Chapitre 17. Manifestations sous influence
p. 445-468
Texte intégral
Les difficultés qui s’opposent à la propagation des informations que les autorités souhaitent laisser ignorer sont telles qu’il est impossible de se faire une idée d’ensemble d’une manifestation nationale avec la rapidité qui serait nécessaire. Qu’on songe par exemple qu’il arrive que des Lyonnais ignorent pendant plus d’une semaine des incidents survenus au marché de Villeurbanne à la suite de protestations de ménagères1.
1Les manifestations de rue se sont structurées dans un étroit rapport à un certain type de régime politique. La période ouverte en juillet 1940 pose la question de leur devenir quand celui-ci disparaît pour laisser place à un État d’un type nouveau. L’armistice et la constitution de l’État français induisent une redéfinition du système identitaire par ou contre lequel elles se sont historiquement constituées. Ils leur imposent de nouvelles contraintes qui transforment radicalement leurs conditions d’exercice et jusqu’aux modalités de la commémoration nationale.
De nouvelles règles
Des commémorations
2La révolution nationale doit à ses conditions d’émergence d’être un de ces moments de l’Histoire où "l’invention des traditions"2 est, plus qu’à d’autres, nécessaire. Le refus des "mensonges" et la condamnation sans appel du régime qui les a portés n’aboutit pourtant pas au rejet de l’arsenal symbolique fourbi par ce dernier. L’État français conserve La Marseillaise, le drapeau tricolore, les trois fêtes nationales qui cohabitent depuis 1920 et maintient, dans ce cadre, le primat du 14 juillet ; nonobstant l’avis de ceux qui souhaiteraient lui substituer la fête de Jeanne d’Arc ou la commémoration du 10 juillet 19403. Le paradoxe n’est qu’apparent. Il tient à la polysémie d’un système symbolique qui, pour initialement signifier la Nation, a glissé, de 1914 à 1918 et plus encore en 1919, vers la Patrie. Patrie sanctifiée par les morts de Verdun qui valent précisément à Pétain sa légitimité. On perpétue, dès lors, un système de représentations dont la signification par ailleurs nationale et populaire s’est pourtant exprimée sans détour durant les quatre années écoulées. Cela n’induit en rien la pérennité des pratiques.
3Dans la zone occupée, les autorités allemandes s’attachent à empêcher toute extériorisation des fêtes nationales, fût-elle officielle. Le 14 juillet 1940, le quartier général de l’armée allemande à Bordeaux interdit toute cérémonie politique ou religieuse et toute manifestation commémorative, en vertu d’ordonnances des 10 mai et 20 juin4. Une nouvelle ordonnance du 28 août étend les restrictions aux réunions, cortèges, défilés ou pavoisements de toute nature en zone occupée. Le général de corps d’armée, délégué du gouvernement français, juge opportun d’en relayer les termes en prévision du 11 novembre5. Qu’un flot continu de passants circulent, nonobstant, à Lille, devant la statue de Jeanne d’Arc, le 11 mai 1941, en la saluant parfois du V de la victoire et les autorités d’occupation croient utile de préciser qu’elles comprennent le terme de "manifestation" de façon très extensive. L’Oberfeldkommandant considère "non seulement qu’il y a eu une manifestation concertée anti-allemande mais que la police s’est rendue au moins coupable de complicité en n’intervenant pas". Le préfet objecte qu’on ne saurait "interpréter le passage de promeneurs dominicaux comme une manifestation"6 mais n’obtient pas gain de cause. Une circulaire du commandant des forces militaires allemandes en France, datée du 16 mai, demande, au contraire, aux préfets de zone occupée de prévenir fermement la population qu’il convient d’éviter le renouvellement de tels rassemblements, par l’intermédiaire du maire ; que, le cas échéant, des mesures seront prises contre l’ensemble de la population en cas de non-respect7. En conséquence, à la veille du 11 novembre 1941, le secrétariat d’État estime devoir rappeler que les autorités allemandes interdisent toute manifestation collective ou individuelle et qu’elles prêtent une attention particulière à la jeunesse des écoles du fait des "incidents" advenus la précédente année. Il s’adresse plus spécifiquement aux chefs d’établissement et les invite à lancer à leurs élèves un pressant appel au calme et à les mettre en garde contre les risques graves auxquels les exposeraient toute manifestation8.
4En zone sud, les dispositions restrictives résultent de la seule autorité du maréchal Pétain. Le 14 juillet 1940, "marqué du signe de deuil et du recueillement", donne lieu à des cérémonies aux monuments aux morts auprès desquels un mât dressé porte un drapeau national en berne. La minute de silence s’accompagne d’un défilé des troupes avec sonnerie aux morts, là où faire se peut encore, et partout d’un service religieux9. Les 14 juillet suivants sont célébrés sous ces formes minimales mais demeurent du moins fériés10. Le 11 novembre doit, par contre, à sa signification d’être plus frontalement atteint. Dès 1940, il perd son statut de fête chômée11, voit tout pavoisement interdit et se limite, comme le 14 juillet, à un service religieux et un dépôt de palme suivi d’une minute de silence. L’année suivante, la fête de Jeanne d’Arc se réduit pareillement à des dépôts de gerbe accompagnés de cérémonies religieuses. Ses relations à la culture catholique et sa possible dimension anglophobe lui valent, entre toutes, d’être la moins touchée. En 1941, l’armée reçoit l’autorisation de constituer un piquet d’honneur pour les cérémonies religieuses qui la marquent12 et elle est proclamée, l’année suivante, "fête de la jeunesse" et célébrée selon un cérémonial proche de celui du 11 novembre. Ces commémorations excluent la participation populaire et le défilé militaire qui leur est pourtant consubstantiel. En revanche, elles font une place nouvelle à l’Église et alignent leur cérémonial sur celui du 11 novembre ; réduit, pour lui, à celui de la Toussaint, en vertu du dolorisme, cette dimension constitutive du régime, et des limites imposées par l’occupant à tout déploiement des forces armées. Ces modalités d’une commémoration dont le principe n’est pas remis en cause comblent rarement le "patriotisme minimum"13 de ceux qui tiennent l’État français pour un moindre mal14 Ils désignent, en revanche, les espaces/temps délaissés comme autant d’enjeux pour ses adversaires. Le préfet de la région de Montpellier qui déplore que des gens aient éprouvé le besoin de "se montrer dans la rue" le 14 juillet 1942 "en répondant aux mots d’ordre d’une radio étrangère" témoigne d’une claire conscience de leurs effets pervers et se dit convaincu qu’on eût pu éviter ces débordements "si une grande parade avait permis à la foule de manifester son enthousiasme patriotique"15.
5Si la polysémie des commémorations héritées de la République contraint le régime à vivre avec elles, elle l’incite, du moins, à privilégier celles des célébrations qu’il initie alors même. Il "invente", à leur faveur, un système symbolique nouveau qu’il surimpose au précédent. Certaines fêtes agrestes ont connu un renouveau lors du Front populaire à la faveur d’initiatives locales ayant permis des syncrétismes. C’est l’État français qui, désormais, procède à de systématiques réemplois favorisant des syncrétismes d’une autre nature. Les moissons ou vendanges, la Saint-Jean, le "mai" ou la cueillette du gui sont les occasions de festivités laissant, toutefois, peu de place à la spontanéité populaire de 1936 et, moins encore, à la licence ou à l’irrévérence constitutives de certaines de ces fêtes Elles s’appuient sur les apports des folkloristes, requièrent le concours d’organisations de jeunesse telle la JAC, de la corporation paysanne, des compagnons de France, de l’Église et recourent à des rituels ordonnés associant, à leur tour, dépôts de gerbe, défilé, levée des couleurs et chant choral, en s’apparentant ainsi aux cérémonies précédemment évoquées. Le 1er mai qui coïncide avec la Saint-Philippe et s’inscrit dans le "cycle de mai" (Arnold Van Gennep) occupe dans ce dispositif une place particulière. Cette "fête du travail et de la concorde sociale" doit à la loi du 12 avril 1941 de devenir un jour chômé. Le Maréchal la célèbre, pour la première fois, depuis Vichy et s’adresse aux compagnons du tour de France arborant cannes et rubans symboliques. Des cérémonies se déroulent, simultanément, dans diverses villes. La fête des mères, inscrite depuis des années dans la loi, entretient un même rapport avec le temps des cycles naturels et de la fécondation. Elle est célébrée avec un faste encore inconnu. Le gouvernement multiplie simultanément des cérémonies et commémorations fréquemment doloristes : anniversaires de la mort de Guynemer, de l’attaque anglaise contre Mers el-Kébir et du revers gaulliste à Dakar, retour des cendres de l’Aiglon à Paris avalisé par les autorités allemandes16, hommage rendu aux victimes des bombardements alliés le 8 mars 1941 à la Concorde, etc. Il institue enfin les voyages officiels et les fêtes de la Légion, plus directement politiques. La prestation du serment légionnaire, de règle à chacun de ces voyages17, est loin d’égaler l’ostensible virilité des congrès de Nuremberg. Les photographies restituent l’image d’hommes en uniforme, bras tendus, et plaident en faveur de la similitude mais les films laissent percevoir la faible coordination de gestes mal intériorisés.
6Cette prestation de serment institue du moins un lien personnel entre la Légion et le Maréchal, en permettant à celle-ci de se réclamer de cette allégeance et de se donner pour la dépositaire du message en l’absence du chef. Non sans provoquer des phénomènes de rejet de la part de certaines municipalités18. Les anniversaires de la Légion19 sont, pareillement, conçus comme l’expression d’une fédération nouvelle qui tient plutôt de l’alliance. Le premier et le troisième reposent sur la mystique de la flamme, symbole du souvenir et de la patrie toujours vivante. En août 1941, par exemple, cette flamme sacrée allumée sur la tombe du Soldat inconnu est acheminée à Vichy et remise au Maréchal. Selon un cérémonial initié dans l’entre-deux-guerres par les anciens combattants. Les trois premières torches sont allumées de la main du Maréchal et 20 000 coureurs en assurent le relais jusqu’aux limites de la zone libre et, avion aidant, Dakar et Alger. La flamme, entretenue sur les sites naturels élevés, le 30, est veillée tandis que les cloches se mettent en branle "pour inviter la France chrétienne au recueillement". En août 1942, le second anniversaire est placé, pour lui, sous le signe de la terre. Les sections légionnaires de la zone libre et la corporation paysanne en zone occupée doivent prélever une parcelle de terre dans chaque commune de l’empire ; au point jugé le plus symbolique20. Ces parcelles contenues dans un sachet d’étoffe cousu par la femme ou la mère d’un prisonnier sont enveloppées dans les couleurs du drapeau et réunies par cantons et départements avant de se fondre dans le cénotaphe du plateau géographiquement central et nationalement symbolique de Gergovie. Sous une dalle scellée par le Maréchal. Ces voyages et cérémonies sont, ainsi, conçus comme autant de manières de transcender la coupure de la France : la présence du Maréchal, la flamme ou la poignée de terre exprimant la partie pour le tout.
7Quatre années durant, la France du Front populaire a rejoué la fête de la Fédération, de manifestations en commémorations. L’État français emprunte aux mêmes mythes fédérateurs et entretient un rapport similaire à la symbolique populaire. Là s’arrêtent pourtant les similitudes. Vichy substitue le folklore à l’histoire quand tout deux se complétaient en 1936. Il préfère l’atemporalité des rythmes naturels et leur immuable récurrence au temps d’une histoire qui vient de signifier la cassure. Il investit à diverses reprises les espaces naturels qu’il tient pour chargés d’âme en ignorant cette cristallisation de l’histoire qu’est, toujours, la ville. Sur le modèle Völkisch, cette autre forme de la culture des années trente21. Pour substituer l’indissociable relation du sol et de la Patrie à celle de l’histoire et de la Nation mais sans totalement parvenir à masquer le caractère de substituts et parfois de leurres des rites sollicités. Ne reconstitue-t-on pas, en 1943, la dalle de l’Arc de Triomphe à Vichy pour permettre au Maréchal de présider le troisième anniversaire de la Légion ?
De rares tolérances
8La proclamation allemande du 20 juin 1940, déjà mentionnée, restreint les traditionnelles libertés démocratiques et soumet, en particulier, tout rassemblement à l’autorisation préalable des forces d’occupation22. Cette dernière est accordée, sans excès, aux partis collaborationnistes ; dans la capitale en premier lieu.
9Le PPF qui relève d’une culture populiste en rupture avec celle des autres formations de l’extrême droite investit la rue dès les lendemains de l’armistice. Il se livre à des démonstrations antisémites tapageuses dans diverses villes de la zone libre23, persiste à jouer la rue, à Vichy même, contre Déat et Bergery, tente d’intervenir sur les questions du ravitaillement en usant de procédés analogues à ceux des adversaires du régime24 puis concentre ses démonstrations dans la zone occupée avec l’évidente tolérance des autorités allemandes. Il se heurte à Rennes et Angers à une vive opposition25 mais capte, à Lille ou Nancy, le "patriotisme minimum" évoqué plus haut en permettant à des populations soumises à une pression particulièrement forte de la part de l’occupant d’entonner au grand jour La Marseillaise26. Des contradictions l’opposent, parfois, aux autorités françaises. Brinon interdit, ainsi, un meeting prévu le 8 novembre 1942 au Vel’ d’Hiv’ à l’annonce du débarquement allié en Afrique du Nord. Doriot refuse d’obtempérer. Il mobilise des milliers de sympathisants autour du Vel’ d’Hiv’ et remonte, à leur tête, l’avenue Marceau, les Champs-Élysées puis la rue de Rivoli, dans une voiture découverte, aux accents de l’Hymne du PPF, de La Marseillaise et aux cris de "Laval démission", "Guerre à l’Anglais". Il harangue la foule rassemblée devant le siège du parti, sonorisé à la hâte27, et défile à nouveau, le lendemain, sur les Champs-Élysées. Une gerbe déposée le 10 mai 1943 devant la statue de Jeanne d’Arc par des membres de son parti en uniforme est enlevée par les services de police mais un défilé des "gardes françaises" chargés de protéger les réunions et rassemblements du parti et de préparer d’éventuelles et futures batailles de rue peut se déployer sans encombre après un nouveau meeting au Vel’ d’Hiv’ le 8 août 1943. Douze bataillons en uniforme défilent sur le même trajet que l’année précédente, derrière le comité directeur, en voiture découverte. Ces quelques milliers d’hommes arborent les drapeaux des provinces françaises, et, en bonne place, malgré une interdiction allemande les concernant, ceux des territoires contestés : Alsace, Lorraine, Corse, Savoie, comté de Nice, Flandre et Bourgogne. Devant une foule évaluée par Doriot à 100 000 personnes28. Le RNP obtient, de son côté, la tenue d’un meeting à la Mutualité le 1er mai 1941 malgré une interdiction générale de la préfecture de police et peut faire défiler des détachements de la Milice nationale populaire au Quartier latin le 18 juillet 194329. Le franciste Marcel Bucard manifeste, pour lui, le 4 mai 1943 à Ploërmel30, le 3 juillet à Paris puis les 2 et 12 septembre à Rouen où ses militants bousculent ceux des passants réticents à se découvrir devant le drapeau tricolore déployé en tête, nonobstant les vives réticences du préfet31. Les autonomistes bretons, présents dans la rue dès juillet 194032, jouissent de pareilles tolérances33.
10En zone sud, restrictions et exceptions sont pareillement la règle. Le ministre de l’intérieur autorise assez systématiquement les processions34, les déploiements de la Légion en dehors même des circonstances évoquées plus haut35 et, dans un premier temps du moins, ceux des SOL36. La législation régissant les réunions publiques depuis 1907 et les décrets-lois d’octobre 1935 sont toutefois infléchis dans un sens plus restrictif quand commence à souffler "le vent mauvais". La loi du 18 juillet 1941 porte de trois à huit jours le délai nécessaire à la déclaration préalable de tout cortège ; elle soumet les réunions à cette même obligation et prévoit leur possible interdiction. Le ministre de l’intérieur regrette, en sus, que certaines organisations para-étatiques omettent de se plier aux normes nouvelles et souligne les inconvénients susceptibles d’en résulter "pour la sécurité personnelle du chef de l’État comme pour le maintien de l’ordre dans la rue"37. Tandis que les préfets manifestent les plus vives réserves vis-à-vis des démonstrations du SOL plus directement politiques38 Le préfet maritime de Toulon qui a dû mobiliser la police à leur encontre juge "nécessaire de mettre un terme à [ces] action[s] susceptible[s] de créer des désordres"39. Son homologue de la région de Marseille parle, pareillement, d’une "fâcheuse impression [produite] sur le public"40, etc. Les préfets s’inquiètent plus encore des prétentions du PPF et des SOL à s’instituer en forces d’appoint face aux manifestations dirigées contre le Maréchal et son gouvernement. La fascisation du régime amène, cependant, Pétain à conforter ceux-ci dans leurs prétentions. "Aujourd’hui, avec la police, les SOL restent la seule force organisée susceptible de maintenir l’ordre", déclare-t-il le 5 janvier 1943 aux légionnaires. "S’ils n’existaient pas, les raisons commanderaient de les créer pour barrer la route aux forces occultes et mauvaises qui cherchent à nous anéantir. Ils doivent être à l’avant-garde du maintien de l’ordre à l’intérieur du territoire français en accord avec les forces de police". Et d’annoncer, ce jour, la création de la Milice.
11Le régime tente de donner corps à son hégémonie en procédant à une redéfinition des espaces/temps symboliques mais il est, là comme ailleurs, prisonnier d’une contradiction. Il ne peut totalement s’émanciper d’héritages rejetés et doit tenir compte des restrictions imposées par l’occupant comme de la crainte que lui inspirent ses adversaires. Ces handicaps lui interdisent tout déploiement martial ou populaire dans l’espace public mais le contraignent à composer avec la symbolique ancienne41. Ses célébrations, ses commémorations et jusqu’à ses fêtes sont dès lors condamnées à n’être qu’une perpétuelle Toussaint. Quand la rue et les commémorations deviennent précisément des objectifs à la mesure des interdits ou des limitations qui les frappent.
Juillet 1940-avril 1942 : résistances
12Sous l’effet conjugué des restrictions apportées aux libertés démocratiques, du choc psychologique consécutif au déclenchement du conflit et de la répression qui s’abat, la rue, devenue soudain déserte, l’était demeurée ou presque durant toute la drôle de guerre. L’Occupation et la constitution de l’Etat français ont pour conséquence inattendue d’en provoquer le réinvestissement : plus de 750 manifestations recensées de juillet 1940 au débarquement42, en comptabilisant, exceptionnellement, les 1er mai, 11 novembre et 14 juillet, eu égard aux circonstances qui modifient le statut des cortèges organisés dans un tel cadre. Ce chiffre, à coup sûr minimum43, situe la moyenne de ces années de guerre au-dessus des étiages de l’entre-deux-guerres44 ; quand les organisations traditionnellement manifestantes sont pourtant interdites ou dissoutes, les libertés démocratiques remises en cause, le territoire national partiellement occupé avant de l’être totalement et les démonstrations lourdes de risques.
13Jusqu’au début novembre, les rassemblements, peu nombreux, demeurent le fruit d’initiatives locales sans connexion entre elles, n’étaient quelques démonstrations communistes pour la reprises des mairies et des manifestations de chômeurs, concomitantes, en diverses localités de la banlieue parisienne45. Un tournant s’opère après Montoire. Les manifestations, plus nombreuses, s’organisent désormais selon deux séries cohérentes correspondant peu ou prou aux orientations de lutte, divergentes, des gaullistes et des communistes.
Les manifestations patriotique
Des initiatives locales
14Les manifestations patriotiques exprimant le refus de la domination allemande ne répondent pas toutes à des directives explicites de la France combattante. Elles correspondent du moins à ses orientations. Une première est recensée à Lorient le 29 octobre 194046. Les suivantes, inaugurées par la manifestation parisienne du 11 novembre 1940, s’inscrivent presque toutes dans le temps convenu des rites et commémorations. Depuis juillet, l’Université de Paris témoigne d’une sourde résistance individuelle ou parfois plus collective à l’ordre nouveau47. Le 30 octobre, la situation se tend après l’arrestation du professeur Langevin. François Lescure et Roger Morais, dirigeants respectifs de l’Union nationale des étudiants et du Centre d’entraide aux étudiants mobilisés et prisonniers, imaginent de canaliser l’émotion grandissante en un mouvement susceptible de lui donner corps. Des tracts apparaissent, des monômes s’organisent au Quartier latin et un rassemblement se forme, le 8 novembre, malgré une interdiction et la mobilisation d’importantes forces de l’ordre. Ce premier succès stimule les énergies à la veille d’un 11 novembre qui soucie les autorités depuis plusieurs jours. Des mots d’ordre invitant à se rendre à 16 heures aux Champs-Elysées circulent de bouche à oreille dans les facultés48. Ces directives bientôt confortées par des tracts donnent un cadre à la volonté d’action exprimée depuis plusieurs jours parmi les étudiants et lycéens et qui leur préexiste donc. Une foule évaluée entre 3 000 à 10 000 personnes se presse à l’heure dite autour de l’Étoile. Les étudiants et lycéens, majoritaires, sont mieux rodés aux monômes qu’aux manifestations de rue, de surcroît interdites. Ils tournent autour du rond-point cerné par la police aux accents de La Marseillaise et aux cris de "Vive de Gaulle", "Vive Churchill". Jusqu’à l’arrivée de renforts allemands. Celle-ci confère brusquement à la manifestation un tour d’autant plus dramatique qu’aucun cadre de protection n’a été prévu. Le bilan officiel fait état de 123 arrestations "pour scandale sur la voie publique" et de 3 blessés légers. La presse estudiantine clandestine et Radio-Londres évoquent des morts49. Le boulevard Saint-Michel est, le lendemain, interdit à la circulation, les institutions universitaires fermées sur directive des autorités allemandes. La presse légale tait l’événement cinq jours durant. La place avérée des étudiants communistes parmi les promoteurs et rédacteurs des tracts à l’origine de la manifestation n’empêche pas cette dernière de s’inscrire en rupture avec la ligne prévalant alors dans le groupe dirigeant du parti communiste50 comme avec ses pratiques de mobilisation alors dominantes. Le rôle attesté de la radio gaulliste et le fait qu’elle ait donné "vigueur à la propagande anti-allemande et à l’action des partisans de De Gaulle", de l’avis autorisé du préfet Langeron51, ne signifient pas davantage que la France combattante soit à son origine. De jeunes étudiants s’expriment au nom de valeurs communes et par-delà les clivages politiques existants. A partir d’initiatives diverses qui convergent et se cristallisent. Cette manifestation n’entretient, du reste, aucun lien organique avec les très rares tentatives de manifestation attestées, ce jour, dans d’autres villes de France52. Du moins constitue-t-elle un déclic. D’autres démonstrations initiées par des jeunes marquent diverses villes, les mois suivants53. Dans des formes parfois spécifiques à leur classe d’âge témoignant de la prégnance de pratiques culturelles54.

Photographie Marcel Chabedech in Les Inconnus de la Résistance, Messidor, 1984.
ENTERREMENTS PATRIOTIQUES DONNANT LIEU À CORTÈGE. 1940-1944

15Les enterrements d’aviateurs alliés abattus sont l’occasion de manifestations patriotiques d’une autre sorte. Les 21 répertoriés d’août 1940 à novembre 1942 s’organisent pour d’évidentes raisons presque tous en zone occupée et plus particulièrement en Bretagne, cible de choix des parachutages et forte d’une tradition anglophile. Ils sont d’inspiration gaulliste dans l’acception déjà donnée au terme mais résultent de l’initiative spontanée de la population des villes ou villages concernés. Certains se déroulent dans de petites communes et mobilisent alors une proportion considérable d’habitants, comme de coutume face à la mort, en ces régions demeurées fortement catholiques plus qu’ailleurs. D’autres affectent de grandes villes et deviennent parfois le prétexte d’ultérieurs pèlerinages55. Au point de préoccuper les Allemands qui s’attaquent à ces manifestations sous couvert. A Vannes, une inhumation et le 11 novembre coïncident56. Ils s’y opposent. En Haute-Savoie, ils obligent à procéder de nuit57. Ils interdisent, encore, le déroulement d’un cortège à Gex58, menacent la ville de Saint-Malo de sanctions collectives59 et opèrent parfois des arrestations60.
Gaullistes et communistes
16Depuis le 18 juin, de Gaulle affirme sa légitimité face à la légalité présumée de Pétain. En vertu et au nom de cette légitimité, il s’adresse aux Français lors des fêtes nationales et diffuse des directives. L’appel qu’il lance à la veille du 14 juillet 1940 ne préconise encore que le recueillement individuel sans extériorisation61. II en va différemment, le 11 novembre, quand Radio-Londres demande aux Parisiens de se rendre à l’Arc de Triomphe ou devant la statue de Clemenceau. Les directives énoncées par le général, le 28 décembre, demeurent imprégnées de prudence mais se veulent, du moins, cette fois, applicables à la France entière, sous l’espèce d’un appel à faire le vide dans les villes une heure durant le 1er janvier. Elles sont parfois relayées par des mains anonymes62 et produisent des effets perceptibles dans 6 localités dont 4 en zone occupée63. Que la Kommandantur riposte à Vierzon et donne l’alerte pour appréhender ceux qui feindraient de l’ignorer64 atteste de ce que l’occupant tient ce "plébiscite muet"65 pour une forme d’action à part entière. Les autorités françaises, également, en traduisant 7 jeunes d’un village de la Drôme devant le tribunal militaire66. La fête de Jeanne d’Arc permet de franchir le pas qui conduit à une extériorisation nationale des sentiments. Depuis Brazzaville, de Gaulle appelle à se trouver sur "les promenades publiques des villes et villages de 15 à 16 heures" et poursuit : "En silence, des millions de regards échangés ranimeront dans les cœurs la flamme de la résistance nationale". La gendarmerie de Paris mobilisée sur ordre des Allemands contrôle les points névralgiques de la capitale et les stations de métro pour empêcher l’accès à la statue de Jeanne d’Arc. Près de 10 000 personnes s’agglomèrent pourtant, alentour, et se dirigent vers la place de l’Opéra ; aux accents de La Marseillaise sous les fenêtres de la Kommandantur et aux cris de "Vive de Gaulle, Vive la Grande-Bretagne, Doriot au poteau", nonobstant les consignes de silence de Radio-Londres. Une partie des manifestants est isolée dans les Tuileries mais d’autres, souvent munis de bouquets tricolores, atteignent, isolément, l’Arc de Triomphe, offrant là, selon les termes d’un rapport adressé à Londres, la "prodigieuse et émotionnante [sic] manifestation d’une force contenue depuis des mois"67. Des incidents se produisent et des arrestations sont opérées mais le remplacement du préfet Marchand par l’amiral Bard constitue, à lui seul, un communiqué de victoire. Dix autres villes au moins, situées dans 9 départements, répondent pareillement à cet appel en catalysant, parfois, des actions ultérieures. Les ouvriers de l’arsenal de Lorient, au nombre desquels des communistes68, se rendent, ainsi, dix jours plus tard devant le monument aux morts et déchirent le portrait du chef de l’État pour protester contre les accords ratifiés par Darlan69.
17Les manifestations patriotiques du début d’année ont permis au "chef de la France libre [de s’affirmer comme celui] de la résistance populaire à l’occupant"70. Désormais passé à un autre stade de l’action, il prononce une allocution convenue le 14 juillet 1941 comme le 11 novembre mais ne délivre plus de directives d’action explicites. Quand le parti communiste évolue en sens inverse. Depuis le tournant d’octobre 1939, celui-ci a renoué avec le système de références (nationales ou internationales) qui lui fut longtemps spécifique. Il mise, comme tout un chacun, sur les potentialités mobilisatrices de certaines commémorations mais s’inscrit dans une stricte perspective de classe qui lui vaut, par exemple, de restaurer le primat de l’anniversaire de la révolution russe et du 9 février sur ceux des 11 novembre ou 12 février71 comme de faire place belle au 1er mai ainsi qu’au Mur, sans appel à manifester, cependant. La soudaine invasion de l’Union soviétique par les troupes du Reich infléchit sa ligne et induit des réorientations qui n’épargnent pas l’action sur le terrain identitaire et commémoratif. L’Humanite renoue en juillet avec les réévaluations opérées en 1935. Elle appelle à pavoiser tricolore le jour de la fête nationale, préconise "partout, dans les villes et villages, des manifestations avec drapeau tricolore, Marseillaise, Chant du depart" et reproduit leurs paroles72. Elle réitère, à la veille du 11 novembre, en demandant de "défiler en silence devant les monuments aux morts et [de] les fleurir"73, selon les directives des "anciens combattants des deux guerres"74. Treize manifestations patriotiques dont 12 en zone occupée marquent ce 14 juillet, soit une extension par rapport à la fête de Jeanne d’Arc. On ne saurait en préciser l’origine politique mais divers symptômes témoignent du moins d’un élargissement. A Paris où les Allemands ont interdit jusqu’au port d’insigne, une foule se presse à l’Arc de Triomphe. Des femmes vêtues des trois couleurs se donnent le bras et chantent La Marseillaise. Une femme de 75 ans, vêtue de blanc, voilée de crêpe et la poitrine barrée d’une écharpe tricolore, marche en tenant une gerbe dans ses bras, escortée d’étudiants criant sur son passage : "C’est la France en deuil qui passe"75. L’Humanite qui, pour la première fois, rend compte d’une manifestation de ce type dit y voir la "première preuve de la vitalité et de l’élan du Front national"76. A Wattrelos, la manifestation prend la forme d’un défilé continu devant les tombes d’aviateurs britanniques récemment inhumés. Des manifestants parmi lesquels la police identifie 20 communistes font le V de la victoire mais chantent aussi bien L’Internationale que La Marseillaise et crient "Vive la Russie", "Vive les soviets", "A bas Vichy"77. Ceux rassemblés à Gourin, dans le Morbihan, s’abstiennent de tout témoignage d’hostilité ouvert vis-à-vis des Allemands mais défilent devant le domicile d’autonomistes et les conspuent en entonnant des chants patriotiques78. Des démonstrations s’organisent ultérieurement sur le passage de prisonniers de guerre79 et, dans divers quartiers de Paris, aux cris de "Vive la Grande-Bretagne, vive la Russie"80. Elles sont un des symptômes du "vent mauvais" qui s’est mis à souffler. La progression n’est, pourtant, pas linéaire. En témoigne le faible écho des directives d’action communistes et gaullistes lancées après l’exécution des otages de Nantes et de Bordeaux81 et l’échec du 11 novembre82. L’un et l’autre peuvent s’expliquer par l’effet dissuasif des exécutions d’otages sur des actions exposant au grand jour leurs participants mais une vague de manifestations de ménagères s’engage quand, précisément, déclinent ces manifestations patriotiques. Ce qui autorise une autre hypothèse : la répression grandissante n’amènerait-elle pas à déplacer les énergies sur des terrains mieux en prise sur le vécu de tous ; où l’occupant et Vichy ne sont visés que par ricochets et l’intervention de la force armée délicate ?
Au rythme des récoltes. Les ménagères : 1940-avril 1942
18Certaines manifestations s’organisent, en 1940-1941, dans le cadre de mouvements revendicatifs. Les ouvriers des entreprises Schnöffer, en grève, à Bourges, en décembre 1940, vont en cortège à la préfecture où ils sont reçus83. La grève des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais84, inscrite parmi les mouvements les plus marquants de juin 1941, s’accompagne de manifestations quasi quotidiennes. Celles-ci diffèrent des traditionnelles manifestations-appendices en ce qu’elles mobilisent généralement les femmes des grévistes, certaines chargées de débaucher les ouvriers, d’autres d’aller à la Kommandantur exiger la libération des "meneurs" arrêtés et d’autres, enfin, d’intervenir auprès des ouvriers ayant repris le travail85 :
MANIFESTATIONS DE MÉNAGÈRES, 1940-1942

MANIFESTATIONS PATRIOTIQUES

19Les manifestations dites de "ménagères" et destinées à protester contre les difficultés croissantes du ravitaillement86 ou, plus rarement, contre le sort des prisonniers de guerre87 sont de très loin les plus nombreuses88. A quelques exceptions près, Elles se répartissent en deux vagues successives. Leur apparition date de l’hiver 1940-1941. En novembre, des femmes se rendent dans les préfectures et sous-préfecture de Carcassonne, Marseille et Béziers pour protester contre la pénurie de pommes de terre. Elles obtiennent satisfaction immédiate dans deux des trois cas et font libérer des manifestantes appréhendées à Béziers89. Ces premières manifestations sont suivies par 43 autres jusqu’en mai 1941. Toutes, en zone occupée. Elles deviennent, pendant quelques mois, exceptionnelles puis opèrent un retour en force avec l’hiver 1941-1942 ; sous l’effet conjugué de sa rigueur et de la baisse du pouvoir d’achat. Sensiblement plus nombreuses que l’hiver précédent, elles élargissent leur assise à 24 départements au lieu de 6, touchent au moins 68 localités n’ayant jamais manifesté depuis juillet 194090 et débordent le cadre des fiefs communistes dans lesquels elles s’étaient jusqu’alors cantonnées. Un rapport toulonnais évoque la présence en leurs rangs de "femmes de toutes classes"91 mais divers exemples témoignent du recrutement des manifestant(e) s dans des milieux populaires ou en difficultés temporaires. Les ouvriers constituent le gros des forces à Charleval92 ou Vizille où des affiches apposées sur le portail des six usines invitent à manifester93, ils articulent leur action propre avec celle des "ménagères" à Sète94, "surveillent visiblement" la manifestation depuis les rues adjacentes à Séloncourt95. Les femmes issues des milieux populaires, les étrangers réfugiés de l’Est et les Italiennes constituent le gros des effectifs dans les très nombreuses démonstrations du Var, souligne Jean-Marie Guillon qui conclut à une "réaction ouvrière et de classe d’une population [n’ayant] pas accès au marché noir et [sans] retenue particulière devant la manifestation"96. Conclusion sans doute applicable à tous les mouvements de zone sud97.
20Ces manifestations s’inscrivent en rupture avec les pratiques dominantes de l’entre-deux-guerres. Elles mobilisent, dans leur quasi-totalité, les seules femmes souvent accompagnées d’enfants98, se veulent expression du consommateur et non du producteur quand le phénomène est, en France, rarissime et empruntent au "répertoire" des émeutes de subsistance99. Ces mouvements de faible ampleur100 affichant rarement une explicite politisation101 se situent, de fait, dans un rapport d’immédiateté spatio-temporelle avec leur cause et leur objectif (souvent confondus). La plupart s’inscrivent dans le rythme saisonnier des récoltes et coïncident avec ces périodes de pénurie grandissante et de difficultés quotidiennes accrues que sont les deux hivers. Ils se déroulent le plus souvent sur les marchés où l’absence d’un produit constitue l’élément déclencheur. La plupart revêtent, toutefois, la forme de manifestations-pétitions interpellant jusqu’au pouvoir central et tiennent donc les autorités pour des interlocuteurs102. Ceux de l’hiver 1940-1941 obtiennent souvent satisfaction sur-le-champ. Il en va différemment en 1941-1942. La poussée manifestante de la fin janvier inquiète suffisamment le gouvernement pour qu’il estime nécessaire d’en débattre en cabinet103 et prenne des dispositions destinées à éviter une possible contamination. Sans y parvenir pleinement104. Les organisateurs de ces manifestations exemplarisent leurs succès105 et les ondes officielles leur font parfois écho. Au point que le maire de Bandol et la gendarmerie attribuent la responsabilité de la manifestation du 3 février à la publicité faite aux récents événements de Montpellier. "On a appris que l’Hérault venait d’obtenir un supplément de ration ce qui ne pouvait qu’entretenir une jalousie régionale et un sentiment de frustration à l’origine des manifestations nouvelles"106. Des mesures sont, en conséquence, adoptées pour étouffer les informations susceptibles de servir d’exemple et la censure diffuse de strictes consignes107. Les maires sont simultanément avertis par les préfets qu’il n’y aura jamais de distribution spéciale après une manifestation mais que priorité sera donnée, au contraire, aux communes les plus paisibles108. Le maire de Sète est blâmé à la suite d’un mouvement de cette nature et la police municipale remplacée par la police d’État109. Le préfet du Doubs intime aux maires de son département de ne plus recevoir de délégations. Il rappelle l’interdiction de tout cortège et menace les contrevenants d’internement administratif110 Ailleurs, des mesures préventives sont prises pour empêcher leur déploiement111. La physionomie de certaines démonstrations change, au demeurant, d’aspect. Les gendarmes empêchent trois d’entre elles d’accéder aux mairies et des arrestations sont opérées à Marseille et à Morez112 Certaines s’accompagnent alors d’appels à la violence où parfois de violences effectives qui les constituent en manifestations-insurrections113. Le phénomène demeure cependant limité et de nombreux maires persistent à recevoir des délégations114 Ces manifestations s’apparentent donc, à bien des égards, à la révolte plus qu’à la manifestation dans l’acception contemporaine du terme. Elles relèvent de "l’émotion populaire et des troubles de subsistance à dimension spontanée", écrit Jean-Marie Guillon qui souligne le retour en force d’archaïsmes hérités de l’Ancien Régime et caractéristiques de la culture politique de Vichy : rôle de la rumeur, traînées géographiques, rivalités communales entre localités diversement classées par le ravitaillement général115, atomisation des situations.
21La spontanéité de certaines de ces manifestations est indéniable. Celles qui éclatent dans le Doubs le font "à un moment où les familles imprévoyantes [ont] déjà utilisé tous leurs tickets de pain"116, les communistes sont étrangers à l’agitation spontanée et confuse qui règne à Toulon du 20 au 22 février 1941 et la spontanéité demeure la règle dans les manifestations du Var en 1942. Mais cette spontanéité mérite à tout le moins d’être nuancée. Les communistes ne revendiquent pas explicitement la paternité des premiers mouvements attestés mais il est significatif qu’ils soient signalés dans leur seule presse, à l’heure où la collecte et la diffusion de semblables informations relèvent encore de l’exploit117. Leur rôle dans les manifestations de la zone occupée de l’hiver 1940-1941 ne relève plus de la simple conjecture. Les rapports de la préfecture de police l’attestent, en janvier 1941, dans la région parisienne118. Des femmes crient "Maranne au pouvoir" devant la mairie d’Ivry le 14 de ce mois119. L’Humanite rend compte des manifestations de ce type à diverses reprises et lance, en avril, un véritable appel aux femmes invitées à "alle[r] en masse dans les mairies réclamer ce qui [leur] est dû"120. E1n9 4m1, adies tracts recommandent aux ménagères du Nord de se rendre
22à date et heure fixes devant les mairies pour protester, témoignant de directives émanant de la direction départementale du parti communiste121. Ces manifestations se déroulent, en outre, presque exclusivement dans les ex-municipalités communistes de la région parisienne et dans les bastions ouvriers du Nord-Pas-de-Calais et relèvent d’un synchronisme trop parfait pour résulter du hasard122. Qu’elles débordent l’assise des fiefs communistes durant l’hiver 1941-1942 ne signifie nullement une transformation radicale de la situation. Rouge Midi, Le Cri duGard et l’Humanite invitent les ménagères à s’unir et protester en cortège devant les préfectures et les mairies à la veille de cette deuxième poussée. Les restrictions accrues valent au terrain d’être réceptif. D’où, en lieu et place d’une exemplarisation dont les limites ont été maintes fois signalées et pour la première fois, sans doute, une expansion par contamination à partir d’un épicentre, valant à l’espace de ces manifestations de devenir homogènes quand celui de la décision demeure pourtant morcelé. "Ni spontanées, ni imposées d’en haut, témoigne des années plus tard une dirigeante de l’UFF. Comment aurions-nous pu savoir que telle action, à tel moment, en tel endroit était possible sinon grâce aux comités de base, souples et mouvants. Ils ne doivent pas évoquer une notion rigide d’organisation mais plutôt des groupements susceptibles de se former très rapidement autour de quelques femmes qui les impulsent [et qui] toutes demeurent legales"123 Les rapports préfectoraux soulignent, au demeurant, de plus en plus fréquemment l’origine communiste de ces mouvements124 et reconnaissent que la "propagande subversive" doit à l’effective ampleur du problème posé par les restrictions alimentaires d’avoir "trouvé là un terrain"125. A ce point fertile que divers mouvements collaborationnistes tentent de s’en emparer126
Cultures, stratégies, conjoncture
23Ces manifestations portent l’indélébile empreinte de la conjoncture. Elles s’intègrent presque toujours127 dans ces temps préconstruits ou du moins extérieurs au politique dans sa classique acception que sont le temps calendaire des subsistances et le temps rituel des célébrations individuelles ou nationales. Elles échappent donc au temps volontariste, et d’ordinaire dominant, du politique pour épouser les rythmes retenus par Pétain. Leur géographie qui tendait, avant guerre, à se nationaliser se fractionne, ces deux années durant, pour épouser le découpage du territoire imposé par l’armistice. De manière inattendue, cependant. La répression demeurée sourde en zone sud128 est sensiblement plus brutale en zone occupée. Les autorités françaises interpellent à diverses reprises les "ménagères" en région parisienne129 mais hésitent à user de violence à l’encontre de démonstrations de femmes. Les rapports préfectoraux sur la grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais signalent la difficulté d’user du service d’ordre dès lors que "trop d’énergie, taxée de brutalité amènerait des incidents plus graves"130. L’occupant observe une certaine réserve vis-à-vis des manifestations relatives au ravitaillement qui ne le prennent pas directement pour cible mais juge sévèrement la "mollesse" de la police française lors de la grève des mineurs qui affecte ses intérêts vitaux et n’hésite pas à s’attaquer violemment aux manifestations dites de "mégères"131. La répression des manifestations patriotiques est plus systématique. L’occupant procède à des arrestations et prend souvent des sanctions collectives dans les villes impliquées : couvre-feu132, amendes133 ou, dans certaines communes du Nord, après les manifestations Jeanne d’Arc en 1941, confiscation des postes de radio134. Cent treize des 133 manifestations organisées de juillet 1940 au début de l’hiver 1941 (soit 85 %) le sont pourtant en zone occupée où la répression est la plus forte. La zone sud n’abrite, ces mois durant, que 13 % des manifestations catégorielles et une proportion légèrement supérieure de manifestations patriotiques. La tradition manifestante contribue à expliquer les scores demeurés élevés de la zone interdite ou de la région parisienne135 et se conjugue, en Bretagne, avec les circonstances136. Elle explique également que les municipalités de front populaire avant guerre abritent, jusqu’en juillet 1941, l’écrasante majorité des démonstrations137. Le vécu quotidien unifie bientôt par-delà des processus décisionnels allant à l’encontre et les différences entre les deux zones tendent à se résorber durant l’hiver 1941. L’aggravation des restrictions et l’afflux de réfugiés de zone occupée vers la zone libre138 provoquent, en effet, une extension des manifestations de ménagères. La vague de l’hiver 1941-1942 débute en zone sud. Elle atteint la zone nord à partir de janvier et s’y cantonne presque exclusivement en mars-avril. Au terme du compte, 60 démonstrations dans la première contre 45 dans la seconde du 10 novembre 1941 au 1er mai 1942 et, par là, une meilleure homogénéisation globale dès lors que ces manifestations sont exclusives de toutes autres, ces mois durant.
24Les manifestations organisées de juillet 1940 au 1er mai 1942 diffèrent donc, à bien des égards, de celles de l’entre-deux-guerres. Elles s’inscrivent dans les cadres spatio-temporels imposés par l’armistice et le nouveau régime, cessent de se donner pour des faits d’organisations, se greffent sur des besoins élémentaires ou des traditions, mobilisent des forces sociales qui ne sont pas les plus coutumières du fait et s’intègrent, enfin, dans les espaces et les temps imposés par l’ordre nouveau. Sans totalement s’émanciper des traditions culturelles populaires ou militantes préexistantes. Le Nord et le Pas-de-Calais persistent à manifester plus que d’autres quand les risques sont pourtant, là, plus élevés qu’ailleurs et la spontanéité des mouvements, parfois réelle, est, plus souvent, tout apparente. Les communistes et de Gaulle usent de cette forme d’action en tenant, pareillement, compte du cadre contraignant de son déploiement. Le parti communiste s’engage d’abord sur le terrain des revendications et persiste à privilégier les manifestations dites de ménagères après le tournant de juin 1941. La rupture avec ses formes d’action de l’avant-guerre et la mobilisation d’acteurs nouveaux sont donc un choix délibéré quand même des alternatives nouvelles s’offrent à lui. Il mesure l’existence d’un puissant mécontentement préalable sur un terrain qui ne relève pas de son traditionnel champ d’action, le canalise et lui donne sa forme d’expression en prenant soin de lui conserver ses spécificités premières. Cette action qu’il est seul à impulser présente, il est vrai, un double avantage en termes stratégiques. Elle permet de mobiliser des milieux qui exercent une influence certaine sur l’opinion quand même ils sont faiblement politisés139 et qu’il serait impopulaire et malaisé de réprimer, eu égard à leur sexe et à la nature de leurs revendications. Elle permet, dans le même temps, de maintenir dans l’ombre les militants ouvriers appelés par les communistes à d’autres tâches supposant la clandestinité. Elle affirme, donc, publiquement l’existence d’un mécontentement et atteste la possibilité de l’exprimer au grand jour sans dégarnir d’autres fronts. De Gaulle intervient, en revanche, dans le seul cadre des fêtes de souveraineté dont il se veut le garant. Il se garde d’investir ou même de subvertir les fêtes créées de toutes pièces par le nouveau régime pour éviter de les légitimer et ne diffuse de directives d’action de masse dans aucune autre circonstance. Il s’adresse, donc, à chacun des Français, selon les formes convenues régissant les rapports d’un chef d’État aux citoyens et invite à des manifestations qui se veulent une forme de restauration de l’État légitime. Ces manifestations situées, pour la première fois depuis l’instauration de la fête nationale, dans un rapport de concurrence avec les fêtes de souveraineté perverties entendent en respecter les rites et les symboles autant que les circonstances le permettent. A leur faveur, de Gaulle peut tester l’audience des messages adressés à un pays réduit pour l’heure à une collection d’individus et le degré de sympathie rencontré. Par là même, il peut s’affirmer le fédérateur des résistances en gestation. Les communistes qui conservent l’absolue maîtrise du terrain revendicatif se réinsèrent, après juin 1941, dans une chronologie et des pratiques symboliques permettant des rencontres objectives avec ces démonstrations gaullistes. Quand leurs manifestations respectives demeurent le fruit de stratégies et de cultures étrangères l’une à l’autre. Fractionnement de l’espace et rapport aux temps calendaire et commémoratif n’excluent donc pas l’existence de formes et de rythmes d’action demeurés nationaux ; en vertu de stratégies résumant en elles la quasi-totalité des démonstrations. Gaullistes et communistes prennent appui sur les temps du rite ou du quotidien, unificateurs et mobilisateurs par essence, dans l’évidente volonté d’exprimer le sentiment populaire ou national sans apparente médiation du politique. Par où le temps du politique qui semblait disparu se révèle être simplement pensé (et agi) en termes nouveaux.
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25Les manifestations de l’hiver 1941-1942 contribuent à saper en profondeur le consensus populaire souhaité par Vichy. Elles affaiblissent son emprise. Certaines sont porteuses d’immédiates victoires et contribuent à politiser de nouveaux secteurs de la population. D’autres se heurtent simplement à la police mais attirent l’attention sur l’attitude répressive du gouvernement. D’autres encore se soldent par des arrestations nourrissant de nouveaux motifs de protestation. Quelques manifestations ou contre-manifestations organisées, courant avril, à Angers contre le PPF140 et à Paris contre la collaboration malgré une répression plus frontale témoignent, au demeurant, d’un enhardissement qui contraint le gouvernement à augmenter de 4 000 unités les forces de police parisiennes141 Avant même le retour de Laval.
Notes de bas de page
1 AN F60 1697, 1er mai 1942. New Digest, n° 820.
2 Eric Hobsbawm, 7he Invention of 7radition, Cambridge, 1983.
3 AN F 60 476, 1er juillet 1940, lettre de M. Broussaleux (Marseille) à M. le Maréchal. AN F60 476, 4 septembre 1941, rapport du préfet de Haute-Savoie.
4 AN F 60 476, 12 juillet 1940, préfet de la Gironde au gouvernement.
5 AN F 60 476, lettre du 21 octobre 1940, général de corps d’armée, délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, à M. le Maréchal.
6 AN Fl a 3652, Nord, 11 mai 1941.
7 AN AJ 889, commandant des forces militaires en France, 16 mai 1941.
8 AN Fl a 3652, 11 novembre 1941.
9 AN F 60, 476, 9 juillet 1940, cabinet du ministre.
10 AN F60 476, secrétariat général de Vichy, 14 juillet 1941.
11 AN F60 476, présidence du Conseil aux ministres, 23 octobre 1940.
12 AN F60, 476, note du 19 avril 1941 aux ministres et secrétaires d’Etat.
13 Nous empruntons cette expression à Denis Peschanski in Christian Delage, Denis Peschanski, Henri Rousso : Les Voyages du Marechal, INA, CNRS audio. Les Européens, 1990 : 25 minutes. Nos remarques relatives aux voyages du Maréchal s’inspirent de ces images.
14 De possibles exceptions. Cf. Jean-Louis Panicacci, "Les Alpes-Maritimes", in Jean-Pierre Azéma, François Bédarida, Vichy et les Français, Fayard, 1992, p. 557 : la fête de Jeanne d’Arc tourne, en 1941, au "plébiscite anti-italien".
15 AN Fl CIII 1156, sur le 14 juillet 1942.
16 VDP 1459, France Actualites, 1941.
17 Par exemple, Jean-Paul Cointet, La Legion française des combattants, 1940-1944, thèse, Paris IV, 1991, p. 862 : Toulouse, 13-14 juin 1942. AN Fl CIII 1187, Thonon, 9 février 1941.
18 Monique Luirard, La Region stephanoise dans la guerre et dans la paix, 1936-1951. Saint-Etienne, Centre d’études foréziennes, 1980. Certaines municipalités entrent en conflit avec la Légion dès 1941 : à Izieu, la municipalité organise un cortège distinct de celui de la Légion le 2 novembre 1941. Inversement, AN Fl CIII 1193, 14 juillet 1941, Tarn-et-Garonne, la Légion s’abstient de participer aux cérémonies officielles présidées par le préfet.
19 Développement emprunté à Jean-Paul Cointet, La Legion française des combattants, 1940-1944, op. cit.
20 Liste des hauts lieux, in Jean-Paul Cointet, op. cit., pp. 873-874. Faute de lieu jugé digne, on prélève la terre du cimetière ou du monument aux morts.
21 A. Combes et alii (dir.), Nazisme et antinazisme dans la litterature et l’art allemands, Lille, PUL, 1986.
22 Elle rend passible du tribunal de guerre "les attroupements de rue, les distributions de tracts, l’organisation d’assemblées publiques et de manifestations qui n’auront pas été approuvées au préalable par le commandement allemand".
23 Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot, Balland, 1986, p. 314 et sq.
24 Ibidem, p. 336 : organisation d’une délégation des laveuses auprès du préfet et du président du conseil municipal le 18 avril 1942 contre la suppression des bateaux-lavoirs.
25 AN 72 AJ 1942, Maine-et-Loire, rapport de police du 17 avril 1942.
26 Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot, op. cit., p. 385. Lille est en zone interdite et Nancy soumise aux brimades du Gauleiter Bürckel.
27 Le Cri du Peuple, 9 novembre 1942.
28 Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot, op. cit., p. 418 sq. Le PPF édite une brochure souvenir sur cette manifestation.
29 Ibidem, p. 421. Marcel Déat évoque dans Memoires politiques l’origine des uniformes de ses troupes. Ils provenaient des stocks de la Jeunesse socialiste (cité par Frédéric Erzen, Occident et la rue, Mm, Paris I, 1994, p. 42).
30 AN Fl CIII 1172, 4 mai 1943 : ils tentent de s’emparer du buste de la République à la mairie.
31 AN Fl CIII 1204, 12 septembre 1943.
32 AN Fl CIII 1172, 3 juillet 1940, Pontivy.
33 AN Fl CIII 1172, 3 et 26 juillet 1940 : le grand pardon d’Auray du 26 juillet est l’occasion de propagande autonomiste. AN 72 AJ 166, manuscrit de M. Leroux : 17 février 1942, congrès du PNB à Rochefort.
34 AN 72 AJ 98, Ardèche, 15 août 1941, procession traditionnelle à Lalouvesc. AN 72 AJ 166, manuscrit de M. Leroux, pardon de Notre-Dame-d’Auray, 26 juillet 1941, pardon de Notre-Dame-du-Roncier, 8 septembre 1942. AN Fl CIII 1194, Var, rapport d’octobre 1942, fait état de critiques formulées contre le fait que les processions soient autorisées quand le 14 juillet est interdit. Christian Faure, Le Projet culturel de Vichy : pèlerinage de la jeunesse au Puy le 15 août 1942 puis pèlerinage souvenir l’année suivante. Louis Perouas, "Le Grand retour de Notre-Dame-de-Boulogne à travers la France (1943-1948), essai de reconstitution", Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, 1983, n° 2 et "Le Grand retour de Notre-Dame-de Boulogne à travers la France (1943-1948), essai d’interprétation", Archives de sciences sociales des religions, 1983, 56/1 (juillet-septembre). Certaines processions furent toutefois interdites.
35 AN Fl CIII 1164, Lot-et-Garonne : 27 juillet 1941, fête de la légion et des anciens combattants. AN Fl CIII 1199, défilé des SOL à Aurillac les 17 et 18 novembre 1942. AN Fl CIII 1186, 9 mars 1941 : inauguration d’une artère en l’honneur de Pétain à Chambéry, défilé de plusieurs milliers de légionnaires. AN Fl CIII 1187, serment des légionnaires à Thonon. Egalement, défilés de la Milice : AN Fl CIII 1199, mars 1943, Clermont-Ferrand le 28 février. AN 72 AJ 128, Gers, dossiers Labedan, 28 juin 1943, 130 miliciens (sur les 200 du département) à Fources en uniforme, au pas cadencé, pour leur premier meeting annuel dans l’apparente indifférence des 630 habitants et devant 100 enfants des écoles.
36 Jean-Paul Cointet, La Legion française des combattants, 1940-1944, op. cit., p. 340 et sq. : investiture officielle à Nice le 22 février 1942 avec veillée aux morts, flamme parcourant la ville, cérémonie d’investiture aux arènes de Cimiez. Idem les 13 et 14 juin 1942 à Annecy sur les bords du lac, les 11 et 12 juillet place des Terreaux à Lyon, les 3 et 4 octobre 1942 sur le Vieux-Port de Marseille où l’on a dressé un cénotaphe. AN Fl C1111143, mai 1942, défilé à Marseille pour l’inauguration d’une statue de Jeanne d’Arc, etc.
37 AN F60 507, ministre de l’intérieur à l’amiral de la flotte, 10 avril 1942 : ainsi le défilé du 152e RI devant le chef de l’Etat ou la réception des étudiants à Vichy. AN Fl CIII 1195, Tarn-et-Garonne, 5 octobre 1941 : "La Légion manifeste sans demande préalable d’organisation", note le préfet quand une telle demande n’est pourtant pas encore une obligation.
38 AN Fl CIII 1143, 11 mai 1942, manifestation antibritannique à Marseille après l’attaque de Diego Suarez. AN Fl CIII 1194, 9, 10 et 11 mai 1942, idem à Toulon. AN F 60 1697, 28 mai 1942, tentative de défilé à Béziers. AN 72 AJ 201, La Resistance en Vaucluse, brochure du service éducatif départemental, manifestation à Avignon le 16 juillet 1942 en riposte au 14 juillet. AN Fl CIII 1180, 11 octobre 1942, manifestation antibritannique à Pau.
39 AN Fl CIII 1194, rapport de juin 1942 sur les manifestations de mai citées plus haut.
40 AN Fl CIII 1143, 11 mai 1942.
41 Jean-Marie Flonneau, "L’évolution de l’opinion publique de 1940 à 1944", in Jean-Pierre Azéma, François Bédarida, Vichy et les Français, Fayard, 1992, p. 519 : réaction des maires face à la décision d’ôter le buste de Marianne des mairies.
42 Cf. annexe n° 1. Les démonstrations de la Légion, para-étatiques, n’ont pas été comptabilisées. L’ont été, à l’inverse, les manifestations politiques des SOL.
43 Divers ouvrages et colloques postérieurs à l’achèvement de cette thèse permettent de nouvelles moissons qui ne remettent toutefois pas en cause les tendances lourdes ici dégagées. Nous avons choisi de maintenir le corpus dans son état initial en nous proposant de revenir dans un autre cadre sur cette période.
44 Elle équivaut sensiblement à celle de la période 1920-novembre 1924.
45 72 AJ 193, Seine-et-Oise, manifestations et harangues, relevé établi à partir des archives départementales, 22 juillet 1940. Jean-Marie Castel et Raymond Juret, Les Villeneuvois et les Villeneuvoises sous l’Occupation, 1940-1944, Desbons-Grésil, Montgeron, 1991, disent que la décision de manifester à Villeneuve fut prise par des militants rassemblés autour de la table familiale. Cette décision s’insère du moins dans la période qui voit s’amorcer les démarches relatives à la reparution de l’Humanite légale et prétend à la réoccupation des mairies. Cf. La Vie du Parti, septembre 1940 : "De tous les coins du pays parviennent des nouvelles qui traduisent le mécontentement des couches laborieuses. [....] Mais c’est en région parisienne que le mouvement a atteint le plus d’ampleur. [...] Des manifestations pour le retour des municipalités communistes ont eu lieu à Ivry, Montreuil, Gennevilliers, Villeneuve-Saint-Georges". Christian Bougeard et Jacqueline Sainclivier signalent la présence de communistes dans une manifestation à Pontivy le 29 juillet 1940 ("La Bretagne", in Jean-Pierre Rioux, Antoine Prost, Jean-Pierre Azema, Les Communistes français de Munich à Châteaubriant, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1987, p. 335). Cf. également Joël Clesse et Sylvie Zaidman, La Resistance en Seine-Saint-Denis, Syros, 1994. Cet ouvrage est un de ceux qui attestent de la sous-estimation de notre recension.
46 AN 72 AJ 166, manuscrit de M. Leroux : "Occupation et résistance dans le Morbihan".
47 Le développement qui suit résume l’article ancien mais non dépassé de Raymond Josse, "La naissance de la résistance à Paris et la manifestation du 11 novembre 1940", in Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, juin 1962, pp. 1-31. Rappelons qu’il a été rédigé à partir de nombreux témoignages des organisateurs et participants à la manifestation. Cf. également AN F60 1697, France libre, Etat-major particulier du général de Gaulle, BCRAM, février 1942 : manifestation du 11 novembre 1940.
48 BDIC 4°Δ rés 47 : le tract conservé sous cette cote se termine par ces mots : "Faites passer d’urgence cette consigne à 12 amis qui la transmettront à 12 autres et ainsi de suite". Une lettre d’accompagnement signée Pierre Bourget, datée du 8 novembre 1989, précise qu’il a été "dactylographié par un élève d’un lycée parisien sur une vieille Underwood puis distribué par quelques volontaires dans un ou deux lycées parisiens".
49 AN F60 1697, France Libre, état major particulier du général de Gaulle, BCRAM, février 1942, sur la manifestation du 11 novembre 1940 : évoque des gens écrasés, des amputations, 5 jeunes collés au mur et 150 arrestations de jeunes de 13 à 18 ans dont les parents demeurent sans nouvelles. L’article de Raymond Josse rappelle des données du même ordre mais souligne que l’existence des morts n’a jamais été prouvée.
50 L’Humanite ne rend pas compte de la manifestation mais L’Avant-Garde du 26 novembre 1940 parle des étudiants qui "manifestèrent pour la liberté et l’indépendance de la France" (cité par Raymond Josse, op. cit., p. 16).
51 Raymond Josse, op. cit., p. 29.
52 AN 72 AJ 187, chronologie des faits de résistance..., rassemblement à Chambéry devant le monument commémoratif du rattachement de la Savoie à la France. Jean-Marie Guillon, La Resistance dans le Var, thèse, Université de Provence, 1990 : "Le 11 novembre à Toulon, Henri Michel et les socialistes croyaient se retrouver cinquante devant le monument de la liberté. Ils furent six".
53 AN 72 AJ 123, chronologie des principaux faits de résistance... : manifestation de jeunes à Bannalec. Jean-Marie Guillon, La Resistance dans le Var, op. cit. : "Le charivari n’a pas disparu, à Cadière, 20 garçons de 14 à 18 ans chantent L’Internationale et vont sonner chez le curé le 30 mai 1941. Des jeunes assez gais lancent dans les rues de Bandol de retentissants "A bas le fascisme, A bas les lieutenants de Hitler", le 21 octobre. Marcel Ruby, La Resistance à Lyon, défilé des élèves du lycée Ampère et des étudiants de la faculté de droit en l’honneur de Pierre II de Yougoslavie. Manifestations du même type à Paris et à Marseille selon Ivan Avakoumovitch. Pierre Barrai, "La Lorraine", in Jean-Pierre Rioux et alii, Les Communistes français..., op. cit., p. 367 : des jeunes chantent L’Internationale dans les rues de Mancieulles, le 15 juin. Trois des 6 manifestants appréhendés ont moins de 18 ans. Cf. plus généralement Jean-Marie Flonneau, "L’évolution de l’opinion publique de 1940 à 1944", op. cit., p. 516.
54 AN F60 1697, France libre, état-major particulier du général de Gaulle, février 1942, sur la manifestation du 11 novembre 1940 : "Promenade" avec "deux gaules" au quartier latin. Jean-Marie Guillon, La Resistance dans le Var, op. cit., à Cadière, charivari cité ci-dessus, à Carqueiranne, le 14 juillet 1942, des jeunes défilent précédés du clairon (des conscrits ?).
55 AN 72 AJ 166, manuscrit de M. Leroux : fin décembre 1940 à Lorient, un aviateur britannique abattu par la DCA : 2 000 personnes aux obsèques et dépôt de gerbes sur des tombes, des semaines durant, véritable lieu de pèlerinage (exemple : 100 personnes le 16 mars). Même phénomène à Perpignan (cité plus haut).
56 AN 72 AJ 166, manuscrit de M. Leroux : 11 novembre 1942.
57 AN F60 1697, Le Populaire, n° 17, octobre 1943 : obsèques d’un pilote anglais tombé près de Mettay (Haute-Savoie). Les fossoyeurs protestent par une grève perlée.
58 AN F 60 1697, New Digest, 28 décembre 1943.
59 AN Fl CIII 1156. Le préfet de la région de Rennes dit avoir dû prononcer l’internement administratif d’une dizaine de personnes pour empêcher ces sanctions.
60 AN F 60 1697, Dreux, 15 septembre 1943, arrestation de 30 otages. AN 72 AJ 122, chronologie des faits de résistance..., 26 juillet 44, Escorpain, arrestation du maire et du curé de ce village voisin de Dreux.
61 BDIC, GF pièce 155 rés. : 14 juillet, Londres, 4 p.
62 AN 72 AJ 166, manuscrit de M. Leroux : 1er janvier 1942.
63 Ibid., Lorient. AN 72 AJ 114, chronologie des faits de résistance... : Dijon. AN Fl CIII 1152 : un village de la Drôme, à l’initiative d’un groupe de jeunes. AN 72 AJ 111, relevé des faits de résistance..., Vierzon. Marcel Ruby, La Resistance à Lyon, op. cit., Lyon. Guy Rochard, La Resistance dans la region de Cherbourg, Mm, Caen, juin 1970, Cherbourg.
64 AN 72 AJ 111, relevé des faits de résistance..., Vierzon : 40 personnes n’ayant pas rejoint les abris sont arrêtées.
65 AN 72 AJ 166, manuscrit de M. Leroux : Lorient, 1er janvier 1942.
66 Cf. note 63. Egalement, AN 72 AJ 114, Côte-d’Or, relevé des faits de résistance... Georges-Michel Thomas, Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre, Editions de la Cité, Brest-Paris, 1980, p. 114 : "L’institutrice de Brest qui donne à ses élèves comme exemple de courage le fait d’avoir participé à cette manifestation est rappelée à l’ordre".
67 AN F 60 1967, 6 août 1941. Le chiffre avancé est extrait de ce rapport. L’occupant et Vichy donnant naturellement des évaluations inférieures.
68 Jacqueline Sainclivier, "La Bretagne", in Jean-Pierre Rioux et alii, Les Communistes français, op. cit., p. 335.
69 AN F60 1521, la manifestation est rapidement dispersée.
70 AN 72 AJ 166, manuscrit de M. Leroux
71 L’Humanite, 15 février 1940. 7 novembre 1940 (rien sur le 11 novembre dans les numéros suivants). 14 février 1941, "Comme le 12 février, soyons unis pour vaincre". Cf. également, 13 juillet 1940.
72 L’Humanite, 14 juillet 1941.
73 L’Humanite, 7 novembre 1941.
74 BDIC 4° A. rés 47, tract.
75 AN F60 1697, rapport de M. Karban Frank, 20 novembre 1941 sur la manifestation du 14 juillet 1941. Le groupe est interpellé.
76 L’Humanite, 3 août 1941.
77 AN Fl CIII 1175 A, 14 juillet 1941. AN Fl CIII 1162, 14 juillet 1941, la manifestation de Nantes se déroule pareillement devant les tombes d’aviateurs abattus.
78 AN Fl CIII 1172, 14 juillet 1941.
79 79AN 72 AJ 179, Haut-Rhin, chronologie des faits de résistance..., août 1941.
80 Liberation, n° 35, 3 août 1941, et AN Fl CIII 1155, manifestation à Belleville, gare Saint-Lazare et porte Saint-Denis.
81 AN Fl CIII 1177, Pas-de-Calais, signale "l’échec de la manifestation annoncée par la radio anglaise". AN Fl CIII 1172 mentionne pareillement son échec dans le Morbihan. L’Humanite du 7 novembre rend compte de grèves. AN F60 1697, dans l’Eure, le directeur d’une fabrique de vêtements à Saint-Cyr-de-Vaudreuil donne à ses ouvriers le signal de la grève nationale. L’usine reste au garde-à-vous cinq minutes. AN 72 AJ 153, chronologie des faits de résistance... : manifestation et arrestations à Montargis. Georges-Michel Thomas, Alain Le Grand, Le Finistère dans la guerre, op. cit., p. 114 : grève à Brest.
82 AN F 60 1697, 17 décembre 1941 : la place de l’Etoile interdite d’accès. Surveillance des tombes de Barbusse et de Vaillant-Couturier dans le cimetière du Père-Lachaise.
83 AN 72 AJ 111, Louis Granger, Quatre ans de lutte pour la Liberte, fédération du Cher du PCF, 1946.
84 Etienne Dejonghe, "Chronique de la grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais (27 mai- 9 juin 1941), in J.P. Rioux et alii, Les Communistes français..., op. cit., p. 249-265.
85 AN F 60 1521, gendarmerie nationale, Pas-de-Calais.
86 L’Humanite du 1er mai 1931 évoque une manifestations de "chômeurs et ménagères" mais l’emploi d’un tel terme est exceptionnel avant guerre. L’invention d’un tel intitulé est le signe indéniable de l’émergence d’une forme d’action nouvelle ou qu’on veut présenter comme telle.
87 87 IRM, rapport allemand du 28 avril 1941 sur "les manifestations de ménagères ayant touché la région parisienne dans les trois derniers mois" : manifestations des 8 et 15 mars 1941 à Paris.
88 149 sur 238 du 10 juillet 1940 au 30 avril 1942 soit 62 %. Ivan Avakoumovitch, "Les manifestations de femmes 1940-44", CHIRM, n° 45, 1991, pp. 5 à 53.
89 L’Humanite, novembre 1940 (sans autre précision de date).
90 S’y ajoutent des localités du Nord mentionnées par un rapport de mai 1941 sans précisions permettant de les localiser (AN Fl CIII 1175).
91 AN Fl CIII 1194, 5 février 1942.
92 72 AJ 122, chronologie des faits de résistance..., Eure, 29 août 1941.
93 AN F60 1697, information reçue le 23 avril 1942 : Vizille considérée comme commune rurale (5 000 habitants) ne bénéficie pas des maigres avantages de ravitaillement des communes urbaines : le 8 janvier, des affiches manuscrites appellent à se rendre au château le 9 pour manifester. Le préfet reçoit une délégation. Satisfaction est obtenue.
94 AN F60 1697, 19 août 1942 : les dockers refusent de décharger des bateaux apportant une cargaison destinée à la commission germano-italienne. La police intervient. Les femmes de dockers se portent aussitôt sur les lieux où leurs maris sont retenus.
95 AN Fl CIII 1151, Doubs, février 1942.
96 Jean-Marie Guillon, La Resistance dans le Var, op. cit., p. 62 et sq.
97 Jean-Marie Flonneau, "L’évolution de l’opinion publique...", op. cit., p 513.
98 IRM, rapport allemand du 28 avril 1941 : manifestations du 14 janvier à Ivry et du 30 mars 1941 à Montreuil.
99 Charles Tilly, La France conteste, Fayard, 1986.
100 AN F 60 1697, France, 19 août 1942 : la manifestation de Sète du 20 janvier 1942 évaluée à 2 000 femmes, constitue du point de vue du nombre une notable exception.
101 Perceptible quand L’Internationale est chantée. Ainsi, le 20 janvier 1942, à Sète où l’on crie également "A bas Pétain".
102 Six manifestations se rendent dans les préfectures de novembre 1940 au printemps 1942, une à la sous-préfecture et quarante dans les mairies. Cinq demandent audience à des ministères, à l’hôtel Matignon ou aux services centraux du gouvernement. L’une se rend à la direction de l’usine et une dernière demeure sur le marché. Pas d’indication pour les autres.
103 AN F60 1697, rapport de France libre, 1er juillet 1942.
104 Le 7ravailleur du Languedoc écrit : "Pétain et Hitler ont peur du peuple" après les succès obtenus dans l’Hérault (cité in H.R. Kedward, Naissance de la resistance dans la France de Vichy, Champ Vallon, 1989, p. 226). AN Fl CIII 1137, janvier 1942, Alpes-Maritimes : "La dépêche du 28 janvier comportant une mise au point sur les manifestations ayant eu lieu dans le département a eu un effet désastreux sur l’opinion. Les agents de renseignement ont tous rapporté que dans la matinée du 29 les ménagères déclaraient qu’il suffisait de manifester pour provoquer une amélioration rapide du ravitaillement. C’était ouvrir la voie aux manifestations".
105 AN Fl CIII 1172, Morbihan, tract distribué à Lanester dans la nuit du 15 au 16 avril 1942 : "Ménagères [...], nos enfants ont faim. A l’exemple des femmes du 20e arrondissement de Paris, des ménagères de Troyes, Belfort, Reims qui, à la suite de pétitions, ont obtenu une augmentation du ravitaillement, réclamons [plus de] pain. Pour que le blé français reste français, signons des listes de pétition, manifestons notre mécontentement devant les mairies".
106 Cité par Jean-Marie Guillon, La Resistance dans le Var, op. cit.
107 AN F60 1697, France, 27 juin 1942 : consigne n° 35 et 37 : "Ne rien laisser publier à propos des manifestations populaires de Sète ou de Nîmes". Consigne n° 61 : "Ne rien diffuser sur les ménagères aux halles d’Avignon". Consigne n° 62. : "Il est interdit de parler de manifestations se produisant à propos des difficultés du ravitaillement".
108 M. Boudalou, Contribution à l’etude de l’histoire de la resistance dans l’Herault, thèse, Montpellier, 1965. Ces directives ne sont pas nécessairement suivies d’effets.
109 AN F 60 1697, 9 août 1942 : 20 janvier 1942.
110 AN Fl CIII 1151, février 1942 sur les problèmes du ravitaillement.
111 AN Fl CIII 1180, Basses-Pyrénées, février 1942 : mesures prises en accord avec la gendarmerie et la police au cas où des manifestations se produiraient.
112 AN F1 CIII 1157, 5 juin 1942 : manifestation à Morez, 20 arrestations, une femme déférée au parquet. AN Fl CIII 1143, manifestation à Marseille à l’occasion de la fête des mères. Vingt-cinq "meneurs" arrêtés.
113 AN F1 CIII, 1200, Femmes de Provence appelle en mai 1942 à prendre d’assaut les réserves de nourriture y compris dans les établissements privés tels que les magasins de luxe ; les journaux de zone sud reprennent à diverses reprises ces directives. Jean-Marie Guillon, La Resistance dans le Var, op. cit., donne plusieurs exemples de pillages ou de mairies envahies
114 AD Oise, 89 W 10913, rapport du commissaire spécial, n° 1301 du 16 décembre 1943 : le 11 décembre, le maire de Montataire reçoit une délégation.
115 Dans le Var, le mouvement concerne les communes où réside une population non agricole assez nombreuse qui ne bénéficie pas du classement urbain spécial.
116 AN Fl CIII 1151, Doubs, février 1942.
117 L’Humanite, novembre 1940 (sans autre précision de date).
118 IRM, rapport allemand du 28 avril 1941.
119 Ibidem, manifestation du 14 janvier 1941.
120 L’Humanite, avril 1941 (sans autre précision de date).
121 AN Fl CIII 1175, Nord, sur le mois de mai 1941. Une perquisition opérée le 15 janvier au domicile d’une des femmes interpellées permet de trouver du matériel communiste. Deux rapports datés des 13 et 14 février attribuent ces mouvements au parti communiste mais soulignent qu’il a su se greffer sur un véritable problème. Des "éléments" ou "agitateurs" communistes sont repérés les 20 et 21 mars.
122 Ainsi les 22 manifestations de la région parisienne du 8 janvier 1941 à la fin février ou, plus encore, ces 11 autres du 22 au 26 avril
123 Marcelle Barjonet-Huraux in Les Femmes dans la resistance (colloque de 1977), Editions du Rocher, 1977, p. 150.
124 AN Fl CIII 1151, Doubs, février 1942. AN Fl CIII 1194, Var, février 1942. AN Fl CIII 1175, Nord, avril 1942, etc.
125 AN Fl CIII 1194, Var, février 1942. Egalement AN F7 14904, Oise, 20 décembre 1943, à propos d’une manifestation de ménagères : "Il n’y aurait rien à dire si cette réclamation était spontanée et tout le monde l’aurait trouvée humaine et peut-être logique. Mais elle a été provoquée par le comité de Front national dans un but politique et c’est précisément là que le danger apparaît grand puisqu’on retrouve, à la base, la volonté communiste de s’infiltrer partout et de profiter de toutes les difficultés".
126 Ainsi, selon les correspondants départementaux de l’IHTP : manifestation du MSR d’Eugène Deloncle devant les boulangeries à Caen en 1941, manifestations du MSR en Ille-et-Vilaine sur les questions du ravitaillement, du PPF à Perpignan en 1941-1942. Même phénomène à Toulon en 1943 à l’initiative de la Milice. Sans succès. Tant il est vrai, écrit Jean-Marie Guillon, "qu’il ne suffit pas de crier avec le peuple pour devenir populaire".
127 38 sur 237 soit 16 % font exception
128 AN F1a 3763, Lyon, 14 juillet 1941, charges policières. Manifestation du 1er janvier dans un village de la Drôme (cf. plus haut). AN F60 1697, information reçue le 23 avril 1942 : Vizille, 9 janvier 1942, présence de gardes mobiles.
129 IRM, rapport allemand du 28 avril 1941.
130 AN F60 1521, gendarmerie nationale, 2 juin 1941.
131 Etienne Dejonghe, "Chronique de la grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais (27 mai-9 juin 1941)", in J. -P. Rioux et alii, Les Communistes français..., op. cit., p. 259.
132 AN 72 AJ 123, Finistère, chronologie des principaux faits de résistance... : le village de Bannalec se voit imposer un couvre-feu à 20 heures après la manifestation évoquée plus haut. AN 72 AJ 133, chronologie des principaux faits de résistance... : la ville de Rennes se voit imposer un couvre-feu pendant dix jours après une manifestation célébrant, le 17 juin 1941, l’anniversaire du bombardement de la ville. AN Fl CIII 1156, Ille-et-Vilaine : manifestation sur les tombes de victimes de bombardements allemands le 15 juin 1941. Le préfet se targue d’avoir obtenu des autorités allemandes que les manifestants arrêtés soient punis par l’autorité française : une à trois semaines d’internement administratif quand les Allemands souhaitaient une année de détention. "J’ai pu faire admettre à la Feldkommandantur que la population française n’était pas habituée aux mesures d’internement administratif pour des motifs d’ordre politique et qu’il y avait lieu de retenir la valeur d’exemple des premières sanctions prises dans le département". AN 72 AJ 166, manifestation du 20 mai 1941 à Lorient, la Kreiskommandantur réplique par un couvre-feu du 23 au 29 mai. AN Fl CIII 1172, 14 juillet 1941, arrestations et couvre-feu à Gourin.
133 AN Fl CIII 1185, avril 1941 : les communes de Chalon-sur-Saône, du Creusot et de Paray-le-Monial se voient infliger des amendes variant de 40 000 à 500 000 francs après des manifestations "pro-anglaises". AN Fl CIII 1172, 14 juillet 1941, amende de 10 marks à la commune de Belle-Ile-en-Mer
134 AN Fl CIII 1175, 11 mai 1941. Les autorités allemandes confisquent 30 000 postes de radio dans 10 communes du Nord dont Lille après la manifestation Jeanne d’Arc.
135 Plus de 10 % en zone interdite et plus de 25 % en région parisienne de juillet 1940 au 30 avril 1942.
136 Si Brest ou Lorient ont un fort potentiel manifestant, de petites communes n’ayant jusqu’alors jamais manifesté sont également touchées.
137 51 municipalités abritant des cortèges et dont la coloration politique nous est connue, 44 étaient de front populaire avant guerre. Ces 44 municipalités abritent 74 des 114 manifestations répertoriées. Pour plus de détails, Danielle Tartakowsky, "Géographie des manifestations de rue", in IHTP, La Resistance et les Français : villes, centres et logiques de decision, Supplément au bulletin de l’IHTP, n° 61, p. 115-134.
138 Les réfugiés soumis à des difficultés supérieures à d’autres catégories sont à l’origine de deux des quatre cas recensés en août 1941, hors vague. Jean-Marie Guillon, La Resistance dans le Var, op. cit. : les réfugiés jouent un rôle dans les manifestations des 4 et 16 août à Saint-Raphaël. A la tête des 50 femmes rassemblées devant la mairie se trouve le maire de La Gorgue, dans le Nord. On crie : "A manger ! "
139 Hélène Villard, L’Opinion publique à Vienne en Dauphine, de la defaite à la liberation de la ville, juin 1940-septembre 1944, Mm, Lyon II, 1979. Témoignage d’un résistant sur le 14 juillet 1942 : "Au début, on n’était pas nombreux. Les femmes retenaient leurs maris. Tu vas te faire remarquer. Au fur et à mesure qu’on avançait, ça grossissait".
140 AN 72 AJ 160, rapport de police du 17 avril 1942. Cf également Jean-Paul Brunet, Jacques Doriot, op. cit., p. 385.
141 AN F60 1697, rapport France libre, 1er juillet 1942 : manifestations contre les collaborateurs le 5 mars à Paris puis les 7 et 17 avril. Des arrestations à chaque fois et 7 personnes fusillées le 5 mars.
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