Conclusion
p. 119-120
Texte intégral
1Au sortir de la deuxième guerre civile, l’Empire byzantin était en déclin ; ravagé par deux longs conflits armés, son territoire s’était fortement rétréci en raison des conquêtes de ses voisins. Les dimensions de l’Empire au milieu du xive siècle étaient celles d’une petite principauté balkanique et sa capacité de résistance aux Turcs, Serbes et Bulgares, qui continuaient à dévaster les campagnes et à semer le chaos parmi la population, était fort réduite. Tel est le bilan du premier siècle de règne de la dynastie des Paléologues.
2La crise économique et démographique n’explique pourtant pas à elle seule cet abaissement. La fin de la longue période de croissance économique qui avait prévalu dans l’Empire du xe au xiiie siècle, avait entraîné, certes, des changements négatifs pour une partie de la population ; elle avait provoqué par exemple un appauvrissement considérable de la paysannerie. Mais il n’est pas certain qu’elle ait mis un terme à la prépondérance du grand domaine ou signifié une baisse vraiment considérable des revenus de l’État. En revanche, c’est la perte de l’Asie Mineure, au début du xive siècle, qui bouleversa l’équilibre interne de l’Empire. Elle porta un premier coup aux grandes fortunes foncières et au groupe des pronoïaires. Repliés sur les provinces européennes, ces hommes s’affrontèrent au cours de la première guerre civile pour le contrôle des dernières ressources et des derniers territoires restés byzantins. La deuxième guerre civile, plus longue et plus complexe que la première, impliqua la participation des autres couches de la société dont certains éléments cherchèrent à contester la prépondérance de l’ancienne aristocratie foncière, précisément parce que celle-ci avait déjà perdu beaucoup de son influence et de ses ressources.
3Il est évident qu’avec le déclin de l’Empire, c’était aussi la grande aristocratie foncière qui sombrait. C’est donc une erreur de considérer que l’époque des Paléologues a connu un effacement du pouvoir public au profit des puissants. La décentralisation de l’appareil de l’État et le système de privilèges, qui constituent les bases du système politique de la Byzance tardive, ne supposent nullement une diminution du rôle de l’Empereur. Ce dernier était toujours le responsable de la distribution des revenus et de l’attribution des charges publiques. Les grands aristocrates, de même que les institutions ecclésiastiques, faisaient partie de l’État, participaient aux tâches de l’administration et constituaient l’entourage de la famille impériale. Ils furent d’ailleurs les principales victimes des confiscations opérées par les Serbes dans les territoires conquis, alors que le reste de la population ne connut pas pendant l’occupation serbe de changements notables de sa situation, ni de perte sensible de ses propriétés. Si l’on constate une diminution de l’autorité impériale à l’époque tardive, elle est plutôt l’effet des circonstances politiques provoquées par les deux guerres civiles et les invasions étrangères.
4L’affaiblissement du pouvoir public eut néanmoins des conséquences pour les campagnes car il priva les paysans de la protection des gouverneurs et des fonctionnaires de l’État. L’insécurité et la crainte des attaques de l’ennemi rendaient difficile la mise en culture et favorisaient l’abandon de certains domaines. On a vu qu’elles étaient aussi la cause des transformations dans l’habitat villageois : quelques localités furent alors désertées et d’autres fortifiées. Le rétrécissement de l’autorité étatique entraîna aussi l’émergence de formes de défense à échelle locale. Quelques grands propriétaires, laïcs et ecclésiastiques, entreprirent à cette époque la construction de forteresses pour mettre en sécurité leurs paysans et leurs récoltes. Ce furent néanmoins des initiatives trop peu nombreuses et trop dispersées pour empêcher le dépeuplement d’une partie de l’Empire et l’abaissement du niveau de la production agricole. La restauration de l’état des campagnes sera l’une des priorités du gouvernement byzantin qui dut affronter à l’issue de la deuxième guerre civile un contexte politique nouveau, celui de la conquête ottomane des Balkans.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Byzance et le monde extérieur
Contacts, relations, échanges
Michel Balard, Élisabeth Malamut, Jean-Michel Spieser et al. (dir.)
2005
La Cappadoce (ive-vie siècle)
Une histoire provinciale de l’Empire romain d’Orient
Sophie Métivier
2005
Évêques, pouvoir et société à Byzance (viiie-xie siècle)
Territoires, communautés et individus dans la société provinciale byzantine
Benjamin Moulet
2011
Grégoire Antiochos. Éloge du patriarche Basile Kamatèros
Texte, traduction, commentaire suivis d’une analyse des œuvres de Grégoire Antiochos
Marina Loukaki
1996
