, Méline, Casimir-Périer, les deux Cochery père et fils, Félix Faure, le jeune Hanotaux, Spuller, Rouvier, etc63...

    85C’est à dessein que le prétexte choisi avait été mince ; en s’unissant à Clemenceau pour renverser le ministère sur une question financière, les conjurés poursuivaient un double but : d’une part, éviter de faire de Boulanger la cause, et par là la vedette de la crise, d’autre part offrir à la Droite une trêve gouvernementale établie sur le solide terrain des réalités économiques.

    86Pour bien saisir le processus, il faut remonter en arrière et suivre la façon dont, au lendemain des élections cantonales d’août 1886, avaient été poursuivis les pourparlers entre la Droite et les républicains modérés.

    Les prodromes de l’apaisement républicain : Août 1886 – Mars 1887

    87Trois moments jalonnent la marche de la République vers l’apaisement : le discours de Jules Ferry auquel font immédiatement écho dans la presse les lettres de Raoul Duval et d’Auguste Lepoutre ; l’appel lancé en novembre 1886 par le même Raoul Duval devant la Chambre ; et enfin, la réponse du ministère donnée par la voix de Goblet au mois de mars 1887.

    88A. Lepoutre et Raoul Duval avaient été élus dans des départements à comportement mixte : le Nord, où les conservateurs avaient dû leur succès aux difficultés économiques de la région et où ils se montreront incapables de conserver leur avantage64 ; l’Eure, où les conservateurs avaient deux fois échoué à faire élire le duc de Broglie. Nul doute que cette origine ne les aidât à comprendre que la Droite devait, sous peine de se stériliser pour de longues années, faire effort pour penser la vie politique en termes nouveaux.

    89Ainsi, A. Lepoutre, écrit-il dans Le Temps du 21 août, qu’à son avis, « les deux tiers des citoyens français sont absolument indifférents à la forme du gouvernement. Avant tout, ils veulent être bien gouvernés ». Et fort de cette analyse, le député du Nord cherchait à rédiger un projet d’entente dont la charte serait l’acceptation du « statu quo » constitutionnel, religieux et économique65.

    90Encore plus explicite, Raoul Duval vante, dans La Liberté, les mérites d’une « Droite républicaine » qui, politiquement proche du centre gauche, aurait cependant sur lui, l’immense avantage d’être affranchie de la solidarité sentimentale d’avec l’extrême-gauche66.

    91En cette fin d’année 1886, Raoul Duval est devenu un homme libre : protestant, il n’a jamais confondu religion et légitimité ; vieux bonapartiste, il connaît le poids du suffrage universel, son goût pour les autorités établies ; proches de la mort enfin67, il n’a pas peur de dire tout haut ce que beaucoup n’osent que penser.

    92Le 6 novembre 1886, deux jours après que le radical Andrieux ait proposé de parer aux difficultés financières de l’État en instaurant l’impôt sur le revenu68, le lendemain du jour où Jules Ferry fait insérer un rectificatif au Journal Officiel pour préciser qu’il est partisan non de l’impôt sur le revenu, mais de l’impôt sur les revenus69, Raoul Duval s’adresse à la Chambre.

    93Après avoir rappelé que c’est par « des économies et non par des impôts qu’il faut arriver à trouver l’équilibre du budget », il décide « d’aborder un ordre d’idées qui touche peut-être plus à la politique proprement dite qu’à la politique budgétaire »70 :

    94« Il faut aujourd’hui que tous, sur quelques bancs que nous siégions, nous fassions un retour sur nous-mêmes et nous demandions si depuis dix ans nous n’avons pas trop cédé à la passion, dominés par les rancunes électorales. Si je me tourne du côté de la gauche j’y vois défiances et suspicions. Si je regarde du côté de la droite, j’y vois beaucoup de collègues qui, par crainte d’un mot, ne font pas ouvertement la politique que dans le fond du cœur ils trouvent la plus raisonnable... »

    95Malgré la tempête de protestations soulevées chez les royalistes71 par cette introduction, le député de l’Eure continue :

    96« Nous ne pouvons avoir qu’un élément de force : le consentement quasi-unanime d’une grande démocratie de 37 millions de Français, respectueux du droit des autres, mais voulant qu’on respecte le leur... Les triomphants d’il y a dix ans sont-ils sûrs d’avoir bien fait tout ce qu’il fallait ? Toutes les fois qu’il y a la possibilité d’exercer la moindre fonction, l’Administration ne se préoccupe pas de la capacité mais seulement des opinions. Vous blessez nos populations rurales : après avoir visé le cléricalisme, votre politique finit par s’attaquer à la seule conscience religieuse.

    97» Il y a des hommes qui croient que la fortune de la France, sa prospérité, sa grandeur sont incompatibles avec un gouvernement électif... Combien sont-ils ? Le meilleur moyen de les rallier n’est-il pas de bien servir la France, de la faire unie et prospère ? »

    98Puis, s’adressant à ses « collègues de la minorité », il continue :

    99« La plupart d’entre vous êtes venus sur ces bancs avec des professions de foi d’une correction constitutionnelle absolue, et cependant il est impossible de se dissimuler que la fraction de la Chambre qui siège sur ces bancs de droite, n’inspire pas la confiance absolue à cette fraction de l’opinion publique qui n’est pas satisfaite de la façon dont on la gouverne mais qui cependant ne veut pas de révolution.

    100» Cela vient de ce que beaucoup d’entre nous ont peur du mot République ! Résolus à ne combattre que ce qui leur paraît mauvais... ils n’osent pas dire publiquement qu’ils se résignent à le faire sous la raison sociale de la République. Ils en sont empêchés par leurs habitudes, par leurs relations et dans une certaine mesure par ce qu’en dira-t-on des salons qui sont si puissants dans notre pays72.

    101» (Or) la plus grande faute que pourrait commettre la droite de cette Assemblée, pour le succès des idées qu’elle doit avoir à cœur de défendre, la plus grande faute serait d’autoriser par son attitude à croire qu’elle considère la République comme transitoire. »

    102Le résultat de cette admonestation générale fut évidemment une tempête de protestations émises par les députés qui, issus de la droite73 comme de la gauche, refusaient sous prétexte de sagesse, de voir dévaloriser de la sorte le combat mené depuis dix ou quinze ans.

    103Lucide et décidé à dire tout ce qu’il jugeait nécessaire, Raoul Duval continue en faisant la distinction entre le corps parlementaire, où ces propos font scandale, et le corps électoral en qui il place son espoir :

    104« Je ne me fais pas l’illusion de croire que ce classement nouveau se fera par le seul effort de notre patriotisme et de nos volontés. Trop de passions, trop de préjugés nous séparent pour que la graine que je sème au vent de l’opinion puisse lever ici ; aussi est-ce du suffrage universel et de lui seul que j’attends et j’espère la moisson.

    105» Pendant la première année de notre législature, beaucoup d’entre nous n’ont entendu que le fracas des passions qui s’entrechoquaient. Attristé par ce spectacle, j’ai préféré me retourner du côté du suffrage universel. J’ai voulu voir dans ce maître une puissance consciente d’elle-même... et ma foi a été fortifiée par la modération, par le bon sens et par la fermeté du suffrage universel.

    106» Il y a un an, le suffrage universel avait voulu avant tout la paix, l’ordre et l’économie. Selon les régions, avec les différences de tempérament que comportent des populations aussi diverses, il a renforcé les deux groupes qui avaient fait opposition : les Républicains confirmés et les conservateurs dont les professions de foi ne mettaient pas en cause la forme du gouvernement puisque sauf dans quelques départements très minoritaires, notre campagne a été celle d’une Droite dans la République. »

    107Puis, ayant fait le lien entre l’échec du second tour et les intempérances de langage de certains conservateurs, il termine son propos en donnant la clef de son ralliement à la République : l’Appel au Peuple, qui était peut-être possible en 1871 ou 1873, ne l’est évidemment plus maintenant puisque des réponses ont été données en 1876 comme en 1877, en 1881 comme en 1885. Dans ces conditions, refuser de « tenir compte des manifestations du suffrage universel » relève simplement de « la politique du fétichisme ».

    108Le discours de Raoul Duval était, en novembre 1886, bien plus qu’une simple bouteille à la mer. Appuyé sur une solide connaissance du corps électoral, il est aussi une stratégie pour opérer un nouveau « classement » des forces politiques. En clair, cela voulait dire interrompre l’expérience de République radicale, soutenir un Cabinet de conjonction des centres qui, après dissolution, irait demander au corps électoral l’onction de la légitimité républicaine.

    109En d’autres termes, l’effort vers l’apaisement républicain voulait, au nom des réalités nécessaires au compromis gouvernemental, déporter le trop classique dilemme République-Monarchie, qui avantageait par trop la Gauche, vers une alternative plus nouvelle, République radicale-République conservatrice qui, depuis l’apparition du débat autour de l’impôt sur le revenu, prenait sa véritable signification.

    110Le plus prompt à flairer le danger que cela signifiait pour la légitimité républicaine, fut évidemmment Clemenceau : tandis que son journal entamait aussitôt la campagne contre la dissolution, mentionnée plus haut74, lui-même participera au violent incident de séance que déclenchera, le 30 mars 1887, la réponse du ministère à l’appel de Raoul Duval, qui entre temps, était d’ailleurs décédé75.

    111Goblet était alors président du Conseil : il venait de faire une déclaration de politique générale justifiant l’attitude « ferme et résolue » du gouvernement lors de la crise du septennat militaire lorsqu’il termina par ces paroles :

    112« Il faut déchirer les voiles... il y a ici un grand nombre d’hommes absolument dégagés de l’esprit de coterie, étrangers aux questions de personnes et qui ne demanderaient pas mieux que de faire dans cette voie sage et résolue les affaires du pays.

    113» Nous croyons qu’il peut se former une majorité d’éléments de gauche à laquelle, pour ma part, je verrais avec satisfaction venir se mêler un certain nombre de membres venus (se tournant vers la Droite) de ce côté de l’Assemblée et reconnaissant que la République est définitivement le gouvernement nécessaire de la France76. »

    114On se souvient que Goblet, alors ministre de l’instruction publique77, avait été difficilement réélu dans la Somme, un des neuf départements mixtes. Cette assiette électorale l’aidait évidemment à comprendre la nécessité de l’apaisement républicain. Mais depuis la crise internationale que la France venait de vivre, le président du Conseil, qui s’était montré solidaire de Boulanger, ministre de la Guerre, ne pouvait être l’homme de la situation.

    115Sa proposition fait cependant date par le mouvement qu’elle suscita parmi les députés : après une discussion où Clemenceau rappela formellement qu’il n’y avait de légitimité qu’à gauche78, l’ordre du jour, simple, fut finalement voté par 287 voix contre 205 avec 79 abstentions.

    116Ce volume d’abstentions, deux fois plus important qu’à l’accoutumée, traduit l’embarras de la Chambre. En effet, qui s’abstient le 30 mars ? Trois groupes de députés fort différents :

    117– Groupe 1 : 13 députés radicaux.

    118– Groupe II : 31 députés de l’Union des gauches de J. Ferry.

    119– Groupe III : 35 députés de l’Union des droites’, issus pour la plupart de départements mixtes depuis octobre 188579, ou devenus mixtes à la faveur d’une élection partielle80.

    120Les cas les plus remarquables sont ceux de la Manche et du Pas-de-Calais, qui totalisent à eux deux 10 abstentionnistes, le 30 mars. Et il n’y a aucun doute que la réélection dans ces départements de deux anciens députés républicains, battus en octobre 1885 – Riotteau dans la Manche et surtout Ribot dans le Pas-de-Calais81 – n’aient fait réfléchir leurs collègues conservateurs.

    121Sur les 16 élections partielles, qui avaient eu lieu depuis octobre 1885, les conservateurs avaient perdu 14 fois82. Sur les sept sièges qu’ils avaient au départ, les deux seuls qu’ils réussissent à conserver, dans le Morbihan et la Vendée, ont d’autant moins de significations politiques qu’il s’agissait là de fiefs électoraux, quasi héréditaires, où deux fils n’avaient fait que succéder à leur père défunt83.

    122Ailleurs, c’était sinon la déroute, en tout cas la fin de l’espoir né dix-huit mois plus tôt, au sujet des retrouvailles entre le suffrage universel et les conservateurs. Alors, comme dans les années 1873- 1874, le résultat d’élections partielles, pratiquées au scrutin de liste départemental, allait devenir le meilleur moyen de donner de l’esprit aux députés conservateurs qui, en pratiquant l’abstention de complaisance, étaient maintenant mûrs pour se prêter à « l’expérience » d’apaisement tentée par Rouvier.

    « L’expérience » Rouvier : apaisement républicain ou péché contre la légitimité ? Mai - Novembre 1887

    123Le 30 mai 1887, après treize jours d’une crise ministérielle où avaient successivement été prononcés les noms de Floquet, auquel s’opposera personnellement le baron de Mackau84, de Freycinet, qui avait buté sur l’opposition de Jules Ferry85, et même de Clemenceau dont Grévy ne voulait à aucun prix86, c’est Rouvier qui est nommé président du Conseil.

    124Aujourd’hui, on a peine à comprendre la surprise que ce nom causa à l’époque puisque Rouvier synthétisait en sa personne l’aspiration à la rigueur financière (cause formelle de la crise) et l’hostilité au radicalisme revanchard (cause réelle de la crise).

    125Lié aux milieux d’affaires, Rouvier était le président de la commission des Finances, qui avait mené l’assaut contre le budget présenté par Goblet ; ancien ministre du Commerce de Jules Ferry, il avait inauguré la politique protectionniste de la France et, de ce fait, avait échoué au premier tour d’octobre 1885, dans les Bouches-du-Rhône, où la ville de Marseille avait voté pour les radicaux, partisans du libre échange. Au second tour, Rouvier n’avait retrouvé un siège que grâce à l’hospitalité des modérés d’Alpes-Maritimes qui, se désistant en sa faveur, déchaîneront une campagne extrêmement violente des radicaux du département qui avaient pourtant bénéficié du soutien personnel de Clemenceau87.

    126Accédant au pouvoir le 30 mai 1887, Ernest Rouvier est donc à Clemenceau exactement ce qu’était Boulanger à Jules Ferry dix-huit mois plus tôt : un ennemi personnel, symbolisant une politique contraire.

    127La politique de Rouvier rompt avec la politique radicale car, selon ses propres termes, « le gouvernement républicain, arrivé à la maturité, doit être un gouvernement bienveillant et non un gouvernement de combat »88.

    128La bienveillance doit s’exercer à l’égard des adversaires extérieurs ou intérieurs. Les premiers sont apaisés par l’éviction de Boulanger, dont le tapage avait fini par faire croire à l’Europe entière qu’une nouvelle guerre était imminente89 : mais, pour témoigner de la dignité de la République, Flourens, qui avait dénoué l’affaire Schnaebelé, est maintenu aux Affaires étrangères.

    129Les adversaires intérieurs sont plus difficiles à apaiser : sensibles, comme en 1875, au danger de la situation extérieure90, les Droites sont prêtes à faire un second pas vers le régime à la double condition d’obtenir, d’une part des garanties quant aux délais dans lesquels la laïcisation des écoles serait achevée, et d’autre part des espérances quant à la distribution des menus emplois publics qui ne seraient plus réservés aux seuls républicains.

    130Contrairement aux apparences, la seconde condition est, plus difficile à satisfaire que la première. D’ordinaire, il est de bon ton de n’évoquer la question des emplois qu’à demi-mot91 : la pudeur serait nécessaire afin de ne pas ternir les grands principes au contact de cette réalité jugée trop humble que serait le monopole de l’accès aux places. En fait, les deux choses sont intimement liées et ne sont que l’expression des conditions dans lesquelles s’exerce le Pouvoir d’État en France qui, rappelons-le toujours, est le seul grand pays qui, associant libéralisme politique et centralisation administrative, se voit obligé de concilier diversité politique et uniformité administrative.

    131Or, l’uniformité administrative, s’exerçant à l’échelle d’un pays entier, fait que l’obtention d’un emploi, si modeste soit-il, engendre immédiatement, pour l’heureux bénéficiaire, la participation à l’immense pyramide du pouvoir au sommet de laquelle puissance publique et légitimité politique se voient confondues. Cette confusion explique que la contrepartie de cette participation exige ce que l’on appelle par euphémisme des « garanties »92.

    132Pour s’en convaincre, il n’est que de parcourir les dossiers de protestation constitués à l’occasion des procès en invalidation des députés élus en octobre 1885 : d’un côté, le chantage aux fonctionnaires exercé par les candidats républicains qui, aidés du préfet, expliquent aux petits agents de l’État qu’ils perdraient leurs places en cas de victoire de l’opposition93 ; de l’autre, l’immense complainte des catholiques qui, systématiquement évincés de tous les emplois publics, ne comprennent pas la raison de cet ostracisme94.

    133Apaisement à l’intérieur, vigilance à l’extérieur : tels sont donc les termes du « Pacte » conclu dans les derniers jours de mai 1887 entre Rouvier et le baron de Mackau95, pacte qui, contre toute attente, durera jusqu’à ce qu’une chaîne d’incidents, aux conséquences démesurées, ait substitué la crainte de la guerre civile à celle de la guerre étrangère.

    *
    * *

    134Jusqu’en octobre 1887, c’est la menace extérieure qui paraît la plus lourde.

    135De Clemenceau à Rochefort, les radicaux n’avaient pas épargné leur peine pour obtenir le maintien, rue Saint-Dominique, de celui qu’ils considéraient comme le meilleur ministre de la Guerre possible. Et, non contents de mener une campagne de presse sans précédent96, certains avaient eu l’idée d’organiser sur son nom une manifestation électorale.

    136Une élection partielle devant justement avoir lieu à Paris le 23 mai, en pleine crise ministérielle, L’Intransigeant de Rochefort avait proposé aux Parisiens de joindre le nom de Boulanger à celui de Mesureur, le président du Conseil municipal, seul candidat en lice.

    137Le résultat dépassa tout ce qui avait pu être souhaité : 38.000 électeurs, soit plus de 12 % des votants, écrivent sur leur bulletin le nom du ministre qui, tout en expédiant encore les affaires courantes, n’était ni candidat ni même éligible...

    138De ce jour, on peut dire que le boulangisme était né car se trouvaient alors réunis les trois éléments qui feront sa fortune : l’influence dans la rue parisienne que Rochefort ou Déroulède peuvent mobiliser à tout moment à son profit ; le soutien, contre les parlementaires, du suffrage universel non organisé ; enfin, l’onction républicaine de la capitale qui fera que, quelles que soient les alliances ultérieurement nouées, le général Boulanger restera pour ses proches et, ce qui est plus important, pour lui-même, un républicain convaincu.

    139Nommé le 30 mai, le ministère Rouvier affronta la Chambre le 31. Laconique à l’extrême, le président du Conseil promet d’éviter de nouveaux impôts grâce à des économies, et dit son intention, d’une part, de mener à terme la réforme militaire, d’autre part, de se consacrer à l’exposition de 1889 (où le centenaire de la Révolution coïncidera avec le renouvellement des Chambres). Ces quelques phrases se terminent par l’appel à une nouvelle majorité « pour soutenir une politique vraiment pratique »97.

    140Aussitôt, les radicaux se déchaînent : Périllier lui reproche « d’être la doublure de Jules Ferry » ; Millerand rappelle que les élections d’octobre 1885 ont confirmé le verdict du 30 mars ; quant à Laisant, il essaie de pulvériser le « Pacte » en prédisant que le ministère sera incapable d’obtenir de sa majorité l’incorporation des séminaristes.

    141En fait, ces critiques contradictoires – puisque J. Ferry est l’homme de l’article 7, donc de l’anticléricalisme – s’ordonnent autour d’une même crainte : que cette nouvelle majorité réussisse à aller devant le corps électoral habillée dans ce costume à la fois républicain et pacifique.

    142Telle est en effet l’ambition de Rouvier qui, fort de son « Pacte », réussit à atteindre le terme de la session parlementaire et même à élargir son assiette parlementaire puisqu’il fait alterner majorité de compromis gouvernemental (union des gauches + union des droites) et majorité de légitimité républicaine (union des gauches + radicaux).

    143La majorité de compromis gouvernemental s’affirme quand l’existence du ministère est en jeu : tel est le cas, le 31 mai 1887, qui est le lendemain de la constitution du ministère ; ou encore, le 11 juillet 1887, où est discutée une interpellation sur « les menées cléricales et monarchistes » dont les seuls termes montraient l’intention de ses auteurs de ranimer les souvenirs honnis des 24 mai 1873 et 16 mai 1877. Évocation historique certes puissante, mais en tout cas fort mal venue puisqu’on 1887, les seules menées qui menacent la République sont les menées boulangistes dont la plus spectaculaire avait été la manifestation organisée à la gare de Lyon, le 8 juillet, pour accompagner le général qui allait rejoindre son nouveau poste de Clermont-Ferrand98.

    144Cette chaleur de la rue parisienne en faveur du beau général à la barbe blonde va tout de même inquiéter une partie de l’extrême-gauche qui semble amorcer un ralliement vers le ministère : le 31 mai, les radicaux avaient été 14999 à refuser leur confiance au ministère d’apaisement ; le 11 juillet, trois jours après la manifestation boulangiste, ils ne seront plus que 111. Clemenceau lui-même, sans aller jusqu’à donner sa voix à Rouvier, saisira cependant l’occasion pour se désolidariser publiquement de ce général « à qui la gloire était venue trop vite ».

    145En six semaines, la majorité de « compromis gouvernemental » s’était donc élargie de 286 voix à 357, et à l’intérieur de cette majorité, la « majorité des républicains », sans laquelle Rouvier avait dit qu’il ne resterait pas100, était passée de 32 à 63101.

    146Mieux encore, les 9 et 19 juillet, Rouvier saisit les occasions du vote en première lecture du projet de loi militaire ou d’une interpellation sur la laïcité pour dégager en sa faveur une majorité « exclusivement républicaine »102, en d’autres termes, pour se retremper dans le bain de jouvence de la légitimité républicaine.

    147Si bien, que le 22 juillet 1887, jour de la clôture par décret de la session parlementaire, Rouvier peut croire qu’il a gagné son pari. Il le croit si bien qu’au milieu des vacances, il s’enhardit à prononcer, le 18 août, lors d’un banquet offert par la Chambre de commerce de Paris un discours où, retrouvant le ton de Gambetta dont il avait été le ministre, il annonce son programme électoral :

    ÉVOLUTION DE LA MAJORITÉ PENDANT LA IVe LÉGISLATURE : 1885-1887

    Image

    148« La République existe depuis dix-sept ans. Nous croyons à sa vitalité ; elle est asez forte pour n’avoir rien à redouter de personne, elle est au-dessus des partis, comme elle est au-dessus des personnalités ; le péril serait donc une politique qui creuserait des divisions si profondes qu’il ne serait plus possible de retrouver, de refaire l’unité française le jour où il deviendrait nécessaire d’appeler toutes les forces vives du pays...

    149» Nous avons aujourd’hui le devoir de reconquérir les électeurs qui, en 1885 se sont détachés je ne dirai pas de la République, mais de la majorité républicaine. Ce sont ces électeurs que nous devons ramener par une politique sage et libérale.

    150» Nous nous apprêtons, Messieurs, à fêter le centenaire de 1789. Ne sentez-vous pas, à quelque nuance du parti républicain que vous apparteniez, combien serait grand et beau le spectacle que donnerait notre pays si nous pouvions à ce centenaire présenter la nation tout entière, réconciliée sur le terrain des institutions républicaines103. »

    151A l’évidence, la mariée devenait trop belle.

    152Et le péril extérieur s’étant éloigné, les partis commencent à s’interroger : tandis que les journaux de gauche continuent à hurler à la trahison républicaine104, les Droites commencent à mettre en question le bien-fondé de cette politique.

    153Député de l’Orne, Dugué de La Fauconnerie s’inquiète, dans Le Gaulois, de l’esprit « d’intolérance » dont l’administration fait toujours preuve105. Quant à son voisin de campagne, le vieux duc d’Audiffret-Pasquier retiré dans son château de Sassy, il regrette que l’on encourage les jeunes royalistes à marcher le visage couvert106. Commentant le fait, le comte de Paris, d’ordinaire plus heureux dans ses interventions, choisit ce moment où les siens sont engagés dans une difficile opération parlementaire, pour se rallier à la doctrine bonapartiste !

    154Ainsi, le 15 novembre, fait-il publier un manifeste où il écrit que le pays « dégoûté du parlementarisme républicain » voudra bientôt « un gouvernement fort », et que le vieux pacte monarchique pourrait « être remis en vigueur soit par une Assemblée constituante, soit par le vote populaire »107.

    155A la rentrée parlementaire d’octobre 1887, jalousies des uns et inquiétudes des autres sont à la recherche d’un point d’application, et ceci fera l’importance de l’affaire Wilson où une vulgaire affaire de mœurs se verra transformée en une gigantesque affaire d’État.

    La succession de Grévy : guerre civile ou abstention républicaine ?

    156L’affaire Wilson est le premier de ces grands scandales républicains destinés à balayer périodiquement l’horizon politique français108. Leur importance vient moins de la corruption propre au monde parlementaire parisien qui, après tout, n’a aucune raison d’être pire que celle des parlements étrangers, que de leur fonction décisive dans la dévalorisation d’un personnel qui a d’autant plus de difficultés à se renouveler harmonieusement que, comme nous l’avons vu, élections et dévolution du pouvoir ont rarement coïncidé.

    157Quels sont les faits ? A l’origine, on trouve une démarche du général Ferron, successeur de Boulanger au ministère de la Guerre, cherchant à critiquer l’action de son prédécesseur. Mais qui dit Boulanger dit publicité, et affaire journalistique ; et les journalistes boulangistes, qui sont aussi des journalistes radicaux, s’apercevront très vite que l’affaire est plus gênante pour Wilson que pour Boulanger, et qu’en poursuivant le gendre, il va être possible d’atteindre le beau-père détesté dont la « politique personnelle » est sans cesse traînée dans la boue depuis la constitution du ministère Rouvier.

    *
    * *

    158Le 7 octobre, le général Ferron soumet à la signature de Grévy un décret mettant en non-activité, par retrait d’emploi, le général Caffarel, sous-chef d’état-major de l’armée. Accusé d’avoir monnayé des contrats de fourniture pour l’armée contre des décorations109, le général devait être, le 12 octobre, condamné à l’unanimité par un conseil d’enquête. Afin de rassurer le public, très vite inquiet dès que la défense nationale était en jeu110, le ministre de la Guerre prononce, le 9 octobre à Chartres, un grand discours pour annoncer que, très déficiente lors de son arrivée, la production de fusils Lebel progressait maintenant de façon satisfaisante111.

    159L’affaire aurait pu en rester là si le sous-chef de la Sûreté, lui-même compromis dans une affaire de mœurs112, n’avait décidé de se couvrir en faisant écrire dans le XXe Siècle, journal radical, que toute l’affaire n’avait été découverte que grâce aux dénonciations émises par une demi-mondaine du nom de Limouzin113. Les journalistes se précipitent alors chez la dame en question qui, enchantée de son succès, déclare qu’elle possède aussi des papiers compromettant le général Boulanger et le député Wilson114.

    160Bien que la presse opportuniste ne résiste pas au plaisir de souligner que le général Caffarel avait, malgré une fort mauvaise réputation, été nommé par Boulanger, ce dernier sortira indemne de ces accusations et n’aura nulle peine à prouver que, contrairement à ses allégations, la Limouzin ne l’avait vu que cinq minutes115.

    161Tel ne sera pas le cas de Daniel Wilson dont tout le monde politique, mais non le grand public, sait, que de son officine de l’Élysée, il transformait tout en argent116.

    162Dès le 25 octobre 1887, jour de la rentrée parlementaire, Cunéo d’Ornano117 dépose une proposition tendant à la nomination d’une commission parlementaire d’enquête118. Malgré l’opposition de Rouvier, qui plaide pour que la Justice suive son cours, la commission se verra dotée, le 5 novembre « des pouvoirs les plus étendus ». Contrairement à ce qu’il avait laissé entendre, Grévy, et donc Rouvier condamné à couvrir la présidence de sa responsabilité, accepte ces termes très larges par lesquels il espérait noyer la faute de son gendre dans une immense entreprise d’auto-justification de la gestion opportuniste depuis dix ans119.

    163Pareille illusion deviendra insoutenable, lorsque le 9 novembre, l’avocat de la Limouzin réussira à prouver que deux lettres, écrites par Wilson, avaient été subtilisées de son dossier120.

    164A partir de là, la démission de Grévy devenait obligatoire : et s’il faudra encore plus de trois semaines pour convaincre le vieux grigou qu’il était devenu et qui ne se consolait pas d’avoir à abandonner une si belle place, pour le monde politique, la question était entendue.

    165Le 13 novembre 1887, Le Figaro écrit que le meilleur candidat à la succession serait J. Ferry. Aussitôt, La Justice se rebiffe et répond le 14 : « il est impossible qu’un modèle d’impopularité occupe la plus haute charge de la République » ; le 17, le journal précise sa formule : « l’union des républicains est nécessaire devant l’étranger ». De son côté, le prince Napoléon publie, le 18, de Prangins, une lettre-manifeste qui, commençant par ces mots : « la réunion du Congrès est imminente », fait semblant de croire que cette fois le Congrès ne voudra pas se limiter « à n’être qu’un collège électoral »121.

    166Mais le Président de la République étant irresponsable, le seul moyen constitutionnel de l’obliger à démissionner est de refuser d’entrer en contact avec son ministère : Rouvier est donc renversé, le 19, par 317 voix contre 228 qui comptent 218 républicains et 10 députés de la droite seulement122.

    167Le « Pacte » Mackau-Rouvier était donc rompu : il est même rompu sur une question économique puisque le président du Conseil avait demandé que l’interpellation de Clemenceau « sur la situation politique » soit repoussée jusqu’au 24, c’est-à-dire jusqu’au lendemain de la conversion de la rente123. Mais l’irruption de la crise présidentielle, l’agitation dont la capitale est de nouveau le théâtre124 rendent tout à coup dérisoire le front économique que les conservateurs de tous bords avaient voulu constituer au printemps précédent face à la menace extérieure.

    168L’urgence est à nouveau politique : la majorité qui renverse Rouvier (169 radicaux + 148 conservateurs) est une majorité de démolition qui a l’avantage de faire place nette pour le retour à la légitimité républicaine, en d’autres termes à « l’union des républicains ».

    169Or, en raison du prestige mais aussi de la haine dont le nom de Ferry est entouré, « l’union des républicains » a besoin de quelque temps pour mûrir, Le président Grévy y gagnera quinze jours de rémission pendant lesquels il annoncera puis ajournera son message de démission125 tandis que les adversaires de Ferry cherchant à se regrouper, se laisseront aller aux combinaisons les plus folles comme si, brusquement, toutes les figures d’alliance politique devenaient possibles : ainsi de Clemenceau, qui hésite entre le chantage à la guerre civile126 et la réconciliation avec Boulanger et Grévy127 ; ainsi, de Boulanger, qui offre ses services à tous les candidats républicains anti-ferrystes128, tout en acceptant d’écouter les avances de la Droite129 qui, elle-même, oscille entre la tentation du pire et celle du moindre130, pour finalement être acculée à un rôle de pure figuration131.

    170Pendant ce temps, l’inquiétude gagne Paris : tandis que l’on évoque février 1848, la rue est livrée au rassemblement des amis de Déroulède, encadrés par les blanquistes132, et la Chambre soumise aux assauts des propositions de révision, assauts devenus rituels lors de chacune des crises ministérielles de cette quatrième législature133.

    171Mais le 21 novembre 1887, deux jours après la chute de Rouvier par une majorité négative, il y a non seulement débat sur la révision mais vote, et même deux votes très utiles pour restructurer la majorité républicaine. Ainsi, 166 voix de Droite se retrouvent-elles à demander l’urgence pour la proposition du bonapartiste Jolibois, s’opposant de la sorte à 382 voix « entièrement républicaines » (les dix voix de droite qui avaient encore soutenu Rouvier, le 19, étant obligées de se réfugier dans l’abstention).

    172Quelques minutes plus tard, 351 voix républicaines, allant de Clemenceau à Jules Ferry, s’opposent à 183 voix presque entièrement droitières (166 + 17 extrême-gauche) pour refuser la mise à l’ordre du jour d’une vieille proposition de révision déposée par le député radical Michelin. Ce résultat spectaculaire avait été obtenu après un discours improvisé de Ribot qui avait bondi à la tribune pour expliquer que l’incertitude des temps n’était guère propice à la mise en cause du « pacte institutionnel » de la République134.

    173Rejetant une proposition d’extrême-gauche, juste après avoir fait bloc contre une proposition de droite, la Chambre de 1885 venait de retrouver une majorité qui, pour la première fois depuis fort longtemps, était aussi solide sur le terrain de la légitimité républicaine que sur celui du compromis gouvernemental : la majorité qui allait élire Carnot à la présidence était née135.

    174Sans que des paroles aient officiellement été prononcées – mais là encore, il y a fort à parier qu’elles le furent officieusement – le fait que l’extrême-gauche renonce à transformer, comme elle l’avait encore tenté en décembre 1885, le Congrès présidentiel en Congrès de révision devait signifier à terme que les républicains modérés seraient obligés de renoncer à celui qui parlait ouvertement de la nécessaire dissolution de la Chambre136. En d’autres termes, le couple dissolution-révision était, tout comme en 1879, au cœur des tractations présidentielles.

    175Dans ces conditions, s’il n’est guère intéressant d’entrer dans le détail des négociations qui ont acculé Grévy à la démission, et conduit à l’émergence de Carnot137 aux dépens des caciques de la République qu’étaient Freycinet, Floquet ou Brisson138, il est par contre plus instructif de se pencher sur l’échec de Jules Ferry.

    176Mathématiquement, ce dernier aurait dû être élu ; 180 voix au Sénat, plus de 200 à la Chambre : l’ancien président du Conseil aurait dû avoir la majorité dans le pré-Congrès des républicains. D’autre part, et contrairement aux apparences parisiennes, la ligne de Jules Ferry correspondait au sentiment du suffrage universel provincial : et s’il était encore besoin de s’en convaincre, il ne serait que de regarder le résultat des deux élections partielles qui se tiennent simultanément, le 27 novembre, dans le Nord et le Pas-de-Calais qui avaient donné la majorité aux conservateurs en octobre 1885.

    177Ces deux départements réunissent un collège de plus de 500.000 inscrits, dont près de 430.000 voix iront voter, ce qui est une proportion remarquable pour des élections partielles, et là, trois anciens députés – ferrystes du 30 mars, battus en octobre 1885 – seront triomphalement réélus139 cinq jours avant l’échec de Jules Ferry devant le Congrès de Versailles...

    178Finalement cet échec, comme celui de Gambetta, cinq ans auparavant, trouve sa cause profonde dans le souvenir de « l’année terrible » : homme d’action gouvernementale, J. Ferry ne pouvait incarner l’apaisement républicain ni pour les radicaux – qui ne lui pardonnent pas d’avoir triomphé de plusieurs émeutes pendant le siège de Paris140 – ni pour les conservateurs – pour qui il demeure à tout jamais l’homme de l’article 7141 – ni pour aucun des députés qui, élu au nom de l’anti-ferrysme, redoutait évidemment d’être renvoyé devant ses électeurs par cet homme que l’on n’en finissait pas d’abattre et qui, tel un phénix, semblait toujours prêt à renaître de ses cendres.

    179Ainsi, de la même façon que le souvenir de la guerre extérieure avait fortement aidé à la panique du 30 mars 1885, le rappel du rôle joué par J. Ferry dans les jours qui précédèrent le déclenchement de la Commune, rendait impossible son accession à la magistrature suprême par la manifestation unanime de « l’union des républicains »142.

    180En fait, la situation était si tendue qu’il n’y a même pas besoin d’évoquer » l’éternelle veulerie du marais »143 pour expliquer que le retour à « l’abstention républicaine » ait pu apparaître à de bons esprits, comme l’unique moyen de préserver la paix civile d’un pays où les blessures de l’Histoire semblaient toujours prêtes à se rouvrir144. Et c’est tout ce bagage de souvenirs, réels et imaginaires, qui explique la fortune de cette nouvelle « abstention républicaine » qui, neuf ans après la démission du maréchal de Mac-Mahon, fut fort heureuse de trouver sa figure en Sadi Carnot, dont le « nom républicain » évoquait peut-être la République conquérante de l’An II, mais à qui les modalités de son élection ne laisserait guère de pouvoir d’initiative.

    *
    * *

    Conclusion : La nouvelle abstention républicaine : signification et perspectives

    181On connaît le mot apocryphe prêté à Clemenceau, grand électeur de Carnot : « Je vote pour le plus bête » aurait-il dit lorsqu’il eût compris que, face à Ferry, les chances de Freycinet étaient minimes.

    182En fait, il est fort dommage que la véritable phrase ait été oubliée par la postérité, car mieux que cette férocité verbale, elle fait saisir l’attente de Clemenceau quant à la fonction présidentielle : « Il n’est pas très fort, mais il porte un nom républicain. »145 En d’autres termes, confiné dans un pouvoir d’abstention, le présisident saura s’opposer aux tentatives de renversement de la légitimité républicaine, ce qui permettra de recommencer l’expérience de « démocratisation » de la République, expérience qui avait échoué une première fois sur la crainte du péril extérieur.

    183Ce simple rappel donne la mesure de la différence qui sépare l’abstention républicaine, inaugurée en 1879, de celle qui est un peu piteusement remise à l’honneur en 1887.

    184En effet, en janvier 1879, l’élection de Jules Grévy était apparue comme un progrès puisque, venant après l’échec de la « Restauration sans le roi », elle devenait une étape vers la République « élargie aux dimensions du pays »146 ; et à l’époque, nombreux avaient été les commentateurs qui avaient souligné que la transmission pacifique du Pouvoir Exécutif était la meilleure preuve de la supériorité du régime républicain, seul capable d’assurer l’apaisement147...

    185En décembre 1887, il ne peut évidemment plus être question de cela puisque le recours à l’abstention républicaine n’avait finalement d’autre signification que le constat d’échec de la troisième tentative d’apaisement républicain, tentatives auxquelles étaient attachés les noms de Gambetta, Ferry et Rouvier.

    186Ainsi, après les ruptures consommées en janvier 1882, en mars 1885, comme en décembre 1887, la nouvelle abstention républicaine n’est-elle plus que le plus petit mode de coexistence politique toléré, non par le suffrage universel qui, comme nous l’avons vu, attendait bien autre chose, mais par les parlementaires. Aveuglés par leurs querelles qui sont savamment tisonnées par l’ambition de Clemenceau, ces derniers mettront longtemps à réaliser que l’orage qui va se lever, leur contestant jusqu’à leur droit à parler au nom de la Nation française, aura d’autant plus de force qu’il se nourrit des échecs des cinq dernières années.

    Notes de bas de page

    1 Dont Louise Michel et le prince Kropotkine.

    2 Ainsi, après l’élection de Floquet à la présidence de la Chambre et celle de A. de La Forge comme premier vice-président, les radicaux récusèrent successivement les deux partisans de Ferry qui étaient Jules Roche et Spuller, et pour montrer leur détermination ils avaient préféré voter avec la droite et élire un vice-président provisoire conservateur : M. Blanc.

    3 Cité par A.P. 1885, p. 239.

    4 Notons qu’au gouvernement, Brisson était beaucoup plus ferme sur la question de l’amnistie et du Tonkin que Freycinet ou même Grévy.

    5 Hantise de l’extrême gauche, la conjonction des centres est en 1885 comme en 1873 l’espoir permanent des libéraux, comme en témoignent les pages 236 et 246 de l’A.P. 1885 où le rédacteur semble un peu prendre ses désirs pour des réalités.

    6 La Justice, 19 novembre 1885.

    7 Ardèche, Corse, Landes, Lozère, Tarn-et-Garonne ; seuls la Corse et le Tarn-et-Garonne rééliront des députés conservateurs. Ailleurs, les listes républicaines (soit 16 députés) seront élues.

    8 Par 457 voix sur 589, les amis de Gambetta s’étant abstenus en masse. Ajoutons cependant que dès le 16 octobre, c’est-à-dire entre les deux tours des élections, Joseph Reinach écrivait dans La Revue Bleue : « Depuis le 4 octobre, on se sent d’accord sur la nécessité de réélire J. Grévy », ce qui en clair voulait dire abandonner la candidature officieuse de J. Ferry contre qui venait de se jouer et de se perdre le premier tour des élections.

    9 Clemenceau, Floquet, G. Périn, Paul Bert, Henry Maret et Brisson, bientôt remplacés par Labordère, Maillard, Millerand, Douville-Maillefeu, Achard et Brialou.

    10 Sauf chez Mgr Freppel qui, comme le 30 mars 1885, vote pour le Cabinet et A. de Mun qui, ayant juste échoué à former son parti catholique, se réfugie dans l’abstention. Sur l’œuvre des cercles catholiques, fondement de l’idée d’un parti catholique au lendemain des élections, sur les réserves de nombre de parlementaires conservateurs et finalement le désaveu final par le pape le 8 novembre 1885. Voir Henri Rollet, Albert de Mun et le parti catholique, Ed. Contemporaines Boivin, 1949, p. 105.

    11 En particulier en se déclarant favorables à la séparation de l’Église et de l’État.

    12 J.O. du 25 décembre 1885, p. 376.

    13 Dont vingt-cinq comprenant la totalité des députés de la Drôme, du Jura, du Rhône et de la Seine-et-Marne : rappelons que les députés de la Drôme et de la Seine-et-Mame avaient été élus dès le premier tour.

    14 Selon l’expression consacrée depuis le fameux ordre du jour de Gambetta de novembre 1881.

    15 Dont Brisson et Floquet.

    16 En réalité, ils étaient cent neuf, mais six avaient été élus dans deux départements.

    17 Le radicalisme et le socialisme en 1885, op. cit., p. 29 et ss., et il termine en ajoutant que nombre de radicaux hostiles aux protectorats tunisiens et tonkinois se révéleront plus tard d’excellents administrateurs des colonies.

    18 Jaurès continue en brossant un extraordinaire portrait de J. Ferry « fatigué d’un long labeur, pliant sous une impopularité redoutable et entouré d’ailleurs de haines violentes ou calculées qui lui interdisaient la tribune... », id.

    19 J.O. du 25 décembre 1885, p. 377 et 378.

    20 Le ministère est formé le 7 janvier : aux côtés de Boulanger on trouve Granet aux Postes et Téléphone, et Lockroy au Commerce et à l’industrie, en signe d’ouverture vers le monde du travail.

    21 Cf. Adrien Dansette, op. cit., p. 23 et ss.

    22 Dans la préface, écrite en 1889 par Camille Pelletan à sa Semaine de Mai (Paris, Dreyfous), ce dernier rappelle tout de même que circulant de Montrouge au boulevard Arago, le régiment de Boulanger se signala par sa cruauté (ce qui sera d’ailleurs dénié par Rochefort qui, avec son journal La Lanterne, sera resté boulangiste du début à la fin).

    23 Voir P. Cambon, Correspondance (t. I), p. 244-277.

    24 Cela est si vrai que déjà, en avril 1885, quand Constans chercha pendant vingt-quatre heures à former un ministère, le portefeuille de la Guerre avait déjà été offert à Boulanger. Constans avait connu Boulanger par l’intermédiaire de Granet, qui avait été son directeur du personnel au ministère de l’intérieur en 1881. Granet était devenu l’ami de Clemenceau depuis que ce dernier lui avait abandonné son siège des Bouches-du-Rhône, en août 1881.

    25 La loi ne sera votée qu’en juillet 1889, en raison de l’obstruction des catholiques qui redoutaient le service militaire imposé aux séminaristes.

    26 Cf. Fresnette (Pisani) Ferry, Le Général Boulanger, op. cit., p. 30.

    27 Sur la grève de Decazeville et l’assassinat de l’ingénieur Watrin, voir Michèle Perrot, Les ouvriers en grève, 1871-1890, 2 volumes, Paris, La Haye, Mouton, p. 569 et 570.

    28 J.O., 14 mars 1886.

    29 Cf. Fresnette (Pisant) ferry, Le Général Boulanger, op. cit., p. 45 et ss. Voir aussi Jacques Néré, Le boulangisme et la presse, Armand Colin, 1964.

    30 Infanterie : général de Saint-Mars ; Cavalerie : colonel Renault-Morlière ; Artillerie : général Nisme ; Génie : général Richard.

    31 J.O., 1er février 1886, p. 83-84.

    32 Cité par A. dansette, p. 35, op. cit,

    33 Cette loi avait été votée après de difficiles tractations parlementaires (rappelant celles du premier trimestre 1883), après la réception donnée par le comte de Paris lors du mariage de sa fille avec le prince héritier du Portugal, et qui, par sa somptuosité, avait inquiété le gouvernement républicain en raison de l’empressement avec lequel le Corps diplomatique avait répondu à l’invitation du prince. Voir J.-P. Machelon, op. cit., p. 302.

    34 Cité par L’Année Politique, 1886, p. 169.

    35 Lettre du 22 juillet 1886 : Lettres, op. cit., p. 409.

    36 A la phrase du duc qui avait écrit qu’en le rayant des cadres de réserve on avait touché « à la Charte de l’Armée », le ministre répondait : « Il a voulu dire l’armée de la Charte » (J.O., 14 juillet 1886). Dans sa lettre du 22 juillet, J. Ferry précise que seule une erreur de transcription a pu faire croire que Méline et lui avaient voté l’affichage.

    37 P. Cambon devra attendre la nomination de Boulanger comme ministre pour pouvoir retourner en Tunisie la tête haute, après la création de la commission d’enquête que Freycinet avait fini par accepter et qui ne trouva rien à lui reprocher. En signe de compensation, Cambon fut nommé commandeur de la Légion d’honneur le 8 janvier 1886 (voir Correspondance, t. I, p. 277).

    38 Allusion aux sociétés de gymnastique créées, avec l’appui de Gambetta, par Paul Déroulède, et qui formeront, sous l’impulsion de leur chef, l’encadrement des manifestations boulangistes. (Voir Francis Laur, L’époque boulangiste, Le livre de l’auteur, 1914, p. 173 et ss.)

    39 J. Ferry, Lettres, op. cit., p. 412.

    40 D’après L’Année politique, voici le tableau des gains conservateurs :
    Groupe I
    Gers........................................... + 2
    Loire-Inférieure....................... + 2
    Maine-et-Loire......................... + 1
    Manche...................................... + 2
    Mayenne.................................... + 2
    Nord......................................... + 2
    Tarn-et-Garonne.................. + 1
     – –
    Total.......... + 12
    Groupe II
    Aisne....................................... + 1
    Haute-Garonne..................... + 1
    Lot-et-Garonne..................... +2
    Oise......................................... 4- 1
    Orne....................................... + 2
    Sarthe...................................... + 3
    Total.......... + 10
    Groupe III
    Ain.......................................... + 2
    Allier....................................... + 1
    Côte-d’Or................................ + 1
    Drôme..................................... + 1
    Ille-et-Vilaine......................... + 1
    Haute-Marne......................... +2
    Saône-et-Loire........................ +
    Savoie..................................... + 1
    Vosges.................................... + 1
     – –
    Total.......................... + 12
    Groupe IV
    Ariège................................... + 1
    Bouches-du-Rhône............ +1
    Gironde............................... + 3
    Loiret................................... + 1
    Meuse................................... + 1
    Seine-et-Marne.................... + 1
    Seine-et-Oise....................... + 2
    Var........................................ + 1
    Vaucluse.............................. + 3
    Cher...................................... + 1
    Jura...................................... + 3
    Loire.................................... + 4
    Marne.................................. + 2
    Nièvre.................................. + 3
    Total.......................... + 27

    41 D’après L’Année politique :
    Gains républicains
    Groupe I
    Calvados................................ + 2
    Corse....................................... + 1
    Côtes-du-Nord........................ + 3
    Finistère................................ + 4
    Pas-de-Calais......................... + 7
    Vienne.................................... + 2
    Territoire de Belfort............ + 1
    Total............................ + 20
    Groupe II
    Ardennes.............................. + 3
    Eure..................................... + 2
    Lot........................................ + 1
    Lozère................................... + 2
    Haute-Saône......................... + 3
    Somme................................. + 1
    Tarn...................................... + 1
    Total + 13
    + 33
    Groupe III
    Basses-Alpes......................... + 1
    Alpes-Maritimes.................... + 1
    Cantal.................................. + 1
    Corrèze.................................... + 2
    Dordogne................................ + 4
    Doubs.................................. + 1
    Haute-Savoie......................... + 1
    Deux-Sèvres........................... + 1
    Total............................ + 12
    Groupe IV
    Aude.................................... + 1
    Rhône................................... + 2
     – –
    total
    + 15

    42 Pour être tout à fait exact, il faut dire que les cantonales d’août 1886 perme aux conservateurs, sinon de progresser comme ils l’avaient espéré en annonçant en juillet leur volonté de politiser au maximum la consultation, mais au moins de stopper leur chute ininterrompue depuis 1874 :
    Républicains Conservateurs 1874.................................................... 1.481 1.532
     1877.................................................... 1.619 1.393
     1880.................................................... 2.008 1.004
     1883.................................................... 2.143 869
    1886................................................... 2.130 882

    43 Voir plus bas, Apaiser l’opposition, p. 175.

    44 Les radicaux avaient pourtant été fort modestes en se présentant avec le seul titre d’« antimonarchistes » (La Justice, 30 juillet 1886). Cf. les articles contre la dissolution dans La Justice : 27 novembre 1886, 8 décembre 1886, 9 décembre 1886, 13 décembre, etc.

    45 J. ferry, Lettres, op. cit., p. 416-418.

    46 J. ferry, Lettres, op. cit., p. 419.

    47 Jules Ferry, Discours, t. VII, p. 68.

    48 Cf. F. (Pisani) Ferry, op. cit., p. 46.

    49 D’après une confidence faite par le Général lui-même à Mme Juliette Adam et qu’elle rapporte dans son livre, op. cit.

    50 12 octobre 1886 ; idem pendant les mois de décembre et janvier.

    51 Freycinet donne sa démission le 3 décembre après que la Chambre ait voté la suppression des crédits affectés aux traitements des sous-préfets qu’elle voulait supprimer. Le cabinet est renversé par la conjonction de la droite et de l’extrême-gauche qui, avec la nécessité de faire des économies, avaient trouvé un nouveau terrain d’entente.

    52 5 décembre 1885.

    53 8 décembre 1885.

    54 La Justice, 7 décembre 1886.

    55 Cf. l’article de L’Intransigeant où Rochefort menace, avec son article « suspicion légitime », de retirer son soutien au ministre. Grâce à Clemenceau, les deux hommes se réconcilièrent. Cité par A. Dansette, Le Boulangisme, p. 60.

    56 La France militaire, le 5 décembre, se déclare en faveur d’une présidence à l’américaine ; le 8 décembre, le journal demande l’inamovibilité des ministres spéciaux ; le 9, celle d’un chancelier ; le 10, la feuille cite une « Correspondance d’Alsace » sur la révision de la Constitution où il est question d’une procédure spéciale permettant de renouveler la confiance après une délibération spéciale du Conseil des ministres.

    57 Le 9 décembre, le service de presse du ministère envoie à l’agence Havas copie d’une lettre envoyée au directeur de La France militaire et ainsi rédigée : « Le ministre me charge d’avoir l’honneur de vous demander ce que l’on doit répondre, ce que l’on peut répondre à tous ceux qui, commentant les derniers articles parus dans votre journal, ne prétendent plus seulement que vous êtes subventionnés par le ministre de la Guerre, mais que vous l’êtes par ses pires ennemis » (A.P. 1886, p. 296).

    58 Lettre du 22 décembre 1886 à Eugène Tiénot, journaliste ayant rédigé une brochure critique à l’égard des fanfaronnades de « Boulanger militaire », in Lettres, p. 422,

    59 Le 11 janvier 1887, Bismarck déclarait que dès que la France se sentirait à nouveau forte, dès que Boulanger serait à la tête du gouvernement, le risque de guerre réapparaîtrait comme au temps de Napoléon III. Le récit de la scène de Grévy refusant de signer le décret de mobilisation partielle des réservistes a été fait par Maurice Barrés dans L’Appel au soldat, Paris, Plon, 2 tomes, t. I, p. 41.

    60 Au moment de la formation du Cabinet Goblet, il avait été très difficile de trouver un ministre des Affaires étrangères. Flourens était président de section au Conseil d’État et ne trouvera un siège de député qu’en 1888 (voir plus bas, p. 200). Mais, fils de médecin et frère du colonel Flourens, chef de la révolte du 31 octobre et mort peu après, il offrait, vis-à-vis de Clemenceau, les garanties nécessaires.

    61 L’enquête devait montrer que Boulanger utilisait les commissaires aux frontières pour cette fonction, Schnaebelé sera donc déplacé. Voir A. Dansette, op. cit., p. 75.

    62 Comme son prédécesseur, le Cabinet Goblet avait, lors de sa constitution, promis de faire des économies. Au retour de Pâques, la commission des Finances, dont Rouvier était président et C. Pelletan rapporteur, déclare que les économies proposées sont insuffisantes. En fait, cette exigence, ce souci de pousser le ministère à user « de son droit d’initiative » faisait partie de la stratégie de Clemenceau, candidat au pouvoir (voir plus haut).

    63 Voici le décompte des voix :
    Radicaux Modérés
    Droite Pour : 257.
    100 157
    Contre : 275.
    165 39 71

    64 En novembre 1886 et 1887 seront, lors des partielles, successivement réélus trois anciens députés républicains vaincus en août 1885.

    65 Les membres du groupe se seraient engagés à s’interdire toute action « personnelle ou collective » pour changer la forme du gouvernement. De même s’opposaient-ils à toute tentative socialiste contre « la famille et la propriété » et demanderont-ils que le niveau de l’actuel budget du culte soit garanti. En matière de taxe publique, « les innovations seront repoussées » (cité par A.P. 1886, p. 215).

    66 Cité par A.P. 1886, p. 217.

    67 Il mourra en février 1887.

    68 J.O., séance du 5 novembre 1886.

    69 J.O., séance des 5 et 6 novembre 1886 (p. 1737). C’est-à-dire « taxant les signes extérieurs de la richesse ».

    70 J.O., séance des 5 et 6 novembre 1886 (p. 1743 et SS.).

    71 A. de Mun, La Rochefoucauld, etc.

    72 « Les plus décidés d’entre nous, ceux qui ne reculent pas devant l’expression de leurs opinions devant des milliers d’électeurs, hésitent dans un salon pour soutenir une opinion qui n’a pas conquis les femmes qui en font les honneurs. »

    73 A. de Mun, La Rochefoucauld, P. de Cassagnac.

    74 P. 193.

    75 Le 16 février 1887.

    76 J.O., séance du 30 mars 1887, p. 885.

    77 Voir plus haut, 2e partie, chap. I, p.

    78 « La Droite constitutionnelle n’est possible que si une partie du parti républicain consent à revenir en arrière et à faire amende honorable sur la question religieuse ; or, il n’y a pas de conciliation entre eux et nous. Le jour où vous aurez la droite contre vous, vous serez notre chef » (J.O., 30 mars 1887, p. 887).

    79 Charente-Inférieure, Eure, Lot-et-Garonne, Orne, Sarthe, Somme.

    80 Nord, Calvados, Manche, Pas-de-Calais.

    81 Exemple que Goblet ne manqua pas de citer dans son discours pour justifier son appel vers la Droite.

    82 Aisne (2), Hautes-Alpes, Aube, Aveyron, Gard, IIIe-et-Vilaine, Manche, Morbihan, Nord, Pas-de-Calais, Basses-Pyrénées, Seine (2), Vendée, Deux-Sèvres. Les départements en italique sont ceux dont la représentation est devenue mixte par l’échec du candidat conservateur.

    83 MM. Lorois et de La Bassetière réussissent dans ces départements où le vote est plus catholique que politique.

    84 Lors d’une visite, le 24 mai 1887 à l’Elysée, qui fit sensation et où il précisait qu’un ministère Floquet-Boulanger se verrait immédiatement interpellé par la droite « sur les relations avec les puissances étrangères », c’est-à-dire sur les risques de guerre (voir A.P. 1887, p. 120).

    85 A cause du désir de Freycinet de conserver Boulanger.

    86 Mais que J. Ferry aurait voulu voir au moins essayer (voir A. Dansette, Le Boulangisme, p. 84).

    87 Voir Archives Nationales : dossier électoral des Alpes-Maritimes (C. 5302).

    88 18 août 1887 : discours du banquet du commerce parisien, cité par A.P. 1887, p. 194.

    89 Cf. les propos de L. Say, retour d’Italie, cités par F. (Pisani) Ferry, Le Général Boulanger, op. cit., p. 58.

    90 Dans le manifeste qu’il publiera en septembre 1887, le comte de Paris rappellera que ce sont « de graves périls » qui ont justifié l’attitude des députés conservateurs qui ont « alors bien mérité de la France conservatrice » (cité par A.P. 1887, p. 349).

    91 Signalons cependant l’ouvrage de l’historien américain David-Henry Pinkey qui voit dans La Révolution de 1830 essentiellement une « révolte des demi-soldes de l’Empire en quête d’emploi ». Princeton, New-Jersey, 1972.

    92 Sur la « chasse aux emplois » menée par les républicains, voir J.-P. Machelon, op. cit., p. 289 et ss.

    93 Ce sont les départements à deux listes où l’on parle de guerre civile : Ille-et-Vilaine, Somme, Eure, etc. Voir plus haut.

    94 Départements catholiques où l’invalidation fut votée pour ingérence de l’Église considérée par les conservateurs comme une réponse à celle des fonctionnaires.

    95 Deux entrevues eurent lieu : les 26 et 28 mai. La seconde en présence de tous les chefs de la droite : Cassagnac, Piou, La Ferronays. Cf. A. Dansette, Le Boulangisme, op. cit., p. 88.

    96 La Justice, dès la nomination de Rouvier, comparera Grévy à Mac-Mahon et accusera Rouvier d’être l’exécuteur des basses œuvres de J. Ferry, 30 mai 1877.

    97 31 mai 1887, J.O., p. 1103 et ss.

    98 Sur le récit de la manifestation de la gare de Lyon, voir M. Barrés, op. cit., p. 46-84. Sur les pressions dont Boulanger était alors l’objet de la part d’hommes comme Naquet, pour qu’il prenne la tête d’un coup d’État, voir Mermeix. op. cit., p. 6.

    99 Grosso-modo, les 149 radicaux du 31 mai 1887 sont ceux qui avaient été élus comme tels en octobre 1885 (en particulier ceux de la Seine). Certaines exceptions valent cependant la peine d’être notées : Jaurès, par exemple, qui, élu sur une liste modérée, s’associe aux radicaux le 31 mai. Il en est de même pour les trois députés de la Lozère qui, ferrystes du 30 mars, avaient été battus en octobre. Réélus en décembre grâce à l’invalidation de leurs adversaires, ils reviennent à la Chambre guéris de la tentation d’être ministériels ! Le cas inverse existe aussi : des radicaux isolés votent comme leurs collègues départementaux (Côte-d’Or, Doubs), d’autres préfèrent s’abstenir en masse (Bouches-du-Rhône, Rhône), d’autres deviennent ministériels (Jura).

    100 Comme P. Mendès-France le fera en 1954 à propos des communistes.

    101 Voir graphique.

    102 Cf. la satisfaction de commentateurs du Temps ou de L’Année Politique qui, tout en souhaitant que Rouvier réussisse, sentaient tout de même que ce dernier s’est avancé sur un terrain périlleux.

    103 Cité par A.P. 1887, p. 191 et ss.

    104 La Justice alla jusqu’à écrire que le général Ferron, successeur de Boulanger, ralentissait exprès l’effort d’armement entrepris par Boulanger pour saboter son œuvre.

    105 « Qu’il s’agisse de bureaux de tabac, de recettes de buralistes, de nomination de juges de paix, de percepteurs, d’agents voyers, d’instituteurs, de facteurs ou de cantonniers, ou encore de membres des commissions administratives des hospices, des bureaux de bienfaisance ou des commissions chargées de la révision des listes électorales, etc. » Cité par A.P. 1887, p. 345.

    106 Le Soleil, 28 août 1887.

    107 Cité par A.P. 1887, p. 349 et ss.

    108 Voir Ph. Williams, War, Plots and Scandais in post-war France, Cambridge, 1970.

    109 Cf. F. Seager, The Boulanger affair, op. cit., p. 85 et ss.

    110 Tout l’été avaient déjà couru des bruits sur les fuites commises depuis le ministère de la Guerre. Cf. A.P. 1887, p. 256.

    111 Cité par La Justice, 11 octobre, d’après F. Seager.

    112 Goron s’était fait découper un portefeuille dans la peau d’un assassin. Voir M. Barrés, op. cit., t. I, p. 88.

    113 7 octobre 1887.

    114 Voir A. Dansette, pour le récit des événements, bien qu’il sous-estime l’aspect militaire de la crise, par contre bien mis en valeur par F. Seager et L’A.P. 1887.

    115 Dès le lendemain de la publication de l’article du xxe Siècle, Boulanger convoque, à Clermont-Ferrand, une conférence de presse pour se disculper. Ayant enfreint la discipline militaire, il se voit infliger trente jours d’arrêt de rigueur par son ministre, le 13 octobre.

    116 Cf. le journal déjà cité de B. Lavergne Où des craintes à ce sujet sont fréquemment émises (p. 442). Voir aussi Seager, p. 87, ou A. Dansette, L’Affaire Wilson et la chute de Grévy, Librairie Académique Perrin, 1936, p. 61 et ss., ou la Revue Bleue du 25 décembre 1887 où J.-J. Weiss se demande pourquoi les républicains ont réélu Grévy en 1887, alors qu’ils connaissaient fort bien « les industries variées » de son gendre Wilson.

    117 Qui, « absent par congé », n’avait pas voté le 31 mai 1887.

    118 Par 338 voix (Droite + Extrême-Gauche contre 130 Modérés).

    119 D’après le commentaire de l’A.P. 1887.

    120 Le témoignage de l’imprimeur permettra de montrer que des lettres datées de 1884 avaient été écrites sur du papier fabriqué en 1885.

    121 Voir A.P. 1887, p. 270. La lettre-manifeste avait été écrite au baron Dufour, député du Lot.

    122 En dehors de Mgr Freppel, fidèle aux républicains depuis le 30 mars, on note quatre députés du Nord (Lepoutre, entouré de Dejardin-Verkinder, Lefèvre-Pontalis et Le Gavrian) et deux de la Somme.

    123 Il s’agissait de convertir la rente de 4 1/2 % en rente de 3 %. Les rentiers avaient le choix entre la conversion proposée par le gouvernement ou le remboursement : le succès de l’opération nécessitait donc la confiance des épargnants.

    124 Cf. A. Dansette, L’affaire Wilson et la chute du président Grévy, Librairie Académique Perrin, 1936 (p. 222 où il est décrit comment certains purent « redouter l’éclosion d’une nouvelle Commune »).

    125 Qu’il enverra le 2 décembre, après le refus de nombreux républicains de former des ministères (Rouvier, Ribot, Clemenceau, etc.).

    126 Cf. les contacts de Clemenceau avec Eudes. Voir N.A.F. de la B.N., fonds Reinach, n° 24877.

    127 Dans un ministère Clemenceau-Boulanger, susceptible de ramener l’opinion publique vers le président. Les pourparlers échoueront après les nuits des 28 et 29 novembre qualifiées de « nuits historiques » par leurs acteurs.

    128 Floquet et Freycinet.

    129 Pendant les « nuits historiques », Boulanger avait, par l’intermédiaire de Le Hérissé, député d’Ille-et-Vilaine, rencontré Mackau : les deux hommes avaient convenu que si la Droite votait pour Freycinet, ce dernier appellerait Boulanger à la Guerre et ce dernier s’engageait à entamer la procédure de l’Appel au Peuple, dont la Monarchie sortirait. Voir A. Dansette (L’Affaire Wilson, p. 176).

    130 Tentative du pire : voter pour Ferry et espérer que, la guerre civile éclatant, la Monarchie pourrait jouer son rôle de pacification ; tentative du moindre : voter pour Ferry afin de sauver le Concordat. Cf. Mgr Freppel dans son journal L’Anjou. Cité par E. Terrien, Monseigneur Freppel, chez l’auteur, 2 tomes.

    131 En gelant leurs voix sur le général Saussier, vieux républicain, malmené par Boulanger.

    132 De tous les socialistes seuls les possibilistes resteront à l’écart de la menace de sédition. Voir Cl. Willard, Les Guesdistes, Ed. Sociales 1965, ou encore le récit de Laura Lafargue, dans la Correspondance Engels-Laf argue, Ed. Sociales, 1956, t. I, p. 86.

    133 Les propositions de résolution sur la nécessité de la révision étaient déposées tantôt par les radicaux (Barodet, Michelin, Andrieux), tantôt par les bonapartistes (d’Ornano, Jolibois).

    134 J.O., 21 novembre 1887, p. 2070. Voir aussi le graphique de la législature 1885-1889.

    135 A telle enseigne que Grévy croira, un moment, que Ribot sera capable de former un ministère et de trouver une majorité. Mais ce dernier refusera de jouer ce jeu.

    136 Jules Ferry disait, le 2 octobre 1887, qu’une nouvelle crise ministérielle (la quatrième en deux ans) pourrait précipiter la dissolution, mais que « la dissolution dépendant uniquement du président de la République et du Sénat », il n’était lui-même en état de menacer personne (Discours, op. cit., t. VII, p. 92).

    137 Sadi Carnot avait gagné une certaine popularité en étant le ministre des Finances qui avait refusé d’accorder une faveur à Wilson.

    138 Qui, au premier tour de la réunion préparatoire organisée le 2 décembre, avaient respectivement recueilli 101, 94 et 66 voix (cf. A.P. 1887, p. 282 et ss.).

    139 Tableau des élections de la Chambre des députés, 1885 : il s’agit de Pierre Legrand, Maxime Lecomte et Camescasse, ancien préfet de la Seine.

    140 Voir plus haut, p. 14 et p. 72.

    141 A Mgr Freppel qui plaidait en vain devant les Droites afin qu’elles votent pour J. Ferry (garant du Concordat), ces derniers posèrent comme condition que ce dernier acceptât de se remarier à l’Église, ce que bien sûr il refusa. Sur la campagne de Mgr Freppel en faveur de J. Ferry, campagne à laquelle s’opposa le journaliste catholique Jules Auffray, secrétaire de l’Union des Droites, voir le livre écrit par son fils d’après son journal intime : Un homme politique sous la IIIe République, Jules Auffray, par Bernard Auffray. La Pensée universelle, 1972, p. 89 et ss. (préface d’Adrien Dansette).

    142 Voici comment s’exprime P. Lafargue dans sa lettre à Engels, le 5 décembre 1887 (op. cit., p. 86) : « Vous ne pouvez vous faire une idée de la fermentation qu’a connu Paris. Les blanquistes très excités avaient appelé le peuple à la rébellion et réclamé des barricades. Et on vit plus de 50.000 personnes crier : " A bas Ferry ! ". Bien que ce soit les révolutionnaires qui aient pris l’initiative, ils n’auraient pu triompher sans l’aide des bourgeois. Si Ferry avait été élu, un bain de sang était inévitable. Les blanquistes étaient décidés à se battre. »

    143 Selon le mot de Dansette, p. 119.

    144 L’attentat criminel dont J. Ferry sera victime dans les couloirs du Palais Bourbon, le 10 décembre 1887, du fait d’un déséquilibré du nom d’Aubertin, n’a pu que confirmer, a posteriori, les parlementaires de la sagesse de leur décision.

    145 Cité par A. Dansette, Histoire des présidents de la République, p. 73.

    146 Selon le mot de Gambetta.

    147 En particulier A. Dufaure.

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    1 Dont Louise Michel et le prince Kropotkine.

    2 Ainsi, après l’élection de Floquet à la présidence de la Chambre et celle de A. de La Forge comme premier vice-président, les radicaux récusèrent successivement les deux partisans de Ferry qui étaient Jules Roche et Spuller, et pour montrer leur détermination ils avaient préféré voter avec la droite et élire un vice-président provisoire conservateur : M. Blanc.

    3 Cité par A.P. 1885, p. 239.

    4 Notons qu’au gouvernement, Brisson était beaucoup plus ferme sur la question de l’amnistie et du Tonkin que Freycinet ou même Grévy.

    5 Hantise de l’extrême gauche, la conjonction des centres est en 1885 comme en 1873 l’espoir permanent des libéraux, comme en témoignent les pages 236 et 246 de l’A.P. 1885 où le rédacteur semble un peu prendre ses désirs pour des réalités.

    6 La Justice, 19 novembre 1885.

    7 Ardèche, Corse, Landes, Lozère, Tarn-et-Garonne ; seuls la Corse et le Tarn-et-Garonne rééliront des députés conservateurs. Ailleurs, les listes républicaines (soit 16 députés) seront élues.

    8 Par 457 voix sur 589, les amis de Gambetta s’étant abstenus en masse. Ajoutons cependant que dès le 16 octobre, c’est-à-dire entre les deux tours des élections, Joseph Reinach écrivait dans La Revue Bleue : « Depuis le 4 octobre, on se sent d’accord sur la nécessité de réélire J. Grévy », ce qui en clair voulait dire abandonner la candidature officieuse de J. Ferry contre qui venait de se jouer et de se perdre le premier tour des élections.

    9 Clemenceau, Floquet, G. Périn, Paul Bert, Henry Maret et Brisson, bientôt remplacés par Labordère, Maillard, Millerand, Douville-Maillefeu, Achard et Brialou.

    10 Sauf chez Mgr Freppel qui, comme le 30 mars 1885, vote pour le Cabinet et A. de Mun qui, ayant juste échoué à former son parti catholique, se réfugie dans l’abstention. Sur l’œuvre des cercles catholiques, fondement de l’idée d’un parti catholique au lendemain des élections, sur les réserves de nombre de parlementaires conservateurs et finalement le désaveu final par le pape le 8 novembre 1885. Voir Henri Rollet, Albert de Mun et le parti catholique, Ed. Contemporaines Boivin, 1949, p. 105.

    11 En particulier en se déclarant favorables à la séparation de l’Église et de l’État.

    12 J.O. du 25 décembre 1885, p. 376.

    13 Dont vingt-cinq comprenant la totalité des députés de la Drôme, du Jura, du Rhône et de la Seine-et-Marne : rappelons que les députés de la Drôme et de la Seine-et-Mame avaient été élus dès le premier tour.

    14 Selon l’expression consacrée depuis le fameux ordre du jour de Gambetta de novembre 1881.

    15 Dont Brisson et Floquet.

    16 En réalité, ils étaient cent neuf, mais six avaient été élus dans deux départements.

    17 Le radicalisme et le socialisme en 1885, op. cit., p. 29 et ss., et il termine en ajoutant que nombre de radicaux hostiles aux protectorats tunisiens et tonkinois se révéleront plus tard d’excellents administrateurs des colonies.

    18 Jaurès continue en brossant un extraordinaire portrait de J. Ferry « fatigué d’un long labeur, pliant sous une impopularité redoutable et entouré d’ailleurs de haines violentes ou calculées qui lui interdisaient la tribune... », id.

    19 J.O. du 25 décembre 1885, p. 377 et 378.

    20 Le ministère est formé le 7 janvier : aux côtés de Boulanger on trouve Granet aux Postes et Téléphone, et Lockroy au Commerce et à l’industrie, en signe d’ouverture vers le monde du travail.

    21 Cf. Adrien Dansette, op. cit., p. 23 et ss.

    22 Dans la préface, écrite en 1889 par Camille Pelletan à sa Semaine de Mai (Paris, Dreyfous), ce dernier rappelle tout de même que circulant de Montrouge au boulevard Arago, le régiment de Boulanger se signala par sa cruauté (ce qui sera d’ailleurs dénié par Rochefort qui, avec son journal La Lanterne, sera resté boulangiste du début à la fin).

    23 Voir P. Cambon, Correspondance (t. I), p. 244-277.

    24 Cela est si vrai que déjà, en avril 1885, quand Constans chercha pendant vingt-quatre heures à former un ministère, le portefeuille de la Guerre avait déjà été offert à Boulanger. Constans avait connu Boulanger par l’intermédiaire de Granet, qui avait été son directeur du personnel au ministère de l’intérieur en 1881. Granet était devenu l’ami de Clemenceau depuis que ce dernier lui avait abandonné son siège des Bouches-du-Rhône, en août 1881.

    25 La loi ne sera votée qu’en juillet 1889, en raison de l’obstruction des catholiques qui redoutaient le service militaire imposé aux séminaristes.

    26 Cf. Fresnette (Pisani) Ferry, Le Général Boulanger, op. cit., p. 30.

    27 Sur la grève de Decazeville et l’assassinat de l’ingénieur Watrin, voir Michèle Perrot, Les ouvriers en grève, 1871-1890, 2 volumes, Paris, La Haye, Mouton, p. 569 et 570.

    28 J.O., 14 mars 1886.

    29 Cf. Fresnette (Pisant) ferry, Le Général Boulanger, op. cit., p. 45 et ss. Voir aussi Jacques Néré, Le boulangisme et la presse, Armand Colin, 1964.

    30 Infanterie : général de Saint-Mars ; Cavalerie : colonel Renault-Morlière ; Artillerie : général Nisme ; Génie : général Richard.

    31 J.O., 1er février 1886, p. 83-84.

    32 Cité par A. dansette, p. 35, op. cit,

    33 Cette loi avait été votée après de difficiles tractations parlementaires (rappelant celles du premier trimestre 1883), après la réception donnée par le comte de Paris lors du mariage de sa fille avec le prince héritier du Portugal, et qui, par sa somptuosité, avait inquiété le gouvernement républicain en raison de l’empressement avec lequel le Corps diplomatique avait répondu à l’invitation du prince. Voir J.-P. Machelon, op. cit., p. 302.

    34 Cité par L’Année Politique, 1886, p. 169.

    35 Lettre du 22 juillet 1886 : Lettres, op. cit., p. 409.

    36 A la phrase du duc qui avait écrit qu’en le rayant des cadres de réserve on avait touché « à la Charte de l’Armée », le ministre répondait : « Il a voulu dire l’armée de la Charte » (J.O., 14 juillet 1886). Dans sa lettre du 22 juillet, J. Ferry précise que seule une erreur de transcription a pu faire croire que Méline et lui avaient voté l’affichage.

    37 P. Cambon devra attendre la nomination de Boulanger comme ministre pour pouvoir retourner en Tunisie la tête haute, après la création de la commission d’enquête que Freycinet avait fini par accepter et qui ne trouva rien à lui reprocher. En signe de compensation, Cambon fut nommé commandeur de la Légion d’honneur le 8 janvier 1886 (voir Correspondance, t. I, p. 277).

    38 Allusion aux sociétés de gymnastique créées, avec l’appui de Gambetta, par Paul Déroulède, et qui formeront, sous l’impulsion de leur chef, l’encadrement des manifestations boulangistes. (Voir Francis Laur, L’époque boulangiste, Le livre de l’auteur, 1914, p. 173 et ss.)

    39 J. Ferry, Lettres, op. cit., p. 412.

    40 D’après L’Année politique, voici le tableau des gains conservateurs :
    Groupe I
    Gers........................................... + 2
    Loire-Inférieure....................... + 2
    Maine-et-Loire......................... + 1
    Manche...................................... + 2
    Mayenne.................................... + 2
    Nord......................................... + 2
    Tarn-et-Garonne.................. + 1
     – –
    Total.......... + 12
    Groupe II
    Aisne....................................... + 1
    Haute-Garonne..................... + 1
    Lot-et-Garonne..................... +2
    Oise......................................... 4- 1
    Orne....................................... + 2
    Sarthe...................................... + 3
    Total.......... + 10
    Groupe III
    Ain.......................................... + 2
    Allier....................................... + 1
    Côte-d’Or................................ + 1
    Drôme..................................... + 1
    Ille-et-Vilaine......................... + 1
    Haute-Marne......................... +2
    Saône-et-Loire........................ +
    Savoie..................................... + 1
    Vosges.................................... + 1
     – –
    Total.......................... + 12
    Groupe IV
    Ariège................................... + 1
    Bouches-du-Rhône............ +1
    Gironde............................... + 3
    Loiret................................... + 1
    Meuse................................... + 1
    Seine-et-Marne.................... + 1
    Seine-et-Oise....................... + 2
    Var........................................ + 1
    Vaucluse.............................. + 3
    Cher...................................... + 1
    Jura...................................... + 3
    Loire.................................... + 4
    Marne.................................. + 2
    Nièvre.................................. + 3
    Total.......................... + 27

    41 D’après L’Année politique :
    Gains républicains
    Groupe I
    Calvados................................ + 2
    Corse....................................... + 1
    Côtes-du-Nord........................ + 3
    Finistère................................ + 4
    Pas-de-Calais......................... + 7
    Vienne.................................... + 2
    Territoire de Belfort............ + 1
    Total............................ + 20
    Groupe II
    Ardennes.............................. + 3
    Eure..................................... + 2
    Lot........................................ + 1
    Lozère................................... + 2
    Haute-Saône......................... + 3
    Somme................................. + 1
    Tarn...................................... + 1
    Total + 13
    + 33
    Groupe III
    Basses-Alpes......................... + 1
    Alpes-Maritimes.................... + 1
    Cantal.................................. + 1
    Corrèze.................................... + 2
    Dordogne................................ + 4
    Doubs.................................. + 1
    Haute-Savoie......................... + 1
    Deux-Sèvres........................... + 1
    Total............................ + 12
    Groupe IV
    Aude.................................... + 1
    Rhône................................... + 2
     – –
    total
    + 15

    42 Pour être tout à fait exact, il faut dire que les cantonales d’août 1886 perme aux conservateurs, sinon de progresser comme ils l’avaient espéré en annonçant en juillet leur volonté de politiser au maximum la consultation, mais au moins de stopper leur chute ininterrompue depuis 1874 :
    Républicains Conservateurs 1874.................................................... 1.481 1.532
     1877.................................................... 1.619 1.393
     1880.................................................... 2.008 1.004
     1883.................................................... 2.143 869
    1886................................................... 2.130 882

    43 Voir plus bas, Apaiser l’opposition, p. 175.

    44 Les radicaux avaient pourtant été fort modestes en se présentant avec le seul titre d’« antimonarchistes » (La Justice, 30 juillet 1886). Cf. les articles contre la dissolution dans La Justice : 27 novembre 1886, 8 décembre 1886, 9 décembre 1886, 13 décembre, etc.

    45 J. ferry, Lettres, op. cit., p. 416-418.

    46 J. ferry, Lettres, op. cit., p. 419.

    47 Jules Ferry, Discours, t. VII, p. 68.

    48 Cf. F. (Pisani) Ferry, op. cit., p. 46.

    49 D’après une confidence faite par le Général lui-même à Mme Juliette Adam et qu’elle rapporte dans son livre, op. cit.

    50 12 octobre 1886 ; idem pendant les mois de décembre et janvier.

    51 Freycinet donne sa démission le 3 décembre après que la Chambre ait voté la suppression des crédits affectés aux traitements des sous-préfets qu’elle voulait supprimer. Le cabinet est renversé par la conjonction de la droite et de l’extrême-gauche qui, avec la nécessité de faire des économies, avaient trouvé un nouveau terrain d’entente.

    52 5 décembre 1885.

    53 8 décembre 1885.

    54 La Justice, 7 décembre 1886.

    55 Cf. l’article de L’Intransigeant où Rochefort menace, avec son article « suspicion légitime », de retirer son soutien au ministre. Grâce à Clemenceau, les deux hommes se réconcilièrent. Cité par A. Dansette, Le Boulangisme, p. 60.

    56 La France militaire, le 5 décembre, se déclare en faveur d’une présidence à l’américaine ; le 8 décembre, le journal demande l’inamovibilité des ministres spéciaux ; le 9, celle d’un chancelier ; le 10, la feuille cite une « Correspondance d’Alsace » sur la révision de la Constitution où il est question d’une procédure spéciale permettant de renouveler la confiance après une délibération spéciale du Conseil des ministres.

    57 Le 9 décembre, le service de presse du ministère envoie à l’agence Havas copie d’une lettre envoyée au directeur de La France militaire et ainsi rédigée : « Le ministre me charge d’avoir l’honneur de vous demander ce que l’on doit répondre, ce que l’on peut répondre à tous ceux qui, commentant les derniers articles parus dans votre journal, ne prétendent plus seulement que vous êtes subventionnés par le ministre de la Guerre, mais que vous l’êtes par ses pires ennemis » (A.P. 1886, p. 296).

    58 Lettre du 22 décembre 1886 à Eugène Tiénot, journaliste ayant rédigé une brochure critique à l’égard des fanfaronnades de « Boulanger militaire », in Lettres, p. 422,

    59 Le 11 janvier 1887, Bismarck déclarait que dès que la France se sentirait à nouveau forte, dès que Boulanger serait à la tête du gouvernement, le risque de guerre réapparaîtrait comme au temps de Napoléon III. Le récit de la scène de Grévy refusant de signer le décret de mobilisation partielle des réservistes a été fait par Maurice Barrés dans L’Appel au soldat, Paris, Plon, 2 tomes, t. I, p. 41.

    60 Au moment de la formation du Cabinet Goblet, il avait été très difficile de trouver un ministre des Affaires étrangères. Flourens était président de section au Conseil d’État et ne trouvera un siège de député qu’en 1888 (voir plus bas, p. 200). Mais, fils de médecin et frère du colonel Flourens, chef de la révolte du 31 octobre et mort peu après, il offrait, vis-à-vis de Clemenceau, les garanties nécessaires.

    61 L’enquête devait montrer que Boulanger utilisait les commissaires aux frontières pour cette fonction, Schnaebelé sera donc déplacé. Voir A. Dansette, op. cit., p. 75.

    62 Comme son prédécesseur, le Cabinet Goblet avait, lors de sa constitution, promis de faire des économies. Au retour de Pâques, la commission des Finances, dont Rouvier était président et C. Pelletan rapporteur, déclare que les économies proposées sont insuffisantes. En fait, cette exigence, ce souci de pousser le ministère à user « de son droit d’initiative » faisait partie de la stratégie de Clemenceau, candidat au pouvoir (voir plus haut).

    63 Voici le décompte des voix :
    Radicaux Modérés
    Droite Pour : 257.
    100 157
    Contre : 275.
    165 39 71

    64 En novembre 1886 et 1887 seront, lors des partielles, successivement réélus trois anciens députés républicains vaincus en août 1885.

    65 Les membres du groupe se seraient engagés à s’interdire toute action « personnelle ou collective » pour changer la forme du gouvernement. De même s’opposaient-ils à toute tentative socialiste contre « la famille et la propriété » et demanderont-ils que le niveau de l’actuel budget du culte soit garanti. En matière de taxe publique, « les innovations seront repoussées » (cité par A.P. 1886, p. 215).

    66 Cité par A.P. 1886, p. 217.

    67 Il mourra en février 1887.

    68 J.O., séance du 5 novembre 1886.

    69 J.O., séance des 5 et 6 novembre 1886 (p. 1737). C’est-à-dire « taxant les signes extérieurs de la richesse ».

    70 J.O., séance des 5 et 6 novembre 1886 (p. 1743 et SS.).

    71 A. de Mun, La Rochefoucauld, etc.

    72 « Les plus décidés d’entre nous, ceux qui ne reculent pas devant l’expression de leurs opinions devant des milliers d’électeurs, hésitent dans un salon pour soutenir une opinion qui n’a pas conquis les femmes qui en font les honneurs. »

    73 A. de Mun, La Rochefoucauld, P. de Cassagnac.

    74 P. 193.

    75 Le 16 février 1887.

    76 J.O., séance du 30 mars 1887, p. 885.

    77 Voir plus haut, 2e partie, chap. I, p.

    78 « La Droite constitutionnelle n’est possible que si une partie du parti républicain consent à revenir en arrière et à faire amende honorable sur la question religieuse ; or, il n’y a pas de conciliation entre eux et nous. Le jour où vous aurez la droite contre vous, vous serez notre chef » (J.O., 30 mars 1887, p. 887).

    79 Charente-Inférieure, Eure, Lot-et-Garonne, Orne, Sarthe, Somme.

    80 Nord, Calvados, Manche, Pas-de-Calais.

    81 Exemple que Goblet ne manqua pas de citer dans son discours pour justifier son appel vers la Droite.

    82 Aisne (2), Hautes-Alpes, Aube, Aveyron, Gard, IIIe-et-Vilaine, Manche, Morbihan, Nord, Pas-de-Calais, Basses-Pyrénées, Seine (2), Vendée, Deux-Sèvres. Les départements en italique sont ceux dont la représentation est devenue mixte par l’échec du candidat conservateur.

    83 MM. Lorois et de La Bassetière réussissent dans ces départements où le vote est plus catholique que politique.

    84 Lors d’une visite, le 24 mai 1887 à l’Elysée, qui fit sensation et où il précisait qu’un ministère Floquet-Boulanger se verrait immédiatement interpellé par la droite « sur les relations avec les puissances étrangères », c’est-à-dire sur les risques de guerre (voir A.P. 1887, p. 120).

    85 A cause du désir de Freycinet de conserver Boulanger.

    86 Mais que J. Ferry aurait voulu voir au moins essayer (voir A. Dansette, Le Boulangisme, p. 84).

    87 Voir Archives Nationales : dossier électoral des Alpes-Maritimes (C. 5302).

    88 18 août 1887 : discours du banquet du commerce parisien, cité par A.P. 1887, p. 194.

    89 Cf. les propos de L. Say, retour d’Italie, cités par F. (Pisani) Ferry, Le Général Boulanger, op. cit., p. 58.

    90 Dans le manifeste qu’il publiera en septembre 1887, le comte de Paris rappellera que ce sont « de graves périls » qui ont justifié l’attitude des députés conservateurs qui ont « alors bien mérité de la France conservatrice » (cité par A.P. 1887, p. 349).

    91 Signalons cependant l’ouvrage de l’historien américain David-Henry Pinkey qui voit dans La Révolution de 1830 essentiellement une « révolte des demi-soldes de l’Empire en quête d’emploi ». Princeton, New-Jersey, 1972.

    92 Sur la « chasse aux emplois » menée par les républicains, voir J.-P. Machelon, op. cit., p. 289 et ss.

    93 Ce sont les départements à deux listes où l’on parle de guerre civile : Ille-et-Vilaine, Somme, Eure, etc. Voir plus haut.

    94 Départements catholiques où l’invalidation fut votée pour ingérence de l’Église considérée par les conservateurs comme une réponse à celle des fonctionnaires.

    95 Deux entrevues eurent lieu : les 26 et 28 mai. La seconde en présence de tous les chefs de la droite : Cassagnac, Piou, La Ferronays. Cf. A. Dansette, Le Boulangisme, op. cit., p. 88.

    96 La Justice, dès la nomination de Rouvier, comparera Grévy à Mac-Mahon et accusera Rouvier d’être l’exécuteur des basses œuvres de J. Ferry, 30 mai 1877.

    97 31 mai 1887, J.O., p. 1103 et ss.

    98 Sur le récit de la manifestation de la gare de Lyon, voir M. Barrés, op. cit., p. 46-84. Sur les pressions dont Boulanger était alors l’objet de la part d’hommes comme Naquet, pour qu’il prenne la tête d’un coup d’État, voir Mermeix. op. cit., p. 6.

    99 Grosso-modo, les 149 radicaux du 31 mai 1887 sont ceux qui avaient été élus comme tels en octobre 1885 (en particulier ceux de la Seine). Certaines exceptions valent cependant la peine d’être notées : Jaurès, par exemple, qui, élu sur une liste modérée, s’associe aux radicaux le 31 mai. Il en est de même pour les trois députés de la Lozère qui, ferrystes du 30 mars, avaient été battus en octobre. Réélus en décembre grâce à l’invalidation de leurs adversaires, ils reviennent à la Chambre guéris de la tentation d’être ministériels ! Le cas inverse existe aussi : des radicaux isolés votent comme leurs collègues départementaux (Côte-d’Or, Doubs), d’autres préfèrent s’abstenir en masse (Bouches-du-Rhône, Rhône), d’autres deviennent ministériels (Jura).

    100 Comme P. Mendès-France le fera en 1954 à propos des communistes.

    101 Voir graphique.

    102 Cf. la satisfaction de commentateurs du Temps ou de L’Année Politique qui, tout en souhaitant que Rouvier réussisse, sentaient tout de même que ce dernier s’est avancé sur un terrain périlleux.

    103 Cité par A.P. 1887, p. 191 et ss.

    104 La Justice alla jusqu’à écrire que le général Ferron, successeur de Boulanger, ralentissait exprès l’effort d’armement entrepris par Boulanger pour saboter son œuvre.

    105 « Qu’il s’agisse de bureaux de tabac, de recettes de buralistes, de nomination de juges de paix, de percepteurs, d’agents voyers, d’instituteurs, de facteurs ou de cantonniers, ou encore de membres des commissions administratives des hospices, des bureaux de bienfaisance ou des commissions chargées de la révision des listes électorales, etc. » Cité par A.P. 1887, p. 345.

    106 Le Soleil, 28 août 1887.

    107 Cité par A.P. 1887, p. 349 et ss.

    108 Voir Ph. Williams, War, Plots and Scandais in post-war France, Cambridge, 1970.

    109 Cf. F. Seager, The Boulanger affair, op. cit., p. 85 et ss.

    110 Tout l’été avaient déjà couru des bruits sur les fuites commises depuis le ministère de la Guerre. Cf. A.P. 1887, p. 256.

    111 Cité par La Justice, 11 octobre, d’après F. Seager.

    112 Goron s’était fait découper un portefeuille dans la peau d’un assassin. Voir M. Barrés, op. cit., t. I, p. 88.

    113 7 octobre 1887.

    114 Voir A. Dansette, pour le récit des événements, bien qu’il sous-estime l’aspect militaire de la crise, par contre bien mis en valeur par F. Seager et L’A.P. 1887.

    115 Dès le lendemain de la publication de l’article du xxe Siècle, Boulanger convoque, à Clermont-Ferrand, une conférence de presse pour se disculper. Ayant enfreint la discipline militaire, il se voit infliger trente jours d’arrêt de rigueur par son ministre, le 13 octobre.

    116 Cf. le journal déjà cité de B. Lavergne Où des craintes à ce sujet sont fréquemment émises (p. 442). Voir aussi Seager, p. 87, ou A. Dansette, L’Affaire Wilson et la chute de Grévy, Librairie Académique Perrin, 1936, p. 61 et ss., ou la Revue Bleue du 25 décembre 1887 où J.-J. Weiss se demande pourquoi les républicains ont réélu Grévy en 1887, alors qu’ils connaissaient fort bien « les industries variées » de son gendre Wilson.

    117 Qui, « absent par congé », n’avait pas voté le 31 mai 1887.

    118 Par 338 voix (Droite + Extrême-Gauche contre 130 Modérés).

    119 D’après le commentaire de l’A.P. 1887.

    120 Le témoignage de l’imprimeur permettra de montrer que des lettres datées de 1884 avaient été écrites sur du papier fabriqué en 1885.

    121 Voir A.P. 1887, p. 270. La lettre-manifeste avait été écrite au baron Dufour, député du Lot.

    122 En dehors de Mgr Freppel, fidèle aux républicains depuis le 30 mars, on note quatre députés du Nord (Lepoutre, entouré de Dejardin-Verkinder, Lefèvre-Pontalis et Le Gavrian) et deux de la Somme.

    123 Il s’agissait de convertir la rente de 4 1/2 % en rente de 3 %. Les rentiers avaient le choix entre la conversion proposée par le gouvernement ou le remboursement : le succès de l’opération nécessitait donc la confiance des épargnants.

    124 Cf. A. Dansette, L’affaire Wilson et la chute du président Grévy, Librairie Académique Perrin, 1936 (p. 222 où il est décrit comment certains purent « redouter l’éclosion d’une nouvelle Commune »).

    125 Qu’il enverra le 2 décembre, après le refus de nombreux républicains de former des ministères (Rouvier, Ribot, Clemenceau, etc.).

    126 Cf. les contacts de Clemenceau avec Eudes. Voir N.A.F. de la B.N., fonds Reinach, n° 24877.

    127 Dans un ministère Clemenceau-Boulanger, susceptible de ramener l’opinion publique vers le président. Les pourparlers échoueront après les nuits des 28 et 29 novembre qualifiées de « nuits historiques » par leurs acteurs.

    128 Floquet et Freycinet.

    129 Pendant les « nuits historiques », Boulanger avait, par l’intermédiaire de Le Hérissé, député d’Ille-et-Vilaine, rencontré Mackau : les deux hommes avaient convenu que si la Droite votait pour Freycinet, ce dernier appellerait Boulanger à la Guerre et ce dernier s’engageait à entamer la procédure de l’Appel au Peuple, dont la Monarchie sortirait. Voir A. Dansette (L’Affaire Wilson, p. 176).

    130 Tentative du pire : voter pour Ferry et espérer que, la guerre civile éclatant, la Monarchie pourrait jouer son rôle de pacification ; tentative du moindre : voter pour Ferry afin de sauver le Concordat. Cf. Mgr Freppel dans son journal L’Anjou. Cité par E. Terrien, Monseigneur Freppel, chez l’auteur, 2 tomes.

    131 En gelant leurs voix sur le général Saussier, vieux républicain, malmené par Boulanger.

    132 De tous les socialistes seuls les possibilistes resteront à l’écart de la menace de sédition. Voir Cl. Willard, Les Guesdistes, Ed. Sociales 1965, ou encore le récit de Laura Lafargue, dans la Correspondance Engels-Laf argue, Ed. Sociales, 1956, t. I, p. 86.

    133 Les propositions de résolution sur la nécessité de la révision étaient déposées tantôt par les radicaux (Barodet, Michelin, Andrieux), tantôt par les bonapartistes (d’Ornano, Jolibois).

    134 J.O., 21 novembre 1887, p. 2070. Voir aussi le graphique de la législature 1885-1889.

    135 A telle enseigne que Grévy croira, un moment, que Ribot sera capable de former un ministère et de trouver une majorité. Mais ce dernier refusera de jouer ce jeu.

    136 Jules Ferry disait, le 2 octobre 1887, qu’une nouvelle crise ministérielle (la quatrième en deux ans) pourrait précipiter la dissolution, mais que « la dissolution dépendant uniquement du président de la République et du Sénat », il n’était lui-même en état de menacer personne (Discours, op. cit., t. VII, p. 92).

    137 Sadi Carnot avait gagné une certaine popularité en étant le ministre des Finances qui avait refusé d’accorder une faveur à Wilson.

    138 Qui, au premier tour de la réunion préparatoire organisée le 2 décembre, avaient respectivement recueilli 101, 94 et 66 voix (cf. A.P. 1887, p. 282 et ss.).

    139 Tableau des élections de la Chambre des députés, 1885 : il s’agit de Pierre Legrand, Maxime Lecomte et Camescasse, ancien préfet de la Seine.

    140 Voir plus haut, p. 14 et p. 72.

    141 A Mgr Freppel qui plaidait en vain devant les Droites afin qu’elles votent pour J. Ferry (garant du Concordat), ces derniers posèrent comme condition que ce dernier acceptât de se remarier à l’Église, ce que bien sûr il refusa. Sur la campagne de Mgr Freppel en faveur de J. Ferry, campagne à laquelle s’opposa le journaliste catholique Jules Auffray, secrétaire de l’Union des Droites, voir le livre écrit par son fils d’après son journal intime : Un homme politique sous la IIIe République, Jules Auffray, par Bernard Auffray. La Pensée universelle, 1972, p. 89 et ss. (préface d’Adrien Dansette).

    142 Voici comment s’exprime P. Lafargue dans sa lettre à Engels, le 5 décembre 1887 (op. cit., p. 86) : « Vous ne pouvez vous faire une idée de la fermentation qu’a connu Paris. Les blanquistes très excités avaient appelé le peuple à la rébellion et réclamé des barricades. Et on vit plus de 50.000 personnes crier : " A bas Ferry ! ". Bien que ce soit les révolutionnaires qui aient pris l’initiative, ils n’auraient pu triompher sans l’aide des bourgeois. Si Ferry avait été élu, un bain de sang était inévitable. Les blanquistes étaient décidés à se battre. »

    143 Selon le mot de Dansette, p. 119.

    144 L’attentat criminel dont J. Ferry sera victime dans les couloirs du Palais Bourbon, le 10 décembre 1887, du fait d’un déséquilibré du nom d’Aubertin, n’a pu que confirmer, a posteriori, les parlementaires de la sagesse de leur décision.

    145 Cité par A. Dansette, Histoire des présidents de la République, p. 73.

    146 Selon le mot de Gambetta.

    147 En particulier A. Dufaure.

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