Chapitre VII. Commerce et politique du blé
p. 249-291
Texte intégral
1Dans une région qui produit peu de céréales, le commerce du blé, comme dans d’autres cités de la Méditerranée, est étroitement contrôlé par les autorités de la ville1 Le Conseil de la cité doit pourvoir à l’approvisionnement céréalier par des achats à l’extérieur ; il prévoit d’une année sur l’autre la négociation de contrats. Il délègue l’administration des blés aux jurats, assistés d’un comptable et d’un syndic. Ce sont eux qui procèdent à la politique d’aides et de subventions qu’ils accordent aux marchands importateurs. Si l’on tente d’établir un bilan de la consommation céréalière à Valence au début du xve siècle, d’après les contrats d’achats réalisés entre le 22 mai 1412 et le 27 juin 1414, on aboutit aux considérations suivantes. Les dates choisies correspondent à une période de crise aiguë due à la disette, et l’on peut estimer que les quantités réclamées par les jurats correspondent globalement à toute la consommation de la ville pendant cette période, en y ajoutant les blés valenciens. On prévoyait la livraison de 123.358 cafiz au cours de ces dix-huit mois, les quantités réelles apportées n’ont été que de 106.846 cafiz2. La consommation mensuelle de la cité se serait établie autour de 5.935 cafiz en moyenne, alors que la cité regroupe entre 32.000 et 40.000 habitants. La consommation du blé par habitant et par an s’établit autour de 238,8 litres et 248 litres, selon le chiffre de ppoulation retenu, une consommation fort proche des 234 litres, calculée par Bartholomé Bennessar, pour Valladolid en 1557-15613. A la fin du siècle, la population de la ville atteint de 60.000 à 75.000 habitants, d’après le recensement par feu de 1483. On assiste alors, dans les vingt-cinq dernières années du siècle, à une lente et inexorable diminution des importations céréalières de la cité, qui passent de 44.832 cafiz annuels en 1475 à 11.130 cafiz en 1500. Le système d’importations de céréales, par le biais d’aides et de subventions qui dominait au début du siècle, se détériore. Le municipe pallie à ces carences du système en multipliant les achats directs auprès du roi, en particulier en Sicile4. C’est par conséquent ce système de prêts et d’aides à l’importation qui va retenir notre attention dans un premier temps.
Aides et prêts à l’importation
2L’approvisionnement céréalier de Valence est au centre des préoccupations urbaines. Chaque année, à la Pentecôte, à l’entrée en charge des jurats, les conseillers leur donnent pleins pouvoirs « pour faire autant de contrats d’achats assortis d’aides qu’il leur paraît nécessaire... ». Les jurats sont chargés de traiter avec des marchands ou des particuliers, de conclure des contrats d’achats de céréales portant sur des quantités déterminées qui peuvent osciller entre un chiffre fixe de « ferm » et une quantité supplémentaire, qualifiée de « respit ». Les arrivées de blés doivent s’échelonner selon un calendrier que le vendeur s’engage à respecter. En échange, la ville garantit au fournisseur de blé une aide par « cafiz » dont le montant varie selon le pays exportateur. Pour les blés valenciens, elle oscille entre 2 sous et 4 sous 6 deniers, au cours des années 1412-1414. Les blés aragonais reçoivent de 1 sou 6 deniers à 5 sous, les blés castillans atteignent 3 sous 6 deniers à 6 sous, tandis que les aides les plus substantielles sont accordées aux importations d’Europe du Nord et de France : 6 sous pour les blés de Flandres, 8 sous pour ceux de Bretagne, importés par Johan de Bayona sur la « nau » de Johan de Toloch Dalamanya, 6 sous 6 deniers pour les blés de France et de Provence, 5 sous à 8 sous pour les blés de Sicile, de Naples, des Pouilles, du Patrimoine et de la Toscane. Ces aides sont évidemment bien supérieures à celles que la ville voudrait accorder. Au cours d’une séance du Conseil du 30 décembre 1413, elle essaie de réduire les aides à 3 sous par « cafiz » pour les blés de Sicile, de Calabre, du royaume de Naples, du Levant, de Bretagne ; à 2 sous par « cafiz » pour les blés de France et de Berbérie, à 1 sou par « cafiz » pour ceux d’Aragon et de Castille : « attenent al ben publich de la dita ciutat e a refrener la cupiditat dels dits mercaders »... Mais ce sont des vœux pieux qui restent lettre morte en période de pénurie5.
3Dès que la crise est surmontée, le coût des aides à l’importation s’abaisse ; il n’est plus que de 18 deniers par « cafiz » pour ceux qui apportent du froment au royaume par caravanes muletières, « a coll de besties », que l’on qualifie aussi « d’ajudes de menut »6, il s’élève à 2 sous pour les froments d’Aragon « e altres ferments de fora lo regne », tandis que la qualité de froments « candeals » reçoit une aide supplémentaire de 6 deniers, ce qui porte le montant de l’aide à 2 sous 6 deniers7. Au même moment, les avoines « civades » reçoivent 1 sou par cafiz. Au cours des années suivantes, l’aide accordée par les jurats s’élève à 2 sous par cafiz pour du froment de Berbérie, importé par le Florentin Andrea Vechiti sur la galère de messire Francesch de Bellvis, en septembre 1431. Elle atteint 3 sous par cafiz, de mars à avril 1435, mais finit par s’abaisser à 1 sou par cafiz pour les blés d’Aragon et de Castille et à 2 sous 6 deniers pour les blés de Sicile en 1436. Ces chiffres se maintiennent par la suite et fléchissent même vers le plafond le plus bas de 18 deniers par cafiz pour du blé de Sicile en 1439. A partir de 1440, les aides augmentent à nouveau quelque peu, 3 sous 6 deniers, pour du froment de Sicile transmis à Valence, le 20 février 1441, sur la « nau » de Johan Barbera. En 1446, le Conseil fixe les aides à 1 sou 6 deniers pour ceux qui viennent avec du froment de moins de 10 lieues « a coll de besties », 2 sous à ceux qui viennent de plus de 10 lieues, tandis que les « candeals », « trugells », « sexes », d’Aragon et de Castille reçoivent 1 sou 6 deniers8. A partir de 1449, l’aide générale pour le froment n’est plus que de 1 sou, et de 6 deniers pour les avoines. Ce taux assez bas persiste puisque Arnau de Beses obtient une aide de 1 sou 6 deniers par cafiz pour des froments « sexes » venus de France en mai 1455.
4Outre la pratique de l’aide par cafiz pour se procurer des céréales, les jurats préfèrent parfois utiliser la formule de prêts d’argent, sans intérêt, aux marchands pour les achats de blés. C’est la solution qu’ils adoptent le 3 avril 1416 ; le montant du prêt total concédé atteint 20.000 florins et les prêts consentis ne doivent pas excéder 3.000 florins par fournisseur. En contrepartie, marchands ou particuliers intéressés à l’opération doivent s’engager pour 1.000 florins de prêt à porter 1.000 cafiz « franch de ajuda », qu’ils viennent par mer de Sicile, ou de France ou d’autres endroits. Ils doivent également restituer la somme prêtée par la ville dans un délai d’un an et quatre mois. Au cours du même conseil, les jurats obtiennent que soit élu chaque année un « ciutada », « per reebedor dels manifests dels blats », en quelque sorte un receveur des comptes des blés acquis par la ville, au salaire annuel de 1.000 sous. Il représente la cité et reçoit le serment des marchands, fournisseurs de blés9. Lors du mois de juillet 1416, le prêt est augmenté de 2.000 florins et l’année suivante, en juillet 1417, il s’élève à 10.000 florins, à charge pour les fournisseurs de céréales de procurer 1 cafiz pour 1 florin 1/2. L’examen des contrats de « seguretats » réalisés aux mois d’août, septembre, novembre, après la cession du conseil de juillet 1417, prouve que le prêt total atteint 29.050 florins et que la règle de la limitation du prêt à 3.000 florins par fournisseur, adoptée l’année précédente, n’est pas observée. Berthomeu Amat se voit concéder 6.000 florins de prêts en contrepartie de deux contrats d’approvisionnement de 4.000 cafiz au total ; ses garants sont Johan Alegre ainsi que Jordi Camredon et Johan Mercer, bourgeois de Perpignan. Les contrats ont été réalisés le 2 août 1417 pour les quantités de 2.000 cafiz et des prêts de 3.000 florins. Parallèlement, Berthomeu Amat sert de garant pour deux prêts de 3.000 florins, consentis l’un à Johan Alegre, l’autre à Jordi Camredon de Perpignan, pour une fourniture de 4.000 cafiz de froment. Par conséquent, sur un prêt total de la ville de 15.750 florins, le 2 août 1417, Berthomeu Amat en reçoit 6.000 et sert de garant pour deux autres opérations portant sur 6.000 florins. Il contrôle soit directement, soit indirectement, les trois quarts des contrats frumentaires réalisés au début du mois d’août, en association avec Johan Alegre, Jordi Camredon. Par la suite, les contrats du 16 août 1417 portent sur 7.400 florins et des quantités de 5.100 cafiz, mais les prêts consentis cette fois-ci ne dépassent pas 1.500 florins et s’abaissent pour deux d’entre eux à 900 et à 500 florins. Les fournisseurs de blés sont des marchands : Gil Pereç, Johan Maynes, Anthoni Batle, Johan Bonet, Luis Rotg, Leonardo Berenguer, tandis que leurs garants sont soit des marchands comme Johan Eximenez, Matheu de Bondia, Vicent Colomer, Johan Ribera, Gabriel Font, Bernat Vidal, soit des manieurs d’argent comme Luis Bonet (changeur), Taxo Rigau (argentier), soit des artisans comme Leonardo Darago (pelletier), ou Johan Pereç (tisserand). Certains ont des attaches familiales avec les intéressés : Gil Pereç est le frère du tisserand Johan Pereç, Johan Bonet est associé à son frère Luis, changeur. Par la suite, la ville consent six nouveaux prêts, échelonnés les 16, 18 septembre et 18 novembre 1417, dont le montant atteint 5.900 florins pour des quantités de 4.600 cafiz. Les signataires des contrats sont à nouveau des marchands : Francesch Dartes, Bernat Junqueres, Johan Ametler, Johan del Vilar, Galceran Marti et Berthomeu Tarrach, pendant que leurs fidéjusseurs se recrutent à nouveau parmi les marchands et les manieurs d’argent, comme Francesch Siurana et Luis Ros (changeurs), tandis que le père de Johan Ametler, Berthomeu Ametler, se porte garant pour lui. On retrouve la présence de Berthomeu Amat aux côtés de Jofre de Meya : il cautionne le prêt de 1.500 florins accordé à Berthomeu Tarrach. La ville a par conséquent accordé 29.050 florins de prêts, destinés à l’achat de 20.200 cafiz de blé de France, de Sicile, de Sardaigne, de Berbérie, de Castille, de Navarre et d’Aragon10.
5Pour contrôler l’ensemble du trafic, chaque année le « reebedor dels manifests dels blats al Grau de la mar » est élu par les six jurats, auxquels se sont joints l’avocat et le syndic de la ville11. Les deux techniques du prêt sans intérêt et de l’aide par cafiz peuvent être utilisées en même temps. Au cours du conseil du 2 juin 1418, on décide de fixer à 20.000 sous le prêt pour les achats de blés. Le mois suivant, Azmet Albenatia, maure de la « moreria » de Valence, reçoit ainsi 200 florins pour 200 cafiz de froment qu’il a fait venir de Berbérie, alors que le prêt donné à Gabriel Desputg est un peu plus élevé, un florin et demi par cafiz, et atteint 1.500 florins pour 1.000 cafiz de froment de Séville. En même temps, les jurats continuent à garantir des aides à ceux qui portent du froment à « coll de besties » de 18 deniers par cafiz pour le froment, et de 1 sou pour les avoines12. Une politique frumentaire identique est reprise en 1419, dont bénéficie Ali Benxarnit, de la « moreria » de Valence, qui apporte au Grau sur la « nau » de Jordi Poli de Barcelone et la « coqua » de Estève Boxeda 1.367 cafiz de froment en contrepartie d’un prêt de 1.367 florins, remboursables à quatorze mois, alors que les aides de « menut » restent fixées à 18 deniers. Par la suite, lors de l’entrée en charge des jurats, on retrouve l’allusion à ce que : « les provisions dels blats se faessen per via de prestechs sis trobara o per via de ajudes »13. Mais il arrive aussi, lorsque les besoins sont très pressants, que les jurats et le Conseil interviennent directement dans les achats de blés.
Les émissaires de la ville
6Lors de la grande pénurie des années 1412-1413, entraînée par une extrême sécheresse, que les conseillers considèrent comme la juste punition des péchés des hommes : « que com per esguard de la seccada e sterilitat el any présent, que per nostres peccats era estada en aquesta ciutat », les jurats décident d’envoyer des émissaires pour acheter des blés. En Sicile, ils font le choix de dépêcher un des marchands de la ville, quatre noms sont évoqués pour cette mission : Luis Granollers, Johan Armenguer, Bernat Basella, Johan Cina. Deux semaines plus tard, le Conseil secret définit un programme précis, on enverra d’abord un homme en Sicile : « a comprar e assegurar forment » ; en même temps, on en transmettra un autre en Provence et en France. Ces deux hommes seront élus par les jurats et par Johan Bayona, Jacme Steve de Limotge, Francesch Aragones et Pere Ceriol14. Aux 12.000 florins prévus initialement, les jurats en ajoutent 27.000 le 15 février 1413 ; pour préserver les chargements de blé, ils engagent à bord de la « nau » Santa Maria del Rey quarante hommes d’armes, quinze arbalétriers. Pour plus de sûreté, ils la font accompagner de la « galiote » de Jofre de Meya et d’un « laut » ; 78.000 sous sont prévus pour ces armements que le Conseil se procure par émission de « censals », acquis alors par Pere Centelles. La « nau » Santa Maria del Rey, appelée aussi la « nau Castellana », doit en effet aller chercher les 3.000 cafiz de blés que l’émissaire de la ville pour la Provence et la France, Johan Nicholau, a réussi à se procurer à Agde. Précédemment, cette « nau Castellana » avait apporté de Séville 3.537 cafiz garantis à la ville par les marchands Francesch Ferrer et Francesch Siurana par le contrat de « seguretat » du 1er décembre 1412. Accompagnée de la galiote de Jofre de Meya et du « laut » de Pere Suau, la « nau Castellana » fait route vers Agde en mars 1413. Les jurats leur confient la mission, si le blé de Provence de Johan Nicholau ne suffit pas, de faire appel à Guillem de Camredon de Perpignan ou aux Florentins Léonardo Manelli, à ses frères et facteurs, résidant en France et en Provence15. A partir de juin 1413, la ville a mis sur pied un conseil restreint de jurats et de prud’hommes : « elets als affers dels forments ». Il s’agit pour les jurats de : Manfre de Romani, Bernat Johan, Johan Valleriola, Jacme de Vich, et pour les prud’hommes de : Francesch Ferrer, Guillem Bernat Caburgada, Pere Dezcortell, Anthoni Ros, Bernat de Pratbuy, Bernat Ferrer, Bernat Arnau, Francesch Comte al Castillo, Pelegri Cucalo. Le 28 juillet, le syndic Francesch Escola, Gabriel de Palomar et Bernat Lorenç s’y joignent, portant à 16 personnes l’ensemble des spécialistes : « desputats a provisio de blats »16. Le même jour, le capitaine de la flotte frumentaire de Valence, Pere Suau, reçoit son salaire et en sus 300 florins pour avoir porté à la ville plus de 12.000 cafiz de froment. Au cours de l’été 1413, 4 jurats et 12 prud’hommes, représentant chacun une des paroisses de la ville, ont été élus pour procurer de 20.000 à 25.000 cafiz de froment, à un moment où les fournisseurs habituels, Aragon et Castille, connaissent les mêmes difficultés que le royaume de Valence, où il convient : « fer mes provisio de forments de diverses parts on mes habunda axi com de Sicilia, del Realme de Napols, de França, de Cerdeya, de Bretanya ». On leur donne tout pouvoir pour élire des marchands ou d’autres experts, et les envoyer vers ces régions où le froment ne fait pas défaut ; tandis que le marchand Bernat Basella doit se procurer les fonds nécessaires en imposant entre autres un denier par livre de viande et deux deniers par livre sur le droit de « mercaderia », à acquitter par moitié par l’acheteur et le vendeur17. Les objectifs de cette politique frumentaire sont atteints puisque Francesch Escola, le 15 mars 1414, reçoit 150 florins pour avoir procuré en 1413 plus de 20.000 cafiz de blés18.
7Par la suite, en période de pénurie, les jurats utilisent à chaque fois des émissaires qu’ils envoient directement vers les sources d’approvisionnement, lorsque le système des aides et des prêts s’avère trop lent et inefficace. Ainsi, en avril 1421, ils dépêchent en Sicile Matheu de Bondia, marchand : « per haver forment a obs e provisio de la cuitat, per via de cambis, comandes ». En même temps, en raison des sécheresses et de la stérilité qui laissent présager de mauvaises récoltes, ils décident de transmettre « mercaders e persones expertes en Sicilia, Barberia, Castella e per totes altres parts don sen puxa fer provisio »19. Dès le 20 juin 1421, Matheu de Bondia réussit à se rendre acquéreur de 1.200 cafiz que la ville fait répartir, par quatre prud’hommes par paroisse, dans chaque maison. De juillet à août, 30.000 florins sont destinés par le Conseil à l’approvisionnement. Les opérations menées en Sicile par Matheu de Bondia ont été payées par des lettres de change d’un montant de 4.000 florins. Le Conseil demande à la ville de s’en acquitter au plus vite : « maiorment que los dits cambis eren estats endreçats a homens de Barchinona qui per ventura, si no havien compliment al temps assaj arien fer algun desplaer a la dita ciutat ». Il s’agit des marchands Berenguer et Pere Gibert et cela en dit long sur l’antagonisme latent qui existe entre le Principat de Catalogne et le royaume de Valence20. Alors que Matheu de Bondia part en Sicile, Berthomeu Dezputg prend le chemin de la Berbérie, accompagné de Cahat Ripoll, marchand de la « moreria », qui lui sert de cicerone et d’interprète, ainsi que de Francesch Giner et de Johan Alegre21. En 1422, Matheu de Bondia devient facteur de la ville en Sicile ; il dispose, pour assurer les expéditions de froment, entre autres, de la « nau » de Bernat Leopart, nolisée 200 livres au mois. Il faut attendre janvier 1430 pour que les jurats, à nouveau, envoient des émissaires en Sicile et en France pour se procurer des blés qu’ils font escorter par des galères du roi, nolisées chacune 100 florins par mois. L’année 1432 mobilise à son tour l’énergie des jurats et du Conseil pour assurer l’approvisionnement céréalier. L’effort porte aussi sur le transport des blés. Le 11 février 1432, ils nolisent la galiote du marchand Pere Marti pour aller chercher les blés qui se rassemblent à Tortosa « on per lo riu en devevallen de diverses parts ». Le montant du nolis au mois s’élève à 400 florins, au début ; la galiote doit accomplir un voyage par semaine. Les vendeurs de froment acquittent le montant du transport selon les quantités de blés acheminées, tandis que la ville s’engage à payer le complément jusqu’à concurrence des 400 florins ; par la suite, on décide que l’on fera autant de voyages qu’il sera possible. Outre Tortosa, les jurats ont envoyé des émissaires en France traiter avec Jacme Lacuna, marchand de Perpignan, pendant qu’à Majorque le Génois Andréa Gentil achète pour la ville : « hun carrech de forment de Barberia »22. En 1435, le manque de froment se fait sentir au printemps ; pour assurer la soudure, les jurats font appel à l’arrière-pays de Reus et de Tarragone, à « Monblanch, la spluga de Francoli », ainsi qu’à l’Aragon, où Bernat Boschat, Francesch Just al Minoli sont chargés d’acquérir 2.000 cafiz. On assigne en même temps 14.000 florins pour les achats de blés, pendant qu’aux mois de mai et juin des froments du Portugal, envoyés à la ville par messire Pinto, juif du Portugal, sur la « nau » de Gocalbo Perez, puis par le marchand génois Johan Batista, permettent de parer au plus pressé23. La Sicile demeure aussi le réservoir où puisent les envoyés permanents ou occasionnels de la ville, comme Galceran Dexarch, en août 1435, chargé de : « provehir la ciutat de forments e altres vivres »24. En septembre 1435, c’est vers la Berbérie que le « laut » de Johan Ferrer va faire provision de froment. A partir de décembre 1436, les jurats vont avoir un correspondant permanent en Sicile, qui travaille en accord avec Galceran Dexarch ; il s’agit de Felip Amalrich, marchand de Valence à Palerme25. Pour les autres régions, on préfère envoyer des émissaires occasionnels, quand le besoin s’en fait sentir. En janvier 1436, Francesch Pellicer, marchand, reçoit 40 florins pour un voyage de dix-huit jours qu’il a accompli en Castille, à Murcie et à Lorca : « per parlar ab mossen Alfonso Yanyez Faiardo per fets de forments, per obs de la dita ciutat »26. Deux ans plus tard, en juillet 1438, Matheu Pasqual reçoit une commission semblable pour aller à Urgel acheter 3.000 cafiz de blés27. Au cours de l’hiver 1439, les jurats ont donné mission à Vicent Granollers, « ciutada » de Valence, d’acquérir 500 salmes générales de froment de Sicile28. L’achat réalisé, il donne procuration à Felip Amalrich afin de recevoir au nom de la ville le froment et lui laisse 56 onces pour l’expédier en février. En juin, ce dernier, par l’intermédiaire de Pere Rocha, marchand de Barcelone, nolise la grande « nau » de Bernat de Requesens pour porter 2.100 salmes à Valence, dont 500 achetées par Vicent Granollers au comte de Calanoxeta et 1.000 acquises par Amalrich ; les frais de nolis sont de 15 sous par salme et la prime d’assurance s’élève à 10 %29.
8Plus tard, la ville finit par recourir presque exclusivement au système des prêts et des aides, qu’elle assure en chargeant des cens sur ses biens. Ce changement d’attitude est dû, en partie d’ailleurs, aux déboires qu’elle a rencontrés avec Almarich qui lui a expédié en août 1439 du froment vieux de deux ans : « no bo ne reebedor », dont elle a refusé de payer les aides et qu’elle a été obligée de vendre à perte à 5 sous la « faneca », alors que sur le marché il était à 8 sous. On revient donc à l’ancien système, en fixant chaque année le cours des aides pour les froments, orges et avoines, ainsi que le montant global des fonds que la ville consent pour financer ses aides. De 120.000 sous en 1449, ils atteignent 161.500 sous en 147230. En 1449, les aides d’abord fixées à 2 sous le cafiz, depuis le 28 juin 1448, diminuent en janvier 1449 et passent à 1 sou pour le froment et à 6 deniers pour l’avoine. Alfonso Marti, Anthoni del Grado, Francesch Ferrer, Johan Conques, qui ont garanti à la ville 3.600 cafiz, reçoivent l’aide de 2 sous, de juin à décembre 1448 ; et, à partir de janvier, pour le froment qu’ils porteront désormais, l’aide baisse de moitié31. Au cours des mois d’octobre, novembre 1449, c’est la formule des prêts sans intérêt qu’adoptent les jurats pour un total de 45.000 sous, dont la moitié est accordée à Johan Vallterra : 22.000 sous. Luis Blanch, marchand, et le soyeux Jaime Solanes reçoivent 12.000 sous pour se procurer 1.000 cafiz d’Aragon et de Tortosa, tandis que Pere de Pertusa (marchand), Francesch Artes (changeur), Francesch Ferrer (vendeur de froment), Pere Delmas (soyeux) signent avec la ville une « seguretat » de 600 cafiz de froment de Tortosa ou de Tarragone, assortie d’un prêt de 6.000 sous. Au même moment, Johan Bertran, marchand de Valence, et Johan Vicent de Segorbe font venir 400 cafiz de « candeal » d’Aragon pour 3.000 sous de prêt ; tandis que Bonanat Blanch et Jaime Aymar, marchands, s’engagent à fournir 500 cafiz d’Aragon pour 2.000 sous de prêt. Par conséquent, les prêts varient non pas exactement en fonction des quantités de froment fournies, comme pour les aides, mais en fonction des prix d’achat des froments et des disponibilités financières initiales des marchands32. Pendant l’année 1451, les prêts sont accordés de mai à septembre ; ils n’atteignent que 11.400 sous qui se répartissent entre le marchand Francesch Borell, qui assure 1.000 cafiz en échange de 5.000 sous de prêt, entre Johan et Pere Sallit, père et fils, marchands, qui se voient concéder 13.000 sous de prêts pour 1.000 cafiz de froment de Sicile ; Pere Capellades se contente de 2.400 sous pour une fourniture de 600 cafiz de froment de Sicile, pendant que le vendeur de froment Thomas Blasco est bénéficiaire d’un prêt de 1.000 sous pour 1.000 cafiz d’Oriola, ainsi que d’une aide supplémentaire de 1 sou 6 deniers par cafiz33.
9Ensuite, les prêts diminuent ; en 1452, ils ne sont plus que de 7.400 sous, répartis entre le patron de « nau » et marchand de Valence Salvador Castanya (5.000 sous pour 800 cafiz de froment de Sicile)34. Il faut attendre les années 1461, 1462 pour que les prêts reprennent avec quelque ampleur. En juillet 1461, les jurats avancent 6.500 sous au marchand vénitien Andrea de Gracia : « per pagar certa quantitat de forment ». En février 1462, les marchands Lois de Sentangel, Manuel Thori, Galceran Capello signent avec la ville un contrat de 1.000 cafiz de blés de Tunis, assorti d’un prêt de 6.000 sous. En 1463, la situation frumentaire oblige le Conseil, entre mai et août, à réserver 60.000 sous entre les aides et prêts qu’ils doivent accorder, dont un prêt de 15.000 sous à Miquel Dalmau et à Jacobo Miami, marchand vénitien, pour 2.000 cafiz de froment de « Flandres, França, Pisa, Talamo »35. En 1464, Francesch Martorell, maître portulan de Sicile, s’engage à fournir, le 12 décembre, 2.000 cafiz de blé en contrepartie d’un prêt de 33.000 sous, tandis que le marchand génois Onofre Justinia se voit concéder un prêt de 30.000 sous36. En juillet 1467, Ramon Pardo obtient encore 4.000 sous pour une « seguretat » de 1.000 cafiz de froment de Sicile ; mais, à partir de 1470, le Conseil de la ville prend l’habitude d’estimer globalement les dépenses que lui occasionnent les aides, les prêts pour les achats de céréales et les salaires des administrateurs de froments et autres frais divers. De février à décembre 1470, ces dépenses s’élèvent à 276.500 sous ; d’avril à décembre 1471, elles s’abaissent à 57.000 sous, pour atteindre 171.500 sous, de février à décembre 1472. Parmi les frais qu’occasionne cette politique frumentaire d’aides et de prêts aux importateurs de céréales, il faut faire entrer en ligne de compte la participation de la ville aux nolis, ainsi que l’affrètement de navires de garde pour assurer la sécurité des convois et décourager les convoitises des cités voisines.
La participation de la ville aux nolis des blés et l’action du Bailli et des officiers royaux
10Lors de la grande pénurie de 1412-1413, il avait fallu armer contre les « fustes » de Barcelone et de Majorque qui essayaient de détourner les convois destinés à Valence. La galiote de 19 bancs « den Cardona », et la barque de la ville de 40 bancs, patronnées respectivement par Jofre de Meyans et Pere de Bondia, ont dû patrouiller et accompagner les navires portant victuailles pendant toute cette période37. En 1413, la « nau Castellana », pourtant accompagnée de 15 arbalétriers et de 40 hommes d’armes, se fait escorter de la galiote et de la barque de garde de la ville pour prendre livraison de son chargement à Agde ; les armements des trois navires grèvent le budget de la ville de 78.000 sous38. En revanche, l’année suivante, il n’en coûte que 15 florins pour transmettre un « laut » à Alcudia, dans l’île de Majorque, pour accompagner sur le chemin du retour la « nau » de froment de Francesch Vidal39. Parfois, on trouve plus simple de placer sur les navires chargés de froment dix à quinze hommes d’armes, dont la mission s’avère défensive et offensive puisque le procès-verbal du Conseil envisage l’éventualité de s’emparer des navires céréaliers qu’ils rencontreront sur leur chemin si l’occasion se présente40. Par la suite, il arrive que le Conseil nolise les galères du roi au mois pour protéger les convois de victuailles41.
11A plusieurs reprises, la cité assure elle-même les transports de blés. C’est le cas en 1422 lorsque le facteur de la ville en Sicile, Matheu de Bondia, nolise pour 200 livres par mois la « nau » de Bernat Leopart ; il en coûte, en mai, 66 livres 13 sous 4 deniers de supplément pour avoir tardé à charger et fait attendre le patron dix jours de plus qu’il n’était prévu42. Quelques années plus tard, les jurats nolisent pour 400 florins par mois la galiote de Pere Marti pour aller chercher du froment à Tortosa ; mais quand il s’agit des froments de l’arrière-pays, il faut en outre régler le prix des caravanes muletières. Francesch Valleriola, administrateur du froment d’Aragon, loue des bêtes à raison d’un florin et demi par cafiz. Lorsque les caravanes muletières aboutissent aux ports de transbordement, les patrons basques se voient menacer par un « bergantin » de Barcelone et doivent faire appel à la galère de Galceran de Monsoriu pour les accompagner ; il en coûte 100 florins aux jurats43. Ces précautions ne sont pas toujours suffisantes. En août 1438, trois navires de froment, à destination de Valence, sont pris par les gens de Carthagène ; la ville doit dépêcher Johan Ferrer pour essayer de les récupérer, au cours d’un voyage qui le mène de Gandia à Carthagène, pendant une durée de douze jours44. Au cours de l’année 1439, la ville consigne parmi ses dépenses un prêt de 20.000 sous destiné à payer les nolis des navires, en provenance de Sicile et de Sardaigne45. Comme toujours en période de pénurie, la piraterie frumentaire revit et il faut faire appel à la galère de Don Johan Folch de Cardona pour accompagner les victuailles de la ville, en particulier : « certes barques d’Oriola ». Le Conseil lui accorde 100 livres « per los treballs per aquell sostengut de lur ordinacio ab la sua galea »46. D’ailleurs, une fois arrivé au Grau, le blé suscite d’autres convoitises, au point qu’en avril 1446 le Conseil confie à Genis Ferrer, jurat, la mission de surveiller pendant trois jours le froment au Grau et lui donne 60 sous : « per fer guardar lo dit forment en la dita playa de molts furts »47. Parfois aussi, sous la menace de corsaires, les navires céréaliers doivent faire halte dans un des ports du royaume et demander aux habitants de leur prêter main-forte ; les jurats accordent 13 livres 4 sous à Johan Daroqua et à dix compagnons pour être montés sur une « nau » castillane, chargée des blés du marchand génois Lois Gentil, et pour l’avoir accompagnée et défendue des corsaires qui la menaçaient de Xavea au Grau « los quais onze homens muntaren en la dita nau en lo port de Xavea alli la havien deffesa e guardada dels dits cossaris e acompanyada fins al Grau »48. Au cours des années 1462-1463, à plusieurs reprises, Johan Livello, patron de « laut » de Valence, fait la navette entre le Grau et Alicante pour accompagner le froment de la ville, tandis que Pere Sallit et Dionis Rossel reçoivent une aide de nolis de 35 livres pour envoyer en Sardaigne la caravelle de Pere Varroso qui doit charger des blés et escorter les « naus » qui sont en attente dans l’île49.
12Parallèlement à l’action de la ville en matière frumentaire, il faut évoquer ici celle du Bailli général de Valence et des officiers royaux. En période de pénurie, son rôle consiste à épauler la politique de la cité, en proclamant l’interdiction d’exporter blés et victuailles du royaume, en octroyant une série de lettres de commission sur terre et sur mer pour empêcher toute exportation. Ces lettres de commission, accordées à des marins du royaume pour la surveillance des mers, s’échelonnent régulièrement de 1404 à 1516, dans la série des lettres missives du bailliage. Les motifs invoqués sont le bien et profit et utilité : « de la cosa publica de la ciutat de Valencia e Regne de aquella » ; en conséquence, on interdit : « que blats ne altres vitualles no isquen fora de la dita ciutat o son régné per dar portar o navegar ». On ordonne de s’emparer de tout blé, emporté par terre ou par mer, et de saisir les personnes, vaisseaux ou bêtes, avec lesquels on essayerait de le faire sortir50. Ces interdictions d’ordre général peuvent se faire plus précises ; le 11 septembre 1424, Anthony Pasqual, « alguatzir » des mers du royaume de Valence, reçoit commission d’amener à Valence tous les bateaux chargés de blés, avec prohibition de décharger et de vendre sur la côte, à l’exclusion de Valence. Une lettre de commission identique est donnée à Jacme Marti, en mars 142551 : « que totes les naus e fustes que arribaran portaran en lo dit régné forment e blats vinguen a descarregar en la dita ciutat los dits forments e blats ». On passe par conséquent d’une interdiction générale d’exporter les blés produits dans le royaume à l’obligation de faire converger vers la cité tous les courants frumentaires maritimes, y compris ceux qui sont destinés aux cités, voisines du littoral, ou aux autres États de la couronne d’Aragon. Les agents de cette politique sont les marins qui ont reçu du Bailli des lettres de commission, les patrons des barques armées de la ville, « l’alguatzir » des mers. Ils disposent d’auxiliaires à terre : les Baillis locaux et leurs lieutenants, qui ont pour mission de diriger vers Valence toutes les barques chargées de blés52, tandis que les agents du Bailli, dans l’arrière-pays producteur de froment, doivent veiller à ce que « forments, arrosos, ordis, civades, e altres grans no isquen »53. Ces interdictions sont diffusées par crieurs publics dans les différentes cités du royaume, comme ce fut le cas le 30 août 1484, à : « Morvedre, Moncofa, Villareal, Castellon de la Plana, Onda, Sueca, Alcira, Cullera, Dénia, Xavea ». Cela n’empêche pas d’ailleurs les conflits qui aboutissent devant la juridiction du Bailli. Ainsi Johan de Castro, marin, patron de barque de la ville, s’empare, au cours de l’année 1405, de la barque et du chargement de blé de Anthoni Planella qui revenait de Berbérie et se dirigeait vers Majorque. Finalement, le Bailli ordonne de lui rendre son embarcation et le froment puisqu’il n’avait pas chargé dans le royaume de Valence54. Plus tard, c’est la ville de Gandia qui s’insurge contre la politique frumentaire de Valence et des autorités royales. Galceran de Vich, lieutenant du procureur du duc de Gandia, fait décharger une barque de froment destinée à la ville55. Parfois, c’est au Grau même que se manifeste la concurrence frumentaire ; en juin 1430, une barque armée de Barcelone tente de détourner les convois de blés vers le Principat de Catalogne ; il faut mobiliser la galère de Johan de Gurrea pour s’en emparer et lui faire cesser ses activités56.
13C’est aussi le rôle du Bailli d’intervenir auprès des États ou des cités voisines pour obtenir la restitution des chargements saisis par les corsaires. Dans une lettre à « l’adelantat major » de Murcie, Alfonso Yavyes Fajardo, le Bailli, demande que l’on rende à Galip Ripoll et à Ali Xupio 2.000 cafiz de froment d’Oran qu’ils avaient assurés à la ville, ainsi qu’un cabas de pâtes, un sac de semoule et trois faucons, qu’Abdallah Calema, domestique d’Ali Xupio, rapportait à son maître. Le « laut » de Valence qui les ramenait avait été contraint par la tempête de se réfugier à Pormany, où il avait été capturé par deux barques armées de Carthagène57. Quelques années plus tard, le Bailli s’entremet en faveur d’un marchand vénitien, Johan Palmeri, qui avait garanti à la ville une cargaison de blé, chargée à Terranova sur la « nau » du vénitien Francisco Donato, pour faire déclarer tout acheteur dudit blé : « de mala fe e no de bona fe » ; comme la « nau » avait été prise dans les mers de Sicile par deux « baleners » de Castille, de Marti Nicolas et d’En Machi58. En 1452, il intervient auprès des jurats d’Alicante qui ont arrêté « le balener » de Franci de Casafranqua, chargé de froment de Sicile, destiné à Valence59. Il lui faut aussi trancher des conflits à propos du prélèvement des droits de péages. Gil Gomez, procureur du seigneur de Villena, vend à Valence : 800 cafiz en 1457, 1.000 en 1458. On lui réclame le péage d’un denier une maille par cafiz et le droit « d’almodinatge » de trois deniers par cafiz. Finalement, il allègue le privilège des victuailles qui l’exempte de tout paiement de droits et le Bailli tranche le débat en sa faveur60. C’est aussi le Bailli qui octroie « guiages » et sauf-conduits aux navires chargés de victuailles qui se dirigent vers Valence. Même lorsqu’il s’agit de pirates, pourvu qu’ils soient porteurs de froments, comme ce « guiage » qu’il accorde sur la requête du syndic de la ville à trois « naus » : la première est patronnée par Johan de Granada, « vizcahin », amiral du roi de Castille ; la seconde par Johan Ochoa de Alguero et Pedro de Caranca ; la troisième, patronnée par Miquel Dansorrigui, est une « nau » génoise dont ils se sont emparés alors qu’elle revenait chargée de froment de Berbérie61. C’est la situation inverse qui se produit en 1485 : une « nau » de la ville de Valence, affrétée pour aller chercher du blé à Oran et à One, chargée de 9.000 livres de marchandises au total, tombe entre les mains d’une « nau » basque de Johan Plasencia, capitaine de la flotte du roi de Castille. Le Bailli, dans une lettre au roi de Tlemcen, cherche à obtenir la restitution des prises62. Le Bailli, par conséquent, déploie une intense activité en faveur de la politique frumentaire, en jouant tour à tour de ses fonctions d’arbitre, de diplomate et agent du pouvoir royal. C’est à ce titre qu’il seconde les efforts des jurats, en particulier pour le transport des blés.
14Lorsque le besoin s’en fait sentir, il n’accorde aux navires que des « guiages » restrictifs qui n’étendent pas leur sauvegarde aux réquisitions de la ville, dont elle peut user pour son approvisionnement. C’est un « guiage » de ce type qu’il accorde au Pisan Apolloni Bursani, patron de la « nau » Santa Maria Sent Francesch, stipulant que : « si la ciutat de Valencia haura mester la dita nau per a obs de portar forment e altres vitualles a la dita ciutat que en tal cars nos puxats alleguar del dit guiatge en sa força e valor »63. Les archives du Bailli se font ainsi l’écho des réquisitions qu’ont subies les patrons de « nau » qui parfois mettent en péril leurs navires et leurs biens. Dans une lettre testimoniale, le Bailli demande de ne pas mettre à l’encan la « nau » et les biens d’Alvaro Gonçalvez de Luazes qui a été réquisitionnée par la ville, alors qu’après avoir été de Cadix à Barcelone, puis à Valence, il s’apprêtait à retourner à Séville, puis en Flandres, avec à son bord les marchandises du marchand flamand Johan Bacin. Il a dû partir en Sicile pour aller charger froments et victuailles, destinés à l’approvisionnement de la ville64, après avoir proposé, en vain d’ailleurs, à l’équipage d’éviter le Grau, ce à quoi les marins se refusèrent car : « no voliem perdre la cuitat de Valencia ». Au cours de la même période, la « nau » de Pere Marti, patron de nef de Valence, doit aller charger du blé en Sicile, sous peine d’une amende de 5.000 florins en cas de refus, de même que la « nau » de Miquel Barut, patron de Bruges65. C’est aussi le Bailli qui intervient pour faire respecter les interdits royaux, même si c’est au détriment de la politique frumentaire. Lorsque la « nau » de Johan Martinez de Casandra arrive en juin 1465, chargée de 231 « motges » de froment de Rouen, en dépit du « guiatge », il confisque 51 motges appartenant à Franci Bertran de Bruges, fils de Ferrer Bertran de Barcelone, qui s’est rendu coupable d’avoir transmis : « moltes e diverses vegua des forment a la ciutat de Barcelona »66. Mais il est rare que les intérêts frumentaires de la ville et du Bailli soient divergents ; en général, les autorités royales s’associent aux efforts des jurats et du Conseil de la ville. Le Bailli cautionne la politique frumentaire en multipliant les commissions pour empêcher l’exportation des céréales hors du royaume, en accordant « guiatges » et sauf-conduits à tous les navires portant victuailles, en facilitant les réquisitions des embarcations, en cas d’urgence. A travers les mécanismes de la politique frumentaire, de ses moyens, de ses agents, s’est dessinée en filigrane la carte d’approvisionnement en céréales du royaume de Valence, d’où viennent en effet ces blés ?
PRODUCTION DE BLES DU ROYAUME DE VALENCIA XVème siècle

IMPORTATIONS DE FROMENT A VALENCE. 1412-1414 (PAR CONTRATS SEGURETATS

Les importations de céréales : zones d’approvisionnement du marché valencien
15Valence, en liaison directe avec la mer, peut s’offrir le luxe d’un grand commerce des grains67. L’impératif des coûts du transport joue en faveur du transport maritime, alors que le coût par caravane muletière est de 1 florin et demi par cafiz pour du blé en provenance d’Aragon, il en coûte 10 sous de nolis par salme générale de Sicile. Donc, le faible coût du transport maritime pour un pondéreux comme le blé va jouer en faveur des aires d’approvisionnement consacrées à la monoculture du blé comme la Sicile, la Sardaigne, ou des marchés situés sur le littoral de la Provence, du Languedoc ou des zones d’Italie du Sud : Pouilles, Calabre, ou du littoral maghrébin, sans oublier l’apport du littoral atlantique, de la mer du Nord et de la Manche, des Flandres, de la vallée de la Basse-Seine, de la Bretagne et du Portugal.
16L’apport ibérique subsiste, mais il demeure faible face aux régions d’approvisionnement plus substantiel. Cet apport varie selon les années, selon les fluctuations climatiques, selon les besoins plus ou moins urgents du royaume. L’examen des « seguretats », des contrats d’approvisionnement établis entre la ville et des fournisseurs, moyennant une aide, permet de retracer les aires d’approvisionnement68. Au début du xve siècle, au cours de la période de pénurie des années 1412 à 1414, les contrats ont porté sur des quantités de 123.358 cafiz, prévues aux termes des accords, alors que les quantités réelles livrées au royaume n’ont été que de 106.846 cafiz. Les régions ibériques qui ont fourni des blés sont : la Castille 12,7 %, l’Aragon 10 %, le royaume de Valence 5 %, la Catalogne 0,3 %. Soit 28 % du total, alors que la Sicile avec 40 %, la France et le nord de l’Europe avec 32 % demeurent les principaux fournisseurs. L’octroi des aides de la ville, qui s’est élevé à 28.274 livres au cours de ces deux années, se répartit un peu différemment, le coût s’élève à 22,6 % du total pour la péninsule ibérique : Castille 13 %, Aragon 7,7 %, Valence 1,7 %, Catalogne 0,2 %. Tandis que la Sicile, la France et les pays d’Europe du Nord reçoivent 77,4 % des aides accordées à l’importation des blés (Sicile 44,4 %, France – Europe 33 %). La part des blés d’Aragon et de Castille a été réduite en raison des interdictions d’exporter auxquelles se sont heurtés temporairement certains signataires de « seguretats » ; il n’en apparaît pas moins que l’essentiel de l’approvisionnement se fait surtout avec les pays de la Méditerranée occidentale et avec les pays de l’Atlantique. Les fournisseurs les plus proches sont par conséquent l’Aragon et la Castille. Les blés d’Aragon sont transportés exclusivement par caravanes muletières, de la zone de Cariñena au sud de Saragosse, de Burbaguena, Blanques, Calamocha le long de la vallée du Jiloca, au sud de Daroca ; mais aussi de Teruel et de Torres de Albarracin. 10.646 cafiz ont été ainsi acheminés vers le royaume de Valence entre le 26 mai 1412 et le 30 mai 1413. La plupart des agents de ce commerce céréalier sont des marchands valenciens, mais aussi des gens des villes de l’intérieur en contact avec l’arrière-pays. Ils livrent de petites quantités, comme Guillem Steve, épicier de Segorbe, qui s’engage à fournir en juillet 1412 60 cafiz de froment « candeal des aldees de Daroqua », ou Marti de Gurrea et Bernat Médina, habitants de Segorbe, qui font venir 188 cafiz des « parts d’Arago », de novembre 1412 à janvier 1413. En janvier 1413, à deux reprises, ce sont des Maures de Benaguacil, au sud de Lerice, sur la rive gauche du Turia Hamet Abrassim, Mahomat Xambell, Abdallah Camari, qui procurent 257 cafiz d’Aragon. Parfois, les muletiers eux-mêmes participent au trafic, comme ce Johan Martinez « recuer » qui conclut le 8 avril 1413 un contrat de 110 cafiz de « ferm » et 20 cafiz de « respit », qu’il apporte le 26 mai 1413. Les blés de Castille, à la différence des blés aragonais, subissent des transbordements. 13.633 cafiz de céréales castillanes ont été absorbés par le royaume entre le 22 mai 1412 et le 9 janvier 1414, dont 320 cafiz d’avoines (civades) et 639 cafiz d’orge (ordi). Sur ce total, 70 % sont arrivés par voie maritime. La majorité emprunte la voie d’Oriola, c’est-à-dire d’Orihuela, pour gagner ensuite le port de Guardamar sur le Segura. En revanche, les blés d’Yecla, plus au nord, ou de Ffavanella (Abanilla), du val de Ricote, de Fortunes de Castilla, au nord-ouest d’Orihuela, transitent par Alicante et le « cap de Aljub » ; tandis que les blés de Molina, au nord de Murcie ou d’Arguazas, transitent par Guardamar ou Alicante, au choix. Plus rares sont les blés d’Almansa, de Requena et de Cuenca, qui doivent emprunter la voie terrestre des caravanes muletières, tandis que les blés de Séville parviennent directement par voie maritime jusqu’au Grau. Comme précédemment, les marchands de Valence se taillent une bonne part du trafic du blé castillan, mais il leur faut compter aussi avec les marchands castillans, intermédiaires de la noblesse terrienne locale, comme Jaume Dontinyen, marchand, devenu « voisin » d’Oriola, procureur de Jaume Torres, chevalier d’Oriola, qui expédie 1.007 cafiz de blé par Guardamar en juin 1412, ou Pere Rodrigo, fils de Nicholau Rodrigo, marchand d’Oriola, qui s’associe au marchand valencien Johan de Castrellenes pour l’achat de 102 cafiz des « parts d’Oriola e dels valls », le 20 mai 1412. Le 5 juillet 1412, Francesch Ferrer, monétaire, et Diego Ferandez de Paredez, agent comptable du roi, fournissent 850 cafiz de froment de Requena. Les achats de blés à Séville se font par l’intermédiaire d’un marchand florentin Leonardo Manelli et de son procureur : le notaire valencien Guillem Cardona, qui s’engagent à livrer, d’août à septembre 1412, 950 cafiz de froment livrables de septembre à Noël ; tandis qu’en novembre 1412, le marchand génois Jofre Gentil achète 500 arroves de froment à Séville. Le 1er décembre 1412, Francesch Ferrer et Francesch Siurana s’engagent à rassembler 2.500 cafiz de blés andalous, qu’ils portent à 3.537 cafiz le 23 février 1413. Les blés de Cuenca sont surtout fournis par les gens du cru : Bernat Marti, Johan Bertran, Domingo Marti, qui envoient à Valence de petites quantités oscillant autour de 100 à 150 cafiz en moyenne, échelonnées de janvier 1413 à janvier 1414.
17Malgré la médiocrité des quantités fournies, il convient de faire ici une place aux céréales originaires du royaume de Valence. Entre le 5 juillet 1412 et le 13 janvier 1414, il a fourni 2.357 cafiz de froments, 2.370 cafiz d’avoines et 1.122 cafiz d’orge, soit un total de 5.849 cafiz, dont 29 % sont venus par voie de mer. Les zones de production sont, au nord, l’ensemble de Peniscola, Castellon, Burriana, avec deux centres dans l’arrière-pays : Vilafames et Alfondeguilla. Plus au sud, Murvedro-Sagunte et l’arrière-pays montagneux d’Olocau, proche du monastère de Porta Cœli, forment le second ensemble céréalier. Viennent ensuite les villes du Rio Tuyar et du Turia, s’échelonnant de Chelva à l’ouest en passant par Vilamarchante, Ribarroja, Chelva. Ce sont des régions réputées pour leur fertilité où l’on récolte blé, orge et avoine. On atteint Buñol puis Silla et Soltana, proches de la Albufera. A Buñol comme à Chelva et à Villamarchante, ce sont essentiellement des blés de « huerta », la zone de « secano » du côté de Buñol leur étant peu favorable en raison de son aridité et de sa stérilité. Les régions productrices du Jucar se succèdent de Carlet à Algemesi, Alcira, Corbera, pour aboutir à Cullera où l’on cultive des blés de « huerta » et de « secano ». Les terroirs du Cabo de la Nao autour de Denia, Benisa, Calpe sont plus médiocres. Le « secano » de Benisa se signale par un paysage de champs en terrasses où l’on cultive les céréales. Il faut s’enfoncer dans l’arrière-pays et abandonner le littoral pour retrouver des régions céréalières vers Ayora en passant par Albaida, Bocairente, Alcoy, Penaguila. Ayora, sur la ligne frontière avec la Castille, est vouée aux cultures extensives avec des périodes de repos qui peuvent dépasser dix ans ; à l’est, une petite « huerta » permet des récoltes annuelles de blés, de « sexa », d’orge et d’avoine. Les cultures céréalières en terrasses du val d’Albayda rappellent celles de Benisa, de même à Bocairente, Alcoy, l’orge, l’avoine, le seigle se partagent les surfaces cultivables. A l’extrême sud, le dernier ensemble est constitué par Elda, Aspe, Elche, le long du fleuve Vinalopo. Bien irrigué, le blé est récolté sur les terres de « huerta », alors que la grande culture céréalière demeure l’avoine sur les terres de « secano ». A travers les livraisons effectuées de 1412 à 1414, il apparaît que l’on dispose de surplus dans la région du Jucar, centrée sur Carlet, Algemesi, Alasquer, Albalat de Pardines, Pardines, Alcira, Corbera ; elle fournit à elle seule 2.324 cafiz de céréales entre froment, avoine et orge, qu’elle achemine vers Valence par voie de terre. La seconde zone est celle du Sud, d’Elda, Aspe, Elche, Jacarrilla, Orihuela ; elle envoie à Valence 1.376 cafiz de céréales, avec un transbordement à Guardamar ou à Alicante. Ces deux régions ont contribué respectivement pour 39,7 % et 23,5 % à l’ensemble des ventes de céréales du royaume de Valence au cours des années 1412-1414. Même si l’apport valencien reste minime, il représente cependant 5 % du total des importations de la cité au cours de cette période, alors que la contribution ibérique totale incluant la Castille, l’Aragon, la Catalogne, Valence atteint 28 %69.
18Le grand fournisseur a été surtout la Sicile et, dans une moindre mesure, la Sardaigne et l’Italie. Du 7 avril au 11 décembre 1413, les contrats de « seguretats » prévoient de faire venir 43.834 cafiz de froment de ces régions. Finalement, une quantité légèrement inférieure de 42.150 cafiz est arrivée à Valence, moyennant 12.532 livres d’aides. Il faut introduire ici une distinction entre le blé fourni par les marchands et celui du roi, acheminé en 1414 sur la nef de Johan Batista, qui n’est pas inclus dans les « seguretats »70. Les expéditions de blé sicilien se font par les ports du Sud : Girgenti, le Jargent des textes valenciens, La Licata. D’Italie les expéditions se font par les ports des Pouilles, Manfredonia ou Barletta sur l’Adriatique, ou par Gallipoli sur le golfe de Tarente. La plupart des contrats sont réalisés par des marchands valenciens, parmi lesquels se détachent Anthoni Bâtie, Bertomeu Amat, Francesch Vidal, Gabriel Navarro, mais aussi des Génois comme Andrea Gentil et Francesch Italia, qui livrent, à la suite des contrats du 12 mai 1413 et du 12 octobre 1413, 1.998 salmes chargées à « Jargent » et 4.327 cafiz à Manfredonia. Le marchand lombard Nicholau de Muntell s’engage à acheminer 1.750 cafiz de froment de Naples, le 22 novembre 1413, tandis qu’à deux reprises, en décembre, le marchand florentin Leonardo Manelli, par l’intermédiaire de son facteur Victori de Johan, se rend acquéreur de 3.098 cafiz de Toscane et de 3.541 cafiz venus des Pouilles, du Patrimoine, de Toscane, par Bibbona ou Talamone. Tous ces chargements n’arrivent pas toujours à bon port ; le 27 avril 1413, une lettre des conseillers de Barcelone aux jurats de Valence les informe qu’ils ont saisi 330 salmes sur la « nau » de Trapani « Sancta Creu Sent Nichola », patronnée par Anthoni Fardella. Elles étaient destinées à Valence, selon le contrat de « seguretat » du 7 avril 1413 réalisé par Anthoni Bâtie, Johan Lanello, Berthomeu Catano, aux noms de Jofre Gentil et d’Aduard Palomar, marchands génois. Les gens de Barcelone se sont emparés du chargement pour ravitailler leur ville, rendue plus populeuse par la tenue des « Corts » et la présence du roi71.
19Légèrement inférieur en quantité, le blé de France et d’Europe du Nord représente malgré tout 32 % du total des approvisionnements, avec des prévisions de 38.883 cafiz de blés et des livraisons de 34.189 cafiz incluant froments, orges, avoines. D’Europe du Nord, les blés viennent surtout de Flandres après avoir été embarqués à l’Ecluse. Les navires effectuant le transport sont des navires vénitiens, comme la « nau » de Jordi Malistero chargée de 2.000 à 2.600 cafiz de « Sexa de Flanders » pour le marchand vénitien de Valence Massiu Johan, au cours du mois de juin 1412. La « seguretat » est conclue le 1er juin et le navire arrive au Grau le 25 juin. Mais ce sont surtout des navires basques et portugais qui assument les affrètements ; en novembre 1412, Johan Bayona s’engage à livrer 200 à 250 cafiz de la « Sclusa » à la ville ; quelques mois plus tard, en février 1413, les 200 cafiz promis atteignent Valence sur la « nau » du Basque Johan Yvanys de Deva. En janvier 1413, lorsque Anthon Garriga, marchand de Valence, et Marti Bursa, marchand flamand, s’associent pour faire parvenir 1.500 cafiz de froments de Flandres, il ne faut pas moins de trois navires, échelonnés du 12 mars au 7 mai 1413, pour acheminer la cargaison ; il s’agit des « naus » de Johan Yayet de Portugal, de Pere Berthomeu et de Lorenço Giraldez. Outre les Flandres, la Bretagne apparaît, à travers les contrats de « seguretats », comme le second centre d’approvisionnement. L’origine précise du froment est difficile à localiser, il est question d’Orariant, situé entre « Gascunya e Bretanya », peut-être Auray sur le golfe du Morbihan72. Le premier contrat est conclu par le Basque Johan Bayona, marchand de Valence, qui s’engage à acheter, le 11 février 1413, 2.200 à 3.200 cafiz de ce froment (breton), pour lequel il reçoit une aide très élevée de 8 sous par cafiz et en contrepartie la licence d’exporter 1.500 « carregues » de riz du royaume de Valence. Quelques mois plus tard, le 23 mai 1413, 1.126 cafiz arrivent de Bretagne sur la « nau » de Johan de Toloch d’Alamanya73. Mais c’est surtout la France méridionale et la Provence qui demeurent alors les marchés céréaliers les plus sollicités. Les blés du Bas-Languedoc et du Roussillon sont embarqués par Collioure, Agde, Narbonne, après avoir été rassemblés par Leonardo Manelli, marchand florentin, et ses facteurs, ou par Guillem Capredon de Perpignan, en relation avec le marchand valencien Berthomeu Amat. Leurs sphères d’influence ne se limitent pas au Roussillon et au Bas-Languedoc, elle s’étend au delta du Rhône avec ses trois débouchés d’Aygues-Mortes, d’Arles et de Port-de-Bouc (« Boch »). Par l’intermédiaire de Guillem Cardona, notaire, associé à Leonardo Manelli en septembre et en octobre 1412, la ville espère recevoir, de janvier à mars, 5.000 à 6.500 cafiz de France par la voie d’Aygues-Mortes et Port-de-Bouc, vers le royaume de Valence ; pendant cette période, il arrive aussi que les marchands de France concluent directement des contrats avec les jurats ; ce ne sont pas toujours de très grandes quantités. Ramon de Puitgroy, marchand de France, le 15 novembre et le 24 décembre 1412, promet de porter à la ville 400 cafiz, puis 170, en provenance de France ; en janvier 1413, il n’arrive à réunir que 121 cafiz sur les 400 promis et l’on ignore s’il peut s’acquitter du second contrat de 170 cafiz. De même, Pasqual Pere, marchand de Perpignan habitant Valence, s’engage à faire venir de 500 à 700 cafiz d’« Arlet » et de « Proença », le 13 janvier 1413 ; de juin à octobre, ilréussit à procurer 410 cafiz de froment à la ville, mais le 12 mai 1413 un des navires qui transportait son blé, patronné par Anton Serra, a été obligé de décharger à Barcelone74. Parfois, ce terme de froment de Provence cache une origine approximative qui ne s’avère pas toujours exacte ; ainsi le 11 mai 1413, Nicolau de Mantell, marchand lombard de Valence, s’engage à fournir de 300 à 450 cafiz de froment de « Proença », et le 1er juillet 1413 il livre en réalité 160 cafiz de froment du Frioul (« Friola »). A la différence de ce qui se passe en Sicile ou en Italie du Sud, où les quantités de blés sont toujours importantes, les contrats pour la France oscillent autour de 50 à 150 cafiz. Ils peuvent atteindre de 1.000 à 3.000 cafiz lorsqu’il s’agit du marchand génois de Valence Francesch Ytalia qui apporte à Valence, le 10 juin 1413, 1.020 cafiz, puis en décembre 1413 3.183 cafiz ; ou lorsqu’il s’agit du Valencien Bertomeu Amat avec 1.050 cafiz le 23 octobre 1413, ou du Florentin Leonardo Manelli avec 1.983 cafiz et 1.267 cafiz, les 11 et 20 décembre 1413. Au total, entre le 22 mai 1412 et le 27 janvier 1414, les jurats ont conclu une série de contrats de « seguretats » avec des marchands et des particuliers, portant sur des blés de l’ensemble aragonais : Sicile, Aragon, Valence, Catalogne, mais aussi de Castille, de l’Europe du Nord et de la France. Les contrats prévoyaient la livraison de 123.358 cafiz entre « ferm et respit », les quantités réelles livrées ont atteint 106.846 cafiz au cours de ces dix-huit mois75, tandis que les jurats déboursaient 28.274 livres d’aides pour subventionner ces arrivées de blés.
Tableau n° 7 Les importations de blés de la cité du 22 mai 1412 au 27 juin 1414
| Pourcentages respectifs des blés importés d’après les pays d’origine | Pourcentages des aides accordées correspondantes | |
| Aragon Catalogne Valence Sicile France Castille | 10,0 % 0,3 % 5,0 % 40,0 % 32,0 % 12,7 % | 7,7 % 0,2 % 1,7 % 44,4 % 33,0 % 13,0 % |
Quantités totales prévues : 123.358 cafiz.
Quantités totales livrées : 106.846 cafiz.
Aides accordées : 28.274 livres.
Archives municipales de Valence : Asseguraments e manifests de blats.
Le rôle du roi dans le commerce des blés
20Conjointement à l’action des jurats et de la ville, il faut citer celle du roi, qui est un affairiste. Rappelons que les rois d’Aragon, au cours du xve siècle, s’associent à la création d’une des premières compagnies sucrières à Castellon de La Plana, prennent des participations dans les navires, exploitent les salines d’Ibiza et de la Mata, enfin la spéculation sur les blés dont ils disposent en quantités considérables en Sicile n’est pas un des moindres aspects de leurs activités. Mario del Treppo a souligné le rôle d’Alphonse le Magnanime en 1448, s’entremettant par l’intermédiaire du notaire Ferrer Ram auprès des conseillers de Barcelone : « axi com cascun any costumen contractar ab diverses mercaders, sobre la provisio dels dits forments, ne vullen contractar ab nos e per nostra part ab vos »76. Le roi en effet, cette année-là, avait fait des achats en Sicile, Calabre, Basilicat et se disposait à envoyer 45.000 « quarters » à Valence, 30.000 à Barcelone et 15.000 à Majorque. L’affaire échoua à Barcelone, comme elle avait échoué en 1432 lorsque le roi, après avoir acheté du froment en Sicile à 10 sous le « quarter », prétendait le revendre de 18 à 20 sous, alors que le grain d’Ampurdan atteignait 13-14 sous et que celui d’Aragon était à 15-16 sous. Ceci n’est pas une nouveauté, au même titre que le patriciat urbain, les rois d’Aragon participent aux profits issus de l’approvisionnement frumentaire.
21Au moment de la pénurie des années 1412-1413, à plusieurs reprises, comme en témoignent les comptes du maître comptable, le roi conclut des contrats de « seguretats » avec les jurats. Le premier de ces contrats aboutit à la livraison, le 7 janvier 1413, de 1.303 cafiz 3 fanèques de froment de Séville, soit 3.537 cafiz 1 fanèque à la mesure de Valence, sur la « nau » de Miquel Berru, marchand de Séville et patron. Le nolis se monta à 1.107 livres 15 sous 3 deniers, à raison de 1 écu de France par cafiz. Il faut y ajouter les frais de « guiage » que paient les navires en provenance d’Espagne à 6 derniers par cafiz. Accompagnant le froment, les deux facteurs de Pere Garcia, Gabriel et Garcia, reçurent pour leurs peines 11 livres, de même que Bertomeu et Alfonso, mesureurs de Séville, se virent donner 14 livres 6 sous ; sans compter les dépenses de victuailles pour nourrir les facteurs, les mesureurs et ses aides qui s’élèvent à 26 livres 19 sous, soit au total 1.308 livres 1 sou 3 deniers, en plus du nolis de 1.107 livres 15 sous 3 deniers. En contrepartie, le maître comptable reçoit 9.575 livres 2 sous, montant de la vente du froment à « l’almodin » par Francesch Giner, Salvador Magrana, Johan Daroqua à raison de 54 sous le cafiz, tandis que la ville lui remet une aide d’un demi-florin par cafiz, dont le montant global atteint 972 livres 14 sous 5 deniers. Malheureusement, l’ignorance du prix d’achat du froment ne permet pas d’évaluer les bénéfices réalisés ; les dépenses diverses représentent 13,6 % du prix de vente du froment, le nolis 11,5 %, l’aide accordée par la ville 10,15 %77. L’année suivante, c’est du froment et de l’orge de Sicile que le roi expédie à Valence sur la « nau » de Johan Batista. Il s’agit de 600 salmes de froment et de 245 salmes d’orge, chargés à Termens et à la Licata. Le nolis est calculé à 12 sous par salme, 3 salmes d’orge équivalant à 1 salme de froment ; le 16 janvier 1414, le notaire Sancho Sanchez remet 10.360 sous à Johan Batista. Mais alors que l’orge est vendue de 22 à 24 sous le cafiz à « l’almodin », le blé à 42 sous le cafiz, les deux céréales s’écoulent mal et les agents du roi décident de transmettre : « alguna quantitat del dit forment e ordi a Requena en lo Realme de Castilla on havia gran requesta de blats e que se hauria del di forment e ordi covinent for... com yo no podia vendre lo dit forment al for que fos precises… ». C’est Pere Mayques, marchand de Valence, qui se charge du transfert, il fait transporter à « l’almodin » de Requena, par les « recuers » Pascual Galart, Gil de Galne, Anthony Reverdit, 155 cafiz 4 harcelles de froment à raison de 9 sous par cafiz de port, ainsi que 148 cafiz d’orge. Vendus par le facteur de Pere Mayques, Pasqual Gallart, le froment atteint de 75 à 80 maravedis la « fanequa » et l’orge 50 maravedis. Au total, le produit de la vente est de 743 livres 9 sous 8 deniers, sur lequel il faut acquitter le droit « d’alcavala » à raison de 10 maravedis pour 100, le droit de « portalgo », la dîme de 2 maravedis par « fanèque », le « peatge » ; la vente se fait en trois fois : du 7 janvier au 21 février, du 4 au 25 mars et du 3 au 12 mai 1415. Finalement, il reste encore 832 cafiz de froment et 19 cafiz d’orge à vendre qui étaient entreposés au Real. Le roi doit se résoudre alors à chercher d’autres marchés plus propices. Il fait transporter par les « traginers » et les « barquers » du Grau 800 cafiz de ce froment pour le transmettre à Séville, sur la « nau » de Guillem Fabra, patron originaire de l’île de Martigues du comté de Provence, pour le livrer à Francisco Ferrandez de Mormoleo Leyda. L’opération s’est soldée par un échec ; sur les 600 salmes de froment, soit 998 cafiz de Valence, 155 sont revendus à Requena, 800 à Séville ; l’orge s’est mieux vendue : 180 cafiz à Valence, 148 à Requena, sur un total de 347 cafiz valenciens. Les frais de nolis et de transports sont multipliés pour atteindre 1.216 livres ; les frais de criblage, mesurage, taxes diverses, « alcabala, portalgo », etc., s’élèvent à 93 livres 4 sous, alors qu’il n’a été vendu à Requena et à Valence que pour 743 livres de blés78. On ignore quel fut le montant du produit de la vente du blé restant à Séville et si cette vente réussit à solder le déficit des opérations réalisées à Valence et à Requena.
22Quelques années plus tard, en février 1422, le roi fait expédier à Valence 7.606 « tumens de forment a mesura de Napols », sur la « nau » de Berthomeu Pisa. Le chargement de blé de Naples atteint 1.974 cafiz de mesure de Valence ; après avoir subi les opérations de criblage, il reste 1.875 cafiz 8 barcelles nets. Le maître comptable charge Jacme Amigo, marchand de Valence, de l’administration du froment du roi qui est vendu à « l’almodin » à un prix variant de 38 à 40 sous le cafiz. Cette fois-ci la vente ne présente pas de difficultés et rapporte 71.727 sous 4 deniers. Il faut soustraire 7.366 sous 9 deniers pour les frais de barques, mesureurs, charretiers et portefaix, cribleurs, vendeurs, locations de boutiques. Il reste, après toutes les dépenses, une somme de 3.586 livres 4 deniers (64.360 sous 7 deniers)79, que le maître comptable porte au titre des revenus royaux pour l’année 1422. Le chargement de blé de Naples a bénéficié d’une période de pénurie, il est arrivé en février, il a atteint des prix suffisamment élevés pour réaliser des bénéfices substantiels et rester concurrentiel. Il n’en est pas de même au cours de l’hiver 1428-1429. Alors que le roi avait réuni les « Corts » à Murvedro, il donne l’ordre à Nicolau Julia, patron de « nau » de Barcelone, d’aller chercher en Sicile une cargaison de froment destinée à Valence, que doit lui livrer Pere de Lorach. Le patron arrive en Sicile le 27 décembre 1429, après avoir effectué le trajet « dreta via » de Barcelone à Trapani. Il se rend à Palerme où il rencontre des difficultés. Pere de Lorach et le vice-roi refusent de livrer le froment, Pere de Lorach alléguant : « com ell no hagun pecunes del dit Senyor ». Il faut donc envoyer l’écrivain du bord en Catalogne, où il obtint 200 onces du marchand florentin Johan Dandrea, pour les transmettre en Sicile, sur la « nau » d’Anthoni Cuchillo, le 5 avril 1429, Mais il s’écoule quatre mois entre le départ et le retour de l’écrivain ; la livraison des 3.045 salmes de froment à la Licata se fait avec retard. Le retour vers Valence s’effectue par Majorque où Nicolau Julia apprend que les cours du blé sont très bas sur cette place80 ; il décide de faire route vers Barcelone où il trouve une situation identique : « per ço com forments axi mateix no eren en negun for e no bastara a pagar los nolits ». Il demande l’avis du roi qui lui ordonne de partir pour le Levant, de conserve avec Anthoni Cuchillo, patron de « nau » de Barcelone, « que lo dit forment ab la dita mia nau navegas en les ports del levant », là où l’on en trouvera le meilleur prix. Le froment est alors vendu à Candie, par Johan Gras et Anthoni Amat qui commencent à l’écouler le 22 juin 1429 à 20 « soldens »81 la mesure de la ville de Candie, et la vente s’achève le 13 janvier 1430, comme en témoignent plus tard à Valence Jacobo Rosso, patron de « nau » vénitienne, Anthoni Gomé, l’écrivain-comptable du bord, et le marchand Thomas de Palici. En effet, le 20 juillet 1430, sous serment devant le maître comptable de Valence, ils relatent comment, en septembre 1429, ils ont vu arriver à Candie Nicolau Julia avec sa « nau » chargée de froment, au moment où le froment de Sicile valait alors 20 soldins la mesure, mais ils ajoutent que le prix baissa à 16 soldins quelques jours après, quand trois nefs arrivèrent à Candie chargées de blé. Néanmoins on réussit à écouler à Candie 16.963 mesures, soit 1.211 salmes des 3.045 salmes chargées initialement à la Licata. Une autre partie du blé a été dirigée à Rhodes où il est vendu au bazar de la ville, à partir du 11 juillet 1429, à 11 « aspres » le muget, mesure de Rhodes82. Parmi les acheteurs se trouve un marchand génois Johan Boquer, habitant de Rhodes, qui leur prend pour 11.611 mugets de froment, soit 3.386 ducats 9 aspres 12 deniers, dont il s’acquitte au comptant ; pour 500 ducats 16 aspres de marchandises dont : 7 « ponts » de poivre au poids de Rhodes, 19 « ponts » de plomb, 3 jarres de gingembre vert et le reste, soit 1.854 ducats 9 aspres 12 deniers, à deux mois83. Le patron du navire, Nicholau Julia, ayant eu de nombreuses dépenses : « e com la di nau stigues a gran messio e perill en lo dit port de Rodes », décide de négocier cette créance auprès des marchands génois Nofre Spindola, Peri den Torre de Grimau contre 15 « ponts » de poivre, un demi-pont de girofle84, tandis que Johan Boquer s’acquitte du reste de sa dette de 348 ducats, au comptant. Au total, ils ont vendu à Rhodes 13.934 mugets, soit 1.990 salmes générales 4 mugets, et à Candie 1.211 salmes 9 mesures, soit 3.202 salmes 4 mesures, chiffre plus élevé que celui donné au chargement à la Licata mais qui s’explique par la présence d’une seconde « nau », celle d’Anthoni Cuchillo. A leur retour à Barcelone, Nicolau Julia transmet le compte de ses rentrées et de ses dépenses au « maître racional » valencien. Les officiers royaux doivent acquitter le nolis des 3.045 salmes de froment chargés à la Licata, calculé à 13 sous par salme, il s’élève à 1.979 livres de réaux de Valence, auxquelles il faut ajouter quatre mois passés à attendre à Trapani, dont on déduit les vingt jours qu’il a fallu pour embarquer le blé à bord, à la Licata, soit trois mois dix jours à 400 livres par mois. Il compte également le temps passé pour vendre et décharger à Rhodes et à Candie. Au retour, les nolis des marchandises de Candie, Rhodes et Barcelone s’élèvent à 88 livres 18 sous 8 deniers85, ainsi que le nolis de 34 chevaux chargés à Trapani, à 2 onces par cheval, soit 255 livres ; entrent en compte également 480 livres pour l’arrêt forcé d’un mois et six jours que les vice-rois l’obligèrent à effectuer dans le port d’Agosta, le 4 octobre 1429, alors que l’on réquisitionnait tous les navires contre l’escadre du roi de Tunis qui menaçait Malte. Au total, les frais de nolis s’élèvent à l’aller de Sicile à Barcelone à 2.995 livres 10 sous de Barcelone, et de Barcelone à Candie – Rhodes à 2.141 livres 10 sous ; au retour ils n’atteignent que 823 livres, alors que les épices achetées sur les marchés de Rhodes, vendues à Raffel Alarpa, marchand génois habitant Barcelone, et à Johan Danda, marchand florentin, totalisent 1.859 livres 10 sous 10 deniers86. Le compte du patron Nicolau Julia s’interrompt ici et ne permet pas d’en savoir davantage sur les tribulations du froment de Sicile. Originellement destiné à Valence, l’effondrement des cours obligea le roi à le diriger vers le Levant où la pénurie se faisait sentir et où il ordonna à Nicolau Julia de négocier les sommes qu’il en tirerait « en cambis o en altres robes segonsforma duna remenbrança livrada a mi per lo dit Anthoni Cuchillo ». En dépit de ces déboires passagers, le roi continue à participer au commerce des grains, comme en témoignent les registres du maître comptable valencien.
23En décembre 1431, la grande « nau » de Jofre de Meyans apporte à Valence du blé de Sicile puis repart le 19 décembre pour aller se faire radouber à Majorque, avec 500 florins que le roi lui a fait donner sur le prix de la vente du froment. Cette vente est achevée le 11 octobre 1432 et Daniel Barcelo, marchand de Valence, remet au titre des recettes, déduction faite de tous les frais, 6.642 livres 8 sous87. Au cours de l’hiver 1433-1434, le roi profite de la pénurie et de l’aide consentie par la ville aux importateurs pour expédier à Valence trois navires chargés de froment, atteignant un total de 9.022 salmes. Le premier arrive le 19 janvier 1434, c’est la « nau Falamonega » de Moreto de Donino, elle a chargé à Castellamare, sur la côte nord-ouest, 2.372 salmes, soit 3.460 cafiz de Valence, dont l’administration est confiée à nouveau à Daniel Barcelo, receveur des deniers royaux ; les jurats lui achètent 1.592 cafiz à 36 sous le cafiz, auxquels il faut ajouter 3 sous 6 deniers d’aide par cafiz ; en outre la ville prend à sa charge les dépenses de déchargement et de transport, calculées globalement à 3 sous 4 deniers par cafiz : « per descarregar, pallols, tirar a vila, mesurar, garbellar, regiment de botique venedors en lo almodi, com altres qualsevols messions e depenses ». La ville a acquis du froment pour 50.588 sous 11 deniers, elle a accordé une aide de 5.428 sous 6 deniers. Il reste à vendre 1.899 cafiz, dont se rendent acquéreurs Daniel Barcelo, Moreto de Donino, Ali Xupio et Galip Ripol à 33 sous 9 deniers le cafiz ; la ville prend à sa charge 2 sous 3 deniers pour atteindre le prix fixé au roi de 36 deniers ; cette vente permet au maître comptable de recevoir 62.097 sous 10 deniers, au total 5.634 livres pour ce premier chargement88. Le second navire charge sur la côte sud, à Jargent (Grigenti). Plus important que le premier, il embarque 4.500 salmes ; il s’agit de la « nau » de Jofre de Meyans qui avait déjà effectué un précédent voyage, en décembre 1431. A son arrivée au Grau, le Bailli demande à la ville l’aide de 3 sous 6 deniers par cafiz, qui lui est refusée, car les 4.500 salmes, soit 6.236 cafiz à la mesure de Valence, ne sont ni bons ni recevables : « e per consequent no eren tenguts a pagar la dita ajuda ». Après maintes discussions entre le Bailli et les jurats, le Bailli s’engage à ne pas demander d’aide ni un prix fixe par cafiz ; tandis que la ville lui remet 60.000 sous au nom du roi, pour conclure à l’amiable ce litige. Finalement, ce froment de mauvaise qualité est vendu 24 sous 7 deniers 1 maille par cafiz à « l’almodin », le produit de sa vente se monte à 5.134 livres 19 sous, après avoir enlevé les frais divers d’administration du froment, tandis que Jofre de Meyans reçoit un nolis de 2.925 livres89. La troisième « nau », patronnée par Bernat Junquera, a chargé au port de Monticlaro, Palma de Montechiano, sur la côte sud de Sicile, 2.150 salmes, soit 3.070 cafiz à la mesure de Valence. L’aide de la ville lui est accordée le 12 juillet 1434 pour 2.994 cafiz, à 3 sous 6 deniers, et Daniel Barcelo reçoit à cet effet 10.479 sous, tandis que la vente du froment s’élève à 4.194 livres 14 sous et le prix du nolis à 1.290 livres. Au total, pour les trois chargements de blé de Sicile, le receveur des deniers du roi a encaissé 19.101 livres 18 sous, déduction faite des différentes dépenses. Entreposé à l’origine au palais du Real, le roi de Navarre, gouverneur général de Valence, doit y effectuer des réparations. D’un commun accord, les jurats et le Bailli décident de transférer le blé de la ville dans le palais de l’évêque. L’achat du blé en Sicile s’est fait par lettres de change : l’une de 150 onces prêtées par Bernat Lorenç, patron de la « nau Ffalamonega », à trente jours ; l’autre de 200 onces, prise à Palerme, d’Apollini Borsai, marchand pisan, à trois mois, soit 30.750 réaux de Valence90, auxquels il faut ajouter une nouvelle lettre de change de 260 onces, prise à Palerme le 9 décembre 1433, payable à Valence à Miquel de Les Velles pour 22.100 réaux de Valence « a la usança ». Au total, le prêt initial est de 2.642 livres à rembourser sur les 19.101 livres de la vente du froment, à Valence, à Guillem Domingo, procureur de Bernat Lorenç, patron de la « Ffalamonega », et à Miquel de Les Velles. La moitié du froment a reçu l’aide de 3 sous 6 deniers par cafiz, une partie a bénéficié d’une aide supplémentaire de 3 sous 4 deniers pour les frais divers, seules les 4.500 salmes de Jofre de Meyans se sont avérées de mauvaise qualité et vendues à des prix plus bas que prévus. Les registres des manuels de conseils des premiers mois de l’année 1434 se font l’écho des arrivées à Valence des blés du roi. Le 29 janvier 1434, ils signalent la venue du froment royal sur la « nau Ffalamonega » ; quelques semaines plus tard, Bernat Bosch, marchand « ciutada », est désigné par la ville pour administrer 1.550 cafiz 11 harcelles de ce même froment, dont elle s’est rendue acquéreur.
24Au mois de juillet 1434, le Conseil décide d’accorder un prêt de 10.000 florins pour faire venir 10.000 salmes de froment du roi. Il élit à cet effet un syndic, Johan Marrona, notaire91. L’année 1439 se caractérise encore par la pénurie, la ville doit faire appel à nouveau au froment du roi, mais aussi à des navires venus du Portugal. L’aide a été fixée depuis le 1er mars 1433 à 3 sous par cafiz et le 7 mars Ferrer Gilaber, Matheu Garcia reçoivent 16 sous 6 deniers pour avoir porté la nouvelle de la venue d’une « nau » du Portugal chargée de froment. Néanmoins, bien que l’aide, prévue pour mars, soit prolongée en avril, la situation est si préoccupante qu’il faut envoyer des émissaires : Bernat Boschat, Francesch Just al Mindi, en Catalogne : « en les partides de la spluga de Francoli, Monblanch, l’Albi », et en Aragon, pour tenter de rassembler 2.000 cafiz. Le 2 mai 1435, le juif portugais Mossen Pinto, qui a porté du froment sur la « nau » de Gocalbo Ferez du Portugal, reçoit une aide de 2 sous par cafiz ; pendant que le marchand génois Johan Batista se voit accorder par la ville 2.000 florins, pour une « seguretat » de 2.000 cafiz de froment du Portugal92. En août, Galceran d’Exarch part en Sicile : « per provehir la ciutat de forment e altres vivres », tandis que les jurats portent à 2.000 florins la somme destinée aux approvisionnements frumentaires. Moins d’un mois après, le 10 septembre 1435, le marchand Johan Ferrer affrète un « laut » pour aller en Berbérie : « per obs de forments ». Les efforts de Galceran d’Exarch en Sicile sont couronnés de succès, mais les expéditions se font comme précédemment avec retard, et lorsque 940 salmes parviennent au Grau, en juin 1436, les cours ont considérablement baissé à « l’almodin » ; la ville est obligée de vendre à perte93, car entre-temps sont arrivés les blés du royaume de Murcie, que le marchand Francesch Pellicer est allé négocier en janvier auprès de l’adelantat Alfonso Yavyez Fajardo, ainsi que du froment du roi venu de Sicile, pour lequel Daniel Barcelo reçoit 2 sous 6 deniers d’aide94. Il faut par conséquent, pour liquider le froment de la ville, expédié de Sicile par Gabriel d’Exarch, aller faire du porte à porte, de maisons en maisons, le faire payer comptant aux acheteurs : « sis havia a vendre en l’almodi, hauria a baxar molt de for e la ciutat fariay gran perdua ». Pris entre les risques de la pénurie frumentaire et ceux de l’abondance qui font diminuer les profits et effondrer les cours, les jurats, quelques années plus tard, en juin 1439, doivent se débarrasser des blés en réserve ; avant qu’ils ne soient gâtés, ils doivent consentir une diminution de 6 deniers par « faneca », puisque le froment de Sicile récemment arrivé se vend alors à meilleur marché. Le 8 juin 1439, une lettre de Felip Amalrich les avait avertis que 2.100 salmes de blé de Sicile, expédiées par lui-même ainsi que par Vicent Granollers, Daniel Barcelo, Daniel de Cornet, Lois de Gallach, Ponç de Roig, s’acheminaient vers le Grau. A la fin de juin, l’ancien froment est pratiquement écoulé ; le 23 juin, on a même réparti 200 cafiz entre les pauvres des paroisses. Les 2.100 salmes de blé de Sicile arrivent en juillet, mais la moitié du chargement s’avère de mauvaise qualité, il s’agit des 1.010 salmes de Felip Amalrich : « no bo ne reebedor », et vieux de deux ans. En septembre, la ville conserve encore 5.500 cafiz de blés de Sicile et de Sardaigne ; pour ne pas les perdre, elle doit se résigner à les vendre à 5 sous la « fanca », alors que sur le marché le prix du blé est à 8 sous95.
25Il faut attendre février 1441 pour voir réapparaître sur le marché valencien du froment du roi. La négociation entre la ville et le roi s’est faite en octobre, comme en témoigne une lettre d’Alphone V datée de son camp contre Naples le 26 octobre 1440, dans laquelle il s’engage à fournir du froment de Sicile à la ville, remboursable en draps, que l’on doit lui transmettre à Naples. Le marché se conclut, le roi fait expédier au Grau 2.100 cafiz de blé (mesure de Valence) sur la « nau » de Johan Barbeta, qui atteignent les rivages valenciens le 20 février 1441. Les jurats lui accordent une aide de 3 sous 6 deniers par cafiz, dont le produit : 367 livres 10 sous est versé le 27 février96. Une brève mention de froment de Sicile, vraisemblablement expédié par le roi, apparaît dans le procès-verbal du 21 avril 1446, les jurats y font appel au maître comptable Manuel Suau : « per fer guardar lo dit forment en la dita playa de molts furts »97. Par la suite, la participation royale à l’approvisionnement en blé du royaume de Valence semble plus épisodique entre 1452-1462, période pendant laquelle l’approvisionnement frumentaire se fait sans difficulté. Il faut attendre la période de la soudure 1462 pour voir réapparaître le spectre de la pénurie. Le 26 juin 1462, le Bailli de Valence donne commission au Bailli de Castellon de La Plana de ne pas autoriser les sorties de céréales du royaume : « com en lo present any, les collectes dels blats no son ni sesperen tant abundoses com en altres anys »98. Une annonce publique identique est faite, dans le ressort du bailliage de Valence et de « Boriana ». Une nouvelle fois on fait appel au froment du roi. Il s’agit de 1.853 salmes générales de Sicile, acheminées à Valence sur les « naus » de Gargano de Silvestre et de Garcia Martinez de Vaquea. L’administration de ce froment est confiée à Pau Rossel, comptable de la maison du roi, ainsi qu’aux assesseurs du maître comptable Andreu Gaçull, Bernat Blasquo, Johan de Monço et Johan Carvasquer « ciutada », représentant de la ville. Après mesurage et criblage des froments, la quantité reçue s’élève à 2.462 cafiz (mesure de Valence) ; la vente permet de rassembler 4.097 livres 12 sous, le blé a été vendu aux alentours de 33 sous le cafiz. Il faut y ajouter 557 livres 6 sous, représentant l’aide que les jurats et la ville ont versée à Pau Rossel le 7 août 1462, par l’intermédiaire de leur trésorier Miquel Ferrer. Les recettes au au titre du froment atteignent 4.654 livres 18 sous. Les frais de déchargement représentent 517 livres 11 sous 9 deniers, soit approximativement 11 % du produit de la vente. Quels sont ces frais ? A l’arrivée au Grau, Juan de Campos, notaire de l’office du maître comptable, pendant cinq jours doit surveiller le nombre de « barquades » effectuées ainsi que le calcul des cafiz ; il reçoit 50 sous pour sa peine. Puis vient le tour de Bernat Valls, collecteur des acconiers et des charretiers, qui reçoit 4.338 sous pour le salaire des acconiers qui s’élève à 1 sou par cafiz pour les nefs de plus de 1.000 salmes de port et à 10 deniers par cafiz pour les nefs de moins de 1.000 salmes de port ; tandis que les charretiers, pour porter le froment du Grau aux boutiques de « l’almodin », demandent 9 deniers par cafiz. Thomas Blasquo « ciutada » perçoit 204 sous 6 deniers pour les six hommes qui ont rassemblé le blé avec leurs pelles à 5 sous « per centenar de caffiz », ainsi que les vivres pour les nourrir pendant cinq jours. Berthomeu Caldes, « majorai » des porteurs de sacs de « l’almodin », a reçu 656 sous 9 deniers pour transférer les blés des boutiques à « l’almodin » ; les coûts oscillent entre 2 et 3 deniers le cafiz selon la distance parcourue ; les porteurs de sacs doivent aussi retourner le froment avec des pelles et l’aérer, pour éviter qu’il ne soit gâté. Johan Maynes, collecteur et « majorai » des mesureurs de « l’almodin », obtient 636 sous 6 deniers pour sa corporation pour avoir mesuré le froment successivement au Grau puis à Valence, à raison d’un denier une maille par cafiz. Les frais de locations de boutiques pour abriter le blé sont répartis entre le chevalier Luis de Calatayud et Frère Berthomeu Solanes, procureur du monastère des Frères prêcheurs, soit un total de 295 sous99. Quant aux cribleurs de froment, ils se font payer à raison de 4 deniers par cafiz, auxquels s’ajoute une prime de 21 sous par « centenar de cafiz ». Leur « majorai » Marti Martinez se voit remettre 877 sous 8 deniers « per garbellare fer net e mercader » le froment du roi. Les huit vendeurs de froment qui ont œuvré à « l’almodin » reçoivent 8 deniers par cafiz, leur dû se monte à 1.641 sous 4 deniers100. Enfin, le régisseur Johan Carrasquer et Johan de Monçon reçoivent 1.652 sous pour administrer lesdits froments101.
26L’année suivante, Pere Pasqualigo, Vénitien, patron de la « nau » « Sainte-Marie et Saint-Nicolas », charge à « Jargent » Agrigenti 3.500 salmes de froment du roi, dont 1.500 sont destinées à Tarragone et 2.000 à Valence. Le nolis est de 2.712 livres 10 sous, à raison de 15 sous 6 deniers pas salme, acquitté par les jurats. Le froment a été expédié par le trésorier du roi en Sicile, messire Anthony Dassin. On retrouve à l’administration du froment les mêmes hommes : Pau Rossel, comptable de la maison du roi, avec l’aide des gens de son office, Bernat Rossel, Johan Carrasquer, régisseur, avec la participation également de Miquel Valero, Bernat Blasquo, Johan de Monjo. L’aide accordée par la ville pour 2.768 cafiz est assez élevée : 623 livres 8 sous, soit 4 sous 6 deniers par cafiz. Le produit de la vente des 2.768 cafiz, achetés par la ville, a atteint 3.250 livres 12 sous. Quant aux frais divers entre le loyer d’une boutique de Dona Catalina de Villena pour quatre mois du 2 août 1463 au 2 décembre 1463, les cribleurs, les mesureurs et les porteurs de sacs de « l’almodin », ils sont de 143 livres 1 sou, mais les frais de transports imputables aux acconiers et aux charretiers manquent102. On ignore également le montant du produit de la vente du froment à Tarragone, dont les jurats de Valence ont payé le nolis. Comme en 1462, une partie du blé a été stockée dans les boutiques proches de « l’almodin », pour n’être diffusée sur le marché qu’à partir du 2 décembre, jouant ainsi un rôle de réserve dont les jurats peuvent disposer en période difficile. Trois ans plus tard, la « nau » de Pere Pasqualigo porte à nouveau à Valence 2.700 salmes de froment du roi. Le nolis n’atteint que 11 sous 6 deniers par salme ; le maître comptable valencien remet au patron les 1.552 livres 10 sous qui lui sont dus ; cette fois-ci aussi, il a déchargé 900 salmes de froment à Tarragone et le nolis lui a été acquitté là-bas103.
27Il ne semble pas que la totalité du blé ait été réservée à l’alimentation des Valenciens mais qu’il ait plutôt servi à confectionner les 7.715 « quintars de bescuyt » que l’on charge sur la « nau » de Pere Scayre, sur le « balener » de Berthomeu Perpinya et sur les galères du roi ; sans compter les 46 paniers d’orge et d’avoine, les 30 quintaux de fer, les 8 « costals » de cuivre et les 2 « carretades » de poudre de bombardes et la « carretada » de fer de Gênes, destinés à l’armée du roi104. Pendant la guerre contre Barcelone, Valence devient arsenal et centre d’approvisionnement pour la flotte et l’armée. Les comptes de l’année 1467, plus complets, confirment cette hypothèse : sur 3.747 cafiz de froment « nets e garbellats » expédiés de Sicile par le roi, 1.536 cafiz ont été donnés aux boulangers et aux meuniers de Valence : « per fer de aquelles bescuyt per ops de les galeres del Senyor Rey », tandis que 2.211 cafiz sont écoulés sur le marché par les vendeurs de « l’almodin »105.
Évolution du commerce du blé à la fin du XVe siècle
28Le froment venu sur les « naus » de Pere Pasqualigo, vénitien, et Johan Ramos, basque, est entreposé du 9 août 1467 à octobre-décembre 1467. Au cours d’une première livraison, Marti Lorenç va charger avec ses barques, sur les galères du roi, 1.604 « quintars » de « bisquits » ; quelque temps plus tard, Miquel et Marti Dalpont, charretiers de Valence, acheminent au Grau avec leurs charrettes et leurs chevaux 3.697 « quintars » de biscuits. En 1468, on retrouve le même schéma ; du froment venu de Sicile sur les « naus » de Jacobo Bembo, Pere Pasqualigo, Johan Ramos ; on a prélevé la quantité nécessaire pour faire 9.520 quintars de biscuits destinés à la flotte, tandis que 1.809 cafiz de froment seulement ont été vendus à l’Almodin de Valence106. A partir de 1468, d’ailleurs, le froment du roi est dirigé directement vers Tarragone, tandis que le maître comptable valencien acquitte les frais de transport. Ainsi Nicholau Dayerbe, patron de caravelle de la ville de Valence, reçoit 2.286 sous 6 deniers pour le nolis de 700 cafiz de froment qu’ils transporte de Sardaigne à Ampurias. Geronimo Salvago, patron de la « nau » appelée « sauvage », reçoit 43.500 sous pour 3.400 salmes de froment du roi, portées de Sicile à Tarragone107. C’est encore à Valence qu’une provision royale, datée de Monço du 20 juillet 1470, donne l’ordre de donner 1.217 livres au patron génois messire Ambrosio Burgaro et aux marchands génois Francisco Gambo, Francisco Meli ; tous deux résident à Valence et ces sommes leur sont dues pour le transport de : « certs forments, ordis, cavalls que lo dit micer Ambrosio ha portats del Regne de Sicile a la ciutat de Tarragone »108. Avec la fin de la guerre contre Barcelone, le froment du roi afflue à nouveau vers le royaume. En juillet 1472, le marchand vénitien Matheu Pizanano, « conduhidor », de la « nau Santa Maria », charge à Termens 400 salmes du froment du roi. Le nolis à 12 sous par salme revient à 240 livres qui sont acquittées le 23 juillet 1472 ; tandis que le produit de la vente des 527 cafiz nets atteint 898 livres 7 sous, vendus à 30 sous le cafiz, sur le marché. Par la suite, le 16 juillet 1473, du froment expédié de Sardaigne par Don Leonardo d’Aragon, sur la « nau » Felip Infant, arrive à Valence ; il en est vendu pour 578 livres 5 sous à « l’almodin »109. Les jurats vont encore faire appel au froment du roi au cours des années 1476-1477. Ce sont d’abord 1.000 salmes, venues de Sicile, qui atteignent Valence sur la « nau » du comte de Prades, patronnée par Raffel Angles, le 14 août 1476. Le trésorier de la ville Luis Miro verse au maître comptable 217 livres d’aide pour les 1.805 cafiz de froment « nets ». Il en est vendu 1.407 cafiz pour 1.565 livres 14 sous110. Parallèlement, en 1476-1477, Pere Pasqualigo et Johan Ramos ont apporté de leur côté 2.213 cafiz que les vendeurs de froment ont écoulés sur le marché pour 3.358 livres 17 sous, soit aux environs de 30 sous le cafiz111.
Tableau n° 8 Répartition des pourcentages des blés importés d’après les pays d’origine

Archives municipales de Valence : Claveria comuna.
29A partir des années 1477-1478, la contribution sicilienne se ralentit112, et il n’est plus fait mention de froment du roi dans les comptes du maître comptable. Une situation semblable se dessine à travers les contrats de « seguretats », conclus entre la ville et les marchands. En 1477-1478, les importations de blé de Sicile ont été nulles, l’essentiel a été fourni par l’Andalousie occidentale et la Castille (17,5 %, 5.349 cafiz), la Berbérie (8,2 %, 2.513 cafiz). En 1478-1479, la Sicile réapparaît en expédiant au Grau presque la moitié du blé écoulé sur le marché valencien (44,8 %, 17.657 cafiz), suivie de l’Andalousie, la Castille (25,2 %, 9.931 cafiz) et la France (16 %, 6.313 cafiz). Cette participation atteint pour la Sicile (71 %, 41.036 cafiz) en 1479-1480, tandis que la contribution de l’Andalousie-Castille fléchit (10,8 %, 6.275 cafiz). Les « seguretats » font défaut entre 1480-1484. L’année 1484 est une année de pénurie. Dès le 20 janvier 1484, le Bailli fait interdire, par une annonce publique, toute exportation de céréales. Il fait renouveler l’interdiction à Valence, le 30 août 1484, ainsi que dans les villes de : « Morvedre, Moncofa, Villareal, Castellon de la Plana, Onda, Sueca, Alcira, Cullera, Dénia, Xavea »113 ; par conséquent vers les zones où l’exportation de céréales peut se faire le plus facilement : les ports de la côte nord et ports et villes côtières du secteur méridional. Le même jour, Ferdinand, dans une lettre adressée à son conseiller Manuel Bou, lui demande à son arrivée à Valence de traiter avec messire Andreu Cathala la négociation d’un contrat de 30.000 cafiz siciliens annuels pour une durée de dix ans, à 36 sous le cafiz : « havemos deliberado de dar vos poder bastante para contractar en nombre nuestro y por nos en aquella de los dichos trenta mil caffices de trico de Sicilia cada un anyo por tiempo de diez anyos ». « Es a saber a razon de trenta seys souls caffiz »114. Il charge aussi de ce négoce Pere Cacruylla et son lieutenant de trésorier général Alfonso Sanchiz ; ce contrat doit s’accomplir, sauf légitime empêchement de part et d’autre, au prix convenu ; le froment devant être expédié aux risques et périls du vendeur. Pour cette raison, le roi enjoint à ses conseillers de s’entendre avec des marchands pour qu’ils participent à l’achat de la moitié des 30.000 cafiz, et à la moitié des risques. « Affin que assi como gozaran de la meatat de la ganancia esten a la meatat del peligro… » Ces projets n’aboutirent pas et la ville ne se décida que pour un contrat de 6.000 cafiz, soit la moitié du total du froment fourni en 1485-1486 par la Sicile (12.341 cafiz, 55,9 %), alors que pendant l’année difficile de 1484 la Sicile n’avait contribué que pour 307 cafiz (1,10 %) ; l’essentiel ayant été apporté par la Castille (23.692 cafiz, 85,5 %). Le refus valencien de l’offre royale s’explique, comme précédemment devant les offres d’Alphonse V, par la volonté, la crise passée, de ne pas accepter les prix relativement élevés du froment royal sicilien, alors que l’on peut s’en procurer à meilleur compte dans la péninsule (blé castillan ou andalou) ou ailleurs. Cela n’empêche pas la ville de se procurer, en 1486-1487, les trois quarts de son approvisionnement en Sicile (21.174 cafiz, 77,3 %), puis en France (3.527 cafiz, 12,8 %) et en Aragon (1.915 cafiz, 6,9 %)115.
Les quantités de blés importés par la ville (en cafiz) d’après les chiffres de Belenguer Cebria


Les prix du blé au marché à Valence d’après Hamilton (en sous et deniers)
30Pour l’année 1488, le livre des péages de mer a subsisté ; c’est le seul qui soit complet pour le xve siècle, avec l’année 1494. Il est d’autant plus intéressant que l’année 1488 manque dans les registres municipaux du système des aides aux importations de blé. D’après le livre de péage de mer qui enregistre les arrivées de blé au Grau, le blé sicilien fournit encore le gros des importations (16.483 cafiz, 46,12 %), avec des arrivées de navires (18) échelonnées du 18 janvier 1488 au 2 décembre 1489. L’autre source d’approvisionnement est constituée par les Flandres, la France atlantique et méditerranéenne avec des arrivées de navires (20) qui s’amorcent le 22 janvier 1488 et se terminent le 17 septembre 1488 (13.900 cafiz, 39 %). Le royaume de Valence, du 21 janvier 1488 au 31 décembre 1488, avec 120 navires, par petites quantités accumulées, fournit 3.224 cafiz (9,04 %). Quant à la Castille, elle est en recul par rapport aux années précédentes (1479-1486) avec 2.031 cafiz (5,69 %) qu’elle amène à Valence sur 17 navires, du 22 janvier au 4 octobre 1488116. Si nous comparons les importations de blés réalisées par contrats de « seguretats », en 1486-1487 et en 1489-1490, aux importations globales réalisées par mer en 1488, les constatations suivantes s’imposent. Les acquisitions par contrats, en 1486-1487, sont de 27.378 cafiz et représentent 76,8 % du total importé par mer en 1488 ; pendant que l’année 1489-1490, avec des achats par contrats de 11.754 cafiz, ne représente plus que 32,9 % du total importé par mer en 1488. A partir de 1490, en effet, l’achat de blés par le système des aides décroît et passe au-dessous de la moyenne de 24.842 cafiz annuels, calculée par Ernesto Belenguer Cebria pour les années 1475-1500117. On constate que si l’on importe en 1494-1495 11.469 cafiz par contrat de « seguretat », les quantités importées par mer, d’après le livre de péage de 1494, sont à peine supérieures (14.523 cafiz), et la majeure partie vient de Sicile et de Sardaigne (9.915 cafiz, 68,2 %). La Castille y contribue aussi pour une part (2.668 cafiz, 18,3 %), suivie de la Berbérie (1.691 cafiz, 11,6 °/o)118. Cette tendance à la diminution des importations céréalières par contrats de « seguretats » s’accentue jusqu’en 1500 : 1495-1496, 3.564 cafiz ; 1497-1498, 17.406 cafiz ; 1499-1500, 11.130 cafiz. Malheureusement, la disparition des livres de péage empêche de vérifier si ce mouvement est identique pour les importations globales par mer, comme les comptes des péages de l’année 1494, seuls existants pour la décade 1490-1500, semblent le confirmer. Il n’en reste pas moins que la moyenne annuelle des importations de blé par « seguretats », pendant la décennie 1490 à 1500, tombe à 14.338 cafiz. Dans ces conditions, on comprend mieux les crises successives qui vont frapper le royaume au début du xvie siècle.
31La plus grave est celle de l’hiver 1502-1503. Au cours du mois de janvier 1503, messire Henrich Sagra, chevalier, Miquel Andres « ciutada », jurats de la ville, partent en ambassade à Saragosse, auprès du roi : « per demanar al Senyor Rey la treta del forment de Sicilia per que la ciutat estava en gran necessitat de forment... que valia lo forment a sexanta sous lo cafis... ». Au printemps, le 28 mars 1504, le cafiz a atteint 80 sous. Un parlement des trois bras (ecclésiastique, militaire, urbain) se réunit au Real, auquel s’adjoignent deux prud’hommes de chaque office ; ils décident de porter l’aide à 10 sous par cafiz. La pénurie est telle que, le 30 mars, le prix du cafiz atteint 100 sous. Les autorités ecclésiastiques décident en dépit du Carême d’autoriser la consommation de viande : « per que menjaven males viandes y coses sens sustancia, porien venir en dita ciutat algunes pestilencies o altres malalties ». De leurs côtés, conseillers et jurats exemptent la viande du paiement de la taxe de la « sisa » et fixent son prix à 9 sous la livre. Le 6 avril 1503, le prix du cafiz passe à 120 sous, et certains des jurats, chargés de l’approvisionnement, n’osent plus sortir de chez eux. Il faut l’arrivée de 1.200 cafiz de Sicile expédiés à Juan Milan, appartenant à la maison du lieutenant du trésorier général Alfonso Sanchiz, pour que les prix s’abaissent à 80 sous. Cette tendance à la baisse est renforcée par la venue d’une « nau » de Berbérie, chargée de 5.000 cafiz adressés au Génois Polo Gentil, qui reçoit à cette occasion l’« ajuda de costa » de 50.000 sous. En mai, 7.000 cafiz de blé, en provenance de Sicile, font baisser les prix à 48 sous le cafiz (prix imposé par la ville) ; mais au moment où la situation s’améliore, un conflit éclate entre boulangers et jurats. Les boulangers décident de ne pas cuire de pain, ni d’en porter au marché. Une véritable émeute naît alors, suscitée par trois « esquadres de gents ço es molt fadrins e alguna homens grans » qui traversent Valence au cri de : « Vive le roi, à mort les boulangers. » Ils lancent des pierres contre les boulangeries, veulent forcer leurs portes et finalement s’en prennent à la maison du jurat Juan Albert, hors des murs, près du « portal de Sent Vicent ». On dévaste son jardin, on arrache les arbres, tandis que la maison est défendue par ses parents par alliance : les Masco et Miquel Juan de Soler ; les émeutiers font subir le même sort à la maison du maître comptable Gaspar Amat. Pour reprendre la situation en main, le gouverneur et la reine de Naples, lieutenant général du royaume, procèdent à des mesures d’apaisement en faisant porter du pain au marché et en renforçant l’appareil judiciaire. Le 7 mai 1503, on nomme 4 gouverneurs, 6 justiciers, 6 lieutenants de justice : « per millor guardar la ciutat ». Une annonce publique faite à son de trompettes par toute la ville autorise toute personne à cuire et à vendre du pain au marché, tandis que l’on interdit à quiconque de porter des armes, sous peine de 60 sous et de 9 jours de prison119. Cette période difficile, conséquence d’une alternance de grêles et de sécheresse, inaugurée en 1503, va se poursuivre en 1504 et 1505, comme en fait foi une enquête, faite à la demande de Miquel Munyes, fermier du « terç de delme de la vila de Alpont », au sud-est du Rincon de Ademuz, à la zone frontière du marquisat de Moya. L’enquête révèle qu’en 1503 ce terroir a subi trois ou quatre fois des averses de grêles qui ont abîmé la récolte de blé, au point qu’elle a été réduite des deux tiers : « la vila per subvenir al poble de forment que no tenia hague de compras forment e altres grans ». L’année suivante, 1504, la sécheresse est si grande que le blé, l’orge, l’avoine sont encore plus rares que l’année précédente, dans une zone où l’on a coutume non seulement de subvenir à la consommation locale, mais aussi d’exporter des céréales. La ville d’Alpont doit alors s’endetter pour nourrir la population avec des céréales importées. En 1505, l’avoine et l’orge donnent des récoltes inférieures de deux tiers à ce que l’on recueille habituellement. Pendant ces années de sécheresse dont pâtissent les cultures, les troupeaux furent aussi décimés : « que en lo dit any moriren moltes bestiars ». L’enquête précise qu’en 1504, alors que le blé vaut en année normale de 24-25 à 30 sous le cafiz, il atteint 63 sous ; de même que l’orge qui passe de 12 à 15 sous à 36 sous le cafiz ; l’avoine subit elle aussi une forte hausse, de 9 à 10 sous, elle grimpe à 25 sous le cafiz. Cette enquête, réalisée dans une zone céréalière du royaume de Valence, à la frontière de la Castille, traduit la détresse paysanne au cours de ces années 1503, 1504, 1505, dont les répercussions à Valence se sont traduites par le renchérissement et des émeutes dirigées contre les boulangers et les autorités urbaines, alors que les importations maritimes tardaient à venir120.
32Les années suivantes, la situation redevient normale ; le Bailli autorise même des exportations de céréales hors du royaume. De janvier à février 1507, à quatre reprises, il concède des licences de ce type aux fermiers des revenus ecclésiastiques de « Ontinyent, Biar, Bocayrent, Alcoy, Cocentayna, Ares », soit au total pour 550 cafiz de froments et 600 cafiz d’orge et de panis (dacta)121. Jusqu’en 1512, l’exportation est autorisée dans certaines limites. Jaime de Almenara, marchand de Valence, procureur de Gil Perez de Banyates, « voisin » de Onda, fermier des dîmes et des prémisses de l’Église « en la dita vila com en altres parts del présent régné de Valencia », exporte 300 cafiz de froment destiné à Barcelone le 16 mars 1512 ; tandis que Johan Pugol, patron de « nau voisin de Barcelone », reçoit une licence identique le 13 août 1512 d’emmener 120 cafiz d’avoine, fruits des dîmes et prémisses de l’Église dans les villes de Burriana, Castellon, Villarreal, pour les diriger vers le Principat de Catalogne. A partir de 1513, la pénurie se fait de nouveau sentir et le Bailli, en octobre, souligne : « la necessitât urgent de forments que aquesta ciutat te ». Mais c’est surtout en 1516-1517 que se multiplient à nouveau les commissions faites aux officiers du royaume de ne pas autoriser l’exportation des céréales. La première, en février-mars 1516, concerne les terroirs de Castellon de la Plana et le Maestrazgo de Montesa. En septembre 1516, elle devient générale. Marti Argent reçoit la mission d’interdire, sous peine de 500 florins, toute traite de « forments ordi e civades ». Néanmoins, ces interdits sont battus en brèche, comme toujours, par quelques exceptions. Le Bailli Don Ferrando de Torres accorde au maître de Montesa et au Bailli de Morella, Berengerer Ciurana, Guillem Servera, fermier des dîmes de l’évêque de Tortosa, l’autorisation de porter en Aragon et en Catalogne 400 cafiz de froment du Maestrazgo. Miquel Guimera de Cabanes, marchand et fermier des dîmes de l’évêque de Tortosa pour le terroir de la Ribera de Albalat, reçoit le même droit pour 180 cafiz entre : « forment ordi e cevada » ; tandis que Johan de Miquel Botaller dirige vers Barcelone 800 cafiz de froment des rentes de la cathédrale de Tortosa dans le royaume de Valence122. Il faut attendre l’été 1517 pour voir ressurgir la menace de pénurie et l’interdiction corrélative du Bailli général de Valence d’exporter des blés hors du royaume123. Alors que les communications maritimes sont menacées par les corsaires barbaresques et que Barberousse s’attaque à Denia et Alicante en 1518, après des années difficiles, la pénurie frumentaire se fait encore sentir dans le royaume de Valence au moment où éclatent les Germanies, le 7 août 1519.

LES ROUTES DU COMMERCE VALENCIEN MEDITERRANEE ET EN ATLANTIQUE

Notes de bas de page
1 Fernand Braudel, op. cit La Méditerranée, t. I, pp. 222-224.
2 AMV Libre de asseguraments e manifest de blats n° 1, années 1412-1414. – 1 cafiz valencien = 134,52 litres = 6 fanegas. – 1 fanega = 22,42 litres.
3 B. Bennassar : L’alimentation d’une ville espagnole au xvie siècle. Quelques données sur les approvisionnements et la consommation de Valladolid, AESC, 1961, pp. 728-740.
4 Ernesto Belenguer Cebria, pp. 79-95, Estudis 2, Valencia ; M. Llop Catala, pp. 63-78, Etudis 2, Valencia, 1973. Ils étudient : « Importation de trigo por ayuda de 1450-1500 ».
5 amv A. 25, fol. 281, 30-12-1413.
6 AMV A. 27, fol. 40, 14-10-1418 ; fol. 123, 7-6-1419.
7 AMV A. 27, fol. 288 v°, 28-3-1421, et fol. 288 v°, 28-3-1421.
8 AMV A. 33, fol. 181, 30-3-1446 et fol. 202, 18-6-1446. Le candeal était la meilleure qualité de blé aragonais et castillan, venaient ensuite les sexes et trugells, voir Mario del Treppo : I mercanti catalani, p. 377.
9 AMV A. 26, fol. 126 v°, 3-4-1416. M. Balard, La Romanie génoise (XIIe – début du xve siècle), t. II, p. 751, cite des institutions semblables dans les autres villes italiennes, à Venise les Ufficiali al frumento dès 1174, puis les Proweditori delle Biade di San Marco, le Magistrato dell’Abbondanza vers 1260 à Florence, les Statuta Victualium de 1215 à Milan, l’Officium Victualium à Gênes dès 1361.
10 AMV 26, fol. 267, 26-7-1417 ; fol. 270 v°, 2-8-1417 ; fol. 275, 16-8-1417 ; fol. 283, 18-9-1417 ; fol. 291-292, 18-11-1417.
11 AMV A. 27, 18-5-1418. Il s’agit de Jacme Calvo (ciutada).
12 AMV A. 27, fol. 38, 18-7-1418 ; fol. 40, 14-10-1418.
13 AMV A. 31, fol. 118, 14-7-1436.
14 AMV A. 25, fol. 102 v », 26-9-1412, 22-10-1412, 7-11-1412.
15 AMV A. 25, fol. 160 v°, 12-2-1413 ; fol. 164 v°, 15-2-1413.
16 AMV A. 25, fol. 244 , 5-7-1413 ; fol. 250, 28-7-1413.
17 AMV A. 25, fol. 280 r° v°, 12-9-1413 et fol. 281.
18 AMV A. 25, fol. 347 V°, 15-3-1414.
19 Alvaro Castillo Pintado, « Trafico maritimo », Madrid, p. 103. Le syndic de la ville en Sicile devient permanent en 1585.
20 AMV A. 27, fol. 288 v°, 28-3-1421 ; fol. 290, 2-4-1421 ; fol. 300, 10-5-1421 ; fol. 309, 17-5-1421 ; fol. 317, 20-6-1421 ; fol. 321, 17-7-1421 ; fol. 322 , 24-7-1421 ; fol. 323, 8-8-1421 ; fol. 331, 5-9-1421 ; fol. 336, 14-10-1421 ; fol. 350 v°, 20-1-1422 ; fol. 367 v°.
21 AMV A. 27, fol. 369, 20-5-1422 ; fol. 370, 23-5-1422.
22 AMV A. 29, fol. 184 v°, 4-2-1430 ; fol. 181 v°, 11-2-1432 ; fol. 183, 15-2-1432 ; fol. 207.
23 AMV A. 30, fol. 253, 29-3-1435 ; fol. 256, 5-4-1435 ; fol. 271, 2-5-1435 ; fol. 273, 1-6-1435. 4.000 florins à Johan Batista pour une « seguretat » de froment du Portugal de 2.000 cafiz.
24 AMV A. 30, fol. 167, il a été précédé de 1428 à 1431 par Pere de Lorach, marchand de Valence, dépêché en Sicile pour expédier le froment du roi.
25 AMV A. 31, fol. 62, 30-12-1436.
26 A. 31, fol. 67 v°, 10-1-1436.
27 AMV A. 32, fol. 13 v°, 2-7-1438.
28 1 salme = 2,75 hl. Sur le blé de Sicile, voir C. Trasselli, Sulla esportazione di cereali dalla Sicilia nel 1407-1408, Palermo, 1955. R. Romano, A propos du commerce du blé dans la Méditerranée des xiiie et xve siècles, « Hommage à Lucien Febvre », II, pp. 149-161, Paris, 1953. P. Wolff, Un grand commerce médiéval : les céréales dans le bassin de la Méditerranée occidentale, VI congreso de la Corona de Aragon, Madrid, 1959, pp. 147-164.
29 AMV A. 32, fol. 45, 5-2-1439 ; fol. 78 v°, 8-6-1439.
30 AMV A. 34, fol. 236, 28-9-1449, 74.000 sous de censals ; fol. 251, 12-12-1449, 46.000 sous de censals. – A. 39, fol. v° 52, fol. 84, 154, 101, 176 v° du 13-2-1472 au 1-12-1472.
31 AMV A. 34, fol. 164, 10-1-1449.
32 AMV A. 34, fol. 242 v°, 10-10-1449 ; fol. 243 v°, 22-10-1449 ; fol. 244, 29-10-1449 ; fol. 245, 10-11-1449 ; fol. 252 v », 22-11-1449 ; fol. 251, 12-12-1449.
33 AMV A. 35, fol. 89, 14-5-1451 ; fol. 109, 12-6-1451 ; fol. 128 v°, 5-8-1451 ; fol. 136 v°, 4-9-1451.
34 AMV A. 36, 26-6-1452, fol. 187 v° ; 16-10-1452, fol. 237 v°.
35 AMV A. 37, 17-7-1461, fol. 95 ; 3-2-1462, fol. 125, fol. 64 v°, fol. 68 v° ; 21-5-1463 et 24-6-1463, 9-8-1463, fol. 84.
36 AMV A. 37, fol. 197 v°, 20-12-1464 et fol. 207 v°, 4-4-1465. Cession des 30.000 sous de dettes d’Onofre Justinia à Matheu Capell, marchand de Barcelone.
37 AMV A. 25, fol. 139 v°, 28-12-1412.
38 AMV A. 25, fol. 161, 15-2-1413 et fol. 160 v°, 12-2-1413.
39 AMV A. 25, fol. 347 v°, 14-4-1414.
40 AMV A. 26, 1-6-1415, fol. 31 v° : « per ço que si venint lur cami trobaren algunes fustes de blats que les puxen fer venir a la dita ciutat ».
41 AMV A. 27, fol. 196, 5-1-1430. 100 florins par galère et par mois.
42 AMV A. 27, fol. 370 v°, 23-5-1422.
43 AMV A. 29, fol. 181 v°, 11-2-1432 ; fol. 183 v°, 27-2-1432 ; fol. 184 v°, 7-3-1432.
44 AMV A. 32, fol. 16, 7-8-1438.
45 AMV A. 32, fol. 108 , 9-9-1439.
46 AMV A. 32 fol. 207, 15-10-1440.
47 AMV A. 33, fol. 182, 21-4-1446.
48 AMV A. 34, fol. 182, 26-4-1449.
49 AMV A. 37, 15-11-1462, fol. 28, 23-10-1462, 30 livres à Johan Livelle ; fol. 57 v°, 4-4-1463, 15 livres à Johan Livello.
50 AMV Bailia 1144 à 1166.
51 ARV Bailia 1146, fol. 116, 11-9-1424 et fol. 190, 12-3-1425.
52 ARV Bailia 1148, fol. 3, 1436, lettre du Bailli à Andreu Sart, lieutenant du Bailli de la ville de Denia et du Bailli de Xavea.
53 ARV Bailia 1153, fol. 322, 26-6-1462 ; Bailia 1156, fol. 79 v°, 30-8-1477 et 9-9-1477 ; Bailia 1157, fol. 544, 20-1-1484.
54 ARV Bailia 1144, 19-10-1405.
55 ARV Bailia 1146, fol. 284, 23-8-1425.
56 ARV Bailia 1147, fol. 156, 16-6-1430.
57 ARV Bailia 1148, fol. 187, 188 v°, 3-5-1436.
58 ARV Bailia 1148, fol. 492, 6-2-1439.
59 ARV Bailia 1151, fol. 604 v°, 1452.
60 ARV Bailia 1152, fol. 1447.
61 ARV Bailia 1156, fol. 105, 12-11-1477.
62 ARV Bailia 1158, fol. 115, 9-11-1485.
63 ARV Bailia 1146, fol. 117, 27-9-1424.
64 ARV Bailia 1146, fol. 273, 9-8-1425 et fol. 279, 14-8-1425.
65 ARV Bailia 1146, fol. 288, 23-8-1425 ; fol. 301, 26-9-1425.
66 ARV Bailia 1153, fol. 694, juin 1465.
67 Fernand Braudel : La Méditerranée et le monde méditerranéen, I, pp. 522 et s.
68 AMV, « Libre de asseguraments e manifests de blats », n° 14 (1412-1414).
69 Antonio Josef Cavanilles, « Observaciones sobre la Historia del Reyno de Valencia », Madrid, 1795, donne un excellent tableau des régions productrices et des quantités produites pour le xviiie siècle. De tous les lieux que nous avons cités au xve siècle, tous ont subsisté au xviiie siècle sauf Alasquer sur le Jucar et Matada entre Elche et Aspe, t. I, pp. 42, 57, 102, 107, 113, 166, 185, 193, 194, 207, 208, 210, 222, 232 ; t. II, pp. 258-259, 269-273, 292-293 ; p. 196, Alasquer ; p. 269, Matada.
70 ARV MR 36, fol. 105 et suivants, 1415.
71 AMV in-4°, 7-4-1413 : « nosaltres per tener abundosa aquesta ciutat de forment axi com es necessari per la gran multitud de gent que huy es en la dita ciutat axi per la presencia del Senyor Rey com per rao de les Corts quis celebren en la dita ciutat… ».
72 H. Touchard, « Le commerce maritime breton à la fin du Moyen Age », Paris, 1967, p. 53, considère que l’Arvor fait au froment une place dominante à cette époque.
73 AMV in-4°, 7-4-1413. Borelli Caneo, Gerardo Ususmari, Andalo Gentil, marchands génois, font venir, en avril 1413, 1.426 cafiz de froment breton sur la nau de Pere Yvanys de Grua (île de Groix).
74 AMV in-4°, 11-5-1413. Un an plus tard, une mésaventure identique se renouvelle, un « laut » armé de Barcelone fait décharger 1.100 setiers d’Arles destinés à Valence.
75 Soit une moyenne de 5.936 cafiz par mois de 1412 à 1414. 1 cafiz = 1,35 hl, soit 8.013,6 hl par mois et une consommation annuelle de 96.163 hl. J. Casey, « The Kingdom of Valencia in the seventeenth century », Cambridge, 1979, p. 79, évalue à 73.000 hl par an la consommation de la cité de Valence au xviie siècle.
76 Mario del Treppo : œuvre citée pp. 358 et suivantes.
77 ARV Cde A, n° 34, 1412-1413 et fol. 111 et suivants.
78 ARV Cde A. 36, fol. 105 et suivants, fol. 171 r° v°, 172 r° v°, 173 r° v°, 174 r° v°, année 1415.
79 ARV Cde A. 42, fol. 188, 1422.
80 ARV MR 9818, fol. 13. Lettre close du roi Almonezir de La Serra, 26-1-1429.
81 ARV MR 9818. 14 mesures de Candie = 1 salme générale de Sicile, vendu à 20 soldins 2 torneses la mesure. 4 torneses = 1 soldin, fol. 26.
82 ARV MR 9818, fol. 26 v° : 7 muguets = 1 salme générale de Sicile, 32 aspres = 1 ducat de Rhodes, 16 deniers = 1 aspre.
83 Le pont de poivre : 105 ducats ; le pont de plomb : 8 ducats et demi ; le gingembre vert, le rotol : 2 ducats.
84 Le pont de poivre à 100 ducats, le pont de girofle 320 ducats.
85 MR 9818, fol. 27, en monnaie de Barcelone.
86 MR 9818, fol. II : le poivre à 10 sous « la carrega », le plomb à 20 sous le pont, le gingembre à 4 sous la livre, le girofle à 9 sous la livre.
87 ARV Cde A. 51, 1432, fol. 236 et 320.
88 ARV Cde A. 52, fol. 206, le nolis à 13 sous par salme est de 1.542 livres, fol. 337.
89 ARV Cde A. 52, fol. 210, 212, 214, 345. Le nolis de Jofre de Meyans à 13 sous la salme pour 4.500 salmes s’élève à 58.500 sous, payé le 10 juin et le 23 octobre 1434. Le nolis de Bernat Junquera s’élève à 25.802 sous pour 2.150 salmes à 12 sous la salme, payé le 8 mai 1434.
90 ARV Cde A. 52, fol. 337, lettre du roi Palerme, 4-12-1433, 26-10 + 24-11-1433 et fol. 339, lettre du roi Palerme, 12-12-1433.
91 AMV A. 30, fol. 137, 29-1-1434 ; fol. 140, 19-2-1434 ; fol. 167, 8-5-1434 ; fol. 191, 23-7-1434.
92 AMV A. 30, fol. 246-1°, 7-3-1435 ; fol. 253, 29-3-1435 ; fol. 256, 5-4-1435 ; fol. 271, 272, 28-5-1435 ; fol. 273, 1-6-1435.
93 AMV A. 31, fol. 104, 12-6-1436. Froment vendu 7 sous 6 deniers la fanegua.
94 AMV A. 31, fol. 670, 10-1-1436 ; fol. 69, 4-2-1436 ; fol. 80, 27-4-1436. Froment du roi, venu sur la « nau » de Marti Martinez de Deva.
95 AMV A. 32, fol. 45, 5-2-1439 ; fol. 78 v°, 8-6-1439, 9-6-1439 ; fol. 86, 23-6-1439 ; fol. 95, 1-8-1439 ; fol. 102 v°, 107, 108, 109.
96 AMV A. 32, fol. 233 v° 27-2-1441 ; ARV MR 58, fol. 338, année 1443, la ville chargea 60.000 sous de censals pour faire faire 500 draps de laine, transmis à Naples par messire Perot Mercader, chevalier.
97 AMV A. 33, fol. 182, 21-4-1446.
98 ARV Bailia 1153, fol. 322, 26-6-1462.
99 ARV MR, année 1462, fol. 312, 5 boutiques, dont le loyer mensuel varie entre 22 et 25 sous.
100 Idem fol. 313, 317, il s’agit de Johan de Sent Johan, Luis de Beca, Ramon Ganalda, Johan Molto, Gaspar Sayes, Domingo Danyo, Johan Marca.
101 Idem fol. 231 à 314, année 1462.
102 ARV MR 73, 1463, fol. 224, 311, 317 r° v°. 96 sous : boutique. 991 sous : cribleurs. 1.051 sous : mesureurs. 723 sous : porteurs de sacs. Fol. 318 v°.
103 ARV MR 76, 1466.
104 ARV MR 1466, fol. 368. On remet 1.900 sous à Miquelau Martin et Matheu Blasquo al Alpont, « carraters de la ciutat de Valencia », pour effectuer ces transports.
105 ARV MR 77, 1467, fol. 234.
106 ARV MR 78, 1468, fol. 288 v°.
107 ARV MR 78, année 1468, fol. 292.
108 ARV MR 80, année 1470, fol. 285.
109 ARV MR 82, année 1472, fol. 224, fol. 303 v°. – ARV MR 83, fol. 175, 16-7-1473 et fol. 224.
110 ARV MR 86, 14-8-1476. – MR 87, fol. 237.
111 ARV MR 89, 1479, fol. 234.
112 Vicente Ernesto Belenguer Cebria, El problema cerealista durante la epoca del rey catolico (1480-1490), Cuadernos de Historia, Madrid, 1975, pp. 168 à 213. Importation de trigo per ayuda en Valencia durante el ultimo cuarto del siglo XV (1475-1500), pp. 79 à 95, Estudis 2, 1973, Valencia.
113 ARV Bailla 1157, fol. 544, 20-1-1484, fol. 708, 30-8-1484.
114 ARV Real canceleria Curiae 245, fol. 21 r°, 22 v°, Cordoue, 30-8-1484, publiée par Vicente Ernesto Belenquer Cebria, El problema cerealista en Valencia, 1480-1490, pp. 211, 212, 213.
115 ARV Section Bailia apendice n. 68.
116 Importations de froment en 1488, 35.638 cafiz 4- 4.624 cafiz, orge, avoine.
117 Œuvre citée, « Importation de trigo por ayuda » (1491-1492, 19.938 cafiz ; 1492-1493, 16.458 cafiz ; 1493-1494, 33.401 cafiz ; 1494-1495, 11.469 cafiz).
118 ARV Peages del Mar, Generalidad 4934, année 1494.
119 BN ESP 147, fol. 504 à 510, année 1503.
120 ARV Bailia 1163, fol. 165.
121 ARV Bailia 1163, fol. 272, 4-1-1507. Licence à Anthoni Pasqual, notaire « voisin » d’Ontinyent, fermier des deux parts de l’évêque des villes d’Ontinyent, Biar, Bocayrent ; fol. 278, à Marti de Sentangel, fermier des deux parts de l’évêque de Bocayrent, à Johan Benat Mercet, fermier du tiers de dîme d’Alcoy ; fol. 281 v°, à Johan Bosch, fermier des deux tiers de Cocentayna, Ares ; fol. 293, à Miquel Castello de la ville d’Alcoy.
122 ARV Bailia 1165, fol. 225, 16-3-1512 ; fol. 294, 13-8-1512. – Bailia 1166, fol. 437, fol. 478, fol. 512, 21-10-1516.
123 ARV Bailia 1166, fol. 561, 4-7-1517, commission faite à Anthony Naguera.
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