Chapitre IV. Le papisme et le républicanisme : 1893 – 1898
p. 125-159
Texte intégral
1Jusqu’au mois de février 1892, les royalistes pouvaient espérer éviter que le Pape Léon XIII ne dissocie la cause de l’Église et de la monarchie. La publication de la « Lettre aux Français » lève le doute. Les catholiques sont invités à continuer la lutte non plus contre le régime institué mais au sein dudit régime afin d’en infléchir la législation. Le Pape ne demande pas une adhésion à la République qui pourrait être vécue comme un reniement, une trahison, mais plus simplement d’esquisser ce que l’on a appelé un ralliement. Autrement dit, un rassemblement des catholiques en fonction de la cause suprême qu’ils se doivent de défendre, ce qui exige qu’ils placent à un rang second leurs préférences politiques. Cette stratégie ne devait pas nécessairement conduire à la création d’un parti confessionnel susceptible d’isoler leurs ressortissants. Il n’en résulte pas moins que les monarchistes catholiques doivent se muer en catholiques monarchistes, ce qui pour eux ne relève en rien du jeu de mots.
2Bien que défenseurs ardents de la papauté, les aristocrates royalistes ligériens refusent d’obtempérer à l’injonction romaine. L’intransigeance politique prend le pas sur l’intransigeance religieuse et l’intégralisme se déplace du camp des royalistes à celui des républicains catholiques. D’autant mieux que la République s’est considérablement modérée, la politique d’ouverture étant à l’ordre du jour. Dans ces conditions il paraît douteux que les royalistes ligériens qui viennent de renforcer leur députation en 1889 puissent la préserver, a fortiori la conforter en 1893 et 1898. Se pose alors la question de savoir quels hommes, quelles forces pourraient tirer profit de la conjoncture nouvelle et donner une impulsion à un parti conservateur, semble t-il souhaité par Léon XIII1.
3Quelques descendants de royalistes, liés au monde des professions libérales, tentent de saisir cette opportunité. Anthime-Ménard fils2, futur député de Saint-Nazaire I, en est la figure principale avec son journal le Nouvelliste de l’Ouest. Mais ses connexions avec les bonapartistes sont ténues, voire conflictuelles. Et ce sont ces derniers qui fournissent le plus gros contingent de ralliés, malgré l’opposition de leur chef, E. Merson, bien qu’il affirma la prééminence de la question religieuse sur celle du régime face aux royalistes. Mais comme ces derniers, il se veut séparatiste, en l’occurrence hostile à l’intervention de Rome dans les affaires politiques françaises, autrement dit, c’est un gallican méfiant à l’égard de la moindre émergence ultramontaine. Des républicains « de la veille » pourraient également obtenir leur élection sous les auspices du ralliement. Mais on ne saurait assurer que les motivations des uns et des autres soient suffisamment homogènes pour « consolider » une commune identité. Anthime-Ménard entretiendra de bons rapports avec le libéral M. Sibille. Le rapprochement avec cet élu nantais permet au noyau nazairien du Nouvelliste de l’Ouest d’Anthime-Ménard d’éviter l’isolement par rapport au chef-lieu. Dans les zones rurales il peut également soutenir quelques personnalités, mais on ne saurait affirmer qu’il ait réellement tenté de tisser un réseau dans le département. Il est vrai qu’il a déjà fort à faire dans sa circonscription socialement et politiquement très contrastée. En bref, il semble qu’on peut repérer des ralliés mais non un véritable parti du ralliement, tandis que subsiste le groupe royaliste.
4Essayer de caractériser les positions électorales que révèle l’Encyclique, sera la tâche de ce chapitre au moment où de manière quasi-expérimentale, les identités politiques et religieuses peuvent ne plus être systématiquement superposées voire confondues. Au cœur du mouvement observable se situe le « papisme » si l’on veut bien donner à ce mot un sens non polémique d’une part, non extensif d’autre part. Autrement dit, plus restrictif que ne l’est le qualificatif de « catholicisme romain » ou d’ultramontain. Par une attitude papiste, l’autorité suprême peut être instrumentalisée, y compris par des gallicans voire par des non-croyants en tant qu’ils visent l’intégration au régime de tous les citoyens, notamment par le moyen paradoxal d’un appel à « l’argument d’autorité » d’un chef par ailleurs contesté.
5Dans le dernier développement de cette première partie, je reviendrai sur les variations d’un rallié en tant qu’elles s’articulent précisément aux conditions de la lutte politique des débuts du xxe siècle. Ici, je propose l’examen de deux cas de figure qui s’inscrivent dans l’espace-temps des élections d’apaisement de 1893-1898. L’un a pour caractéristique d’illustrer l’instrumentalisation du ralliement par un républicain, à Châteaubriant, l’autre par un bonapartiste à Saint Nazaire II, complémentairement à Nantes III. Cette opération peut être également le fait d’un monarchiste. J’ai examiné ce cas dans un exposé spécifique à la circonscription d’Ancenis avec Raoul Maës, j’y ferai de temps à autre référence3.
TABLEAU N° 15 – CLASSIFICATION DES CANDIDATS RALLIÉS SELON LA BIPOLARITÉ DROITE/GAUCHE PAR CIRCONSCRIPTION, EN 1893-18984

6Au regard de la classification hypothétique proposée dans l’introduction générale, tous les Ralliés sont aux yeux du monarchisme des « dissidents alternativistes », mais la nature de la concurrence électorale les situe à droite pour deux d’entre-eux. J’indique par des flèches le sens de leurs orientaticns doctrinales au regard de la bipolarisation politique.
Le ralliement comme enjeu à Châteaubriant
7Lorsqu’un monarchiste catholique et un républicain également catholique s’affrontent, la variable religieuse doit être neutralisée et la variable politique se révéler à l’état pur. Mais ce raisonnement étroitement positiviste pourrait s’écrouler. D’une part, l’identité catholique n’est pas nécessairement uniforme, d’autre part, le combat dans une région de forte catholicité ne saurait manquer d’engager la dispute sur ce terrain, a fortiori dans la conjoncture d’ouverture qui fut celle du ralliement. Après avoir tiré partie des polémiques politico-religieuses, j’examinerai plus spécifiquement ce que les électeurs castelbriantais ont pu en retenir, selon l’indicateur des votes, en insistant particulièrement sur les ancrages électoraux du candidat victorieux, plus aisé à situer dans la matérialité des continuités.
Les aveux d’un débat
8Aux élections législatives de 1893, la défense de son candidat F. de Pontbriand, élu de justesse en 1889, comme monarchiste libéral, mobilise toutes les énergies du Courrier de Châteaubriant. En 1893, F. de Pontbriand s’identifie par sa profession de foi comme « libéral », Le Courrier de Châteaubriant lui substitue l’étiquette plus précise de candidat « de l’Union Libérale et Catholique » et lui accorde un blanc-seing : « Depuis quatre ans qu’il est notre député, F. de Pontbriand a fait ses preuves et donné à la cause de la religion, de l’ordre et des véritables intérêts du Pays, des gages que nous mettons ses adversaires au défi de contester »5.
9Concernant l’opposant, M. Ricordeau, qui « dans l’intérêt de sa cause aurait fait intervenir le Pape, dans le débat qui nous divise », Le Courrier de Châteaubriant ajoute, « Mais M. Ricordeau oublie de nous dire que le Pape, tout républicain qu’il le fait, condamne la franc-maçonnerie et tous ses adeptes ; qu’il réprouve toutes les lois scélérates que tout le monde connaît ; qu’il invite tous les catholiques à les combattre ». En conséquence Ricordeau, « candidat d’une circonscription catholique, s’il se recommande de la parole du Pape », doit prendre l’engagement de combattre toutes ces lois « puisqu’elles n’ont pour but que la déchristianisation de la France ». Et surtout « qu’il ne vienne pas s’appuyer sur l’autorité du Pape, car le Pape est pour nous et non pour lui... »6. Cette appropriation du pape souffre la contradiction, nous pouvons le vérifier sans plus tarder.
10Consacrant un numéro spécial à la réunion publique et contradictoire du 15 août 1893, Le Courrier de Châteaubriant relève les paroles de son candidat de Pontbriand s’adressant notamment à son concurrent républicain : « Je ne suis et ne veux être ni un rallié, ni un résigné à l’opportunisme. Un rallié parce que je ne suis pas de ceux qui supporteraient les injures dont vous les abreuvez à Nantes. Un résigné parce que je ne suis pas de ceux qui rendent les armes pendant la bataille pour leur foi religieuse. Il ne saurait me convenir d’entrer par une porte dérobée, c’est par la grande porte que j’ai l’habitude d’entrer... » On observera que c’est au nom de sa croyance religieuse que de Pontbriand maintient, de fait, sa foi en la monarchie. Ce, tout en récusant le ralliement souhaité par la plus haute autorité religieuse pourtant revendiquée par son camp, nous l’avons vu ci-dessus.
11Répondant à la question de son confrère du Journal de Châteaubriant, républicain, Le Courrier de Châteaubriant précise, au sujet du candidat de Pontbriand, la double étiquette qu’il lui attribue :
« Candidat de l’Union libérale, signifie partisan déclaré de toutes les libertés et défense des droits de tous ses électeurs sans distinction de nuance ».
« Candidat catholique ? C’est le champion déclaré des droits sacrés de la religion ; l’ennemi implacable des persécuteurs, de ceux qui se montrent comme de ceux qui se cachent ; le partisan respectueux de tout ce que nos chrétiennes populations respectent, aiment, pratiquent ; l’adversaire des lois scolaires, de la laïcisation des hôpitaux etc. »7.
12Après avoir critiqué le régime républicain dans ses œuvres, l’hebdomadaire monarchiste castelbriantais passe à la contre-attaque cherchant à préserver une vision intégraliste : « Nous voudrions à notre tour savoir, interroge en effet Le Courrier de Châteaubriant, dans quelle catégorie de républicain le Journal de Châteaubriant range son candidat M. Ricordeau ? A quelle nuance de l’arc-en-ciel républicain se rattache-t-il ? Est-il opportuniste avec les chèquards de Panama ? Est-il radical ? Leur chef est Clemenceau, homme néfaste, vendu à l’ennemi, hué, honni par tous. Est-il socialiste, anarchiste, possibiliste8 ? Tous mangeurs de prêtres ! Qui est M. Ricordeau ? Seulement le gendre de M. Couchot9. Le seul acte par lequel ce dernier se soit révélé est un acte irréligieux, en faisant officiellement gras le vendredi (un banquet le 14 Juillet) »10.
13Au regard de son candidat, Le Courrier de Châteaubriant ne se situe jamais de manière explicite par rapport à Léon XIII mais il confirme bien, de fait, le refus du Ralliement : « On a demandé à de Pontbriand s’il était républicain ? Ne parlons pas de la république actuelle qui n’est que le règne du despotisme et de la franc-maçonnerie cosmopolite. Ce gouvernement-là ne peut pas être la République et de Pontbriand n’en veut pas ! »11. En évacuant de sa profession de foi le qualificatif de monarchiste, F. de Pontbriand pourrait donner à penser qu’il modifie radicalement sa position politique. Tel n’est pas le cas, nous en avons ici confirmation, il ne peut, au plus que faire silence sur une République que le Pape reconnaît mais qui reste pour lui fondamentalement illégitime. La stratégie du silence, de la dénégation, est alors adoptée pour ne pas heurter de front les catholiques papistes mais le débat électoral n’en montre pas moins l’importance de l’enjeu politique.
14Les identifications partisanes et catholiques romaines étant soumises à rude épreuve, il ne saurait être question de minimiser l’habituel et nécessaire rappel de l’identification au Pays, entendons au Pays de Châteaubriant. D’autant moins que Ricordeau exerce ses activités professionnelles hors de la circonscription alors que le candidat du Courrier de Châteaubriant, de Pontbriand, est un familier de ses lecteurs, par extension des électeurs, auxquels il est identifié : « il a toujours vécu au milieu de nous et nous irions ailleurs, loin de notre pays12, quand nous avons là, pour lui faire honneur, le brave cœur, le noble cœur qu’est M. de Pontbriand. Allons donc ! nous ne sommes ni si ingrats, ni si ennemis de nos intérêts ! »13. On aura peu de peine à imaginer que l’hebdomadaire concurrent et défenseur des républicains ne puisse partager un plaidoyer aussi empreint d’évidence en faveur du député sortant.
15Par le Journal de Châteaubriant, les publications de l’évêque de Rome sont en tant que telles ignorées y compris l’Encyclique du Ralliement bien que cet hebdomadaire ne se désintéresse pas du combat politique. Mais il faudrait être plus précis en spécifiant que cet organe républicain s’implique peu, politiquement, hors le temps des luttes électorales. Il le fait alors sans réticence... Aux élections départementales de juin 1892, il contribue à faire triompher le républicain M. Daguin confronté au conseiller général sortant de la Haie Jousselin, maire du chef-lieu de canton Derval, et qualifié de candidat du « drapeau blanc ». Ce succès de Michel Daguin14 a pu être facilité par l’esprit d’ouverture de la papauté mais les documents en notre possession ne permettent pas de l’affirmer, nous le subodorons. La contribution du Journal de Châteaubriant, lors des élections -législatives de 1893, au soutien de la candidature de Ricordeau opposé au député sortant F. de Pontbriand, plaide pour cette thèse. Après avoir précisé que M. Ricordeau est républicain – Docteur en droit – Avocat, le Journal de Châteaubriant spécifie « qu’il n’y a pas 36 partis en France, on est républicain ou monarchiste » et se veut démonstratif dans son choix : « La preuve que la royauté est désormais impossible dans notre pays, c’est que le Pape lui-même reconnaît la forme actuelle de gouvernement et conseille de s’y rallier »15.
16Ceci étant, F. de Pontbriand s’est imposé en 1893 dans tous les cantons, y compris celui de Derval. On peut en déduire que « l’appui » du Pape « rallié » a été moins efficient que l’appui du directeur de l’ Union Bretonne et du Patriote ; E. Merson, anti-rallié, qui fait, selon le Journal de Châteaubriant, « une volte-face »16 et « passe au blanc ». Efficience que le Journal de Châteaubriant avait tenté de limiter en publiant une lettre d’un bonapartiste se présentant comme porteur de la plus grande cohérence politique : « Croyez-vous que nous suivrons l’ Union Bretonne, nous disait hier un bonapartiste libéral, sur son nouveau terrain électoral ? Nous resterons ce que nous étions, des libéraux ennemis de la royauté et nous ne voyons pas pourquoi nous voterions en 1893 pour M. de Pontbriand que nous avons combattu en 1889. Nous reprendrons notre revanche de l’échec de M. de la Nouë-Billaut et, de même que l’union de tous les bleus nous a valu la victoire l’année dernière aux élections du Conseil Général et d’arrondissement, de même nous triompherons le 20 août prochain »17.
17Un essai de recomposition des forces politiques est donc tenté, avec la bénédiction du Pape si l’on peut dire, en rassemblant sous le drapeau bleu, les bonapartistes libéraux et les républicains, afin de réduire l’électorat « tricolore » de F. de Pontbriand à la portion congrue qui serait celle des intransigeants du drapeau blanc.
18Telle qu’elle est rapportée par le Journal de Châteaubriant, la principale réunion électorale qui a eu lieu au chef-lieu d’arrondissement le vendredi 11 août 1893 complète la version précédemment donnée par le Courrier de Châteaubriant et aide à cerner les enjeux de l’élection. Tout au moins les enjeux alors contradictoirement exprimés. Les deux protagonistes invités étaient, c’est exceptionnel, présents à cette rencontre présidée par M. Barbotin, maire républicain de Châteaubriant.
19C’est tout d’abord, politesse empoisonnée, l’opposant F. de Pontbriand qui est appelé à s’exprimer et qui choisit de reprendre son programme de 1889 : « Article par article, et je dirai ce que j’ai fait »18. Sur la question religieuse, il rappelle simplement sa volonté pacificatrice ; sur la question sociale, il insiste plus longuement, ce qui semble bien confirmer qu’elle représente un enjeu crucial19. F. de Pontbriand différencie toutefois « les problèmes posés aux agriculteurs qui doivent être protégés de la concurrence étrangère quand le petit commerce doit l’être de la concurrence des grands magasins ; aux soutiens de famille et aux prêtres qui doivent être dispensés du service militaire, au moins en temps de paix et les questions ouvrières »20. F. de Pontbriand relate concrètement la découverte de ce qu’il semble se refuser à désigner sous le terme de Question Sociale : « Avant d’aller à la Chambre, je ne me doutais pas que la situation fût aussi critique dans les grands centres. Je m’en suis aperçu depuis et j’ai étudié la question ; il y a quelque chose à faire et c’est pour cela que cette année j’ai déposé, avec plusieurs de mes collègues, un projet de loi sur les accidents dont les ouvriers sont victimes, et un autre sur l’assurance des ouvriers »21. Sans doute ne récuserait-il pas l’étiquette de « conservateur social ».
20Sur la question politique proprement dite, le député castelbriantais est explicite, mais seulement au regard du passé : « il y a quatre ans, je demandais la monarchie libérale alors que beaucoup de républicains allaient à un homme qui a trahi tous ses engagements, qui a failli être funeste à notre nation, j’ai nommé le général Boulanger. Je voulais la monarchie libérale avec un fils de France, qu’il s’appelât Bonaparte ou d’Orléans »22. Des assistants et surtout le président de séance, lors de son allocution finale, essaieront de lui faire préciser sa pensée : « La question était trop embarrassante et M. de Pontbriand a eu bien soin de ne pas y répondre »23. Cette appréciation du Journal de Châteaubriant est contestable. Il est vrai que F. de Pontbriand a manifesté, nous l’avons observé en traitant du Courrier de Châteaubriant, une gêne qui souligne, et c’est certainement un effet de l’appel papal, son impossibilité de continuer à s’affirmer monarchiste. En réponse à une question, il déclare : « Nous voudrions améliorer la République »24, ce qui pourrait nous inciter à le classer dans le groupe des Ralliés. Mais à la fin de son discours introductif, il avait prévenu : « Je ne suis ni un rallié, ni un résigné, ni un opportuniste, je reste indépendant »25. La question du drapeau n’est pas pour lui spécifiquement liée au régime mais au rapport à la patrie. Il conteste avoir « ajouté deux couleurs » à son drapeau : « Je suis, dit-il, partisan du drapeau tricolore sous les plis duquel j’ai combattu. Je n’ai rien changé à mon drapeau »26. Pour ce qui est de l’indépendance, rappelons qu’elle fut dans la même région le leitmotiv du Courrier de Châteaubriant aux élections municipales de mai 1892. Cette volonté d’indépendance doit être située au regard de l’appel, sinon de l’ordre papal car il semble difficile de pouvoir dire, souligne Ricordeau, que « la question de la Constitution n’est pas posée. En effet, dans notre pays, la question de Gouvernement est toujours discutée... »27.
21Reprenons les thèmes essentiels débattus et vus du côté de Ricordeau, candidat républicain. Il se confirme avec lui que l’enjeu de cette élection est plus social et politique que spécifiquement religieux.
22Ricordeau s’attarde longuement sur « la question agricole » et sur « les questions ouvrières ». Concernant le premier point, il souhaite des droits protecteurs plus efficaces pour « notre agriculture (qui) subit en ce moment une crise très douloureuse... » donc un plus grand protectionnisme et parallèlement le développement de l’enseignement agricole et du crédit agricole. Sur les questions ouvrières il souhaite voir mis au premier plan les questions syndicales et notamment celles des Caisses de Retraites. Deux caisses ont été fondées dans la région ; Ricordeau appartient depuis six ans à « La Fraternelle » qui fonctionne dès l’origine à Châteaubriant. Ces caisses assurent une petite retraite aux sociétaires âgés de 55 ans, elles sont prospères, mais Ricordeau voudrait « que cette mesure soit généralisée, que l’Etat prenne en main les intérêts des vieux travailleurs de la ville et de la campagne, groupe toutes les cotisations, dans le but de fournir à ceux que la vieillesse empêche de travailler une retraite qui leur évite l’hôpital, et les envoie finir leurs jours loin des leurs et loin de leur pays »28.
23Ricordeau défend ensuite les votes des députés républicains sortants relativement à la politique sociale. C’est alors que l’abbé Cotteux, présenté par ses adversaires républicains comme excité et peu représentatif de sa corporation, ramène la discussion sur le plan religieux en posant à Ricordeau la question du divorce, « de sa réponse découlera s’il est ou non catholique »29 ! Un critère plus fréquemment utilisé s’était révélé inopérant, Ricordeau ayant fait admettre qu’il n’était pas franc-maçon30. Concernant le divorce, Ricordeau répondra en différenciant la question civile et la question religieuse, ce qui est une manière implicite d’opter en faveur d’une modernité différenciant les sphères d’activité.
24Les connexions entre les divers types de questions peuvent encore être éclairées par l’intervention finale du Président Barbotin qui s’interroge de manière bien entendu intéressée sur l’étiquette adoptée par de Pontbriand : « Union Libérale et Catholique ». Il s’inquiète plus particulièrement de savoir s’il est « libéral royaliste ou libéral républicain » mais surtout sur le second qualificatif. Sauf à supposer la plus manifeste hypocrisie31, il se confirme alors que le républicanisme castelbriantais ne se veut nullement antireligieux, anticatholique ; par la voix de Barbotin qui répond à sa propre question, il est spécifié à F. de Pontbriand qu’il ne saurait seul s’affirmer catholique : « nous le sommes tous ! » déclare-t-il sous les applaudissements. Barbotin insiste, avec pertinence diraient ses amis, avec perfidie répondraient ses ennemis, sur le fait de savoir si le député sortant est « catholique avec le Pape ou catholique avec le Roi ? » La réponse allant de soi, Barbotin à beau jeu de recentrer la question religieuse sur le plan politique : « L’église est universelle. Elle est trop grande pour s’attacher à une monarchie ». D’ailleurs, clame un auditeur : « La monarchie est morte ». Et Barbotin souhaitant donner une leçon aux royalistes enchaîne : « le Chef de l’Église, homme éminent que nous vénérons tous est trop sage pour attacher l’église à un cadavre. Il a vu passer trop de monarchies. Vous vous servez de l’autel comme d’un marchepied pour la restauration d’un régime qui vous est cher »32. Puis, surmontant, ici les applaudissements, là les protestations, l’orateur conclut, toujours à l’adresse des monarchistes ; « Mais l’autel se dérobe sous vous pour rester où nous le voulons, nous républicains, en un lieu élevé, où il soit environné des respects de tous les partis »33.
25En résumé, nous dirons que le Journal de Châteaubriant, s’il ne nous a pas gratifié de commentaires directs des Encycliques, nous a beaucoup instruit sur leurs répercussions, même s’il est vrai que l’intérêt de l’assistance à la réunion électorale du vendredi 11 août 1893 pour la question sociale ne saurait être attribué qu’aux seules encycliques. La crise agricole a été évoquée et le Journal de Châteaubriant fait par ailleurs état « de la partie ouvrière » de l’assistance, composée de 600 personnes, qui s’est manifestée à diverses reprises. La question sous-jacente au débat semblait être celle-ci : la République parviendra-t-elle ou non à devenir une République « sociale » ? Mais ce, au sens réformiste, non révolutionnaire du terme.
26Ce débat contradictoire castelbriantais illustre avec force la pertinence de retenir les produits électoraux comme matériaux privilégiés d’investigation. A fortiori lorsque nous sommes en présence d’un débat contradictoire exceptionnel. Mais là n’est pas son seul mérite car, par son contenu, il développe une double logique :
La première, de clarification, qui se révèle par le discours, particulièrement pour ce qui concerne les positions politiques de F. de Pontbriand. Nous savons que son monarchisme qui se veut libéral n’en reste pas moins politiquement intransigeant. Le Nouvelliste de l’Ouest avait supputé son ralliement mais vainement et ses espoirs seront à nouveau trompés lorsque le député décidera en 1900 de devenir sénateur, faisant ainsi échec au candidat des ralliés. Son refus du ralliement n’est donc pas purement circonstanciel. En ces temps « d’ouverture politique » sans doute sont-ce deux libéraux qui se veulent tels et s’affrontent. Nous avons vu que de Pontbriand s’était déjà identifié ainsi en 1889 et Ricordeau, lorsqu’il présente le Comité Républicain à l’origine de sa candidature, rappelle « qu’un Comité a été formé dans l’arrondissement qui, encouragé par les succès de 1892, a décidé « de grouper » définitivement le « parti libéral »34. Dans le cas présent, les diverses sensibilités républicaines, scellent leur accord pour désigner un candidat commun.
Si la première logique est de clarification, la seconde serait plutôt d’opacification. Le débat contradictoire, le ton très mesuré des proclamations électorales, en 1893, font que la campagne présentait une moindre âpreté qu’en 1889, entre le monarchiste et le bonapartiste. On pouvait supposer que le mécanisme de bipolarisation ne fonctionnait qu’avec difficulté, le climat d’une élection d’apaisement semblait devoir se concrétiser. Au regard des électeurs, il devait en résulter une difficulté pour se prononcer en fonction de repères précisément marqués. Cette logique d’opacification semble l’emporter au vu de la position embarrassée du Journal de l’arrondissement de Châteaubriant d’une part, de l’analyse écologique d’autre part, ce que nous verrons dans un instant.
27Concernant ce troisième hebdomadaire castelbriantais favorable aux ralliés, son attitude est des plus réservées et ambivalentes. Sa direction est certainement très partagée, d’un côté l’abbé Cotteux, précédemment cité, critique à l’égard de Ricordeau, joue un grand rôle dans ce journal, toutefois décroissant ; d’un autre côté, antérieurement à la campagne, cet hebdomadaire se fait simplement informatif et plutôt au regard des actes concernant Ricordeau, ce qui pourrait traduire une légère préférence en sa faveur. Le compte rendu des résultats de l’élection est symptomatique d’une attitude circonspecte : « Dimanche dernier, les élections législatives ont été assez calmes dans l’arrondissement et nos correspondants ne nous ont signalé aucun incident sérieux. En conséquence nous en donnons simplement le résultat »35, ce, par commune, mais sans « étiqueter » les candidats. En bref, ce journal, qualifié par l’Annuaire de la presse 36de « conservateur libéral », en fait très favorable au ralliement, est placé dans une situation très inconfortable face à un candidat issu des rangs catholiques mais récusant le ralliement et à un candidat se réclamant du Pape mais soutenu par la gauche. De quelque côté que l’on se tourne le drapeau libéral se hisse et gomme les aspérités identitaires. Une telle conjoncture peut être un moment inespéré d’élan électoral pour les modérés et particulièrement éprouvant pour les intransigeants mais ceux-ci peuvent se saisir de traits du libéralisme sans pour autant adhérer à la philosophie libérale.
28L’épithète libérale a pu susciter l’embarras des électeurs mais on ne saurait pour autant supposer qu’elle ait occulté les qualités de monarchiste et de républicain auxquelles les électeurs pouvaient l’accoler. Essayons maintenant de découvrir si la technique des coefficients de corrélation traduit l’embarras supposé. Apprécions-les successivement pour ce qui concerne les variables politiques, sociales, religieuses.
Les ancrages monarchistes
29On peut tout d’abord observer que de Pontbriand se succède à lui-même dans de bonnes conditions puisque ses scores de 1889 et 1893 sont fortement corrélés à {. 684}. On peut donc penser que sa distanciation formelle du monarchisme ne lui fut que faiblement préjudiciable. La logique de l’opacification ne doit pas être survalorisée, mais replacée dans une temporalité plus longue ; elle s’affirme sans que l’on puisse totalement l’attribuer à « l’effet-temps ».
30En tout état de cause, on ne peut que s’accommoder de cet aléa pour ce qui concerne le républicain puisqu’il faut remonter à la décennie 1870 pour trouver des candidatures de cette couleur. En conséquence, il faut confronter les résultats électoraux de 1893 à ceux de 1876 des trois principales traditions politiques.
TABLEAU N° 16 – CORRÉLATIONS DES SCORES OBTENUS PAR LES CANDIDATS DE 1893 PAR RAPPORT À CEUX DE 1876, CIRCONSCRIPTION DE CHATEAUBRIANT
Candidatures 1893 Candidatures 1876 | F. de Pontbriand Monarchiste | A. Ricordeau Républicain |
Royaliste | {.327} | {–.494} |
Républicaine | {–.056} | {.144} |
Bonapartiste | {-170} | {.218} |
31Les cartes sont « brouillées », on ne retrouve guère que les ancrages royalistes, encore sont-ils plus manifestes dans l’opposition au républicain {–.494}, que dans l’adhésion au monarchiste {.327}. Mais ce faible rapport à la royauté permet en quelque sorte à de Pontbriand de bénéficier de la quasi-neutralité des bonapartistes et surtout des républicains. Par contrecoup le candidat républicain de 1893 n’est que bien faiblement reconnu par l’électorat de son prédécesseur de 1876. En revanche, les bonapartistes ont relativement entendu l’appel du contestataire anti-Merson37 appelant à voter pour le républicain et le score de ce dernier est d’ailleurs également corrélé de manière positive avec le bonapartiste de 1889, à {.270}. On ajoutera que les coefficients du monarchiste de 1893 sont faibles comme ils le sont avec le bonapartiste de 1877, de 1881, bien qu’en 1877 il lui soit opposé un républicain dont j’ai parlé, Récipon. Par contre, le score de Ricordeau est assez fortement opposé à la droite de 1885 {.-439} et très fortement à de Pontbriand en 1898 et à son successeur bien que légèrement bonapartiste en 1902, dans les deux cas avec un coefficient supérieur à {.700}. Ce, malgré l’absence d’opposant républicain, ce qui semble bien indiquer une discordance entre l’offre électorale et la « demande », fût-elle une attente implicite.
32Les variables « sociales » ne sont que très faiblement discriminantes. C’est le républicain qui s’identifie le mieux, par un rapport positif avec les « propriétaires » et négatif avec les « journaliers » ; la relation est corrélativement inverse pour le monarchiste mais moins intensivement.
33Les variables religieuses sont, de même, faiblement actives, mais les coefficients sont néanmoins contrastés : strictement neutres pour les deux candidats au regard de la variable « Inventaires » ; à peine significatif38 si l’on retient le taux de pascalisants, avec respectivement {.287} pour le monarchiste et {–.376} pour le républicain. Ceci réédite la situation observée en 1889, mais non celle de 1876. En cette année 1876 la variable royaliste était respectivement corrélée à {.299} avec la variable « Inventaires » et à {.380} avec la variable « pascalisants ». Cette dernière est moins politique que la précédente. Certes, elle est surtout significative à compter de 1906 dans cette circonscription mais elle n’en est pas moins sélective antérieurement, par l’opposition qu’elle recèle : respectivement {–.227} pour le bonapartiste Ginoux en 1881, {.261} pour la liste de droite en 1885. Le bonapartisme, légèrement teinté d’anticléricalisme à Châteaubriant, connecté à un républicanisme modéré, confronté à un monarchisme libéral, font que la bipolarisation en cette fin de xixe siècle paraît atténuée. Cette dernière formulation est toutefois équivoque car l’élection de 1898 fait par certains côtés contraste, ce que nous pouvons immédiatement vérifier pour ce qui concerne cette même circonscription de Châteaubriant.
34Lorsqu’un député sortant se retrouve candidat unique à une élection, comme ce fut le cas de Pontbriand en 1898, ou bien il se satisfait de faire apposer des affiches rappelant ses essentielles qualités, ou bien il propose une circulaire se caractérisant comme étant, sans risque, une véritable et vigoureuse profession de foi. En 1898, F. de Pontbriand entre dans cette seconde catégorie, le ton y apparaît d’autant plus violent qu’on le rapproche de celui qu’il adopta en 1893. Lors de ce dernier scrutin la proclamation accordait une place prééminente aux questions sociales, économiques, dont la solution pouvait être trouvée pour peu que l’on donne toutes ses chances à la liberté, que l’on ne s’attarde pas « aux querelles des anciens partis » mais que l’on « regarde résolument l’avenir... ». Une seule phrase pouvait être perçue très bipolarisante mais toute enveloppée dans un hymne à l’union. Cette phrase est la suivante : « Enfin, ne serait-il pas temps de voir les fils de la même patrie, unis sous les plis du drapeau tricolore, travaillant par l’union à la grandeur de la France, repoussant la tyrannie de la franc-maçonnerie, qui prétend nous traiter en vaincus et mettre les catholiques hors la loi ». L’attaque était indéniable mais impersonnelle.
35En 1898, seul candidat sans concurrent dans une circonscription rurale du département, F. de Pontbriand appelle toujours à l’union « Pour Dieu et pour la France ! » et se veut toujours député libéral mais consacre un long passage de sa profession de foi à l’attaque, en sus de celui présenté en 1893, qui ajoute à la tyrannie de la franc-maçonnerie, celle des « sectaires ». Voici textuellement la séquence par laquelle F. de Pontbriand avive la fibre nationaliste : « Au moment de la condamnation d’un traître, le juif Dreyfus, j’ai cru remplir un devoir de patriotisme en demandant, par une proposition de loi, que des français de race puissent seuls entrer dans nos administrations nationales, dans notre armée, dans notre marine et dans nos assemblées électives ». Il prend aussitôt ses lecteurs à témoin :
36« Vous avez pu voir, récemment encore, cette race juive installée au milieu de nous, grâce à nos lois trop faciles de naturalisation, non contente de nous envahir et de tout accaparer, jeter des bourses pleines d’or pour acheter des plumes39 et des consciences, et ne pas reculer devant l’insulte à notre armée nationale, aimée et respectée de tous les bons Français. La juiverie triomphante traite la France en pays conquis, attise nos querelles, profite de nos divisions pour assurer sa néfaste domination. Patriote, je continuerai à m’élever de toutes mes forces contre cette puissance juive ». Une seule profession de foi ne suffit pas à démentir la thèse de M. Rebérioux selon laquelle l’affaire Dreyfus n’a pas été un enjeu électoral en 189840 mais on doit faire observer que la « question juive » y est évoquée par l’ensemble des candidats ligériens catholiques, donc y compris par les ralliés. Elle l’est également par un candidat appartenant à la gauche classique, Gasnier, à Saint Nazaire I qui se défend avec vigueur d’être favorable « à la bande Zola, Dreyfus, Clemenceau et compagnie »41.
37Ce vif langage de 1898, particulièrement repérable dans la circonscription rurale castelbriantaise, ne semble pas avoir eu de notables influences sur les variables religieuses et sociales qui ne s’infléchissent que faiblement par rapport à ce qu’elles étaient en 1893. De même en va-t-il pour la variable bonapartiste qui reste stable ; par contre, son homologue royaliste de 1876 réalise un véritable bond en passant de {.394} en 1893 à {.608} en 1898. La bipolarité politique se met en place avec une similaire activation de la variable républicaine de 1876, laquelle devient quasi significative en 1898, avec un coefficient de {–.316} alors qu’il était nul en 1893 à {–.065}. Corrélation ne vaut pas causalité, les constats quantitatifs ne manquent néanmoins pas de renforcer l’hypothèse suggérée par l’analyse qualitative d’un antisémitisme efficient électoralement. Ces précautions étant rappelées, on peut se demander si le problème du ralliement ne voile pas, en 1898, une relance des aristocrates pro-monarchistes par la question juive vis-à-vis de laquelle les ralliés ne se démarquent que très faiblement ; sauf lorsqu’ils se veulent apolitiques, avant tout députés d’affaires42 ou lorsqu’ils s’identifient à la gauche. Le combat observable à Saint Nazaire II en 1898 semble bien confirmer le rôle actif de la « juiverie » et/ou de la franc-maçonnerie antérieurement à la phase de politisation nationale de l’Affaire et à la radicalisation laïciste durant la législature 1b898-190243. Le cas que nous allons maintenant étudier tend à conforter cette ligne d’analyse en resituant le thème dans le contexte électoral ligérien.
Le Ralliement à Saint Nazaire II
38La victoire électorale d’Amaury Simon en 1893, puis son échec en 1898 dans la deuxième circonscription de Saint-Nazaire, à dominante rurale, apparaissent tout à la fois significatifs des atouts et des handicaps du statut des ralliés à la République, en Loire-Inférieure tout au moins.
La trajectoire du rallié Amaury Simon
39On pourrait penser que sa victoire, unique du côté desdits ralliés en 1893, a définitivement ouvert la voie aux républicains catholiques puisqu’en 1898 on note les victoires : de Dubochet à Nantes-Vignoble, de Galot à Paimbœuf -nous en reparlerons plus loin-, d’Anthime-Ménard à Saint-Nazaire I (ville et campagne). A ces réussites on pourrait ajouter la performance remarquable de R. Maës à Ancenis face au marquis de la Ferronnays44. Mais l’ascension de ces républicains catholiques ne se poursuivra pas. Ou bien ils se retireront du combat en 1902 comme Dubochet et Maës, ou bien ils ne seront qu’en sursis comme Anthime-Ménard face au bloc des gauches et encore davantage comme Galot face au retour en force des nobles pro-royalistes.
40A. Simon semble donc anticiper sur ses proches, les ralliés, tant au regard de la victoire que de l’échec. A ce titre il mérite une attention spéciale, redoublée par les particularités qu’il présente et que nous pensons utile de développer. D’une part, il incarne bien les notables bonapartistes qui, vaincus par les royalistes en 1889, se sont, pour certains, « relancés » par la politique du Ralliement, d’autre part, de la catégorie des élus du Ralliement il est celui qui a été le plus nettement marqué à gauche. Ce, sans pouvoir bénéficier comme A. Ménard, à Saint Nazaire I, de l’appui momentané des socialistes ou tout au moins d’une fraction d’entre eux. Examinons donc la trajectoire d’Amaury Simon même si cette opération nous oblige à quelques retours en arrière, ce qui est aussi, plus positivement, une manière de se resituer dans la chronologie de moyenne durée et d’éclairer une facette du bonapartisme ligérien.
41En 1877, Amaury Simon se présente comme bonapartiste dans la circonscription de Saint Nazaire I face à son cousin Fidèle Simon, républicain, et à J. de Lareinty, candidat officiel. C’est apparemment une réédition de l’élection de 1876. Arrivé en troisième position il se désiste non pour le candidat officiel comme le voudrait l’ Union Bretonne mais pour son cousin Fidèle contribuant ainsi à l’implantation du républicanisme. E. Merson peut d’autant moins accepter ce désistement qu’il juge Fidèle Simon – bien que républicain modéré – avec la plus extrême sévérité. Pour lui F. Simon « n’est pas seulement un adversaire du [Maréchal de Mac-Mahon], et un soutien servile de M. Gambetta ; c’est, de plus, un déserteur du parti bonapartiste ; c’est un défectionnaire ; c’est pour tout dire un traître ». Et l’Union Bretonne de spécifier que : « Nommé député, en 1871, sur l’initiative personnelle de E. Merson, F. Simon a manqué à tous les engagements pris en son nom : il a passé dans d’autres rangs ; il a tourné ses armes contre ceux qui l’avaient élu ». Et Merson d’appeler à voter « contre un transfuge qui s’abrite en ce moment sous les plis du drapeau tricolore, en attendant le moment où il jugera avantageux de se réfugier sous l’ombre du drapeau rouge »45. A. Simon ne peut qu’être mortifié par ces violentes attaques qui lui sont indirectement adressées, mais qui, bien entendu, sont à la mesure des déceptions bonapartistes pro-monarchistes face à son bonapartisme pro-républicain.
42L’Espérance du Peuple royaliste, conforte cette interprétation en déclarant que la droite est « atterrée » de la position prise par A. Simon accusé d’avoir inversé celle-ci. Elle lui fait grief d’avoir écrit dans l’Union Bretonne qu’il fallait voter pour le candidat officiel de Mac Mahon et huit jours après de s’être dédit en ces termes : « Candidat du drapeau tricolore, je ne puis patronner un candidat du drapeau blanc, ce qui serait la négation de nos intérêts et de nos traditions de famille »46. Dans une lettre adressée à l’Union Bretonne et publiée le 31 octobre 1877, A. Simon contre-attaque avec quelque difficulté mais avance deux arguments pour sa défense. Le premier énonce que plus d’une fois il a accepté d’être sacrifié sans récriminer47 ; le second est plus politique dans la mesure où A. Simon considère qu’un nouveau sacrifice ne vaudrait que pour les hommes modérés au nombre desquels il revendique sa place, et non pour ceux qui « compromettent la patrie » ; en l’occurrence c’est le fait des « partis extrêmes que je répudie »48.
43En 1881, les royalistes imposeront sans peine aux bonapartistes, de préférence à A. Simon, la candidature d’Anthime-Ménard père, contre F. Simon, lequel sera reconduit dans ses fonctions. De même en 1885 A. Simon sera-t-il absent de la liste « monarchique et réactionnaire » composée de royalistes et de bonapartistes. Mais cette fois encore il éprouvera quelques difficultés à se situer au regard de cette Union Conservatrice, nous le vérifierons sous peu. Toutefois Merson ne devrait pas lui en tenir rigueur car lui-même est réticent selon les termes de sa prise de position : « en faisant les plus expresses réserves, je prends la liberté d’engager mes amis à se résigner comme je le fais moi-même, c’est-à-dire à déposer dans l’urne la liste légitimiste, si imparfaite soit-elle. » Cette position a de surcroît été publiée à deux reprises par l’Union Bretonne et notamment à propos de la liste dissidente sur laquelle figurait A. Simon49. Toujours selon le même organe, cette liste fut composée sous la pression de quelques cantons de l’arrondissement de Saint-Nazaire mécontents de se voir si peu représentés dans la liste conduite par les légitimistes50. La dissidence devait être, selon les Renseignements Généraux, « un mixte de bonapartistes et de royalistes non légitimistes » avec prédominance des premiers51. Cette liste trouverait aussi son origine dans le conflit qui oppose les bonapartistes aux royalistes comme suite à l’élection au Conseil Général de légitimistes : de Pellerin de la Vergne à Clisson, assurée en 1885 et celle, jugée probable en 1886 à Blain, de J. de Lareinty52. Le 31 août 1885, un autre rapport indiquera que la scission entre les partis réactionnaires est « aujourd’hui un fait accompli », que les bonapartistes et les orléanistes « ont pris leur résolution de présenter une liste »53. Finalement l’ Union Bretonne des 5 et 6 octobre 1885 rapporte une information du Courrier de Saint Nazaire démentant qu’Amaury Simon soit à l’origine de la dissidence. Dans une réunion privée à Plessé, il aurait prié ses amis de voter « pour la liste de droite, pour la religion et pour la France ». Il aurait écrit, avec ses colistiers, Mestayer et Rivron, pour s’étonner de la publication de ces candidatures. Il reste que leurs trois noms figureront sur la liste – incomplète – qualifiée de « dissidente » ou encore « d’indépendante » par la Préfecture.
44Concernant l’élection de 1889, rappelons seulement qu’Amaury Simon est l’un des trois candidats de la Souveraineté Nationale (Bonapartiste) et que l’ Union Bretonne ne le gratifie que du strict qualificatif « d’honorable » tandis que ses consorts Gaudin et de la Nouë-Billaut ont droit à celui « d’honorables amis ». Ce n’aurait été que vétille si le succès avait suivi mais l’échec fait suggérer deux interprétations : la première qui voudrait que les litiges du passé que nous avons précédemment évoqués aient laissé quelques traces ; la seconde qui confirmerait que le bonapartisme ne puisse faire appel à de nombreuses personnalités pour porter ses couleurs. A ce propos, ainsi que son compère G. Gaudin, mais avec plus de succès, A. Simon change de porte-drapeau en 1893. Il pose clairement la question du Ralliement comme enjeu décisif dans sa profession de foi. La restauration monarchique étant, pour lui, devenue une « illusion », c’est un devoir que de donner son concours au gouvernement de la République, c’est un devoir « conforme aux instructions du Souverain Pontife, renouvelées et mieux précisées encore dans la lettre que Sa Sainteté vient d’adresser au cardinal archevêque de Bordeaux »54.
45Si le Ralliement contribue, en Loire-Inférieure, à « jeter un pont entre la droite et la gauche » ce n’est pas avec la bénédiction du directeur de l’Union Bretonne, E. Merson, qui s’affiche plus que jamais « conservateur » ; le 23 août 1893, il n’a que sarcasmes pour les ralliés qui étaient « légion » et qui, nationalement, connaissent par cette élection « l’écrasement »55. D’autant plus qu’il en exclut la victoire de A. Simon, au motif que « l’esprit de conservatisme » est sauf et intact avec cette victoire56. Ainsi peut-il gratifier les ralliés d’une « pitoyable campagne » et d’un « châtiment exemplaire »57. En effet, observe-t-il, « On n’aime pas dans notre pays de loyauté, l’équivoque élevée au point de devenir un système. Or le Ralliement était une équivoque... »58. Tout au plus, concède-t-il, « il en reste à peine une trace »59. A. Simon dut être flatté de cette observation ; toujours est-il qu’il ne doit pas son succès à l’Union Bretonne, sauf à supposer qu’elle ait cristallisé des ressentiments chez certains de ses lecteurs, ce qui n’est pas invraisemblable
46Ce constat appelle pour l’instant une remarque selon laquelle il convient de ne pas sous-estimer l’autonomie de décision des lecteurs et une interrogation : l’attitude de Merson signifie-t-elle le rejet ponctuel d’un rallié déjà suspect ou une stigmatisation absolue de tous les candidats tentés par l’expérience du Ralliement ?
47L’attitude adoptée par Merson, vis-à-vis de G. Gaudin, devrait être d’autant plus significative que la famille Gaudin a toujours été très respectée pour sa fidélité au bonapartisme à l’inverse de la famille Simon. Et lorsque la famille Gaudin polémique avec l’ Espérance du Peuple, l’ Union Bretonne est au premier rang pour lui apporter son soutien. Tel n’est plus le cas en 1893 et Merson ne manque pas d’attribuer l’échec électoral de son ex-ami à son ralliement. Cette attitude du chef des bonapartistes est d’autant moins surprenante qu’il voit alors en G. Gaudin le « candidat officiel » du Préfet60.
48Globalement, cette élection de 1893 nous apporte des enseignements au regard de chacun des partis en présence :
Pour les royalistes le bilan est mitigé. Il est rassurant en ce que leur intransigeance politique n’a été que faiblement préjudiciable à leur position ; leur candidat le plus intensément attaché à la royauté, Cazenove de Pradine, a sauvegardé sa position face au rallié G. Gaudin à Nantes III. Il en va de même à Châteaubriant pour M. de Pontbriand qui affrontait A. Ricordeau. Celui-ci n’appartient pas, au sens strict du terme, au camp des ralliés car « républicain de la veille » mais son appel à soutenir la thèse papale n’en aurait pas moins été versé au crédit de la politique du Ralliement. La position des royalistes est néanmoins doublement fragilisée. D’un côté, par l’échec de son député sortant Jules de Lareinty à Saint Nazaire II face à A. Simon, ce qui souligne qu’il faut encore compter avec les électeurs bonapartistes. D’un autre côté, par celui de son unique député nantais, Ch. le Cour Grandmaison face au républicain bon teint G. Roch, qui contraint les royalistes, mais peut-être sera-ce provisoire, à se replier sur les campagnes plus chrétiennes que papistes, en 1893.
Pour le parti bonapartiste, 1893 amplifie l’échec de 1889 ; c’est non seulement la fin du parti mais l’adieu à une autonomie en sursis. D’une part, son chef renoue avec l’Union Conservatrice, les candidats de l’ Union Bretonne 61se confondent avec ceux de l’Espérance du Peuple. D’autre part, ses élus les plus connus inclinent à conforter la République ; ils y parviennent diversement mais le succès d’A. Simon peut apparaître aux ralliés comme étant d’autant plus prometteur qu’il n’est pas le produit d’une combinaison externe.
Chez les républicains on peut dorénavant se garder d’ironiser sur le Ralliement. Celui-ci a, au moins indirectement, favorisé leur hégémonie sur la ville de Nantes en aidant G. Roch à faire trébucher le royaliste Ch. le Cour Grandmaison et à concrétiser une première victoire législative en zone rurale bretonne62. Certes, Le Phare de la Loire se loue davantage du fait que le monarchiste de Lareinty « reste sur le carreau »63 que du succès de A. Simon mais il ne semble nullement rejeter le renfort des ralliés. Il est vrai que Le Phare de la Loire infléchira fréquemment ses positions ; c’est dire que la place des ralliés se présente comme étant aléatoirement fixée mais difficile à négliger. Le cas d’Amaury Simon est à ce sujet illustratif.
Les variations de l’électorat d’Amaury Simon
49Au vu du tableau qui suit, il semblerait inutile de s’attarder sur les infidélités des électeurs à l’endroit d’A. Simon, classé à gauche, tant elles apparaissent de faible ampleur. Mais sans anticiper plus, apprécions l’ensemble des résultats :
TABLEAU N° 17 – SCORES RELATIFS (EN %) DANS LA CIRCONSCRIPTION DE SAINT NAZAIRE II DE 1889 À 1898
Expressions Élections | Abstention64 | Gauche (A. Simon) | Droite (de Lareinty) (de Montaigu 1898) |
1889 | 27,65 | 35,33 | 36,63 |
1893 | 28,75 | 37,14 | 33,71 |
1898 | 19,42 | 37,42 | 42,94 |
50La substitution du candidat de droite, en 1898, a eu des effets très sensibles sur la participation qui fait décroître l’abstention de près de 10 points de % et le replace au niveau de ses prédécesseurs des années 1876 à 1881 soit un score supérieur à 40 % des inscrits. Par contre, elle n’entrave pas l’électorat d’A. Simon qui reste remarquablement stable. Cette dernière appréciation gagne toutefois à être discutée. Lorsqu’on dichotomise l’électorat « simonien », des déplacements notables s’observent (voir tableau n° 18).
51En 1893, c’est en améliorant sa position quasi exclusivement dans la zone qui lui était la plus défavorable en 1889 qu’A. Simon parvient à triompher. En effet, dans son fief il ne progresse que de 0,27 points de pourcentage mais de 3,27 points dans sa zone défavorable, et ce, face au même adversaire pro-royaliste J. de Lareinty. Il semble donc peu discutable que l’élément variable, en l’occurrence son changement « d’étiquette », ait été cause de cette réception électorale divergente. Sa contre-performance de 1898 peut apparaître cohérente avec ce type d’interprétation. Nous avons vu qu’il était alors plus marqué à gauche dans sa zone favorable et y progresse de près de 4 points de pourcentage tandis qu’il régresse de plus de 5 points dans sa zone défavorable, celle du marquis de Montaigu, candidat plus actif et plus « honorable » que son prédécesseur le baron de Lareinty. En 1898, A. Simon passe la barre des 50 % dans sa zone favorable mais descend au-dessous du seuil des 20 % dans sa zone défavorable, d’où un fossé creusé entre les deux espaces considérés.
52La contraction localiste du score d’A. Simon en 1898 ne peut s’expliquer par « l’effet personnalité ». En 1893, il n’est que conseiller général et son score est homogène sur l’ensemble de la circonscription ; en 1898 il est député sortant et son score est spatialement hétérogène. On ne peut non plus expliquer la contraction localiste par l’effet de la conjoncture politique nationale : en 1898 les ralliés ligériens obtiennent un succès beaucoup plus ample qu’en 1893. La substitution du candidat de droite doit être plus explicative mais il ne faut pas dériver sur cet aspect de la question avant d’avoir examiné plus précisément les conditions de l’affrontement. En conséquence, nous allons vérifier dans un premier temps, sur l’exemple de la commune d’Herbignac, située dans le secteur du marquis de Montaigu, que la mobilisation locale peut s’observer dans la zone défavorable à A. Simon et dans un second temps que le changement du porte-drapeau de la droite, en 1898, amplifie une plus vive combativité de celle-ci. Il semble qu’elle préfigure l’affirmation d’une nouvelle génération « d’entrepreneurs politiques » nobiliaires.
TABLEAU N° 18 – VARIATIONS DES SCORES D’A. SIMON, DANS SES ZONES FAVORABLE ET DÉFAVORABLE, EN 1889, 1893 ET 1898, À SAINT NAZAIRE II

53L’intervention du maire d’Herbignac, H. de la Morandais, auprès de ses concitoyens en faveur d’A. Simon s’est apparemment retournée contre lui ; c’est son sentiment puisque le député sortant n’a obtenu, dans ce chef-lieu de canton, que 353 voix contre 522 à de Montaigu. Mais si l’on rapporte ces résultats à ceux de 1893, l’interprétation se nuance et même s’inverse car A. Simon n’avait obtenu que 202 voix tandis que J. de Lareinty préfigurait le score de son successeur avec 512 suffrages67. Voici en chiffres relatifs, les gains tirés du surcroît de mobilisation, d’autant plus avéré que la participation a nettement crû :
TABLEAU N° 19 – VARIATIONS DES ÉLECTORATS D’A. SIMON DE 1893 À 1898 DANS LA COMMUNE D’HERBIGNAC
Scores obtenus par A. Simon Élections | En % des Inscrits | En % des Exprimés |
1893 | 17,08 | 28,29 |
1898 | 29,99 | 40,34 |
Écarts 1898-1893 | + 12,91 | +12,05 |
54L’échec du maire d’Herbignac est donc bien relatif. Mais sa protestation n’en prend que plus de relief. Elle situe clairement le niveau de ses espérances et aussi de sa déception68.
55« En présence des attaques indignes et des abominables calomnies proférées contre M. Amaury Simon par ses adversaires, écrit le maire, je crois devoir protester de toute mon énergie contre de semblables procédés. Je compte sur votre bon sens à tous pour faire justice de ces mensonges ». M. de la Morandais concrétise un aspect local du litige69, puis adresse une mise en garde : « Vous savez tous ce que j’ai pu obtenir grâce à l’appui de M. Amaury Simon notre député ; je crains qu’à l’avenir il n’en soit plus ainsi, si par le plus grand des hasards, son concurrent venait à être élu ». Et d’appeler à la participation tout en rafraîchissant les mémoires : « Venez donc tous au scrutin, demain, et, souvenez-vous au moment de voter des agissements de mes adversaires lors des dernières élections municipales »70.
56Cet appel a été relativement entendu, ce que nous pourrons vérifier dans quelques instants, après avoir situé la force respective des réseaux tissés par les deux adversaires. Du côté de Pierre de Montaigu, une possibilité d’intervention dans toutes les communes de la circonscription ; du côté du député sortant Amaury Simon, un très faible ancrage hors la zone de prédilection de sa famille, Herbignac faisant figure d’exception. On peut successivement développer ces aspects de la lutte en resituant celle-ci dans le cadre d’un ressaisissement stratégique des personnalités proches du royalisme.
L’offensive du marquis de Montaigu
57Les pro-royalistes ne pouvaient bien entendu prévoir quels seraient exactement les résultats électoraux de 1898 mais ils avaient toutes les raisons de les envisager comme devant être, pour eux, extrêmement aléatoires.
58A fortiori dans la circonscription de Saint-Nazaire II où A. Simon s’est fait élire dans la foulée d’une politique du ralliement, plus généralement d’ouverture, qui n’a pas épuisé ses effets et qui bénéficie du surcroît d’autorité que peut donner le statut de député sortant. Mais les pro-royalistes ou plus généralement les opposants au titulaire du rôle ne l’ont pas entendu ainsi et se sont mobilisés, antérieurement avec le marquis Pierre de Montaigu comme porte-drapeau et postérieurement au verdict des urnes, ce qu’il faut successivement examiner :
59Antérieurement au scrutin, ce sont 89 personnes qui signent une longue lettre-affiche appelant leurs « chers concitoyens » à donner à la circonscription « un député catholique indépendant et sans défaillance, et un propriétaire rural qui ait les mêmes intérêts que les nôtres »71. On peut partiellement caractériser les signataires selon les appartenances sociales qu’ils énoncent. Je les ai rangés par canton, les communes n’étant pas toujours identifiables :
TABLEAU N° 20 – RÉPARTITION SOCIOPROFESSIONNELLE DES « PARTISANS » DU CANDIDAT PIERRE DE MONTAIGU EN 1898 À ST NAZAIRE II

60Au vu de ce tableau, on peut, entre autres, remarquer :
Concernant les cantons, seul celui de Blain est très faiblement représenté, peut-être les Blinois sont-ils chagrinés que leur ex-député J. de Lareinty ne se représente pas. Le canton dont de Montaigu est conseiller général, Saint-Gildas-des-Bois, ne se mobilise pas plus que le canton de l’adversaire, Saint-Nicolas-de-Redon. On peut douter que ce soit un signe de réticence car les électeurs eux-mêmes voteront massivement pour leur conseiller général.
Concernant la représentation sociale, le groupe des négociants, commerçants et artisans prédomine en valeur absolue et relative, ce qui peut surprendre sachant que A. Simon appartient professionnellement à cette catégorie. C’est un indicateur probant de leur politisation anti-républicaine et peut-être de leur aspiration à perpétuer un monde rural d’inter-connaissance dans lequel la noblesse est garante d’un rôle médiateur de quasi-notables. Les propriétaires se retrouvent en nombre important, à la différence des cultivateurs, mais on peut penser que ceux-ci sont également inclus avec ceux-là. Parmi les « divers » et les « indéterminés » on trouve quelques élus ou anciens élus mais globalement cette catégorie de notables apparaît faiblement représentée. Parmi les « divers » figurent aussi un notaire, un pharmacien et un fonctionnaire, instituteur en retraite. On peut encore observer que le canton de Saint-Gildas-des-Bois fournit le plus gros contingent « d’indéterminés » ; sans doute le patronyme suffit-il à l’identification sachant que l’appartenance communale est donnée pour la majorité d’entre eux. Dans le canton de Guémené ce sont des signataires ayant un patronyme à particule qui fournissent la quasi-totalité des « indéterminés ». Globalement la qualité de propriétaires revendiquée dans le texte est confirmée mais la très forte présence des professions intermédiaires, liées au commerce, souligne le rôle éminent dans les campagnes de cette petite bourgeoisie relationnelle. Une fraction de cette dernière joue le rôle du colporteur, d’une presse ambulante, étant considéré qu’elle propose non seulement ses marchandises mais aussi ses nouvelles, ses visions du devenir de la société, d’un village à l’autre72. Sa mobilisation doit vraisemblablement être reliée au phénomène de re-christianisation des classes bourgeoises ; elle peut qualitativement et indirectement crédibiliser la thèse de Michel Denis73 d’un embourgeoisement de l’aristocratie rurale mais dans ses supports et en notant bien qu’il resterait à prouver qu’il s’agisse d’une nouveauté.
61Postérieurement au scrutin, les partisans de P. de Montaigu sont également conduits à se manifester par écrit. Cette fois on peut simplement dire que ce sont des électeurs et non des « militants » qui sont appelés à se prononcer. On sait qu’ils sont en conséquence d’un nombre nettement plus élevé, d’autant plus que toutes les communes de la circonscription ont assurément été sollicitées et ont répondu. L’aspect le plus intéressant réfère ici à l’objet des signatures puisqu’il s’agit de se mobiliser afin de contrecarrer la demande d’annulation du scrutin présentée par le vaincu : Amaury Simon. Les signataires, sollicités par les émissaires du marquis de Montaigu, certifient que celui-ci n’a distribué ni argent, ni boisson « dans un but de corruption électorale »74. Autrement dit, le fait même des distributions n’est pas récusé, seulement l’intention pernicieuse prêtée par l’adversaire protestataire.
62La riposte des amis de A. Simon est perceptible mais de plus faible ampleur. Quelques cabaretiers à Saint-Lyphard et surtout à Herbignac (localité de H. de la Morandais) assurent avoir reçu l’ordre de P. de Montaigu, ou de son gérant, de donner à boire aux électeurs et spécifient qu’il n’en a pas été de même du côté de A. Simon75. Quelques électeurs à Besné, à Saint-Joachim certifient que P. de Montai gu a « payé à boire ». Mais la riposte républicaine la plus significative s’observe du côté des « légalisateurs » de signatures qui se rétracteront après coup. C’est le cas dans trois communes du canton de Guémené-Penfao que nous connaissons pour être particulièrement favorables à la famille Simon :
A Conquereuil, où le secrétaire de Mairie avait cru n’avoir pas le droit de refuser d’apposer le cachet de la Mairie et qui, sans doute réprimandé, regrette avoir « commis une mauvaise action ».
A Massérac, où la bonne foi du maire se serait laissée surprendre
A Guémené-Penfao, où le conseiller municipal, Maurice Alliot, écrit une lettre par laquelle il déclare « M. du Halgouët et de Boisfleury sont venus chez moi, à la Barberie, à deux kilomètres de Guémené, me demander de légaliser les signatures apposées au bas d’une attestation en faveur de celle de Montaigu, signatures provenant pour la plupart des domestiques et des fermiers de ces messieurs. Je n’avais pas le droit de le faire, car je n’avais pas reçu de délégation du maire et ne connaissais pas les signatures. Ils ont donc surpris ma bonne foi »76.
63La pression est vraisemblablement réelle mais on peut remarquer de surprenantes naïvetés dans les rétractations, en particulier à Guémené où la contradiction paraît flagrante. La commune est très étendue, aussi pourrait-on concevoir que M. Alliot ne connaissait pas les signatures, mais comment peut-il dans le même temps déclarer que celles-ci provenaient « pour la plupart » des électeurs dépendants des propriétaires nobles cités ?
64Pour tenter d’apprécier les effets des pressions dénoncées, voici les évolutions des scores d’Amaury Simon en 1898, comparés à ceux de 1893, dans les communes du canton de Guémené-Penfao :
TABLEAU N° 21 – VARIATIONS DES SCORES D’AMAURY SIMON DE 1893 À 1898, COMMUNES DU CANTON DE GUÉMENÉ-PENFAO (en points de %)

65Les communes ne s’étant pas rétractées (Marsac, Pierric) accusent une variation de signe négatif comme la circonscription, tandis que les trois communes revenant sur les signatures données ont vu progresser leur adhésion électorale à l’endroit d’A. Simon. On peut imaginer que cette bipartition du canton, non exceptionnelle, sous-tend celle des péripéties post-électorales rapportées mais ne valide pas avec évidence, c’est le moins qu’on puisse dire, les faits supposés déterminant des pressions. Toujours est-il qu’en 1898, à Saint Nazaire II, la lutte ne s’est pas circonscrite à une affaire « d’après-boire » qui ne saurait suffire à s’assurer la victoire. Le débat fut préalablement idéologique et polémique. Le Courrier de Saint Nazaire du 30 avril 189877 relève avec quelque jubilation que le Comité qui patronne la candidature d’A. Simon « est le même » que celui qui patronnait autrefois son cousin « Fidèle l’opportuniste » et aujourd’hui « M. Gasnier autre opportuniste ». C’est donc devant ce Comité que A. Simon « a comparu », Comité composé « de francs-maçons, de libres penseurs et de quelques pauvres bonnes âmes égarées dans ce milieu »78. En conséquence, voter pour lui -de même que pour Gasnier bien sûr – c’est voter « pour toutes les lois contraires à la liberté des consciences, chères aux opportunistes, aux sectaires et aux Comités qui les patronnent »79. Avec Le Courrier de Saint Nazaire, on retrouve la différenciation entre bons et mauvais candidats liée à l’appartenance – ou non appartenance dans le cas d’Anthime Ménard – aux Comités Républicains. Le groupe d’appartenance, réel ou attribué, qualifie le concurrent diffamé ou calomnié selon les cas de figure, nous allons le constater.
66Toujours selon Le Courrier de Saint Nazaire, A. Simon ne peut rien sans être soutenu par les Juifs : « Le Phare de la Loire, l’organe des Juifs dans le département, fait des vœux ardents pour sa réélection et engage ses amis à voter pour lui ». La conclusion irait sans dire, mais elle va encore mieux en le disant, il ne faut pas voter pour ce candidat des Juifs « et pour toute cette bande cosmopolite qui insulte nos croyances et outrage notre armée »80.
67Dans ce même numéro du Courrier de Saint Nazaire, A. Simon n’est pas en veine car non seulement on procède à la dénonciation de ses votes relatifs aux agriculteurs et aux petits commerçants, ce qui est de bonne guerre, mais on publie une lettre ouverte – en gros caractères – de son adversaire qui l’accuse d’être franc-maçon et de ne pas vouloir l’avouer. Est-ce toutefois de bonne guerre si l’on rapporte que cette accusation se révélera... trop tardivement infondée ? Dispensons-nous de rapporter toutes les péripéties du procès qui opposera A. Simon et de Montaigu à ce sujet ; en revanche extrayons-en quelques faits saillants pour mieux comprendre la relation à la franc-maçonnerie qui domine le rapport à la politique d’une fraction des élus et certainement des électeurs de la région nantaise.
68L’Ami de la Vérité a bien fait passer une lettre rectificative dans l’ Espérance du Peuple comme suite à la confusion du journal « l’Œuvre Électorale » qui avait hâtivement découvert un Simon (Fidèle, en fait) sur la liste des députés « maçons » ; mais c’était à la date du 13 décembre 1891, bien antérieure à l’élection d’Amaury Simon. En gros caractères, chapeautant la lettre rectificative, figure l’affirmation de Montaigu selon laquelle A. Simon lui aurait dit au Conseil Général que dans les affaires on ne pouvait qu’être franc-maçon, c’était « indispensable »81. Quant au Courrier de Saint Nazaire, il rapporte que l’avocat d’A. Simon a produit des certificats du « Rite Ecossais » et du « Grand Orient » tendant à établir que son client n’était inscrit sur les registres d’aucun de ces ordres. Le Courrier de Saint Nazaire en déduit que cela ne prouve rien, « sinon que les amis des amis sont des amis »82.
69L’utopie n’est plus seulement ironique, elle devient « altercative », quoi que puisse en penser, lors du procès, le Procureur de la République qui estime qu’il n’y a du côté de Montaigu ni diffamation, ni injure car le terme de Franc-maçon sert à désigner « une certaine catégorie de citoyens parmi lesquels on compte des savants, des lettrés, des députés, même des ministres » d’où l’impossibilité d’un acte de « mauvaise foi »83. On considérera que c’est faire fi du contexte culturel nantais ; toujours est-il que Simon n’a eu que la tardive consolation de voir le tribunal retenir « le délit de fausse nouvelle et de diffamation » contre de Montaigu et de voir celui-ci condamné à 500 F d’amendes et à 2 000 F de dommages-intérêts. Escomptant une révision en appel et l’amnistie, Le Courrier de Saint Nazaire assure qu’en tout état de cause de Montaigu « ne paiera pas »84.
70Quoi qu’il en soit de l’issue financière et judiciaire de cette affaire, les électeurs confirmeront majoritairement les dires du Courrier de Saint Nazaire. Celui-ci estimait, deux semaines avant le scrutin, que contre A. Simon « Républicain bon teint », de Montaigu pouvait arguer de la fidélité à ses « convictions politiques et religieuses » et de son « caractère loyal »85, en conséquence bénéficier de la confiance des électeurs. Mais si l’on en croit la faible ampleur des coefficients de corrélation, on peut douter que cet enjeu ait été le plus décisif. On doit en effet se souvenir que les paysans se déterminent préférentiellement en faveur des bonapartistes, ils ont pu être particulièrement sensibles à la divulgation intéressée de certains votes de leur élu à la Chambre. Le Courrier de Saint Nazaire du 7 mai 1898 attaque A. Simon pour s’être prononcé contre « le million » proposé par l’abbé Lemire en mars, évoqué ci-après, et pour s’être montré favorable aux grands magasins et bazars, au détriment des petits commerçants. La forte mobilisation de cette catégorie socio-professionnelle, précédemment observée en faveur de P. de Montaigu, pourrait donc avoir pour origine cette prise de position « capitaliste » du député sortant A. Simon. Par ailleurs, l’Ami de la Vérité, l’hebdomaire de l’Espérance du Peuple s’adressant particulièrement aux zones rurales, n’a pas manqué d’attaquer Roch et Sibille mais encore davantage Gasnier et A. Simon élus de circonscriptions plus rurales « qui refusent de voter le million pour les agriculteurs », destiné à lutter contre la tuberculose bovine. Et l’Ami de la Vérité de spécifier que ce refus de voter des secours s’ajoute à celui qui a consisté précédemment à refuser d’en voter aux vieux prêtres. L’Ami de la Vérité est sans doute entendu lorsqu’il appelle ses électeurs à une négative complicité à l’égard d’A. Simon : « C’est, vous l’avouerez, un drôle de député »86.
Les positions du marquis de Montaigu
71On peut tenter de conclure en insistant sur les enjeux du scrutin. Mais comment se situe le futur vainqueur lui-même, le marquis de Montaigu87 ? Après avoir classiquement placé sa candidature sous le signe des convictions et non de l’ambition, le marquis appelle, dans sa profession de foi, à lutter par quatre « Il faut » incantatoires et volontaristes88. Il fait ensuite, significativement, la part de l’intransigeance politique et religieuse ce qui relativise son intégralisme :
« ... Sur le terrain politique, je ferai, dans l’intérêt de la France, toutes les concessions qu’autoriserait ma conscience » ;
« Sur le terrain religieux, j’estime qu’il est impossible de rien abandonner de nos droits ».
72Pierre de Montaigu se montre donc plus rigide religieusement que politiquement. Il ne se rapproche pas pour autant de la République ce qui tactiquement serait risqué sachant qu’il se confronte à un rallié. Ce pourrait toutefois n’être pas suicidaire dans la mesure où ledit rallié de 1893 se trouve, en 1898, déporté vers la gauche. Idéologiquement, le marquis s’y refuse d’autant mieux que sa position n’est pas en discordance avec celle du Pape, toutefois non cité. Après avoir souligné que « Ceux qui consentent à se passer de Dieu sont aussi dangereux que ceux qui veulent le combattre », ce qui peut implicitement viser son adversaire jamais nommé89, de Montaigu promet d’agir énergiquement « au nom de la liberté et du droit commun » par l’obtention de deux mesures substantielles. La première concerne la modification de « ces lois proclamées intangibles » qui sont si connues du corps électoral qu’il peut ne pas les citer ; la seconde vise à réclamer « le droit de choisir dans chaque commune les instituteurs chargés de l’éducation de vos enfants ».
73On ajoutera qu’outre le classique appel au protectionnisme et à la diminution des impôts en faveur des agriculteurs la profession de foi entrevoit la défense des intérêts combinée à la modernisation technico-économique « en multipliant les moyens de communication, chemin de fer, tramways, chemins vicinaux et ruraux, sans lesquels les transactions commerciales sont impossibles ».
74Le religieux, qu’il se présente sous les facettes d’un groupe social, économique, « la juiverie cosmopolite », ou sous celles de l’éducation prime incontestablement dans le discours, sur le politique pur, mais sans que le ralliement à la République soit annoncé, redisons-le.
75– Dans la présentation des confrontations électorales, je me suis interrogé sur la portée du débat politico-religieux, au regard de l’étiquetage maçonnique. Il est difficile d’en apprécier la portée spécifique, toutefois on observe une évolution significative des variables religieuses. Les deux indicateurs retenus restent positifs pour la droite aristocratique mais fluctuent de manière discordante de 1893 à 1898.
TABLEAU N° 22 – LA DROITE À SAINT NAZAIRE II ET SES ANCRAGES RELIGIEUX EN 1893,1898 (coefficients de corrélation)
Variables | Pascalisants | Inventaires |
1893 | {.229} | {․334} |
1898 | {.147} | {.547} |
Écarts 1893-1898 | – 82 | + 213 |
76Il semble se confirmer que la variable « Inventaires », plus liée à la mobilisation politique que ne l’est celle de la pratique pascale rituelle, puisse traduire une effervescence en lien avec la polémique rapportée90. Les pascalisants ont pu être plus sensibles à la politique pro-républicaine du pape Léon XIII et par voie de conséquence enclins à voter pour le rallié Amaury Simon. On notera toutefois que les coefficients de corrélation sont non significatifs statistiquement pour cette variable à l’inverse de ce qui s’observe pour le critère « Inventaires ».
77Eu égard aux variables « sociales », deux indicateurs apparaissent fortement fluctuants : les « propriétaires » qui accentuent leur adhésion aristocratique, de {.223} à {.464} et surtout les « fermiers » qui passent de la neutralité, avec {.048} à une ferme opposition avec {–.423}91. De ces variations résulte une inversion de la thèse qui veut que les propriétaires, forts de leur indépendance, s’opposent à la noblesse et corrélativement que les fermiers, faibles de leur dépendance, se soumettent, notamment par leur vote, à cette même noblesse.
78Pour leur part, les trois variables politiques évoluent significativement, une nouvelle fois en référence à 1876 (voir tableau n° 23).
79Les royalistes, et davantage encore les bonapartistes, retrouvent paradoxalement leurs « marques ». De leur côté, les républicains accentuent encore leur opposition au candidat aristocratique ; ils seraient les arbitres de la décision s’ils étaient quantitativement plus influents. Bien que P. de Montaigu ne se soit pas montré des plus intransigeants politiquement, il semble bien que les royalistes se soient d’autant mieux identifiés à lui que son adversaire a nettement confirmé son bonapartisme de gauche. Si le candidat des journaux royalistes prend une incontestable revanche en 1898 dans cette circonscription, on ne saurait néanmoins dire que l’utopie royaliste soit clairement « relancée ». On n’oubliera pas en effet que la forte identification, plus ou moins perçue, aux monarchistes de 1876, ne saurait suffire à la victoire en 1898 puisqu’ils furent nettement minoritaires vingt ans auparavant, face au républicain modéré, ex-bonapartiste, Fidèle Simon.
TABLEAU N° 23 – VARIATIONS DES CORRÉLATIONS DE LA DROITE 1893-1898 PAR RAPPORT À L’OFFRE ÉLECTORALE TRIPOLAIRE DE 1876
Offre 1876 | Royaliste | Bonapartiste | Républicaine |
1893 | {.477} | {–.119} | {–.473} |
1898 | {.676} | {–.425} | {–.584} |
Écarts921893-1898 | +199 | + (-306) | + (-111) |
La classification des députés en 1898
80Par-delà les deux cas précisément étudiés de Châteaubriant et de Saint Nazaire II, et qui se traduisent finalement par autant de victoires aristocratiques pro-monarchistes, qu’en est-il plus généralement de la situation dans le département, en 1898 ?
TABLEAU N° 24 – RÉPARTITION DES DÉPUTÉS LIGÉRIENS EN 1898 PAR CIRCONSCRIPTION
Étiquettes politiques Circonscriptions | Droite + Pro-Monarchiste Conservat. | Droite – « Ralliés » (alliés à Dr.) | Gauche – « Ralliés » (alliés à G.) | Gauche + Républicains des Comités |
Urbaines | M. Sibille | |||
Mixtes | A. Ménard | |||
Rurales | de la Ferronnays de Pontbriand de Montaigu | J. Galot | L. Dubochet |
81La répartition de la députation ligérienne peut, en 1898 se présenter comme étant quadripolaire au regard de la division qui affecte les ralliés, comme suite aux efforts conjugués du papisme et du républicanisme d’ouverture. Examinons la situation de chacune des orientations politiques en présence :
Pour les monarchistes l’épreuve a été sévère, il n’y a guère que la revanche savourée à Saint-Nazaire II pour laisser espérer que le ralliement ne sera qu’une mauvaise phase vite oubliée. A leur crédit ils peuvent toutefois ajouter le succès de M. de Pontbriand à Châteaubriant face à un républicain papiste en 1893 qui n’a pas renouvelé sa tentative en 1898 ; et lors de cette dernière élection le succès, néanmoins étriqué, de H-M. de la Ferronnays à Ancenis face à un catholique rallié. Au débit, la perte confirmée du siège détenu à Nantes II par Ch. Le Cour Grandmaison au profit d’un républicain, ponctuellement papiste, G. Roch, et à Nantes III celle du siège victorieusement défendu par Cazenove de Pradine en 1893 face à un bonapartiste rallié, mais perdu par de la Biliais en 1898 au profit d’un républicain modéré, L. Dubochet. A ces résultats mitigés des monarchistes il faut, dans une certaine mesure car ils n’empiètent pas toujours sur leurs terres, ajouter les progrès des ralliés pour autant qu’ils ne s’allient pas avec la gauche.
Pour les ralliés, l’élection de 1893 ne fut prometteuse que par la victoire de A. Simon mais sa tonalité très bonapartiste la rendait, pour les papistes doctrinaux, marginale. En 1898, ils trouvent, par contre, de réels motifs d’encouragement avec le triomphe d’A. Ménard à Saint Nazaire, ce que ni son père, ni d’autres royalistes n’étaient parvenus à réaliser. Ils peuvent aussi se féliciter de l’excellent score de Maës à Ancenis et du succès de Galot à Paimbœuf. Les ralliés peuvent toutefois s’inquiéter de ne pouvoir obtenir de succès face aux monarchistes ; L. Dubochet qui a vaincu de la Biliais n’étant pas réellement reconnu par la « famille ».
Pour les républicains le bilan peut apparaître d’autant plus inquiétant qu’ils avaient semblé progresser à la faveur du ralliement lors des élections locales en 1892. Les succès, dans les circonscriptions nantaises, de Roch, de Sibille et complémentairement de Dubochet ne consoleront pas Le Phare de la Loire des systématiques échecs républicains en campagne. Entendons bien, des républicains qui reconnaissent la République dans son sens historique et non des républicains catholiques qui, comme Galot, Ménard, la veulent réorientée, pour le moins fréquentable par les cléricaux. Aussi Le Phare de la Loire est-il plein d’amertume : il accuse « les résultats de la politique de Méline, fidèlement observée par la Préfecture » d’où il résulte qu’ils « ont été ce qu’ils devaient être : lamentables ». « On a cru pouvoir, ajoute Le Phare de la Loire, se mettre en coquetterie réglée avec un grand nombre de réactionnaires et devoir tenir à l’écart de vieux et sincères républicains ». Les conséquences étaient faciles à prévoir, spécifie-t-il : « les réactionnaires ont trahi de leur mieux et fait faire un marché de dupes à leurs alliés naïfs ». Dans les campagnes, les électeurs, face à des candidats qui se présentaient tous comme amis du Gouvernement, « ont laissé passer de Montaigu et donné à Galot une majorité inespérée »... De surcroît, le Parti Républicain se retrouve « émietté ». A Saint Nazaire I, est stigmatisé la présence d’une coalition que ce journal de gauche juge « inqualifiable » du fait que les électeurs socialistes ont été entraînés par des hommes « indignes » de figurer désormais dans le Parti Républicain et qui ont voté par colère contre Gasnier, lequel « récolte pour un temps, le fruit de ses palinodies successives ». L’amertume est vive mais les catégorisations n’en sont pas moins floues car Gasnier est reconnu comme républicain « de principe »93 par Le Phare de la Loire (ce qui n’est pas admis pour A. Simon). Gasnier veut un gouvernement « large et tolérant » mais émet immédiatement une restriction, se défendant, nous le savons, d’être favorable « à la bande Zola-Dreyfus, Clemenceau et Cie »94.
82Dans cette même région le Courrier de Saint Nazaire, qui ne cache pas ses convictions monarchiques, se félicite non seulement de l’élection du marquis de Montaigu mais aussi de celle d’Anthime-Ménard95 en vertu de la théorie du moindre mal car cette élection est, pour ce journal royaliste, favorable du point de vue de la religion et des intérêts de la circonscription96. Quant au Nouvelliste, l’organe de presse des ralliés, et plus précisément d’Anthime-Ménard qui est alors présenté comme « neutre »97 on présuppose, chez les royalistes, qu’il saura choisir le « bon camp » lorsque les circonstances l’exigeront, à la manière de Ouest-Éclair dont les orientations sont similaires.
83Si Dubochet, élu de Nantes-campagne (Nantes III), a été classé par nous à « gauche », à la différence de Galot, de Ménard, dont il est proche, c’est que – comme A. Simon – son affrontement est « étiqueté » : il se heurte à un monarchiste. Dubochet est relationnellement « marqué » à gauche pour cette raison qu’il a été qualifié par la droite conservatrice – comme A. Simon et Maës – de « Candidat du Préfet et des Loges »98 et même, ajoute l’ Ami de la Vérité, « à la remorque de Brunellière dans le canton de Vallet »99. Ceci étant, les agriculteurs n’ont semble-t-il accordé qu’un crédit limité à ces attaques et insinuations générales. Ce fait doit nous donner l’occasion de souligner que les rumeurs ne sauraient devenir telles, c’est-à-dire destructrices d’une réputation, que sous réserve qu’elles trouvent un terrain réceptif. Sous-estimant cette condition, Le Courrier de Saint Nazaire se trompait en prédisant l’échec de Dubochet au motif que de la Biliais s’était acquis « des titres de premier ordre » auprès des électeurs par les éminents services qu’il a rendus à l’agriculture »100. Dubochet lui-même s’était précédemment engagé auprès des viticulteurs mécontents de leur situation de complanteurs101.
84Une nouvelle fois, en 1898, pour connaître la ligne de démarcation entre la droite et la gauche, il ne faut pas poser la question « Qui es-tu ? » mais « Qui fréquentes-tu ? », voire « Qui voudrait-on que tu fréquentes ? ». L’Ami de la Vérité le rappelle en des termes encore mesurés mais non équivoques à propos de Dubochet et de Simon : « Quelles que puissent être, en effet, leurs idées personnelles, ils sont les clients, nous dirions volontiers les prisonniers des francs-maçons et des libres penseurs »102. Critères de repérage, de démarquage, qui ne sauraient tromper l’Ami de la Vérité puisque « Le Phare de la Loire, Le Populaire de l’Ouest, la Démocratie de l’Ouest les soutiennent et les patronnent »103.
85Il ressort que 1898 reste politiquement, par-delà les attaques idéologiques, une élection d’incertitude, « d’ouverture », les frontières se révèlent floues, l’électorat faiblement ancré dans une tradition où l’autre peut infléchir sa position et déplacer ainsi le centre de gravité des principales forces en présence. Cette élection souligne avec force le caractère discutable de la thèse essentialiste qui voudrait que le noble hérite naturellement du statut de dominant politique : il se conquiert d’une manière moderne, c’est-à-dire âprement concurrentiel et en mobilisant de façon plus ou moins contrainte, des individus impliqués dans des réseaux fonctionnellement politisés, à défaut d’être structurellement réductibles à la forme partisane.
Le ralliement et les aristocrates
86Antérieurement au ralliement, il semblait entendu que l’Église romaine adhérait aux projets de rechristianisation des sociétés modernes par la mise en œuvre d’une stratégie politique externe. Les monarchistes se trouvaient de ce fait puissamment confortés. Le ralliement, tel qu’il est de fait reçu, en France, lui substitue une stratégie interne. La conversion des institutions ne doit plus s’opérer par un changement « de » régime, mais par un changement « du » régime. Cette politique papale a pour conséquence principale de mettre fin aux fidélités monarchiques, la défense catholique devenant alors en France l’un des thèmes majeurs de la droite104. En Loire-Inférieure on peut observer cette relance de la droite royaliste par la religion. Ce n’est pas exclusif mais insistons sur cet aspect en examinant le cas de Cazenove, l’un des députés royalistes ligériens les plus intransigeants. La doctrine subit chez lui aussi une légère inflexion : en 1889, il avait explicitement affirmé dans sa profession de foi, son royalisme ; en 1893, il déclare rester fidèle à ses convictions. On peut considérer par là que ce catholique montre bien les limites de son papisme, il est néanmoins vrai qu’un glissement sémantique s’opère. Il est accentué comme le souligne J. Jolly105 par son respect de la procédure démocratique implicitement exprimée « je n’attends la réalisation de mes espérances [royalistes] que du consentement loyalement exprimé ». On notera toutefois la précision « j’ai suffisamment prouvé, en toutes circonstances, que je ne me prêterais jamais à des aventures compromettantes pour la prospérité et le repos du pays ». Certes, cette affirmation pourrait être gratuite mais dans une longue lettre à la Gazette de France Cazenove avait été explicite de ce point de vue, afin de récuser toute complicité avec le général Boulanger « ennemi de nos princes » et de « connivence » avec des anti-catholiques : « c’est à nous, écrivait Cazenove de dire au suffrage universel ce qu’il aurait à attendre des royalistes le jour où nous serions investis de la lourde mais noble tâche de restaurer les ruines de la patrie »106.
87La prise de position du pape Léon XIII, appelant au Ralliement, ne provoque pas une inversion des positions, elle les infléchit et facilite l’émergence de la concurrence électorale. Si l’on en croit Baguenault de Puchesse, elle aurait signifié la fin de la carrière politique de Cazenove et c’est dans un « ordre tout privé qu’il s’appliquait désormais à rendre des services ». Ce constat recèle sûrement une part de vérité mais on ne saurait oublier que Cazenove garde tous ses mandats électifs, donc publics, au-delà de 1892, en particulier celui de député ; réélu en 1893, il reste actif à la Chambre.
88Quoi qu’il en soit sur ce dernier point, chacun des aristocrates pro-royalistes ligériens concrétise une attitude de « dérive » plutôt que d’inversion et même plus simplement de conversion. Non pas dérive au sens figuré d’une conduite non guidée comme un navire qui va « à vau l’eau » car le Pape n’est pas le chef politique de ces intransigeants. Mais dérive au sens usité dans les sciences, de la variation lente et continue d’une grandeur. L’alliance politico-religieuse, soumise à une plus vive tension, paradoxalement se distend. Les monarchistes ne peuvent aisément prendre le risque de s’opposer ouvertement au Pape, c’est doctrinalement se départir de la philosophie intégraliste, c’est stratégiquement risquer de devoir céder les places de députés aux nouveaux intégralistes que sont les ralliés.
89La réorientation de la politique papale fragilise le monarchisme ligérien mais ne le contraint pas à un revirement. Il dispose d’une autonomie certes relative mais suffisante pour réaffirmer, sous la contrainte, son identité. On peut penser que le niveau de son intransigeance devrait s’abaisser si la politique républicaine d’ouverture devait se poursuivre. Ce n’est toutefois qu’une hypothèse que la victoire du marquis de Montaigu tendrait à invalider.
90Le cas de figure observé par l’historien M. Denis en Mayenne, où au tournant du siècle le noble se déroyalise, peut, à la rigueur et partiellement, s’appliquer à la Loire Inférieure, mais non sa conséquence qui voudrait qu’il s’embourgeoise. Il semblerait plutôt, si on peut utiliser ce terme, qu’il « s’aristocratise ». Ne pouvant plus assurément compter sur la force des autorités suprêmes, le pape et surtout le roi, il doit ré-utopiser sa volonté de restauration par l’aura de sa « classe ». Les publicistes ralliés confortent cette thèse qui s’articule aisément au symbolisme de la représentation, a fortiori dans une perspective utopique non-démocratique, sur le modèle d’une société hiérarchique rêvée, néanmoins concrétisée dans la sphère religieuse par l’église catholique. Par leur personnalité, leur généalogie, les nobles sont les emblèmes vivants d’une « personnification de dispositions » positivement valorisées et crédibles107. Parmi les journaux favorables au ralliement, c’est sans doute la Croix Nantaise qui aide le mieux à comprendre la force de cet aristocratisme.
91Quinze jours après avoir appelé à une obéissance sans discussion108 pour assurer le salut des deux grandes causes qui résument sa politique, « Dieu et Patrie », ce journal ultramontain tient une chronique électorale significative. En voici les termes essentiels : « Si nous ne patronnons pas MM. Maës et Dubochet ce n’est pas que leurs principes politiques soient différents des nôtres. Ces messieurs sont en effet catholiques constitutionnels comme nous. Mais nous considérons leur candidature comme absolument intempestive. Qu’est-ce qui pressait donc tant ces messieurs de mettre en avant leur nom et leur personne ? MM. de la Biliais et de la Ferronnays ont rendu de grands services et à leurs mandataires et à la cause suprême Dieu et Patrie. La reconnaissance nous fait un devoir de ne pas les abandonner au moment du danger, mais au contraire de les soutenir par l’unanimité de nos voix »109. Cet appel à la légitimation traditionnelle est plus expressif dans sa démarche que cœrcitif dans ses effets puisque de la Ferronnays sera réélu et de la Biliais vaincu.
92Dans sa profession de foi de 1898, H. de la Biliais similairement à son prédécesseur de Cazenove réaffirme explicitement son catholicisme et implicitement son royalisme. Son passé est présenté comme un double garant : de son action à laquelle il consacre la seconde partie de sa circulaire, de la fidélité à ses idéaux : « vous me jugerez par mon passé : je suis de ceux qui ne changent pas »110. Le non-changement signifie en l’occurrence que de la Biliais « Français avant tout » attend un paradoxal changement sur la base de ses principes qui seraient reconnus, affirmés « par la volonté nationale », en termes modernes, par le suffrage universel. Son texte fait ensuite preuve d’antisémitisme en rapport avec l’affaire Dreyfus non citée mais clairement identifiable puis développe cette idée selon laquelle il n’est aucunement partisan de la politique du pire : « Soucieux de la prospérité de mon pays, je me suis associé à toute mesure capable de lui donner richesse et grandeur »111. En bref, H. de la Biliais se refuse au ralliement mais à la manière des autres royalistes se défend de faire de la question du régime un a priori absolu. La tentative de ré-utopisation s’opère par une réinterprétation de la notion moderne de nation. S’il n’est pas retenu de Rousseau qu’elle implique l’idée de participation, encore que la volonté nationale soit prise en compte, il est reconnu que par la médiation nationale, la patrie puisse, doive être un lieu de mémoire collective, d’habitudes dont le cosmopolitisme peut dissoudre la spécificité112. Certes, les électeurs n’ont pas procédé à une analyse philosophique de la profession de foi de la Biliais mais le résultat du scrutin tend une nouvelle fois à illustrer la difficulté que les royalistes intransigeants peuvent éprouver à faire reconnaître un royalisme devenu inavouable.
93En se retirant du combat électoral en 1898, l’élu de la circonscription de Paimbœuf, le comte de Juigné, avait peut-être mieux pressenti que son ami de la Biliais le risque de réaffirmer son refus du ralliement. A défaut de pouvoir directement répondre à cette question, nous pouvons examiner le cas de cette circonscription de Paimbœuf, ou comment l’aristocratie s’y est fait exclure de la députation. Certes on ne saurait pour autant en conclure qu’elle soit dépossédée de tous moyens d’action mais c’est pour le moins symptomatique d’une assise électorale nullement inconditionnelle. Il est vrai que cette perte pourrait ne pas être définitive et que nous pourrions assister à un nouvel exemple de mobilisation pro-aristocratique, à Paimbœuf au sud du département, du type de celui dont a bénéficié le marquis P. de Montaigu à St Nazaire II, au nord de la Loire.
Notes de bas de page
1 C’est la thèse de Jean-Marie Mayeur, La vie politique..., op. cit. (p. 152).
2 Anthime-Ménard, père, a été candidat, non élu, des royalistes à St Nazaire I, en 1881.
3 Cf. Ancenis..., op. cit., de même qu’à mon texte présenté au colloque de Nantes, Rerum Novarum : « Un révélateur d’utopies », 1991.
4 Les noms des candidats soulignés en italique sont ceux des élus et, ce, en 1898, hors A. Simon qui l’est en 1893.
5 Le Courrier de Châteaubriant du 05/08/1893.
6 Le Courrier de Châteaubriant du 12/08/1893.
7 Le Courrier de Châteaubriant du 15/08/1893.
8 Possibilisme, Parti possibiliste : Fédération des travailleurs socialistes opposés au Parti Ouvrier Français Marxiste et qui envisageait une réalisation progressive du socialisme par des mesures transitoires.
9 M. Couchot est banquier à Châteaubriant ; Ricordeau est aussi le neveu, par alliance, du républicain Gaillard, banquier à Nantes. Cf. le Journal de l’arrondissement de Châteaubriant du 28/01/1899.
10 Le Courrier de Châteaubriant du 15/08/1893.
11 Le Courrier de Châteaubriant du 15/08/1893.
12 Le Courrier de Châteaubriant vise ici le pays de Châteaubriant, Ricordeau exerçant habituellement sa profession d’avocat à Nantes.
13 Le Courrier de Châteaubriant du 15/08/1893.
14 Michel Daguin est ancien notaire de Sion-les-Mines, commune que nous connaissons, et suppléant du Juge de Paix de Derval. Le Journal de Châteaubriant du 30/06/1892.
15 Le Journal de Châteaubriant du 12/08/1893.
16 Titre de l’article du Journal de Châteaubriant du 05/08/1893.
17 Le Journal de Châteaubriant du 05/08/1893.
18 Le Journal de Châteaubriant du 14/08/1893.
19 Cf. du côté catholique l’Encyclique Rerum Novarum de Léon XIII en date du 15/05/1891.
20 Le Journal de Châteaubriant du 14/08/1893.
21 Ibid.
22 Ibid.
23 Ibid.
24 Le Journal de Châteaubriant du 14/08/1893.
25 Ibid.
26 Ibid.
27 Ibid.
28 Ibid.
29 Ibid.
30 Ce qui a pu faciliter ses relations avec le jeune et futur président du Conseil Général de Loire-Inférieure sous la IVe République : Abel Durand.
31 C’est l’hypothèse de l’Espérance du Peuple rapportée par le Journal de Châteaubriant du 19/08/1893.
32 Le Journal de Châteaubriant du 14/08/1893.
33 Ibid.
34 Le Journal de Châteaubriant du 14/08/1893.
35 Le Journal de l’arrondissement de Châteaubriant du 26/08/1893.
36 Annuaire de la Presse Française et étrangère et du monde politique.
37 La protestation émane donc d’un bonapartiste favorable au ralliement ; Le Nouvelliste de l’Ouest du 05/08/1893 ne manque pas de s’en faire l’écho.
38 La circonscription de Châteaubriant compte toujours 39 communes sous la IIIe République, ce qui implique un coefficient de corrélation supérieur à {.300} pour être significatif selon la table de Fisher.
39 Des journalistes voire des journaux eux-mêmes.
40 Madeleine Rebérioux, La république radicale ?) è çàà))). du Seuil, Points Histoire, 1975, 253 p.
41 Cf. L’Ouest Républicain du 01/05/1898, organe républicain nazairien qui soutient Gasnier contre A. Ménard qui l’attaque sur ce point.
42 L’exemple le plus typique est celui du rallié Louis Dubochet, déjà évoqué, négociant en engrais et président de « la Compagnie Consulaire Nantaise » de 1901 à 1912. Cf. André Bovard, Histoire de la Chambre de Commerce..., op. cit. (p. 117).
43 Le sens hypothétique des diatribes à l’encontre : des juifs : attaque de l’autonomie économique, porteurs du capitalisme ? – des franc-maçons : attaque de l’autonomie religieuse, porteurs du séparatisme ?
44 En 1898, le catholique rallié R. Maes fera presque jeu égal avec de la Ferronnays, à Ancenis, cf. Ancenis... op. cit.
45 L’Union Bretonne accuse F. Simon d’avoir trahi en 1876 (04/03/1876) et en 1877 (14/10/1877).
46 L’ Espérance du Peuple du 28/10/1877.
47 En 1877, Amaury Simon avait été désigné « par la contrée pour triompher de son cousin, le candidat radical [Fidèle Simon]. Mais sous une pression inattendue, le Ministère a cru devoir accorder le patronage de la candidature officielle à M. de Lareinty jeune » cf. L’ Espérance du Peuple des 8 et 9/10/1877.
48 L’Union Bretonne du 31/10/1877.
49 l’Union Bretonne le 24/09/1885 des 05 et 16/10/1885.
50 Peu de temps avant que l’Union Bretonne n’arrête sa position, les Renseignements Généraux avaient rapporté qu’Amaury Simon figurait parmi les candidats de l’Union Conservatrice ainsi que Ginoux-Defermon mais que Gaudin était rejeté comme « incapable » et Thoinnet comme « impotent ».
51 Rapport 525 du 21/09/1885 – ADLA 1M 100.
52 Ibid.
53 Rapport 436 du 31/08/1885 – ADLA 1M 100.
54 Lettre en date du 20/08/1893 – ADLA 1M105 dont il donne des extraits avec sa profession de foi.
55 L’Union Bretonne du 23/08/1893.
56 L’Union Bretonne des 21 et 22/08/1893.
57 L’Union Bretonne du 23/08/1893.
58 Ibid.
59 Ibid.
60 L’Union Bretonne des 21 et 22/08/1893.
61 Le marquis de Dion, député de Nantes III de 1902 à 1914, propriétaire du Nationaliste, rachètera les journaux bonapartistes nantais et prolongera à sa manière la survie d’un bonapartisme institutionnel.
62 Cf. J. Pascal Les députés bretons, op. cit. (p. 363). Spécifions que cet auteur inclut logiquement la Loire-Inférieure dans la région historique de Bretagne, mais attribue de manière relativement discutable la prééminence à A. Simon, car son cousin Fidèle était élu d’une circonscription où la population de St Nazaire-Ville est nettement minoritaire : Taux d’inscrits de St Nazaire-Ville en 1877 : 17,37 % ; en 1881 : 18,87 % par rapport à sa circonscription.
63 Le Phare de la Loire du 24/08/1893.
64 Si l’on ajoute les bulletins nuls l’on obtient des totaux de 100 %.
65 Pourcentages obtenus par calculs des moyennes arithmétiques des communes réalisant un score supérieur ou inférieur à la moyenne générale.
66 Bien entendu, pas plus que dans mes autres développements je ne prétends anthropomorphiser les entités communales, je considère néanmoins que leurs forces intégratives sont telles qu’elles peuvent accéder au statut de « personnes collectives », ce qui n’exclut pas que celles-ci soient conflictuelles.
67 Scores obtenus en nombres absolus par A. Simon et la droite, à Herbignac, aux élections de 1893 et 1898 :
68 Je précise que cette protestation pré-électorale s’adresse aux électeurs Herbignacais et ne s’apparente donc aucunement aux protestations post-électorales que j’ai pu précédemment évoquer.
69 « Je proteste également et de la façon la plus formelle contre les manœuvres employées contre moi à Kergoche et à Landieul. Je n’ai point refusé l’autorisation de construire le pont de Kergoche : on ne m’en a jamais parlé ». Caran C. 5355/2.
70 Lettre signée H. de la Morandais, maire d’Herbignac.
71 Affiche non datée (1889), BN (Versailles), boîte 204-205.
72 J’ai pu concrètement vérifier l’importance de cette pratique dans les années 1950/1960.
73 Cf. Sa thèse évoquée dans l’introduction générale.
74 Caran C. 5355/2. Cf. l’exemple de Pierric où l’on dénombre 29 signatures pour 451 inscrits (soit 6,43 %).
75 Caran C. 5355/2.
76 Caran C 5355/2, Lettre en date du 08/06/1898.
77 Le Courrier de St Nazaire du 30/04/1898.
78 Ibid.
79 Ibid.
80 Le Courrier de St Nazaire du 07/05/1898.
81 L’Ami de la Vérité du 08/05/1898.
82 Le Courrier de St Nazaire du 22/10/1898.
83 Le Courrier de St Nazaire du 12/11/1898.
84 Le Courrier de St Nazaire du 19/11/1898.
85 Le Courrier de St Nazaire du 30/04/1898.
86 L’Ami de la Vérité du 27/02/1898.
87 La profession de foi de A. Simon en 1898, éventuellement inexistante, assurément peu diffusée, et non exhumée malgré mes nombreuses investigations.
88 En bref : « contre le socialisme et les utopies financières », pour l’Armée, référence est faite au « triste procès », pour le pays, la paix, la dignité..., pour « l’apaisement des esprits ».
89 Mais cette pratique est usuelle.
90 L’interprétation est néammoins rendue hésitante par le fait que les coefficients mesurant la mobilisation lors des Inventaires par les journaux et surtout par les percepteurs, tend à régresser mais leur fiabilité est moindre.
91 De ces mouvements opposés il résulte que la variable synthétique « population éparse » devient strictement « nulle » en passant de {.221} à {. 87}, toujours de 1893 à 1898.
92 Je rappelle que l’insertion de parenthèses signifie une intensification d’une corrélation négative.
93 Le Phare de la Loire cité par l’Ouest Républicain du 05/05/1898.
94 L’Ouest Républicain du 01/05/1898.
95 Élu « sous le patronage de la Fédération Catholique », selon Le Courrier de St Nazaire du 30/04/1898. En fait, plus spécifiquement, semble-t-il, de la « Fédération Électorale » de E. Lamy.
96 Le Courrier de St Nazaire du 14/05/1898.
97 Le Courrier de St Nazaire du 14/05/1898.
98 L’Ami de la Vérité du 17/04/1898.
99 Brunellière est un éminent dirigeant socialiste de Loire-Inférieure, on peut aisément avoir accès à l’essentiel de ses écrits « privés » par l’ouvrage de Claude Willard, La correspondance de Charles Brunellière, Paris, Klincsieck, 1968, 269 p.
100 Le Courrier de St Nazaire du 30/04/1898.
101 La pratique du complant est, en gros, à la vigne ce que le métayage est à la polyculture-élevage, une forme d’association « capital-travail ». L’étude la plus récente sur la question est de Philippe-Jean Hesse : « Le bail à complant : Une notion juridique de l’histoire mouvementée du vignoble nantais », in : BSAH (Bulletin de la Société Archéologique et Historique) de Nantes et LA, T. 120, 1984, (pp. 185-215).
102 L’Ami de la Vérité du 01/05/1898.
103 Ibid.
104 Cf. Jean-Marie Mayeur, La vie politique... op. cit. (p. 173).
105 Jean Jolly, Dir., et als., Dictionnaire des Parlementaires Français de 1889 à 1940, op. cit.
106 Baguenault de Puchesse, Edouard Cazenove de Pradine, membre de l’Assemblée Nationale de 1871, député de la Loire-Inférieure (1838-1896) Paris, Imp. de Soye et Fils, 1897, 52 p.
107 Cf. Michel Offerlé, Les partis politiques, op. cit.fp. 93).
108 « Le pape le désire, suffit ! » tranche la Croix Nantaise du 17/04/1891.
109 L’Ami de la Vérité du 01/05/1898.
110 Cf. La Croix Nantaise du 01/05/1898.
111 Ibid.
112 Pour une présentation synthétique de la pensée de J. J. Rousseau, en ce sens cf. l’article « Nation » de Michel Delon in Nouvelle histoire des idées politiques, Dir. P. Ory, Paris Hachette, Pluriel, 1987, 832 p., pp. 27 à 135, (pp. 130-131).
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