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    Plan détaillé Texte intégral Penser par listes I : le Breviloquium de Bonaventure Les maîtres des listes sacrées Prier la cardinalité de la Passion À propos du langage, de la notion de calcul, et la manipulation de choses Penser par liste II : le Tableau Pater noster, un endroit spirituel Notes de bas de page Auteur

    Le pouvoir des listes au Moyen Âge - I

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Ensembles de dix, sept et cinq : le pouvoir de cardinalité d’une liste

    Martha Rust

    p. 187-220

    Texte intégral Penser par listes I : le Breviloquium de Bonaventure Les maîtres des listes sacrées Prier la cardinalité de la Passion À propos du langage, de la notion de calcul, et la manipulation de choses Penser par liste II : le Tableau Pater noster, un endroit spirituel Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1« Tenez bien dix et fuyez sept/Dépensez bien cinq et arrivez au paradis ». Tel est le conseil d’un distique concernant la vie pieuse qui se trouve dans plusieurs manuscrits médiévaux tardifs écrits en Angleterre1. N’importe quel chrétien savait que les trois nombres dans cet adage font référence aux « titres » de trois listes clés : les dix commandements, les sept péchés capitaux et les cinq sens (ceux du corps et ceux de l’esprit). En récitant le contenu de chacune de ces listes, ce que la plupart d’entre eux pouvaient faire, ils démontraient non seulement leur connaissance de ces points doctrinaux mais également comment utiliser un principe mnémotechnique de base : si l’on veut se souvenir de tous les articles d’une liste, il est utile de savoir combien celle-ci en contient. D’un point de vue mathématique, un nombre qui répond à la question « combien ? » est dit cardinal et exprime la cardinalité d’un ensemble. Dans le cas d’une liste, il s’agit de tous les articles qu’elle contient. Connaissant le nombre cardinal d’un ensemble, on peut faire une opération mathématique à la fois très élémentaire et astucieuse : arriver à un deuxième ensemble de même cardinalité en plaçant simplement chaque élément du nouvel ensemble en correspondance avec chaque élément de l’ensemble d’origine de façon biunivoque. Par exemple, pour se souvenir des cinq sens humains, un ensemble de cardinalité de cinq était naturellement disponible au chrétien au Moyen Âge : les cinq doigts de la main. S’il pouvait assigner un sens à chaque doigt, il savait qu’il les avait tous énumérés.

    2En particulier pour les listes traitant des fondements de la foi chrétienne, que les chrétiens médiévaux devaient connaître par cœur, la coutume consistant à inclure le nombre d’éléments qu’elles contiennent dans leurs titres reflète l’utilité de connaître la cardinalité d’une liste afin de pouvoir la mémoriser et la réciter. Mais nous soutenons que la même méthode mnémotechnique, favorisée par cette façon d’intituler, met également au jour un trait fondamental de la liste comme forme : à savoir que les articles d’une liste possèdent une matérialité notionnelle. Par conséquent, ceux-ci à la fois soutiennent et font appel aux compétences intellectuelles associées, non seulement à l’alphabétisation mais aussi au calcul. Ces compétences intellectuelles sont liées tant au langage qu’aux objets et images. Dans le cas d’une liste où la cardinalité est connue, cette matérialité notionnelle est évoquée par le procédé mnémotechnique qui consiste à faire correspondre un à un chaque article d’une liste aux articles d’un ensemble de la même cardinalité, tels les cinq doigts de la main dans le cas du chrétien récitant la liste des cinq sens. Mis en correspondance avec un ensemble d’objets concrets, les éléments de la liste sont également interprétés comme des objets concrets, si ce n’est réels, du moins des objets intellectuels distincts, énumérables et mentalement manipulables. En fait, l’adage cité plus haut suggère que la simple référence à une liste en terme de cardinalité peut évoquer la quasi-matérialité de ses éléments. Les verbes « tenir » et « dépenser » peuvent évoquer des entités matérielles, par exemple des pièces de monnaie qui doivent être tenues et dépensées judicieusement, et le verbe « fuir » faire référence aux créatures maléfiques qu’il faut à tout prix éviter.

    3Cette matérialité virtuelle des articles d’une liste les prédispose à être mis en correspondance biunivoque avec ceux d’autres listes de même cardinalité. Trouver des ensembles équivalents – ce qui équivaut à compter sans nombre – a aussi pour effet d’affaiblir l’envie de compter leurs éléments – en utilisant les nombres ordinaux un, deux, trois, etc. Bien que des chercheurs aient remarqué depuis longtemps la prédilection médiévale pour de telles correspondances, ils ont eu tendance à la traiter comme un corollaire curieux de la numérologie médiévale. Par exemple, en 1958, Maurice Hussey, historien de la littérature, a observé que « les attributs du nombre sept, dominant et symbolique, ont servi à véhiculer presque toute la formation religieuse donnée au laïcat ou qu’il avait besoin d’assimiler2 ».

    4Comme nous le verrons tout au long de cette étude de cas, le nombre sept était vraiment le « cheval de trait » de l’éducation religieuse des laïcs. Ce nombre portait certainement aussi un énorme poids symbolique. Selon Augustin († 430), il signifie une universalité (pro universo) puisque c’est la somme des deux premiers nombres pairs et impairs3 – d’après la théorie de Pythagore, les nombres un et deux sont des principes, donc le premier nombre réel est le trois. Quant aux deux autres nombres qui figurent dans le titre de notre article, cinq était le nombre de la chair, reflétant les cinq sens, alors que dix symbolisait la perfection parce que, comme Augustin l’explique, il est composé du sept, « qui est comme le fondement de tout ce qui existe » (pro conditi universa consistunt) et du trois « la Trinité créatrice » (Trinitas conditoris)4. Outre le symbolisme des nombres du Moyen Âge, la science cognitive contemporaine a aussi reconnu le sept – ainsi que le cinq et, à la rigueur, le dix – comme important, voire « magique », depuis qu’une étude faite par George A. Miller a suggéré que la capacité de la mémoire de travail est limitée à sept informations, plus ou moins deux – soit un maximum de neuf et un minimum de cinq5. Mais notre intérêt pour les compilations des listes équivalentes en nombre d’articles a moins à voir avec le charme symbolique d’un nombre spécifique, ou même avec sa valeur mnémonique, qu’avec l’instrumentalité de telles compilations en tant que systèmes qui se libèrent de la syntaxe des phrases déclaratives pour faciliter une variété d’activités cognitives, y compris le calcul, la mesure, la mise en ordre et la catégorisation.

    Penser par listes I : le Breviloquium de Bonaventure

    5L’ensemble de sept listes de sept éléments expliqué dans le Breviloquium du théologien italien Bonaventure (1221-1274) peut servir de premier cas d’étude d’un mode de pensée par listes, car il permet de démontrer les potentiels d’un tel ensemble de listes équivalentes. Ces sept listes comprennent les sept péchés capitaux, les sept sacrements, les sept dons du Saint-Esprit, les sept Béatitudes, les sept demandes du Pater noster, les sept récompenses glorieuses – trois concernant l’esprit et quatre concernant le corps –, et les sept « vertus contraires6 ». Pour conclure la présentation de ces listes, Bonaventure fait allusion à une liste supplémentaire en conseillant à ses lecteurs de prier sept fois par jour7. Qui étaient ces lecteurs ? Bonaventure écrit son « discours bref » en l’an 1257 pour les frères qui ne faisaient que commencer leurs études de théologie. Comme l’éminent historien du franciscanisme Dominic Monti l’explique, ces étudiants avaient souvent besoin d’un cours accéléré sur les principes fondamentaux de la foi, car ils entraient dans l’ordre ne sachant parfois que leur Credo8. Pour eux, le Breviloquium fournissait un tel cours dans un dossier très facile à lire car, selon la théologienne Marianne Schlosser, le texte est à la fois lucide et éloquent : « dans la construction de chaque phrase, son langage est vif – [Bonaventure] est un maître de la syntaxe latine… et possède un style coloré et frappant9 ».

    6Les remarques récapitulatives de Bonaventure sur ses sept septenarii offrent un excellent exemple de cette maîtrise de la composition latine, alors même qu’elles reflètent les potentiels génératifs d’un ensemble de listes équivalentes :

    Il faut noter que la sainte Écriture nous propose la considération d’un septuple septénaire…
    – le premier septénaire des péchés : tout ce dont nous devons nous éloigner,
    – le second septénaire des sacrements : les moyens de progresser,
    – le dernier septénaire des récompenses : les biens à désirer
    – l’avant-dernier septénaire des demandes : les choses à demander,
    – le septénaire intermédiaire des vertus, des dons et des béatitudes : les étapes
    à franchir10.

    7Bonaventure reliant toutes ces listes en utilisant des verbes actifs, il ressort clairement alors que ces principes fondamentaux de la foi fonctionnent comme un système de forces unifiées. De surcroît, en associant chaque liste à une action obligatoire – s’éloigner, progresser, désirer, demander, franchir –, Bonaventure esquisse également un récit de progrès que le lecteur est appelé à interpréter comme sa propre histoire. Ce faisant, ce dernier est aussi invité à visualiser ces listes et leurs éléments comme des entités concrètes de sortes variées, les péchés comme des monstres, les sacrements comme des aliments nécessaires au développement, les vertus comme des dons et les béatitudes comme une série de tremplins. En étudiant ces listes de plus près, le lecteur pouvait aussi découvrir une multitude de récits plus spécifiques qui pouvaient lui servir de modèles pour le guider dans sa vie personnelle ou bien dans son rôle de prêcheur. Par exemple, s’il voulait composer un sermon sur le péché de la gloutonnerie, ces listes jointes pouvaient l’inspirer et le conduire à conseiller à son auditoire de fuir ce péché grâce aux tremplins de la détermination (don de l’esprit) et de la charité (des vertus). Le processus d’invention de telles possibilités narratives était favorisé par les cardinalités identiques des sept listes. Néanmoins, il était nécessaire de garder à l’esprit le contenu d’un tableau de 49 cellules (sept listes de sept éléments), que les frères novices s’étaient peut-être approprié mais que les chrétiens ordinaires ne maîtrisaient probablement pas. Profitant de la quasi-matérialité des articles d’une liste, un scribe pouvait alors mettre en page et présenter schématiquement ce système septuple dans une forme accessible même aux profanes qui ne maîtrisaient pas bien la syntaxe du latin – ni, d’ailleurs, du français ou de l’anglais écrit – mais qui connaissaient plutôt la parataxe des listes et les types de pensée que les listes soutiennent, tels que le calcul, la mise en ordre et la catégorisation.

    8Plusieurs tableaux schématiques de ces listes nous sont parvenus : plus particulièrement dans les Roues de Sept, lesquelles sont basées sur les pétitions de la prière du Seigneur. L’une d’entre elles figure dans la collection de schémas de la fin du xiiie siècle nommée Speculum theologiae11. Cette roue paraissant dans cette collection dispose les sept listes en sept sphères concentriques : vers l’extérieur les sept pétitions de la prière du Seigneur ; ensuite, les sept sacrements ; les sept dons du Saint-Esprit ; puis, les sept armes de la justice spirituelle et les vices qui s’y opposent12 ; les sept œuvres de miséricorde doublées (duplicata) ; avant le dernier cercle, les vertus principales ; et enfin, les péchés criminels (criminalia)13. Les lignes qui divisent la roue en sept tranches servent à insister sur les rapports entre les sept listes ainsi rassemblées. Par exemple, en commençant par la sphère extérieure et en avançant vers l’intérieur, la tranche supérieure droite donne le texte suivant :

    1. Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié
    Ici nous nous déclarons être des fils de Dieu.
    2. Ici le baptême est donné pour la connaissance du Père.
    3. Et l’esprit de la sagesse est donné pour la révérence du père.
    4. Et le plastron de l’humilité est donné contre l’orgueil.
    5. Ainsi nous habillons les nus ; nous consolons les désolés.
    6. Ainsi la prudence est concédée
    7. Et nous évitons l’orgueil.

    9Une image de Dieu est fréquemment placée au centre de cette roue qui sert à communiquer d’une manière convaincante l’idée que la doctrine recueillie dans chacune des tranches du schéma est un chemin vers la droite vie aux yeux de Dieu.

    Figure 1 : Oxford, Bodleian Library ms. Eng. Poet. a. 1, fol. 231v

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    10Aussi exhaustives et attrayantes qu’elles soient, ces Roues de Sept obscurcissent complètement la vue de ces listes en tant que listes. L’option de suivre celles-ci selon leurs tracés étroits et circulaires est moins attirante pour le lecteur que de lire la roue en commençant par son premier cercle extérieur et en allant vers l’intérieur à travers chacune de ses tranches clairement délimitées. Nous venons d’utiliser le terme « lecteur » car ce que la Roue de Sept du Speculum theologiae présente essentiellement est une série de textes courts en latin qui offre sept chemins vers la joie céleste. Pour reprendre les termes de la dualité qu’emploie la théoricienne de la culture visuelle Johanna Drucker, la Roue de Sept exerce une fonction représentative plutôt que générative, c’est-à-dire qu’elle représente de l’information déjà connue au lieu de générer de nouveaux types de connaissance14.

    11Le Tableau Pater noster (fig. 1) du célèbre manuscrit Vernon (Oxford, Bodleian Library, ms. Eng. Poet., a. 1, c. 1400), qui rassemble quatre de ces sept listes, est comparable à la Roue de Sept, car ici aussi l’on trouve des listes arrangées de façon à présenter des narrations en miniatures de la conduite d’un chrétien exemplaire. Les listes sont disposées en quatre colonnes, dont chacune a un titre qui comprend son nombre cardinal : sept. De gauche à droite les titres sont les sept supplications de la prière du Seigneur, les sept dons du Saint-Esprit, les sept vertus et les sept vices. Chacune des 28 cellules résultantes est divisée horizontalement en deux parties : dans la partie supérieure se trouve le texte latin qui correspond à sa colonne ; dans la partie inférieure, dans un espace circulaire, se trouve la traduction anglaise. De cette façon, la première cellule de la première colonne (fig. 2) fournit le texte latin de la première pétition, « Notre Père qui es aux cieux que ton nom soit sanctifié » (Pater noster qui es in celis sanctificatur nomen tuum), au-dessus de sa traduction anglaise : fadur þat art in hevne þi nome be halewed. Cependant, ce tableau n’est pas seulement un regroupement de quatre listes ayant la même quantité d’articles. Comme Bonaventure et comme l’auteur de la Roue de Sept, le créateur du Tableau Pater noster a tissé ses quatre colonnes et ses sept rangées d’une série de phrases qui indiquent aussi un arc narratif. De cette manière, sous le texte latin de la première pétition on lit, de gauche à droite (fig. 3) :

    Cette prière, « Père qui es aux cieux que ton nom soit sanctifié », conduit un homme à la crainte de Dieu [ce qui] conduit un homme à la docilité et à la modestie [ce qui] est contre l’orgueil et l’entêtement (þis preier, fadur þat art in hevne þi nome be halewed, lediþ a man to drede of god [which] lediþ a man to mekenesse and lounesse [which] is a3enst pruide and frow<ard>nesse).

    Figure 2 : Oxford, Bodleian Library ms. Eng. Poet. a. 1, fol. 231v (détail)

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    12Une note qui se trouve le long de la bordure inférieure du tableau raconte l’histoire en termes généraux : « Par les supplications on est mené aux dons ; par les dons aux vertus, qui sont contre les vices » (Per peticiones peruenitur ad dona per dona ad virtutes & virtutes sunt contra vicia).

    Figure 3 : Oxford, Bodleian Library ms. Eng. Poet. a. 1, fol. 231v (détail)

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    13Mais réduire ce tableau à quatre ensembles de sept – soit de sept phrases ordonnées d’une manière fantaisiste – serait négliger les fonctionnalités de ces listes, car à la différence de l’auteur de la Roue de Sept, le créateur de ce tableau a rendu ses listes clairement visibles. Ce faisant, il a d’une part favorisé une qualité imagée dans quelques articles des listes, et il a d’autre part accentué leur aspect virtuel d’objets matériels, gardant ainsi leur cardinalité visible. Ce sont précisément ces aspects des listes en général qui les distinguent des phrases et qui leur permettent de devenir des outils de pensée plutôt que de présentation. Dans le cas de ce tableau, les listes deviennent disponibles à contempler et à produire, au-delà de ses sept phrases, la connaissance de la doctrine. Avant d’examiner le tableau comme outil de pensée, il sera utile, dans un premier temps, de revenir sur les changements ecclésiastiques et les tendances dans les habitudes de dévotion personnelle qui ont stimulé l’intérêt des laïcs pour de telles listes doctrinales. Ensuite, dans un deuxième temps, il faudra porter le regard sur quelques-unes des compilations verbales et visuelles des listes destinées à l’usage laïc. Comme on le verra par la suite, en encourageant les activités de calcul, de visualisation, de mise en ordre et de pensée trans-catégorique, ces collections de listes ont préparé leurs lecteurs à reconnaître les propriétés d’objets et d’images, ainsi que celles des mots écrits. De cette façon, les listes du tableau créent un environnement favorable à de multiples façons de penser.

    Les maîtres des listes sacrées

    14Tandis que le Breviloquium de Bonaventure servait au milieu du xiiie siècle à préparer les frères novices aux carrières de prédication et de confession, le quatrième concile du Latran, en obligeant tous les fidèles à se confesser au moins une fois par an, avait déjà créé, en 1215, le besoin chez les laïcs de connaître au moins les sept péchés capitaux15. En Angleterre, le concile de Lambeth a appelé en 1281 à plus d’éducation pour les chrétiens ordinaires ainsi qu’à la formation des prêtres afin d’enseigner les éléments de la foi chrétienne. Le neuvième canon de ce concile décrète ainsi que les prêtres devaient prêcher quatre fois par an des sermons non seulement sur les sept péchés capitaux et « leur progéniture » (sua progenie), mais aussi sur les sept vertus, sur les sept œuvres de miséricorde, sur les quatorze articles de la foi, sur les dix commandements et sur les deux préceptes évangéliques16. Cette législation a donné lieu à une profusion de matériel pédagogique visant aussi bien les prêtres que les laïcs. Pour les curés, il s’agissait de manuels destinés à les aider dans leurs nouveaux rôles d’enseignants, pour le laïcat, de catéchismes courts, de grands traités de toutes sortes – de l’encyclopédique, tel The Prick of Conscience (auteur anonyme, xive siècle), à l’allégorique, comme Le Livre de Seyntz Medicines de Henry de Grosmont († 1361) – ainsi que de programmes d’art visuel, visibles dans des manuscrits enluminés et, à l’intérieur des églises, sur leurs vitraux et leurs peintures murales.

    15En réponse aux directives ecclésiastiques qui se rapportent aux listes, soit implicitement – les sept péchés capitaux dans le cas de l’ordre du concile de Latran de faire confession tous les ans –, soit ouvertement – sous la forme d’une liste de listes dans le cas du programme de sermons formulés par le concile de Lambeth –, cette profusion de matériel didactique produit aussi une pléthore de listes. Mais celles-ci découlent également d’une source encore plus ancienne : les œuvres du xiie siècle des « maîtres de la page sacrée » qui ont révolutionné l’étude de la Bible et de la théologie, Pierre Lombard (1096-1160), Pierre le Chantre († 1197) et Pierre Comestor († c. 1178)17. Grâce au travail de ces derniers, et d’autres innovateurs, trouver son chemin dans le monde de l’érudition religieuse est devenu beaucoup plus facile qu’auparavant. Comme l’historien médiéviste William Pantin l’a écrit : « La connaissance religieuse ne signifiait plus regarder ni ruminer la page sacrée ; il s’agissait de distinctions et de schémas, de définitions et de subdivisions, d’une précision presque mathématique18 ».

    16Pantin a bien fait d’utiliser ici le mot « presque », car en produisant avec ferveur des définitions et des subdivisions, ces érudits font preuve d’un penchant moins pour la quantification que pour des opérations conceptuelles qui se rapportent à la compilation de listes, telles que la catégorisation et l’énumération – avec ou sans nombre – ainsi que pour des opérations que des listes soutiennent, comme la découverte de corrélations trans-catégoriques.

    17Les Distinctiones Abel de Pierre le Chantre rassemblent ces opérations sous la forme d’une liste alphabétique d’environ 600 mots pris dans la Bible, dont chaque sens symbolique est placé de façon schématique. Le mot ecclesia, par exemple, est l’objet de plusieurs schémas, dont l’un affiche les huit fleurs et herbes que l’église possède (fig. 4) : les roses des martyrs, les lys des vierges, les violettes des confesseurs, les crocus des continents, le lierre des mariés, l’encens des prières, la myrrhe de ceux qui mortifient leur chair et l’aloès des repentis contrits19. Pour un prêtre, ce schéma pouvait fonctionner comme une esquisse toute faite d’un sermon sur le thème bien connu de l’Église comme jardin, un habitat varié où subsistent de nombreuses « espèces » de la foi sous forme d’autant de catégories de gens20. Ce sermon était alors facile à mémoriser puisque basé sur une liste d’articles concrets et faciles à visualiser : une liste de fleurs et de plantes. De plus, l’image d’un jardin d’église pouvait servir de locus mnémonique, où l’agencement des fleurs fournit au prêtre des rappels supplémentaires concernant les catégories qu’elles représentent : par exemple, il pouvait regrouper les roses, les lys et les violettes afin de se rappeler les trois catégories de saints ; il pouvait visualiser le lierre agrippé au mur pour se souvenir des mariés, qui s’entrelacent ; et pour se rappeler leurs contraires – les continents –, il pouvait visualiser une rangée de crocus poussant juste devant le mur recouvert de lierre21.

    Figure 4 : Oxford, Bodleian Library ms. Bodley 820, fol. 3

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    18Ce schéma ayant ainsi une claire utilité mnémotechnique, on peut par ailleurs noter que sa liste, qui semble naître d’un mot unique dans la marge – ou, l’on pourrait même dire, d’une graine germée –, invite les lecteurs à ne pas se fixer sur un seul sujet, comme par exemple l’idée de l’église comme un jardin. Elle les amène à penser, comme un jardin proliférant, aux autres listes. De cette façon, le groupe de saints en haut de la liste rappelle les nombreuses listes de noms de saints ainsi que les souvenirs de leurs emplacements visuels dans les livres. Deux listes de noms de saints apparaissent dans les livres d’heures : dans le calendrier et dans la litanie. Dans cette dernière, les noms apparaissent hiérarchiquement, en commençant par la Vierge Marie et l’archange Michel et en finissant par de modestes saints laïcs. Sur la page, ce groupe de saints prend l’apparence d’une collection de rubans brodés, commençant chaque ligne, qui sont liés par des volutes de S parsemées de quelques O. Dans le calendrier, les saints apparaissent par ordre chronologique selon leurs fêtes sur des pages qui rappellent encore une fois d’autres listes : les mois de l’année, les labeurs des mois, les signes du zodiaque et les saisons de l’année liturgique. Ces dernières pouvaient même ajouter une catégorie visuelle supplémentaire à la liste des fleurs de l’Église de Pierre le Chantre, car les cinq couleurs qui distinguent les saisons de l’année liturgique sont représentées par ces fleurs : les violettes pour l’Avent et le Carême ; les lys blancs pour Noël ; le lierre vert pour le temps ordinaire (les « semaines comptées ») ; les lys blancs et crocus jaunes pour Pâques ; les roses rouges pour la Pentecôte. De cette façon, ce qui semble être une simple liste de fleurs et de plantes liée à une liste de catégories de fidèles devient ainsi un jardin de contemplation luxuriant, bien plus qu’une esquisse pour un sermon. De plus, dans leurs formes écrites – dans le schéma des Distinctiones Abel de Pierre le Chantre, dans la litanie et le calendrier –, les articles de ces listes prennent une qualité concrète et, par conséquent, énumérable, en vertu de leur agencement sur la page, de leur inscription à l’encre rouge, bleue ou dorée, de leur ornement avec des dessins pour combler les fins de ligne, ou bien de tout cela à la fois.

    19En prêchant sur le jardin de l’Église ou, selon les directives des conciles de Lambeth et de Latran IV, en prêchant sur les dix commandements, sur les sept péchés capitaux ou les sept œuvres de miséricorde, un prêtre du xive siècle pouvait s’imaginer être l’interprète autorisé d’une longue période de réforme ecclésiastique, une réforme alimentée en partie par les travaux d’érudits du xiie siècle, comme Pierre le Chantre, qui ont œuvré à la systématisation de la connaissance religieuse. L’auditoire de ce prêtre du xive siècle – constitué surtout du « lierre des mariés » – pouvait adapter, pour son compte, cet héritage (et ses listes) à divers usages pieux liés à une piété affective qui commença au xie siècle, même avant le début de la réforme ecclésiastique, et dont l’essence était sa propre concentration sur l’humanité du Christ et de sa Passion. Mais, au Moyen Âge tardif, la piété populaire inspirée par cette piété affective se distinguait par deux de ses propres passions : premièrement, un enthousiasme pour les images de la Passion – soit sous formes matérielles telles que peintures, sculptures et vitraux, soit sous la forme immatérielle de méditation visuelle – et, deuxièmement, une préoccupation à quantifier toutes sortes de détails qui se rapportent à la Passion, allant de la longueur précise de la Croix au nombre de gouttes de sang que le Christ y a perdues. Alors que ces deux aspects de la piété populaire du Moyen Âge tardif sont d’habitude interprétés comme des développements indépendants l’un de l’autre, les deux emploient des listes afin d’organiser des ensembles équivalents. D’où la production de compilations manifestant la capacité de fonctionner en tant que mots, images, et choses. Par la suite, nous présenterons des exemples de ce phénomène soutenu par la vogue de quantification, avant de continuer par un exemple ayant affaire aux images des plaies du Christ et à la pratique de les visualiser. Après ces exemples, nous reprendrons le Tableau Pater noster en le reconnaissant, cette fois, comme étant un tableau des listes représentant un environnement sur lequel un mode de pensée pouvait être basé.

    Prier la cardinalité de la Passion

    20Thomas Lentes retrace le phénomène dévotionnel qu’il appelle la « piété comptable » (counting piety) de son modeste début – dans des références au salut chrétien comme une transaction mercantile – à son couronnement au Moyen Âge tardif sous forme d’une « vraie arithmétique du salut » (veritable arithmetic of salvation)22. Tandis que Thomas Lentes est désireux de prouver que cette forme de piété est vraiment arithmétique, à savoir qu’elle impliquait la multiplication et la division ainsi que l’addition et la soustraction, un regard plus proche porté sur un grand nombre de dévotions, supposant le calcul et pratiquées par les chrétiens pendant cette période suggère que, mathématiquement parlant, ce qui intéresse le plus ces derniers sont des questions de cardinalité et l’activité qui y est associée : trouver des équivalents. Compter ses prières en utilisant un rosaire est un excellent exemple d’une pratique dévotionnelle fondée sur la cardinalité d’un ensemble, et Thomas Lentes lui-même désigne le rosaire comme « un exemple exceptionnel » (an outstanding example) de la piété comptable23. Depuis des millénaires et à travers le monde, les chapelets de perles ont été utilisés pour prier et ont des avantages qui surpassent leur fonction de compteurs de prière. Comme l’écrivaine Eithne Wilkins l’explique, le seul fait de glisser ses doigts d’une perle à la suivante ou d’un nœud au suivant est un moyen de tromper ce qu’elle appelle « des attaques de chaos intérieur » (attacks of interior chaos) pendant les périodes de prière24. Ceci dit, des attestations de l’utilisation des rosaires pour compter apparaissent tôt. Comme l’historien Guillaume de Malmesbury († 1143) le rapporte, Godiva, comtesse de Mercie († c. 1067), a légué au prieuré bénédictin, dans un acte de dernière volonté, « un collier de pierres précieuses qu’elle avait enfilées sur une ficelle, afin qu’en les touchant une à une lorsqu’elle récitait successivement ses prières, elle ne pouvait faire que le nombre exact25 ».

    21En signalant que le collier de pierres précieuses permettait à Godiva de réciter le « nombre exact » de prières, Malmesbury fait une remarque subtile sur l’utilité d’un ensemble d’objets en tant que mesure, même si sa cardinalité n’est pas connue. Aussi longtemps que l’on met en correspondance biunivoque chaque élément du nouvel ensemble avec chaque élément de l’ensemble d’origine, on arrivera toujours au même « nombre exact ».

    22Alors que le rosaire implique le comptage de prières en utilisant des objets concrets, une dévotion réputée prescrite par le Christ lui-même emploie un ensemble d’objets visualisés – ses plaies – comme des jetons de comptage de prières. Selon une légende qui apparaît dans de nombreux livres d’heures du Moyen Âge tardif, cette dévotion avait été donnée à une recluse qui voulait savoir « le nombre » de plaies qui avaient été infligées au Christ au cours de sa Passion. Après avoir exprimé son désir dans beaucoup de prières, le Christ lui parla et lui expliqua que si elle récitait quinze Pater noster et quinze Ave Maria chaque jour pendant une année, elle « aura vénéré chaque plaie et réalisé leur nombre26 ». Appuyant l’affirmation de Thomas Lentes selon laquelle la « piété comptable » est vraiment arithmétique, cette dévotion fournit en fait les informations nécessaires au calcul du « nombre » – c’est-à-dire, la cardinalité – de l’ensemble des plaies du Christ, réalisant ainsi le désir de la recluse de le connaître. Si l’on ajoute quinze Pater noster et quinze Ave Maria par jour multipliés par 365 jours on arrive au nombre 10 950. Mais en prescrivant cette dévotion, il semblerait que le Christ s’intéresse moins au nombre cardinal de ses plaies qu’à accorder à la recluse un moyen de pouvoir les adorer toutes. Dans la logique de ce programme de prières, les plaies servent de perles de rosaire, car le nombre de prières de la recluse correspond exactement au nombre de plaies, de même que le rosaire de Godiva lui assurait de réciter le nombre exact de prières.

    23Mais les plaies du Christ signifient bien plus qu’une collection de perles, et le fait de les placer en correspondance biunivoque avec des prières établit une équation qui va au-delà de la forme numérique : il s’agit d’une équation entre une mesure du sacrifice du Christ et une quantité de l’adoration humaine. Cette dévotion fait d’un acte de calcul une occasion de réfléchir à ces deux catégories assez distinctes. Bien que leur incommensurabilité soit fondamentale, c’est de cette même incommensurabilité que découle l’adoration humaine. Ainsi, dans la légende de la recluse curieuse, il s’agit plus que d’une simple envie de connaître un nombre cardinal ; il s’agit également du calcul en tant que méthode pour atteindre la connaissance de l’ampleur de l’amour divin. L’élément essentiel de la dévotion donnée à la recluse pour établir une connexion entre calcul et connaissance spirituelle est le fait que, contrairement aux perles d’un rosaire, les jetons de cette dévotion – qui représentent les plaies du Christ – ont leur propre sens. De cette façon, ces dernières modélisent le fonctionnement d’une compilation de listes équivalentes, dont les articles en même temps signifient et servent de jetons pour compter.

    24Dans une autre dévotion qui comprend le comptage de prières, deux listes équivalentes ont pour fonction d’encadrer et d’ordonner cette dévotion alors même qu’elles servent à la fois de jetons et de signifiants. Intitulé La révélation des cent Pater noster (The Revelation of the Hundred Pater Nosters), son texte assure au lecteur qu’en récitant cent Pater noster pour chacune des sept « effusions » (sheddings) du sang du Christ, tout en les observant en grand détail, il rendra ainsi grâce à « toutes les gouttes de ce sang précieux qu’il a versé à ce moment-là27 ». De la même manière que la dévotion concernant les plaies du Christ, celle-ci ne fait aucune mention concernant son nombre crucial – c’est-à-dire le nombre cardinal des gouttes de sang du Christ – bien que, encore une fois, les informations nécessaires pour le déterminer y soient présentes : à savoir, cent Pater noster récités pour chacune des sept effusions correspondent à 700 gouttes de sang du Christ. Au lieu de compter un nombre spécifique de prières, l’activité de compter cent Pater noster pour chaque effusion fournit l’occasion de prendre en compte les différences entre le comptage humain et la générosité divine. En effet, la préface du texte de cette dévotion peut être perçue comme un prélude. Dans le registre mercantile qui caractérise la piété comptable, elle affirme que « l’adoration de chaque goutte de tout son Saint Sang peut acheter… plus de grâce et plus de pitié que jamais cœur pourrait dire ou langue pourrait raconter28 ».

    25Au-delà de faire correspondre des prières à des gouttes de sang, cette dévotion fait correspondre les sept effusions – qui ont eu lieu pendant la vie du Christ – aux sept jours de la semaine. De cette façon, le dimanche correspond à la circoncision ; le lundi, à la sueur sanglante dans le jardin de Gethsémani ; le mardi, à la flagellation ; le mercredi, au retrait de ses vêtements ; le jeudi, à la couronne d’épines ; le vendredi, au clouage à la Croix ; et le samedi, à l’effusion du sang de son cœur. Aligner ces épisodes de la Passion du Christ aux jours de la semaine offre une autre occasion d’organiser par paires des articles de catégories assez différentes, ce qui laisse place à un sentiment de l’ineffable. En faisant correspondre les jours de la semaine à ceux de la Passion, cette dévotion transforme une mesure de temps ordinaire en un cadre temporel réservé à la contemplation du dessein de cette grâce et de cette pitié qui sont plus grandes « que jamais cœur pourrait dire ou langue pourrait raconter ». En outre, le nombre sept, étant « dominant et symbolique », les cardinalités équivalentes des effusions et des jours de la semaine donnent aux prières un cadre étroit et facile à visualiser. Comme nous le verrons par la suite, les pétitions du Pater noster fonctionnent aussi de cette manière dans le Tableau Pater noster. Bien qu’ayant présenté La révélation des cent Pater noster comme un exemple de la piété comptable, celle-ci prévoit clairement qu’un adepte de la méditation soit également capable de visualiser le texte qu’il lit ou qu’il entend. De cette manière, La révélation exemplifie l’attachement de la piété populaire du Moyen Âge tardif aux images religieuses. Ce deuxième aspect se préoccupe également de l’équivalence des ensembles, ce qui implique comptage et listes.

    26Pour l’aider à visualiser mentalement les images de la Passion du Christ, la source clé du laïc du Moyen Âge tardif était son livre d’heures, car à cette époque celui-ci comportait de nombreuses enluminures de la Passion au-delà de son épitomé l’image de la crucifixion, y compris l’agonie au jardin, la trahison de Judas, la flagellation, la route du calvaire, la descente de Croix et l’enterrement. Cette prolifération d’images de la Passion du Christ dans les livres d’heures reçut l’approbation officielle de l’Église car les images religieuses étaient censées posséder une capacité particulière à stimuler les émotions. Par exemple, Guillaume Durand († 1296), canoniste et évêque de Mende à partir de 1285 soutient que « les images semblent plus émouvoir l’esprit que l’écriture » (Pictura … plus videtur movere animum, quam scriptura)29. Parmi elles, celles qui représentaient les plaies du Christ pouvaient potentiellement être très émouvantes, et les enlumineurs de l’époque se sont servis de ce fait en représentant le Christ avec beaucoup de blessures en plus de ses cinq plaies (aux mains, aux pieds et sur le côté), et en dépeignant ainsi des flots de sang rouge vif qui semblent jaillir de ses cinq blessures.

    Figure 5 : San Marino, Huntington Library ms. HM 1086, fol. 97v

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    27Les livres d’heures de l’époque incluaient souvent aussi une série de prières supplémentaires adressées à l’image traditionnelle du Christ crucifié, comme leur rubrique Ad salutandum ymaginem christi l’indique. Ces prières saluent cette image en traitant chacun de ses éléments séparément, de la même manière que La révélation des cent Pater noster disséqua l’histoire de la Passion du Christ afin de distinguer chacun de ses épisodes. Les parties de cette image qui sont traitées dans ces prières sont la Croix, la couronne d’épines, les cinq plaies, Marie et l’apôtre Jean, les deux témoins les plus importants de la Passion30. Les enluminures de chaque partie blessée du corps du Christ qui accompagnent généralement les prières aux cinq plaies incluent en outre quelques représentations aquatiques (fig. 5). Cet élément dans ces images fait référence à l’association dans les prières entre les blessures des mains et des pieds et les quatre fleuves qui coulent du Paradis, la blessure du côté étant liée au fleuve du Paradis lui-même, qui est la source des quatre autres. De cette façon, les plaies des mains sont associées aux fleuves Pishon et Gihon ; celles des pieds, aux fleuves Tigre et Euphrate. La source des quatre autres blessures, la blessure au côté du Christ, est normalement dépeinte avec les autres, toutes entourées d’un cercle bleu (fig. 6). Cette forme circulaire est particulièrement adaptée à une initiale historiée pour la prière, puisqu’elle commence par la lettre O : « O source du paradis, de laquelle coulent séparément quatre fleuves plaisants » (O fons ave paradisi, / A quo quattuor divisi / Dulcis currunt rivuli)31. L’ensemble de ces prières et de ces peintures aidait la personne qui prie à s’approcher de ces cinq plaies. Cet ensemble lui permettait de vénérer les blessures comme si elle se trouvait aux pieds du Christ crucifié avec son sang sacrificiel qui coulait directement du Paradis sur la page devant ses yeux.

    Figure 6 : San Marino, Huntington Library ms. HM 1086, fol. 97

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    28En même temps, les enluminures et les rubriques de ces prières composent clairement une compilation d’ensembles équivalents : premièrement, celui des titres à l’encre rouge, ad vulnus dextra manus, ad vulnus sinistre manus, ad vulnus lateris Christi, ad vulnus dextra pedis, ad vulnus sinistre pedis ; deuxièmement, celui des images des parties du corps du Christ et ses blessures ; et troisièmement, celui des fleuves. De tous ces ensembles, ce sont les images des mains et des pieds blessés qui arrêtent l’œil en premier. En tant que groupe, elles décrivent l’étendue de la forme humaine du Christ et de son sacrifice ; ainsi elles rappellent une remarque fréquemment faite dans les poèmes de la Passion du Christ en moyen anglais, à savoir que le Christ était blessé à « chaque partie » du corps. De la même manière que la dévotion aux effusions a fait correspondre les épisodes de la Passion du Christ aux jours de la semaine, lui donnant ainsi un cadre temporel concis, cet ensemble d’images accorde aux prières qui y sont associées un cadre spatial à l’échelle du corps humain. Étant donné que cette forme humaine est liée tout d’abord à la catégorie des plaies et ensuite aux fleuves du Paradis – qui selon la Genèse furent la source de tous les fleuves du monde –, cet ensemble de prières invite les fidèles à envisager les plaies des quatre extrémités du Christ en tant que rivières de rédemption, lesquelles irriguent les extrémités de la planète. Dans les deux autres dévotions que nous avons examinées plus haut, la réflexion traversant les catégories est provoquée par l’activité de calcul, par l’acte de la personne qui prie, qui conduit à faire correspondre ses prières à des plaies ou à des gouttes de sang. Dans cette série de prières (plaies/fleuves du Paradis), au contraire, tout le travail de correspondance des ensembles équivalents a déjà été fait et aucune mention du nombre crucial cinq – le nombre de la chair, on s’en souviendra – c’est-à-dire de la cardinalité de ces ensembles, n’est faite.

    29La série d’images en comprend une qui représente les plaies comme une série de véritables jetons, comme les plaies qui ont servi de grains dans la dévotion déjà mentionnée. C’est l’image du milieu, qui montre l’ensemble complet des plaies extraites de leurs parties corporelles respectives. Disposées comme elles le sont, avec l’une au centre et les quatre autres délimitant un carré – le motif des points sur la surface d’un dé à jouer –, le nombre cardinal des plaies est instantanément reconnaissable comme étant le cinq. Le terme pour ce phénomène – quand on peut reconnaître la cardinalité d’un ensemble sans calcul – est « subitiser » (to subitize). Après un regard sur l’histoire et la définition de ce terme, suivi d’un bref aperçu de la recherche sur la coévolution des mains et du cerveau humain, nous reviendrons aux cinq plaies de cette image, que nous reconnaîtrons comme un ensemble ayant les traits non seulement de jetons, mais aussi de mots. Autrement dit, nous présenterons cette image du milieu comme un modèle pour démontrer comment une liste de mots pouvait fonctionner également dans les domaines des images et des objets.

    À propos du langage, de la notion de calcul, et la manipulation de choses

    30Selon le Oxford English Dictionary (OED), « subitiser » veut dire « saisir immédiatement sans avoir besoin de les compter le nombre de choses inclues dans un petit échantillon32 ». La première utilisation du mot – dans un rapport sur une étude concernant la distinction visuelle du nombre, rapport publié en 1949 dans l’American Journal of Psychology – confirme que cinq est une quantité qui peut être subitisée. Les auteurs de l’étude écrivent : « Il faut trouver une nouvelle expression pour la distinction des nombres-stimulus inférieur à six… Le mot qui est proposé est subitiser33. »

    31L’OED explique que ce terme vient d’une racine latine subit* qui signifie « ce qui se passe ou se manifeste subitement » (that which occurs or is manifested suddenly). Mais du point de vue étymologique, ce qui nous intéresse le plus dans cette définition de subitiser est l’utilisation du mot apprehend. Venant du verbe latin apprehendere, son sens le plus ancien en anglais était « saisir avec l’esprit » (lay hold of with the mind). Ce n’est que plus tard que le mot en est venu à signifier « saisir un objet matériel ». Autrement dit, quand nous subitisons, nos esprits montrent les mêmes capacités que nos mains à saisir et à tenir des objets.

    32On trouve dans de nombreux idiomes des significations analogues à celle de l’ancien sens du mot apprehend qui expriment des activités mentales et linguistiques en termes de fonctions manuelles : nous saisissons des idées, nous manipulons des mots, nous rassemblons nos pensées, nous les retournons dans nos esprits et ainsi de suite. Bien que nous considérions ces idiomes comme des expressions métaphoriques, des chercheurs de disciplines variées ont depuis longtemps formulé l’hypothèse selon laquelle il y a de véritables liens entre la pensée, le langage et nos mains. Des travaux récents dans les domaines de l’évolution du cerveau humain, de la fabrication d’outils paléolithiques et de la neuroplasticité ont apporté un soutien solide à cette hypothèse. Dans son livre La dialectique de la nature (1876), Friedrich Engels soutenait déjà que le développement du travail humain et celui de la main suivent un processus symbiotique : « la main n’est pas seulement l’organe du travail humain mais, elle est aussi le Produit du travail », écrit-il, tous les deux ayant également comme effet supplémentaire d’encourager la socialisation. Pour Engels, la socialisation a donné naissance à la parole et au langage parce que « les hommes en formation en arrivèrent au point où ils avaient réciproquement quelque chose à se dire34 ». Soutenant en 1951 que l’étude de la « syntaxe d’actions » était prometteuse pour arriver à une meilleure connaissance de la physiologie du cerveau, le psychologue Karl Lashley a établi une analogie entre la parole et le mouvement de la main :

    La parole, mais aussi tous les actes adroits semblent impliquer des problèmes de l’ordonnancement séquentiel même au niveau de la coordination temporelle des contractions musculaires d’un mouvement tel que l’étirement ou l’agrippement. L’analyse des mécanismes nerveux qui soutiennent l’ordre des actes les plus primitifs pourrait donner lieu à une solution voire à la physiologie de la logique35.

    33Au cours des décennies qui ont suivi la proposition de Lashley, l’idée que l’étude des « actes primitifs » – en particulier ceux de la fabrication et de l’utilisation des outils – était prometteuse pour la connaissance des origines de la langue humaine et de ses voies corticales a été poursuivie tout d’abord par des anthropologues et ensuite par des spécialistes de la cognition.

    34Le neurologue Frank Wilson a rassemblé les résultats d’une grande partie de cette recherche et les a rendus accessibles au grand public dans son livre The Hand: How its Use shapes the Brain, Language and Human Culture, publié en 1998. À cette époque, des faits dans de nombreux domaines soutenaient l’idée que la main et le cerveau humain s’étaient développés l’un par rapport à l’autre, et que cette co-évolution avait pour conséquence – un mélange partiel entre la partie de notre cerveau qui s’occupe des objets et celle qui s’occupe des mots. Grâce à ce chevauchement, notre cerveau considère, en fait, les mots comme des objets. Résumant les recherches de la psychologue du développement Patricia Greenfield, Frank Wilson a écrit : « [nos cerveaux] traitent les mots comme s’ils étaient des pierres et les verbes comme s’ils étaient des leviers ou des poulies36 ».

    35Les recherches de Patricia Greenfield suggèrent également que cette co-évolution s’est aussi reproduite dans l’apprentissage linguistique. Selon son hypothèse, le vocabulaire d’un enfant se développe en phase avec son exploration manuelle des objets et son usage des outils, par exemple des cuillères37. D’après son modèle, la région linguistique du cerveau se distingue de celle qui traite des objets à partir de l’âge de 2 ans, cependant une homologie persiste dans la manière avec laquelle le cerveau « manipule » les mots et les choses. Ainsi, selon Frank Wilson, nous « construisons des phrases de la même manière que nous construisons des huttes et des villages38 ». Si l’on applique cette comparaison à notre théorie concernant les listes, on peut en déduire ceci : de la même façon que des pierres isolées sont facilement manipulables tandis que celles cimentées dans un mur ne le sont pas, les substantifs dans les listes sont plus facilement manipulables avec les « mains » du cerveau que ceux qui sont sertis dans la syntaxe d’une phrase. De ce fait, les substantifs d’une liste pourraient avoir des fonctions différentes de ceux d’une phrase.

    36Depuis la publication du livre de Frank Wilson, il y a de cela une vingtaine d’années, la recherche dans ce domaine s’est accélérée. Elle a apporté un fort soutien à l’hypothèse de Patricia Greenfield en démontrant avec une certitude absolue que la partie du cerveau humain consacrée au langage (le gyrus frontal inférieur) est aussi impliquée dans les activités de manipulation des objets et de la recherche visuelle, c’est-à-dire la capacité à distinguer un article spécifique dans un tableau39. En outre, de nouvelles études montrent que c’est sur cet ensemble de capacités non linguistiques que se sont fondés les premiers hominidés lorsqu’ils ont développé leur habileté à fabriquer des outils en pierre il y a de cela environ deux millions années. Et c’est à partir du processus de fabrication d’outils en pierre, en association avec l’enseignement de ces compétences aux autres, que le langage est finalement apparu. Autrement dit, les scientifiques commencent aujourd’hui à être d’accord sur le fait que dans le contexte du travail manuel de la fabrication des outils en pierre, les humains avaient, comme le dirait Engels, « réciproquement quelque chose à se dire40 ».

    37Les recherches dont nous venons de parler ont montré que la manipulation des objets, des pierres en particulier, annonçait la conversation humaine, une autre approche des recherches évoquées révèle que les usages de petits objets manipulables furent les précurseurs de la notion de calcul. À partir de l’ère paléolithique moyenne, il y a de cela environ 100 000 à 40 000 ans, des millions d’années après que les hominidés ont coordonné leurs habiletés manuelles et visuelles afin de développer la technologie qui permet de produire des outils en pierre, les différentes cultures humaines se sont basées sur ces capacités, ce qui a mené au concept de nombre. Cette fois, les objets qui ont été soumis à l’habileté humaine n’étaient pas des pierres, mais plutôt de petits coquillages. Les perles de Blombos, fabriquées il y a environ 75 000 ans, sont l’exemple le plus ancien de cette technologie. Ce sont des coquilles de Nassarius kraussianus, une espèce d’escargot de mer, dans lesquelles nos ancêtres ont percé de minuscules trous afin de les enfiler. Comme Karenleigh Overmann et ses collègues le soutiennent, un tel rang de perles partage avec les nombres naturels les qualités d’individuation et d’ordre : les coquilles sur un fil sont elles aussi présentées individuellement et ont ainsi un ordre fixe. De ce fait, des rangs de perles ont pu servir d’« échafaudage » matériel au développement du concept de nombre41. Une fois ce concept en place, les perles ont permis de faire les opérations numériques requises pour la tenue des registres et pour le commerce, tout en représentant un nombre de choses diverses et variées. Cet échafaudage persistera jusqu’à la fin du Moyen Âge, et même au-delà dans l’utilisation de perles dans les bouliers et les rosaires42.

    38Des perles de coquillages anciens, de bouliers et de rosaires, ainsi que d’autres objets tels que des cailloux et des nœuds : tous ces artefacts qui furent employés comme jetons à travers les âges partagent deux caractéristiques physiques. Ils sont tous petits et à peu près sphériques. Se pourrait-il que ces caractéristiques aient contribué au fait qu’ils aient pu être manipulés à des fins utiles ? Les études consacrées aux premiers systèmes de comptage ne traitent pas de cette question. Cependant, le travail de Rudolph Arnheim, expert en psychologie perceptuelle, suggère que le cercle – en géométrie, l’analogie bidimensionnelle de la sphère – pouvait être également perçu comme un objet manipulable, utilisable comme jeton. Arnheim remarque que nous percevons les cercles comme ayant « du poids » parce qu’ils semblent concentrer la masse autour d’un centre43. En outre, il soutient que même une seule lettre de l’alphabet inscrite à l’intérieur d’un cercle sur une page par ailleurs complètement blanche obligera notre rétine à diviser la totalité de la page en deux plans, et donc à interpréter le cercle comme s’il était disposé plus près de l’observateur que le reste de la page sur laquelle il est dessiné44. Étant donné que les cercles bidimensionnels ont un poids virtuel et semblent rester sur la page plutôt qu’y être insérés, ils peuvent aussi être perçus comme des objets manipulables et favoriser des actes de comptage, y compris des actes de comptage sans nombres, c’est-à-dire en faisant correspondre des ensembles équivalents.

    39En ayant une meilleure compréhension du fondement neurologique en jeu lorsque l’on saisit quelque chose avec les mains de l’esprit ainsi que de l’importance de la saisie d’objets concrets dans le développement du langage et du calcul, nous pouvons revenir avec un regard neuf sur l’image qui représente les cinq plaies sous la forme de cinq points rouges (parmi les prières aux plaies du Christ). Nous pouvons désormais voir que ces points permettent à l’observateur de se concentrer sur les plaies comme étant l’essence du sacrifice du Christ. Leurs formes circulaires et la couleur rouge leur donnent un poids notionnel qui fait appel aux mains de l’esprit pour les saisir afin de les compter et de les répertorier. Car, comme nous l’avons vu, notre cerveau traite les mots comme des objets et les objets comme des jetons. En tant qu’un ensemble de points placés hors de leurs contextes originaux, leur ressemblance à des plaies est minime et par conséquent, ils font également appel aux compétences requises pour déchiffrer des mots et pour déterminer la cardinalité d’un ensemble. De la même façon, le mot vulnus inscrit à l’encre rouge, qui est répété dans les rubriques de ces prières, pourrait être interprété à la fois comme un objet visible en tant que mot présent dans chaque rubrique, et aussi comme une image avec une rangée de minims rouges ressemblant aux flots d’encre rouge qui s’étendent sous les images des plaies. Regardant de nouveau maintenant les ensembles équivalents que cette série de prières rassemble, nous pouvons apercevoir des images ayant des traits à la fois de mots et d’objets, et des mots ayant des traits à la fois d’images et d’objets. Nous soutenons que cette fluidité en ce qui concerne la façon de les interpréter concerne aussi les listes verbales dans le Tableau Pater noster.

    40Qu’elle se fonde sur un texte, une image, une dévotion visualisée, l’enthousiasme pour les images ou une ferveur pour le calcul, la piété populaire du Moyen Âge en Angleterre inclut les mêmes pratiques, reposant sur des ensembles d’objets virtuels mis en correspondance biunivoque, soutenant ainsi une pratique de pensée qui utilise différentes parties du cerveau. Les présentations mêmes de ces objets suggèrent la fluidité de leur manière de signifier, car ils peuvent parfois être interprétés comme des mots et comme des images. De surcroît, chacune des pratiques que nous avons examinées était délimitée par un cadre temporel ou spatial particulier, composé d’une liste des éléments de la Passion du Christ, perçue soit comme une histoire soit comme une image. Spécifiée ou non, la cardinalité de cette liste sert de mesure quant à la taille des groupes des objets avec lesquels elle est associée.

    Penser par liste II : le Tableau Pater noster, un endroit spirituel

    41Pour en revenir au Tableau Pater noster, on peut voir que celui-ci prend comme structure globale une liste qui est dérivée de la vie du Christ. Dans ce cas, la liste vient de la prière du Seigneur, énoncée par Jésus dans son Sermon sur la montagne. Divisée en sept pétitions, cette prière sert de mesure numérique et sémantique – ce qui est le paradigme même de la prière chrétienne – en déterminant la cardinalité des autres listes du tableau. Néanmoins, à la différence des dévotions et des prières que nous avons examinées jusqu’ici, le Tableau n’intègre pas l’imagerie mimétique, ni sur la page, ni dans un texte en tant que scène visualisable à l’esprit. Cela dit, la table des matières de ce manuscrit donne à ce tableau un titre qui implique qu’il a une qualité picturale : « le Pater noster peint dans un tableau » (Pater noster in a table ypeynted, fol. 1v). Un regard sur l’usage du verbe ypeynten en moyen anglais montre que les choses qui sont ypeinted sont des images, y compris les choses ypeinted dans des tableaux45. Alors comment ce tableau dépeint-il le Pater noster ? Quelle sorte d’image en fournit-il ? En examinant de plus près les diverses façons dont l’artiste a traité les listes du Tableau, on peut observer qu’il a réussi à représenter les articles des listes comme des objets qui sont à la fois lexicaux, graphiques et tangibles. C’est-à-dire que ces articles sont représentés comme des objets hybrides qui pourraient servir en même temps de mots, d’images, et d’objets. Ce faisant, l’artiste a dépeint le Pater noster comme un outil pour « bien tenir » les concepts doctrinaux recueillis dans ce tableau – les sept dons du Saint-Esprit, les sept péchés capitaux et leurs sept vertus contraires – et pour « bien utiliser » son intelligence en réfléchissant à leurs interconnexions.

    42Nous pouvons donc commencer cet examen du tableau en remarquant les éléments qui attirent l’œil en premier. Ceux-ci fonctionnent-ils aussi en tant que mots, images et objets, faisant ainsi appel aux mains de l’esprit ? Parmi tous les attraits visuels du tableau, la colonne composée de grandes lettres richement ornées qui se trouve sur le côté gauche est, sans aucun doute, ce qui attire le plus directement notre attention. Notre réponse visuelle instinctive à leur beauté nous les fait remarquer tout d’abord en tant qu’images plutôt que comme des éléments d’un texte. En effet, il nous faut un petit moment afin de les reconnaître comme faisant partie de mots, car le reste de toutes les pétitions est écrit à l’encre noire en lettres bien plus petites. Une fois que le lecteur a identifié ces grandes lettres comme étant les initiales de toutes les pétitions du Pater noster, il se peut qu’il conçoive leurs cadres carrés et leurs proportions monumentales comme une représentation de la prière du Seigneur ; cette représentation étant la structure d’appui qui permet de garder à l’esprit tous les concepts représentés dans le tableau. Par la suite, il percevra peut-être les lettres comme une collection d’objets comptables, car contrairement aux briques d’une construction qui sont cimentées les unes aux autres, ces lettres carrées se touchent à peine (fig. 7). Chacune d’entre elles a son propre cadre et alternent les formes solides de feuilles dorées et celles plus délicates peintes à l’encre rouge. De cette manière, les lettres ressemblent moins à une colonne qu’à un collier de perles carrées : d’un côté, chacune est distincte ; d’un autre côté, elles ont un ordre défini. Ainsi, elles peuvent être saisies non seulement comme des images et des parties de mots, mais aussi comme des objets qui peuvent être soumis à diverses opérations mathématiques. L’œil humain peut difficilement subitiser sept objets, mais le dessin botanique dans la marge de gauche permet de diviser ces sept objets en deux ensembles : un ensemble supérieur de trois objets et un ensemble inférieur de quatre objets. Comme l’érudite de la culture médiévale Avril Henry nous l’a fait remarquer, cet ornement disposé entre le F de Fiat voluntas et le P de Panum nostrum marque une limite entre les trois pétitions qui se rapportent aux affaires célestes et les quatre qui concernent les affaires terrestres46. Comme on va le voir, il se peut que cet ensemble de lettres, ainsi que les trois colonnes de formes circulaires du tableau, aident les observateurs et lecteurs à découvrir plusieurs autres rapports entre l’humain et le divin.

    Figure 7 : Oxford, Bodleian Library ms. Eng. Poet. a. 1, fol. 231v (détail)

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    43Après les grandes lettres du tableau, l’élément susceptible d’attirer l’attention de l’observateur est probablement sa série d’espaces circulaires d’écriture. Du point de vue du lecteur, ils mettent en valeur les traductions anglaises, en les rendant faciles à distinguer sur cette page complexe. Cependant, nous sommes d’avis que ces espaces circulaires apparaissaient tout d’abord comme des images plutôt que comme des textes. En tant que tels, ils sont interprétés en premier comme des jetons, et ensuite comme des cadres contenant un texte. En appliquant la théorie d’Arnheim à ces espaces circulaires, nous constatons qu’ils ne se conforment pas exactement à son paradigme du cercle sur la page, car dans son exemple le reste de la page est blanc. Ils sont, dans le cas du Tableau Pater noster, insérés dans des carrés dont les coins intérieurs sont décorés généreusement de motifs botaniques et géométriques (fig. 8). Toutefois, un autre élément visuel de ces espaces circulaires, le cercle à l’encre noire qui encercle celui à l’encre rouge, semble s’opposer aux fonds denses et, de ce fait, donne l’impression que ces espaces sont légèrement situés au-dessus de la surface de la page. Deux cercles concentriques de même couleur paraissent occuper le même plan ; alors qu’ici, le contraste entre les deux couleurs a pour effet de reléguer à l’arrière-plan le grand cercle de couleur foncée et de placer au premier plan le petit cercle de couleur claire. De cette façon, les espaces circulaires ont l’apparence d’une collection de grands disques avec de petits disques déposés par-dessus. S’ajoutant à leurs fonds carrés, ces disques ont l’apparence de pièces posées sur une table à calcul. Cet effet visuel est renforcé par de courtes lignes courbes placées aux bords des coins décorés de chaque carré, qui ont l’air d’être les fragments de traces de cercles concentriques supplémentaires, lesquels en réalité n’existent pas.

    Figure 8 : Oxford, Bodleian Library ms. Eng. Poet. a. 1, fol. 231v (détail)

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    44En apparaissant surélevés par rapport à la surface du tableau, les espaces circulaires d’écriture donnent l’impression qu’ils sont ce qui « compte » le plus dans cette peinture du Pater noster. Étant donné qu’ils entourent les traductions anglaises du texte latin de ce tableau, on peut tout d’abord remarquer que ces espaces accordent un éclat visuel plus prononcé à la langue vernaculaire, ce qui suggère qu’elle est tout aussi précieuse que le latin, écrit à l’encre rouge. Ils transmettent cette idée, mais grâce à leur allusion visuelle aux disques (ou pièces), l’observateur est aussi enclin à les interpréter en tant que symboles qui permettent de compter. La façon de le faire se fait verticalement, car la proéminence de la série verticale des grandes lettres sur le côté gauche du tableau, conjointement à la colonne de motifs entrelacés qui se trouve juste à droite de son centre, suggère que les espaces circulaires d’écriture devraient être perçus comme quatre colonnes, plutôt que sept lignes, assorties. De cette façon, la conception du tableau dirige visuellement l’observateur vers un examen tout d’abord de haut en bas, et ensuite de gauche à droite, c’est-à-dire en suivant la direction horizontale de la lecture. En conduisant l’observateur à distinguer les colonnes d’espaces circulaires avant les rangées de lignes, le tableau favorise la découverte visuelle des listes avant les phrases. Tout en étant attentif à la disposition verticale des espaces circulaires d’écriture, l’œil est attiré vers le haut de chaque colonne où se trouve le titre de chaque liste ainsi qu’un petit chiffre romain (sept) qui indique sa cardinalité.

    45Une fois que le titre et la cardinalité d’une liste ont été lus, les conditions sont enfin réunies pour percevoir celle-ci en tant qu’une série d’éléments qui ont en même temps les qualités de mots, de peintures et d’objets. Cet effet est produit par les titres qui attirent l’attention sur le fait que chaque texte à l’intérieur d’un espace circulaire indique un article dans une catégorie particulière, plutôt qu’un élément d’une phrase ; et en même temps ces textes sont représentés comme des inscriptions à l’intérieur de cercles qui ont l’air d’être des objets manipulables et comptables. Toutes les conditions sont ainsi réunies pour que l’observateur ou le lecteur puisse découvrir que le tableau l’invite à former ses propres idées sur le Pater noster au-delà de l’enseignement doctrinal donné par les sept phrases figurant horizontalement. Jusqu’ici, nous avons fait référence à la personne qui considère ce tableau en utilisant les termes « lecteur » et « observateur », ce qui n’est pas complètement suffisant car une véritable appréciation d’une œuvre tel le Tableau Pater noster exige des compétences d’alphabétisation ainsi que d’interprétation visuelle. Maintenant que nous considérons les espaces circulaires d’écriture comme des objets qui font appel aux compétences de calcul, il est utile de présenter un nouveau terme pour notre « lecteur-qui-observe » et « observateur-qui-lit » : à savoir, le mot anglais beholder. Le verbe to behold vient de l’ancien anglais be-healden, un dérivé de healden, to hold (« tenir »). En ancien anglais, be-healden veut dire tenir près, posséder, observer, considérer, tenir compte de, ainsi que voir, assister à, et regarder47. Ces sens sont conservés dans le mot beholden en moyen anglais ; de plus, comme la médiéviste Sarah McNamer48 l’a démontré, ce verbe est préféré dans les dévotions anglaises du Moyen Âge tardif, comme celles décrites ci-dessus, lorsque leurs lecteurs ou auditeurs sont exhortés à visualiser la Passion du Christ. Les beholders du Tableau Pater noster avaient ainsi l’habitude d’aborder le matériel dévotionnel – qu’il soit présenté sous forme de texte ou de peinture – de manière active en le regardant, ce qui leur permettait d’en assimiler le contenu et le message.

    46Lorsqu’ils étudiaient les quatre colonnes que forment les espaces circulaires d’écriture – c’est à-dire les listes – du Tableau Pater noster, ces beholders pouvaient les saisir tout d’abord comme quatre ensembles distincts de même cardinalité (sept). Ensuite, ils pouvaient tirer profit de leur expérience avec d’autres ensembles ayant la même valeur numérique, par exemple les dévotions aux plaies du Christ, afin d’explorer les connexions intellectuelles entre les diverses catégories représentées par ces listes. De cette façon, les beholders pouvaient rapidement discerner que les quatre colonnes du tableau étaient divisées en deux parties égales par la colonne de motifs entrelacés du milieu. De plus, ils pouvaient observer que tout comme l’ornement botanique dans la marge de gauche du tableau divise horizontalement les pétitions du Pater noster qui se rapportent à Dieu et celles qui concernent l’humanité, cette division verticale est également visible entre le divin et l’humain. Dans ce cas, la division se trouve entre la bienveillance divine qui est représentée dans les deux colonnes de gauche – lesquelles sont consacrées aux pétitions et aux dons du Saint-Esprit – et la lutte humaine représentée dans les deux colonnes de droite – consacrées aux vices et aux vertus. Bien que le divin et l’humain occupent chacun deux colonnes numériquement équivalentes (sept articles), l’espace donné à la colonne du divin placée à gauche est notablement plus large. Quant au côté humain situé à droite du tableau, le mot contra placé entre les titres de ces deux listes établit clairement un rapport d’opposition entre elles, et, de ce fait, indique que le côté humain du tableau offre une séparation, tandis que le côté divin à gauche reste uni. Autrement dit, sur le côté humain du tableau, la force positive d’un espace circulaire (une vertu) est neutralisée par la force négative d’un autre espace circulaire (un péché) alors que sur le côté divin tout est force positive. Donc, bien que les deux côtés soient égaux numériquement, celui qui se rapporte à Dieu a plus de valeur que celui qui concerne l’humain, ce qui est notifié visuellement par sa plus grande taille.

    47Un beholder formé aux dévotions et prières d’ordre numérique – comme celles mentionnées ci-dessus – pouvait percevoir, par la forme de ce déséquilibre visuel entre des ensembles qui sont numériquement égaux, le caractère « marchand » de l’économie divine de la rédemption : le sacrifice du Christ a accompli beaucoup plus que le simple rachat des péchés de l’humanité. Pour citer un passage de La révélation des cent Pater noster, ce sacrifice a acheté « plus de grâce et plus de pitié que jamais cœur pourrait dire ou langue pourrait raconter ». En considérant la valeur inexprimable de cet « achat », un beholder peut alors interpréter la colonne de motifs entrelacés d’une nouvelle façon. Ce qu’il voyait auparavant comme une division entre le divin et l’humain peut être reconnu comme un symbole de leur interconnexion ineffable, qui fut « achetée » par le sacrifice rédempteur du Christ. Approfondissant cette idée, il nous semble que le rapport entre les deux listes disposées de part et d’autre de cette colonne pourrait être susceptible d’intéresser plus particulièrement un beholder, car c’est en effet ici que la connexion entre le divin et l’humain est la plus proche. Ces listes décrivent les dons du Saint-Esprit et les sept vertus humaines. La disposition de leurs articles sous forme d’espaces circulaires d’écriture rend leur correspondance biunivoque facile à voir et, de cette manière, encourage le beholder à envisager de plus près le rapport entre les sept dons et vertus en les étudiant paire par paire, chacune étant composée d’un don et d’une vertu.

    48Étant donné que ces paires lient les côtés divin et humain du tableau comme l’indique l’axe horizontal, un beholder pourrait également vouloir en apprendre plus en ce qui concerne les paires qui lient ces deux côtés sur l’axe vertical : c’est-à-dire, les dons et les vertus qui se rapportent aux pétitions des deux côtés de l’ornement botanique situé dans la marge gauche du tableau. La paire qui se trouve dans la partie supérieure (le côté divin) est formée de scientia et pax. Le mot scientia est traduit dans son espace circulaire par knowing in herte that he be not a beste (« savoir dans son cœur qu’il n’est pas une bête »), c’est-à-dire la connaissance au plus profond de soi-même que l’homme est un être spirituel aussi bien que charnel. Le mot pax est traduit par peace and rest in herte (« paix et repos du cœur »). En regardant à gauche de cette paire, un beholder trouve qu’elle correspond à la pétition Fiat voluntas tua sicut in celo et in terra (« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel »). La paire du don et de la vertu qui relie la colonne des motifs entrelacés placée juste au-dessous de scientia et pax – c’est-à-dire sur le bord du côté humain du tableau – est fortitudo (don) et laeticia spiritualis (vertu). Ces mots sont traduits dans leurs espaces circulaires respectifs par strenþe a3enst his gostli enemees (« force contre ses ennemis spirituels ») et murthe and lyking in godus seruise (« joie et plaisir au service de Dieu »). Une fois de plus, en regardant à gauche, un beholder trouve la pétition Panem nostrum quotidianum da nobis hodie (« Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien »).

    49Quelles idées un beholder peut-il retenir en réfléchissant à ces quatre espaces circulaires d’écriture dans le contexte de leurs pétitions respectives (fig. 9) ? En commençant par la paire scientia et pax, il pourrait alors comprendre que connaître son être spirituel lui amènera la paix intérieure. Cela correspond à ce que dit le texte anglais qui lie ces deux espaces circulaires (« amène un homme à »). Mais, en outre, il peut aussi réaliser qu’avec la connaissance de son être spirituel, il est ainsi capable de pacifier sa nature sur Terre, et que, par conséquent, il peut devenir un instrument de la volonté de Dieu. En arrivant à cette conclusion, notre beholder aurait rejoint intellectuellement Augustin. Dans son commentaire du Sermon sur la montagne du Christ, il affirme que quand notre esprit refuse de se soumettre aux impulsions de notre nature humaine, une chose que nous avons en commun avec les bêtes, et que de plus, nous permettons à notre intelligence et à notre raison de rester « soumise[s] à une autorité plus grande, qui est le Fils unique de Dieu, la Vérité même » (subicator potiori, quod est ipsa ueritas unigenitus dei filius), nous arrivons à « la paix réservée sur la terre aux hommes de bonne volonté » (pax quae datur in terra hominibus bonae uoluntatis), ce qui signifie également « la vie d’un homme parfait et consommé en sagesse » (uita consummati perfectique sapientis)49. À ce stade, notre beholder peut aussi considérer la possibilité que la paix mène une personne à la joie spirituelle, ce que représente la vertu apparaissant dans l’espace circulaire juste en dessous de celui de la paix. De cette manière, sa pensée est en accord avec celle de Bonaventure qui a interprété la tranquillité intérieure en tant qu’état « d’où sourd la JOIE spirituelle ». Une fois une telle paix obtenue, « l’esprit est prêt et prompt à tendre plus haut50 ». Pour Bonaventure, la joie spirituelle s’exprime en gratitude pour tous les dons du Saint-Esprit. Un beholder de ce tableau pourrait ressentir une certaine reconnaissance, en particulier pour le don de la force morale (en latin, fortitudo), étant donné que c’est l’un des dons avec lequel la vertu de la joie spirituelle est visuellement associée. Ce sens de reconnaissance pourrait également entraîner une nouvelle compréhension de la joie spirituelle, à savoir que celle-ci représente la forme terrestre du don divin de la force morale. Gardant à l’esprit que la traduction en moyen anglais de laeticia spiritualis précise que cette vertu exige « joie et plaisir au service de Dieu » (murthe and lyking in godus seruise), le beholder de ce tableau pourrait également éprouver de la reconnaissance pour le don de paix – représenté dans l’espace circulaire qui se trouve en diagonale de celui de la joie spirituelle –, ce qui l’aiderait à se mettre au service de la volonté de Dieu. De cette façon, après avoir commencé par la contemplation du rapport entre la connaissance et la paix, le beholder pourrait assez rapidement être également mené à la contemplation du rapport entre la connaissance et la joie spirituelle. Au cours de ce processus, il aurait ainsi suivi un chemin récursif qui ressemble aux motifs entrelacés qui séparent les dons et les vertus, et que ses yeux auraient eu à traverser plusieurs fois.

    Figure 9 : Oxford, Bodleian Library ms. Eng. Poet. a. 1, fol. 231v (détail)

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    50Comme nous l’avons déjà mentionné, la pétition du Pater noster qui correspond à la paire force-joie indique « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien ». Augustin interprète cette pétition comme représentant la nourriture spirituelle ainsi que corporelle51. Nous proposons d’ajouter à cette idée le fait que dans sa contemplation du Tableau Pater noster par le biais de cet ensemble de listes interconnectées, notre beholder trouverait une nourriture spirituelle plus riche que celle qu’il pourrait avoir en lisant simplement les phrases déclaratives dont le sens vise seulement la lutte entre les vertus et les vices. La nourriture spirituelle supplémentaire qu’il pourrait trouver en considérant les paires des dons et des vertus – ou, d’ailleurs, celles des pétitions et des dons – serait le fruit de sa propre réflexion sur les rapports entre ces listes. En ayant recours à la dualité employée par Johanna Drucker, et mentionnée plus haut, les phrases du tableau sont représentatives tandis que les listes sont génératives parce qu’elles offrent plus que des mots et des phrases au lecteur, et plus que des peintures ou des objets virtuels à l’observateur. Ces listes présentent plutôt des objets conceptuels pour la contemplation visuelle et l’activité mentale d’une personne. En fait, nous devons plutôt appeler cette personne un beholder, c’est-à-dire quelqu’un qui examine activement ce tableau afin de pouvoir retenir et garder à l’esprit ses concepts religieux, tout en utilisant les parties verbales, visuelles et « tactiles » de son cerveau.

    51En fin de compte, quelle peinture représente le Tableau Pater noster de la prière du Seigneur ? Dans l’Évangile selon Mathieu, Jésus préface sa prière par des instructions sur celle-ci :

    Mais vous, lorsque vous voudrez prier, entrez dans votre chambre, et la porte en étant fermée, priez votre Père dans le secret ; et votre Père qui voit ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense (Tu autem cum orabis intra in cubiculum tuum, et cluso ostio tuo ora Patrem tuum in abscondito et Pater tuus qui videt in abscondito, reddet tibi)52.

    52Concluant, il nous semble que le Tableau Pater noster décrit la récitation de la prière du Notre Père comme animée d’un mouvement vers un lieu spirituel dans lequel on peut découvrir les secrets de la prière en réfléchissant, par le biais des listes, aux liens entre ses mesures, ses ordres et ses catégories.

    Notes de bas de page

    1 Nous voudrions remercier Laura Kendrick pour son invitation au deuxième atelier du projet « Le pouvoir des listes au Moyen Âge » (Polima). Nous tenons également à remercier Pascale Lanfanchi pour son aide inestimable et son expertise qui nous ont permis de traduire en français la version anglaise de cette étude de cas. Quelques versions de ce distique se trouvent dans les Cambridge, University Library, ms. Ee.4.37 (s. xv2) et ms. Ee.4.35 (s. xvi inc.) ; les Oxford, Bodleian Library Rawlinson poet. 32 (s. xv1) et ms. Balliol 354 (s. xvi1/3) ; les London, British Library, ms. Harley 2252 (s. xv ex.-xvi inc.) et ms. 2391 (s. xv mid.).

    2 M. Hussey, « The Petitions of the Paternoster in Medieval English Literature », Medium Ævum, 27, 1958, p. 8-16, ici p. 8 : « the attributes of the dominating and symbolic number seven were made the vehicle of almost the whole religious training that the laity were given or needed to assimiliate ».

    3 Augustin, La cité de Dieu, livre XI, 31, trad. par M. Saisset, dans M. Raulx (dir.), Œuvres complètes de saint Augustin, Paris/Bar-le-Duc, L. Guérin & Cie, 1869, t. 4, en ligne : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/index.htm, consulté le 8 décembre 2016. Texte latin de B. Dombart et A. Kalb, Aurelii Augustini opera, t. 14/2, Sancti Aurelii Augustini De civitate Dei libri XI-XXII, Turnhout, Brepols (CCSL, 47), 1955.

    4 Augustin, Contra epistolam manichaei quam vocant fundamenti, X, 11, trad. de M. Burleraux, dans Raulx (dir.), Œuvres complètes de saint Augustin, op. cit., t. 14. À propos du nombre cinq, considéré comme celui de la chair, voir les commentaires d’Augustin sur l’histoire de la conversation du Christ avec la femme Samaritaine (Jean 4, 7-26) dans Traités sur saint Jean (dans Raulx [dir.], Œuvres complètes de saint Augustin…, op. cit., t. 26).

    5 G. A. Miller, « The Magical Number Seven, Plus or Minus Two: Some Limits on Our Capacity for Processing Information », Psychological Review, 63, 1956, p. 81-97.

    6 Nous adhérons à la théorie de Richard Newhauser en utilisant le terme « vertus contraires » pour faire référence aux listes variables des vertus qui sont appariées aux péchés cardinaux tout au long du Moyen Âge. Voir R. Newhauser, « Preaching the “Contrary Virtues” », Mediaeval Studies, 70, 2008, p. 135-162, ici p. 136-138.

    7 Texte latin : Bonaventure, Breviloquium, dans Doctoris seraphici S. Bonaventurae opera omnia, Quaracchi, Ex typographia Colegii S. Bonaventurae, 1882-1902, vol. 10, partie 5, chap. 10, 5. Traduction française : Breviloquium, partie 5, La grâce du Saint-Esprit, texte latin de Quaracchi et traduction française, trad. de J.-P. Rezette, Paris, Éditions franciscaines, 1967. Pour une analyse plus approfondie de l’organisation numérologique du Breviloquium, voir M. Schlosser, « Bonaventure: Life and Works », dans J. M. Hammond, J. A. Wayne Hellmann, J. Goff (dir.), A Companion to Bonaventure, Leyde, Brill, 2014, p. 9-59, ici p. 24-26. La structure du Breviloquium a pu être inspirée par le De quinque septenis de Hugues de Saint-Victor (c. 1096-1141), une œuvre qui explique les rapports entre les sept pétitions de la prière Notre Père, les sept péchés capitaux, les sept dons du Saint-Esprit et les sept Béatitudes, ainsi que sept remèdes contre les sept péchés. Voir Hugues Saint-Victor, De quinque septenis seu septenariis opusculum, dans J.-P. Migne (dir.), Patrologia latina, Paris, Garnier, 1854, t. 175, col. 405-414 et la traduction française de Roger Baron dans Six opuscules spirituels, Paris, Éditions du Cerf, 1969, p. 100-119. En ce qui concerne l’influence de Hugues de Saint-Victor sur Bonaventure, voir R. Martello, « St. Bonaventure as a Disciple of Hugh of Saint-Victor: The Influence of the Didascalicon on the Reduction of the Arts to Theology », en ligne https://nottingham.academia.edu/RubenMartello, consulté 8 décembre 2016.

    8 D. Monti, « Introduction », dans St. Bonaventure, Breviloquium, D. Monti (trad.), New York, Franciscan Institute Publications, 2005, p. 26.

    9 « In the construction of every single sentence his language is vivid–Bonaventure is a master of Latin syntax… and has a colorful lively style) », Schlosser, « Bonaventure… », art. cité, p. 26.

    10 Bonaventure, Breviloquium…, éd. citée, partie 5, chap. 10, 5 : « Propter quod notandum, quod septiformem septenarium proponit nobis sacra Scriptura considerandum … septenarium vitiorum tanquam primum, a quo debemus recedere ; septenarium Sacramentorum secundum, per quem debemus incedere ; septenarium dotum ultimum, quem debemus appetere ; septenarium petitionum penultimum, quo debemus petere ; septenarium autem virtutum, donorum et beatitudium triplicem intermedium, per quem debemus transire » ; trad. de Rezette, Breviloquium…, éd. citée, p. 106-107, mise en page selon l’édition.

    11 La collection a été identifiée pour la première fois par F. Saxl, « A Spiritual Encyclopedia of the Late Middle Ages », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, 5, 1942, p. 82-142. Une étude plus approfondie et récente de la collection (y compris des plaques de couleurs) peut être trouvée dans L. Sandler, The Psalter of Robert de Lisle in the British Library, Londres, Harvey Miller, 1983, p. 23-27, plaques 2-10, 14-15 et 24-25, et appendice 2. Pour une version numérisée, voir le Speculum theologiae dans Yale University, Beinecke Library, ms. 416, en ligne : http://brbl-archive.library.yale.edu/exhibitions/speculum/, consulté le 9 décembre 2016. Une version antérieure du dessin de la Roue de Sept semble avoir été diffusée séparément. Sur cette image, voir L. Cleaver, « From Codex to Roll: Illustrating History in the Anglo-Norman World in the Twelfth and Thirteenth Centuries », Anglo-Norman Studies, 36, 2014, p. 69-89, ici p. 81-83 ; et M. Rainini, « Symbolic Representations and Diagrams of the Lord’s Prayer in the Twelfth Century », dans F. Siri (dir.), Le Pater noster au xiie siècle. Lectures et usages, Turnhout, Brepols, 2015, p. 157-186, ici p. 167-75. Le témoin de cette tradition dans Cambridge, Houghton Library, ms. typ 584 est disponible en ligne : http://hcl.harvard.edu/libraries/houghton/collections/early_manuscripts, consulté le 9 décembre 2016.

    12 Ceux-ci sont le plastron de l’humilité contre la fierté, le casque de la générosité contre la cupidité, le bouclier de la compassion contre la jalousie, l’épée de la patience contre la colère, les brodequins de l’empressement contre la paresse, la lance de sobriété contre la gloutonnerie, et la ceinture de chasteté contre la luxure.

    13 Citations en latin de Sandler, Psalter of Robert de Lisle…, op. cit., p. 129.

    14 J. Drucker, Graphesis: Visual Forms of Knowledge Production, Cambridge, Harvard University Press, 2014, p. 65.

    15 La directive a paru dans le canon 21 (Omnis utriusque sexus) ; voir C.-J. Hefele, Histoire des conciles, Paris, Letouzey et Ané, 1907, t. 5/2, p. 1350.

    16 La liste du canon 9 : « quatuordecim fidei articulos, decem mandata decalogi, duo precepta evangelii, scilicet gemine caritatis, septem etiam opera misericordie, septem peccata capitalia cum sua progenie, septem virtutes principales, ac septem gratie sacramenta » ; Councils & Synods, with Other Documents Relating to the English Church, éd. par F. M. Powicke et C. R. Cheney, Oxford, Clarendon Press, 1964, t. 2, p. 901.

    17 En ce que concerne les « maîtres de la page sacrée », voir L. Smith, Masters of the Sacred Page: Manuscripts of Theology in the Latin West to 1274, Notre Dame, Notre Dame University Press, 2001.

    18 « Religious knowledge no longer meant browsing and ruminating over the sacred page; it was a matter of distinctiones and schemata, of definitions and subdivisions, of almost mathematical precision », W. A. Pantin, The English Church in the Fourteenth Century, Notre Dame, University of Notre Dame Press, 1962, p. 190.

    19 Dans son excellent résumé de l’histoire des collections de distinctiones, Nicholas Perkins fait observer qu’elles ont leurs débuts bien avant le xiie siècle, par exemple, dans le Clavis de Méliton de Sardes († c. 180) : N. Perkins, « Reading the Bible in Sawles Warde and Ancrene Wisse », Medium Aevum, 72, 2003, p. 207-237, ici p. 208.

    20 La source biblique de ce thème est le Cantique des Cantiques, 4, 12 : Hortus conclusus soror mea (« Ma sœur, mon épouse, est un jardin fermé ; elle est un jardin fermé, et une fontaine scellée »). Texte latin : Biblia sacra iuxta vulgatam versionem, éd. par R. Weber et R. Gryson, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 2013, disponible en ligne : https://www.academic-bible.com, consulté le 8 janvier 2017. Texte français : La Sainte Bible, trad. par L.-I. Lemaistre de Sacy, Bruxelles, Société biblique britannique et étrangère, 1855, disponible en ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/Bible_Sacy, consulté le 8 janvier 2017. Les premiers écrivains chrétiens ont interprété la bien-aimée du Cantique – ici « ma sœur, ma fiancée » – comme une représentation allégorique de l’Église. Pour l’histoire de cette interprétation, voir E. A. Matter, The Voice of My Beloved: The Song of Songs in Western Medieval Christianity, Philadelphie, Pennsylvania University Press, 1992, p. 86-122.

    21 Isidore de Séville interpréta le lierre (hedera) comme ayant une belle ressemblance avec les couples mariés : Hedera dicta quod arboribus reptando adhaereat (« Le nom du lierre [hedera] vient de ce qu’il adhère [adhærat] aux arbres en grimpant »). Isidore de Séville, Étymologies, Livre XVII, éd. et trad. par J. André, Paris, Les Belles Lettres, 1981, p. 171.

    22 Th. Lentes, « Counting Piety in the Late Middle Ages », dans B. Jussen (dir.), Ordering Medieval Society: Perspectives on Intellectual and Practical Modes of Shaping Social Relations, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2001, p. 55-91, ici p. 55.

    23 Ibid.

    24 E. Wilkins, The Rose-Garden Game. The Symbolic Background to the European Prayer-Beads, Londres, Gollancz, 1969, p. 34.

    25 « A circlet of gems that she had threaded on a string, in order that by fingering them one by one as she successively recited her prayers she might not fall sort of the exact number », William of Malmesbury, Gesta pontificum Anglorum, IV, 2 ; cité par Wilkins, The Rose-Garden Game…, op. cit., p. 25.

    26 « Schalt han wurcheped euery wounde and fulfylled the noumbre of the same », The Commonplace Book of Robert Reynes of Acle An Edition of Tanner MS 407, éd. par L. Cameron, New York, Garland, 1980, p. 268.

    27 « All the dropes of that precyous bloode that he bledde at that tyme », Fr. Wormald, « The Revelation of the Hundred Pater Nosters: A Fifteenth Century Meditation », Laudate, 14, 1936, p. 165-182, ici p. 173.

    28 « The worsship of euery drope of alle his blessed blode [is] able to purchace … more grace and more mercy than euer heart may thynke or tonge telle) », ibid., p. 172.

    29 Guillaume Durand, Rationale divinorum officiorum, Livre I, chap. III, 4, éd. par A. Davril, T. M. Thibodeau, Turnhout, Brepols (Corpus Christianorum Continuatio Mediævalis, 140-140B), 1995.

    30 L’ensemble de prières est édité par Clemens Blume et Guido M. Dreves sous le titre « De vulneribus Christi », dans Analecta Hymnica Medii Aevi, t. 31, Leipzig, O. R. Reisland, 1898, no 68, p. 87-89.

    31 Blume et Dreves, « De vulneribus Christi », éd. citée, p. 87.

    32 « To apprehend [the number of things contained in a small sample] immediately, without needing to count », s. v. subitize, Oxford English Dictionary Online, décembre 2016, Oxford University Press, en ligne : http://www.oed.com, consulté le 7 janvier 2017.

    33 « A new term is needed for the discrimination of stimulus-numbers of 6 or below…The term proposed is subitize », E. L. Kaufman et al., « The Discrimination of Visual Number », American Journal of Psychology, 62, 1949, p. 498-525, ici p. 520.

    34 F. Engels, La dialectique de la nature, Paris, Éditions sociales, 1968, p. 136, en italiques dans l’original.

    35 « Not only speech, but all skilled acts seem to involve the same problems of serial ordering, even down to the temporal coordination of muscular contractions in such a movement as reaching and grasping. Analysis of the nervous mechanisms underlying order in the more primitive acts may contribute ultimately to the solution even of the physiology of logic », K. S. Lashley, « The Problem of Serial Order in Behavior », dans L. A. Jeffress (dir.), Cerebral Mechanisms in Behavior, New York, John Wiley, 1951, p. 112-136, ici p. 121-122.

    36 « [our brains] treat nouns as if they were stones and verbs as if they were levers or pulleys », F. R. Wilson, The Hand: How its Use Shapes the Brain, Language and Human Culture, New York, Pantheon, 1998, p. 169.

    37 P. M. Greenfield, « Language, Tools, and Brain: the Ontogeny and Phylogeny of Hierarchically Organized Sequential Behavior », Behavioral and Brain Sciences, 14, 1991, p. 531-595.

    38 « Build sentences the way we build huts and villages », Wilson, The Hand…, op. cit., p. 169.

    39 Dietrich Stout et Thierry Chaminade ont fourni un résumé de ces recherches dans leur article « Stone Tools, Language and the Brain in Human Evolution », Philosophical Transactions of the Royal Society of London, Biological Sciences, 367, 2012, p. 75-87, ici p. 75. Notre définition de « recherche visuelle » est basée sur A. M. Colman, A Dictionary of Psychology, Oxford, Oxford University Press, 2015, s. v. visual search.

    40 Pour une étude récente de ces phénomènes, voir E. E. Hecht et al., « Acquisition of Paleolithic Toolmaking Abilities involves Structural Remodeling to Inferior Frontoparietal Region », Brain Structure and Function 220, 2015, p. 2315-2331 ; et pour une revue des études récentes, voir A. Whiten, « Experimental Studies illuminate the Cultural Transmission of Percussive Technologies in Homo and Pan », Philosophical Transactions of the Royal Society of London, Biological Sciences, 370, 2015, 20140359. On peut voir le progrès de la recherche dans ce domaine dans le fait que cet article de Whiten est paru dans un numéro thématique de Philosophical Transactions intitulé Percussive Technology in Human Evolution: A Comparative Approach in Fossil and Living Primates, Ignacio de la Torre et Satoshi Hirata.

    41 K. A. Overmann, Th. Wynn, Fr. L. Coolidge, « The Prehistory of Number Concept », Behavioral and Brain Sciences, 34, 2011, p. 142-144, ici p. 143.

    42 Ibid., p. 144.

    43 R. Arnheim, Art and Visual Perception: A Psychology of the Creative Eye, Berkeley, University of California Press, 1969, p. 214-215. Arnheim s’étend sur ces phénomènes dans la version remaniée de cette œuvre (Berkeley, University of California Press, 1974, p. 220-223).

    44 Arnheim, Art and Visual Perception…, op. cit., p. 215.

    45 Le verbe moyen anglais peinten a tendance à comprendre la création de ressemblances, et en général les peintures dans les tableaux sont effectivement des images. Voir peinten, sens 1 et table, sens 1d dans le Middle English Dictionary, Regents of the University of Michigan, 2001, en ligne : http://quod.lib.umich.edu/m/med/, consulté le 8 janvier 2017.

    46 A. Henry, « “The Pater Noster in a table ypeynted” and Some Other Presentations of Doctrine in the Vernon Manuscript », dans D. Pearsall (dir.), Studies in the Vernon Manuscript, Cambridge, Brewer, 1990, p. 89-113, ici p. 92. Augustin a fait cette distinction dans son commentaire sur le « Sermon sur la montagne » du Christ. Texte latin : Augustin, De sermone Domine in monte, éd. par A. Mutzenbecher, Turnhout, Brepols (CCSL, 35), 1967, Livre II, chap. 10, 36. Texte français : Augustin, Explication du Sermon sur la montagne, trad. par A. Devoille, dans Raulx (dir.), Œuvres complètes de saint Augustin, op. cit., t. 5, p. 257-317.

    47 Voir s. v. behealdan, to hold by or near, [to] possess, observe, consider … take heed … to see, look on, dans A. Cameron, A. Crandell Amos, A. di Paolo Healey (dir.), Dictionary of Old English, Centre for Medieval Studies, University of Toronto, en ligne : http://doe.utoronto.ca/, consulté le 7 janvier 2017.

    48 Sarah McNamer, Middle English Dictionary…, op. cit., s. v.  « beholden ».

    49 Augustin, Explication du Sermon sur la montagne, éd. citée, livre 1, chap. 2, 9. Texte latin : Augustin, De Sermone Domine in Monte…, éd. citée.

    50 Bonaventure, Triple voie, I, 1, 9, dans Œuvres spirituelles de s. Bonaventure, trad. par L. Berthaumier, Paris, Louis Vivés, 1854, en ligne : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/bonaventure/divers/044.htm. Le passage complet est le suivant : « Car le but de la méditation est d’atteindre et de goûter la paix, soit cette tranquillité, cette sérénité d’où sourd la joie spirituelle. Cette paix obtenue, l’esprit est prêt et prompt à tendre plus haut. »

    51 Voir Augustin, Explication du Sermon sur la montagne, éd. citée, livre 2, chap. 10, 37.

    52 Mathieu 6, 6. Texte latin : Biblia Sacra…, éd. citée ; texte français : La Sainte Bible, éd. citée.

    Auteur

    • Martha Rust

      New York University

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    1 Nous voudrions remercier Laura Kendrick pour son invitation au deuxième atelier du projet « Le pouvoir des listes au Moyen Âge » (Polima). Nous tenons également à remercier Pascale Lanfanchi pour son aide inestimable et son expertise qui nous ont permis de traduire en français la version anglaise de cette étude de cas. Quelques versions de ce distique se trouvent dans les Cambridge, University Library, ms. Ee.4.37 (s. xv2) et ms. Ee.4.35 (s. xvi inc.) ; les Oxford, Bodleian Library Rawlinson poet. 32 (s. xv1) et ms. Balliol 354 (s. xvi1/3) ; les London, British Library, ms. Harley 2252 (s. xv ex.-xvi inc.) et ms. 2391 (s. xv mid.).

    2 M. Hussey, « The Petitions of the Paternoster in Medieval English Literature », Medium Ævum, 27, 1958, p. 8-16, ici p. 8 : « the attributes of the dominating and symbolic number seven were made the vehicle of almost the whole religious training that the laity were given or needed to assimiliate ».

    3 Augustin, La cité de Dieu, livre XI, 31, trad. par M. Saisset, dans M. Raulx (dir.), Œuvres complètes de saint Augustin, Paris/Bar-le-Duc, L. Guérin & Cie, 1869, t. 4, en ligne : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/index.htm, consulté le 8 décembre 2016. Texte latin de B. Dombart et A. Kalb, Aurelii Augustini opera, t. 14/2, Sancti Aurelii Augustini De civitate Dei libri XI-XXII, Turnhout, Brepols (CCSL, 47), 1955.

    4 Augustin, Contra epistolam manichaei quam vocant fundamenti, X, 11, trad. de M. Burleraux, dans Raulx (dir.), Œuvres complètes de saint Augustin, op. cit., t. 14. À propos du nombre cinq, considéré comme celui de la chair, voir les commentaires d’Augustin sur l’histoire de la conversation du Christ avec la femme Samaritaine (Jean 4, 7-26) dans Traités sur saint Jean (dans Raulx [dir.], Œuvres complètes de saint Augustin…, op. cit., t. 26).

    5 G. A. Miller, « The Magical Number Seven, Plus or Minus Two: Some Limits on Our Capacity for Processing Information », Psychological Review, 63, 1956, p. 81-97.

    6 Nous adhérons à la théorie de Richard Newhauser en utilisant le terme « vertus contraires » pour faire référence aux listes variables des vertus qui sont appariées aux péchés cardinaux tout au long du Moyen Âge. Voir R. Newhauser, « Preaching the “Contrary Virtues” », Mediaeval Studies, 70, 2008, p. 135-162, ici p. 136-138.

    7 Texte latin : Bonaventure, Breviloquium, dans Doctoris seraphici S. Bonaventurae opera omnia, Quaracchi, Ex typographia Colegii S. Bonaventurae, 1882-1902, vol. 10, partie 5, chap. 10, 5. Traduction française : Breviloquium, partie 5, La grâce du Saint-Esprit, texte latin de Quaracchi et traduction française, trad. de J.-P. Rezette, Paris, Éditions franciscaines, 1967. Pour une analyse plus approfondie de l’organisation numérologique du Breviloquium, voir M. Schlosser, « Bonaventure: Life and Works », dans J. M. Hammond, J. A. Wayne Hellmann, J. Goff (dir.), A Companion to Bonaventure, Leyde, Brill, 2014, p. 9-59, ici p. 24-26. La structure du Breviloquium a pu être inspirée par le De quinque septenis de Hugues de Saint-Victor (c. 1096-1141), une œuvre qui explique les rapports entre les sept pétitions de la prière Notre Père, les sept péchés capitaux, les sept dons du Saint-Esprit et les sept Béatitudes, ainsi que sept remèdes contre les sept péchés. Voir Hugues Saint-Victor, De quinque septenis seu septenariis opusculum, dans J.-P. Migne (dir.), Patrologia latina, Paris, Garnier, 1854, t. 175, col. 405-414 et la traduction française de Roger Baron dans Six opuscules spirituels, Paris, Éditions du Cerf, 1969, p. 100-119. En ce qui concerne l’influence de Hugues de Saint-Victor sur Bonaventure, voir R. Martello, « St. Bonaventure as a Disciple of Hugh of Saint-Victor: The Influence of the Didascalicon on the Reduction of the Arts to Theology », en ligne https://nottingham.academia.edu/RubenMartello, consulté 8 décembre 2016.

    8 D. Monti, « Introduction », dans St. Bonaventure, Breviloquium, D. Monti (trad.), New York, Franciscan Institute Publications, 2005, p. 26.

    9 « In the construction of every single sentence his language is vivid–Bonaventure is a master of Latin syntax… and has a colorful lively style) », Schlosser, « Bonaventure… », art. cité, p. 26.

    10 Bonaventure, Breviloquium…, éd. citée, partie 5, chap. 10, 5 : « Propter quod notandum, quod septiformem septenarium proponit nobis sacra Scriptura considerandum … septenarium vitiorum tanquam primum, a quo debemus recedere ; septenarium Sacramentorum secundum, per quem debemus incedere ; septenarium dotum ultimum, quem debemus appetere ; septenarium petitionum penultimum, quo debemus petere ; septenarium autem virtutum, donorum et beatitudium triplicem intermedium, per quem debemus transire » ; trad. de Rezette, Breviloquium…, éd. citée, p. 106-107, mise en page selon l’édition.

    11 La collection a été identifiée pour la première fois par F. Saxl, « A Spiritual Encyclopedia of the Late Middle Ages », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, 5, 1942, p. 82-142. Une étude plus approfondie et récente de la collection (y compris des plaques de couleurs) peut être trouvée dans L. Sandler, The Psalter of Robert de Lisle in the British Library, Londres, Harvey Miller, 1983, p. 23-27, plaques 2-10, 14-15 et 24-25, et appendice 2. Pour une version numérisée, voir le Speculum theologiae dans Yale University, Beinecke Library, ms. 416, en ligne : http://brbl-archive.library.yale.edu/exhibitions/speculum/, consulté le 9 décembre 2016. Une version antérieure du dessin de la Roue de Sept semble avoir été diffusée séparément. Sur cette image, voir L. Cleaver, « From Codex to Roll: Illustrating History in the Anglo-Norman World in the Twelfth and Thirteenth Centuries », Anglo-Norman Studies, 36, 2014, p. 69-89, ici p. 81-83 ; et M. Rainini, « Symbolic Representations and Diagrams of the Lord’s Prayer in the Twelfth Century », dans F. Siri (dir.), Le Pater noster au xiie siècle. Lectures et usages, Turnhout, Brepols, 2015, p. 157-186, ici p. 167-75. Le témoin de cette tradition dans Cambridge, Houghton Library, ms. typ 584 est disponible en ligne : http://hcl.harvard.edu/libraries/houghton/collections/early_manuscripts, consulté le 9 décembre 2016.

    12 Ceux-ci sont le plastron de l’humilité contre la fierté, le casque de la générosité contre la cupidité, le bouclier de la compassion contre la jalousie, l’épée de la patience contre la colère, les brodequins de l’empressement contre la paresse, la lance de sobriété contre la gloutonnerie, et la ceinture de chasteté contre la luxure.

    13 Citations en latin de Sandler, Psalter of Robert de Lisle…, op. cit., p. 129.

    14 J. Drucker, Graphesis: Visual Forms of Knowledge Production, Cambridge, Harvard University Press, 2014, p. 65.

    15 La directive a paru dans le canon 21 (Omnis utriusque sexus) ; voir C.-J. Hefele, Histoire des conciles, Paris, Letouzey et Ané, 1907, t. 5/2, p. 1350.

    16 La liste du canon 9 : « quatuordecim fidei articulos, decem mandata decalogi, duo precepta evangelii, scilicet gemine caritatis, septem etiam opera misericordie, septem peccata capitalia cum sua progenie, septem virtutes principales, ac septem gratie sacramenta » ; Councils & Synods, with Other Documents Relating to the English Church, éd. par F. M. Powicke et C. R. Cheney, Oxford, Clarendon Press, 1964, t. 2, p. 901.

    17 En ce que concerne les « maîtres de la page sacrée », voir L. Smith, Masters of the Sacred Page: Manuscripts of Theology in the Latin West to 1274, Notre Dame, Notre Dame University Press, 2001.

    18 « Religious knowledge no longer meant browsing and ruminating over the sacred page; it was a matter of distinctiones and schemata, of definitions and subdivisions, of almost mathematical precision », W. A. Pantin, The English Church in the Fourteenth Century, Notre Dame, University of Notre Dame Press, 1962, p. 190.

    19 Dans son excellent résumé de l’histoire des collections de distinctiones, Nicholas Perkins fait observer qu’elles ont leurs débuts bien avant le xiie siècle, par exemple, dans le Clavis de Méliton de Sardes († c. 180) : N. Perkins, « Reading the Bible in Sawles Warde and Ancrene Wisse », Medium Aevum, 72, 2003, p. 207-237, ici p. 208.

    20 La source biblique de ce thème est le Cantique des Cantiques, 4, 12 : Hortus conclusus soror mea (« Ma sœur, mon épouse, est un jardin fermé ; elle est un jardin fermé, et une fontaine scellée »). Texte latin : Biblia sacra iuxta vulgatam versionem, éd. par R. Weber et R. Gryson, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 2013, disponible en ligne : https://www.academic-bible.com, consulté le 8 janvier 2017. Texte français : La Sainte Bible, trad. par L.-I. Lemaistre de Sacy, Bruxelles, Société biblique britannique et étrangère, 1855, disponible en ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/Bible_Sacy, consulté le 8 janvier 2017. Les premiers écrivains chrétiens ont interprété la bien-aimée du Cantique – ici « ma sœur, ma fiancée » – comme une représentation allégorique de l’Église. Pour l’histoire de cette interprétation, voir E. A. Matter, The Voice of My Beloved: The Song of Songs in Western Medieval Christianity, Philadelphie, Pennsylvania University Press, 1992, p. 86-122.

    21 Isidore de Séville interpréta le lierre (hedera) comme ayant une belle ressemblance avec les couples mariés : Hedera dicta quod arboribus reptando adhaereat (« Le nom du lierre [hedera] vient de ce qu’il adhère [adhærat] aux arbres en grimpant »). Isidore de Séville, Étymologies, Livre XVII, éd. et trad. par J. André, Paris, Les Belles Lettres, 1981, p. 171.

    22 Th. Lentes, « Counting Piety in the Late Middle Ages », dans B. Jussen (dir.), Ordering Medieval Society: Perspectives on Intellectual and Practical Modes of Shaping Social Relations, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2001, p. 55-91, ici p. 55.

    23 Ibid.

    24 E. Wilkins, The Rose-Garden Game. The Symbolic Background to the European Prayer-Beads, Londres, Gollancz, 1969, p. 34.

    25 « A circlet of gems that she had threaded on a string, in order that by fingering them one by one as she successively recited her prayers she might not fall sort of the exact number », William of Malmesbury, Gesta pontificum Anglorum, IV, 2 ; cité par Wilkins, The Rose-Garden Game…, op. cit., p. 25.

    26 « Schalt han wurcheped euery wounde and fulfylled the noumbre of the same », The Commonplace Book of Robert Reynes of Acle An Edition of Tanner MS 407, éd. par L. Cameron, New York, Garland, 1980, p. 268.

    27 « All the dropes of that precyous bloode that he bledde at that tyme », Fr. Wormald, « The Revelation of the Hundred Pater Nosters: A Fifteenth Century Meditation », Laudate, 14, 1936, p. 165-182, ici p. 173.

    28 « The worsship of euery drope of alle his blessed blode [is] able to purchace … more grace and more mercy than euer heart may thynke or tonge telle) », ibid., p. 172.

    29 Guillaume Durand, Rationale divinorum officiorum, Livre I, chap. III, 4, éd. par A. Davril, T. M. Thibodeau, Turnhout, Brepols (Corpus Christianorum Continuatio Mediævalis, 140-140B), 1995.

    30 L’ensemble de prières est édité par Clemens Blume et Guido M. Dreves sous le titre « De vulneribus Christi », dans Analecta Hymnica Medii Aevi, t. 31, Leipzig, O. R. Reisland, 1898, no 68, p. 87-89.

    31 Blume et Dreves, « De vulneribus Christi », éd. citée, p. 87.

    32 « To apprehend [the number of things contained in a small sample] immediately, without needing to count », s. v. subitize, Oxford English Dictionary Online, décembre 2016, Oxford University Press, en ligne : http://www.oed.com, consulté le 7 janvier 2017.

    33 « A new term is needed for the discrimination of stimulus-numbers of 6 or below…The term proposed is subitize », E. L. Kaufman et al., « The Discrimination of Visual Number », American Journal of Psychology, 62, 1949, p. 498-525, ici p. 520.

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    35 « Not only speech, but all skilled acts seem to involve the same problems of serial ordering, even down to the temporal coordination of muscular contractions in such a movement as reaching and grasping. Analysis of the nervous mechanisms underlying order in the more primitive acts may contribute ultimately to the solution even of the physiology of logic », K. S. Lashley, « The Problem of Serial Order in Behavior », dans L. A. Jeffress (dir.), Cerebral Mechanisms in Behavior, New York, John Wiley, 1951, p. 112-136, ici p. 121-122.

    36 « [our brains] treat nouns as if they were stones and verbs as if they were levers or pulleys », F. R. Wilson, The Hand: How its Use Shapes the Brain, Language and Human Culture, New York, Pantheon, 1998, p. 169.

    37 P. M. Greenfield, « Language, Tools, and Brain: the Ontogeny and Phylogeny of Hierarchically Organized Sequential Behavior », Behavioral and Brain Sciences, 14, 1991, p. 531-595.

    38 « Build sentences the way we build huts and villages », Wilson, The Hand…, op. cit., p. 169.

    39 Dietrich Stout et Thierry Chaminade ont fourni un résumé de ces recherches dans leur article « Stone Tools, Language and the Brain in Human Evolution », Philosophical Transactions of the Royal Society of London, Biological Sciences, 367, 2012, p. 75-87, ici p. 75. Notre définition de « recherche visuelle » est basée sur A. M. Colman, A Dictionary of Psychology, Oxford, Oxford University Press, 2015, s. v. visual search.

    40 Pour une étude récente de ces phénomènes, voir E. E. Hecht et al., « Acquisition of Paleolithic Toolmaking Abilities involves Structural Remodeling to Inferior Frontoparietal Region », Brain Structure and Function 220, 2015, p. 2315-2331 ; et pour une revue des études récentes, voir A. Whiten, « Experimental Studies illuminate the Cultural Transmission of Percussive Technologies in Homo and Pan », Philosophical Transactions of the Royal Society of London, Biological Sciences, 370, 2015, 20140359. On peut voir le progrès de la recherche dans ce domaine dans le fait que cet article de Whiten est paru dans un numéro thématique de Philosophical Transactions intitulé Percussive Technology in Human Evolution: A Comparative Approach in Fossil and Living Primates, Ignacio de la Torre et Satoshi Hirata.

    41 K. A. Overmann, Th. Wynn, Fr. L. Coolidge, « The Prehistory of Number Concept », Behavioral and Brain Sciences, 34, 2011, p. 142-144, ici p. 143.

    42 Ibid., p. 144.

    43 R. Arnheim, Art and Visual Perception: A Psychology of the Creative Eye, Berkeley, University of California Press, 1969, p. 214-215. Arnheim s’étend sur ces phénomènes dans la version remaniée de cette œuvre (Berkeley, University of California Press, 1974, p. 220-223).

    44 Arnheim, Art and Visual Perception…, op. cit., p. 215.

    45 Le verbe moyen anglais peinten a tendance à comprendre la création de ressemblances, et en général les peintures dans les tableaux sont effectivement des images. Voir peinten, sens 1 et table, sens 1d dans le Middle English Dictionary, Regents of the University of Michigan, 2001, en ligne : http://quod.lib.umich.edu/m/med/, consulté le 8 janvier 2017.

    46 A. Henry, « “The Pater Noster in a table ypeynted” and Some Other Presentations of Doctrine in the Vernon Manuscript », dans D. Pearsall (dir.), Studies in the Vernon Manuscript, Cambridge, Brewer, 1990, p. 89-113, ici p. 92. Augustin a fait cette distinction dans son commentaire sur le « Sermon sur la montagne » du Christ. Texte latin : Augustin, De sermone Domine in monte, éd. par A. Mutzenbecher, Turnhout, Brepols (CCSL, 35), 1967, Livre II, chap. 10, 36. Texte français : Augustin, Explication du Sermon sur la montagne, trad. par A. Devoille, dans Raulx (dir.), Œuvres complètes de saint Augustin, op. cit., t. 5, p. 257-317.

    47 Voir s. v. behealdan, to hold by or near, [to] possess, observe, consider … take heed … to see, look on, dans A. Cameron, A. Crandell Amos, A. di Paolo Healey (dir.), Dictionary of Old English, Centre for Medieval Studies, University of Toronto, en ligne : http://doe.utoronto.ca/, consulté le 7 janvier 2017.

    48 Sarah McNamer, Middle English Dictionary…, op. cit., s. v.  « beholden ».

    49 Augustin, Explication du Sermon sur la montagne, éd. citée, livre 1, chap. 2, 9. Texte latin : Augustin, De Sermone Domine in Monte…, éd. citée.

    50 Bonaventure, Triple voie, I, 1, 9, dans Œuvres spirituelles de s. Bonaventure, trad. par L. Berthaumier, Paris, Louis Vivés, 1854, en ligne : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/bonaventure/divers/044.htm. Le passage complet est le suivant : « Car le but de la méditation est d’atteindre et de goûter la paix, soit cette tranquillité, cette sérénité d’où sourd la joie spirituelle. Cette paix obtenue, l’esprit est prêt et prompt à tendre plus haut. »

    51 Voir Augustin, Explication du Sermon sur la montagne, éd. citée, livre 2, chap. 10, 37.

    52 Mathieu 6, 6. Texte latin : Biblia Sacra…, éd. citée ; texte français : La Sainte Bible, éd. citée.

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    Rust, M. (2019). Ensembles de dix, sept et cinq : le pouvoir de cardinalité d’une liste. In C. Angotti, P. Chastang, V. Debiais, & L. Kendrick (éds.), Le pouvoir des listes au Moyen Âge - I. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.55043
    Rust, Martha. « Ensembles de dix, sept et cinq : le pouvoir de cardinalité d’une liste ». In Le pouvoir des listes au Moyen Âge - I, édité par Claire Angotti, Pierre Chastang, Vincent Debiais, et Laura Kendrick. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2019. doi:10.4000/books.psorbonne.55043.
    Rust, Martha. « Ensembles de dix, sept et cinq : le pouvoir de cardinalité d’une liste ». Le pouvoir des listes au Moyen Âge - I, édité par Claire Angotti et al., Éditions de la Sorbonne, 2019, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.55043.

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    Angotti, C., Chastang, P., Debiais, V., & Kendrick, L. (éds.). (2019). Le pouvoir des listes au Moyen Âge - I. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.54932
    Angotti, Claire, Pierre Chastang, Vincent Debiais, et Laura Kendrick, éd. Le pouvoir des listes au Moyen Âge - I. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2019. doi:10.4000/books.psorbonne.54932.
    Angotti, Claire, et al., éditeurs. Le pouvoir des listes au Moyen Âge - I. Éditions de la Sorbonne, 2019, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.54932.
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