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    Plan détaillé Texte intégral Les militants Leurs origines Leur rapport au métier Leurs réactions syndicales et politiques L’influence communiste dans le syndicat Les pratiques militantes des communistes dans la section de la Seine du SNI Notes de bas de page Auteur

    Des communistes en France

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    Table des matières

    Les instituteurs communistes dans la section de la Seine du Syndicat national des instituteurs de 1945 à 1967

    Robert Hirsch

    p. 241-260

    Texte intégral Les militants Leurs origines Leur rapport au métier Leurs réactions syndicales et politiques L’influence communiste dans le syndicat Les communistes et la tendance Unité et Action Quelle implantation communiste chez les instituteurs parisiens ? Évolution de l’influence communiste Les pratiques militantes des communistes dans la section de la Seine du SNI Le discours de tendance L’action La vie interne de la section de la Seine du SNI Le mode de présentation de la liste UA aux élection internes Le vote sur le rapport moral Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Dans la section de la Seine du SNI de la Libération à la fin des années 1960, les instituteurs communistes se trouvent dans une situation assez particulière. Membres d’un parti alors à son apogée, ils sont minoritaires dans leur milieu et dans l’organisation syndicale où ils militent. C’est une difficulté que ne connaissent pas la plupart des militants du Parti communiste français dans l’après-guerre. Ceux-ci, surtout après la scission de 1947, sont majoritaires, sinon dans leur milieu, du moins dans leur fédération ou syndicat de la CGT.

    2Après avoir renoncé en 1954 à la tentative de maintenir une organisation à côté de la Fédération de l’Éducation Nationale autonome, la FEN-CGT, les instituteurs communistes tentent de concilier l’application de la politique du PCF avec les aménagements tactiques nécessités par leur situation de minoritaires. Il en résulte des modifications de leur comportement au long de ces années.

    3La section de la Seine du SNI présente des caractéristiques qui la rapprochent de la situation nationale, notamment le fait de syndiquer la plus grande partie des instituteurs et institutrices. Sa majorité est la même qu’au pian national. Mais, à divers moments, et tout particulièrement lors des grèves de 1947, la section de la Seine se trouve en décalage avec la direction nationale, ce dont les instituteurs communistes tentent de profiter. Par ailleurs, le poids de la capitale dans les événements politiques et syndicaux (rôle des manifestations par exemple) accentue l’importance des enjeux de pouvoir dans la section départementale. L’action des militants du PCF dans le premier degré de l’enseignement s’exerce aussi dans la section de la FEN, c’est-à-dire le Syndicat de l’enseignement de la région parisienne (SERP). Ses prises de position diffèrent parfois quelque peu de celles de la section du SNI.

    Les militants

    4Pour notre thèse, nous avons réalisé une enquête sur les anciens militants de la section de la Seine du SNL En partant des candidats à un poste électif dans le syndicat ou dans les organismes paritaires, nous avons recensé 247 membres de la tendance Unité et Action. Nous en avons retrouvé vingt-deux (soit 9 % du total). Parmi eux, dix-huit ont été membres du Parti communiste. Ils représentent notre corpus de départ pour étudier les instituteurs communistes dans le département de la Seine. En revanche, la présence de seulement trois femmes dans les réponses ne nous permet pas d’opérer une distinction par sexes dans cette enquête.

    Leurs origines

    5La première question, concernant la profession des parents, ne fait apparaître que des différences assez faibles avec l’ensemble des réponses (trente-sept en tout). On y note tout de même une origine ouvrière plus marquée chez les instituteurs et institutrices communistes : les pères de 39 % d’entre eux étaient ouvriers contre 29 % pour l’ensemble des personnes interrogées. Les employés ne sont que 33 % contre 41 %. Pour le reste, peu de différences avec l’ensemble du corpus. Pour les mères, on peut noter une plus grande insertion dans la vie active : 33 % sont sans profession contre 43 % pour l’ensemble de l’enquête.

    6Plus significatifs sont les écarts entre les réponses en ce qui concerne les opinions politiques des parents. Comme l’ensemble des anciens syndicalistes interrogés, les instituteurs communistes ont eu des parents qui véhiculaient des opinions politiques de gauche : 52 % des mères l’étaient, 6 % étaient de droite et 42 % sans opinion (contre 45 %, 12 % et 43 % pour l’ensemble des réponses). Par ailleurs, 86 % des pères des instituteurs membres du PCF étaient de gauche, 6 % de droite et 8 % sans opinion (84 %, 8 % et 8 % pour l’ensemble). Les militants du SNI ont donc en commun des origines de gauche fortement marquées. La spécificité des instituteurs du PCF au sein du SNI vient de l’importance des opinions communistes chez leurs parents : 56 % des pères (contre 20 % pour l’ensemble) et 28 % des mères (contre 8 %). Cette différence sensible manifeste le rôle des traditions politiques et leur influence dans le milieu communiste notamment.

    7Enfin, l’éducation religieuse, significative pour ces enseignants confrontés au débat sur la laïcité, est peu présente : 72 % des communistes n’en ont pas reçu (61 % pour l’ensemble). Ce n’est pas toujours le cas dans le Parti communiste de cette époque, notamment dans ses milieux dirigeants.

    8Une origine un peu plus ouvrière que les autres militants du SNI dans la Seine, une irréligion des parents légèrement plus forte et une tradition communiste très présente, peuvent expliquer en partie les attitudes des jeunes instituteurs qui se prononcent pour le communisme.

    Leur rapport au métier

    9La question sur les raisons de l’entrée dans la profession (« Pourquoi êtes-vous devenu instituteur ou institutrice ? ») donne des réponses révélatrices de l’opinion que les enquêtés formulent sur leur travail. Encore faut-il nuancer cette appréciation : beaucoup d’individus ont besoin, psychologiquement, de valoriser leur activité en la présentant comme une vocation plutôt que comme un pis-aller. C’est particulièrement vrai pour des retraités faisant le bilan de l’activité professionnelle de leur existence. Mais l’insistance mise sur la « vocation » traduit une certaine conception de la fonction d’instituteur.

    10Dans l’enquête globale, 38 % ont choisi cette profession « par vocation », 20 % « sous l’influence de la famille ou des enseignants », 38 % pour des raisons matérielles. Les communistes, eux, mettent en avant beaucoup plus nettement la « vocation » (50 %), 17 % choisissent « l’influence de la famille ou des enseignants » et 28 % les raisons matérielles. Ces résultats semblent indiquer chez les communistes une vision plus militante de leur métier dès leur entrée dans la vie professionnelle. Cette préoccupation a pu influer sur leurs engagements politiques.

    Leurs réactions syndicales et politiques

    11Plusieurs questions permettent de les préciser. Tout d’abord : « Citez trois termes définissant le mieux, selon vous, aux yeux des institutrices et instituteurs de l’époque, le syndicat ». Pour 44 % des communistes des motifs corporatistes déterminent l’adhésion des instituteurs et institutrices au SNL Les membres de la tendance majoritaire ne sont que 9 % à reprendre cette argumentation. En revanche, ces derniers insistent sur les termes « unitaire », « actif », « démocratique », « social », « indépendant », « laïc » (38 %). Les militants du PCF ne sont que 10 % à utiliser ces termes. D’un côté, on valorise les aspects collectifs dans l’adhésion au syndicat, de l’autre on l’explique par des motivations individuelles. Pour les communistes, c’est aussi une manière d’expliquer leur situation de minoritaires dans le syndicat : les personnels sont trop corporatistes pour apprécier pleinement les points de vue de politique générale proposés par le PCF. L’opinion des militants communistes à l’égard des tendances est négative pour 48 % des personnes interrogées, alors que les majoritaires ne sont que 38 % à avoir un tel point de vue. Cela reflète le scepticisme des syndicalistes d’Unité et Action, où les militants du PCF ont un rôle dominant, à l’égard du système des tendances, formalisé dans la FEN autonome. Nous reviendrons sur cette question.

    12D’autres réponses permettent de mieux cerner le militantisme politique des instituteurs communistes. Assez logiquement, ils n’occupent guère de fonctions municipales : un seul des interrogés, élu local, démissionne de ses responsabilités syndicales pour éviter toute confusion. Ils sont 39 % élus à divers titres dans les organismes internes du PCF ; 28 % se retrouvent même au niveau de la section ou de la fédération. Ces tâches, en plus de celles occupées au sein du syndicat, des réunions de tendance, définissent un militantisme très actif. Elles signifient aussi que les instituteurs et institutrices communistes jouent un rôle à l’intérieur de leur parti et ne se contentent pas d’être des syndicalistes adhérant en même temps au PCF.

    13Enfin, une question nous permet de réfléchir au rapport de ces militants aux décisions de leur parti : en janvier 1954, le Bureau politique du PCF recommande aux instituteurs communistes de ne militer que dans le SNI et d’abandonner de fait la FEN-CGT que les militants tentaient de construire depuis six ans à côté de la puissante organisation autonome. Or, fait exceptionnel dans le PCF des années 1950, de nombreux militants sont peu enthousiastes, notamment en raison de la méthode utilisée par le Bureau politique. Si 33 % de ceux qui ont répondu approuvent, ils sont aussi nombreux à être hostiles au communiqué de janvier 1954 de la direction du PCF. Preuve que ces militants politiques ne subordonnent pas tout à leur Parti. Ils n’acceptent pas qu’on leur impose d’abandonner l’outil syndical qu’ils tentent de construire tant bien que mal. Même si c’est au nom d’une action dans une organisation plus massive, la FEN autonome.

    L’influence communiste dans le syndicat

    Les communistes et la tendance Unité et Action

    14Dans le cadre de la FEN, les différentes sensibilités politiques s’expriment par le biais des tendances. Celles-ci ne sont pas directement liées aux partis, mais des influences politiques évidentes existent en leur sein. C’est le cas d’Unité et Action (UA), le principal courant oppositionnel, où les communistes ont un poids non négligeable. Dans notre enquête, 82 % des responsables U A ayant répondu étaient membres du PCF. Il faut signaler que 61 % d’entre eux le sont encore, ce qui montre une stabilité importante. Seuls 11 % de ces militants ont quitté le Parti dans le quart du siècle que nous étudions.

    15Cette assimilation du courant UA au PCF, qui vaut essentiellement pour l’après-guerre et les années 1950, est manifeste lorsqu’on examine la presse de la FEN-CGT, que ce soit L’Action Syndicaliste Universitaire ou Normaliens, le journal des jeunes. Les thèmes développés dans ces organes portent beaucoup sur la situation internationale, avec des préoccupations qui sont celles des communistes, à un moment où ces questions divisent le mouvement syndical et où la polémique fait rage. Les reportages sur le système éducatif ou le mouvement syndical dans les démocraties populaires les font apparaître sous un jour tout à fait favorable.

    16Même au sein de la FEN autonome, le message de la tendance UA reste extrêmement proche de celui du PCF, comme nous le verrons. Dès à présent, signalons, par exemple, dans les textes UA, le lien constant entre les questions revendicatives et les préparatifs de guerre auxquels participeraient les divers gouvernements français. En ces temps de guerre froide, ce ne peut être que contre l’Union soviétique...

    17On peut donc conclure, sinon à une osmose totale, du moins à de très forts liens idéologiques et organisationnels entre UA et le PCF de la Libération au milieu des années 19601.

    Quelle implantation communiste chez les instituteurs parisiens ?

    18Quelle est l’implantation des communistes dans le syndicat au niveau le plus proche de la base, celui des 95 sous-sections, organisées au niveau de l’arrondissement pour Paris et de la localité pour la banlieue ? Nous avons pu déterminer l’orientation dominante de la plupart de ces sous-sections grâce à une liste de secrétaires publiée en janvier 1955 dans le journal syndical2. Les comptes rendus des réunions présentés régulièrement dans L’École du Grand Paris3 permettent de compléter cette liste et d’apprécier les changements de majorité, significatifs mais assez rares au demeurant.

    19À Paris, quatre sous-sections défendent régulièrement les positions UA et ont des secrétaires connus comme tels : celles des IIIe, XIIe, XIIIe et XXe arrondissements. En banlieue, le poids de la tendance animée par les communistes est plus important, vingt-trois sous-sections, soit près du tiers d’entre elles. Dans les années suivantes, cinq sous-sections de banlieue passent du côté d’Unité Action. Il n’y a pas, à notre connaissance, de mouvement inverse, vers les majoritaires de la section de la Seine.

    20La géographie de ces points forts d’UA correspond en général à de véritables zones d’influence représentant des arrondissements ou des localités proches les uns des autres. C’est le cas à Paris, avec les arrondissements de l’est et du sud-est. En banlieue, se dégagent trois secteurs essentiellement : tout d’abord, la banlieue sud, de Champigny à Issy-les-Moulineaux en passant par Ivry et Vitry, le nord-ouest du département de la Seine, de Saint-Ouen à Nanterre, enfin une zone plus restreinte autour de Bobigny-Drancy. De ces sous-sections émanent une bonne partie des motions proches de la ligne politique du Parti communiste. Des liens personnels existent entre les militants des sous-sections voisines. Les mutations se font souvent au sein de zones géographiques assez restreintes, ce qui permet de diffuser l’influence du courant UA.

    21Un lien assez évident existe entre le poids de la tendance UA et l’influence, alors forte, du Parti communiste. Les arrondissements parisiens de l’est où UA est majoritaire (XIIe, XIIIe, XXe surtout) sont de ceux où le poids du PCF est important. Sur les vingt-trois communes de banlieue où la tendance est majoritaire, dix-huit ont une municipalité communiste. Tout se passe donc comme si les instituteurs communistes bénéficiaient de l’impact électoral de leur parti dans la localité où ils enseignent. Ce qui est tout à fait possible en raison du rôle des municipalités à l’égard des écoles.4 Il y a, cependant, des exceptions notables, la plus significative étant celle de Saint-Denis, bastion municipal du PCF, qui est resté pendant toute la période sous l’influence des majoritaires du syndicat. C’est vrai aussi de Montreuil jusqu’en 1961, Aubervilliers jusqu’en 1965.

    Évolution de l’influence communiste

    22Plusieurs sous-sections changent de majorité au début des années 1960 en faveur du courant animé par les instituteurs et institutrices communistes. Ce phénomène est révélateur des progrès de l’influence du PCF dans le milieu, mais intervient après une baisse de cette influence dans les années 1950. En fait, il faut distinguer trois périodes différentes.

    23Dans l’immédiat après-guerre, l’influence du courant proche du PCF est rapidement mesurable, avec l’élection au conseil syndical de la Seine de mars 1945. La tendance « ex-unitaire » (référence à la CGTU d’avant 1936 et ancêtre d’UA) obtient 40,5 % des suffrages des syndiqués, alors que le pourcentage national de la tendance est de 25 %. Ce chiffre est surtout important en comparaison des résultats antérieurs à la Seconde Guerre mondiale dans le département de la Seine. L’élection de janvier 1939 au conseil syndical donnait 73,4 % à la tendance de la majorité nationale du SNI, 10,6 % au Cercle Syndicaliste de l’Enseignement (c’est-à-dire, en fait, l’École Émancipée) et 16 % à la Liste d’Unité Confédérale, animée par les militants communistes. Peu de temps après Munich, ceux-ci étaient en porte-à-faux par rapport au sentiment pacifiste dominant dans le SNI des années 1930. La progression est de toute façon considérable, le pourcentage de la tendance proche du PCF ayant été multiplié par deux et demi. Le rôle du PCF dans la Résistance, et notamment celui des enseignants communistes, a été déterminant dans cette évolution. Dans les années qui suivent, malgré les vicissitudes de la situation, nationale et internationale, le courant UA ne revient jamais aux chiffres d’avant-guerre : il représente toujours au moins le quart des syndiqués s’étant exprimés. Cette consultation de mars 1945 a, par ailleurs, donné 49,35 % des voix à la majorité, en net recul et 10,15 % à l’École Émancipée, très stable dans ses résultats. Le système électoral, complexe, prévoit un conseil syndical composé en fonction du vote à la proportionnelle et des résultats dans les sous-sections. Or, dans celles-ci, les « ex-unitaires » se retrouvent majoritaires, ce qui traduit bien leur vitalité militante. Ils ont, au total, vingt-deux sièges contre dix-huit à la majorité d’avant-guerre (mais, celle-ci reste dominante au nombre total de voix). La crise est évitée grâce à un accord qui prévoit la mise en place d’un bureau à la proportionnelle avec toutes les tendances et de deux secrétaires généraux, un par courant : Geneviève Roulon, militante communiste, et Edmond Breuillard, pour la majorité nationale du SNL Cette situation ne dure pas longtemps. Une nouvelle élection, organisée en décembre 1945, permet de départager les deux courants dominants : la majorité traditionnelle s’affirme, avec 55,5 % des voix contre 34,03 % aux « ex-Unitaires », en recul par rapport à mars 1945. On est revenu à une situation traditionnelle, mais avec un courant proche des communistes deux fois plus fort qu’avant-guerre. Il n’y a plus de codirection, mais les minoritaires ont senti leur force potentielle et, à partir de ce moment, pensent pouvoir s’emparer un jour de la majorité.

    24Leur espoir est assez rapidement déçu dans la période qui suit. Dès l’élection de 1948 au conseil syndical, les militants UA n’obtiennent plus que 30,39 % des voix. La décennie suivante voit se produire un recul de leur influence jusqu’à 24,20 % en 1958. La baisse, régulière à part de légers sursauts en 1952 et en 1955, profite à la majorité du syndicat, qui passe de 55.5 % en 1945 à 69,3 % en 1958. L’École Émancipée chute également à 6.5 %. Pourquoi cette évolution négative pour les instituteurs communistes ? Deux éléments de réponse peuvent être dégagés. D’une part, le succès de l’autonomie, formule soutenue par les deux autres tendances pour éviter que les enseignants ne soient entraînés dans la scission syndicale de 1947-1948. Les communistes y étaient hostiles et souhaitaient le maintien dans la CGT. Ils pensaient que la question du retour des enseignants dans la principale centrale syndicale se poserait rapidement. Comme il n’en a rien été, les « ex-Unitaires » ou « Unité Action », comme on commence à les appeler, sont à contre-courant. Second élément d’explication : la Guerre froide, déclenchée en 1947, isole le Parti communiste. Si, jusqu’en 1958, il conserve son influence sur le quart de l’électorat français, il n’en est pas moins beaucoup plus isolé que dans l’immédiat après-guerre, en raison de ses prises de position sur la situation internationale. Les militants lui restent fidèles mais son audience dans le milieu enseignant se restreint nettement, sans toutefois retrouver la situation de faiblesse de 1939.

    25En revanche, dans la troisième période, à partir du retour au pouvoir du général de Gaulle, la progression électorale de la tendance animée par les communistes est spectaculaire : de 24,2 % en 1958 à 42,47 % en 1966. Dans le même temps, la majorité régresse de 69,34 à 48,79 %, passant ainsi sous la barre des 50 %. Quant à l’École Émancipée, son score progresse de 6,46 à 8,74 %. À la fin de la période étudiée, UA dépasse le chiffre obtenu en mars 1945 par les « ex-Unitaires » et se rapproche de la majorité relative, ceci juste avant l’éclatement administratif du département de la Seine. Plusieurs explications apparaissent. Tout d’abord, les différences affichées à l’occasion du débat sur l’autonomie n’ont plus le même poids, même si elles demeurent. L’autonomisation du syndicalisme enseignant est admise par tous les courants, au moins comme un état de fait. La minoration, que les communistes avaient pu subir sur ce débat en 1948, s’est estompée avec le temps. Ensuite, la situation de Guerre froide, qui avait conduit à la scission syndicale de 1947-1948, est de moins en moins à l’ordre du jour. La coexistence pacifique et les évolutions en cours à l’intérieur même de l’URSS réduisent progressivement l’isolement du PCF. L’évolution vers l’unité des forces politiques de gauche est en grande partie liée à des conséquences non négligeables à l’intérieur d’un syndicalisme enseignant toujours attentif à ce qui se passe dans la gauche politique et très favorable à son unité. Les instituteurs communistes ne se sentent plus dans une forteresse assiégée comme dans les années 1950. Enfin, les événements de mai 1958 ont amené une réaction à peu près unanime de l’organisation syndicale enseignante, appelant à la manifestation contre le retour de de Gaulle au pouvoir, mais aussi à la grève, ce que la FEN fut seule à faire. Les communistes et les autres courants se retrouvent donc ensemble, ce que la tendance UA note avec satisfaction. Cette situation contribue à réintégrer les instituteurs communistes dans l’action du syndicat et à les rapprocher de leurs collègues de travail.

    26Toutes ces données nouvelles de la situation réduisent l’isolement des militants enseignants du PCF, mais contribuent aussi à modifier leur discours, à l’ouvrir davantage. Les effets n’en seront que bénéfiques pour eux. Cette réflexion nous conduit d’ailleurs à l’étude de ce discours des militants communistes et, plus généralement, de leurs pratiques à l’intérieur de l’organisation syndicale.

    Les pratiques militantes des communistes dans la section de la Seine du SNI

    Le discours de tendance

    27Dès l’immédiat après-guerre, l’attachement à la CGT, où les communistes sont maintenant majoritaires, est un élément essentiel de leur discours. La scission de 1947 et le débat qui suit à propos de l’avenir de la FEN amènent, de leur part, une attitude d’hostilité à la position prônée par l’École Émancipée et la Majorité fédérale. Ils dénoncent l’autonomie comme une « arme entre les mains de la réaction » lors du débat pour l’élection du conseil syndical de la Seine en février 1948. Au cours de cette vive discussion, les défenseurs de l’autonomie sont accusés de trahison. La position ne varie pas par la suite, mais devient plus nuancée et perd de son caractère immédiat. En novembre 1949, le courant UA rappelle que le syndicalisme universitaire « s’était toujours placé aux côtés de la classe ouvrière ». Il regrette l’abandon de cette position traditionnelle. Puis, de plus en plus, la tendance présente surtout la nécessité de l’unité d’action avec les centrales ouvrières, gardant la perspective d’un retour à la CGT, qui ne semble pas réalisable dans l’immédiat. La question du rattachement à une centrale ouvrière n’est donc plus d’actualité.

    28Deuxième aspect important de l’argumentation des militants communistes dans l’organisation syndicale, la défense de la paix, qui constitue une question centrale à partir de 1949 (appel de Stockholm). La presse de la FEN-CGT, notamment celle des élèves-maîtres (Normaliens) met au premier plan l’action dans ce sens. La défense de la paix, souvent présentée de façon syndicale, permet de faire le lien entre les dépenses de guerre et la situation de l’Éducation nationale dans la région parisienne (classes surchargées, locaux délabrés). Une action efficace du SNI de la Seine pour la défense des conditions de travail passe forcément par une position correcte sur la défense de la paix. Cette analyse représente un des points forts de l’argumentation d’UA. Dans cette activité de défense de la paix, les communistes recherchent fréquemment l’assentiment des milieux chrétiens, supposés réceptifs au discours pacifiste. Par rapport au Syndicat Général de l’Éducation Nationale, fédération de l’Éducation de la CFTC, leur attitude paraît ainsi moins sectaire que celle de la majorité de la FEN et du SNL Les instituteurs du PCF admettent l’unité d’action sur certaines questions avec les enseignants de la CFTC, alors que la majorité du SNI reste très méfiante à leur égard, et ce jusque dans les années 1960, période de la déconfessionnalisation du syndicat chrétien. L’activité pacifiste des communistes s’exprime dans la défense du physicien Frédéric Joliot-Curie lors de sa révocation en avril 1950 de la direction du Commissariat à l’énergie atomique. Ils interviennent pour que le conseil syndical de la section de la Seine du SNI prenne position. Ils le font aussi à propos de leur collègue, Robert Enard, professeur de cours complémentaire à Drancy qui, le 9 janvier 1951, avait expliqué à ses élèves la signification de l’heure de grève contre le réarmement allemand. Menacé de sanction, il est finalement absout, après de rudes débats à l’intérieur du syndicat pour savoir s’il était bon de le défendre ou pas.

    29Troisième élément de l’argumentation des communistes en direction des enseignants du Premier degré : les guerres coloniales, qui se poursuivent jusqu’en 1962, fournissent aux militants des arguments contre le régime, les socialistes et… la majorité du SNI, jugée trop tiède sur ces questions. Dès 1955, la solution qu’ils proposent passe par l’exigence d’un cessez-le-feu et de négociations avec les représentants du peuple algérien. Ce n’est guère différent de la position majoritaire. Mais les divergences résident dans l’application des diverses décisions du Congrès. D’autant que les majoritaires subissent la pression d’instituteurs présents en Algérie et hostiles aux revendications des nationalistes algériens. Les militants UA leur reprochent de parler des « ultras des deux bords » et de ne pas agir assez contre le danger fasciste vers la fin du conflit5.

    30Par ailleurs, les enseignants du PCF mettent en valeur les réalisations des pays de l’Est. Dans la période de la FEN-CGT, ils exaltent l’enseignement dans ces pays par divers reportages dans la presse syndicale. En décembre 1949, au conseil syndical du SNI départemental, ils demandent même que le syndicat salue Joseph Staline à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire6. Leur motion est évidemment mise en échec, mais elle est assez révélatrice de la démarche des instituteurs communistes en pleine Guerre froide. Certains événements les mettent sur la défensive. C’est principalement le cas de la répression de l’insurrection de Budapest par les Soviétiques en novembre 1956. Quelques jours après l’entrée des chars soviétiques dans la capitale hongroise7, le conseil syndical départemental du 15 novembre débat abondamment de ces événements. La discussion est houleuse : les communistes critiquent la déclaration du bureau départemental condamnant l’intervention. Ils sentent bien cependant qu’ils ne sont pas en position de force sur cette question. Georges Fournial, un de leurs principaux porte-parole, admet qu’il intervient seulement pour affirmer une position. Conscients de leur incapacité à convaincre dans le syndicat à propos de la Hongrie, ils n’en restent pas moins fermes sur leurs positions. Quelques mois plus tard, dans une tribune de discussion publiée dans le journal syndical, Morlet (secrétaire de la sous-section du IIIe arrondissement, UA) affirme :

    « Kadar a victorieusement défendu la cause du socialisme hongrois et probablement évité un conflit mondial »8.

    31Cet exemple montre comment, dans la période de la Guerre froide, les communistes sont parfois en difficulté à l’intérieur du SNL D’autant qu’au même moment le potentiel électoral d’UA s’effrite.

    32Il ne faudrait pas penser pourtant que les instituteurs communistes ne font que de la politique dans le syndicat. Ils tentent de convaincre en se montrant les plus combatifs sur les revendications corporatives. C’est d’ailleurs la logique de la décision de janvier 1954 de militer avec la masse des enseignants au sein de la FEN autonome. Sur les dossiers revendicatifs, ils ont peu de désaccords de fond avec les autres tendances, notamment la majorité. Ils insistent beaucoup sur l’état souvent catastrophique de l’éducation (des locaux scolaires vétustes aux classes surchargées). Ils mettent en avant la situation difficile des jeunes, particulièrement les normaliens ou les suppléants ; les nouveaux adhérents, qui n’ont pas encore de tradition ancienne de vote, peuvent être convaincus, à la différence des anciens, davantage prisonniers des solidarités avec tel ou tel courant. Enfin, la laïcité reste au centre des luttes enseignantes, surtout lorsque des lois qui la remettent en cause se profilent (par exemple la loi Debré qui amène une puissante réaction de défense laïque en 1960). Le principal reproche fait à la direction du syndicat, c’est de manquer de combativité, de préférer les négociations avec les pouvoirs publics aux luttes de masse : grèves, manifestations… C’est d’ailleurs dans l’action que les communistes tentent de prouver la supériorité de leurs positions.

    L’action

    33Dans la logique du refus de l’autonomie, les militants communistes exaltent les actions menées par les travailleurs de l’industrie ou des autres services publics, qui représentent pour eux un exemple de combativité, de détermination. Ils opposent cette pratique de lutte, à l’initiative de la CGT, à ce qu’ils considèrent comme une logique de négociations de sommet de la part de la majorité du SNI. En 1966, à partir de l’accord CGT-CFDT, ils se font les hérauts de l’action interprofessionnelle qu’il peut impulser. Ils en profitent pour reprocher à la FEN son manque d’enthousiasme devant cette nouvelle situation et remettent à l’honneur leur critique de l’autonomie comme une pratique nuisible plaçant les enseignants à l’écart des autres salariés.

    34Deuxième type d’actions prônée par les instituteurs d’UA, l’accompagnement des pratiques jugées combatives des majoritaires vise à mettre en contradiction les majoritaires de la Seine avec leur direction nationale. À plusieurs reprises en effet, ils peuvent apparaître, pour telle ou telle raison locale, plus radicaux que leurs responsables nationaux, soumis à d’autres enjeux. C’est le cas lors des grèves de la fin de l’année 1947. Celles-ci sont, en général, animées par les militants communistes et réprouvées par les courants politico-syndicaux proches de la majorité de la FEN et du SNI à l’échelle nationale. Or, dans le département de la Seine, la situation matérielle des enseignants du Premier degré est particulièrement difficile en ces années d’après-guerre à la différence de la province, où le coût de la vie est moins élevé, où les solidarités familiales peuvent fonctionner pour le ravitaillement. Lorsque arrivent, fin août 1947, les décevantes propositions gouvernementales (Plan du ministre MRP Teitgen) à propos du reclassement attendu depuis la Libération, la colère des institutrices et instituteurs y est plus forte qu’ailleurs. Si les organismes nationaux de la FEN et du SNI protestent, ils répugnent à recourir à la grève alors que le mouvement syndical est profondément divisé sur les actions entamées à partir de fin octobre-début novembre à l’initiative des militants du PCF. Mais, la section de la Seine décide d’appeler à la grève sur le reclassement (revendication pourtant nationale) seule, à partir du 21 novembre. Les diverses tendances sont d’accord et, malgré quelques atermoiements de certains majoritaires, l’action commence le vendredi 21 novembre de manière extrêmement massive9. À la fin de la semaine, se réunissent les conseils nationaux du SNI (le samedi 22) et de la FEN (le dimanche 23). Les grévistes de la Seine espèrent un élargissement du mouvement qu’ils ont entamé. La motion de Ducol (Indre-et-Loire, militant ex-Unitaire), soutenue aussi par l’École Émancipée le propose ainsi :

    « Le conseil national décide la généralisation de la grève, commencée par les instituteurs de la Seine »10.

    35Elle n’obtient que 353 mandats, assez loin des 798 de la motion majoritaire, celle du Lot, qui salue l’action des instituteurs de la région parisienne, mais se refuse à la généraliser dans l’immédiat. Le conseil national

    « tenant compte des circonstances particulières du moment, conseille à la section de la Seine d’interrompre momentanément son mouvement »11.

    36Le message est clair : contrairement à ses militants de la Seine, la majorité nationale du SNI n’entend pas se laisser entraîner sur le terrain de grèves animées essentiellement par les communistes.

    37La direction nationale de la FEN ayant, sans surprise, confirmé la position du syndicat des instituteurs12, le problème est de savoir si les militants départementaux vont obtempérer ou continuer leur action. Toute la presse nationale, à l’exception de l’Humanité, pense que la grève va cesser. Le secrétaire général de la section de la Seine, Edmond Breuillard, s’est abstenu lors du vote au conseil national13. Il préconise d’ailleurs la suspension du mouvement, mais il n’est pas suivi. Lui et ses camarades favorables à l’interruption de la grève (une partie seulement des dirigeants de la Seine) annoncent qu’ils se rallieront à la décision des instituteurs et institutrices. Le référendum du lundi 24 novembre donne 62,5 % des voix pour la continuation de la grève et 37,5 % contre, alors que la participation est très forte, 85,5 %. Dans un milieu aussi fortement syndiqué et respectueux des consignes de l’organisation nationale, la volonté de continuer l’action malgré tout montre le degré de mécontentement des instituteurs parisiens. Cette situation est extrêmement favorable aux communistes, qui mettent en évidence, notamment dans l’Humanité, le fait qu’un syndicat dirigé par des non-communistes participe aux grèves. Dans les deux semaines qui suivent, le mouvement se poursuit : c’est la plus longue grève qu’ait connu l’Éducation nationale jusqu’alors. Mais elle ne parvient pas à s’étendre en province ou dans les autres secteurs de l’Éducation en région parisienne, malgré l’appel à la généralisation lancé par le SERP, alors contrôlé par les ex-Unitaires. Cet échec de l’extension amène une évolution du débat interne et une rupture de l’unité jusque-là réalisée. Une autre tactique du conflit est suivie par les militants du PCF.

    38On en arrive au dernier type d’actions prônées et tentées par les communistes du SNI, le débordement de la direction de la section de la Seine. Début décembre, la FEN au niveau national lance un mot d’ordre de grève de deux jours pour les 8 et 9 décembre. La majorité du comité de grève et de la section départementale considèrent que c’est trop tardif et limité dans le temps. Cela ne peut constituer un relais pour les grévistes de la Seine, passablement épuisés. C’est donc l’appel à la reprise, sanctionné par un nouveau référendum : 69,3 % pour la reprise du travail, 28,2 % contre et 2,5 % d’abstentions14. Les « ex-Unitaires », en désaccord avec la majorité et l’École Émancipée, appellent à poursuivre le mouvement. Une scission se produit au sein du comité de grève lors de sa réunion du 6 décembre. Un nouveau comité est mis en place afin de continuer la grève, mais, le 10 décembre, tout le monde reprend le travail, après l’appel du Comité national de grève lié à la direction de la CGT. Pendant ces trois journées donc, seule la tendance « ex-Unitaire » appelle à continuer l’action entreprise par tous le 21 novembre. Elle espère bien un débordement de la direction de la section de la Seine. Les communistes pensent qu’une partie des majoritaires les suivra, d’autant plus que la direction nationale de la FEN appelle à la grève les 8 et 9 décembre. L’Humanité soutient vigoureusement cette mobilisation d’une partie des instituteurs parisiens, peu relayée par le reste de la presse, qui préfère saluer le retour massif des maîtres dans les classes. Il importe de faire le bilan de la tentative de débordement orchestrée par les communistes à cette occasion. Pour le secrétaire général du SNI de la Seine, Edmond Breuillard, cette action n’a regroupé qu’une « poignée de grévistes »15. Les responsables de la tendance « ex-Unitaire » avancent quelques chiffres : 2 000 selon Jean Roulon (pour le lundi 8 décembre)16, 1 500 pour Jean Grador17. L’Humanité Au 9 décembre expose la situation de l’enseignement dans la région parisienne avec 1 000 instituteurs et institutrices grévistes. Selon ces divers chiffres, émanant de sources favorables au mouvement, ce sont entre 7 et 14 % des membres du personnel qui ont participé à la dernière phase de la grève de la Seine.

    39Ce résultat apparaît décevant pour les communistes. En effet, la tendance qu’ils animent avait obtenu 2 124 voix (34,03 % des suffrages) à la dernière élection pour le conseil syndical de la Seine, en décembre 1945). Tous leurs électeurs ne les ont pas suivis et ils ne semblent donc guère avoir réussi à convaincre les adhérents favorables à la majorité du syndicat18. Plusieurs causes expliquent cet échec : la fatigue des grévistes après deux semaines d’arrêt de travail, la tension sociale et politique de ce début décembre 1947, plus forte qu’au début de l’action des instituteurs de la Seine, enfin, le légalisme du milieu vis-à-vis de l’organisation syndicale19 et du référendum de reprise du travail. On retrouve ce phénomène lors des élections de février 1948 au Conseil syndical. Les « ex-Unitaires » passent de 34,03 à 30,39 %. Certes, le débat sur l’autonomie après la scission de la CGT peut avoir influencé les résultats. Mais cette élection se situe trois mois après la grève de la Seine et il n’est pas douteux que ce long conflit social soit encore dans toutes les têtes au moment du vote. On peut penser que les adhérents ont donné quitus à la section départementale de son action, à défaut d’approuver la position de l’organisation nationale. De même, les accusations de trahison à l’égard du secrétaire général départemental, Edmond Breuillard, ont sans doute paru exagérées à de nombreux militants. C’est là, pour les communistes, une difficulté majeure qui limite leurs capacités à déborder la direction de la section de la Seine. Alors même que le moment était plutôt favorable, les majoritaires de la Seine se trouvent en difficulté du fait du manque de soutien à la grève de la direction nationale, mais les communistes n’en tirent pas partie.

    40Quelle que soit la méthode adoptée, les militants du PCF souhaitent avoir le plus possible d’autonomie pour les sous-sections. Ils espèrent ainsi pouvoir prendre des initiatives locales sur leur ligne, là où ils sont majoritaires. Cette attitude amène une réaction de la direction départementale, qui limite au maximum les velléités d’indépendance des sous-sections, locales ou d’arrondissements. Le règlement intérieur d’octobre 1950, voté par la majorité du conseil syndical, est très clair dans son article 3 :

    « Aucune action ne pourra être entreprise par celle-ci [la sous-section] sans en avoir référé au secrétaire général et qu’après accord express de ce dernier »20.

    41La volonté de centralisation se renforce car les dirigeants de la section de la Seine veulent éviter à tout prix des opérations politiques du PCF. Les instituteurs communistes, quant à eux, mettent en avant la nécessité d’une certaine autonomie des structures de base qui offre davantage de démocratie. En 1961, ces diverses conceptions donnent lieu à une crise importante : les responsables des bureaux de trois sous-sections sont exclus du syndicat pour avoir contrevenu aux principes posés dans le règlement de 1950. Les structures sanctionnées sont celles de Champigny pour avoir engagé, avec d’autre courants, des actions laïques sans tenir compte de la méthode proposée par le congrès national, de Vitry et Ivry, qui font partie d’un « Front syndical commun pour la paix en Algérie ». L’exclusion, fait grave et rare dans le syndicalisme enseignant, est tempérée par la perspective d’une réintégration au 1er janvier 1962 à condition que les exclus s’engagent à « respecter à l’avenir la discipline syndicale »21. Mais le conseil national rappelle que

    « les sections sont seules responsables au regard du SNI et que les subdivisions administratives sur le plan local ou cantonal ne peuvent infléchir les principes établis par l’ensemble de l’organisation »22.

    42Quelques mois après ces événements, le conseil national établit une nouvelle règle, rappelée chaque fois que sont publiés des comptes rendus de réunions de sous-sections. Elle réduit plus encore l’autonomie des structures de base du syndicat. Qu’on en juge :

    « Toute publication portant le titre du SNI doit être diffusée sous la seule responsabilité des sections départementales ».

    43Les divers échecs de la tendance UA dans ses tentatives de gagner du terrain à l’intérieur du syndicat sont en partie à l’origine des modifications du comportement des militants communistes et du courant qu’ils animent à l’intérieur de la section de la Seine du SNI.

    La vie interne de la section de la Seine du SNI

    44Dernier aspect des pratiques communistes dans le syndicalisme des instituteurs, le positionnement dans le débat entre les tendances, c’est-à-dire essentiellement les relations avec la majorité, s’exprime dans le mode de présentation de la liste et dans le vote sur le rapport moral.

    Le mode de présentation de la liste UA aux élection internes

    45La manière de présenter la liste est révélatrice des conceptions d’UA et, au-delà, de celle des militants communistes instituteurs. En désaccord avec le système des tendances prévalant à la FEN et si différent du modèle cégétiste, ils ne s’y soumettent que contraints et forcés. Ils entendent bien le démontrer en rappelant, à chaque élection interne jusqu’en 1958, qu’ils ont proposé une liste unitaire. Le texte de 1953 résume la logique des militants du PCF et d’UA :

    • en finir « avec les stériles débats de tendances » ;
    • « que soient élus les meilleurs militants sans discrimination idéologique » ;
    • « que l’unité d’action soit organisée à tous les échelons »23.

    46La situation de division du mouvement syndical et de cartellisation au sein de la FEN ôtent à ces tentatives toute possibilité de succès, d’autant que les propositions d’UA apparaissent parfois nettement manœuvrières. Par exemple, en 1948, le texte proposé comme base à un éventuel regroupement unitaire souhaite rallier « tous ceux qui, dans l’action n’ont pas trahi leur mandat [ce qui est reproché au secrétaire départemental, Breuillard} et qui sont loyalement décidés à maintenir l’unité du Syndicat national et l’unité de la CGT »24. Dans le contexte de février 1948, cet appel ne peut convenir qu’au courant « ex-Unitaire ».

    47Autre aspect de la méthode des instituteurs communistes : les changements systématiques de dénomination de leurs listes :

    1945 et 1948 : « Pour une section syndicale active, puissante et démocratique ».
    1949 : « Par l’unité et l’action ».
    1952 : « Vers l’unité syndicale ».
    1953 : « Cent sept syndiqués présentent vingt-cinq candidats ».
    1955 : « Liste pour l’efficacité et l’unité du SNI ».
    1958 et 1960 : « La plus grande cohésion pour la plus grande efficacité syndicale ».
    1962 : « Une action puissante et unie... pour une école démocratique ».
    1964 et 1966 : « Liste pour une revalorisation de la fonction enseignante ».

    48Pourquoi cette méthode ? On peut y voir une manœuvre destinée à attirer de nouveaux adhérents peu au fait de l’histoire syndicale ou d’anciens qui ne suivent guère les débats syndicaux et peuvent être intéressés par un titre répondant à leurs préoccupations du moment25. Mais, au-delà des considérations tactiques, ces changements de titres constants reflètent une conception des tendances qui est à l’opposé de celles de l’École Émancipée ou des majoritaires. Les membres du courant UA ne veulent pas figer les situations à l’intérieur du syndicat. Ils pensent pouvoir être un jour majoritaires et, de ce point de vue, le souvenir du résultat de mars 1945 pèse sur leur démarche. Ce n’est pas le cas des deux autres tendances pour des raisons différentes. La majorité est évidemment satisfaite de la situation existante. Quant à l’École Émancipée, sa faiblesse et ses points de vue extrêmes lui interdisent de briguer la direction de l’organisation syndicale dans un proche avenir.

    49Quelles que soient les raisons de la méthode que nous venons d’évoquer, la diversité des appellations choisies permet de recenser les priorités militantes des communistes dans leur intervention syndicale et l’évolution intervenue dans notre période. La préoccupation unitaire (ou de cohésion syndicale), la plus fréquente, revient six fois dans les titres choisis. L’action est présente dans trois appellations. Ce sont là les deux bases essentielles de la tendance animée par les enseignants communistes. En revanche, la démocratie n’est citée qu’une fois et l’indépendance pas du tout contrairement à la tendance majoritaire, qui utilise souvent ces thèmes. Dans les années 1960, les militants Unité et Action insistent sur la nécessaire revalorisation de la fonction enseignante, donc sur des thèmes très corporatifs. Par cette évolution de son profil, la tendance cherche à se développer davantage à partir des préoccupations des instituteurs et institutrices à propos de leur situation matérielle.

    Le vote sur le rapport moral

    50Pour cet autre moment important de la préparation des congrès syndicaux, il convient de distinguer le vote sur le rapport moral national (tous les ans à la fin de l’année scolaire, avant le congrès national) et le vote départemental (tous les deux ans en moyenne). Les minoritaires peuvent donc faire varier leur tactique en utilisant ce qui leur semble positif au plan départemental pour le débat national, et inversement. Le courant UA vote souvent contre les deux rapports, comme dans l’immédiat après-guerre, mais ce n’est pas toujours le cas.

    51Après 1947, les communistes tentent d’utiliser la déception des militants vis-à-vis de la direction nationale du syndicat à la suite de la grève de novembre-décembre. En 1948 et 1949, les majoritaires de la Seine eux-mêmes appellent d’ailleurs à voter contre le rapport moral national, avant de rentrer dans le rang. En 1951, Fournial essaye de réveiller cet antagonisme en demandant de voter contre le rapport national tout en estimant que, dans la Seine, il est possible de s’accorder sur des objectifs communs (sous-entendu : comme cela a été le cas dans les débuts de la grève de 1947)26.

    52L’inverse est parfois tenté par UA : voter pour le rapport moral national et contre l’activité départementale, comme en 1960. La situation au sein de la section de la Seine est décrite de façon extrêmement sévère :

    « Le Conseil syndical […] est presque devenu un conseil d’administration qui suit automatiquement les décisions de son président »27.

    53L’hostilité des militants d’UA est surtout déterminée par les problèmes de fonctionnement, notamment la divergence avec les majoritaires à propos de l’autonomie des sous-sections qui aboutit aux exclusions déjà évoquées. Dans le même texte, ils annoncent leur intention de voter le rapport moral national. La situation est inversée par rapport au début des années 1950, ce qui manifeste un changement dans le comportement de la tendance UA.

    54Amorcée lors du débat à l’intérieur du SERP en 195328, cette évolution se fait sentir avec force l’année suivante. Au début de 1954, le Bureau politique du PCF avait demandé aux instituteurs communistes de se consacrer à l’activité dans la FEN autonome, abandonnant de fait la FEN-CGT. Avant le congrès national annuel de juillet du SNI, un article de Pierre Morlet (un des responsables UA, militant communiste) titre sans ambiguïté : « Nous adopterons le rapport moral ». L’explication de ce revirement est un éloge à la direction nationale du SNI :

    « Le SNI a mené à bien une série d’actions efficaces […] Il est éclatant que l’action de notre syndicat a été rigoureuse et efficace. »29

    55Cette nouvelle orientation vise à montrer que les communistes et leurs partisans de tendance se situent pleinement dans l’organisation syndicale. Il est possible de voter des textes en commun, quitte à critiquer les défauts dans leur application ou les manquements à la démocratie, comme dans la Seine par exemple.

    56L’année 1958, avec la lutte contre le retour au pouvoir du général de Gaulle après le 13 mai, accentue ce cours nouveau. Les conseillers départementaux et syndicaux de la Seine le disent nettement en appelant à voter le rapport moral national :

    « L’attitude ferme de notre syndicat pendant cette période repousse au second plan toutes les critiques que nous aurions pu formuler dans un autre climat »30.

    57Cette méthode se confirme dans les années 1960 et s’étend à l’appréciation de l’activité de la section de la Seine et du comportement de sa direction. L’élection de 1964 au conseil syndical est significative à cet égard. Voici comment les militants d’UA présentent leur analyse de la situation interne de la section de la Seine :

    « Cette année, le climat syndical s’est profondément modifié […] Nous donnons volontiers acte au bureau départemental de la grande part qui lui revient dans cette recherche de la compréhension et de l’efficacité »31.

    58Même si, deux ans, plus tard, le climat s’est à nouveau détérioré, on n’en est plus à la période de Guerre froide. Les pratiques syndicales des uns et des autres ont évolué. Les résultats des élections internes laissent à penser que la tendance UA y a largement gagné et, avec elle, l’influence des communistes dans le milieu des instituteurs de la région parisienne.

    59Minoritaires dans leur milieu et dans leur organisation syndicale, les instituteurs communistes de la Seine ont tenté de surmonter cette difficulté par une pratique et un discours qui ont évolué entre la Libération et 1967. Hostiles à la solution de l’autonomie du syndicalisme enseignant qui s’impose après la scission syndicale de 1947, ils tentent d’abord de concurrencer la FEN autonome (dont ils font partie) en construisant à côté d’elle la FEN-CGT, sensée hâter le retour des enseignants au sein de la Confédération ouvrière. L’échec de cette méthode les conduit en 1954 à y renoncer comme le leur demande publiquement le Bureau politique du Parti communiste. Ils ne militent désormais plus qu’au SNI, syndicat du personnel du Premier Degré de la FEN autonome. L’essentiel de leur action pour faire évoluer le milieu enseignant et son organisation syndicale majoritaire se situe alors au sein de la tendance Unité et Action, dans laquelle les communistes ont un rôle dominant.

    60Les militants du PC dans la section de la Seine se caractérisent par un milieu familial plus ouvrier et davantage sensibilisé aux thèses de la gauche communiste que le reste des syndicalistes que nous avons étudiés. Leur point de vue sur le syndicalisme autonome est fort critique : ils le jugent trop corporatiste. De plus, ils se défient du fonctionnement en tendances alors défendu par la Majorité fédérale et l’École Émancipée. En même temps, ils se montrent a posteriori critiques à l’égard de la décision du Bureau politique du PCF leur demandant, de fait, de renoncer à la FEN-CGT qu’ils avaient tenté de construire depuis six ans.

    61Leur implantation dans le département n’est pas négligeable. Il est remarquable qu’elle coïncide largement avec celle des municipalités communistes. Ce rapport se vérifie dans l’Est parisien comme dans la banlieue Sud, celle du Nord-Ouest ou bien la zone de Bobigny-Drancy. Le rôle des municipalités dans le domaine de l’école explique en partie ce phénomène. Les points forts de l’implantation des instituteurs et institutrices communistes, repérables par les votes des syndiqués pour la tendance Unité et Action, demeurent les mêmes tout au long de la période qui va de la Libération au milieu des années 1960. Tout juste note-t-on le passage de quelques sous-sections de banlieue à Unité et Action.

    62En effet, c’est dans ce sens qu’évoluent les rapports de force entre les trois tendances de l’organisation syndicale. Le courant animé par les communistes, influent à la Libération (40 % des suffrages des syndiqués pour l’élection de mars 1945 au Conseil syndical contre 16 % en 1939) a décliné fortement après les débuts de la Guerre froide et de la division syndicale qui donne naissance à la FEN autonome. Descendu à 24 % en 1958, il reprend des forces dans les années 1960 pour atteindre 42 % en 1966 et menacer à nouveau la Majorité fédérale dans le département de la Seine. Les explications de ces scores, qui se situent toujours au-dessus de la moyenne nationale, sont diverses. Le succès de 1945 tient au rôle joué par les communistes dans la Résistance. Le recul qui lui succède s’explique largement par la situation internationale, qui isole les communistes. C’est d’autant plus net dans le milieu enseignant, où les militants du PC rejettent avec force l’autonomie dans laquelle s’est engagée la FEN. Or, celle-ci semble acceptée par la majorité du milieu, comme en témoigne la forte, et exceptionnelle, syndicalisation que connaît alors la Fédération. Dans la dernière période, après 1958, les communistes et la tendance qu’ils animent bénéficient de la fin de la Guerre froide, qui rompt leur isolement. Dans le même temps, le refus du retour de de Gaulle au pouvoir, très fort dans le monde syndical des instituteurs, a mêlé les divers courants du syndicalisme enseignant. Quelques années plus tard, le PC se retrouve partie prenante de la dynamique unitaire à gauche à laquelle sont traditionnellement sensibles les instituteurs et institutrices.

    63Ce nouveau contexte influence la pratique des militants communistes dans la section de la Seine du SNI. Dans la période de la Guerre froide, le discours de la tendance syndicale animée par les communistes est très politique. La défense de la paix, à laquelle sont systématiquement liées les questions revendicatives, la dénonciation des guerres coloniales et l’approbation des réalisations et de l’action de l’URSS et des démocraties populaires sont au centre de l’argumentation que les communistes présentent aux syndiqués du SNI. Ces positionnements sont accompagnés d’une dénonciation vigoureuse de l’action de la majorité de la section de la Seine, accusée de tiédeur, voire de trahison dans la défense des intérêts des instituteurs et institutrices. C’est notamment le cas vers la fin de la longue grève pour la revalorisation de la fonction enseignante menée dans le département en novembre-décembre 1947. Dans les années 1960, on note un infléchissement du discours communiste par l’intermédiaire d’Unité et Action. Il devient nettement plus syndical, mettant en avant le thème de la revalorisation de la condition enseignante. Dans le même temps, les militants du Parti communiste admettent de voter le rapport moral de la direction du syndicat, notamment après 1958 et l’opposition du SNI au retour au pouvoir de de Gaulle. Ils créditent même la direction de la section de la Seine d’un comportement positif en 1964. Ils se situent, de ce fait, beaucoup moins en opposition avec la masse des militants qui approuvent la Majorité fédérale. Comme s’ils avaient compris l’attachement des syndiqués à leur organisation et donc admis le peu d’efficacité du discours dénonçant unilatéralement la direction, discours souvent vécu comme hostile au syndicat lui-même.

    64Ces évolutions sont intimement liées à celles en cours dans l’ensemble du Parti communiste de ces années. Mais elles reflètent aussi la réflexion des instituteurs et institutrices communistes qui, insérés dans un milieu syndical à la culture majoritairement de la leur, ont su évoluer pour présenter leurs positions de façon plus abordable à leurs collègues de travail. Les succès électoraux qu’ils remportent à la veille de l’éclatement administratif du département de la Seine en sont la conséquence. Ils permettent aux communistes d’espérer jouer un rôle dominant dans les nouveaux départements de la région parisienne, notamment ceux de la banlieue.

    Notes de bas de page

    1 Des distances entre le courant Unité et Action et le Parti communiste se font jour dans les années 1960 à l’intérieur du Syndicat National de l’Enseignement Secondaire (SNES). Elles sont, en partie, à l’origine du changement de majorité en faveur d’UA qui se produit en 1967 à l’intérieur de ce syndicat. Dans le SNI, elles apparaissent nettement plus tard.

    2 Le choix du secrétaire reflète la majorité politique de la sous-section.

    3 Organe mensuel de la section de la Seine du SNI.

    4 Voir à ce sujet l’exemple d’Ivry, retracé dans le mémoire de maîtrise d’HOFFMANN (E.) : L’école primaire à Ivry-sur-Seine 1944-1968, Paris I, 1992, 271 p.

    5 L’École du Grand Paris, juin 1961.

    6 Proposition qui reflète alors le souhait du PCF.

    7 Le 4 novembre 1956.

    8 L’École du Grand Paris, février-mars 1957.

    9 Toute la presse du lendemain l’atteste, de l’Humanité au Figaro, pour s’en réjouir ou... s’en désoler.

    10 L’École Libératrice, organe national du SNI, 11 décembre 1947.

    11 Idem, 27 novembre 1947.

    12 La position du syndicat des instituteurs est extrêmement dominante à l’intérieur de la Fédération, ses effectifs étant de loin les plus importants parmi les différents syndicats de la FEN.

    13 Ce qui lui sera reproché pendant des années par ses adversaires.

    14 Mais, la participation s’est abaissée à 72,5 %. Cette consultation est vivement contestée par les « ex-Unitaires » parce que l’appel à la reprise avait été lancé avant que n’ait lieu le référendum.

    15 L’École du Grand Paris, janvier 1948.

    16 L’École Laïque, janvier 1948.

    17 L’École du Grand Paris, janvier 1948.

    18 Une minorité des sympathisants de L’École Émancipée a continué la grève, malgré l’avis contraire de leur tendance.

    19 Départementale en l’occurrence.

    20 L’École du Grand Paris, octobre 1950.

    21 Idem, septembre 1961.

    22 Ibid.

    23 Idem, décembre 1953.

    24 Idem, février 1948.

    25 C’est notamment le cas de l’appellation de 1953, « Cent sept syndiqués présentent vingt-cinq candidats », qui se veut très neutre alors que la réunion de préparation de la liste est appelée par Georges Fournial. un des principaux responsables communistes chez les instituteurs.

    26 L’École du Grand Paris, juin 1951. Unité et Action n’appelle cependant pas à voter pour le rapport moral départemental.

    27 Idem, mai 1960.

    28 Le vote favorable d’UA était alors lié largement à l’attitude favorable du SERP à l’égard d’un projet de manifestation unitaire de la CGT pour l’anniversaire du 6 février 1934.

    29 L’École du Grand Paris, juin 1954.

    30 Idem, juin-juillet 1958.

    31 Idem, juin 1964.

    Auteur

    • Robert Hirsch

      Doctorant, Paris 13 (CRESC)

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    1 Des distances entre le courant Unité et Action et le Parti communiste se font jour dans les années 1960 à l’intérieur du Syndicat National de l’Enseignement Secondaire (SNES). Elles sont, en partie, à l’origine du changement de majorité en faveur d’UA qui se produit en 1967 à l’intérieur de ce syndicat. Dans le SNI, elles apparaissent nettement plus tard.

    2 Le choix du secrétaire reflète la majorité politique de la sous-section.

    3 Organe mensuel de la section de la Seine du SNI.

    4 Voir à ce sujet l’exemple d’Ivry, retracé dans le mémoire de maîtrise d’HOFFMANN (E.) : L’école primaire à Ivry-sur-Seine 1944-1968, Paris I, 1992, 271 p.

    5 L’École du Grand Paris, juin 1961.

    6 Proposition qui reflète alors le souhait du PCF.

    7 Le 4 novembre 1956.

    8 L’École du Grand Paris, février-mars 1957.

    9 Toute la presse du lendemain l’atteste, de l’Humanité au Figaro, pour s’en réjouir ou... s’en désoler.

    10 L’École Libératrice, organe national du SNI, 11 décembre 1947.

    11 Idem, 27 novembre 1947.

    12 La position du syndicat des instituteurs est extrêmement dominante à l’intérieur de la Fédération, ses effectifs étant de loin les plus importants parmi les différents syndicats de la FEN.

    13 Ce qui lui sera reproché pendant des années par ses adversaires.

    14 Mais, la participation s’est abaissée à 72,5 %. Cette consultation est vivement contestée par les « ex-Unitaires » parce que l’appel à la reprise avait été lancé avant que n’ait lieu le référendum.

    15 L’École du Grand Paris, janvier 1948.

    16 L’École Laïque, janvier 1948.

    17 L’École du Grand Paris, janvier 1948.

    18 Une minorité des sympathisants de L’École Émancipée a continué la grève, malgré l’avis contraire de leur tendance.

    19 Départementale en l’occurrence.

    20 L’École du Grand Paris, octobre 1950.

    21 Idem, septembre 1961.

    22 Ibid.

    23 Idem, décembre 1953.

    24 Idem, février 1948.

    25 C’est notamment le cas de l’appellation de 1953, « Cent sept syndiqués présentent vingt-cinq candidats », qui se veut très neutre alors que la réunion de préparation de la liste est appelée par Georges Fournial. un des principaux responsables communistes chez les instituteurs.

    26 L’École du Grand Paris, juin 1951. Unité et Action n’appelle cependant pas à voter pour le rapport moral départemental.

    27 Idem, mai 1960.

    28 Le vote favorable d’UA était alors lié largement à l’attitude favorable du SERP à l’égard d’un projet de manifestation unitaire de la CGT pour l’anniversaire du 6 février 1934.

    29 L’École du Grand Paris, juin 1954.

    30 Idem, juin-juillet 1958.

    31 Idem, juin 1964.

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    Girault, Jacques, éditeur. Des communistes en France. Éditions de la Sorbonne, 2002, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.60147.
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