Didier Henry Gabriel 1807-1891
p. 301-304
Texte intégral
1 Henry Gabriel Didier est né le 12 avril 1807, à Fresnes-en-Woëvre (Meuse), dans une famille de propriétaires ruraux. D’abord élève au collège de Verdun, il termine ses études à la Faculté de droit de Paris, tout en donnant lui-même des cours dans un établissement d’enseignement sis à Fontenay-aux-Roses. Ayant choisi la carrière d’avocat, il s’inscrit au barreau de Paris (novembre 1834) puis, quelques jours après, au barreau de Sedan (1834- 1839). Parallèlement, Henry Didier tâte du journalisme politique, au Bon Sens, feuille parisienne proche des milieux de l’opposition dynastique, et au Nouvelliste des Ardennes. Son mariage avec Elvina Gilbert-Boucher le fait entrer dans une famille d’avocats et de magistrats. Il devait beaucoup plus tard retrouver au Sénat son beau-frère, Charles-Gustave Gilbert-Boucher (1819-1886), élu du département de Seine-et-Oise (1876-1886) et importante figure du Centre gauche de la Haute Assemblée.
2Inscrit à nouveau au barreau de Paris en 1839, le jeune avocat continue de manifester un vif intérêt pour les affaires publiques. Au cours de l’année 1840, Henry Didier parvient ainsi à obtenir son admission à la Conférence Molé, fondée en 1832 à l’initiative du roi lui-même. Rapporteur de la commission d’organisation judiciaire, membre du bureau de la Conférence en qualité de secrétaire (second semestre 1841 et premier trimestre 1842), il trouve ici l’occasion d’étendre le réseau de ses relations, en direction notamment de la nouvelle génération libérale et républicaine : c’est de cette époque, selon toute vraisemblance, que l’on peut dater les débuts d’une longue complicité avec Jules Grévy, futur représentant du Peuple (1848) et futur Président de la République (1879). En 1844 toutefois, Henry Didier décide de quitter le barreau pour la magistrature, occupant successivement les fonctions de juge adjoint à Alger (3 février 1844), de procureur du roi, à Philippeville (15 octobre 1844) puis à Blidah (8 janvier 1846), et enfin de substitut du procureur à Alger (3 septembre 1847). Cette première expérience algérienne allait marquer l’ensemble de son activité politique ultérieure.
3Au mois d’avril 1848, Henry Didier est choisi en effet par le corps électoral pour représenter, avec trois autres collègues, l’Algérie à l’Assemblée constituante. Il quitte immédiatement la magistrature et réintègre le barreau de Paris. A l’Assemblée, le représentant Didier prend place parmi les républicains modérés, fréquentant, notamment, la réunion parlementaire dite du Palais National. Il est réélu à l’Assemblée législative, suit la même ligne de conduite politique et s’occupe surtout des questions touchant aux intérêts de ses mandants, en particulier à la délicate affaire de la constitution de la propriété en Algérie (rapports en date du 6 juillet 1850 et du 29 mars 1851). Hostile au coup d’État de décembre 1851, Henry Didier est arrêté et détenu deux journées durant à la prison de Mazas. Il reste fidèle à ses convictions et à ses amitiés républicaines, sans jouer – autant qu’on puisse en juger – un rôle très actif au sein de l’opposition. Sa présence, en 1864, aux côtés des inculpés du procès dit "des treize” constitue sans doute son principal titre de gloire : avocat du futur président du Conseil Charles Floquet, l’ancien représentant du Peuple prend alors place en effet, avec Berryer, Dufaure, Jules Favre et Ernest Picard, au sein de la prestigieuse équipe chargée de défendre les treize personnalités républicaines poursuivies devant le tribunal de police correctionnelle de la Seine pour constitution d’association non autorisée. Lors des élections législatives de 1869, Henry Didier tente de faire acte de candidature dans le département de la Seine. Comme pour un certain nombre d’autres "vieilles barbes” de 1848, ces travaux d’approche se soldent par un échec.
4L’effondrement du régime impérial ramène le juriste et l’homme d’expérience dans les circuits du pouvoir. Pressenti, dès le lendemain du 4 septembre, pour prendre la charge d’une préfecture – il est nommé, en ce même jour du 5 septembre 1870, à la fois à Metz et à Oran – Henry Didier opte finalement pour la magistrature : le 6 septembre, il accepte les fonctions de procureur de la République à Paris. Les événements extérieurs – à savoir le siège de Paris, qui débute le 19 septembre – le contraignent à en rester là, la décision prise par l’exécutif (décision du 24 octobre 1870) de lui confier les responsabilités du gouvernement civil de l’Algérie étant demeurée sans effets pratiques. Le 15 novembre 1871, Henry Didier est obligé d’offrir sa démission et d’opérer, un an plus tard, pour la troisième fois ! – un retour au barreau de Paris. La République consolidée lui accorde une belle revanche : l’ancien représentant à la Constituante de 1848 est promu conseiller à la cour de cassation (13 février 1879, affectation à la Chambre criminelle) et élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur (13 juillet 1880). Entre temps, l’enfant de Fresnes-en-Woëvre a tenté de conquérir un siège de sénateur dans la Meuse (élections de janvier 1876). Mais l’appui des comités républicains et le soutien personnel de l’ancien ministre de l’Intérieur Ernest Picard, ex-représentant de la Meuse devenu sénateur inamovible, ne lui ont pas suffi pour remporter la victoire.
5Élu sénateur inamovible le 21 mai 1881, après avoir été choisi comme porte-drapeau de la Gauche républicaine de préférence au chimiste Marcelin Berthelot, Henry Didier alla naturellement siéger sur les bancs de ce groupe parlementaire, pivot de la majorité républicaine au sein de la Haute Assemblée. Son activité de législateur fut assez réduite, la plupart de ses travaux et de ses interventions portant sur les questions algériennes. Dans le milieu parlementaire, en revanche, le"vieux sénateur Didier", d’après Bernard Lavergne, était bien connu pour les liens d’amitié qui l’unissaient à Jules Grévy. Familier des déjeuners et des petits conciliabules de l’Élysée, l’ancien représentant de 1848-1851 était maintenant entré dans le cercle des intimes du Président de la République. Il en fut ainsi jusqu’à la fin du second septennat. Le rôle purement politique de Didier semble toutefois devoir être tenu pour quasi négligeable.
6Henry Didier est mort, le 23 décembre 1891, huit ans après son épouse, en son domicile parisien de la rue de Penthièvre, muni des sacrements de l’Église.
7En dehors de quelques rapports parlementaires, Henry Didier a laissé trois courtes brochures consacrées à l’Algérie : Du Gouvernement de l’Algérie (1851), L’Algérie et le décret du 24 novembre (1861) et Le Gouvernement militaire et la colonisation en Algérie (1865).
Bibliographie
Sources et bibliographie :
A.D. Meuse, 5 Mi 769 ; A. N. BB/6 (II) 128 (Lettre de proposition pour la croix de la Légion d’honneur) ; Le procès des treize en première instance, Paris, E. Dentu, 1864, 189 p. ; Introduction. Le Tribunal et la cour de cassation, Notices sur le personnel, 1791-1879, Paris, ss ind. typo., 1879, sp. ; La Meuse, 1876 ; Conférence Molé, Projets de lois et rapports ; Bernard Lavergne, Les deux présidences de Jules Grévy (1879- 1887), Paris, Fishbacher, 1966, 531 p.
Auteur
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Gilles Le Béguec
Professeur. Université de Nancy II
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