Chapitre VIII. Le service de Dieu
p. 181-209
Texte intégral
1C’est au niveau des religieux que culmine le caractère « international » de la noblesse luxembourgeoise. A certaines des causes précédemment évoquées, s’ajoute l’inexistence d’un évêché comme de chapitres sur le territoire de la province. Depuis 1659, le duché dépend de quatre évêchés étrangers aux Pays-Bas autrichiens1 : Trèves et Liège principalement, Reims et Cologne seulement pour quelques villages2. Cette situation inaccoutumée est soulignée par le gouvernement de Bruxelles après la promulgation de l’édit du 20 novembre 1765 défendant aux « sujets de Sa Majesté » de quitter sa domination pour s’établir à l’étranger sans sa permission. Une consulte, rédigée par le Conseil Privé le 20 juin 1766 et destinée à Charles de Lorraine, rappelle que le problème avait donné lieu à un traitement d’exception :
« la disette des Bénéfices Ecclésiastiques dans cette province, l’avantage et la facilité qu’avoient toujours eu ses habitants qui se destinoient à cet Etat d’être pourvus dans les chapitres, Eglises et monastères, qui étoient en grand nombre dans les Pais limitrophes, dont ils se trouveroient tout d’un coup privés, fut un motif digne de considération, qui mût V.A.R. (Votre Altesse Royale) à excepter de la loi toutes personnes des deux sextes, qui s’absenteroient pour obtenir ou qui obtiendroient quelque Dignité, Prébende ou Bénéfice Ecclésiastique, ou qui prendroient Etat Religieux dans les Païs étrangers . ., »3.
2Les résultats des statistiques contenues dans ce chapitre – sauf au niveau de certains couvents de femmes nobles, pour lesquels les renseignements sont plus abondants – doivent être interprétés avec la même réserve que ceux du chapitre précédent, la documentation rassemblée étant soumise aux mêmes aléas.
1) CHANOINESSES ET RELIGIEUSES
3Généalogies, actes notariés, fonds privés et documents concernant les couvents luxembourgeois nous ont permis d’obtenir un échantillon de 225 jeunes filles nobles luxembourgeoises ayant embrassé (temporairement parfois pour les chanoinesses) l’un ou l’autre de ces états, de la fin du XVIIe siècle aux dernières années du XVIIIe siècle. Parmi celles-ci, 70 chanoinesses se répartissent dans les chapitres sis en dehors de la province, tandis que sur les 155 religieuses, 125 entrent dans les couvents luxembourgeois (tableau N° 49).
Tableau N° 49 : RÉPARTITION DES CHANOINESSES ET RELIGIEUSES NOBLES LUXEMBOURGEOISES
| Chapitres nobles | 70 |
| Couvents nobles luxembourgeois | 70 |
| Autres couvents luxembourgeois | 55 |
| Couvents étrangers | 30 |
| Total | 225 |
4Les 70 chanoinesses sont issues de 23 lignages, tandis que le recrutement des couvents nobles luxembourgeois est plus hétérogène : 70 religieuses, issues de 46 lignages ; conséquence probable de l’assouplissement des conditions d’admission au cours du siècle.
A. Les chanoinesses
5L’inexistence de chapitre pour jeunes filles nobles en territoire luxembourgeois oblige les familles à rechercher les prébendes hors du duché, dans les chapitres des Pay-Bas autrichiens ou à l’étranger, particulièrement en Lorraine et dans les principautés allemandes (tableau N° 50).
6On observe une certaine régularité dans l’obtention des prébendes au XVIIIe siècle, malgré la disparition au cours de la même période de certaines familles chapitrales (Autel, Brandenbourg, Eltz, Raville..., tombées en quenouille ; Metternich, Manderscheid..., qui ont quitté le Luxembourg, etc.). Dans le choix des chapitres, la préférence pour les lorrains (40 %) auxquels ont peut associer les autres « français » (21 %) est nettement marquée : environ 60 % des chanoinesses se répartissent entre Maubeuge, Bouxières, Remiremont, Epinal et Sainte-Marie de Metz.
Tableau N° 50 ; RÉPARTITION DES CHANOINESSES ISSUES DE LA NOBLESSE LUXEMBOURGEOISE, DANS LES CHAPITRES ÉTRANGERS

7Les chapitres de Nivelles et Bouxières sont les plus fréquentés sur l’ensemble du XVIIIe siècle (tableau N° 51). Mais, si Remiremont, Epinal et Maubeuge connaissent aussi un certain succès en France-Lorraine, parmi les quatre chapitres nobles des Pays-Bas autrichiens, seul celui de Nivelles peut leur faire concurrence. Maubeuge semble avoir un regain de faveur dans la seconde moitié du siècle, l’évolution inverse s’observant pour Bouxières, Epinal et Nivelles : phénomène partiellement explicable pour ce dernier, par l’effet d’une restriction volontaire des prébendes4. En 1771, celles-ci, à la collation de l’abbesse, ne sont plus conférées depuis quelque temps, lorsqu’elles viennent à vaquer. Par ce biais, les chanoinesses restantes s’en partagent les fruits, augmentant ainsi leurs revenus annuels. Mais, par un édit du 23 décembre 1771, l’abbesse reçoit l’ordre d’y pourvoir dans les six mois. Les revenus des chanoisses, situés alors entre 800 et 900 fl. par an, s’en trouvent diminués. Aussi, des pourparlers sont-ils engagés avec l’évêque de Namur – dont dépend le chapitre – pour obtenir cette fois la suppression des prébendes masculines5. Malgré les réticences de l’évêque, cette démarche obtient quelque succès, le Conseil Privé ayant pris la défense des chanoinesses en lui représentant
« qu’il [l’évêque] avait tort de réclamer l’intérêt du clergé du diocèse de Namur et d’insister sur ce point, vu que ce clergé auroit toujours une carrière plus étendue pour se pourvoir, que des demoiselles de qualité qui, à cause des services de leurs parents et ancêtres méritaient plus d’égard que des prêtres fénéants »6.
8Grâce à cette mesure, les prébendes rapportent en 1781, 1.000 fl. annuels et
« continueront d’augmenter en valeur par le remboursement successif d’anciennes levées »7.
9Pourtant, dès septembre de la même année, on décide de supprimer encore 18 prébendes masculines et d’en répartir les revenus aux 40 chanoinesses, car elles sont « dans le besoin » ; aucune ne sera conférée entre 1782 et 1790. Après les troubles de la révolution brabançonne, le souverain ayant voulu remettre de l’ordre dans le chapitre, l’abbesse dénonce
« la modicité à laquelle étoient réduits les Revenus des Prébendes au point de ne plus suffire à la subsistance et entretien décent et convenable des chanoinesses »8.
10Prébendes laissées vacantes avant 1771, difficultés financières par la suite, il devenait donc peu intéressant d’accéder à ce chapitre vers la fin du siècle.
11Il serait tentant d’expliquer le moindre succès des chapitres allemands et de ceux des Pays-Bas par rapport aux lorrains, par les preuves de noblesse requises. En effet, les chapitres allemands sont réputés pour être les plus exigeants : seize à trente-deux quartiers d’ancienne chevalerie. D’autre part, avant 1769, les chapitres de Mons, Nivelles et Andenne exigeaient huit quartiers (quatre paternels et quatre maternels) « sans bâtardise ni bourgeoisie » avec huit ascendants nobles, et celui de Moustier-sur-Sambre, huit quartiers seulement : conditions à peu près analogues à celles requises à Maubeuge (huit quartiers, huit ascendants), de même qu’à Epinal, Bouxières et Remiremont (huit quartiers). Or, le 25 septembre 1769, Marie-Thérèse fait publier un nouveau règlement par lequel seize quartiers, « tous de noblesse ancienne et chevalereuse », seront désormais exigés (art. I) pour l’entrée dans les quatre chapitres des Pays-Bas9. Suit une énumération de preuves et attestations à fournir. L’article V spécifie :
« seront réputés de noblesse ancienne et chevalereuse tous les quartiers que l’on fera conster avoir été reçus et acceptés dans l’un ou l’autre des chapitres nobles de chanoinesses aux Pays-Bas, y compris ceux de Maubeuge et de Denain, dans les chapitres nobles de chanoinesses, de Prague et Inspruck, dans les chapitres nobles de l’Empire, aux bailliages de l’ordre Teutonique et aux chapitres provinciaux de l’Ordre de Malthe »10.
Tableau N° 51 : RÉPARTITION DES CHANOINESSES LUXEMBOURGEOISES AU SEIN DES DIFFÉRENTS CHAPITRES DES PAYS-BAS ET DE FRANCE-LORRAINE

Il s’agit des chapitres de Longwy et de Denain.
N.B. : Nous n’avons pas inclus les chapitres des autres Pays du St-Empire, ni celui de Prague, les chanoinesses y étant très peu nombreuses et fort dispersées (il s’agit en particulier de Stuben, Bugholtz, Munsterbilsen et Dietkirchen).
12On remarque l’omission des grands chapitres lorrains. En effet, même antérieurement au décret de 1769, la pratique s’éloignant sur ce point de la théorie, il fallait pour entrer à Andenne dresser un arbre de ligne de seize quartiers et en prouver huit. Quant aux huit quartiers paternels, ils devaient être
« d’anciens nobles dont on n’ait pas connaissance du commencement ni de l’anoblissement »11.
13De même, à Mons et à Nivelles, les huit ascendants paternels étaient admis
« quoy qu’ils ne fussent pas tous reçus aux chapitres pourvu qu’ils ne soient pas Annoblis, mais anciens nobles et recevables »12,
14tandis qu’à Remiremont,
« il faut prouver que les quartiers de la demoiselle prétendante ne sont pas moins anciens que de 200 ans... en remontant de père en ayeul, bis-Ayeul ... bien que le 7e et 8e des Ascendants aurait été un Annoblis »13.
15Il est donc plus difficile d’accéder aux chapitres des Pays-Bas au XVIIIe siècle, phénomène encore renforcé – officiellement – en 1769, les exigences de noblesse rejoignant alors celles de certains chapitres allemands.
16Pourtant, si l’on considère les quatorze familles dont les filles ont fréquenté les chapitres lorrains et français au XVIIIe siècle14, leur choix n’a pu découler de cette plus grande facilité d’admission ni d’ailleurs d’un lien politique ou géographique avec ces régions (tableau N° 52).
Tableau N° 52 : ORIGINE DES FAMILLES AYANT EU UNE OU PLUSIEURS FILLES REÇUE(S) DANS LES CHAPITRES LORRAINS ET FRANÇAIS AU XVIIIe SIÈCLE
| Lieux d’origine | Nombre de familles |
| Lorraine | 1 |
| Liège | 1 |
| Pays-Bas | 1 |
| Allemagne | 7 |
| Luxembourg | 2 |
| France | 1 |
| Inconnu | 1 |
| Total des familles | 14 |
17Ce sont en effet, pour la plupart, des familles d’ancienne noblesse allemande (Dobbelstein, Raville ou Rollingen, Warsberg, Zievel, Mohr de Wald, Schauwenbourg, Eltz) qui, hormis les Dobbelstein dont une branche est établie en Lorraine au XVIIIe siècle15, n’y ont pas résidé. De plus, représentées au Siège des Nobles jusqu’à leur propre disparition ou celle de ce corps (à l’exception des Dobbelstein), elles sont habilitées à entrer dans les chapitres allemands. De même les Berlo-Suÿs (originaires de Liège), Lannoy (Lille), Autel (Luxembourg), Briey (Lorraine) et Van der Straten peuvent alors prouver au moins seize quartiers d’ancienne noblesse. Certaines de ces familles ont d’ailleurs rayonné : ainsi les Warsberg dont on trouve les filles à Bouxières, Epinal et Liège ; les Autel à Sainte-Marie de Metz, Bouxières, Epinal et Stuben ; les Berlo-Suÿs et les Lannoy à Maubeuge et Nivelles ; les Dobbelstein à Epinal et Nivelles ; les Raville à Epinal puis à Prague, etc.
18Sans doute l’internationalisme de la noblesse et la position centrale du duché ont-ils été déterminants dans ces choix. Peut-être l’argument économique – conditions financières d’accès, revenus des prébendes – mériterait-il d’être retenu ; mais nous en ignorons les données. Toutefois, tandis qu’en Lorraine le chapitre de Remirement est réputé être le plus riche, suivi d’Epinal, puis de Bouxières16, les membres d’une même famille se répartissent parfois entre les trois : à la fin du XVIIIe siècle, Marie-Thérèse de Schauwenbourg est chanoinesse à Remiremont, l’une de des soeurs, Juliana-Barbe-Antoinette, à Bouxières et une autre, Louise-Franziska, à Epinal. Le choix doit donc également dépendre de la vacance des prébendes.
19En tout état de cause, la fortune des familles n’est pas un élément négligeable pour accéder aux chapitres. Si l’on rapproche celles dont les filles obtiennent des prébendes de celles dont les fils font de brillantes carrières, aussi bien civiles que militaires, on observe une corrélation évidente : environ 65 % des premières appartiennent aussi aux secondes17 ; et dans le cas contraire, il s’agit généralement des dernières descendantes d’anciennes familles illustres – ou de leurs branches luxembourgeoises – (Brandenbourg, Eltz etc.) qui ne peuvent donc entrer dans notre comparaison. Notons pourtant le cas de familles, autrefois riches mais déjà aux prises avec de grosses difficultés financières lors de l’entrée de leurs filles dans les chapitres : Ernestine-Albertine du Bost-Moulin obtient une prébende à Andenne en 1771 et sa soeur, Françoise-Thérèse, à Sainte-Waudru-de Mons en 1776, alors que la ruine totale de leurs parents date de 176318. Dans ce cas précis, les intrigues multipliées par leur mère et le poids de ses relations et protections, ont été déterminants19. De même, l’une des dernières descendantes de la famille de Raville, Eve-Philippe, est reçue au chapitre de la Sainte-Croix à Prague, alors que ses parents n’ont plus de fortune20. Sans doute a-t-elle aussi bénéficié de protections particulières.
20L’entrée dans les chapitres est très prisée par l’ancienne noblesse qui y acquiert ou conserve un certain lustre et l’assurance d’un revenu pour ses filles21. Aussi les prébendes sont-elles parfois conférées à des enfants : Anne-Louise-Florence de Lannoy, née en 1726, est reçue à Maubeuge en 1729 et sa soeur, Adrienne-Florence, née en 1728, en 1732. Henriette-Josèphe-Scholastique van der Straten, née en 1773, entre au chapitre de Denain dès 1780. Un certain nombre d’entre elles se marient par la suite, généralement avec des membres de familles chapitrales, d’où la constitution d’une caste fermée : chez les Lannoy-Clervaux, toutes les filles sont pourvues de prébendes et leurs frères épousent des chanoinesses ou des proches parentes (filles, soeurs) de chanoinesses (généalogie p. 486).
B. Luxembourgeoises et étrangères dans les couvents nobles luxembourgeois
21A la pénurie de chapitres en territoire luxembourgeois s’oppose la relative abondance des couvents nobles. De six à l’origine22, on peut encore en retenir cinq au XVIIIe siècle, non sans nuances : Marienthal (ordre de Saint-Dominique), Hosingen (Saint-Augustin), Differdange et Clairefontaine (Saint-Bernard : Citeaux), enfin Sainte-Claire d’Echternach23. Ceci explique que peu de nobles luxembourgeoises aient dû s’expatrier pour entrer dans les ordres. Par contre, elles subissent une forte concurrence étrangère : sur 133 religieuses nobles (connues) admises dans ces cinq couvents au XVIIIe siècle, on compte 63 étrangères (soit 47 %).
22Les 70 Luxembourgeoises sont issues de 46 lignages dont trois seulement (d’Autel, de Baillet, de Suÿs) ont eu une ou plusieurs filles chanoinesses au XVIIIe siècle ; en effet, d’une part neuf de ces familles sont de nouvelle noblesse, d’autre part – phénomène analogue à celui que nous avons observé pour les chanoinesses – certaines religieuses, entrées dans leur couvent avant le XVIIIe siècle, sont les dernières représentantes de leur famille au Luxembourg (Manderscheid, Daun, Hattstein, Esch, Cicignon etc.). Mais sans doute ne faut-il pas sous-estimer l’incidence des difficultés économiques affrontées par certaines anciennes familles au XVIIIe siècle (Zasse, Pfortzheim, Orsinfaing etc.) qui les poussent à se mésallier ou les mettent dans l’impossibilité d’acquérir des prébendes.
23On constate une relative régularité dans la fréquentation des couvents nobles luxembourgeois par les nobles étrangères, au cours du XVIIIe siècle (tableau N° 53). Ceux-ci connaissent un succès très variable, parfois lié à leur emplacement géographique : l’abbaye de Differdange où les étrangères sont largement majoritaires est située à la frontière lorraine. Aussi sur un total de quinze, treize d’entre elles viennent de Lorraine et les deux dernières de Montmédy24. Même dans les autres couvents, les Lorraines restent les plus nombreuses parmi les étrangères25.
24Le succès de Marienthal, pourtant déjà plus éloigné de la frontière, peut s’expliquer par son excellente réputation de noblesse. A l’inverse des autres couvents, il est en effet le seul à durcir ses exigences en ce domaine, tout en allégeant les conditions financières de l’admission. Parallèlement, Clairefontaine et surtout Hosingen, quoiqu’accueillant jusqu’à leur suppression des descendantes d’anciennes familles, ont ouvert leurs portes aux roturières et ne peuvent plus jouir du même prestige.
C. Évolution des couvents nobles luxembourgeois
25Le couvent de Marienthal, dont la renommée a toujours été grande, a accumulé au cours des siècles une fortune considérable, principalement grâce à de très importantes donations et fondations auxquelles s’ajoutent les dots des religieuses, particulièrement de celles issues d’illustres familles étrangères26. Celle-ci est remarquablement bien gérée par quelques prieures, en particulier Marie-Elisabeth de Daun de Sanem, de 1681 à 1703, et Marie-Catherine de Manteville, de 1709 à 173927. Les affaires de cet établissement sont si prospères à la fin du XVIIe siècle que les religieuses, voulant se faire exempter des aides,
« pour estre toutes filles de première qualité et conséquemment fondées de jouir des mesmes exemptions que jouissent les filles de qualité »,
26sont déboutées de leur demande, car
« les dittes dames... s’enrichissent notablement par l’augmentation de leurs revenuz et cherté des Grains et les dottes qu’elles reçoivent des estrangers qui sont présentement en plus grand nombre que les naturelles du Pays... »28.
27Irrités par leur largesse d’accueil vis-à-vis des étrangères, les conseillers du Conseil Provincal suggèrent dans une lettre au Conseil Privé du 16 février 1699 de
« leurs ordonner de recevoir les naturelles de cette province sujettes de Sa Majesté, préférablement aux estrangers et ce sans dotte, attendu qu’elles sont suffisamment et richement fondées et mesme pour plus grand nombre qu’elles ne sont à présent »29.
28D’après ce que nous connaissons de l’histoire ultérieure de Marienthal, les religieuses honoreront le second point de cette requête, mais non le premier, puisqu’au moment de la suppression du couvent, les étrangères y seront toujours majoritaires : en 1783, sur les dix-huit dernières dames professes, quatre sont nées sur le sol luxembourgeois – dont la prieure, M.-Hyacinthe de Gomez de Barrientos, d’origine espagnole –, six en Lorraine, une en Picardie, enfin les sept autres dans des pays du Saint-Empire, parfois fort éloignés30.
29Quant aux dots apportées par les religieuses, sans doute ont-elles été importantes avant le XVIIIe siècle. Mais à cette époque on n’en trouve presque plus de trace, et lorsqu’en juillet 1751 le couvent demande à être
Tableau N° 53 : ÉVOLUTION DE LA FRÉQUENTATION DES COUVENTS NOBLES LUXEMBOURGEOIS PAR LES NOBLES LUXEMBOURGEOISES ET ÉTRANGÈRES AU XVIIIe SIÈCLE

Pour le couvent d’Echternach, seule la dernière période peut être prise en considération, les données étant insuffisantes pour les périodes précédentes.
N.B. : Les roturières admises dans certains de ces couvents au cours du 18e siècle, n’entrent pas dans cette statistique.
30confirmé dans son droit de n’accepter que des personnes d’ancienne noblesse, les dames font valoir
« que de 6 maisons religieuses de leur sexe qui dans cette province ont commencées à s’établir par des demoiselles nobles, la leurs seroit la seule qui ne se seroit pas départie de ces sentimens d’honneur, et laquelle, étant suffisamment rentée, sera toujour en état de s’y maintenir et de fournir par là à des demoiselles d’une ancienne noblesse, mais disgraciées de la fortune et hors d’état de paier des dots, un refuge où elles puissent suivre leurs inclinations religieuses et finir leurs jours parmi les demoiselles d’une égale extraction »31 ;
31affirmation étayée par l’exemple des demoiselles de Conti et de Bertolde, nées dans les pays héréditaires de l’Empire d’Autriche et bénéficiaires de ce privilège. Mais l’on se garde de citer les étrangères, telle Gabrielle de Manteville (lorraine) reçue sans dot en 173 332. Lorsque dot il y a, elle n’est pas toujours très élevée, du moins comparée à celles généralement promises dans les contrats de mariage, ou même à celles exigées dans certains autres couvents luxembourgeois : Marie-Catherine-Ursule de Manteville (soeur de la précédente), reçue le 29 octobre 1721, apporte 400 écus de France (1.200 livres), plus les habits, ornements et meubles nécessaires33.
32N’ayant donc jamais été réduites à rechercher l’argent des nouveaux riches, les religieuses n’ont
« depuis environ 500 ans...[accordé] le voile religieux chez elles qu’à des demoiselles nobles issues au moins de quatre générations non altérées par des mésalliances »34.
33Or, vers 1751, des familles mésalliées ou de noblesse récente auraient prétendu les contraindre à recevoir leurs filles, en faisant appel à des autorités supérieures35 ; d’où l’indignation des religieuses qui
« ne verroient qu’avec la plus cuisante douleur qu’une maison qui a été illustrée par tant de sang royal et de tant d’anciennes familles, fût deshonorée par du sang souillé de quelques alliances basses et roturières »36 ;
34et ces dames de revendiquer le droit « d’écarter cet orage qui [les] accablerait » en maintenant l’obligation pour chaque récipiendaire de présenter des preuves de noblesse suffisantes.
35On retrouve ici exactement la terminologie dont usent, à la même époque, les membres de l’« ancienne chevalerie » au sein du Siège des Nobles, ou lors des querelles à l’Etat noble ou au Conseil Provincial37 : en particulier les notions de « deshonneur », « souillure », « bassesse », caractérisant l’acte de mésalliance. Marienthal demeurant, de fait, le seul couvent luxembourgeois exclusivement réservé à la noblesse chevaleresque, les religieuses insistent sur l’inutilité de la suppression de ce privilège,
« vu qu’il y a encore, outre nombre d’autres, cinq maisons religieuses, qui accordent le voile à des demoiselles dont la noblesse est plus récente ou altérée »38.
36En fin de compte, le gouvernement provincial leur donne raison puisque « leur maison est très bien arrentée », et d’autant que
« l’introduction des choses contraires à cette coutume ne pouvoir qu’occasionner du désordre par des reproches que les unes pouroient faire aux autres d’une moindre extraction »39 ;
37crainte somme toute justifiée si l’on se réfère aux conflits qui ne cessent d’envenimer les rapports entre les « différentes noblesses » au sein des organes institutionnels. Les dames de Marienthal obtiennent donc l’autorisation de ne recevoir que des demoiselles d’ancienne extraction, comme par le passé, mais non d’introduire – conformément à leur requête – la preuve de seize quartiers, le Conseil Provincial ayant jugé
« ce qui nous paroit très fort, et n’aiant été en usage jusqu’à présent dans le dit couvent »40.
38D’autant plus qu’aucun statut ne prévoit l’exclusion des candidates d’anciennes familles altérées de mésalliance.
39A l’instar du Siège des Nobles, on remarque donc à Marienthal une volonté de durcissement des conditions d’admission, par rapport à celles en vigueur depuis l’origine.
40Parallèlement les autres couvents nobles accueillent, au XVIIIe siècle, non seulement des filles de nouvelle noblesse, mais aussi des roturières. Cette évolution se fait généralement au cours du siècle. L’abbaye Marie-Fontaine, de Differdange, reçoit en 1715 Catherine-Marie des Roberts dont la noblesse ne date que du XVIIe siècle. Alors exceptionnel, le cas se reproduit en 1724 avec l’admission de A.-Marie de Florange (père anobli en 1721), celle de A.-Josèphe de Rousseau (noblesse du XVIIe siècle) en 1746, puis de Marie-Catherine-Rose d’Argens, nièce de la première. Vers la même époque apparaissent les roturières : en 1745, le président du Conseil Provincial informe le comte de Koenigsegg de ce qu’il y aurait eu trois roturières reçues en considération de leurs dots41. Deux autres encore seront ultérieurement admises, en 1759 et 177042.
41Cette « chasse aux dots » témoigne de difficultés matérielles qui, à elles seules, peuvent justifier cette ouverture sur la nouvelle noblesse et la roture. Sous le règne de l’abbesse Françoise de Gourcy (1719-1743) qui entreprend d’importants travaux de restauration des biens de l’abbaye, force est de faire appel aux ressources personnelles des religieuses :
« cette dame abbesse [a] étably le commun dans la maison pour l’entretien des Dames Rtes qui à la douceur de son gouvernement se sont dépouillées elles-mêmes des pensions viagères qu’elles avoient de leurs familles pour les céder à leur digne abbesse »43;
42mesure qui ne pouvait mener bien loin, les pensions versées par les familles étant généralement modestes44. Le couvent était donc loin de connaître l’aisance. Malgré ces tolérances au niveau des admissions, les religieuses demandent en 1769, que soit reconnu à leur abbaye le droit de se titrer « couvent de nobles ». Mais le procureur général de Luxembourg, chargé de donner son avis, reste très réservé, leur reprochant tout à la fois leur laxisme quant aux preuves de noblesse exigées et l’emprise des étrangères sur leur communauté. Ceci d’autant plus que depuis le traité de Versailles du 16 mai 1769, la question de la frontière entre le sud du duché et la France est définitivement résolue45, d’où une recrudescence de l’esprit nationaliste.
43L’évolution du couvent de Clairefontaine est à peu près similaire. Déjà avant la fin du XVIIIe siècle, il ouvre ses portes à la noblesse récente : Marie-France de Longueval (noblesse du XVIIe siècle) y est religieuse en 1696. Mais c’est entre 1720 et 1730 que le phénomène se systématise : d’après une liste établie en 1734, sur douze dames de choeur (abbesse comprise), sept sont issues de familles nouvellement nobles ; en 1752, sur dix-huit dames de choeur, on compte onze filles d’anoblis et une roturière, proportion qui restera à peu près constante jusqu’à la fin du siècle46. En fait, aucune condition de noblesse n’avait été stipulée lors de la fondation de l’abbaye, mais les premières religieuses admises ayant appartenu aux « classes supérieures », la tradition de ne recevoir que des jeunes filles nobles s’était créée d’elle-même. Aussi, aux XVIIe et début XVIIIe siècles, la noblesse constitue-t-elle l’une des conditions essentielles exigées de toute récipiendaire. Or, dans les premières années du XVIIIe siècle, l’abbaye doit faire face à une crise de recrutement due au manque de candidates nobles. Alarmé par cette situation, le Conseil Provincial ordonne à l’abbesse en 1711 d’accueillir des jeunes filles qui, sans être nobles, appartiendraient à des familles honorables. Les religieuses réticentes admettent alors la première roturière, mais sans lui donner voix au chapitre ni le titre de « dame »47. Quelques années plus tard, leur comportement se modifie puisqu’elles ouvrent largement leurs portes à des filles de noblesse très récente (Florange, Pergener, Wiltheim ...) ; ce dont le magistrat de Luxembourg se réjouit, pensant que cette nouvelle génération fera « refleurir le couvent en jeunesse »48.
44Les dots ont-elles joué ici un rôle décisif49 ? En 1734, lors du décès de l’abbesse Marguerite de la Fontaine, il n’y a que 30 écus dans la caisse de l’abbaye, et des dettes considérables contractées, en particulier, pour la rénovation des bâtiments : le couvent vit donc des temps difficiles. Vers 1740, l’abbesse doit se résoudre à vendre des biens (dont la seigneurie d’Hives et Lavaux pour 3.225 écus et la terre de Zélange pour 1.800 écus) tout en contractant de nouvelles dettes (environ 3.000 écus)50. A la mort de l’abbesse Marie-Rose de Jodenville en 1784, les religieuses font leurs comptes : il en ressort que depuis dix ans le couvent accuse un déficit moyen annuel de 132 fl.51. Dans de telles conditions, toute fille bien dotée devait bénéficier de la préférence.
45A Hosingen, l’évolution est encore plus marquée puisqu’à la fin du siècle, lors de sa suppression, le couvent ne compte plus que cinq religieuses et deux novices issues d’anciennes familles, contre le même nombre de religieuses et une novice roturières52.
D. Réactions contre l’emprise des étrangères
46Sauf pour ce dernier couvent, la question des religieuses étrangères est préoccupante au XVIIIe siècle. Cette emprise de la France et surtout de la Lorraine est fortement ressentie par les autorités qui s’en émeuvent. Lorsqu’en 1734, l’abbé d’Orval et le président du Conseil Provincial, Christophe d’Arnoult, doivent entériner l’élection d’une nouvelle abbesse à Clairefontaine, ils refusent de promouvoir à cette dignité Marie-Cécile de Pouilly – qui a pourtant recueilli la majorité des voix – car elle est française et déjà les supérieures étrangères au pays
« remplissent nos abbayes de leurs compatriotes à l’exclusion des nôtres »53.
47De plus, celles-ci montrent généralement plus de rigueur pour la noblesse des postulantes, d’où le risque de compromettre une régénérescence de l’abbaye. En vertu de ces arguments, M.-Rose de Jodenville venant en seconde position est élue abbesse le 21 août 173454. Pour l’abbé d’Orval, une des causes de ce mal réside dans le fait que les confesseurs de Clairefontaine et de Differdange sont français ; or leur influence est grande dans la réception des novices.
48Malgré ce genre de mesures et la publication d’un placard interdisant aux Français d’entrer dans les monastères des Pays-Bas, le 17 août 173455, la situation n’évolue pas jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
49Toujours est-il que pour les jeunes filles de la noblesse luxembourgeoise, il est devenu difficile de trouver une place dans ces couvents. D’où, au moins une tentative de créer un nouvel établissement destiné à accueillir gratuitement des demoiselles d’ancienne noblesse : en 1733, Jeanne-Marie d’Arimont, dame de Nouville etc., célibataire et unique héritière de sa famille, se propose
« en vue de la gloire de Dieu et de son propre salut, d’ériger et fonder un couvent et établissement de 8 ou 10 religieuses de noble famille et extraction de l’ordre de St-François et de Ste-Claire à Nouville, maison de sa naissance... en laissant... tous ses biens meubles et immeubles nobles et exempts de toutes charges »56.
50Elle demande à cet effet des lettres patentes d’agréation et octroi, précisant que cet établissement
« n’a pour but que le salut des pauvres demoiselles, qui, faute de biens, ne peuvent s’éloigner des dangers où le monde et la pauvreté les exposent pour se dévouer entièrement au service de Dieu dans une sainte retraite »57..
51Les députés de l’Etat noble approuvent cette requête puisqu’elle a pour objet
« le soulagement des familles nobles par la libre entrée que leurs filles auront audit couvent, gratis, sans en paier aucune dote, au lieu qu’elles en sont privées dans d’autres monastères par les dotes qu’on exige de leurs parents sans lesquelles elles n’y sont pas admises »58.
52Mais, en vertu des mesures prises contre les donations aux institutions de mainmorte, l’autorisation sera refusée59.
E. La vie monastique
53Au hasard des documents on a pu recueillir quelques détails de la vie quotidienne dans certains de ces couvents nobles au XVIIIe siècle. D’une façon générale, les jeunes filles commencent très jeunes leur noviciat qui dure une année (Marienthal) ou deux (Clairefontaine, Hosingen). Suit la « profession »60. Ces deux étapes occasionnent des frais supplémentaires aux familles61 qui, par ailleurs, s’engagent à verser une pension viagère (remplaçant ou en sus de la dot), destinée à subvenir à l’entretien de la religieuse62. Celle-ci reçoit parfois, en outre, un petit supplément pour « ses épingles » ou pour ses « douceurs ». A certaines de ces religieuses incombe une fonction précise dans la communauté : portière, grainetière, célerière etc. Mais les travaux domestiques sont effectués par les soeurs converses, roturières, aidées par des domestiques laïcs63.
54Au riche couvent de Marienthal, la vie monastique n’est pas dénuée de tout confort. Outre celle destinée au culte, les religieuses disposent d’une luxueuse argenterie de table64, et d’un mobilier assez diversifié. La nourriture aussi est variée : les céréales occupent peu de place tandis qu’on y consomme quantité de viandes et poissons (écrevisses, saumons, brochets, harengs, anguilles, truites, carpes etc.). De juin 1714 à août 1715, la communauté se nourrit de 40 veaux, 10 boeufs, 184 moutons, 2 chevreaux et 5 porcs, auxquels s’ajoutent gibiers et volailles. En outre, le beurre tient une grande place et le vin semble apprécié65. La vie monastique est rythmée par l’élection de la prieure, tous les trois ans, par les religieuses de la communauté qui la plupart du temps réélisent celle déjà en place66.
55Certains couvents67 accueillent des « pensionnaires », généralement nobles : soit de toutes jeunes filles envoyées là probablement dans un but éducatif, soit des veuves qui y trouvent un lieu de retraite68.
56Quant à l’observance des règles monastiques, un incident survenu au couvent de Clairefontaine mérite que l’on s’y arrête. Le respect de la règle s’est quelque peu relâché à la fin du XVIIe siècle. Aussi, lorsqu’en 1710, l’abbé de Saint-Rémy reçoit l’ordre d’y faire une visite canonique, il rétablit, entre autres, la clôture jusque-là négligée, remet en vigueur le silence qui sera strictement observé, de même que les principes de la vie commune. Quelques années plus tard, en 1748, un confesseur gagné au jansénisme impose un rigorisme extrême aux religieuses. Trois d’entre elles (Anne-Marie des Roberts, Marie-Anne de la Fontaine et Jeanne-Marguerite de Marchant) se montrent récalcitrantes, d’où une effervescence dans le couvent qui aboutit en 1751 à leur transfert dans l’abbaye cistercienne (non noble) de Bonnevoie, tout en leur laissant voix aux élections de Clairefontaine69. Après maints rebondissements, cette affaire prend fin en 1752, à la suite d’une visite de l’abbé de Clairvaux et de l’assouplissement de la rigueur introduite quelques années auparavant70.
F. La fréquentation des couvents non nobles
57D’autres religieuses issues de familles nobles luxembourgeoises entrent dans des couvents non réservés à la noblesse, en particulier ceux du Saint-Esprit et de Notre-Dame, à Luxembourg. Même si les lacunes de la documentation ne permettent pas ici l’approche statistique, on note cependant que sur le total de 155 religieuses nobles connues (étrangères et chanoinesses non comprises), réparties dans les couvents nobles, non nobles et étrangers, seules 36 (soit 23 %) sont de noblesse récente. Le service divin semble donc ne pas avoir attiré outre mesure les nouveaux venus dans l’ordre de la noblesse.
58La charge financière incombant aux familles pour le placement de leurs filles dans les couvents non nobles est à peu près aussi lourde que dans les couvents nobles. D’après la règle du couvent du Saint-Esprit à Luxembourg, la dot est fixée à 1.000 écus71. Pourtant cette somme n’est qu’exceptionnellement payée : à la fin du XVIIe siècle, deux soeurs de l’ancienne famille d’Huart ne fournissent que 582 écus pour elles deux72 ; en 1733, Marie-Xavière-Josèphe et Marie-Antoinette-Josèphe de Villers-Masbourg apportent conjointement 1.000 écus73. La plupart des dots effectivement payées se situent autour de 500 écus. De même à la congrégation de Notre-Dame : à une dot de 500 écus, Marie-France-Jeanne-Antoinette de Baillet doit joindre en 1734, 200 écus « pour habits » et 72 écus pour deux ans de noviciat74 ; en 1731, Marie-Régine de Pergener, outre la même somme, fournit « ses habits, linges et autres ameublements »75. Par contre, en 1735, Odile Ludovisi (roturière) doit payer 800 écus pour sa dot et 200 écus de « meubles et accomodements »
« selon la convention que Monsieur son frère a faite avec Madame la Supérieure »76.
59Le montant d’une dot est donc ici, comme pour le mariage, le fruit de négociations préalables. Ces exemples montrent que le choix d’un établissement non noble ne dépend pas d’exigences financières moins contraignantes. D’autant que, comme on l’a vu pratiquer dans le cas des couvents nobles, la famille s’engage à verser à la religieuse une rente viagère située entre 10 et 50 écus par an.
60Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, ces contraintes financières imposées aux familles ayant été jugées abusives, les conseils provinciaux des Pays-Bas autrichiens proposent conjointement d’interdire totalement le versement de pensions viagères ; décision nuancée par une mesure prise par Marie-Thérèse, permettant la constitution de rentes d’un revenu maximum de 50 fl., destinées aux religieuses pour leur usage personnel77. Plus tard, l’ordonnance du 13 mai 1771 impose la gratuité absolue de l’admission à l’état de religieux, tandis que l’ensemble des frais du noviciat et de l’entretien sont laissés à la charge du couvent78.
61Dans quelle mesure ces règlements ont-ils été respectés ? Si notre documentation ne nous permet pas de le savoir, on peut supposer que ces nouvelles conditions, visant l’ensemble des couvents des Pays-Bas autrichiens, ont été durement ressenties par les couvents nobles luxembourgeois autres que Marienthal.
G. Les nobles luxembourgeoises dans les couvents étrangers à la province
62Malgré les possibilités offertes en territoire luxembourgeois, un certain nombre de jeunes filles nobles entrent dans des couvents étrangers à la province.
Tableau N° 54 : RÉPARTITION DES RELIGIEUSES NOBLES LUXEMBOURGEOISES DANS LES COUVENTS EXTÉRIEURS À LA PROVINCE

a) Il s’agit de Salzinne (Namurois), Waesmunster (Brabant) et de la congrégation Notre-Dame de Mons.
b) Les couvents nobles de Niederprüm (5 cas) et Herckenrode (1 cas), les couvents de Ste-Anne de Trêves (2 cas), Notre-Dame de Trêves (3 cas) et Weynecken (1 cas) ; en outre deux religieuses « à Mayence », sans autre précision.
c) Le noble monastère de Bonhet (?) (1 cas), la Providence à Charleville (2 cas), les Ursulines de Metz (1 cas), Juvigny (2 cas), Argenton (2 cas), l’abbaye St-Louis à Metz (1 cas), Alençon (1 cas), les Recollectines de Verviers (1 cas), les Carmélites de Verdun (1 cas), et une religieuse à Longwy.
63Contrairement aux chapitres, les couvents des principautés du Saint-Empire connaissent un succès égal à ceux de France-Lorraine, à l’inverse de ceux des Pays-Bas, peu recherchés (tableau N° 54). Sans doute retrouve-t-on, du moins au niveau des couvents « nobles », les effets déjà signalés de la concurrence entre noblesses des autres provinces des Pays-Bas et luxembourgeoise.
64Ces 30 religieuses entrées dans des couvents étrangers représentent 19 % de l’ensemble (connu) des filles nobles luxembourgeoises ayant embrassé la religion. Au total, sur notre échantillon de 225 religieuses et chanoinesses, 100 d’entre elles (70 chanoinesses et 30 religieuses), soit 44,5 %, s’établissent en dehors du duché et parmi celles-ci 77 (50 chanoinesses et 27 religieuses), soit 34 %, à l’« étranger », c’est-à-dire hors des territoires habsbourgeois. Or, ces proportions représentent un minimum, la marge d’erreur étant moins grande – grâce aux archives conventuelles – pour les religieuses restées dans la province. Parallèlement, les étrangères – nous l’avons vu – représentent 47 % de l’ensemble des filles nobles admises dans les couvents nobles luxembourgeois à la même époque79. Ces chiffres sont révélateurs du brassage qui s’opère entre le duché et les états voisins au niveau des établissements religieux.
H. La suppression des couvents à la fin de l’Ancien Régime
65Dès le 12 janvier 1782, Joseph II déclare la suppression des couvents de chartreux, des camaldules et ermites, ainsi que des couvents de carmélites, de clarisses, de capucines et franciscaines80, entérinée par le décret du 17 mars 1783. Jugeant les ordres contemplatifs « inutiles », le souverain décide d’employer une partie des revenus du clergé régulier
« à un usage plus utile et plus intéressant que ne l’est celui qu’on en fait jusqu’à présent »,
66c’est-à-dire à accroître le nombre des curés et fonder des établissements philanthropiques81. Sont donc exceptés les ordres monastiques qui se vouent à la prédication, l’enseignement ou le soin des malades. En principe, tous les couvents nobles de même que ceux du Saint-Esprit et de Bonnevoie sont visés par cette mesure. Mais trois d’entre eux (Clairefontaine, Differdange et Bonnevoie) y échappent, après avoir pu prouver leur utilité : ainsi, les religieuses de Clairefontaine ont, depuis plusieurs années, ouvert une école de filles et s’engagent à poursuivre cette oeuvre82.
67Des commissaires sont nommés par le gouvernement de Bruxelles à l’effet de procéder aux inventaires et à la liquidation des biens des maisons supprimées ; entre autres, le procureur général du Conseil, N. d’Olimart, à Marienthal et Sainte-Claire d’Echternach. Les religieuses ont le choix entre le retour au monde civil et l’entrée dans un autre ordre ou dans une maison du même ordre située à l’étranger. Une « Caisse de religion » (« Religionskiste »), dirigée par un comité spécial et alimentée par les revenus des couvents supprimés et la vente de leurs biens, devra verser des pensions convenables à tous les religieux sécularisés.
68Les dix-huit religieuses de Marienthal optent pour la première solution83, de même que les six dernières dames de choeur de Sainte-Claire d’Echrernach84. Presque toutes rentrent dans leurs familles où, cependant, elles ne recouvrent pas leurs droits. A leur sortie du couvent, chacune d’elles reçoit un habit séculier « décent et convenable, de préférence en noir ou en brun », et a droit à une gratification pour couvrir ses frais de voyage : 210 fl. br. si elle quitte le pays et sinon, 100 fl. br. Celles qui entreront dans un couvent d’un autre ordre au Luxembourg recevront une pension annuelle de 210 fl. br., élevée à 280 fl. br. s’il s’agit d’un établissement hospitalier. Si elles retournent dans le monde, cette pension sera de 300 fl. br. par an, ou 350 fl. br. pour celles ayant dépassé l’âge de 60 ans. Par contre, celles qui choisissent de partir pour l’étranger, perdent leur droit à cet égard. Quant aux novices, elles sont congédiées avec un viatique unique de 210 fl.85.
69Malgré ces mesures, certaines religieuses, dont la plupart sont malades86, ne peuvent subvenir à leur entretien et demandent des secours à la Caisse de religion. Le 28 août 1783, un médecin d’Echternach certifie que Lucie de Pfortzheim, ci-devant religieuse à Sainte-Claire, doit dépenser les deux tiers de sa pension pour l’achat de « drogues ». N’ayant pu en obtenir l’augmentation, elle est aidée par sa soeur jusqu’à son décès en 1783. Cette dernière, complètement démunie, reçoit un secours de 84 fl. ne couvrant que la moitié de ses dépenses87. Des demandes analogues, contenues dans le dossier de la Caisse de religion, témoignent de la détresse d’anciennes religieuses88, d’autant plus grande à la fin du siècle que le prix des grains atteint son maximum89. En effet, surtout après la suppression des dots et pensions en 1771, le couvent constituait un établissement sûr et honorable pour les filles des familles défavorisées par la fortune ; avantage d’autant plus grand que, selon la Coutume, la religieuse perdait après sa profession tous droits sur la succession de ses parents90. Par le biais de l’entrée en religion d’un ou plusieurs enfants, le patrimoine pouvait donc être préservé d’un trop grand morcellement.
70Face à ce problème nouveau les Etats ne tardent pas à réagir : le 15 juin et le 6 juillet, les députés présentent des requêtes au souverain, visant à destiner
« les Biens et Revenus de la maison religieuse supprimée des Dames de Marienthal à la fondation d’un chapitre pour les demoiselles nobles de cette province et ainsi pour le soulagement des familles de ce rang ; [ainsi Marienthal serait] érigé[e] en chapitre, dans lequel des dames qui ci-devant y avoient fait profession pourroient rentrer comme chanoinesses séculières avec les Dames des abbayes supprimées de Hosingen et d’Echternach... il ne seroit reçu que des demoiselles tant de cette province que des autres des Pays-Bas autrichiens, moyennant la preuve de leur noblesse conformément à ce qui se pratique pour être reçu à l’Etat noble... »91.
71Pour ce faire, on grouperait tous les biens et revenus des couvents de Marienthal, Hosingen et Echternach. Puis pour les filles « d’honnêtes familles roturières » serait créé un établissement dans l’ancien couvent du Saint-Esprit, grâce aux biens des couvents supprimés des chanoines réguliers de Houffalize et des Trinitaires de Bastogne et Vianden ; ceci car
« nous croyons en effet que dans une province pauvre comme la nôtre, on ne peut former d’établissement plus pieux et plus utiles que de procurer aux demoiselles de la noblesse, de même qu’aux filles d’honnêtes familles roturières, une retraite tranquille, qui leur assurant une subsistance conforme à leur état, soulagent leurs familles et conservent la pureté de leurs moeurs »92.
72Le baron de Feltz, chargé d’administrer la Caisse de religion, est sceptique quant à la réussite d’un tel projet, les revenus ordinaires des maisons supprimées ne suffisant pas – et de beaucoup – au paiement des pensions des « individus » sortants. Il accepte toutefois de soumettre la question au souverain
« puisque plusieurs des plus anciennes familles du pays vivoient dans une pauvreté reconnue qui les empêchoit non seulement d’établir leurs enfants, mais encore de leur procurer une éducation convenable »93.
73Une nouvelle supplique datée du 15 mars 1788 reste sans réponse, toujours en conséquence des difficultés de financement signalées par le baron de Feltz94.
74Cette question demeurera en suspens jusqu’au moment où le couvent de Marienthal tombera aux mains des troupes révolutionnaires françaises, en 1790. Les abbayes de Clairefontaine et de Differdange seront supprimées le 22 septembre 1796 par le gouvernement français qui proposera aux religieuses un « bon de retraite » (rente viagère) de 10.000 livres en assignats. Sur les huit religieuses restées à Differdange, quatre le refuseront « parceque [leur] conscience le [leur] défend »95, tandis qu’à Clairefontaine, sur neuf religieuses, deux seulement l’accepteront96.
2) LES RELIGIEUX
75L’éparpillement des religieux appartenant aux haut et moyen clergés hors des frontières de la Province – dû à l’absence de cathédrale et de collégiale en territoire luxembourgeois97 –, rend l’approche quantitative aléatoire. Les généalogies – quoique complétées par les actes notariés, les papiers privés, enfin le Cadastre pour la seconde moitié du siècle – sont loin d’embrasser l’ensemble des familles ; aussi l’échantillon de 172 ecclésiastiques que ces documents nous ont permis de constituer, ne revêt ici qu’une valeur de sondage. Ces réserves faites, il semble néanmoins que dans la noblesse luxembourgeoise, le service de Dieu ait joui d’une moindre faveur encore chez les hommes que chez les femmes.
76La répartition des ecclésiastiques dans les diverses strates hiérarchiques de l’Eglise varie sensiblement au cours du XVIIIe siècle.
Tableau N° 55 : ÉVOLUTION DE LA RÉPARTITION DES ECCLÉSIASTIQUES NOBLES DANS LA HIÉRARCHIE DE L’ÉGLISE AU XVIIIe SIÈCLE (selon la date vraisemblable d’entrée en religion)

Evêques, doyens de chapitres, chanoines, grands écolâtres.
Curés, prêtres, chapelains, clercs, diacres et sous-diacres.
77On remarque une notoire désaffection des ordres réguliers dans la seconde moitié du siècle, au profit du bas clergé (tableau N° 55). Si, pour les jésuites, le phénomène est en partie explicable par la suppression de l’ordre en 1773, il n’en est pas de même pour les autres ordres, celle des monastères masculins n’intervenant qu’en 1796. Pourtant, sur les effectifs de 13 d’entre eux à la fin du siècle, soit 161 religieux et quatre prieurs, on ne compte plus un seul membre de la noblesse98. De même, si l’on prend l’exemple de l’abbaye bénédictine de Saint-Hubert, une liste des religieux y ayant fait leur profession depuis la réforme de 1619 montre que, sur un total de 55 entre 1619 et 1650, 10 sont nobles (soit environ 18 %), et sur un total de 134 entrés de 1650 à 1795, 11 sont nobles (soit environ 8 %)99. Le recul de la noblesse dans les monastères n’est donc pas un phénomène nouveau à la fin du XVIIIe siècle, mais le résultat d’un processus entamé au moins depuis la seconde moitié du XVIIe siècle.
78Peut-être doit-on voir néanmoins une relation entre ce manque d’enthousiasme de la part des nobles à entrer dans les ordres réguliers, et la politique menée par le gouvernement thérésien, cherchant à restreindre la richesse et l’influence du clergé : ainsi, par un édit datant de 1753, une autorisation préalable aux donations mobilières en faveur des établissements religieux est désormais exigée, tandis que la taxe à payer pour les nouvelles acquisitions est augmentée100. Ces mesures seront encore aggravées par l’ordonnance du 13 mai 1771101.
79En tout état de cause, le report s’est fait au profit du bas clergé, en particulier des curés : sur un total de 29 curés – relevés dans nos différentes sources – pour l’ensemble du siècle, 19 sont nommés après 1750. De même, à partir de cette date, les prêtres (sans autre précision), chapelains et diacres se multiplient. D’après les renseignements fournis par le dénombrement et le Cadastre de 1766, les curés, qui ont au minimum une personne à leur service, jouissent de revenus fonciers nets dépassant généralement 200 fl. par an (moyenne : 340 fl.), soit supérieurs à ceux d’une bonne partie des chefs de famille nobles102. On rencontre dans les rangs du bas clergé des membres de familles anciennes (Saint-Baussant, Stassin, Villers-Masbourg, Pfortzheim, Sprimont...), mais généralement non chapitrales. Outre chez les anoblis récents qui y figurent en majorité, le recrutement se fait surtout dans des familles restées modestes malgré plusieurs générations de noblesses (de Senocq etc.). Quelques-uns de ces curés ou prêtres exercent leurs fonctions dans le village, siège du berceau de la famille. De ce fait certaines localités sont, par leur seigneur et leur curé, étroitement soumises à l’influence d’une famille (les Orchimont à Bièvre103, les Senocq à Léglise104). Certains prêtres vivent dans le château ou la maison seigneuriale de la famille, auprès de leurs parents et/ou de leurs frères et soeurs (Charles-Claude d’Ahérée à Saint-Léger105, Charles d’Olimart à Bettendorf106, Jean-François de Rousseau à Neffe107 etc.).
80Chez les jésuites, le recrutement noble est très hétérogène : à Luxembourg, on relève dans leurs rangs deux frères de l’ancienne famille chevaleresque et militaire d’Huart à la fin du XVIIe siècle, puis des représentants de familles de magistrats (Arnoult et Cassai), et des anoblis (Jardin, Marchant, Nisramont...).
81Lorsqu’on gravit les échelons de la hiérarchie, on sort de la province (tableau N° 56).
82Si, quantitativement, les autres provinces des Pays-Bas (espagnols puis autrichiens) attirent davantage les ecclésiastiques nobles luxembourgeois pris dans leur ensemble (60 à 70 %), les membres des haut et moyen clergés se trouvent principalement dans les autres pays du Saint-Empire, soit les principautés allemandes et l’évêché de Liège108.
83Afin de mettre en évidence une éventuelle évolution dans cette dispersion géographique au cours du siècle, on analyse la répartition des 69 membres des haut et moyen clergés au cours des deux demi-siècles (tableau N° 57).
84On observe, dans la seconde moitié du siècle, une orientation nouvelle – au détriment des principautés allemandes – vers l’ensemble des Pays-Bas, évêché de Liège compris. Ceci est en grande partie imputable à l’extinction et au départ de grandes familles d’origine allemande, ayant au début du siècle fourni de forts contingents aux chapitres allemands, et dont plusieurs membres ont été pourvus de hautes dignités ecclésiastiques : ainsi les Metternich, représentés dans les chapitres de Trêves, Spire et Mayence ; de même les Raville qui ont également compté un prince-évêque de Spire109 ; les Autel à Worms et Bruchsal, les Eltz à Spire, ainsi que les von der Feltz à Bruchsal, au tout début du XVIIIe siècle. Plus tard, quoique leur nombre ait globalement diminué, les quelques Luxembourgeois membres des haut et moyen clergés dans les principautés allemandes sont toujours issus d’anciennes familles allemandes : de Warsberg à Trêves, Spire, Mayence et Worms, Mohr de Wald à Spire, Trêves, Worms et Bruchsal, etc., toutes familles admises au Siège des Nobles et à l’Etat noble du Luxembourg.
Tableau N° 56 : RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES ECCLÉSIASTIQUES NOBLES LUXEMBOURGEOIS (base = 172)

a) Autres provinces des Pays-Bas
Tableau. N° 57 : ÉVOLUTION DE LA RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES MEMBRES DES HAUT ET MOYEN CLERGÉS ISSUS DE LA NOBLESSE LUXEMBOURGEOISE, AU XVIIIe SIÈCLE

85Parallèlement, celles de la partie wallonne du pays et/ou d’origine française s’orientent plutôt vers l’évêché de Liège : d’Everlange à Tongres et Huy (collégiales), de Lafontaine d’Harnoncourt et de Malaise à Tongres, de Lannoy à Saint-Lambert de Liège (cathédrale), Rossius d’Humain à Saint-Paul et Saint-Denis de Liège (collégiales), Rossius de Liboy à Saint-Pierre de Liège etc. ; et dans une moindre mesure, vers les autres provinces des Pays-Bas autrichiens (Bruxelles, Tournai, Gand . ., )110.
86L’orientation des intérêts vers les pays allemands et l’évêché de Liège est donc essentiellement liée au lieu d’implantation des familles dans le duché ou/et à leurs origines territoriales ; et, en corollaire, le moindre succès des autres provinces des Pays-Bas autrichiens découle vraisemblablement de leur plus grand éloignement.
87Quoique l’état de notre documentation ne nous permette pas de connaître précisément les preuves de noblesse exigées pour l’obtention des canonicats, nous constatons que les nobles concernés sont issus de très anciennes familles généralement aisées.
88Si l’investissement est important au départ, un canonicat peut assurer néanmoins un revenu annuel confortable. Prenons l’exemple de Gand : en 1710 pour obtenir un canonicat, le coût des bulles de Rome est de 242 ducats, auquel s’ajoute celui de la réception au chapitre, soit 100 ducats. Le revenu annuel en est de 500 à 600 écus à la condition d’y résider, sinon il est nul. La résidence théoriquement obligatoire est de six mois et un jour et donne voix active aux élections111.
89Au total – même compte tenu des lacunes probables de notre documentation –, tout comme l’armée, le service divin ne semble pas avoir massivement attiré les enfants de la noblesse luxembourgeoise, au XVIIIe siècle. Sans doute ce phénomène est-il lié au fait que sur le plan des chapitres et des hauts bénéfices ecclésiastiques – et c’est un leitmotiv – les nobles luxembourgeois n’ont aucune chance dans la province. Ils se tournent alors vers leurs voisins les plus proches, les femmes s’orientant plutôt vers les chapitres nobles lorrains, les hommes vers les collégiales et cathédrales allemandes et liégeoises. Mais, alors qu’au niveau des couvents de femmes, en particulier des couvents nobles, la province est pour une fois bien pourvue, les jeunes filles nobles luxembourgeoises qui devraient pouvoir y trouver un établissement honorable y subissent la concurrence des étrangères, particulièrement des Françaises. Celles-ci s’imposent surtout grâce à leurs dots, comme le font, parallèlement, les filles d’anoblis et de roturiers qui, par leur infiltration progressive, finissent par faire perdre leur statut de couvents « nobles » à certains de ces établissements. La mainmise française – que nous retrouverons au niveau de la forge112 – ne peut qu’être le ferment d’un sentiment anti-français – dont nous reconnaîtrons les effets à plusieurs reprises –, très vif chez une partie de la noblesse d’origine allemande113.
Notes de bas de page
1 Ceux-ci dépendaient de l’archevêché de Malines et des sept évêchés de Gand, Bois-le-Duc, Ruremonde, Bruges, Anvers, Ypres et Tournai (E. DISCAILLES, Les Pays-Bas sous le règne de Marie-Thérèse, 1740-1780, Bruxelles 1873, p. 106).
2 N. MAJERUS, Histoire du Droit..., op. cit., t. 2, p. 615.
3 AGR, Conseil Privé, dossier n° 673 (cité par A. SPRUNCK, Etudes sur la vie..., op. cit., t. 2, pp. 134-135).
4 AGR, Conseil Privé, dossier n° 738 B.
5 Celles-ci étaient conférées à des prêtres non nobles.
6 Cf. note 4.
7 Cf. note 4.
8 Cf. note 4.
9 AGL, A V 1, Règlement pour les preuves de filiation et de noblesse requises pour entrer aux chapitres nobles des Pays-Bas, 23 septembre 1769.
10 AGL, A V 1, Règlement pour les preuves de filiation et de noblesse requises pour entrer aux chapitres nobles des Pays-Bas, 23 septembre 1769.
11 Traité de la noblesse, op. cit., chap. XIII et XIV.
12 Traité de la noblesse, op. cit., chap. XIII et XIV.
13 Traité de la noblesse, op. cit., chap. XIII et XIV.
14 Ces familles sont, dans les chapitres lorrains et français : Berlo-Suÿs, Briey, Dobbelstein, Lannoy, Mozet de Grune, Raville, Warsberg, Zievel, Autel, Eltz, Mohr de Wald, Schauwenbourg, van der Straten ; aux Pays-Bas : Baillet, Berlo-Suÿs, Bost-Moulin, Dobbelstein, du Han de Martigny, Lannoy, Brandenbourg, Coppin, la Barre du Mesnil ; dans les autres pays du Saint-Empire : Autel, Boland, Heyden, Metternich, Warsberg, Brandenbourg ; à Prague : Baillet et Raville.
15 Charles-Auguste, baron de Dobbelstein et d’Eynembourg, seigneur de Tavigny, Ouren, Huppenberg et Arsfeldt, réside à Nancy (AGR, Comité pour le Dénombrement du Luxembourg, reg. n° 76 à 81).
16 M. MARION, Dictionnaire . . op. cit., p. 97.
17 Ainsi les familles d’Autel, de Baillet, de Boland, de Berlo-Suÿs, de Briey, de Dobbelstein, de Lannoy, Mozet de Grune, de Raville, de Warsberg, de Zievel, Mohr de Wald, du Mesnil, etc.
18 J. MERSCH, « Des Francs-Maçons... », op. cit., « Le marquis du Pont d’Oye », p. 465.
19 « Après avoir lu votre lettre j’ai demandé à la Marquise, si elle savait qu’à Bruxelles on remuait ciel et terre pour faire avoir la prébende en question à Mlle Titine [Albertine] ; elle m’a répondu que tout ce qui s’y passait était son ouvrage, qu’elle s’en applaudissait et qu’elle était sûre de réussir » (Lettre de M. de Molo au baron de Vaux, 7 octobre 1771, publiée par P. NOTHUMB, « La fin tragique de la Marquise du Pont d’Oye vue et racontée par deux témoins », in AIAL, t. 68, 1937, p. 163). Pour Françoise-Thérèse, la lettre patente du 20 août 1775 (obtenue gratuitement) « a été envoyée à l’Ambassadeur de France parce que la Reine de France s’est intéressée pour cette demoiselle » (AGR, Chancellerie autrichienne, reg. n° 607).
20 Voir supra, pp. 84-85.
21 Parlant de Thérèse du Bost-Moulin, candidate à Sainte-Waudru, M. de Molo écrit : « Elle attend la réussite de son affaire avec toute l’impatience du désir. Enffin, cher ami, elle est perdue sans ressource si elle lui échappe... » (cité par P. NOTHUMB, op. cit., p. 162).
22 Demande de confirmation par le couvent de Marienthal, de son droit de n’accepter que des personnes d’ancienne noblesse, 3 juillet 1751 (publiée par N. van WERVEKE, « Le Cartulaire de Marienthal », in PSH, t. 39, 1891, pp. 262 et 264).
23 Sur le couvent d’Echternach, les sources sont très succinctes pour le XVIIIe siècle : nous n’avons retrouvé qu’une seule liste de religieuses établie lors de sa suppression en 1783 (A. SPRUNCK, « La suppression du couvent des clarisses d’Echternach en mai 1783 », in OH, t. 38, 1932, p. 19). Cyprien MERJAI (BNL, M I 240, Voyages curieux et utiles, 1804, t. 21, f° 1843) écrit à son sujet « Quant à cette maison elle étoit Noble et étoit gouvernée par une abbesse et par une prieure ». D’après lui, en 1763, outre ces dernières, il y aurait eu onze dames « de familles nobles ».
24 Elles sont issues des familles lorraines de Gourcy, d’Autecourt, de Lafontaine d’Harnoncourt (branche lorraine), de Saintignon (de même), Simonet, des Armoises, de Boudonville, de Routher, de Florange, de Gorcey ; enfin des familles des Roberts et d’Argens, de Montmédy.
25 On trouve en outre des filles des familles étrangères de Villecholle, de Manteville, de Néverlée, de Pouilly, de Gourcy, de la Tour en Woivre, d’Omose, à Marienthal ; et des familles de Pouilly, de Cugnon, de Florange, de Pergener, à Clairefontaine.
26 Le couvent de Marienthal avait fait, d’après une moyenne calculée en 1782, un bénéfice de 18.723 fl. 2 s. 1/2 d. et en 1783, de 13.725 fl. 11 s. 4 d. (C. KERTZ, Le Prieuré noble de Marienthal : Radioscopie de la vie économique et sociale du Couvent des Dominicaines vers la fin du XVIIIème siècle, mémoire dactylographié, Luxembourg 1979, pp. 148 et 151). Parallèlement, le couvent de Clairefontaine fait en moyenne, entre 1774 et 1784, 132 fl. de déficit par an, et, en 1788, 11 fl. (Rd. P. GOFFINET, « L’Ancienne abbaye de Clairefontaine », 3e partie, « Les abbesses de Clairefontaine », in AI AL, t. 42, 1907, pp. 146-147). Nous ignorons les chiffres de recettes et de dépenses des autres couvents. D’autre part, lorsqu’en 1796 le gouvernement révolutionnaire aliène les immeubles des couvents situés dans la province, ceux de Marienthal le sont pour 849 195 francs, ceux de Clairefontaine pour 428.455 fr. et ceux de Differdange pour 295.920 fr. De plus, alors que les autres couvents sont tous plus ou moins endettés, Marienthal, en 1782, a déjà avancé un capital de 31.515 fl. 13 s. 2 d., dont il reçoit 1.600 fl. 9 s. 4 d. d’intérêts annuels (C. KERTZ, Le Prieuré..., op. cit., p. 126). Ces quelques éléments montrent la supériorité financière de ce couvent sur les autres.
27 La première fera, en particulier, construire le refuge de Marienthal dans la ville de Luxembourg, agrandir l’église du couvent, reconstruire les églises de Tuntange, Oberpallen, Beckerich et Reckange. Elle sera réputée pour la vigueur avec laquelle elle défendra les droits et prérogatives de son couvent. La seconde fera reconstruire la plupart des bâtiments conventuels menacés de ruine (C. KERTZ, Le Prieuré..., op. cit., pp. 15-16).
28 Communication par les députés de l’Etat noble au Conseil Provincial, 1698 (citée par N. van WERVEKE, « Le Cartulaire... », op. cit., p. 252).
29 Requête au Conseil Privé, 16 février 1699 (ibtd.).
30 C. KERTZ, Le Prieuré..., op. cit., pp. 22-23 (voir en annexe p. 545).
31 Requête de l’Etat noble à S.A.R. Charles de Lorraine (citée par N. van WERVEKE, « Le Cartulaire... », op. cit., p. 262).
32 Original du 1er octobre 1733 (publié in ibid., p. 261).
33 Original du 29 octobre 1721 (publié in ibid., p. 261).
34 Cf. note 26.
35 « Il seroit cependant que certains nobles de cette province qui ont eu la bassesse de se mésallier, en épousant des rôturières, et d’autres à qui leur opulence a permis de se fair annoblir récemment, menaceroient les remonstrantes de les contraindre par des ordres supérieurs à recevoir leurs filles dans leurs couvent » (Requête à S.A.R. Charles de Lorraine, 1751, publiée in ibid., p. 262). Nous ignorons de quelles familles il s’agit.
36 Cf. note 26.
37 Voir supra, p. 103 et ss., et p. 111 et ss., et infra, p. 214 et ss.
38 Cf. note 26.
39 Avis du Gouverneur et gens du Conseil Provincial de Luxembourg, le 17 juin 1751 (publié in ibid., p. 265).
40 Avis du Gouverneur et gens du Conseil Provincial de Luxembourg, le 17 juin 1751 (publié in ibid., p. 265).
41 E. DIDERRICH, « Les Dames nobles de l’abbaye Marie-Fontaine de Differdange au XVIIIe siècle », tiré à part du Journal d’Esch, Luxembourg 1923, p. 37. Nous connaissons quelques montants de dots versées à Differdange : en 1700, la Dame d’Autecourt apporte 1.275 livres de France ; en 1704, la Dame de la Vaulx, 1.303 livres 15 sols ; en 1715, A.-Françoise des Armoises, 1.200 livres et Barbe Simonet, 1.500 livres (AGL, A XXVII 4).
42 II s’agit de Christine-Barbe Fischer et Anne-Louise-Antoinette Dessaulx (E. DIDERRICH, « Les Dames... », op. oit., pp. 34-35).
43 AGL, A XXVII 1.
44 E. DIDERRICH (« Les Dames... », op. cit., ) fait état de rentes d’environ 300 livres de France par religieuse. Ce montant nous paraît très fort en comparaison des exemples épars que nous avons recueillis, ces pensions se situant généralement autour de 25 à 50 écus (soit 75 à 150 livres).
45 Jusque-là la région frontalière faisait partie des « territoires contestés ».
46 Rd. P. GOFFINET, « L’Ancienne... », op. cit.
47 II s’agit de Thérèse Pujot qui sera appelée « soeur » et portera un habit différent de ceux des dames (C. JOSET, L’Abbaye noble de Notre-Dame de Clairefontaine, 1216-1796, Bruxelles 1935, p. 85).
48 Rd. P. GOFFINET, « L’Ancienne... », op. cit., p. 127.
49 Nous avons trop peu de renseignements sur les familles en question (dont beaucoup sont étrangères) pour connaître leur situation financière. Cependant, dans la première moitié du XVIIIe siècle, la dame des Roberts apporte 1.200 livres de France en dot, Marie-Anne-Josèphe de la Fontaine, 500 écus et Jeanne-Marguerite de Marchant, 1.000 écus pour sa dot et encore 1.000 écus en don pour les ornements de l’église. La première et la dernière sont de noblesse récente (AGL, A XXIV 3).
50 AGL, A XXVII 1.
51 Rd. P. GOFFINET, « L’Ancienne... », op. cit., p. 146. La situation matérielle du couvent s’améliorera à la fin du siècle, lorsqu’il sera transformé en institution d’enseignement (C. JOSET, « L’Abbaye... », op. cit., p. 191).
52 A. NEYEN, « Revenus et charges du monastère de dames chanoinesses de l’ordre de St-Augustin à Hosingen », in PSH, t. 16, 1860, p. 201.
53 Rd. P. GOFFINET, « L’Ancienne... », op. cit., p. 130.
54 Ibid.
55 AGR, Conseil Privé, dossier n° 852.
56 AEL, A IV 1.
57 AEL, A IV 1.
58 AEL, A IV 1.
59 La demoiselle d’Arimont obtiendra pourtant, la même année, des lettres d’octroi pour vendre des immeubles dont le prix sera affecté à une fondation en faveur du couvent Sainte-Claire d’Echternach (N. MAJERUS, Histoire du Droit..., op. cit., t. 2, p. 588). Par son testament, en 1736, elle léguera tous ses biens à cette même abbaye (AGL, not. Spyr, 1736).
60 L’âge de la profession se situe le plus souvent entre 16 et 20 ans. Parmi les dix-huit dernières dames de Marienthal, deux font leur profession respectivement à 26 et 27 ans ; mais ce cas est rare (C. KERTZ, Le Prieuré..., op. cit., p. 156).
61 Les pensions de noviciat tournent autour de 40 à 50 écus par an. D’autre part, la cérémonie de la profession donne parfois lieu à des festivités onéreuses : ainsi, en 1700, les frères de la dame d’Autecourt doivent payer pour le « festin » de la profession de leur soeur, 108 livres 7 sols 6 deniers (AGL, A XXVII 4).
62 A Clairefontaine, ces pensions oscillent entre 20 et 200 francs-or (C. JOSET, L’Abbaye..., op. cit., p. 89).
63 Ainsi, à Differdange en 1720, outre onze religieuses et six converses, le couvent abrite quatre servantes, un jardinier, trois valets de basse-cour, un père confesseur et son valet (AGL, A XXVII 4). A Marienthal, en 1783, pour dix-huit religieuses et dix converses, on relève, entre autres, deux prêtres et trois servantes (C. KERTZ, Le Prieuré..., op. cit., pp. 24-26). A Sainte-Claire d’Echternach, à la même date, pour six religieuses et cinq converses, on compte une servante et un jardinier (A. SPRUNCK, « La suppression... », op. cit., p. 19).
64 En outre, 53 couverts, 3 cuillères à soupe, 3 cuillères à ragoût, 12 cuillères à café, un porte huilier, 3 plats, un porte-carafe, 6 chandeliers de table etc. (C. KERTZ, Le Prieuré..., op. cit., pp. 79-80).
65 Entre juin 1714 et août 1715 sont consommés : 2.048 livres de beurre (soit environ 4,7 livres par jour) et 6 foudres de vin (ibid., pp. 164-167).
66 Ainsi, à Marienthal, M.-Reine-Elisabeth de Daun restera abbesse pendant 21 ans et Catherine de Manteville pendant 29 ans (ibid., p. 158).
67 Il semble que Marienthal n’en fasse pas partie.
68 Ainsi, à Clairefontaine, la mère de la religieuse M.-Claire de Cugnon est reçue comme pensionnaire en 1689, pour 60 écus par an (180 livres). Il semble que ce cas soit demeuré exceptionnel (Rd. P. GOFFINET, « L’Ancienne »..., op. cit., p. 122). Par contre à Differdange, cette pratique est plus fréquente. Le prix de ces pensions se situe entre 40 et 60 écus par an (AGL, A XXVII 4).
69 AGL, A XXIV 3.
70 Voir sur cette affaire, Rd. P. GOFFINET, « L’Ancienne..., » op. cit., pp. 136-141.
71 AGL, not. Pierret, 9 novembre 1726, n° 172, testament de Marie-Dorothée de Nisramont, novice au couvent du Saint-Esprit ; « suivant les règles du couvent elle a apporté pour dot 1.000 écus [plus] 30 écus pour sa première pension durant le noviciat ».
72 AGL, not. Ordt, 12 juin 1699, n° 259.
73 AGL, A V 16.
74 AGL, not. Broucq, 10 novembre 1734, n° 117.
75 AGL, not. Broucq, 24 novembre 1731, n° 142.
76 AGL, not. Broucq, 12 mars 1735, n° 28.
77 Edit du 15 septembre 1753 (cité par N. MAJERUS, Histoire du Droit. . op. cit., t. 2, pp. 593-594).
78 Ibid., p. 592.
79 Sans doute les couvents non nobles ont-ils également accueilli des étrangères.
80 Ces suppressions ont été précédées d’une série de décrets les préparant ; entre autres, le 24 mars 1781, une ordonnance interdit toute correspondance entre les couvents luxembourgeois et étrangers, de même qu’avec Rome ; le 28 novembre 1781, un édit sur « l’indépendance des Ordres religieux aux Pays-Bas vis-à-vis de toute supériorité étrangère » déclare que « les liaisons que les communautés et les maisons religieuses dans les provinces de Notre [Joseph II] Domination aux Pays-Bas entretiennent avec des communautés et maisons religieuses étrangères occasionnent des inconvénients et des abus pouvant entraîner des conséquences dangereuses et préjudiciables à l’Etat » (AGL, A VIII 40-42, cité par C. KERTZ, Le Prieuré..., op. cit., p. 18).
81 AGL, A VIII 40-41, Décret du 17 mars 1783 (cité in ibid., p. 19).
82 Rd. P. GOFFINET, « L’Ancienne... » op. cit., p. 145.
83 C. KERTZ, Le Prieuré..., op. cit., pp : 22-23.
84 A. SPRUNCK, « La suppression... », op.cit., p. 17. Nous ignorons le parti pris par les religieuses de Hosingen. L’abbesse de ce couvent, Marie-Catherine de Pfortzheim, rentrée dans le monde, restera cependant à Hosingen où elle mourra le 25 mars 1816 (E. MEDINGER, « Die Äbtissinnen des adeligen Augustinerinnenklosters von Hosingen », in OH, 1933, p. 310). En effet, quelques bâtiments appartenant aux ordres supprimés avaient été mis à la disposition des religieux qui ne voulaient prendre aucun des trois partis (A. SPRUNCK, « La suppression... », op.cit., p. 12).
85 C. KERTZ, Le Prieuré..., op. cit., p. 25.
86 Sur les dix-huit dames de Marienthal, dix ont alors de graves problèmes de santé (ibid., pp. 22-23). Il en est de même de deux des six religieuses nobles de Sainte-Claire d’Echternach (A. SPRUNCK, « La suppression... », op. cit., p. 17).
87 Ibid., pp. 19-20.
88 Ainsi en est-il de Claudine-Marguerite de Vaulx, le 27 avril 1792, Elisabeth-Marguerite de Violaine, le 6 décembre 1791, Marianne-Josèphe de Clesheim, le 29 novembre 1791, Marie-Josèphe de Gomez, au nom des « individus » de Marienthal, le 16 décembre 1790 (ibid., p. 20).
89 Voir infra, p. 281.
90 N. MAJERUS, Histoire du Droit..., op. cit., t. 1, p. 228.
91 AEA, AG-EN, dossier n° 28.
92 AEA, AG-EN, dossier n° 28.
93 Ibid., Réponse du baron de Feltz, le 19 avril 1788, à la supplique de l’ordre de la noblesse du 5 juillet 1787.
94 II est probable que, vu la pauvreté de certains couvents et le coût de la machine administrative mise en place pour gérer les biens des couvents supprimés, une fortune telle que celle de Marienthal a été rapidement absorbée. D’autant plus qu’une bonne partie des religieuses étant rentrées dans le monde, le taux des pensions à verser était sans doute plus fort que prévu.
95 E. DIDERRICH, « Les Dames... », op. cit., p. 43.
96 H. GOFFINET, « Etat nominatif des religieux et religieuses du département des Forêts au jour de leur suppression effective, 22 septembre 1796 », in AIAL, t. 16,1884, pp. 196- 204.
97 A l’exception de la collégiale – peu importante – de Nassogne.
98 Il s’agit des abbayes d’Orval, Echternach, Munster, des Dominicains, Récollets et Capucins de Luxembourg, des Carmes et Capucins d’Arlon, des Récollets de Virton, Diekirch, Bastogne et Trois-Vierges et du couvent de Hamipré (H. GOFFINET, « Etat nominatif... », op. cit., pp. 193-204).
99 J. VANNERUS, « Liste des religieux de l’Abbaye de St-Hubert ayant fait leur profession depuis la réforme de 1619 », in AIAL, t. 49, 1918, pp. 161-176.
100 N. MAJERUS, Histoire du Droit..., op. cit., t. 2, p. 592.
101 Voir supra, p. 199.
102 Voir infra, p. 342.
103 AGR, Comité pour le dénombrement du Luxembourg, reg. n° 64.
104 Ibid., n° 65.
105 Ibid., n° 67.
106 Ibid., n° 68.
107 Ibid., n° 60.
108 Ceci à la différence des chanoinesses luxembourgeoises, particulièrement nombreuses en Lorraine (voir supra, p. 183).
109 Né au vieux château d’Ansembourg en 1633, Henri-Hartard de Raville étudie la théologie au collège Germanique de Rome de 1655 à 1658, puis il est ordonné prêtre. En 1662, il est nommé chanoine capitulaire de Spire et écolâtre du même chapitre et de celui de Bruchsal. En 1675, il résigne ces dignités pour un canonicat à la Cathédrale de Trêves, avec les fonctions de chorévêque du « titire » (?) de Ste-Agathe à Longuion. Après la réunion des archevêchés de Trêves et Spire en 1676, il devient vicaire général « in Spiritualis et Civilibus » de l’évêché de Spire. En 1688, il est nommé doyen du chapitre de Spire et prévôt de celui d’Odenheim à Bruchsal. En 1711, à la mort de J.-H. d’Orsbeck, il est désigné évêque de Spire et sera consacré en 1714. Il mourra en 1719 (A. NEYEN, Biographie..., op. cit., t. I, p. 67).
110 Nos sources sont, sur ce point, particulièrement imprécises.
111 AEA, Château de Sainte-Ode, dossier n° 3, Lettre anonyme écrite de Liège, le 2 décembre 1710. Le document ne mentionne pas le nom du chapitre.
112 Voir infra, p. 383.
113 Voir infra, p. 228 et ss.
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