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    Plan détaillé Texte intégral Recourir au conseil d’un savant, de 1150 à 1220 L’expertise en elle-même Poids et sens de l’expertise Notes de bas de page Auteur

    Experts et expertises au Moyen Âge. Consilium quaeritur a perito

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Expertise et conseil des maîtres aux premiers temps de l’Université (xiie-xiiie siècles)

    Nathalie Gorochov

    p. 73-86

    Résumés

    L’essor scolaire du xiie siècle a pour effet la présence croissante, dans la société occidentale, de clercs savants, de magistri, qui se distinguent par leur peritia, leur scientia. Après 1150, le pouvoir laïque ou ecclésiastique sollicite de plus en plus souvent ces maîtres, individuellement ou collectivement, afin qu’ils rendent des expertises ou des consilia à propos de questions complexes de droit ou de théologie. Entre le xiie et le xiiie siècle, au moment où ils s’associent en université, ces savants émergent comme un groupe d’experts capables de conseiller les puissants. Prenant appui sur quelques dizaines de cas d’expertises magistrales, attestées pour la période 1150-1220, cet article présente les types de problèmes soumis aux maîtres, la forme de l’expertise, enfin l’usage qu’en font les hommes de pouvoir.

    The rapid development of schools in the twelfth century brought about an increased number of learned scholars in the Western society, namely magistri distinguished by their peritia and their scientia. After 1150, both the secular and the ecclesiastical powers increasingly turned to the masters, both individually and collectively, for expertise or consilia on complex matters of law or theology. Between the twelfth and the thirteenth centuries, at a time when they were coming together to form the universities, those scholars emerged as a group of experts who were capable of advising those in power. The article makes use of a number of cases submitted for expertise taken from reliable sources in the period 1150-1220. It presents the kind of problems that required the masters’ expertise, the opinions themselves and the use made of these opinions by those in power.

    Texte intégral Recourir au conseil d’un savant, de 1150 à 1220 L’expertise en elle-même Poids et sens de l’expertise Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Jusqu’à l’aube du xiie siècle, l’Occident médiéval est un monde peuplé de paysans, de clercs et de seigneurs. Parmi les clercs, quelques savants – Isidore de Séville, Alcuin, Gerbert d’Aurillac, Yves de Chartres, Lanfranc de Pavie, ou bien Anselme du Bec – réservent leur enseignement, gratuit, à d’autres clercs, au cœur des cloîtres ou à l’ombre des cathédrales. Ils ne tiennent pas de place spécifique dans la société, hormis celle de prélats, évêques ou abbés, qui, par leur office de chefs spirituels, peuvent être sollicités, ex officio, pour délivrer un conseil, une expertise. Ainsi Guillaume d’Aquitaine interroge-t-il Fulbert, évêque de Chartres, parce qu’il est évêque, et ce savant prélat lui répond par sa lettre fameuse : « Vous me demandez de définir la fidélité. Voici ce que j’ai trouvé dans les livres1 » ; c’est à propos des obligations de consilium et d’auxilium du vassal à l’égard de son seigneur. Nous sommes alors vers 1020. À peine un siècle plus tard, un autre évêque de Chartres, Yves, ou bien encore Hugues, chanoine de Saint-Victor, rendent sous la forme de lettres quelques expertises qu’on leur a demandées à propos de tel ou tel cas litigieux2. Sans doute agissent-ils eux aussi ex officio, mais peut-être le font-ils déjà ex peritia, ex scientia, en tant que savants.

    2En ce premier quart du xiie siècle, en effet, la société se transforme lentement, notamment dans les villes. Des écoles urbaines s’ouvrent et rassemblent dans la même passion des autorités et de l’étude, maîtres et étudiants. La révolution scolaire du xiie siècle est qualitative par les disciplines nouvellement enseignées (arts libéraux, droit romain, droit canonique, médecine, théologie), mais elle est aussi, bien sûr, quantitative. « Intellectuels », suivant l’expression de Jacques Le Goff3, ou « gens de savoir », suivant celle de Jacques Verger4, se multiplient. D’où, vers 1120, cette remarque bien connue de l’abbé Guibert de Nogent qui, de son cloître, observe ce phénomène remarquable :

    Peu de temps auparavant, et même en partie dans mon enfance, la disette de ces sortes de maîtres était telle que, dans les bourgs, on en rencontrait pour ainsi dire jamais, et pas toujours dans les villes. Le savoir de ceux que par chance on y découvrait était mince, et l’on ne saurait même le comparer à celui des petits clercs vagabonds de l’époque moderne5.

    3Tout au long du xiie siècle, l’essor des écoles est continu à Laon, à Chartres, à Cologne, à Liège, à Mayence, à Montpellier, à Oxford, à Paris, à Bologne et, dans ces dernières villes, plus marqué sans doute dans la seconde moitié du xiie siècle au point que vers 1200, comme les autres travailleurs urbains, les maîtres – ou les étudiants à Bologne – finissent par former des métiers : les premières universités6. Comme l’a démontré Jacques Le Goff, dans son livre Les intellectuels au Moyen Âge, les savants émergent donc comme un nouveau groupe socio-professionnel au cours des xiie et xiiie siècles, formant un groupe de plus en plus visible dans la société, notamment dans la société urbaine, plus visible encore lorsqu’il s’organise en institution universitaire7.

    4Les clercs qui ne sont pas passés par ces écoles – Guibert de Nogent, par exemple –, mais aussi les hommes qui détiennent le pouvoir de ban, les rois, les princes, les seigneurs, ceux dont le métier est le maniement des armes, non celui des livres, toutes ces élites laïques et ecclésiastiques ne peuvent ignorer la présence croissante de ces savants formés en ville. Confrontés à des questions de droit, de théologie, dont ils n’ont pas la réponse, parce qu’elles sont trop complexes, confrontés à des conflits qu’ils souhaitent résoudre sans procès, les membres du haut clergé et de l’aristocratie laïque commencent à faire appel au savoir d’un seul, voire de plusieurs maîtres, non parce qu’il est abbé ou évêque, mais parce qu’il sait, qu’il a la scientia, et c’est ainsi que la requête d’expertise est justifiée. Les mentions de tels recours à l’expertise des maîtres, encore rares dans les sources avant 1150, se font plus nombreuses après le milieu du xiie siècle, c’est-à-dire au moment où la présence des intellectuels formés aux écoles commence à être assez étoffée, assez visible, au moment où l’on prend conscience que ces hommes en savent davantage que tous les autres.

    5Cette étude s’appuie donc sur toutes les traces de conseil et d’expertise des magistri en Occident entre 1150 environ et 1220, des traces extrêmement dispersées dans les chroniques, dans les cartulaires, dans des diplômes royaux, dans des correspondances. Les mentions sont brèves ou développées, selon les cas. De ce corpus d’expertises, sans doute loin d’être exhaustif, il ressort d’abord une perception tout à fait nouvelle de la compétence des gens d’école : un vivier d’experts est né. On dressera dans un premier temps la typologie des requêtes d’expertises pendant la période considérée, afin de voir qui a recours au conseil des maîtres, dans quels milieux et pour quels sujets. Dans une deuxième partie, j’examinerai la forme que prend l’expertise magistrale et de quelle manière elle reflète des méthodes de travail proprement scolaires. Enfin, parce qu’il y a loin du conseil à la décision, on s’interrogera, dans une troisième partie, sur le sens et le poids de l’expertise dans le processus décisionnel.

    Recourir au conseil d’un savant, de 1150 à 1220

    6L’un des plus célèbres consilia du xiie siècle est sans nul doute l’avis donné à Roncaglia, à l’empereur Frédéric Ier Barberousse, par quatre docteurs de Bologne, disciples d’Irnerius. À l’été 1158, l’empereur vient avec une forte armée soumettre les communes lombardes. Ayant installé son camp à Roncaglia, sur la rive gauche du Pô en aval de Plaisance, il convoque en une diète les nobles et les évêques italiens, ainsi que les représentants des communes, dans l’intention de promulguer solennellement des édits qui doivent énoncer avec clarté ses droits et son autorité en Italie8. Selon le chroniqueur Otto Morena :

    Omnibusque fere Ytalie principibus consulibus etiam civitatum in ipso colloquio interesse precepit ; ad quod quattuor etiam principales legis doctores, videlicet Bulgarum et Martinum Gosiam seu Jacobum atque Ugonem de Porta Ravegnana, Bononie magistros, interesse fecit […] Imperator igitur universique principes ac civitatum consules ibi insimul se convenientes, in primis vocavit imperator omnes jam dictos Bononie magistros jussitque eis, quod ipsi indicarent ei in veritate omnia regalia jura, quecumque imperii jure in Longobardia ad ipsum spectarent ac sua esse deberent9.

    7Les termes de la chronique sont sans ambiguïté : les juristes de Bologne sont sollicités par l’empereur pour énumérer publiquement, lors de la diète, la liste des droits impériaux en Italie, conformément au droit romain qu’ils enseignent dans leurs écoles. Conscient du fait que les rapports entre le pouvoir impérial et les communes italiennes ne peuvent être pensés en termes traditionnels de droit féodal, dont il est familier, Frédéric Barberousse a recours au savoir des docteurs en droit romain. L’enjeu est de taille pour l’empereur, qui souhaite organiser le royaume d’Italie sous son autorité, un projet qu’il avait dès 1154, mais qu’il peut ainsi reprendre en 1158 en publiant une législation directement issue du Corpus Juris Civilis de Justinien, grâce à la collaboration des maîtres bolonais10.

    8D’autres souverains recourent-ils de même à l’expertise savante dans les mêmes années ? Les mentions restent rares. Éric Bournazel, Yves Sassier et André Gouron ont repéré quelques jurisperiti à la cour de Louis VII11 : maître Mainier, jurisperitus, rhetor incomparabiliter eximius, peut-être un disciple d’Abélard, ou bien le notaire royal, Giraud de Bourges, familier de l’enseignement du juriste bolonais Roger12. Quelques mandements royaux « commencent à trahir un minimum d’influence des droits savants13 », par exemple une lettre adressée par le roi à la vicomtesse de Narbonne, qui utilise la notion romaine de benignitas, vraisemblablement soufflée par un maître en droit, dont le conseil ou l’expertise informels demeurent ici complètement dans l’ombre. Pas d’expertise en bonne et due forme, donc, à la cour capétienne avant 1180, mais à la même époque, on en trouve des mentions à la cour d’Henri II Plantagenêt. La bibliographie est naturellement abondante sur les nombreux clercs instruits qui fréquentent la cour de ce roi d’Angleterre entre 1154 et 1190. Leur présence n’implique toutefois pas nécessairement la mise en œuvre de véritables expertises, sauf dans les circonstances suivantes. Après plusieurs années de conflit avec l’archevêque de Cantorbéry, exilé en France depuis 1164, Henri II semble enfin souhaiter une réconciliation. Le 18 novembre 1169, il se trouve avec Louis VII à Saint-Denis, les deux rois et l’archevêque Thomas se rencontrent à Montmartre, mais une fois encore, la négociation échoue comme en témoigne Thomas Becket lui-même dans une lettre adressée à l’archevêque Guillaume d’Étampes. Il signale que le roi d’Angleterre a alors envisagé, à ce moment précis, de solliciter l’avis des maîtres de Paris : paratum esse stare judicio curie domini sui regis Francorum vel judicio Ecclesie Gallicanae aut scholarium Parisiensium14. Henri II reconnaît en ces circonstances le rôle éminent que les maîtres de Paris peuvent jouer dans la résolution du conflit. Contemporain d’Henri II, de l’empereur Frédéric Ier et de Louis VII, le comte de Champagne Henri le Libéral requiert également une forme d’expertise magistrale lorsqu’il demande à Jean de Salisbury de l’éclairer sur un passage de l’Ancien Testament. C’est par une lettre très longue et détaillée que le clerc anglais répond au comte en le complimentant pour sa sagesse, rare chez les laïcs. La question suscitant l’expertise n’est pas d’ordre politique mais religieuse, cette fois. Jean de Salisbury est d’autant plus flatté qu’il semble avoir été rarement requis pour produire de telles expertises15.

    9Une fois énoncés ces quelques cas d’expertises sollicitées par des princes laïques avant 1180, il faut bien reconnaître que les mentions d’expertises antérieures aux années 1180 sont bien plus nombreuses dans l’Église. Le milieu clérical semble avoir été, très tôt, sensibilisé au talent des clercs passés par les écoles et à la nécessité de recourir à ce savoir rare. Cédric Giraud évoque le recours aux experts dans les procès d’hérésie des années 1120-1130 en France du Nord16. André Gouron et Jean-Pierre Poly ont trouvé la trace de consultations juridiques dans le midi de la France pour le premier tiers du xiie siècle, dès que des écoles de droit s’ouvrent à Arles, à Avignon, à Montpellier, avec des maîtres formés à Bologne. Ainsi vers 1125, le puissant abbé de Saint-Gilles recourt au conseil d’un jurisperitus17. Vers 1150, l’abbé cistercien de Valmagne demande une expertise au juriste Raymond des Arènes, qui, dans son consilium, cite le Décret de Gratien18. Et la correspondance de Pierre le Vénérable († 1156) montre à quel point sa perception des magistri évolue en quelques années, entre 1130 et 1150 environ : dans les lettres les plus anciennes, l’éminent abbé de Cluny ignore la science juridique au point de la confondre avec la rhétorique, mais quelques années plus tard, il s’essaie avec maladresse à tirer parti des Institutes, pour finalement rechercher des magistri pour recueillir leur avis d’expert. En 1149, son frère, abbé de la Chaise-Dieu, se trouve en procès avec l’évêque de Nîmes, et Pierre le Vénérable, déjà âgé, déplore dans une lettre adressée au pape de ne pas avoir sous la main un magister qui puisse l’aider19.

    10Nous sommes alors au milieu du xiie siècle, et les scolares en général, les juristes en particulier, se font de plus en plus nombreux dans les écoles urbaines au nord de la Loire, et on recourt de plus en plus souvent à leur expertise dans les milieux ecclésiastiques. Ainsi, Étienne d’Orléans, dit de Tournai, doyen de Sainte-Euverte d’Orléans, puis abbé de Sainte-Geneviève de Paris, enfin évêque de Tournai († 1203), dont la Summa, rédigée vers 1150, est le premier commentaire français du Décret de Gratien20, procède à plusieurs expertises juridiques dont on trouve la trace dans son abondante correspondance. Cinq de ses lettres contiennent des expertises qui lui ont été commandées. Ainsi, l’évêque de Clermont l’interroge sur la validité d’un baptême célébré dans des conditions inhabituelles, et il est manifeste que l’on ne sollicite pas ici son avis et celui de Maurice de Sully ex officio, eu égard à leur fonction, mais bien ex peritia, parce qu’ils ont la réputation d’être des savants, des experts21. Ces quelques lettres d’Étienne de Tournai sont des réponses à des demandes formulées par ses correspondants et relatives à des points précis de droit canonique : aux sacrements (mariage, baptême), à des conflits de juridiction au sein de l’Église ou bien encore au statut des réguliers, au noviciat. Le préambule des lettres indique qu’Étienne a été sollicité pour sa peritia, même s’il commence généralement par s’excuser de son ignorance (imperitia).

    11À la fin du xiie siècle, les mentions d’expertise se font plus nombreuses. Mais, alors que les requêtes étaient précédemment présentées à un ou deux maîtres, il s’agit désormais de consilia requis à un groupe de plusieurs maîtres issus du même centre scolaire, à une collectivité, celle des maîtres enseignant, dans une ville, telle ou telle discipline. La requête n’est pas présentée ad hominem mais à tous les magistri d’un même studium, ou plutôt à ceux qui voudront bien prendre le temps d’y répondre. Le requérant ne connaît pas le nom des experts, mais s’adresse à un vivier d’experts en quelque sorte anonyme. Parmi ces requêtes d’expertise à des magistri quels qu’ils soient, présentées entre 1180 et 1220, on trouve un consilium demandé par l’abbaye bénédictine de Saint-Bertin à propos de son litige avec le monastère cistercien voisin de Clairmarais (entre 1205 et 1211). Plutôt que de s’affronter en justice, il est possible de composer : c’est le choix de Saint-Bertin, qui adresse une requête de consilium aux maîtres de Paris. La requête ainsi que le consilium rendu constituent un beau dossier conservé dans le cartulaire de Saint-Bertin22. On trouve des procédures semblables, vers 1200, pour des litiges relatifs aux abbayes de Phalempin, de Courtrai, de Saint-Hubert en Ardenne23. Dans ce dernier cas, il y a eu deux consilia, l’un rendu par des maîtres de Cologne, l’autre par des maîtres de Liège : le premier avait été scellé des sceaux de sept maîtres, le second par les sceaux de douze maîtres. L’abbé de Saint-Bertin s’adresse aux maîtres de la manière suivante :

    Viris venerabilibus jurisperitis universis magistris scolarum Parisiensium, frater Johannes, Dei permissione Sancti Bertini minister humilis, et conventus, salutem et devotas in Domino orationes. Universitatis vestre prudentiam, quanta possumus devotione, imploramus quatinus super negotio pro quo ad vestram discretionem presentium latores transmittimus, causa Dei et intuitu justitie, consilium quale expedire, noveritis nobis impendatis. Et quia longum esset seriem rescripto narrare, ipsi vobis melius poterunt quod gestum est verbis explicare.

    12Pas d’expertise ex officio, mais, ici, il s’agit bien d’un recours à la peritia, au savoir, à la prudence des intellectuels parisiens dont la renommée est parvenue jusqu’à la Flandre. De même les maîtres, notamment les maîtres parisiens, sont désormais sollicités collectivement par le roi de France, et à plusieurs reprises, sous le règne de Philippe Auguste. En 1202, le roi reproche au vidame de Châlons d’avoir mis la main sur les régales de l’évêché vacant par la mort de l’évêque. Accédant à la demande du vidame, qui souhaite un jugement par enquête, le roi Philippe Auguste convoque en sa cour sept sages, trois évêques et quatre savants, ainsi que neuf barons, dont plusieurs sont ses familiers :

    Ad diem illum convocavimus sapientes homines nostros, Belvacensem, Parisiensem, Meldensem episcopos, et alios viros litteratos Lotharium Cremonensem, Ranulfum archidiaconum Bituricensem, magistrum Galfridum de Pissiaco, magistrum Nicolaum de Carnoto. Convocavimus etiam barones nostros […] qui, facta diligenti inquisitione, librato diu consilio24.

    13L’acte royal réunit dans la catégorie des sapientes les trois évêques, dont le théologien Maurice de Sully et l’évêque de Beauvais, cousin du roi, ainsi que quatre experts issus du monde scolaire, dont le juriste italien Lothaire de Crémone. Confronté dix ans plus tard à la croisade des enfants et ne sachant comment réagir face à cet épisode, Philippe Auguste se tourne de nouveau vers les maîtres en théologie de Paris25. À cette date, en 1212, les maîtres forment d’ores et déjà l’université, dotée du pouvoir de rédiger des statuts et d’élire ses représentants, dotée de droits conférés par le pape ainsi que par le roi. Ainsi, les mentions d’expertise des maîtres se multiplient de 1150 à 1220, les requêtes étant de plus en plus systématiquement adressées à la collectivité des magistri en activité dans tel ou tel studium, par des institutions ecclésiastiques ou des grands laïcs. L’expert est invité à donner son avis sur un litige ou un cas de conscience, il est sollicité pour exposer les différentes solutions possibles, sous des formes diverses.

    L’expertise en elle-même

    14Qu’elle prenne une forme écrite ou orale, l’expertise s’appuie sur des autorités enseignées et commentées dans les écoles : la Bible, les Sentences de Pierre Lombard pour les théologiens, le Corpus Juris Civilis et le Décret de Gratien pour les juristes. L’avis donné par les maîtres experts doit être argumenté par le recours aux citations des autorités.

    15Sous forme écrite, la réponse de l’expert ou des experts est une lettre longue, structurée, détaillée, qui décline les arguments contradictoires pour aboutir à une solutio, une determinatio, une synthèse. À partir du xiiie siècle, les maîtres bolonais procurent ainsi par dizaines des consilia à ceux qui le leur demandent. Les lettres par lesquelles Étienne de Tournai rend une expertise semblent se situer à l’origine de cette littérature des consilia. Ces lettres d’Étienne se distinguent des autres par leur longueur et leur solide structuration. Par exemple, dans la lettre qui traite de l’entrée des novices de Grandmont dans l’ordre cistercien, un texte structuré en plusieurs développements nourris de citations de l’Évangile, de saint Paul, de Grégoire le Grand, du Décret et de la règle de saint Augustin26. Le cartulaire de Saint-Bertin conserve le texte du consilium délivré à cette abbaye par trois maîtres en droit parisiens, probablement entre 1205 et 1211. Saint-Bertin leur soumettait neuf points de litige. Les trois maîtres experts ont répondu point par point en neuf paragraphes en arguant tantôt de la coutume tantôt du droit savant, et l’expertise est des plus limpides27.

    16Mais l’expertise des maîtres aux xiie et xiiie siècles ne prend pas nécessairement cette forme écrite et achevée, d’où la difficulté d’en saisir les traces. Les maîtres rendent souvent leur consilium par un dialogue mené avec le requérant. L’oral, même dans le milieu scolaire, conserve alors une place prépondérante. Dans l’affaire de la régale de Châlons, vers 1200, l’expertise s’insère dans une sorte de débat organisé par le roi en sa cour. Les sept sages et les neuf barons énumèrent les quatre arguments (hiis quatuor rationibus que secuntur) qui empêchent le vidame de toucher la régale, parmi lesquels des citations issues du droit romain (jus scriptum)28. Ce consilium a été rendu au jour fixé par le roi dans sa cour. D’autres consilia peuvent être rendus de manière impromptue, dans les circonstances les plus inattendues. Ainsi, c’est du haut de son cheval que Frédéric Ier Barberousse interroge les quatre maîtres en droit de Bologne et leur demande s’il est le maître du monde29.

    17Ce face-à-face peu ordinaire entre un puissant et des maîtres experts se retrouve dans un autre récit d’expertise que rapporte un passage de la Vita anonyme de Jean de Montmirail30. Vers 1208, le fortuné seigneur Jean de Montmirail, à quarante ans passés, a déjà accompli une belle carrière au service du roi de France, à la cour même, mais aussi sur des champs de bataille victorieux, de la Terre sainte (1190) à Gisors (1193). Mais, depuis une dizaine d’années, à la suite d’une expérience érémitique, Jean de Montmirail n’aspire plus qu’à la vie monastique. Il multiplie les actes de piété et reçoit souvent la visite d’un chanoine régulier qui l’entretient de la vanité du monde et des richesses, des honneurs et de la gloire. Jean de Montmirail hésite cependant sur le choix de la communauté monastique qu’il va rejoindre. C’est alors qu’un ermite, qui lui a conseillé d’entrer chez les Cisterciens, l’invite à entendre la position des maîtres en théologie de Paris. Accompagné d’une spectaculaire suite de chevaliers, de sergents et de familiers, le seigneur entre dans Paris, puis se rend auprès des maîtres en théologie qui étaient réunis en une assemblée. Après un échange informel, l’ancien connétable présente la raison de sa visite : venu recueillir le consilium de ces experts sur le choix d’une vie monastique, il annonce d’emblée le don considérable de trente livres qu’il fait aux docteurs. Ne souhaitant pas étaler ses problèmes de conscience devant une assemblée si nombreuse, le chevalier demande aux docteurs d’élire les dix meilleurs d’entre eux « excellant par la religion et la doctrine », parmi lesquels trois, les plus « fameux », doivent demeurer avec lui pour lui donner leur avis, avant que les sept autres ne viennent le confirmer. Et c’est unanimement que les dix docteurs, d’abord réduits à trois, puis de nouveau réunis en un groupe de dix, conseillent à Jean de Montmirail l’ordre cistercien comme choix monastique idéal. Cette procédure met en application quelques principes bien établis, élaborés depuis le xiie siècle par les juristes pour le bon fonctionnement des collectivités, ecclésiastiques ou laïques, selon lesquels, d’une part, des représentants élus peuvent décider au nom de tous – ici les dix docteurs se distinguant par leur doctrine et leur religion – et, d’autre part, que dans un vote, l’avis de la sanior pars vaut pour l’opinion de tous, la sanior pars étant ici incarnée par les trois plus fameux docteurs dont l’autorité est incontestée31.

    18Ainsi, à l’aube du xiiie siècle, dans les milieux proches du pouvoir royal, on recourt assez naturellement au conseil, à l’expertise des maîtres parisiens, notamment pour résoudre des questions d’ordre religieux, et les maîtres jouissent d’un extraordinaire prestige. Cette expertise, rémunérée, conserve encore souvent une forme orale mais se présente comme unanime, sans équivoque. Ce recours à l’expertise des maîtres parisiens se généralise probablement au moment où ils forment une association professionnelle, visible, dotée de privilèges royaux et pontificaux. Il reste à se demander pourquoi Jean de Montmirail a souhaité faire approuver son choix d’entrer chez les Cisterciens par un si grand nombre de théologiens éminents, alors que sa décision était déjà prise. Philippe Auguste ne pouvait-il, par un simple acte d’autorité, interdire au vidame de Châlons de toucher la régale ? Quel rôle joue l’expertise dans le processus décisionnel ? Le consilium influe-t-il réellement sur la décision du requérant ?

    Poids et sens de l’expertise

    19C’est en matière politique que l’on est naturellement tenté de souligner l’enjeu de l’expertise. La fameuse maxime de Jean de Salisbury, rex illiteratus est quasi asinus coronatus32, aurait-elle été entendue ? Les princes laïques, conscients de leur ignorance, souhaitent-ils y remédier, non en fréquentant les écoles par eux-mêmes, mais en écoutant l’avis des savants ? Souhaitentils utiliser la scientia, les savoirs scolaires, pour mieux gouverner, et l’expertise serait-elle une manifestation de cette volonté politique de sapientia ?

    20Il est vrai qu’après 1150, les actes royaux et impériaux changent, indéniablement. Des innovations politiques se font jour, probablement suggérées par les maîtres, sous la forme d’expertises qui n’ont pas laissé de trace visible dans les sources. Pour reprendre les exemples de consilia évoqués plus haut, la législation de Frédéric Barberousse établie lors de la diète de Roncaglia est bien truffée de références au Corpus Juris Civilis fournies par les docteurs bolonais présents auprès de l’empereur33. Dans les mêmes années, quelques mandements de Louis VII commencent à trahir l’influence du droit savant, les actes portant de temps à autre la mention consilio familiarium nostrorum pour justifier telle ou telle décision royale34. C’est explicite en 1202, dans la charte de Philippe Auguste relative à Châlons (librato diu consilio)35. L’expertise des maîtres semble s’intégrer au processus de la décision politique et représenter un préalable indispensable, afin de justifier et soutenir la législation de l’empereur ou du roi de France. Mais l’expertise magistrale est-elle suivie à la lettre ?

    21Sur ce point, rien n’est moins sûr, que ce soit dans les milieux ecclésiastiques ou laïques, et il faut se garder d’extrapoler. Par leurs avis divergents sur la potestas impériale, les docteurs bolonais ont, par leur incertitude, en quelque sorte averti l’empereur des dangers d’une législation impériale qui affirme sa complète autonomie législative face aux communes. Malgré eux, malgré leur position hésitante, Frédéric Barberousse se montre extrêmement autoritaire à Roncaglia. Il n’en doit pas moins faire marche arrière face aux communes, quelques années plus tard36. Lors de son conflit avec Thomas Becket, Henri II Plantagenêt recourt bien à un consilium des maîtres de Paris – dont les sources n’ont malheureusement pas conservé la trace précise – et semble s’en remettre à l’avis des maîtres sur la conduite à tenir. Mais ses contemporains ne sont pas dupes. Pour Ralph de Dicet, ce consilium, nullement entendu par le roi d’Angleterre, est un acte de propagande, Henri II ne l’aurait sollicité que pour faire pencher l’opinion du milieu scolaire parisien en sa faveur : Ita rex Angliae, qui prius odium in se plurimorum conflaverat, per haec verba plurimum adeptus est favorem37.

    22De même, à propos d’expertises de juristes dans des conflits d’ordre ecclésiastique, l’expertise est censée fournir des arguments propres à favoriser un accord. Dans l’affaire de Saint-Bertin évoquée plus haut, l’expertise menée par les plus éminents juristes des écoles de Paris vaut-elle pour les réponses qu’elle apporte aux questions posées par le requérant ? On peut en douter lorsque l’on considère le contenu du consilium : l’abbé leur a effectivement posé quelques questions ardues, auxquelles seuls des spécialistes du Corpus Juris Civilis pouvaient répondre, mais aussi des questions simplissimes, qui ne nécessitaient pas de déplacer des juristes de Paris jusqu’en Flandre38. On est alors tenté de supposer que la valeur de l’expertise tient davantage dans la convocation des trois maîtres experts que dans le contenu des réponses qu’ils apportent. D’ailleurs, un accord entre les deux monastères survient peu après, qui tient partiellement compte de l’expertise, comme si celle-ci avait principalement servi à intimider les adversaires, en l’occurrence les moines de Clairmarais, et à les préparer à une négociation prochaine. Quant à ceux qui aspirent à entrer dans les ordres ou à fonder de nouveaux ordres, tels Jean de Montmirail et Jean de Matha, fondateur de l’ordre des Trinitaires, ils prennent conseil auprès des théologiens parisiens, et cette consultation rend leur démarche spirituelle plus légitime, plus assurée. C’est aussi le cas des fondateurs du Val des Écoliers, peu après 120039.

    23La consultation des maîtres, quelles que soient leur position ou leurs discordances, vient valider l’action entreprise par le requérant. D’où la mise en scène de l’expertise, la présence des maîtres experts et leur prise de parole publique : à Roncaglia, par exemple, où l’entrée des quatre docteurs, militia togata, a dû faire grand effet. Et ne fallait-il pas à Jean de Montmirail le soutien officiel des maîtres en théologie pour justifier son soudain renoncement à partir combattre les hérétiques, en pleine préparation de la croisade contre les Albigeois ?

    24Le recours à l’expertise des maîtres se généralise précisément au moment où ils commencent à former, dans la société occidentale, un groupe visible peu à peu doté de privilèges par les pouvoirs laïques et ecclésiastiques, se constituant en métier. Leur scientia, leur sapientia, leur peritia leur confèrent un prestige grandissant. Les requêtes de consilia, plus souvent individuelles au milieu du xiie siècle, cèdent lentement la place à des demandes de consilia collectifs adressées aux maîtres, dont le statut de savant est désormais reconnu. L’expertise des maîtres est un aspect d’une question beaucoup plus vaste, celle des relations entre le savoir et le pouvoir, qui se modifient sensiblement aux xiie et xiiie siècles. Les pouvoirs prennent conscience de l’intérêt du savoir rare et utile. Ils recourent à l’expertise ou au conseil informel des maîtres, entre 1150 et 1220 environ. Plus tard, au xiiie siècle, le mot consilium prend une dimension organique : c’est la lente naissance et institutionnalisation du conseil royal, en France par exemple, où commencent à siéger des savants qui ne sont pas des vassaux du roi. À cette époque, les consilia deviennent une littérature spécifique40.

    25Du xiie siècle au début du xiiie siècle, la culture savante entre donc lentement dans les milieux curiaux, ecclésiastiques et laïques. Étienne de Tournai introduit l’un de ses consilia par la formule suivante : Auxilium a potente, consilium quaeritur a perito41. La formule est élégante et bien tournée. Dissociant, de manière inédite, l’auxilium, la guerre, du consilium, le service de cour, autrement dit le conseil, ce proverbe forgé par Étienne vers 1150 pourrait bien symboliser le fait qu’en Occident, à partir du milieu du xiie siècle, ces deux missions, guerroyer et conseiller, ne relèvent plus des mêmes hommes, les bellatores ou nobles laïques, mais que ceux-ci doivent se contenter de faire la guerre, tandis que les periti, les savants ou les maîtres, sont seuls aptes à conseiller. Sans doute ne faut-il toutefois pas surinterpréter cette distinction, car, on l’a vu, les hommes de pouvoir sollicitent l’expertise des maîtres, mais bien souvent pour la mettre en scène face à leur adversaire, pour l’exhiber, pour orner et valider une action politique peu légitime ou exposée aux critiques. Comme le déplore Jean de Salisbury, la parole du maître n’est pas toujours entendue, au milieu des futilités des courtisans42.

    Notes de bas de page

    1 Fulbert de Chartres, Œuvres : correspondance, controverse, poésies, éd. A. de Montgolfier, Chartres, 2006, p. 188-189.

    2 Yves de Chartres, Correspondance, éd. et trad. J. Leclercq, Paris, 1949, par exemple la lettre no 27, p. 111 (à Eudes, sénéchal de Normandie) ; Hugues de Saint-Victor, Epistolae, PL, 176, col. 1011-1018.

    3 J. Le Goff, Les intellectuels au Moyen Âge, Paris, 1957.

    4 J. Verger, Les gens de savoir dans l’Europe à la fin du Moyen Âge, Paris, 1997.

    5 Guibert de Nogent, Autobiographie, éd. et trad. E.-R. Labande, Paris, 1981, p. 27.

    6 Parmi les principaux ouvrages de synthèse sur les écoles urbaines du xiie siècle, citons G. Paré, A. Brunet, P. Tremblay, La Renaissance du xiie siècle. Les écoles et l’enseignement, Paris-Ottawa, 1933 ; É. Lesne, Histoire de la propriété ecclésiastique en France, t. 5, Les écoles de la fin du viiie siècle à la fin du xiie siècle, Lille, 1940 ; P. Delhaye, « L’organisation scolaire au xiie siècle », Traditio, 5 (1947), p. 211-268 ; J. Ehlers, « Die hohen Schulen », Die Renaissance der Wissenschaften im 12. Jahrhundert, éd. P. Weimar, Zurich, 1981, p. 57-86 ; D. E. Luscombe, « Trivium, Quadrivium and the Organisation of Schools », L’Europa nei secoli xi e xii. Fra novità e tradizione : sviluppi di una cultura, Milan, 1989, p. 81-100 ; J. Verger, La Renaissance du xiie siècle, Paris, 1996.

    7 Le Goff, Les intellectuels…, op. cit. n. 3.

    8 M. Pacaut, Frédéric Barberousse, Paris, 1967, p. 117-144 ; et P. Racine, Frédéric Barberousse (1152-1190), Paris, 2009, p. 95-206.

    9 Otto Morena, Historia Frederici, éd. F. Guterbock, Berlin, 1930 (MGH Scriptores rer. Germ. N. S., 7), p. 58.

    10 P. Racine, « Aux origines du droit public : la législation de Frédéric Barberousse à la Diète de Roncaglia », Le Moyen Âge, 114 (2008), p. 361-368.

    11 É. Bournazel, Le gouvernement capétien au xiie siècle. Structures sociales et mutations institutionnelles, Paris, 1975 ; A. Gouron, « L’entourage de Louis VII face aux droits savants : Giraud de Bourges et son ordo », BEC, 146 (1988), p. 5-29 ; Y. Sassier, Louis VII, Paris, 1991.

    12 Bournazel, Le gouvernement capétien…, op. cit. n. 11, p. 170-171 ; Sassier, Louis VII, op. cit. n. 11, p. 415-417.

    13 Sassier, Louis VII, op. cit. n. 11, p. 417.

    14 Ce consilium est aussi mentionné par Ralph de Diceto, Opera Historica, éd. J. Stubbs, Londres, 1876, t. 1, p. 337 ; et Mathieu Paris, Chronica majora, éd. H. Luard, t. 2, Londres, 1874, p. 263. Voir H. Rashdall, The Universities of Europe in the Middle Ages, nouv. éd. F. M. Powicke, A. B. Emden, Oxford, 1936, t. 1, p. 294 ; B. Smalley, The Becket Conflict and the Schools. A Study of Intellectuals in Politics, Oxford, 1973, p. 165.

    15 E. Türk, Nugae curialium. Le règne d’Henri II Plantagenêt (1145-1189) et l’éthique politique, Genève, 1977, p. 90.

    16 Dans le présent volume, C. Giraud, « De la salle de classe au tribunal : l’expertise des maîtres en théologie dans les procès d’hérésie de la première moitié du xiie siècle ».

    17 A. Gouron, « Une école ou des écoles ? Sur les canonistes français (vers 1150-vers 1210) », Droit et coutume en France aux xiie et xiiie siècles, Londres, 1993, article no viii, p. 228.

    18 Ibid., p. 227.

    19 Ibid., p. 228.

    20 Ch. Vulliez, « Étienne d’Orléans », Dictionnaire des lettres françaises. Le Moyen Âge, Paris, 1994, p. 424-425 ; voir aussi J. Warichez, Étienne de Tournai et son temps (1128-1203), Tournai, 1937, ainsi que Ch. Vulliez, « Études sur la correspondance et la carrière d’Étienne d’Orléans dit de Tournai (†1203) », L’abbaye parisienne de Saint-Victor au Moyen Âge, dir. J. Longère, Paris-Turnhout, 1991, p. 195-231 ; H. Kalb, Studien zum Summa Stephens von Tournai, Innsbruck, 1983.

    21 Étienne de Tournai, Lettres, éd. J. Desilve, Valenciennes-Paris, 1893, p. 21-25.

    22 Édité par B.-M. Tock, « Un consilium universitaire pour l’abbaye de Saint-Bertin au début du xiiie siècle », Bulletin de la Commission royale pour la publication des anciennes lois et ordonnances de Belgique, 34 (1990-1991), p. 15-36.

    23 Ibid., p. 20-21.

    24 J. W. Baldwin, Philippe Auguste, Paris, 1991, p. 68 ; et L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe Auguste, Paris, 1856, p. 503-505.

    25 Comme en témoigne incidemment l’anonyme de Laon dans sa Chronique : Tandem rex, consultis magistris Parisiensibus super puerorum congregatione, ex ejus praeceptis reversi sunt in sua. Je remercie Christian Grasso de m’avoir signalé cette mention, qu’il évoque dans son article : « La memoria contesa dei Novelli Innocenti », Un maestro insolito. Scritti per Franco Cardini, Florence, 2010, p. 83-100.

    26 Étienne de Tournai, Lettres, op. cit. n. 21, p. 52.

    27 Tock, « Un consilium universitaire… », loc. cit. n. 22.

    28 Delisle, Catalogue des actes…, op. cit. n. 24, p. 503-505.

    29 Otto Morena, Historia Frederici, op. cit. n. 9, p. 59.

    30 Le récit de l’anonyme de Longpont est édité dans les AASS, septembris, t. 8 : Acta sanctorum de B. Johanne de Monte mirabili ordinis cisterciensis in monasterio longi pontis in gallia, p. 186-235. Sur Jean de Montmirail, voir A. Dimier, « Le bienheureux Jean de Montmirail, moine de Longpont », Mémoires de la Fédération des sociétés savantes de l’Aisne, 7 (1960-1961), p. 182-191, repris dans les Mélanges à la mémoire du père Anselme Dimier, Paris-Arbois, 1987.

    31 Sur cet épisode, je me permets de renvoyer à mon ouvrage : Naissance de l’université. Les écoles de Paris d’Innocent III à Thomas d’Aquin (vers 1200-vers 1245), Paris, 2012, p. 72-78.

    32 Jean de Salisbury, Policraticus sive de nugis curialium et vestigiis philosophorum, éd. C. C. I. Webb, Londres, 1909, t. 4, p. 254.

    33 Gli inizi del diritto pubblico. L’età di Federico Barbarossa : legislazione e scienza del diritto. Die Anfänge des öffentlichen Rechts. Gesetzgebung im Zeitalter Friedrich Barbarossas und das Gelehrte Recht, éd. G. Dilcher, D. Quaglioni, Bologne-Berlin, 2007.

    34 Bournazel, Le gouvernement capétien…, op. cit. n. 11, p. 162.

    35 Delisle, Catalogue des actes…, op. cit. n. 24, p. 503-505.

    36 Racine, « Aux origines du droit public… », loc. cit. n. 10.

    37 Ralph de Diceto, Opera Historica, op. cit. n. 14, p. 337.

    38 Tock, « Un consilium universitaire… », loc. cit. n. 22.

    39 C. Guyon, Les écoliers du Christ. L’ordre canonial du Val des Écoliers, 1201-1539, Saint-Étienne, 1998, p. 43.

    40 C. Casagrande, C. Crisciani, S. Vecchio, Consilium. Teorie e pratiche del consigliare nella cultura medievale, Florence, 2004.

    41 Étienne de Tournai, Lettres, op. cit. n. 21, p. 34.

    42 Türk, Nugae curialium…, op. cit. n. 15, p. 85-94.

    Auteur

    • Nathalie Gorochov

      Université Paris-Est Créteil
      CRHEC (EA 4392)

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    1 Fulbert de Chartres, Œuvres : correspondance, controverse, poésies, éd. A. de Montgolfier, Chartres, 2006, p. 188-189.

    2 Yves de Chartres, Correspondance, éd. et trad. J. Leclercq, Paris, 1949, par exemple la lettre no 27, p. 111 (à Eudes, sénéchal de Normandie) ; Hugues de Saint-Victor, Epistolae, PL, 176, col. 1011-1018.

    3 J. Le Goff, Les intellectuels au Moyen Âge, Paris, 1957.

    4 J. Verger, Les gens de savoir dans l’Europe à la fin du Moyen Âge, Paris, 1997.

    5 Guibert de Nogent, Autobiographie, éd. et trad. E.-R. Labande, Paris, 1981, p. 27.

    6 Parmi les principaux ouvrages de synthèse sur les écoles urbaines du xiie siècle, citons G. Paré, A. Brunet, P. Tremblay, La Renaissance du xiie siècle. Les écoles et l’enseignement, Paris-Ottawa, 1933 ; É. Lesne, Histoire de la propriété ecclésiastique en France, t. 5, Les écoles de la fin du viiie siècle à la fin du xiie siècle, Lille, 1940 ; P. Delhaye, « L’organisation scolaire au xiie siècle », Traditio, 5 (1947), p. 211-268 ; J. Ehlers, « Die hohen Schulen », Die Renaissance der Wissenschaften im 12. Jahrhundert, éd. P. Weimar, Zurich, 1981, p. 57-86 ; D. E. Luscombe, « Trivium, Quadrivium and the Organisation of Schools », L’Europa nei secoli xi e xii. Fra novità e tradizione : sviluppi di una cultura, Milan, 1989, p. 81-100 ; J. Verger, La Renaissance du xiie siècle, Paris, 1996.

    7 Le Goff, Les intellectuels…, op. cit. n. 3.

    8 M. Pacaut, Frédéric Barberousse, Paris, 1967, p. 117-144 ; et P. Racine, Frédéric Barberousse (1152-1190), Paris, 2009, p. 95-206.

    9 Otto Morena, Historia Frederici, éd. F. Guterbock, Berlin, 1930 (MGH Scriptores rer. Germ. N. S., 7), p. 58.

    10 P. Racine, « Aux origines du droit public : la législation de Frédéric Barberousse à la Diète de Roncaglia », Le Moyen Âge, 114 (2008), p. 361-368.

    11 É. Bournazel, Le gouvernement capétien au xiie siècle. Structures sociales et mutations institutionnelles, Paris, 1975 ; A. Gouron, « L’entourage de Louis VII face aux droits savants : Giraud de Bourges et son ordo », BEC, 146 (1988), p. 5-29 ; Y. Sassier, Louis VII, Paris, 1991.

    12 Bournazel, Le gouvernement capétien…, op. cit. n. 11, p. 170-171 ; Sassier, Louis VII, op. cit. n. 11, p. 415-417.

    13 Sassier, Louis VII, op. cit. n. 11, p. 417.

    14 Ce consilium est aussi mentionné par Ralph de Diceto, Opera Historica, éd. J. Stubbs, Londres, 1876, t. 1, p. 337 ; et Mathieu Paris, Chronica majora, éd. H. Luard, t. 2, Londres, 1874, p. 263. Voir H. Rashdall, The Universities of Europe in the Middle Ages, nouv. éd. F. M. Powicke, A. B. Emden, Oxford, 1936, t. 1, p. 294 ; B. Smalley, The Becket Conflict and the Schools. A Study of Intellectuals in Politics, Oxford, 1973, p. 165.

    15 E. Türk, Nugae curialium. Le règne d’Henri II Plantagenêt (1145-1189) et l’éthique politique, Genève, 1977, p. 90.

    16 Dans le présent volume, C. Giraud, « De la salle de classe au tribunal : l’expertise des maîtres en théologie dans les procès d’hérésie de la première moitié du xiie siècle ».

    17 A. Gouron, « Une école ou des écoles ? Sur les canonistes français (vers 1150-vers 1210) », Droit et coutume en France aux xiie et xiiie siècles, Londres, 1993, article no viii, p. 228.

    18 Ibid., p. 227.

    19 Ibid., p. 228.

    20 Ch. Vulliez, « Étienne d’Orléans », Dictionnaire des lettres françaises. Le Moyen Âge, Paris, 1994, p. 424-425 ; voir aussi J. Warichez, Étienne de Tournai et son temps (1128-1203), Tournai, 1937, ainsi que Ch. Vulliez, « Études sur la correspondance et la carrière d’Étienne d’Orléans dit de Tournai (†1203) », L’abbaye parisienne de Saint-Victor au Moyen Âge, dir. J. Longère, Paris-Turnhout, 1991, p. 195-231 ; H. Kalb, Studien zum Summa Stephens von Tournai, Innsbruck, 1983.

    21 Étienne de Tournai, Lettres, éd. J. Desilve, Valenciennes-Paris, 1893, p. 21-25.

    22 Édité par B.-M. Tock, « Un consilium universitaire pour l’abbaye de Saint-Bertin au début du xiiie siècle », Bulletin de la Commission royale pour la publication des anciennes lois et ordonnances de Belgique, 34 (1990-1991), p. 15-36.

    23 Ibid., p. 20-21.

    24 J. W. Baldwin, Philippe Auguste, Paris, 1991, p. 68 ; et L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe Auguste, Paris, 1856, p. 503-505.

    25 Comme en témoigne incidemment l’anonyme de Laon dans sa Chronique : Tandem rex, consultis magistris Parisiensibus super puerorum congregatione, ex ejus praeceptis reversi sunt in sua. Je remercie Christian Grasso de m’avoir signalé cette mention, qu’il évoque dans son article : « La memoria contesa dei Novelli Innocenti », Un maestro insolito. Scritti per Franco Cardini, Florence, 2010, p. 83-100.

    26 Étienne de Tournai, Lettres, op. cit. n. 21, p. 52.

    27 Tock, « Un consilium universitaire… », loc. cit. n. 22.

    28 Delisle, Catalogue des actes…, op. cit. n. 24, p. 503-505.

    29 Otto Morena, Historia Frederici, op. cit. n. 9, p. 59.

    30 Le récit de l’anonyme de Longpont est édité dans les AASS, septembris, t. 8 : Acta sanctorum de B. Johanne de Monte mirabili ordinis cisterciensis in monasterio longi pontis in gallia, p. 186-235. Sur Jean de Montmirail, voir A. Dimier, « Le bienheureux Jean de Montmirail, moine de Longpont », Mémoires de la Fédération des sociétés savantes de l’Aisne, 7 (1960-1961), p. 182-191, repris dans les Mélanges à la mémoire du père Anselme Dimier, Paris-Arbois, 1987.

    31 Sur cet épisode, je me permets de renvoyer à mon ouvrage : Naissance de l’université. Les écoles de Paris d’Innocent III à Thomas d’Aquin (vers 1200-vers 1245), Paris, 2012, p. 72-78.

    32 Jean de Salisbury, Policraticus sive de nugis curialium et vestigiis philosophorum, éd. C. C. I. Webb, Londres, 1909, t. 4, p. 254.

    33 Gli inizi del diritto pubblico. L’età di Federico Barbarossa : legislazione e scienza del diritto. Die Anfänge des öffentlichen Rechts. Gesetzgebung im Zeitalter Friedrich Barbarossas und das Gelehrte Recht, éd. G. Dilcher, D. Quaglioni, Bologne-Berlin, 2007.

    34 Bournazel, Le gouvernement capétien…, op. cit. n. 11, p. 162.

    35 Delisle, Catalogue des actes…, op. cit. n. 24, p. 503-505.

    36 Racine, « Aux origines du droit public… », loc. cit. n. 10.

    37 Ralph de Diceto, Opera Historica, op. cit. n. 14, p. 337.

    38 Tock, « Un consilium universitaire… », loc. cit. n. 22.

    39 C. Guyon, Les écoliers du Christ. L’ordre canonial du Val des Écoliers, 1201-1539, Saint-Étienne, 1998, p. 43.

    40 C. Casagrande, C. Crisciani, S. Vecchio, Consilium. Teorie e pratiche del consigliare nella cultura medievale, Florence, 2004.

    41 Étienne de Tournai, Lettres, op. cit. n. 21, p. 34.

    42 Türk, Nugae curialium…, op. cit. n. 15, p. 85-94.

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    Gorochov, Nathalie. « Expertise et conseil des maîtres aux premiers temps de l’Université (xiie-xiiie siècles) ». Experts et expertises au Moyen Âge. Consilium quaeritur a perito, édité par Société des historiens médiévistes de l’Enseignement supérieur public, Éditions de la Sorbonne, 2012, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.34054.

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    Société des historiens médiévistes de l’Enseignement supérieur public, éditeur. Experts et expertises au Moyen Âge. Consilium quaeritur a perito. Éditions de la Sorbonne, 2012, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.34027.
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