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    Plan détaillé Texte intégral La contribution d’un intellectuel-expert La contribution d’un intellectuel allemand Une rhétorique de la culpabilité et de la disculpation Une vedette intellectuelle des années zéro Notes de bas de page

    Wilhelm Röpke, l’autre Hayek

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 4. Au chevet de la question allemande

    p. 113-140

    Texte intégral La contribution d’un intellectuel-expert La contribution d’un intellectuel allemand Une rhétorique de la culpabilité et de la disculpation Une vedette intellectuelle des années zéro Notes de bas de page

    Texte intégral

    La contribution d’un intellectuel-expert

    1Il y a deux manières de lire Die deutsche Frage. La première est de voir dans ce livre la prise de position d’un Allemand sur le passé, le présent et l’avenir de son pays, ce qui conduit à souligner le lien qui relie un intellectuel à sa terre natale et à situer sa pensée dans le contexte de la sortie de guerre allemande, marquée par une intense effervescence intellectuelle, à laquelle certains émigrés ont pris part. La seconde est de remarquer que les questionnements de l’économiste sont partagés par d’autres intellectuels de nationalités diverses qui méditent sur la question allemande depuis le début des années 1940, voire la fin des années 1930. Analyser Die deutsche Frage consiste alors à rendre compte d’un débat transnational sur les causes, les manifestations et les conséquences du phénomène géopolitique le plus déstabilisant de l’histoire du xxe siècle. Ces deux approches moins exclusives que complémentaires permettront de montrer que Wilhelm Röpke était particulièrement bien armé pour conquérir grâce à sa réflexion un statut d’intellectuel expert internationalement reconnu.

    2Au préalable, prenons la mesure d’un livre qui pourrait indifférer le lecteur d’aujourd’hui par ses analyses parfois rudimentaires. En faire une présentation sévère serait toutefois souscrire à une lecture rétrospective qui juge à l’aune de critères anachroniques la portée de réflexions développées il y a plus de soixante ans. Or, l’importance de Die deutsche Frage est précisément d’offrir un condensé d’opinions alors largement répandues et intellectuellement légitimes. Dans son investigation, l’économiste sacrifie ainsi à une téléologie puissante, celle de la déviance (Irrweg) d’un pays qui aurait suivi une voie néfaste dont l’aboutissement aurait été le national-socialisme. Ce paradigme est en quelque sorte une première formulation très rugueuse de la fameuse problématique de la voie spécifique, le Sonderweg qui devait connaître son heure de gloire des années 1960 aux années 1980. Inventoriant la « pathologie de l’histoire allemande », Wilhelm Röpke incrimine d’abord la Prusse, dont l’armée et la bureaucratie sont accusées de s’être arrogé un pouvoir exorbitant. En 1866, l’Allemagne a « achevé son existence millénaire », le pays qui s’effondre en 1945 n’est en réalité qu’une « grande Prusse » dont la « fin tragique » est conforme « à sa naissance dans la violence1 ». Mais les mille ans qui précèdent l’unification bismarckienne, d’Otton Ier à la révolution de 1848, sont eux aussi soumis à une analyse sévère. Une configuration pathogène a émergé dès l’aube des temps modernes, avec le déclin de la civilisation urbaine, la répression de la révolte des paysans, la réforme luthérienne et la guerre de Trente Ans. Événements, personnages, religions, idéologies sont passés à la moulinette d’une relecture soupçonneuse du passé allemand.

    3L’analyse de la déviance puise dans la psychologie des peuples. Certes, Wilhelm Röpke ne pense pas qu’il existe des caractéristiques atemporelles rendant compte du comportement d’un peuple et se refuse à faire du nazisme la simple résultante du caractère national allemand2. Il souligne les limites d’un discours rationnel sur ce sujet et considère que les « causes les plus profondes de tel ou tel trait de caractère qui nous paraît “typiquement allemand” resteront probablement inaccessibles à jamais à une analyse scientifique objective ». Mais il ne récuse pas l’approche psychologisante. Bien au contraire, il brosse le portrait inquiétant d’un « peuple neurotique » dont les traits seraient la mélancolie, l’obsession de la rigueur (Gründlichkeit), la rigidité dans l’obéissance et la discipline, la propension à l’apitoiement sur soi-même et à la sensiblerie, le manque d’humour et ou encore l’incapacité à se soumettre à l’autocritique3. Ces considérations n’ont rien d’anecdotique ou de folklorique. Seule leur prise en compte fournit la clef de l’avenir : « Résoudre le problème allemand signifie en réalité mettre en œuvre la plus formidable cure psychothérapeutique que le monde ait connue4. » La guérison passe par une rééducation de grande ampleur.

    4Hors d’Allemagne, Wilhelm Röpke n’est pas le seul à penser de la sorte. Certes, différents paradigmes ont cohabité pour rendre compte du nazisme, de la dénonciation marxiste des élites capitalistes aux analyses totalitaristes. Mais c’est la grille de lecture exceptionnaliste, la dénonciation de l’histoire et de l’âme allemandes, qui séduit le plus intellectuels, décideurs et opinion, surtout après le déclenchement de la guerre, plus encore à la fin du conflit avec la révélation des crimes nazis5. En 1945, Edmond Vermeil (1878-1954), le plus connu des germanistes français du milieu du siècle, reprend des analyses déjà développées en 1940 dans la première édition de son Allemagne. Essai d’explication. Il incrimine les effets ravageurs d’une déviance qui remonterait à la Réforme, voyant dans l’« univers sombre et trouble de Luther » l’origine d’une configuration autoritaire spécifiquement allemande : « Ce sera dès lors le partage entre l’héroïsme actif d’une élite dirigeante et la rigoureuse obéissance des masses conduites par elle. Cette conception proclame la nécessité d’un gouvernement autoritaire, cela au nom du péché originel6. » La même année, dans The Course of German History, un livre qui fut un best-seller, l’historien britannique Alan John Percival Taylor (1906-1990), qui devait se signaler quelques années plus tard par ses analyses controversées sur les origines de la Seconde Guerre mondiale, évoque l’histoire des Allemands comme une « histoire des extrêmes » : « Elle contient tout sauf la modération et sur une période de mille ans, les Allemands ont tout expérimenté, sauf la normalité7. »

    5La réflexion sur le caractère national allemand est souvent saisissante. En 1946, le Suisse Albert Béguin, qui, en 1950, devait prendre la succession d’Emmanuel Mounier à la direction de la revue Esprit, décrit l’« Allemand », cet « esprit pourri de vues théoriques et dénué de toute aptitude à choisir entre elles », au « regard morne », au « visage sans joie au moment où en lui la bête et ses appétit triomphent ». Méditant sur ses origines lorraines, Henri Berr (1863-1954), le fondateur de la Revue de synthèse, avoue être hanté depuis l’enfance par la psychologie du peuple allemand. Les pestes du xive siècle seraient l’origine d’une « psychonévrose » qui se manifesta par des flagellations et des danses macabres symptomatiques d’un état nerveux morbide. Plus tard, la guerre des paysans et la communauté anabaptiste de Münster révélèrent la tendance latente des Allemands à suivre des meneurs dangereux et déséquilibrés8. On le voit, le caractère national allemand est alors un véritable objet d’étude, aux confins de l’histoire, de la psychologie et de la psychanalyse. Aux États-Unis, lors des conférences sur l’Allemagne organisées durant la guerre par le Joint Committee on Post-War Planning, des spécialistes des maladies mentales dissertent sur les caractéristiques pathogènes d’un peuple enclin à la destruction et à l’autoritarisme.

    6En Grande-Bretagne, lord Robert Vansittart (1881-1957) présente dans l’envie, la cruauté et l’apitoiement sur soi-même les principaux traits de l’âme allemande. Le diplomate exerce une telle influence que l’on en vient à regrouper derrière l’étiquette du vansittartisme tous les partisans d’une vision très négative de l’histoire et de la psychologie allemandes. Il est également le moteur du mouvement Win-the-Peace, qui publie des pamphlets antiallemands et recommande une rééducation de choc. La bande dessinée reflète elle aussi l’ancrage des stéréotypes psychologisants et ethnicistes dans le monde qui juge les Allemands. Dans La bête est morte, une transposition animalière de la Seconde Guerre mondiale publiée à la Libération, le dessinateur français Edmond-François Calvo (1892-1958) dénonce un pays, la Barbarie, et ses habitants, les loups, dont les hordes, conduites par le Grand Loup, mettent l’Europe à feu et à sang en commettant d’horribles massacres. Le message est clair : « [...] il n’y a pas de bons et de mauvais loups ; il y a la Barbarie qui est un tout, et ne comporte qu’une seule race, celle des monstres, des bourreaux, des sadiques, des tueurs9 ».

    7Tout le monde n’adhère pas, il est vrai, à cette vision démonologique. Black Record, la célèbre diatribe antiallemande de lord Vansittart publiée en 1941, fait parfois l’objet de critiques sévères, notamment à gauche, sous la plume de Harold Laski et Victor Gollancz. Il est reproché à son auteur de pratiquer un racisme retourné, d’évacuer les facteurs d’explication économiques, de déformer l’histoire allemande et de désespérer le peuple allemand, dès lors incité à soutenir le pouvoir nazi10. L’historien britannique Geoffrey Barraclough souscrit lui aussi à une lecture plus mesurée du passé allemand11. Mais, déclinée dans des variantes plus ou moins radicales, le paradigme exceptionnaliste est dominant, y compris chez les décideurs politiques. Dans des rapports « top secret » de 1945, des experts du gouvernement britannique invoquent les dysfonctionnements du caractère national allemand, dont le nazisme serait la manifestation la plus extrême12.

    8Cette hégémonie dans les débats montre que la psychologie des peuples a conquis au sortir de la guerre une légitimité nouvelle qui en fait un instrument d’analyse privilégié et un outil pour l’action. Elle est aussi à interpréter comme une élaboration transnationale, fruit de la circulation des analyses d’un pays à l’autre. Là aussi, des émigrés allemands ont apporté leur pierre. Notamment l’écrivain Emil Ludwig (1881-1948), aujourd’hui bien oublié, mais alors mondialement connu, traduit en vingt-sept langues, réputé pour ses biographies d’hommes célèbres. Ses prises de position violemment antiallemandes rejoignent celles du philosophe et pacifiste Friedrich Wilhelm Foerster (1869- 1966), cible des milieux nationalistes dans les années 1920, dénaturalisé en 1933, installé aux États-Unis à partir de 1940. Les deux hommes sont membres de la très germanophobe Society for the Prevention of World War III fondée en décembre 1943.

    9Si tous ne partagent pas ces positions maximalistes, certains les dénonçant avec virulence, les émigrés n’ont d’autre choix que de se positionner par rapport au paradigme dominant, le reprenant souvent à leur compte. La confrontation avec le « problème allemand » est à la fois le prolongement de la démarche qui les a conduits à quitter l’Allemagne et la retombée de l’acculturation entraînée par l’émigration. Dès 1934, dans un échange avec le comte Carlo Sforza (1872-7952), dont il vient de lire le dernier livre, L’Âme italienne, Wilhelm Röpke dit croire en l’existence des caractères nationaux, qui donnent chacun une coloration particulière aux variantes nationales du fascisme. Il se demande également s’il est possible de rééduquer un caractère national13. En 1935, il évoque le décalage induit par l’exil : « Nous avons tous été contraints par les circonstances à nous éloigner de notre propre mentalité nationale et à devenir par là même plus honnêtes et objectifs. » Il souligne le déficit d’une histoire critique de la Prusse14. Sa réflexion tourne déjà autour de la problématique de la déviance et du rôle joué par Bismarck15. En 1942, Wilhelm Röpke confie qu’il aimerait écrire une étude sur le « problème allemand16 ».

    10Avec le déclenchement du conflit, les intellectuels peu ou prou spécialistes de l’ennemi ont en effet acquis une visibilité nouvelle aux yeux des gouvernements en guerre contre l’Axe. En Grande-Bretagne, Alan John Percival Taylor est recruté par le Political Warfare Executive, l’organisme chargé de la propagande en direction de l’Allemagne et de la rééducation des prisonniers de guerre. Aux États-Unis, les nouveaux Office of War Information (OWI) et Office of Strategic Services (OSS), notamment la Research and Analysis Branch du second, recrutent intellectuels et universitaires. L’anthropologue Ruth Benedict est sollicitée par l’OWI pour scruter le militarisme japonais. Des historiens travaillent à la Research and Analysis Branch, à commencer par William L. Langer (1896-1977), le directeur, une autorité de l’histoire diplomatique en provenance de Harvard. À partir de 1943, la Branch recrute des nombreux étrangers, avant tout des antifascistes italiens et des antinazis allemands. Les représentants de l’École de Francfort apportent leur compétence. Parmi les émigrés au service de l’OSS, plusieurs, notamment le politologue Franz Neumann (1900-1954), l’auteur du célèbre Behemoth, et l’historien Hajo Holborn (1902-1969), qui devait devenir en 1967 le premier président non natif de l’American Historical Association, participent à la rédaction du Civil Affairs Handbook. Ses presque vingt tomes mettent à la disposition des responsables de la politique d’occupation un savoir d’expertise17.

    11Dans ce contexte où la parole intellectuelle se voit reconnaître le statut de l’expertise, certains émigrés croient pouvoir exercer une influence. Créé aux États-Unis en 1944, le Council for a Democratic Germany, rassemblant des personnalités variées sous la présidence du théologien Paul Tillich, veut peser sur l’avenir de l’Allemagne. Mais des intellectuels plus isolés aspirent eux aussi à l’action. En Suède, Willy Brandt est un collaborateur de l’OSS. À Istanbul, Alexander Rüstow est le vice-président du bureau turc de l’International Rescue and Relief Committee de New York. En 1943, il est en relation avec l’OSS dans l’espoir de promouvoir une collaboration entre les États-Unis et des hommes de la Résistance du cercle de Kreisau, notamment Helmuth James Graf von Moltke18. À la fin de la même année, Wilhelm Röpke entre lui aussi en relation avec les Américains. La démarche est élaborée en concertation avec son compatriote Franz Albert Kramer (1900-1950), fondateur en 1946 du Rheinischer Merkur, l’hebdomadaire catholique conservateur ouest-allemand.

    12Grâce à l’historien Guido Müller, nous connaissons mieux le parcours déconcertant, pour ne pas dire trouble, d’un homme avec lequel Wilhelm Röpke entretient de 1942 à 1945 une relation étroite, qu’atteste une abondante correspondance19. Franz Albert Kramer est un ancien de la brigade Ehrhardt, le plus connu des corps francs, qui compta dans ses rangs l’écrivain Ernst von Salomon, Hermann Souchon, l’assassin de Rosa Luxemburg, et les futurs meurtriers de masse nazis Curt von Gottberg et Friedrich-Wilhelm Krüger. Le retour à la vie civile le conduit dans le mouvance réformatrice catholique incarnée par l’abbaye de Maria Laach et le mouvement Quickborn. Catholique, conservateur, francophile, empreint d’une mystique antimoderniste et chrétienne, Franz Albert Kramer est proche de la revue catholique Abendland. Son attitude vis-à-vis du nazisme ne coïncide qu’imparfaitement avec l’image du résistant qu’il s’est plu à cultiver après la guerre. Membre du NSDAP deux années durant, auteur sous des pseudonymes d’articles favorables au régime, il s’installe en Suisse en 1939 après que le ministère de la Propagande a émis un avis favorable. Il tisse alors des liens avec l’ambassade qui perdurent jusqu’à la fin de la guerre. Mais Franz Albert Kramer est également lié à des figures de l’émigration, notamment le catholique conservateur Walter Ferber et Wilhelm Röpke. Il aspire à peser sur le destin de l’après-guerre en élaborant une perspective de reconstruction catholique et conservatrice. Avec Wilhelm Röpke, il partage des convictions profondes. D’abord un antibolchevisme pur et dur. C’est avec grand intérêt que l’économiste a lu Das rote Imperium, un livre de 1933 que le publiciste lui a envoyé en guise de présentation de sa personne. La même perception négative de la modernité soude également les deux hommes qui se reconnaissent enfin dans l’antiprussianisme.

    13Franz Albert Kramer est en réalité fasciné par la synthèse libérale-conservatrice forgée par l’économiste, jugée tout à fait compatible avec sa propre vision du renouveau allemand et occidental. Les deux hommes s’accordent sur la nécessité d’une vigoureuse rééducation du peuple allemand. À la fin de 1943, Wilhelm Röpke rencontre Allen Dulles, le frère de John Foster Dulles qui a été nommé en 1942 responsable de l’antenne bernoise de l’OSS. La mission de l’Américain est de collecter des informations sur l’ennemi, d’entrer en contact avec des émigrés et des résistants. L’économiste espère obtenir le soutien américain au projet de diffuser en Allemagne une brochure d’une cinquantaine de pages, au lendemain immédiat des hostilités et à hauteur d’un million d’exemplaires au moins. Il s’agit de soigner (to cure) les Allemands du « Realpolitik-Fridericus-Bismarck-Treitschke-Komplex » à l’origine du « cataclysme20 ». Il est prévu un comité interconfessionnel, qui « doit mobiliser les réserves présentes dans l’Église et le christianisme pour résoudre le problème allemand » et dont la première mission sera de superviser la rédaction de la brochure confiée à Franz Albert Kramer21. Mais l’entreprise démarrée dans l’enthousiasme ne débouche pas. Le comité ne dépasse pas le cap de la première réunion, des dissensions apparaissent, Franz Albert Kramer tarde à rédiger son texte, et les Américains, dont tout dépend, se désengagent22. De l’ambitieux projet, il naîtra simplement un livre du publiciste publié en 194523. Mais à l’été 1944, Wilhelm Röpke a lui-même rédigé un mémorandum sur la question allemande à destination de la diplomatie britannique et le diffuse à de nombreuses personnes, y compris dans une version française qu’il fait parvenir à Georges Bidault et André Philip24. D’emblée, il envisage d’en faire un livre25.

    14Die Deutsche Frage est le produit d’une réflexion à la frontière de l’analyse intellectuelle et de la démarche d’expertise. Sa genèse nous renseigne sur l’état d’esprit au sein de l’émigration chrétienne et libérale-conservatrice. Franz Albert Kramer et Wilhelm Röpke sont en contact avec le catholique Karl Thieme (1902-1963). Cet ancien socialiste religieux a été proche de l’aile strassérienne du NSDAP au début des années 1930 avant de se convertir au catholicisme. Installé en Suisse depuis 1935, il est en relation avec Jacques Maritain, Waldemar Gurian et le philosophe catholique Aloïs Dempf. Lui aussi a des projets. En 1942, il a espéré gagner des milieux américains influents à sa vision d’un « institut Carnegie de rééducation des Allemands », à mettre en place en Europe centrale pour une durée de cinq à sept ans26. Il fait également circuler le manuscrit d’un ouvrage sur la question allemande27. Wilhelm Röpke, qui commente abondamment le texte, est donc plus proche de l’émigration intellectuelle, surtout si elle est catholique et conservatrice, que d’un exil plus explicitement politique, surtout s’il penche plutôt à gauche.

    15Il n’a ainsi que méfiance pour le cercle Wirth-Braun-Hoegner, constitué en 1942 autour de personnalités de la vie politique weimarienne : Joseph Wirth, l’ancien chancelier du Reich et leader de l’aide républicaine du Zentrum ; Otto Braun, l’ancien ministre-président social-démocrate de Prusse, auteur de Von Weimar zu Hitler, des mémoires publiés en 1940 par Europa Verlag ; Wilhelm Hoegner, un autre représentant du SPD, membre du Reichstag, futur ministre-président de Bavière. Plus à l’arrière-plan, on trouve le théologien protestant pacifiste Friedrich Siegmund-Schultze et le physicien Friedrich Dessauer, que Wilhelm Röpke a croisés à Istanbul. En décembre 1942, le cercle Wirth-Braun-Hoegner a envoyé un mémorandum à la diplomatie britannique. Il est également en contact avec l’OSS et Allen Dulles. Malgré des dissensions internes, Otto Braun se refusant à condamner la Prusse, il est renforcé dans sa détermination par la création, en 1943 à Moscou, du Comité pour l’Allemagne libre, dont une antenne se met en place en Suisse. En avril 1945, la communauté de travail « Das Demokratische Deutschland » naît de la coopération entre Joseph Wirth et Otto Braun, et débouche sur un manifeste du même nom. L’organisation prend une coloration libérale lorsqu’elle est rejointe par la Liberal-demokratische Vereinigung (L’Union libérale-démocratique), un autre groupe que vient de créer Wolfgang Glaesser, un ancien du DDP et supporter d’Otto Strasser au début des années 1930. Wilhelm Röpke n’en reste pas moins sceptique, dit son regret de voir un libéral frayer avec le comité Wirth-Braun-Hoegner, dont il n’apprécie guère le programme économique jugé étatiste et socialisant, dont il désapprouve le projet politique, « réédition de la république de Weimar à la sauce fédéraliste », simple « fédéralisme folklorique28 ». Pour Wilhelm Röpke, la renaissance allemande passe par le rejet de la structure étatique bismarckienne, par un retour aux traditions régionales et la mise en place d’une confédération d’États, une conception radicale que l’économiste fera évoluer vers une perspective fédérale. Au reproche d’être déconnecté de la réalité, il répond que seule la triple révolution morale, politique et économique préconisée dans Die deutsche Frage sauvera l’Allemagne de la menace collectiviste.

    16Wilhelm Röpke est donc partie prenante d’une vaste réflexion transnationale sur la question allemande. Comme d’autres émigrés, il dénonce la déviance, préconise la rééducation, souscrit au paradigme exceptionnaliste en vogue dans le monde en guerre contre le Reich. Mais les émigrés restent des Allemands, un constat lapidaire qu’il conviendrait de nuancer en fonction de la diversité des parcours individuels. Dans le cas de Wilhelm Röpke, il ne faut pas exagérer la portée de la coupure mentale qui s’est instaurée entre lui et sa patrie. L’économiste n’est pas seulement un proscrit ayant quitté l’Allemagne pour ne jamais s’y réinstaller. Il n’est pas seulement l’un des fondateurs d’un néolibéralisme très internationalisé qui rassemble nombre d’intellectuels au parcours transnational. Il est également un intellectuel allemand qui n’a jamais totalement rompu avec son pays d’origine. Die deutsche Frage doit également se lire comme la réflexion d’un Allemand en phase de redéfinition du rapport qu’il entretient, à l’heure où le nazisme s’effondre avec son pays auquel il se sent attaché par un lien profond. En septembre 1945, Wilhelm Röpke confesse à Alexander Rüstow que le temps lui semble venu de renouer avec un « sentiment patriotique normal et humain29 ». Son implication dans les débats allemands de l’après-guerre invite en outre à relativiser l’appréciation suivant laquelle les émigrés n’auraient guère joué de rôle dans l’Allemagne posthitlérienne. Il est exact que nombre d’entre eux ne sont pas revenus. Mais même à distance, certains ont pu exercer une influence considérable.

    La contribution d’un intellectuel allemand

    17Chassé de sa chaire, Wilhelm Röpke a quitté l’Allemagne. Mais l’exil turc lui pèse. Il regrette également sa vie de professeur au pays des penseurs, « sans doute l’une des existences les plus idéales qu’il a plu au bon Dieu de créer », jugeant l’université allemande supérieure à ses équivalents étrangers. Comme bien d’autres observateurs, le jeune exilé jette un regard incertain sur l’avenir de l’Allemagne. En 1934, dans une lettre adressée à Walter Schücking, il diagnostique l’émergence d’une dictature militaire qui se débarrassera bientôt de sa « façade nationale-socialiste » pour éviter l’anarchie et briser son isolement. La situation serait dramatique, comparable à celle de l’empire allemand en octobre 191730. Après la nuit des Longs Couteaux, Wilhelm Röpke devient plus pessimiste, estimant au printemps 1935 que l’« atmosphère générale est plus horrible que jamais », avec la Reichswehr laissant faire et la Gestapo toute-puissante31. La seconde moitié des années 1930 est placée sous le signe de l’expansionnisme nazi. En 1937, Wilhelm Röpke regrette auprès de Lionel Robbins le manque de fermeté des démocraties et dénonce la « farce de la non-intervention » en Espagne. À l’entendre, l’envoi d’armes au gouvernement espagnol dès juillet 1936 aurait permis d’« étouffer Franco dans l’œuf ». Wilhelm Röpke fustige la faiblesse de la SDN sur la question de Dantzig et plus généralement la politique d’appeasement32. Dans une lettre à Walter Lippmann, rédigée sous le choc de Munich, il compare Chamberlain à Hindenburg, tirant un parallèle entre la faiblesse des conservateurs allemands face aux nazis en 1933-1934 et celle des puissances occidentales face à Hitler33. Wilhelm Röpke semble gagné par une lassitude teintée d’ironie, se disant en mai 1939 « quelque peu fatigué de faire des suppositions sur ce que Herr Schickelgruber va faire34 ». En octobre 1939, il note dans son journal qu’« il n’est plus possible de faire des plans au-delà d’une semaine depuis que le destin de l’Europe est déterminé par des gens qui ont des plans pour le millénaire à venir35 ». Dans un bilan des six années qui ont précédé la guerre, adressé à Gottfried Haberler, il se désole que les émigrés n’aient pas été écoutés, que le « foyer d’incendie » contre lequel ils ont inlassablement mis en garde ait fini par atteindre la « réserve à munitions36 ».

    18Mais le découragement perceptible ici ou là n’altère pas le fighting spirit d’un émigré à l’affût du moindre affaiblissement du régime nazi. Au début de 1939, il souligne l’énervement des Allemands face aux pénuries en beurre, œufs, fruits, café et même charbon. La congestion ferroviaire que connaît le Reich à Noël par – 15 °C en dirait long sur ses difficultés. À la fin avril 1939, l’économiste ne voit pas comment Hitler pourrait se lancer dans une guerre. Si l’Allemagne dispose encore d’une avance et que son armée est excellente, l’économie ne suit pas, la France et la Grande-Bretagne font preuve d’une fermeté nouvelle. En juin 1939, Wilhelm Röpke évoque des paysans allemands qui se libèrent de la « camisole de force de l’économie planifiée » et vendent leur production de plus en plus librement. Après que les autorités ont été obligées d’abolir un nouvel impôt qui venait d’être créé, la population commencerait à comprendre qu’elle a un pouvoir d’influence37.

    19L’économiste fonde ses analyses sur des informations jugées de première main. Il a conservé des liens avec des amis et des relations, sans compter sa famille. Il correspond avec Gustav Heinemann, le futur président de la RFA, son grand ami des années étudiantes, mais dont il commence à s’éloigner. L’économiste genevois reçoit également des visites en provenance du Reich. Une fois surmonté le choc de mai-juin 1940, il renoue avec l’optimisme. L’issue du conflit pourrait survenir plus tôt qu’on ne le croit, estime-t-il en juin 1942. La population allemande serait terrorisée par la perspective d’un avenir très sombre. Wilhelm Röpke se dit saisi de vertige devant les mutations en cours, devant une « catharsis » et une « metanoia » dont le coût, notamment l’« extinction de toute une génération sur le front de l’Est », lui apparaît terrible38. Il note aussi les manifestations de résistance, évoquant en avril 1943 les « troubles étudiants à Munich » et l’exécution de « trois étudiants catholiques39 ». En juin 1943, au vu d’informations qu’il tiendrait directement du haut commandement allemand, il pense probable un effondrement allemand avant la fin de l’année40.

    20Wilhelm Röpke conserve des liens surtout avec les personnes dont il se sent proche sur les plans idéologique et professionnel. Par exemple avec Erich Welter (1900-1982). Au directeur de la rubrique économique de la Frankfurter Zeitung, le grand quotidien libéral que les nazis laissent subsister jusqu’en 1943, il reproche toutefois de cautionner la publication d’articles du rédacteur en chef Rudolf Kircher (1885-1954) et du journaliste et écrivain Friedrich Sieburg (1893-1964), faisant le panégyrique du régime41. Wilhelm Röpke est en correspondance régulière avec Walter Eucken. À la fin de 1938, les Röpke reçoivent son épouse Edith Eucken-Erdsieck. Avec d’autres économistes de la même sensibilité, les contacts sont plus épisodiques, mais révélateurs là aussi d’un lien qui se maintient. En 1941, Wilhelm Röpke correspond avec Adolf Lampe (1897-1948), collègue de Walter Eucken à Fribourg. La même année, il reçoit des nouvelles de son ami Hans Gestrich, docteur en économie devenu journaliste économique, auteur de travaux importants sur la théorie du crédit. À travers ces échanges, les économistes proches de l’École de Fribourg sont familiers de la pensée de Wilhelm Röpke, qui lui-même suit de près la production de ses collègues demeurés en Allemagne. Dans la NZZ, il recense Die Grundlagen der Nationalökonomie, l’ouvrage qui consacre Walter Eucken comme la tête de file de l’ordolibéralisme. Au début de 1943, il dit à Willy Bretscher tout le bien qu’il pense du discours tenu par son collègue fribourgeois à la fin de 1941, lors d’une réunion de l’Académie du droit allemand. Il souhaiterait que la NZZ en rende compte parce qu’il « abonde dans notre sens42 ». Les synergies idéologiques se déploient en dépit des contraintes de la guerre.

    21En d’autres termes, Wilhelm Röpke est un passeur idéalement placé au cœur de l’Europe, l’une des rares charnières intellectuelles entre l’espace allemand et le monde anglo-saxon. À Friedrich Hayek, qui se plaint à l’été 1941 d’être coupé d’une production intellectuelle allemande dont il n’attend il est vrai pas grand-chose, Wilhelm Röpke recommande le sociologue catholique Alfred von Martin (1882-1969) qui, dans son livre Nietzsche und Burckhardt paru en 1941, exalte l’historien de l’art suisse en l’opposant au philosophe allemand43. L’économiste est plus enthousiaste encore pour Die deutsche Rundschau, la revue de Rudolf Pechel (1882-1961 J44. Cette figure de la révolution conservatrice, proche d’Arthur Moeller Van den Bruck et d’Edgard Jung, s’est éloignée du régime nazi après une phase d’enthousiasme initial. Dans une lettre à Walther Meier, Wilhelm Röpke salue la qualité d’une certaine pensée allemande, plus diverse et moins conformiste qu’on ne pourrait l’imaginer de prime abord45. C’est d’ailleurs dans la Neue Schweizer Rundschau que paraît en novembre 1944 son article sur les « courants intellectuels souterrains en Allemagne ». Le constat est que l’intelligentsia allemande porte une lourde part de responsabilité dans le drame allemand ; Oswald Spengler, Julius Langbehn, Wilhelm Stapel, Carl Schmitt ou encore Ernst Jünger sont violemment dénoncés. La résolution du « problème allemand » passe par une « purification spirituelle ». Mais la prise de conscience aurait déjà commencé, grâce à la redécouverte d’un héritage antique, classique et chrétien aux antipodes de l’idéologie nazie, sous la forme également d’une « opposition active », incarnée par des milliers d’universitaires, de juges, de professeurs, d’industriels, d’écrivains se reconnaissant dans la même vision critique du régime.

    22Pour des raisons de sécurité, l’économiste se refuse à décrire précisément ces cercles dont il reconnaît le caractère minoritaire, mentionnant la répression qui s’abat sur eux. Sans doute une allusion voilée à Rudolf Pechel, dont la revue a été interdite en 1942 et qui est incarcéré à Sachsenhausen puis Ravensbrück jusqu’en 1945. Wilhelm Röpke donne malgré tout des exemples de la résistance intellectuelle conservatrice. Die deutsche Rundschau aurait usé du « tir indirect », technique de critique camouflée du nazisme, par exemple en dénonçant les dictateurs des temps passés. Wilhelm Röpke reconnaît même des vertus cathartiques à Machtstaat und Utopie (Pouvoir et utopie), publié en 1940 par Gerhard Ritter, l’une des figures de l’historiographie protestante conservatrice, alors dominante. Si le livre est d’abord une dénonciation du « machiavélisme » anglo-saxon, Wilhelm Röpke y décèle également l’expression d’un sentiment de culpabilité implicite qu’il juge tout à fait positif46.

    23Au sortir du conflit, il nourrit des sentiments ambivalents à l’égard de son pays. S’il condamne toujours le nazisme avec la plus grande fermeté, il s’inquiète de l’avenir d’un peuple qu’il estime capable de remise en cause et dont il commence à souligner, dès son article publié en novembre 1944, qu’il a lui-même été victime du nazisme. Au vu des atrocités commises par les occupants en France, en Belgique et en Hollande, l’opinion internationale commencerait à découvrir la terreur à laquelle les Allemands ont été soumis dès 193347. Des amis perdus de vue depuis 1933 racontent leurs difficultés, évoquent une population broyée par la guerre totale. L’économiste s’inquiète également du sort de sa sœur et de ses neveux, d’autant plus que l’un des exemplaires de son mémorandum sur la question allemande, destiné aux autorités britanniques, serait parvenu entre les mains de la Gestapo. Par sa famille, il reçoit des nouvelles terribles sur les réfugiés de l’Est, les Vertriebene. Mais il apprend soulagé qu’Alfred Weber se trouve en Suisse, que le résistant Walter Bauer a apparemment été libéré par la Gestapo, que Walter Eucken est en bonne santé, qu’il en est de même pour l’écrivaine Ricarda Huch, même s’il attend confirmation de cette dernière information. Dans un premier temps, il est il est vrai sans nouvelles de ses amis Constantin von Dietze et Adolf Lampe, ainsi que de Gerhard Ritter, tous trois arrêtés pour leur appartenance au « cercle de Fribourg », espace de discussion conservateur à tonalité oppositionnelle48. Au printemps 1946, Wilhelm Röpke rencontre à Genève la résistante allemande Hanna Solf49. Il reçoit aussi la veuve d’Ulrich von Hassel et la fille de l’amiral Tirpitz, saluée comme la représentante d’une élite allemande libérée du nationalisme50.

    24Aussi l’économiste vient-il en aide à ses compatriotes. Auprès de René Courtin, il se fait l’avocat des prisonniers allemands en France51. Il envoie des colis de nourriture en Allemagne, à commencer par des boîtes de Nescafé à Walter Eucken. Il se démène pour faire hospitaliser à Davos son ami l’économiste Wilhelm Lautenbach (1891-1948), tuberculeux, qui décède peu après son arrivée. Il fait venir Rudolf Pechel en Suisse afin qu’il se soigne lui aussi et intervient auprès de son éditeur attitré, Eugen Rentsch, pour recommander l’ouvrage que son ami conservateur veut écrire sur la résistance allemande52. Wilhelm Röpke n’est pas pour autant un admirateur inconditionnel de tous les adversaires du nazisme. Il doute que les conjurés du 20 juillet aient laissé un message positif à la postérité. Seule la volonté de s’opposer à Hitler aurait réuni Claus von Stauffenberg et ses amis, qui aspiraient confusément à une sorte de « socialisme national, presque de coloration communiste ». Un « effroyable romantisme idéologique » que Wilhelm Röpke dit avoir côtoyé de près en la personne d’Arvid Harnack (1901-1942), lorsque ce futur membre du groupe de résistance de l’Orchestre rouge envisageait de préparer son habilitation à l’université de Marbourg53. L’aide aux Allemands se veut également spirituelle. Il faut nourrir les ventres, mais aussi les esprits. Wilhelm Röpke se désole des entraves matérielles et politiques limitant la circulation des ouvrages publiés à l’étranger. L’interdiction dans les zones occidentales du best-seller de Friedrich Hayek, La route de la servitude, le scandalise. Au printemps 1947, il s’efforce de monter une « œuvre d’assistance pour l’Allemagne spirituelle », qui fournirait des livres aux élites intellectuelles54.

    25Au lendemain de la guerre, Wilhelm Röpke est plus éloigné que jamais d’une réflexion désincarnée. Il veut détourner les décideurs alliés des orientations les plus maximalistes. Il se scandalise des prises de position de certains émigrés, espérant la disparition rapide du « vansittartisme hystérique » dont Emil Ludwig, Leopold Schwarzschild et Albert Einstein seraient des partisans convaincus55. Friedrich-Wilhelm Foerster, ce « Prussien à rebours », ce « malin vieillard qui a causé un mal énorme », qui « n’a que de la haine pour son propre peuple », est accusé d’exercer une influence des plus nuisible par l’intermédiaire du « fameux comité pour la prévention de la IIIe Guerre mondiale qui fait la besogne de la Russie ». Lui et Emil Ludwig auraient persuadé le président Roosevelt de « faire toute cette politique tragique, y compris cette politique vraiment insensée de détruire l’industrie allemande ». C’est du moins ce que rapportent des « amis américains56 ». S’il partage bien des arguments martelés à l’étranger, Wilhelm Röpke tire parti de sa notoriété pour faire entendre sa différence. Il cherche autant à convaincre les Alliés de faire preuve de modération qu’à rééduquer un peuple allemand déviant. Sa condamnation de l’Allemagne est moins catégorique qu’il n’y paraît au premier abord.

    Une rhétorique de la culpabilité et de la disculpation

    26Dans Die deutsche Frage, Wilhelm Röpke est il est vrai sévère, soulignant la culpabilité de la majorité des Allemands avant d’identifier certains groupes ayant joué un rôle particulièrement néfaste : Franz von Papen et ses conseillers, des dirigeants économiques comme Hjalmar Schacht, la bureaucratie et les militaires, de nombreux intellectuels. Mais il rejette la notion de culpabilité collective et impute à la France et à la Grande-Bretagne une lourde part de responsabilité. Si elle renvoie à une déception répandue chez les émigrés, la critique des démocraties témoigne ici d’une tension entre la mise en évidence de la culpabilité allemande et une propension à dilater le champ des responsabilités qui caractérise également l’évocation des crimes nazis. Non que l’horreur soit esquivée. Wilhelm Röpke évoque les « atrocités les plus répugnantes et les plus bestiales que des hommes puissent imaginer et commettre », la « mort pleine de souffrances de millions de personnes », les « forfaits démoniaques d’Oradour-sur-Glane, du Vercors, de Lidice, d’Auschwitz, de Maïdanek et d’innombrables villes et villages de presque tous les pays occupés par l’Allemagne », les « massacres de Varsovie, la destruction barbare de bibliothèques irremplaçables et des milliers d’autres scélératesses qu’il est presque impossible de décrire57 ». Avec d’autres ouvrages, Die deutsche Frage a sensibilisé l’opinion allemande aux crimes nazis, flanquant la rééducation alliée et les révélations de Nuremberg. Mais l’auteur invoque aussi des circonstances atténuantes.

    27Si les « ordres sanguinaires » de Hitler ont été exécutés en règle générale par les « troupes spéciales nationales-socialistes » et les « agents de la Gestapo », les pires éléments n’étaient souvent pas des « Allemands au sens strict du terme », à l’instar de l’Autrichien Arthur Seyss-Inquart ou du général Vlassov. Au final s’impose la conclusion décontextualisante que, partout, les « forces démoniaques du mal » sont à l’affût58. Concernant l’extermination des Juifs, l’économiste fait montre d’une ambiguïté plus marquée encore en précisant qu’en Allemagne la « très sérieuse question juive » avait atteint une acuité inédite au début du xxe siècle. La tragédie des Juifs résiderait dans le fait qu’ils ont vécu auprès des Allemands, qui leur étaient très semblables, les deux peuples manquant d’équilibre et de solidité. Au lieu de se soutenir les uns les autres, Juifs et Allemands ont eu une histoire faite de tensions, comme dans un couple dont les deux partenaires manquent de force et de détermination. Il n’est donc pas étonnant, poursuit l’auteur, que ce mariage ait été si malheureux, les protestations d’amour alternant avec les explosions de haine59. Wilhelm Röpke n’est pas le seul à tenir ce genre de raisonnement imputant aux Juifs une certaine forme de responsabilité. Dans Die deutsche Katastrophe, le célèbre ouvrage publié dans l’Allemagne de l’immédiat après-guerre, le vieil historien Friedrich Meinecke (1862-1954), grande figure du monde universitaire, estime que les Juifs ont souvent usé de « manière irréfléchie » des situations qui leur étaient favorables, notamment à l’époque weimarienne, où ils auraient été nombreux « parmi ceux qui portèrent trop rapidement et avidement à la bouche la coupe du pouvoir ». Quant au juriste et futur diplomate Carl Hermann Mueller Graaf (1903-1963), il s’interroge : « La prière sincère adressée aux Juifs de veiller à ce que ne se reproduisent pas les erreurs qui suscitèrent en Allemagne la peur antisémite sera-t-elle vaine60 ? » Certains intellectuels semblent encore nourrir des préventions à l’encontre des Juifs.

    28En mai 1943, Wilhelm Röpke écrit que la « question juive est pour nous tous une question soigneusement mise de côté (ein sorgfältig zugedeckter Käse), avec raison puisque nous sommes moralement contraints par la situation de faire porter l’accent de l’autre côté. Mais en notre for intérieur, il nous faut clarifier cette question61 ». En décembre 1945, il rapporte que la situation des Juifs serait difficile dans la zone d’occupation française, non pas à cause d’une persistance de l’« atroce antisémitisme nazi », mais du fait de « manque de tact » dont beaucoup d’entre eux feraient preuve62. Il affirme également que Die deutsche Frage a reçu partout des critiques approbatrices, « sauf du côté juif-communiste (naturellement)63 ». Pourtant, l’économiste s’est tôt préoccupé du sort des Juifs victimes du nazisme. Leur destin prend des « dimensions arméniennes », écrit-il dès septembre 1935 dans une intuition prémonitoire64. En septembre 1942, il explique à Friedrich Hayek qu’il est « extrêmement déprimé par l’horrible tragédie des Juifs en France65 », dont il est directement informé par H. A. Citroën, un homme d’affaires juif, lointain cousin de l’entrepreneur automobile, qui a quitté la Hollande pour s’installer près de Grenoble. Grâce à des soutiens, dont celui de Wilhelm Röpke, qui fournit un itinéraire via la montagne, la famille Citroën gagne la Suisse un mois plus tard. Au vu du bon accueil qu’elle reçoit, l’économiste exprime son émotion dans son journal et se déclare fier de sa patrie d’adoption66. Il n’est pas question pour lui de passer le génocide sous silence. Le 12 février 1944, il reproche à Franz Albert Kramer, alors occupé à rédiger la brochure sur la « catastrophe » allemande, vouée à une diffusion massive, de ne pas dire clairement que « les Juifs en Pologne ont été entièrement exterminés et que des centaines de milliers d’autres Polonais ont été assassinés » : les « Allemands ne seront jamais trop informés sur ces questions-là67 ».

    29Chez Wilhelm Röpke, l’analyse des crimes nazis n’est donc pas exempte de topoï relevant d’un antisémite latent dont il n’était sans doute pas totalement conscient tant celui-ci était partagé par de nombreux représentants des élites. C’est en tout cas avec surprise qu’il prend connaissance des critiques que lui adresse Ludwig Homburger. Ce commerçant suisse de Saint-Gall, propriétaire d’une petite entreprise de broderie, est pourtant l’un de ses lecteurs enthousiastes. Devant les publics les plus divers, la loge maçonnique, l’école cantonale, le groupe féminin de la section saint-galloise du PRD, il a vanté les mérites de Die Gesellschatskrisis der Gegenwart. Mais en tant que Juif, il craint que certains passages de l’ouvrage conduisent les « milieux qui aujourd’hui encore sont partisans de l’antisémitisme » à s’en réclamer. Wilhelm Röpke répond que nombre de ses amis juifs partagent son point de vue qu’il prend le soin de préciser : « Nous devons enfin parvenir à ce que nous, non juifs, puissions discuter de la question juive tout à fait franchement et sans arrière-pensée avec nos amis juifs, sans que ces derniers réagissent avec cette hypersensibilité et le manque de sens autocritique que l’on reproche si souvent aux Juifs68. »

    30Sur l’attitude des Allemands sommés de toute part de faire contrition, Wilhelm Röpke, en définitive, se montre passablement contradictoire. D’un côté, il ressent un décalage par rapport à ses compatriotes. À un Walter Eucken effaré par la situation de son pays, il rappelle fin 1945 que l’Allemagne a semé partout la haine et que ses habitants n’en sont pas toujours conscients69. En avril 1946, il s’inquiète du faible moral des Allemands antinazis, incrimine le « manque de clairvoyance des Allemands qui confine au crétinisme » et l’arrogance des nazis qui relèveraient la tête70. L’appréciation est partagée par Alexander Rüstow, qui déplore l’insuffisante « catharsis collective du peuple allemand » et n’envisage pas de rentrer en Allemagne dans l’immédiat71. Dans Die deutsche Frage, Wilhelm Röpke invite les Allemands à ne pas aggraver encore la colère du reste du monde en niant des faits qui sont parfaitement documentés et dont chaque Allemand sait qu’ils correspondent à la nature profonde du nazisme72. Dans la troisième édition, parue en 1948, il écrit que les Alliés ont le droit de faire beaucoup d’erreurs avant que les Allemands puissent légitimement se plaindre tant sont monstrueux les « crimes commis au nom de l’Allemagne par des Allemands ». Mais, d’un autre côté, il exprime un avis négatif sur le procès de Nuremberg73. Au printemps 1946, il dit considérer avec la plus grande prudence les jugements négatifs sur l’état politique et moral du peuple allemand : « Je ne comprends que maintenant combien la propagande chauvine-communiste de l’étranger est bien orchestrée sur ce point. » L’économiste s’insurge contre le pasteur Martin Niemöller, qui exigerait une « confession masochiste de la culpabilité collective », estime qu’il ne faut pas confondre les protestations que cette position suscite avec des manifestations d’entêtement nationaliste et rappelle que l’« U-Boot-Pastor » a été membre du parti nazi. Il n’est pas tendre non plus envers Carl Gustav Jung, le célèbre psychiatre suisse qu’il qualifie de « tartuffe » et dont il dénonce la compromission avec la « psychiatrie antisémite-aryenne74 ».

    31Mais c’est contre les occupants que Wilhelm Röpke se fait le plus virulent. En mai 1946, écrivant à l’économiste Wilhelm Taucher (1892-1962), dont il fut brièvement le collègue à Graz à la fin des années 1920 et que Schuschnigg nomma ministre du Commerce et des Transports, il dénonce des « rations de type Buchenwald et Belsen », source d’une « famine lente » en comparaison de laquelle les chambres à gaz d’Auschwitz apparaissent comme de l’« euthanasie pure » (reine Euthanasie)75. En novembre 1946, à Bertrand de Jouvenel, il décrit la politique d’occupation alliée comme « cauchemardesque76 ». En juin 1947, il dit se rendre dans le « Konzentrationslager Deutschland » pour parler devant des « détenus affamés77 ». En 1948, il évoque un « meurtre de masse en Allemagne, commis par des gens qui ne savent pas ce qu’ils font (à la différence du meurtre de masse commis dans les régions les plus orientales par des gens qui savent parfaitement ce qu’ils font...)78 ». La correspondance de Wilhelm Röpke révèle l’intérêt d’une histoire de la mémoire du nazisme qui prend en compte non seulement les prises de position publiques, mais également les propos tenus dans un registre plus privé. Touché par les difficultés de ses compatriotes, l’économiste se montre perméable à leur mécontentement, pousse des « coups de gueule » épistolaires. La rhétorique dénonçant la « justice des vainqueurs » (Siegerjustiz) ne le laisse pas indifférent.

    32Mais il ne faut pas surestimer le décalage entre les publications de l’intellectuel émigré et les considérations plus radicales de sa correspondance. Il n’y a pas d’un côté une parole publique qui ne refléterait qu’imparfaitement sa pensée et de l’autre une parole privée qui la condenserait dans sa forme pure. Le statut des deux types de discours n’est en outre pas le même. Privilégier le second par rapport au premier dénaturerait sa vision de la question allemande qui, à bien des égards, se situe dans le mainstream occidental. Le registre privé n’est pas à négliger, mais à analyser dans son articulation avec le niveau public. À aucun moment Wilhelm Röpke n’a envisagé d’endosser une lecture relativiste du passé allemand, à laquelle il ne souscrit pas. Il est d’ailleurs conscient des limites à ne pas franchir, y compris dans un cadre semi-privé, ainsi que l’illustrent les sentiments que lui inspire Hjalmar Schacht, dûment mis en cause dans Die deutsche Frage. En janvier 1949, par l’intermédiaire d’un ami de longue date, le médecin Heinz Wendt, l’économiste a ainsi appris que l’ancien ministre de l’Économie du Reich lui reprocherait d’intriguer auprès des autorités helvétiques pour empêcher son installation en Suisse. Des accusations jugées absurdes. Pour sa part, il serait d’avis de laisser le « vieux monsieur tranquille ». Il dit également en avoir « depuis longtemps franchement ras le bol de toute l’épuration ». Mais dans une seconde lettre, il se montre beaucoup plus sévère pour Hjalmar Schacht, dont il critique le comportement sous le IIIe Reich comme les écrits d’après-guerre. Il ne peut donc envisager de le rencontrer personnellement. Ce correctif vise également à empêcher la diffusion de sa première appréciation plus positive. L’économiste n’est pas prêt à assumer publiquement certains des propos tenus dans sa correspondance79. Il est vrai que ses prises de position ont un impact considérable en Allemagne, où il est devenu un intervenant écouté sur les sujets les plus sensibles.

    Une vedette intellectuelle des années zéro

    33Après quinze années extraordinairement troublées et violentes, l’Allemagne, du moins sa partie occidentale, renoue avec une certaine normalité dans des délais étonnamment brefs. Sans sombrer dans une lecture hagiographique des débuts de la RFA, l’évolution peut être considérée comme spectaculaire. Moins d’une décennie après 1945, l’Allemagne occidentale est un régime solide, dominé par deux partis dont l’orientation démocratique ne fait aucun doute, alors que les formations nationalistes et extrémistes qui ont marqué les décennies précédentes sont devenues négligeables. La situation économique est plus surprenante encore, loin de la misère de la Grande Dépression, loin des souffrances endurées de Stalingrad à la réforme monétaire. Sur le plan international, la nouvelle Allemagne inquiète de moins en moins les Occidentaux qui la considèrent de plus en plus comme un allié incontournable. À bien des égards, elle ne se différencie guère de la France ou de la Grande-Bretagne, les trois pays s’apprêtant à basculer dans la consommation de masse. Son trait le plus spécifique réside peut-être dans son rapport au passé, l’extermination des Juifs ne pesant guère dans le paysage mémoriel. Les Allemands sont d’abord préoccupés par le sort des réfugiés de l’Est et des prisonniers de guerre, dont certains restent détenus en URSS jusqu’en 1955, lorsque le chancelier Adenauer se rend à Moscou80. La représentation dominante du nazisme est alors celle d’un pouvoir totalitaire en quelque sorte excisé du reste de la société allemande.

    34Si elle nous choque tant aujourd’hui, cette configuration mémorielle n’est pas seulement le produit d’un contexte allemand. Partout dans le monde, c’est alors Buchenwald et non Auschwitz qui symbolise le nazisme. L’intérêt pour ce que l’on n’appelle pas encore la Shoah est limité. Dans l’Amérique des années 1950, Raul Hilberg attend plusieurs années avant de trouver un éditeur acceptant de publier sa monumentale Destruction des Juifs d’Europe. L’heure n’est plus à la dénonciation d’un peuple et de son histoire, mais à l’insertion d’un nouveau partenaire dans le front antisoviétique. Jadis pourfendeur du militarisme allemand, le général Eisenhower affirme en 1951 que l’honneur du soldat allemand est resté intact81. Jusqu’à la relance des poursuites contre les criminels nazis à partir de 1958, le rapport au nazisme dans la RFA des premiers temps traduit aussi un certain Zeitgeist occidental. Au moment le plus chaud de la guerre froide, le paradigme totalitaire place un trait d’égalité entre les terreurs rouge et brune, ne facilite pas la reconnaissance du génocide des Juifs dans sa terrible spécificité.

    35Cette évocation des années 1950 souligne par contraste la tonalité plus (auto) critique de l’immédiat après-guerre. Avec le désarroi de nombreux intellectuels sous le choc du nazisme et de la défaite, la réprobation internationale qui pèse sur un pays placé au ban des nations a été l’autre élément déclencheur d’une intense réflexion sur la « catastrophe allemande », pour reprendre la formulation de l’historien Friedrich Meinecke. Dans un peu plus de deux cents ouvrages, articles et brochures, on débat alors de la culpabilité allemande, des origines du nazisme et de la spécificité du passé allemand82. Certes, il ne faut pas surestimer l’impact de ces écrits, dont certains, publiés à l’étranger, ne sont que difficilement accessibles. Loin devant l’exercice d’un hypothétique devoir de mémoire avant la lettre, les Allemands de la « société de ruines » (Trümmergesellschaft’) cherchent d’abord à se loger et à se nourrir. Mais que des intellectuels se soient mobilisés, parmi eux des figures de premier plan, traduit l’émergence d’un nouveau rapport au passé, marqué par la dénonciation d’une « voie allemande » autrefois glorifiée par la tradition nationaliste. Symboles de l’effervescence intellectuelle de l’immédiat après-guerre, les grandes revues politico-intellectuelles que sont les Frankfurter Hefte, Die Wandlung ou Der Aufbau évoquent et publient les auteurs les plus en pointe sur la question allemande83. S’il a été éphémère, déclinant dès 1947- 1948 pour s’éteindre avec la fondation des deux Allemagne, ce débat présente un caractère iconoclaste et impératif qui n’est pas sans anticiper bien des admonestations plus récentes, enjoignant à regarder le passé en face au nom de la « maîtrise du passé » (Vergangenheitsbewältigung). Il faudra attendre les années 1960, avec Fritz Fischer, puis la nouvelle génération des historiens critiques tenants de la thèse du Sonderweg, pour que l’interrogation sur les origines du nazisme redevienne centrale.

    36Au lendemain immédiat de la guerre, le moment est à l’essai, à la formule choc, non au travail scientifique. Cette production peut être jugée inintéressante, voire ambiguë. Certains plaidoyers en faveur du renouveau ne sont pas dépourvus de relents antidémocratiques, le rejet des traditions néfastes peut être ambivalent, la dénonciation des crimes nazis est souvent maladroite ou insuffisante. Mais ces écrits doivent être situés dans l’horizon d’attente de leur temps. Une forte demande s’adresse alors aux producteurs de normes que sont les historiens, les philosophes, les économistes ou les publicistes. La bourgeoisie des talents en situation de détresse identitaire a soif d’explications de cette « catastrophe » dont les conséquences sont si lourdes pour un État allemand qui a disparu et dont l’avenir est si incertain. Les intellectuels qui proposent des grilles de lecture pour comprendre le passé et penser le futur sont accueillis avec ferveur. Si d’autres émigrés alimentent la réflexion, Karl Thieme de Suisse, le social-démocrate Kurt Stechert de Suède, Hermann Rauschning des États-Unis, aucun n’a autant d’écho que Wilhelm Röpke84. Suite à la critique dont il est la cible de la part du publiciste communiste Wolfgang Harich, qui qualifie à l’occasion Die deutsche Frage de « livre infâme », Rudolf Pechel réplique dans Die deutsche Rundschau en soulignant que, en recourant à la notion de totalitarisme, Wilhelm Röpke a touché un nerf sensible85. L’économiste devient une personnalité incontournable, sollicitée par les autorités d’occupation comme par les nouvelles autorités. Les qualités d’écriture et de communication qui ont fait son succès en Suisse expliquent également son retentissement en Allemagne.

    37En août 1946, le consul général des États-Unis à Brême, Maurice W. Altaffer, qui fut en poste à Zurich durant la guerre, salue la prescience de l’économiste pour avoir annoncé dès 1945 un certain nombre d’évolutions de l’après-guerre et lui demande son avis sur l’avenir86. La même année, Wilhelm Röpke est invité par les autorités françaises à Fribourg-en-Brisgau et à Tübingen, mais décline la proposition, pour ne pas donner le sentiment d’arriver dans les « fourgons des Alliés ». Ce blocage surmonté, il effectue plusieurs tournées de conférences dans les zones occidentales. Selon Rudolf Pechel, les perspectives d’avenir tracées dans Die deutsche Frage sont abondamment discutées dans de petits groupes de lecteurs87. L’une des formes prises par la soif de débat qui caractérise l’immédiat après-guerre est en effet la floraison de cercles de discussion où se libère une parole expiatoire et exploratoire. Mais la reconnaissance de l’économiste genevois prend également des formes plus académiques. Les universités de Munich, Tübingen et Heidelberg lui proposent des chaires. Son importance est également reconnue par de grandes figures intellectuelles. Karl Jaspers, dont la réflexion sur la culpabilité allemande a marqué les esprits, aurait été enthousiasmé par Die deutsche Frage et aurait voulu une édition allemande destinée à être diffusée à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires88.

    38Devant le succès rencontré par l’économiste, l’historien Gerhard Ritter entame avec lui une discussion critique. Il juge ses analyses historiques « insuffisamment étayées ». Récusant l’interprétation que fait Wilhelm Röpke de son propre ouvrage Machtstaat und Utopie89, il se défend de toute « édulcoration éhontée du machiavélisme » et nie avoir un quelconque sentiment de culpabilité à se reprocher. Bien au contraire, il aurait été un contempteur de l’État total. Mais la nécessité, sous la dictature nazie, de formuler prudemment ses idées, a pu être mal interprétée à l’étranger. Membre de l’Église confessante, Gerhard Ritter rappelle également qu’il est proche de Walter Eucken. Il estime donc mériter autant d’éloges que ce dernier auprès de Wilhelm Röpke. L’historien nationaliste et conservateur soumet ici ses ouvrages passés à une relecture opportuniste afin de les rendre plus présentables à l’heure de la mise en cause du passé allemand et de ceux qui l’ont glorifié. Très conciliant, Wilhelm Röpke justifie le caractère essayistique de Die deutsche Frage par l’urgence du moment et promet de présenter son collègue historien sous un jour plus favorable dans les prochaines éditions90.

    39En Allemagne, l’économiste est âprement sollicité. À la fin de 1947, il est contacté par Peter von Zahn (1913-2001), journaliste radio très actif de la Nordwestdeutsche Rundfunk, rédacteur avec Axel Eggebrecht des Nordwestdeutsche Hefte, l’une des principales revues politico-culturelles de l’immédiat après-guerre, qui tire à 100 000 exemplaires. Le publiciste souhaiterait publier une conférence faite par l’économiste à Hambourg sur la « crise du collectivisme ». Mais les droits ont déjà été donnés à une maison d’édition munichoise qui prévoit d’en imprimer 15 000 exemplaires91. La thématique du collectivisme sert aussi de matière à des interventions à Copenhague et à Stockholm. Car Wilhelm Röpke est désormais une référence dans l’ensemble du continent européen. La version anglaise de Die deutsche. Frage a paru en Angleterre en 1946, avec une préface de Friedrich Hayek92. L’économiste correspond avec Geoffrey Barraclough, qui lui a envoyé son Origins of Modern Germany, dans lequel il cite abondamment l’économiste93. Wilhelm Röpke apprend également que lord Vansittart aurait lu avec le plus grand intérêt ses articles publiés dans l’hebdomadaire Time and Tide et souhaiterait faire sa connaissance94. La cote de l’économiste monte également dans le monde de l’émigration. Début 1946, Waldemar Gurian, qui a acheté d’un bloc tous ses ouvrages, lui propose de publier dans la Review of Politics95. L’économiste est même en contact avec Otto Strasser, qui lui envoie son dernier livre, Deutschlands Erneuerung (Le renouveau de l’Allemagne), publié en 1947. Les deux hommes, qui ont déjà correspondu brièvement dans les années 1930, ont la même vision du problème allemand. Wilhelm Röpke s’engage à faire un compte rendu de Deutschlands Erneuerung dans la Neue Schweizer Rundschau96.

    40En Allemagne, Wilhelm Röpke est parfois sollicité sur des dossiers délicats. En août 1947, le pasteur Ubbelohe, de Stade, la petite ville située entre Hambourg et Cuxhaven, dont l’économiste a fréquenté le lycée, lui demande d’intervenir en faveur du maréchal von Kleist (1881-1954), détenu en Yougoslavie, condamné à quinze ans de détention pour crimes de guerre. Wilhelm Röpke dit avoir peu d’espoir, puisque la Yougoslavie est un « pays totalitaire n’offrant de ce fait aucune garantie juridique97 ». Au même moment, il est contacté par l’avocat suisse Walter Vinassa, l’un des représentants de la défense lors du procès de l’IG-Farben à Nuremberg98. Il s’agirait d’expertiser le mémoire sur la réorganisation de l’industrie chimique en Europe, que l’entreprise a réalisée à la demande du pouvoir nazi et que l’accusation cite à charge. Wilhelm Röpke diffère sa réponse sans refuser explicitement la proposition99. Des collègues recherchent également son soutien, à l’instar d’Albrecht Forstmann, ancien professeur à l’université libre de Berlin. Cet ancien membre du NSDAP qui a pris sa carte en 1932 avant de tomber en disgrâce, au point d’être incarcéré à Sachsenhausen de 1937 à 1940, voudrait obtenir la caution de Wilhelm Röpke. Il se défend de toute compromission en arguant du fait que les textes dont on lui reproche désormais la teneur sont des prises de position oppositionnelles. De fait, dans Der Kampf um den internationalen Handel (Le combat pour le commerce international) publié en 1935, remarqué à l’étranger et jugé sévèrement par la Gestapo, il a critiqué la politique économique nationale-socialiste. Si Wilhelm Röpke accepte de rédiger une expertise favorable, son collègue ne pourra préserver son poste100.

    41Wilhelm Röpke reçoit désormais un abondant courrier des lecteurs. Il est vrai qu’il martèle ses thèses dans tout le monde occidental avec des articles aux titres percutants : « Das Dilemma in der deutschen Frage », « Le problème allemand. Un an après », « Vereinigte Staaten von Deutschland ? », « New Germans Must Shape the New Germany », « The German Dust Bowl », « Economie Disease in Germany », « Deutschlands Zukunft101 ». L’économiste se plaît à évoquer les propos positifs que l’ancien président Hoover aurait tenus à son égard devant la commission budgétaire du Congrès102. Ses écrits auraient exercé une influence majeure sur les Alliés et accéléré l’adoption de la réforme monétaire. Difficile à apprécier, leur impact n’est de fait pas à négliger. Fait révélateur, Wilhelm Röpke reçoit de nombreux témoignages de prisonniers de guerre en Grande-Bretagne le remerciant pour ses livres. L’un d’entre d’eux le cite sur les ondes de la radio londonienne aux côtés d’Albert Schweitzer et de Franz Werfel103. Par son stakhanovisme éditorial, l’économiste a contribué à légitimer une vision de l’avenir dont le temps a révélé le caractère à certains égards prémonitoire. Si sa vision initiale d’une Allemagne confédérale manquait de sens des réalités, il a ensuite affirmé qu’il fallait limiter la refondation de l’Allemagne à sa partie occidentale, appelée à intégrer une « communauté atlantique104 ». En défendant avant les autres cette option atlantiste, en affichant un profil « anticollectiviste », en critiquant le dirigisme de la politique d’occupation, en plaidant pour un retour au libéralisme, il séduit, un peu partout, les adversaires du « socialisme » sous toutes ses formes, de Bevin à Staline.

    42Enfin, le succès de Die deutsche Frage s’explique par son pluralisme interprétatif. L’économiste ne se limite pas au paradigme exceptionnaliste pour rendre compte du destin allemand, il incrimine également la crise du monde moderne et le mal totalitaire. Il est l’un des rares intellectuels à combiner des grilles d’explication qui semblent s’exclure, la première renvoyant le nazisme à une causalité allemande, la seconde le décryptant comme une manifestation parmi d’autres d’un phénomène ubiquitaire. Il balaie ainsi un spectre interprétatif large, séduisant des milieux variés, en Allemagne et hors d’Allemagne. Que le général de Lattre commande pour son état-major cinquante exemplaires d’Explication de l’Allemagne, la version française de Die deutsche Frage, est moins anecdotique que révélateur de l’audience d’un intellectuel qui a su ramasser en des synthèses percutantes les interrogations angoissées de ses contemporains105.

    ***

    43De l’avènement d’Adolf Hitler aux lendemains de la guerre, le parcours de Wilhelm Röpke apparaît remarquable. Si l’exil a été synonyme d’incertitudes et de renoncements, sa non-compromission avec le nazisme, le cours de la guerre ainsi que la patiente construction de réseaux à l’échelle suisse, européenne et internationale lui ont permis d’accumuler un capital de légitimité considérable. En termes de sociologie de l’exil, l’économiste a maximisé les ressources qu’il lui était possible de retirer d’un long séjour hors d’Allemagne. Mobilisant sa notoriété scientifique précoce, il parvient à se faire recruter à Istanbul, puis à Genève. Plus tard, les propositions de chaire venues des États-Unis puis d’Allemagne démontrent qu’il maintient sa valeur marchande sur le marché universitaire. Pourtant, dès le début des années 1940, il s’est détourné de l’économie théorique pour une réflexion plus sociologique, un infléchissement qui ne lui a pas nui, bien au contraire, mais l’a conduit à cumuler des légitimités de nature différente.

    44Sa pensée combine des interrogations fondamentales sur le cheminement de la civilisation occidentale avec des interrogations sur l’ordre politique, économique et social à mettre en place dans l’après-guerre. Wilhelm Röpke a réussi la synthèse entre deux figures de l’intellectuel a priori difficilement conciliables. De par sa compétence disciplinaire, il peut revendiquer la crédibilité de l’expert, une figure en pleine expansion à l’ère des guerres mondiales, du développement des bureaucraties et de la montée en puissance de l’État. Mais il bénéficie également de l’aura plus traditionnelle de l’intellectuel qui pense la « crise ». Une posture à même de séduire les élites cultivées qui, depuis le début du xxe siècle, s’inquiètent du devenir d’un monde perçu à travers les catégories de la décadence et du dérèglement. À la fois économiste et sociologue, universitaire et essayiste, expert et humaniste, Wilhelm Röpke a été particulièrement performant dans la conquête d’un magistère intellectuel et médiatique, ne publiant pas moins de quatre best-sellers en sciences sociales (Die Gesellschaftskrisis der Gegenwart, Civitas humana, Die deutsche Frage, Internationale Ordnung) de 1942 à 1945. Il a fait bien mieux que Friedrich Hayek qui, dans le même laps de temps, ne publie jamais que La route de la servitude, il est vrai au bon endroit et au bon moment, et dans la bonne langue.

    45L’écho rencontré par Wilhelm Röpke s’explique aussi par son positionnement idéal au cœur de l’Europe, par son rôle de passeur entre des univers qui communiquent mal. Il est vrai que le nazisme et la Seconde Guerre mondiale n’ont jamais interrompu la circulation des concepts de par le monde. Ils l’ont même favorisée en générant une importante émigration intellectuelle. En outre, la réflexion historique, sociologique, politique, économique a été stimulée par les bouleversements tragiques du monde contemporain. Mais les hostilités n’en ont pas moins signifié une coupure intellectuelle entre l’Europe sous domination nazie et le monde anglo-saxon. Wilhelm Röpke émerge de la Seconde Guerre mondiale comme l’un des rares penseurs à bénéficier d’une notoriété réellement internationale. En Suisse, il est devenu une quasi-célébrité. Dans la nouvelle Allemagne sur la voie d’une difficile rédemption, le jeune économiste parti douze ans plus tôt fait désormais figure de référence. En Italie, en Hollande, dans les pays Scandinaves, en Grande-Bretagne, en France, un peu plus tardivement aux États-Unis, sa voix est reconnue comme celle d’un brillant intellectuel antinazi, d’un expert dont on recueille l’avis sur l’épineuse question allemande. Wilhelm Röpke tente alors de peser sur la politique d’occupation. Car il éprouve un sentiment de solidarité pour ses compatriotes et s’inquiète pour l’avenir de son pays. Mais cette inclination allemande ne doit pas être surestimée. En dépit des sollicitations dont il est l’objet, l’économiste se refuse à retourner dans son pays. Aussi importante soit-elle, la question allemande n’est dans son esprit qu’une dimension de la problématique plus vaste de la lutte contre le « collectivisme ».

    46Économiste allemand proche de l’ordolibéralisme, Wilhelm Röpke est également un intellectuel transnational. L’exil a signifié acculturation et dénationalisation. À Genève, l’IUHEI rassemble dans les années 1930 des universitaires issus de nombreux pays, sert de refuge à des intellectuels ayant fui le fascisme, accueille un transit important de professeurs invités et temporaires de toutes origines. Sous la houlette de William Rappard, un directeur d’influence qui dispose de contacts nombreux au sein de l’establishment helvétique et dans le monde anglo-saxon, notamment aux États-Unis, cette institution originale sise à côté de la SDN a été le milieu de précipitation privilégié d’une pensée dépassant les horizons nationaux. Entre Wilhelm Röpke et la grande majorité des intellectuels allemands restés au pays, le décalage existentiel est alors maximal. Dans l’Allemagne de Hitler, l’ouverture sur l’étranger n’est plus de mise, la nation est plus que jamais la catégorie structurante, l’alpha et l’omega de toute réflexion sur le passé et l’avenir. Et rares sont ceux qui ne sont pas contaminés par le climat ambiant. Le vieil historien Friedrich Meinecke, pourtant peu suspect de sympathie pour le nazisme, ressent au lendemain de la victoire sur la France de la « joie », de l’« admiration » et de la « fierté106 ». Il se situe alors à des années-lumière de Wilhelm Röpke, au contraire sous le choc et engagé dans une réflexion postnationale sur la nature des dictatures modernes.

    47Dès les années 1930, Wilhelm Röpke évolue dans un cadre de réflexion que l’on qualifiera d’occidental. Il est l’un des mieux placés pour saisir les enjeux d’un monde en transformation, pour élaborer les nouveaux dispositifs qui vont rendre pensable l’après-guerre. À bien des égards, sa pensée antitotalitaire anticipe les grilles de lecture des années 1950. Polarisé sur la question du « collectivisme », qu’il voit d’abord incarné dans le nazisme, mais aussi, et de plus en plus, dans le socialisme, Wilhelm Röpke est un intellectuel de guerre froide avant la lettre. Son antisocialisme confère la puissance de la prescience à des analyses qui, dès avant 1945, pensent la coupure Est-Ouest. Proposant une réflexion globale doublée d’un programme d’action, Wilhelm Röpke est l’un des représentants les plus actifs d’un antifascisme de facture libérale-conservatrice encore insuffisamment pris en compte par l’historiographie. Dès 1941-1942, lorsque la défaite allemande ne fait plus guère de doute, il prépare le grand combat de l’après-guerre, celui qui, à l’échelle de la planète, va opposer le « monde libre » au camp soviétique, celui qui, au sein de chaque nation occidentale, va se dérouler entre socialisme démocratique et conservatisme libéral. Par sa trajectoire, l’économiste s’est doté de nombreux atouts pour jouer un rôle dans la confrontation qui s’annonce. Est-ce à dire que l’exil a « créé » Wilhelm Röpke, transformant un simple professeur d’économie en une vedette intellectuelle, en un leader du mouvement néolibéral ? Ce serait aller un peu vite en besogne. La question est de savoir si la trajectoire du jeune économiste, qui quitte l’Allemagne à peine âgé de 34 ans, a été radicalement modifiée par l’expérience de l’émigration, ou simplement déviée dans des proportions moindres. Un retour sur les années weimariennes s’impose pour affiner notre portrait.

    Notes de bas de page

    1 Wilhelm Röpke, Die deutsche Frage, op. cit., p. 203.

    2 Ibid. p. 129-138.

    3 Ibid., p. 157.

    4 Ibid., p. 132.

    5 Pour un aperçu des analyses françaises et anglo-saxonnes de l’histoire allemande produites au sortir immédiat de la guerre, voir Jean Solchany, Comprendre le nazisme dans l’Allemagne des années zéro (1945-1949), Paris, PUF, 1997, p. 5-24.

    6 Edmond Vermeil, L’Allemagne. Essai d’explication, Paris, Gallimard, 2e éd., 1945, p. 75-76.

    7 A. J. P. Taylor, The Course of German History. A Survey of the Development of German History Since 1945, Londres, Hamilton, 1945, p. 13.

    8 Henri Berr, EAllemagne. Le contre et le pour, Paris, Albin Michel, 1950, p. 1, 78-79 ; Albert Béguin, Faiblesse de l’Allemagne, Paris, Corti, 1945, p. 28-30.

    9 Edmond-François Calvo, La bête est morte ! La guerre mondiale chez les animaux, Paris, Gallimard, 1944-1945. Rééditions en 1977 et 1995.

    10 Voir notamment Robert Vansittart, Black Record. German Past and Present, Londres, Hamilton, 1941. Traduit en français sous le titre Les puissances des ténèbres, Paris, Tallandier, 1945. Voir également Aaron Goldman, « Germans and Nazis : The Controversy Over “Vansittartism” in Britain During the Second World War », Journal of Contemporary History, 14, n° 1, 1979, p. 155-191.

    11 Geoffrey Barraclough, The Origins of Modern Germany, Oxford, Blackwell, 1947.

    12 Le premier rapport de janvier 1945 s’intitule « German Reactions to Defeat », le second, de mars 1945, « The German Character » ; voir Vera et Ansgar Nünning, « Autoritätshörig, unpolitisch und opportunistisch. Englische Vorstellungen vom deutschen Volkscharaktier am Ende des Zweiten Weltkrieges », Geschichte in Wissenschaft und Unterricht, n° 4, 1994, p. 224-239.

    13 Lettre du 11 octobre 1934 à Carlo Sforza, NR, dossier Wichtige Briefe.

    14 Lettre du 17 novembre 1935 à Karl Brandt, ibid.

    15 Lettre du 7 janvier 1935 à Carlo Sforza, ibid.

    16 Lettre du 21 mars 1942 à Roman Boos, NR, classeur Briefe B 40-42.

    17 Sur la contribution des émigrés au fonctionnement de l’OWI et de l’OSS, voir Emmanuelle Loyer, Paris à New York, op. cit., notamment p. 307-319 ; Barry M. Katz, Foreign Intelligence : Research and Analysis in the Office of Strategic Services, Cambridge, Harvard University Press, 1989 ; Claus-Dieter Krohn, « Emigranten und die “Westernisierung” der deutschen Gesellschaft nach 1945 », dans Id., Martin Schumacher (dir.), Exil und Neuordnung. Beiträge zur verfassungspolitischen Entwicklung in Deutschland nach 1945, Düsseldorf, Droste Verlag, 2000, p. 9-32.

    18 Kathrin Meier-Rust, Alexander Rüstow, op. cit., p. 71-73.

    19 Guido Müller, « Der Kreis um Franz A. Kramer und die Gründung des Rheinischen Merkur », dans Claus-Dieter Krohn, Axel Schildt (dir.), Zwischen den Stühlen ? Remigranten und Remigration in der deutschen Medienöffentlichkeit der Nachkriegszeit, Hambourg, Christians, 2002, p. 316-342.

    20 Lettre du 6 décembre 1943 à Allen Dulles, NR, dossier Briefe AK 42-44.

    21 Lettre du 2 avril 1944 à Karl Ludwig Schmid, NR, dossier Kramer.

    22 Lettre du 3 décembre 1944 de Franz Albert Kramer, NR, dossier Kramer. Après la guerre, dans un texte non publié rédigé à la mémoire de Franz A. Kramer, mort en 1950, Wilhelm Röpke impute la volte-face américaine à la pusillanimité des puissances occidentales, jugées incapables de contrer la propagande soviétique sur la question allemande. Voir Wilhelm Röpke, « F. A. Kramer – In Memoriam », dans Id., Gegen die Brandung, Erlenbach-Zurich, Rentsch, 1959, p. 369-374.

    23 Franz Albert Kramer, Vor den Ruinen Deutschlands. Ein Aufruf zurgeschichtlichen Selbstbesinnung, Berlin, Wedding Verlag, 1946.

    24 Lettre du 22 novembre 1944 à F. A. Kramer, NR, dossier Kramer. Ce manuscrit n’a pas été conservé.

    25 Lettre du 13 juillet 1944 à F. A. Kramer, ibid.

    26 Lettre du 17 août 1942 de Karl Thieme, NR, dossier Briefe MZ 42-44.

    27 Lettre du 23 juillet 1942 de Karl Thieme, lettre du 3/8/1942 à Karl Thieme, ibid. Le livre de Karl Thieme paraît en 1945 : Karl Thieme, Das Schicksal der Deutschen. Ein Versuch seiner geschichtlichen Erkldrung, Bâle, Kobersche Verlagsbuchhandlung, 1945.

    28 Lettres des 20 et 23 juillet 1945 à Wolfgang Glaesser, NR, dossier Wichtige Briefe.

    29 Lettre du 8 septembre 1945 à Alexander Rüstow, NR, dossier Rüstow.

    30 Lettre à Walter Schücking, BA Koblenz, Nachlaß Walter Schücking, N 1051/113. La lettre n’est pas datée précisément, mais remonte probablement à la fin du printemps de 1934. Il manque la première page de ce document dont l’original n’a pas été conservé.

    31 Lettre du 20 mars 1935 à Herbert von Beckerath, NR, dossier Wichtige Briefe.

    32 Lettre du 13 février 1938 à Lionel Robbins, ibid.

    33 Lettre du 4 octobre 1938 à Walter Lippmann, ibid.

    34 Lettre du 18 mai 1939 à Robert Ingrim, ibid.

    35 Wilhelm Röpke, TG, 2, entrée du 10 octobre 1939.

    36 Lettre du 13 septembre 1939 à Gottfried Haberler, NR, dossier Wichtige Briefe.

    37 Lettres du 10 janvier, du 29 avril et du 24 juin/1939 à Alexander Rüstow, NR, dossier Rüstow.

    38 Lettre du 16 juin 1942 à Karl Brandt, lettre du 8 juin 1942 à Friedrich Hayek, NR, dossier AL 42-44.

    39 Lettre du 17 avril 1943 à Franz Albert Kramer, ibid.

    40 Lettre du 10 juin 1943 à Franz Schmid, NR, dossier MZ 42-44.

    41 Lettre du 19 février 1935 à Erich Welter, NR, dossier Wichtige Briefe.

    42 Lettre du 14 janvier 1943 à Franz Albert Kramer, NR, dossier AL 42-44.

    43 Alfred von Martin, Nietzsche und Burckhardt, Munich, Reinhardt, 1941.

    44 Lettre du 18 août 1941 de Friedrich Hayek, lettre du 13 novembre 1941 à Friedrich Hayek, NR, dossier Briefe 41-42.

    45 Lettre du 30 novembre 1942 à Walther Meier, NR, dossier MZ 42-44.

    46 Wilhelm Röpke a publié l’article sous pseudonyme : voir Angrivarius, « Geistige Unterströmungen in Deutschland », Neue Schweizer Rundschau, XII, n° 7, p. 371-389.

    47 Ibid.

    48 Lettre du 8 septembre 1945 à Alexander Rüstow, NR, dossier Rüstow.

    49 Lettre du 8 mai 1946 à Alexander Rüstow, ibid.

    50 Lettre du 5 mars 1946 à Alexander Rüstow, ibid.

    51 Lettre du 9 décembre 1946 à René Courtin, NR, dossier AK 1946.

    52 Rudolf Pechel, Deutscher Widerstand, Erlenbach-Zurich, Rentsch, 1947.

    53 Lettre du 9 mars 1947 à Rudolf Pechel, NR, dossier AK 47-49.

    54 Lettre du 24 avril 1947 à Alexander Rüstow, NR, dossier Rüstow. Sur le rôle de la Suisse dans la « rééducation », voir Corinne Defrance, « L’apport suisse à la rééducation des Allemands : l’exemple de la coopération universitaire (1945-1949) », Revue suisse d’histoire, 48, 1998, p. 236-253.

    55 Lettre du 8 septembre 1945 à Alexander Rüstow, NR, dossier Rüstow.

    56 Lettre du 6 février 1946 à Georges Rigassi, NR, dossier AK 47-49.

    57 Wilhelm Röpke, Die deutsche Frage, op. cit., p. 77.

    58 Ibid., p. 70-72.

    59 Ibid., p. 13, 83,171.

    60 Friedrich Meinecke, Die deutsche Katastrophe. Betrachtungen und Erinnerungen, Wiesbaden, Brockhaus, 1946, p. 29 ; Carl Hermann Mueller-Graaf, Irrweg und Umkehr. Betrachtungen über das Schicksal Deutschlands, Bâle, Reclam Verlag, 1946, p. 75.

    61 Lettre du 13 mai 1943 à Alexander Rüstow, NR, dossier Rüstow.

    62 Lettre du 3 décembre 1945 à Fritz Neumark, NR, dossier Wichtige Briefe.

    63 Lettre du 12 décembre 1945 à Ted Borsig, NR, dossier AK 46.

    64 Lettre du 24 septembre 1935 à William Rappard, NR, dossier Wichtige Briefe.

    65 Lettre du 22 septembre 1942 à Friedrich Hayek, NR, dossier AL 42-44.

    66 Wilhelm Röpke, TG, 3, entrée du 19 septembre 1942 intitulée « Nochmals Frankreich ».

    67 Lettre du 12 février 1944 à Franz Albert Kramer, NR, dossier Kramer.

    68 Lettre du 21 septembre 1945 de Ludwig Homburger, lettre du 23 septembre 1945 à Ludwig Homburger, NR, dossier Fan mail III.

    69 Lettre du 8 septembre 1945 à Alexander Rüstow, NR, dossier Rüstow.

    70 Lettre du 16 avril 1946 à Alexander Rüstow, ibid.

    71 Lettre du 20 février 1946 d’Alexander Rüstow, ibid.

    72 Wilhelm Röpke, Die deutsche Frage, op. cit., p. 77.

    73 Ibid., p. 291 ; lettre du 15 octobre 1946 à Jann von Sprecher, NR, dossier AK 46.

    74 Lettre du 28 mai 1946 à Alexander Rüstow, ibid.

    75 Lettre du 17 mai 1946 à Wilhelm Taucher, NR, dossier lettres AK 46.

    76 Lettre du 21 novembre 1946 à Bertrand de Jouvenel, NR, dossier AK 46.

    77 Lettre du 16 juin 1947 à Wolfgang Erdmann, NR, dossier AK 1947-1949.

    78 Lettre du 9 juin 1948 à Walter Stucki, NR, dossier AK 47-49.

    79 Lettres des 12 et 23 janvier 1949 à Heinz Wendt, NR, dossier AK 47-49.

    80 Robert G. Moeller, The Search for a Usable Past in the Fédéral Republic of Germany, Berkeley, University of California Press, 2001. Sur la mémoire du nazisme dans l’Allemagne des années 1950, voir également Ulrich Brochhagen, Nach Nürnberg, Vergangenheitsbewältigung und Westintegration in der Ära Adenauer, Hambourg, Junius, 1994 ; Norbert Frei, Vergangenheitspolitik. Die Anfänge der Bundesrepublik und die NS-Vergangenheit, Munich, Beck, 1996 ; Jean Solchany, « Le premier âge de la “maîtrise du passé” : le nazisme dans les consciences allemandes de 1945 à la fin des années 1950 », Revue d’Allemagne, 32, juillet-septembre 2000, p. 379-400.

    81 Voir Norbert Frei, Vergangenheitspolitik, op. cit., p. 77, 218 ; Ulrich Brochhagen, Nach Nürnberg, op. cit., p. 196-198.

    82 Sur ces débats, voir Barbro Eberan, Luther ? Friedrich der « Groβe » ? Wagner ? Nietzsche ?...?...? Wer war an Hitler schuld ? Die Debatte um die Schuldfrage 1945-1949, Munich, 2e éd., 1985 ; Sean Forner, « Für eine demokratische Erneuerung Deutschlands : Kommunikationsprozesse und Deutungsmuster engagierter Demokraten nach 1945 », Geschichte und Gesellschaft, 33, 2007, p. 228-257 ; Jeffrey Herf, « Multiple Restorations. German Political Traditions and the Interpretation of Nazism, 1945-1946 », Central European History, n° 1, 1993, p. 21-55 ; Jean Solchany, Comprendre le nazisme dans l’Allemagne des années zéro, op. cit.

    83 Ibid., p. 49-75. Les tirages des revues peuvent dépasser les 100 000 exemplaires par numéro. Il faut également prendre en compte l’effet démultiplicateur résultant de la circulation des textes de main en main. Pour une analyse d’ensemble, voir Ingrid Laurien, Politisch-kulturelle Zeitschriften in den Westzonen 1945-1949, Francfort-sur-le-Main, Lang, 1991.

    84 Karl Thieme, Das Schicksal der Deutschen, op. cit. ; Kurt Stechert, Wie war das möglich ?, Stockholm, Bermann-Fischer, 1945 ; Hermann Rauschning, Die Zeit des Deliriums, Zurich, Amstutz Verlag, 1947.

    85 Wolfgang Harich, « Röpke, Pechel und der “Totalitarismus” », Tägliche Rundschau, 23 août 1946 ; Rudolf Pechel, « Von Himmler zu Harich », Deutsche Runschau, n° 6, septembre 1946.

    86 Lettre du 19 août 1946 de Maurice Altaffer, NR, dossier Briefe AK 46.

    87 Lettre du 24 mai 1946 de Rudolf Pechel, ibid.

    88 Lettre du 16 septembre 1946 à Wolfgang Glaesser, ibid. ; Karl Jaspers, Die Schuldfrage, Heidelberg, Schneider, 1946.

    89 Voir supra, p. 125.

    90 Lettre du 13 novembre 1945 de Gerhard Ritter, lettre du 29 novembre 1945 à Gerhard Ritter, NR, dossier Wichtige Briefe.

    91 Lettre du 12 novembre 1947 de Peter von Zahn, lettre du 19 novembre 1947 à Peter von Zahn, NR, dossier AK 47-49 ; Wilhelm Röpke, Die Krise des Kollektivismus, Munich, Desch, 1947.

    92 Wilhelm Röpke, The German Question, Londres, Allen and Unwin, 1946.

    93 Geoffrey Barraclough, The Origins of Modern Germany, op. cit. ; lettre du 14 mars 1947 à Geoffrey Barraclough, NR, dossier AK 47-49.

    94 Lettre du 5 février 1948 de Ernest Spat, ibid.

    95 Lettre du 15 mars 1946 de Waldemar Gurian, NR, dossier AK 46.

    96 Lettre du 10 mars 1947 d’Otto Strasser, NR dossier AK 47-49.

    97 Lettre du 22 août 1947 du pasteur Ubbelohe, ibid.

    98 Sur ce procès, voir Raymond G. Stokes, Divide and Prosper : The Heirs of I. G. Farben Under Allied Authority, Berkeley, University of California Press, 1988.

    99 Lettre du 18 août 1947 de Walter Vinassa, ibid.

    100 Lettre du 2 novembre 1946 d’Albrecht Forstmann, NR, dossier AK 46.

    101 « Das Dilemma in der deutschen Frage », NZZ, 6 décembre 1945 ; « Le problème allemand. Un an après », Gazette de Lausanne, 16 mai 1946 ; « Vereinigte Staaten von Deutschland ? », NZZ, 21 et 22 septembre 1946 ; « New Germans Must Shape the New Germany », The New York Times Magazine, 13 octobre 1946 ; « The German Dust Bowl », The Review of Politics, 8, 1946, p. 511-527, « Economie Disease in Germany », Time and Tide, 1 et 8 février 1947 ; « Deutschands Zukunft », NZZ, 6 et 7 février 1947.

    102 Lettre du 2 juin 1947 à Willy Bretscher, NR, dossier AK 47-49.

    103 Lettre du 29 juin 1945 à Friedrich Hayek, NR, dossier Wichtige Briefe.

    104 Wilhelm Röpke, Die deutsche Frage, op. cit., p. 278-279.

    105 Lettre du 27 juillet 1945 à J. de Bruyn, NR, dossier AK 46 ; Wilhelm Röpke, Explication de l’Allemagne, Genève, Éditions du Cheval ailé, 1945.

    106 Lettre du 4/7/1940 de Friedrich Meinecke à Siegfried A. Kaehler, dans Ludwig Dehio, P. Klassen (dir.), Friedrich Meinecke. Ausgewählter Briefwechsel, Stuttgart, 1962, p. 331.

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    1 Wilhelm Röpke, Die deutsche Frage, op. cit., p. 203.

    2 Ibid. p. 129-138.

    3 Ibid., p. 157.

    4 Ibid., p. 132.

    5 Pour un aperçu des analyses françaises et anglo-saxonnes de l’histoire allemande produites au sortir immédiat de la guerre, voir Jean Solchany, Comprendre le nazisme dans l’Allemagne des années zéro (1945-1949), Paris, PUF, 1997, p. 5-24.

    6 Edmond Vermeil, L’Allemagne. Essai d’explication, Paris, Gallimard, 2e éd., 1945, p. 75-76.

    7 A. J. P. Taylor, The Course of German History. A Survey of the Development of German History Since 1945, Londres, Hamilton, 1945, p. 13.

    8 Henri Berr, EAllemagne. Le contre et le pour, Paris, Albin Michel, 1950, p. 1, 78-79 ; Albert Béguin, Faiblesse de l’Allemagne, Paris, Corti, 1945, p. 28-30.

    9 Edmond-François Calvo, La bête est morte ! La guerre mondiale chez les animaux, Paris, Gallimard, 1944-1945. Rééditions en 1977 et 1995.

    10 Voir notamment Robert Vansittart, Black Record. German Past and Present, Londres, Hamilton, 1941. Traduit en français sous le titre Les puissances des ténèbres, Paris, Tallandier, 1945. Voir également Aaron Goldman, « Germans and Nazis : The Controversy Over “Vansittartism” in Britain During the Second World War », Journal of Contemporary History, 14, n° 1, 1979, p. 155-191.

    11 Geoffrey Barraclough, The Origins of Modern Germany, Oxford, Blackwell, 1947.

    12 Le premier rapport de janvier 1945 s’intitule « German Reactions to Defeat », le second, de mars 1945, « The German Character » ; voir Vera et Ansgar Nünning, « Autoritätshörig, unpolitisch und opportunistisch. Englische Vorstellungen vom deutschen Volkscharaktier am Ende des Zweiten Weltkrieges », Geschichte in Wissenschaft und Unterricht, n° 4, 1994, p. 224-239.

    13 Lettre du 11 octobre 1934 à Carlo Sforza, NR, dossier Wichtige Briefe.

    14 Lettre du 17 novembre 1935 à Karl Brandt, ibid.

    15 Lettre du 7 janvier 1935 à Carlo Sforza, ibid.

    16 Lettre du 21 mars 1942 à Roman Boos, NR, classeur Briefe B 40-42.

    17 Sur la contribution des émigrés au fonctionnement de l’OWI et de l’OSS, voir Emmanuelle Loyer, Paris à New York, op. cit., notamment p. 307-319 ; Barry M. Katz, Foreign Intelligence : Research and Analysis in the Office of Strategic Services, Cambridge, Harvard University Press, 1989 ; Claus-Dieter Krohn, « Emigranten und die “Westernisierung” der deutschen Gesellschaft nach 1945 », dans Id., Martin Schumacher (dir.), Exil und Neuordnung. Beiträge zur verfassungspolitischen Entwicklung in Deutschland nach 1945, Düsseldorf, Droste Verlag, 2000, p. 9-32.

    18 Kathrin Meier-Rust, Alexander Rüstow, op. cit., p. 71-73.

    19 Guido Müller, « Der Kreis um Franz A. Kramer und die Gründung des Rheinischen Merkur », dans Claus-Dieter Krohn, Axel Schildt (dir.), Zwischen den Stühlen ? Remigranten und Remigration in der deutschen Medienöffentlichkeit der Nachkriegszeit, Hambourg, Christians, 2002, p. 316-342.

    20 Lettre du 6 décembre 1943 à Allen Dulles, NR, dossier Briefe AK 42-44.

    21 Lettre du 2 avril 1944 à Karl Ludwig Schmid, NR, dossier Kramer.

    22 Lettre du 3 décembre 1944 de Franz Albert Kramer, NR, dossier Kramer. Après la guerre, dans un texte non publié rédigé à la mémoire de Franz A. Kramer, mort en 1950, Wilhelm Röpke impute la volte-face américaine à la pusillanimité des puissances occidentales, jugées incapables de contrer la propagande soviétique sur la question allemande. Voir Wilhelm Röpke, « F. A. Kramer – In Memoriam », dans Id., Gegen die Brandung, Erlenbach-Zurich, Rentsch, 1959, p. 369-374.

    23 Franz Albert Kramer, Vor den Ruinen Deutschlands. Ein Aufruf zurgeschichtlichen Selbstbesinnung, Berlin, Wedding Verlag, 1946.

    24 Lettre du 22 novembre 1944 à F. A. Kramer, NR, dossier Kramer. Ce manuscrit n’a pas été conservé.

    25 Lettre du 13 juillet 1944 à F. A. Kramer, ibid.

    26 Lettre du 17 août 1942 de Karl Thieme, NR, dossier Briefe MZ 42-44.

    27 Lettre du 23 juillet 1942 de Karl Thieme, lettre du 3/8/1942 à Karl Thieme, ibid. Le livre de Karl Thieme paraît en 1945 : Karl Thieme, Das Schicksal der Deutschen. Ein Versuch seiner geschichtlichen Erkldrung, Bâle, Kobersche Verlagsbuchhandlung, 1945.

    28 Lettres des 20 et 23 juillet 1945 à Wolfgang Glaesser, NR, dossier Wichtige Briefe.

    29 Lettre du 8 septembre 1945 à Alexander Rüstow, NR, dossier Rüstow.

    30 Lettre à Walter Schücking, BA Koblenz, Nachlaß Walter Schücking, N 1051/113. La lettre n’est pas datée précisément, mais remonte probablement à la fin du printemps de 1934. Il manque la première page de ce document dont l’original n’a pas été conservé.

    31 Lettre du 20 mars 1935 à Herbert von Beckerath, NR, dossier Wichtige Briefe.

    32 Lettre du 13 février 1938 à Lionel Robbins, ibid.

    33 Lettre du 4 octobre 1938 à Walter Lippmann, ibid.

    34 Lettre du 18 mai 1939 à Robert Ingrim, ibid.

    35 Wilhelm Röpke, TG, 2, entrée du 10 octobre 1939.

    36 Lettre du 13 septembre 1939 à Gottfried Haberler, NR, dossier Wichtige Briefe.

    37 Lettres du 10 janvier, du 29 avril et du 24 juin/1939 à Alexander Rüstow, NR, dossier Rüstow.

    38 Lettre du 16 juin 1942 à Karl Brandt, lettre du 8 juin 1942 à Friedrich Hayek, NR, dossier AL 42-44.

    39 Lettre du 17 avril 1943 à Franz Albert Kramer, ibid.

    40 Lettre du 10 juin 1943 à Franz Schmid, NR, dossier MZ 42-44.

    41 Lettre du 19 février 1935 à Erich Welter, NR, dossier Wichtige Briefe.

    42 Lettre du 14 janvier 1943 à Franz Albert Kramer, NR, dossier AL 42-44.

    43 Alfred von Martin, Nietzsche und Burckhardt, Munich, Reinhardt, 1941.

    44 Lettre du 18 août 1941 de Friedrich Hayek, lettre du 13 novembre 1941 à Friedrich Hayek, NR, dossier Briefe 41-42.

    45 Lettre du 30 novembre 1942 à Walther Meier, NR, dossier MZ 42-44.

    46 Wilhelm Röpke a publié l’article sous pseudonyme : voir Angrivarius, « Geistige Unterströmungen in Deutschland », Neue Schweizer Rundschau, XII, n° 7, p. 371-389.

    47 Ibid.

    48 Lettre du 8 septembre 1945 à Alexander Rüstow, NR, dossier Rüstow.

    49 Lettre du 8 mai 1946 à Alexander Rüstow, ibid.

    50 Lettre du 5 mars 1946 à Alexander Rüstow, ibid.

    51 Lettre du 9 décembre 1946 à René Courtin, NR, dossier AK 1946.

    52 Rudolf Pechel, Deutscher Widerstand, Erlenbach-Zurich, Rentsch, 1947.

    53 Lettre du 9 mars 1947 à Rudolf Pechel, NR, dossier AK 47-49.

    54 Lettre du 24 avril 1947 à Alexander Rüstow, NR, dossier Rüstow. Sur le rôle de la Suisse dans la « rééducation », voir Corinne Defrance, « L’apport suisse à la rééducation des Allemands : l’exemple de la coopération universitaire (1945-1949) », Revue suisse d’histoire, 48, 1998, p. 236-253.

    55 Lettre du 8 septembre 1945 à Alexander Rüstow, NR, dossier Rüstow.

    56 Lettre du 6 février 1946 à Georges Rigassi, NR, dossier AK 47-49.

    57 Wilhelm Röpke, Die deutsche Frage, op. cit., p. 77.

    58 Ibid., p. 70-72.

    59 Ibid., p. 13, 83,171.

    60 Friedrich Meinecke, Die deutsche Katastrophe. Betrachtungen und Erinnerungen, Wiesbaden, Brockhaus, 1946, p. 29 ; Carl Hermann Mueller-Graaf, Irrweg und Umkehr. Betrachtungen über das Schicksal Deutschlands, Bâle, Reclam Verlag, 1946, p. 75.

    61 Lettre du 13 mai 1943 à Alexander Rüstow, NR, dossier Rüstow.

    62 Lettre du 3 décembre 1945 à Fritz Neumark, NR, dossier Wichtige Briefe.

    63 Lettre du 12 décembre 1945 à Ted Borsig, NR, dossier AK 46.

    64 Lettre du 24 septembre 1935 à William Rappard, NR, dossier Wichtige Briefe.

    65 Lettre du 22 septembre 1942 à Friedrich Hayek, NR, dossier AL 42-44.

    66 Wilhelm Röpke, TG, 3, entrée du 19 septembre 1942 intitulée « Nochmals Frankreich ».

    67 Lettre du 12 février 1944 à Franz Albert Kramer, NR, dossier Kramer.

    68 Lettre du 21 septembre 1945 de Ludwig Homburger, lettre du 23 septembre 1945 à Ludwig Homburger, NR, dossier Fan mail III.

    69 Lettre du 8 septembre 1945 à Alexander Rüstow, NR, dossier Rüstow.

    70 Lettre du 16 avril 1946 à Alexander Rüstow, ibid.

    71 Lettre du 20 février 1946 d’Alexander Rüstow, ibid.

    72 Wilhelm Röpke, Die deutsche Frage, op. cit., p. 77.

    73 Ibid., p. 291 ; lettre du 15 octobre 1946 à Jann von Sprecher, NR, dossier AK 46.

    74 Lettre du 28 mai 1946 à Alexander Rüstow, ibid.

    75 Lettre du 17 mai 1946 à Wilhelm Taucher, NR, dossier lettres AK 46.

    76 Lettre du 21 novembre 1946 à Bertrand de Jouvenel, NR, dossier AK 46.

    77 Lettre du 16 juin 1947 à Wolfgang Erdmann, NR, dossier AK 1947-1949.

    78 Lettre du 9 juin 1948 à Walter Stucki, NR, dossier AK 47-49.

    79 Lettres des 12 et 23 janvier 1949 à Heinz Wendt, NR, dossier AK 47-49.

    80 Robert G. Moeller, The Search for a Usable Past in the Fédéral Republic of Germany, Berkeley, University of California Press, 2001. Sur la mémoire du nazisme dans l’Allemagne des années 1950, voir également Ulrich Brochhagen, Nach Nürnberg, Vergangenheitsbewältigung und Westintegration in der Ära Adenauer, Hambourg, Junius, 1994 ; Norbert Frei, Vergangenheitspolitik. Die Anfänge der Bundesrepublik und die NS-Vergangenheit, Munich, Beck, 1996 ; Jean Solchany, « Le premier âge de la “maîtrise du passé” : le nazisme dans les consciences allemandes de 1945 à la fin des années 1950 », Revue d’Allemagne, 32, juillet-septembre 2000, p. 379-400.

    81 Voir Norbert Frei, Vergangenheitspolitik, op. cit., p. 77, 218 ; Ulrich Brochhagen, Nach Nürnberg, op. cit., p. 196-198.

    82 Sur ces débats, voir Barbro Eberan, Luther ? Friedrich der « Groβe » ? Wagner ? Nietzsche ?...?...? Wer war an Hitler schuld ? Die Debatte um die Schuldfrage 1945-1949, Munich, 2e éd., 1985 ; Sean Forner, « Für eine demokratische Erneuerung Deutschlands : Kommunikationsprozesse und Deutungsmuster engagierter Demokraten nach 1945 », Geschichte und Gesellschaft, 33, 2007, p. 228-257 ; Jeffrey Herf, « Multiple Restorations. German Political Traditions and the Interpretation of Nazism, 1945-1946 », Central European History, n° 1, 1993, p. 21-55 ; Jean Solchany, Comprendre le nazisme dans l’Allemagne des années zéro, op. cit.

    83 Ibid., p. 49-75. Les tirages des revues peuvent dépasser les 100 000 exemplaires par numéro. Il faut également prendre en compte l’effet démultiplicateur résultant de la circulation des textes de main en main. Pour une analyse d’ensemble, voir Ingrid Laurien, Politisch-kulturelle Zeitschriften in den Westzonen 1945-1949, Francfort-sur-le-Main, Lang, 1991.

    84 Karl Thieme, Das Schicksal der Deutschen, op. cit. ; Kurt Stechert, Wie war das möglich ?, Stockholm, Bermann-Fischer, 1945 ; Hermann Rauschning, Die Zeit des Deliriums, Zurich, Amstutz Verlag, 1947.

    85 Wolfgang Harich, « Röpke, Pechel und der “Totalitarismus” », Tägliche Rundschau, 23 août 1946 ; Rudolf Pechel, « Von Himmler zu Harich », Deutsche Runschau, n° 6, septembre 1946.

    86 Lettre du 19 août 1946 de Maurice Altaffer, NR, dossier Briefe AK 46.

    87 Lettre du 24 mai 1946 de Rudolf Pechel, ibid.

    88 Lettre du 16 septembre 1946 à Wolfgang Glaesser, ibid. ; Karl Jaspers, Die Schuldfrage, Heidelberg, Schneider, 1946.

    89 Voir supra, p. 125.

    90 Lettre du 13 novembre 1945 de Gerhard Ritter, lettre du 29 novembre 1945 à Gerhard Ritter, NR, dossier Wichtige Briefe.

    91 Lettre du 12 novembre 1947 de Peter von Zahn, lettre du 19 novembre 1947 à Peter von Zahn, NR, dossier AK 47-49 ; Wilhelm Röpke, Die Krise des Kollektivismus, Munich, Desch, 1947.

    92 Wilhelm Röpke, The German Question, Londres, Allen and Unwin, 1946.

    93 Geoffrey Barraclough, The Origins of Modern Germany, op. cit. ; lettre du 14 mars 1947 à Geoffrey Barraclough, NR, dossier AK 47-49.

    94 Lettre du 5 février 1948 de Ernest Spat, ibid.

    95 Lettre du 15 mars 1946 de Waldemar Gurian, NR, dossier AK 46.

    96 Lettre du 10 mars 1947 d’Otto Strasser, NR dossier AK 47-49.

    97 Lettre du 22 août 1947 du pasteur Ubbelohe, ibid.

    98 Sur ce procès, voir Raymond G. Stokes, Divide and Prosper : The Heirs of I. G. Farben Under Allied Authority, Berkeley, University of California Press, 1988.

    99 Lettre du 18 août 1947 de Walter Vinassa, ibid.

    100 Lettre du 2 novembre 1946 d’Albrecht Forstmann, NR, dossier AK 46.

    101 « Das Dilemma in der deutschen Frage », NZZ, 6 décembre 1945 ; « Le problème allemand. Un an après », Gazette de Lausanne, 16 mai 1946 ; « Vereinigte Staaten von Deutschland ? », NZZ, 21 et 22 septembre 1946 ; « New Germans Must Shape the New Germany », The New York Times Magazine, 13 octobre 1946 ; « The German Dust Bowl », The Review of Politics, 8, 1946, p. 511-527, « Economie Disease in Germany », Time and Tide, 1 et 8 février 1947 ; « Deutschands Zukunft », NZZ, 6 et 7 février 1947.

    102 Lettre du 2 juin 1947 à Willy Bretscher, NR, dossier AK 47-49.

    103 Lettre du 29 juin 1945 à Friedrich Hayek, NR, dossier Wichtige Briefe.

    104 Wilhelm Röpke, Die deutsche Frage, op. cit., p. 278-279.

    105 Lettre du 27 juillet 1945 à J. de Bruyn, NR, dossier AK 46 ; Wilhelm Röpke, Explication de l’Allemagne, Genève, Éditions du Cheval ailé, 1945.

    106 Lettre du 4/7/1940 de Friedrich Meinecke à Siegfried A. Kaehler, dans Ludwig Dehio, P. Klassen (dir.), Friedrich Meinecke. Ausgewählter Briefwechsel, Stuttgart, 1962, p. 331.

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    Solchany, Jean. « Chapitre 4. Au chevet de la question allemande ». In Wilhelm Röpke, l’autre Hayek. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2015. doi:10.4000/books.psorbonne.41536.
    Solchany, Jean. « Chapitre 4. Au chevet de la question allemande ». Wilhelm Röpke, l’autre Hayek, Éditions de la Sorbonne, 2015, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.41536.

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    Solchany, J. (2015). Wilhelm Röpke, l’autre Hayek. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.41491
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