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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral 1) L’ÂGE AU MARIAGE 2) COMPOSITION DE LA CELLULE FAMILIALE 3) LA LONGÉVITÉ 4) LE « DEVENIR DÉMOGRAPHIQUE » DES ENFANTS PROCRÉÉS Notes de bas de page

    La noblesse luxembourgeoise au xviiie siècle

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre II. Le comportement démographique

    p. 31-44

    Texte intégral 1) L’ÂGE AU MARIAGE 2) COMPOSITION DE LA CELLULE FAMILIALE 3) LA LONGÉVITÉ 4) LE « DEVENIR DÉMOGRAPHIQUE » DES ENFANTS PROCRÉÉS Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Outre les phénomènes accidentels des guerres et épidémies dont l’impact, précédemment évoqué, fut lourd au XVIIe siècle, le renouvellement des familles nobles dépend aussi dans une large mesure de leur comportement démographique. Pour l’analyser, la seule source utilisable consiste en 121 documents généalogiques, les registres paroissiaux présentant trop de lacunes en vertu de la mobilité des familles considérées. Certes, l’approche par les généalogies n’est pas toujours satisfaisante, celles-ci étant souvent incomplètes ou trop imprécises : erreurs, oublis et en particulier omissions de dates (naissances, mariages, décès). Malgré ces lacunes qui incitent à la prudence quant à la portée des résultats de l’analyse, il est possible de mettre en lumière certaines tendances.

    1) L’ÂGE AU MARIAGE

    2L’une des caractéristiques de la noblesse luxembourgeoise est l’âge avancé au mariage, aussi bien chez les hommes que chez les femmes :

    Tableau N° 2 : ÂGE MOYEN AU MARIAGE CHEZ LES HOMMES (base : 426 cas)

    Date du mariageAncienne noblesseNouvelle noblesseEnsemble de la noblesse
    1650-170033,5 ans28 ans31 ans
    1701-175030 ans32 ans31 ans
    1751-180034 ans34 ans34 ans
    1650-180032,5 ans31,3 ans32 ans

    3La moyenne d’âge des hommes au mariage – 32 ans – est tardive comparée aux résultats des enquêtes opérées sur d’autres groupes nobiliaires où une moyenne de 27-28 ans est déjà considérée comme élevée1. Pourtant égal à celui des nobles savoyards2, l’âge des nobles luxembourgeois au mariage s’apparente à celui des parlementaires bretons3, des secrétaires du roi à Besançon4 et des bourgmestres de Liège5 au XVIIIe siècle, de même qu’à celui des cadets de famille dans la région de Munster, fin XVIIIe – début XIXe siècle6. Il ne fait donc pas figure d’exception dans le cadre des élites européennes.

    4Au total, les mariages contractés avant et après 30 ans s’équilibrent à peu près. Mais la périodisation en deux demi-siècles permet d’observer un renversement de tendances entre la première et la seconde moitié du siècle : les hommes se marient de plus en plus tard. Or, ce n’est pas autour de l’âge charnière de 30 ans que s’opère ce changement, puisque le groupe des 26-35 ans passe de 44 % en 1700-1750 à 46 % en 1750-1800, mais au niveau des mariages contractés très jeunes (moins de 25 ans) passant de 29 % à 19 %, et très vieux (plus de 36 ans), s’élevant de 28 % à 35 %.

    5Par la dichotomie ancienne-nouvelle noblesse, il apparaît que ce décalage résulte de l’évolution de l’âge au mariage des anciens nobles, celui des anoblis n’ayant connu qu’un léger vieillissement.

    6L’examen plus attentif des cas de jeunes gens mariés avant 25 ans révèle qu’il s’agit le plus souvent de fils que la mort prématurée du père a mis en jouissance de leur héritage, ou de fils uniques, ou encore, si les biens sont en suffisance, de ceux qui ont pu, lors de leur contrat de mariage, bénéficier d’un avancement d’hoirie. Le mariage précoce paraît donc être étroitement lié à la disposition immédiate de biens patrimoniaux suffisants. Ceci peut expliquer la moindre proportion de fils d’anoblis – dont le patrimoine n’est parfois encore qu’au stade de sa formation – se mariant avant 25 ans. Motivés par la nécessité d’exercer des charges lucratives avant de s’établir, ils entreprennent des études plus poussées, puis attendent d’avoir acquis par leurs fonctions un statut social assez honorable pour leur permettre de contracter une alliance rehaussante. Aussi, bon nombre d’unions dans cette catégorie se contractent-elles entre 26 et 35 ans.

    Tableau. N° 3 : ÂGE DES HOMMES AU MARIAGE, CALCULÉ PAR TRANCHES D’ÂGES (en % ; base : 426 cas)

    Image

    7L’évolution de l’âge au mariage des hommes d’ancienne extraction est explicable par la détérioration de la situation économique de beaucoup de ces familles, souvent ruinées par les événements du XVIIe siècle et en proie à un endettement chronique les poussant à se défaire peu à peu de leurs biens ; situation aggravée par une pratique successorale à droit d’aînesse faible, favorisant l’émiettement du reste du patrimoine en quelques générations7. A l’opposé, chez quelques familles plus favorisées par la fortune, la pratique du fidéicommis dépouille largement les cadets. Aussi, dans la majorité des cas, l’assise territoriale n’étant plus suffisante pour assurer une vie honorable, des fils d’anciennes familles, tout comme les anoblis, essaient d’accéder par les études à certaines charges, d’autant que l’obtention de diplômes est alors largement encouragée par le gouvernement autrichien.

    8Quant à ceux qui se marient après 36 ans, ils ont généralement accompli un certain temps de service dans l’armée avant de l’abandonner pour s’installer sur leurs propres terres lors du partage successoral ou sur celles de leurs femmes lorsqu’ils ont la chance d’épouser des héritières8.

    9Quant aux femmes, elles se marient également tard : 24,4 ans en moyenne.

    Tableau N° 4 : ÂGE MOYEN AU MARIAGE CHEZ LES FEMMES (base : 252 cas)

    Date du mariageAncienne noblesseNouvelle noblesseEnsemble de la noblesse
    1650-170024 ans25 ans24,5 ans
    1701-175027 ans23 ans25,5 ans
    1751-180024 ans23 ans23,5 ans
    1650-180025 ans23,6 ans24,4 ans

    10Cet âge moyen, avancé par rapport à celui des femmes des parlementaires bretons (21 ans)9 et des secrétaires du roi à Besançon, comme des aînés nobles dans la région de Munster (19 à 23 ans)10, se rapproche des résultats observés chez les nobles savoyards au XVIIIe siècle (environ 24 ans)11 ; il est cependant légèrement inférieur à celui des épouses des bourgmestres de Liège (25 ans) et à l’âge calculé pour l’ensemble des femmes d’Echternach sur la même période (25,1 ans)12, ou de Virton (26,6 ans)13, qui correspond en gros à la moyenne européenne (25 ans)14. La décomposition par tranches d’âges permet de constater une évolution (tableau N° 5).

    11Si le total général pour le XVIIIe siècle révèle un certain équilibre entre les trois tranches d’âges (jusqu’à 20 ans, 21 à 25 ans, 26 ans et plus), il existe, à l’inverse de ce qui a été observé pour les hommes, un rajeunissement de l’âge au mariage chez les femmes à partir de 1751 ; ceci à l’avantage des unions contractées avant 20 ans, et au détriment de celles contractées à partir de 26 ans. L’analyse séparée des ancienne et nouvelle noblesses montre que, comme chez les hommes, l’évolution est plus marquée chez la première.

    12Au XVIIIe siècle, les femmes de familles anoblies se marient plus jeunes que celles d’ancienne noblesse : plus souvent avant 25 ans et beaucoup plus rarement après 26 ans. Le léger vieillissement dans la seconde moitié du siècle – diminution des moins de 21 ans au profit des 21-25 ans – ne signifie pas un changement fondamental. Chez les femmes d’ancienne noblesse, on remarque une nette recrudescence des mariages contractés avant 20 ans, même si la proportion des 26 ans et plus, quoique en baisse, reste forte.

    13L’interprétation de ces différences n’est pas aisée. Le mariage – en moyenne – tardif des femmes nobles peut trouver un début d’explication, comme pour les hommes, dans la pratique successorale. Les filles recevant souvent en dot l’assurance de leur part filiale dont elles ne jouiront qu’après partage, peuvent, à la mort de leur père, devenir un parti intéressant. Or, comme d’après nos documents les filles d’anoblis reçoivent plus souvent leurs dots en capital qu’en biens patrimoniaux, elles ont plus de chances de se marier jeunes15. Mais la thèse d’une plus grande aisance financière des anoblis en général, quoique tentante, ne peut être sérieusement soutenue, beaucoup de ces nouvelles familles ayant connu les mêmes problèmes financiers que les plus anciennes16.

    14Pour expliquer l’âge élevé du premier mariage, si l’on suit la démonstration de Jacques Dupaquier17, on conclut à une restriction volontaire des naissances. Cette théorie serait pour la paysannerie luxembourgeoise d’autant plus acceptable que le pays est pauvre et l’unité d’exploitation petite. L’argument peut être aussi logiquement retenu pour la noblesse, particulièrement pour les anciennes familles qui ont parfois du mal à survivre sur leurs biens trop étroits. Cette thèse nous paraît donc d’autant plus recevable que la noblesse luxembourgeoise est très peu prolifique au XVIIIe siècle.

    Tableau N° 5 : ÂGE DES FEMMES AU MARIAGE, CALCULÉ PAR TRANCHES D’ÂGES A N R C X (en % ; base : 252 cas)

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    2) COMPOSITION DE LA CELLULE FAMILIALE

    15Certes, il est sans doute utile de rappeler ici les limites des sources généalogiques, mais la moyenne d’environ 4 enfants qu’elles laissent envisager est si basse que, même compte tenu des lacunes, en particulier au niveau de la mortalité infantile, la tendance ne doit pas être inexacte. Ceci d’autant plus que la période de plus grande fécondité chez la femme se situant alors entre 20 et 24 ans18, la plupart d’entre elles l’ont dépassée au moment du mariage.

    Tableau N° 6 : MOYENNE D’ENFANTS PAR COUPLE (base : 584 couples)

    Période →1650-17001701-17501751-1800Total
    18e siècle
    Ancienne noblesse3,53,73,33,5
    Nouvelle noblesse4,254,34,5
    Ensemble de la noblesse3,84,33,84

    16Si l’évolution dans le temps est trop faible pour être significative, on remarque que l’ancienne noblesse procrée en moyenne régulièrement un enfant de moins par ménage. Cette tendance est confirmée par l’analyse de la structure des familles (tableau N° 7).

    17Dans la majorité des cas, la cellule familiale comporte un petit nombre d’enfants n’excédant pas 4. Nombreuses sont les familles n’ayant que 1 ou 2 enfants. Quant aux ménages sans enfant, 13 % du total, ils sont particulièrement nombreux si l’on se réfère à d’autres exemples tel le milieu parlementaire de Besançon au XVIIIe siècle, où ils ne représentent que 5,26 % des couples. Dans le même exemple, comme dans celui des secrétaires du roi à Besançon, 15 % des ménages ont plus de 10 enfants19, alors que chez les nobles luxembourgeois ces familles nombreuses ne représentent que 3,6 % des cas. Par contre, nos résultats, tout aussi éloignés de ceux concernant les aînés dans la noblesse de Westphalie20, se rapprochent de ceux des cadets chez lesquels les couples sans enfant sont plus nombreux et dont les familles comportent rarement plus de 3 enfants. Même tendance chez la noblesse savoyarde21 où 11,5 % des couples sont stériles, et où la moyenne d’enfants, très légèrement supérieure à celle des Luxembourgeois, décline également au cours du XVIIe siècle, passant de 5,2 à 4,5. De même, l’enquête opérée sur la population de la ville d’Echternach révèle un comportement démographique proche de celui de la noblesse luxembourgeoise : 4,5 enfants en moyenne par ménage, tandis que les familles comptant plus de 9 enfants demeurent l’exception22

    Tableau N° 7 : NOMBRE D’ENFANTS PAR COUPLE (en % ; base : 584 couples)

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    18Si au niveau des ménages sans enfant l’argument biologique (âge de mariage avancé, donc augmentation du risque de stérilité) est probablement déterminant23, sans doute joue-t-il aussi pour les couples peu prolifiques. Mais là, il se double peut-être de pratiques contraceptives que certains historiens s’accordent à voir se généraliser dans des groupes sociaux ou régionaux particuliers, dès le XVIIIe siècle24. Les quelques éléments de comparaison avec la noblesse d’autres régions nous permettent de conclure à une corrélation entre mariage tardif et, d’une part situation économique défavorable, d’autre part famille peu nombreuse. Mais les groupes nobiliaires ayant un comportement démographique comparable à celui des nobles luxembourgeois, en particulier les savoyards et les cadets westphaliens, le doivent essentiellement aux conséquences de l’application du fidéicommis en matière de succession. Ce même argument successoral peut entrer en ligne de compte dans l’exemple de la population d’Echternach, région où dominent les « voueries » transmissibles uniquement à l’aîné des enfants25. Par contre, il ne peut s’appliquer à la noblesse luxembourgeoise chez laquelle la pratique du fidéicommis ne domine pas. Mais l’inverse produisant les mêmes effets, appauvrie par les partages successifs, elle connaît les mêmes difficultés que les cadets mal nantis dans d’autres régions. On remarque (tableau N° 7) que la nouvelle noblesse luxembourgeoise, loin d’être aussi prolifique que les parlementaires de Besançon ou les aînés de Munster, a cependant plus d’enfants par ménage que l’ancienne noblesse. Ceci est sans doute lié à l’âge de mariage plus précoce des femmes. Mais la stagnation à partir de la seconde moitié du siècle est difficile à expliquer : peut-être les descendants des anoblis des XVIIe et début XVIIIe siècles, par leur intégration progressive à la noblesse plus ancienne en ont-ils adopté aussi le comportement ; ou bien il s’agit de préserver un patrimoine récemment acquis, de la dispersion qui a causé la ruine de bon nombre de familles.

    19Le nombre d’enfants par couple, particulièrement faible pendant la période 1751-1800, se rapproche alors des observations faites pour les années 1650-1700, époque à laquelle sévissaient les conséquences de la peste et de la guerre, qui à elles seules pouvaient expliquer la faible natalité. Par contre, les effets des troubles politiques de la fin de l’Ancien Régime ne sauraient quant à eux suffire à l’expliquer. Aux causes économiques qui ont pu jouer en faveur d’une restriction volontaire des naissances, il faut aussi ajouter celles accidentelles, provoquées par la mort précoce d’un conjoint non suivie de remariage du survivant, et parfois même tout simplement la prudence en cas de grossesses difficiles26.

    20D’une manière générale, le couple noble attend peu avant de procréer un premier enfant : dans notre échantillon, l’intervalle protogénésique est de 1,5 ans en moyenne. Dans 74 % des cas, le premier enfant arrive dans l’année suivant le mariage ; le plus long intervalle rencontré est de 5 ans. Quant au temps moyen écoulé entre le premier et le dernier enfant, il est de 10 ans. Si l’on exclut les couples sans enfant et avec un seul enfant, on obtient une moyenne de 5 enfants par ménage ; donc l’intervalle intergénésique moyen est de 2 ans27. Ceci s’explique non seulement par l’âge de beaucoup de femmes, qui ont dépassé la période de fécondité maximale, mais aussi par la pratique – semble-t-il généralisée – de l’allaitement par la mère28.

    21La durée moyenne du mariage (20,6 ans) est beaucoup plus longue que le temps moyen de fécondité. La période de fécondité chez la femme n’est donc pas pleinement exploitée. Les seconds mariages sont principalement le fait des hommes, les femmes restant généralement veuves, souvent de longues années.

    Tableau N° 8 : DURÉE MOYENNE DU MARIAGE (en années)

    1650-17001701-17501751-1800Total
    Premier mariage22,620,120,420,8
    Second mariage20,620,321,520,4
    Total des mariages22,320,120,920,6

    Tableau N° 9 : DURÉE MOYENNE DU VEUVAGE APRÈS LE DERNIER MARIAGE (en années ; base 153 cas)

    1650-17001701-17501751-1800Total
    Hommes8,38,510,79,5
    Femmes18,517,116,417,2

    22Dans notre échantillon, 35 % des hommes et 65 % des femmes sont veufs à la fin de leur vie. Les femmes, déjà souvent peu jeunes lors de leur premier mariage, et en vertu de leur vieillissement prématuré par rapport aux hommes, ont en effet peu de chances de trouver un second mari, d’autant qu’elles ont alors souvent dépassé leur période de fécondité. D’autre part, si par leur contrat de mariage elles ont un douaire préfixé, celui-ci est toujours largement diminué en cas de remariage et elles perdent l’usufruit des biens de leur mari29 ; pour peu que leur dot ait été engagée pour sauver une situation économique défavorable – et le cas est fréquent –, elles ne constituent pas un parti intéressant.

    3) LA LONGÉVITÉ

    23Pourtant les femmes vivent en moyenne moins longtemps que les hommes.

    24L’état de notre documentation, trop lacunaire quant à la mortalité infantile, ne nous permet pas de connaître les espérances de vie. Mais, si l’on procède à l’analyse de l’âge au moment du décès chez les individus ayant atteint 15 ans, la moyenne est, pour les hommes, de 62 ans, et pour les femmes, de 58,5 ans (tableau N° 10).

    Tableau N° 10 : FRÉQUENCE DU DÉCÈS DES ADULTES, PAR TRANCHES D’ÂGES (en %)

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    25Les hommes meurent le plus souvent entre 50 et 70-80 ans, et surtout dans la décade 60-70 ans. On constate un léger vieillissement dans la seconde moitié du siècle, marqué par la régression des décès entre 50-60 ans au profit des tranches d’âges supérieures. Ce phénomène ne peut être imputable à des interventions extérieures (guerres), qui auraient atteint en premier lieu les classes jeunes restées stables. Peut-être est-il dû à une amélioration de l’hygiène ? Mais au total les différences sont trop faibles entre les deux demi-siècles et notre échantillon trop modeste pour conclure sur ce point. Quant aux femmes, on reconnaît immédiatement l’impact de la maternité, la tranche d’âge 21-40 ans étant particulièrement touchée30. Une fois franchi ce cap, on retrouve comme chez les hommes le maximum de décès entre 60 et 80 ans.

    26On peut sans doute conclure que les différences entre l’âge moyen au décès des hommes et des femmes sont essentiellement liées à la mortalité découlant des grossesses chez les femmes. L’âge des adultes à leur mort, dans 50 à 60 % des cas supérieur à 60 ans et dans 30 à 35 % des cas supérieur à 70 ans, semble plutôt élevé à une époque où les vieillards sont en principe peu nombreux31. Est-il le signe d’une classe privilégiée dans ses conditions de vie ? Il faudrait pouvoir comparer avec des résultats représentatifs de l’ensemble de la société luxembourgeoise pour conclure32.

    4) LE « DEVENIR DÉMOGRAPHIQUE » DES ENFANTS PROCRÉÉS

    27Sur le nombre déjà modeste des enfants engendrés par les nobles luxembourgeois, une partie sera exclue du processus de reproduction.

    Tableau N° 11 : « DEVENIR » DES ENFANTS (en % ; base : 2095 enfants)

    Image

    28L’interprétation du tableau N° 11 est rendue particulièrement aléatoire par la proportion élevée des « inconnus ». Il semble cependant que les religieux et célibataires soient plus nombreux chez les anciens nobles33, et les morts enfants chez les anoblis. Le total des morts enfants est beaucoup trop modeste pour être crédible à une époque où la mortalité infantile sévit en tous lieux34. On peut donc supposer que la plus grande part des « inconnus » devrait entrer dans cette rubrique. Malgré ces incertitudes, si l’on considère les deux totaux (avec et sans les « inconnus »), la part des enfants qui ne rentreront pas dans le cycle de reproduction est d’un minimum de 33,6 % et d’un maximum de 59,4 %, ce dernier taux étant probablement plus proche de la réalité.

    29C’est pourquoi le mouvement démographique naturel ne suffit souvent même plus au renouvellement de la population noble. Tout au long du XVIIIe siècle s’éteignent des branches ou des lignages dont la chance de se proroger dépendait parfois d’un unique héritier : à sa destinée était lié le sort de la famille. Pourtant, il n’est pas rare qu’un lignage s’éteigne sur une famille nombreuse : en 1716 meurt le dernier mâle de la famille d’Autel, Jean-Frédéric, gouverneur de la province, chevalier de la Toison d’Or et justicier des nobles de Luxembourg ; lui-même resté célibataire, il avait 6 frères et soeurs religieux35. De même, en 1699 s’éteint la branche Metternich-Bourscheid par la mort du justicier des nobles, Wolfgang-Henri. Or, celui-ci a eu 12 enfants dont 4 fils célibataires décédés avant lui ; sur ses 8 filles, 6 sont religieuses36. De tels exemples abondent : les anciennes familles de Triest, de Belhoste, etc. se terminent sur plusieurs enfants, dont des fils célibataires, religieux ou sans postérité. D’autres – le cas est plus fréquent – tombent en quenouille : de Raville (avec 7 filles), de Stein, de Beyer, etc. Ceci n’est d’ailleurs pas l’apanage de l’ancienne noblesse : ainsi les Nothumb, Capitaine, Bettenhoven37, etc, connaissent le même sort38.

    Notes de bas de page

    1 Voir à ce sujet : J. MEYER, « La noblesse parlementaire bretonne face à la prérévolution et aux débuts de la Révolution : du témoignage à la statistique », in De l’Ancien Régime à la Révolution Française. Recherches et perspectives, Gôttingen 1978, p. 279 et ss.

    2 J. NICOLAS, La Savoie..., op. cit., t. 2., p. 771.

    3 Autour de 30 ans (J. MEYER, La noblesse parlementaire..., op. cit., p. 286).

    4 30 ans 11 mois (J.-F. SOLNON, 215 bourgeois..., op. cit., p. 241).

    5 Il passe de 30 à 32 ans 9 mois au cours du siècle (Y. MOREAU, Les bourgmestres..., op. cit., p. 209).

    6 Autour de 30 ans (H. REIF, Westfälischer..., op. cit., p. 248).

    7 Voir infra, p. 272 et ss.

    8 Voir infra, p. 177 et ss.

    9 J. MEYER, « La noblesse parlementaire... », op. cit., p. 286, et J.-F. SOLNON, 215 bourgeois..., op. cit., p. 242.

    10 H. REIF, Westfiilischer..., op. cit., pp. 243 et 246.

    11 J. NICOLAS, La Savoie..., op. cit., p. 771.

    12 Y. MOREAU, Les bourgmestres..., op. cit., pp. 210-211 ; N. METZLER-ZENS, « Démographie de la paroisse d’Echternach au 18e siècle », in Echternach notre ville, 1977, p. 129.

    13 G. TRAUSCH, Le Luxembourg... op. cit., p. 91.

    14 P. CHAUNU, La Civilisation..., op. cit., p. 114.

    15 Voir infra, p. 272 et ss.

    16 Voir infra, p. 395 et ss.

    17 J. DUPAQUIER, « Révolution Française et révolution démographique », in De [’Ancien Régime à la Révolution Française, Recherches et perspectives, Göttingen 1978, pp. 235-236.

    18 H. REIF, Westfälischer. . op. cit., p. 296.

    19 R. GRESSET, Le monde judiciaire de Besançon au XVIIIe siècle, 1670-1790, cité par J. MEYER, « La noblesse parlementaire... », op. cit., p. 288. Les résultats sont : sans enfants = 5,26 % ; 1 à 3 enfants = 13 % ; 4 à 6 enfants = 20 % ; 7 à 10 enfants = 27 % ; plus de 10 enfants = 15 %. De même, chez les secrétaires du roi à Besançon, 15,15 % des ménages ont plus de 10 enfants et 47,47 %, de 5 à 9 enfants, la moyenne étant de 6,2 enfants (J.-F. SOLNON, 215 bourgeois..., op. cit., pp. 240-241). Chez les bourgmestres de Liège, si les couples stériles sont particulièrement nombreux – 15 % –, on compte plus de 8 naissances dans 17 % des ménages et dans 45 %, 4 à 8 naissances, la moyenne d’enfants vivants se situant autour de 4 (Y. MOREAU, Les bourgmestres..., op. cit., pp. 216-217).

    20 H. REIF,Westfälischer..., op. cit., pp. 295-297. L’enquête porte sur la période 1720- 1770. Les couples sans enfant représentent 2 à 7 % du total ; ceux de plus de 10 enfants, 17,4 à 21,4 %.

    21 J. NICOLAS, « La Savoie... », op. cit., t. 2, pp. 773-774.

    22 N. METZLER-ZENS, « Démographie..., op. cit., p. 131.

    23 Voir infra, p. 461.

    24 J. DUPAQUIER, « Révolution... », op. cit. ; J. NICOLAS, La Savoie..., op. cit., p. 774 ; P. CHAUNU, La Civilisation..., op. cit., p. 113 et ss.

    25 Voir infra, p. 288.

    26 M. de Blanchart, seigneur du Châtelet, reçoit, après la mise au monde d’un enfant mort-né par son épouse, un conseil d’un ami de Pont-à-Mousson : « Je crois Monsieur, qu’en bon chrétien et comme soumis à la volonté de Dieu, vous ne devé plus penser a avoir des enfans et selon les raports des deux acoucheurs, je ne crois pas qu’en bonne conscience vous deusse plus approcher de Madame votre Espouse » (AGL, DSH V, dossier n° 5 [Blanchart]).

    27 Trop peu de documents nous permettent de connaître précisément l’âge de la mère à la naissance du dernier enfant ; sur 33 cas nous avons établi une moyenne de 38 ans, mais cet échantillon est trop faible pour être représentatif.

    28 Nos documents ne mentionnent jamais l’existence de nourrices. Par contre, dans les correspondances privées, nombreux sont les témoignages de l’allaitement maternel (voir infra, p. 459).

    29 Voir infra, p. 456.

    30 Le tableau n° 10 se rapporte aussi bien aux femmes non mariées que mariées. Il est donc clair que la mortalité des femmes mariées, entre 20 et 40 ans doit être beaucoup plus forte qu’il n’apparaît ici.

    31 Voir F. BRAUDEL, E. LABROUSSE, Histoire économique et sociale de la France, 1660-1789, t. 2. Paris 1970, p. 37.

    32 Cet âge moyen au décès est pourtant encore inférieur à celui observé chez les bourgmestres de Liège : 66 ans pour les hommes, 60 ans pour les femmes (Y. MOREAU, Les bourgmestres..., op. cit., pp. 217-218) ; et chez les secrétaires du roi à Besançon, où il passe pour les hommes, de 72 ans 9 mois à 75 ans 2 mois, du début à la fin du siècle (J.-F. SOLNON, 215 bourgeois..., op. cit., p. 238). On note par ailleurs que Pierre GOUBERT (Cent mille provinciaux au XVIIe siècle, Paris 1968, p. 87) fait état de résultats tout à fait comparables pour l’ensemble des classes sociales dans huit paroisses du Beauvaisis à la fin du XVIIIe siècle (1771-1790).

    33 Le premier point est confirmé par notre enquête sur les religieux (voir infra, p. 204 et ss.)

    34 Le taux de mortalité atteint ordinairement environ 30 % mais recule au XVIIIe siècle.
    Ainsi dans la Normandie prospère, il est souvent inférieur à 15 % (P. CHAUNU, La Civilisation..., op. cit., p. 156).

    35 T. KELLEN, « La Seigneurie de Fischbach », in PSH, t. 68, 1939, p. 39.

    36 J. VANNERUS, « Les Seigneurs de Bourscheid », in Cahiers Luxembourgeois, vol. 16, Luxembourg 1939, n° 2, p. 320.

    37 Sur cette famille, voir infra, p. 89 et ss.

    38 Notre documentation ne nous permet pas de quantifier ces extinctions.

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    1 Voir à ce sujet : J. MEYER, « La noblesse parlementaire bretonne face à la prérévolution et aux débuts de la Révolution : du témoignage à la statistique », in De l’Ancien Régime à la Révolution Française. Recherches et perspectives, Gôttingen 1978, p. 279 et ss.

    2 J. NICOLAS, La Savoie..., op. cit., t. 2., p. 771.

    3 Autour de 30 ans (J. MEYER, La noblesse parlementaire..., op. cit., p. 286).

    4 30 ans 11 mois (J.-F. SOLNON, 215 bourgeois..., op. cit., p. 241).

    5 Il passe de 30 à 32 ans 9 mois au cours du siècle (Y. MOREAU, Les bourgmestres..., op. cit., p. 209).

    6 Autour de 30 ans (H. REIF, Westfälischer..., op. cit., p. 248).

    7 Voir infra, p. 272 et ss.

    8 Voir infra, p. 177 et ss.

    9 J. MEYER, « La noblesse parlementaire... », op. cit., p. 286, et J.-F. SOLNON, 215 bourgeois..., op. cit., p. 242.

    10 H. REIF, Westfiilischer..., op. cit., pp. 243 et 246.

    11 J. NICOLAS, La Savoie..., op. cit., p. 771.

    12 Y. MOREAU, Les bourgmestres..., op. cit., pp. 210-211 ; N. METZLER-ZENS, « Démographie de la paroisse d’Echternach au 18e siècle », in Echternach notre ville, 1977, p. 129.

    13 G. TRAUSCH, Le Luxembourg... op. cit., p. 91.

    14 P. CHAUNU, La Civilisation..., op. cit., p. 114.

    15 Voir infra, p. 272 et ss.

    16 Voir infra, p. 395 et ss.

    17 J. DUPAQUIER, « Révolution Française et révolution démographique », in De [’Ancien Régime à la Révolution Française, Recherches et perspectives, Göttingen 1978, pp. 235-236.

    18 H. REIF, Westfälischer. . op. cit., p. 296.

    19 R. GRESSET, Le monde judiciaire de Besançon au XVIIIe siècle, 1670-1790, cité par J. MEYER, « La noblesse parlementaire... », op. cit., p. 288. Les résultats sont : sans enfants = 5,26 % ; 1 à 3 enfants = 13 % ; 4 à 6 enfants = 20 % ; 7 à 10 enfants = 27 % ; plus de 10 enfants = 15 %. De même, chez les secrétaires du roi à Besançon, 15,15 % des ménages ont plus de 10 enfants et 47,47 %, de 5 à 9 enfants, la moyenne étant de 6,2 enfants (J.-F. SOLNON, 215 bourgeois..., op. cit., pp. 240-241). Chez les bourgmestres de Liège, si les couples stériles sont particulièrement nombreux – 15 % –, on compte plus de 8 naissances dans 17 % des ménages et dans 45 %, 4 à 8 naissances, la moyenne d’enfants vivants se situant autour de 4 (Y. MOREAU, Les bourgmestres..., op. cit., pp. 216-217).

    20 H. REIF,Westfälischer..., op. cit., pp. 295-297. L’enquête porte sur la période 1720- 1770. Les couples sans enfant représentent 2 à 7 % du total ; ceux de plus de 10 enfants, 17,4 à 21,4 %.

    21 J. NICOLAS, « La Savoie... », op. cit., t. 2, pp. 773-774.

    22 N. METZLER-ZENS, « Démographie..., op. cit., p. 131.

    23 Voir infra, p. 461.

    24 J. DUPAQUIER, « Révolution... », op. cit. ; J. NICOLAS, La Savoie..., op. cit., p. 774 ; P. CHAUNU, La Civilisation..., op. cit., p. 113 et ss.

    25 Voir infra, p. 288.

    26 M. de Blanchart, seigneur du Châtelet, reçoit, après la mise au monde d’un enfant mort-né par son épouse, un conseil d’un ami de Pont-à-Mousson : « Je crois Monsieur, qu’en bon chrétien et comme soumis à la volonté de Dieu, vous ne devé plus penser a avoir des enfans et selon les raports des deux acoucheurs, je ne crois pas qu’en bonne conscience vous deusse plus approcher de Madame votre Espouse » (AGL, DSH V, dossier n° 5 [Blanchart]).

    27 Trop peu de documents nous permettent de connaître précisément l’âge de la mère à la naissance du dernier enfant ; sur 33 cas nous avons établi une moyenne de 38 ans, mais cet échantillon est trop faible pour être représentatif.

    28 Nos documents ne mentionnent jamais l’existence de nourrices. Par contre, dans les correspondances privées, nombreux sont les témoignages de l’allaitement maternel (voir infra, p. 459).

    29 Voir infra, p. 456.

    30 Le tableau n° 10 se rapporte aussi bien aux femmes non mariées que mariées. Il est donc clair que la mortalité des femmes mariées, entre 20 et 40 ans doit être beaucoup plus forte qu’il n’apparaît ici.

    31 Voir F. BRAUDEL, E. LABROUSSE, Histoire économique et sociale de la France, 1660-1789, t. 2. Paris 1970, p. 37.

    32 Cet âge moyen au décès est pourtant encore inférieur à celui observé chez les bourgmestres de Liège : 66 ans pour les hommes, 60 ans pour les femmes (Y. MOREAU, Les bourgmestres..., op. cit., pp. 217-218) ; et chez les secrétaires du roi à Besançon, où il passe pour les hommes, de 72 ans 9 mois à 75 ans 2 mois, du début à la fin du siècle (J.-F. SOLNON, 215 bourgeois..., op. cit., p. 238). On note par ailleurs que Pierre GOUBERT (Cent mille provinciaux au XVIIe siècle, Paris 1968, p. 87) fait état de résultats tout à fait comparables pour l’ensemble des classes sociales dans huit paroisses du Beauvaisis à la fin du XVIIIe siècle (1771-1790).

    33 Le premier point est confirmé par notre enquête sur les religieux (voir infra, p. 204 et ss.)

    34 Le taux de mortalité atteint ordinairement environ 30 % mais recule au XVIIIe siècle.
    Ainsi dans la Normandie prospère, il est souvent inférieur à 15 % (P. CHAUNU, La Civilisation..., op. cit., p. 156).

    35 T. KELLEN, « La Seigneurie de Fischbach », in PSH, t. 68, 1939, p. 39.

    36 J. VANNERUS, « Les Seigneurs de Bourscheid », in Cahiers Luxembourgeois, vol. 16, Luxembourg 1939, n° 2, p. 320.

    37 Sur cette famille, voir infra, p. 89 et ss.

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