Heurs et malheurs de l'étudiant étranger
p. 217-232
Texte intégral
1Dans un colloque consacré à l'étranger au Moyen Âge, il eût été paradoxal qu’il ne fût pas question des étudiants des écoles et universités médiévales. Non seulement ceux-ci ont représenté, à partir du XIIe siècle, un pourcentage non négligeable de la population la plus mobile de l'Occident du temps, mais ils étaient de ceux dont la qualité d'étrangers était le mieux perçue et a laissé le plus de traces dans la documentation.
2Certes, il ne faut pas exagérer l'importance de la peregrinatio academica dans les populations scolaires et universitaires médiévales1. On sait aujourd'hui que ce phénomène a été très inégalement développé selon les pays et les époques et d'autre part que de toute façon, s'il est vrai que la plupart des étudiants étaient étrangers à la ville même où ils étudiaient, la majorité ne s'en recrutait pas moins dans une aire régionale, à l'intérieur de laquelle les déplacements posaient certes des problèmes matériels très réels, mais sans entraîner un véritable sentiment de dépaysement, avec toutes les conséquences sociales et psychologiques que cela peut impliquer. Sans nous enfermer dans une définition a priori de l'« étudiant étranger », il est clair que celle-ci implique un déplacement d'une certaine ampleur géographique et que ceci ne concernait – du moins du point de vue de l'école ou de l'université d'accueil2 – qu'une part nettement minoritaire de la population étudiante globale.
3À la notion même d'« étudiant étranger », on objectera évidemment pour l'époque médiévale, au moins à partir du XIIIe siècle et de l'apparition des universités comme studia generalia, c'est-à-dire comme institutions de chrétienté fondées et protégées par la papauté, que les textes statutaires excluaient explicitement toute forme de ségrégation fondée sur l'origine géographique ou l'appartenance politique. Officiellement, ce principe d'universalisme chrétien a été à peu près maintenu jusqu'à la fin du Moyen Âge. Concrètement, bien des aspects de l'organisation universitaire permettaient effectivement de réduire le sentiment de dépaysement, voire d'exclusion, qu'auraient pu ressentir maîtres et étudiants d'origine lointaine. Non seulement tous bénéficiaient des mêmes libertés et privilèges, mais l'usage généralisé du latin, la très grande uniformité des programmes d'études et des systèmes d'examen, l'équivalence au moins théorique des diplômes étaient autant de facteurs propres à faciliter la mobilité étudiante et la bonne et rapide intégration des nouveaux venus, d'origine plus ou moins lointaine, dans la ou les universités visitées au cours de leurs études3.
4Ceci dit, il ne s'agissait là que de dispositions réglementaires, dont il est difficile de mesurer les effets réels sur la conscience de soi et le vécu concret des étudiants venus de loin. Il est très probable qu'à ce niveau-là, la seule existence de textes statutaires ne suffisait pas à faire disparaître une certaine conscience d'altérité, tant chez les intéressés eux-mêmes que chez ceux qui les accueillaient (étudiants d'origine plus proche ou autochtones, population et autorités locales). C'est de ce phénomène que nous voudrions parler dans cette communication.
5La simple existence dans les universités médiévales de structures d'accueil fondées sur des critères géographiques, à savoir les nations étudiantes, bien attestées dès l'origine des universités médiévales4, les collèges « nationaux » ou même plus simplement les nombreuses pensions rassemblant autour d'un principal quelques socii de même provenance5, suffirait à montrer l'importance concrète du problème. Comme il s'agit d'institutions relativement bien connues, ce n'est cependant pas d'elles que nous parlerons ici. Nous avons préféré essayer de saisir des manifestations plus individuelles – et par conséquent plus fugaces – de la conscience et de la représentation identitaires des étudiants étrangers.
6Dans les limites de cette communication, toute prétention à l'exhaustivité était exclue. C'est une approche purement qualitative et typologique, fondée sur un simple échantillonnage de cas, que nous proposons. Par commodité – et par souci de ne pas travailler sur une documentation trop disparate-, ces cas proviennent tous de documents relatifs à la nation anglo-allemande de l'université de Paris aux XIVe et XVe siècles. Rappelons pour mémoire que, malgré ses effectifs limités, la nation anglo-allemande correspondait à une aire géographique très vaste, couvrant à la fois les îles Britanniques et toute l'Europe du Nord et de l'Est à partir de la Meuse6.
7L'étude de ces cas n'est pas d'interprétation aisée. D'une part, il en ressort un certain nombre d'éléments qui dénotent incontestablement, chez les étudiants considérés, une conscience de soi marquée par l'éloignement géographique et le dépaysement. Il convient d'en dresser la liste. Mais d'autre part on doit se demander dans quelle mesure ces éléments étaient vraiment spécifiques et constitutifs, pour nos étudiants eux-mêmes et ceux qui les côtoyaient, d'une identité d'« étrangers ». La réponse à cette question doit être pour le moins, on le verra, nuancée.
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8À la lecture des tomes I et II de l’Auctarium Chartularii Universitatis Parisiensis7 et de quelques documents connexes publiés dans le Chartularium lui-même8, on peut classer commodément sous cinq rubriques les éléments de conscience de soi des membres de la nation anglo-allemande de Paris qui apparaissent comme liés à leur origine relativement lointaine ou en tout cas, plus précisément, à leur appartenance à cette nation.
9Trois de ces éléments reviennent avec régularité dans les sources. Les deux premiers finissent peut-être même par relever du lieu commun et de la formule toute faite.
L'éloignement géographique
10Les membres de la nation anglo-allemande invoquent volontiers la magna distancia patrie sue de Parisius9 ; ils viennent de longinquis partibus10. Cet éloignement était d'autant plus fortement ressenti que si leurs études les amenaient couramment à des séjours de plusieurs années loin de chez eux, ils ne perdaient normalement pas pour autant le contact, malgré les difficultés pratiques, avec leur pays d'origine où demeuraient leur famille et leurs amis, d'où ils tiraient généralement l'essentiel de leurs ressources (subsides familiaux ou revenus de bénéfices ecclésiastiques)11 et où ils espéraient retourner faire carrière une fois leur dipôme obtenu12. Ils attendaient donc avec impatience le nuntius qui devait leur apporter nouvelles et argent du pays et se portaient parfois même à sa rencontre13.
11Mais souvent, s'ils étaient informés de quelque casus necessitatis exigeant leur présence, il leur fallait, s'il n'était pas déjà trop tard (car, comme dira avec humour un bedeau de la nation, ils n'avaient pas d'ailes pour voler à travers les airs)14, revenir eux-mêmes ad partes, visitare patriam nativam, toute affaire cessante, pour régler la question15. Même s'ils affirmaient toujours partir cum animo revertendi citius quo possent, leur absence risquait alors d'être longue (quelques mois, un an, deux ans) et ils devaient, pour préserver leurs droits, être admis au baccalauréat sans avoir terminé les disputes réglementaires, être inscrits, quoique absents, sur un éventuel rotulus, solliciter une licentia recedendi et laisser en gage à Paris leurs livres et quelques objets usuels16.
La précarité
12Le manque chronique d'argent a été, à en croire de nombreuses sources, un trait quasi général de la condition étudiante au Moyen Âge. Mais les étudiants d'origine lointaine en souffraient peut-être plus que d'autres. Non qu’ils fussent d'extraction plus modeste, au contraire, mais parce que l'arrivée des subsides attendus était toujours aléatoire, les contraignant souvent, par exemple pour leurs droits d'examen, à solliciter des délais de paiement. Quoique officiellement protégés par un privilège qui trouvait son origine dans l'Habita de Barberousse reprise à son compte au début du XIVe siècle par le roi de France17, les nuntii de la nation ou les étudiants eux-mêmes pouvaient être dépouillés en chemin, victimes de voleurs ou simplement de péagiers ou de tonloyeurs trop zélés18. Récupérer les biens ainsi saisis n'était pas chose aisée et, même avec l'appui de l'Université, le succès de l'entreprise n'était pas garanti19.
13Naturellement, les troubles dus aux guerres ou, à la fin du XIVe siècle, au Grand Schisme aggravèrent encore ce genre de risques : multi scolares capiuntur in adeundo studium Parisius et redeundo ad partes et bona eorum arrestantur occasione Scismatis, se lamente la nation en 138320. L'incertitude permanente du lendemain, la peur de manquer devaient être, autant que le mal du pays, la rançon de l'exil provisoire de l'étudiant étranger. Comme disait déjà en 1155 l'Habita : « Par amour de la science, ils se sont exilés, de riches ils se sont faits pauvres ».
Le mépris
14À plusieurs reprises, les membres de la nation anglo-allemande se sont plaints d'être tenus par les autres nations, en particulier la nation française, pour des étudiants de seconde zone, toujours refoulés au dernier rang, voire menacés de disparaître en tant que corps21, ce qui, dans une société aussi attachée aux préséances et aux apparences que celle de la fin du Moyen Âge, était évidemment difficilement supportable.
15Dans les rotuli, les suppliques de la nation anglo-allemande étaient systématiquement inscrites en dernière position, non que la nation fût posterior in dignitate, mais simplement, admit-elle après d'inutiles protestations, quia antiquitati placuit hunc ordinem observare22. De même, lors de la proclamation des résultats d'examen, les bacheliers anglo-allemands étaient toujours mentionnés en dernier, même quand leurs mérites auraient dû les faire classer en tête : quelques-uns voulurent protester mais la majorité des maîtres, désabusée, répondit qu'« il n'y avait pas de remède » à cette injustice23.
16À ces trois thèmes faciles à repérer dans les sources, nous en ajouterons deux autres, tout aussi attendus mais, en réalité, beaucoup moins bien attestés et d'ailleurs ambigus car jouant aussi souvent entre les divers regna et provinces de la nation, les opposant parfois violemment entre eux, que vis-à-vis de la population parisienne elle-même.
Le problème de la langue
17Même si les limites géographiques de la nation ne correspondaient pas systématiquement à une frontière linguistique24, il est sûr que la grande majorité des membres de la nation anglo-allemande n'était pas de langue maternelle française. L'usage généralisé du latin, aussi bien langue de l'enseignement, écrit et oral, que de la communication courante, réduisait évidemment les inconvénients de cette situation, d'autant que tous les étudiants étaient censés en avoir appris les rudiments avant même d’arriver à l'université.
18Reste que, dans la vie quotidienne, le recours aux langues vernaculaires demeurait pratique usuelle. Entre compatriotes, on parlait volontiers la langue du pays, et ce d'autant plus fréquemment qu'on était plus nombreux. Très minoritaires, les Scandinaves ou les Slaves devaient être sans cesse contraints de recourir au latin ou au français. Flamands, Hollandais ou Allemands en revanche, à qui leur nombre et les structures mêmes de la nation permettaient plus aisément de rester entre eux, devaient avoir moins d'occasions de s'initier au français de Paris ; en tout cas, quelques documents attestent clairement que certains d'entre eux le parlaient et le comprenaient fort mal25. C'était évidemment là quelque chose qui pouvait être source d'incompréhension, voire d'hostilité, par rapport aux autres étudiants et plus encore à la population parisienne (taverniers, sergents).
La xénophobie
19De l'incompréhension à la xénophobie, il n'y a souvent qu'un pas ; celui-ci était-il franchi dans les universités médiévales ? À s'en tenir au cas parisien, il faut reconnaître que, surtout avant le XVe siècle, peu de documents le disent explicitement.
20Le Schisme a peut-être précipité les choses. C'est sans doute parce qu'ils étaient suspects d'« urbanisme » qu'en 1393 deux franciscains allemands furent molestés et indûment taxés par leurs confrères du couvent des Cordeliers de Paris, ce dont ils vinrent se plaindre à la nation anglo-allemande (dont, en tant que religieux, ils n'étaient pourtant pas membres)26. En 1409, quelques étudiants allemands, accusés de vol par le maître picard qui les hébergeait, sont hués et bousculés par leurs camarades aux cris d'« Allemands, voleurs ! »27. Quelques décennies plus tard, le (ou plutôt les) procès de maître Paulus Nicolai d'Esclavonie, sur lequel on reviendra plus bas, contient quelques arguments où perce une incontestable xénophobie, nourrie comme toujours d'ignorance et de préjugés (« On ne sache dont il est... »)28, mais c'est sans doute une affaire assez exceptionnelle.
21Naturellement, l'absence de références explicites dans les sources ne veut pas dire que la chose n'ait pas déjà existé. William J. Courtenay a montré que, malgré l'absence de toute mesure officielle de rappel ou d'expulsion, les étudiants anglais quittèrent massivement Paris dès le début de la guerre de Cent ans29. Est-ce aussi un hasard si, du XIIIe au XVe siècle, dans les épisodes les plus hauts en couleurs (et les plus sanglants) des affrontements entre étudiants parisiens et sergents du guet, ce sont régulièrement des Flamands, des Brabançons, des Hollandais, des Allemands qui sont en cause30 ? Jacques de Vitry notait déjà, au début du XIIIe siècle, leur réputation de « goinfres », d'« hommes sanguinaires » et de « furieux »31, mais on peut penser que ce sont plutôt les signes cumulés de l'altérité (comportement de groupe, langue étrangère) qui les désignaient tout naturellement à la méfiance des bourgeois de Paris et des gens du roi.
22À dire vrai, on le verra plus bas, cette « xénophobie » semble cependant avoir joué tout autant à l'intérieur même de la nation, entre les divers sous-groupes ethniques ou linguistiques (Écossais contre Anglais, Allemands contre Slaves, Suédois contre Danois, etc.), que vis-à-vis de la population environnante globale. À l'expérience de laperegrinatio academica, le sentiment identitaire s'exaspère parfois brutalement ou connaît d'étranges métamorphoses.
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23Tels sont les principaux critères de « l'altérité étudiante » que suggère un survol global des Livres des procureurs de la nation anglo-allemande. Reste à vérifier s'ils illustrent bien le vécu concret des étudiants de cette nation ; la documentation permet difficilement de cerner les parcours individuels, même de façon segmentaire. Nous nous sommes donc attachés, pour essayer de saisir les nuances nécessaires, à un sous-groupe restreint, celui des étudiants Scandinaves.
24Qu'ils aient été des étrangers volontaires mais aussi obligés aux lieux de leurs études jusqu'à la fin du Moyen Âge est une évidence, puisque Danois et Suédois ne disposèrent d'une université propre qu'à la fin de la décennie 147032, et encore continuèrent-ils largement par la suite à se rendre dans les universités occidentales qu'ils étaient accoutumés à fréquenter auparavant. Ils furent ainsi plusieurs centaines à étudier à l'université de Paris aux trois derniers siècles du Moyen Âge. Cependant, tout ce qui permettrait de caractériser précisément chez les étudiants Scandinaves un « état d'étranger », surtout la conscience qu'eux-mêmes, et les autres, en avaient, demeure très flou, en raison d'une documentation peu abondante bien sûr, et surtout biaisée pour deux raisons au moins.
25Tout d'abord, ces étudiants, du moins ceux qui apparaissent dans la documentation disponible33, ne sont pas pleinement représentatifs d'une réalité estudiantine moyenne. Ils se caractérisent tout d'abord par un statut social élevé : beaucoup d'entre eux sont issus de l'aristocratie nobiliaire, ou appartiennent déjà à la hiérarchie ecclésiastique34, et ils attendent de hautes fonctions à leur retour au pays ; parfois même ils cumulent tous ces avantages qui sont autant d'éléments propices à une intégration plus aisée dans des milieux étrangers. De plus, ceux sur lesquels les sources sont les plus disertes sont des étudiants qui ont séjourné longtemps, parfois très longuement, à Paris. Ces étudiants de « longue durée » ne sont sûrement pas ceux qui sont le plus mal intégrés. Au contraire, une bonne partie de leur jeunesse, voire de leur jeune maturité, s'est déroulée dans le cadre de l'Université : après avoir acquis leur grade, ils y ont enseigné, ils y ont exercé un certain nombre de fonctions. Ils sont assez nombreux à avoir été procureurs et receveurs de la nation anglo-allemande, quelques-uns même ont été recteurs de l'Université. Citons, à tous ces égards exemplaire, la figure d'Olavus Magni, en français Olave le Grant, futur évêque d'Àbo (Turku) en Finlande : déterminant en 1426 [a.s.], licencié et maître en 1428, socius du collège de Sorbonne et engagé dans des études de théologie35, il résida à Paris jusqu'en 1438, peut-être pas de manière continue36. Il fut procureur à plusieurs reprises, de novembre 1433 à septembre 1434, puis à l'automne 1435 et à nouveau à l'automne 1436, également receveur, il est vrai en un temps de grande pénurie du corps enseignant37. Il fut élu recteur le 16 décembre 143538 et participa comme représentant de la nation à différentes ambassades39.
26D'autre part, le discours des procureurs – y compris les Scandinaves – s'efforce plus volontiers de montrer l'harmonie régnant entre les très nombreuses nationalités qui se côtoyaient dans la nation anglaise et de faire en sorte que les suppôts de la nation, quelle que soit leur origine, apparaissent comme parfaitement intégrés dans le sein de l'Alma mater, et non l'inverse. Il est assez significatif qu'en se livrant à une recherche sur le vocabulaire de l'altérité dans le livre des procureurs, on ne trouve que deux occurrences du qualificatif extraneus de 1407 à 145140 et encore désigne-t-il ici des gens n'appartenant pas à la nation, non gradués de surcroît, et pas spécialement des ressortissants de pays lointains. En revanche, la nation est toujours présentée comme une mère, et ses membres comme une grande famille que la zizanie ne doit pas troubler. On trouve à plusieurs reprises cette référence à la bienveillante et maternelle protection de la nation sous la plume de maître Johannes Flicke : de confinibus Dacie oriundus, comme il le déclare lui-même, originaire d'Åbo, maître ès arts en 1421 et comme Olavus Magni socius de la Sorbonne, il fut plusieurs fois de 1421 à 1426 nostre nationis et prefate matris procurator41. Qui peut être étranger à cette communauté familiale ? En fait le fils qui introduit la discorde et fait scandale dans le sein même de sa pieuse mère. Ce fut le cas de Paulus Nicolai d'Esclavonie, dont l'interminable conflit avec non seulement la nation, mais aussi la faculté de théologie et l'Université elle-même, occupa pendant des pages et des pages la plume des procureurs entre 1424 et 1439. Il fut privé de « l'honneur de la nation », comme le rapporte Johannes Flicke, parce qu'il avait enfreint en dépit de son serment les statuts de la nation, révélé les secrets de cette dernière justement à des « étrangers », et travaillé par des voies tortueuses à la discorde entre les suppôts, enfin parce qu'il avait refusé de solliciter la bienveillance et « de se soumettre à la correction et à la décision de la nation sa mère »42. Aucun des procureurs relatant les péripéties du conflit, qu'ils soient d'origine Scandinave ou autre, n'a mis particulièrement en avant une méfiance quelconque teintée de xénophobie de la part des instances universitaires à l'égard de Paulus Nicolai, qui était natif du diocèse de Zagreb, et une relation de cause à effet entre une origine suspecte et son comportement scandaleux au sein de l'université. Paulus Nicolai a pourtant laissé entendre au Parlement devant qui il avait porté son affaire que tel avait été le cas43. Du silence des sources... Cette affaire fut-elle unique en son genre et confirme-t-elle ainsi la règle de l'harmonie, ou n'est-elle que la partie émergée, par un hasard des sources, d'une antipathie diffuse entre suppôts sur laquelle les procureurs de la nation gardaient soigneusement le silence ? En tout cas, aucun Scandinave ne fut chassé de la nation de la même manière que Paulus Nicolai.
27Il ressort que, si l'on s'en tient à une analyse au premier degré de l'Aucta rium, les étudiants nordiques donnent l'impression d'avoir épousé avec aisance le sentiment d'être membres d'une communauté fraternelle, sans frontière particulière entre le lieu de leur naissance et le lieu de leur études, d'appartenir à « une République des lettres »44 s'étendant à toute la chrétienté. Peut-être étaient-ils particulièrement attachés à donner cette image d'eux-mêmes parce que, venus de confins de l'Occident peu familiers des autochtones, ils avaient un travail d'intégration plus important à effectuer. Il n'en reste pas moins que ce schéma idéal n'est guère modifié a priori par les rares lettres d'étudiants qui nous sont parvenues. Prenons une lettre de 1414, qu’il faut attribuer selon toute probabilité au chanoine de Linkoping et futur membre influent de l'ordre de sainte Brigitte, Johannes Hildebrandi45. Cette lettre, dont il ne faut pas méconnaître le caractère stéréotypé, donne l'impression que son auteur s'est rapidement adapté à l'environnement parisien. Pourtant, Johannes Hildebrandi n'a séjourné à Paris que quelques mois. Après avoir vanté la gloire de Paris, qui n'est surpassée par aucune autre université, même pas celle de Prague, qu'il connaît bien puisqu'il l'a fréquentée quelques années plus tôt, Johannes donne des nouvelles récentes au destinataire, l'évêque de Linkoping, nouvelles politiques, nouvelles universitaires et même il s'étend assez longuement sur un incident très local : la rose orientale de la cathédrale menacerait de se briser. Johannes et l'un de ses compatriotes et condisciples, maître Fredericus Trast, originaire du diocèse d'Åbo – celui-ci a séjourné à Paris plusieurs années46 – sont allés interroger l'économe de Notre-Dame sur le coût de la réparation. Cet épisode, a priori anecdotique, est cependant intéressant : il témoigne d'une part de la curiosité des deux Suédois pour les événements locaux, d'autre part de l'aisance, voire de la familiarité avec lesquelles ils se sont informés de l'affaire. Gageons que la conversation a eu lieu en latin. Bref, voilà deux compères qui ne semblent pas avoir manifesté d'une manière quelconque le moindre sentiment de dépaysement, ou avoir ressenti des difficultés de communication, en somme d'être conscients de leur altérité. Une seconde lettre invite d'ailleurs le chapitre de Linkoping à envoyer de nombreux écoliers à Paris, même si la vie estudiantine y est plus chère qu'ailleurs47.
28On en vient là au thème des difficultés spécifiques de la peregrinatio universitaire que les étudiants Scandinaves, malgré les réserves qui ont été évoquées, ne manquèrent pas de rencontrer.
29Sans parler des circonstances difficiles qui pouvaient accabler l'ensemble de la population estudiantine, épidémies, guerre étrangère ou civile, division de la chrétienté lors du Grand Schisme et ses effets pervers sur la nation anglo-allemande, les risques du voyage étaient évidemment multipliés par l'éloignement géographique. C'est ainsi que plusieurs étudiants, quatre chanoines et deux clercs de l'archevêché de Lund, furent capturés un peu avant 1344 par un laïc danois « en revenant par mer du studium de Paris dans leur patrie »48. Ils furent dépouillés de tous leurs livres et de leurs autres biens et retenus captifs plus d'une année. En 1366, maître Macharius Magni, dans une supplique au pape demandant que lui soit concédée la licence en droit canon après quatre ans d'études seulement, invoquait le danger des routes qui l'empêchait de recevoir l'argent nécessaire à la poursuite de son séjour49. Le prétexte était peut-être exagéré, car Macharius se trouvait encore à Paris dix mois plus tard50 ; il est vrai cependant que les soucis financiers semblent l'avoir poursuivi durant toutes ses études : licencié ès arts en 1356, il s'était engagé auprès de la nation avec un compatriote pour 3 écus d'or, il avait demandé un délai pour s'acquitter des droits de la licence et mis en gage un livre qui fut racheté en 135751.
30Ces difficultés d'argent semblent avoir été très fréquentes. Même si l'on considère que les étudiants nordiques étaient pour bon nombre d’entre eux économiquement favorisés, la vie à Paris était chère, et ce d'autant plus qu'on poursuivait des études supérieures, comme le détaille minutieusement Johannes Hildebrandi52. Pour y faire face, il fallait que les transferts d'argent s'effectuassent correctement, ce qui est loin d'avoir été toujours le cas. À l'exemple de Macharius Magni, un certain Thomas Haquini, originaire de Suède, demanda en 1339 un délai pour s'acquitter des droits universitaires parce que « l’argent n'arrivait pas de son pays » et il promit d'acquitter la somme quand il serait revenu à Paris ou de la faire transmettre à la nation53 ; Johannes Thorstani, futur prévôt de Strängnäs, versa les droits d'examen plus de dix ans après sa licence54 ; le futur archevêque de Lund Petrus Lykke déposa des gages lors de sa déterminance en 137 955 ; quant à maître Nicolaus Drukken, il aurait donné bien volontiers les deux florins de Florence requis pour pourvoir l'envoyé de la nation à la Curie s'il avait reçu de l'argent de son pays, mais il refusa de le faire car il ne voulait pas les emprunter56.
31La précarité financière, qui n'a guère à voir avec une authentique pauvreté, il faut le répéter, dans le cas des étudiants nordiques, se double aussi probablement d'une plus grande difficulté à faire valoir leurs droits.
32Si certains étudiants effectuaient un long séjour à l'Université, la plupart quittaient Paris aussitôt après l'obtention de leurs grades, pour ne plus y revenir. La population nordique était donc « changeante », comme l'affirmait en 1384 un témoin dans un différend à propos de la maison de Dacie qui opposa l'Université et maître Olaus de Dacie, magister domus Dacie, puis celui-ci ayant probablement quitté Paris, maître Johannes Basse de Dacie : « il ne lui semble pas que la maison puisse jamais être réparée par lesdits écoliers, attendu qu'ils sont toujours peregrini et mutabiles », déclarait-t-il57.
33Cette rotation rapide, surtout quand le nombre d'étudiants devint trop faible pour former des groupes compacts et solidaires, comme dans les années 1383-1398, rendit difficile le suivi des intérêts Scandinaves, en particulier les affaires des collèges58. Faire la preuve de sa bonne foi, voire de son bon droit, devint plus malaisé. Quand Johannes Basse, maître ès arts et étudiant en droit canon, vint en 1385 devant le Parlement contre l'Université, un des arguments mis en avant par cette dernière fut qu'il avait affirmé être le procureur des étudiants du collège de Dacie sans preuve ni mandat en bonne et due forme et, par conséquent, sa plainte déposée en cette qualité n'était pas recevable59. La cour ne semble pas avoir retenu particulièrement cet argument, néanmoins, en avril 1387, elle trancha l'affaire en faveur de l'Université60. Maître Johannes avait sans doute quitté Paris à ce moment-là, car il se trouvait à Roskilde à la fin du mois de mai de la même année61.
34De manière plus générale, le suivi des affaires propres à la nation devait également pâtir du caractère transitoire du séjour universitaire qui s'accentua après 135062. Ainsi, en 1430, la nation délégua devant le Parlement, dans le procès qui l'opposait à maître Paulus Nicolai, maître Martinus de Bereck, « parce qu’il était le seul des maîtres de la nation à connaître l'affaire de maître Paulus »63. Cela pouvait passer pour une provocation, car maître Martinus était l'ennemi juré de Paulus Nicolai, mais il est vrai aussi que maître Johannes Flicke, qui avait été partie prenante de l'affaire en 1424 (en particulier, maître Paulus l'accusait d'avoir falsifié les comptes rendus de la nation lorsqu'il était procureur64), avait quitté Paris en 1426, et son compatriote Jacobus Rod, qui avait suivi l'affaire comme procureur de la nation également65, retourna en Finlande en 1428.
35Les deux procès qui viennent d'être évoqués, dont un seul mena les étudiants Scandinaves comme partie devant le Parlement, illustrent la présence extrêmement restreinte des suppôts de la nation anglo-allemande devant cette instance : à un moment où, comme le déclare excellement Serge Lusignan, une conscience universitaire identitaire dans la société française, notamment dans les universités du nord du royaume, se construit sur la défense de ses privilèges devant le Parlement, il est évident que les grands oubliés ont été les étudiants étrangers66. Voilà qui confirme dans un sens la dernière place souvent octroyée aux suppôts de la nation anglo-allemande dans les hiérarchies universitaires67. Est-ce à dire qu'ils étaient l'objet de manifestations proprement xénophobes ?
36Les indices ne sont pas vraiment probants en ce qui concerne la population estudiantine Scandinave et il n'y a rien à présenter d'aussi éclairant que les insinuations malséantes dont aurait été victime, selon ses dires – mais pourquoi en douter ?–, Paulus Nicolai, à savoir que son pays d'origine était trop proche des terres sarrazines et suspect à bien des égards68. Aucun Scandinave n'a été l'objet d'une supplique comme celle du Hongrois Martinus de Bereck demandant que maître Paulus ne soit plus désigné dans le livre de la nation comme étant de Hongrie, puisqu'il était né en Slovénie69 Aucun n'a été présenté comme parlant le français de manière « inappropriée et barbare »70. Se manifeste seulement de temps à autre à leur égard une méfiance qu'il faut relativiser, puisque son expression fait aussi partie de la panoplie des précautions juridiques prises habituellement pour se garantir d’une fraude possible. Il s'agit de la tendance à laisser planer un doute sur l'origine des étudiants, et de là sur leur identité : « Ceux qui se dient escholiers du royaume de Daxce », suggère-t-on lors d'un épisode ultérieur, en 1388, du long procès déjà cité concernant la maison de Dacie71. De même en 1424, et c'est une des premières passes d'armes entre la nation et Paulus Nicolai, deux écoliers, Arnoldus Loef et Olavus Olavi, « qui se disent du royaume de Dacie »72, demandent à être logés dans la maison des Danois, qu'occupe alors justement maître Paulus. Celui-ci ne veut pas les recevoir. Un doute plane sur la pertinence de leur requête, pas totalement injustifié d'ailleurs : en fait, ils sont originaires du diocèse d'Âbo qui fait partie du royaume de Suède. Dans ce cas, il n'ont aucun droit particulier à être hébergés dans la maison danoise. Seulement, nous sommes au temps de l'Union de Kalmar, qui régit les royaumes nordiques sous la domination d'un roi unique, lequel se trouve être le roi de Danemark, ce que Paulus Nicolai ignore, ou feint d'ignorer. La requête était donc un peu spécieuse, mais pouvait se justifier. C'est alors que la nation ordonna une véritable procédure d'enquête, qui paraît excessive, mais qu'il faut sans doute mettre en relation avec la méconnaissance que les instances universitaires pouvaient manifester à l'égard des lointaines patries des étudiants. Lecture fut faite d'une lettre produite par les deux étudiants, dans laquelle noble homme André Ougard, familier et écuyer du Régent, certifiait qu'ils étaient bien natifs du royaume de Dacie ; le bedeau de la nation, Boémond, déclara sous serment qu'il avait entendu dire à maître Johannes Flicke, parent d'Arnoldus Loef, qu'il était natif de la même ville que lui et qu'il était sujet du roi de Danemark ; enfin, les deux étudiants durent jurer qu'ils « étaient nés dans les terres sujettes du roi de Danemark, que ces terres [...] tenaient leurs droits et lois du roi de Danemark et qu'elles étaient de corpore regni Dacie »73.
37Cela témoigne de la méfiance que la nation manifestait à l'égard de ce qu'elle ignorait, mais aussi d'une conscience nette qu'il existait au sein de la nation des diversités nationales qui ne pouvaient être gommées. Dans le cas cité, le critère de distinction était, classiquement, la sujétion ou non à un pouvoir souverain et à des lois particulières. Mais d'autres critères entraient sans doute en ligne de compte. Le moins intéressant n'est pas celui de la langue maternelle. En 1388, ceux qui se disaient de Dacie récusèrent des condisciples qui se disaient aussi du royaume de Dacie, mais ils n'en étaient point aux yeux des premiers « parce qu'ils sont de Prusse ou de Sc...e (Scanie ou Suesse ? Mot quasi illisible) et n'entendent point le langage de Daxce »74. Cette petite phrase est particulièrement éclairante à deux points de vue. En premier lieu le critère linguistique apparaît bien comme un critère de distinction, voire de rejet à l'extérieur d'une communauté nationale donnée, même dans un milieu où la pratique d'une langue universelle et unique (en principe) devrait gommer normalement la diversité des origines et des langues maternelles. On notera en second lieu la présence de rivalités nationales nettes. L'antagonisme séculaire entre Danois et ordre Teutonique, entre Danois et Suédois, qui se traitent mutuellement « d'étrangers »75, est à l'arrière-plan. L'Union de Kalmar n'arrangea pas les choses et il ne faut pas se leurrer sur le sens de la démarche des deux Finnois en 1424 : leur revendication d'une nationalité danoise, de leur appartenance à un « grand Danemark » était, à notre avis, purement opportuniste.
38Il existait ainsi des conditions latentes propices à des antagonismes de type national qui étaient transférées au sein de la nation anglo-allemande, même s'il ne faut pas en exagérer les manifestations violentes : elles étaient pondérées par les principes qui régissaient la vie universitaire, par exemple l'alternance d'administrateurs de nationalités différentes ou l'inscription des étudiants auprès de maîtres qui n'étaient pas leurs compatriotes76.
***
39Le bilan établi sur ces quelques indices apporte une réponse nuancée, pour ne pas dire hésitante, au questionnaire préalable. Tout d'abord, il faut souligner une singulière absence d'un vocabulaire spécifique désignant l'étudiant étranger. Ce silence des sources, et principalement du livre des procureurs, témoigne qu'il ne bénéficiait pas d'un statut ou d'une identité spécifiques d'étranger aux yeux des autorités. Au contraire, il semble bien que la nation se soit employée – avec un certain succès, puisque l’opiniâtreté de Paulus Nicolai demeure l'exception77 – à préserver la paix et l'union entre tous ses membres. D'autre part, la conscience de soi comme étranger au lieu des études ne paraît pas caractériser particulièrement les étudiants Scandinaves. Ceux qui y ont séjourné assez longtemps paraissent au contraire s'être adaptés à l'environnement universitaire avec une certaine aisance, due sans doute à un statut social généralement élevé, malgré les aléas habituels, financiers ou autres, rencontrés par les étudiants en général, mais amplifiés par l'éloignement de leur patrie.
40Ces apparences ne signifient pourtant pas que la dimension d’universalisme chrétien, sous les auspices de laquelle l'institution universitaire était née et s'est d'abord développée, s'est maintenue sans faille jusqu'à la fin du Moyen Âge. Des indices ténus mais réels montrent, on l’a vu, que l'étudiant étranger était de plus en plus perçu comme tel, dans son altérité, à la fois par les populations et les autorités locales et par ses condisciples venus d’autres horizons. Le mouvement n'est évidemment pas propre au monde universitaire, mais désormais les différences et les antagonismes nationaux n’y disparaissaient pas avec l’arrivée aux études et ressurgissaient parfois au beau milieu des activités académiques. Nous sommes au moment où, comme vient de le montrer Serge Lusignan, se construit en France une véritable « identité universitaire »78. Cette construction s'est faite en particulier à travers le recours constant de l’Université au Parlement et par l’effet d’une sorte de convergence de vue et d'intérêts des deux institutions. Tout en respectant et même en affirmant le particularisme des universitaires, elle a joué dans le sens d'une intégration plus poussée aux structures sociales et politiques du royaume. Les membres de la nation anglo-allemande, quant à eux, ne venaient guère devant le Parlement ; ils ne pouvaient ainsi, par définition, tirer bénéfice d'une jurisprudence qui contribuait au contraire à creuser l'écart d'où surgissait le sentiment de plus en plus vif de leur altérité.
Notes de bas de page
1 Sur la mobilité étudiante, rapide synthèse dans J. Verger, « La mobilité étudiante au Moyen Âge », Histoire de l'Éducation, 50 (1991) no spécial = Éducations médiévales. L'enfance, l'école, l'Église en Occident. Ve-XVe siècles], p. 65-90.
2 Du point de vue du pays de départ en revanche, il est évident que pour tous les pays sans université (tels que l'Écosse, l'Empire ou les pays slaves ou Scandinaves jusqu'à la fin du XIVe ou au XVe siècle), tous les étudiants de ces pays étaient obligés de rejoindre une université extérieure et faisaient donc l'expérience de la condition d"étudiant étranger'.
3 Cf. M. Waxin, Statut de l'étudiant étranger dans son développement historique, Amiens, 1939.
4 Cf. P. Kibre, The Nations in the Mediaeval Universities, Cambridge Mass., 1948.
5 L'importance de ces pensions, surtout pour les étudiants ès arts, est bien soulignée par W.J. Courtenay, Parisian Scholars in the Early Fourteenth Century. A Social Portrait, Cambridge, 1999, p. 81-91.
6 M. Tanaka, La nation anglo-allemande de l'Université de Paris à la fin du Moyen Âge, Paris, 1990, p. 41-58 et carte p. 59.
7 Auctarium Chartularii Universitatis Parisiensis, H. Denifle, É. Châtelain éd., 6 vol., Paris, 1894-1964 ; ont été utilisés ici les t. I, 1894, et II, 1897 (= Auct. I et II) qui contiennent l'édition du livre des procureurs de la nation anglo-allemande pour les années 1333-1406 et 1406-1466.
8 Chartularium Universitatis Parisiensis, H. Denifle, É. Châtelain éd., 4 vol., Paris, 1889-1897 (= CUP I à IV).
9 Auct. I, c. 446.
10 CUP Π, no 701.
11 Auct. I, c. 427, 491 ; Auct. II, c. 205, 410.
12 Par ex. CUP IV, no 2213.
13 Auct. I, c. 877 ; CUP IV, no 1720.
14 CUP IV, no 2340.
15 Auct. I, c. 467, 818-819 ; Auct. II, c. 268.
16 Auct. I, c. 67, 83, 95, 243, 273, 302, 374-375, 458, 461-462, 491, 564, 605 ; Auct II c 3 69, 205, 237.
17 CUP II, no 638, 701.
18 CUP ΙII, no 1441 ; Auct. I, c. 468, 928.
19 Auct. I, c. 390-391 ; Auct. II, c. 41-42.
20 Auct. I, c. 654.
21 En 1434, la nation anglo-allemande, réduite, disait-on, à deux suppôts (i.e., sans doute, deux maîtres), faillit même, à la demande de certains Normands, être privée de sa voix délibérative et être ainsi exclue des conseils de la faculté (Auct. II, c. 478-479).
22 CUΡ ΙII, no 1433.
23 Auct. I, c. 467-468.
24 En 1357, un conflit de frontière opposa les nations picarde et anglaise ; mais il ne s'agissait pas d'une frontière linguistique : il y avait des néerlandophones de part et d'autre (Auct. I, c. 212).
25 Par ex. CUP ΙII, no 1340, Auct. II, c. 327.
26 Auct. I, c. 696.
27 Alamanni latrones, latrones ! (Auct. II, c. 38-41).
28 CUP IV, no 2292.
29 W.J. Courtenay, « Foreign Study in a Time of War : English Scholars at Paris, 1325-1345 », History of Universities, 14 (1995-1996), p. 31-42.
30 Par ex., CUP IIΙ, no 1311, 1340 ; CUP IV, no 1720, 2606.
31 F. Hinnebusch, The Historia occidentalis of Jacques de Vitry. A Critical Edition, Fribourg, 1972 (Spicilegium Friburgense, 17), p. 92.
32 La fondation de Copenhague eut lieu en 1475 et celle d'Uppsala deux ans plus tard.
33 N'oublions pas que le livre des procureurs dévoile pour l'essentiel les gradués ès arts de la nation, c'est-à-dire les étudiants qui ont obtenu au moins la déterminance. Les non-gradués et les étudiants des facultés supérieures sont peu mentionnés. Voir M. Tanaka, La nation anglo-allemande..., op. cit. n. 6, p. 61-62 ; É. Mornet, « “Entre Église et État”. Élites Scandinaves à Paris sous le règne de Charles VI », dans Saint-Denis et la royauté. Études offertes a Bernard Guenée, F. Autrand, C. Gauvard, J.-M. Moeglin dir., Paris, Publications de la Sorbonne, 1999, p. 91-107, p. 92 et suiv.
34 Plus de la moitié (55 %) des étudiants nordiques ayant fréquenté Paris de 1378 à 1422, période qui est considérée comme un temps de désaffection pour les études parisiennes, étaient pourvus d'un bénéfice ecclésiastique. É. Momet, « “Entre Église et État”... », op. cit. n. 33, р. 97.
35 Auct. I, c. 358 ; c. 375, 377 ; A. Franklin, La Sorbonne, ses origines, sa bibliothèque, Paris, 1875, p. 228. Bachelier en théologie en 1436, il pria ses collègues d'assister à son principium et au repas qui devait suivre (CUP IV, no 2508 ; Auct. II, c. 493).
36 Il n'apparaît pas dans l'Auctarium de 1428 à 1433. Un étudiant originaire d'Utrecht détermina sous sa direction pendant la session de Carême 1437 [a.s.] (Auct. II, 503). Déjà archidiacre du chapitre cathédral d'Åbo, il fut promu à la prévôté au temps de ses études parisiennes, vers la fin de 1436 (les lettres de remerciement de l'Université à l'évêque et au chapitre sont éditées dans l'introduction de l'Auctarium, p. XVIII-XIX). Il fut élevé au siège épiscopal en 1450.
37 Supra, note 21.
38 Auct. II. c. 483.
39 Notamment auprès de Charles VII, après son entrée à Paris. CUP IV, no 2481 ; Auct. II, с. 488.
40 Période sur laquelle a porté la recherche. Auct. II, c. 324 et 325.
41 Auct. II, c. 297 ; c. 285, passim.
42 Ibid., c. 314, 316.
43 AN, Xla, 4795, fol. 33 : « et s'il estait de loingtain pais, partie adverse ne l'en devroit point blasmer ne injurier ». Le cas de Paulus Nicolai a été évoqué à de nombreuses reprises par les historiens, en dernier lieu par S. Lusignan, « Vérité garde le roy ». La construction d'une identité universitaire en France (XIIIe-XVe siècle). Paris, 1999, p. 77 et suiv., auquel on se réfèrera pour se reporter aux études plus anciennes.
44 J. Verger, « Les étudiants slaves et hongrois dans les universités occidentales (XIIIe-XVe siècle) », dans L'Église et le peuple chrétien dans les pays de l'Europe du Centre-Est et du Nord (XIVe-XVe siècles), École française de Rome, 1990, p. 102.
45 Svenskt diplomatarium från och med år 1401, C. Silfverstope éd., 4 vol., Stockholm, 1879-1904, t. 2, no 1990.
46 Cité dans Auct. I, c. 770, 803, 815 ; II, c. 189.
47 Svenskt diplomatarium..., op. cit. n. 45. no 2001.
48 C'est une supplique au pape qui révèle cette mésaventure. Diplomatarium Suecanum, V, 2, B.E. Hildebrand éd., Stockholm, 1865, no 3985.
49 Diplomatarium Danicum [= DD], 3e série, t. VIII, C.A. Christensen, H. Nielsen éd., Copenhague, 1972, no 442.
50 CUP IIΙ, no 1336.
51 Auct. I, c. 194, 196, 205. Macharius retourna ensuite au Danemark où, chanoine de Lund et de Roskilde, il occupa le poste de chancelier royal et revint à Paris ; il fut recteur de l'université en mars 1366 (CUP IIΙ, no 1322).
52 Supra, n. 45.
53 Auct. I, c. 27.
54 Ibid., c. 274.
55 Ibid., c. 575.
56 Ibid., c. 45-46 (en 1341).
57 L'ensemble du dossier concernant l'affaire de Johannes Basse dont les différentes pièces sont conservées aux Archives nationales a été édité dans le DD, 4e série, t. Π, H. Nielsen éd., Copenhague, 1987, et t. III, T. Riis éd., Copenhague, 1993, passim. Ici, t. II, no 504, p. 397 (Paris, AN, L 927, no 72).
58 Pour les collèges nordiques, en particulier les collèges suédois, voir A.L. Gabriel, Skara House at the Mediaeval University of Paris. History, Topography, and Chartulary, Notre Dame (Ind.), 1960.
59 DD, 4e série, t. II, no 598 (Paris, AN, Xla, 1372, fol. 305v).
60 DD, 4e série, t. IIΙ, no 186 (Paris, AN, Xla, 1373, fol. 323).
61 DD, 4e série, t. ΙII, no 200.
62 M. Tanaka, La nation anglo-allemande..., op. cit. n. 6, p. 71 et suiv.
63 Auct. II, c. 428.
64 Ibid., c. 318 et suiv.
65 Ibid., c. 336, 346.
66 S. Lusignan, « Vérité garde le roy »...., op. cit. n. 43, p. 174.
67 Supra, p. 221.
68 CUP IV, no 2292 : « il dit qu'il est de Hongrie, mais on dit qu'il est de Sclavonnie où il y a gens et diverses sectes... ». Paulus Nicolai s'est effectivement défendu d'être originaire d'un pays voisin des Sarrazins : « [son pays] est à Vc lieues des Sarrazins et fu saint Martin natif du pais de Pannonia ; et ne sont point Sarrazins ne leurs voisins... ». Paris, AN, Xla 4795, fol. 33. Cité par J. Verger, « The University of Paris at the End of the Hundred Years War », dans Universities in Politics : Case Studies from the Late Middle Ages and Early Modern Period, J.W. Baldwin, R.A. Goldthwaite éd., Baltimore-Londres, 1972, p. 47-78, ici p. 76.
69 Auct. II, c. 328. Il faut surtout comprendre que sa privation de l'honneur de la nation jetait l'opprobre sur la nation hongroise tout entière.
70 Auct. II, c. 327. C'est le procureur de la nation, l'Écossais Rogerus d'Édimbourg, qui fut le protagoniste de cet épisode relaté par lui-même : interpellé de nuit par Paulus Nicolai qui était accompagné de deux laïcs, il déclare avoir feint de ne rien comprendre pour ne pas avoir à discuter des secrets de la nation devant des laïcs : Paulus Nicolai péchait surtout en n'usant pas du latin, en ne respectant pas la discrétion requise concernant les affaires internes à la nation, enfin en ayant probablement proféré des injures. On doit se demander si, même dans ce cas qui reste exceptionnellement dévoilé, il s'agit de vrai rejet xénophobe, ou bien des effets d'une « haine » accumulée contre Paulus Nicolai en raison, il faut bien le dire, du caractère particulièrement vindicatif et procédurier de ce dernier ? Tout cela ne fait-il pas partie des injures ordinaires entre adversaires ou rivaux ?
71 DD, 4e série, t. ΙII, no 358 (AN, Xla 1474, fol. 70v).
72 Auct. II, c. 310.
73 Auct. II, c. 311-312. A cette occasion encore, des injures furent proférées, à l'encontre de maître Paulus cette fois-ci.
74 DD, 4e série, t. ΙII, no 358 (AN, Xla 1474, fol. 70v).
75 Rappelons à l'appui la capture des étudiants de Lund évoquée plus haut. Lund, qui était pourtant le siège de la province ecclésiastique danoise, se trouvait alors sous domination suédoise. Un Danois, quelque peu pirate sans doute, pouvait se justifier ainsi de maltraiter des gens qui n'étaient plus ses compatriotes !
76 Voir M. Tanaka, La nation anglo-allemande..., op. cit. n. 6, p. 156 et suiv. Nombreux exemples parmi les Scandinaves, entre frères ennemis : Henricus Magni, Suédois, obtint la licence sous maître Jacobus de Danemark (1379, Auct. I, c. 577) ; Navno Johannis de Danemark obtint tous ses grades sous maître Rutgerus de Suède (1398-1399, Auct. I, c. 763, 799).
77 Encore une réconciliation eut-elle lieu en 1439, et Paulus Nicolai fut réintégré au sein de la nation. Auct. II, c. 509.
78 S. Lusignan, « Vérité garde le roy »..., op. cit n. 43.
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