L’ambition culturelle française en Palestine dans l’entre-deux-guerres
p. 41-72
Texte intégral
1La Palestine peut être considérée comme l’un des lieux où une certaine forme de culture universelle fut inventée. Au long du xixe siècle, la région devient un enjeu politique, certainement autant que culturel (qualificatif pouvant être étroitement associé à « religieux ») : par la redécouverte de la Terre sainte, la Palestine est placée au centre d’intérêts internationaux, auxquels se joignent de plus en plus de pays, provoquant des tensions croissantes1.
2D’une part la Première guerre mondiale met fin à ce jeu de concurrence : certaines grandes puissances dès 1914, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, puis l’Italie en 1915, sont exclues de ce jeu, l’ordre ottoman s’imposant en Terre sainte ; tandis que d’autres, Allemagne et Autriche-Hongrie, alliées de la Porte, peuvent demeurer sur place et voient là l’occasion de développer leur présence en comblant les espaces laissés libres par le départ des représentants officiels et religieux des premières puissances2. D’autre part, de par l’élimination même de certains partenaires, il ne peut y avoir qu’accroissement de la rivalité. En effet, les puissances évincées se livrent alors à une réflexion intense sur la reconquête de leurs anciennes positions, voire leur renforcement. C’est bien évidemment le cas de la France qui envisage rapidement une situation avantageuse : en prévision de l’effondrement de l’Empire ottoman, qui semble de plus en plus certain, il lui est en effet possible d’imaginer prendre possession d’un territoire qui paraît lui revenir de droit, au regard d’une histoire empreinte de l’esprit franc3.
3 Dans ce cadre, il est notable que la coordination entre politique et religieux, qui avait présidé au réseau français de Terre sainte avant 19144, se maintient au cours du conflit : des religieux français de Palestine, temporairement réfugiés en France ou en Italie, se mettent au service de leur patrie, sur le papier ou le terrain, tandis que Paris ménage ses relations dans les cercles ecclésiastiques. Le ministère des Affaires étrangères par exemple poursuit naturellement son soutien aux nombreuses institutions françaises de Palestine (hôpitaux, écoles, hospices...) : il prend en charge les frais engagés par les religieux lors de leur expulsion de Palestine par les Ottomans, leur verse leurs allocations comme en temps de paix5, et assiste les ressortissants de pays neutres demeurés sur place, en charge des établissements français ; tandis que l’on songe déjà à un renforcement ultérieur des liens entre la France et certains établissements, passant par exemple par leur reconnaissance d’utilité publique. Mais Paris songe aussi à créer des liens plus étroits avec les plus hautes autorités de l’Église : dans la logique de l’Union sacrée, à la suite de premières rumeurs et pourparlers préalables à la guerre, la France officielle est désireuse de se rapprocher du Vatican. Cela concerne un rapprochement diplomatique en général (les relations ayant été rompues en 1904), avec une attention particulière portée aux choses d’Orient, non dénuée du souci de contrôler une certaine émancipation pontificale : en parallèle à la restructuration de la politique orientale du Saint-Siège (avec la création de la Congrégation pour les Églises orientales ou de l’institut oriental de Rome, en 1917), la France est soucieuse de placer ses pions6.
4Mais l’on sait ce qu’il advient de la Palestine en 1917. Les vœux ardents des religieux et diplomates français ne suffisent pas à faire se réaliser une Terre sainte à nouveau aux mains des Francs, et ce sont les Anglais qui s’imposent : l’occupation militaire puis l’administration civile confirment la prééminence de l’Angleterre dans la région. Cette modification défavorable de la Palestine n’entraîne toutefois pas, en apparence, une révolution dans la perception française. C’est en effet sur la base de 1914 que la France agit du point de vue culturel en Palestine dans l’entre-deux-guerres : disposant d’un réseau d’institutions très conséquent, elle tente d’une part de préserver, voire de réaliser tout de même l’idée d’une Terre sainte d’inspiration française. Pour cela, elle utilise les moyens classiques à sa disposition, dont l’efficacité est avérée.
5 Mais c’est sans compter avec une inéluctable métamorphose de la Palestine : cette réalité mouvante rend en effet inadéquate au moins en partie la perception ancienne. C’est pour cela que Paris doit renouveler sa politique en exploitant des filons nouveaux. La présente analyse suit cette répartition binaire des intérêts français en matière de politique culturelle : utilisation et ravivement de moyens classiques, éprouvés, mais aussi option pour des moyens nouveaux, plus adaptés peut-être à la nouvelle situation.
La France fidèle à ses traditions
Une Terre sainte chrétienne, catholique
6En 1918, la France en métropole semble retrouver ce qu’on a toujours voulu qu’elle reste notamment en Orient : la France des traditions, une « vraie » France, la France catholique. Après l’Union sacrée, c’est la Chambre bleue horizon qui doit mettre un terme à des années de luttes intestines entre cléricaux et anticléricaux. La France qui se retrouve a le souci de renouer avec ce passé à l’intérieur de ses frontières, comme à l’extérieur. C’est ainsi que le rétablissement des relations diplomatiques avec le Vatican, après seize années d’interruption, lui permet d’offrir à nouveau une image uniforme ; il n’y a plus cette dichotomie, cette curiosité d’une France anticléricale qui expulse ses communautés tout en continuant de subventionner leurs établissements à l’étranger, pour son plus grand bien. Désormais l’unité peut régner et servir un nouvel élan de politique étrangère.
7La France qui se retrouve est aussi une France qui doit s’affirmer, en particulier sur le terrain moyen-oriental. Les espoirs nés de la guerre, avec de fermes prétentions visant la Terre sainte, doivent être entretenus et réalisés. La France envisage alors une politique volontariste qui s’oppose aux constats résignés : dans le contexte nouveau du Moyen-Orient, il ne peut s’agir d’accepter la « mort de notre chère France en Orient » diagnostiquée alors par Pierre Loti7. Les revendications politiques sur la grande Syrie s’accompagnent ou sont naturellement précédées de revendications culturelles : il s’agit de montrer que la présence de la France en Orient, affaiblie un temps par l’expulsion ottomane, qui consacre l’exacerbation de la rivalité internationale, n’est pas un hasard, que c’est un état de fait appelé à durer et à être renforcé. C’est pour cela que l’on fait appel à toutes les bonnes volontés pour affirmer ces droits. Il est ainsi intéressant que les travaux du Congrès français de la Syrie, organisé au tout début 1919, n’abordent pas seulement les points de vue économique ou politique, mais insistent sur la facette culturelle qui lie la France à cette région la Syrie à ce moment englobant la Palestine, qui n’est qu’une Syrie du sud)8 : on trace à cette occasion une ligne droite entre le Royaume latin de Jérusalem et la présence en Orient de Français en armes ; la boucle semble bouclée.
8Cela ne fait pas seulement l’objet de réflexions d’un congrès à Marseille mais c’est aussi valable dans les faits. Ainsi la France s’empresse de remettre les religieux dans les établissements évacués sans ménagement par les Turcs à la fin 1914. En les vêtant de la tenue militaire, seul moyen de les faire rentrer dans une Palestine soumise à la loi martiale, la France ne se contente pas de combler des lacunes. Elle s’efforce aussi de conforter sa présence en évaluant ses intérêts et ses besoins (c’est le passage au Levant, en 1919, d’une mission dirigée par l’universitaire lyonnais Paul Huvelin9), et en faisant participer activement ses religieux à l’instauration du nouvel ordre : c’est ainsi que les Dominicains de l’École biblique participent au Comité Pro Jérusalem mis en place par le gouverneur Ronald Storrs, destiné à sauvegarder l’image de la Jérusalem terrestre, au moment où, en parallèle, doit s’engager sa modernisation résolue ; et que tout naturellement le Père Lagrange, d’illustre renommée, prend la présidence de la Société orientale de Palestine également créée par la puissance britannique10.
9Ces deux cas, que l’on peut qualifier d’œcuméniques, puisqu’ils font contribuer des religieux français à des initiatives novatrices et anglaises, rassemblant des personnes de toutes les confessions et nations de Jérusalem, ne sont toutefois pas caractéristiques de la pensée qui guide la politique culturelle de la France à ce moment.
10En premier lieu, le souci de Paris de rétablir et prolonger ses droits séculaires en Orient trahit clairement le fait que l’on n’enregistre pas de « révolution culturelle » dans ce domaine. Il ne s’agit ici que de mentionner l’attachement français au protectorat catholique et aux honneurs liturgiques rendus traditionnellement au consul général de France à Jérusalem pour souligner l’image figée de la région qui persiste dans les esprits. Les débats très vifs qui entourent ces questions politique et protocolaire, mais surtout l’obstination de certains à justifier le maintien d’honneurs liturgiques en apparence rétrogrades, ou la persistance de la notion de protectorat français illustrent cette fidélité, parfois bornée, à une conception de l’histoire relativement inerte. Comme l’a montré Catherine Nicault, cette vision est particulièrement malmenée par le nouveau contexte11 : parce que la Palestine n’est plus une province éloignée de l’Empire ottoman, lieu de toutes les rivalités internationales, parce qu’elle est désormais aux mains d’une puissance chrétienne qui a priori ne menace pas les intérêts catholiques, parce que la notion de protectorat catholique (et sa traduction dans les faits, les honneurs liturgiques) est de plus en plus discutée par une puissance traditionnellement rivale, l’Italie, mais aussi de plus en plus par le principal intéressé, le Vatican, soucieux de s’émanciper d’une préséance française progressivement ressentie comme pesante12 . Fidèle à un comportement qui émerge depuis la fin du XIXe siècle, la France attaquée ne peut que se figer un peu plus dans son optique de restauration.
11Quels sont les signes de cette fixation ? Au niveau organisationnel, c’est d’abord une certaine confusion des genres au Quai d’Orsay. Les affaires de la Palestine profitent certes du nouvel élan donné à la politique culturelle : elles sont en effet traitées par le tout nouveau Service des Œuvres Françaises à l’Étranger ; mais elles sont aussi du ressort du conseiller technique pour les affaires religieuses, poste qui vient également d’être créé et confié à un tenant de la tradition, Louis Canet13. Pour rendre cette situation un peu plus complexe, ce dernier est en charge de toutes les affaires religieuses, catholiques comme juives (au contraire de ce qui se passe en Allemagne par exemple, où l’on a deux sections clairement distinctes14). En conséquence, s’il semble parfois souffler un vent nouveau grâce au premier de ces services, les interférences qui découlent de cet organigramme remettent régulièrement les choses à leur « juste », c’est-à-dire leur ancienne place. On a alors un retour intégral aux habitudes d’avant la guerre, avec focalisation de l’intérêt français sur les établissements religieux. Ceux-ci font l’objet d’un soin jaloux de la part de Paris, avec une action qui souligne que l’on croit encore fermement à la réalisation d’une Terre sainte chrétienne, voire catholique.
12Les établissements religieux sont d’abord considérés pour eux-mêmes. On en veut pour preuve que la période de l’avant-guerre, qui connaissait déjà quelques problèmes d’organisation, notamment lorsque certaines institutions ne paraissaient pas indispensables, ne provoque pas de réflexion quant à une éventuelle réforme. En particulier il n’est pas question de rationaliser ou de renouveler les réseaux français de Palestine. Un peu comme si l’acharnement des Ottomans et de leurs alliés allemands pendant la guerre contre ces établissements (avec réquisition et désacralisation) avait été la preuve de leur efficacité et de leur valeur : auraient-ils été la cible d’attaques si violentes s’ils n’avaient pas eu d’importance ?
13De ce point de vue, l’inventaire de ces établissements, avec rappel de leurs fonctions respectives, établi dès la prise de Jérusalem, représente l’incapacité de la France à penser les choses en de nouveaux termes15. De fait, le prétexte caritatif ne peut tenir (les établissements en question ayant été créés pour pallier les déficiences turques) : dès le départ en effet on peut s’imaginer que les Anglais vont faire preuve, dans leur gestion de la Palestine, d’un plus grand souci d’organisation que les Ottomans : que ce soit en vertu de leur engagement en tant que puissance mandataire (avec l’obligation de préparer un territoire à son indépendance), ou de leur volonté de marquer le terrain. À l’instar des Français en Syrie-Liban, la mise en place d’un système de santé ou scolaire efficace participe de cette mission : les établissements français trouvent-ils une justification dans ce nouveau contexte ?
14Poser cette question à ce moment, c’est susciter une réponse claire de la part de la France : oui, les établissements français ont toujours leur place, et même l’ont-ils encore plus dans la mesure où il s’agit à la fois d’honorer une tradition et de respecter une identité marquée ; mais aussi parce qu’il s’agit de contrer ce qui peut apparaître comme une dénaturation de la Palestine, qui se met en place dans les premiers temps de la présence anglaise : la Grande-Bretagne est une puissance protestante qui a fait une promesse à la population juive de Palestine par le biais de la déclaration Balfour ; on est donc bien loin du rêve croisé qui s’était révélé au xixe siècle et renforcé pendant la Première guerre mondiale. Dans ces circonstances, plus que jamais, la France a un rôle à jouer, pour elle-même mais surtout pour la Palestine qui doit préserver son statut de Terre sainte sous influence française. Comme l’indique Maurice Barrés dans son Enquête aux pays du Levant, si la concurrence internationale est forte, « nous possédons les âmes »16. Celles-ci étant immortelles, il faut bien entretenir cette flamme, « cette sorte de cousinage » dont il parle encore. Car la guerre qui vient de se terminer doit être la possibilité de relancer une initiative pour le bien de l’Orient, de la Palestine en particulier. L’Allemagne ayant été éliminée, l’Angleterre apparaissant presque comme négligeable, il est possible de donner encore plus de poids « à notre action plus spirituelle »17. Or, selon Barrés, celle-ci est bien évidemment émancipatrice et doit permettre de s’attacher définitivement les cœurs des Orientaux. On ne doit donc pas négliger le rôle des communautés religieuses dans ce cadre : « Nous devons maintenir nos positions, et par conséquent garder nos maîtresses pièces, à savoir nos congrégations enseignantes et charitables »18. En apparence, celles-ci ont un rôle très terre-à-terre, mais elles sont aussi appelées à de très hautes fonctions dans la continuité logique de l’avant 1914. Comme l’indique un religieux assomptioniste de Jérusalem, « Dieu veuille que, sous le mandat britannique, le progrès matériel de la Jérusalem nouvelle soit égalé par le progrès religieux et moral »19 ! Ce souhait représente évidemment la mission des maisons religieuses françaises, incarnation de leur capacité à instaurer la concorde, comme le remarque Gabriel Hanotaux, lors d’un passage dans la Ville Sainte20.
15Cette continuité de la présence française n’est pas seulement l’affaire d’écrivains ou d’hommes politiques à la plume brillante, elle est aussi l’idée qui prévaut à la politique pratiquée et pensée au jour le jour.
16C’est le cas de Louis Canet. Résolument conservateur et français (un auteur jésuite parle de lui comme du « dernier des Gallicans »21), il considère que les religieux n’ont d’autre mission que de servir les intérêts français à l’étranger22. En Palestine, cela passe tout d’abord par l’éviction des principaux rivaux, en particulier des Allemands. La défaite germano-ottomane de 1917- 1918 est ainsi considérée comme la possibilité de mettre fin une fois pour toutes à ce qui est depuis longtemps perçu comme une invasion malvenue23. Mais à son goût, il serait tout aussi bien de mettre de côté d’autres rivalités, comme celle de l’Italie ; c’est pour cela que l’on pense jusqu’à la fin des années 1920 à l’établissement d’un monopole catholique français en Palestine, contrant notamment une politique italienne de plus en plus active après l’avènement de Mussolini24.
17L’efficacité éprouvée du réseau français ne nécessite décidément pas qu’on le remette en cause. Comme on l’indique au début de 1920 lors d’un débat à la Chambre : « L’influence de la France repose sur des fondements anciens et solides (influence intellectuelle et morale, institutions charitables et scolaires, entreprises financières et économiques) qui constituent par eux-mêmes par l’appui que le Gouvernement ne cesse de leur accorder les moyens les plus sûrs et les plus efficaces »25. Dans cette mesure, il faut imposer le fait français à l’autorité britannique. En conséquence, la commission des Affaires étrangères « demande (...) que le Gouvernement français insiste pour que les établissements scolaires et hospitaliers qui maintiennent le rayonnement de la France en Orient reçoivent immédiatement toutes les facilités d’exercice »26, ce qui répond à un intérêt matériel évident. En effet, nombre de documents de l’époque insistent sur une réalité éloquente : dans tout l’Empire ottoman le réseau français c’est 300 établissements religieux ou laïques, avec 100 000 élèves de toutes populations. De ce fait, c’est avec satisfaction que la France voit consacrer son réseau par la conférence de San Remo qui tend à le maintenir en l’état27, résultat de promesses anglaises dont la France se sert tout au long de la période pour motiver ses droits28.
18Quelles sont les manifestations de cette volonté française ? Cela passe tout d’abord par la reprise de l’activité des établissements français. Une fois revenus sur place et les dommages de guerre réparés, les religieux français poursuivent tout naturellement leur collaboration avec les autorités françaises. Maintenue pendant la guerre, celle-ci reprend sa vitesse de croisière. Les religieux quittent progressivement l’habit militaire et se remettent au travail. L’œuvre française est néanmoins confrontée aux problèmes du temps : les effectifs d’encadrement ne sont pas complets (ce qui oblige même, pendant un temps, à laisser ouverts les établissements hospitaliers allemands), et les frais de remise en route sont énormes. Certaines institutions peuvent reprendre leurs activités à la rentrée 1919 (c’est le cas de l’École biblique29), d’autres doivent attendre 192030. À ces difficultés locales s’ajoute l’impression d’une France indécise, qui ne répond pas toujours aux attentes politiques ou financières.
19Les débuts sont modestes, même si le plus important réside dans le fait que tout le monde est à nouveau à son poste. Mais il ne suffit pas que les religieux soient là, encore faut-il que leur subsistance soit assurée, dans les conditions difficiles de l’immédiat après guerre (avec de très importantes pertes au change qui dévalorisent les déjà trop chiches subventions, qui arrivent bon an mal an du ministère des Affaires étrangères ou du Haut-commissariat de France à Beyrouth)31. C’est pour cela que tout pas qui paraît consacrer le rétablissement définitif de certaines positions représente une satisfaction, après parfois presque trois ans d’attente32.
20Après ces débuts difficiles, les établissements français profitent d’une stabilisation de la situation ; les subventions françaises peuvent enfin arriver de manière à peu près régulière, ce qui laisse de l’espoir : au moment où le sort de la Palestine n’est pas encore tout à fait réglé, pourquoi ne pas imaginer une place importante en Terre sainte33 ?
21C’est bien dans ce sens que l’on agit, ne songeant pas qu’il puisse en être autrement. Cela est révélé par les demandes d’allocations pour les établissements français en provenance du consulat de Jérusalem. Ce l’est aussi par les fonds effectivement affectés par le ministère des Affaires étrangères. A ce titre on ne sort décidément pas de la logique mise en place au xixe siècle. La situation des établissements français n’est cependant rétablie définitivement que vers la moitié des années 1920, durée nécessaire au dépassement de toutes les séquelles d’après-guerre et des aléas de la France métropolitaine, sans d’ailleurs que les velléités laïcisantes du Cartel des gauches n’affectent les institutions. Les instruments de pénétration française restent les mêmes dans un contexte général où la poussée sioniste, après avoir été perçue très sensiblement au départ, semble néanmoins ne plus avoir le vent en poupe.
22Certains établissements, dont la vocation n’est plus tout à fait claire dans un contexte très mouvant, voient leurs allocations baisser régulièrement (comme Saint-Pierre de Ratisbonne, établi en 1874 pour la conversion des Juifs, tâche qui n’est plus vraiment de mise34). D’autres en revanche enregistrent toujours la confiance du gouvernement français, ce qui est prouvé par une augmentation régulière des rentrées d’argent officiel, évolution qui correspond exactement à l’effet escompté d’un accroissement de leurs moyens35. D’autres encore bénéficient d’un renforcement de leur statut : l’École biblique dominicaine profite ainsi du regain d’intérêt scientifique pour la Palestine, avec notamment le souci d’une meilleure organisation de la recherche. L’École pratique d’études bibliques des Dominicains récupère les gains d’une renommée internationale et se voit proposer, dès le lendemain de la prise de Jérusalem, de joindre un institut oriental interallié, innovation particulièrement notable et reflet d’une Entente cordiale continuée ; ce projet ne se fait toutefois pas, mais l’École biblique bénéficie de l’attention jetée sur elle pour obtenir un statut depuis longtemps désiré, celui d’école française36.
23Et, comme par le passé, la France sait être reconnaissante envers ses plus efficaces serviteurs. C’est pourquoi elle regrette certains changements à la tête des établissements religieux, lorsqu’elle juge que le congréganiste qui part est plus utile que son successeur : où la France officielle a parfois tendance à confondre ses prérogatives et celles de l’Église en matière de nomination à ces postes de responsabilité ; et où la France croit toujours disposer du dernier mot en vertu d’un protectorat que l’on voudrait bien voir encore appliquer à la lettre, mais que même les congrégations ou ordres les plus fidèles ont parfois tendance à négliger – comme le montre un peu plus tard la suppression temporaire des honneurs liturgiques même dans certains établissements français, Notre-Dame de France ou Sainte-Anne. Dans ce dernier cas, le consul de France s’étonne de ce que le supérieur général des Pères blancs opte pour le déplacement du Père Delpuch, lui qui a rendu tant de services à la France pendant la Première guerre mondiale – notamment au moment de la mise en place des institutions vaticanes vouées aux Églises orientales37, à Sainte-Anne avant, comme professeur, et après le conflit, comme supérieur de l’établissement38 (Delpuch avait même été pressenti par la France pour être nommé Patriarche ou coadjuteur de l’évêché de Jérusalem au début des années 1920) ; alors que les Pères Blancs considèrent la gestion du Père Delpuch, notamment religieuse, comme catastrophique39.
24Au même moment, les religieux pour leur part ne sont pas en reste lorsqu’il s’agit de rappeler les droits et devoirs de la France en Palestine. Fort critiques à l’égard de la politique de Paris au début de la période, leur patriotisme n’est pas que feint ou intéressé. Sur place, c’est effectivement au nom de la France, « pour le nom français », qu’ils agissent et sont perçus par les puissances ou religieux étrangers40. Si ce travail se fait généralement en silence, avec seulement des manifestations à haute voix lorsque la situation leur paraît menaçante, il arrive parfois qu’ils s’expriment plus bruyamment pour souligner leur opinion ou allégeance. Représentants officieux de la France en Palestine, bons connaisseurs de l’Orient, leur savoir est mis à contribution tout au long des années 1920, lorsque par exemple il s’agit de dresser un inventaire des positions françaises ; mais aussi de proposer des voies permettant d’améliorer cette place. C’est ainsi que le Père Dhorme, Prieur du couvent de Saint-Étienne et directeur de l’École biblique, est sollicité pour parler de « La langue française en Palestine » lors du congrès de la langue française dans les pays de la Méditerranée, organisé par l’Alliance française en juillet 192241. Son intervention est intéressante dans la mesure où elle met en avant une réflexion synthétique précoce, au moment où l’action culturelle française à l’étranger sous une forme moderne n’en est qu’à ses débuts et où certains se gargarisent de belles formules, soulignant l’idée du « lac français » qu’est la Méditerranée. Le document montre aussi à quel point les religieux constituent effectivement un instrument de la politique culturelle française ; mais aussi dans quelle mesure la France réfléchit en terme d’âge d’or qu’il lui faut absolument retrouver, une période où tout le monde parlait le français, ce qui s’est même imposé au cours de la guerre, avec une communication obligatoire en français entre officiers allemands et turcs (« Il était de bon ton de savoir le français. C’était le signe qu’on était sorti du niveau moyen. Inutile d’insister sur le rôle intellectuel et moral que jouait notre langue maternelle... », écrit le religieux).
25Mais d’après Dhorme, cet état de fait n’est plus réel : à présent l’anglais et l’hébreu s’imposent, tandis que le français est de plus en plus réservé à l’élite. Ainsi, dans les écoles « le français tombe à l’état de langue facultative. » Mais on ne doit pas se désoler : « Notre langue possède ici des attaches séculaires que rien ne peut relâcher. Je n’en veux pas d’autre preuve que la prospérité de nos établissements français même sous le nouveau régime. Aucun n’a dû fermer ses portes et, chose inattendue, la plupart d’entre eux possèdent autant, parfois même plus d’élèves que par le passé. » D’où la conclusion de Dhorme en forme d’appel du pied : « Cette revue rapide est certainement incomplète. Elle suffit cependant à attester que les établissements français n’ont point capitulé devant les vicissitudes de la politique. Tous se sont remis à l’œuvre comme par le passé. On a pu constater que ces établissements (...) sont aux mains de religieux et de religieuses que les Consuls de France, au nom de leur gouvernement, favorisent et soutiennent énergiquement ». Constat satisfaisant, il manifeste toutefois aussi l’intérêt qu’il y a à ne pas baisser la garde. C’est pour cela que certains religieux ne peuvent se résigner à une situation figée : la Terre sainte telle qu’ils la connaissent et la promeuvent ne peut être préservée que si on agit dans son sens. L’engagement de Dhorme à cette fin est constant, lui qui effectue, en 1927, une véritable campagne de relations publiques destinée à populariser les œuvres françaises de Palestine42. Tandis qu’à la fin de la décennie, le Supérieur de Sainte-Anne, le Père Delpuch, s’adresse directement au ministère des Affaires étrangères pour demander une augmentation des allocations attribuées à son établissement43 ; une requête qui s’accompagne naturellement d’un panégyrique de sa propre œuvre, qui ne fait pas que prendre en compte ses objectifs et ses réussites, mais souligne aussi les menaces qui pèsent sur la présence culturelle française en Palestine. Il commence par un bilan très satisfaisant : les prêtres formés à Sainte-Anne parlent le français « comme leur langue maternelle » et « exercent une influence considérable qui est entièrement à notre profit ». Cette réalité est aussi prouvée par leur attachement à la nation qui les a formés : « Ils portent à la France l’amour et le dévouement indéfectible de fils dévoués et la considèrent comme leur seconde patrie. La plupart, au moment de l’occupation, en 1919 et en 1920 et dernièrement durant les troubles, n’ont pas craint de se compromettre pour défendre notre cause ». Mais ce bilan ne peut être favorable que dans une Palestine stable, ce qui n’est évidemment pas le cas.
26De fait, l’intérêt de ce document réside essentiellement dans la mise en exergue par le Père Delpuch de l’élément « rivalité internationale ». Très classique dans ce genre d’argumentation, il présente toutefois la curiosité de relever le danger là où on ne l’attend pas : son image de la Palestine semble figée au point que le danger paraît moins résider dans l’évolution de la région elle-même (anglophone, à dominante protestante et juive), que dans l’action de rivaux traditionnels qui sont aussi, à l’instar de la France, des puissances marginales, en l’occurrence l’Italie44.
27Par ailleurs, la volonté d’installer ou réinstaller en Palestine une France en majesté transparaît par la construction, pour la première fois, d’un bâtiment destiné à abriter le consulat général de France. Résultat de bien des années de déboires, puisque la réflexion date de la première décennie du siècle, il constitue l’aboutissement d’efforts français en direction d’une région disputée. Si l’on peut considérer que l’architecture de l’édifice, inauguré en 1932, est internationale, synonyme d’une France moderne, elle est aussi significative d’une France qui se veut à Jérusalem puissance représentée à part quasi égale avec l’Angleterre : le bâtiment n’est-il pas construit au même moment que la résidence et les services définitifs du Haut-commissaire britannique ? Et ne fait-on pas là confiance à un architecte, Maurice Favier, qui vient de s’illustrer par la reconstruction d’une basilique située sur un domaine français de la Ville sainte, l’Éléona ?
28Autre élément de la politique culturelle française de ces années qui trahit une stabilité, voire une fixation de l’image d’une Terre sainte catholique et française, c’est l’utilisation du passage de personnalités éminentes à des fins de propagande.
29Cette période est notamment marquée par la visite très précoce du cardinal Dubois, fin décembre 1919-début janvier 1920. Étape d’une vaste tournée en Orient, elle est la réponse française aux visites de cardinaux anglais et italien, qui elles-mêmes confortent la place de la « fille aînée de l’Église », puisqu’on ne s’y prive pas de faire chanter l’hymne traditionnel faisant l’éloge de la France. Entrant directement dans le cadre de la politique française destinée à préserver le protectorat catholique français45, elle relève d’une pratique culturelle ancienne qui permet d’utiliser les services d’éminents prélats pour signifier au monde la place de la France (le souvenir du passage à Jérusalem du cardinal Langénieux, légat du Pape, à l’occasion du Congrès eucharistique en 1893, est dans tous les esprits) ; et l’on se soucie même de procurer à Dubois une cassette de cent mille francs pour qu’il assiste les établissements liés à la France. On lui fait également poser la première pierre de la nouvelle basilique de l’Éléona, qui vient d’être mentionnée46, et l’occasion est trop belle pour ne pas évoquer la grandeur passée et à venir de la France en Palestine.
30Présence française, ce sont aussi les passages en Palestine d’administrateurs47 ou de militaires français du Levant. Alors que les derniers soldats du détachement français, ayant participé aux opérations militaires de Palestine et Syrie, quittent définitivement la Terre sainte en 1921, par la suite celle-ci fait l’objet de visites régulières à partir de Syrie ou du Liban : visites de haut rang, symboliques, comme celles des hauts-commissaires Gouraud48 ou Weygand49, ou visites plus modestes d’officiers pieux qui consacrent un lien éphémère entre la France et la Palestine (ces passages à répétition constituent d’ailleurs une activité de substitution pour le vaste hospice pour pèlerins de Notre-Dame de France, au moment où les pèlerinages se font de plus en plus rares et restreints).
31L’attachement à l’idée que représentent les établissements religieux ne se dément pas par la suite. De fait, ils prouvent encore leur efficacité pour la présence française en Palestine50 et, même dans ce domaine, certains progrès peuvent être enregistrés, avec, en 1932, l’attribution aux Pères français de Bétharram de la charge du séminaire du Patriarcat latin de Jérusalem, confiée jusque là aux Bénédictins allemands de la Dormition51. C’est pour cela qu’en 1933, lorsqu’est établi un « Tableau des principales œuvres françaises d’enseignement en Orient », ils représentent encore 98 % de l’intérêt français pour la région. Partant, ils recueillent l’immense majorité des subventions, en faisant l’objet de la sollicitude continuée du ministère des Affaires étrangères, lorsqu’il est possible de reprendre des versements conséquents. Autre forme de reconnaissance, même si elle est tardive : le classement comme monument historique de la basilique nationale d’Abou Gosh, en 1938, résultat de longues années de réflexion et dérogation majeure à la règle qui veut que seuls des bâtiments situés sur le territoire métropolitain puissent être pris en considération52.
Une Palestine juive francophone
32La politique culturelle de la France en Palestine, encourageant la préservation de son caractère français et catholique, s’accompagne de sa contrepartie : l’opposition résolue au destin de la Palestine comme future entité nationale juive. Cette opposition trouve ses origines dans la position traditionnelle de la France ; elle est incarnée par des personnes qui ne peuvent imaginer un renouvellement de la clientèle française. Le rejet ferme du sionisme par certains – les religieux français de Terre sainte ou en France, Louis Canet au ministère des Affaires étrangères – impose un choix français lorsqu’il s’agit de s’intéresser au judaïsme. Ainsi, l’aspect juif de la Palestine nouvelle n’est longtemps abordé que par le biais d’un allié naturel de la France, l’Alliance israélite universelle (aiu).
33L’Alliance est depuis sa fondation en 1860 un partenaire essentiel dans la diffusion de la langue française autour du « lac français », de la Méditerranée. Cela concerne particulièrement la Palestine : elle y établit certains de ses établissements les plus réputés, comme l’école agricole de Mikweh Israël, complément à l’action exercée par les institutions catholiques, sans toutefois toujours bénéficier de la même attention qu’elles. L’aiu prend néanmoins de l’importance au cours de la Première guerre mondiale ; car malgré quelques déboires, elle peut continuer à fonctionner de manière à peu près normale sous la conduite d’un Levantin de panache, Albert Antébi53. Élément de continuité, elle gagne aussi en intérêt du fait de l’évolution de la Palestine, avec l’augmentation sensible de la population juive. La clientèle de l’Alliance étant par définition exclusivement israélite, ce développement pourrait ne pas poser de problème à l’influence française, au contraire ; mais un tel mouvement migratoire ne peut en fait pas satisfaire les visées de Paris, puisque la population juive qui parvient à ce moment en Palestine n’a pas de rapports particulièrement étroits avec la France : émanant principalement de Russie ou de Pologne, elle est profondément marquée par la culture allemande (avec souvent des intellectuels qui, avant de partir pour la Palestine, sont d’abord passés par l’Allemagne pour leurs études). Par ailleurs, et last but not least, cette immigration n’a politiquement rien à voir avec l’Alliance : elle est sioniste, alors que l’aiu ne l’est pas, principalement soucieuse de la régénération juive et particulièrement attachée aux valeurs humanistes et d’intégration françaises54.
34De ce fait, l’aiu constitue un allié évident de la France officielle dans sa volonté de maintenir une Palestine à peu près identique à ce qu’elle était par le passé. S’il ne fait pas l’objet de notes, lettres, études ou débats aussi fréquents que les établissements catholiques, il apparaît pourtant clairement que le réseau de l’aiu est indispensable à l’influence française en Palestine. De plus, s’il n’est pas possible d’affirmer, au regard des documents diplomatiques, que la France officielle fournit toujours de grands efforts pour son extension, il est clair qu’elle a intérêt à son maintien.
35Une consultation triangulaire existe ainsi entre le consulat général de France à Jérusalem, le ministère des Affaires étrangères et le siège de l’aiu à Paris. Dans cet échange, le consul apparaît régulièrement comme un conseiller écouté à la fois par le Département et l’Alliance. C’est particulièrement le cas lorsqu’il encourage sa propre politique, en donnant des éléments d’explication sur les circonstances de la Palestine à cette époque. Il est ainsi attaché à ce que le système fonctionne en dépit des difficultés que la nouvelle situation impose : qu’il s’agisse des difficultés économiques (lorsque le siège opte pour le paiement en francs français des salaires de ses employés, ce qui entraîne des pertes au change conséquentes, comme dans le cas des établissements religieux55) ; ou de celles imposées par le nouveau contexte politique de la Palestine. Celui-ci, avec la domination anglaise et la montée du sionisme, rend de plus en plus difficile l’enseignement en langue française tel qu’il a toujours été pratiqué par l’Alliance. L’aiu se trouve en effet confrontée à la fois à la volonté de la puissance mandataire d’imposer les trois langues officielles (anglais, arabe et hébreu) comme seules langues d’enseignement ; mais surtout à la volonté sioniste d’uniformiser le système d’enseignement juif, c’est-à-dire de l’hébraïser.
36Dans ces circonstances, il n’est pas étonnant que les représentants de la France attestent régulièrement leur faveur à l’égard de l’organisation. L’aiu ne reçoit certes qu’une faible part du total des allocations aux œuvres françaises de Palestine, mais elle témoigne une fois encore de la volonté française de voir les choses ne pas bouger. Dans cette mesure, l’Alliance est pleinement intégrée au système de pensée des décideurs français. Ainsi, on retrouve parfois le même style d’argumentaire que dans le cas des changements à la tête d’établissements religieux : la règle est de ne rien faire qui puisse affecter l’influence française, par exemple en procédant à des nominations qui paraissent précipitées ou douteuses56. La préoccupation pour l’aiu n’est pas ponctuelle, elle s’inscrit dans la durée, comme le prouvent en 1924 les instructions données au consul Maugras, en partance pour son nouveau poste de Jérusalem : « Je recommande tout spécialement à vos soins (...) les écoles de l’Alliance Israélite restées florissantes malgré les efforts dirigés contre elles par certains milieux sionistes »57. Et même, après quelques mois passés dans la Ville Sainte, Maugras va jusqu’à considérer que si « les projets du Sionisme se réalisent, si le flot juif monte et submerge les îlots chrétiens sur lesquels reposait notre influence, les écoles de l’Alliance sont notre position de repli, notre assurance contre les périls de demain »58 .
37Comme dans le cas des établissements religieux, les auxiliaires de la France que sont les agents de l’aiu méritent la reconnaissance de Paris. De ce fait, ils font l’objet des soucis du consul de France lorsque les directeurs des différents établissements semblent ne pas pouvoir résister aux sirènes du sionisme (alors que les établissements allemands du Hilfsverein der deutschen Juden, organisation allemande équivalente à l’aiu, sont définitivement entrés dans le giron sioniste depuis le début des années 192059). Mais encore au début des années 1930, le consul peut mettre en exergue que c’est l’aiu qui obtient en Palestine les meilleurs scores au certificat d’études60, au moment où même les Frères des Écoles chrétiennes semblent faiblir61. C’est en retour ce qui justifie les demandes de l’aiu d’un accroissement de ses subventions officielles : alors que le ministère des Affaires étrangères lui accorde 400 000 francs pour l’exercice 1930-31, et ce pour tout l’Orient62, Sylvain Lévi, son président, précise que « [r]ien qu’en Palestine, où nous sommes résolus aux plus grands sacrifices pour conserver le prestige de notre action française, nos dépenses pour l’ensemble de nos institutions dans cette région s’élèvent, pour l’année scolaire 1930-31, à plus de 1 500 000 francs »63. La place de la France en Palestine ne mérite-t-elle pas quelques sacrifices ? Et de fait, une attention plus grande est portée à l’Alliance64. Instrument ayant prouvé son efficacité, elle semble de plus en mesure de récupérer des gains de la crise, idéologique et financière, que connaît alors le sionisme65. Bénéficiant pleinement de la confiance du ministère des Affaires étrangères par la suite, l’aiu compte toujours quelque 3 000 élèves en Palestine à la fin 193266.
La France à la recherche d’une nouvelle Palestine
38Le bilan satisfaisant que la France peut tirer de sa politique culturelle en Palestine au tournant des années 1920 n’est toutefois qu’une facette des choses. C’est vrai parce que l’image figée de la Terre sainte qu’illustre le système en place, une Terre sainte chrétienne, catholique, un monde juif sépharade et francophone, ne peut correspondre à une Palestine en plein bouleversement. Mais l’on hésite alors à admettre une telle évolution, et rares sont en France les voix qui vont dans le sens opposé. La réalité impose toutefois des données nouvelles.
39Cette réalité, c’est d’une part le fait que la Palestine est désormais gérée par une administration britannique, de langue anglaise, soucieuse de faire appliquer son ordre : ordre linguistique (standardiser la pratique linguistique, c’est-à-dire en plus de l’anglais, imposer l’arabe et l’hébreu), mais aussi administratif, en s’attaquant régulièrement aux privilèges anciens dont profitent les établissements français, notamment sous la forme d’exemptions fiscales.
40Face à cela, la France adopte une attitude double. C’est d’abord la réticence, ou la volonté d’ignorer les nouvelles données de la Palestine. Cela passe par l’application tête baissée du modèle ancien, tel qu’il vient d’être décrit. Cela passe aussi par une résistance acharnée contre toute tentative britannique d’imposer une nouvelle législation sur les établissements d’enseignement, Londres considérant, dans la lignée des idées prévalant au début de la présence britannique en Terre sainte, que les établissements français n’ont plus droit à leurs anciens privilèges67. Objet du souci du Père Dhorme en 192268, cette menace se précise rapidement. Elle entre dans le cadre de projets d’ordonnances mandataires en 192469, qui semblent aller à l’encontre de promesses réciproques faisant suite à la mise en place des mandats (le statut spécifique des établissements français de Palestine étant respecté, de la même manière que l’est celui des établissements anglais de Syrie-Liban70). Par la suite, bien des tentatives existent de la part des Anglais de mettre fin au statut ottoman fixé en 1901 et 1913 : une première loi sur l’éducation est exposée en 1927, reprise en 1928, qui suscite une vive opposition de la part de tous les systèmes d’éducation parallèles (musulman, sioniste et catholique), mais en particulier de la France qui voit là une atteinte grave à ses anciennes faveurs71.
41L’autre attitude reflète malgré tout une acceptation progressive du nouvel ordre qui s’impose en Palestine. C’est ainsi que peu à peu les religieux en charge d’enseignement sont bien obligés de s’acclimater et introduisent l’anglais dans leurs activités. Ce recours à la raison découle souvent de la contrainte, lorsque l’Angleterre fait pression sur les établissements, notamment au moment où la France semble ne plus les appuyer (par exemple en période de récession, au début des années 1920 ou des années 193072) ; ou quand Londres semble tout faire pour limiter l’entrée des religieux français en Palestine, notamment et justement ceux destinés à des tâches d’enseignement73. De telles mesures sont toutefois aussi adoptées de manière volontaire par des religieux soucieux de garder une certaine utilité : si par exemple les Frères des Écoles chrétiennes veulent continuer à former l’élite de la nation, il faut bien qu’ils se mettent au goût anglais qui domine de plus en plus ; si Dhorme constate en 1922 que les notables restent attachés au français, au début des années 1930 ce n’est plus le cas74 ; enfin, si les Anglais n’arrivent à imposer leur loi sur l’éducation qu’en avril 193375, l’environnement et leurs mesures sélectives (par exemple leur désir d’établir strictement la qualification des enseignants76) ne laissent progressivement plus de choix : si l’on veut préserver une Terre sainte, celle-ci ne peut plus être purement d’expression française.
42Cette évolution, à comprendre comme soumission à la raison du plus fort, est l’illustration de l’adaptation nécessaire au nouveau contexte de la Palestine. Par ailleurs, celui-ci oblige non seulement à des aménagements linguistiques, mais aussi à une rationalisation financière. C’est ainsi que le coût de la vie et les problèmes de change affectent l’action des établissements français, entre autres, dès le départ, nous l’avons vu, et sont amenés à durer77 ; de même ces établissements manquent régulièrement de fonds pour mener à bien leur tâche, ce qui les pousse à envisager des solutions de rechange78.
43Ce problème de financement, somme toute classique en matière de politique culturelle, reflète une première étape dans la réflexion française. Illustrant un problème pratique de gestion, cette réflexion prend progressivement un aspect plus fondamental : il ne s’agit plus seulement de savoir comment assurer la survie de certains établissements, mais de réfléchir à l’utilité même de certains d’entre eux. De ce fait, le consul de France propose tout d’abord de penser autrement la répartition des fonds, en commençant par la simple évocation d’établissements qui ne semblent plus mériter une grande attention de la part de la France, étant donné leur faible influence79. Cela constitue par la suite une interrogation systématique80, pour devenir enfin une véritable ligne politique : par delà les constats satisfaits sur l’état de la langue et de l’influence françaises en Palestine mentionnés plus tôt et destinés à renforcer la validité de la revendication française sur la Terre sainte, le rôle du consul de France est justement de tirer les leçons de sa propre expérience ou des bilans effectués par les inspecteurs d’académie français de passage. Il y a alors, du point de vue culturel, un véritable revirement de l’appréciation française.
44À quoi est-il dû ? Il semble que le facteur réactif soit le plus important. En effet, dans la présence culturelle française en Palestine dans l’entre-deux-guerres, la perception classique, à savoir celle d’une Terre sainte catholique et d’un judaïsme francophone type aiu, est dominante jusque vers 1929-1930. De ce point de vue, le cas du consul Maugras semble tout à fait accidentel, lui qui dès 1925 a une vision beaucoup plus moderne et iconoclaste de la région, en engageant la France à prendre en considération le sionisme (déclenchant par là l’ire des religieux qui voient en lui un représentant de la même engeance que le haut-commissaire franc-maçon de Syrie-Liban, l’éphémère général Sarrail81). Dans les faits, une telle politique volontariste, la prise en considération franche d’une Palestine qui change d’aspect, ne se fait que sous le coup des circonstances. Les troubles de 1929, qui font perdre aux Frères leur clientèle scolaire juive, comme les nouvelles atteintes à la préséance de la France dans le monde catholique de la région confirment que l’ancienne image de la Terre sainte n’est plus vraiment de mise.
45La Palestine sioniste s’impose aussi aux représentants français à Jérusalem, et partant aux décideurs du sofe, par ce qu’elle représente, et en vertu de son utilisation par d’autres puissances. Ce qu’elle est, c’est un élément totalement étranger à la France, dans la mesure où démographiquement, le sionisme recrute parmi des populations bien éloignées du monde francophone. C’est aussi un élément qui, évidemment, n’a rien à voir avec la France telle qu’elle se présente jusque-là en Palestine : que ce soit la France opposée au sionisme qui soutient l’aiu, ou, a fortiori, la France qui se montre particulièrement catholique. Mais le sionisme est aussi considéré comme un élément hostile : il veut créer une entité nationale juive en Palestine, ce dont la France ne veut pas ; il apparaît comme un allié naturel de l’Allemagne : cela transparaît dans la personnalité des responsables de ce mouvement, formés à l’école allemande, comme dans les bonnes relations que l’on soupçonne ou observe entre sionistes et représentants allemands en Palestine. Pour la France, du point de vue culturel, c’est particulièrement évident dans le cas de l’Université hébraïque : l’établissement, dont on pose la première pierre en juillet 1918 et que l’on inaugure en avril 1925, suit le modèle germanique, recrute parmi des universitaires juifs allemands ou ayant fait leurs études en Allemagne, et pour comble obtient en plus très rapidement le soutien officiel de l’Allemagne82.
46C’est face à une telle réalité que la France est amenée à reconsidérer à la fois sa perception de cette région, son action culturelle en Palestine, mais aussi l’image qu’elle veut donner d’elle-même.
47Comment la France procède-t-elle ? Si l’on suit la correspondance des consuls de France en Palestine, on peut voir comment cette évidence s’impose. Encore une fois, le cas de Gaston Maugras est atypique : s’il reçoit des instructions tout à fait classiques en matière de politique culturelle83, il perçoit rapidement la nécessité de prendre plus en compte les nouveaux facteurs la vie palestinienne (« Dans un pays où les Juifs représentent à tous égards le seul élément vivant, où ils tendent à fonder le centre spirituel de leur race dispersée, où ils exercent une grande influence sur le Gouvernement, cet ostracisme [de la part de ses prédécesseurs] que rien ne justifiait plus, nous était très dommageable » et « ... je n’hésite pas à dire que si le maintien des honneurs liturgiques exigeait vraiment comme contre partie (sic) la politique du fil de fer barbelé à l’égard des Sionistes, nous n’avons pas à regretter ce que nous avons perdu »84). C’est seulement avec le consul Jacques d’Aumale, en poste à partir de février 1929, qu’il est possible de dire qu’on assiste à un changement de perception qui n’est pas seulement le fait d’un seul homme, mais bien d’un gouvernement. Ce n’est donc pas là une évolution spectaculaire résultant des affinités d’une personnalité isolée, mais le résultat d’une réflexion mûrie, non dénuée d’hésitations d’ailleurs. Se fondant sur les considérations budgétaires classiques émanant de son prédécesseur85, d’Aumale en conclut qu’il « est nécessaire d’effectuer une refonte complète et radicale de notre politique scolaire et de l’organisation de nos œuvres en ce pays »86 . Cette constatation ne concerne d’abord que les établissements traditionnels, qui « étaient encore organisés en 1929 à peu près comme ils l’étaient avant le mandat britannique. Cet état de choses ne peut plus durer ». Mais nous avons déjà là le début d’une révolution dans les esprits : le fait ashkénaze est désormais pris en compte, certes encore par un biais traditionnel, puisqu’un véritable contact avec cette population, nouvelle pour un esprit français habitué au judaïsme méditerranéen, sépharade, est envisagé par le biais de l’ AlU87. Toutefois, dans un premier temps, l’inertie locale, avec des établissements religieux prompts à protester s’ils se sentent délaissés par la République88, et des difficultés budgétaires empêchent le renouvellement de la politique culturelle française que d’Aumale appelle de ses vœux.
48C’est ainsi qu’une première idée, significative d’un passage à un autre mode de pensée, est étudiée sans résultat, celle d’un lycée français à établir à Jérusalem. Ce projet traduit en effet bien la nouvelle approche des problèmes de la Palestine : c’est la réunion, dans un esprit laïciste, d’élèves des différentes populations de la région, sous le couvert d’une France qui retrouve à l’occasion ses valeurs universalistes. Pour souligner cette volonté de renouveler la présence française, un partenaire nouveau est sondé pour intervenir en Palestine, la Mission laïque française. Alors que celle-ci avait conclu, au début du siècle, à l’inutilité d’investir là, étant donné la densité et l’efficacité du réseau d’enseignement religieux français89, elle est sollicitée pour montrer qu’une nouvelle France se manifeste dans le mandat britannique. Par là, ce sont des personnalités par le passé peu liées à l’action française en Palestine qui entrent en jeu (avec par exemple le sénateur Justin Godart, membre du bureau de la mlf, qui intervient par ailleurs dans le cadre de l’Association France-Palestine). La mlf s’investit alors particulièrement dans le renforcement et le renouvellement des réseaux français en Orient (dans les papiers du sofe figurent les arrêtés lui accordant des allocations « pour son action d’expansion intellectuelle en Orient », qui passe par l’ouverture de nombreux établissements90).
49En Palestine, elle est sollicitée à l’initiative d’un Juif tunisien, directeur d’un cours de français, qui désire mettre en place un vaste établissement91. L’affaire, dont les difficultés sont perçues dès les premières réflexions92, fait l’effet d’un serpent de mer entre 1930 et 1933 : repoussée d’abord pour des raisons budgétaires93, elle est reprise par la suite parce que semblant s’imposer dans le contexte, pour le bien de la culture française94. Mais l’environnement palestinien rend cette idée difficilement réalisable : « étant donné les rivalités de races et de sectes, on ne peut espérer un lycée accueillant à tous comme à Beyrouth ou à Alexandrie. Si les Juifs y vont, les Arabes ne viendront pas, et vice versa »95 ; à ces rivalités s’ajoute l’opposition juive, qui ne veut pas d’un élément exogène dans le système d’éducation du mandat britannique (le leader sioniste Haïm Weizmann pour sa part dénonce l’action des Français qui « ont toujours interféré dans les affaires des populations et essayé de leur imposer ’l’esprit français’. »96). Dans un tel contexte, la France doit réviser ses ambitions à la baisse, et recourt pour cela à un palliatif pratique : la création à Jérusalem de cours spéciaux dans le cadre de l’établissement existant de l’aiu. Si cette solution de rechange peut apparaître comme un repli sur une position traditionnelle, elle dénote tout de même une évolution radicale : on constate plus que jamais que si la France doit chercher des clients, c’est parmi la population juive de Palestine ; et ceux d’entre elle qui doivent venir à la France, ce ne sont plus seulement les éléments sépharades, mais aussi les Ashkénazes sionisants. Ces derniers sont d’ailleurs encouragés dans ce sens par certains de leurs leaders, comme l’extrémiste Vladimir Zeev Jabotinsky, qui veut ainsi miner les positions anglaises, et se trouve porté vers la culture française à la suite de la crise du sionisme (d’Aumale écrit à ce propos : « ... la propagande germano-ashkenase a inquiété bien des éléments juifs de Palestine ; et nous assistons à ce fait curieux, de jeunes askhenases venant nous demander la culture française afin de pouvoir s’émanciper l’esprit et penser librement97 »). Dans cette situation, la France tente de se montrer sous un jour bien différent de sa traditionnelle image : s’il s’agit parfois de modérer les ardeurs sionisantes de certains directeurs locaux de l’Alliance98, « il ne faut pas qu on nous croie antisionistes »99.
50Malgré l’échec des premiers sondages, les contacts avec la mlf ne sont pas rompus. Interrompu au printemps 1933, le projet réapparaît un an plus tard, cette fois sous la forme d’un lycée franco-hébraïque, qui aurait l’avantage de conserver l’idée de départ, tout en ménageant les susceptibilités du mouvement sioniste, plus que jamais soucieux d’imposer l’unicité hébraïque100. Cette idée n’aboutit toutefois pas non plus, et le lycée français de Jérusalem ne voit pas le jour à ce moment.
51La prise en compte du facteur juif, sous sa forme sioniste, dans la politique culturelle française s’illustre par d’autres initiatives plus réussies.
52Ainsi, au moment où se dégage une relance de la politique culturelle française en général (après la période d’extrêmes vaches maigres du début des années 1930, qui motive le rejet du lycée français et qui, à Paris, met en cause l’intégralité de la politique culturelle française), la collaboration entre le gouvernement français et la mlf est reprise pour une opération moins ambitieuse, mais plus marquante. Dès qu’il s’avère que les sionistes ne peuvent que s’opposer à une pénétration française dans le système d’éducation secondaire du Yichouv (la communauté juive de Palestine), gouvernement et mlf s’intéressent à un projet qui rompt avec les habitudes de la Mission. Elle qui ne met en place et gère seulement des lycées, elle propose d’abord des cours de français, donnés par deux professeurs détachés. Au-delà de la possibilité de ne pas s’embarrasser des soucis financiers inhérents à la création d’un établissement, c’est une France sereine qui imagine ce programme. Comme l’indique alors le consul : « Ce projet me paraît infiniment intéressant et pratique. Il répond au désir réel de nombre d’éléments palestiniens d’apprendre le français. Il permet de rester dans une profitable neutralité sans prendre partie pour un lycée franco-arabe ou franco-hébraïque »101. Désireuse de répandre ses idées à toutes les populations de la Palestine, la France qui s’exprime ici est aussi soucieuse de ne pas susciter des oppositions de toute part ; de fait, ce projet « décharge la Mission Laïque du souci (...) d’avoir à combattre les hostilités plus ou moins avérées de l’Exécutif juif ou arabe et des Autorités mandataires, de se soumettre à leur contrôle ».
53Très rapidement, la France et la mlf voient plus grand et l’on parle alors d’un Centre de culture française102. Alors que l’idée de simples cours de français donnait l’impression de vouloir être au-dessus des partis, en accord avec les principes de base de la Mission103, le programme qui se met en place prend quasi naturellement une orientation juive, puisque les motivations de la création du ccf résident dans l’augmentation de cette population104. De même, si Jérusalem seule est concernée au départ, on pense tout de suite à l’extension du système à Tel Aviv, ce qui souligne clairement que c’est un nouveau public qui est concerné par cette initiative, et que c’est une nouvelle France qui intervient ici105. Et c’est en plein dans la ville juive que le ccf ouvre ses portes en octobre 1935 (après accord entre les parties106 et un « couac » diplomatique, lorsque le vice-consul, le très catholique René Neuville, gérant du consulat au cours de l’été, estime n’avoir pas été informé107).
54Les premiers pas du ccf traduisent une grande réussite : le Centre a un grand écho dans la population juive ; il trouve ainsi la consécration d’être mentionné dans le roman Shira de Agnon, comme lieu où le héros, le très allemand universitaire de Jérusalem Manfred Herbst, vient emprunter des livres français108 ; les cours de français y sont très fréquentés ; les relations avec les personnalités sionistes sont excellentes109 ; et même la très allemande Université hébraïque y envoie ses étudiants. Dirigé de manière dynamique (avec la nuance que la mlf à Paris apporte dans son appréciation du directeur, qualifié d’un « peu puéril. Si c’est enthousiaste, a-t-il chiffré ses projets ? Paraît se griser de mots. Jérusalem est important, mais il n’y a pas que Jérusalem. »110), le ccf met à la disposition de ses visiteurs une bibliothèque en constant développement, mais surtout il constitue le cadre idéal de rencontres entre conférenciers ou écrivains français (Paul Morand, Louis Massignon, André Siegfried111) et leurs lecteurs, qu’on espère toujours plus nombreux.
55Se rappelant la neutralité fondamentale de la mlf, le directeur s’oriente par la suite vers la population arabe de la ville, et ce malgré des doutes généraux quant à l’efficacité d’une telle orientation112. C’est ainsi qu’il peut annoncer avec fierté au printemps 1937 qu’un centre français ouvre ses portes dans la ville arabe, en indiquant que cette perspective peut être prometteuse : « J’ai l’impression que les Arabes (...) vont nous faire bon accueil et essayer de rivaliser de culture avec les Juifs »113.
56Tout aussi fier de recevoir parmi ses visiteurs des Juifs allemands passés par l’Hexagone et qui « devraient avoir une petite dette de reconnaissance envers la France »114, il peut dégager un bilan très satisfaisant quant à sa position dans le paysage politique et culturel de Jérusalem : « J’ai l’honneur de vous faire savoir que dans l’état actuel des choses, le Centre continue à ne pas faire de politique et à ne se mêler de rien. C’est tellement vrai qu’il est jugé par les Arabes et les Allemands comme pro-juif, par les Juifs comme pro-arabe, par les Français comme trop peu pro-Arabe, quant aux Anglais, ils paraissent se moquer complètement de notre étiquette et ils nous laissent travailler tout à fait en paix »115. Après de premières hésitations, les deux consuls de France à Jérusalem concernés par cette affaire lui accordent tout leur soutien, ce qui passe par exemple par des conférences ponctuelles pour présenter leurs propres violons d’Ingres (Jacques d’Aumale et les costumes orientaux, Amédée Outrey et Chateaubriand). De plus, les représentants de la France peuvent être d’autant plus satisfaits de la réussite de cette opération qu’elle suscite des imitations qui ne rencontrent pas le même succès, en particulier dans le cas de l’Italie116. Dès février 1936, le bilan suivant est établi par d’Aumale : « C’est un grand succès et une excellente propagande », que ce soit pour les conférences, qui refusent du monde, ou pour les cours. Certes ceux-ci ne rapportent pas encore suffisamment mais il « faut bien se dire qu’une œuvre comme le Centre de Culture ne pourra jamais vivre par elle-même mais que politiquement elle est trop utile pour qu’on ne la supporte à fond »117.
57Signe supplémentaire de la satisfaction officielle française vis-à-vis d’une réorientation en apparence réussie : c’est en mai 1938 le passage à Jérusalem du très laïque Édouard Herriot, président de la Chambre des députés et de la mlf, en quête d’impressions antiques mais aussi en tournée d’inspection des établissements de l’organisation qu’il préside118.
58Après ces débuts prometteurs, sans toutefois tourner court, l’expérience du ccf est directement affectée par la violente situation politique de la Palestine, à l’instar de nombreuses institutions françaises. Avec les événements de 1936-39, situé en pleine ville, concentrant ses efforts sur des cours pour adultes ayant lieu en fin de journée, ce n’est que difficilement qu’il peut s’accommoder du couvre-feu. Ce problème, ajouté aux difficultés financières récurrentes de la mlf, entraîne un tassement progressif de l’activité du ccf. De même, l’expérience parallèle et « œcuménique » judéo-arabe n’aboutit pas, à l’image de l’évolution dramatique générale ; ce qui fait dire au consul de France à propos de son directeur : « Il voudrait tout avaler d’une seule gorgée ; il voudrait que les Juifs et les Arabes adorent tous la France et sans la moindre réticence. C’est un idéal difficile à atteindre »119.
59L’absence de perspectives culturelles du côté arabe (d’Aumale écrit encore que « de ce côté il n’y avait, il n’y a et il n’y aura jamais rien à faire. Ne me croyez pas systématiquement anti-arabe. Ce jugement est simplement le fruit d’une expérience de pas mal d’années d’Orient ») contribue à pousser la France à se concentrer uniquement sur la partie juive. Le rêve de neutralité que le lycée, puis le ccf avaient incarné ne pouvant se réaliser, Paris préfère viser l’efficacité. Celle-ci ne peut être atteinte qu’en investissant la place sioniste, en apparence définitivement acceptée comme devant exercer une influence prépondérante en Palestine et qu’il s’agit de « purifier » de ses éléments allemands. Les conférences données au ccf confirment ainsi la nécessité de mettre un terme à cette « nuageuse obscurité de concepts et de langue » et de faire « s’estomper l’influence allemande »120. Pour cela, il ne s’agit pas seulement de s’adresser aux adultes, il faut aussi orienter les esprits des étudiants, faute de pouvoir déjà influencer les écoliers.
60C’est à ce titre que l’Université hébraïque fait l’objet des attentions de la politique culturelle française, en une sorte de couronnement de son ambition en Palestine. Plus encore que la création du ccf, notable dans le cadre de la réorientation que nous avons observée, mais somme toute de portée très locale, cet intérêt pour l’Université hébraïque traduit une « révolution » dans les esprits français121. L’attention française portée à l’établissement d’enseignement supérieur est précoce. Des courriers en provenance de Jérusalem le concernant datent de ses débuts : pose de la première pierre en juillet 1918122, puis inauguration en avril 1925123. Mais en l’Université hébraïque, la France voit s’élever une institution nouvelle et d’envergure sur laquelle elle semble ne pouvoir exercer aucun contrôle. Elle qui s’est toujours méfié de la poussée allemande en Orient, notamment du point de vue des écoles, elle dénonce dès 1913 le caractère allemand de ce qui n’est alors encore qu’un projet124. Si elle fait bonne figure lors de la pose de la première pierre, elle n’en a pas moins une fixation continue sur l’image allemande que dégage la nouvelle institution. Les représentants français se complaisent en effet à remarquer que sous des dehors juifs, ou la volonté d’être un établissement juif, l’Université hébraïque est une manifestation criante de la germanité : que ce soit par sa structure, par les origines de ses enseignants, par les livres que contient sa bibliothèque, par les instruments de ses laboratoires ou encore et même par son architecture125.
61Cette réalité suscite aussi la méfiance des juifs français, majoritairement non-sionistes, qui ne peuvent accepter l’installation à Jérusalem d’une académie pour la science du judaïsme, rappelant celle de Berlin, électron libre, à l’allemande, établissement pleinement scientifique, sans contrôle de l’orthodoxie religieuse, dans un but soi-disant purement culturel mais pour eux totalement national. Aux yeux des Français on est en présence d’une institution relevant de la Kultur, avec toutes ses composantes herderiennes, à laquelle ils s’opposent comme tenants de la civilisation. L’université comme moyen d’imposer, ou de susciter, un réveil national, est contrée par ceux qui veulent y voir seulement un outil pédagogique.
62L’évolution de l’université prend néanmoins une tournure plus intéressante pour la France. Son agrandissement à la fin des années 1920 et au début des années 1930, avec notamment l’intégration de langues vivantes dans le cursus126, se place en parallèle aux projets et réalisations français qui viennent d’être mentionnés, lycée et ccf. Mais ce n’est pas seulement sous le coup de l’attrait progressif pour l’expérience sioniste, ou surtout de la nécessité de s’adapter au nouvel environnement de Palestine que les Français s’intéressent plus à l’université : elle devient plus intéressante dans la mesure où elle fait déjà l’objet d’immixtions de la part d’autres puissances, Allemagne de Weimar et Italie fasciste, qui voient en elle une bonne occasion de se placer sur le champ culturel, et donc politique palestinien127. En l’occurrence donc, la réorientation culturelle de la France et la prise en compte du facteur sioniste ne se fait que sous l’effet de la réaction : la France se doit d’intervenir dans la mesure où elle est précédée et menacée par les autres puissances128. Mais alors que l’Allemagne et l’Italie ne regardent pas à la dépense et agissent même en période de crise économique européenne, la France hésite et reste cantonnée à des échanges épisodiques (envoi de livres ou de périodiques...).
63Ce n’est qu’en 1935, au moment où les autres puissances se retirent définitivement ou provisoirement de l’université (l’Allemagne pour cause d’accession de Hitler au pouvoir, l’Italie au moment de la guerre d’Éthiopie) que la France peut réfléchir à un projet caressé depuis quelques mois : celui d’un enseignement de français à l’Université hébraïque. C’est aussi la prise en considération d’un établissement considéré encore peu de temps auparavant comme « une École des Hautes Études occupée à des travaux discrets mais certains, dans l’isolement de sa colline aride assez symbolique d’une activité spéculative presque ignorée de la masse juive palestinienne »129. Bénéficiant de la reprise économique après les difficiles premières années 1930, du regain d’attention en France pour la cause sioniste et de l’intérêt soutenu de plusieurs associations juives ou assimilées françaises (aiu et Comité France-Palestine), et dans le droit fil d’une action culturelle à l’étranger dynamisée130, le gouvernement semble en mesure d’envisager un investissement qui achève le revirement de sa politique culturelle131 : le lycée français ou le ccf, déjà osés par rapport à la politique presque exclusivement catholique de la décennie précédente, demeurent des initiatives françaises ; un investissement à l’Université hébraïque est une collaboration directe et franche avec un mouvement qui représente ce que la France a au départ le plus rejeté dans le mandat britannique. Et effectivement, le 9 novembre 1938, la création d’une chaire de civilisation française est annoncée par Judah Magnes, le président de l’université132.
64Peut-on considérer pour autant que cette nouvelle approche correspond à une modification en profondeur, voire à un bouleversement de la perception française de la Palestine ?
65La réponse est affirmative, dans la mesure où l’Université hébraïque est comprise comme une représentation du sionisme. À ce titre, elle recueille les suffrages de personnalités passées aux affaires en France, comme Léon Blum, dont l’action en faveur d’une Palestine juive est ancienne. Mais aussi de personnes plus critiques vis-à-vis de la politique culturelle du Yichouv, voire parmi des membres du Comité France-Palestine, comme Anatole de Monzie, qui lui reproche de ne pas assez s’ouvrir à la France133 : celles-ci voient dans une telle réalisation la possibilité de contribuer au progrès de la future entité nationale juive. De même cette approche est l’aboutissement des réflexions de Jacques d’Aumale, lui qui en 1929 avait parlé d’une refonte nécessaire de la politique culturelle française et qui est toujours en poste à Jérusalem à ce moment. Profitant d’une porte enfin complètement ouverte de la part du sionisme, Paris s’engage à plein dans cette voie. Et effectivement, on est alors très loin de ce que la France symbolisait en Palestine, en Terre sainte, à peine dix ans auparavant : protectrice des catholiques, avec un consul recevant les honneurs liturgiques, incarnation d’une tradition pluri-centenaire fondée sur l’héritage de la Monarchie et de la Chrétienté, la voici mettant en avant Voltaire et Rousseau, son humanisme directement en lien avec la Révolution. La France des droits de Dieu s’est muée en une France des droits de l’Homme, pour ainsi dire134...
66La réponse est plus nuancée lorsqu’on se penche un peu plus sur les idées françaises comprises dans cette initiative. Certes elle illustre la reconnaissance du fait sioniste et de l’un de ses principaux instruments de formation, ou de propagande. En même temps, les personnalités françaises qui interviennent dans ce cadre, intellectuels, hommes politiques et diplomates, sont toutes principalement intéressées à une diffusion de l’esprit français et de ses valeurs universelles (il s’agit d’« assurer à la culture française (...) la place qui lui revient »135). À ce titre, il est possible de percevoir, dans cette opération française réussie (avec la création de la chaire, c’est la nomination d’un maître de conférence et d’un lecteur de français, l’attribution de bourses à des étudiants, la fourniture d’ouvrages pour la bibliothèque universitaire et celle du nouveau département...), une tentative de prise d’influence en direction de l’Université hébraïque. L’obstination avec laquelle la France impose ses volontés au cours des négociations qui ont lieu à Paris à l’été 1937 (notamment quant à la personne devant prendre en charge les cours de français, s’opposant en cela au personnel de l’établissement qui souhaite avoir voix au chapitre) démontre que son offre généreuse ne peut être gratuite : il est possible de contribuer à la formation des futures élites juives, mais cela ne peut se faire que dans le sens entendu à Paris ; même si cela va à l’encontre de la pédagogie de base de l’Université hébraïque, on enseignera la civilisation française, et non le judaïsme dans la civilisation française. Cela vaut aussi pour les Juifs de France, longtemps méfiants à l’égard de l’hébraïsme radical du Yichouv, qui voient là la possibilité de diffuser les valeurs universelles, ici d’intégration, qu’ils soutiennent pour leur part. De fait, comme l’écrit le responsable du sofe, Jean Marx, cette opération se fait « pour le plus grand bien de la France »136. Pour l’Université, c’est la possibilité d’aller de l’avant, de sortir du carcan germanique (ce qui sera définitif au début de la guerre) et d’atteindre un stade supérieur de développement : par l’ouverture de cette nouvelle branche, en parallèle à d’autres départements, l’institution complète résolument sa modernisation et passe au rang d’université au sens littéral du terme, elle qui avait longtemps été seulement un centre de recherches.
67Nous l’avons vu, dans l’entre-deux-guerres, l’ambition culturelle française en Palestine s’illustre de deux manières.
68C’est d’abord, justement, un manque d’ambition, ou plutôt d’imagination. Expulsée de Palestine au cours de la Première guerre mondiale, la France songe à une Terre sainte dans laquelle elle serait amenée à gérer les affaires. C’est dans ce sens qu’une politique culturelle balbutiante est menée dans les années 1920 : largement confondue avec la politique religieuse, cette politique est orchestrée par les représentants typiques de la présence française, membres ecclésiastiques d’institutions charitables ou d’enseignement. La facette juive de la Palestine, pourtant en plein bouleversement, reste longtemps perçue à travers la seule très française aiu. L’ensemble de ces institutions représente un réseau français très dense dont la réussite reste encourageante.
69Mais cette réussite est de plus en plus relative : dans l’absolu, la position de la langue française demeure bonne, mais en proportion elle est de plus en plus mise à mal, que ce soit pour des raisons démographiques ou politiques, lorsque le français est déconsidéré par les Anglais ou les sionistes. Face à une telle réalité, qui n’est pas facilement acceptée par les représentants français, une réforme de la politique culturelle est nécessaire : elle passe d’abord par la rationalisation du système français, elle s’illustre ensuite par des options totalement nouvelles. Par là, la France opère un bouleversement de sa pratique culturelle, en passant de la diffusion d’une image chrétienne à celle d’une France universaliste.
70Cette politique culturelle est-elle à l’image de la politique française à l’égard de la Palestine ? À l’inverse de ce que pourrait faire croire cette mutation, il n’est pas possible de répondre par l’affirmative. Le bouleversement réel auquel on assiste entre 1920 et 1940 traduit certes la prise en compte du facteur sioniste. Mais les initiatives qui sont prises dans sa direction n’illustrent en aucun cas une faveur apportée à ce mouvement : si un Léon Blum envisage d’un bon œil la contribution française à la mise en place d’un foyer national juif cultivé, la création de la chaire de civilisation française de l’Université hébraïque, par exemple, peut être perçue comme une nouvelle tentative d’instrumentalisation. Après la religion, c’est la culture, la « vraie » qui devient l’outil d’une pénétration française en Palestine, permettant de dire que la France exerce alors une véritable politique culturelle.
71La France se rend compte du bouleversement de l’environnement palestinien et adapte sa politique en conséquence ; mais peut-elle par là revenir sur une étape, celle de la déclaration Balfour, qu’elle a définitivement mal négociée ?
Notes de bas de page
1 Voir H. laurens, La question de Palestine. Tome Premier 1799-1922, L’invention de la Terre Sainte, Paris, Fayard, 1999.
2 Voir notre article « Le destin des institutions chrétiennes européennes de Jérusalem pendant la Première guerre mondiale », Mélanges de Science Religieuse, université catholique de Lille, 4 (2001).
3 Voir A. baudrillart, Jérusalem délivrée, discours prononcé à St Julien-le-Pauvre en l’honneur de la prise de Jérusalem, le 23 décembre 1917, Paris, Beauschesne, 1918, p. 30.
4 Voir J. thobie, « La France a-t-elle une politique culturelle dans l’Empire ottoman à la veille de la Première guerre mondiale », dans La France et l’Est méditerranéen depuis 1850 – Économie, finance, diplomatie, Istanbul, Analecta Isiana v, Isis, 1993, p. 355 et suiv.
5 Archives du ministère des Affaires étrangères, Paris (par la suite : amae), Guerre 1914- 1918, Turquie, 961, allocations aux établissements religieux, 1914-1915, note de la Direction politique, bureau des Ecoles, au ministre, 29 mars 1915.
6 Archives nationales, Paris (par la suite : an), Papiers A. Millerand, 470 ap 61 reprise des relations avec le St Siège, Charles Loiseau, « Études sur l’état de l’Église catholique et la politique du Vatican après la guerre » et « La nouvelle organisation romaine de la direction des Missions étrangères et les intérêts de la France en Orient », 2 avril 1920. Pour le problème de la reprise des relations entre la France et le Saint-Siège, voir B. waché, « Aspect des relations France-Saint Siège durant le premier conflit mondial », Revue d’histoire diplomatique, 4 (1998), p. 306 et suiv.
7 Paris, 1920.
8 Voir Chambre de Commerce de Marseille, Congrès français de la Syrie (3,4 et 5 janvier 1919) – Séances et travaux, voir notamment le fascicule III, Section de l’enseignement, Paris-Marseille, 1919, en particulier les contributions relatives aux diverses institutions religieuses.
9 Voir le rapport de Paul Huvelin dans le fascicule I des travaux du Congrès de Marseille, paru ultérieurement. Section économique et compte rendu de la mission française en Syrie (mai-septembre 1919) – Que vaut la Syrie ?, Paris-Marseille, sd (1922).
10 R. storrs, Orientations, Londres, Nicholson and Watson, 1945, p. 310 et suiv.
11 « La fin du protectorat religieux de la France à Jérusalem (1918-1924) », Bulletin du Centre de Recherche Français de Jérusalem, 4 (Printemps 1999), p. 7 et suiv.
12 an, 470 ap 40 Asie Mineure 1917-1918, dossier Saint-Siege 1917-1918, lettre de Mgr Gasparri (secrétaire d’État au Saint-Siège) au député catholique Denys Cochin, 15 février 1918 : « Il reste donc établi que la disparition de la domination turque entraîne comme conséquence la disparition du protectorat religieux français en Orient. Ce serait en effet une absurdité qu’un protectorat au regard de l’autorité turque continuât d’exister, l’autorité turque ayant disparu. »
13 Voir B. neveu, « Louis Canet et le service de conseiller technique pour les affaires religieuses au ministère des Affaires étrangères, 1921-1946 », Revue d’ Histoire diplomatique, avril-juin 1968, en particulier p. 164-165.
14 Voir S. A. Stehlin, Weimar and the Vatican 1919-1933, German-Vatican Diplomatic Relations in the Interwar Years, Princeton, NJ, Princeton University Press, 1983 ; et Francis R. nicosia, « Jewish Affairs and German Foreign Policy during the Weimar Republic – Moritz Sobernheim and the Referat für jüdische Angelegenheiten », Léo Baeck Institute Yearbook, xxxiii (1988), p. 261 et suiv.
15 Une liste précise de ces établissements et de leurs fonctions avant 1914 est établie par les PP. Jaussen et Savignac, Dominicains de l’Ecole Biblique enrôlés dans les services de renseignement militaires au cours de la guerre (amae, Guerre 1914-1918, Turquie : 932, protectorat religieux de la France, août 1917-juillet 1918, note du service des informations de la Marine dans le Levant, « Les établissements français de Jérusalem (août 1914-mars 1918) », Jaussen-Savignac).
16 Enquête aux pays du Levant, Tome 1, Paris, Plon, 1923, p. 131.
17 Ibid., ?. 187.
18 Ibid., p. 193.
19 L. dressaire, aa, Jérusalem à travers les siècles, Histoire-Archéologie-Sanctuaires, Paris, Maison de la Bonne presse, 1931, p. 140.
20 G. hanotaux, Regards sur l’Égypte et la Palestine, Paris, Plon, 1929, p. 276.
21 R. graham, SJ, « L’ultimo gallicane del Quai d’Orsay. La nostalgia di Louis Canet (1883-1952) », Civiltà Cattolica, 1991, I (5 janvier 1991).
22 Neveu, op. cit., p. 166.
23 La pénétration allemande est péniblement perçue par les Français notamment depuis le passage en Terre sainte de l’empereur Guillaume II, en 1898 (voir notre article « Intrusion of the ‘Erbfeind’ – French Views on Germans in Palestine 1898-1910 », dans Th. hummel, K. hintlian, U. Carmesund, Patterns of the Past, Prospects for the Future, The Christian Heritage in the Holy Land, Londres, Melisende Press, 1999, p. 238 et suiv.). Et dans les faits, les Bénédictins allemands installés à Jérusalem suite au passage du Kaiser sont expulsés au bénéfice de Bénédictins belges francophones (voir B. lorent, osb, L’affaire de la Dormition (1918-1920), Rome, mémoire de licence de l’université pontificale grégorienne, faculté d’histoire ecclésiastique, 1992, et Archives de Saint-Étienne de Jérusalem (par la suite : asej), Calendrier du couvent 25 septembre 1912-31 décembre 1921, entrée du 21 mars 1919).
24 Voir O. Pedrazzi (député fasciste et futur consul d’Italie dans la Ville Sainte), Il Levante Mediterraneo e l’italia, Milan, Alpes, 1925, et R. de felice, Il Facismo e l’Oriente – Arahi, Ebrei e Indiani nella politica di Mussolini, Bologne, Il Mulino, 1988.
25 an, 470 ap 60 traités avec la Turquie (Syrie, Palestine...), Réponse au questionnaire dressé par M. Lenail (Sous-commission des Affaires d’Orient), 1er mars 1920.
26 Ibid., Résolutions adoptées par la commission des Affaires extérieures en sa séance du 20 février, après l’audition de Monsieur le président du Conseil, ministre des Affaires étrangères.
27 Ibid., 470 ap 56 conférence San Remo 18-20 avril 1920, Conférence de la Paix, Réunion de San Remo, 24 avril 1920, par analogie avec l’article 50 de la partie VIII.
28 La Croix, « Les institutions religieuses en Palestine ». 28 mars 1934, avec en annexe une lettre du major général Watson, administrateur en chef, à Mgr Barlassina, administrateur apostolique du diocèse de Jérusalem, 24 septembre 1919, qui confirme la reconnaissance du traité de Mytilène (1901) par l’Angleterre, donc le statut spécifique des établissements français.
29 asej, Papiers du P. Lagrange, carton n° 25, dossier 3, deuxième partie de la première copie du manuscrit du P. Vincent intitulé Le P. Lagrange, sa vie, son œuvre, paginé 215 à 420, ch. Vil, « En pleine moisson », p. 290 et suiv.
30 C’est le cas du séminaire grec-catholique de Sainte-Anne (Archives de Sainte-Anne de Jérusalem (par la suite : asaj), 1. Histoire du domaine de Sainte-Anne et de l’installation des PP. Blancs, boîte n° 3, lettres du P. Burtin au P. Féderlin, 16 et 27 juin 1920.
31 Ibid., lettres du P. Burtin au P. Féderlin, 12 juillet et 12 septembre 1920.
32 Ibid., lettre du P. Burtin au P. Féderlin, 14 juillet 1920.
33 Archives du ministère des Affaires étrangères, Nantes (par la suite : amaen), Papiers du Service des Œuvres Françaises à l’Étranger (sofe), série D, 172 Palestine 1924/1929, document du P. dominicain Dhorme adressé au mae, 16 octobre 1921.
34 Ibid., lettre du consulat de France à Jérusalem (3) au mae-sofe, 19 janvier 1929, Doire, et document du P. Th. Devaux (supérieur de Saint-Pierre de Ratisbonne), 1er mars 1929, qui constate la baisse sensible de l’aide officielle reçue.
35 Ibid., lettre du mae-sofe à Jérusalem, 22 avril 1927, Beaumarchais, à propos d’une augmentation de l’allocation attribuée au séminaire melkite de Sainte-Anne.
36 Revue Biblique, 1 (Janvier 1921). L’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, dans sa séance du 15 octobre, a pris une délibération décidant que « l’Ecole biblique de Saint-Etienne, par son organisation, sa situation scientifique et son autorité, est toute désignée pour constituer l’École française archéologique de Jérusalem », confiant à son correspondant, le Père Lagrange « le soin d’assurer à la France, dans l’étude des antiquités palestiniennes, la part qui lui revient, en accord scientifique avec les écoles anglaise et américaine » (p. 160).
37 Voir E. G. farrugia éd., The Pontifical Oriental Institute : the First Seventy-five Years, 1917-1992, Rome, Edizioni Oriental Christiana, 1993.
38 amaen, sofe, série d, 172 Palestine 1924/1929, lettre de Jérusalem (28) au mae-sofe, 31 octobre 1929, d’Aumale.
39 asaj, 1. Histoire du domaine de Sainte-Anne et de l’installation des PP. Blancs, boîte n° 3, lettre du P. Voillard au P. Féderlin, 7 janvier 1931.
40 C’est ce qui apparaît par exemple à la lecture du périodique catholique allemand Das Heilige Land, diffusé par la Société de Cologne.
41 amaen, Papiers du sofe, série D, 172 Palestine 1924/1929, document du P. Dhorme, 18 mai 1922, « La langue française en Palestine » ; et asfj, dossier Sociétés savantes, etc.. Programme de l’Exposition coloniale de Marseille – Alliance française, Congrès de la langue française dans les pays de la Méditerranée, 16-20 juillet 1922
42 Voir Missions dominicaines, 6e année, 3 (mars 1927), p. 87 et suiv., et 4 (Avril 1927).
43 amaen, sofe, série D, 173 Palestine 1929/1932, lettre de Sainte-Anne au mae-sofe, 13 janvier 1929, Delpuch.
44 Cela apparaît dans le document de Delpuch, dans la continuité de constatations datant du milieu de la décennie (amae. Levant 1918-1940, Palestine, 31, religion musulmane, établissements français, note de la Direction Europe au mae, 26 novembre 1923).
45 Service historique de l’armée de terre (suat), Vincennes, sous-série 4h Levant, 4h 43, télégrammes adressés par le général Gouraud, haut-commissaire français, aux Affaires étrangères, 1919-1922, télégramme (1582), 2 décembre 1919 : « ... si sa présence en Syrie ne présente peut-être pas un grand intérêt politique en raison des dispositions des catholiques de rites orientaux envers les Latins, il n’en est pas de même en Palestine où notre protectorat catholique est battu en brèche ».
46 D’ailleurs au dernier moment, comme l’indique un télégramme envoyé par Clemenceau, alors ministre des Affaires étrangères, à Gouraud, le 2 janvier 1920 : « Il vous appartient s’il en est encore temps de faire les démarches nécessaires pour la pose de la première pierre pendant le séjour du Cardinal Dubois. » (ibid., 4h 44, télégrammes reçus des Affaires étrangères, 1919-1922).
47 C’est le cas du secrétaire général du haut-commissariat français de Beyrouth, le syrianiste Robert de Caix (voir amae, Levant 1918-1940, Palestine, 3, dossier général, juin 1920-juin 1921, extrait d’une lettre de De Caix au mae, 19 octobre 1920 et lettre de Beyrouth (404) au mae, 3 novembre 1920, Gouraud, avec en annexe le rapport de mission de Palestine de De Caix).
48 Lui-même grand ami des communautés religieuses (ibid., 31, religion musulmane, établissements français, lettre de Gouraud au mae, 22 août 1922).
49 Ibid., lettre du haut-commissariat de Beyrouth (273) au mae-Asie, 9 avril 1924, Secrétaire général.
50 amaen. sofe, série d, 173 Palestine 1929/1932, lettre de Jérusalem (15) au mae-sofe, 15 mai 1931, d’Aumale : à propos de la visite de Petit-Dutaillis, inspecteur général de l’instruction publique et directeur de l’Office national des universités et écoles françaises : « cette visite a eu une heureuse influence sur les chefs d’établissements en soulignant l’intérêt que porte notre Gouvernement au maintien d’études françaises sérieusement faites ». Et de fait, « parmi les établissements étrangers, ce sont les écoles françaises qui tiennent la tête, suivies de loin, par les allemandes et les anglaises. Les écoles italiennes ne tiennent que le quatrième rang et leur état actuel ne laisse prévoir aucun développement appréciable au moins dans un proche avenir », (ibid., lettre de Jérusalem (42) au mae, 23 novembre 1931, d’Aumale).
51 Ibid., 372 Palestine, université de Jérusalem 1936/1940, dossier Palestine établissements d’enseignement, lettre de Jérusalem (36) au mae-sofe, 30 août 1932, Caumeau.
52 Archives de la Direction du Patrimoine, Paris, procès-verbaux de la commission des monuments historiques 80/15/20, séance du 8 juillet 1938.
53 Voir E. antébi, L ’Homme du sérail, Paris, Nil, 1996.
54 C’est pour cela qu’Elizabeth Antébi a pu parler d’eux comme des « missionnaires juifs de la France » (Les Missionnaires juifs de la France, 1860-1939, Paris, Calmann-Levy, 1999).
55 amae, Paris, Levant 1918-1940, Palestine, 31, religion musulmane, établissements français, télégramme de Jérusalem (4) au mae, 15 février 1923, Ballereau.
56 Ibid., télégramme de Jérusalem (7) au mae, 31 mars 1923, Rais : « ... je dois insister de nouveau sur caractère nettement français, prospérité, et influence dans tous milieux acquise par l’Ecole Alliance Jérusalem sous la direction actuelle et sur très fâcheux effet que produirait au point de vue français déplacement directeur en cours d’année scolaire ».
57 Ibid., 18, consulats de France, juillet 1922-novcmbre 1929, recommandations du ministre à M. Maugras, en partance pour Jérusalem, 16 avril 1924.
58 amaen, sofe, série D, 172 Palestine 1924/1929, lettre de Jérusalem (21) au mae-sofe, 6 juin 1924, Maugras.
59 Voir E. feder, « Paul Nathan, the Man and His Work », Léo Baeck Institute Yearbook, III (1958), p. 60 et suiv.
60 amaen, sofe, Série D, 173 Palestine 1929/1932, rapport de I. Bassan à l’aiu, 4 juin 1930 (remis au mae par Bigart, secrétaire de l’aiu), et lettre de Jérusalem (23) au mae-sofe, d’Aumale, 28 juin 1930.
61 Ibid., 369 Palestine, lettre de Jérusalem au mae, 27 février 1934, d’Aumale.
62 Ibid., 197 aiu, Mission Laïque 1930/1932, dossier Alliance Israélite en Orient, sous-dossier : Subventions aux écoles de l’Alliance Israélite, arrêté du mae, 1er août 1930.
63 Ibid., lettre de l’aiu au mae, 31 décembre 1930, S. Lévi.
64 Ibid., lettre du mae-sofe à l’aiu, 12 janvier 1931, Laboulaye.
65 Ibid., 173 Palestine 1929/1932, lettre de Jérusalem (24) au mae-sofe, 13 juillet 1931, d’Aumale.
66 Ibid., 254 aiu 1932/1936, lettre de l’aiu au mae-sofe, 15 décembre 1932, Bigart.
67 Pour la politique éducative du mandat britannique, voir N. Shepherd, Ploughing Sand British Ride in Palestine 1917-1948, Londres, John Murray, 1999, p. 154 et suiv.
68 « Quand la Palestine s’est réveillée de la torpeur où la tenait le joug turco-allemand depuis août 1914 ; elle a vu arriver les tommies qu’elle a salués comme des libérateurs en décembre 1917. Sans doute un détachement français et un détachement italien étaient associés à l’expédition venue d’Egypte, mais le gros de l’armée d’Allenby c’était l’infanterie anglaise, la cavalerie australienne, l’infanterie et la cavalerie indiennes. » (op. cit.).
69 amaen, sofe, série d, 172 Palestine 1924/1929, lettre de Jérusalem (54) au mae-sofe, 3 décembre 1924, Maugras.
70 Accord du 23 décembre 1920 (voir O. Ichilov, a. e. mazawi, Between State and Church – Life History of a French-Catholic School in Jaffa, Francfort, e. a., Peter Lang, 1996, p. 28) ; mais les Anglais imposent l’anglais, l’arabe et l’hébreu comme langues officielles du mandat, ce qui ne peut que toucher les établissements scolaires français (amae, Levant 1918-1940, Palestine, 50, instruction publique, avril 1924-mai 1929, lettre de Jérusalem (8) au mae-Asie, 26 avril 1924, Ballereau).
71 Des réunions de responsables d’établissements scolaires religieux sont organisées par le consulat de France ou le patriarcat latin pour protester contre de telles idées (asaj, 8. Consulat, lettre du consulat de France à Jérusalem à Sainte-Anne, 14 septembre 1922, relative au texte compris en annexe : Gouvernement de Palestine, Service de l’instruction publique Jérusalem, Conditions régissant les dons aux écoles privées).
72 Ibid., 1. Histoire du domaine de Sainte-Anne et de l’installation des PP. Blancs boîte n° 3, lettre du P. Burtin au P. Féderlin, 3 avril 1921, et amaen, sofe, série D. 173 Palestine 1929/1932, lettre de d’Aumale à Marx, 30 novembre 1931.
73 amae. Levant 1918-1940, Palestine, 31, religion musulmane, établissements français, lettre de l’ambassade de France près le Saint-Siège (146) au mae-Levant, 29 décembre 1926, Doulcet.
74 amaen, sofe, série D, 173 Palestine 1929/1932, lettre du Haut-commissariat de la République en Syrie-Liban au mae-Levant, 30 août 1930, Hoppenot, avec un constat euphémiste : « Il n’y a (...) pas régression du français en Palestine », mais « il est vrai de dire que les autres langues gagnent beaucoup plus que lui. Sa situation absolue ne change pas ; mais sa situation relative est beaucoup moins avantageuse ».
75 Ibid., 369 Palestine, lettre du consulat de France à Jérusalem (19/46/E) au mae-sofe, 25 avril 1933, d’Aumale.
76 Ibid., 173 Palestine 1929/1932, lettre de Jérusalem (11) au mae, 11 mars 1932, d’Aumale.
77 Ibid., 172 Palestine 1924/1929, rapport du P. Dhorme, année 1927-28, 21 décembre 1928.
78 C’est ainsi que l’on songe aux fonds du Pari Mutuel (ibid., 72 Santé publique, Hôpitaux français à l’étranger, lettre du mae-sofe (40) au ministère du Travail, 20 novembre 1929, et réponse – négative – dans lettre du ministère du Travail, de l’Hygiène, de l’Assistance et de la Prévoyance sociales au mae, 30 novembre 1929).
79 Ibid., 172 Palestine 1924/1929, lettre de Jérusalem au mae-sofe, 20 juin 1929, à propos de l’établissement des Clarisses, religieuses strictement contemplatives, donc n’ayant pas d’accès au monde.
80 Ibid., 187 Français en Palestine, lettre de Jérusalem (4) au mae, 25 janvier 1927, Doire.
81 Il a l’occasion de rejeter tous les reproches dans une lettre adressée au ministère, en soulignant notamment ses efforts (« J’ai été jusqu’à visiter d’invisibles Clarisses derrière la grille de leurs parloirs. Aucun de mes prédécesseurs n’en a fait autant. ») et en se montrant comme un consul de France digne de ce nom : « Plus respectueux des traditions locales quoiqu’elles aient perdu leur raison d’être, que du principe de la laïcité du pouvoir civil, je me suis toujours appliqué à parler non pas seulement en Français, mais en homme ‘bien pensant’ » (amae, Levant 1918-1940, Palestine, 18, consulat de France, juillet 1922-novembre 1929, lettre de Jérusalem (24) au mae, 6 mai 1925, Maugras).
82 Ainsi le consul de France n’est-il pas invité à l’inauguration des cours de l’institut de mathématiques, à la différence de son homologue allemand, ce qui crée un certain malaise (amaen, Correspondance de Jérusalem, B, 214 Université hébraïque, dossier correspondance générale, lettre du consul Doire à Norman Bentwich, de l’université, 28 novembre 1927. Pour les origines germaniques de l’établissement, voir notre article « Les racines allemandes de l’Université hébraïque », à paraître dans le volume Voyages de l’intelligence (collection « Mélanges » du Centre de Recherche Français de Jérusalem, cnrs-Éditions).
83 Noir supra.
84 amae, Levant 1918-1940, Palestine, 18, consulats de France, juillet 1922-novembre 1929, lettre de Jérusalem (24) au mae, 6 mai 1925, Maugras.
85 amaen, correspondance de Jérusalem, B, 187 Français en Palestine, lettre du consulat de France à Jérusalem (4) au mae, 25 janvier 1927, Doire.
86 Ibid., sofe, série D, 172 Palestine 1924/1929, lettre de Jérusalem (118) au mae-sofe, 25 novembre 1929, d’Aumale.
87 Ibid., lettre de d’Aumale à Marx, 26 avril 1929.
88 Ibid., 369 Palestine, lettre de d’Aumale à Marx, 16 novembre 1932 : « Les réductions d’allocations ont naturellement arraché des lamentations aux cœurs sensibles des moinillons et des nonnaines, mais pas encore trop. La plupart de ces robins savent bien prendre la bonne galette de la République et l’oindre quand elle paye ; dès que la bourse se resserre, on est tenté de ‘poindre’ la méchante république et tourner les regards vers un Vatican que l’on ne sait pas assez désargenté ».
89 amae, paap 240-Doulcet, 4 protectorat religieux, notes sur le rapport du budget de 1905.
90 Voir par exemple amaen, sofe, série o, 53 subventions à la Mission laïque, arrêté du mae, 6 août 1927.
91 Ibid., correspondance de Jérusalem, B, 207 Centre de Culture Française, lettres de Joseph Cohen à d’Aumale, 11 juin et 8 juillet 1930.
92 Ibid., sofe, série D, 173 Palestine 1929/1932, rapport de I. Bassan à l’Aiu, 4 juin 1930 (remis au mae par Bigart, secrétaire de l’Aiu).
93 Ibid., correspondance de Jérusalem, B, 207 Centre de Culture Française, lettre de Besnard à d’Aumale, 6 octobre 1930, et lettre de d’Aumale à Besnard, 15 décembre 1930.
94 Ibid., lettre de Helleu à d’Aumale, 3 mars 1933.
95 Ibid., lettre de d’Aumale à Helleu, 10 mars 1933.
96 « The Alternatives for Palestine », Londres, 25 avril 1917, entretien avec Lord Cecil, dans B. litvinoff (éd.), The Letters and Papers of Chaim Weizmann, Papers, vol. I, sériés B, août 1898-juillet 1931, Jérusalem, 1983, p. 146 et suiv.
97 amaen, sofe, série D, 369 Palestine, lettre de Jérusalem (4) au mae-sofe, 20 janvier 1933, d’Aumale, et 173 Palestine 1929/1932, lettre de Jérusalem (27) au mae, 18 février 1934 : à propos de la grève des écoles juives non payées par les sionistes : « Cette grève des écoles sionistes a amené de nombreux élèves aux écoles de l’Alliance Israélite qui sont restées totalement en dehors du mouvement. Elles ont meme dû créer des cours supplémentaires pour satisfaire une partie des demandes d’admission qui leur étaient faites ».
98 Ibid., lettre de Jérusalem (28) au mae-sofe, 7 août 1930, d’Aumale, et 188 Français en Palestine, dossier propagande culturelle française en Palestine, lettre de d’Aumale à Marx, 25 mars 1936.
99 Ibid., 369 Palestine, lettre personnelle de d’Aumale à Marx (?), 25 mai 1934.
100 Ibid., lettre du consulat de France à Jérusalem (27) au mae-sofe, 28 mars 1934, d’Aumale.
101 Ibid.
102 Bulletin de la Mission Laïque française, année scolaire 1934-35, p. 2.
103 « Son principe, se tenir à l’écart et au-dessus des luttes politiques, des rivalités religieuses mais avoir un égal respect pour toutes les races, toutes les croyances et toutes les traditions, a fondé l’importance et la reconnaissance de ces pays à l’égard de l’association ». (dans mission laïque française, 90 ans au service de l’éducation dans le monde 1902-1992, si nd, p. 22).
104 amaen, 369 Palestine, lettre de Jérusalem (31) au mae-sofe, 11 mai 1935, d’Aumale.
105 Ibid., correspondance de Jérusalem, B, 207 Centre de Culture Française, lettre de l’attaché commercial pour le Proche-Orient, Alexandrie, à Jérusalem, 29 mars 1935, de Martel.
106 Ibid., lettre de la Mission laïque au consulat de France à Jérusalem, 13 février 1935, Besnard.
107 Ibid., sofe, D, 369 Palestine, lettres du consulat de France à Jérusalem (58/14/A) au mae, 9 septembre, et (59/14/A), 18 septembre 1935, Neuville, et réponse dans lettre du mae (48) au consulat de France à Jérusalem, 28 septembre 1935.
108 Sh. Y. agnon, Shira, Syracuse, 1989, p. 11 , 402, 412, 424 et 423.
109 Archives de la Mission laïque française, Paris (par la suite : mlf, Paris), dossier Jean Thibault-Chambault (directeur du ccf), lettre de Thibault-Chambault à la mlf, 7 novembre 1935, avec mention de bons rapports avec le directeur du Département politique de l’Agence juive (et futur Premier ministre et ministre israélien des Affaires étrangères), Moshe Shertok (Sharett).
110 an, Papiers de la Mission laïque de France 60 aj 142 Lycée (sic) français de Jérusalem 1936-1939, remarque manuscrite en marge d’un document de la plume de Thibault-Chambault « Le Centre de Culture Française – Jérusalem », 27 février 1937.
111 Ibid., mlf, Établissement de Jérusalem, rapports mensuels du 1er au 30 mars 1936 (Morand) et du 1er au 28 février 1937 (Massignon).
112 Dans ses premiers temps à Jérusalem, Thibault-Chambault s’exprime ainsi : « il n’y a, paraît-il, rien à tirer de là, et c’est du temps perdu » (mlf, Paris, dossier Jean Thibault-Chambault, lettre de Thibault-Chambault à la mlf, 1er décembre 1935).
113 an, 60 aj 142 Lycée français de Jérusalem 1936-1939, lettre du ccf à la mlf, 21 avril 1937, Thibault-Chambault. Mais dans un rapport, l’inspecteur de la mlf est plus sceptique : « On a ouvert un cours spécial dans la ville arabe pour la clientèle du voisinage, on a réuni au maximum dix auditeurs ; cette tentative ne connaît guère le succès ». (mlf, Paris, dossier Jean Thibault-Chambault, rapport d’inspection, 6 décembre 1937).
114 an, 60 aj 142 Lycée français de Jérusalem 1936-1939, lettre de Thibault-Chambault à Besnard, 19 juillet 1937, et amaen, 207 Centre de Culture Française, lettre de Thibault-Chambault à Amédée Outrey (consul de France à Jérusalem), 5 janvier 1938 : « Les Juifs ont été en effet profondément déçus par l’aboutissement actuel de la culture allemande et ils essayent aujourd’hui de se ‘raccrocher’ à quelque chose de stable ; la culture française, universelle et complète, profonde, accueillante et souriante, a tout ce qu’il faut pour faire ici l’unanimité autour d’elle ».
115 an, 60 aj 142 Lycée français de Jérusalem 1936-1939, lettre du ccf à la mlf, 22 mars 1937, Thibault-Chambault.
116 amaen, sofe, D, 372 Palestine, université de Jérusalem 1936/1940, lettre de Jérusalem (11) au mae-sofe, 1er février 1936, d’Aumale : « Malgré la propagande faite, l’initiative italienne ne semble pas devoir rencontrer beaucoup de succès ni toucher le grand public qui ignore totalement l’italien. Une douzaine d’élèves seulement se seraient inscrits, presque tous étudiants à l’Université Hébraïque et suivant déjà à l’Université les cours du Dr. Vardi. Quant aux conférences, elles n’attireraient qu’un public italien alors qu’au Centre de Culture française on ne compte guère plus de 3 ou 4 français sur un auditoire de 150 personnes ».
117 Ibid., correspondance de Jérusalem, B, 188 Français en Palestine, dossier propagande culturelle française en Palestine, lettre de d’Aumale à Marx, 24 février 1936.
118 Voir Sanctuaires, le volume qu’il rédige sur la base de son séjour en Orient (Paris, 1938).
119 amaen, correspondance de Jérusalem, B, 187 Français en Palestine, lettre de d’Aumale à Marx, 4 mai 1937.
120 Ibid., sofe, D, 372 Palestine, université de Jérusalem 1936/1940, dossier Palestine établissements d’enseignement, lettre de Thibault-Chambault à Marx, 12 novembre 1937, à propos de l’effet produit par la visite à Jérusalem d’André Siegfried.
121 Pour une étude détaillée de cette affaire, voir notre article « La création de la chaire de civilisation française de l’Université hébraïque de Jérusalem », Revue d’histoire de la Shoah-Le Monde Juif, 167 (septembre-décembre 1999), p. 161 et suiv.
122 Voir par exemple la déclaration du Capitaine Coulondre, représentant la France à cette occasion, reprise dans R. Lévy, Une Université nouvelle, Paris, Ligue des amis du sionisme, 1919, appendices.
123 amaen, Correspondance de Jérusalem, b, 214 Université hébraïque, lettre de Jérusalem (10) au mae-sofe, 1er mars 1925, brouillon, et dossier inauguration de l’Université Hébraïque Avril 1925, lettre de Jérusalem au mae-Asie, 2 avril 1925, Maugras.
124 amae, ns Turquie politique intérieure – Sionisme, 135 Palestine 1913-1914, lettre de Jérusalem (42) au mae, 17 mai 1913, Gueyraud.
125 amaen, correspondance de Jérusalem, B, 214 Université hébraïque, dossier correspondance générale, lettre de Jérusalem au mae-Asie, 17 février 1926, Doire ; ou ibid., dossier Inauguration de la Bibliothèque Nationale et Universitaire Hébraïque, 15 avril 1930, lettre de Jérusalem au mae-Levant, 8 mai 1930, d’Aumale ; et encore ibid., sofe, D, 369 Palestine, lettre de Jérusalem (38/9/A) au mae, 26 juillet 1933, Caumeau.
126 Voir J. magnes, Addresses by the Chancellor of the Hebrew University, Jérusalem, Université hébraïque, 1936, p. 66 et suiv.
127 En plus d’apporter une aide pédagogique régulière, l’Allemagne de Weimar finance un enseignement d’allemand à l’université à partir de 1930 ; l’Italie fasciste fait de même pour l’italien et la remplace à partir de 1934, jusqu’à ce que les mesures antisémites italiennes prises en 1938 pousse l’université à décliner cette assistance devenue gênante. Pour une analyse des diverses ingérences étrangères au sein de l’Université hébraïque, voir notre article « ‘... passer au filtre de l’esprit juif le meilleur de la culture de nombreux peuples et de nombreuses langues’ – L’Université hébraïque et les Puissances européennes dans l’entre-deux-guerres », à paraître dans le deuxième volume de l’histoire de l’Université hébraïque, sous la direction de Hagit Lavsky, Jérusalem, 2002, en hébreu).
128 Ce qui apparaît par exemple lorsque la mention de l’enseignement d’italien dans le cursus de l’université est marquée de grandes croix en marge dans la reproduction du discours d’ouverture des cours de l’Université hébraïque, en novembre 1933, présente dans les archives du ministère des Affaires étrangères (amaen, Correspondance de Jérusalem, B, 214, Université hébraïque, dossier correspondance générale, Address at the Opening of the Academie Year 1933/34, Hebrew University, 5 novembre 1933).
129 Ibid., sofe, d, 369 Palestine, lettre de Jérusalem (38/9/A) au mae, 26 juillet 1933, Caumeau.
130 Cet effort en direction de la Palestine s’inscrit dans la volonté du Front populaire, en particulier de son ministre de l’Éducation nationale, Jean Zay, de relancer la diffusion du français à l’étranger (voir P. ory, op. cit., p. 524-526).
131 Cette idée est suggérée par le responsable de l’association des amis de l’université, le professeur Raoul Aghion (archives de l’Université hébraïque de Jérusalem, correspondance avec les amis de l’université à Paris, 615/35, lettre d’Aghion à Judah Magnes, président de l’université, 12 juillet 1935).
132 Voir J. magnes, In the Perplexity of the Times, Jérusalem, Université hébraïque, 1946, p. 9 et suiv.
133 Archives Sionistes Centrales, Jérusalem, Université hébraïque 1935-1942 (S25/6724), lettre de l’Université hébraïque à M. Shertok, 24 janvier 1937, Guinzburg, annexe : lettre de Shneerson, 3 novembre 1936.
134 C’est cette France que Judah Magnes met en avant lorsque le 20 octobre 1937 il annonce la création de la chaire de français : « Non seulement l’Université hébraïque, mais le judaïsme entier a beaucoup à gagner d’un contact étroit avec l’esprit français. La clarté et la beauté de la langue et de la littérature, la noblesse et la logique de la pensée françaises, la sagesse des institutions sociales et culturelles de la France, la splendeur de l’art français, la passion de la France pour la liberté, l’égalité et la fraternité – sont d’une valeur essentielle et pour le judaïsme palestinien et pour celui de la diaspora. Il nous faut comprendre de plus en plus le pays de Pascal et de Voltaire, de Pasteur, de Henri Poincaré et de Bergson. Depuis plus de cent ans le judaïsme, et plus particulièrement la ‘science’ du judaïsme subissent dans une très large mesure l’influence de l’esprit germanique. Nous devons renforcer à l’intérieur du judaïsme les influences de l’Occident, de la France, de l’Angleterre et de l’Amérique, l’esprit de la démocratie et du libéralisme ». (Archives centrales de l’histoire du peuple juif, Jérusalem, Papiers Magnes, 2112 notes and speeches at opening and graduation ceremonies, 1940-1947, Address of the President of the Hebrew University, Dr. J.L. Magnes, Beginning of the Academic Year 1937/38, 20 octobre 1937).
135 amae, paap 130-Outrey, 29, Jérusalem correspondance (dépêches), lettre de Jérusalem (24) au mae, 4 juin 1938, Outrey.
136 Archives de l’Université hébraïque, dossier Langues européennes 2274/1937 I, lettre du mae, sofe, à Magnes, 29 juillet 1937, Marx.
Auteur
-
Dominique Trimbur
doctrimbur@hotmail.com
Iep de Paris.
Auteur d’une thèse publiée en 2000 par CNRS-Éditions sous le titre De la Shoah à la réconciliation ? La question des relations rfa / Israël, 1949-1956 ; et d’un ouvrage sur l’École biblique et archéologique française de Jérusalem (Une école française à Jérusalem – De l’École pratique d’études bibliques des dominicains à l’École biblique et archéologique française, Paris, Éd. du Cerf, 2002). Chercheur associé au Centre de recherche français de Jérusalem, chargé de conférences à l’École Pratique des Hautes Études et à l’iep de Paris, il travaille sur les présences européennes en Palestine (xixe-xxe siècles) et a co-dirigé à ce titre le recueil d’articles De Bonaparte à Balfour – La France, l’Europe occidentale et la Palestine, 1799-1917 (avec Ran Aaronsohn, collection « Mélanges » du crfj, vol. 3, cnrs-Éditions, 2001).
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
L’Europe des Français, 1943-1959
La IVe République aux sources de l’Europe communautaire
Gérard Bossuat
1997
Les identités européennes au XXe siècle
Diversités, convergences et solidarités
Robert Frank (dir.)
2004
Autour des morts de guerre
Maghreb - Moyen-Orient
Raphaëlle Branche, Nadine Picaudou et Pierre Vermeren (dir.)
2013
Capitales culturelles, capitales symboliques
Paris et les expériences européennes (XVIIIe-XXe siècles)
Christophe Charle et Daniel Roche (dir.)
2002
Au service de l’Europe
Crises et transformations sociopolitiques de la fonction publique européenne
Didier Georgakakis
2019
Diplomatie et religion
Au cœur de l’action culturelle de la France au XXe siècle
Gilles Ferragu et Florian Michel (dir.)
2016
