Famille et parenté. Comparaison des recherches françaises et allemandes
p. 447-460
Texte intégral
1Comparer les recherches allemande et française sur la parenté n’a de sens qu’à condition de suivre l’hypothèse sous-jacente à cet ouvrage : il faut admettre l’existence de cultures scientifiques nationales et que, par conséquent, les activités de recherche en histoire médiévale portent en quelque sorte la marque d’une nationalité. Mon commentaire sur l’article de mes trois collègues français n’abordera donc que des points de comparaison relatifs à nos deux appareils scientifiques et à leurs figures fondatrices, leurs traditions et leurs problématiques chaque fois explicitement mentionnées. Dans le cas de la recherche sur la parenté, la tâche est aisée car l’objet « tradition » illustre de manière particulièrement parlante notre hypothèse de travail.
2Nous soulignerons tout d’abord que cette brève comparaison de deux paysages scientifiques n’a pas pour objet de savoir lequel « dépasse » l’autre. Il s’agit plutôt d’examiner les différents intérêts, paramètres et activités spécifiques. Je procéderai en trois temps.
3Je comparerai tout d’abord l’esquisse d’histoire scientifique proposée par Anita Guerreau, Régine Le Jan et Joseph Morsel et le regard rétrospectif des chercheurs allemands. Les différences qui apparaissent à cette occasion sont importantes et fondamentales : chaque pays raconte l’histoire de la recherche sur la parenté en s’appuyant sur des mots-clés différents et en la développant au sein d’un découpage temporel différent. Pour dire l’essentiel : les points de vue présentés comme « dominants » de part et d’autre se contredisent sur un point central.
4Je chercherai ensuite à identifier les facteurs qui ont entraîné le champ de recherche « parenté » dans des directions très différentes en France et en Allemagne.
5Enfin j’esquisserai dans quelle mesure ces approches divergentes conduisent à des travaux tout à fait différents.
I. Traditions
6Les trois auteurs ont distingué trois étapes dans l’histoire de la recherche sur leur objet : jusqu’à la fin des années 60, puis jusqu’à la fin des années 80, enfin les débats actuels. La première étape « fut confinée à l’étude des normes, des dogmes et de la liturgie1 » La deuxième, celle des années 70 et 80, est synthétisée par la formule « histoire de la famille ». Il s’agit des débats centrés autour de l’appellation « foyer » (corésidence, groupes domestiques) et qui se sont déroulés essentiellement sous l’influence déterminante de la Cambridge School for the History of Population and Social Structure. Paradigmatique de cette tendance est le travail de Christiane Klapisch-Zuber et David Herlihy sur le catasto florentin. Cette recherche fortement quantitative, centrée sur les structures du foyer, est la référence à l’aune de laquelle Anita Guerreau, Régine Le Jan et Joseph Morsel délimitent leur propre projet :
« Les questions posées par l’analyse des formes et des fonctions de la parenté dans le Moyen Age occidental n’ont nullement été résolues par l’histoire de la famille. D’où l’intérêt encore total d’une démarche autre, celle de l’anthropologie »2.
7A quoi ressemble le contre-projet auquel les auteurs identifient leur pratique scientifique depuis la fin des années 80 ? Ils l’appellent « anthropologie » et y associent la consigne de prendre pour catégories centrales de la recherche sur la parenté non plus le « foyer » ou la « famille », mais les « relations de parenté ». Ce n’est plus la « structure », mais la « relation » qui doit être le terme directeur, non plus 1’« unité d’habitation », mais 1’« interaction ». De tels concepts ne débouchent pas en eux-mêmes sur l’affirmation d’une différence radicale avec la recherche allemande. Ils pourraient tout aussi bien dériver de la tradition initiée par Karl Schmid. La différence provient du contexte scientifique dans lequel les collègues français posent leurs questions. Leur référence est le panorama des systèmes de parenté qu’a construit l’anthropologie culturelle à partir des sociétés les plus diverses dans le monde. Leur projet est d’envisager les modèles spécifiquement occidentaux à partir de l’hypothèse que leur genèse a été essentiellement conditionnée par l’accession du christianisme au rang d’autorité interprétative dominante.
8Dans la recherche médiévale allemande, la recherche sur la parenté s’inscrivait dans un contexte différent et les médiévistes allemands racontent différemment l’histoire et l’état actuel de leur recherche sur la parenté. Ceci vaut pour la définition de l’objet aussi bien que pour la division en étapes et pour les mots-clés retenus. Il n’est venu, jusqu’à présent, à l’idée de personne de faire de « l’histoire de la famille » le négatif par rapport auquel définir son propre projet3.
9Si on en croit les rétrospectives actuelles, jusqu’à un passé récent, la recherche sur la famille en Allemagne Fédérale était marquée par les débats autour de la Sippe du haut Moyen Age. On y distingue deux étapes, dont la ligne de démarcation symbolique est le texte programmatique de Karl Schmid en 1957 : Zur Problematik von Familie, Sippe und Geschlecht, Haus und Dynastie beim mittelalterlichen Adel4. Cet article posait un regard rétrospectif sur le terme auquel était parvenue une recherche sur la parenté qui faisait du groupement juridique agnatique cohérent vis-à-vis de l’extérieur la forme normale de parenté au haut Moyen Age et appelait ce groupement Sippe. Depuis Schmid, on s’est efforcé de brosser un tableau différent de la Sippe parentale du haut Moyen Age. On y voit aujourd’hui « plutôt un phénomène identitaire qu’un groupement juridiquement fixé »5. Toutefois, les discussions ont continué à se focaliser sur la forme et la fonction de la Sippe. Dans l’unique synthèse allemande moderne de la recherche sur la parenté au haut Moyen Age, la Sippe demeure, comme par le passé, le fil conducteur de la discussion dans tout le chapitre sur les « groupes de parenté »6. Il n’en va pas autrement dans le manuel de la collection universitaire la plus répandu en Allemagne, l’Oldenburg Grundriss Geschichte : dans cet ouvrage consacré au Moyen Age (jusque 1024), les « problèmes et tendances de la recherche » sur la parenté se concentrent exclusivement sur les débats autour de l’impulsion donnée par Schmid7. Les deux présentations sont le fait d’auteurs éminents de la recherche médiévale allemande. Elles montrent à l’envi qu’en Allemagne et en France, la recherche sur la parenté se concentre sur une problématique différente.
10Mais cela ne s’arrête pas là. Les appréciations portées dans ces synthèses allemandes sur le système médiéval de parenté et la présente mise au point des collègues français sont diamétralement opposées. Je rappelle ici la formulation ramassée du rapport français :
« tout au long de cette période (l’occident médiéval) la filiation est de nature cognatique, c’est-à-dire qu’elle est reconnue à égalité en ligne masculine et en ligne féminine ».
11Ce qui est explicité ainsi dans la suite du texte :
« il apparaît donc impossible de continuer à tenir pour valide l’opposition entre des réseaux horizontaux, qui auraient caractérisé le seul haut Moyen Age, et une organisation verticale de la parenté qui se serait imposée par la suite ».
12Aucun élément du système médiéval de filiation, disent les collègues français, ne plaide en faveur d’un système agnatique8. Dans les synthèses allemandes, à ce jour, c’est exactement l’inverse que l’on peut lire. Quand Gerd Althoff présente l’état de la recherche sur le haut Moyen Age et le Moyen Age central, il écrit :
« le groupe de parenté ouvert de la Sippe se constitua autour de la lignée noble fermée. Cette dernière est caractérisée par une fixation rigoureuse sur la ligne masculine »9.
13Cette conception qui, dans son essence, est inspirée de Karl Schmid est également présentée par Johannes Fried comme la conception actuelle. « Le haut Moyen Age », dit Fried dans un commentaire favorable à cette thèse, « est essentiellement marqué par la Sippe cognatique ouverte, discontinue, alors qu’à partir des environs de l’An Mil, c’est la “famille” noble restreinte, agnatique, centrée sur un domaine et donc à même d’assurer une continuité par-delà les siècles qui apparaît ». Dans une autre synthèse, Fried insiste sur l’élément agnatique, y compris au haut Moyen Age :
« les Sippen sont, peut-on avancer avec toute la prudence requise, dans la société de l’époque [= avant 1000] de petits groupements ouverts, au noyau organisé sur un mode patrilinéaire ou patrilatéral, qui persistent sur plusieurs générations [...], même si les relations cognatiques [matrilinéaires] ont souvent une grande importance »10.
14Michael Borgolte partage également cette opinion : les conceptions de Karl Schmid, « selon lesquelles la structure agnatique ne s’est imposée face à la Sippe antérieure définie cognatiquement que lors de la transition vers le haut Moyen Age, ont été généralement acceptées dans leur principe »11.
15Ainsi, non seulement les survols français et allemands convergent autour de mots clés différents et retracent des histoires de la recherche différentes, mais, là où ils entreprennent de généraliser leur propos, ils parviennent à des conclusions différentes.
16Apparemment, les chercheurs allemands se laissent largement guider dans leurs évaluations par le niveau discursif, par ce que, après Schmid, ils ont appelé « conscience » ou « identité » d’un groupe de parenté. De ce point de vue, la parenté, surtout au haut Moyen Age, semble agnatique. Dans la recherche française (du moins celle que restitue le rapport proposé à la discussion), ce sont les opérations pratiques de la parenté qui sont mises en exergue : transmission de biens, stratégies matrimoniales. De ce point de vue, la parenté agit de façon cognatique. Ce faisant, les auteurs n’omettent pas de problématiser de façon distincte la relation entre phénomènes pratiques et organisationnels et phénomènes discursifs :
« un certain nombre de pratiques symboliques ou discursives visent à construire lorsque cela est nécessaire une représentation de lignées ou de parentèles à inflexion patrilinéaire (anthroponymie, héraldique, patronage commun de fondations pieuses, plus rarement part de châteaux), mais ces éléments ne transforment nullement les fondements mêmes du système de filiation ».
17Cette recommandation est suffisamment claire : qui veut comprendre les modes de fonctionnement des parentés médiévales doit prendre en considération les imaginaires mais sans se laisser prendre à leur piège. Toutefois cette constatation a des accents plus rigides que ne l’est la pratique de ses auteurs dans le débat scientifique. En d’autres lieux, Joseph Morsel ajustement souligné l’importance du versant discursif, plus précisément dans la discussion d’un ouvrage allemand qui s’appuie sur les paramètres franco-anglo-saxons : l’ouvrage de Karl-Heinz Spiess, Familie und Verwandschaft im deutschen Hochadel des Spätmittelalters. La problématique et les méthodes de cet ouvrage – une étude comparative des pratiques de parenté de la haute noblesse – peuvent difficilement se réclamer de la tradition de recherche allemande. Et les résultats principaux cadrent avec le rapport des trois collègues français, mais nullement avec les synthèses allemandes citées plus haut :
« la parenté se divisait en agnats, cognats, et parents par alliance dont le poids relatif doit être évalué très différemment [...] Au total, il nous faut postuler la coexistence des trois groupes de parenté. En aucun cas il n’est possible de mettre en évidence un quelconque privilège des agnats. [...] En conséquence, la conscience parentale allait donc plutôt à une organisation horizontale plutôt que linéaire »12.
18Et plus loin :
« le déchiffrement des relations de parenté dans le plus grand nombre possible de domaines d’existence permet de tenir pour acquis qu’il n’est pas possible de parler d’un avantage général aux agnats, tel que le sous-entend la thèse défendue par Karl Schmid, mais qu’on est plutôt en présence de la coexistence des agnats et des cognats défendue par les critiques de Schmid. Et il faut leur adjoindre le groupe, depuis longtemps pratiquement ignoré mais à peu près aussi important, des parents par alliance ».13
19Joseph Morsel a pour l’essentiel approuvé ces propos, mais critiqué toutefois le fait que Karl-Heinz Spiess ait exclu de son inventaire le côté discursif de la parenté. Il convient, réclame-t-il, d’accorder à ce discours autant d’attention qu’aux stratégies de mariage ou d’héritage, et de mettre en relation les deux aspects. Ainsi, par exemple, la sémantique quantitative de la parenté est indispensable puisque ce sont précisément les dénominations qui « formalisent les principes sous-jacents à la parenté » et qui « contribuent de leur côté à modéliser les pratiques de parenté »14.
20La réaction de Joseph Morsel à la recherche relativement « française » de Karl-Heinz Spiess montre bien, accessoirement, que les différences se réduisent et renvoient à une spécificité moins « nationale », voire s’estompent dès qu’on n’envisage plus les tentatives de généralisation des synthèses, mais les détails, les considérations annexes et les débats scientifiques concrets. Mais dans la mesure où l’on organise – comme dans cet ouvrage – une comparaison scientifique selon des catégories nationales, détails et nuances individuelles ne sont plus guère significatives. Ce qui est parlant, c’est la façon dont les détails sont regroupés en rubriques et ajustés en tableaux d’ensemble.
21Il faut pas oublier, bien sûr, que les synthèses allemandes que nous avons citées proviennent toutes d’une génération de chercheurs parvenue aujourd’hui à la reconnaissance et maintenant bien établis. Les travaux de chercheurs plus jeunes, tels que Gabriela Signori15 et Cordula Nolte16, laissent à peine soupçonner ce panorama qui a marqué la recherche allemande sur la parenté (et donc les synthèses évoquées). Que les parentés médiévales aient été organisées de façon agnatique ou cognatique, ceci n’est peut-être plus, comme dans les années 1990 encore, une question de culture scientifique nationale.
II. Causes
22Pour expliquer les différences d’évolution de la recherche sur les parentés dans les deux systèmes scientifiques et la formation de forces et de faiblesses de natures très différentes, trois attitudes, à l’égard des travaux de Karl Schmid, de Jack Goody et de Pierre Bourdieu me paraissent particulièrement révélatrices.
23En Allemagne comme en France, on considère comme un tournant décisif l’article de 1957 de Karl Schmid. Ces réflexions méthodologiques éclairaient alors une terre inconnue17. Son message central, qui s’opposait radicalement à la recherche dominante des années 1960, était qu’il n’existait aucun acteur historique appelé classes, couches ou états. La réalité des états, couches et classes était la réalité des figures de pensée à l’aide desquelles les hommes expliquent et norment la société dans laquelle ils vivent. Que ces réflexions aient été alors dirigées surtout contre les catégories scientifiques alors courantes de « la noblesse » et « des moines » est aujourd’hui aussi avéré que l’impulsion décisive qu’elles ont donnée à la recherche qui s’est développée dans les décennies suivantes sur les groupes sociaux et sur la memoria. On laissera ici de côté ces évolutions qui sont traitées par ailleurs dans ce volume. Nous nous contenterons d’esquisser comment les incitations de Schmid se sont répercutées sur la recherche allemande sur la parenté. Quiconque acceptait les vues de Schmid devait, dans le contexte de la recherche allemande sur la parenté à cette époque, modifier radicalement sa façon de penser : désormais, la parenté ne pouvait plus être considérée comme un fait biologique, mais uniquement comme une figure de pensée. Mais d’ordinaire, les figures de pensée n’existent pas en tant qu’acteurs historiques, ce qui encourage à rechercher les véritables acteurs et donc oriente le regard vers les configurations de groupes qui utilisent la figure de pensée « parenté », selon des modalités variables suivant la situation. En d’autres termes, l’étude de la parenté est devenue une sous-catégorie de l’étude des groupes sociaux18.
24Pour autant, les conséquences ne sont pas forcément spécifiques de la recherche allemande. La différence spécifique fut le contexte dans lequel les incitations de Schmid durent s’imposer en Allemagne et en France. Quiconque en Allemagne concevait la société du haut Moyen Age comme un amalgame sans cesse changeant de groupes sociaux inter-agissants ne pouvait qu’entrer en conflit avec l’histoire médiévale dominante. Ce qui dominait, c’était en effet toujours l’histoire des systèmes politiques ou histoire institutionnelle (Verfassungshistorie), dont on sait qu’elle n’a aucun équivalent hors d’Allemagne. Son intérêt bénéficie – dans l’orientation vers l’histoire du droit que lui ont donnée un Georg Waitz († 1886) ou un Heinrich Brunner († 1915) – aux institutions politiques et sociales du Saint Empire, et en priorité au pouvoir central19. Le courant héritier de la pensée de Schmid resta longtemps centré sur le conflit avec cette tradition dominante en Allemagne20. L’histoire institutionnelle avec ses problématiques et ses interprétations fut le pôle négatif à combattre, qui se trouva du coup en position de peser sur les questions et les réponses du nouveau courant. On comprend ainsi pourquoi la réinterprétation scientifique de la parenté de phénomène biologique en phénomène de représentation s’est d’abord montrée féconde en tant que nouvelle conception des modèles d’interprétation de l’histoire institutionnelle. Que l’on se soit d’abord préoccupé d’un héritage particulièrement encombrant, que l’on ait cherché une interprétation méthodologiquement défendable de la Sippe n’est pas un hasard. Le lien à la fois durable et conflictuel entre la recherche sur la parenté et la problématique obsolète de la recherche sur la parenté de la Verfassungsgeschichte rend précisément compte de cette contrainte institutionnelle qu’une entreprise scientifique est à même d’exercer. Dans les synthèses des années 1990 que nous avons citées, le rejet de la théorie de la parenté proposée par la Verfassungsgeschichte apparaît encore comme un argument central. Nous envisagerons de façon plus détaillée (section 3) les acquis de ce courant de recherche.
25Les trois collègues français insistent certes sur le fait que les impulsions données par Karl Schmid ont été décisives pour leurs débats. Mais ils ne laissent aucun doute sur le fait que cet impact a été différent en France et en Allemagne. Le travail scientifique français, au moment où Schmid l’a engagé vers la logique des imaginaires généalogiques, s’était depuis longtemps dégagé de l’histoire des rois et de la formation des Etats, et était organisé autour de concepts centraux tels que « la démographie historique », « la famille », « le ménage », « l’anthropologie ». En conséquence, il a transformé ses impulsions de façon complètement différente de ce qu’en a fait l’histoire médiévale allemande.
26Les médiévistes allemands n’ont pratiquement pas débattu du livre de Jack Goody paru en 1984 : L’évolution de la famille et du mariage en Europe. C’est à peine si l’on consacrait une incise aux réflexions sur l’histoire occidentale auxquelles un spécialiste des sociétés d’Afrique Noire conviait les médiévistes. En réagissant ainsi, la recherche médiévale allemande a laissé inexploitée une des réflexions les plus stimulantes dans le domaine de la recherche sur la parenté. Il en est allé différemment en France : on a rapidement relevé et inventorié les points faibles du livre de Goody sans pour autant enterrer aussitôt l’ensemble du livre21. La contribution d’Anita Guerreau, Régine Le Jan et Joseph Morsel témoigne bien du fait que la recherche française a parfaitement intégré l’horizon de questionnements ouvert par le livre de Goody.
27De quel horizon s’agit-il ? Goody propose d’interpréter la parenté européenne dans son évolution à long terme en tant que système de pensée et d’organisation propre à une culture. Il est à la recherche d’un profil d’organisation de la parenté propre à l’Occident chrétien. La question de la parenté reste toujours explicitement un élément dans une question plus vaste : quelles fonctions doit assurer une société pour pouvoir remplacer une génération par une autre dans la stabilité ? La recherche sur la parenté est ainsi toujours rapportée à la question générale des paramètres de la reproduction sociale. Le point de vue de Goody reste largement fonctionnel, ce qui constitue sans aucun doute un obstacle dirimant à sa réception en Allemagne.
28Cet ouvrage a conduit la recherche française à porter un œil neuf sur de nombreux aspects anciens de la recherche sur la parenté. Goody explique ainsi qu’aux VIe et VIIe siècles, le concept d’« adoption » s’est transformé, passant d’une stratégie d’héritage à une profession de foi. Ce qui, dans la patristique, était une métaphore, l’adoptio du Christ par Dieu, acquit une signification centrale et devint le symbole d’une réalité véritable22. Une stratégie antique d’héritage aurait alors disparu sans être remplacée et l’une des rares possibilités de corriger la biologie aurait été éliminée par l’Eglise. En Allemagne, on a apparemment considéré qu’un tel constat était sans importance, sans doute parce que l’approche anthropologique dans l’examen des institutions juridiques était encore balbutiante. Dans la recherche anglo-saxonne aussi bien que française, familiarisée depuis longtemps avec les catégories de l’anthropologie, cette thèse relança les efforts de compréhension de l’adoption23. Entre-temps, des infléchissements ont été apportés à la thèse de Goody sur l’adoption24.
29Plus décisive cependant est l’utilisation d’une autre observation de Goody : son ouvrage invite expressément le spécialiste de la parenté à prêter attention au fait que les siècles où l’autorité ecclésiastique s’est arrogée la haute main sur l’interprétation du monde ont été marqués par une « dévalorisation de la parenté charnelle comme élément structurant de la société »25. C’est l’approfondissement de cette idée par la science historique, et particulièrement par ces trois auteurs, qui me semble être l’innovation à ce jour la plus féconde de la recherche sur la parenté (section 3).
30Enfin, on ne peut ignorer un autre clivage entre les deux cultures scientifiques : dans la terminologie de base de la recherche française sur la parenté, ce sont plutôt les représentants de la sociologie contemporaine qui ont laissé leur empreinte (discours, habitus, pratiques, champ, capital social, etc.) tandis que dans la recherche médiévale allemande, du moins lorsqu’elle s’oriente vers l’histoire sociale ou l’histoire des mentalités, on trouve plutôt la trace des classiques de la Kulturwissenschaft de la première moitié du siècle. Une telle différence d’ancrage ne peut que déboucher sur des centres de gravité différents même si projets et études empiriques sont souvent fort proches.
III. Résultats / Performances
31Au terme de cet exposé, nous en arrivons enfin aux avancées propres à chacune des cultures scientifiques dans le domaine de la parenté. Deux contributions ont été proposées à la discussion internationale, dont l’impact sur l’image du Moyen Age est également fondamental, mais de façon fort différente.
Formation de groupes au-delà de la parenté
32L’ouvrage de Gerd Althoff, Verwandte, Freunde und Getreue, caractérise bien l’évolution de la recherche allemande sur la parenté parce qu’il examine systématiquement la parenté, prise comme forme d’engagement dans un groupe, dans sa relation aux groupes non-parentaux. C’est à ce critère que l’on peut vérifier la force particulière des recherches qui se réclament des orientations de Karl Schmid. La question des modes de fonctionnement de la parenté est toujours subordonnée à une autre question, plus vaste : quelles formes de groupe existaient, dans une couche sociale donnée, à une époque donnée, dans une région donnée, quelle était la place occupée par la figure de pensée « parenté » dans l’interaction avec les autres modèles de formations de groupes – qu’ils soient égalitaires (guildes, confréries, amicitiae) ou hiérarchiques (vassalité, organisations ecclésiastiques, etc.) ? Que des apparentés coopèrent dans une situation précise ne veut pas dire pour autant qu’ils agissent en tant qu’apparentés. Dans la mesure où la parenté n’intéresse ce champ de recherche que parce qu’un groupe attesté historiquement s’y est référé dans une situation précise, elle ne peut être étudiée que si on examine en même temps les autres possibilités de définir des groupes.
33La grande avancée de cette perspective est tout d’abord la reconnaissance du fait que, jusqu’à présent, la parenté comme forme d’organisation sociale a été largement surévaluée par la recherche. Les chercheurs qui n’ont plus vu dans la parenté qu’une figure de pensée historiquement définie et capable de structurer des groupes ont mis à jour, au-delà de la filiation et de l’alliance, des formes de liens dont on avait jusqu’alors négligé l’importance éminente – notamment les amicitiae (alliances fondée sur l’amitié)26 et les coniurationes (unions assermentées ou guildes)27. Les coniurationes, particulièrement, en tant que type central de constitution de groupe en Occident, ne jouaient jusqu’alors aucun rôle dans le débat international.
34En bref, la recherche allemande sur la parenté montre sa force précisément en ce qu’elle ne se focalise plus sur la parenté. Même au haut Moyen Age, celle-ci était loin d’être l’unique possibilité de concevoir des structures de groupe. La subordination de la recherche sur la parenté à la recherche sur les groupes amène ainsi à corriger l’image d’un Moyen Age hiérarchisé et “féodal”. Elle y oppose la présence puissante de formes d’organisation telle que l’amitié rituelle, l’union assermentée, la guilde et la commune. Ces formes sociales n’étaient précisément pas hiérarchiques et les individus n’y étaient pas nés. Elles reposaient bien davantage sur l’idée de la libre négociation du contrat et, du moins formellement, leur structure était égalitaire.
35On voit bien l’utilité de ces rectifications à l’image d’un Moyen Age hiérarchisé et “féodal”. Si l’on garde à l’esprit la tradition des formes d’organisation politico-sociales libres et volontaires, on comprend plus aisément les schémas de pensée et les modèles qui permettaient de résoudre des problèmes nouveaux. Ainsi, lors de l’établissement des communes urbaines28 ou des premières universités29, on voit comment les individus utilisaient le modèle de regroupement librement organisé qui émerge déjà dans les amicitiae et les guildes du haut Moyen Age. Des modèles d’organisation sociale fondés sur la liberté de contracter étaient beaucoup plus facilement transposables à des situations nouvelles. Ils étaient beaucoup plus aisément mobilisables dans des situations de conflit et de désorganisation que ceux de l’ordre parental et de la structuration seigneuriale « par le haut ».
Les conceptions culturalistes de la parenté
36Dans leur mise au point, Anita Guerreau, Régine Le Jan et Joseph Morsel reviennent sans cesse sur la terminologie de la parenté. A leurs yeux, l’étude de la terminologie est aujourd’hui très insuffisante et recèle de grandes potentialités. Elle est, à mon sens, la piste de la recherche sur la parenté qui ouvre aujourd’hui les plus grandes perspectives : l’accent qu’ils mettent sur la terminologie est l’indice le plus net que leur exposé défend une conception culturaliste cohérente de la parenté. Les auteurs prennent au mot la question, en soi évidente, de la façon dont une étude de la parenté médiévale peut appréhender son objet sans projeter sur le Moyen Age les représentations actuelles de la parenté30.
37L’approche est simple dans son principe : si la parenté est un système conceptuel d’organisation permettant de définir les relations sociales de toutes sortes, alors les relations sociales de toutes sortes peuvent être un objet de la recherche sur la parenté – tant qu’elles utilisent le système de définition « parenté ». Quiconque veut mesurer la capacité d’organisation du système « parenté » dans une culture définie doit considérer comme parenté tout ce que la société conçoit en termes de parenté. Il faut à chaque fois réinterroger la relation entre parenté et reproduction biologique : quelle était l’attitude face aux enfants illégitimes, qui était considéré comme le père « véritable », etc.
38Le Moyen Age occidental devrait être un objet particulièrement approprié pour tester une telle approche. Car dans la culture médiévale, une proportion particulièrement élevée des relations définies comme de parenté ne reposait pas sur la naissance et le mariage. Ce fait trouvait à s’exprimer aussi bien dans la langue « officielle » de l’Eglise (par exemple le droit canon) que dans les façons les plus diverses de s’exprimer des laïcs.
39Pour ce qui est des concepts et des déclarations des représentants de l’Eglise, les auteurs français ont déjà publié des travaux qui font autorité. Ils partent de l’observation que les clercs (envisagés comme les gardiens dominants des conventions de langage et des systèmes sémantiques) ont développé dans l’Occident médiéval deux systèmes de pensée aux fonctionnements différents. L’image de l’être humain comme composé d’un esprit et d’un corps, ex anima et corpore, a été transposée à l’image de la parenté. La parenté charnelle (cognatio carnalis) était constituée par la naissance et le mariage, la parenté spirituelle (cognatio spiritualis) par le baptême. Malgré une construction antagoniste en plusieurs points (carnis-spiritus, péché-rédemption, etc.), ces deux formes de parenté étaient imbriquées, avec, par exemple l’incarnation du Christ ou la réunion de l’esprit et de la chair au jour du Jugement dernier31.
40Cette conception cléricale de la parenté se comprend mieux si l’on observe que parentés charnelle et spirituelle représentent deux types différents dans la constitution de groupes32. Le type de la parenté charnelle est exclusif, il divise en « intérieur et extérieur » parent et non-parent. Peu sont à l’intérieur, la majorité à l’extérieur. Le mariage est un élément constitutif du changement de statut. Il en allait tout autrement en général pour la parenté spirituelle, du moins telle que la concevait l’autorité ecclésiastique, mais non les laïcs33. Par principe, tous les êtres humains devraient être spirituellement apparentés. Cette communauté de parenté est la communauté des chrétiens, l’ecclesia. Constitutive en est l’initiation à la vie, le baptême. Les formes spécifiques de cette parenté spirituelle (par parrainage, profession, consécration, appartenance à une paroisse, etc.) ne signifiaient qu’une modification de statut d’ampleur variable, allant d’une parenté étroite pour le parrainage à d’autres parentés qui n’étaient guère plus que des conventions de langage. Le seul extérieur était un lieu illégitime, l’extérieur des hérétiques et des incroyants.
41Si jusqu’alors certains auteurs ont tracé des séparations nettes entre les parentés charnelle et spirituelle et expliqué que la parenté spirituelle était la seule véritable parenté (se référant à Mt. 10, 35 ; Lc. 12,52 ; Gen. 12,1), le soupçon peut s’éveiller aujourd’hui chez certains lecteurs qu’il ne s’agit là que d’un discours de clercs, qui ne rend guère compte des formes de pensée des laïcs, à plus forte raison de leurs pratiques. Cette remarque peut s’appliquer aussi à l’une ou l’autre des systématisations intellectuelles. Mais, globalement, il devient de plus en plus évident pour les chercheurs que le rôle de la parenté spirituelle n’a pas été inférieur à celui de la parenté charnelle dans les représentations d’organisation et les interactions de laïcs. Ceci est particulièrement vrai des recherches sur le parrainage ou sur les coniurationes médiévales (guildes, confréries et communes). Dans le cas du parrainage, les représentations et pratiques des laïcs s’accordaient dans l’ensemble fort bien avec les systématisations enseignées par l’Eglise, et cette dernière put se contenter de contrôler ces relations sociales et de s’opposer à des interprétations tendancieuses (telles que l’invocation calculée d’un inceste spirituel comme motif de divorce)34. En revanche, l’amour entre frères (fraternitas) institué dans les confréries utilisait le fonds de la sémantique chrétienne en un sens qui échappait aux modèles interprétatifs de l’autorité ecclésiastique. Les individus qui se regroupaient selon le principe égalitaire d’organisation de la fraternitas au sein de coniurationes urbaines, universitaires ou corporatives revendiquaient la fraternitas comme une valeur exclusive interne à leur groupe. Les représentants du pouvoir ecclésiastique partaient régulièrement en guerre contre cette vision des choses en argumentant que la fraternitas était une norme universelle. Pendant des siècles, l’Eglise combattit ces organisations, les limita ou s’efforça de les transformer en associations purement religieuses35.
42A côté de la parenté charnelle, le recours aux conceptions spirituelles de la parenté telles que le parrainage et la fraternitas jurée était permanent et les deux conceptions étaient utilisées simultanément. Elles avaient des fonctions différentes, elles étaient entremêlées mais jamais confondues dans les interactions sociales courantes. Un parent spirituel n’était jamais entraîné dans les querelles familiales et il n’héritait de rien. Il n’existait pas non plus de parenté spirituelle « à la mode de Bretagne ». Mais la recherche n’ignore pas l’importance de cette perception médiévale de la parenté par-delà filiation et alliance. Les recherches allemandes sur les coniurationes médiévales et les recherches françaises sur la sémantique ecclésiastique de la parenté tracent les orientations à venir.
Notes de bas de page
1 Guerreau, Le Jan et Morsel, supra, p. 433.
2 Supra, p. 435.
3 Cf. les états des lieux différemment connotés de M. Borgolte, Sozialgeschichte des Mittelalters : eine Forschungbilanz nach der deutschen Einheit, Munich, 1996, p. 385 et suiv., et de H.-W. Goetz, Moderne Mediävistik : Stand und Perspektiven der Mittelalterforschung. Darmstadt, 1999, p. 226 et suiv.
4 Reproduit dans K. Schmid, Gebetsgedenken und adliges Selbstverständnis im Mittelalter : ausgewählte Beiträge, Festgabe zu seinem sechzigsten Geburtstag, Sigmaringen, 1983, p. 183-244.
5 Citation de G. Althoff, Verwandte, Freunde und Getreue : zum politischen Stellenwert der Gruppenbindungen im frühen Mittelalter. Darmstadt, 1990, p. 55 ; cf. J. Fried, Die Formierung Europas : 840-1046, Munich, 1993, p. 125 et suiv. ; Borgolte, Sozialgeschichte (note 3) p. 349 et suiv. ; K. Kroeschell, « Sippe », Lexikon des Mittelalters, 7 (1995), col. 1934 et suiv.
6 Althoff, 1990.
7 Fried, 1993, p. 125 et suiv.
8 Supra, p. 441.
9 Althoff, 1990, p. 35.
10 J. Fried, Der Weg in die Geschichte. Die Ursprünge Deutschlands bis 1024, Berlin, 1994, p. 114.
11 Borgolte, 1996, p. 394 et suiv.
12 K.-H. Spiess, Familie und Verwandschaft im deutschen Hochadel des Spätmittelalters : 13. bis Anfang des 16. Jahrhunderts, Stuttgart, 1993, p. 530 et suiv.
13 Spiess, 1993, p. 539.
14 J. Morsel, « Discussion de Spiess », 1993, Francia 23/1 (1996), p. 317-320, citation p. 319 ; Anita Guerreau-Jalabert est l’auteur d’un travail pionnier dans cette direction : « La désignation des relations et des groupes de parenté en latin médiéval », Archivum latinitatis medii aevi, 46/7 (1986/7), p. 65-108.
15 G. Signori, Vorsorgen, Vererben, Erinnern. Familienlose Erblasser in der städtischen Gesellschaft des Spätmittelalters, Göttingen, 2001 (MPIG, 160).
16 Cf. le projet de recherche de Cordula Nolte, « “ir seyt ein frembs weib, das solt ir pleiben, dieweil ihr lebt”. Beziehungsgetlechte in fürstlichen Familien des Spätmittelalters », dans Geschlechterdifferenzen im interdisziplinären Gespräch, D. Ruhe éd., Wurtzbourg, 1998, p. 11-41.
17 Cf. l’éloge des recherches de Karl Schmid par Otto Gerhard Oexle, « Gruppen in der Gesellschaft. Das wissenschaftliche OEuvre von Karl Schmid », Frühmittelalterliche Studien, 28 (1994), p. 410-423 ; ainsi que le recueil des principaux articles de Schmid dans : Schmid, 1983.
18 Cf. O.G. Oexle, « Die Memoria Heinrichs des Löwen », dans Memoria in der Gesellschaft des Mittelalters. D. Geuenich et O.G. Oexle éd., Göttingen, 1994 (Veröffentlichung des Max-Planck-Instituts für Geschichte, 111), p. 128-177 ; Id. : « Welfische Memoria. Zugleich ein Beitrag über adlige Hausüberlieferung und die Kriterien ihrer Erforschung », dans Die Welfen und ihr Braunschweiger Hof im hohen Mittelalter, B. Schneidmüller éd., Wiesbaden, 1995 (Wolfenbütteler Mittelalter-Studien, 7), p. 61-94.
19 Je rappellerai sur ce point la critique sévère et radicale de la tradition allemande de la Verfassungsgeschichte par Fr. Graus, « Verfassungsgeschichte des Mittelalters », Historische Zeitschrift, 243 (1986), p. 529-589 ; cf. aussi une autre prise de position « extérieure » de P. Geary, « Medieval Germany in America », dans Annual Lecture, 1995, German Historical Institute Washington D.C. (Washington 1996), p. 9-31.
20 Cf. sur ce point l’introduction de G. Althoff Spielregeln der Politik im Mittelalter. Kommunikation in Friede und Fehde, Darmstadt, 1997 ; aussi les interrogations centrales exprimé par G. Althoff « Die Bösen schrecken, die Guten belohnen », dans G. Althoff H.-W. Goetz et E. Schubert, Menschen im Schatten der Kathedrale. Neuigkeiten aus dem Mittelalter, Darmstadt, 1998, p. 3-4.
21 On mentionnera tout particulièrement la discussion de Goody par Anita Guerreau-Jalabert « La parenté dans l’Europe médiévale et moderne : à propos d’une synthèse récente », L’homme, 110 (1989), p. 69-93.
22 J. Goody, The development of the Family and Marriage in Europe, Cambridge et al., 1983, p. 196. Trad. française : L’évolution de la famille et du mariage en Europe, Paris, 1984 !
23 Le symposium de 1993 paraît seulement aujourd’hui : Adoption et fosterage, M. Corbier éd., Paris, 1999 ; cf. aussi : Adoptions. Ethnologie des parentés choisies, A. Fine éd., Paris, 1998 (Ethnologie de la France, 19), ainsi que les deux titres de la note suivante.
24 Toutefois pas pour les XVIe et XVIIe siècles, cf. K.E. Gager, Blood Ties and Fictive Ties. Adoption and Family Life in Early Modem France, Princeton, 1996 ; Id., « Women, Adoption and Family Life in Early Modern France », Journal for Family History, 22 (1997), p. 5-25 ; pour le Moyen Age tardif, Signori (2001), ici note 15.
25 Guerreau, Le Jan et Morsel, supra, p. 443.
26 G. Althoff, Amicitia und pacta. Bündnis, Einung, Politik und Gebetsdenken im beginnenden 10. Jahrhundert, Hanovre, 1992.
27 O.G. Oexle, « Gilde und Kommune. Über die Entstehung von “Einung” und “Gemeinde” als Grundformen des Zusammenlebens in Europa », dans Theorien kommunaler Ordnung in Europa, P. Blicke éd., Munich, 1996 (Schriften des Historischen Kollegs. Kolloquien, 36), p. 75-97.
28 O.G. Oexle, « Friede durch Verschwörung », dans Träger und Instrumentarien des Friedens im hohen Mittelalter, J. Fried éd., Sigmaringen, 1996, p. 115-150 ; G. Dilcher, Bürgerrecht und Stadtverfassung im europäischen Mittelalter, Cologne, 1996.
29 F. Rexroth, Deutsche Universitätsstiftungen von Prag bis Köln. Die Intentionen des Stifters, die Wege und Chancen ihrer Verwirklichung im spätmittelalterlichen deutschen Territorialstaat, Cologne, 1992.
30 Pour ce qui suit, je renverrai aux développements de B. Jussen, « Natürliche und künstliche Verwandtschaft ? Biologismen in den kulturwissenschaftlichen Konzepten von Verwandschaft », dans Das Individuum und die Seinen, Individualität in der okzidentalen und der russischen Kultur in Mittelalter und Früher Neuzeit, Y.L. Bessmertny et O.G. Oexle éd., Göttingen, 2001 (Veröffentlichungen des Max-Planck-Instituts für Geschichte, 163), p. 39-58 ; version anglaise abrégée dans Id., Spiritual Kinship as Social Fradice. Godparenthood and Adoption in the Early Middle Ages, University of Delaware Press, Newark, 2000, p. 17-32.
31 Je me réfère particulièrement aux articles importants d’A. Guerreau-Jalabert, « Spiritus et caritas », dans La parenté spirituelle, F. Héritier-Augé et E. Copet-Rougier éd., Paris et al., 1995, p. 133-203 (p. 155-160 sur corpus et anima), ainsi qu’à J. Morsel, « Geschlecht und Repräsentation. Beobachtungen zur Verwandschaftskonstruktione im fränkischen Adel des späten Mittelalters », dans Die Repräsentation der Gruppen, O.G. Oexle et A. von Hülsen éd., Göttingen, 1998 (Veröffentlichungen des Max-Planck-Instituts für Geschichte, 141), p. 259-325.
32 Cf. Morsel 1998 (cité note 31), note 106.
33 Cf. note 35.
34 Cf. sur ce sujet A. Angenendt, Kaiserherrschaft und Königstaufe. Kaiser, Könige und Päpste als geistliche Patrone in der abendlichen Missionsgeschichte, Berlin-New York, 1984 (Arbeiten zur Frühmittelalterforschung, 15) ; B. Jussen, « Le parrainage à la fin du Moyen Age : Savoir public, attentes théologiques et usages sociaux », Annales ESC, 47 (1992) ; Id., Spiritual Kinship (cité note 30).
35 O.G. Oexle, « Friede durch Verschwörung », dans J. Fried éd., Träger und Instrumentarien des Frieden ims Hohen und Späten Mittelalter, Sigmaringen, 1996 (Vorträge und Forschungen, 43), p. 115-150, ici spécialement p. 144-150.
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