• Contenu principal
  • Menu
OpenEdition Books
  • Accueil
  • Catalogue de 16478 livres
  • Éditeurs
  • Auteurs
  • Facebook
  • X
  • Partager
    • Facebook

    • X

    • Accueil
    • Catalogue de 16478 livres
    • Éditeurs
    • Auteurs
  • Ressources numériques en sciences humaines et sociales

    • OpenEdition
  • Nos plateformes

    • OpenEdition Books
    • OpenEdition Journals
    • Hypothèses
    • Calenda
  • Bibliothèques

    • OpenEdition Freemium
  • Suivez-nous

  • Lettre d’information
OpenEdition Search

Redirection vers OpenEdition Search.

À quel endroit ?
  • Éditions de la Sorbonne
  • ›
  • Histoire de la France aux XIXe et XXe si...
  • ›
  • Les manifestations de rue en France
  • ›
  • Chapitre 28. Mai-juin 1968
  • Éditions de la Sorbonne
  • Éditions de la Sorbonne
    Éditions de la Sorbonne
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Liens vers le livre
    Informations sur la couverture
    Table des matières
    Formats de lecture

    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Dix jours en maiLa grève, les grèves et la rue24-30 mai. Des manifestations globalisantesConclusion Notes de bas de page

    Les manifestations de rue en France

    Ce livre est recensé par

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Chapitre 28. Mai-juin 1968

    p. 747-794

    Texte intégral Dix jours en maiLes "Six glorieuses"Ephémerides"Actions exemplaires" ou épiphénomènes ?Un "evenement critique"La grève, les grèves et la rueLe 13 mai 196814-23 mai. Grève, grèves et manifestations24-30 mai. Des manifestations globalisantes24-28 mai : le retour des "journées"29 mai : La CGT contre-attaqueLe pouvoir est dans la rue.Fin de partieConclusion Notes de bas de page

    Texte intégral

    En fait, c’est la jeunesse en tant que jeunesse qui veut entrer dans la carrière quand ses aînés y sont encore.
    François Mauriac, 5 mai 1968

    Nous saurons un jour ou nous ne saurons jamais si ce miracle de temporisation a été conçu à froid par un tacticien qui savait qu’il risquait de tout perdre mais aussi bien de tout gagner en faisant semblant d’être blessé à mort. [...] Eh bien, tout compte fait, j’incline aujourd’hui à penser qu’il faut y voir un chef-d’oeuvre à la fois de politique et de mystique, que de Gaulle a manœuvré, certes, mais qu’il a aussi obéi à sa plus profonde inspiration, et en même temps fait un pari : qu’il n’avait pas perdu un seul Français (quant au nombre) depuis la Libération.
    François Mauriac, 2 juin 19681.

    1Si les manifestations de me ne peuvent résumer les événements de mai-juin 1968, elles en constituent, du moins, le trait saillant. C’est dans la me que le mouvement prend corps le 3 mai, c’est dans la me qu’il change de nature, dix jours plus tard, ce sont des images de la me qu’on choisit pour en exprimer la quintessence et c’est, enfin, la me qui lui signifie son coup d’arrêt. De fait, 1 100 démonstrations au moins se sont déroulées quarante-trois jours durant. Une moyenne de 14 par département, 25 par jour ! Du jamais vu.

    Dix jours en mai

    Les "Six glorieuses"2

    Ephémerides

    2La volonté d’être entendu des centres de décision et les manifestations confédérales unitaires ont valu à la capitale de concentrer proportionnellement plus de démonstrations dans les années soixante qu’en la précédente décennie. Mais c’est en province que se sont déployés les mouvements de grande ampleur et de longue durée, en province que se manifeste, depuis des mois, la violence manifestante. Réduisant les organisations nationales, et la capitale avec elles, à tenter d’en formuler le sens. Le courant s’inverse avec les mouvements étudiants qui débutent à Paris le 3 mai 1968.

    3A la suite d’incidents advenus à Nanterre puis à la Sorbonne, le recteur de l’académie de Paris décide de suspendre les cours et fait évacuer la Sorbonne par les forces de l’ordre. Avec pour meilleur effet de déplacer dans la rue ce qui se cantonnait dans les enceintes universitaires. Comme cela se produit quand la grève ouvrière fait place au lock-out. Une manifestation s’organise aussitôt, le 3 mai. Elle met aux prises quelque 1 500 policiers et 2 000 étudiants et se solde par près de 600 interpellations et des blessés légers3. Elle est suivie, deux jours durant, de mouvements sporadiques. Le 6 mai, l’UNEF appelle à un rassemblement devant la Sorbonne à l’occasion de la comparution de 8 étudiants nanterrois, dont Cohn-Bendit, devant le conseil de discipline mais un important déploiement des forces de l’ordre oblige à un repli sur la Halle-aux-Vins. Un cortège dix fois plus important que le 3 mai se constitue là puis gagne la place des Victoires et réintègre le Quartier latin, deux heures plus tard. On enregistre, de nouveau, des interpellations, de nouveau des blessés. Le SNESup qui a soutenu cette démonstration appelle, le lendemain, à deux jours de grève et énonce trois préalables à toute négociation : retrait des forces de police du Quartier latin, libération et amnistie des étudiants arrêtés, réouverture des facultés. Aussitôt approuvés par le SGEN et l’UNEF. Celle-ci invite, ce même jour, à une nouvelle manifestation, autorisée par la préfecture dès lors qu’elle est prévue hors du périmètre du Quartier latin. La "longue marche" telle qu’elle est aussitôt nommée par la presse4 réunit à Denfert-Rochereau de 35 000 à 50 000 étudiants. Elle traverse la Seine, passe devant l’Assemblée nationale sans marquer d’arrêt, monte à l’Etoile, drapeaux rouges et noirs en tête, puis réintègre le quartier latin. L’UNEF et le SNESup expriment leur satisfaction et réaffirment leurs préalables. Un nouveau rassemblement convoqué, le 8, à la Halle-aux-Vins reçoit le renfort de lycéens et de nombreux enseignants du secondaire. L’UEC, jusque-là critique vis-à-vis du mouvement, s’inscrit au nombre des organisateurs5. Le rassmblement, de moindre ampleur que la veille, se prolonge par un cortège jusqu’aux abords du Luxembourg en début de soirée et, comme les jours précédents, se solde par des heurts. La journée du 9 est marquée par diverses manifestations lycéennes, une effervescence quasi permanente à Saint-Michel et par un nouvel appel à manifester le lendemain. Cette cinquième démonstration d’importance se déroule en deux temps. Les lycéens défilent, les premiers, à l’appel des CAL et sont rejoints, à 18 heures, place Denfert-Rochereau par les étudiants. Le cortège, de même puissance que le 7 selon les organisateurs et autorisé, passe devant la Santé, la Maison de la radio, le palais de justice, symboles de l’Etat gendarme et censeur. Il regagne ensuite le quartier latin par le Pont Saint-Michel demeuré seul ouvert. Il est 21 heures passées. La "nuit des barricades" commence. Les sommations d’usage et l’assaut sont lancés à 2 heures 15 et ce n’est qu’aux premières lueurs de l’aube que Cohn-Bendit appelle les derniers irréductibles à la dispersion. Laissant une France en état de choc découvrir un paysage qu’on pensait ne jamais (re ?) voir : des blessés par centaines6 et les carcasses encore fumantes de 200 véhicules environ. Le 11, des groupes de lycéens et une manifestation de l’UEC agitent encore les rues. Démonstrations de faible ampleur, toutefois. Le mouvement est en passe de changer de nature. Il s’est, avant que de le faire, étendu à la province : 62 manifestations étudiantes dans 35 départements du 6 au 12 mai. Affectant toutes les villes universitaires, hormis Saint-Quentin, Pau, Epinal et Chambéry, et, déjà, certains lycées7, elles rassemblent de quelques centaines à quelques milliers d’étudiants, souvent accompagnés d’enseignants.

    4Le SNESup mène les négociations sans être susceptible d’aligner dans la rue des forces importantes. L’UNEF doit au vedettariat de son secrétaire général, propulsé sur le devant de la scène, d’y figurer à ses côtés mais sa prise sur le mouvement demeure plus nominale que réelle dès lors qu’aucune de ses sections parisiennes ne partage les orientations de la direction nationale. Les CAL, nés de fraîche date, mobilisent des lycéens sans expérience préalable. S’ensuit une faiblesse des liens organiques entre les organisateurs en titre des démonstrations et les manifestants, accentuée, le 10 mai, par l’action des radios périphériques et leur rôle dans la mobilisation8. La proportion des non-étudiants parmi les personnes interpellées est là pour en témoigner9. Cette situation rend possible et nécessaire la création de "comités d’action" destinés à structurer le mouvement naissant ; à l’exemple de comités d’autre sorte après le 12 février 193410. En l’attente, elle laisse le champ libre à celles des organisations préalablement dotées de solides savoir-faire et, pour certaines, de stratégies de la rue. De ce fait, le mouvement du 22 mars et les organisations d’extrême gauche s’imposent comme autant de "cristaux de masse"11 drainant et dirigeant des forces dont beaucoup manifestent pour la première fois. Tout en affichant des divergences, sensibles, en particulier, au terme des cortèges. Cette situation n’est pas sans conférer aux manifestations un caractère imprévisible qui nécessite une adaptation permanente des forces de l’ordre, les déconcerte et déjoue parfois les prévisions. Ainsi Maurice Grimaud avait-il délibérément laissé libre le pont Saint-Michel dans la soirée du 10, jugeant préférable de maintenir les étudiants sur la rive gauche et pensant "qu’il n’y avait pas de sérieux inconvénients à ce qu’ils se répandent dans le quartier qui est leur domaine". Avec les résultats qu’on sait.

    5Les étudiants manifestent d’abord pour retrouver la maîtrise d’un espace dont ils s’estiment les légitimes occupants et s’accrochent d’autant plus fortement à l’université qu’on leur en a fermé la porte. "C’était un problème politique de la plus haute importance ; écrit la FER. L’Etat bourgeois avait voulu faire de la Sorbonne un symbole, le problème était donc de reprendre la Sorbonne à l’Etat bourgeois"12 Et les comités d’action : "L’objectif [était] la Sorbonne occupée, ce pauvre bâtiment où s’enseignait millénairement un savoir vétuste redevenait tout d’un coup d’une manière extraordinairement insolite un signe exalté par l’interdit"13. Ce sont ces interdits, étendus à l’ensemble du Quartier latin, qui dispersent la protestation à partir de cet épicentre vers lequel elle revient, cependant, toujours. Selon des trajets sinusoïdaux, de longueur inaccoutumée, 20 km le 7 mai, 16, trois jours plus tard, et, toujours, une dimension d’errance14 ; sans autre objectif que celui qui précisément leur est interdit, condamnant l’occupation de l’espace public à devenir à elle-même sa propre fin.

    6Les manifestations, souvent convoquées en fin d’après-midi, se prolongent pour la plupart nuitamment ; en dépit des appels à la dispersion des organisateurs. Presque toutes dégénèrent et se soldent par des arrestations souvent supérieures à la centaine, des blessés en nombre et, le 10, par des dégâts d’autant plus considérables que l’habitude s’en est perdue à Paris. Des barricades, absentes de la capitale depuis août 1944 et qui n’ont jamais revêtu, en province, pareille ampleur, ressurgissent enfin. Ces barricades ont disparu de l’arsenal symbolique des organisations ouvrières au cours des années cinquante et celles d’Alger n’ont pu que délégitimer plus avant cette pratique au regard des forces sociales et politiques qui en avaient transmis et mobilisé la mémoire, des décennies durant. Elles ont, par contre, relayé les mythes forgés par le XIXe siècle en direction de certains de leurs partisans, les agriculteurs de l’Ouest en premier lieu. Cette pratique chargée d’histoire circule ainsi, de manière souterraine, via les agriculteurs, l’Algérie puis, de nouveau, les agriculteurs. Elle gagne la France de l’Ouest par l’intermédiaire de ces derniers, les OS de Caen par immersion géographique et se trouve alors relayée et transfigurée par certaines organisations d’extrême gauche inspirées tout à la fois par ces luttes et par certains modèles étrangers (ne faisant à la barricade aucune place spécifique). Ce qui leur permet de regagner Paris en ces jours de mai. Au prix d’un refoulement de tout événement relais au profit des seules images forgées par le XIXe siècle. Les barricades de ce début mai se distinguent, il est vrai, de toutes les précédentes : elles surgissent dans une phase de calme politique (qui leur vaudra d’être analysées comme réponse à l’ennui ressenti), émanent d’acteurs archétypiques de la barricade du XIXe siecle mais demeurés, ensuite, extérieurs au phénomène, réintègrent la capitale et, loin d’être circonstantielles et locales, se répètent à trois reprises en gagnant simultanément la province, grace au relais sans précédent des médias. Elles cessent, enfin, d’être appendices d’autres formes d’action pour donner sens à un événement dont elles deviennent l’image emblématique. Le journal des CAL, né de ces circonstances, et qui porte leur nom voit en celles du 3 mai de "simples obstacles destinés à ralentir l’avance des CRS" mais constate que "la technique des combattants s’est améliorée" dans la nuit du 10 au 1115. Les barricades de la rue Gay-Lussac témoignent, de fait, de réelles compétences. Leur technicité et la diffusion de tracts et brochures expliquant aux novices les règles de défense et parfois d’attaque16 alimentent, à chaud, la thèse du "complot"17 ; fomenté par les "professionnels du combat de rue"18 "Berlin"19 des forces hostiles au retour de la paix au Vietnam à l’heure où se déroulent, à Paris, les pourparlers entre Américains et Nord-Vietnamiens20 ou encore les "spécialistes de la guérilla"21. Thèse rejetée par Maurice Grimaud comme par les principaux intéressés22.

    7Certaines des manifestations de province présentent des caractères similaires. Errances à Besançon, Montpellier ou Grenoble où les trajets sont circulaires ou dépourvus de clairs objectifs23 ; à Metz, Lille, Strasbourg où ils atteignent plusieurs kilomètres24 ; sit-in à Bordeaux, Brest, Besançon, Montpellier, Metz, Le Mans, Lyon et Lille où une minorité prétend réagir ainsi contre la "promenade-trahison" des organisations syndicales25, occupation de la route nationale au Mans26, port de casques de chantier à Besançon, Nantes, Strasbourg, drapeaux noirs parfois mêlées aux rouges et suspendus au fronton du théâtre à Bordeaux27. Les manifestants s’opposent ici ou là à des contre-manifestants28 ou à la police29, des déprédations sont parfois commises30 mais la situation ne rivalise nulle part avec celle de Paris.

    "Actions exemplaires"31 ou épiphénomènes ?

    8Les maîtres d’oeuvre des barricades parisiennes s’accordent à leur reconnaître une fonction d’autodéfense32. Elles ont ralenti les forces de l’ordre, les ont momentanément tenues en échec et ont permis de réoccuper le périmètre interdit du Quartier latin ; remplissant, alors, la fonction dévolue, en 1931, à la barricade de la rue des Longues-Haies affichant à son faîte : "Ici, c’est la frontière du Peuple. Les assassins ne passent pas". Résultats à la force symbolique loin d’être mineure. Au-delà, surgissent des divergences.

    9Les organisations manifestantes recourent d’ordinaire à cette forme d’action qu’est la démonstration de rue sans en théoriser l’usage, tenu pour une donnée d’évidence. Ces manifestations et les barricades devenues leur image emblématique33 doivent à la sociologie de leurs acteurs et au capital de sympathie dont ils disposent dans le milieu des sciences humaines d’être, à chaud, l’occasion d’une production de discours sans équivalent ; n’était, peut-être, sous une tout autre forme par le parti communiste des années 1929-1931 ; à un moment où les termes de "rue" et de "barricade" avaient pareillement pris le pas sur celui de "manifestation". Dans ces discours, les barricades résument soudain les temps et les espaces de toutes les révolutions passées ou en cours. Edgar Morin évoque, ainsi, en quelques lignes, "la Commune étudiante, la guérilla-Gavroche"34 les "six glorieuses", un "jeu-kermesse culminant dans le grand défilé, jeu-guérilla, jeu planétaire dans le sens où, enfin, les événements permettaient de mimer sérieusement les barricades de l’histoire de France et les guérillas du Che" ; sans omettre "la Sorbonne Potemkine ou Aurora"35. Syncrétisme du même ordre chez Pierre Franck : "Dans toutes les grandes villes, comme ce fut le cas cent vingt années auparavant, l’appel des barricades a été entendu. Des étudiants de Francfort, Berlin, Copenhague et Londres ont organisé des manifestations de solidarité. A Rome a retenti : créons 2, 3 Paris"36. D’autres mobilisent directement l’exemple vietnamien37. Cette même démarche appliquée à l’adversaire permet d’inscrire, à chaud, le mouvement dans le grand livre des tragédies de l’histoire. On dénonce l’utilisation de gaz vomitifs mode in USA38, de gaz de guerre "interdits par la convention de Genève et inconnus des services médicaux"39, on compare les forces de l’ordre aux SS en ressuscitant un slogan enfoui dans la mémoire collective40 et l’on réactive encore les termes de "ratonnades"41 ou de "Charonne"42, de sinistre mémoire. Soit un post-modernisme avant l’heure s’il ne se fondait, paradoxalement, sur la certitude que les luttes passées, présentes et à venir sont le fruit d’un seul et même mouvement de l’histoire, à l’échelle planétaire43, résumé par des slogans tel "Les flics sont les mêmes à Paris et à Athènes, la lutte est la même dans tous les pays, et nous vaincrons, unis". Ces évocations, à moins qu’il ne s’agisse d’invocations, circulent dans une abondante littérature grise et dans des essais à chaud44. Les reportages en direct des radios périphériques contribuent, dans le même temps, à dramatiser – au sens propre – l’événement. La photographie, à défaut de la télévision45, l’esthétise46. Leurs actions convergentes confèrent à LA barricade une épaisseur jamais atteinte à Saint-Nazaire ou Caen47. Elle lui valent une efficacité sans commune mesure avec celle revêtue en termes logistiques. Résumée en une formule : "La barricade ferme la rue mais ouvre la voie"48. Certains la conçoivent comme expression d’une rupture initiatique d’ordre existentiel49 et d’autres comme la forme même du refus social, la définition d’un espace de liberté, au sens donné au terme par l’existentialisme50. Et les "comités d’action étudiants-écrivains au service du mouvement" d’évoquer, la concernant, la transgression et "l’efficacité symbolique" des "actions exemplaires", ainsi qualifiées par Lévi-Strauss parce qu’elles "vont au-delà d’elles-mêmes, tout en venant très loin, se dépassant et faisant en un instant, par une soudaineté éclatante, sauter les limites". Poursuivant : "Nous sommes des combattants et non plus des manifestants. Nous sommes passés de l’autre côté de la peur. "51. Ces conceptions vont de pair avec une appréhension ludique de la violence52. Elles permettent d’affirmer : "Les barricades ont ébranlé le système tout entier"53.

    10L’extrême gauche mobilise les mêmes références historiques et politiques sans adhérer à ces conceptions. Toutes ses composantes se félicitent du "choc psychologique fondamental"54 provoqué par ce puissant révélateur de la "violence de classe"55. La JCR tient la rue pour "une école politique d’une puissance inégalée"56, un lieu de contestation et de discussion politique, l’occasion d’une pratique politique de type nouveau qu’elle oppose à la pratique parlementaire décriée. La FER plaide tout au long du mouvement pour "une grande manifestation centrale" susceptible de venir à bout de chacune des difficultés qui surgissent57. Le PCMLF, plus réticent, salue, du moins, la valeur formatrice de la lutte ainsi comprise58. Les premières barricades "matérialisent la volonté de lutte des étudiants par des voies nouvelles"59. Elles sont perçues comme le possible moyen de rallier les jeunes ouvriers en les arrachant à l’influence, délétère à leurs yeux, des communistes et de la CGT. Mais ces prises de position s’assortissent bientôt de réserves. "Les marxistes de la FER pour qui la violence et l’art militaire ne sont pas des notions en soi mais [...] subordonnées à une stratégie politique"60 invitent à quitter les barricades pour privilégier d’autres voies et d’autres lieux. Les autres composantes de l’extrême gauche, pareillement61, avec des nuances. Dès le 7 mai, les maoïstes appellent à ne pas se laisser enfermer dans le Quartier latin "où nous n’avons que faire" et à gagner les "usines et les quartiers ouvriers"62. Les trotskistes misent sur une essence révolutionnaire de la "jeunesse" et appellent, pareillement, à "gagner les quartiers populaires du centre pour [rallier] les travailleurs à la lutte et briser l’isolement"63. En demeurant, du moins, présents au Quartier latin64.

    11Deux discours cohabitent ainsi : celui de l’extrême gauche, non sans parenté avec celui du parti communiste en 192965 et cet autre, expression d’avant-gardes culturelles promptes à penser que "lorsqu’il se passe des choses extraordinaires dans la rue c’est la révolution"66. A l’exemple d’André Breton confronté, en 1927, aux manifestations contre l’exécution de Sacco et Vanzetti.

    Un "evenement critique"67

    12Les premières manifestations permettent aux étudiants de voir certaines de leurs exigences prises en compte. Le 8 mai, l’Assemblée nationale modifie son ordre du jour avec l’assentiment du gouvernement et consacre cinq heures de débats aux problèmes de l’Université et aux événements du Quartier latin. Forçant d’aucuns à constater, pour le déplorer ou s’en réjouir, que "le chantage à la barricade peut devenir un excellent mode de conversation avec le gouvernement"68. Ou, dans les termes qui sont les nôtres, qu’une manifestation-insurrection vient de produire, à chaud, de spectaculaires effets. Le doyen décide de la reprise progressive des cours et la faculté de Nanterre est effectivement réouverte, le 10, tandis qu’on tergiverse encore s’agissant de la Sorbonne. Ces concessions ne répondant qu’à l’un des trois préalables posés prennent, en sus, du retard sur une situation en rapide évolution.

    13A partir du 6 mai, la direction, fût-elle nominale, qu’exercent l’UNEF et le SNESup permet des contacts syndicaux immédiatement suivis d’effets. Le 7, la CFDT, l’union générale des fonctionnaires CGT et l’union régionale parisienne CFDT expriment leur solidarité vis-à-vis des étudiants, la CGT pareillement en assortissant son soutien de mises en garde à l’encontre des "agissements irresponsables et aventuristes"69. Ce même jour, les groupes communiste et FGDS déposent une proposition de loi relative à l’amnistie des infractions pénales commises lors des récentes manifestations. Dès le 6, certains rassemblements s’en ressentent : des syndicalistes participent au cortège étudiant de Clermont-Ferrand70, la CGT à celui d’Amiens71 et la CGT et la CFDT à cet autre, à Metz, le lendemain72. Passé le 8, l’implication syndicale se fait plus fréquente : les syndicats de la recherche et de l’enseignement technique CGT et l’union régionale parisienne CFDT prennent, ce jour, la parole à la Halle-aux-Vins, le 9, la CFDT participe à la "grande marche" de Lyon73, les syndicats et partis de gauche, défilent à Clermont-Ferrand74 puis, de concert avec Force ouvrière, à deux reprises, à Dijon, en riposte à la Fédération nationale des étudiants de France (FNEF)75 la CGT et la CFDT à Toulouse, Orléans et Montpellier76. Elles s’abstiennent par contre à Bordeaux dès lors qu’elles désavouent toutes deux l’occupation de la faculté77.

    14L’incidence de cette effervescence sur les traditionnelles démonstrations sises en mai (marches du MCAA, 8 mai et fête de Jeanne d’Arc) est inexistante ou presque. Plus sensibles sont ses effets sur le mouvement syndical. Depuis plusieurs semaines, la CGT, la CFDT, les syndicats agricoles et les partis de gauche ont résolu de manifester du 8 au 15 mai dans les 9 départements de l’Ouest, la Loire, la Moselle et le Nord, avec le soutien de Force ouvrière en Loire-Atlantique et en Vendée. Décidés avant le déclenchement du mouvement estudiantin, ces mouvements se déroulent quand il bat son plein sans spécialement rechercher la jonction78. Brest excepté79, l’UNEF n’a été associée nulle part à leur organisation. Elle invite cependant les étudiants des villes concernées à grossir leurs rangs. 3 000 étudiants ayant déjà par deux fois manifesté se joignent au cortège de Rennes où les ouvriers les encadrent80 et ils sont un millier, porteurs de drapeaux noirs et de bâtons, à défiler à Nantes derrière une banderole affichant : "Ne laissons pas la bourgeoisie séparer les étudiants des travailleurs"81. On les trouve, encore, au Mans, à Saint-Etienne et à Forbach82 où leur présence se veut réponse à la solidarité exprimée quelques jours plus tôt à Metz par les organisations ouvrières83. Les organisateurs en titre les tolèrent84, les assurent parfois de leur solidarité85 mais ne les invitent qu’exceptionnellement à la tribune86. Et si la plupart des motions adoptées exigent "des crédits pour l’école", elles ne mentionnent ni le mouvement étudiant ni ses revendications conjoncturelles.

    15Le 9, l’UNEF et le SNESup rencintrent des délégations des bureaux de la CGT et de la CFDT respectivement conduites par Georges Séguy et Eugène Descamps. On s’accorde sur le principe de manifestations, le 14, dans la France entière mais la nuit des barricades précipite les choses. Elle devient un point de référence commun pour des événements historiques qui "devaient normalement s’ouvrir ou se clore en ordre dispersé", "l’origine chronologique d’une crise" générale née de la conjonction soudaine de "séries causales indépendantes"87. Les organisations signataires de nouveau réunies, le 11, à la bourse de travail appellent à la grève générale pour le 13 mai. Force ouvrière s’y associe par un texte séparé. Avec d’immédiats effets. La journée régionale d’action du Nord organisée quand le principe d’une riposte nationale est d’ores et déjà retenu associe pleinement l’UNEF qui apporte à la manifestation de Lille une coloration soutenue88, de son côté, le gouvernement annonce, le 12, la réouverture de la Sorbonne pour le lendemain. Il libère les étudiants interpellés et remet en liberté provisoire les inculpés. Mesures une fois encore trop tardives. Le mouvement est en passe de changer d’échelle et de nature ; en entraînant une modification des manifestations, du moins, de leurs fonctions.

    La grève, les grèves et la rue

    Le 13 mai 1968

    16Certaines organisations d’extrême gauche ont inscrit de prime abord les manifestations étudiantes dans la filiation des récents mouvements d’OS89. Depuis la première heure, elles se réclament d’un "front unique de classe"90 et appellent à hâter son avènement par "une manifestation centrale91, par "la grève générale illimitée face aux grenades de l’Etat bourgeois"92. A moins qu’elles n’invitent, plus modestement, à aller "aux usines". Mais cette volonté d’élargir l’assise sociale du mouvement sans la médiation des organisations ouvrières se révèle un voeu pieux. Les démarches de l’UNEF et du SNESup auprès de celles-ci signifient objectivement un abandon du "front unique à la base" au profit d’accords de "sommet". Elles créent les conditions d’un élargissement du mouvement mais modifient ipso facto sa nature. L’UNEF et le SNESup font appel aux seules organisations syndicales et celles-là seules s’accordent sur le principe d’une grève générale de 24 heures accompagnée de manifestations. L’indépassable division des socialistes et des communistes et l’affaiblissement de leurs partis ont valu au mouvement syndical de prendre la tête de la riposte à la guerre d’Algérie. Cette démarche prévaut de nouveau quand même des accords ont été noués fin 1966 entre les communistes et la FGDS. Les organisations syndicales se félicitent des appels à manifester le 13, provenant "des partis et groupements" mais décident de conserver à la démonstration prévue son "caractère syndical". Comme dans les années 1960, cette démarche écarte les partis de gauche mais en sus, cette fois, l’extrême gauche et les organisations surgies du mouvement de mai. Elle assure le primat des acteurs sociaux, garantit la force du nombre mais constitue un premier indice de la nature de la crise ouverte et de ses limites intrinsèques en termes politiques.

    17Pour l’heure, l’UNEF fait prévaloir la priorité de ses préalables sur toute autre revendication. Elle obtient que le cortège parisien se forme dans le triangle consacré des manifestations ouvrières pour s’achever au Quartier latin quand la CGT préconisait l’inverse et, en dépit de vives réticences exprimées par cette dernière, impose la présence de Cohn-Bendit93. A Paris, les compromis et dosages ayant présidé à l’organisation de la démonstration parisienne sont lisibles sur le terrain. Les organisations étudiantes et lycéennes se rassemblent dans la matinée devant la gare de l’Est et rallient la République en cortège pour fusionner là avec les autres manifestants. Selon un amalgame où la confusion l’emporte sur tout ordonnancement préalable et qui n’exclut nullement l’affirmation des différences. Chacun est en effet conscient des enjeux multiples de la manifestation. Destinée à exprimer la solidarité aux victimes de la répression, certes, mais également pierre de touche du rapport de force. Pour Henri Krasucki, l’ampleur de la participation des salariés fut le "signe d’une intelligence du monde du travail parisien. Ils ont compris la nécessité de descendre en masse pour conduire le mouvement comme il le fallait. [Il s’agissait de] la lutte pour la direction du mouvement populaire, [du moyen] de construire l’union dans un rapport de force qui correspondait à la réalité des choses"94. La CGT, forte du nombre et de son imposant service d’ordre, prend, en effet, soin de matérialiser son primat et, à cette fin, s’inscrit en rupture avec les cortèges de 1966-1967 en signifiant hautement sa présence ; à preuve son sigle affiché sur des panneaux voulus gigantesques et non sans similitudes avec ceux du 14 juillet 193695. Les étudiants des Beaux-Arts qui sont aux cortèges "soixante-huitards" ce que furent l’AEAR et la Maison de la culture à ceux des années trente apportent, en regard, une plastique et une esthétique d’une autre sorte96. Une foule évaluée par la préfecture à 200 000 personnes et au million par les organisateurs97 se met en marche avec des difficultés dues à l’engorgement total de tout l’Est parisien. Dans les rangs, des drapeaux rouges, quelques drapeaux noirs et, parmi les slogans, des mots d’ordre gouailleurs mais non moins politiques. Ainsi "10 ans ça suffit" et "Bon anniversaire mon général", étrangers à la liste retenue par les organisateurs en titre mais soufflés, s’il en était besoin, par le communiqué du bureau politique du PCF98 ou par Voix ouvrière99. Le silence se fait à l’arrivée sur le boulevard Saint-Michel mais la gouaille reprend ses droits devant la Sorbonne, réouverte le matin et sur laquelle flotte un drapeau rouge. Les forces de l’ordre, invisibles mais fortes de 10 000 hommes, ont été disposées à l’arrière et chargées d’empêcher tout retour éventuel sur l’Hôtel de Ville où l’Elysée. Elles n’ont pas à intervenir. La dispersion s’opère dans le calme et, seuls, quelques milliers de jeunes poursuivent vers le Champ-de-Mars derrière Cohn-Bendit. D’autres décident d’occuper, dans la nuit, la Sorbonne "libérée".

    18L’importance des manifestations n’est pas moindre en province : 164 au moins, parfois précédées, comme à Paris, de cortèges étudiants ou lycéens et dont certaines appellent la comparaison avec les grandes heures du passé100. Elles sont moins nombreuses qu’en février 1934 mais rassemblent, au total, des foules sensiblement équivalentes101. Conformément aux directives nationales, les organisations syndicales, parfois associées aux conseils de parents d’élèves, sont seules à manifester mais réalisent, du moins, un front souvent plus large qu’il ne l’est nationalement. Force ouvrière s’associe à ses homologues dans 27 départements102 et le CDJA et la FDSEA prolongent les rapprochements opérés le 8 mai en intégrant la manifestation de Rennes, où c’est une première, et celles de Nantes, de Clermont-Ferrand et de Toulouse où ils l’ont déjà fait. Les partis de gauche, pourtant associés à part entière aux manifestations régionales du début mai et à certains mouvements de solidarité avec les étudiants, sont systématiquement écartés et les services d’ordre veillent au strict respect des consignes : une distribution de tracts communistes est interrompue à Montpellier sur demande de l’UNEF, des drapeaux rouges repliés à Lyon et une banderole favorable à Cohn-Bendit lacérée à Saint-Brieuc103. Le contenu des appels et des motions adoptées témoigne du même respect des décisions nationales et certains syndicats ouvriers s’attachent même à souligner le caractère spécifique de la journée, en invitant, à Strasbourg, les ouvriers "à s’intégrer dans les rangs étudiants pour prouver leur solidarité"104 ou en confiant, dans 11 villes au moins, à l’UNEF, plus souvent à la FEN, le soin de présider ou de lire la motion. Non sans arrière-pensées, suggère L’Eclair qui soupçonne les syndicats nantais d’agir de la sorte dans l’espoir de voir "les étudiants se contenter de cette responsabilité"105. En pratique, les choses s’avèrent plus confuses ou complexes. De nombreuses banderoles privilégient "l’union des travailleurs et des étudiants" quand l’ordre inverse fut adopté à Paris, on scande, comme en la capitale, divers slogans hostiles au gouvernement et au régime et si la presse communiste est seule ou presque à relever le mot d’ordre de "gouvernement populaire", il est du moins des motions communes pour réclamer une "véritable démocratie"106 ou, plus fréquemment, une "poursuite de l’action dans l’union pour la transformation du système économique pour et par le peuple"107.

    MANIFESTATIONS D’ÉTUDIANTS ET DE LYCÉENS EN PROVINCE 6-11 MAI 1968

    Image 10000000000002460000020C7932DEA9B76E4B77.jpg

    13 MAI 1968 EN PROVINCE

    Image 10000000000002B100000210A5F9D11D09FC9EF5.jpg

    19Certains cortèges empruntent quelques-uns de leurs traits aux récentes manifestations étudiantes : sit-in dans 12 villes au moins dont 5 universitaires, parcours circulaires à Charleville, Caen, Nantes et Reims108, trajet de plusieurs kilomètres à Bordeaux109, étudiants casqués à Nantes brûlant, après la dispersion, le drapeau tricolore de la préfecture pour lui substituer des drapeaux rouges et noirs110. D’autres, moins nombreux, s’inspirent des manifestations de défense républicaine : à Limoges, la banderole de tête porte "Vive la République"111, on chante à Reims La Marseillaise mêlée à L’Internationale à Toulon ou au Mans112, on défile en silence à Pau, Langres ou Mulhouse113. Deux tiers des cortèges se coulent toutefois dans le moule des manifestations-pétitions pour en épouser le rite et le tracé. A moins que ce ne soit dans celui des manifestations-processions ; ainsi à Orléans, où le cortège se déploie dans une ville encore pavoisée pour les récentes fêtes de Jeanne d’Arc, en passant sous un parchemin où est écrit "Laissez-les aller. Il ne plaît pas à Messire qu’on les combatte aujourd’hui"114. Peut-être faut -il voir, là, la cause des nombreux incidents surgis au terme de cortèges dont les trajets ne relèvent pas de compromis semblables à celui de Paris115. A quoi peut s’ajouter la volonté de n’être pas en reste sur la capitale116. On enregistre dans 15 villes, dont 11 universitaires et 7 situées dans l’Ouest, des refus de dispersion, des barrages ou barricades117 des sit-in prolongés devant les préfectures, et des assauts de bâtiments officiels accompagnés, à Strasbourg, de l’occupation du rectorat, "ce barrage entre l’Etat et nous"118 A l’initiative de mouvements d’extrême gauche et nonobstant les interventions faiblement opérantes de services d’ordre syndicaux moins rodés au phénomène qu’à Paris. Des arrestations sont opérées à Troyes et des blessés relevés à Clermont-Ferrand119.

    20"Le pouvoir est dans la rue", titre, le 15 mai, l’éditorial du Figaro pour ainsi résumer nombre de fantasmes alors exprimés. Mais le plus puissant mouvement de rue que la France ait connu joue a contrario. Dans une France où s’accumule depuis des mois des rancœurs, la manifestation du 13 constitue, après celle du 10, un nouveau détonateur ; à l’exemple de la montée au Mur, en mai 1936. Il en résulte une occupation des universités mais également des entreprises, privant soudain la rue de la place qu’elle a prise depuis dix jours et restituant aux manifestations un caractère d’appendice.

    14-23 mai. Grève, grèves et manifestations

    21Le mouvement s’est jusqu’alors inscrit dans la vague contestataire étudiante qui secoue la plupart des capitales d’Europe et d’ailleurs. A partir du 13, il acquiert une double originalité. La Constitution, l’effacement du Parlement, la faiblesse des corps intermédiaires et la suppression de toutes soupapes de sécurité font naturellement du chef de l’Etat sa cible désignée mais prive, du même fait, ce mouvement du caractère de "révolution de type nouveau" déployée hors du politique auquel il prétend, alors, dans nombre de pays ; pour le maintenir dans le schéma léniniste de l’articulation des crises sociales et politiques. Dès le 14, cette dimension politique est affirmée par deux des trois confédérations syndicales et par les partis de gauche ; en termes divergents. La CFDT définit la journée du 13 comme l’expression de la "volonté de transformation du système économique par la peuple", la CGT comme une "manifestation d’opposition au pouvoir personnel" et le PCF comme "l’expression de la volonté de faire aboutir les revendications pressantes et d’instaurer dans les meilleurs délais une démocratie ouvrant la voie au socialisme". Tandis que les groupes parlementaires du PCF et de la FGDS déposent, de concert, une nouvelle motion de censure.

    22La deuxième originalité tient à l’émergence de conflits sociaux d’une autre sorte. LA grève du 13 mai a pour immédiate conséquence le développement de grèves, en ordre d’abord dispersé. Le mouvement débute, le 14, à Nantes et fait tache d’huile, soutenu sans réserve par les confédérations mais sans directive de "grève générale". Au lendemain du 13, la presse communiste avait établi une comparaison avec 1936 sans abandonner toute référence à la Commune120. D’autres lui emboîtent le pas dès l’essor des grèves121. En dotant celles-ci de l’épaisseur historique dont les manifestations étudiantes peuvent déjà se prévaloir. Les organisations d’extrême gauche ripostent en construisant une image négative du Front populaire devenu l’archétype de la révolution trahie122.

    23La généralisation des grèves pose avec acuité la question de l’articulation du social et du politique. S’agit-il d’un mouvement revendicatif comme l’affirment épisodiquement les confédérations syndicales ? Dessine-t-il des perspectives autogestionnaires comme le déclare le 16 la CFDT ? Est-ce une grève insurrectionnelle exprimant la stratégie implicite de l’UNEF et du PSU résumée par la formule "Le pouvoir est dans la rue" ? Le moyen d’une stratégie politique qui prend appui sur elle mais ne saurait s’y résumer ? Une grève de masse susceptible de déboucher sur une mutation politique profonde à la condition de trouver sa traduction dans le politique, le moyen, en un mot, de hâter la stratégie d’union de la gauche autour de ce programme commun de gouvernement réclamé par le PCF depuis 1965 de plus en plus fortement ? Autant de questions dont les réponses conditionnent les attitudes relatives à d’éventuelles négociations considérées par d’aucuns comme un objectif, par d’autres comme une nécessité et par d’autres encore comme une trahison. Répondant, aussi bien, des initiatives de chacun.

    24Le PCF appelle à l’ouverture de négociations mais invite simultanément à la multiplication des comités d’action pour "un gouvernement populaire et d’union démocratique" et tente de prendre appui sur les grèves pour faire pression sur la FGDS. Celle-ci paraît avoir perdu toute initiative mais se garde, du moins, de répondre à l’invite. Le 20, la CFDT se refuse à une table ronde partis-syndicats et regarde du côté de Pierre Mendès France. La CGT rencontre la FGDS et, deux jours plus tard, la CFDT mais ne peut que prendre acte des divergences grandissantes l’opposant à l’une et l’autre. Elle mise, dès lors, résolument sur un nouveau Matignon. Cette neutralisation des stratégies les unes par les autres et les (vaines) tentatives pour dépasser les contradictions expliquent aussi bien l’absence d’initiatives communes à vocation globalisante que celle de mots d’ordre ayant pour meilleur effet de donner visibilité aux divisions. Elle rend compte de pratiques demeurées éclatées. "Chacun vivait sa grève alors que c’était LA grève", écrit Jean-François Naudet dans une étude consacrée à la RATP en mai-juin 1968123. Mais le singulier invoqué ne saurait résulter de la simple somme des mouvements catégoriels, aussi nombreux soient-ils. Et ils le furent. La grève du 13 mai a débouché sur une généralisation de grèves mais celle-ci ne signifie pas nécessairement LA grève générale. Qui suppose, le sens en étant construit, des pratiques susceptibles de l’exprimer. Or, la grande diversité corporative et régionale des grèves et les occupations auxquelles elles donnent lieu déterminent un repli sur les entreprises. Amenées à se protéger contre toute ingérence extérieure, elles s’érigent en défenseur de l’outil de travail jusqu’à se donner, parfois, des allures de forteresses. Dès lors, le rapport des grévistes à la rue n’est pas sans évoquer 1936. La grève de la RATP, pour prendre cet exemple, ne s’ouvre sur le monde que par la radio et la télévision, la participation aux manifestations, soit "la politique", dit Jean-François Naudet, restant l’apanage d’une minorités de militants préalablement politisés. En conséquence, la rue change de physionomie.

    25A Paris, les organisations d’extrême gauche implantées peu ou prou dans les entreprises en grève prennent rapidement leurs distances vis-à-vis de la rue. Quitte à proposer d’y revenir ultérieurement pour en user comme d’un des instruments de la révolution en marche124. Les comités d’action qui se considèrent comme le levain du mouvement ne partagent pas cette analyse. Craignant, non sans raison, d’en avoir perdu la maîtrise depuis l’essor de la grève, ils appellent à quitter les facultés occupées susceptibles de devenir des ghettos, suggèrent de constituer des groupes de propagande en direction des banlieues et des quartiers populaires et concluent : "Maintenant, [...] il faut aller reprendre la rue car c’est là que l’affrontement a lieu et que se fait la jonction avec les travailleurs. La Sorbonne est notre base, ce n’est pas un terrain de combat"125. Le mouvement du 22 mars appelle pareillement à "continu[er] le combat dans la rue"126. Ces conceptions ne sont pas étrangères à la décision de l’UNEF et du SNESup de manifester le 17 mai devant l’ORTF, par solidarité avec les journalistes et les techniciens et pour une radio et une télévision libres et autonomes. En s’attaquant à la figure oppressive de l’Etat après en avoir mis à nu la nature répressive. Décision est aussitôt prise par l’ORTF de diffuser un débat mettant aux prises Geismar, Sauvageot, Cohn-Bendit et des journalistes de France-Soir, du Figaro et de Paris-Presse. L’UNEF et le SNESup annulent, alors, leur directive et déclarent vouloir désormais donner la priorité "au soutien concret des luttes ouvrières"127. En remplaçant la manifestation devant l’ORTF par un cortège vers ce symbole d’une autre sorte qu’est la "forteresse" Renault. Deux à 3 000 étudiants arborant des drapeaux rouges et noirs se mettent en marche vers Billancourt mais perdent en route une partie de leurs troupes128. Parvenus devant les usines Renault, ils trouvent porte close, , comme annoncé par la CGT129.

    26L’interdiction de séjour formulée à l’encontre de Cohn-Bendit, le 21, permet aux tenants du retour à la rue de réussir là où ces tentatives viennent d’échouer. Le 22 mai, une première manifestation, forte à 4 à 5 000 participants selon la préfecture de police, s’organise à 20 heures boulevard Saint-Michel et se dirige vers l’Assemblée nationale qui vient de repousser la motion de censure déposée par les communistes et la FGDS. Aux cris de : "On s’en fiche, le pouvoir est dans la rue"130. Geismar demande aux manifestants de regagner les locaux universitaires en se tenant prêts pour de nouvelles manifestations mais les mécanismes à l’œuvre au début mai resurgissent. La dispersion s’opère péniblement, des incidents se produisent et durent ; autour du siège du comité pour la défense de la Ve république et devant le commissariat de police du Ve arrondissement. Pour s’achever à 4 heures du matin. Avec pour solde 65 arrestations (dont 23 étudiants) et 10 blessés parmi les seules forces de l’ordre. La confirmation par le conseil des ministres des sanctions à l’encontre de Cohn-Bendit entraîne, le lendemain, une nouvelle manifestation à l’appel de l’UNEF, du SNESup et du mouvement du 22 mars. Et provoque le retour des barricades ; toutefois qualifiées par leurs partisans "d’actes spectaculaires plutôt que de véritables tentatives d’occupations du terrain et de défense"131. Le ministre des P et T interdit à 23 heures aux stations de radio periphériques d’utiliser les radiotéléphones pour éviter la réédition de ce qui se produisit le 10 mai132. Le calme revient vers les 3 heures. Les organisateurs reconnaissent avoir été "débordés par des agitateurs et des provocateurs absolument incontrôlables et incontrôlés" et prennent leurs distances à l’égard de modalités d’action auparavant exaltées133.

    27En province, en revanche, 78 manifestations d’initiatives locales s’organisent dans 37 départements du 14 au 23 mai avec une ampleur parfois supérieure au 13. Ainsi à Bar-sur-Aube, au Havre ou à Vendôme. Celles liées à la crise universitaire représentent moins de 15 % de l’ensemble et sont, au trois quarts, le fait de lycéens. Parfois organisées par les CAL, elles associent le plus souvent les enseignants et les parents d’élèves au niveau de la ville entière, se dirigent vers l’inspection académique, sont, à l’occasion, ponctuées de sit-in. Dans l’ordre le plus total. Les manifestations des unions départementales et locales ou des comités de grève les surpassent en nombre. Certaines, strictement catégorielles et de proximité134, entendent hâter le cours des négociations, affirmer la solidarité des travailleurs d’une entreprise à d’autres secteurs en lutte en soulignant ainsi l’unité du mouvement135 ou rassembler des travailleurs isolés, les instituteurs par exemple136. Mais près de la moitié ont vocation globalisante. Les unes veulent affirmer la puissance du mouvement137. D’autres visent à l’étendre. Les employés de banque de Perpignan manifestent, ainsi, devant les établissements demeurés ouverts, et des grévistes, à Contrexéville, derrière une 203 surmontée d’un pantin se balançant au bout d’une corde avec, sur le dos, les noms d’ouvriers ayant travaillé la veille138, etc. Certaines se veulent strictement revendicatives, ainsi à Nogent-le-Rotrou où le service d’ordre s’oppose à la présence de drapeaux rouges ou à Contrexéville où il interdit, le 19 mai, tout slogan ou tract politique139. Une majorité mêle par contre aux mots d’ordre revendicatifs les slogans antigouvernementaux déjà exprimés le 13 mai en se réclamant parfois, mais plus rarement, de perspectives politiques : on crie "Front populaire" à Châlons-sur-Marne, "La gauche au pouvoir" au Havre et le comité central de grève de Brest constitué le 22 mai par la CGT et la CFDT défile pour "la mise en place d’un pouvoir et d’un gouvernement démocratiques"140. Les dynamiques unitaires à l’oeuvre depuis des mois, voire des années, dans les régions touchées par la crise de l’emploi et le relâchement des liens avec les directions nationales consécutif à la grève expliquent une fréquente unité quand les contradictions prévalent au plan national. Rassemblant, à 4 exceptions près, la CGT et la CFDT associées 6 fois à Force ouvrière et 1 fois au MODEF. Les étudiants viennent en grossir les rangs sans y être officiellement conviés à Rouen, Cherbourg, Toulouse où leur banderole affiche (renversement par rapport au 13 mai) : les "étudiants solidaires des travailleurs"141.

    24-30 mai. Des manifestations globalisantes

    24-28 mai : le retour des "journées"

    28Le 24 mai, le général de Gaulle annonce un référendum aussitôt rejeté par tous dans son principe. Ce même jour, divers appels nationaux à manifester resurgissent. Sans lien de cause à effet.

    29A Paris, l’UNEF et ses alliés se sont associés, la veille, à un nouvel appel du mouvement du 22 mars invitant à manifester en soirée, ce 24 mai, contre la répression mais également, les objectifs s’élargissent singulièrement, pour "apporter massivement la preuve qu’étudiants et travailleurs restent unis et décidés à poursuivre la lutte". Soutenus par le PSU et Objectif 72, ils demandent aux "travailleurs" de répondre à cet appel et renouent donc avec le principe du "front unique à la base" abandonnés dix jours plus tôt. Le ministre de l’intérieur et le préfet de police répliquent par une mise en garde. Les comités d’action préalablement réunis en divers points de Paris convergent vers la gare de Lyon puis tentent vainement d’atteindre la Bastille. Les forces de l’ordre dotées de moyens mieux adaptés qu’au début du mois142 interdisent le passage aux manifestants qui sont alors environ 25 000 et témoignent d’une fermeté d’autant plus grande qu’elle résulte d’orientations prises au plus haut niveau. Des années plus tard, Georges Pompidou témoigne avoir voulu la dispersion des manifestants "vers l’Ouest à la fois parce qu’ils s’y perdraient en petites opérations commandos sans gravité et parce qu’ils feraient peur aux bourgeois du XVIe. C’est ce qui se passa au début et il y eut un petit incendie à la Bourse. C’était le dernier sursaut. Tout le monde en avait assez"143. Les manifestants scindés en deux sous la pression des forces de l’ordre gagnent le Quartier latin où ils édifient de nouvelles barricades, allument des feux et attaquent deux commissariats de police. Selon Maurice Grimaud, "ce ne sont plus des étudiants exaltés qui voulaient mourir sur les barricades mais de petites troupes de guérilleros très mobiles, très décidées, rompues au harcèlement des forces de l’ordre, employant des cocktails Molotov. On a l’impression que tout est en place pour des émeutes insurrectionnelles si seulement l’occasion surgit [...]. Ce style nouveau est le fait de mouvements extrémistes et anarchistes et, depuis quelques jours, de "loulous" de banlieue"144. "Les barricades étaient, cette fois, nettement élaborées, observe, en écho, le journal des CAL [...] mais les règles de la guérilla n’ont pas été appliquées, pas de groupe de liaison, pas de responsable précis. En somme la tactique d’escalade des tactiques d’auto-défense des manifestants n’a fait que répondre à l’accumulation des moyens répressifs mis en oeuvre par l’Etat policier"145. A 5 heures du matin, le calme revient. Les interpellations sont au nombre de 795146 et les blessés presque aussi nombreux. L’UNEF rejette la responsabilité des incidents sur le gouvernement et propose de faire du lundi 27 une journée nationale de manifestations147. Georges Pompidou dénonce, en regard, cette "tentative évidente de déclencher un début de guerre civile" et annonce que tout rassemblement sera immédiatement dispersé.

    30Les négociations de Grenelle ouvertes entre-temps et les stratégies de relève politique concurrentielles simultanément dessinées par le Premier ministre, Pierre Mendès France et François Mitterrand, contribuent à reléguer, une nouvelle fois, la rue au second plan. L’UNEF prend fait et cause pour l’alternative Mendès France, revient sur ses directives initiales et remplace la manifestation prévue à Paris par un rassemblement au stade Charléty, un espace hors des lieux convenus, situé "entre la cité universitaire et la SNECMA"148, pour ainsi signifier l’originalité prétendue du projet. Le SNESup, la FEN, le PSU, plusieurs syndicats Force ouvrière et des composantes de la CFDT appellent à ce rassemblement dont l’annonce précipite la ratification du protocole d’accord à Grenelle149. Les redéfinitions des systèmes d’alliances alors en cours et la perspective d’obtenir l’accord des centrales syndicales incite le ministre de l’intérieur à assouplir ses positions relatives aux manifestations. Il demande aux préfets d’autoriser les rassemblements prévus ce jour par l’UNEF dans des conditions à déterminer au cas par cas. Cela vaut au meeting de Charléty d’être précédé d’un cortège fort de 20 000 à 150 000 participants, selon les estimations, depuis le carrefour des Gobelins.

    31Chacune des initiatives de l’UNEF détermine une riposte de la CGT. Depuis le début du mouvement de grève, les confédérations syndicales ont déserté les rues de la capitale. Lors de la première des manifestations de l’UNEF, le 24 mai, toutes recommandent l’abstention. En des termes différents150. La CGT ne s’en tient, toutefois, pas à cette position négative et, par crainte de laisser le champ libre, appelle à défiler ce même jour dans la France entière pour "exprimer la solidarité populaire aux travailleurs en grève, informer les populations des objectifs du pouvoir personnel et faire pression pour que les négociations attendues s’engagent dans les plus brefs délais". Sans rallier aucune autre centrale à ses vues. L’USRP CGT négocie l’organisation de deux cortèges simultanés de Balard à la porte de Choisy et de la Bastille au boulevard Haussmann (20 000 à 150 000 participants selon les estimations), l’un et l’autre autorisés quand celui de l’UNEF est, ce même jour, interdit. Une politique discriminatoire attribuable à l’inégal degré de confiance des autorités quant aux capacités de maintien de l’ordre des différents organisateurs mais également à leur évidente volonté de diviser l’adversaire pour mieux sérier et surmonter les problèmes151. Le 27, les mêmes causes produisent les mêmes effets. La CGT inquiète du système d’alliances concrétisé à Charléty et de ses implications politiques appelle à 12 rassemblements dans la région parisienne à la même heure, réunissant chacun de 500 à 1 500 participants. Le passage de 1 cortège, le 13 mai, à 2, le 24, puis à 12 rassemblements ce jour et le choix de parcours centrifuges et périphériques sont toutefois révélateurs du caractère défensif d’initiatives, avant tout, destinées à créer des contre-feux152. Les rues de la capitale matérialisent ainsi, trois jours durant, l’éclatement et les divisions d’un mouvement dont le 13 mai avait au contraire structuré l’unité tendancielle. En rupture avec les mouvements qui depuis une semaine se dessinent en province. D’où sans doute l’ampleur de l’indiscipline constatée là vis-à-vis des mots d’ordre nationaux.

    32Le 17 mai, la FNSEA a répliqué à la baisse des prix communautaires de la viande et du lait en décidant de manifestations la semaine suivante, dirigée, précise-telle, "contre Bruxelles, non contre le gouvernement". Soucieuse de marquer sa différence vis-à-vis les mouvements en cours, elle demande à ses responsables départementaux d’éviter les grands rassemblements de foule qui "dégénèrent bien souvent en violence"153 en leur préférant des réunions strictement corporatives autant que possible dans les bourgs ruraux. Position que ne partagent ni le MODEF ni le CNJA et que contestent celles de ses fédérations déjà engagées aux côtés des étudiants et travailleurs. Cinquante-deux manifestations (deux fois plus qu’en 1967) répondent à cet appel du 22 au 26 mai en touchant 30 départements. Certaines se conforment aux directives nationales154 mais l’indiscipline est fréquente, particulièrement dans l’Ouest où l’unité prévaut depuis le 8 mai et, souvent, depuis plus longtemps. Des barrages se dressent dans l’Allier, les Côtes-du-Nord, la Gironde, le Vaucluse, l’Hérault, les Landes, les Hautes-Pyrénées, etc.155 ; à Guingamp, on pend des porcelets aux grilles de la sous-préfecture on attaque à coups de pierres les préfectures du Quimper, Rennes, Agen156 et l’on se bat dans les rues du Puy où l’on relève un blessé grave157. Mais là ne réside pas le principal désaveu de la fédération. Les syndicats agricoles ont parfois défilé seuls en se démarquant ostensiblement, à l’occasion, des ouvriers simultanément rassemblés158. Ils ont plus souvent tenu à affirmer leur solidarité aux travailleurs et aux étudiants159. Divers rassemblements adoptent des motions de soutien160. A Callac, le MODEF invite à la tribune un lycéen et un membre du SNI (au nom de tous les syndicats)161 et il est fréquent de relever la présence des agriculteurs dans les cortèges dont l’UNEF et la CGT constituent les pôles en s’insérant, alors, dans les stratégies contradictoires qu’ils expriment quelques jours durant.

    33Les manifestations de l’UNEF constituent un deuxième ensemble. Cantonnées, ces jours durant, dans 10 villes universitaires162, elles réunissent majoritairement des étudiants, mais s’adjoignent à l’occasion d’autres organisations : 4 fois la FEN ou le SNESup, 2 fois la CFDT et le CDJA et, pour l’une d’elle, Force ouvrière. En exprimant le refus de solutions parlementaires et de négociations dispersées. A Nantes, par exemple, où la banderole de tête proclame : "Non au capitalisme, oui à la révolution complète de la société"163. Déployées à la nuit tombante, elles renouent à diverses reprises avec des schémas déjà rodés, sous l’espèce d’une "prise" de l’hôtel de ville à Toulouse164 et de barricades à Strasbourg, Lyon, Clermont-Ferrand, Bordeaux et Nantes165. Mais un degré supplémentaire est parfois franchi : la rencontre des cortèges paysans, étudiants et des jeunes ouvriers sur la place Royale rebaptisée, pour l’occasion, place du Peuple précipite à Nantes une explosion de violence supérieure à celle de 1955, un commissaire de police décède à Lyon et l’on relève 80 blessés à Nantes, une cinquantaine à Strasbourg et 109 à Bordeaux. Le mouvement étudiant désavoue parfois ces orientations pour s’agréger aux manifestations syndicales ; particulièrement après les démonstrations violentes du 24 mai qui font repoussoir.

    34Un troisième et dernier ensemble est constitué par les 208 manifestations cégétistes ou intersyndicales recensées du 24 au 28 mai dans 52 départements, soit plus que la semaine précédente, moins que le 13 mai où le mouvement fut vraiment général mais, du moins, avec une amplitude parfois supérieure à celle de leurs devancières166 Un résultat d’autant plus significatif que les difficultés de circulation grandissantes excluent tout déplacement d’importance d’une ville à l’autre, en contraignant chacune à compter sur ses propres forces.

    35La CGT est celle des organisation dont les directives nationales pénètrent le plus profondément la province. Elle cristallise, aux côtés de forces accordées à sa démarche, d’autres organisations simplement hostiles aux mots d’ordre de leurs propres centrales, d’autres encore, laissées sans directives et d’autres, enfin, dépourvues des moyens de leur stratégie. Le 24 mai, elle manifeste, en conséquence, isolément dans 30 villes167, mais réalise dans 60 autres un front intersyndical étendu parfois aux organisations paysannes et étudiantes. Ces manifestations unitaires s’imposent plus nettement les quatre jours suivants168, sous le vraisemblable effet du discours de de Gaulle et de l’échec des pourparlers de Grenelle. Des évolutions peuvent même être sensibles d’un jour à l’autre en une même ville. A Toulouse, le CDJA, la CFDT et l’UNEF manifestent, ainsi, le 24, aux cris de "Le pouvoir aux ouvriers", "Parlement bidon", "Cohn-Bendit en France", la CGT, le lendemain, en scandant "Pompidou démission" et "Pouvoir populaire" puis les 5 000 manifestants réunis, le 27, à l’appel de tous les syndicats et partis de gauche font entendre "De Gaulle démission", la FEN assurant, alors, la présidence du meeting commun169. Cette dernière prend part à 86 des 96 manifestations aux organisateurs connus de nous, la CFDT à 73, Force ouvrière à 47, l’UNEF à 23, la FDSEA, le CDJA et le MODEF, respectivement à 9, 8 et 4, les CAL à 2, et la CFTC et la CGC à 1 chacune. Les partis de gauche, systématiquement écartés le 13 mai, deviennent, par 12 fois, organisateurs à part entière. Certains cortèges affichent même ostensiblement l’unité réalisée. A Brest, la présidence du meeting est confiée à l’AGEB "pour [la] symboliser" et un manifestant brandit une pancarte où un druide proclame "Notre potion magique, c’est l’unité"170. A Chartres, CGT et CFDT pallient l’absence d’union politique en confiant au CDAL l’organisation de la journée et le meeting, en présence des partis de gauche, invite "toutes les forces politiques et syndicales à créer les conditions permettant d’opposer à la politique du gouvernement gaulliste un programme commun de gouvernement"171. Mais telle n’est pas nécessairement la règle. Les manifestations dont la CGT constitue le pivot sont, dès lors, plus hétérogènes que celles de l’UNEF et fréquemment traversées de contradictions. Les étudiants intégrés à leurs rangs agissent à partir d’objectifs souvent distincts. Le 24 mai, à Caen, certains font le tour des usines avant de rejoindre le cortège intersyndical172. A Marseille, ils n’y sont admis qu’à la condition de replier les banderoles de soutien à Cohn-Bendit ; même phénomène à Clermont-Ferrand où ils décident alors de défiler seuls173. Ils refusent, enfin, de se disperser à Rennes, Angers, Cherbourg et Orléans où la FER s’en prend aux dirigeants de la CGT174. Contradictions encore d’un cortège à l’autre : plus de la moitié des motions adoptées à leur terme accolent à leurs revendications des mots d’ordre antigouvernementaux mais les perspectives politiques sont rares et divergentes : "Remise en cause des structures du capitalisme" dans le Finistère, appel à la "gauche au pouvoir" en Gironde, "programme commun", ailleurs et ailleurs encore, "réformes de structures", inspirées par la CFDT. Des manifestations portent de surcroît la marque d’une conjoncture extrêmement évolutive : celles du 25 au 28 affirment, ainsi, fréquemment leur rejet du référendum et leur volonté de poursuivre la lutte jusqu’à la satisfaction des revendications.

    IMPLANTATION DES MANIFESTATIONS

    Image 1000000000000475000002F662124AB3E928ED6F.jpg

    29 mai : La CGT contre-attaque

    36La CGT réduite, à Paris, à contrecarrer l’UNEF et ses alliés sur le terrain de la rue dispose du moins, en province, d’un rapport de force plus favorable, propre à lui donner à penser qu’il lui est loisible d’amorcer une dynamique d’une autre sorte. D’où sa tentative, le 29, de confirmer l’essai jusque dans la capitale. Avec d’autant moins d’hésitations que Charléty signifie l’abandon de la rue par ceux qui l’avaient érigée en instrument d’un pouvoir en marche. Lui laissant sur ce terrain les coudées franches pour la première fois depuis le début du mouvemen. Renvoyant dos-à-dos Mendès France et Mitterrand, elle appelle "tous les travailleurs et la population laborieuse" à "manifester massivement [le 29 mai] dans tout le pays pour répondre à la situation créée par le refus persistant du gouvernement et du patronat de prendre en considération les revendications et contribuer à un changement politique de progrès social et de démocratie sans relâcher l’occupation des usines" ; soulignant, s’il en était besoin, que la rue n’est pas pour elle le substitut à la grève mais le moyen de son amplification, voire de son infléchissement. Elle confère ainsi à la grève une orientation directement politique et confie à la manifestation de rue le soin de l’exprimer en cherchant, par ce biais, à donner corps à une "grève politique de masse". La CFDT, l’UNEF, la FEN et Force ouvrière refusent, naturellement, de s’y associer et seul le SNEsup apporte son soutien. Les tendances unitaires dessinées en province les jours précédents se révèlent donc sans effets sur les positions nationales de plus en plus divergentes. On est passé, à cette échelle, d’un système d’alliances réunissant tous les syndicats, sinon contre, du moins en marge des partis, à un axe CGT-PCF disparu depuis la fin de la guerre d’Algérie.

    37En province, 115 manifestations dont 11 plus importantes que le 13 mai, se déroulent les 29 et 30, dans 56 départements. Dans un respect des consignes nationales supérieur à la semaine précédente mais non total. Si la CGT manifeste isolément dans 48 villes de 20 départements175, plus de la moitié des démonstrations demeurent intersyndicales. La FEN s’associe à 41 des 53 dont les organisateurs nous sont connus, la CFDT à 40, l’UNEF à 34, Force ouvrière à 22, la FDSEA à 2 et les CAL à 1. La proportion des manifestations auxquelles les partis de gauche participent n’augmente guère mais la présence de mots d’ordre politiques offensifs devient la règle presque absolue. On enregistre simultanément un retour de la forme "pétition" par rapport au 13, assorti parfois d’un argumentaire susceptible d’inquiéter176. La plupart des exigences politiques énoncées sont inspirées par le PCF et la CGT mais on relève, çà et là, des dissonances. Ainsi à Lorient, lors d’un meeting unitaire, la CGT se réclame-t-elle du programme commun, la CFDT de "Mendès France, l’homme capable d’opérer les réformes et de réunir une équipe répondant aux aspirations de la majorité" et Force ouvrière de "lendemains qui chantent"177.

    38Situation, une nouvelle fois, différente à Paris où 100 000 manifestants selon la préfecture, 8 fois plus selon les organisateurs, défilent, l’après-midi durant, de la Bastille à la gare Saint-Lazare au seul appel de la CGT aux cris de "Gouvernement populaire" ; sans présence visible des forces de l’ordre. Que cette manifestation, convoquée le 28, se déroule le 29 et s’achève aux environs de 20 heures quand circulent les rumeurs les plus folles relatives à la "disparition" du général de Gaulle est assurément propre à nourrir les fantasmes. Ce cortège "prendra rang parmi les grandes dates de l’histoire ouvrière qui est aussi l’histoire tout court", écrit le lendemain l’Humanite. "Ceux qui sont le nerf et le nombre étaient hier dans la rue pour signifier au pouvoir gaulliste qu’il faut qu’il s’en aille ; pour indiquer en même temps et très nettement par quoi ils entendent le remplacer". Et d’ajouter : les responsables syndicaux étaient en droit d’être fiers "de cette approbation sans bulletin ni isoloir, de ce grand référendum public par lequel la classe ouvrière saluait et leur sagesse, leur courage et leur sens des responsabilités. De tels moments, de telles heures se gravent dans les mémoires en souvenirs heureux pour toujours"178. D’où il ressort une définition complexe de la manifestation : lieu du DIRE plus que du FAIRE, événement par et dans lequel se construit une mémoire mais forme de démocratie directe, aussi bien179. Cette définition et le mot d’ordre de "gouvernement populaire" ne sauraient, pourtant, suffire à étayer l’hypothèse du passage des communistes et de la CGT à une stratégie insurrectionnelle appuyée sur un mouvement de rue180. Nul ne marche, ce jour, sur l’Elysée. Les communistes et la CGT, confrontés à des stratégies ruinant la leur, entendent marquer leurs positions et affirmer leur influence sur des forces avec lesquelles tout un chacun devra compter. Ils dressent par là même un barrage face à ces stratégies qu’ils neutralisent autant qu’elles les ont neutralisés. Conscients que l’absence de perspectives politiques contraint à négocier, ils contribuent à créer un rapport de force destiné à peser sur les négociations syndicales engagées depuis peu branche par branche.

    39La mobilisation reste forte mais l’impasse politique, résultante de ces neutralisations réciproques, laisse au gouvernement les coudées franches. De Gaulle sait alors en user.

    Le pouvoir est dans la rue.

    40Depuis le début du siècle, les manifestations de droite sont moins nombreuses mais souvent plus amples que celles du mouvement ouvrier et parfois plus lourdes de conséquences. Elles s’en distinguent à plus d’un titre. Elles sont successivement le fait des catholiques, de l’extrême droite et du RPF et constituent donc des phénomènes politiquement et culturellement discontinus. Du moins ces divers acteurs ont-ils en commun de tenir cette forme d’action pour un phénomène contraint, tirant sa légitimité de l’usurpation dont l’adversaire désigné a su se révéler capable. Tous y renoncent en conséquence dès qu’il leur est de nouveau loisible de s’exprimer dans les formes convenues de la souveraineté. Que cette modalité d’action soit tenue pour illégitime et contrainte par ses acteurs interdit la constitution d’une geste. Les droites n’ont ni Gavroche, ni Delacroix, ni image emblématique de la manifestation181 et la mythologie de la rue demeure ouvrière et de gauche. Le 6 février 1934 qui aurait pu faire fonction devient pour les "révolutionnaires de droite" le symbole même de la révolution trahie et pour les autres composantes de la droite l’objet d’un refoulement.

    41Ce rapport à la rue et la marginalisation d’une extrême droite compromise avec l’OAS, défaite et dont les principaux dirigeants demeurent emprisonnés quand se déroulent les événements de mai-juin ont une large part dans la faiblesse initiale de la riposte des adversaires du mouvement de mai sur le terrain de la rue. Il faut attendre le 13 mai pour les y retrouver ; sous l’aspect d’un défilé expiatoire à l’Arc de Triomphe à l’appel du ministre des Anciens Combattants. Un millier de membres ou sympathisants du mouvement Occident, joints aux anciens combattants venus réparer l’outrage du 7 mai, descendent ensuite les Champs-Elysées aux cris de "La France aux Français", "Libérez Salan", "Fusillez Cohn-Bendit". L’ambassade de Chine constitue leur point terminal et rendez-vous est pris pour le lendemain. On les retrouve, fidèles au poste et aussi peu nombreux les jours suivants182 : 1 000 de Wagram à Courcelles le 14, le double les 16 et 17 aux alentours de l’Opéra puis de la Madeleine et quelques centaines les 20 et 21 dans le périmètre des Grands Boulevards.

    42Un "centre d’action contre-révolutionnaire" réunissant diverses composantes de la droite classique à l’initiative de Jacques Baumel183 envisage, quelques jours plus tard, une manifestation de plus grande envergure. Le 19 mai, il en informe le Premier ministre qui l’en dissuade vivement. Le Comité national de défense de la Ve République, constitué le 22 mai, les CDR et leurs alliés s’en tiennent dès lors, plusieurs jours durant, au seul terrain de la propagande. En prenant tout spécialement pour cible les manifestations, ou du moins certaines. Le 23, des associations d’anciens combattants assurent une conférence de presse à l’hôtel Lutétia où Jean Ebstein, vice-président de l’association des résistants du 11 novembre 1940 fait connaître sa condamnation du mouvement184. Un tract du CDR à l’adresse des étudiants reprend son argumentaire. Citant Cohn-Bendit qui aurait dit, à Amsterdam, le 22 mai : "Nous nous sommes dirigés vers l’Arc de Triomphe parce que c’est un monument con, le drapeau français est fait pour être déchiré", il réplique : "Ce que les troupes nazies n’ont pas réussi, M. Cohn-Bendit se promet de le faire. Non au fascisme rouge de Cohn-Bendit, non au nazisme noir".

    43La riposte sur le terrain de la rue n’est guère plus ample en province où l’on ne relève, ces jours durant, que quelques contre-manifestations de la FNEF185, une démonstration de nostalgiques de l’Algérie française le 13 mai186, des manifestations expiatoires devant les "monuments aux morts souillés à Metz et à Strasbourg" et une dernière pour la défense des institutions républicaines et par sympathie pour le général de Gaulle à Wissembourg187. A quoi s’ajoutent de premiers frémissements le 29 mai188.

    44Le 27, Matignon donne le feu vert au projet de manifestation caressé depuis le 19 et formulé derechef par Pierre-Charles Krieg ; en accord avec le chef de l’Etat189. C’est encore Matignon qui décide de son heure et de sa date : soit le 30 mai à 18 heures 30. Adrien Dansette et Pierre Vianson-Ponté voient en elle le troisième élément d’un triptyque dont la "disparition" du général et l’allocution radiodiffusée du 30 mai à 18 heures constituent les deux premiers volets et dont de Gaulle est seul à maîtriser tous les termes190. Que le général n’ait pas été ce Deus ex machina qu’évoquent ces récits rétrospectifs et qu’il ait été saisi par le doute191 n’altère en rien l’effet produit. Sa disparition, l’ignorance de la voie choisie, par ses plus proches y compris, puis sa réapparition fonctionnent comme autant de coups de théâtre, propres à constituer des électrochocs. Les organisateurs du rassemblement et les renseignements généraux ignorant tout de l’allocution prévue s’inquiètent et témoignent d’un profond pessimisme quant aux forces qu’il est susceptible de réunir. Quand la voix du général lui donne soudain son souffle et son ampleur et, qui plus est, prédetermine son sens.

    45La manifestation d’ampleur apparemment supérieure au 13 mai192 se déroule de l’Etoile à la Concorde. Au premier rang, bras dessus, bras dessous, les ministres et les dignitaires du régime, Debré, Malraux, Joxe, Missoffe, Michelet, Peyrefitte suivis des parlementaires ceints de leur écharpe. Derrière eux, "la mer"193, c’est-à-dire la foule, arborant des drapeaux tricolores en nombre imposant, parfois frappés de la croix de Lorraine ou des lettres CDR et de nombreuses banderoles et pancartes au graphisme improvisé, témoignant d’une créativité militante. La sociologie d’une manifestation imposante est difficilement maîtrisable. C’est particulièrement vrai ce jour où l’appartenance sociale des manifestants constitue un enjeu. Les thuriféraires du général s’attachent à la donner pour une image de la France. Ils soulignent sa diversité et, tout particulièrement, la présence ouvrière194 et celle de la jeunesse. Ceux qui le décrient mettent au contraire l’accent sur l’inhabituelle présence du public des beaux quartiers195. Sans qu’il soit possible de les départager au vu d’images qui peuvent prouver une chose et son contraire196 La province répond partiellement à l’appel par délégations interposées venues de l’Eure, du Nord, du Pas-de-Calais et de Dijon197, le manque d’essence et la grève des transports en commun lui interdisant d’être plus largement représentée. Quatre-vingt-trois manifestations s’organisent simultanément ou presque en province, les 30, 31 mai et 1er juin, plus rarement au-delà198 Elles sont d’ampleur comparable aux manifestations les plus importantes organisées depuis le début du mouvement199 mais ne concernent que 53 départements. Dix-neuf (dont 12 en des villes universitaires) sont perturbées par des contre-manifestations de faible ampleur regroupant principalement des jeunes, étudiants ou non. Rien de tel à Paris où le rapport des forces rendrait la tentative suicidaire.

    46La manifestation parisienne, référence des épigones provinciaux, emprunte à divers registres. Le choix de la voie sacrée de la Concorde à l’Arc de Triomphe, l’initiale décision de s’en tenir à un cortège silencieux et le rôle de certaines organisations d’anciens combattants dans la gestation de la riposte l’inscrit dans la tradition la plus unanimiste de la droite nationale. Elle emprunte plus spécifiquement à la tradition gaulliste. Le 4 septembre 1958, place de la République, avant que n’apparaisse le général, André Malraux jouait du rapport entretenu par les Français en des temps difficiles avec une voix qui leur parvenait depuis Londres200. De Gaulle réitère. Il "préfère depuis le 18 juin 1940 et l’apostrophe du putsch d’Alger le drame à une voix et les sortilèges éprouvés du micro aveugle"201. Aussi fait-il résonner les mêmes échos quand il choisit de s’adresser aux Français par la voie des ondes une demi-heure avant le début de la manifestation pour annoncer son maintien à la tête de l’Etat et la dissolution de l’Assemblée nationale. La présence de déportés revêtus de leur tenue rayée, d’anciens combattants arborant leurs décorations et d’anciens FFI ayant ressorti leurs brassards réactive pareillement les souvenirs de la nuit sombre202. L’espace choisi évoque, lui, les heures glorieuses de la Libération. Ce cortège se distingue pourtant radicalement des manifestations de souveraineté dont la descente des Champs-Elysées, le 26 août 1944, constitue l’archétype. Il ne s’agit pas d’un défilé du chef de l’Etat devant une foule spectatrice et dépourvue d’emblèmes mais d’une foule défilant pour affirmer son soutien au régime et au chef de l’Etat, présent par la voix comme par les portraits officiels brandis par certains. Par quoi il renoue avec les manifestations patriotiques organisées sous l’Occupation de préférence aux manifestations de souveraineté de la Libération. A moins de souligner, au contraire, ce qui la rend étrangère à la tradition gaulliste. La manifestation emprunte, en effet, certains traits à l’adversaire, dans son être autant que dans ses formes. Le cortège souhaité silencieux par ses organisateurs devient un bruyant défilé et ses slogans subvertissent ceux des précédents jours203, le V de la victoire répond au poing levé, La Marseillaise à L’Internationale mais de nombreux chants s’improvisent, en sus, sur les airs identiques à ceux des manifestants de gauche, un service d’ordre est constitué et certains manifestants (ou les photographes de presse ?) s’attachent à construire des images symétriques de celles ayant illustré les démonstrations adverses204. La manifestation emprunte encore et enfin à l’extrême droite, présente en ses rangs qu’elle émaille de slogans contrevenant au résistentialisme affiché par d’autres. Tels, "La France aux Français" ou "Cohn-Bendit à Dachau"205. Prix de son ralliement, le 15 juin, la grâce du général Salan et de dix autres détenus.

    47Les manifestations étudiantes ont pris grand soin de s’inscrire dans l’histoire en refoulant, cependant, la mémoire des barricades d’Alger avec lesquelles on a pourtant pu les comparer206 et, plus curieusement, de celles d’août 1944. La manifestation du 30 mai se réapproprie précisément cette mémoire refoulée207 ; dans son éventuelle contradiction. Sa nature et son existence même donnent à de Gaulle le sentiment d’une victoire à la Pyrrhus : "Le général avait fort bien compris que cet extraordinaire succès [...] était la fin d’une certaine idée qu’il avait eu, lui, de la Nation française, témoigne Alexandre Sanguinetti. Au soir de cette manifestation qui nous avait paru grandiose, il y avait un homme heureux, Georges Pompidou et un homme malheureux, Charles de Gaulle"208. De Gaulle a dû se résoudre à une levée en masse à laquelle il s’était refusé face à l’OAS. Elle contrevient à la conception qui fut sienne de la manifestation de souveraineté et marque l’incontestable passage du "gaullisme personnel" au "gaullisme partisan"209.

    48L’extrême gauche se saisit de la contradiction. "La bourgeoisie a décidé de répondre là où le danger principal la menaçait, là où nous avions au début porté le combat, dans le pays réel, celui des rues et des usines, non plus sur la scène parlementaire", proclame la JCR qui souligne la présence de Tixier-Vigancour et d’Occident dans la manifestation et tient les drapeaux rouges brûlés et les slogans antisémites pour des symptômes de son caractère "fascisant"210. Des comités d’action la disent "impudique" et, sous le titre "Non, de Gaulle n’est pas la France", dénoncent cette "extraordinaire singerie". La "démission d’une classe politique recourant, pour sauver son ordre au mal contre lequel cet ordre est fait pour dresser des interdits, à la rue, ce dont ils ont horreur. Ils allaient dans la rue chercher le pouvoir. Il y était donc bien"211. Feignant d’ignorer la dissolution de l’Assemblée nationale, les prochaines élections qui en découlent et la légitimité républicaine que cette décision, préalable et non consécutive à la manifestation, confère à celle-ci.

    49Pour l’heure, les choix arrêtés par de Gaulle divisent ceux qui acceptent l’issue républicaine qu’il leur dessine et ceux qui au contraire assimilent élection à trahison. A Paris, l’UNEF appelle à manifester le 1er juin contre les "manoeuvres électorales" mais ne rallie plus que le SNESup et des minoritaires de Force ouvrière. Vingt mille à 40 000 manifestants gagnent la gare d’Austerlitz en évitant le Quartier latin puis sont invités par Jacques Sauvageot à se rendre individuellement aux usines Citroën et Renault pour débattre avec les travailleurs. En province, le front syndical résiste mieux. Si les partisans du général conservent le mot de la fin dans 35 départements, ils doivent le concéder dans 32 autres à leurs adversaires qui répliquent une dernière fois. Ces manifestations-ripostes affectant 46 villes de 22 départements se distinguent des contre-manifestations étudiantes. Dûment convoquées en d’autres temps et/ou d’autres lieux que celles qu’elles combattent212, elles surpassent, parfois, toutes leurs devancières, à Reims, Rouen ou Limoges par exemple, mais présentent des disparités d’autant plus fortes qu’elles ne résultent plus d’aucune directive nationale. 42 sont intersyndicales à des degrés divers213, 2 le fait de la seule CGT et 2 autres des étudiants. La menace conduit, en outre, à resserrer les rangs. A Clermont-Ferrand, les responsables de la FGDS et du PCF nouent leurs drapeaux avant de les brandir. A Nevers, un élève de l’école normale chargé de prononcer l’unique allocution demande aux participants "d’oublier un court instant ces banderoles, ces bannières, signes de la vitalité d’un pays démocratique, pour ne plus voir en nous tous que des hommes unis pour un idéal commun, celui de la justice et de la Liberté". Les banderoles sont alors abaissées à son appel puis relevées tandis qu’il conclut aux cris de "Vive l’union syndicale, vive l’union de la gauche"214. Sans revenir sur le rôle unitaire toujours dévolu à la FEN dans de nombreux cortèges. Certaines relèvent des conceptions encore dominantes le 29 mai, et se réclament des solutions politiques alors envisagées215 mais ces mots d’ordre offensifs se mêlent ailleurs à d’autres, plus défensifs. Ainsi, "Nous défendrons la République" au Mans, "Nous aussi on est français" à Caen, "Le fascisme ne passera pas" à Marseille, etc. Le passage à la défensive est également perceptible dans la symbolique déployée. Depuis le 13 mai, la CGT avait "gauchi" celle de ses défilés216. Dès le 30, les cortèges intersyndicaux de province renouent avec le drapeau tricolore et La Marseillaise. Ce qui nécessitait encore, ce jour, justification217 devient, le lendemain, la norme assumée. A Besançon, le cortège est ouvert par trois manifestants vêtus de chemises respectivement bleue, blanche et rouge218, celui de Reims s’achève devant le mémorial de la résistance, ceux de Saint-Dié ou Clermont-Ferrand devant les monuments aux morts et d’autres encore se déroulent en silence219. L’UNEF procède à une pareille récupération défensive en fixant le point de départ de sa manifestation parisienne devant la gare Montparnasse ... place du 18-juin220. Mais ces réappropriations tardives des symboliques nationale et antifasciste ne sauraient produire des effets similaires à ce qu’ils furent en 1935. D’abord, parce que l’initiative a changé de mains et qu’il ne s’agit plus de conquérir le drapeau tricolore mais de l’arracher à ceux qui viennent de le brandir hautement. Ensuite et surtout, parce qu’elles s’inscrivent à contre-histoire. Nous y reviendrons pour conclure.

    Fin de partie

    50L’acceptation du terrain électoral et l’accélération des négociations, leur corollaire, induisent un déclin rapide des grèves et manifestations et leur changement de nature. Début juin, l’agitation agricole reprend mais selon des rythmes et des méthodes empruntés à ses propres traditions et sur des problèmes spécifiques au milieu concerné221. Au nombre de 55 du 14 mai au protocole de Grenelle, les manifestations catégorielles représentaient 23 % des manifestations syndicales. Tombées à 17 % du 27 au 30 mai quand semblaient se dessiner des issues politiques, elles atteignent 60 % du total du 31 mai au 12 juin, en touchant certaines localités jusqu’alors épargnées, ainsi dans les Ardennes, ou la Somme. Huit sont destinées à célébrer la victoire en affirmant parallèlement, comme 13 autres dont c’est l’unique fonction, leur solidarité avec les secteurs où les négociations piétinent. Cette décélération s’accompagne, cependant, d’une dernière flambée meurtrière dans la métallurgie, où la résistance patronale est plus forte qu’ailleurs. A partir du 6 juin, l’évacuation des usines de Flins par les CRS provoque des manifestations en ordre dispersé qui se soldent, le 10, par la mort d’un lycéen, membre de l’UJCML. Même phénomène à Sochaux, le 11, où deux ouvriers sont tués et des dizaines d’autres gravement blessés. Ces événements qui coïncident avec l’ouverture de la campagne électorale signifient tout à la fois l’exaspération des démonstrations et leur terme. De (rares) cortèges se réclamant, ces jours durant, de la liberté du travail, pareillement222. Les confédérations ouvrières réagissent par des débrayages limités sans manifestation sur la voie publique223 et seule l’UNEF appelle à descendre dans la rue, le 11, une nouvelle et dernière fois.

    51La marche silencieuse organisée dans Paris par les camarades du lycéen Gilles Tautin se déroule sans incidents224. La manifestation de l’UNEF convoquée gare de l’Est en fin de journée et interdite se prolonge en revanche et s’achève dans la violence, comme à l’ordinaire : 73 barricades dressées, 5 commissariats attaqués, des incendies, d’importants dégâts matériels, 1 500 arrestations, 19 manifestants à la disposition de la police judiciaire, 75 blessés graves parmi les policiers et 194 parmi les manifestants. Le lendemain, le ministre de l’intérieur annonce l’interdiction de toutes les manifestations sur l’ensemble du territoire pendant la durée de la campagne électorale. Réuni ce même jour, le conseil des ministres confirme la mesure, exception faite de la manifestation du 18 juin, en raison de son caractère "patriotique et coutumier". Il prononce par ailleurs la dissolution du mouvement du 22 mars et de 7 organisations d’extrême gauche. Le SNESup proteste mais n’appelle plus qu’à des "meetings de protestation". "Le gouvernement cherche les manifestations qui peuvent dresser la population contre les étudiants. Nous ne tomberons pas dans ce piège grossier", renchérit l’UNEF, le 17 juin. Le mouvement du 22 mars persiste mais infléchit du moins le ton : "Les organisations révolutionnaires sont dissoutes ; camarades, la Commune n’est pas morte. Le pouvoir est dans la rue et non dans les urnes. Nous appelons les étudiants et ouvriers à manifester par petits groupes de 15 à 20 [...] tous les jours au quartier latin. Ces groupes devront refuser l’affrontement direct. C’est nous qui déciderons du lieu et du moment du combat, non les flics"225. Et Combat, en manière d’épilogue : "Ce n’est pas au hasard des combats de rue qu’on pensera la société nouvelle. Les barricades étaient nécessaires pour exprimer une ferveur et une volonté de libération. Elles sont néfastes dans la mesure où le mouvement a trouvé sa dynamique et posé ses premiers jalons"226. La province ne désarme pas au même rythme. La protestation s’exprime dans 11 manifestations associant par 3 fois la CFDT dans des villes universitaires ou limitrophes d’universités. Marquées de violents incidents à Saint-Nazaire, Strasbourg et Lyon227 et parfois postérieures de quelques heures à l’interdiction. Les grévistes cégétistes déposent une gerbe à la mémoire des récentes victimes de la répression devant le monument aux morts de Soissons228 et Belfort connaît seul, proximité géographique oblige, un dernier cortège intersyndical229. Puis les manifestations, fussent-elles corporatives, deviennent exceptionnelles. Les clameurs se sont tues. La parole est aux urnes. Avec les résultats que l’on sait. De même que la manifestation du 6 février 1934 avait eu pour effet pervers de précipiter l’alliance antifasciste, la droite tire, en juin, les marrons du feu. "Le parti de la trouille" l’emporte.

    LA DERNIÈRE MANIFESTATION DANS CHAQUE DÉPARTEMENT JUIN 1968

    Image 1000000000000308000002CBD8AC6C3FF85B40C4.jpg

    Conclusion

    52La comparaison des grèves de mai-juin 1968 et de 1936 a été filée à chaud par les acteurs du mouvement social puis approfondie par les historiens et les politologues. On compare plus rarement les manifestations de 1968 à celles de 1934. Quand ce type d’action confère pourtant à chacune de ces deux crises majeures sa spécificité. Nous ne saurions préjuger des résultats d’un inventaire plus systématique que le nôtre. Du moins n’avons-nous rencontré la comparaison qu’une seule fois ; quand les évocations de 1936, de la Commune, voire de 1848 ou de 1830, étaient monnaie courante. Sous la plume du syndicat Force ouvrière des employés et cadres de la Sécurité sociale approuvant en ces termes la manifestation convoquée par l’UNEF le 1er juin : "Les syndicats et étudiants se doivent d’organiser immédiatement la riposte destinée à mettre un terme à des mesures dictatoriales par l’organisation de manifestations comparables à celles du 12 février 1934 qui ont fait reculer le fascisme"230. Le refoulement de 1934, lot commun de tous les acteurs, cet exemple excepté, nous paraît signifiant de la nature politique du mouvement de mai-juin. Les étudiants de Nanterre et de la Sorbonne n’ont pas délibérément choisi la rue. Les mesures répressives les conduisent sur un terrain dont ils n’ont pas préalablement théorisé l’usage. Ils savent en tirer spectaculairement parti et déploient des formes d’action qui pour n’être pas inédites sont du moins d’une ampleur et d’une extension sans précédent. Permettant à chacun de humer soudain "le formidable parfum de l’histoire qui pinçait les narines de Michelet"231. Ces premiers jours durant, l’extrême gauche joue, à ce titre, un rôle comparable à celui des ligues en janvier 1934. Le 12 juin 1968, elle paie, du reste, le prix que celles-là mêmes eurent à payer en tombant sous le coup des décrets appelés, en 1935, à les mettre bas.

    53L’effet de miroir n’est pourtant pas total. Les manifestants du début mai ne rencontrent face à eux que l’Etat gendarme. La répression qui leur est opposée peut paraître dérisoire comparée à celle qui s’abattit sur la Commune de Paris, leur modèle et drapeau ; comparée même à celle menée à l’encontre de certaines grèves ouvrières. Du moins franchit-elle le seuil du tolérable aux yeux du plus grand nombre dans la France de 1968. Suscitant une indignation d’autant plus forte et plus large qu’elle frappe un milieu qui doit à son âge et à son statut de jouir d’un fort capital de sympathie dans l’opinion depuis des années232. La jeune classe, non les "classes dangereuses". Permettant aux barricades des premiers jours de mai de s’auréoler d’un héritage romantique aux connotations différentes de celui de 1871233. La répression a pour effet de mobiliser dans la rue, au côté des victimes, les organisations syndicales dans une unité presque parfaite ; accompagnées du soutien des partis de gauche et de celui de nombreuses personnalités. Elle est indirectement cause du plus puissant mouvement de grèves déployé en France.

    54Le 13 mai ne saurait, pour autant, se donner pour un nouveau 12 février (et du reste n’y prétend pas) ; en dépit du slogan "CRS-SS" propre à réactiver des réflexes antifascistes. Il s’agit de protester contre les agissements de l’Etat gendarme, non contre un adversaire du régime et l’alliance strictement syndicale nouée ce jour autorise la comparaison avec 1936 ; non avec le 12 février 1934, à teneur politique s’il en est. Les forces défilant, ce jour, au coude à coude sont, à tout prendre et si l’on s’en tient aux faits, moins divisées qu’alors. La CGT et la CFDT demeurent liées par l’accord de janvier 1966 ; le PCF et la FGDS ont signé un accord le 20 décembre de cette même année et l’appel à manifester est ratifié nationalement par la quasi-totalité des organisations syndicales, fait rarissime. Le mouvement voit, en outre, se développer les mêmes phénomènes qui créèrent ou amplifièrent, en 1934, la dynamique unitaire. Le mouvement étudiant constitue dès la première heure des comités d’action et le PCF, peu après, des "comités d’action pour un gouvernement démocratique", sur le modèle des comités antifascistes de février 1934. L’UNEF, le SNESup ou la FEN, sur un autre mode, se réclament d’un rôle dirigeant ou de médiateur en chaussant les basques du CVIA234 et la province se révèle, comme en 1934, plus unitaire que la capitale. Elle abrite des manifestations d’ampleur peu commune, assurément plus nombreuses (et souvent plus violentes) dans les villes universitaires ou dans les départements frappés depuis plusieurs mois par des crises régionales mais n’épargnant aucun département. Ces manifestations anticipent parfois les directives nationales ou leur répondent en s’accordant quelques délais mais épousent globalement leur rythme. L’hétérogénéité qui prévalait en 1934 entre "la grande ville réactionnaire" et la province animée par de solides réflexes de défense républicaine n’est plus de mise et le gaullisme et ses adversaires s’affrontent à Paris comme en province dans un rapport de force qui n’est pas radicalement distinct. Les cortèges qui permettent à chacun de régulièrement se compter matérialisent le primat de la CGT, jusqu’au 29 mai à tout le moins. Mais la supériorité numérique ne signifie toutefois pas l’hégémonie sur les forces réunies. Et ce qui vaut pour la CGT vaut a fortiori pour tous les autres. Ni les comités, ni les organisations universitaires, ni la province ne parviennent à engager un processus unitaire susceptible de dépasser les contradictions dont sont porteuses les organisations mobilisées. Parce que la concentration des pouvoirs qui produit ses effets jusque dans les organisations partisanes est devenue un facteur indépassable. Parce que le poids des manifestations parisiennes l’emporte sur celles de la province, à la différence de 1934. Et surtout parce qu’il ne s’agit plus d’opposer une unité défensive à un agresseur mettant en péril le régime mais, passé le 13 mai, de construire une alternative, à moins que ce ne soit une alternance, au gaullisme fragilisé, en position d’attaqué. La rue ne joue donc aucun rôle moteur dans le processus d’unification des forces assurément confrontées à un même adversaire mais, au-delà, divisées ; elle révèle et devient tout au contraire, à Paris du moins, l’expression de divergences affirmées.

    55Dans les années soixante, on a vu des étudiants, agriculteurs et salariés déployer des rapports différenciés à l’espace public. Ces différences demeurent visibles en province comme à Paris mais les clivages sociologiques cèdent le pas à des clivages politiques et générationnels ; quand même ceux-ci recouvrent largement ceux-là. Les manifestations étudiantes expriment l’entrée en politique d’une génération privée du droit de vote. Elles résument son action et cristallisent celle de forces la valorisant pour des raisons stratégiques. Les organisations syndicales et leurs soutiens combinent au contraire à tout instant manifestations et formes d’expression classiques que sont la grève, le suffrage universel et les pratiques politiques qu’il a constituées ; en relativisant, dès lors, la fonction de la rue. Ces antagonismes recouvrent bientôt d’explicites divergences politiques. Prévisibles et inscrites dans les manifestations parisiennes. Passé le 13 mai, celles-ci fonctionnent, de ce fait, en couples conflictuels ; selon une structure en épi les 24 et 27 mai. En laissant hors de leur sphère d’attraction certains des acteurs du 13 mai.

    56Les manifestations organisées depuis le début mai constituent l’élément déclencheur des grèves et mettent à mal la législation relative au préavis de grève235 comme celle ayant trait à la demande d’autorisation préalable de rassemblement sur la voie publique. Leurs effets sur le politique sont, en revanche, plus limités. Les manifestations intersyndicales dont la CGT constitue de bout en bout le pivot sont "processions" à Paris et souvent "pétitions" en province. Celles dont l’UNEF est le pôle font montre d’une violence assurément supérieure à la moyenne qui ne suffit pas à leur conférer un caractère insurrectionnel. Les barricades sont un instrument de défense d’espaces tenus pour légitimes, les "manifestations-insurrections" prennent, en province, plus souvent pour cible les commissariats et les forces de l’ordre de préférence aux bâtiments officiels symbolisant le pouvoir, selon le schéma de 1929. Ceux-ci sont exceptionnellement la cible des manifestations parisiennes. "L’Assemblée nationale, rappelle Alain Krivine, n’était pas protégée par les forces de l’ordre lors de la "longue marche" des étudiants car ce n’était pas une cible". Et d’ajouter : "Le pouvoir était dans la rue, pour le reconquérir, le gaullisme menaçait d’ydescendre"236. Le Monde tient, en écho, ce désintérêt général pour le palais Bourbon comme un symptôme presque plus inquiétant que ne l’eût été une manifestation devant ses grilles237 ; à l’exemple du 6 février 1934. Et les propos quelque peu désabusés d’un parlementaire lui font écho, le 22 mai238.

    57Ces manifestations sous étiquette syndicale semblent, un temps, mettre à l’ordre du jour la question d’un changement politique. Mais les craintes ou les espoirs suscités sont illusoires. Qu’elles soient la forme d’expression la plus politique du mouvement n’est que le symptôme de ses limites politiques intrinsèques. Et ce qui pouvait se donner pour un prolégomène devient, passé le 13 mai, un substitut aux impossibles issues politiques revendiquées par les acteurs du mouvement. Les manifestations n’ont, de fait, au terme du compte, aucune incidence sur la nature du gouvernement ou plus simplement sur la loi, cette expression de la souveraineté nationale ; à la différence de ces manifestations ultérieures pourtant parfaitement pacifiques, contre la loi Savary, pour la défense de la loi Falloux ou contre les contrats d’insertion professionnelle. Jamais on n’aura autant parlé de révolution et jamais on n’aura autant théorisé sur la rue mais les manifestations ne sont pas pour autant "insurrections" ; au titre où le fut le 6 février 1934, insurrectionnelles moins encore. En dépit des objectifs ou des rêves de certains. Elles ne font chuter ni gouvernement ni ministre et c’est sur le terrain de la négociation et des élections que la crise se dénoue au terme du compte.

    58N’était le rôle que leur restitue le pouvoir dans ce processus de résolution. Par quoi on retrouve, alors, la comparaison avec février 1934. L’Etat intervient d’abord sous une forme répressive souvent spectaculaire, évoquée en ces termes par Maurice Grimaud : "Le rituel de l’affrontement de rues, dans le climat passionnel de mai, passe par une violence d’autant plus forte qu’elle jugule et qu’elle remplace le désir de tuer [...]. Les coups [que la police] va porter seront le substitut de la mort [qu’elle] n’a pas le droit de donner"239. Le bilan dressé par ses services chiffre les blessés à 1 912 et 1 459 parmi les forces de l’ordre et les manifestants et l’on déplore, sur l’ensemble du territoire national, 5 morts240. Reste que ces chiffres gonflés à chaud (et parfois à froid241) par la vertu du fantasme242 sont limités, comparés aux formes revêtues par la répression de la contestation étudiante dans d’autres pays concernés ; au Mexique en premier lieu. Reste encore que la mort d’homme, advenue au terme du mouvement et presque toujours hors la capitale, présente un caractère accidentel. Ce bilan dont Maurice Grimaud s’enorgueillit contribue, a posteriori, à fonder la thèse d’une "pacification" toujours grandissante du maintien de l’ordre243. Il s’inscrit toutefois a contrario du sentiment dominant en mai 1968. Début mai, la répression est vécue comme démesurée, "fascisante" ou "fasciste". Avec pour meilleur effet d’élargir, on l’a vu, l’assise initiale du mouvement. Le pouvoir persiste dans son usage dès lors qu’il lui faut impérativement se donner pour garant de l’ordre public. Mais il se saisit des contradictions adverses et des limites imposées à ses détracteurs pour déployer une contre-offensive plus durablement efficace.

    59Les organisations à l’initiative de la crise ont eu le loisir de choisir leur terrain. Elles s’inscrivent dans un champ symbolique qu’on peut estimer régressif en regard de l’intégration des "deux cultures" opérée en 1935. Le mouvement étudiant s’empare de la symbolique de la Commune et du romantisme révolutionnaire. Il se réapproprie le drapeau rouge et L’Internationale moins délaissés par le mouvement syndical qu’on ne l’a dit244 mais les tient pour antagoniques du drapeau tricolore et de La Marseillaise. Ceux montant à l’Etoile, le 7 mai, arborent des drapeaux rouges que Pierre Franck dit "fabriqués en déchirant les drapeaux des versaillais, des bourreaux de la Commune, les drapeaux tricolores". Ils objectent à ceux qui crient à la profanation que "c’est le drapeau du chauvinisme qui [...] profane" la tombe et concluent : "Nous replanterons définitivement le drapeau rouge sur la tombe du fusillé inconnu"245. S’inscrivant, par là, dans la tradition des anciens combattants pacifistes des années vingt, non dans celle du 11 novembre 1940246. La CGT s’en tient à la stricte symbolique de classe de 1936. Passé le 13 mai, ses manifestations parisiennes se déroulent sur des itinéraires inédits. De Balard à la porte de Choisy pour soutenir Citroën, "symbole de toutes les oppressions du régime", de la Bastille au boulevard Haussmann en direction des grands magasins en grève pour saluer au passage, comme en banlieue, ce 24 mai, les usines en grève "en retrouvant les gestes de 1936"247 ; ou encore, le 29, sur cet itinéraire centrifuge qu’est le parcours Bastille-gare Saint-Lazare. Ces trajets tous inédits renoncent, comme ceux des étudiants, à la centralité urbaine et à toute symbolique nationale ou simplement politique. Révélant, en cela, l’absence de prétention hégémonique.

    60Le pouvoir se saisit des espaces à découvert et témoigne en regard, il en était cette fois besoin, de facultés hégémoniques demeurées intactes. Par où l’on retrouve la comparaison avec 1934. Dans des formes paradoxales dont nul n’oserait, alors, se réclamer. L’existence de deux blocs antagoniques permit alors à Doumergue d’user de la manifestation d’une des forces en présence comme d’un instrument de régulation de la crise ; sans avoir à s’investir en propre. En 1968, le pouvoir, privé de cette possibilité, va devoir procéder directement ou presque à une "levée en masse"248. Des relais partisans ont été préalablement organisés sous la forme des CAC ou des CDR mais c’est Matignon qui détermine le principe, la date et l’heure de la manifestation, ce sont des ministres en exercice qui en prennent la tête et c’est à cette occasion qu’est rétabli le circuit radio téléphone pour les postes périphériques interrompu depuis le 24 mai. Cette manifestation mobilise des acteurs nommément politiques quand celles auxquells elle se veut réponse sont demeurées de bout en bout de la seule responsabilité des organisations syndicales. Elle se réapproprie, surtout, la symbolique nationale et la centralité urbaine quand celles-là les ont désertées. En définissant à tous ces titres un rapport avec l’Etat, la nation et la culture nationale qui fut celui du 12 février 1934.

    61Le pouvoir, dans la rue le 30 mai, n’est pas celui qui se proclamait tel mais, du moins, le pouvoir est-il dans la rue. Pour la première fois sous cette forme. La manifestation dont il est maître d’oeuvre doit à son ampleur supérieure à toute espérance de précipiter la très grande majorité des protagonistes dans l’issue parlementaire et négociée préalablement dessinée par de Gaulle et devient à son tour un instrument de régulation de la crise. On assiste alors à un fascinant chassé-croisé. L’UNEF appelle in fine à manifester place du 18 juin mais c’est de Gaulle qui réussit ce "nouveau 12 février" si souvent invoqué sans succès par la gauche, y compris contre lui. Un chassé-croisé rendu possible par la très longue absence des héritiers du 6 février 1934 sur le terrain de la rue. Par l’existence, également, de cette culture de la résistance commune au gaullisme historique et à ses adversaires majeurs. Une culture survivant à la disparition de la génération politique qui l’a portée, 1968 en apporte la preuve. En interdisant à la révolte contre les pères de revêtir, en France, les caractères de ceux de pays voisins où ceux-ci se confondaient avec le fascisme. Cette modalité du consensus républicain constitue la condition sine qua non de la victoire du 30 mai. Elle réduit au silence les adversaires qui l’ont négligée.

    62Nous avions pris le 11 novembre 1918 pour point de départ de cette étude en assumant son absence de signification particulière s’agissant de la manifestation de rue. La limite de 1968 s’était, par contre, imposée comme une donnée d’évidence ; en dépit du risque de véhiculer l’idée, naturellement fausse, de la progression linéaire d’une histoire venue culminer là249. Les précédentes remarques et ce que nous savons de la suite de l’histoire conduisent à relativiser sinon la coupure du moins son sens. L’absence de crise hégémonique réduit 1968 à n’être qu’un conservatoire des formes, dans le temps court à tout le moins, et la culture par et dans laquelle la Ve république s’est constituée résiste. La crise de l’Etat est fantasmatique et la créativité constitutive du mouvement qui lui est opposé s’inscrit, à court terme, dans les mots plus que dans les choses. Quand la crise hégémonique de 1934 permit une révolution culturelle à l’origine de nouvelles pratiques politiques et, par là même, d’un nouveau type de manifestations.

    63Les manifestations, presque toutes intégrées dans une chaîne causale, relèvent d’un substrat culturel commun. Les organisations hostiles aux "défilés-promenades" ou aux "manifestations-pantoufles"250 opposent à ces dernières des pratiques appartenant à l’héritage partagé avec les organisations contestées et mobilisent des codes demeurés compréhensibles à tous (drapeau noir, incendie de la Bourse, barricades, etc.). De Gaulle recourt pareillement à des symboles dont chacun peut se prévaloir et se prévaut, du reste, dès le lendemain. Il n’est pas jusqu’aux affrontements pour s’inscrire dans des formes communément admises. Les contre-manifestants recherchent rarement le contact physique251 et le face-à-face entre manifestants et forces de l’ordre respecte certaines conventions. Par quoi la manifestation, fût-elle violente, demeure manifestation. Dans ce qu’elle implique de tacite reconnaissance des codes. Le chiffre des morts, on l’a dit, demeure bas parce que tous ont implicitement banni l’usage des armes252 et, souligne Maurice Grimaud, toujours la trêve du dimanche a été respectée. Ce qui supposait la préexistence de ces codes, fruits de près de deux siècles de rapports complexes à la rue et seuls à même de permettre une gestion de la crise en termes symboliques. Mai-juin 1968 constitue donc une expression paroxysmique de la culture manifestante forgée par le régime parlementaire et non pas une rupture interne à son histoire ; n’était, peut-être, avec quelques délais, en termes de maintien de l’ordre. Faute d’une redéfinition du rapport de la pratique manifestante à l’Etat supposant une crise de l’Etat. Si certains des acteurs de mai ont pensé en précipiter le cours par leurs manifestations, celles-ci et ce qu’elles supposent de respect des codes ont au contraire signifié l’inscription de chacun dans le régime existant.

    64Les événements de mai, s’ils confortent à court terme le pouvoir, sonnent toutefois, passé certains délais, le glas du gaullisme historique. Ils atteignent aussi le parti communiste constitué comme parti national à la faveur de cette même crise à l’origine du gaullisme et demeuré, depuis lors, dans un strict rapport d’homothétie avec lui. Le régime en place se transforme, toutefois, de l’intérieur et forge un nouveau système de valeurs où guerre et résistance n’ont plus le même pouvoir légitimant. Alors et alors seulement sont créées les conditions d’une évolution des pratiques manifestantes. Avec un décalage entre la chronologie du politique et celle de ses effets culturels déjà constaté s’agissant de février 1934-juillet 1935. Les événements de mai-juin 1968 participent à la réactivation des souvenirs de la Commune, de 1936 et de la résistance quand ceux-ci paraissaient relégués. Ils constituent un événement-relais en termes de mémoire ; pour la génération entrant alors en politique comme pour les suivantes. Ils procèdent d’un réemploi de ces références mais, simultanément, les court-circuitent ; à l’exemple de 1934-1935 dans son rapport à la Révolution française. La violence ultérieure sera dite, ainsi, "soixante-huitarde" sans s’embarrasser davantage des comparaisons historiques mobilisées quand il s’agissait de construire l’événement. Nous émettons l’hypothèse que la considérable croissance du nombre des manifestations à partir des années soixante-dix253 est un effet différé des événements de mai-juin. Parce qu’ils ont banalisé plus avant les manifestations devenues à leur occasion le fait de localités nouvelles et de milieux encore épargnés ; ou, du moins, une possibilité offerte. Parce que l’usage que fit le pouvoir de la manifestation, le 30 mai, permet aux droites atteintes par le complexe du 6 février 1934 ou des barricades d’Alger de retrouver une légitimité dont elles sauront, ultérieurement, se prévaloir. Mais peut-êre plus encore parce que ces événements précipitent, à terme, la redéfinition du système politique où un certain type de manifestation avait trouvé sa place.

    65A très court terme, les événements de mai-juin 1968 réactivent toute une culture politique en butte à une contestation déjà forte dans les années soixante. A plus long terme, ils mettent en question les formations qui matérialisent un certain rapport entre l’Etat et la société civile, gaullisme et communistes en premier lieu. La page tournée dans leur histoire contribue à l’émergence d’une nouvelle culture politique où la place de la manifestation sera différente. Elle prive leurs expressions symboliques de leur capacité fédérative, laisse le champ libre à des expressions identitaires catégorielles ne relevant peut-être plus que du logo. Banderoles mauves des féministes ou vertes des écologistes, triangle rose des gay, floraison multicolore de la Fédération syndicale unitaire (FSU) ; pour ne rien dire du chiffon rouge de Michel Fugain substitué au drapeau du même nom ou plus précisément à l’internationale, son strict équivalent. A l’image de l’éclatement des "nouveaux mouvements sociaux". Mais la visibilité n’induit pas le sens et l’on recourt sans doute d’autant plus aux techniques de communication et de visibilité que le sens de ce qui fonctionnait comme symbole s’est précisément perdu. Enfin, la remise en cause d’une certaine culture politique et la puissance inégalée revêtue par certaines des manifestations de 1968 dans l’un et l’autre camp inaugurent de plus fréquents recours à des manifestations nationales où le million, et non plus 100 000 personnes, devient la pierre de touche nouvelle de la manifestation réussie. Ces démonstrations contribuent à donner corps au mythe de la manifestation générale impliquant l’Etat au plus haut chef. Un mythe qui s’est, dans les deux dernières décennies, substitué à celui de la grève générale qui l’excluait.

    MAI-JUIN 1968 NOMBRE DE MANIFESTATIONS SUPÉRIEUR À LA MOYENNE DÉPARTEMENTALE = 14

    Image 10000000000002D4000002800A014C1AE70CA98D.jpg
    Image 1000000000000319000004B07D42A65363D4F85E.jpg

    Notes de bas de page

    1 François Mauriac, Bloc Notes, Le Seuil, 1993, t. V, pp. 75 et 80

    2 Edgar Morin, Le Monde, 18 mai 1968. Les manifestations parisiennes étudiantes antérieures au 13 mai sont au nombre de 5 si l’on s’en tient aux démonstrations d’importance, de 7 si l’on intègre les mouvements sporadiques. "Six" n’a donc d’autre sens qu’être un multiple de 3.

    3 Le Monde, 7 mai 1968 : 12 condamnations dont 4 à des peines de prison ferme.

    4 Le Monde, 9 mai 1968, Raymond Barillon, 434 interpellations.

    5 Sur l’évolution des analyses communistes en ces premiers jours de mai, Danielle Tartakowsky : "Le PCF en Mai-Juin 68", in René Mouriaux et alii, 1968, Exploration du mai français, L’Harmattan, 1992, t. 2, pp. 141-163.

    6 Chronologie des evenements de mai-juin 1968, La Documentation française, Notes et Etudes documentaires, n° 3 722-3 723, 460 interpellations, 367 blessés. 54 hospitalisés dont 4 étudiants et 18 policiers.

    7 Guy Chaffard, Les Orages de mai, Calmann-Lévy, 1968 : Vendôme. L’Humanite, 10, 11 et 12 mai 1968 : Melun, Montauban, Toulon.

    8 Maurice Grimaud, En Mai, fais ce qu’il te plaît, Stock, 1977, p. 152. "Ils ont rabattu sur le Quartier latin des gens qui sans cela seraient restés chez eux".

    9 Le 3 mai, 7 des 8 condamnés avec sursis sont étudiants, le septième est cuisinier (Le Monde, 7 mai 1968). Le 6, les étudiants ne sont plus que 5 (dont 3 Français, un Allemand, un Américain) sur 17 ; s’ajoutent au nombre 4 ouvriers, 2 employés, 2 chauffeurs, 2 personnels de service, un peintre (?) ; parmi eux, un Canadien, un Suisse et un militant d’extrême droite (Le Monde, 10 mai 1968). Le 7, la proportion des étudiants augmente (195 sur 247 interpellés). On compte 40 étrangers et 47 personnes connues des services de police (Le Monde, 11 mai 1968). Le 10, par contre, seuls 25 des 63 manifestants gardés à vue sont étudiants (Chronologie des evenements de mai-juin 1968, op. cit.).

    10 CRHMSS, 1968, 47-9. Appel des comités d’action, 8 mai : "Gardons l’unité réalisée dans la rue […]. Rien ne peut résister longtemps à des masses résolues. Il est difficile de faire une barricade mais il est plus difficile encore d’organiser l’ensemble du combat". Le premier numéro d’Action est vendu, le 7, sur le parcours de la manifestation.

    11 Elias Canetti, Masse et puissance, Gallimard, 1966 (réed Tel, 1986), pp. 76-77.

    12 CRHMSS, 1968, 1-12, L’Etudiant révolutionnaire, n° 1, juin 1968.

    13 CRHMSS, 1968, 7-12, Comite, n° 1, (bulletin du comité d’action étudiants-écrivains au service du mouvement).

    14 Pierre Sansot, Poetique de la ville, Kleensieck, 1973, évoque des "mouvements browniens".

    15 CRHMSS, 1968, VII-11, Barricades, n° 1.

    16 Ligue communiste n° 40, La Conception policière de l’histoire et ses dangers, (brochure), Action n° 1. CRHMSS, 1968, VII-23, tract "mode d’emploi" : comment se disperser, comment se protéger, comment éviter les matraquages, etc.

    17 Philippe Bénéton, Jean Touchard, "Les interprétations de la crise de mai-juin 1968", RFSP, 20-3, juin 1970, "Une entreprise de subversion", pp. 504-507.

    18 Roger Peyrefitte, cité par Le Monde, 10 mai 1968.

    19 Le Figaro, 13 mai 1968.

    20 JO, debats parlementaires, Assemblee nationale, 1re séance du 11 mai 1968, déclaration du premier ministre, p. 1771.

    21 CRHMSS, 1968, XIII-2, Aux ecoutes du monde, n° 2287, 13-19 mai 1968.

    22 CRHMSS, 1968, II-11, La Voie, bulletin d’action communiste. II-40, PCMLF, 11 mai : dénonce la campagne assimilant les "groupes spécialisés dans le guerre de guérilla" à des éléments prochinois.

    23 Les Depêches du Doubs, 8 mai 1968, Besançon. Le Midi libre, 8 mai 1968, Montpellier. Le Dauphine libere, 11 mai 1968, Grenoble.

    24 Le Republicain lorrain, 10 mai 1968, Metz, 9 km. Nord-Matin, 9 mai 1968, Lille, 7 km. Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 8 mai 1968, "longue marche" à Strasbourg. Le Progrès, 8 mai 1968, Lyon, cortège de 6 km sans but perceptible.

    25 Nord-Eclair, 9 mai 1968, photographie de manifestants couchés sur la chaussée.

    26 Le Maine libre, 8 mai 1968.

    27 La France, 8 mai 1968.

    28 Le Bien public, 8 mai 1968, Dijon. Les Depêches du Doubs, 10 mai 1968, Besançon.

    29 La Depêche du Midi, 8 mai 1968, Toulouse. Le Monde, 8 mai 1968, Grenoble, 10 blessés dont 2 CRS. Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 7 et 8 mai 1968, Strasbourg.

    30 Le Progrès, 10 mai 1968, Lyon.

    31 CRHMSS, 1968, 7-12, Comite, n° 1 (op. cit.).

    32 CRHMSS, 1968, VII-11, Barricades, n° 1.

    33 A preuve le titre du journal des comités d’action lycéens et la une du numéro 1.

    34 Egalement, CRHMSS, 1968, ILVIII-8, tract du PCI : "Les étudiants montrent la voie […]. Gavroche reste un participant indispensable des combats révolutionnaires".

    35 Le Monde, 17 et 18 mai 1968. Même rapport à l’histoire et au Potemkine dans le film de Chris Marker, Le fond de l’air est rouge, 1977 (VDP 1979).

    36 CRHMSS, 1968, II 3001, Pierre Franck, Mai 68, première phase de la revolution socialiste française" : "Vivent les barricades de Paris", appel du secrétariat unifié du 20 mai 1968.

    37 CRHMSS, 1968, ILVII-9, l’appel des comités d’action, 8 mai, invite à prendre exemple sur le FNL qui a su organiser la masse de la population vietnamienne en créant des comités d’action. Egalement, La Voie, 23 mai, ILVIII, 2.

    38 CRHMSS, 1968, I-13, JCR, VII-2, comité de grève de la faculté des sciences.

    39 CRHMSS, 1968, VII-17, comités d’action.

    40 Le Mouvement social, n° 64, juillet-septembre 1968, "La Sorbonne par elle-même", p. 54, tract du MAU : "Une armée étrangère d’occupation, l’armée permanente de tous les pouvoirs de répression". CRHMSS, 1968, 11-14, tract du MSLP.

    41 CRHMSS, 1968, II-14, tract du MSLP, 25 mai, III-12, tract de l’UNEF, 9 mai. VI-13, comité d’action de sociologie : "Les CRS formés à l’école fasciste des ratonnades algériennes et de Charonne". JO, debats parlementaire, Assemblee nationale, 1re séance du 14 mai 1968, François Mitterrand cite la déclaration de Jacques Sauvageot où celui-ci parle de ratonnades, etc.

    42 CRHMSS, 1968, ILVIII-8, AIT-CNT, 8 mai.

    43 CRHMSS, 1968, ILVII-9, tract du MAU, 5 mai : "A Paris comme à Berlin, un mot d’ordre".

    44 Alain Schnapp, Pierre Vidal-Naquet, Journal de la Commune etudiante, Le Seuil, 1969.

    45 En butte à toutes les critiques d’un bout à l’autre du mouvement. Un seul exemple : Combat, 10 mai 1968, évoque la "longue marche" du 7 et poursuit : "Il est dommage que la télévision n’en ait pas profité pour tourner des séquences qui eussent été dignes de celles du célèbre cuirassé Potemkine et qui eussent fixé ce moment d’histoire". Un constat aujourd’hui nuancé par l’étude de M.F. Lévy et M. Zancarini-Fournel, "La genèse d’un conflit : mai 68 à l’ORTF", IHTP, Lettre d’information n° 12.

    46 Paris-Match, n° 996-998.

    47 Une exception : Sud-Ouest, 16 mai 1968 : "Théâtre des premières émeutes sociales bordelaises en 1894, la place de la Victoire est en passe de devenir le forum populaire de la ville". C’est autour d’elle que des barricades se dressent le 24 (Sud-Ouest, 25 mai 1968).

    48 CRHMSS, 1968, XXVI-2, relevé d’inscriptions sur les murs. III-10, PCF, débat interne à la section du Ve arrondissement, Ignace Meyerson : "Les moyens d’action des étudiants étaient techniquement inadaptés aux procédés de guerre civile tels qu’on pouvait les imaginer et cependant ces actions aberrantes ont eu des effets politiquement considérables et totalement imprévus".

    49 Le Monde, 18 mai 1968, Edgar Morin tient "le passage du jeu au sérieux dans la tragédie de vendredi [pour] une véritable initiation à la vie adulte, examen de passage dans la société".

    50 Chronologie des evenements de mai-juin 1968, op. cit., 8 mai (p. 8) : MM. Jacob, Kastler, Lwoff, Mauriac, Monod demandent au général de Gaulle de faire un geste susceptible d’apaiser la révolte étudiante. Jean-Paul Sartre et Henri Lefebvre souhaitent au contraire que "le mouvement continue à opposer et à maintenir sa puissance de refus".

    51 CRHMSS, 1968, VII-12, Comite, n° 1. XIX-1, tract situationniste, 24 mai : "Tu peux agir librement, aujourd’hui c’est dans la rue que tu le prouveras, comme les hommes libres".

    52 Combat, 8 mai 1968 : "C’est la grande fête, c’est le 1er mai des étudiants". Pour André Malraux, "l’absence de haine" distingue 1968 de 1936 (interview à la télévision allemande sur mai-juin 1968 rediffusée sur Arte, 20 mai 1993).

    53 CRHMSS, 1968, VII-11, Barricades, n° 1.

    54 CRHMSS, 1968, XXXII-3, PSU, tract de la section de Courbevoie.

    55 CRHMSS, 1968, II-14, tract du PCMLF. XX-3, tract de l’UJCML : "Le capitalisme n’a pas d’autre solution que la matraque". III-11, Trubune socialiste, 9 mai 1968 : "Voilà arraché le masque de ce "pouvoir libéral"".

    56 CRHMSS, 1968, 11-30, JCR, 12 mai 1968 : "Ce n’est pas au parlement mais dans la rue que l’unité des travailleurs et des étudiants s’est réalisée contre le gouvernement bourgeois".

    57 CRHMSS, 1968, I-12, FER-OCI, tract du 10 mai, appel à "500 000 ouvriers au quartier latin. [...] Il est criminel d’isoler les étudiants de la jeunesse : une seule réponse, la manifestation centrale de la jeunesse". 30 mai : "Un million de travailleurs à l’appel des centrales syndicales et des partis ouvriers appellent la classe ouvrière à la riposte à de Gaulle et l’Etat policier s’effondre". ILVII-3, tract de l’OCI, 30 mai 68 : "Un million de travailleurs à l’appel des centrales syndicales et des partis ouvriers manifesteront devant l’Elysée". I-12, 6 juin : "Face à l’attaque du gouvernement, une seule manifestation : un million de travailleurs devant le CNPF, devant l’Elysée", etc.

    58 CRHMSS, 1968, II-40, PCMLF, 11 mai.

    59 CRHMSS, 1968, XIV-16. L’Ecole emancipee, numéro spécial mai-juin 1968 : "Barricades victoire : ni concessions ni pétitions ni motions ni comités de défense ni conférence n’avaient pu imposer l’intersyndicalisme dans l’action, dans la rue [...]. Les barricades ont permis de rompre avec le cercle vicieux qui maintenait le mouvement étudiant dans le rôle de mauvaise conscience des centrales syndicales et de mouche du coche".

    60 CRHMSS, 1968, I-12, L’Etudiant révolutionnaire (FER), n° 1, juin 1968.

    61 CRHMSS, 1968, I-13, JCR, antérieur au 11 mai. III-11, PSU Ve, Luttes, n° 1. "Nous ne voulons pas la violence. Les manifestations ne sont devenues violentes qu’en raison de la présence des forces de police". III-12, UNEF, un tract du 10 mai dénonce la responsabilité policière de la violence.

    62 CRHMSS, 1968, XX-3, UJCML, 7 mai 1968. XVII-2, comités de défense contre la répression, sans date : "La Sorbonne est un vieux tas de pierres. Saint-Denis, c’est des dizaines de milliers d’ouvriers qui luttent". XIX-5, tract du PCI, 13 mai 1968.

    63 CRHMSS, 1968, I-13, JCR (antérieur au 9 mai).

    64 CRHMSS, 1968, ILVIII-2, UJC(ml), notes sur la situation politique, 6 mai 1968 : "Contre la voie trotskiste strictement étudiante, la voie réactionnaire, la voie fausse".

    65 Les éditions Maspero diffusent un reprint de L’Insurrection armee de Neuberg au sortir de 1968.

    66 CRHMSS, 1968, VII-12, Comite, n° 1. (op. cit.).

    67 Pierre Bourdieu, Homo academicus, Editions de Minuit, 1984. Egalement, Ingrid Gilcher-Holtey, "La nuit des barricades", communication au colloque Barricades, Paris I-Paris IV, 1995, texte dactylographié.

    68 Combat, 10 mai 1968. Ce journal poursuit : "Il se pourrait aussi que les Français en tirent la leçon qui s’impose. Le meilleur moyen d’obliger le gouvernement à s’intéresser à vous est de descendre dans la rue". Le Monde, 10 mai 1968, débat à l’Assemblée nationale : Pierre Sudreau se demande s’il faudra désormais descendre dans la rue pour parvenir à dialoguer avec le gouvernement et constate qu’en "quelques heures les étudiants ont obtenu du président de la République qu’il dise que l’université devait se renouveler et que son gouvernement accepte la modification de l’ordre du jour". Christian Fouchet déclare : "Je suis sûr qu’il n’y a pas un seul parlementaire pour désirer que le pouvoir passe à la rue".

    69 Le Peuple, 15 mai-30 juin 1968 : "La grève générale de mai 1968", p. 10.

    70 La Montagne, 7 mai 1968.

    71 Le Courrier picard, 8 mai 1968. La coloration politique de l’AG prédétermine, bien sûr, tel ou tel système d’alliance.

    72 Le Republicain lorrain, 8 mai 1968.

    73 Le Progrès, 10 mai 1968.

    74 La Montagne, 10 mai 1968.

    75 Le Monde, 11 mai et 13 mai 1968.

    76 Respectivement, La Depêche du Midi, 10 mai 1968. La Republique du Centre, 10-11 mai 1968. Midi libre, 12 mai 1968.

    77 La France, 11 mai 1968.

    78 Le Figaro, 9 mai 1968, les oppose nettement : "Ici, au coeur de cette Bretagne déshéritée, sous-développée, l’angoisse que fait naître l’évolution brutale du monde et des techniques n’est pas, comme au Quartier latin, un luxe d’intellectuels torturés [...]. Quoi qu’on pense, cette levée en masse de sous-consommateurs a pour moi une autre densité humaine que la révolte des blasés".

    79 Le Telegramme de Brest et de Lorient, 10 mai 1968.

    80 Ouest-France, 9 mai 1968.

    81 L’Eclair, 9 mai 1968 : "Ressemblaient-ils à ces travailleurs dont ils demandaient l’alliance" ?

    82 Respectivement, Le Maine libre, 9 mai 1968. Le Progrès, 9 mai 1968.

    83 Le Monde, 13 mai 1968. Le Republicain lorrain, 8 mai 1968.

    84 Des désaccords, perceptibles à Nantes, se résolvent cependant sans heurts.

    85 L’Eclair, 9 mai 1968, interventions de la CFDT et de Force ouvrière au meeting commun de Nantes

    86 Le Telegramme de Brest et de Lorient, 10 mai 1968, Saint-Brieuc.

    87 Pierre Bourdieu, Homo academicus, op. cit., pp. 226-228.

    88 Nord-Eclair, 12-13 mai 1968.

    89 CRHMSS, 1968, 1-12, Revoltes, 7 mai 1968. UNEF. I-12, UNEF, appel à la population (antérieur au 13 mai). Etc.

    90 CRHMSS, 1968, I-12, tract de la FER (9 ou 10 mai 1968) : "Il est criminel d’isoler les étudiants de l’ensemble de la jeunesse". L’UNEF lance, le 6 mai, un appel à la "population" (Le Mouvement social, n° 64, p. 49).

    91 CRHMSS, 1968, I-12, tract de la FER (9 ou 10 mai 1968).

    92 CRHMSS, 1968, I-2, tract libertaire.

    93 Eugène Descamps, Militer, Fayard, 1971. Georges Séguy, Le Mai de la CG7, Julliard, 1972.

    94 Entretien du 20 mai 1994.

    95 Georges Séguy, Le Mai de la CG7, op. cit., p. 27.

    96 Par exemple Paris-Match, n° 998, photographie p. 59.

    97 Le Monde, 15 mai 1968. Des manifestants le comparent avec ceux du 28 mai 1958 et du 13 février 1962. Egalement Maurice Grimaud, En Mai..., op. cit., pp. 182-183 : "Nous comptions sur 70 000 à 80 000 manifestants, il en vint 200 000. Pour les organisateurs, le million est le symbole de la réussite, mais 200 000, c’est considérable. En février 1934, les ligues mirent 30 000 personnes dans la rue".

    98 CRHMSS, 1968, fonds II, vol. II-4, déclaration du bureau politique du PCF, 12 mai 1968 : "Le régime a fêté dans le sang son dixième anniversaire".

    99 CRHMSS, 1968, XX-5. Numéro spécial 13 mai : titre "13 mai 1958-13 mai 1968".

    100 La presse de province évoque 9 manifestations "jamais vues depuis la Libération", 6 "jamais vues" et 6, encore, "pas vues depuis longtemps" ou "rarement vues". S’y ajoutent des comparaisons avec 1936 (4 cas), 1947-1948 (4), 1953 (2) et une fois 1956 (retour du corps d’un appelé tué en Algérie).

    101 Une comparaison opérée selon notre procédé habituel sur 81 villes donne un total de 694 800 participants le 12 février 1934 contre 777 100 le 13 mai 1968 ; des chiffres sensiblement équivalents si l’on sait que les villes manquant à l’appel en 1968 sont de petites localités dont la population manifestante a vraisemblablement rejoint les préfectures ou sous-préfectures.

    102 S’y ajoute le Nord où l’appel est, comme à Paris, distinct.

    103 Respectivement, Midi libre, 15 mai 1968. Le Progrès, 15 mai 1968. Le Telegramme de Brest et de Lorient, 15 mai 1968.

    104 Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 14 mai 1968.

    105 L’Eclair, 15 mai 1968.

    106 Le Petit Bleu de l’Agenais, 14 mai 1968, Agen.

    107 Le Mans, Nantes, Orléans, Lille, Quimper, et, avec des variantes dans l’énoncé, Chaumont, Amiens et Toulon.

    108 Respectivement, 15 mai 1968, L’Ardennais, Le Monde, L’Eclair, L’Union de Reims.

    109 La France, 15 mai 1968.

    110 L’Eclair, 15 mai 1968.

    111 Le Populaire du Centre, 15 mai 1968.

    112 Respectivement, 15 mai 1968, L’Union de Reims, Republique Côte varoise, Le Maine libre.

    113 Respectivement : Eclair-Pyrenees, 15 mai 1968. La Haute-Marne liberee, 15 mai 1968. L’Alsace, 14 mai 1968.

    114 La Republique du Centre, 15 mai 1968.

    115 Le Progrès, 15 mai 1968 : à Lyon, les étudiants souhaitaient que la manifestation se déroule devant la faculté et le rectorat, comme les précédentes. Les syndicats s’y opposent lors de négociations préalables et font prévaloir leurs vues.

    116 Par exemple le slogan "A Nantes comme à Nanterre. A Nantes comme à Paris" (L’Eclair, 15 mai 1968).

    117 15 mai 1968, Le Monde, Caen. Le Telegramme de Brest, Lannion et Quimper.

    118 Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 14 mai 1968. Egalement, parutions du 15 mai, L’Ardennais, des étudiants tentent d’escalader les grilles de la préfecture de Charleville. Le Telegramme de Brest, Vannes, vitres de l’hôtel de ville brisées. Le Maine libre, "200 furieux saccagent la préfecture". La Montagne, Clermont-Ferrand.

    119 15 mai 1968, Liberation-Champagne et La Montagne, 80 interpellations, 54 blessés.

    120 L’Humanite, 15 mai, Vladimir Pozner : "Je retrouve deux amis que je n’avais pas revus depuis les jours du Front populaire [puis] un jeune homme arborant un képi rouge et bleu que son grand-père a dû porter du temps de la Commune de Paris".

    121 Paris-Match, n° 998, pp. 64-64 : "La France en grève retrouve son visage de 1936". CRHMSS, 1968, III-11, Trubune socialiste, 16 mai 1968 : l’article, mêlant les accents de Simone Weil en 1936 à ceux de Karl Marx, évoque la "joie profonde [...], le vertige sans limite, la négation devenant affirmation" et poursuit : "Nous montions véritablement à l’assaut du ciel".

    122 CRHMSS, 1968, ILVIII-3, comité d’action, sans date : "Les travailleurs et les étudiants ne veulent pas que leur lutte s’achève comme les mouvements de 1936 et 1945". XIII-1, Avant-Garde jeunesse (JCR), 27 mai 1968 : "Il faut savoir terminer une grève". Maspéro réédite en 1970 le Front populaire, revolution manquee, de Daniel Guérin. La Commune demeure, en regard, la référence majeure : ILVIII-3, comité d’action de la région parisienne, 3 juin : "Les travailleurs renouent avec l’exemple héroïque de la Commune de Paris. Ils mèneront la lutte jusqu’à l’abolition du salariat et du patronat".

    123 Jean François Naudet, "La RATP en 68. "Une grève Régie”", René Mouriaux et alii, 1968, Exploration du mai français, op. cit., t. 1, pp. 107-118.

    124 Patrick Hassenteufel, Citroën-Paris en mai-juin 1968, Mm, Paris I, 1987 : "Ce sont les syndicats, non les gauchistes qui souhaitent faire sortir la grève dans la rue. Les maoïstes prônent l’autodéfense et s’opposent aux manifestations qui leur paraissent stériles".

    125 CRHMSS, 1968, VII-23, appel de la coordination des comités d’action (15 mai ?), les termes soulignés le sont dans le texte.

    126 Le Monde, 19-20 mai 1968.

    127 CRHMSS, 1968, XXIX-2, UNEF-SNESup, 17 mai.

    128 Le Monde, 19-20 mai 1968.

    129 CRHMSS, 1968, XXIV-1, tract du syndicat CGT Renault : "Nous apprécions vivement la solidarité des enseignants et des étudiants. Nous sommes opposés à toute initiative inconsidérée qui pourrait compromettre notre mouvement en plein développement et faciliter une provocation amenant une intervention gouvernementale. Nous déconseillons vivement aux organisateurs de cette marche de maintenir leur initiative". Egalement Myriam Akoun, L’Image des manifestations dans Paris-Match de 1949 à 1968, Mm, Paris I, 1989, p. 193.

    130 Le Figaro, 23 mai 1968. Combat, ce même jour, titre en pleine page : "Tout dépend de la rue". "Après le rejet de la motion de censure et la perspective de négociations syndicats et gouvernement, tout n’est pas fini, il reste la rue, tout dépend de la rue".

    131 CRHMSS, 1968, VII-11, Barricades, n° 1. 220 arrestations, 100 blessés dont 78 parmi les manifestants

    132 Sur le rôle des radios, JO, debats parlementaires, Assemblee nationale, 1re séance du 14 mai 1968, p. 1770, intervention du Premier ministre. Maurice Grimaud, En Mai..., op. cit., p. 152 : "Fallait-il interdire les reportages en direct ? La décision en fut prise le 23 mai à 23 heures, et, pourtant, paroxysme de désordre la nuit suivante".

    133 CRHMSS, 1968, ILVIII-3, comités d’action travailleurs-étudiants, 25 mai : "D’où viennent les provocateurs" ? 26 mai, "Halte aux provocateurs". 24 mai : "Le pouvoir de répression ne sera pas abattu simplement par des manifestations désordonnées et des barricades même généralisées dans Paris. Il faut détruire la source du pouvoir en prenant nous-mêmes en main l’organisation de la production et de la distribution dans le pays".

    134 Par exemple Patrick Hassenteufel, Citroën-Paris en mai-juin 1968, op. cit. : les 24 et 30 mai, 4, 6 et 12 juin.

    135 Par exemple Le Petit Bleu de l’Agenais, 22 mai 1968, Agen, le personnel des banques devant la gare pour assurer les cheminots en lutte de leur solidarité.

    136 Par exemple Le Telegramme de Brest, 22 mai 1968, Brest. L’Oise-Matin, 22 mai 1968, Beauvais.

    137 L’Union de Reims, 24 mai 1968 : "Les dirigeants ont pensé que les dernières journées de mobilisation devaient être couronnées par une manifestation de masse [...]. Il était nécessaire de fixer clairement dans l’esprit de la population locale quelle ampleur la grève avait prise réellement".

    138 Respectivement : Véronique Sapin, Mai-juin 68 dans les Pyrenees-Orientales, Mm, Montpellier III, 1982, et La Liberte de l’Est, 20 mai 1968.

    139 L’Echo republicain, 23 mai 1968. La Liberte de l’Est, 20 mai 1968.

    140 Respectivement : L’Union de Reims, 24 mai 1968. L’Humanite, 23 mai 1968. Le Telegramme de Brest, 23 mai 1968.

    141 Paris-Normandie, 23 mai 1968.

    142 Maurice Grimaud, En Mai..., op. cit., p. 241 : évoque des bulldozers plus maniables, des pompes à eau, une meilleure liaison radio avec la "salle" et un plus parfait amalgame entre les différents corps mobilisés.

    143 Georges Pompidou, Pour retablir une verite, Flammarion, 1982, p. 184. Maurice Grimaud date d’alors le basculement de l’opinion. Alain Moinard, Les Photographies des evenements de mai 1968 dans la presse regionale quotidienne, Mm, Paris I, 1986, pp. 26-28 : les photographies mettent en avant l’action répressive des forces de l’ordre jusqu’au 12 mai. Il en va différemment en juin. Paris-Match continue toutefois à donner une image favorable de l’événement et ne renverse son point de vue qu’après le 30 mai (n° 999 et 1000), Myriam Akoun, L’Image des manifestations..., op. cit., p. 199-206.

    144 Maurice Grimaud, En Mai..., op. cit., p. 148. L’Humanite-Dimanche dénonce l’action de la "pègre". CRHMSS, 1968, III-10, PCF, débat de la section du Ve arrondissement : Alexandre Kopp s’en prend au "retour de la ligne du 3 mai" et poursuit : "Lorsque le pope Gapone connu comme provocateur prit la tête d’une manifestation, les bolchevicks marchaient dans les rangs des ouvriers. "

    145 CRHMSS, 1968, VII-11, Barricades, n° 1.

    146 Dont 80 femmes. 45 gardes à vue. 7 informations judiciaires. La mort d’un jeune homme, tué d’un coup de couteau, n’a pas d’évidentes relations avec la manifestation.

    147 CRHMSS, 1968, ILIX-9 : même analyse de la part du PSU qui tient l’intervention policière pour cause des troubles et demande pourquoi "il n’a pas été donné suite au projet de laisser les manifestants défiler librement sur les boulevards".

    148 Le Monde, 29 mai 1968.

    149 "Table ronde du CEVIPOF et du CRHMSS sur les négociations de Grenelle, 3 octobre 1989", in Materiaux pour l’histoire de notre temps, juillet-septembre 1990, pp. 29-48.

    150 La CGT considère cette manifestation comme "une nouvelle provocation", Force ouvrière recommande de n’y pas participer "comme à tout ce qui pourrait faciliter provocations et violences au moment où vont s’ouvrir les discussions avec le patronat et le gouvernement". La CFDT-Paris, considérant que l’action ouvrière consiste avant tout en l’occupation des usines, appelle pareillement à l’abstention. Cf. René Mouriaux et alii, 1968, Exploration du mai français, op. cit., t. 2.

    151 CRHMSS, 1968, XXVII-6, comités d’action. Un tract dénonce cet inégal traitement : "Pourquoi la police a-t-elle interdit l’entrée de la place de la Bastille aux 40 000 manifestants réunis gare de Lyon alors que quelques heures plus tôt cette même place était occupée par la CGT ? ".

    152 Combat, 24 mai 1968 : "La CGT n’accepte pas plus que le gouvernement que l’ordre qu’avec lui elle a défini soit mis en cause par la rue. La CGT n’accepte pas plus que le gouvernement que tout dépende de la rue. Alors, cet après-midi, elle cherche à dominer la rue pour étouffer les forces qui la gênent et qui sont l’expression de la contestation la plus authentique, la plus généreuse".

    153 Le Telegramme de Brest, 18-19 mai 1968.

    154 Le Monde, 26 mai 1968, Pyrénées-Atlantiques, Tarn. La Depêche du Midi, 25 mai 1968, Tarn-et-Garonne. L’Humanite, 26-27 mai 1958, Lot.

    155 Le Monde, 26 mai 1968. Egalement La Montagne, 25 mai 1968. Le Telegramme de Brest, 25-26 mai et 27 mai 1968.

    156 L’Humanite, 23 mai 1968. Le Telegramme de Brest, 27 mai 1968. Ouest-France, 25- 26 mai 1968. Le Petit Bleu de l’Agenais, 25 mai 1968.

    157 La Montagne, 25 mai 1968.

    158 Par exemple, Les Depêches du Doubs, 25 mai 1968, Besançon.

    159 La Charente libre, 25-26 mai et 27 mai 1968, Angoulême (MODEF). Le Monde, 26 mai 1968, Gers, Surgères, Mont-de-Marsan. L’Humanite, 26 mai 1968, Cahors, Narbonne. Le Telegramme de Brest, 25-26 mai 1968, à Callac, à l’appel du MODEF, l’orateur déplore l’absence de la FNSEA.

    160 Cf. plus haut et La Nouvelle Republique, 25-26 mai 1968, Tours. Le Maine libre, 25 mai 1968, Le Mans. La Marseillaise, 25 mai 1968, La Ciotat.

    161 Le Telegramme de Brest, 25-26 mai 1968.

    162 Le 23 mai : Sud-Ouest, 24 mai 1968, Bordeaux. Le Monde, 25 mai 1968, Lyon et Caen. Treize autres du 24 au 30.

    163 L’Eclair, 27 mai 1968.

    164 La Depêche du Midi, 25 mai 1968. Les rapatriés les imitent deux jours plus tard. Ils manifestent, enfoncent la porte de la préfecture et occupent la cour d’honneur (La Depêche du Midi, 27 mai 1968).

    165 Respectivement : Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 26-27 mai 1968, des vitrines cassées. CRHMSS, 1968, XII-9, documents de l’AGEL et du 22 mars sur la manifestation lyonnaise. La Montagne, 25 mai 1968. Sud-Ouest, 27 mai 1968. Le Monde, 26-27 mai 1968, Nantes.

    166 A source identique, Cherbourg, Moulins, Guéret, Epinal, Quimperlé le 24 mai et Troyes, Angoulême, Périgueux, Toulouse, Montpellier, Nantes, Agen, Chaumont, Langres, Cosne, Châlons et Belfort jusqu’au 28. La presse des départements concernés dit les manifestations de Morez, Barentin, Calais, du Havre et de Toulon "jamais vues depuis 1936", celles de Lunéville et Pontarlier "jamais vues".

    167 Dont 14 dans la Loire, le solde dans 8 départements.

    168 Les manifestations de la seule CGT se réduisent alors à 6, 5 %.

    169 La Depêche du Midi, 25 mai et 28 mai 1968.

    170 Le Telegramme de Brest, 25-26 mai 1968.

    171 L’Echo republicain, 25-26 mai 1968.

    172 Le Monde, 26-27 mai 1968.

    173 La Marseillaise, 25 mai 1968. La Montagne, 26 mai 1968.

    174 Respectivement : Ouest-France, 27 et 28 mai 1968. La Presse de la Manche, 25 mai 1968. La Republique du Centre, 27 mai 1968.

    175 Dans 8 d’entre eux, toutefois, manifestations unitaires simultanées ou postérieures.

    176 L’Eveil, 31 mai 1968, Le Puy : "Certains s’étonneront que nous n’allions pas jusqu’à la préfecture mais j’estime que la préfecture en place ne représente aucun gouvernement".

    177 Le Telegramme de Brest, 31 mai 1968.

    178 L’Humanite, 30 mai 1968, René Andrieu.

    179 Cette assimilation de la manifestation à un référendum n’est pas propre au communistes. Par exemple Le Republicain lorrain, 15 mai 1968, Metz, l’orateur de Force ouvrière : "Cette manifestation est un référendum sur 10 années de politique gaulliste".

    180 Cf. Remarques complementaires de Jean-Jacques Becker au texte de Danielle Tartakowsky, "Le PCF en mai-juin 1968", René Mouriaux et alii, 1968, Exploration du mai français", op. cit., t. 2, p. 162-163.

    181 On pourrait retenir le cortège de Jeanne d’Arc ou la descente des Champs-Elysées le 26 août mais le mythe concerne la figure de Jeanne d’Arc ou de De Gaulle plus que les démonstrations concernées. L’ouvrage de Francis Bergeron et Philippe Vilgier intitulé Les Droites dans la rue (Dominique Martin Morin, 1985) est significatif de cette absence d’image emblématique. Les auteurs, en sympathie avec leur sujet, traitent, au total, assez peu de la rue. Le mémoire de maîtrise de Frédéric Erzen consacré au mouvement Occident invite à relativiser le propos. Il évoque une esthétisation du souvenir des manifestations parisiennes de novembre 1956 et des barricades d’Alger (Paris I, 1994). Du moins s’agit-il là des marges.

    182 Le Monde, 15 mai 1968.

    183 Adrien Dansette, Mai 1968, Plon, 1973, p. 292. Parmi les personnalités présentes le président du conseil municipal de Paris et le vice-président de l’UNC. Des contacts sont pris avec l’UDR, l’Association des Français Libres, les anciens de la 2e DB, la Ligue des religieux anciens combattants.

    184 CRHMSS, 1968, XXXII-1. "On peut se demander de quel côté de la barricade se fussent trouvés en 1940 certains de ceux qui manifestent aujourd’hui. A l’époque, le pacte germano-soviétique était toujours en vigueur".

    185 Le Monde, 10 mai 1968, "Pas de Nanterre à Dijon". Les Depêches du Doubs, 10 mai 1968, Besançon. Midi libre, 16 mai 1968, Montpellier.

    186 Nord-Eclair, 14-15 mai 1968, Lille, "Amnistie totale, Libérez le général Salan".

    187 Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 29 mai 1968.

    188 Par exemple Patrick Guiol, "La Droite et les gaullistes nantais", in René Mouriaux et alii, 1968, Exploration du mai français", op. cit., t. 1, pp. 255-321.

    189 Disons ici notre dette envers Cédric Boissier, La Manifestation du 30 mai 1968, mémoire de DEA, IEP Grenoble, 1993. Cf également, Frank Georgi, "Le pouvoir est dans la rue", la "manifestation gaulliste des Champs-Elysées", Vingtième Siècle, 1995 (publié après l’achèvement de cette thèse).

    190 Pierre Vianson-Ponté, Histoire de la Republique gaullienne, le temps des orphelins, Fayard, 1971, "La disparition", pp. 520-552.

    191 C’est ce qui ressortait d’une émission de télévision présentée sur la Une en août 1994 et largement construite autour d’une interview du général Massu.

    192 Maurice Grimaud évoque 300 000 à 400 000 manifestants soit plus que le 13 mai (p. 295). Le Monde, 1er juin 1968 : ”Le plus spectaculaire qu’on ait pu voir depuis que "le pouvoir est dans la rue"”.

    193 Selon le terme utilisé par le général de Gaulle s’agissant du 26 août 1944. Memoires de guerre, l’Unite, Plon, 1956 [rééd. livre de poche 1970], p. 377.

    194 VDP 2274, France Mai-juin 1968, commentaire de Michel Droit, la caméra s’arrête sur une pancarte portant "Boulogne-Billancourt".

    195 Cédric Boissier, La Manifestation du 30 mai 1968, op. cit., p. 48 : les organisateurs ont mobilisés deux avions d’un aéro-club de Champagne. On retrouve ces avions à Troyes le 31 mai (Liberation-Champagne, 1er juin 1968).

    196 La démonstration pour la défense de la loi Falloux organisée en janvier 1994 donne lieu pour la première fois à un sondage à chaud constituant la manifestation en corps social analysable.

    197 Le Monde, 1er juin 1968.

    198 Citons simplement la manifestation de Périgueux, riche en symboles A sa tête Joséphine Baker qui dépose des fleurs au pied de l’arbre de la Liberté (La Depêche du Midi, 1er juin 1968).

    199 Marseille, Lille, Dijon, Le Mans. La somme des participants dans les 12 villes ou départements offrant des chiffres comparables donne 233 000 manifestants, le 13 mai, et 264 000, le 31 mai ou le 1er juin.

    200 "Nombreux sont ceux qui parmi vous entendaient, nuit après nuit, ici Londres, les Français parlent aux Français, vous allez entendre le général de Gaulle [...]. Ici Paris, honneur et patrie, encore une fois au rendez-vous de la République et de l’Histoire vous allez entendre le général de Gaulle"’. Cité par Cédric Boissier, La Manifestation du 30 mai 1968, op. cit., p. 39. Cf. également Le Petit Bleu de l’Agenais, 4 juin 1968 : "La grande voix, une nouvelle fois s’est élevée. En quelques minutes, la France entière a respiré à nouveau. Elle a retrouvé le climat de la Libération lorsque, unanime, elle clamait sa reconnaissance à l’homme qui l’avait sauvée du néant".

    201 Mai 68 et l’OR7F, cité par Cédric Boissier, op. cit., p. 39.

    202 Egalement La Depêche du Midi, 1er juin 1968, Toulouse : derrière les anciens combattants, une déportée dans une voiture d’infirme et, sur ses genoux, un drapeau tricolore.

    203 La manifestation de l’UJP à Paris le 4 juin est également révélatrice du phénomène : CRHMSS, 1968, XXXII-2 : "Toute la jeunesse est avec et derrière big Charly".

    204 Ainsi ces photos de jeunes filles juchées sur les épaules de garçons et arborant, qui le drapeau rouge, qui le drapeau tricolore. Cf. également la une du n° 1 000 de Paris-Match.

    205 Egalement à Marseille : "Mendès France youpin" (La Marseillaise, 1er juin 1968).

    206 Anne et Pierre Rouanet, Les 7rois Derniers Chagrins du general, 1980. Selon René Rémond, ce retour des barricades pourrait s’expliquer par la volonté d’effacer la récupération temporaire qui en fut faite à Alger (Philippe Vigier, "le Paris des barricades", L’Histoire, 1988, numéro spécial, deux cents ans de révolution française). Nous pensons plutôt qu’elles ont contribué à la réémergence d’un modèle qui chemine souterrainement. Deux hypothèses non contradictoires.

    207 Sur ce résistentialisme, Patrick Guiol, "La Droite et les gaullistes nantais", op. cit.

    208 Alexandre Sanguinetti, J’ai mal à ma peau de gaulliste, Grasset, 1978, p. 107. Egalement Michel Cazenave (membre fondateur de l’UJP) : "Le 30 mai, c’était la mort politique du général de Gaulle car il a dû faire appel à ceux-là mêmes qui combattaient ses réformes et, comme il a dû le dire lui-même, au "parti de la trouille". Le général avait perdu et d’ailleurs un an après il se retirait". Cités par par Cédric Boissier, La Manifestation du 30 mai 1968, op. cit., pp. 99-100.

    209 Selon les termes de Frédéric Bon, "Le référendum du 27 avril 1969, suicide politique ou nécessité stratégique ? ", RFSP, vol. XVIII, 1969.

    210 CRHMSS, 1968, I-13, Aujourd’hui (JCR), n° 2, 31 mai 68. La JCR en veut également pour preuve la création des CAC et des CDR qui constituent, dit-elle, "un pouvoir extraparlementaire".

    211 CRHMSS, 1968, 7-12. Comite, n° 1. (op. cit.). XXVIII-6, tract des comités d’action ouvriers-paysans signé "un Français qui veut le rester" : "Il a suffi que de Gaulle parle pour que les "veaux" de luxe descendent dans la rue, [...], défilé impudique des trouillards accrochés au bleu blanc rouge et chantant La Marseillaise ; ça la France ?"

    212 Rares sont les incidents, L’Union de Reims, 1er juin 1968, Reims. L’Oise-Matin, 7 juin 1968, 17 blessés, Beauvais. La Montagne, 2 juin 1968, Clermont-Ferrand, 113 arrestations.

    213 Vingt des 27 aux organisateurs connus associent la FEN, 16 la CFDT, 7 l’UNEF et la CGT-FO, 4 la FDSEA, 2 le CNJA et 1 la CFTC.

    214 Respectivement : La Montagne, 2 juin 1968. Le Journal du Centre, 3 juin 1968. A Laval, l’unique orateur est pareillement un élève de l’Ecole normale d’instituteurs (Ouest-France, 31 mai 1968).

    215 L’Oise-Matin, 31 mai 1968, Beauvais. La Nouvelle Republique, 4 juin 1968, Tours. Le Telegramme de Brest, 1er-3 juin 1968, Brest. 4 juin 1968, Saint-Brieuc avec des discordances entre les orateurs. La Republique des Pyrenees, 4 juin 1968, Pau. Le Maine libre, 5 juin 1968, Le Mans. Le Monde, 5 juin 1968, on parle à Guéret de "gouvernement émanant du peuple".

    216 Selon L’Express, 13-27 mai 1968.

    217 Le Télégramme de Brest, 1er-3 juin 1968, Brest : "Nous chantons L’Internationale mais nous sommes dans la tradition des sans-culottes de 93. La Marseillaise appartient au peuple ; c’est pourquoi nous la chanterons". Nord-Eclair, 31 mai 1968 : "Là-bas apparaît un drapeau tricolore. "C’est une contre-manifestation" crie un manifestant. Mais les symboles ne valent que par ceux qui les portent. En fait de contre-manifestation, c’est Massey-Ferguson qui arrive. Le drapeau bleu, blanc, rouge est immédiatement applaudi".

    218 Les Depêches du Doubs, 4 juin 1968.

    219 Ibidem, Besançon. Ouest-France, 1er juin 1968, Rennes.

    220 L’attitude des manifestants de Brest qui rebaptisent le 1er juin la place Leclerc "place du Peuple [parce qu’il] a combattu pour le peuple" est plus ambiguë (Le Telegramme de Brest, 1er-3 juin 1968). Ces réappropriations tardives produisent des chocs en retour : le cortège négocié, le 4 juin, par l’UJP doit aboutir au Champ-de-Mars. Des voix réclament "18 juin", au nom symbolique accaparé par le cortège de l’UNEF (CRHMSS, 1968, XXXII-2).

    221 Par exemple, Le Telegramme de Brest, 29 mai 1968, Finistère, rondes de tracteurs et barrages. 7 juin 1968, Côtes-du-Nord, des barrages, des pommes de terre déversées sur la chaussée, une perception prise d’assaut. Sud-Ouest, 31 mai 1968, barrages, etc.

    222 Par exemple Republique-côte varoise, 12 juin 1968, La Seyne. Egalement, Patrick Hassenteufel, Citroën-Paris en mai-juin 1968, op. cit., p. 115, 8 000 ouvriers de chez Citroën le 12 juin esplanade des Invalides.

    223 Sur les contradictions internes à la CFDT, Frank Georgi, "La CFDT en mai-juin 68”, in René Mouriaux et alii, 1968, Exploration du mai français’, op. cit., t. 2, p. 50. Les Depêches du Doubs, 13 juin 1968, Montbéliard, manifestation à l’appel de la CFDT et de l’AGEB. Le représentant de la CFDT : "Nous avons eu le courage de manifester devant la préfecture qui représente le pouvoir [...]. Si nous refusons aujourd’hui de manifester, on nous interdirait, demain, de revendiquer".

    224 CRHMSS, 1968, XX-3 : le mouvement du 22 mai, les comités d’action, les CAL, le MSLP appellent à une "longue marche de la jeunesse vers Flins" qui doit durer quarante-huit heures. Elle est annulée.

    225 CRHMSS, 1968, XX-1, non signé [22 mars], non daté.

    226 Combat, 12 juin 1968, pleine page.

    227 Respectivement : L’Eclair, 12 et 13 juin 1968, 150 blessés. Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 13 juin, une quinzaine de blessés. Le Progrès, 12 juin 1968, des incidents.

    228 La Nouvelle Depêche de l’Aisne, 21-27 juin 1968.

    229 Les Depêches, 12 juin 1968.

    230 CRHMSS, 1968, IV 3004, 30 mai 1968.

    231 Jean-Edern Hallier cité par Maurice Grimaud, En Mai..., op. cit., p. 115.

    232 Par exemple Myriam Akoun, L’Image des manifestations.... op. cit., p. 188-190 : les photos du numéro 997 évoquent "David [Cohn Bendit] et Goliath [forces de l’ordre]" et soulignent la dimension conservatrice des forces de l’ordre, avec du côté de la police des "boucliers du moyen âge et des grenades à faire pleurer".

    233 Maurice Grimaud écrit, s’agissant de la soirée du 6 mai : "Une impression étrange me gagne [...]. C’est celle d’un Paris qui retrouve d’instinct les réflexes qu’il dut avoir [....] en juillet 1830 comme en février 1848", (p. 115).

    234 En province, la FEN, en règle générale "plus portée à prendre la tête des défilés qu’à en garnir les rangs" (Maurice Agulhon, Histoire de la France urbaine, Le Seuil, t. V) a la fréquente responsabilité d’assurer la cohésion de l’ensemble et d’en exprimer l’unité. A Paris, elle joue les intermédiaires. Cf. Denis Barbet, "Mai-juin 68 comme révélateur : le cas de la FEN", in René Mouriaux et alii, 1968, Exploration du mai français", op. cit., t. 2, pp. 91-110.

    235 CRHMSS, 1968, 11-30, Pierre Franck : "Vivent les barricades de Paris".

    236 CRHMSS, 1968, I-13, texte dactylographié d’Alain Krivine : "Pourquoi une lutte extraparlementaire". Il y a là une nouvelle divergence avec le PCMLF (II-4), déclaration du CC du PCMLF : "Il rappelle qu’autrefois, le PCF lorsqu’il n’avait pas complètement dégénéré, ainsi que la CGT, appelaient régulièrement à de grandes manifestations aux abords de l’Assemblée nationale lorsque s’y trouvaient discutées des questions intéressant la classe ouvrière à l’avenir du pays".

    237 Le Monde, 9 mai 1968 : "L’Assemblée nationale devant laquelle on est passé, le 7, sans s’arrêter n’était pas protégée par les forces de l’ordre et pas un instant l’idée ne leur est venue d’y faire halte. C’est un signe des temps, mais aussi une démonstration d’indifférence pour ne pas dire plus".

    238 La manifestation de l’UNEF passe ce jour devant l’Assemblée nationale. JO, debats parlementaires, Assemblee nationale, 3e séance du 22 mai 1968, p. 2054, M. Achille-Fould : "La manifestation qui se déroule aux portes de notre assemblée prouve que les étudiants [...] viennent de découvrir l’existence du Parlement". Michel Boscher demande au président de l’Assemblée s’il estime qu’elle peut "valablement délibérer sous la pression de la rue". Le président se refuse à suspendre les travaux.

    239 Maurice Grimaud, En mai..., op. cit., p. 169.

    240 Un commissaire de police à Lyon, un manifestant à Paris dans des conditions mal élucidées sans rapport direct, semble-t-il, avec la manifestation, un lycéen à Meulan et deux ouvriers à Sochaux.

    241 A chaud, CRHMSS, 1968, VII-26, répression, 23 pièces, et XVII-2, témoignages sur la répression. A froid, Alain Delale et Gilles Ragache, La France de 68, Le Seuil, 1978.

    242 Maurice Grimaud, En mai..., op. cit., p. 119 : "On accuse couramment la police de tuer les étudiants et de faire disparaître les corps". Le souvenir des "ratonnades", le terme, d’un usage fréquent dans les tracts étudiants, est propre, il est vrai, à nourrir le fantasme.

    243 Patrick Bruneteaux, La Violence d’Etat dans un regime democratique : les forces de maintien de l’ordre en France, 1880-1980, thèse, Paris I, Sciences politiques.

    244 CRHMSS, 1968, XXVI, affiches et inscriptions sur les murs. 2. III 1036, PCF, débat interne à la section du Ve arrondissement, Alexandre Kopp dénonce le fait que le PCF ait "collé au drapeau tricolore et à La Marseillaise" quand resurgissaient L’Internationale et le drapeau rouge "repris pour la première fois depuis des décennies". L’étude des manifestations des années soixante oblige à relativiser le constat.

    245 CRHMSS, 1968, II-3 002, Pierre Franck, La IVe internationale, juin 1968.

    246 Ce sont certains "anciens "du 11 novembre 1940, non les étudiants, qui opèrent ce rapprochement. XXXII-4, les résistants solidaires des étudiants, communiqué du 8 mai 1968 : protestent contre "cette violation de territoire [qu’est l’entrée des forces de l’ordre dans la Sorbonne] survenant pour la première fois depuis celle de l’occupation de novembre 1940 quand les étudiants ont marché sur l’Etoile". Parmi les signataires, quelques "anciens" du 11 novembre 1940, membres ou sympathisants du PCF.

    247 L’Humanite, 25 mai, Martine Monod : "Les plus vieux d’entre nous, ceux qui ont vu bien des manifestations, ceux qui ont connu 36 sont plus bouleversés encore". Le 29 mai, des manifestants arborent des bonnets phrygiens (photographie dans Paris-Match, n° 998).

    248 CRHMSS, 1968, XXIII-2, CDR : "Anciens combattants, patriotes, Parisiens, vous qui avez combattu pour la patrie, vous qui avez versé votre sang pour la liberté, vous qui croyez à la France et à la République, debout tous dans une manifestation digne et silencieuse, vous manifesterez votre attachement à la légalité, à la paix civile, aux institutions".

    249 Cette conception guide le film Paris-manif (1986, Raoul Girardet). VDP 2466.

    250 Romain Goupil, Mourir à trente ans, 1982, VDP 308.

    251 Le Telegramme de Brest, 4 juin 1968, Brest : "Les organisateurs avaient déterminé un large no man’s land. [par] désir tacite de ne pas susciter d’affrontements. Les itinéraires, parfois parallèles ne se rejoignaient jamais. Quand les uns ralentissaient, les autres, mystérieusement informés, ralentissaient l’allure". Midi libre, 1er juin 1968 : "De part et d’autre, on criait des slogans. Les uns levaient le poing, les autres faisaient le V. C’était tragique, l’image même de la guerre civile". (Le terme souligné l’est par nous).

    252 W. Rabinovitch, "Mai 1968, contribution à la sociologie des masses en mouvement", Revue internationale de criminologie et de police technique, vol. 22, n° 3, juillet-septembre 1968.

    253 Pierre Favre, Olivier Fillieule, Manifestations pacifiques et manifestations violentes dans la France contemporaine (1982-1990), IHESI, mars 1992, rapport dactylographié, 220 p. Les auteurs évaluent leur nombre de 7 500 à 8 000 en 1991.

    Précédent Suivant
    Table des matières

    Cette publication numérique est issue d’un traitement automatique par reconnaissance optique de caractères.

    Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

    Voir plus de livres
    Le Conseil municipal de Paris de 1944 à 1977

    Le Conseil municipal de Paris de 1944 à 1977

    Philippe Nivet

    1994

    La barricade

    La barricade

    Alain Corbin et Jean-Marie Mayeur (dir.)

    1997

    Paris dans l’imaginaire national de l’entre-deux-guerres

    Paris dans l’imaginaire national de l’entre-deux-guerres

    Évelyne Cohen

    2000

    Paris le peuple

    Paris le peuple

    XVIIIe-XXe siècle

    Jean-Louis Robert et Danielle Tartakowsky (dir.)

    1999

    Parcourir Paris du Second Empire à nos jours

    Parcourir Paris du Second Empire à nos jours

    Jean El Gammal

    2001

    Les conseillers municipaux de Paris sous la Troisième République (1871-1914)

    Les conseillers municipaux de Paris sous la Troisième République (1871-1914)

    Nobuhito Nagaï

    2002

    Métro, dépôts, réseaux

    Métro, dépôts, réseaux

    Territoires et personnels des transports parisiens au XXe siècle

    Noëlle Gérôme et Michel Margairaz (dir.)

    2002

    À Paris sous la Révolution

    À Paris sous la Révolution

    Nouvelles approches de la ville

    Raymonde Monnier (dir.)

    2008

    Policiers dans la ville

    Policiers dans la ville

    La construction d’un ordre public à Paris (1854-1914)

    Quentin Deluermoz

    2012

    Plaisance près Montparnasse

    Plaisance près Montparnasse

    Quartier parisien, 1840-1985

    Jean-Louis Robert

    2012

    Maurice Agulhon

    Maurice Agulhon

    Aux carrefours de l’histoire vagabonde

    Christophe Charle et Jacqueline Lalouette (dir.)

    2017

    Autonomie, autonomies

    Autonomie, autonomies

    René Rémond et la politique universitaire en France aux lendemains de Mai 68

    Charles Mercier

    2015

    Voir plus de livres
    1 / 12
    Le Conseil municipal de Paris de 1944 à 1977

    Le Conseil municipal de Paris de 1944 à 1977

    Philippe Nivet

    1994

    La barricade

    La barricade

    Alain Corbin et Jean-Marie Mayeur (dir.)

    1997

    Paris dans l’imaginaire national de l’entre-deux-guerres

    Paris dans l’imaginaire national de l’entre-deux-guerres

    Évelyne Cohen

    2000

    Paris le peuple

    Paris le peuple

    XVIIIe-XXe siècle

    Jean-Louis Robert et Danielle Tartakowsky (dir.)

    1999

    Parcourir Paris du Second Empire à nos jours

    Parcourir Paris du Second Empire à nos jours

    Jean El Gammal

    2001

    Les conseillers municipaux de Paris sous la Troisième République (1871-1914)

    Les conseillers municipaux de Paris sous la Troisième République (1871-1914)

    Nobuhito Nagaï

    2002

    Métro, dépôts, réseaux

    Métro, dépôts, réseaux

    Territoires et personnels des transports parisiens au XXe siècle

    Noëlle Gérôme et Michel Margairaz (dir.)

    2002

    À Paris sous la Révolution

    À Paris sous la Révolution

    Nouvelles approches de la ville

    Raymonde Monnier (dir.)

    2008

    Policiers dans la ville

    Policiers dans la ville

    La construction d’un ordre public à Paris (1854-1914)

    Quentin Deluermoz

    2012

    Plaisance près Montparnasse

    Plaisance près Montparnasse

    Quartier parisien, 1840-1985

    Jean-Louis Robert

    2012

    Maurice Agulhon

    Maurice Agulhon

    Aux carrefours de l’histoire vagabonde

    Christophe Charle et Jacqueline Lalouette (dir.)

    2017

    Autonomie, autonomies

    Autonomie, autonomies

    René Rémond et la politique universitaire en France aux lendemains de Mai 68

    Charles Mercier

    2015

    Accès ouvert

    Accès ouvert freemium

    ePub

    PDF

    PDF du chapitre

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque

    Acheter

    Édition imprimée

    Éditions de la Sorbonne
    • amazon.fr
    • leslibraires.fr
    • placedeslibraires.fr
    • lcdpu.fr
    ePub / PDF

    1 François Mauriac, Bloc Notes, Le Seuil, 1993, t. V, pp. 75 et 80

    2 Edgar Morin, Le Monde, 18 mai 1968. Les manifestations parisiennes étudiantes antérieures au 13 mai sont au nombre de 5 si l’on s’en tient aux démonstrations d’importance, de 7 si l’on intègre les mouvements sporadiques. "Six" n’a donc d’autre sens qu’être un multiple de 3.

    3 Le Monde, 7 mai 1968 : 12 condamnations dont 4 à des peines de prison ferme.

    4 Le Monde, 9 mai 1968, Raymond Barillon, 434 interpellations.

    5 Sur l’évolution des analyses communistes en ces premiers jours de mai, Danielle Tartakowsky : "Le PCF en Mai-Juin 68", in René Mouriaux et alii, 1968, Exploration du mai français, L’Harmattan, 1992, t. 2, pp. 141-163.

    6 Chronologie des evenements de mai-juin 1968, La Documentation française, Notes et Etudes documentaires, n° 3 722-3 723, 460 interpellations, 367 blessés. 54 hospitalisés dont 4 étudiants et 18 policiers.

    7 Guy Chaffard, Les Orages de mai, Calmann-Lévy, 1968 : Vendôme. L’Humanite, 10, 11 et 12 mai 1968 : Melun, Montauban, Toulon.

    8 Maurice Grimaud, En Mai, fais ce qu’il te plaît, Stock, 1977, p. 152. "Ils ont rabattu sur le Quartier latin des gens qui sans cela seraient restés chez eux".

    9 Le 3 mai, 7 des 8 condamnés avec sursis sont étudiants, le septième est cuisinier (Le Monde, 7 mai 1968). Le 6, les étudiants ne sont plus que 5 (dont 3 Français, un Allemand, un Américain) sur 17 ; s’ajoutent au nombre 4 ouvriers, 2 employés, 2 chauffeurs, 2 personnels de service, un peintre (?) ; parmi eux, un Canadien, un Suisse et un militant d’extrême droite (Le Monde, 10 mai 1968). Le 7, la proportion des étudiants augmente (195 sur 247 interpellés). On compte 40 étrangers et 47 personnes connues des services de police (Le Monde, 11 mai 1968). Le 10, par contre, seuls 25 des 63 manifestants gardés à vue sont étudiants (Chronologie des evenements de mai-juin 1968, op. cit.).

    10 CRHMSS, 1968, 47-9. Appel des comités d’action, 8 mai : "Gardons l’unité réalisée dans la rue […]. Rien ne peut résister longtemps à des masses résolues. Il est difficile de faire une barricade mais il est plus difficile encore d’organiser l’ensemble du combat". Le premier numéro d’Action est vendu, le 7, sur le parcours de la manifestation.

    11 Elias Canetti, Masse et puissance, Gallimard, 1966 (réed Tel, 1986), pp. 76-77.

    12 CRHMSS, 1968, 1-12, L’Etudiant révolutionnaire, n° 1, juin 1968.

    13 CRHMSS, 1968, 7-12, Comite, n° 1, (bulletin du comité d’action étudiants-écrivains au service du mouvement).

    14 Pierre Sansot, Poetique de la ville, Kleensieck, 1973, évoque des "mouvements browniens".

    15 CRHMSS, 1968, VII-11, Barricades, n° 1.

    16 Ligue communiste n° 40, La Conception policière de l’histoire et ses dangers, (brochure), Action n° 1. CRHMSS, 1968, VII-23, tract "mode d’emploi" : comment se disperser, comment se protéger, comment éviter les matraquages, etc.

    17 Philippe Bénéton, Jean Touchard, "Les interprétations de la crise de mai-juin 1968", RFSP, 20-3, juin 1970, "Une entreprise de subversion", pp. 504-507.

    18 Roger Peyrefitte, cité par Le Monde, 10 mai 1968.

    19 Le Figaro, 13 mai 1968.

    20 JO, debats parlementaires, Assemblee nationale, 1re séance du 11 mai 1968, déclaration du premier ministre, p. 1771.

    21 CRHMSS, 1968, XIII-2, Aux ecoutes du monde, n° 2287, 13-19 mai 1968.

    22 CRHMSS, 1968, II-11, La Voie, bulletin d’action communiste. II-40, PCMLF, 11 mai : dénonce la campagne assimilant les "groupes spécialisés dans le guerre de guérilla" à des éléments prochinois.

    23 Les Depêches du Doubs, 8 mai 1968, Besançon. Le Midi libre, 8 mai 1968, Montpellier. Le Dauphine libere, 11 mai 1968, Grenoble.

    24 Le Republicain lorrain, 10 mai 1968, Metz, 9 km. Nord-Matin, 9 mai 1968, Lille, 7 km. Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 8 mai 1968, "longue marche" à Strasbourg. Le Progrès, 8 mai 1968, Lyon, cortège de 6 km sans but perceptible.

    25 Nord-Eclair, 9 mai 1968, photographie de manifestants couchés sur la chaussée.

    26 Le Maine libre, 8 mai 1968.

    27 La France, 8 mai 1968.

    28 Le Bien public, 8 mai 1968, Dijon. Les Depêches du Doubs, 10 mai 1968, Besançon.

    29 La Depêche du Midi, 8 mai 1968, Toulouse. Le Monde, 8 mai 1968, Grenoble, 10 blessés dont 2 CRS. Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 7 et 8 mai 1968, Strasbourg.

    30 Le Progrès, 10 mai 1968, Lyon.

    31 CRHMSS, 1968, 7-12, Comite, n° 1 (op. cit.).

    32 CRHMSS, 1968, VII-11, Barricades, n° 1.

    33 A preuve le titre du journal des comités d’action lycéens et la une du numéro 1.

    34 Egalement, CRHMSS, 1968, ILVIII-8, tract du PCI : "Les étudiants montrent la voie […]. Gavroche reste un participant indispensable des combats révolutionnaires".

    35 Le Monde, 17 et 18 mai 1968. Même rapport à l’histoire et au Potemkine dans le film de Chris Marker, Le fond de l’air est rouge, 1977 (VDP 1979).

    36 CRHMSS, 1968, II 3001, Pierre Franck, Mai 68, première phase de la revolution socialiste française" : "Vivent les barricades de Paris", appel du secrétariat unifié du 20 mai 1968.

    37 CRHMSS, 1968, ILVII-9, l’appel des comités d’action, 8 mai, invite à prendre exemple sur le FNL qui a su organiser la masse de la population vietnamienne en créant des comités d’action. Egalement, La Voie, 23 mai, ILVIII, 2.

    38 CRHMSS, 1968, I-13, JCR, VII-2, comité de grève de la faculté des sciences.

    39 CRHMSS, 1968, VII-17, comités d’action.

    40 Le Mouvement social, n° 64, juillet-septembre 1968, "La Sorbonne par elle-même", p. 54, tract du MAU : "Une armée étrangère d’occupation, l’armée permanente de tous les pouvoirs de répression". CRHMSS, 1968, 11-14, tract du MSLP.

    41 CRHMSS, 1968, II-14, tract du MSLP, 25 mai, III-12, tract de l’UNEF, 9 mai. VI-13, comité d’action de sociologie : "Les CRS formés à l’école fasciste des ratonnades algériennes et de Charonne". JO, debats parlementaire, Assemblee nationale, 1re séance du 14 mai 1968, François Mitterrand cite la déclaration de Jacques Sauvageot où celui-ci parle de ratonnades, etc.

    42 CRHMSS, 1968, ILVIII-8, AIT-CNT, 8 mai.

    43 CRHMSS, 1968, ILVII-9, tract du MAU, 5 mai : "A Paris comme à Berlin, un mot d’ordre".

    44 Alain Schnapp, Pierre Vidal-Naquet, Journal de la Commune etudiante, Le Seuil, 1969.

    45 En butte à toutes les critiques d’un bout à l’autre du mouvement. Un seul exemple : Combat, 10 mai 1968, évoque la "longue marche" du 7 et poursuit : "Il est dommage que la télévision n’en ait pas profité pour tourner des séquences qui eussent été dignes de celles du célèbre cuirassé Potemkine et qui eussent fixé ce moment d’histoire". Un constat aujourd’hui nuancé par l’étude de M.F. Lévy et M. Zancarini-Fournel, "La genèse d’un conflit : mai 68 à l’ORTF", IHTP, Lettre d’information n° 12.

    46 Paris-Match, n° 996-998.

    47 Une exception : Sud-Ouest, 16 mai 1968 : "Théâtre des premières émeutes sociales bordelaises en 1894, la place de la Victoire est en passe de devenir le forum populaire de la ville". C’est autour d’elle que des barricades se dressent le 24 (Sud-Ouest, 25 mai 1968).

    48 CRHMSS, 1968, XXVI-2, relevé d’inscriptions sur les murs. III-10, PCF, débat interne à la section du Ve arrondissement, Ignace Meyerson : "Les moyens d’action des étudiants étaient techniquement inadaptés aux procédés de guerre civile tels qu’on pouvait les imaginer et cependant ces actions aberrantes ont eu des effets politiquement considérables et totalement imprévus".

    49 Le Monde, 18 mai 1968, Edgar Morin tient "le passage du jeu au sérieux dans la tragédie de vendredi [pour] une véritable initiation à la vie adulte, examen de passage dans la société".

    50 Chronologie des evenements de mai-juin 1968, op. cit., 8 mai (p. 8) : MM. Jacob, Kastler, Lwoff, Mauriac, Monod demandent au général de Gaulle de faire un geste susceptible d’apaiser la révolte étudiante. Jean-Paul Sartre et Henri Lefebvre souhaitent au contraire que "le mouvement continue à opposer et à maintenir sa puissance de refus".

    51 CRHMSS, 1968, VII-12, Comite, n° 1. XIX-1, tract situationniste, 24 mai : "Tu peux agir librement, aujourd’hui c’est dans la rue que tu le prouveras, comme les hommes libres".

    52 Combat, 8 mai 1968 : "C’est la grande fête, c’est le 1er mai des étudiants". Pour André Malraux, "l’absence de haine" distingue 1968 de 1936 (interview à la télévision allemande sur mai-juin 1968 rediffusée sur Arte, 20 mai 1993).

    53 CRHMSS, 1968, VII-11, Barricades, n° 1.

    54 CRHMSS, 1968, XXXII-3, PSU, tract de la section de Courbevoie.

    55 CRHMSS, 1968, II-14, tract du PCMLF. XX-3, tract de l’UJCML : "Le capitalisme n’a pas d’autre solution que la matraque". III-11, Trubune socialiste, 9 mai 1968 : "Voilà arraché le masque de ce "pouvoir libéral"".

    56 CRHMSS, 1968, 11-30, JCR, 12 mai 1968 : "Ce n’est pas au parlement mais dans la rue que l’unité des travailleurs et des étudiants s’est réalisée contre le gouvernement bourgeois".

    57 CRHMSS, 1968, I-12, FER-OCI, tract du 10 mai, appel à "500 000 ouvriers au quartier latin. [...] Il est criminel d’isoler les étudiants de la jeunesse : une seule réponse, la manifestation centrale de la jeunesse". 30 mai : "Un million de travailleurs à l’appel des centrales syndicales et des partis ouvriers appellent la classe ouvrière à la riposte à de Gaulle et l’Etat policier s’effondre". ILVII-3, tract de l’OCI, 30 mai 68 : "Un million de travailleurs à l’appel des centrales syndicales et des partis ouvriers manifesteront devant l’Elysée". I-12, 6 juin : "Face à l’attaque du gouvernement, une seule manifestation : un million de travailleurs devant le CNPF, devant l’Elysée", etc.

    58 CRHMSS, 1968, II-40, PCMLF, 11 mai.

    59 CRHMSS, 1968, XIV-16. L’Ecole emancipee, numéro spécial mai-juin 1968 : "Barricades victoire : ni concessions ni pétitions ni motions ni comités de défense ni conférence n’avaient pu imposer l’intersyndicalisme dans l’action, dans la rue [...]. Les barricades ont permis de rompre avec le cercle vicieux qui maintenait le mouvement étudiant dans le rôle de mauvaise conscience des centrales syndicales et de mouche du coche".

    60 CRHMSS, 1968, I-12, L’Etudiant révolutionnaire (FER), n° 1, juin 1968.

    61 CRHMSS, 1968, I-13, JCR, antérieur au 11 mai. III-11, PSU Ve, Luttes, n° 1. "Nous ne voulons pas la violence. Les manifestations ne sont devenues violentes qu’en raison de la présence des forces de police". III-12, UNEF, un tract du 10 mai dénonce la responsabilité policière de la violence.

    62 CRHMSS, 1968, XX-3, UJCML, 7 mai 1968. XVII-2, comités de défense contre la répression, sans date : "La Sorbonne est un vieux tas de pierres. Saint-Denis, c’est des dizaines de milliers d’ouvriers qui luttent". XIX-5, tract du PCI, 13 mai 1968.

    63 CRHMSS, 1968, I-13, JCR (antérieur au 9 mai).

    64 CRHMSS, 1968, ILVIII-2, UJC(ml), notes sur la situation politique, 6 mai 1968 : "Contre la voie trotskiste strictement étudiante, la voie réactionnaire, la voie fausse".

    65 Les éditions Maspero diffusent un reprint de L’Insurrection armee de Neuberg au sortir de 1968.

    66 CRHMSS, 1968, VII-12, Comite, n° 1. (op. cit.).

    67 Pierre Bourdieu, Homo academicus, Editions de Minuit, 1984. Egalement, Ingrid Gilcher-Holtey, "La nuit des barricades", communication au colloque Barricades, Paris I-Paris IV, 1995, texte dactylographié.

    68 Combat, 10 mai 1968. Ce journal poursuit : "Il se pourrait aussi que les Français en tirent la leçon qui s’impose. Le meilleur moyen d’obliger le gouvernement à s’intéresser à vous est de descendre dans la rue". Le Monde, 10 mai 1968, débat à l’Assemblée nationale : Pierre Sudreau se demande s’il faudra désormais descendre dans la rue pour parvenir à dialoguer avec le gouvernement et constate qu’en "quelques heures les étudiants ont obtenu du président de la République qu’il dise que l’université devait se renouveler et que son gouvernement accepte la modification de l’ordre du jour". Christian Fouchet déclare : "Je suis sûr qu’il n’y a pas un seul parlementaire pour désirer que le pouvoir passe à la rue".

    69 Le Peuple, 15 mai-30 juin 1968 : "La grève générale de mai 1968", p. 10.

    70 La Montagne, 7 mai 1968.

    71 Le Courrier picard, 8 mai 1968. La coloration politique de l’AG prédétermine, bien sûr, tel ou tel système d’alliance.

    72 Le Republicain lorrain, 8 mai 1968.

    73 Le Progrès, 10 mai 1968.

    74 La Montagne, 10 mai 1968.

    75 Le Monde, 11 mai et 13 mai 1968.

    76 Respectivement, La Depêche du Midi, 10 mai 1968. La Republique du Centre, 10-11 mai 1968. Midi libre, 12 mai 1968.

    77 La France, 11 mai 1968.

    78 Le Figaro, 9 mai 1968, les oppose nettement : "Ici, au coeur de cette Bretagne déshéritée, sous-développée, l’angoisse que fait naître l’évolution brutale du monde et des techniques n’est pas, comme au Quartier latin, un luxe d’intellectuels torturés [...]. Quoi qu’on pense, cette levée en masse de sous-consommateurs a pour moi une autre densité humaine que la révolte des blasés".

    79 Le Telegramme de Brest et de Lorient, 10 mai 1968.

    80 Ouest-France, 9 mai 1968.

    81 L’Eclair, 9 mai 1968 : "Ressemblaient-ils à ces travailleurs dont ils demandaient l’alliance" ?

    82 Respectivement, Le Maine libre, 9 mai 1968. Le Progrès, 9 mai 1968.

    83 Le Monde, 13 mai 1968. Le Republicain lorrain, 8 mai 1968.

    84 Des désaccords, perceptibles à Nantes, se résolvent cependant sans heurts.

    85 L’Eclair, 9 mai 1968, interventions de la CFDT et de Force ouvrière au meeting commun de Nantes

    86 Le Telegramme de Brest et de Lorient, 10 mai 1968, Saint-Brieuc.

    87 Pierre Bourdieu, Homo academicus, op. cit., pp. 226-228.

    88 Nord-Eclair, 12-13 mai 1968.

    89 CRHMSS, 1968, 1-12, Revoltes, 7 mai 1968. UNEF. I-12, UNEF, appel à la population (antérieur au 13 mai). Etc.

    90 CRHMSS, 1968, I-12, tract de la FER (9 ou 10 mai 1968) : "Il est criminel d’isoler les étudiants de l’ensemble de la jeunesse". L’UNEF lance, le 6 mai, un appel à la "population" (Le Mouvement social, n° 64, p. 49).

    91 CRHMSS, 1968, I-12, tract de la FER (9 ou 10 mai 1968).

    92 CRHMSS, 1968, I-2, tract libertaire.

    93 Eugène Descamps, Militer, Fayard, 1971. Georges Séguy, Le Mai de la CG7, Julliard, 1972.

    94 Entretien du 20 mai 1994.

    95 Georges Séguy, Le Mai de la CG7, op. cit., p. 27.

    96 Par exemple Paris-Match, n° 998, photographie p. 59.

    97 Le Monde, 15 mai 1968. Des manifestants le comparent avec ceux du 28 mai 1958 et du 13 février 1962. Egalement Maurice Grimaud, En Mai..., op. cit., pp. 182-183 : "Nous comptions sur 70 000 à 80 000 manifestants, il en vint 200 000. Pour les organisateurs, le million est le symbole de la réussite, mais 200 000, c’est considérable. En février 1934, les ligues mirent 30 000 personnes dans la rue".

    98 CRHMSS, 1968, fonds II, vol. II-4, déclaration du bureau politique du PCF, 12 mai 1968 : "Le régime a fêté dans le sang son dixième anniversaire".

    99 CRHMSS, 1968, XX-5. Numéro spécial 13 mai : titre "13 mai 1958-13 mai 1968".

    100 La presse de province évoque 9 manifestations "jamais vues depuis la Libération", 6 "jamais vues" et 6, encore, "pas vues depuis longtemps" ou "rarement vues". S’y ajoutent des comparaisons avec 1936 (4 cas), 1947-1948 (4), 1953 (2) et une fois 1956 (retour du corps d’un appelé tué en Algérie).

    101 Une comparaison opérée selon notre procédé habituel sur 81 villes donne un total de 694 800 participants le 12 février 1934 contre 777 100 le 13 mai 1968 ; des chiffres sensiblement équivalents si l’on sait que les villes manquant à l’appel en 1968 sont de petites localités dont la population manifestante a vraisemblablement rejoint les préfectures ou sous-préfectures.

    102 S’y ajoute le Nord où l’appel est, comme à Paris, distinct.

    103 Respectivement, Midi libre, 15 mai 1968. Le Progrès, 15 mai 1968. Le Telegramme de Brest et de Lorient, 15 mai 1968.

    104 Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 14 mai 1968.

    105 L’Eclair, 15 mai 1968.

    106 Le Petit Bleu de l’Agenais, 14 mai 1968, Agen.

    107 Le Mans, Nantes, Orléans, Lille, Quimper, et, avec des variantes dans l’énoncé, Chaumont, Amiens et Toulon.

    108 Respectivement, 15 mai 1968, L’Ardennais, Le Monde, L’Eclair, L’Union de Reims.

    109 La France, 15 mai 1968.

    110 L’Eclair, 15 mai 1968.

    111 Le Populaire du Centre, 15 mai 1968.

    112 Respectivement, 15 mai 1968, L’Union de Reims, Republique Côte varoise, Le Maine libre.

    113 Respectivement : Eclair-Pyrenees, 15 mai 1968. La Haute-Marne liberee, 15 mai 1968. L’Alsace, 14 mai 1968.

    114 La Republique du Centre, 15 mai 1968.

    115 Le Progrès, 15 mai 1968 : à Lyon, les étudiants souhaitaient que la manifestation se déroule devant la faculté et le rectorat, comme les précédentes. Les syndicats s’y opposent lors de négociations préalables et font prévaloir leurs vues.

    116 Par exemple le slogan "A Nantes comme à Nanterre. A Nantes comme à Paris" (L’Eclair, 15 mai 1968).

    117 15 mai 1968, Le Monde, Caen. Le Telegramme de Brest, Lannion et Quimper.

    118 Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 14 mai 1968. Egalement, parutions du 15 mai, L’Ardennais, des étudiants tentent d’escalader les grilles de la préfecture de Charleville. Le Telegramme de Brest, Vannes, vitres de l’hôtel de ville brisées. Le Maine libre, "200 furieux saccagent la préfecture". La Montagne, Clermont-Ferrand.

    119 15 mai 1968, Liberation-Champagne et La Montagne, 80 interpellations, 54 blessés.

    120 L’Humanite, 15 mai, Vladimir Pozner : "Je retrouve deux amis que je n’avais pas revus depuis les jours du Front populaire [puis] un jeune homme arborant un képi rouge et bleu que son grand-père a dû porter du temps de la Commune de Paris".

    121 Paris-Match, n° 998, pp. 64-64 : "La France en grève retrouve son visage de 1936". CRHMSS, 1968, III-11, Trubune socialiste, 16 mai 1968 : l’article, mêlant les accents de Simone Weil en 1936 à ceux de Karl Marx, évoque la "joie profonde [...], le vertige sans limite, la négation devenant affirmation" et poursuit : "Nous montions véritablement à l’assaut du ciel".

    122 CRHMSS, 1968, ILVIII-3, comité d’action, sans date : "Les travailleurs et les étudiants ne veulent pas que leur lutte s’achève comme les mouvements de 1936 et 1945". XIII-1, Avant-Garde jeunesse (JCR), 27 mai 1968 : "Il faut savoir terminer une grève". Maspéro réédite en 1970 le Front populaire, revolution manquee, de Daniel Guérin. La Commune demeure, en regard, la référence majeure : ILVIII-3, comité d’action de la région parisienne, 3 juin : "Les travailleurs renouent avec l’exemple héroïque de la Commune de Paris. Ils mèneront la lutte jusqu’à l’abolition du salariat et du patronat".

    123 Jean François Naudet, "La RATP en 68. "Une grève Régie”", René Mouriaux et alii, 1968, Exploration du mai français, op. cit., t. 1, pp. 107-118.

    124 Patrick Hassenteufel, Citroën-Paris en mai-juin 1968, Mm, Paris I, 1987 : "Ce sont les syndicats, non les gauchistes qui souhaitent faire sortir la grève dans la rue. Les maoïstes prônent l’autodéfense et s’opposent aux manifestations qui leur paraissent stériles".

    125 CRHMSS, 1968, VII-23, appel de la coordination des comités d’action (15 mai ?), les termes soulignés le sont dans le texte.

    126 Le Monde, 19-20 mai 1968.

    127 CRHMSS, 1968, XXIX-2, UNEF-SNESup, 17 mai.

    128 Le Monde, 19-20 mai 1968.

    129 CRHMSS, 1968, XXIV-1, tract du syndicat CGT Renault : "Nous apprécions vivement la solidarité des enseignants et des étudiants. Nous sommes opposés à toute initiative inconsidérée qui pourrait compromettre notre mouvement en plein développement et faciliter une provocation amenant une intervention gouvernementale. Nous déconseillons vivement aux organisateurs de cette marche de maintenir leur initiative". Egalement Myriam Akoun, L’Image des manifestations dans Paris-Match de 1949 à 1968, Mm, Paris I, 1989, p. 193.

    130 Le Figaro, 23 mai 1968. Combat, ce même jour, titre en pleine page : "Tout dépend de la rue". "Après le rejet de la motion de censure et la perspective de négociations syndicats et gouvernement, tout n’est pas fini, il reste la rue, tout dépend de la rue".

    131 CRHMSS, 1968, VII-11, Barricades, n° 1. 220 arrestations, 100 blessés dont 78 parmi les manifestants

    132 Sur le rôle des radios, JO, debats parlementaires, Assemblee nationale, 1re séance du 14 mai 1968, p. 1770, intervention du Premier ministre. Maurice Grimaud, En Mai..., op. cit., p. 152 : "Fallait-il interdire les reportages en direct ? La décision en fut prise le 23 mai à 23 heures, et, pourtant, paroxysme de désordre la nuit suivante".

    133 CRHMSS, 1968, ILVIII-3, comités d’action travailleurs-étudiants, 25 mai : "D’où viennent les provocateurs" ? 26 mai, "Halte aux provocateurs". 24 mai : "Le pouvoir de répression ne sera pas abattu simplement par des manifestations désordonnées et des barricades même généralisées dans Paris. Il faut détruire la source du pouvoir en prenant nous-mêmes en main l’organisation de la production et de la distribution dans le pays".

    134 Par exemple Patrick Hassenteufel, Citroën-Paris en mai-juin 1968, op. cit. : les 24 et 30 mai, 4, 6 et 12 juin.

    135 Par exemple Le Petit Bleu de l’Agenais, 22 mai 1968, Agen, le personnel des banques devant la gare pour assurer les cheminots en lutte de leur solidarité.

    136 Par exemple Le Telegramme de Brest, 22 mai 1968, Brest. L’Oise-Matin, 22 mai 1968, Beauvais.

    137 L’Union de Reims, 24 mai 1968 : "Les dirigeants ont pensé que les dernières journées de mobilisation devaient être couronnées par une manifestation de masse [...]. Il était nécessaire de fixer clairement dans l’esprit de la population locale quelle ampleur la grève avait prise réellement".

    138 Respectivement : Véronique Sapin, Mai-juin 68 dans les Pyrenees-Orientales, Mm, Montpellier III, 1982, et La Liberte de l’Est, 20 mai 1968.

    139 L’Echo republicain, 23 mai 1968. La Liberte de l’Est, 20 mai 1968.

    140 Respectivement : L’Union de Reims, 24 mai 1968. L’Humanite, 23 mai 1968. Le Telegramme de Brest, 23 mai 1968.

    141 Paris-Normandie, 23 mai 1968.

    142 Maurice Grimaud, En Mai..., op. cit., p. 241 : évoque des bulldozers plus maniables, des pompes à eau, une meilleure liaison radio avec la "salle" et un plus parfait amalgame entre les différents corps mobilisés.

    143 Georges Pompidou, Pour retablir une verite, Flammarion, 1982, p. 184. Maurice Grimaud date d’alors le basculement de l’opinion. Alain Moinard, Les Photographies des evenements de mai 1968 dans la presse regionale quotidienne, Mm, Paris I, 1986, pp. 26-28 : les photographies mettent en avant l’action répressive des forces de l’ordre jusqu’au 12 mai. Il en va différemment en juin. Paris-Match continue toutefois à donner une image favorable de l’événement et ne renverse son point de vue qu’après le 30 mai (n° 999 et 1000), Myriam Akoun, L’Image des manifestations..., op. cit., p. 199-206.

    144 Maurice Grimaud, En Mai..., op. cit., p. 148. L’Humanite-Dimanche dénonce l’action de la "pègre". CRHMSS, 1968, III-10, PCF, débat de la section du Ve arrondissement : Alexandre Kopp s’en prend au "retour de la ligne du 3 mai" et poursuit : "Lorsque le pope Gapone connu comme provocateur prit la tête d’une manifestation, les bolchevicks marchaient dans les rangs des ouvriers. "

    145 CRHMSS, 1968, VII-11, Barricades, n° 1.

    146 Dont 80 femmes. 45 gardes à vue. 7 informations judiciaires. La mort d’un jeune homme, tué d’un coup de couteau, n’a pas d’évidentes relations avec la manifestation.

    147 CRHMSS, 1968, ILIX-9 : même analyse de la part du PSU qui tient l’intervention policière pour cause des troubles et demande pourquoi "il n’a pas été donné suite au projet de laisser les manifestants défiler librement sur les boulevards".

    148 Le Monde, 29 mai 1968.

    149 "Table ronde du CEVIPOF et du CRHMSS sur les négociations de Grenelle, 3 octobre 1989", in Materiaux pour l’histoire de notre temps, juillet-septembre 1990, pp. 29-48.

    150 La CGT considère cette manifestation comme "une nouvelle provocation", Force ouvrière recommande de n’y pas participer "comme à tout ce qui pourrait faciliter provocations et violences au moment où vont s’ouvrir les discussions avec le patronat et le gouvernement". La CFDT-Paris, considérant que l’action ouvrière consiste avant tout en l’occupation des usines, appelle pareillement à l’abstention. Cf. René Mouriaux et alii, 1968, Exploration du mai français, op. cit., t. 2.

    151 CRHMSS, 1968, XXVII-6, comités d’action. Un tract dénonce cet inégal traitement : "Pourquoi la police a-t-elle interdit l’entrée de la place de la Bastille aux 40 000 manifestants réunis gare de Lyon alors que quelques heures plus tôt cette même place était occupée par la CGT ? ".

    152 Combat, 24 mai 1968 : "La CGT n’accepte pas plus que le gouvernement que l’ordre qu’avec lui elle a défini soit mis en cause par la rue. La CGT n’accepte pas plus que le gouvernement que tout dépende de la rue. Alors, cet après-midi, elle cherche à dominer la rue pour étouffer les forces qui la gênent et qui sont l’expression de la contestation la plus authentique, la plus généreuse".

    153 Le Telegramme de Brest, 18-19 mai 1968.

    154 Le Monde, 26 mai 1968, Pyrénées-Atlantiques, Tarn. La Depêche du Midi, 25 mai 1968, Tarn-et-Garonne. L’Humanite, 26-27 mai 1958, Lot.

    155 Le Monde, 26 mai 1968. Egalement La Montagne, 25 mai 1968. Le Telegramme de Brest, 25-26 mai et 27 mai 1968.

    156 L’Humanite, 23 mai 1968. Le Telegramme de Brest, 27 mai 1968. Ouest-France, 25- 26 mai 1968. Le Petit Bleu de l’Agenais, 25 mai 1968.

    157 La Montagne, 25 mai 1968.

    158 Par exemple, Les Depêches du Doubs, 25 mai 1968, Besançon.

    159 La Charente libre, 25-26 mai et 27 mai 1968, Angoulême (MODEF). Le Monde, 26 mai 1968, Gers, Surgères, Mont-de-Marsan. L’Humanite, 26 mai 1968, Cahors, Narbonne. Le Telegramme de Brest, 25-26 mai 1968, à Callac, à l’appel du MODEF, l’orateur déplore l’absence de la FNSEA.

    160 Cf. plus haut et La Nouvelle Republique, 25-26 mai 1968, Tours. Le Maine libre, 25 mai 1968, Le Mans. La Marseillaise, 25 mai 1968, La Ciotat.

    161 Le Telegramme de Brest, 25-26 mai 1968.

    162 Le 23 mai : Sud-Ouest, 24 mai 1968, Bordeaux. Le Monde, 25 mai 1968, Lyon et Caen. Treize autres du 24 au 30.

    163 L’Eclair, 27 mai 1968.

    164 La Depêche du Midi, 25 mai 1968. Les rapatriés les imitent deux jours plus tard. Ils manifestent, enfoncent la porte de la préfecture et occupent la cour d’honneur (La Depêche du Midi, 27 mai 1968).

    165 Respectivement : Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 26-27 mai 1968, des vitrines cassées. CRHMSS, 1968, XII-9, documents de l’AGEL et du 22 mars sur la manifestation lyonnaise. La Montagne, 25 mai 1968. Sud-Ouest, 27 mai 1968. Le Monde, 26-27 mai 1968, Nantes.

    166 A source identique, Cherbourg, Moulins, Guéret, Epinal, Quimperlé le 24 mai et Troyes, Angoulême, Périgueux, Toulouse, Montpellier, Nantes, Agen, Chaumont, Langres, Cosne, Châlons et Belfort jusqu’au 28. La presse des départements concernés dit les manifestations de Morez, Barentin, Calais, du Havre et de Toulon "jamais vues depuis 1936", celles de Lunéville et Pontarlier "jamais vues".

    167 Dont 14 dans la Loire, le solde dans 8 départements.

    168 Les manifestations de la seule CGT se réduisent alors à 6, 5 %.

    169 La Depêche du Midi, 25 mai et 28 mai 1968.

    170 Le Telegramme de Brest, 25-26 mai 1968.

    171 L’Echo republicain, 25-26 mai 1968.

    172 Le Monde, 26-27 mai 1968.

    173 La Marseillaise, 25 mai 1968. La Montagne, 26 mai 1968.

    174 Respectivement : Ouest-France, 27 et 28 mai 1968. La Presse de la Manche, 25 mai 1968. La Republique du Centre, 27 mai 1968.

    175 Dans 8 d’entre eux, toutefois, manifestations unitaires simultanées ou postérieures.

    176 L’Eveil, 31 mai 1968, Le Puy : "Certains s’étonneront que nous n’allions pas jusqu’à la préfecture mais j’estime que la préfecture en place ne représente aucun gouvernement".

    177 Le Telegramme de Brest, 31 mai 1968.

    178 L’Humanite, 30 mai 1968, René Andrieu.

    179 Cette assimilation de la manifestation à un référendum n’est pas propre au communistes. Par exemple Le Republicain lorrain, 15 mai 1968, Metz, l’orateur de Force ouvrière : "Cette manifestation est un référendum sur 10 années de politique gaulliste".

    180 Cf. Remarques complementaires de Jean-Jacques Becker au texte de Danielle Tartakowsky, "Le PCF en mai-juin 1968", René Mouriaux et alii, 1968, Exploration du mai français", op. cit., t. 2, p. 162-163.

    181 On pourrait retenir le cortège de Jeanne d’Arc ou la descente des Champs-Elysées le 26 août mais le mythe concerne la figure de Jeanne d’Arc ou de De Gaulle plus que les démonstrations concernées. L’ouvrage de Francis Bergeron et Philippe Vilgier intitulé Les Droites dans la rue (Dominique Martin Morin, 1985) est significatif de cette absence d’image emblématique. Les auteurs, en sympathie avec leur sujet, traitent, au total, assez peu de la rue. Le mémoire de maîtrise de Frédéric Erzen consacré au mouvement Occident invite à relativiser le propos. Il évoque une esthétisation du souvenir des manifestations parisiennes de novembre 1956 et des barricades d’Alger (Paris I, 1994). Du moins s’agit-il là des marges.

    182 Le Monde, 15 mai 1968.

    183 Adrien Dansette, Mai 1968, Plon, 1973, p. 292. Parmi les personnalités présentes le président du conseil municipal de Paris et le vice-président de l’UNC. Des contacts sont pris avec l’UDR, l’Association des Français Libres, les anciens de la 2e DB, la Ligue des religieux anciens combattants.

    184 CRHMSS, 1968, XXXII-1. "On peut se demander de quel côté de la barricade se fussent trouvés en 1940 certains de ceux qui manifestent aujourd’hui. A l’époque, le pacte germano-soviétique était toujours en vigueur".

    185 Le Monde, 10 mai 1968, "Pas de Nanterre à Dijon". Les Depêches du Doubs, 10 mai 1968, Besançon. Midi libre, 16 mai 1968, Montpellier.

    186 Nord-Eclair, 14-15 mai 1968, Lille, "Amnistie totale, Libérez le général Salan".

    187 Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 29 mai 1968.

    188 Par exemple Patrick Guiol, "La Droite et les gaullistes nantais", in René Mouriaux et alii, 1968, Exploration du mai français", op. cit., t. 1, pp. 255-321.

    189 Disons ici notre dette envers Cédric Boissier, La Manifestation du 30 mai 1968, mémoire de DEA, IEP Grenoble, 1993. Cf également, Frank Georgi, "Le pouvoir est dans la rue", la "manifestation gaulliste des Champs-Elysées", Vingtième Siècle, 1995 (publié après l’achèvement de cette thèse).

    190 Pierre Vianson-Ponté, Histoire de la Republique gaullienne, le temps des orphelins, Fayard, 1971, "La disparition", pp. 520-552.

    191 C’est ce qui ressortait d’une émission de télévision présentée sur la Une en août 1994 et largement construite autour d’une interview du général Massu.

    192 Maurice Grimaud évoque 300 000 à 400 000 manifestants soit plus que le 13 mai (p. 295). Le Monde, 1er juin 1968 : ”Le plus spectaculaire qu’on ait pu voir depuis que "le pouvoir est dans la rue"”.

    193 Selon le terme utilisé par le général de Gaulle s’agissant du 26 août 1944. Memoires de guerre, l’Unite, Plon, 1956 [rééd. livre de poche 1970], p. 377.

    194 VDP 2274, France Mai-juin 1968, commentaire de Michel Droit, la caméra s’arrête sur une pancarte portant "Boulogne-Billancourt".

    195 Cédric Boissier, La Manifestation du 30 mai 1968, op. cit., p. 48 : les organisateurs ont mobilisés deux avions d’un aéro-club de Champagne. On retrouve ces avions à Troyes le 31 mai (Liberation-Champagne, 1er juin 1968).

    196 La démonstration pour la défense de la loi Falloux organisée en janvier 1994 donne lieu pour la première fois à un sondage à chaud constituant la manifestation en corps social analysable.

    197 Le Monde, 1er juin 1968.

    198 Citons simplement la manifestation de Périgueux, riche en symboles A sa tête Joséphine Baker qui dépose des fleurs au pied de l’arbre de la Liberté (La Depêche du Midi, 1er juin 1968).

    199 Marseille, Lille, Dijon, Le Mans. La somme des participants dans les 12 villes ou départements offrant des chiffres comparables donne 233 000 manifestants, le 13 mai, et 264 000, le 31 mai ou le 1er juin.

    200 "Nombreux sont ceux qui parmi vous entendaient, nuit après nuit, ici Londres, les Français parlent aux Français, vous allez entendre le général de Gaulle [...]. Ici Paris, honneur et patrie, encore une fois au rendez-vous de la République et de l’Histoire vous allez entendre le général de Gaulle"’. Cité par Cédric Boissier, La Manifestation du 30 mai 1968, op. cit., p. 39. Cf. également Le Petit Bleu de l’Agenais, 4 juin 1968 : "La grande voix, une nouvelle fois s’est élevée. En quelques minutes, la France entière a respiré à nouveau. Elle a retrouvé le climat de la Libération lorsque, unanime, elle clamait sa reconnaissance à l’homme qui l’avait sauvée du néant".

    201 Mai 68 et l’OR7F, cité par Cédric Boissier, op. cit., p. 39.

    202 Egalement La Depêche du Midi, 1er juin 1968, Toulouse : derrière les anciens combattants, une déportée dans une voiture d’infirme et, sur ses genoux, un drapeau tricolore.

    203 La manifestation de l’UJP à Paris le 4 juin est également révélatrice du phénomène : CRHMSS, 1968, XXXII-2 : "Toute la jeunesse est avec et derrière big Charly".

    204 Ainsi ces photos de jeunes filles juchées sur les épaules de garçons et arborant, qui le drapeau rouge, qui le drapeau tricolore. Cf. également la une du n° 1 000 de Paris-Match.

    205 Egalement à Marseille : "Mendès France youpin" (La Marseillaise, 1er juin 1968).

    206 Anne et Pierre Rouanet, Les 7rois Derniers Chagrins du general, 1980. Selon René Rémond, ce retour des barricades pourrait s’expliquer par la volonté d’effacer la récupération temporaire qui en fut faite à Alger (Philippe Vigier, "le Paris des barricades", L’Histoire, 1988, numéro spécial, deux cents ans de révolution française). Nous pensons plutôt qu’elles ont contribué à la réémergence d’un modèle qui chemine souterrainement. Deux hypothèses non contradictoires.

    207 Sur ce résistentialisme, Patrick Guiol, "La Droite et les gaullistes nantais", op. cit.

    208 Alexandre Sanguinetti, J’ai mal à ma peau de gaulliste, Grasset, 1978, p. 107. Egalement Michel Cazenave (membre fondateur de l’UJP) : "Le 30 mai, c’était la mort politique du général de Gaulle car il a dû faire appel à ceux-là mêmes qui combattaient ses réformes et, comme il a dû le dire lui-même, au "parti de la trouille". Le général avait perdu et d’ailleurs un an après il se retirait". Cités par par Cédric Boissier, La Manifestation du 30 mai 1968, op. cit., pp. 99-100.

    209 Selon les termes de Frédéric Bon, "Le référendum du 27 avril 1969, suicide politique ou nécessité stratégique ? ", RFSP, vol. XVIII, 1969.

    210 CRHMSS, 1968, I-13, Aujourd’hui (JCR), n° 2, 31 mai 68. La JCR en veut également pour preuve la création des CAC et des CDR qui constituent, dit-elle, "un pouvoir extraparlementaire".

    211 CRHMSS, 1968, 7-12. Comite, n° 1. (op. cit.). XXVIII-6, tract des comités d’action ouvriers-paysans signé "un Français qui veut le rester" : "Il a suffi que de Gaulle parle pour que les "veaux" de luxe descendent dans la rue, [...], défilé impudique des trouillards accrochés au bleu blanc rouge et chantant La Marseillaise ; ça la France ?"

    212 Rares sont les incidents, L’Union de Reims, 1er juin 1968, Reims. L’Oise-Matin, 7 juin 1968, 17 blessés, Beauvais. La Montagne, 2 juin 1968, Clermont-Ferrand, 113 arrestations.

    213 Vingt des 27 aux organisateurs connus associent la FEN, 16 la CFDT, 7 l’UNEF et la CGT-FO, 4 la FDSEA, 2 le CNJA et 1 la CFTC.

    214 Respectivement : La Montagne, 2 juin 1968. Le Journal du Centre, 3 juin 1968. A Laval, l’unique orateur est pareillement un élève de l’Ecole normale d’instituteurs (Ouest-France, 31 mai 1968).

    215 L’Oise-Matin, 31 mai 1968, Beauvais. La Nouvelle Republique, 4 juin 1968, Tours. Le Telegramme de Brest, 1er-3 juin 1968, Brest. 4 juin 1968, Saint-Brieuc avec des discordances entre les orateurs. La Republique des Pyrenees, 4 juin 1968, Pau. Le Maine libre, 5 juin 1968, Le Mans. Le Monde, 5 juin 1968, on parle à Guéret de "gouvernement émanant du peuple".

    216 Selon L’Express, 13-27 mai 1968.

    217 Le Télégramme de Brest, 1er-3 juin 1968, Brest : "Nous chantons L’Internationale mais nous sommes dans la tradition des sans-culottes de 93. La Marseillaise appartient au peuple ; c’est pourquoi nous la chanterons". Nord-Eclair, 31 mai 1968 : "Là-bas apparaît un drapeau tricolore. "C’est une contre-manifestation" crie un manifestant. Mais les symboles ne valent que par ceux qui les portent. En fait de contre-manifestation, c’est Massey-Ferguson qui arrive. Le drapeau bleu, blanc, rouge est immédiatement applaudi".

    218 Les Depêches du Doubs, 4 juin 1968.

    219 Ibidem, Besançon. Ouest-France, 1er juin 1968, Rennes.

    220 L’attitude des manifestants de Brest qui rebaptisent le 1er juin la place Leclerc "place du Peuple [parce qu’il] a combattu pour le peuple" est plus ambiguë (Le Telegramme de Brest, 1er-3 juin 1968). Ces réappropriations tardives produisent des chocs en retour : le cortège négocié, le 4 juin, par l’UJP doit aboutir au Champ-de-Mars. Des voix réclament "18 juin", au nom symbolique accaparé par le cortège de l’UNEF (CRHMSS, 1968, XXXII-2).

    221 Par exemple, Le Telegramme de Brest, 29 mai 1968, Finistère, rondes de tracteurs et barrages. 7 juin 1968, Côtes-du-Nord, des barrages, des pommes de terre déversées sur la chaussée, une perception prise d’assaut. Sud-Ouest, 31 mai 1968, barrages, etc.

    222 Par exemple Republique-côte varoise, 12 juin 1968, La Seyne. Egalement, Patrick Hassenteufel, Citroën-Paris en mai-juin 1968, op. cit., p. 115, 8 000 ouvriers de chez Citroën le 12 juin esplanade des Invalides.

    223 Sur les contradictions internes à la CFDT, Frank Georgi, "La CFDT en mai-juin 68”, in René Mouriaux et alii, 1968, Exploration du mai français’, op. cit., t. 2, p. 50. Les Depêches du Doubs, 13 juin 1968, Montbéliard, manifestation à l’appel de la CFDT et de l’AGEB. Le représentant de la CFDT : "Nous avons eu le courage de manifester devant la préfecture qui représente le pouvoir [...]. Si nous refusons aujourd’hui de manifester, on nous interdirait, demain, de revendiquer".

    224 CRHMSS, 1968, XX-3 : le mouvement du 22 mai, les comités d’action, les CAL, le MSLP appellent à une "longue marche de la jeunesse vers Flins" qui doit durer quarante-huit heures. Elle est annulée.

    225 CRHMSS, 1968, XX-1, non signé [22 mars], non daté.

    226 Combat, 12 juin 1968, pleine page.

    227 Respectivement : L’Eclair, 12 et 13 juin 1968, 150 blessés. Les Dernières Nouvelles d’Alsace, 13 juin, une quinzaine de blessés. Le Progrès, 12 juin 1968, des incidents.

    228 La Nouvelle Depêche de l’Aisne, 21-27 juin 1968.

    229 Les Depêches, 12 juin 1968.

    230 CRHMSS, 1968, IV 3004, 30 mai 1968.

    231 Jean-Edern Hallier cité par Maurice Grimaud, En Mai..., op. cit., p. 115.

    232 Par exemple Myriam Akoun, L’Image des manifestations.... op. cit., p. 188-190 : les photos du numéro 997 évoquent "David [Cohn Bendit] et Goliath [forces de l’ordre]" et soulignent la dimension conservatrice des forces de l’ordre, avec du côté de la police des "boucliers du moyen âge et des grenades à faire pleurer".

    233 Maurice Grimaud écrit, s’agissant de la soirée du 6 mai : "Une impression étrange me gagne [...]. C’est celle d’un Paris qui retrouve d’instinct les réflexes qu’il dut avoir [....] en juillet 1830 comme en février 1848", (p. 115).

    234 En province, la FEN, en règle générale "plus portée à prendre la tête des défilés qu’à en garnir les rangs" (Maurice Agulhon, Histoire de la France urbaine, Le Seuil, t. V) a la fréquente responsabilité d’assurer la cohésion de l’ensemble et d’en exprimer l’unité. A Paris, elle joue les intermédiaires. Cf. Denis Barbet, "Mai-juin 68 comme révélateur : le cas de la FEN", in René Mouriaux et alii, 1968, Exploration du mai français", op. cit., t. 2, pp. 91-110.

    235 CRHMSS, 1968, 11-30, Pierre Franck : "Vivent les barricades de Paris".

    236 CRHMSS, 1968, I-13, texte dactylographié d’Alain Krivine : "Pourquoi une lutte extraparlementaire". Il y a là une nouvelle divergence avec le PCMLF (II-4), déclaration du CC du PCMLF : "Il rappelle qu’autrefois, le PCF lorsqu’il n’avait pas complètement dégénéré, ainsi que la CGT, appelaient régulièrement à de grandes manifestations aux abords de l’Assemblée nationale lorsque s’y trouvaient discutées des questions intéressant la classe ouvrière à l’avenir du pays".

    237 Le Monde, 9 mai 1968 : "L’Assemblée nationale devant laquelle on est passé, le 7, sans s’arrêter n’était pas protégée par les forces de l’ordre et pas un instant l’idée ne leur est venue d’y faire halte. C’est un signe des temps, mais aussi une démonstration d’indifférence pour ne pas dire plus".

    238 La manifestation de l’UNEF passe ce jour devant l’Assemblée nationale. JO, debats parlementaires, Assemblee nationale, 3e séance du 22 mai 1968, p. 2054, M. Achille-Fould : "La manifestation qui se déroule aux portes de notre assemblée prouve que les étudiants [...] viennent de découvrir l’existence du Parlement". Michel Boscher demande au président de l’Assemblée s’il estime qu’elle peut "valablement délibérer sous la pression de la rue". Le président se refuse à suspendre les travaux.

    239 Maurice Grimaud, En mai..., op. cit., p. 169.

    240 Un commissaire de police à Lyon, un manifestant à Paris dans des conditions mal élucidées sans rapport direct, semble-t-il, avec la manifestation, un lycéen à Meulan et deux ouvriers à Sochaux.

    241 A chaud, CRHMSS, 1968, VII-26, répression, 23 pièces, et XVII-2, témoignages sur la répression. A froid, Alain Delale et Gilles Ragache, La France de 68, Le Seuil, 1978.

    242 Maurice Grimaud, En mai..., op. cit., p. 119 : "On accuse couramment la police de tuer les étudiants et de faire disparaître les corps". Le souvenir des "ratonnades", le terme, d’un usage fréquent dans les tracts étudiants, est propre, il est vrai, à nourrir le fantasme.

    243 Patrick Bruneteaux, La Violence d’Etat dans un regime democratique : les forces de maintien de l’ordre en France, 1880-1980, thèse, Paris I, Sciences politiques.

    244 CRHMSS, 1968, XXVI, affiches et inscriptions sur les murs. 2. III 1036, PCF, débat interne à la section du Ve arrondissement, Alexandre Kopp dénonce le fait que le PCF ait "collé au drapeau tricolore et à La Marseillaise" quand resurgissaient L’Internationale et le drapeau rouge "repris pour la première fois depuis des décennies". L’étude des manifestations des années soixante oblige à relativiser le constat.

    245 CRHMSS, 1968, II-3 002, Pierre Franck, La IVe internationale, juin 1968.

    246 Ce sont certains "anciens "du 11 novembre 1940, non les étudiants, qui opèrent ce rapprochement. XXXII-4, les résistants solidaires des étudiants, communiqué du 8 mai 1968 : protestent contre "cette violation de territoire [qu’est l’entrée des forces de l’ordre dans la Sorbonne] survenant pour la première fois depuis celle de l’occupation de novembre 1940 quand les étudiants ont marché sur l’Etoile". Parmi les signataires, quelques "anciens" du 11 novembre 1940, membres ou sympathisants du PCF.

    247 L’Humanite, 25 mai, Martine Monod : "Les plus vieux d’entre nous, ceux qui ont vu bien des manifestations, ceux qui ont connu 36 sont plus bouleversés encore". Le 29 mai, des manifestants arborent des bonnets phrygiens (photographie dans Paris-Match, n° 998).

    248 CRHMSS, 1968, XXIII-2, CDR : "Anciens combattants, patriotes, Parisiens, vous qui avez combattu pour la patrie, vous qui avez versé votre sang pour la liberté, vous qui croyez à la France et à la République, debout tous dans une manifestation digne et silencieuse, vous manifesterez votre attachement à la légalité, à la paix civile, aux institutions".

    249 Cette conception guide le film Paris-manif (1986, Raoul Girardet). VDP 2466.

    250 Romain Goupil, Mourir à trente ans, 1982, VDP 308.

    251 Le Telegramme de Brest, 4 juin 1968, Brest : "Les organisateurs avaient déterminé un large no man’s land. [par] désir tacite de ne pas susciter d’affrontements. Les itinéraires, parfois parallèles ne se rejoignaient jamais. Quand les uns ralentissaient, les autres, mystérieusement informés, ralentissaient l’allure". Midi libre, 1er juin 1968 : "De part et d’autre, on criait des slogans. Les uns levaient le poing, les autres faisaient le V. C’était tragique, l’image même de la guerre civile". (Le terme souligné l’est par nous).

    252 W. Rabinovitch, "Mai 1968, contribution à la sociologie des masses en mouvement", Revue internationale de criminologie et de police technique, vol. 22, n° 3, juillet-septembre 1968.

    253 Pierre Favre, Olivier Fillieule, Manifestations pacifiques et manifestations violentes dans la France contemporaine (1982-1990), IHESI, mars 1992, rapport dactylographié, 220 p. Les auteurs évaluent leur nombre de 7 500 à 8 000 en 1991.

    Les manifestations de rue en France

    X Facebook Email

    Les manifestations de rue en France

    Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks

    Suggérer l’acquisition à votre bibliothèque Acheter ce livre aux formats PDF et ePub

    Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org

    Les manifestations de rue en France

    Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.

    Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org

    Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.

    Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.

    La syntaxe de l’email est incorrecte.

    Référence numérique du chapitre

    Format

    Tartakowsky, D. (1997). Chapitre 28. Mai-juin 1968. In Les manifestations de rue en France. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.62472
    Tartakowsky, Danielle. « Chapitre 28. Mai-juin 1968 ». In Les manifestations de rue en France. Paris: Éditions de la Sorbonne, 1997. doi:10.4000/books.psorbonne.62472.
    Tartakowsky, Danielle. « Chapitre 28. Mai-juin 1968 ». Les manifestations de rue en France, Éditions de la Sorbonne, 1997, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.62472.

    Référence numérique du livre

    Format

    Tartakowsky, D. (1997). Les manifestations de rue en France. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.62302
    Tartakowsky, Danielle. Les manifestations de rue en France. Paris: Éditions de la Sorbonne, 1997. doi:10.4000/books.psorbonne.62302.
    Tartakowsky, Danielle. Les manifestations de rue en France. Éditions de la Sorbonne, 1997, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.62302.
    Compatible avec Zotero Zotero

    1 / 3

    Éditions de la Sorbonne

    Éditions de la Sorbonne

    • Mentions légales
    • Plan du site
    • Se connecter

    Suivez-nous

    • Facebook
    • Bluesky
    • Flux RSS

    URL : http://editionsdelasorbonne.fr/

    Email : edsorb@univ-paris1.fr

    OpenEdition
    • Candidater à OpenEdition Books
    • Connaître le programme OpenEdition Freemium
    • Commander des livres
    • S’abonner à la lettre d’OpenEdition
    • CGU d’OpenEdition Books
    • Accessibilité : partiellement conforme
    • Données personnelles
    • Gestion des cookies
    • Système de signalement