Introduction
p. 5-17
Texte intégral
Le Poète prendra le sanglot des Infâmes,
La haine des Forçats, la clameur des Maudits ;
Et ses rayons d’amour flagelleront les Femmes.
Ses strophes bondiront : voilà ! voilà ! bandits !
– Société, tout est rétabli : – les orgies
Pleurent leur ancien râle aux anciens lupanars :
Et les gaz en délire, aux murailles rougies,
Flambent sinistrement vers les azurs blafards1 !
1S’agissant du xixe siècle, lier littérature et insurrection sonne comme une évidence paradoxale. On se souvient des pages enflammées de l’insurgé Vallès, du poids symbolique et politique accordé au poète Lamartine après février 1848 ou encore de la barricade des Misérables. Le renversement de l’ordre établi est en outre au cœur de l’imaginaire littéraire du xixe siècle : combien de fois la bataille d’Hernani a-t-elle été qualifiée de « prise de la Bastille » ? Bastille littéraire s’entend, parce que, là réside le paradoxe, l’histoire des révoltes littéraires ne recoupe qu’exceptionnellement celle des insurrections sociales et politiques. Si certains aspects des révolutions ont pu être personnifiés par un homme de lettres, bien des avant-gardes esthétiques du xixe siècle, à l’inverse de ce qui se produira au siècle suivant, ont associé le révolutionnarisme politique à une dangereuse prolétarisation des valeurs morales et à un délétère enlaidissement du réel, et s’en sont désintéressées. Les hommes des cénacles littéraires et artistiques se sont consolés en groupe de leur défaut de compassion sociale, de leur indifférence humanitaire, de leur frilosité à l’égard de la technique et de la marchandise, en canalisant toute leur énergie novatrice dans le seul secteur – comme s’il fût séparé de tous les autres – de l’Art. Nulle surprise qu’un Jules Vallès ait opposé ceux qui travaillent de concert à la cause littéraire et ceux qui œuvrent solidairement à la cause ouvrière : les premiers ont préféré « tourner sur la piste avec des grelots et des pompons, au lieu de descendre dans l’arène2 » plutôt que de consacrer leur énergie verbale et leur intelligence d’idées à la défense des intérêts populaires.
2S’il en appelle fréquemment au Peuple, l’écrivain du xixe siècle, celui du moins que l’histoire littéraire a célébré, s’est souvent méfié de la populace et a tenu la foule en horreur. Il n’est que de lire ce passage des Autels de la peur d’Anatole France, dont l’action se situe à la Révolution française, pour s’en convaincre : si le « magnétisme inconnu » de la fête de la Fédération échauffe le protagoniste « d’une ardeur fraternelle », ce jeune homme bourgeois, un livre à la main, s’effraie
[d’]entendre le murmure léger et pourtant terrible qui s’élevait de Paris, et dans ce bruit plus faible qu’un soupir il devinait des cris de mort, de haine, de joie, d’amour, des appels de tambours, des coups de feu, enfin tout ce que, du pavé des rues, les révolutions font monter vers le chaud soleil de férocité stupide et d’enthousiasme sublime. Parfois, il tournait la tête et frissonnait3.
3Tout au long du xixe siècle, Paris a vécu au rythme des insurrections : mars 1814, novembre 1827, juillet 1830, juin 1832, avril 1834, mai 1839, février et juin 1848, décembre 1851, printemps 1871… Qu’elles aient été transformées en révolutions ou qu’elles aient été éteintes, réprimées, trahies, ne recevant plus alors que les désignations d’émeutes, de troubles, de journées ou de barricades, les insurrections ont modelé le rapport à l’histoire en train de s’écrire. Tout ce siècle, le premier à avoir été pensé comme tel, qui fut le siècle de l’écriture de l’histoire, du sujet dit moderne, de l’alphabétisation croissante de la société et de la multiplication des supports de l’écrit et de l’image, a été travaillé par la question insurrectionnelle. Dans une situation qu’il a rarement contribué à engendrer, l’homme de lettres, qu’il soit acquis ou hostile à la cause insurrectionnelle, se trouve au cœur de ce processus parce que, d’ordinaire enfermé dans sa sphère d’activité, il se doit de prendre position, ne fût-ce que par le silence. Il est à cette époque la voix essentielle qui met l’insurrection en mots. Par le pamphlet, le libelle, l’article de journal, il en raconte les événements et en décode les soubassements, par le livre d’histoire il la rétablit dans sa chronologie propre et en établit les cadres narratifs. Dans le roman, la poésie, le théâtre, il intègre l’insurrection dans la fiction, la charge de mythes et de personnages emblématiques. Des grands noms (Hugo, Michelet, Vallès, Eugène Sue) à la masse des plumitifs et aux scripteurs d’occasion, c’est toute la structure du champ littéraire, mais aussi les codes narratifs et les relations entre les genres qui ont été déstabilisés par l’événement insurrectionnel : les contours même de la « littérature » sont alors redéfinis4.
4Cette relation singulière de l’écrit à l’événement, qui interroge le temps insurrectionnel autant que le périmètre de la littérature et sa performativité, a fait depuis longtemps l’objet de travaux, tour à tour historiens, littéraires, sociologiques ou anthropologiques. Rappelons, parmi les ouvrages les plus marquants, l’analyse de Paul Bénichou, attentive à pointer la sacralité dont se dote l’homme de lettres au premier xixe siècle, en particulier dans le feu de l’événement, ou encore celle, non moins célèbre, de Dolf Oehler, qui soulignait le coup porté par les événements de juin 1848 sur cette confiance des hommes de lettres et de certains de leurs lecteurs dans la capacité de la littérature à changer le monde5. Le présent ouvrage, issu de journées d’études tenues à Paris en mai 2013, s’inscrit dans cette question ancienne, qui demeure pourtant là et que nous avons voulu reprendre à nouveaux frais, appuyés sur les dernières avancées des disciplines historique et littéraire.
5Cette question a en effet été actualisée par certaines inflexions récentes de la recherche. À la suite de travaux d’historiens, de littéraires et de sociologues consacrés aux « pouvoirs de la littérature » et aux « prises d’écriture », la littérature n’est plus (ou plus seulement), pour l’historien, considérée comme un pourvoyeur d’exemples ou d’illustrations « vivantes » destinées à des démonstrations arides. Elle est devenue pleinement objet d’histoire, avec ses acteurs, ses institutions, ses codes, ses définitions mouvantes. Depuis notamment les travaux fondateurs de Pierre Bourdieu et de Roger Chartier, la façon dont elle participe à la production d’imaginaires sociaux, de représentations (qu’elle entende les reproduire, les fixer ou s’en défaire) mais aussi d’une mise en forme du monde, est mieux prise en compte6. L’évolution de ses formes, de ses institutions et de ses rapports supposés à la « réalité » est également lue comme un moyen de saisir des mutations profondes du rapport de la société à son environnement : ainsi en est-il de l’affirmation du « réalisme » ou ensuite de l’écriture de l’enquête qui marque tour à tour au cours du siècle littérature pittoresque, romans, enquêtes sociales, ouvrages historiques ou reportages journalistiques, indiquant une lente mutation du rapport au réel, dont l’énigme doit être collectivement déchiffrée7. En même temps, les chercheurs ont appris à prendre en compte ses univers fictionnels, qui répondent à leurs propres exigences : la littérature apparaît alors aussi pourvoyeuse de savoirs, qu’ils soient narratifs, en vue d’enrichir les modes d’agencement des données, ou qu’il s’agisse de savoirs du temps dont l’étude permet d’enrichir également l’examen des formes d’appréhension du monde, telle la « pensée par type » de Balzac, étudiée par Jérôme David, qui indique les modes de la généralisation savantes et non savantes en usage sous la monarchie de Juillet8.
6Sa dimension performatrice, enfin, a été réévaluée, de même que les conditions qui ordonnent sa plus ou moins grande efficacité sociale9. Plus largement, des historiens, des sociologues et des littéraires ont voulu repenser les définitions du fait littéraire en les réinscrivant dans les trames culturelles et sociales de leur époque, rappelant que l’opposition entre un domaine de la fiction et un autre de la non-fiction est le fruit d’une lente construction qui ne va pas de soi dans toutes les sociétés, et invitant plus précisément à étudier les « formes de présence de la littérature10 ». Cela a permis, tour à tour, un renouvellement des études littéraires sur la presse, sur l’édition, sur les institutions littéraires et sur les genres peu ou non légitimés11. Cela a entraîné aussi les analyses littéraires de l’écriture historique, qu’il s’agisse, pour le xixe siècle, des mises en relation entre Michelet et Hugo ou de l’étude des modes de dramatisation du récit des historiens « romantiques12 ». S’ajouterait une réévaluation de la signification des prises d’écriture plus ordinaires : celles-ci se sont dotées d’une nouvelle dignité, que l’on considère la signification accordée à l’écriture et à la lecture, les usages sociaux des textes, dans leur matérialité, ou le travail de mise en scène et de définition de soi qui s’y organise13. S’ouvre le champ plus vaste des écritures, entendues au sens large.
7Parallèlement à ce chantier dynamique, l’étude des moments de crises politiques et des phénomènes révolutionnaires a également éprouvé quelques inflexions. Il s’agit là d’un domaine ayant donné lieu à une gigantesque bibliographie qui ne saurait être résumée en quelques lignes. Disons seulement que dans les dernières années ces épisodes ont été de moins en moins étudiés en fonction de leurs issues, considérées comme réussie, trahie, heureuse ou apocalyptique, mais bien davantage par ce qu’elles font traverser, par ce qui se joue dans ces moments que l’on qualifie, à la suite des travaux de science politique, de « fluide » ou de « plastique14 ». Selon cette perspective, ce n’est pas tant les changements de régime politique qui intéressent, que l’acte d’insurrection et le moment insurrectionnel lui-même. Révélateur à cet égard est le récit proposé par Maurizio Gribaudi et Michèle Riot-Sarcey de la période révolutionnaire de février à juin 1848 qui s’attache à documenter jour par jour les moments forts, les instabilités des situations et la vigueur des conflits du moment, pour donner chair à certains de ses possibles, tels que la République démocratique et sociale, qui ont été ensuite écrasés, puis oubliés et enfouis15.
8Ce temps, lorsqu’il s’installe, se traduit par différentes caractéristiques : la révélation et l’explicitation des non-dits antérieurs ; la perturbation des rapports sociopolitiques ; l’affirmation de la souveraineté populaire ; l’impression d’une ouverture des possibles et un changement de la conception de l’histoire, source d’espoir ou d’angoisse. Le phénomène a été particulièrement mis au jour pour l’histoire de la Révolution française, suivant un spectre large allant des études microhistoriques à celles consacrées à la mémoire16. Il en est de même, plus près de nous, pour Mai 68 : Ludivine Bantigny a par exemple montré comment l’Histoire (1789, 1871, 1936…) est alors venue frapper la conscience des acteurs, étudiants, intellectuels, militants, ouvriers, non comme souvenir passé, mais comme présent adapté, promesse du passé à nouveau disponible et capable de modifier les conditions de l’action17. Une telle prise en compte des discontinuités de l’événement insurrectionnel et de leurs connexions impose la saisie d’un enchevêtrement de pratiques, de références, de sens délicat à démêler, et implique surtout une autre conception de la temporalité, qui force à rompre avec les repères chronologiques du récit historien – dont la succession trop simple a pu être qualifiée d’« euchronique18 ». Demeure alors saillante la question, ancienne et ouverte, de la relation entre ces événements révolutionnaires, qu’ils soient réussis ou avortés, et la temporalité de la production écrite, de la rencontre entre ces hoquets de l’histoire et d’une histoire littéraire désormais départie des seules bornes des grandes œuvres, des grands auteurs et des événements majeurs19. Sans que soient négligés les autres aspects, comme la mise au jour des conditions de possibilité de telles irruptions20, l’insurrection apparaît ainsi comme un moment de dilution du politique, de déplacement des rapports usuels au temps et de significations concurrentes du monde.
9Aussi se niche-t-il, à l’intersection de ces deux questionnements, une problématique : voir la manière dont la « littérature » et ses institutions changent dans le temps révolutionnaire, aborder la façon dont celle-ci intervient dans la dynamique insurrectionnelle (qu’elle cherche à la dire, à l’entraîner, ou au contraire à la « raisonner »), s’interroger enfin sur un éventuel « moment » spécifique les concernant tous deux. Cela constitue bien, retrouvant une question très ancienne, une manière particulière de se saisir du problème des rapports entre littérature et révolution au cours des insurrections qui jalonnent le long xixe siècle. Quel est, ainsi, le rôle des mots, des modèles narratifs, des récits des autres révolutions, qu’en est-il de la tentative de resituer ou de contrôler le temps ou de l’impossibilité de dire l’indicible ? Que fait le temps révolutionnaire aux codes littéraires, aux modes de narration établis, aux genres et aux formes même de l’écriture ? Quelles nouvelles valeurs et quels nouveaux partages impose-t-il et pour quels auteurs ? À l’inverse, quel est le poids de la littérature dans l’événement révolutionnaire ? Et dans quelle mesure l’insurrection est-elle aussi un catalyseur d’imagination, source à son tour d’une abondante production fictionnelle ou historique ? Enfin, quel est le sens des nombreuses prises d’écriture provoquées par l’insurrection, celles de ces anonymes qui entendent ne plus l’être, suggérant un lien entre la définition de soi, la position sociale et l’affirmation de son rôle d’acteur ou de sujet politique21 ?
10Pour répondre à quelques-unes de ces questions, les contributions qui composent ce volume explorent plusieurs pistes de recherche.
11Il s’agit d’abord de voir ce que devient le statut de l’homme de lettres professionnel dans le temps insurrectionnel et d’étudier la façon dont il perçoit sa responsabilité en de tels moments, les contours que prend celle-ci au fur et à mesure de l’évolution de la situation, ou la manière dont cette perception évolue selon les contextes de plus longue durée. L’inscription de l’écrivain – lequel fait en général aussi profession de journaliste – dans l’événement insurrectionnel invite à observer comment se négocient simultanément l’enfermement de l’écrivain dans sa sphère d’activité et son ouverture sur l’événement. Le temps de l’événement peut modifier les cadres antérieurs d’une pratique littéraire, comme l’illustre le cas d’Alexandre Dumas et de son activité dans le journal Le Mois (1848- 1850) étudié par Sarah Mombert : l’irruption révolutionnaire entraîne chez lui une hyperpersonnalisation de l’homme de lettres, comme héros de l’esprit et visionnaire du futur, et en même temps sa dépersonnalisation sous les traits d’un simple relais de l’histoire ou de la Providence divine. L’ambition est tout aussi immense chez l’Eugène Sue de la Deuxième République, qui prend bien soin de soutenir son propos par des sources documentaires censément indiscutables. La réception on ne peut plus hostile de son roman Les Mystères du peuple renvoie à celle que connaît Louise Michel devenue romancière, à laquelle s’intéresse ici Stéphane Zékian : dans son cas, comme dans celui de Michel de Cubières dont Jean-Luc Chappey détaille le parcours, le statut d’écrivain en révolution a porté grandement atteinte à sa reconnaissance sociale. Toujours accusé de verser dans la littérature de circonstance, c’est-à-dire d’attenter à la littérarité, mis en marge du champ littéraire une fois celui-ci reconstitué, l’écrivain insurgé semble condamné à l’illégitimation. Les dépositaires de la parole insurrectionnelle sont plutôt à chercher hors du canon littéraire et même préférablement parmi les auteurs d’occasion, les « écrivants » (Barthes) d’ordinaire éloignés des pratiques d’écriture mais qui prennent la plume pour témoigner de leur expérience, conserver vivante la mémoire de l’insurrection passée et en transmettre les enseignements. Ces « auteurs » dont l’avènement à l’écriture est atypique, comme les chansonniers communards qu’évoque Laure Godineau ou les premiers historiens de février et de juin 1848, dont parle Laura O’Brien, doivent ici être considérés parmi les principaux scripteurs des temps insurrectionnels.
12Un autre aspect relève de l’exhumation des discours constituants, des registres, des topiques, des figures et des schémas narratifs qui traversent toutes les sortes de discours émis au cours de l’insurrection. Une telle redécouverte impose de se pencher sur les thèmes et les mots communs à partir desquels se dit l’insurrection mais aussi d’examiner comment ces écritures se répondent entre elles, mobilisent des arguments, des enjeux et des procédés. Une des questions récurrentes est ainsi celle de la véridicité. La fonction de l’écriture comme moyen de fixer la profusion des faits se trouve de fait compromise. Plusieurs contributeurs soulignent la manière dont s’infuse en permanence le doute sur l’origine de l’information et sur la fiabilité des outils par lesquels ceux qui prennent la plume s’attachent, en ces circonstances, à produire du vrai : enchaînement logique du récit, insistance sur les faits, recours à l’anecdote, reprises de genres narratifs adaptés, etc. Il s’agit bien de fixer des balises et des repères, d’apposer un contrôle, même symbolique, sur un flot qui paraît insurmontable. Cette réflexion permet d’ailleurs de considérer avec davantage d’attention les schémas narratifs les plus simples, stéréotypés ou convenus : loin d’exprimer uniquement le manque d’imagination ou de compétence des auteurs, ils constituent des outils qui permettent de produire un discours immédiatement compréhensible par tous, et donc de construire du connu dans un moment de flottement des références. L’immense massif des placards, feuilles volantes, textes de dénonciation ou de louange attesté pour chacun de ces temps forts22 gagnerait sans doute à être réétudié à cette aune. Ce flottement des repères n’est pas, on le voit, uniquement trace d’un manque, il se révèle peut-être surtout la trace d’une spécificité profonde de ces temps insurrectionnels. C’est ce que suggère Alain Vaillant qui montre combien ils constituent des temps d’anomie littéraire. Alors que l’industrie et les lieux de la production romanesque sont inévitablement suspendus, ces moments, et leurs références aux passés, ouvrent la voie, et la voix, à d’autres pratiques plus adaptées : l’usage de l’argot et de l’ironie, la multiplication des poèmes et des chansons au détriment du roman ou le rôle de la représentation théâtrale ou d’une production journalistique éphémère23 hors des lieux consacrés. Contre les mutations bien connues de l’histoire littéraire se dresse là une autre généalogie, une autre histoire, plus constante et rétive au changement, que l’historien comme le spécialiste de littérature doit apprendre à observer, avec d’autres outils que ceux qu’il mobilise pour le livre ou la littérature instituée. il existerait comme un moment littéraire de l’insurrection.
13Ainsi se dégagent des spécificités profondes de ces moments exceptionnels, où le texte et le verbe se dotent d’une nécessité, d’une urgence et d’une efficacité toutes particulières qui ne s’estompent pas nécessairement avec la clôture de l’événement. Comme l’expliquent Laura O’Brien et Laure Godineau pour 1848 et 1871, la littérature d’après-coup, aux contours génériques souvent incertains (roman, autobiographie, histoire), peut chercher à apaiser, à contrer le discours du vainqueur, à témoigner des horreurs de la répression, mais aussi à prolonger le combat, dans sa vivacité même, au moment où il apparaît au public comme « anachronique ». L’effort marque parfois jusqu’à la langue, imposant une écoute plus patiente et compréhensive. Ainsi Stéphane Zékian rappelle-t-il combien les « fautes de français » des romans de Louise Michel doivent être réétudiées de près : ce ne sont pas là le signe d’une incompétence mais, comme dans la trilogie de Jacques Vingtras de Vallès, la trace même d’une « insurrection » de l’écriture et d’une volonté de mettre à mal des ordres de tous types, y compris grammaticaux, tant la langue se révèle un enjeu fondamental de l’ébranlement attendu du « vieux monde ». Se superposent alors des strates temporelles et des formes d’écritures différentes, qui jonchent le « monde d’après » de ces scories inactuelles chères à Walter Benjamin, qui pourront être retrouvées, espèrent les auteurs, le moment opportun.
14Ces réflexions amènent à questionner la toile de mots sans cesse repris qui lie par ailleurs ces événements entre eux. L’insurrection se caractérise bien par sa radicale discontinuité, qui rend difficile l’ajustement de l’avant et de l’après : si l’événement révolutionnaire produit de la fiction et un discours de révélation, il est comme préparé, en amont, par les fictions et les récits qui, latents, prennent sens au moment décisif24. Émerge ainsi un tissu de sens et de narrations qui associe de manière discontinue ces événements, comme le montrent bien les réécritures, étudiées par Corinne Saminadayar-Perrin, du 20 juin 1792, informées et motivées par les événements de 1848. En revanche, il semble rester difficile, après, d’en rendre compte de manière plus distanciée : se prolonge dans l’écriture post-insurrectionnelle la difficulté de l’auteur à dire la vérité sur l’événement qui vient de se dérouler. L’attention à la pièce d’archive et le recours au document font preuve de ce malaise discursif. Laura O’Brien montre comment la mémoire de la révolution de 1848 a été transmise entre autres par la reproduction de documents, bibliographies, procès-verbaux censés soutenir le sérieux du propos historique. De la même façon, Les Mystères du peuple, comme le rappelle Anthony Glinoer, ouvrent le monde du roman à toutes sortes de textes et de registres référentiels qui doivent justifier mais aussi renforcer l’ambition tout à la fois historique et romancière d’Eugène Sue.
15En définitive, c’est la « littérature », dont l’acception actuelle se fixe dans la première moitié du xixe siècle, qui se trouve ébranlée dans le feu de l’événement, du fait de la pluralité des supports mobilisés – presse, chanson, placard, pamphlet, etc. –, de la circulation des topiques, de l’avènement à l’écriture d’individus qui étaient restés jusque-là hors du champ littéraire ou encore de l’indistinction éphémère entre des pratiques d’ordinaire bien hiérarchisées (la transgression du « bien écrire » par Louise Michel, le recours à la chanson des anciens communards ou encore la circulation des textes entre le roman, le libelle politique et même l’almanach chez les romanciers journalistes de la Deuxième République qu’étudie Sébastien Hallade). Le « champ » du littéraire, sans disparaître, paraît se dissoudre et perdre en évidence définitionnelle.
16Se dégagent aussi le statut particulier du verbe en révolution ainsi que ses rapports complexes à l’écriture d’après-coup, qui le recouvre d’un texte et d’un circuit de production et de diffusion nécessairement décalé. Celui-ci peut chercher à l’organiser, à le normaliser ou à lui donner un sens, etc. Mais il peut aussi toujours garder une place cachée à ce verbe et à ces topiques révolutionnaires, que cela soit voulu ou non, rendu disponible, et modifiable, lorsque l’occasion se présente, suivant un autre mécanisme.
17Enfin, nous avons tenu à interroger ces phénomènes sur le temps long du xixe siècle afin de mieux s’intéresser aux échos, répétitions, décalages d’une insurrection à l’autre. La Révolution française apparaît comme l’événement absolument fondateur, qui se pense comme coupé du monde d’avant, même dans la mise en récit, et ne cessera d’être repris et rejoué au cours du siècle. À ce modèle viendra s’ajouter celui de la révolution de Février, que l’on considère jusqu’à aujourd’hui comme un point tournant, distinguant ainsi un premier et un second xixe siècle mais négligeant de ce fait la force des « rejeux » qui opèrent dans le moment même des révolutions de 1830 et de 1871.
18Pour répondre pleinement aux ambitions de ce projet, il aurait sans doute fallu étudier d’autres périodes et d’autres lieux. Aborder un éventail plus large d’insurrections : juillet 1830 mériterait incontestablement une place plus grande, tant par son écho littéraire que par l’ampleur des « prises d’écriture » suscitées ; mais juin 1832, ou les révoltes des canuts de 1831 et 1834, sont tout aussi intéressants25. Il eût été utile, également, d’inscrire l’ensemble dans un espace plus vaste, tant le phénomène, en ce xixe siècle tour à tour révolutionnaire, prophétique, désenchanté, médiatisé, ou encore remémoré, est bien transnational26. On connaît le rôle de la poésie et de la figure de Byron dans l’engagement de nombre de jeunes philhellènes dans la révolte grecque des années 182027 ; l’importance du poète Jânos Arany dans la mémoire européenne de la lutte libérale-nationale hongroise de 1848-1849 ; ou celle d’Adam Mickiewicz, depuis son exil parisien, défendant la signification de la nation et de l’insurrection polonaise de 1830-183128, puis mobilisant en 1847 une « légion polonaise » pour lutter contre l’Autriche auprès des Italiens. Tout aussi importante, pour notre propos, eût été la construction littéraire de la figure de Garibaldi, à laquelle ont participé des auteurs français comme Alexandre Dumas ou George Sand, et qui a coloré l’investissement de nombre de « Garibaldiens », venus de tous horizons, notamment lors de la guerre républicaine et franco-prussienne de 187029. Cela, pour ne rien dire des relations multiformes entre la presse et l’expérience des Cortes de Cadix en 1810- 181430 ; de la phase dite « réaliste » qui éloigne la littérature germanique des désirs d’émancipation du mouvement « Jeune Allemagne » après la fièvre de 1848, dont le cynisme de Wilhelm Busch témoigne ; ou de la mise en évidence de la masse des publications populaires – presse, poèmes, tracts, écrits intimes et ordinaires – dans le grand mouvement politique, social et culturel qu’a été le chartisme31. Les « cultures de la défaite » de l’Amérique d’après guerre civile, de la France des années 1870 ou de l’Allemagne de 1918 ont par ailleurs fait l’objet de comparaisons32. Et l’on constate, dans les luttes mexicaines des années 1830-1860, imprégnées, pour une part, d’un certain romantisme européen, l’importance de « poètes-législateurs » dans ces moments où la poésie a une force fondatrice qui la rapproche du droit33. Bien des circulations et réemplois seraient, à l’évidence, à observer, et bien des comparaisons à mener.
19S’ajoutent d’autres absences. Manquent sans doute une attention aux discours contre-révolutionnaires, au rôle de la ville et en particulier de Paris (où prennent place la plupart des insurrections en France et où se concentrent la grande majorité des hommes de lettres), ou encore un examen plus poussé des images, alors que les deux modes de représentations – textuel et figuratif – sont fortement imbriqués et que le second connaît une diffusion extrêmement importante, pour ne rien dire des effets de l’apparition de la photographie34.
20Le présent volume a répondu à d’autres choix : il a paru plus opportun, autour d’une question déjà vaste, de dresser des contours d’analyse cohérents afin d’approfondir la problématique. C’était, d’abord, de bonne méthode si l’on voulait faciliter l’analyse des relations entre ces expériences insurrectionnelles. C’était, ensuite, permettre de répondre à l’autre ambition de ce projet : mener une discussion à parts égales entre historiens et littéraires. Il s’agissait par là de mobiliser des savoir-faire, des sensibilités, des approches différentes. Loin d’une juxtaposition de regards aux périmètres disciplinaires bien réglés, ce volume répond ainsi à une volonté partagée de désenclavement, par la manière, d’un côté, dont les historiens se sont attachés à analyser la matière littéraire disponible ou l’historicité des formes d’écriture, par la manière, de l’autre côté, dont les littéraires ont étudié les conditions sociales et culturelles de production comme de réception des textes. On peut mesurer à cet égard le chemin parcouru une vingtaine d’années depuis deux importants colloques : l’un d’un point de vue historien sur la barricade35, l’autre d’un point de vue littéraire sur les rapports entre littérature et révolutions en France36, alors que les objets, les méthodes, les perspectives, les sources semblaient encore faiblement compatibles. À partir de là, il sera bien possible ensuite d’ouvrir le questionnement à d’autres événements et horizons géographiques, et de manière peut-être plus efficace et pertinente.
21En approfondissant notre compréhension du fait littéraire, du fait insurrectionnel et de la relation entre eux, se dégage en effet un vrai champ de recherche, avec ses sources (la presse, le monde du roman, les écrits ordinaires, les chansons et la poésie), son domaine, qu’il reste à arpenter et à mieux connaître, et son intérêt propre. De ce point de vue, c’est tout le xixe siècle et son souci de se re-présenter, qui peut être relu depuis ce qui apparaît comme son envers, à rebrousse-poil de son inexorable « avancée ». Se révèlent, comme sur le film d’une photographie, des continuités souterraines, des répétitions, des irruptions intempestives, et un intertexte qui porte vivante, même enfouie et abîmée, la mémoire du basculement possible.
Notes de bas de page
1 Arthur Rimbaud, « L’orgie parisienne ou Paris se repeuple », dans Œuvres complètes, éd. par Antoine Adam, Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade, 68), 1972, p. 49.
2 Jules Vallès, « Les Cénacles », La France, 2 et 9 mars 1883, repris dans Œuvres, éd. par Roger Bellet, Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade, 362), 1990, t. 2, p. 868.
3 Anatole France, Autels de la peur, Paris, LGF/Le livre de poche, 1994, p. 11-12 et 30. L’exemple pourrait être rapproché de la Psychologie des foules de Gustave Le Bon (1895) qui conclut de son côté à la régression des facultés proprement humaines de l’homme pris dans l’agglomération, au profit de réactions affectives exagérées.
4 Cet ouvrage est issu de journées d’études qui se sont tenues les 10 et 11 mai 2013. Nous tenons à remercier l’École normale supérieure de Paris et en particulier l’Institut d’histoire moderne et contemporaine qui ont bien voulu nous accueillir à cette occasion.
5 Paul Bénichou, Le temps des prophètes. Doctrines de l’âge romantique, Paris, Gallimard (Bibliothèque des idées), 1977 ; Dolf Oehler, Le spleen contre l’oubli. Juin 1848. Baudelaire, Flaubert, Heine, Herzen, Paris, Payot (Critique de la politique), 1996.
6 Pierre Bourdieu, Les règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Seuil, 1992 ; Roger Chartier, Culture écrite et société. L’ordre des livres (xive-xviiie siècle), Paris, Albin Michel, 1996. Ces perspectives s’inscrivent aussi dans un déplacement plus ample concernant rapports entre histoire et littérature, à une échelle internationale. Parmi une abondante littérature, voir : Roger Chartier, Au bord de la falaise. L’histoire entre certitudes et inquiétude, Paris, Albin Michel, 1998 ; Carlo Ginzburg, Le fil et les traces, Paris, Verdier, 2010 ; Dominick La Capra, History and Reading : Tocqueville, Foucault, French Studies, Toronto, University of Toronto Press, 2000 ; un bilan allemand peut être trouvé dans Alessandro Barberi, Clio verwundert, Hayden White, Carlo Ginzburg, und das Sprachproblem in der Geschichte, Vienne, Turia + Kant, 2000.
7 Jacques Dubois, Les romanciers du réel. De Balzac à Simenon, Paris, Seuil, 2000 ; Fredric Jameson, The Antinomies of Realism, Londres/New York, Verso, 2013 ; Dominique Kalifa, « Enquête et “culture de l’enquête” au xixe siècle », Romantisme, 3/149, 2010, p. 3-23.
8 Jérôme David, « Une “réalité à mi-hauteur“ », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 65/2, 2010, p. 263- 290, ainsi que les autres articles de ce dossier intitulé Savoirs de la littérature ; voir aussi Thomas Pavel, Univers de la fiction, Paris, Seuil (Poétique), 1988 ; Carlo Ginzburg, Nulle île n’est une île. Quatre regards sur la littérature anglaise, Lagrasse, Verdier, 2005 ; Judith Lyon-Caen, La lecture et la vie. Les usages du roman au temps de Balzac, Paris, Tallandier, 2006 ; Judith Lyon-Caen, Dinah Ribard, L’historien et la littérature, Paris, La Découverte (Repères), 2010 ; Guillaume Bridet, « Ce que les sciences humaines font aux études littéraires (et ce que la littérature fait aux sciences humaines) », Fabula-LhT, 8, mai 2011, Le partage des disciplines [http://www.fabula.0rg/lht/8/bridet.html, consulté le 28 avril 2014).
9 Erich Auerbach, Mimésis. La représentation de la réalité dans la littérature occidentale, Paris, Gallimard (Tel), 1977 ; Jean-Marie Schaeffer, Pourquoi la fiction ?, Paris, Seuil (Poétique), 1999.
10 Christian Jouhaud, Dinah Ribard, Nicolas Schapira, Histoire, Littérature, Témoignage – Écrire les malheurs du temps, Paris, Gallimard (Folio), 2009, p. 13. Sur la progressive distinction histoire/ littérature entre le xviiie et le xixe siècle, voir aussi Reinhart Koselleck, L’expérience de l’histoire, Paris, Gallimard, 1997.
11 Voir entre autres Jean-Yves Mollier, L’argent et les lettres. Histoire du capitalisme d’édition 1880- 1920, Paris, Fayard, 1988 ; Pascal Durand, Anthony Glinoer, Naissance de l’éditeur. L’édition à l’âge romantique, Bruxelles, Les Impressions nouvelles (Réflexions faites), 2005 ; Jacques Migozzi, Philippe Le Guern (dir.), Production(s) du populaire, Limoges, Presses universitaires de Limoges (Médiatextes), 2005 ; Antoine Lilti, Le monde des salons. Sociabilité et mondanité à Paris au xviiie siècle, Paris, Fayard, 2005 ; Dominique Kalifa, Philippe Régnier, Marie-Ève Thérenty, Alain Vaillant (dir.), La civilisation du journal. Histoire culturelle et littéraire de la presse française au xixe siècle, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2011 ; Anthony Glinoer, Vincent Laisney, L’âge des cénacles. Confraternités littéraires et artistiques au xixe siècle, Paris, Fayard, 2013 ; Marc Angenot, Les dehors de la littérature. Du roman populaire à la science-fiction, Paris, Honoré Champion (Unichamp-Essentiel), 2013.
12 Voir les numéros de la revue Écrire l’histoire. Histoire, littérature, esthétique, sous la direction de Paule Petitier et Claude Millet.
13 Arlette Farge, Le bracelet de parchemin. L’écrit sur soi au xviiie siècle, Montrouge, Bayard Jeunesse (Le rayon des curiosités), 2003 ; Roger Chartier, Inscrire et effacer. Culture écrite et littérature (xie-xviiie siècle), Paris, Seuil (Hautes études), 2005 ; Jacques Rancière, La nuit des prolétaires. Archives du rêve ouvrier, Paris, Hachette, 2005 ; Philippe Artières, Jean-François Laé, Les archives personnelles. Histoire, anthropologie et sociologie, Paris, Armand Colin (U), 2011. On peut inclure ici aussi les travaux britanniques d’histoire intellectuelle qui ont revalorisé les tracts, pamphlets et placards ordinaires, ou ceux d’histoire sociale et culturelle insistant sur la performativité des discours politiques : Quentin Skinner, Visions of Politics, volume 1, Regarding Method, Cambridge, Cambridge University Press, 2002 ; Gareth Stedman Jones, Languages of Class : Studies in English Working Class History, 1832- 1982, Cambridge, Cambridge University Press, 1983 ; Jon Lawrence, Speaking for the People : Party, Language and Popular Politics in England, 1867-1914, Cambridge, Cambridge University Press, 1998. Sans oublier, également, ceux traitant des usages de l’écrit par les groupes dominés : Richard Hoggart, The Uses of Literacy : Aspects of Working Class Life, Londres, Chatto & Windus, 1957 (trad. aux Éditions de Minuit, 1991, sous le titre La culture du pauvre) ; James Scott, Domination and the Arts of Resistance : Hidden Transcripts, New Haven, Yale University Press, 1990 (trad. aux éditions Amsterdam, 2009, sous le titre La domination et les arts de la résistance).
14 Michel Dobry, Sociologie des crises politiques, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1986.
15 Maurizio Gribaudi, Michèle Riot-Sarcey, 1848, la révolution oubliée, Paris, La Découverte, 2008.
16 Haim Burstin, Une révolution à l’œuvre. Le faubourg Saint-Marcel (1789-1794), Seyssel, Champ Vallon, 2005 ; Jean-Clément Martin, La Vendée de la mémoire, 1800-1980, Seuil, 1989.
17 Ludivine Bantigny, « Le temps politisé. Quelques enjeux politiques de la conscience historique en Mai-Juin 68 », dans Ludivine Bantigny, Quentin Deluermoz (dir.), Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 117, janvier-mars 2013, Historicités du XXe siècle. Coexistence et concurrence des temps, p. 215-229.
18 Georges Didi-Huberman, Devant le temps, Histoire de l’art et anachronisme des images, Paris, Éditions de Minuit (Critique), 2000.
19 Corinne Saminadayar-Perrin (dir.), Qu’est-ce qu’un événement littéraire au xixe siècle ?, Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne (Le xixe en représentation[s]), 2008 ; Alain Vaillant, L’histoire littéraire, Paris, Armand Colin (U), 2010. Voir aussi les dossiers Multiple histoire littéraire de la Revue d’histoire littéraire de la France, 3, 2003 et Histoire culturelle/Histoire littéraire de la revue Romantisme, 143, 2009.
20 Ernest Labrousse, « 1848-1830-1789. Comment naissent les révolutions », Actes du congrès historique du centenaire de la Révolution de 1848, Paris, PUF, 1948, p. 1-20 ; Eric J. Hobsbawm, The Age of Révolution, Europe 1789-1848, Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1962 (trad. aux éditions Fayard, 1969, sous le titre L’ère des révolutions) ; Maurice Agulhon, 1848 ou l’apprentissage de la République. 1848-1852, Paris, Seuil, 1973. Des perspectives comparatistes de longue durée plus récentes ont été proposées : voir Jack Goldstone, Revolution and Rebellion in Early Modem World, Oakland, University of California Press, 1993. Une proposition de croisement des différentes échelles et de ces approches est à lire dans : William Sewell Jr, « Historical Events as Transformations of Structures : Inventing Revolution at the Bastille », dans Logics of History, Chicago, University of Chicago Press, 2005, p. 225-270.
21 Voir sur cette question du « protagonisme » : Haim Burstin, Révolutionnaires. Pour une anthropologie politique de la Révolution française, Paris, Vendémiaire, 2013.
22 Voir par exemple Jean-Yves Mollier, « La culture de 48 », dans Sylvie Aprile, Raymond Huard, Pierre Lévêque, Jean-Yves Mollier (dir.), La révolution de 1848 en France et en Europe, Paris, Éditions sociales, 1998, p. 127-178.
23 Parmi ces écrivants nés des expériences révolutionnaires, il faut voir aussi les expériences d’écriture journalistiques ouvrières comme celle analysée par Ludovic Frobert dans Les canuts ou la démocratie turbulente. Lyon, 1831-1834, Paris, Tallandier, 2009.
24 Ainsi un même texte, la pièce Le chevalier de Maison-Rouge d’Alexandre Dumas, peut-il revêtir un sens très différent dans ce contexte, comme le montre Vincent Robert, « Théâtre et révolution à la veille de 1848. Le chevalier de Maison-Rouge », Actes de la recherche en sciences sociales, 186-187, mars 2011, p. 30-41.
25 Voir par exemple sur 1830, Nathalie Jakobowicz, 1830. Le peuple de Paris. Révolution et représentations sociales, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009 ; Sylvie Vielledent, 1830 aux théâtres, Paris, Honoré Champion, 2009 ; Sylvie Aprile, Jean-Claude Caron, Emmanuel Fureix (dir.), La Liberté guidant les peuples. Les révolutions de 1830 en Europe, Seyssel, Champ Vallon, 2013 ; sur les effets « libérateurs » des « Trois Glorieuses », on peut consulter Maurice Agulhon, « 1830 dans l’histoire du xixe siècle français », Romantisme, 28-29, 1980, p. 15-27, et Jacques Rancière, La nuit des prolétaires, op. cit. Sur juin 1832, on lira Thomas Bouchet, Le roi et les barricades, une histoire des 5 et 6 juin 1832, Paris, Seli Arslan, 2000 ; sur la presse ouvrière et les révoltes des canuts, Ludovic Frobert, Les canuts…, op. cit.
26 Sur ce mouvement, parmi les intellectuels, voir Christophe Charle, Les intellectuels en Europe au xixe siècle, Paris, Seuil, 1996.
27 Hervé Mazurel, Vertiges de la guerre, Byron, les philhellènes et le mirage grec, Paris, Les Belles Lettres, 2013.
28 Voir Anne-Marie Thiesse, La création des identités nationales, Europe, xviiie-xxe siècles, Paris, Seuil, 2001, p. 110 ; et pour le second, Christophe Charle, Discordance des temps, Paris, Armand Colin, 2011, P. 131-133.
29 Lucy Riall, Garibaldi, Invention of a Hero, New Haven, Yale University Press, 2007.
30 Alberto Romero Ferrer, 1810 : opiniόn pública y soberanίa nacional, Cadix, Universidad de Cádiz, 2010 ; Id. (dir.), Liberty, liberté, libertad. El mundo hispánico en la era de las revoluciones, Cadix, Ayuntamiento de Câdiz y Universidad de Câdiz, 2010.
31 Voir les belles analyses de Malcolm Chase à ce propos dans Le chartisme. Aux origines du mouvement ouvrier britannique (1838-1858), Paris, Publications de la Sorbonne, 2012.
32 Wolfgang Schivelbusch, The Culture of Defeat, Londres, Picador, 2004.
33 Pablo Piccato, The Tyranny of Opinion : Honor in the Construction of the Mexican Public Sphere, Durham, Duke University Press, 2010
34 André Rouillé, L’empire de la photographie, 1839-1870, Paris, Le Sycomore, 1982 ; Stéphane Michaud, Jean-Yves Mollier, Nicole Savy (dir.), Usages de l’image au xixe siècle, Paris, Créaphis, 1992 ; Roger Bellet, Philippe Régnier (dir.), La caricature entre République et censure. L’imagerie satirique en France de 1830 à 1880 : un discours de résistance ?, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1996 ; Ségolène Le Men, « Une lithographie de Daumier en 1869, Lanterne magique !!!… », Revue d’histoire du xixe siècle, 20-21,2000, p. 13-38 ; Philippe Hamon, Imageries. Littérature et image au xixe siècle, Paris, Corti, 2001 ; Martine Lavaud, « Industrie photographique et “production“littéraire pendant la Commune de Paris », dans Jean-Yves Mollier, Philippe Régnier, Alain Vaillant (dir.), La production de l’immatériel. Théories, représentations et pratiques de la culture au xixe siècle, Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint Étienne, 2008, p. 377-390.
35 Alain Corbin, Jean-Marie Mayeur (dir.), La barricade, Paris, Publications de la Sorbonne, 1997.
36 Geoffrey T. Harris, Peter Michael Wetherill (dir.), Littérature et révolutions en France, Amsterdam, Rodopi, 1990.
Auteurs
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Quentin Deluermoz
Est maître de conférences à l’université Paris 13 Sorbonne Paris Cité. Membre du laboratoire PLEIADE, chercheur associé au CRH (EHESS), il est également membre de l’institut universitaire de France (IUF). Ses recherches portent sur l’histoire sociale et culturelle des ordres et des désordres dans l’Europe au xixe siècle. Il a notamment travaillé sur les relations police-société à Paris, dans une perspective d’anthropologie historique (Policiers dans la ville. La construction d’un ordre public à Paris [1854-1914], Publications de la Sorbonne, 2012). Depuis deux ans, il mène un chantier sur les expériences révolutionnaires et communardes de 1870-1871 (Paris, Lyon, Thiers, Alger, Martinique). Il s’intéresse aussi aux questions d’écriture et de méthodologie de l’histoire et prépare avec Pierre Singaravelou un ouvrage sur les raisonnements contrefactuels et les futurs possibles du passé. Il a en outre publié des travaux sur le sociologue Norbert Elias (Norbert Elias [dir.], Tempus, 2012), et rédigé un volume de la nouvelle collection de l’histoire de France contemporaine (Le Crépuscule des révolutions, 1848-1871, Seuil, 2012).
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Anthony Glinoer
Est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’histoire de l’édition et la sociologie du littéraire et professeur à l’université de Sherbrooke (Québec). Ses travaux portent principalement sur l’histoire de l’édition (Naissance de l’éditeur. L’édition à l’âge romantique, avec Pascal Durand, Les Impressions nouvelles, 2005), sur les groupes d’écrivains et d’artistes (L’âge des cénacles. Confraternités littéraires et artistiques au xixe siècle, avec Vincent Laisney, Fayard, 2013) et sur l’étude des représentations dans la littérature de la vie littéraire (co-direction de Bohème sans frontière avec Pascal Brissette, Presses universitaires de Rennes, 2010, d’Imaginaires de la vie littéraire avec Björn-Olav Dozo et Michel Lacroix, Presses universitaires de Rennes, 2012 et de Romans à clés : les ambivalences du réel avec Michel Lacroix, Presses universitaires de Liège, 2014). Il a aussi lancé en 2014 le projet Socius, sous la forme d’un site abritant un lexique de concepts établi par une équipe internationale, de rééditions de classiques de la théorie sociale du littéraire et de la bibliographie Le littéraire et le social, forte de plus de 2000 entrées (voir le site en accès libre ressources-socius.info).
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