La représentation d’une faux médiévale atypique : invention ou réalité ?

Pascal Reigniez

p. 459-468


Texte intégral

1De nombreux historiens de l’art ont pu observer que l’iconographie, peu précise dans le Haut Moyen Âge, était de plus en plus détaillée et fiable à partir du XIIIe siècle, cela n’ayant pas cessé de se confirmer par la suite. Leur constat justifie que nous puissions lire avec un peu plus d’attention certaines représentations datant de la période médiévale classique ou tardive, afin de comprendre la place et la fonction des objets de la culture matérielle que l’on peut y découvrir.

2Les outils agricoles, par exemple, sont montrés dans le cadre des travaux des mois dont la succession s’inscrit dans le thème devenu classique du calendrier. Chacun de ces objets illustre ainsi l’activité plus spécifique qui est assurée au cours de la période de l’année qu’il tend par ailleurs quelquefois à symboliser.

3Selon l’origine géographique du support, l’image de la faux se trouve généralement dans les registres des mois de juin ou de juillet (puisque les travaux varient d’une région à une autre suivant les saisons), et cela pendant toute la période médiévale comme pourraient par exemple l’attester le psautier d’Utrecht que les historiens pensent avoir été enluminé vers 820 dans la région de Reims et le manuscrit des Très Riches Heures du Duc de Berry, datant du XVe siècle.

4Selon la majorité des sources iconographiques, la faux médiévale était à peu près identique à celle qui est utilisée aujourd’hui à la fois dans sa forme générale et dans ses dimensions. Elle était constituée d’un manche long ou mi-long, sur le bas duquel était montée une lame large et légèrement recourbée, qui était le plus souvent emmanchée par un ergot extérieur rentrant bloqué à douille et formant avec lui un angle compris entre 75 et 90 degrés, le tranchant étant incliné d’environ 25 à 30 degrés par rapport à l’axe du manche. Deux exemplaires de lames, découvertes en bon état de conservation il y a quelques années dans les fouilles archéologiques du site carolingien de Tournedos-sur-Seine (Eure), prouvent que ces orientations étaient déjà alors parfaitement connues.

5Cependant, plusieurs images montrent un autre type de faux dont la conception est visiblement différente de celle que nous venons de décrire : l’outil est muni d’un manche de longueur moyenne sur lequel sont toujours fixées deux poignées assez rapprochées, droites ou coudées, placées dans le même axe et orientées dans la même direction. Dans le registre du mois de juin d’un manuscrit datant de 1246, cette faux est par exemple utilisée de manière à ce que son manche soit placé pratiquement à l’horizontale (A). Dans une miniature datée de 1277, l’instrument est tenu de façon similaire et porte une lame plus importante mais qui est emmanchée différemment ; les poignées sont plus espacées sur le manche (B). Ce modèle de faux est également dessiné d’une manière assez précise dans un calendrier franciscain du XIIIe siècle et sa lame, d’une grande dimension, est très recourbée (C). Dans un psautier conservé à la Bibliothèque Municipale de Toulouse, ce type d’outil porte une longue lame curviligne qui est fixée par une sorte de douille coupée dans le sens de la longueur puis courbée afin d’épouser le bas du manche sur lequel elle est maintenue par des attaches dont il n’est pas possible de déterminer la matière (D). La miniature figurant dans un missel des Augustins de Lisle-sur-Tarn (Tarn), également archivé à Toulouse, nous montre un instrument dont la structure est beaucoup plus fermée. Son manche long est tenu assez bas et presque à l’horizontale ; la lame, très recourbée, est large puis s’affine en prenant de la longueur. Son emmanchement est assuré par une simple demi-douille assez proche dans sa conception de celle de la faux du manuscrit de Toulouse et, comme elle, se trouve plaquée sur la partie basse du manche auquel elle est solidarisée par deux liens dont nous ne pouvons préciser la nature (E). La dernière miniature, datant du XIVe siècle (voir photographie), est exécutée là encore d’une manière assez nette au point que la forme de l’outil et ses proportions nous apparaissent aisément. Le manche mi-long est maintenu dans une forte inclinaison, la lame est longue et très recourbée. L’artiste a représenté cet élément de fer par un ton gris clair et le bois de l’outil d’une couleur beige, mais la séparation des teintes se traduit par une simple ligne qui ne permet pas, là encore, de déterminer très précisément le procédé d’emmanchement (F).

6Nous soulignons par ailleurs que l’iconographie de ce type de faux n’est pas détaillée au point de nous indiquer l’importance de l’orientation du tranchant de la lame par rapport à l’axe du manche. Nous supposons pourtant qu’un fer qui serait monté sur le même axe serait ici probablement inefficace puisqu’il n’aurait qu’une attaque très insignifiante par rapport aux tiges à faucher. Il semble donc vraisemblable qu’il a été peu aisé pour les dessinateurs de montrer ce détail, de la même manière que d’autres artistes ont connu des difficultés semblables à révéler ce point précis dans des représentations portant cette fois sur des faux conventionnelles.

7Ce type particulier d’outil de fauchaison nécessite enfin un geste logiquement plus adapté que celui qui sert à manipuler la faux classique. Celle-ci, comme nous le montre l’ethnographie, est utilisée par le paysan qui place ses mains l’une au-dessus de l’autre sur un long manche qui peut soit ne pas porter de poignée, soit en avoir une ou bien le plus souvent deux. Ce sont elles qui permettent tout à la fois de lancer la lame et de la guider à travers les végétaux. Le tranchant, grâce à une certaine déclivité par rapport à son emmanchement, donne une coupe horizontale sur la totalité de son parcours. L’une des jambes de l’utilisateur est légèrement avancée, cette position l’aidant à armer son mouvement. Le manche de l’outil se trouve ainsi maintenu légèrement à l’oblique, le plus souvent dans un angle d’environ 30 degrés par rapport au corps du faucheur et qui est évidemment à mettre en rapport avec l’inclinaison du tranchant de la lame par rapport à son emmanchement.

8Il en est autrement de l’outil particulier de fauchaison que nous venons de mentionner dans six miniatures. Elles montrent que les bras des personnages sont le plus souvent repliés au-dessus du manche qui se trouve alors pratiquement à l’horizontale. Utilisant ainsi l’outil devant eux, les paysans adoptaient une attitude assez caractéristique et donc facilement identifiable. Ils saisissaient les poignées en plaçant les mains l’une près de l’autre, le plus souvent en pronation, ce qui les contraignait à plier les bras et, soit à avoir les coudes soit en opposition (D, E, F), soit à placer les paumes verticalement, les deux pouces vers le haut, les coudes étant alors à peu près orientés dans la même direction (A, B, C). La lame de l’outil peut se trouver à la gauche (A, B), ou bien à la droite des utilisateurs (C, D, E, F) dont les jambes sont très légèrement fléchies et le buste sensiblement penché vers l’avant. Dans tous les cas, la position de ces hommes nous permet de restituer par hypothèse le maniement de cette faux qui pourrait se concevoir dans un mouvement pendulaire, la course de la lame étant assurée par la souplesse des trois articulations sollicitées, c’est-à-dire celles des épaules, des coudes et du bassin, ce qui permettait d’exécuter une action tout à la fois déliée et relativement puissante. Ce type de faux courte, que l’on peut logiquement supposer avoir été bien équilibrée, permettait ainsi de trancher les végétaux à la volée sur un principe finalement assez proche de celui qui était assuré par une faux classique.

9Il semblerait aussi que le contexte d’utilisation de cet outil soit sensiblement différent de celui de la faux conventionnelle, dont plusieurs images montrent qu’elle est quelquefois actionnée en batterie par plusieurs paysans, chacun disposant de la sienne. Or, les six miniatures montrent que la faux particulière est maniée par un personnage isolé, situé dans un espace assez peu important, un peu comme s’il s’agissait d’effectuer un travail à la fois plus précis et sur une superficie moindre. On aura par ailleurs observé qu’aucun des utilisateurs de cette faux ne porte de coffin à la ceinture.

10La miniature du manuscrit de l’image du monde (A) montre l’élimination de végétaux qui sont montrés sectionnés à quelques centimètres du sol et dont il ressort bien qu’il ne s’agit pas ici de tiges de céréales. De la même manière, la représentation du cycle des occupations des mois (1277) illustre la fauchaison en juillet de tiges courtes qui ne sont pas des blés puisque ceux-ci sont sciés avec une faucille dans le mois qui suit sur ce même calendrier (B). D’autres sources (D, E) montrent la présence de fleurs épanouies, dressées presque au ras du sol parmi des végétaux très courts, dans le champ où se trouve le faucheur. Il semble bien enfin que ce soit de l’herbe que le paysan fauche dans la dernière des images observées (F), à une hauteur sensiblement équivalente d’ailleurs à celle des plantes que l’homme a coupé dans le registre du premier manuscrit cité ici. Nous aurons noté dans ce dernier exemple que la moisson assurée à la faucille est représentée dans le registre du haut de ce même folio alors que le battage au fléau occupe celui du bas, ces deux images encadrant en quelque sorte celle de la fauchaison (F). La plupart des sources observées montrent par conséquent que cette faux est utilisée indépendamment de la faucille qui était le plus souvent destinée à assurer les moissons.

11Il n’y a aucune tige longue pouvant être identifiée comme étant celle d’une céréale ou bien aucun dessin d’épi dans les représentations de cette faux atypique. Il est d’ailleurs une opinion généralement admise aujourd’hui chez les historiens des techniques agraires et cela d’après les textes des agronomes de la fin du Moyen Âge, c’est que les blés étaient sciés à la faucille parce que la faux, qui tranchait à la volée, secouait trop violemment les épis et beaucoup de grains se perdaient alors en s’éparpillant au sol.

12Nous savons pourtant que la faux classique pouvait parfois être utilisée pour couper les tiges des céréales après les moissons afin de récupérer la paille, mais rien ne laisse pour le moment supposer, dans l’état des recherches, que la faux particulière que nous décrivons avait également pu servir à ce type d’activité.

13La description de cette faux utilisée horizontalement suscite enfin deux autres questions qui pourraient se développer à travers quelques points :

14La première soulève le problème toujours possible de l’erreur d’interprétation, et donc de la critique des sources. Il ne semble pourtant pas que nous soyons ici en présence d’une faux classique qui serait représentée sous un angle peu ordinaire puisque tous les autres outils qui figurent dans les miniatures voisines sont parfaitement dessinés, en forme comme en proportion. Les éléments qui caractérisent cette faux atypique sont d’ailleurs relativement concrets : nous avons par exemple noté que l’orientation presque horizontale du manche de l’objet en cours d’utilisation diffère radicalement de la position à peu près verticale des manches des faux classiques. Cette distinction est fondamentale au point qu’un artiste (qui possède en principe à cette époque un sens aigu de l’observation et un don supposé de la restitution du détail) ne peut s’y tromper ou la confondre. Les dimensions de l’instrument, sa lame longue et fortement recourbée, l’emplacement des poignées très rapprochées sur un manche peu important et leur symétrie sont des particularités qui ne peuvent pas être inventées par un artiste parce qu’elles constituent dans chaque représentation de ce type de faux un ensemble cohérent. Une faux classique portant certaines de ces caractéristiques serait pratiquement inutilisable.

15Nous pourrions également soupçonner la mauvaise identification d’une faux classique qui serait alors dessinée sans grande précision, comme celle qui figure par exemple dans le registre du mois de juin du Psautier de Lunel, datant de la première moitié du XIIe siècle (Bibliothèque municipale de Lunel, ms. no 1). Mais cet élément n’a pas de valeur dans la mesure où, même sur un mauvais dessin, la silhouette de la faux classique (dont le manche est à peu près vertical en cours d’utilisation) est très nettement différente de celle de la faux particulière (manche pratiquement horizontal en cours de manipulation), chacun des outils possédant par ailleurs et comme nous venons de le voir, ses propres singularités.

16Il nous faut souligner que les manuscrits qui montrent cette faux proviennent d’horizons géographiques et d’époques différents. Cela exclut le hasard ou la coïncidence dans ces reproductions, d’autant que nous avons pu noter que trois modèles de ce type d’instrument peuvent finalement être différenciés : la faux horizontale à poignées perpendiculaires simples (A, B, F), celle portant des poignées coudées mais dont la lame est fermée par rapport au manche (D, E), et celle portant le même type de poignée mais sur un manche plus court et possédant une lame dont l’angle d’emmanchement est beaucoup plus ouvert (C).

17Il ne semble pas non plus qu’un même dessin de l’instrument ait été représenté d’abord dans un manuscrit, puis qu’il ait été repris par la suite dans tous les documents que nous présentons. Un doute pourrait subsister fort logiquement en ce qui concerne les deux images contenues dans le manuscrit 2200 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris, aux folios 44 (daté de 1246) (A) et 118v (daté de 1277) (B). Comme ce sont deux calendriers du XIIIe siècle, il se peut en effet qu’un modèle, tiré d’un manuscrit, ait pu servir pour illustrer l’autre mais cela ne reste qu’une hypothèse. Bien évidemment, cette supposition est théoriquement possible en ce qui concerne aussi les deux ouvrages de la région du Midi toulousain datant du XIVe siècle (D, E), mais ce doute ne pourra pas subsister pour l’ensemble des miniatures parce qu’elles sont dispersées dans l’espace et dans le temps.

18En réalité l’origine distincte des supports, la nature des manuscrits et leurs périodes de datation, mises en rapport avec les formes différentes de faux qui s’y trouvent dessinées ne plaident pas en faveur de reproductions de motifs qui repasseraient, identiques, d’une région à une autre : les sources répertoriées ici montrent par exemple que chaque faux porte un mode d’emmanchement quelquefois original – peut-être à douille (A, B ?) – mais le plus souvent à ergot, ou bien un épaulement de lame bien spécifique, parfois caractérisé par un évidement de métal (B, C, D).

19Compte tenu des divers modes de lecture que nous venons de faire, nous serions tenté de supposer que ce type particulier de faux a pu faire l’objet d’une restitution plus ou moins détaillée mais se voulant avant tout réaliste, l’instrument étant figuré, comme nous avons pu le comprendre, dans des proportions plausibles et dans le contexte idéal de son utilisation. Nous savons que l’iconographie médiévale classique ou tardive a rarement montré des outils dont la forme était impossible ou bien purement imaginaire et aucune raison particulière n’expliquerait dans cet exemple précis le fait que des artistes aient cherché à créer ce type de faux dans le milieu du XIIIe siècle (A, B, C) ou dans la seconde moitié du XIVe siècle (D, E, F). Sans nier que le cas puisse se présenter, on ne manque pas de relever que les formes des faux représentées sont très approchantes malgré la diversité géographique des supports.

20Il existe par conséquent un faisceau d’éléments convergents qui nous autorise à formuler l’hypothèse de l’existence possible de ce type particulier d’instrument dans les périodes précédemment citées.

21Mais précisément, l’existence de cette faux doit être interprétée par rapport à l’emploi de l’outil classique. Le fait que nous la retrouvions par exemple dessinée sur une période de deux siècles pourrait nous faire penser que son utilisation avait peut-être été d’une durée correspondante, du moins dans certaines régions de France. Si tel a été le cas, la question se pose de savoir si cet outil avait été mis au point pour tenter de résoudre un problème précis pour lequel la faux conventionnelle ne convenait pas, cette raison pouvant en effet théoriquement justifier l’apparition d’une forme par rapport à une autre, caractérisant une évolution ou un progrès dans le cadre plus global de l’histoire des techniques.

22Cependant, la faible durée de vie – iconographique en l’occurrence – de cet instrument agricole semble indiquer qu’il aurait été considéré comme moins efficace ou trop fatigant à manier par rapport à la faux de conception plus classique qui, en revanche, avait toujours continué sensiblement d’évoluer Il existerait donc peut-être une autre explication à l’existence supposée de ce curieux outil dont nous rappelons qu’il est dessiné, selon ce que nous avons pu recenser à ce jour, dans des supports datant des XIIIe et XIVe siècles. Cette déduction repose sur un recentrage dans la chronologie.

23La recherche relative à l’accroissement des performances d’un objet se traduit en effet selon une progression nuancée dans le temps et dans l’espace, qui se développe de manière séquentielle, par étapes. Elle semble constituée, au Moyen Âge, par une application de l’observation du principe de fonctionnement et de la volonté simultanée d’obtenir l’amélioration de ce principe. Or, nous savons aujourd’hui que l’un des moyens du perfectionnement de l’outil a été celui de sa miniaturisation.

24Dans ces conditions, nous pouvons supposer que les exemplaires de faux que nous avons pu signaler dans les six manuscrits cités sont des objets conçus sur le principe de fonctionnement de la faux de facture classique, mais portant les traces d’un certain progrès, encore mal maîtrisé. Il est rare que l’on soit passé de l’outil de grande taille à l’outil à l’échelle réduite sans procéder à des essais, sans passer par des paliers technologiques permettant d’évaluer les comportements mécaniques de l’instrument en fonction des diverses utilisations auxquelles on le destine. Visiblement, les utilisateurs ne savaient pas encore si le perfectionnement de la faux devait passer par une miniaturisation de la forme ou bien par une conception sensiblement différente de la construction d’ensemble, ce qui les aurait peut-être amenés à concevoir cette faux atypique, au maniement peu aisé, et dont nous comprenons mieux a posteriori pourquoi elle n’a eu qu’un succès probablement bien relatif.

25Cependant, la recherche portant sur l’amélioration technique n’a évidemment pas été stoppée avec l’arrêt de la construction de cette faux si particulière. Abandonnant la silhouette curieuse qui désarticulait finalement la structure et nuisait probablement à l’efficacité de l’outil, les concepteurs médiévaux auraient alors vraisemblablement préféré, dans certains cas, privilégier la miniaturisation des formes connues dont les preuves de fonctionnement étaient établies depuis longtemps, de manière à pouvoir augmenter, en quelque sorte, la puissance de l’action sur le végétal en concentrant la force de l’utilisateur qui restait pratiquement la même, sur une surface de contact plus réduite.

26En fait, nous sommes fortement tentés de supposer qu’une option du perfectionnement du principe de fauchaison a précisément été réalisée par la miniaturisation des formes, fait qui semblerait concrétisé par l’apparition de nouveaux instruments à partir du XIIIe siècle et surtout au XIVe siècle.

27Si notre interprétation est plausible, elle nous permettrait de supposer que la faux atypique pourrait concrétiser, dans le cadre plus général de l’histoire de cette famille d’outil, l’un des stades intermédiaires dans l’amélioration du fonctionnement par le biais de cette voie d’expérimentation. Les recherches ayant de cette manière donné naissance à des instruments plus ou moins efficaces qui devaient ensuite, nécessairement, faire l’objet de réajustements technologiques constants jusqu’à ce qu’une efficacité certaine ait été obtenue.

28Il est possible enfin que la miniaturisation du principe de fauchaison à la volée ait pu donner naissance, après l’étape concrétisée par la faux atypique que nous mentionnons, aux autres outils que sont par exemple la sape et le volant : si le volant avait la forme d’une grande faucille, comme le confirme le registre du mois de juillet du manuscrit des Très Riches Heures du Duc de Berry, la sape avait bien la forme d’une faux de petite taille comme l’atteste l’une des illustrations d’une traduction française du traité de Pierre de Crescens, éditée à Paris dans le dernier quart du XVe siècle.

29La présente observation nous porte à croire qu’un nombre important d’instruments agricoles ont pu bénéficier au cours de l’époque médiévale de transformations diverses, qui restent toutefois souvent difficiles à révéler et à situer dans l’histoire plus générale des techniques, cela par manque de documents fiables. Ainsi, il conviendrait peut-être de nuancer le raisonnement par lequel, probablement par commodité, nous aurions tendance à croire que la plupart des objets ont été transmis jusqu’à nous depuis le monde gallo-romain par le simple relais d’une période intermédiaire qui n’aurait eu sur eux qu’une incidence tout à fait infime. Chercher au contraire à localiser et à décrire les perfectionnements de l’outil revient en quelque sorte à tenter de comprendre mieux ce qui traduit en ce domaine la perception de l’environnement par les hommes du Moyen Âge.

Figures

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BNF, Fr. 9219, fol. 50, XIVe siècle
Cliché Bibliothèque nationale de France

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Bibliographie

Sources

A. Image du Monde, 1246, Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 2200, fol. 61.

B. Calendrier (cycle des occupations des mois), 1277, Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 2200, fol. 118.

C. Psalterium ad usum Fratrum Minorum, calendrier franciscain avec obit. d’Innocent III et de Grégoire IX, XIIIe siècle, BNF, Lat. 1076, fol. 4.

D. Psautier du Midi toulousain, XIVe siècle, Bibl. mun. de Toulouse, manuscrit 144 fol. 3v.

E. Missel des Augustins, provenant de Lisle-sur-Tarn, 1362, Bibl. mun. de Toulouse, ms 91, fol. 3v.

F. Bréviari d’amor de Maître Ermengau, XIVe siècle, BNF, Fr. 9219, fol. 50.


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