Conclusion
p. 441-446
Texte intégral
1Le P.D.P. disparaît en 1944, après une courte existence de vingt années, dont une quinzaine dans la vie politique française de l’Entre-deux-Guerres. Même si l’on peut considérer que le M.R.P. est partiellement son successeur, le bilan de son action est en fait largement en deça des espérances de ses promoteurs en 1924. C’est plutôt un échec partiel et relatif et un impact limité que l’on peut évoquer. Dans la politique française, le P.D.P. apparaît comme un parti tardif de la fin de la IIIe République. Il révèle alors une tendance nouvelle sur l’échiquier politique français et représente une concrétisation de l’existence d’une tendance de catholiques français plus à gauche que la moyenne qui correspond assez largement, mais non totalement, à la Démocratie Chrétienne. Malgré tout le nouveau Parti s’insère dans le dispositif politique et parlementaire d’emblée au Centre Droit, s’il affirme sa volonté de se situer réellement au Centre et de faire une politique centriste. Mais son impact est limité parlementairement à un niveau faible qu’il ne dépassera guère : son groupe de 15 à 20 Députés ne pourra être qu’un groupe-charnière et il ne pourra jouer que partiellement ce rôle lui-même. Electoralement le total de ses voix n’a jamais atteint au niveau national beaucoup plus de 3 % et cet ordre de grandeur se retrouve pour les effectifs qui n’ont guère dépassé les 15 000 adhérents. Le P.D.P. n’a pas dépassé le niveau d’une "petite force politique" ou d’une "force moyenne inférieure". La période "dynamique" du Parti n’a duré que quelques années, avant un tassement puis un recul. S’il a été un Parti de gouvernement, il ne l’a été que de façon limitée avec son Président. Dès 1932 est apparu un échec relatif du Parti par rapport à ses ambitions initiales et il semble que l’on doive parler au moins d’un demi-échec. Le P.D.P. est resté une minorité dans le Catholicisme français sur le terrain politique, de plus affaiblie par d’assez profondes divisions. Très vite ce Parti du Centre a montré qu’il avait deux pentes, orientées à Droite et à Gauche.
2Des faiblesses initiales peuvent être mises en cause au sujet du type de regroupement opéré en 1924, à la confluence de trois courants : Démocratie Chrétienne, Catholicisme Social, Catholicisme Libéral. En dépit de la parenté de ces familles idéologiques, il y avait une certaine hétérogénéité pouvant conduire à des difficultés, à côté de l’absence de la Jeune République, du Parti Populaire Alsacien et d’un grand nombre de catholiques sociaux et d’héritiers de l’Action Libérale. Cette synthèse limitée restait cependant porteuse de contradictions et l’essai de synthèse doctrinale autour de Politique fut ballotté entre des influences diverses... Il n’apparaît pas, en dernière analyse, que le P.D.P. ait eu une doctrine vraiment très précise, ses éléments dirigeants et intellectuels ayant tenté de se fier à une idéologie parfois brillante, mais en constante élaboration. Il y a eu une sorte d’échec de la synthèse doctrinale, brisée sur la révélation de pentes différentes. Ces contradictions relatives pourraient se retrouver sur le plan sociologique, la fusion ayant été difficile entre une "bourgeoisie" de catholiques sociaux et libéraux, et des éléments plus populaires ou ruraux, même si des représentants des "classes moyennes" apportaient un "liant". Tous ces facteurs se sont traduits dans la "crise du Parti" à partir de 1932. Une réaction s’est alors affirmée face à une "dérive" concrète vers des attitudes de plus en plus proches d’un certain "libéralisme catholique" d’avant 1914 au niveau électoral et parlementaire. Une "gauche" a pu ainsi réagir contre un certain "affadissement" face aux influences "libérales" et à celles de certains catholiques sociaux modérés, même si les "Anciens de l’A.C.J.F." ont pu constituer un "centre". Ces contradictions ne doivent pas non plus être exagérées, mais elles n’ont jamais été entièrement résorbées et ont gêné l’action et le développement du Parti.
3Une autre ambiguïté a pu exister par ailleurs sur le problème de la confessionnalité. Le P.D.P. ne s’est voulu ni confessionnel, ni officiellement Démocrate-Chrétien sauf sur le plan international, mais il fut sujet aux ambiguïtés d’un Parti composé essentiellement de catholiques et connu comme tel, dans une conjoncture où les problèmes politico-religieux tenaient encore une place essentielle. Mais il n’avait pas d’autre solution, compte tenu de l’acuité de ceux-ci, des interdictions pontificales et de la situation spécifique de la France. Des problèmes profonds se sont ainsi posés pour ses relations avec le Clergé, la Hiérachie, l’Épiscopat, les grands mouvements du Catholicisme Social et de l’Action Catholique. Il n’a eu d’ailleurs qu’un appui minoritaire dans ces milieux, il ne pouvait en faire état et il n’a jamais été comme on l’a prétendu à l’Extrême-Droite l’instrument privilégié d’une certaine politique religieuse. Malgré tout il a été profondément marqué par les divisions du Catholicisme français entre une "Gauche" et une "Droite". Dans la configuration de ce dernier, il a toujours représenté une "Gauche", mais pas toute la Gauche, du moins le plus fort noyau de celle-ci, se singularisant par rapport aux attitudes de la masse des catholiques plus à droite. Mais il n’a pas réussi en dépit de ses efforts à bouleverser le rapport des forces politiques chez les catholiques. D’autre part cela n’a pas suffi pour autant à le situer à gauche de l’échiquier politique, ce qui n’était d’ailleurs pas son ambition. Il voulait se placer au Centre et contribuer à la formation d’une force centriste dont il aurait été un élément indispensable. La théorie du "déclassement" des forces politiques aurait permis de plus de dépasser la "Question Religieuse" et de réaliser la "concentration" du Centre-Droit et du Centre-Gauche, idéal théorique du Parti, les nouveaux critères étant désormais politiques et sociaux. Mais la pratique n’a jamais été exempte d’ambiguïtés dans ses relations avec la Droite et la Gauche, le Parti ayant été un Centre qui a penché à droite et qui est resté lié à la Droite modérée, tout en entretenant avec elle des relations difficiles. Le P.D.P. n’a jamais accepté qu’une "concentration au Centre Droit" sous le contrôle des modérés, et sur le terrain parlementaire, il n’a jamais pu jouer vraiment le rôle auquel il aspirait de groupe-charnière monnayant son appui entre la Droite et la Gauche. De plus les pratiques électorales et parlementaires n’ont pu que renforcer des solidarités. Tout cela a abouti à un décalage entre les positions théoriques et concrètes. Le rôle du Parti ne pouvait être ainsi que limité et marqué par des contradictions, s’il ne fut pas entièrement négligeable particulièrement face à l’Extrême-Droite. Il a constamment combattu ici les tendances de l’Action Française ou proches d’elle sur le plan politique et électoral, notamment dans l’Ouest, en affaiblissant les positions monarchistes. De ce côté, les réactions n’ont pas manqué, l’A.F. et ses alliés prenant pour cible avec une grande violence le P.D.P. Cela a pu contribuer à l’affaiblir et à le rendre suspect dans la masse catholique elle-même. Il a constamment combattu les autres tendances de l’Extrême-Droite et surtout celle des Ligues. L’hostilité très précoce au "Fascisme" a dressé des barrières contre d’éventuelles pentes sympathisantes, même à l’égard d’un Parti comme le P.S.F.
4Les relations avec la Droite traditionnelle et modérée, si elles ont été moins conflictuelles, n’ont jamais non plus été très faciles. Par ses sources traditionalistes, il était en principe assez proche d’un Parti comme la Fédération Républicaine. En fait il s’est révélé plus proche d’un parti moins marqué par l’influence catholique, l’Alliance Démocratique. En dépassant la "Fédération” vers la Gauche, il s’est ainsi trouvé au niveau des "Républicains de Gauche" sur les terrains politico-religieux et internationaux, de "l’Alliance Démocratique" qui mettait une sourdine à son programme laïc. Mais, face à ces deux grandes forces, le P.D.P. n’a été qu’une force secondaire et il ne fut longtemps considéré que comme une sorte d’excroissance de la "Fédération", malgré les heurts entre les deux partis. Cependant, en dépit de certaines équivoques, il s’est bien distingué de la Droite modérée en certains domaines. Sur le terrain social il s’est ainsi séparé à la fois de la Droite traditionaliste et de la Droite libérale par des positions plus "avancées” et plus "généreuses" en trouvant dans la doctrine démocrate chrétienne tout un arsenal idéologique original. Il y avait surtout un autre esprit, une ouverture plus grande au monde du travail, les contacts établis du côté du Syndicalisme Chrétien jouant un rôle important. Ces combats qui contribuèrent à démarquer le P.D.P. de l’ensemble de la Droite ne peuvent cependant dissimuler des imprécisions. Son programme restait en tout cas celui d’un "réformisme modéré" ou d’un "interventionnisme modéré" dans la vie sociale. Sur le plan international, il a aussi témoigné d’une originalité surtout face à une "Fédération Républicaine" marquée par le nationalisme des "nationaux catholiques” et se trouvait ici plus proche de "l’Alliance Démocratique". Il a connu une évolution rapide sous l’influence des contacts avec le S.I.P.D.I.C. et peut être de pressions dans l’Eglise, en s’orientant vers la politique de conciliation internationale, le rapprochement franco-allemand et en faisant figure de "dissidence briandiste" au sein de la Droite. L’A.F. et ses alliés allaient aussi le critiquer violemment sur ce point, mais cette attitude avait permis de nouer des liens originaux avec des partis voisins et l’on peut y voir les origines de ce qui fut un temps "l’Europe Démocrate-Chrétienne". Cela n’allait pas empêcher à partir de 1933, le Parti de passer dans le camp de ceux qui voudront s’opposer aux prétentions de l’Hitlérisme et du Fascisme, cette hostilité au totalitarisme s’étant retrouvée après 1940.
5Face à la Gauche, on eut avec les radicaux les complexités de la politique de la "concentration". Tout s’était passé comme s’il y avait eu avec ceux-ci une sorte de jeu de "cache-cache" jusqu’à la fin de l’Entre-deux-Guerres, la "question religieuse" continuant à faire obstacle jusqu’en 1938, malgré l’acceptation par le P.D.P. de la "laïcité". Les contacts du côté des "Jeunes équipes" furent un temps comme une sorte de substitut à l’impossibilité d’un dialogue avec l’appareil du Parti Radical qui n’a commencé à reconnaître le P.D.P. qu’à partir de 1934. En revanche, face aux socialistes, l’échec du "pourquoi pas ?" avait très vite montré les limites, si des rapprochements se sont produits à partir de 1936. En tout cas, le P.D.P. avait pu jouer dans le système des forces politiques un rôle de "perturbateur” à droite et d’"interrogateur" à gauche, et il était parvenu plus ou moins à se faire reconnaître.
6Il s’est également inscrit dans un autre faisceau de significations par rapport au monde catholique, aux problèmes politico-religieux et tout d’abord face au simple problème de l’insertion des catholiques dans la politique. Il fut le premier à leur procurer un cadre original pour cette intervention en acceptant les principes républicains de neutralité et de laïcité. Le rôle des "politiques" de la Démocratie Chrétienne avait été ici essentiel, appuyé sans doute par de hautes autorités dans l’Église. Toutefois le mouvement des "Partis Démocratiques d’inspiration chrétienne" s’inscrivait aussi en liaison avec l’ensemble de ce qui prend le nom d’"Action Catholique", vers une sorte d’idéal de "Nouvelle Chrétienté". Cela nécessitait dans le contexte français une réconciliation avec la République et la Démocratie. Le P.D.P. a alors contribué de façon discrète à changer le climat des rapports entre l’Église et l’État, à faire accepter un parti de catholiques comme un parti possible de gouvernement, dans le cadre de ce qu’on a appelé "le Second Ralliement". Il a pu être un instrument de celui-ci pour la pénétration des milieux républicains et laïcs, voire radicaux, vers une "séparation cordiale", même si l’essentiel des avantages pour l’Église avait été obtenu dès avant 1924. Le P.D.P. a toujours manifesté une grande prudence sur le plan des revendications concrète et a préféré jouer sur le terrain plus discret des cabinets ministériels et de l’établissement de contacts où il a pu jouer un rôle d’intermédiaire. Cela s’est vérifié notamment en 1939-1940 avec Champetier de Ribes et le projet d’accord entre l’État et le Saint-Siège. Cette méthode était fondée sur la distinction entre la "laïcité" acceptée et le "laïcisme" sectaire. S’il y a eu "affaiblissement" des revendications catholiques on ne peut que constater les accommodements de fait pour la place générale de l’Eglise. En matière scolaire, il est apparu largement comme un précurseur et a témoigné d’une nouvelle politique à la recherche d’un compromis favorable. Cette attitude s’est vérifiée pour tous les secteurs du complexe des problèmes politico-religieux continuant à se poser. Le rôle du P.D.P. a pu rencontrer aussi une certaine atténuation de l’esprit laïciste et anticlérical, une évolution rapide commençant à se faire depuis 1928. Au niveau parlementaire, il a été un des facteurs du climat nouveau qui s’est affirmé surtout à partir du ministère Daladier en 1938- 1939. Il avait été un agent de maturation dans une longue évolution historique.
7L’histoire propre du Parti semble en tout cas s’être inscrite dans une périodisation en deux phases, un développement en 1924-1932, puis un relatif déclin en 1932-1940. Durant la première, phase ascendante, il a remporté des succès relatifs, affermi sa structure et son implantation, mis en place des fédérations, entamé une action par la presse. Il a réussi à obtenir quelques succès aux élections de 1928, à faire reconnaître plus ou moins sa place au milieu des autres forces politiques. Il a entamé des contacts idéologiques assez fructueux avec les "Jeunes équipes" et les "Jeunes radicaux". Au sein du monde catholique il a bénéficié d’appuis initiaux dans le Catholicisme Social, le Syndicalisme Chrétien, une partie de la Hiérarchie et du Clergé. Il a réussi à acquérir une place, même modeste à la fois dans la politique française, le système idéologique, le Catholicisme, à jouer un rôle discret mais efficace dans le "Second Ralliement". Mais, dès cette période, des difficultés et des échecs se sont révélés : violentes attaques de l’extrême-droite, de l’Action Française et d’une partie de la Droite catholique, incompréhension des milieux de gauche et radicaux. Surtout malgré les succès partiels on pouvait constater un échec relatif par rapport aux espérances initiales.
8Après 1932 s’est approfondi par étapes la "crise" du P.D.P. dans le cadre d’une déception face aux résultats, de divisions aggravées et d’un début de vieillissement. Cette crise accompagne alors un déclin relatif qui se traduit pour les effectifs, l’implantation et également sur terrain électoral. Il est aussi toujours sujet à des attaques de la Droite et d’une partie du monde catholique, et à Gauche sa place n’est toujours pas nettement reconnue. Il se situe ainsi nettement face au Front Populaire, s’il se démarque des Ligues et de l’Extrême-Droite. Cette situation aggrave les clivages internes du Parti, de même que les contacts avec le journal L’Aube. Cependant, à côté de cette crise commencent aussi à apparaître des facteurs d’un certain renouveau, comme l’arrivée d’une "nouvelle génération" autour des "Jeunesses Démocrates Populaires". En 1938-1940, sur ces bases, il essaie un certain "recentrage" parlementaire. Abandonné par les extrêmes, il accepte l’intégration de ses efforts à ceux des "Nouvelles Équipes Françaises". Mais il se vérifie aussi qu’il n’est plus qu’une des tendances de la "mouvance démocrate-chrétienne" qui s’élargit, et pas la plus avancée, certains le trouvant inadapté. Malgré tout ce renouvellement se retrouvera après 1940 où il sera un des noyaux de la "première Résistance" puis de la "Résistance" au sens large, du fait de contacts nouveaux qui autoriseront l’élargissement en 1944 dans le M.R.P. Il disparaît au moment où la place de la tendance qu’il incarnait était reconnue comme elle ne l’avait jamais été.
9On peut donc parler au moins de succès relatifs et partiels de ce Parti qui a obtenu d’abord sa reconnaissance dans le système des forces politiques, résignée à droite et tardive à gauche. Cette reconnaissance a permis de ne plus confondre l’ensemble des catholiques avec des positions traditionalistes et conservatrices. D’autre part, cette tendance a renforcé ses positions dans l’ensemble du "Catholicisme Social". On doit aussi retenir un certain nombre de combats courageux dans les domaines sociaux et internationaux, sur le plan politique même dans une conjoncture troublée et sa volonté de rassembler les "centres" contre les extrêmes. Un autre succès a été celui obtenu pour la formation politique de plusieurs générations, d’abord celle des générations "civiques" et "sociales" formées par l’A.C.J.F. et le Sillon, puis de celles formées par les J.D.P. et l’A.C.J.F. Il a été le cadre où s’est opérée la formation politique d’une partie des élites qui constitueront la nouvelle génération de la Démocratie Chrétienne après 1944. Sur la base des noyaux existants, il a opéré une première cristallisation résultant d’une activité pas toujours perdue. Les graines alors semées permettent ainsi de comprendre les moissons inattendues de l’après-guerre. Il apparaît comme un maillon indispensable dans une lente évolution historique, ayant eu à assumer dans cette étape un rôle assez ingrat
10Mais, à côté de ces succès relatifs, on doit parler aussi d’un échec relatif du P.D.P. Celui-ci fut ressenti comme tel au Parti dès 1932. Il a mis en avant pour l’expliquer les conséquences du scrutin d’arrondissement. Mais d’autres raisons ont joué et d’abord le fait qu’il est arrivé avec un certain retard dans la conjoncture politique de l’entre-deux-guerres. De plus, ici a joué une certaine logique cumulative de l’échec, à côté de déficiences structurelles au niveau de l’organisation et de l’État-Major, de la faiblesse des ressources financières... Les divisions internes sont apparues à la fois comme la conséquence de l’échec et un élément aggravant du déclin. Le P.D.P. a d’autre part été victime du contexte politico-religieux de l’entre-deux-guerres, du clivage droite-gauche sur ce critère qui l’a écrasé. Il a lui même manifesté des contradictions et la "concentration" n’était pour lui qu’un idéal théorique. Il a prouvé la difficulté, voire l’impossibilité de constituer une véritable force politique centriste en dehors de la "concentration" conjoncturelle. Les équivoques sur la "question religieuse" ont été levées trop tard. On peut aussi mettre en cause des contradictions et des timidités parlementaires qui ont joué un rôle pour la paralysie du Parti. Il n’a pu réaliser qu’une trouée partielle dans les milieux catholiques modérés et sociaux, étant de plus tributaire de ceux-ci sur le plan électoral. Les liaisons nécessaires avec la Droite n’ont pu qu’affaiblir un parti qui n’a jamais pu traiter d’égal à égal avec les autres. Dès lors tout cela a entraîné le découragement des militants, la fuite vers d’autres formations et l’apparition d’autres sensibilités dans la "mouvance démocrate chrétienne". Celle-ci avait continué à montrer ses divisions et l’existence de "chapelles" et tout s’était passé comme si certains avaient vite tiré les leçons de l’échec. On avait eu ainsi affaire à un essai politique non vraiment transformé, et pour lequel il fallut pour qu’il soit repris sous une autre forme une conjoncture différente après un nouveau choc historique.
11 Néanmoins cet échec relatif doit être resitué dans une perspective qui permet d’apprécier l’héritage et la place réelles du P.D.P. Il a réussi à marquer l’affirmation d’une tonalité nouvelle dans la politique française et la part de cet héritage par rapport au M.R.P. peut être diversement appréciée. Si celui-là ne peut être considéré comme l’unique origine de celui-ci qui n’en est d’ailleurs pas l’héritier intégral, une continuité importante se révèle au niveau des hommes, des dirigeants, des idées. Les succès rapides du M.R.P. n’auraient pas été possibles sans les efforts et les échecs constructifs de ce parti qui avait déblayé la route. Sa place ne peut donc s’appréhender que dans la perspective d’une continuité. Au delà de la diversité des formes d’action, c’est la même pulsion fondamentale qui va du Sillon au M.R.P., le P.D.P. ayant été une étape indispensable pour le rassemblement d’une tendance jusqu’alors surtout intellectuelle et sociale. En même temps, il s’est inscrit dans un cadre européen où l’on a vu surgir des partis "popularistes" non confessionnels. Le P.D.P. se rattache donc à une étape européenne et bientôt mondiale de l’évolution vers les partis Démocrates-chrétiens modernes. L’échec rapide par la suite du M.R.P. limite aussi l’ampleur de l’échec du P.D.P. dont le sens a été celui d’une expérience et d’un témoignage. Dans cette optique il n’y a eu ni succès, ni échec d’un parti, expression d’une volonté de faire entendre une voix autonome, d’un engagement pour inscrire des convictions spirituelles sur le terrain politique. La sincérité, la grandeur du combat de ces hommes, son importance pour la vie politique et religieuse de la France contemporaine, son héritage humain et idéologique doivent donc être appréciés dans cette perspective.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Métro, dépôts, réseaux
Territoires et personnels des transports parisiens au XXe siècle
Noëlle Gérôme et Michel Margairaz (dir.)
2002
Policiers dans la ville
La construction d’un ordre public à Paris (1854-1914)
Quentin Deluermoz
2012
Maurice Agulhon
Aux carrefours de l’histoire vagabonde
Christophe Charle et Jacqueline Lalouette (dir.)
2017
Autonomie, autonomies
René Rémond et la politique universitaire en France aux lendemains de Mai 68
Charles Mercier
2015
