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    Plan détaillé Texte intégral « Expert, cognoissant, discernement » : les mots médiévaux du savoir et de la compétence Une reconnaissance largement conditionnée par la nature du savoir comptable, acquis par la pratique De l’expert-comptable à l’expert-conseil : une reconnaissance laborieuse Notes de bas de page Notes de fin Auteur

    Experts et expertises au Moyen Âge. Consilium quaeritur a perito

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Expers et cognoissans en fait de comptes

    Conseil et expertise comptable dans les Pays-Bas bourguignons (fin xive-début xve siècle)*

    Jean-Baptiste Santamaria

    p. 201-213

    Résumés

    La création d’une Chambre des comptes à Lille en 1386, dans le contexte de la formation d’un État bourguignon s’étendant aux Pays-Bas, fournit au duc un vivier d’« expers en fait de comptes ». Éloignés du prince, ces gens des comptes utilisent ce savoir-faire pour se faire reconnaître comme conseillers et démontrent leur capacité à faire progresser les notions d’inaliénabilité, d’intérêt général, sans remettre en cause la puissance de la grâce princière, mais restent à l’écart du cœur du pouvoir, dominé par la proximité avec le duc.

    The setting up of a Chamber of Accounts in Lille in 1386, within the context of the extension of the Burgundian State to include the Low Countries, provided the duke with a useful resource from which to draw “expers en fait de comptes”. Situated at some distance from the prince, these accounts people made use of this know-how to be recognized as councilors and showed their ability to advance the ideas of inalienability and general interest without calling into question the power of the prince’s grace, remaining all the while outside of the centre of power concentrated around the person of the duke.

    Texte intégral « Expert, cognoissant, discernement » : les mots médiévaux du savoir et de la compétence Une reconnaissance largement conditionnée par la nature du savoir comptable, acquis par la pratique De l’expert-comptable à l’expert-conseil : une reconnaissance laborieuse Notes de bas de page Notes de fin Auteur

    Texte intégral

    1Les miroirs des princes des derniers siècles du Moyen Âge ont réhabilité les notions de prudence, de sagesse comme vertus essentielles de gouvernement, mettant de plus en plus en valeur la compétence1. Le Livre des faits et bonnes mœurs du roi Charles V le sage de Christine de Pizan atteste l’importance de ce thème chez les Valois2. À la suite des théologiens3 et des juristes4, et alors que se développent les services administratifs, les hommes de finance font progressivement valoir leur rôle dans les faits, sinon dans les miroirs ou dans la littérature5. Or, la clé d’un bon gouvernement réside dans le choix de conseillers ayant les qualités de prudence et de sagesse, mais aussi de plus en plus d’expertise. En se spécialisant, des agents comme les maîtres des comptes se voient reconnaître une compétence, symbolisée par l’expression « expers et cognoissans en fait de comptes ». Dans le même temps, dans certaines principautés, comme l’État bourguignon, la formation d’institutions spécialisées peut entraîner une séparation entre conseil et audition comptable : c’est le cas de la Chambre des comptes de Lille instaurée en 1386 par Philippe le Hardi pour ses comtés de Flandre et d’Artois. Désormais les maîtres des comptes perdaient le titre de conseillers, une Chambre du conseil étant établie parallèlement, tandis que le prince disposait d’un conseil aulique6. L’éloignement du prince n’empêcha cependant pas ces agents de peser sur sa politique financière, administrative et monétaire. L’analyse des liens entre expertise comptable et conseil au prince permet de mesurer la complexité du processus d’institutionnalisation étatique. La période 1384-1419 est particulièrement propice à cette réflexion dans les Pays-Bas bourguignons, du fait de la mise en place de la Chambre des comptes, dans un contexte de forte implication des ducs Valois de Bourgogne dans la politique du royaume de France7.

    2Pour l’historiographie, les officiers de finances, en particulier les gens des comptes, sont bien aux xive et xve siècles des experts au sens moderne8. Mais que recoupe l’usage médiéval des mots de l’expertise ? La compétence spécialisée permet-elle clairement de définir un groupe social nouveau, né de la mise en place d’institutions centralisées et porteur d’un idéal de gouvernement ? La question est sensible dans le cadre d’un État bourguignon qui se veut le défenseur d’un programme de réforme politique visant à établir le bon gouvernement célébré par la littérature politique9.

    « Expert, cognoissant, discernement » : les mots médiévaux du savoir et de la compétence

    3La complexification des missions échues à l’autorité monarchique entre le xiiie et le xve siècle s’est accompagnée de la promotion chez le prince des compétences techniques, de l’expérience, aux côtés des vertus morales10. Cette exigence a rapidement concerné ses officiers et conseillers, Gilles de Rome ou encore Christine de Pizan appelant le prince à choisir « gens de prudence et experts11 » et rappelant que « chascun expert en sont art doit estre creuz12 ». La chancellerie des ducs Valois ne dit pas autre chose. La diligence, la loyauté ou encore la prudhommie sont mises en avant par les commissions13. Le terme le plus général pour résumer l’aptitude, la capacité opérationnelle d’un agent est celui de « suffisance », employé pour les gens des comptes14, comme pour les autres officiers bourguignons15, mais aussi ceux d’autres principautés16. Mais les expressions précisant la nature du savoir ou de la compétence sont souvent plus précises et spécifiques aux gens des comptes.

    4Les lettres de commission de gens des comptes insistent très peu sur leur expérience ou leur passé. L’une des rares mentions renvoie néanmoins à ce statut d’expert en fait de comptes : elle concerne le maître des comptes Olivier de Chezoy, commis en 1394, parce qu’il est « bien expert et cognoissant en fait de comptes17 ». En l’occurrence, l’expression renvoyait à son expérience de contrôleur de l’argenterie du roi, qui s’était d’ailleurs soldée par une destitution18. Ce n’est peut-être pas un hasard si l’une des rares lettres évoquant le statut d’expert concernait un agent aux compétences douteuses. Le prince jouait un rôle essentiel dans la reconnaissance de ce qui était davantage un statut que le constat d’une réalité. Mais la nature des fonctions exigeait que les gens des comptes assurent véritablement leur travail19. Olivier de Chezoy fut de nouveau évincé de ses fonctions lilloises après onze mois. Le terme d’expert ne lui est évidemment pas réservé, désignant aussi l’expérience acquise durant une longue carrière : David Bousse, mort en fonction après vingt-six ans de service, est qualifié de « moult expert oudit fait de comptes20 ». Au début des années 1420, deux maîtres suspectés de prévarication trouvent alors le soutien à la cour d’un influent conseiller spécialiste des finances, Jean de Pressy. Ce dernier souhaite qu’ils ne soient pas poursuivis « et que c’estoit dommaige, car ilz estoient bien expers et habiles ». Un seigneur de la cour lui aurait alors demandé « en quoy sont ilz habiles a mal faire ». D’un côté, la vision du spécialiste des finances, pour qui la compétence technique acquise dans le métier doit primer, y compris sur la bonne moralité. De l’autre, celle d’un seigneur qui voit le danger d’un savoir qu’il est impossible de contrôler21.

    5À Lille, « expert » demeure un adjectif et peut se traduire par expérimenté, ou encore homme d’expérience22. Cette expérience est associée dans les commissions à l’habileté, à la sagesse, et peut être remplacée par la mention du fait que l’officier « a esté nourry de sa jounesse23 » à la Chambre, une pratique faisant penser à l’apprentissage, mais aussi aux nutriti des cours princières. L’expert a appris à faire. Cette expertise se retrouve, à la cour de Bourgogne, appliquée à bien des domaines, jusqu’à la littérature pour Georges Chastellain, « expert et cognoissant » dans l’art de mettre par écrit choses nouvelles et morales24. Le terme d’expert est cependant loin d’être le seul à contribuer à la définition de cette compétence. Le terme le plus fréquent est celui de discrétion25. Le premier maître est ainsi appelé par les receveurs qu’il doit contrôler « honorable homme de grant discretion maistre Jehan de Pasci26 ». Les comptables reconnaissent ainsi la supériorité technique et l’autorité administrative de la Chambre27. Les deux notions sont liées : c’est la compétence intellectuelle fondée sur le jugement qui confère la supériorité. La connaissance est également associée au terme d’expert, notamment « la congnoissance ou fait des comptes28 ». Beaucoup plus rare est le terme de spéculation, qui évoque une capacité théorique, abstraite, d’ailleurs exigée des officiers par Jean Juvénal des Ursins29. Il est cependant, lui aussi, employé dans l’administration bourguignonne pour les affaires touchant le ressort des gens des comptes, au sujet notamment des monnaies et des affaires comptables : là encore, le savoir et la compétence définissent la légitimité30. En revanche, le prince n’emploie jamais ce terme, refusant une définition par trop abstraite du savoir des maîtres des comptes. C’est enfin le titre de maître des comptes qui montre le lien entre autorité et savoir. Apparu au xiiie siècle au sein de la Chambre parisienne31, il désigne celui qui a acquis les compétences permettant d’exercer un métier après avoir été apprenti32 : « c’est l’expérience qui fait le maître33 ». Le maître des comptes est supérieur au clerc, qui n’est qu’un apprenti en formation, même si les tâches quotidiennes sont accomplies par les uns comme par les autres34. La qualité du maître se résume dans le terme plus abstrait de maîtrise des comptes, qui renvoie davantage à un statut, à la détention d’un office, qu’à l’expression d’une expertise35, car c’est le prince qui permet au clerc de passer maître.

    6La dimension morale ne saurait enfin être évacuée dans l’expression de l’identité du bon officier, même en matière de compte. D’ailleurs, les termes désignant l’incompétence en matière comptable ne sont pas purement négatifs : un receveur général de Flandre n’hésite pas à expliquer les erreurs de son compte « par simplesse et ignorance et non pas par malice ». Dans une attitude de suppliant, le comptable préfère mentionner son incapacité plutôt qu’une malveillance dans laquelle se devinerait la main du diable. Il s’agit d’arguments avancés dans une demande de grâce princière : la dimension morale prime alors sur la revendication d’un statut d’expert. Mais il est révélateur qu’un officier de finance de très haut niveau ait réussi à faire entériner cette argumentation par la chancellerie ducale36.

    Une reconnaissance largement conditionnée par la nature du savoir comptable, acquis par la pratique

    7Les gens des comptes sont choisis parmi des agents déjà expérimentés. Sur dix-huit officiers au cours de notre période, seuls trois n’ont pas eu de charge officielle mais ont été des clercs privés au service de membres de la Chambre. Les autres ont en moyenne cinq ans d’expérience ; certains dix, voire seize ans d’expérience37. Plus des trois quarts ont exercé des fonctions liées aux finances, comme celle de receveur général de Flandre pour trois d’entre eux38. En revanche, leur expérience de la justice et de l’administration est faible, à la différence des officiers de la Chambre royale39. À Lille, seuls trois agents présentent un tel passé, pendant une petite partie de leur carrière40. De même, le titre de maître porté par des officiers a pu être interprété comme la reconnaissance d’un grade universitaire41, du moins d’un parcours universitaire42. Durant la période étudiée, aucun des membres de la Chambre n’est cependant mentionné comme gradué. Nous n’avons pas trouvé non plus trace d’examens d’entrée permettant de mesurer les compétences comptables, à la différence de ce qui se passe à Paris43.

    8Pour accéder au rang de maître, il faut donc apprendre. Les Chambres des comptes sont d’ailleurs un lieu de transmission par la pratique. Les clercs privés, voire les clercs des comptes, sont censés y apprendre des maîtres. Lorsqu’il est commis clerc des comptes en 1395, Dreue Sucquet est choisi parce qu’on a besoin de « clercs qui puissent aprendre et savoir le stile de nostre dite Chambre et l’estat des comptes et de noz besoignes d’icelle44 ». On notera d’ailleurs que l’expérience des gens des comptes a pu s’acquérir dans bien des cercles : administration des villes45, mais surtout des principautés bourguignonnes46 ou du royaume47. En outre, les compétences comptables étaient loin d’être les seules mentionnées. Il est ainsi nécessaire de maîtriser le latin48, et la Chambre doit en principe toujours compter des membres néerlandophones49. Bien entendu, la compétence ne faisait pas tout. Le duc cherchait par exemple à s’entourer d’hommes issus de l’administration royale pour y puiser des méthodes et entretenir de bons rapports avec les milieux servant la monarchie, quitte à réduire ses exigences : le cas d’Olivier de Chezoy destitué par le roi pour son incompétence est, à ce titre, exemplaire. Mais cette incompétence le desservit de nouveau, puisqu’il fut remercié par le duc après onze mois de service à Lille. À l’inverse, un autre serviteur du roi, Jean de Pacy, clerc du receveur de Paris, fut recruté après avoir été condamné (puis gracié) pour le vol nocturne de la recette parisienne avec la complicité de sa maîtresse, l’épouse du receveur, alors que ce dernier agonisait dans son lit. Il servit le duc de Bourgogne à Lille durant vingt-sept ans et devint premier maître des comptes50. L’habileté semblait l’emporter sur les vertus morales.

    9C’est au final le prince qui détermine et reconnaît cette compétence, qui qualifie d’expert, quitte à recouvrir une réalité moins flatteuse. Mais les gens des comptes mettent aussi leur savoir-faire en valeur. On sait que la procédure de reddition des comptes était assimilée au Jugement dernier en la Grande Chambre des comptes51. Des figures tutélaires sont même invoquées, comme le montre un manuel de travail utilisé à Lille et rédigé dans les années 1420 : comportant des tables de division et multiplication de rente ou de quantité d’or, ainsi qu’une liste des officiers, ce manuscrit illustre la volonté des gens des comptes de rattacher leur savoir aux inventeurs du comput, dont l’histoire est retracée au milieu de cet ouvrage composite. La figure fondatrice n’est autre que Romulus, « le premier entre ceulx qui sceurent latin qui traitta du compot et ordonna le kalendrier52 ». À sa suite, Jules César, Denys le Petit ou Bède le Vénérable rattachent la science du comput à la fois à l’Église et à la noblesse, au monde chrétien et au monde païen, en remontant à la plus haute antiquité. Mais ces figures sont loin d’incarner un modèle de pur spécialiste technique. Le savoir est au service de projets plus grandioses. C’est l’expression d’une ambition à se hisser aux côtés du prince dans son gouvernement.

    De l’expert-comptable à l’expert-conseil : une reconnaissance laborieuse

    10L’expertise reconnue semble entrouvrir les portes du Conseil grâce à une compétence spécialisée. Il faut attendre Jean sans Peur, qui règne en Flandre-Artois de 1405 à 1419, pour que les maîtres des comptes se fassent tous reconnaître le titre de conseiller. Ce processus est la reconnaissance de la réalité d’un travail souvent accompli dans le secret et par l’intermédiaire d’une abondante correspondance où l’avis des maîtres des comptes est sollicité dans bien des domaines53. Le lien entre l’acquisition de ces deux statuts, celui de conseiller et celui d’expert reconnu, est manifeste dans deux matières techniques : la comptabilité et les monnaies. Le prince, le chancelier et le Conseil doivent, en effet, statuer sur des sujets sans nécessairement posséder les compétences. Le chancelier de Philippe le Hardi le reconnaissait, lorsqu’il sollicitait l’avis de Jean de Pacy, en 1392, au sujet des monnaies de Flandre :

    Pour ce que je ne me congnois en teles matieres, advisez et faites adviser diligemment toutes les dites lettres et autre ordenance et lettres a ce servans, et s’il semble qu’il y ait point de faulte ou d’errement et prejudice de monseigneur ou du païs, faites que j’en soie tantost advisié pour y pourveoir avant qu’il y ait point de mutacion54.

    11Les problèmes relatifs à la tenue de la comptabilité donnèrent lieu à bien des consultations de la part du prince. Ce dernier avait certes délégué l’examen des comptes aux Chambres, mais il lui fallait légiférer sur les procédures de reddition, trancher certains cas litigieux. Ce qui donnait lieu à la publication de mandements et ordonnances. Sur ce point, la Chambre était fréquemment consultée en amont : on garde la trace de vingt-neuf avis conservés dans la correspondance, ce qui représente le quart des avis formulés par la Chambre sur des décisions princières55. Les rares réponses conservées reflètent les exigences formelles et la volonté de s’assurer que chacun rende bien compte, si possible devant elle. La Chambre se saisit ainsi de la création d’un officier nouveau en Artois sous Jean sans Peur, le contrôleur des ouvrages, pour exiger que ce dernier fournisse ses pièces justificatives en triple exemplaire, afin de servir à l’examen des comptes des receveurs ayant assumé cette dépense56. On peut également évoquer la rédaction à la Chambre d’une minute d’ordonnance ducale concernant le contrôle des comptes de la ville de Lille, vers 1409, par laquelle la Chambre entendait asseoir son autorité sur la comptabilité échevinale57. Les gens des comptes prévoyaient de s’accorder le droit d’entendre les comptes urbains dans la Chambre, ce que reprit d’ailleurs une lettre ducale le 3 février 141058.

    12Mais, dans la majorité des cas, les gens des comptes étaient consultés par la Chancellerie avant le scellement d’un mandement particulier : ce contrôle en amont donnait lieu à de nombreux échanges entre la Chancellerie et la Chambre. La tâche était prise très au sérieux. On vit ainsi les gens des comptes émettre un avis sur les prétentions d’Henri de Vouziers, ancien gouverneur de Rethélois, qui réclamait en 1410 le paiement de divers frais pour la défense du pays sous Philippe le Hardi. La demande s’appuyait sur un véritable dossier, avec déposition du bailli de Rethélois, Jean de Roberchamp, un rôle de huit feuillets sur les messageries, dépenses de guerre, pertes de chevaux, un autre de cinq feuillets touchant les prises de vivres. La Chambre jugea le dossier peu convaincant, les renseignements demeurant incomplets et mal justifiés. L’absence de notaires pour garantir la validité des pièces gênait les gens des comptes, qui auraient aimé enquêter sur la réalité des faits par interrogation de témoins, ce qui était impossible, « pour ce que c’est trop loings de nous59 ».

    13La Chambre suggérait qu’on confie une enquête à Jean de Roberchamp, entre-temps devenu bailli de Reims. On retrouvait l’intransigeance formelle de la Chambre, prête à réaliser une véritable enquête, mais arrêtée faute de moyens. Dans le même temps, les maîtres des comptes manifestaient leur sens des réalités : ils considéraient une telle enquête comme longue et coûteuse. Aussi, « pour obvier aux dis frais et despens », on pourrait traiter avec Henri de Vouziers, « ainsi qu’il plairoit a nostre dit seigneur de en ordener pour le mieulx ». On trouve bien d’autres exemples : la même année, la Chambre fut ainsi consultée au sujet des demandes de remboursement de Wicart de Bours, capitaine du château de Lille en 1410, pour les frais d’entretien du château et de sa garnison60. À chaque fois, les gens des comptes exigeaient des preuves précises et des justificatifs rappelant la procédure judiciaire. En somme, la production des futures pièces justificatives des comptes nécessitait d’autres justificatifs… Faute de s’y soumettre, on n’avait droit à rien, mais la grâce du prince pouvait tout. Ce fut le cas pour Renaud de Gondry : ayant examiné les trois rouleaux que ce dernier présentait, les gens des comptes les annotèrent et déclarèrent que plusieurs demandes étaient infondées, mais, dans le même temps, la Chambre incitait le chancelier à aller à l’encontre de ce même avis :

    Non obstant nostre dit advis, que on pourroit avoir consideracion ausdiz services fais par ledit Regnault et qu’il a souvent aventuré son corps et mis en grant dangier, comme dit est, pour l’avancement et prouffit de nostre dit seigneur et que, eu regard a yceulx et a son grant eage et aux petites sommes qu’il porroit recouvrer des parties contenues esdiz trois rolles, selon nostre advis dessusdit, que nostre dit seigneur, se estoit son plaisir, le pourroit bien plus largement recompenser, feust par don, traittié ou accord, ou autrement que nostre dit advis ne monte61.

    14Cette apparente schizophrénie résumait la philosophie de la Chambre : elle rappelait avec rigueur la procédure et le droit pour mieux s’en remettre à l’autorité du prince, incarnée par la grâce.

    15Le terrain monétaire imposait quant à lui d’autres compromis. Les avis de la Chambre sont peu nombreux à avoir été conservés sur cette matière qui lui était pourtant chère62. La complexité du sujet suscitait des atermoiements jusque chez le chancelier, qui s’en remettait aux gens des comptes : c’est ce que reconnut avec honnêteté, nous l’avons vu, le chancelier dans sa lettre à Jean de Pacy en 1392, qui concernait la valeur des monnaies de Flandre et le prix d’achat de l’or et de l’argent dans les ateliers monétaires. Nous disposons d’un avis formulé en 1388, qui montre l’implication des gens des comptes sur les questions monétaires63. Il est le fruit d’une collaboration avec le receveur général de Flandre-Artois et les spécialistes des monnaies Renaud de Gondry et Simon de la Faucille. Le document accrédite l’hypothèse formulée par Henri Laurent selon laquelle les gens des comptes étaient lecteurs de Nicole Oresme, dont un exemplaire en français du De Moneta aurait circulé à la Chambre64. L’avis présente en effet une vision contractuelle des affaires monétaires. Le duc, ayant accédé aux requêtes des Flamands en 1386, avait accepté de frapper la monnaie à un certain prix et de le faire au château de Gand, « pour l’amour d’eulz », exigeant que les Flamands n’acceptent plus les monnaies étrangères et respectent les taux de conversion officiels. Le pacte n’aurait pas été respecté, notamment par les Gantois, mais le duc accepta de nouveaux tarifs de monnaie par une nouvelle ordonnance qui fut, elle aussi, enfreinte65. Conscients des rapports de force entre le prince et ses villes flamandes, les gens des comptes défendaient l’idée que la monnaie était de la seigneurie du prince, mais continuaient de maintenir que toute mesure du prince devait obtenir l’adhésion pour être d’une quelconque efficacité66. La dimension théorique du pouvoir se trouvait ainsi adaptée à la réalité des rapports de force propres à la Flandre.

    16Malgré ce réalisme, les avis de la Chambre étaient loin d’être systématiquement suivis. Tout d’abord, tous ses membres n’étaient pas logés à la même enseigne, et certains maîtres étaient considérés comme « plus expers et cognoissans » en matière monétaire67. C’était leur avis que le prince comptait entendre, non celui de la Chambre. De plus, pour que l’expertise conduisît à une emprise politique, il aurait fallu un monopole sur le savoir. Or, le duc n’hésitait pas à recourir à d’autres agents, maîtres des monnaies, orfèvres lucquois installés à Paris, comme Augustin Isbarre, également qualifié d’« expert et cognoissant » par Jean sans Peur68. Même en matière comptable, le trésorier, officier central chargé d’assigner les dépenses et qui épluchait la comptabilité pour connaître les disponibilités des caisses locales, était qualifié d’« expert et cognoissant » en matière de comptabilité69, comme les secrétaires signant en finance les lettres ducales70. Or, ces agents gravitaient dans l’entourage du duc, tout en ayant la compétence. En effet, il convient de tenir compte d’une autre forme d’expérience, celle que le prince a de ses propres officiers, lorsqu’il les a vus lui-même en acte. Le duc se veut juge des qualités de ses hommes : il rappelle souvent, dans les lettres de commission des maîtres, qu’il a éprouvé les qualités de l’impétrant « que de fait et par experience nous mesmes avons veu et trouvé71 ». Si le prince doit être expert, c’est bien dans l’art de choisir ses conseillers72.

    17Enfin, le prince rechigne à reconnaître un statut abstrait ou intellectuel à ses agents : jamais la connaissance comptable n’est considérée comme une science. Le seul à revendiquer l’exercice de la science est le duc, dans l’expression « de nostre certaine science73 », qui lui permet d’édicter des exceptions à la règle, selon une formule héritée de la réflexion des juristes : pour eux, le prince peut enfreindre la coutume ou la règle, à condition de le faire consciemment, en connaissance de cause et en procédant « de grace especial74 ». On devine pourquoi le terme de science n’a pas été davantage utilisé pour qualifier les officiers de Flandre ou d’Artois75.

    18Les maîtres de la Chambre ont progressivement recouvré le titre de conseillers sous Jean sans Peur, en reconnaissance d’un travail réel. On est cependant très loin d’assister à la mise en place d’un gouvernement des experts, d’une forme, même embryonnaire, de technocratie. La mission des gens des comptes en matière de comptabilité et de monnaie relève certes du conseil, dans le sens où ils fournissent un avis, une expertise, mais cela ne signifie nullement que leur place au Conseil princier soit des plus solides, au contraire. Force reste aux proches du prince, ce que les gens des comptes ne sont pas. Ils sont certes experts, mais loin d’être les seuls, et leur avis ne saurait prédominer sur la « certaine science » du prince, qui a la valeur d’un absolu. Plus consultants que conseillers, ils peuvent même être appelés pour témoignage devant les tribunaux, au titre de leur compétence, s’inscrivant là dans une définition plus juridique de la notion d’expert, laquelle est bien entendu appelée à se développer. C’est alors devant le Conseil de Flandre, cour de justice dont l’influence politique est très forte, que sont convoqués les membres de la Chambre. On leur demande notamment de renseigner la cour sur les monnaies, de déceler des faux en écriture et de vérifier la réalité comptable des témoignages. Mais les gens des comptes perçoivent la chose beaucoup moins comme une reconnaissance de leur compétence que comme un déclassement : le plus souvent, ils refusent de venir expertiser, de comparaître, exigeant de travailler chez eux ou d’être entendus par le duc lui-même76. Dans leur prétention à appartenir au Conseil ducal, ils perçoivent bien le danger qui conduit finalement le spécialiste technique, l’expert en fait de comptes, à n’être qu’un auxiliaire du pouvoir politique.

    Notes de bas de page

    1 J. Krynen, L’empire du roi. Idées et croyances politiques en France xiiie-xve siècle, Paris, 1993, p. 167-239.

    2 M. Chopin, « La prudence dans les miroirs du Prince », La représentation de la prudence : actes du colloque du CREI à l’université de Haute-Alsace, 1999, dans Chroniques italiennes, 60 (1999), no 4, p. 87-98.

    3 Nicole Oresme fait du théologien l’expert le plus à même d’aider le prince : Krynen, L’empire du roi…, op. cit. n. 1, p. 110-116 et 222.

    4 D. Courtemanche, « Droit et rhétorique “ou” Droit ou rhétorique ? La formation des gens du roi en France dans la première moitié du xve siècle », Cahiers du Centre de recherches en histoire du droit et des institutions (Facultés universitaires Saint-Louis, Bruxelles), 9 (1998), p. 67-83.

    5 Leur rôle est vilipendé dans la littérature politique : Fr. Autrand, « La guerre des gens de finance en 1406 d’après le Songe véritable », Finances, pouvoirs et mémoire, hommages à Jean Favier, dir. J. Kerhervé, A. Rigaudière, Paris, 1999, p. 292-301.

    6 J.-B. Santamaria, La Chambre des comptes de Lille. Essor, organisation et fonctionnement d’une institution princière, doct. histoire, dir. B. Schnerb, Univ. Lille 3, 2009, p. 109-112.

    7 R. Vaughan, Philip the Bold. The Formation of the Burgundian Power, 1re éd., Londres, 1962 ; Id., John the Fearless. The Growth of Burgundian Power, 1re éd., Londres, 1966 ; ces deux ouvrages ont été réédités en 2002 ; B. Schnerb, L’État bourguignon, 1363-1477, Paris, 1999.

    8 J.-Fr. Lassalmonie, « Un organe de gouvernement informel sous Louis XI : le “Conseil des finances” », Francia, 30 (2003), no 1, p. 137-157, ici p. 149.

    9 Bien que les officiers de la Chambre n’aient pas été à l’origine de traités politiques ou théoriques connus, certains de ses membres entretenaient des liens avec des figures connues de la pensée politique. On songe à Pierre de Montbertaut, originaire d’Artois, trésorier ducal également au service du roi Charles VI, qualifié, sous Jean sans Peur, de maître des comptes à Lille : il fut l’intermédiaire entre Christine de Pizan et Philippe le Hardi dans la commande du Livre des faits et bonnes mœurs du roi Charles V le Sage en 1404 (B. Schnerb, Jean sans Peur. Le prince meurtrier, Paris, 2005, p. 451).

    10 Krynen, L’empire du roi…, op. cit. n. 1, p. 187-220.

    11 Ibid., p. 223.

    12 Christine de Pizan, Le livre de la Paix, éd. Ch. C. Willard, La Haye, 1958, cité par Krynen, L’empire du roi…, op. cit. n. 1, p. 200-204.

    13 ADN, B 1600, fol. 23 : lettre de Marguerite de Male du 3 juillet 1404.

    14 Sur quinze commissions conservées dans les registres aux chartes entre 1384 et 1419 ou mentionnées dans des comptes, onze mentionnent la suffisance de l’officier : ADN, B 1597-1602, B 4070-4092.

    15 Les commissions conservées utilisent le terme pour tout type d’officiers.

    16 O. Mattéoni, Servir le prince. Les officiers des ducs de Bourbon à la fin du Moyen Âge (1356-1523), Paris, 1998, p. 263.

    17 ADN, B 1598, fol. 13 : Paris, le 27 décembre 1394.

    18 M. Rey, Les finances royales sous Charles VI, 1388-1413. Les causes du déficit, Paris, 1965, p. 143.

    19 Le travail d’annotation des comptes était effectué par tous les agents : Santamaria, La Chambre…, op. cit. n. 6, p. 365-370.

    20 ADN, B 1602, fol. 108v : lettre de commission de son successeur, Roland Du Bois, datée du 27 février 1421.

    21 Le dialogue est rapporté au chancelier Rolin par Jean Bonost, maître des comptes envoyé de Dijon à Lille : ADCO, B 488.

    22 Selon la définition de Krynen, L’empire du roi…, op. cit. n. 1, p. 223.

    23 ADN, B 1599, fol. 44 : commission de Daniel Alarts comme maître des comptes à Lille, le 15 décembre 1400.

    24 E. Doudet, « La condition de l’hystoriographe : enquête sur une figure et un statut dans l’œuvre de Georges Chastellain », Le Moyen Âge, 112 (2006), no 3-4, p. 545-556.

    25 On compte 59 occurrences sur environ 2 400 lettres conservées entre 1386 et 1419 : ADN, B 17599-17627.

    26 ADN, B 17599, chemise « De la Faucille, Symon » : lettre du 9 septembre 1398, adressée par Simon de La Faucille, garde de la monnaie de Gand de 1394 à 1402, à Jean de Pacy.

    27 ADN, B 17614, chemise « Personnel. Roland de Moerkerke » : lettre du 24 août 1412 du greffier du Conseil de Flandre.

    28 ADN, B 1600, fol. 23v : commission de Jean de Pacy, David Bousse et Dreue Sucquet comme maîtres des comptes en Flandre, en Artois et à Malines ; Gand, le 16 avril 1405.

    29 Jean Juvénal des Ursins, A, a, a, nescio loqui, éd. P. S. Lewis, Écrits politiques de Jean Juvénal des Ursins, Paris, 1978-1985, t. 1, p. 437-551, ici p. 466-468.

    30 Le Conseil de Flandre consulte les gens des comptes « pour ce que somme en desirans de savoir, attendu que ceste matiere est de vostre speculacion, vostre adviz » (ADN, B 17625, chemise « Materne, Clais de » : lettre non datée, vers 1415-1419).

    31 É. Lalou, « La Chambre des comptes de Paris : mise en place et fonctionnement (fin xiiie-xive siècle), La France des principautés. Les Chambres des comptes. xive et xve siècles. Actes du colloque tenu aux Archives départementales de l’Allier, à Moulins-Yzeure, les 6, 7 et 8 avril 1995, dir. P. Contamine, O. Mattéoni, Paris, 1996, p. 3-15, ici p. 4-5.

    32 Dictionnaire historique de la langue française, dir. A. Rey, Paris, 1998, t. 2, p. 2102-2103.

    33 Citant Polos d’Agrigente, personnage du Gorgias de Platon : Christine de Pizan, Livre des faits et bonnes mœurs du roi Charles V le Sage, I, chap. 11, éd. E. Hicks, Th. Moreau, Paris, 1997, p. 56.

    34 Santamaria, La Chambre…, op. cit. n. 6, p. 265-269.

    35 On trouve l’expression « office de la maistrise des[diz] comptes » dans la commission de Pierre de La Tannerie en 1393 : ADN, B 1597, fol. 70.

    36 L’affaire concerne un receveur général de Flandre-Artois, François le Cuppre, pour une forte amende de 7 471 livres : ADN, B 4085, fol. 86 ; ADN, B 17608, chemise « Recette générale ».

    37 Dix ans pour Pierre de La Tannerie, seize pour Thomas de Le Becque.

    38 Henri Lippin, Jacques de Streyhem et Pierre de La Tannerie : T. Soens, De rentmeesters van de graaf van Vlaanderen. Beheer en beheerders van het grafelijk domein in de late middeleewen, Bruxelles, 2002, p. 164.

    39 D. Prévost, Le personnel de la Chambre des comptes de Paris, 1320-1418, doct. histoire, dir. Cl. Gauvard, Univ. Paris 1, 2001, p. 147.

    40 Jean de Pacy fut notaire du roi, et Roland de Moerkerque substitut du procureur général de Flandre : J. Dumolyn, Staatsvorming en vorstelijke ambtenaren in het graafschap Vlaanderen (1419-1477), Anvers-Apeldoorn, 2003 ; CD-ROM Prosodata, fiche « Louis de Moerkerke ».

    41 R.-H. Bautier, « Le personnel de la chancellerie royale sous les derniers Capétiens », Prosopographie et genèse de l’État moderne (table ronde, Paris, 1984), Paris, 1986, p. 91-115, ici p. 95.

    42 J. Kerhervé, L’État breton aux xive et xve siècles. Les ducs, l’argent et les hommes, Paris, 1987, t. 2, p. 717-719.

    43 Prévost, Le personnel…, op. cit. n. 39, p. 146-147, n. 45.

    44 ADN, B 1598, fol. 28 : lettre du 8 décembre 1395.

    45 Henri Lippin fut procureur du Franc de Bruges en 1371, Pierre de La Tannerie échevin d’Anvers en 1388.

    46 Jean Bonost est ainsi actif à Lille sous Jean sans Peur puis Philippe le Bon, alors que sa formation est bourguignonne ; les maîtres des comptes lillois ont aussi bien servi en Flandre flamande (Pierre de La Tannerie) que wallonne (Jean de Lanstais) : Santamaria, La Chambre…, op. cit. n. 6, p. 299-304.

    47 Thomas de Le Becque avait ainsi été clerc d’un receveur des aides : Vaughan, Philip the Bold…, op. cit. n. 7, p. 212.

    48 Une partie des notes fut rédigée en latin jusqu’en 1392, et certaines lettres enregistrées à la Chambre étaient rédigées par la Chancellerie en latin : ADN, B 1602, fol. 9.

    49 Le chancelier expliquait en 1387 qu’il recherchait « aucune bonne personne qui saiche le langaige de Flandres pour estre en la Chambre » (ADN, B 17602, chemise « Monnaie »).

    50 Il s’agit de Jean de Pacy, commis, le 15 février 1386, maître des comptes à Lille, qui resta en fonction jusqu’à sa mort en 1413 : Paris, Arch. nat., JJ 120, no 350 et 359.

    51 Un tableau de Jean Pillot, représentant le Jugement dernier comme reddition des comptes, orna le porche de la Chambre à partir de 1467 : ADN, B 93.

    52 Bruxelles, Arch. générales du royaume, CC 1324, fol. 7-v.

    53 J.-B. Santamaria, « Conseiller le prince : le rôle de la Chambre des comptes de Lille dans les processus de décision à la cour de Bourgogne (1386-1419) », Contrôler les finances sous l’Ancien Régime : regards d’aujourd’hui sur les Chambres des comptes. Colloque des 28, 29 et 30 novembre 2007, dir. D. Le Page, Paris, 2011, p. 185-235.

    54 ADN, B 632, no 12447 : lettre datée de Paris le 23 novembre 1392.

    55 ADN, B 17599-17624.

    56 ADN, B 17611, chemise « Personnel. Robert de Benghetem » : minute des gens des comptes au chancelier du 28 août 1409.

    57 ADN, B 17607, chemise « Ville, Lille ».

    58 ADN, B 17616, chemise « Villes, Lille. Loi ».

    59 ADN, B 17612, chemise « Personnel. Henri de Vouziers, gouverneur de Rethélois » : minute de lettre des gens des comptes au chancelier, datée de Lille, le 9 mai 1410.

    60 ADN, B 17612, chemise « Domaine. Lille, château » : minute de lettre des gens des comptes au chancelier ; Lille, le 23 février 1410.

    61 Ibid.

    62 Vingt-trois mentions d’avis concernent les monnaies, soit le 3e sujet de consultation de la Chambre (18 % du total).

    63 ADN, B 632, no 14534 : mémoire du 8 mars 1388.

    64 H. Laurent, La loi de Gresham au Moyen Âge. Essai sur la circulation monétaire entre la Flandre et le Brabant à la fin du xive siècle, Bruxelles, 1933, p. 92-93.

    65 Ibid.

    66 W. Blockmans, « La participation des sujets flamands à la politique monétaire des ducs de Bourgogne (1384-1500) », Revue belge de numismatique, 119 (1973), p. 103-134.

    67 ADN, B 17624, chemise « Monnaie » : minute de lettre des gens des comptes à l’évêque de Tournai Jean de Thoisy, conseiller de Jean sans Peur, datée de Lille, le 31 janvier, sans mention du millésime.

    68 ADN, B 17627, chemise « Monnaie » : lettre ducale datée du 11 octobre 1419 mandant les gens des comptes de recevoir Isbarre, ainsi que Jean Gobelet, maître des monnaies en Flandre.

    69 ADN, B 1602, fol. 92v : c’est le cas de l’influent trésorier Jean de Pressy. Lettre ducale ; Péronne, le 15 février 1420.

    70 ADN, B 1601, fol. 135v : Lille, le 17 décembre 1416.

    71 ADN, B 1599, fol. 44-v : commission de Daniel Alarts, le 15 décembre 1400.

    72 Qualité bien entendu reconnue par Christine de Pizan au sage roi Charles V : Christine de Pizan, Le livre des faits…, op. cit. n. 33, I, chap. 14-16, p. 64-66.

    73 ADN, B 1601, fol. 72v : légitimation des enfants d’Andrieu de Wachtembecques, datée de Gand, le 17 mars 1414.

    74 J. Krynen, « “De notre certaine science”. Remarques sur l’absolutisme législatif de la monarchie médiévale française », Renaissance du pouvoir législatif et genèse de l’État, dir. A. Gouron, A. Rigaudière, Montpellier, 1988, p. 131-144.

    75 À la différence de la chancellerie des ducs de Bourbon : Mattéoni, Servir le prince…, op. cit. n. 16, p. 266.

    76 ADN, B 17626, « Grands offices, recette générale » : procès entre Godefroy Le Sauvage et Georges de Lille, vers 1415-1420.

    Notes de fin

    * Abréviations utilisées : ADCO pour Dijon, Arch. dép. de la Côte-d’Or ; ADN pour Lille, Arch. dép. du Nord.

    Auteur

    • Jean-Baptiste Santamaria

      Université Lille 3 Charles-de-Gaulle
      IRHiS (CNRS, UMR 8529)

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    1 J. Krynen, L’empire du roi. Idées et croyances politiques en France xiiie-xve siècle, Paris, 1993, p. 167-239.

    2 M. Chopin, « La prudence dans les miroirs du Prince », La représentation de la prudence : actes du colloque du CREI à l’université de Haute-Alsace, 1999, dans Chroniques italiennes, 60 (1999), no 4, p. 87-98.

    3 Nicole Oresme fait du théologien l’expert le plus à même d’aider le prince : Krynen, L’empire du roi…, op. cit. n. 1, p. 110-116 et 222.

    4 D. Courtemanche, « Droit et rhétorique “ou” Droit ou rhétorique ? La formation des gens du roi en France dans la première moitié du xve siècle », Cahiers du Centre de recherches en histoire du droit et des institutions (Facultés universitaires Saint-Louis, Bruxelles), 9 (1998), p. 67-83.

    5 Leur rôle est vilipendé dans la littérature politique : Fr. Autrand, « La guerre des gens de finance en 1406 d’après le Songe véritable », Finances, pouvoirs et mémoire, hommages à Jean Favier, dir. J. Kerhervé, A. Rigaudière, Paris, 1999, p. 292-301.

    6 J.-B. Santamaria, La Chambre des comptes de Lille. Essor, organisation et fonctionnement d’une institution princière, doct. histoire, dir. B. Schnerb, Univ. Lille 3, 2009, p. 109-112.

    7 R. Vaughan, Philip the Bold. The Formation of the Burgundian Power, 1re éd., Londres, 1962 ; Id., John the Fearless. The Growth of Burgundian Power, 1re éd., Londres, 1966 ; ces deux ouvrages ont été réédités en 2002 ; B. Schnerb, L’État bourguignon, 1363-1477, Paris, 1999.

    8 J.-Fr. Lassalmonie, « Un organe de gouvernement informel sous Louis XI : le “Conseil des finances” », Francia, 30 (2003), no 1, p. 137-157, ici p. 149.

    9 Bien que les officiers de la Chambre n’aient pas été à l’origine de traités politiques ou théoriques connus, certains de ses membres entretenaient des liens avec des figures connues de la pensée politique. On songe à Pierre de Montbertaut, originaire d’Artois, trésorier ducal également au service du roi Charles VI, qualifié, sous Jean sans Peur, de maître des comptes à Lille : il fut l’intermédiaire entre Christine de Pizan et Philippe le Hardi dans la commande du Livre des faits et bonnes mœurs du roi Charles V le Sage en 1404 (B. Schnerb, Jean sans Peur. Le prince meurtrier, Paris, 2005, p. 451).

    10 Krynen, L’empire du roi…, op. cit. n. 1, p. 187-220.

    11 Ibid., p. 223.

    12 Christine de Pizan, Le livre de la Paix, éd. Ch. C. Willard, La Haye, 1958, cité par Krynen, L’empire du roi…, op. cit. n. 1, p. 200-204.

    13 ADN, B 1600, fol. 23 : lettre de Marguerite de Male du 3 juillet 1404.

    14 Sur quinze commissions conservées dans les registres aux chartes entre 1384 et 1419 ou mentionnées dans des comptes, onze mentionnent la suffisance de l’officier : ADN, B 1597-1602, B 4070-4092.

    15 Les commissions conservées utilisent le terme pour tout type d’officiers.

    16 O. Mattéoni, Servir le prince. Les officiers des ducs de Bourbon à la fin du Moyen Âge (1356-1523), Paris, 1998, p. 263.

    17 ADN, B 1598, fol. 13 : Paris, le 27 décembre 1394.

    18 M. Rey, Les finances royales sous Charles VI, 1388-1413. Les causes du déficit, Paris, 1965, p. 143.

    19 Le travail d’annotation des comptes était effectué par tous les agents : Santamaria, La Chambre…, op. cit. n. 6, p. 365-370.

    20 ADN, B 1602, fol. 108v : lettre de commission de son successeur, Roland Du Bois, datée du 27 février 1421.

    21 Le dialogue est rapporté au chancelier Rolin par Jean Bonost, maître des comptes envoyé de Dijon à Lille : ADCO, B 488.

    22 Selon la définition de Krynen, L’empire du roi…, op. cit. n. 1, p. 223.

    23 ADN, B 1599, fol. 44 : commission de Daniel Alarts comme maître des comptes à Lille, le 15 décembre 1400.

    24 E. Doudet, « La condition de l’hystoriographe : enquête sur une figure et un statut dans l’œuvre de Georges Chastellain », Le Moyen Âge, 112 (2006), no 3-4, p. 545-556.

    25 On compte 59 occurrences sur environ 2 400 lettres conservées entre 1386 et 1419 : ADN, B 17599-17627.

    26 ADN, B 17599, chemise « De la Faucille, Symon » : lettre du 9 septembre 1398, adressée par Simon de La Faucille, garde de la monnaie de Gand de 1394 à 1402, à Jean de Pacy.

    27 ADN, B 17614, chemise « Personnel. Roland de Moerkerke » : lettre du 24 août 1412 du greffier du Conseil de Flandre.

    28 ADN, B 1600, fol. 23v : commission de Jean de Pacy, David Bousse et Dreue Sucquet comme maîtres des comptes en Flandre, en Artois et à Malines ; Gand, le 16 avril 1405.

    29 Jean Juvénal des Ursins, A, a, a, nescio loqui, éd. P. S. Lewis, Écrits politiques de Jean Juvénal des Ursins, Paris, 1978-1985, t. 1, p. 437-551, ici p. 466-468.

    30 Le Conseil de Flandre consulte les gens des comptes « pour ce que somme en desirans de savoir, attendu que ceste matiere est de vostre speculacion, vostre adviz » (ADN, B 17625, chemise « Materne, Clais de » : lettre non datée, vers 1415-1419).

    31 É. Lalou, « La Chambre des comptes de Paris : mise en place et fonctionnement (fin xiiie-xive siècle), La France des principautés. Les Chambres des comptes. xive et xve siècles. Actes du colloque tenu aux Archives départementales de l’Allier, à Moulins-Yzeure, les 6, 7 et 8 avril 1995, dir. P. Contamine, O. Mattéoni, Paris, 1996, p. 3-15, ici p. 4-5.

    32 Dictionnaire historique de la langue française, dir. A. Rey, Paris, 1998, t. 2, p. 2102-2103.

    33 Citant Polos d’Agrigente, personnage du Gorgias de Platon : Christine de Pizan, Livre des faits et bonnes mœurs du roi Charles V le Sage, I, chap. 11, éd. E. Hicks, Th. Moreau, Paris, 1997, p. 56.

    34 Santamaria, La Chambre…, op. cit. n. 6, p. 265-269.

    35 On trouve l’expression « office de la maistrise des[diz] comptes » dans la commission de Pierre de La Tannerie en 1393 : ADN, B 1597, fol. 70.

    36 L’affaire concerne un receveur général de Flandre-Artois, François le Cuppre, pour une forte amende de 7 471 livres : ADN, B 4085, fol. 86 ; ADN, B 17608, chemise « Recette générale ».

    37 Dix ans pour Pierre de La Tannerie, seize pour Thomas de Le Becque.

    38 Henri Lippin, Jacques de Streyhem et Pierre de La Tannerie : T. Soens, De rentmeesters van de graaf van Vlaanderen. Beheer en beheerders van het grafelijk domein in de late middeleewen, Bruxelles, 2002, p. 164.

    39 D. Prévost, Le personnel de la Chambre des comptes de Paris, 1320-1418, doct. histoire, dir. Cl. Gauvard, Univ. Paris 1, 2001, p. 147.

    40 Jean de Pacy fut notaire du roi, et Roland de Moerkerque substitut du procureur général de Flandre : J. Dumolyn, Staatsvorming en vorstelijke ambtenaren in het graafschap Vlaanderen (1419-1477), Anvers-Apeldoorn, 2003 ; CD-ROM Prosodata, fiche « Louis de Moerkerke ».

    41 R.-H. Bautier, « Le personnel de la chancellerie royale sous les derniers Capétiens », Prosopographie et genèse de l’État moderne (table ronde, Paris, 1984), Paris, 1986, p. 91-115, ici p. 95.

    42 J. Kerhervé, L’État breton aux xive et xve siècles. Les ducs, l’argent et les hommes, Paris, 1987, t. 2, p. 717-719.

    43 Prévost, Le personnel…, op. cit. n. 39, p. 146-147, n. 45.

    44 ADN, B 1598, fol. 28 : lettre du 8 décembre 1395.

    45 Henri Lippin fut procureur du Franc de Bruges en 1371, Pierre de La Tannerie échevin d’Anvers en 1388.

    46 Jean Bonost est ainsi actif à Lille sous Jean sans Peur puis Philippe le Bon, alors que sa formation est bourguignonne ; les maîtres des comptes lillois ont aussi bien servi en Flandre flamande (Pierre de La Tannerie) que wallonne (Jean de Lanstais) : Santamaria, La Chambre…, op. cit. n. 6, p. 299-304.

    47 Thomas de Le Becque avait ainsi été clerc d’un receveur des aides : Vaughan, Philip the Bold…, op. cit. n. 7, p. 212.

    48 Une partie des notes fut rédigée en latin jusqu’en 1392, et certaines lettres enregistrées à la Chambre étaient rédigées par la Chancellerie en latin : ADN, B 1602, fol. 9.

    49 Le chancelier expliquait en 1387 qu’il recherchait « aucune bonne personne qui saiche le langaige de Flandres pour estre en la Chambre » (ADN, B 17602, chemise « Monnaie »).

    50 Il s’agit de Jean de Pacy, commis, le 15 février 1386, maître des comptes à Lille, qui resta en fonction jusqu’à sa mort en 1413 : Paris, Arch. nat., JJ 120, no 350 et 359.

    51 Un tableau de Jean Pillot, représentant le Jugement dernier comme reddition des comptes, orna le porche de la Chambre à partir de 1467 : ADN, B 93.

    52 Bruxelles, Arch. générales du royaume, CC 1324, fol. 7-v.

    53 J.-B. Santamaria, « Conseiller le prince : le rôle de la Chambre des comptes de Lille dans les processus de décision à la cour de Bourgogne (1386-1419) », Contrôler les finances sous l’Ancien Régime : regards d’aujourd’hui sur les Chambres des comptes. Colloque des 28, 29 et 30 novembre 2007, dir. D. Le Page, Paris, 2011, p. 185-235.

    54 ADN, B 632, no 12447 : lettre datée de Paris le 23 novembre 1392.

    55 ADN, B 17599-17624.

    56 ADN, B 17611, chemise « Personnel. Robert de Benghetem » : minute des gens des comptes au chancelier du 28 août 1409.

    57 ADN, B 17607, chemise « Ville, Lille ».

    58 ADN, B 17616, chemise « Villes, Lille. Loi ».

    59 ADN, B 17612, chemise « Personnel. Henri de Vouziers, gouverneur de Rethélois » : minute de lettre des gens des comptes au chancelier, datée de Lille, le 9 mai 1410.

    60 ADN, B 17612, chemise « Domaine. Lille, château » : minute de lettre des gens des comptes au chancelier ; Lille, le 23 février 1410.

    61 Ibid.

    62 Vingt-trois mentions d’avis concernent les monnaies, soit le 3e sujet de consultation de la Chambre (18 % du total).

    63 ADN, B 632, no 14534 : mémoire du 8 mars 1388.

    64 H. Laurent, La loi de Gresham au Moyen Âge. Essai sur la circulation monétaire entre la Flandre et le Brabant à la fin du xive siècle, Bruxelles, 1933, p. 92-93.

    65 Ibid.

    66 W. Blockmans, « La participation des sujets flamands à la politique monétaire des ducs de Bourgogne (1384-1500) », Revue belge de numismatique, 119 (1973), p. 103-134.

    67 ADN, B 17624, chemise « Monnaie » : minute de lettre des gens des comptes à l’évêque de Tournai Jean de Thoisy, conseiller de Jean sans Peur, datée de Lille, le 31 janvier, sans mention du millésime.

    68 ADN, B 17627, chemise « Monnaie » : lettre ducale datée du 11 octobre 1419 mandant les gens des comptes de recevoir Isbarre, ainsi que Jean Gobelet, maître des monnaies en Flandre.

    69 ADN, B 1602, fol. 92v : c’est le cas de l’influent trésorier Jean de Pressy. Lettre ducale ; Péronne, le 15 février 1420.

    70 ADN, B 1601, fol. 135v : Lille, le 17 décembre 1416.

    71 ADN, B 1599, fol. 44-v : commission de Daniel Alarts, le 15 décembre 1400.

    72 Qualité bien entendu reconnue par Christine de Pizan au sage roi Charles V : Christine de Pizan, Le livre des faits…, op. cit. n. 33, I, chap. 14-16, p. 64-66.

    73 ADN, B 1601, fol. 72v : légitimation des enfants d’Andrieu de Wachtembecques, datée de Gand, le 17 mars 1414.

    74 J. Krynen, « “De notre certaine science”. Remarques sur l’absolutisme législatif de la monarchie médiévale française », Renaissance du pouvoir législatif et genèse de l’État, dir. A. Gouron, A. Rigaudière, Montpellier, 1988, p. 131-144.

    75 À la différence de la chancellerie des ducs de Bourbon : Mattéoni, Servir le prince…, op. cit. n. 16, p. 266.

    76 ADN, B 17626, « Grands offices, recette générale » : procès entre Godefroy Le Sauvage et Georges de Lille, vers 1415-1420.

    * Abréviations utilisées : ADCO pour Dijon, Arch. dép. de la Côte-d’Or ; ADN pour Lille, Arch. dép. du Nord.

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