Glossaire (argot et termes en usage au bagne)
p. 451-476
Texte intégral
« Si la langue qu’a parlé une nation ou une province est digne d’intérêt, il est une chose plus digne encore d’attention et d’étude, c’est la langue qu’a parlée une misère. »
Victor Hugo, Les Misérables.
1Pour le lettré Alphonse Humbert, observateur du monde des forçats auxquels il est assimilé, la langue du bagne est véritablement un objet d’étude. Loin de la rejeter, il en a constaté la vigueur. Ainsi décrit-il « une des terreurs les plus en réputation », le condamné Picque, « dit Chassepot, dit Peau-de-Chat, dit Coup-de-Bobine, dit… que sais-je encore » : « Chassepot a de l’esprit – je dis de vrai esprit. C’est le plus chouette argotier de la condice (c’est lui qui parle le mieux argot de toute la cage). Il crée à chaque instant des expressions nouvelles, originales, pleines de fantaisies ».
2Avec un intérêt, une curiosité et un plaisir manifestes, Humbert, malgré sa condition de condamné, a relevé les saveurs de cette langue vivante qu’est l’argot, « tout ensemble phénomène littéraire et résultat social », « langue de combat » enfin, inventée par la misère, comme la considérait Victor Hugo.
3Certains lexicographes de l’argot connaissaient « Mon bagne » mais ils n’avaient consulté que quelques livraisons de ces mémoires parus seulement en feuilleton jusqu’à aujourd’hui. De ce fait, l’élaboration d’un glossaire nous a paru nécessaire même si Alphonse Humbert s’efforce le plus souvent, par des synonymes ou des définitions, d’assurer la bonne compréhension de son lecteur.
4Pour son élaboration, divers dictionnaires ou répertoires ont été consultés. Les références à ces ouvrages dictionnaires ou lexiques seront données en « petites capitales »1 tandis que les références aux auteurs seront établies selon la présentation habituelle.
5Dans le volume 8 de l’OFP (L’Observatoire du français dans le Pacifique), Jim Hollyman et ses collaborateurs ont établi « Le lexique du bagne à la Nouvelle », précédé d’une analyse (p. 65-78) qui explore les différents aspects de cette langue abondamment pourvue de termes argotiques. Une place particulière a été accordée à la consultation de ce lexique dans lequel, toutefois, ni le texte d’Humbert, ni celui de Trinquet ne sont cités.
6Le développement de l’Internet a permis une amélioration dans le répertoire, la définition et l’enrichissement des références des termes argotiques ou apparentés. Plusieurs sites ont été consultés et principalement « abc langue française » qui donne une grande place à l’argot, sous le titre bob, riche d’une multitude d’entrées.
7Par ailleurs les définitions de Pierre Zaccone dans son ouvrage en deux tomes, Histoire des bagnes, ont été largement mentionnées.
8Quant aux citations d’auteurs, elles émanent surtout d’autres condamnés de la Commune en Nouvelle-Calédonie ainsi que de certains condamnés de droit commun. Plus rarement, référence a été faite à des textes de voyageurs ou d’administrateurs.
9Les écrivains calédoniens, Georges Baudoux (1870-1954), Marc Le Goupils (1860-1942) et Alain Laubreaux (1901-1968) qui ont employé tardivement et épisodiquement « cet argot spécial du bagne, venu de toutes les langues vertes de France et d’Algérie, et de certains mots locaux », n’ont été qu’occasionnellement cités. Cependant, une exception a été faite pour le texte dont est extraite la précédente citation : Comment on s’évadait du bagne de Nouvelle-Calédonie, première œuvre de Georges Baudoux2. Dans cette nouvelle écrite à la première personne, le narrateur, Le Négro, forçat qui s’évade à trois reprises, s’exprime dans cette langue du bagne qui a été familière à l’auteur, dès son enfance.
10Les mots d’argot seront en italique. Les termes spécifiques du bagne mais non argotiques ainsi que ceux du vocabulaire de la marine seront en romain. L’astérisque qui précède certaines entrées indique que l’emploi du mot défini est propre à Humbert.
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Accouplement : n. f. Action d’accoupler deux forçats par une manille, Hollyman qui cite Brissac1 79. Voir Delfaut 67, 68, etc. Le condamné n’est libéré de l’accouplement qu’après un an sans punition, après quoi, il reste un an à la double chaîne, puis un an à la simple chaîne et passe enfin à la classe sans chaîne. C’est ce qu’explique Humbert dans sa déposition devant la Chambre des députés, le 16 juin 1880, voir René Goblet 1881, op. cit., p. 19. Voir dans le même rapport le développement détaillé de Le Prévost sur l’accouplement, ibid., p. 8.
Affaire : n. f., 1821. Vol, délit, crime, assassinat, bob/12. Précédé de l’adjectif possessif, le mot peut prendre le sens de fait qui a conduit un condamné au bagne. Zaccone 1, 250 etc.
Akré, Acré(e), Acrété, acrier, acré, cré, crai… : interj., 1836, aphérèse de sacré. Cri d’alarme qui indique qu’il faut se méfier, signal de danger… », bob/757 (qui cite « Mon bagne »). Allemane 198, 284 ; Brissac2 55. Ce mot est également repris par Baudoux.
Alpag, Alpag’, Alpague, Alpagne : n. m., 1869, apocope d’alpaga. « Étoffe de laine, faite avec le poil de l’alpaca [ou alpaga] », ruminant voisin du lama ou de la vigogne d’Amérique du Sud. (Littré). Ou « Paletot, veste, veston en étoffe légère noire, bob/776. Brissac1 rapporte les mots alpéguc (paletot) 42 et alpègue 44. Le verbe d’origine argotique, alpaguer, est passé dans le langage courant, notamment sous la forme « se faire alpaguer » : se faire arrêter, appréhender (Robert). L’abréviation d’alpaga, alzingue, est présente dans Baudoux, Comment on s’évadait, op. cit., p. 33.
Aminche, aminge, amiche… : n. m., 1844, suffixation de ami (-inche). Ami, camarade, associé, complice, bob/778. Allemane 288 ; Hollyman (Baudoux).
Araignée : n. f. « Les liens pour suspendre les hamacs » (Littré). C’est l’amas de cordes utilisées pour mettre en place les hamacs dans les cages des navires de transport.
Arbi : 1863. Désignation péjorative d’Arabe d’Afrique du Nord, employée comme appellatif ou sobriquet, notamment dans le milieu militaire et durant la colonisation française de l’Algérie, cnrtl. L’étymologie est incertaine : modification et suffixation en -bi du mot arabe, ou bien apocope du mot ar(a)bicot.
Argotier, argotière : n., adj., 1741. Locuteur de l’argot, bob/716.
Argousin : n. m. « Ce mot apparaît en français en 1538. Il vient du portugais algoz, de l’arabe alghozz (influence d’alguazil). Certains lui donnent une origine italienne : aguzzino. À l’origine, c’est un sous-officier dans les galères », Philippe Poisson, « Du garde-chiourme au surveillant militaire du bagne », 19 janvier 2009 (https://portrait-culture-justice.com/article-26931908.html, consulté en juillet 2023). Le sens du mot a suivi l’évolution des formes de répression : d’abord surveillant de galère (garde de la chaîne, Zaccone1 19), puis de bagne, puis par extension, avec une connotation péjorative, policier, gendarme, bob/12962. Mot abondamment employé par Jules Boulabert qui lui donne une fois une valeur d’adjectif : « … un qui était encore plus argousin que les trois autres », Jules Boulabert, Le roi du bagne, Paris, Librairie Nationale, 1885, p. 792.
Assister (s’) : v., 1756. « Subvenir aux besoins d’un détenu, porter des provisions, des mandats, des douceurs à un détenu ; pour une prostituée, aider son souteneur en subvenant à ses besoins en prison », bob/15873.
Bafre : n. f. (de baffrer dérivé de baffer, verbe pour lequel bob donne la date de 1896). Coup porté, gifle, baffe, bob/8599. Apparemment, le mot est sans rapport avec bâfrer (Rabelais) : manger goulûment.
Bagne : n. m. Le mot « bagne » vient d’Alger via l’espagnol et l’italien, car les Turcs enfermaient leurs prisonniers (« Qu’allait-il faire dans cette galère ? ») ou esclaves dans leurs « Bains » maures dirait-on aujourd’hui. Et bain se dit baño en espagnol et bagno en italien. Cervantes a écrit une pièce Los baños de Argel (« Les bains [le bagne] d’Alger »). Remarques de François Bogliolo (2018).
Baguenaude : n. f., 1872 (analogie entre la poche et la gousse du fruit du baguenaudier (méditerranéen) ou « arbre à vessies »). Poche, bob/2627. Voir Brissac1 43. Le sens actuel du mot employé surtout à la forme verbale est différent : promenade, balade, errance, bob/19526.
Baille : n. f., (de Bretagne et Poitou). Grand baquet qui contient le vin des condamnés (ou l’eau sur les convois). On y puise, avec un quart, les 23 cl réglementaires. « Les matelots installent des cuves qu’ils nomment bailles et qui vont servir pour toutes les nécessités et les besoins de ce premier voyage », Ballière 51… Pour abclf (qui ignore Ballière et Humbert), la baille est un récipient à ordure ou un baquet à toilette. Pour bob/70759, baille est en fait un terme général pour désigner des cuves plus ou moins grandes. Au bagne de Toulon, les forçats, à leur arrivée, sont plongés dans une baille, Zaccone1 525. Par ailleurs, le mot baille désigne aussi la mer (1836), bob/19051.
Balle : n. f. Voir faire balle.
Banc de correction : Banc sur lequel était allongé le condamné qui recevait les coups de martinet. L’expression a été employée plusieurs fois par certains de ceux qui ont témoigné lors de la déposition à la commission d’enquête sur le régime disciplinaire des établissements pénitentiaires présidée par Périn (Goblet 1881, op. cit.). D’autres omettent le déterminatif comme Simon-Mayer 115, 116, 256, 286 : on va sur le banc, il y a banc, passer au banc ou (faire) aller sur le banc. Selon Boulabert 395, « un banc qu’on appelle aussi en argot du bagne le cheval Bayart ».
Barberot : n. m., 1836. « Barbier des forçats, forçat chargé de raser ses camarades, coiffeur et perruquier du bagne (fait aussi un peu de chirurgie, soigne les plaies) ; infirmier du bagne », bob/1081.
Barbot(t)age : n. m., 1872 (selon Hollyman). Vol. « C’est une spécialité qui demande une certaine adresse », Virmaître.
Barbo(t)ter : v. tr., 1843. Fouiller les domiciles ou les poches pour y voler ; voler, dérober. Se faire barboter : se faire voler, bob/1087. bob/57361 donne un tout autre sens (1857) : « caresser, peloter ».
Barbot(t)eur : n. m., 1843 (selon Hollyman). « Voleur qui opère la nuit dans la campagne. » Voir bob/5206.
Barrière : n. f. Les soixante et une barrières de Paris avaient été construites – pour une bonne part en 1786 – en vue du paiement de l’octroi municipal. Elles ont été supprimées le 1er janvier 1860. Voir Alfred Delvau, Histoires anecdotiques des barrières de Paris, Paris, E. Dentu, 1865. Les guinguettes des barrières étaient, au xixe siècle, des lieux de distractions (fêtes et danses) comme l’indique [Anon.], Promenade à tous les bals publics de Paris, barrières et gui[n]guettes de cette capitale, ou revue historique et descriptive de ces lieux…, Paris, Terry Jeune, 1830.
*Bastaud (Môme bastaud) : « Individu aux mœurs inavouables et qui se prête à toutes les exigences », Delvau (Fustier 1889 qui cite « Mon bagne »). Le mot semble être une variante de bastard.
Bastonnade : n. f., 1757. « Punition [châtiment corporel] faite de coups de bâton (époque ancienne), de corde et de martinet infligés au forçat étendu sur une planche, ou banc de correction (Humbert). La bastonnade est aussi appelée corde, plus simplement, à Toulon, bob/19906. Scène décrite aussi dans Trinquet 83-86, Allemane 239-243, etc. Voir Barbançon, Le mémorial du bagne calédonien, op. cit., t. 1, 2020, p. 145-152.
Bastringue : n. m., 1794, primitivement, contredanse. Bal populaire ou mal famé ; estaminet où l’on fait de la musique ; mauvaise musique, bob/2647. Le bastringue (1821) est aussi l’étui allongé en ivoire ou argent que les voleurs tiennent caché dans leur anus, contenant de petits outils comme scies, limes…), bob/1090. Cet étui est plus souvent nommé plan : Zaccone 1, 317 etc.
Batteur de comtois, battre comtois, battre comptois : 1828 (Vidocq). Expression copiée sur battre l’antiffe (feindre le niais) : « faire le niais, l’imbécile ; servir quelqu’un ; jouer le rôle de compère d’un marchand ambulant, tromper », bob/40.
Bazar, bazard : n. m., 1845, de l’arabe bâzar (Littré). Le mot semble venir du bagne : le bazar est une salle où sont déposés les objets fabriqués par les forçats : en coco, en paille, en aloès, en tissu, en cartonnage etc. Zaccone1 538 décrit le bazar du bagne de Toulon. « Commerce où l’on vend de tout, souvent pas cher ; marché, marché exotique, souk », bob/18118. Bazarder (1846) : vendre à vil prix, Hollyman. Voir Allemane 193 et suiv. ; Trinquet 56.
Bénard (à la) : n. m., 1876, du nom du tailleur parisien. Pantalon à pattes d’éléphant (serré aux genoux et couvrant le pied) porté par les voyous, bob/2662.
Berge : n. f., 1836. Année, bob/2418. Voir Brissac 44.
Bête à plumes : Surnom donné aux écrivains du bagne. Voir Écrivain. Voir Brissac1 67. Baudoux, Comment on s’évadait, op. cit. Étonnamment, bob/76092 cite l’expression (1867) sans la mettre en rapport avec le bagne.
Billot : n. m., xvie siècle, diminutif de bille (de bois). Bloc de bois utilisé par les maréchaux pour ferrer les chevaux (Littré). Par extension, sorte d’enclume qu’un forçat utilise, sous la surveillance d’un garde-chiourme, pour ferrer les autres.
Blair(e), brair(e) : n. m., 1872 selon abc, plus ancien selon Virmaître, apocope de blaireau. Nez. Sur ou dans le blair (à propos de coups, de désagréments), bob/2683. « Ton blaire flaire, âpre et subtil, / Et l’étamine et le pistil », Verlaine, Parallèlement, 1896.
Blavin, blavain, blave, blard : n. m., 1790. Mouchoir ; cravate ; foulard ; bonnet, bob/2493. Voir Brissac1 56.
Bloc : n. m., 1846. « Salle de police, prison militaire, cellule de commissariat, commissariat ; prison ; dépôt », bob/8724. Voir Simon-Mayer 253.
*Bon (être fait) : Être pris, selon Humbert.
Bonde(s), boude : n. m., 1872, de bondon, sorte de fromage (de Neufchâtel) en forme de bonde, vendu dans les prisons ; par glissement métonymique. « Prison centrale, prison », on dit aussi centrousse aux bondes, bob/2706. Delvau (Fustier 1889) définit la bonde comme « Maison centrale » et cite la phrase d’Humbert.
*Bon dieu : n. pluriel (bien qu’écrit au singulier par l’auteur). Rapports écrits divers qu’on demandait aux forçats-écrivains de remplir. Ainsi, l’écrivain Humbert recopiait-il en multiples exemplaires un « récapitulatif des corvées du jour ». L’origine de cette expression qu’on ne trouve pas dans d’autres écrits, semble-t-il, reste inconnue comme le souligne Humbert lui-même.
Bonir et ses dérivés. Bonir : parler (Delvau).
Boniment : n. m., 1827. Au singulier plutôt : hâblerie, battage ; au pluriel plutôt : paroles mensongères et ridicules, bobards (tlfi). La famille de bonir est riche d’autres expressions : bob/famille/112 en relève dix-sept : boniments à la graisse de chevaux de bois (propos de petite valeur), à la graisse d’oie (discours faux), à la graisse de hérisson, à la graisse de pied de banc, boniments à la noix (de coco) (discours farfelus), de femme saoule (discours nul) etc.
Bo(n)nisseur : n. m. Beau parleur, celui qui appelle le chaland à la porte d’un établissement (bob/2707 qui cite 1883 comme premier emploi). Pour Humbert le mot a un sens différent : conteur (souvent nocturne) au bagne.
Bonjour (vol au) : 1821. Vol commis de bon matin par les bonjouriers, caroubleurs, qui profitent du fait que leurs victimes sortent tôt de chez elles, bob/2143.
Bonnet rouge : 1838. Condamné à temps (et non à perpétuité comme Humbert), bob/24782.
Bonnet vert : 1829. Condamné à perpétuité ou à une longue peine (vingt ans), également appelé « feuille de chou ». Voir Allemane 190 ; Brissac2 11 (« Le bonnet vert crasseux, lâche et suprême affront/ Dressant ton numéro de forçat sur ton front ») ; Jossevel, etc.
Bosse : n. f. « Terme de marine. Les bosses sont des bouts de cordes, qui servent à rejoindre des parties séparées, ou à saisir des cordages et d’autres choses. Prendre une bosse, amarrer une bosse à quelque manœuvre », Littré.
Botte (« atteint par cette botte ») : n. f. « Terme d’escrime, coup de fleuret ou d’épée. (…). Fig. pousser, porter une botte à quelqu’un, lui faire une interpellation, une attaque imprévue », Littré.
Boucaut : n. m. « Tonneau [de bois] qui sert à renfermer certaines marchandises sèches », Littré.
Boucler : v. tr., 1821. Pour bâcler, fermer avec un bâton (baculus), Delvau. Peut également signifier « enfermer, fermer ; lier, menotter, fermer ; emprisonner… », bob/1160.
Bouge : n. m., 1732, viendrait, selon Virmaître, de la bauge des cochons. « Endroit infect, lieu sordide, des bas-fonds, établissement de bas étage », tintin-abc de la langue française/5924. Synonyme de bouisbouis, bob/2713.
Boule de son : loc., 1844. Pain ; pain de forme ronde, distribué aux prisonniers et anciennement pain des militaires, pain de munition, bob/2716.
Boulevard des Martyrs : Emplacement où ont lieu les corrections et les exécutions, Trinquet 84. Au sujet de l’exécution, le même Trinquet 110 écrit « Elle a lieu sur le terrain appelé vulgairement le boulevard du Crime, expression également employée par Georges Baudoux, Il fut un temps… Souvenirs du bagne, Nouméa, Société d’études historiques de Nouvelle-Calédonie, (publication de la Société d’études historiques de Nouvelle-Calédonie, 6), 1974. Simon-Mayer 179, 287 etc. écrit boulevard de la Guillotine tandis qu’Allemane 238 avec une note, écrit « boulevard de la Guillotine ou du Crime ».
Boyau(x), boyeau, bouyau, bouillot : n. m. Seau qui contient la soupe pour dix condamnés ; sorte de grand baquet qui contenait la nourriture destinée aux déportés et transportés au bagne de Nouvelle-Calédonie ; par métonymie, pause de 10 heures où l’on peut manger cette soupe, (bob/43). Voir Allemane 288, Allemane 221 (« Bouyau ou baquet »), Simon-Mayer 32, Trinquet 36.
Brème, brême, brem… : n. f., 1821. Carte (dans tous les sens du mot), cartes à jouer ; jeu de cartes, bob/56.
Briffer, se briffer quelque chose : v. tr., 1530, de briffe, pain (Virmaître). Manger, manger goulûment, avec avidité, manger rapidement, bob/702.
Briquer : v. tr., (bob donne 1918). « Frotter, astiquer, laver son linge », tintin/35218.
Briscard, brisquard, vieux briscard : n. m., 1877 (cnrtl). Qui a beaucoup de brisques (liserés en V cousus sur la manche gauche des soldats de Napoléon – un chevron par campagne : « personne chevronnée ») ; par extension, personne ancienne et expérimentée, bob/13221 qui donne comme première date 1886. Pour Humbert, le mot peut désigner un forçat en cours de peine avec de longues années derrière lui.
Brisque : n. f. La brisque est un jeu de cartes. Le mot désigne aussi la ou les cartes qui sont l’atout dans ce jeu. Et par analogie, la brisque est le galon (le ou les chevrons) posé sur la manche qui indique les rengagements et les campagnes d’un soldat. » cnrtl (voir entrée précédente).
Brouillard (faire du) : locution. Fumer, 1896 selon bob/13232 qui ignore « Mon bagne ».
Brousse : n. f. Employé dès 1867 par Jules Garnier, Voyage à la Nouvelle-Calédonie. Nouveau journal des voyages (É. Charton), Paris, Hachette et Cie, 1867, p. 165 (« nom que l’on donne ici à la savane et, par extension, à la campagne, à la vie des champs »). Voir l’article détaillé de Mille et un mots calédoniens. Le mot est défini par Simon-Mayer 189 comme « la partie sauvage de l’île ».
Brûler la gueule : « Tirer avec une arme à feu », bob/17482 qui cite 1881 et ignore Humbert.
Bûche (bûcher) : n. f., 1875. « Chute, fait de tomber », bob/41501.
Cafetière : n. f., 1873. « Tête, tête (chaude) ; crâne, lieu de l’intelligence ; visage, physionomie ; sur la figure (coup) ; sur la conscience ; nez, gosier », bob/8554, pour lequel la première attestation du mot cafetière serait de Brissac1 44 et Brissac2 56. Voir aussi Allemane 288. Cependant, Hollyman cite la date 1857. Le mot est encore bien vivant aujourd’hui, en Nouvelle-Calédonie.
Caillasse : n. f. Cailloux, argot du peuple, Delvau. Ce mot est encore bien vivant en Nouvelle-Calédonie, y compris avec le verbe dérivé caillasser. Voir Mille et un mots calédoniens.
Camarade : n. m. Mot d’origine militaire, de camarada espagnol, de la même chambre : ami, par extension compagnon (Littré), avec parfois une connotation d’homosexualité. Humbert emploie fréquemment le mot avec une expansion : camarade de couple : forçat ferré à un autre. Les deux subissent alors la sanction de l’accouplement. L’anneau qui réunit leurs deux chaînes est dit de mariage. Camarades d’affaire : forçats condamnés dans la même affaire criminelle. Autre expression : camarade de plat (Ballière 63…). Tellier emploie camarade dans le sens de codétenu. Raoul Tellier, Mes mémoires. Cinquante-quatre ans de bagne à Nouméa, Nouvelle-Calédonie, manuscrit, Nouméa, collection particulière, ca 1940. Il reste que lorsque Humbert écrit que ce mot « a au bagne un sens particulier », il sous-entend que deux camarades forment un couple d’homosexuels.
Camelot(t)e : n. f. « Travail d’industrie » : fabrication de petits objets d’art ou d’artisanat pour le bazar du bagne, aussi appelée camelot(t)age. Camelot, étoffe de laine a donné camelote, marchandise de mauvaise qualité car le camelot était de médiocre valeur, Littré. Le mot camelot est apparu ensuite (1821), comme marchand ambulant de camelote (menus objets), puis par extension crieur de journaux, marchand forain (qui bonimente), colporteur, bob/1236. « La camelote du bagne » regroupe l’ensemble des objets fabriqués (noix de coco et coquillages gravés, tabatières en bois ou en os, bijoux, modelage) et les œuvres sur papier ou toile, réalisés par les « condamnés de la Transportation ». En Nouvelle-Calédonie, cette production s’étale sur une période comprise entre le milieu des années 1860 et l’entre-deux-guerres. » Lagarde, « Que ramenait-on de Nouvelle-Calédonie ? », art. cité, p. 117-118.
Camouflé : part. p. de camoufler ? 1891 (Richepin). « Rendu méconnaissable… déguisé », cnrtl. Dans le texte d’Humbert, camouflé signifie arrangé, préparé, par exemple pour simuler une maladie au médecin. Ce sens se rapproche quelque peu de celui donné par Virmaître : réparer. Autre sens de camouflé selon Humbert : qui a reçu l’extrême-onction. La locution coup d’acré est parfois employée pour désigner l’extrême-onction ainsi que les expressions suivantes : graisser les bottes, refaite de coni, enhuiler, bob/10926.
Canot : n. m. Le mot est souvent employé pour Toulon : canots de fatigue, canots du commissaire aux hôpitaux, canots des bois. Le mot canotier, marin de l’équipage du canot est également fréquent.
*Caporal : n. m. « Forçat récidiviste, reconnaissable à sa casaque rouge, avec deux épaules et une manche jaunes », définition d’Humbert propre au bagne de Toulon, non répertoriée ailleurs, semble-t-il.
Capote : n. f. Désigne habituellement un manteau militaire ample et lourd (cnrtl), mais dans le texte d’Humbert, c’est une couverture de laine.
Cargne, carne : n. f., 1835. Selon Virmaître, cargne est une variante de carne : « dans carne, il y a l’idée de viande dure et le terme peut être appliqué à un homme impitoyable ou à un ouvrier paresseux. » bob/1259 ajoute viande de mauvaise qualité, charogne et cite ma carne, mon corps, mon cadavre. Dans une autre entrée, bob/6031 donne un autre sens de carne (1870) : mégère ; prostituée ; épouse pénible ; personne dure, traître ; ouvrier qui ne veut rien faire. Le mot est encore très employé en Nouvelle-Calédonie.
Carotte : n. f., 1885 selon bob qui ignore « Mon bagne ». « Tabac à chiquer (assemblé en forme conique) », bob/26097. La carotte existe toujours sous la forme de l’enseigne rouge et de forme losangée qui signale les bureaux de tabac.
Casemate : n. f., de l’espagnol casamatta, mot employé par Rabelais. Terme de fortification. Par extension et dans le langage des soldats, cachot, latrines (Littré). Mais au bagne de Toulon, la Casemate est le bâtiment (salle de 20 m de long sur 8 m de large) isolé du bagne, battu par la mer, près des bureaux administratifs et où dorment les bagnards. Voir Allemane 200 et suiv. ainsi que Ballière 54 (illustration) et 109.
Casernet : n. m., diminutif du provençal cazern. « Terme d’ancienne marine. Registre ou cahier tenu par le timonier. Il y notait toutes les observations relatives à son quart : route, dérive, vent, temps etc. Le casernet était vérifié par l’officier de quart. De nos jours, le casernet est le carnet de passerelle. » Guide des termes de marine, op. cit. Manifestement le terme est passé dans le vocabulaire du bagne où il désigne la liste des occupants d’une salle commune à l’aide de laquelle le payol ou le surveillant font l’appel. Hollyman signale le casernement : « paie reçue après une période dans la mine ».
Casser le morceau : locution, 1844. Parler, avouer, dénoncer, tout dire, bob/17878. Pour Delvau, casser signifie « Couper, dans l’argot des voyous ».
Casseur de porte(s), casseur de lourdes : 1841. Cambrioleur, voleur avec effraction, bob/3766.
Castrole (de Montpellier), casserole : n. f., 1857. Mouchard, indicateur ; dans le milieu criminel, traitre, délateur, bob/2784. Boulabert 1273 emploie le mot dans ce sens (« casserole numéro un ») tandis que Brissac traduit « Tas d’casse-t-roles » par « révélateurs », Brissac1 44.
Centriot : n. m., 1889. « Prénom, surnom, faux nom », bob/25349 qui ignore Humbert 1880.
Chairer : v. tr. Verbe qui apparaît sous diverses orthographes (cherrer, chérer…) et qui peut avoir des sens divers : « exagérer, abuser ; grossir les choses ; hâbler, se vanter ; mentir ; ne pas se gêner, se laisser aller ; outrepasser, foncer ; y aller carrément, sans regarder à l’effort ; charrier, railler, plaisanter », bob/13390 qui donne 1883 comme première date d’emploi. Chairer peut aussi avoir le sens de frapper. Ainsi, dans l’expression employée par Humbert « Choirer une môme », il faut peut-être lire chairer au lieu de choirer.
Chandelier : n. m., (relever le). Le releveur de chandelier désigne le souteneur qui récupère l’argent perçu par une prostituée, Virmaître 1894. Humbert a donc employé le mot bien avant cette date. Selon bob/12514, chandelier, 1900, désigne le souteneur. Par la suite, au xxe siècle (1961), le mot chandelle désigne la prostituée qui stationne devant l’hôtel, bob/16512.
Chapelet de saint François : 1871. « On l’enroule autour des deux poignets réunis, ensuite, on le passe dans deux anneaux de la chaîne, les plus éloignés possible, de telle sorte qu’il faut tordre la chaîne pour fermer le cadenas », Citation de Raoul Urbain, sans date, sans indication de provenance, reprise par Hollyman (selon G. Lacourrège et P. Maresca, Les nuits du bagne calédonien, Imprimerie Jean-Paul Jeunet, Nouméa, 1975, p. 54). Chaîne qui sert à attacher les condamnés, menottes. Voir Allemane 163, 272. Autres expressions : coup du père François ; façon de père François ; faire quelqu’un au père François (Hollyman), voir Brissac1 42. Simon-Mayer 19 écrit « chapelet de saint-Joseph » pour désigner la chaîne avec laquelle l’ont attaché les gendarmes après sa condamnation au conseil de guerre.
*Chasser à la main : Épouiller mécaniquement sa literie et ses vêtements.
Cheval de retour : n. m., 1828. Récidiviste, forçat à nouveau condamné, évadé repris. Le terme désigne un délinquant expérimenté avec une connotation de mépris, bob/93. Voir Zaccone1 21.
Chiourme : n. f. Ce mot a diverses acceptions. Il désigne d’abord « le nombre des forçats embarqués sur une galère, nécessaire pour la faire marcher », puis « tous les forçats d’un bagne » (Littré) d’où le mot garde(s)-chiourme(s) pour surveillant(s). Puis à partir du mot garde-chiourme, surveillant des forçats dans les bagnes, s’est opéré un glissement métonymique : chiourme (féminin singulier) désigne alors l’ensemble des gardes-chiourmes et peut parfois au masculin singulier (voir Allemane 7 et Ballière 181 etc.) se rapporter à un surveillant du bagne. Humbert emploie parfois le mot chiourme comme synonyme de bagne(s) : « les chiourmes ». Pour Boulabert, au singulier ou au pluriel, chiourme désigne les condamnés : « C’était la chiourme qui gouaillait [se moquait de] la rousse [la police] » (p. 755). On rencontre l’expression « administration du service des chiourmes qui peut être abrégée en « administration des chiourmes ». L’adjectif chiourmique dans le sens de caractéristique des surveillants se rencontre aussi (Allemane 89). Zaccone1 15 présente les différents agents auxquels est accolé le nom de chiourme.
Chiquer : v. tr., 1799. Battre, battre à coups de bâton…, bob/1311. Et 1828 : manger ; boire, mordre, bob/11530. Chiquer (se chiquer la gueule) : Battre ; faire du mal ; choquer, bob/1311. Le sens de la locution pour chiquer selon Humbert, soit « allons donc ! », « en plaisantant » ou « de manière simulée » apparaît dans Rigaud 1881 : « mentir, simuler, chiquer Comte » et dans Rossignol 1901. L’expression employée par Humbert viendrait donc plutôt de chiqué, 1837, qui signifie simulation, truquage (Hollyman).
*Choirer une môme : Rudoyer une femme (à sa demande ? sexuellement ?). Ce mot n’apparaît pas dans la liste innombrable de synonymes de frapper relevés par bob. Voir chairer.
Chopin (faire un) : n. m., 1846. « Aubaine, bonne affaire source de profit, bonne place, riche client (prostituée), jolie femme (souteneur) », bob/6134. Voir Brissac1 75. Tellier, Mes mémoires, op. cit.
Chouette (dans chouettes grinches), chouet, chouatte, choiette : n., adj., 1825. Lien entre cet oiseau et femme belle et coquette (lien déjà établi par Rabelais) : beau, bien, bon, joli, gentil, admirable ; expression de satisfaction, de joie, bob/1314.
Claque(-)dent : n. m., 1872. Cabaret de bas-étage, tripot, lupanar, bob/4742.
Classe : n. f. : « Catégorie de condamnés » (le système aurait été inspiré par la pratique anglaise en Australie), Hollyman, qui détaille les attributions des différentes classes à différentes époques. Barbançon, L’archipel des forçats, op. cit., p. 155. Allemane 246-247, Simon-Mayer 175 et suiv.
Cliquette(s) : n. f., 1889. « Oreille(s) », bob/2815 qui ne cite pas Humbert 1880.
Colletiner, coltiner : v. tr., 1725, dérivé de col(le)tin (large chapeau de cuir que portaient les forts des halles d’où l’évolution du sens du mot vers le fait de porter). « Saisir par le coltin et porter sur le coltin » : arrêter, puis porter, soulever, cnrtl qui cite « Mon bagne ». Voir Hollyman (Baudoux) ; Tellier, Mes mémoires, op. cit. Coltinage : action de porter quelque chose de lourd, cnrtl. Le verbe « se coltiner » est aujourd’hui employé dans le sens d’assurer une tâche pénible. Il est fréquemment employé en ce sens en Nouvelle-Calédonie. Bob signale plusieurs autres sens récents : 1967 se coltiner avec, « se battre, lutter », bob/36428 et 2007 ; se coltiner à, « s’occuper de », bob/60881.
Côme, comite : n. m. « Officier préposé à la chiourme d’une galère », Littré. Par la suite, dans les bagnes maritimes, les mots côme ou comite ont désigné un agent chargé de la police des salles. Voir Poisson, « Du garde-chiourme », art. cité.
Commissaire des chiourmes : Désignation apparemment officielle du directeur du bagne de Toulon. « Son rôle [de commissaire des chiourmes] est présenté dans les quinze premiers articles du Mémoire en forme de règlement de 1749. Il rend compte à l’intendant de ses multiples activités […] Il est le véritable chef du bagne puisqu’il en a la police et en dirige la comptabilité. » Frédérique Joannic-Seta, Le bagne de Brest. Naissance d’une institution carcérale au siècle des Lumières, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2000, p. 19-24. Voir Zaccone1, 525 et suiv.
Communard : n. m., 1871. « Partisan de la Commune de Paris ; (hostilement) républicain ; (par extension) communiste, socialiste », bob/8646. Humbert emploie aussi, comme Lissagaray par exemple, le mot « communaliste » qui n’a pas la connotation négative (due au suffixe en ard) de « communard ». Urbain écrit : « L’histoire des communalistes, des communards si l’on veut (car le mot ne fait rien et nous l’acceptons volontiers ») … » dans « Souvenirs d’un exilé », Lucien Descaves papers, 1051, Cahiers de soixante-quatre feuilles numérotées de 1 à 218, International Institute of Social History, Amsterdam. Un autre mot, communeux, employé par les opposants à la Commune, notamment par les journaux, Le Figaro, Le Bien public…, a clairement une connotation péjorative.
Condé, avoir un/du condé : 1822. « Individu qui obtient l’autorisation de tenir un jeu ou une boutique ambulante sur la voie publique, à condition de rendre des services à la préfecture de police. Avoir un/du condé, c’est être protégé et faire ce que les autres ne peuvent pas (argot des camelots) », Virmaître. De manière générale, un condé, c’est une permission, une faveur, proche parfois de la corruption, tlfi. Baudoux, Comment on s’évadait, op. cit., p. 18-31, a repris l’expression. Par métonymie, le mot a désigné par la suite celui qui accorde la permission et finalement, de nos jours, employé par les malfrats, le policier.
*Condice, condisse : n. f., 1900. Pour ce mot, bob/2827 donne cette définition : « Chambre, domicile ». L’emploi d’Humbert montre que bien avant 1900, le mot a désigné la cage, logement commun de forçats.
Condition : n. f., faire une condition. Voler une maison, Hollyman. La condition est franche : la voie est libre.
Convoi : n. m. Groupe de condamnés isolé des autres en prévision du transport pour la Nouvelle-Calédonie ou Cayenne. « Le navire chargé de transporter les forçats est déjà le bagne, avec ses grilles, ses surveillants et son règlement disciplinaire », Jean-Lucien Sanchez, « Les convois de forçats en direction des bagnes coloniaux : l’exemple du Martinière », dans P. Prétou (dir.), Fureur et cruauté des capitaines en mer, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012, p. 236-251.Voir Barbançon, Le mémorial du bagne calédonien, op. cit., t. 1, p. 68-103. Le mot est employé par tous les écrivains du bagne.
Correcteur : n. m. Humbert lui-même donne cette définition : « C’étaient les bourreaux ou plutôt, pour employer l’euphémisme administratif, les « correcteurs », forçats choisis entre les plus féroces, sur qui repose pour ainsi dire tout le système de la discipline et qui exercent non seulement sur leurs compagnons, mais même sur tous les agents inférieurs de la surveillance un pouvoir très redouté, investis qu’ils sont par la confiance de la direction pénitentiaire, des triples fonctions de geôlier, d’exécuteur et de policier ». Voir Trinquet 80, Brissac1 56, Simon-Mayer 117 etc.
Correction : n. f. « Punition, châtiment. Cela mérite correction, il a subi la correction. Maison de correction, lieu destiné à enfermer par autorité publique les personnes dont la conduite est déréglée, et, aujourd’hui, les enfants acquittés par défaut de discernement », Littré. Brissac1 24 emploie ce mot dans le sens d’incarcération. Mais, au bagne, la peine de la correction, improprement appelée bastonnade, est exercée avec un martinet. À Toulon, elle était appliquée sur les épaules, en Nouvelle-Calédonie, elle est appliquée sur les fesses. C’est ce qu’explique Humbert (juin 1880) dans « Mon bagne » comme dans sa déposition à la commission d’enquête sur le régime disciplinaire des établissements pénitentiaires présidée par G. Périn. Goblet, Rapport, op. cit., p. 15-34.
Couchage : n. m. « Militaire. Action d’installer, de répartir pour la nuit, des soldats et, par extension, des campeurs, des ouvriers, etc. Veiller au couchage des hommes. Le sous-officier chargé du cantonnement est le sergent fourrier », cnrtl. Le vocabulaire du bagne reprend ce sens du mot : aménagement de la couche journalière à l’emplacement du tollard dédié à un seul forçat.
Couple : n. m. Désigne deux bagnards enchaînés l’un à l’autre. Le mot est souvent employé avec un déterminatif : Couples de vidange : forçats chargés de vider les bacs à déjections. On trouve aussi couple de baquet, 1850, Zaccone1 237 ; bob/21661 ; Jean Joseph Clémens, La légende noire du bagne. Le journal du forçat Clémens, éd. par M. Pierre, Paris, Gallimard, 1992.
Crâneur : n. m., 1862. « Vantard, hâbleur, fanfaron, prétentieux […] qui fait le malin, l’indifférent à ce qui le touche… », bob/2846.
Crucifix à ressort : 1827. Pistolet, bob/607.
Cure-môle : n. m. (qu’Humbert emploie au féminin et écrit « cure-molle »). « Bateau pont, muni d’un appareil qui permet de nettoyer le fond de la mer dans un port. Synonyme : drague », cnrtl.
Cursive, coursive : n. f., de l’ital. corsia. « Terme de marine. Demi-pont qu’on fait de chaque côté sur les petits bâtiments qui ne sont pas pontés. Tout passage pratiqué entre les soutes dans le sens de la longueur du bâtiment », cnrtl.
Dab(e), dabé… : n. m., 1628. Père (mère = dabesse) ; par extension, toute forme d’autorité supérieure : roi, mari, Dieu, pape, patron du bordel…, bob/48133. Riche famille de mots : bob famille/114. Voir Brissac2 55.
Dameret : n. m., 1760. « Amateur de femmes (baiseur, paillard), homme qui s’attache à plaire aux femmes », bob/46710. Le mot a été employé avant aux xvie et xviie siècles dans le sens « Homme dont la toilette et la galanterie ont le goût de l’affectation », Littré.
David : n. m., 1891. Du nom de son fabricant, casquette antérieure à la Défoux, à trois ponts, portée par les souteneurs (bob/8841, qui ignore « Mon bagne »). « Casquette, casquette de souteneur », bob/8842.
Débrouiller (se) : v., 1861. « Se sortir d’une situation, par ses moyens ; trouver une solution (avec les moyens disponibles) » bob/8836. Voir Trinquet 88, 102, 153. Hollyman indique que le nom débrouille (« art des expédients ») provient de l’argot militaire (d’Afrique). Le mot débrouille, dans le sens d’activités permettant des revenus annexes (confection de petits objets voire d’œuvres d’art, vente de chiens de garde, de peaux d’animaux, d’insectes et papillons etc.) a été abondamment utilisé en Guyane (Voir Michel Pierre, La terre de la grande punition, Paris, Ramsay, 1982, p. 115-119. Débrouille est au masculin dans Baudoux, Comment on s’évadait, op. cit., p. 31.
Débrouillard : n., adj., 1871. « Rusé, malin, habile, ingénieux […], plein de ressources, légalement et illégalement », bob/2891. Voir Trinquet 153, Brissac1 56 et Boulabert 656 et suiv.
Débrousser : v. tr. Ce verbe très fréquent en Nouvelle-Calédonie (au sens de nettoyer une parcelle envahie par la végétation) en est peut-être originaire On le trouve aussi en Polynésie et en Afrique, mais bien après 1880 semble-t-il, avec le substantif débroussis. Hollyman, qui ignore Humbert, en relève l’emploi le plus ancien en Nouvelle-Calédonie en 1898 (Devillers). Aujourd’hui le terme est très répandu.
*Défilé, défilée : n. m., n. f., 1845. « Sortie des forçats du bagne ; tout déplacement de population carcérale », bob/24958. Dans le texte d’Humbert, le mot défilé désigne la vérification des manilles chaque matin avant les corvées (pour éviter les évasions).
Déglingue : n. f. « Tomber dans la déglingue : être tout à fait par terre. Plus misérable que les misérables (argot du peuple) », Virmaître. Le mot est dérivé du verbe déglinguer, 1842 : « abîmer, déchirer, casser, détruire… tuer. » Se déglinguer : se délabrer, mourir, déprimer », bob/2899. Voir Brissac1 44.
Dégringoler : v. tr., 1872 (Hollyman). Voler avec violence, assommer, tuer, vaincre, bob/6530. Brissac 34, 42 emploie aussi le mot dans le même sens. Dégringoler un aminche : voler un ami. Voir Aminche.
*Descendre (la galette) : v. tr., 1832. Assassiner, tuer…, bob/2914. Humbert semble l’employer dans le sens de voler l’argent de quelqu’un.
Dévideur (de jarre) : n. m. Causeur, jaseur, locuteur (d’argot), bob/1434.
Disciplinaire : n. m. « Soldat appartenant à une compagnie disciplinaire », c’est-à-dire « une unité à laquelle des militaires sont affectés en guise de sanction pour un manquement à la discipline », (cnrtl). Le mot est fréquemment employé par Jossevel, comme nom (« disciplinaire du camp Brun ») et plus souvent comme adjectif : la commission le quartier, les locaux ou les punitions peuvent être « disciplinaires ».
*Distributeur : n. m. Personne de l’administration pénitentiaire qui préside à la distribution de la soupe (Toulon). Les distributeurs fournissent aux forçats la nourriture. Ils ont souvent été mis en cause (comme les surveillants) dans des affaires de prélèvement sur les rations de viande ou autres, destinées aux condamnés. Voir notamment les dépositions de Giffault et de Rigault lors de l’enquête présidée par Périn. Goblet, Rapport, op. cit., respectivement, p. 278 et 284.
*Dos : n. m. (être dans le), par exemple le ratichon est dans le dos. L’expression dans le dos (de quelqu’un), familière aujourd’hui et récente (1957 selon bob/26807) n’a pas le même sens que celle employée par Humbert au sens absolu (sans complément même implicite). Selon le contexte, elle pourrait signifier : être vexé.
Douillette : n. f. « Pardessus de soie ouatée », Littré.
Dumanet : n. m. À l’origine, patronyme qui désigne au xixe siècle un personnage fictif, ridicule et fanfaron, représenté sous les traits d’un militaire, d’où le sens de « soldat crédule à l’excès, – dans l’argot du peuple – qui a conservé le souvenir de ce type de vaudeville, né le jour de la prise d’Alger », Delvau.
Dur(s) : n. m., être au, se tirer du, 1833. Travaux forcés, bagne, travaux publics (bataillons d’Afrique). bob/2940. Brissac1 34. Voir Hollyman (Baudoux). L’expression employée par Brissac1 42 « j’travaillais à la dure » a un autre sens : vol avec violence.
Échelles : n. f. (forme plurielle) ou escargot, n. m. Coupe réglementaire des forçats au bagne de Toulon : une fois les cheveux coupés, « Espèce de sillon en labyrinthe autour de la tête du condamné », Allemane 190.
Écrivain : n. m. Synonyme de payot ou payol (voir ce mot). Le mot écrivain est abondamment employé par Humbert (écrivains de la salle, écrivains supplémentaires) qui a lui-même un temps occupé cette fonction « privilégiée » d’intermédiaire entre l’Administration et les condamnés. L’écrivain établit les comptes, distribue la nourriture en tenant compte des sanctions encourues, répartit parfois le travail des forçats. Voir Simon-Mayer 31.
Emboucaner : v. tr. Empoisonner. Selon May et Henri Larsen, La cyprée d’or, Neuchâtel, La Baconnière, 1960, p. 172 : « ce mot pourrait avoir deux origines assez différentes selon qu’il ait été apporté dans le pays par des voyageurs antillais (en caraïbe, boucacoui : boucan, gril à fumer la viande et le poisson, d’où « boucanier », chasseur de bétail et par extension, corsaire, flibustier, homme dont il faut se méfier) ou qu’il soit dérivé de bouquer, forcer à céder, faire venir à la bouche. » Rabelais (1552) a en effet employé le verbe bouquer dans le sens d’embrasser par force et Montaigne (1592) le verbe faire bouquer quelqu’un, dans le sens de « l’obliger à subir une humiliation, une contrainte », tintin/36046. Hollyman note que le mot emboucané dans le sens d’empoisonné est employé dans le journal Le Lampion calédonien du 21 juillet 1906. Brissac1 78 a employé le mot emboucaneur dans le sens d’empoisonneur en désignant le célèbre condamné marseillais Joye. Selon Hollyman, le mot viendrait du patois lyonnais et grenoblois. Le mot boucan, au sens de poison ou maléfice est (avec son « antidote » contreboucan) aujourd’hui d’un usage très courant en Nouvelle-Calédonie. Voir Pauleau, Mots de Nouvelle-Calédonie, op. cit., p. 54.
Emboucanement : n. m. Empoisonnement (voir entrée précédente). Larsen emploie le mot emboucanage, voir entrée précédente.
Empeigne : n. f. Pièce de cuir qui, dans un soulier, s’étend depuis le cou-de-pied jusqu’à la pointe, Littré. Voir Gueule d’empeigne.
Endaubage : n. m., 1880. Viande de conserve. Tintin/70424 cite Simon-Mayer qui signale que c’est le mot qu’on emploie « là-bas », à savoir en Nouvelle-Calédonie.
Entureur : adj., rare. Menteur. Répertorié par Gustave Macé, Mes lundis en prison, Charpentier et Cie, Paris, 1889, qui note enturer, mentir. Repris par Delessale. Humbert l’emploie-t-il dans ce sens ou dans le sens de farceur ?
Envoyer : v. « Dire, répondre, lancer la réplique », Rigaud 1881.
Éprouvé : adj., n. m. Condamné ayant déjà subi la moitié de sa peine, et remarqué pour sa bonne conduite. Voir la description de la salle des éprouvés, catégorie très recherchée des condamnés, espèce de purgatoire comparé à l’enfer de la salle des indociles, Zaccone1 541.
Extraordinaire : n. m. Humbert définit lui-même ce terme qui désigne une corvée ou une catégorie de forçats divisée en escouades qui accomplissent « les travaux les plus rudes et les plus périlleux » et n’en obtiennent « aucune rétribution ».
Fagot : n. m., 1821 (installation des bagnes). Forçat, bagnard galérien. Bob/1532. « Forçat. Fagot affranchi : forçat libéré. Fagot à perte de vue : forçat condamné à perpétuité », Virmaître. Voir Boulabert, nombreux emplois du mot (précédé souvent de l’adjectif vieux) et notamment « fagots de la haute (qui fournissent la musique et les instruments de musique pour la messe », p. 320. Faggir, n. m. : non répertorié, employé par Humbert qui lui donne le sens de « colon » (de la « colonie pénitentiaire, c’est-à-dire libéré), apparaît comme une altération de fagot, Zaccone1 288. Le mot est repris sous la forme fagzir(e) par Allemane 286, Brissac1 56, 79 et Baudoux, Comment on s’évadait, op. cit., p. 33.
Faire balle : « Faire un jeûne. L’expression voit le jour au xixe siècle et reprend l’image d’un ballon gonflé de rien, à savoir de l’air. En effet un estomac qui n’a pas été rempli d’aliments solides sonne creux comme une balle ou un ballon », L’internaute.fr. L’expression être rond comme une balle signifie le contraire : être complètement repu. Ne pas confondre avec faire la balle, 1828, « plaire, convenir », bob/5184.
Faire la propreté : Effectuer le nettoyage quotidien des salles communes.
Fait bon (être) : Voir bon.
Fatigue (travailler à la, aller à la) : n. f., 1757. Travail de galérien, forçat, travail de force au bagne ; (par métonymie), ensemble des bagnards qui y sont soumis, bob/1082. On distingue la grande fatigue (travaux lourds, de terrassements etc.) et la petite fatigue (travaux légers, par exemple, à l’hôpital, à la cuisine ou dans les bureaux). Abigaëlle Marjarie, « La vie de forçat », 7 septembre 2018 (https://criminocorpus.org/fr/expositions/anciennes/bagnes/le-bagne-de-rochefort-1767-1852/la-vie-de-forcat/, consulté en juillet 2023). Voir Zaccone1 27-28 ; Brissac1 56, Allemane 191 et suiv.
Faubert : n. m, du hollandais zwabber. « Terme de marine. Balai de fils de carret emmanchés à un bâton ou seulement liés en faisceau et maniés au moyen d’une poignée en corde, il sert à laver et à éponger le pont du navire », Littré. « Sorte de lavette en corde », Bauër 203. Renard 20, 55.
Faux-bras : n. m. Terme de Marine. Cordage de renfort (Dictionnaire de l’Académie française)
Fayot, fayol, (le l ne se prononce pas) : n. m., 1784, altération du latin faseolus (provenç. faïou). « Terme de marine. Nom des haricots secs distribués à bord. », Littré.
Fers, ferrer, (dé)ferreur (un condamné), ferrement : Opération qui consiste à fixer la chaîne (plus ou moins lourde selon le caractère dangereux du condamné) au pied du forçat, Zaccone2 107. Brissac1 37 : « La veille de notre débarquement, on nous déferra pour nous referrer. » Zaccone1 541 décrit l’opération de ferrement.
Flac, flaque : n. m. « Sac. Flac d’al : sacoche à argent. Pour flaquer (déballer), on dit aussi : “Je vais à flacdal” », Virmaître. Pour bob/6642 : 1829, « Petite bourse en toile dans laquelle les ouvriers placent leur argent ; sac de femme, ridicule. » Le verbe enflaquer signifie mettre en sac pour emporter (les objets volés), Zaccone1 99.
*Flamboteau : n. m. Semble être un synonyme de flanche, jeu.
Flan (à la) : Nul, minable, Voir Mèque.
Flancheur : n. m. « Qui flanche ». « flancher : jouer sur les places publiques au bouchon (radin) ou à l’anglaise (monac). En général, de tous jeux, on dit flancher (argot du peuple) », Virmaître. Dans Humbert, flanche signifie jeu. Pour bob/13848, un flancheur est un « poltron… qui abandonne, trahit, un déserteur. » Mais cet emploi paraît plus tardif (1901). Hollyman cite Brissac1 57 de même sens – jouer – que celui d’Humbert et cite 1835 comme première occurrence du mot dans ce sens.
*Flèche : n. f. Ce mot semble être une variante de fléchard, employé par Brissac (voir mot suivant) que bob/13857 cite comme première occurrence : « Sou ; pièce de cinq centimes ; cinq centimes. »
Flichard, fléchard : n. m., 1880. Pièce d’un sou, soit cinq centimes, bob/13857. Voir Brissac1 56 et Brissac2 55.
Floperer vient sans doute de flop(p)er, flauper : v. tr., 1846. Battre, donner des coups, bob/9066. Passer au floppage, c’est exercer un passage à tabac pour Humbert, voir Goblet, Rapport, op. cit., p. 31. Voir Boulabert 387, 586.
Foies blancs (avoir les) : locution, 1840. Être peureux, poltron, lâche, capable de dénoncer, bob/8052.
Foire d’Empoigne : locution, 1863, Ampoigne, ville de la Mayenne et empoigner, vieux terme populaire (Delvau). Endroit imaginaire où un objet a été volé ; vol à l’étalage, à la tire, par la force ou la bagarre, bob/6667.
Fondé de pouvoir : Trinquet 27 explique : nom donné au gardien-chef du convoi en wagon cellulaire. Le sens que prend cette locution dans le milieu du bagne n’apparaît pas, semble-t-il, dans les dictionnaires spécialisés.
Forçat : n. m., xvie siècle. « Il y avait des rameurs libres et des rameurs par force, des forçats, les premiers dirigeant et surveillant les autres », Zaccone1 202. Puis forçat a pris le sens de « malfaiteur que la justice condamne à des travaux auxquels il ne peut se soustraire », Littré. À la fin du xixe siècle, le mot paraît avoir été progressivement supplanté par bagnard ou transporté.
Fougonnier, fourgonnier : n. m., 1841. Cuisinier des salles (bagne) ; cuisinier (bagne) ; qui fait la soupe aux forçats ; cuisinier du bagne (place recherchée), bob/7174.
Fourguer : v. tr, 1821. « Vendre au receleur, vendre des objets volés ; vendre, vendre légalement », bob/1592.
Fourline : n. m., 1835 (fourloureur (Virmaître), filou, fouille-poche). Voleur avec adresse ; coupeur de bourses, voleur et meurtrier à l’occasion, bob/3912.
Foutre dedans (se) : « Se mettre dans l’embarras ; se tromper ; faire erreur », bob/39296 qui date l’expression de 1900.
Frangin, franjin, frangein : n. m., 1821. Frère ; ami très proche ; frère (religieux, franc-maçon ; individu), bob/1604. Humbert l’emploie au sens de religieux. Frangine, n. f., 1821 : sœur et par extension amie, tante, fille femme ; sœur religieuse, infirmière, gardienne de prison ; bob/1605. C’est dans le sens de religieuse qu’Humbert emploie le mot.
Frayer : (frayer quelqu’un, frayer avec quelqu’un), v., 1901. Fréquenter, courtiser, bob/9424. C’est dans ce sens que Trinquet emploie le mot dans sa déposition d’enquête (26 janvier 1880), voir Goblet, Rapport, op. cit., p. 120. Le sens du mot dans le texte d’Humbert semble différent : évoluer, traîner.
Fricotier : n. m., 1837, de fricot (repas). Vivrier, cuisinier (forçat-marchand, proche de cantinier), cantinier du bagne, bob/7168 (à la cantine, les forçats peuvent acheter des denrées supplémentaires).
Fromage à tête de mort : n. m, 1900. « Fromage de Hollande », bob/11090 qui ignore l’emploi d’Humbert. bob/synonymes/1135 donne pour le fromage de Hollande cinq synonymes : « Boussole de refroidi, boussole de singe, pomme à vers, tête de mort, tronche de refroidi ». Le dictionnaire Larousse en ligne, qui précise qu’il s’agit de l’edam, donne l’orthographe tête-de-Maure qui paraît aussi plausible.
*Fusiller : v. Humbert emploie ce verbe dans le sens de voler. Ce sont des sens différents qui apparaissent dans les dictionnaires : « Donner de mauvais dîners », Delvau. « Se dit des soldeurs qui fusillent des marchandises volées. Ils les vendent à n’importe lequel prix. On les nomme des fusilleurs », Virmaître. (Fusiller : « Boire », 1984, bob/32450). Les dictionnaires classiques (Littré, Robert) ne donnent pour ce mot aucune signification approchant de celle de voler.
Gaffe, gaf(f), etc. : n. m., 1455 (gaffre, qui fait le guet). Gardien de prison, surveillant de bagne, geôlier ; gardien… », bob/3087. Voir Allemane 198 ; Brissac2 55, Jossevel etc. Se mettre en gaffe : se mettre en surveillance, Zaccone1 408. Gaffe de Sorgue : « Gardien de marché ou surveillant de maison en construction ; autrefois c’étaient les invalides qui remplissaient ces fonctions. », Virmaître. bob/3087 signale de multiples orthographes pour le mot, 1821 ; il relève son emploi dans « Mon bagne » au sens de sentinelle, guetteur. Brissac1 57 note : « Veux-tu faire gaffe (surveiller le surveillant) ? »
Gaffe : n. f. « Longue perche à l’extrémité de laquelle est fixée une pointe de fer et qui sert à conduire les bateaux, sonder l’eau…, Littré. Voir Allemane 303.
Galérien : n. m. « Celui qui ramait sur les galères, soit comme condamné, soit comme captif, il se dit aujourd’hui pour forçat », Littré (1873-1877). Humbert utilise souvent ce terme pour souligner sa condition de forçat.
Gal(l)ette : n. f. Féminin de galet (pâtisserie) et par analogie avec les pièces de monnaie 1872 : argent, monnaie. bob/3091.
Gambettes : n. f., de gambe, bas-latin gamba. Jambes. « Gambiller : danser. Mot à mot : faire marcher ses gambettes (argot du peuple) », Virmaître. Gambilles : jambes, Delvau 1867. Gambilleur : danseur, Virmaître.
Garçon de famille : n. m. « Transporté autorisé à travailler dans une famille civile ». Voir Hollyman qui donne de nombreuses citations. Voir Allemane 146, Boulabert 339, 388…
Garni : n. m., 1760 « Hôtel meublé, chambre meublée, hôtel de bas étage, hôtel de passe », bob/16536. Charles Aznavour, dans La Bohême, chante ainsi « l’humble garni qui nous servait de nid » et qui « ne payait pas de mine ».
Garnir (se garnir l’estomac) : 1828 (Vidocq). Manger, bob/27058.
Gaviot, gaviau (serrer le) : n. m., 1808, par où on gave. Gosier, gorge, (serrer : étrangler), bob/3100.
Gerber : v. tr. « Mettre des pièces de vin les unes sur les autres dans un cellier », Littré. Le mot n’est pas employé dans son sens argotique (vomir, dégouter) apparu en 1925 selon bob/5585.
Giron, girond : n. m., adj.(s), probablement de girer, tourner, 1890. Homosexuel passif, prostitué ; joli jeune garçon, bob/9093 qui est le sens que lui donne Humbert. Giron(d) vient de gironde, 1815 : jolie, belle ; jolie prostituée ; petite fille, fille, bob/502.
Gobette : n. f. « Gobelet de fer blanc qui mesure 33 centilitres. Ce gobelet sert aux détenus dans les prisons pour prendre une ration de vin à la cantine où ils ont droit à trois gobettes par jour, en payant bien entendu. Passer à la gobette, c’est prendre une tournée chez le marchand de vin (argot des voleurs) », Virmaître. bob/3119 signale le premier emploi du mot en 1827 et précise qu’il désigne le contenant (33 cl) ou le contenu (ration de 23 cl). Voir quart.
Goddem, goddam : 1823. Juron anglais (« God damn ! ») qui serait sans rapport avec le terme méprisant godon, utilisé au xve siècle pour désigner les Anglais, bob/9633. Cependant c’est bien pour désigner les Anglais qu’Humbert emploie le mot Goddem, ainsi que Baudoux, Comment on s’évadait, op. cit., p. 33.
Gonse (saigner un), gonze, gouze… : n. m., n. f., adj., 1757, de l’italien gonzo. Individu, quidam qui n’est pas voleur : homme déclassé (violé en prison, devenu homosexuel passif) ; type de qualité, homme du milieu ; par extension, chef de service, bob/194. Saigner (un gonse), v.tr., 1829 : tuer, assassiner, poignarder, bob/3508. On trouve gonzier dans Baudoux, Comment on s’évadait, op. cit., p. 26-31.
Gonzesse, gonsesse, gouzesse, gouresse… : n. f., 1811, de gonze. Femme ; prostituée ; homosexuel passif…, bob/1668.
Goualante, gouasante : n. f., 1821. « Chanson, chanson des rues, chanson réaliste ; par extension, pleurnicherie, geignement », bob/1669. Pousser une goualante : crier, chez Brissac1 43. Voir Hollyman (Baudoux).
Gourgane(s), gourganne(s) : n. f., 1821. Fève dont on nourrit les forçats, haricot qu’on mange au bagne ; pomme de terre, bob/20448. Voir Trinquet 36, 88, Ballière 220.
Gourmer : v. tr., 1713. « Battre à coups de poing, blâmer, critiquer », bob/49858.
Graisser ses (les) bottes : locution, 1759. « Se préparer à partir ». « Préparer à la mort ». « Mourir, être mort », bob/6829.
Gratifications : n. f. « Libéralité qu’on fait à quelqu’un ; faveur », Littré. Pour Tellier, ce sont des suppléments de nourriture ou de boisson. Tellier, Mes mémoires, op. cit. Jossevel emploie plusieurs fois le mot ironiquement dans le sens de punitions. Baudoux, Comment on s’évadait, op. cit., p. 24, écrit : « Je touchais aussi des grat’s ».
Gratte : n. f. « Racloir triangulaire tranchant sur les trois côtés et muni d’un manche, servant à mettre à nu le pont, la carène, etc. », Littré. On peut ajouter le nettoyage des tollards et des sols.
Gréer : v. tr. (substantif, gréement). « Garnir un bâtiment de voiles, poulies, manœuvres etc. dont il a besoin pour naviguer », Littré. Mais dans le texte d’Humbert, le mot signifie plus précisément : mettre en place l’araignée dans la cage, sur le transport maritime. Le gréement désigne « l’ensemble de tous les cordages ou manœuvres soit courantes soit dormantes qu’il est nécessaire de placer et qui sont actuellement en service dans un bâtiment », Littré.
Greffer : v., 1849. « Jeûner, ne pas manger, manquer de nourriture souffrir de la faim », bob/3139.
Grinche : n., 1799. « Voleur, petit voleur, voleur (qui agresse) ; assassin, escroc ; souteneur, bob/210. D’autre part bob ne signale pas grinche de la preme mais grinche de la haute pègre (Vidocq 1828) : « Voleur de distinction qui ne fait que de grands vols », escroc de haute volée, bob/209. Grincher, voler : Brissac2 56. Baudoux, Comment on s’évadait, op. cit., p. 25 emploie le verbe grinchir.
Grinchisseuse à la mitaine : « La voleuse laisse tomber un objet qu’elle cache prestement dans son soulier sans empeigne », Virmaître qui, comme bob/6848, ignorant Humbert, donne 1894 comme date de premier emploi. Le terme grinchisseuse, voleuse, avait été employé par Clémens, op. cit., en 1840.
Grosse légume : 1832. Personne importante, bob/4772. Locution appliquée par Humbert aux forçats « distingués », c’est-à-dire ceux qui comme les écrivains, dont il a fait un temps partie, ont un certain pouvoir.
Gueule d’empeigne : loc. Formule insultante ; personne peu sympathique ; type grotesque ; visage mécontent, bob/23890. « Dans tous les ateliers de France, gueule d’empeigne signifie bavard intarissable qui a le verbe haut, qui gueule constamment. C’est un sobriquet généralement donné aux Parisiens qui font partie du compagnonnage », Virmaître.
Gueuse : n. f. « Terme de marine. Morceau de fonte de fer qui est destiné à lester le navire. Il y a des gueuses de 25 kilogrammes et d’autres de 50 kilogrammes », Littré. À l’origine un lingot de métal, la « gueuse » désigne par extension toute masse métallique très lourde.
Habits noirs : Dans la bouche des condamnés, ce mot allie menteur et avocat. Le terme habits noirs inclut sans doute aussi dans cette catégorie les ecclésiastiques. Cet emploi est sans rapport avec Les habits noirs, cycle de huit romans de Paul Féval (1863-1875) qui rapporte une série de crimes illustres ainsi que d’erreurs judiciaires. Sans rapport aussi avec la bande des habits noirs, brigands qui ont sévi à Paris en 1897.
Incorrigible : n. m., 1845. « Catégorie de bagnard, le plus défavorisé, le plus surveillé ; criminel qui ne s’amende pas », bob/47535. Zaccone1 540-541 emploie le terme indocile pour désigner « les natures les plus indomptables » : « Tout travail leur est interdit » ; la salle des indociles est interdite au public, « c’est aussi dans la salle des indociles que le commissaire du bagne fait appliquer la peine de la bastonnade. »
Indiennes : n. f. Habits. Fusiller mes indiennes : voler mes effets (Humbert). Indienne : « Étoffe de coton peinte qui se faisait primitivement aux Indes. L’indienne est une étoffe légère », cnrtl.
Jambe (ça se fait sur une) : loc., 1948 (erreur ?) selon bob. Se faire facilement, expier une peine légère, bob/19930. L’expression vient sans doute de s’en aller sur une jambe : « Boire un seul verre », c’est-à-dire refuser de prendre un second verre avant de partir, bob/9925.
Jar(e), jars, jard, en jarre : n. m., 1615, apocope de jargon. « Argot, jargon, vocabulaire mystérieux ; en argot », bob/1739.
*Jeunehommerie : n. f. Milieu des jeunes voyous. Mot créé sans doute sur la base de hommerie, n. f. : « bassesse, corruption de l’homme ; ses manifestations », cnrtl. Il existe un proverbe qui vient de saint François de Sales (1567-1622) : « Là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie ».
Job ([se] monter le) : « Tromper, raconter des mensonges, mystifier, duper […] ; se monter le coup à soi-même ; se croire plus que l’on est ; exciter quelqu’un contre, s’exciter contre, s’emporter ; se laisser tromper », bob/362.
Job (faire le), jobard, barjot : adj., 1829. Niais, crédule, naïf ; fou (ou qui simule le fou). Nombreux mots de cette famille : barge, barjotisme, jobelin, jobarder, jobardeur, jobardise(r), jobarderie, joberie, jober, jobastre, se chauffer le job (avoir des illusions), bob/famille/96.
Joseph : n. m. : couteau, bob/14114 (qui date le terme de 1901, ignorant « Mon bagne »). En argot, un joseph est aussi, par l’histoire biblique, un homme chaste ou un homme cocu (bob/6927). Virmaître fait se rejoindre les deux significations en expliquant qu’on dit « tu es un Joseph à celui qui a assez de cornes sur la tête pour alimenter de manches une fabrique de couteaux ».
Knout : n. m. « Étymologiquement “fouet” en russe, le knout est l’instrument de supplice, chez les Russes, composé de plusieurs nerfs de bœuf fortement enlacés et terminés par des crochets de fer ; il sert à infliger les châtiments légaux ». Knouter, c’est frapper avec le knout. Littré.
Lamper : v. tr., 1642. Boire, boire beaucoup, avaler d’un trait, bob/4720.
Lansquine, lancequine : n. f., 1866, de lance + quine. Pluie, eau, bob/6957. De lansquiner, lancequiner, 1799 : pleuvoir ; uriner ; pleurer, bob/1762. Brissac1 82, lansquine : pluie. « Il lansquinera des pruneaux (il pleuvra des balles) », Simon-Mayer 147.
Larantuqué : n. m. Pièce de quarante sous (ou deux francs). Le mot se trouve sous diverses formes à laquelle s’ajoute celle employée par Humbert : « laranque ; larantequé ; larante ; larantque ; arantequé ; larantqué ; larantiqué ; arantèque ; ranqué ; ranké ; larantequem », bob/3196 qui date de 1880 le premier emploi, Brissac1 43.
Largue, l’arcque, l’arque : n. f., xviiie siècle. Femme (général) ; épouse ; femme à carte ; prostituée…, bob/242.
Largue (grand) : n. m. Allure dans laquelle le navire reçoit encore plus abondamment le vent que dans l’allure largue, mais, cependant, moins que s’il était vent arrière (d’après Julien Le Clère, Glossaire des termes de marine, Paris, Ciani, 1960) », cité par cnrtl. Boulabert 592 emploie l’expression au sens figuré : « En divaguant ainsi et en pestant grand largue, Micardon était arrivé à la porte de son bureau ».
Larguéfem : expression en largonji (qui consiste à remplacer la première consonne par un l et à replacer ensuite cette première consonne au début d’une syllabe libre, souvent en -em) pour fargué, part. p., 1821. Être muni, pourvu, chargé ; être porteur d’un fardeau, du vol, d’outils pour le vol ; porter une arme, bob/3895.
Lésée, lesée, lézée, laizé, laisée : n. f, 1872. Femme prostituée, terme insultant, bob/3214.
Licher : v. tr., 1767. « Boire ; boire beaucoup ; boire immodérément ; boire quelque chose », bob/248.
Lincé : n. m. « Vingt-cinq centimes », selon bob/7003 qui donne la date 1889, ignorant Humbert.
Linge : n. m., 1870. « Femme ; femme galante richement vêtue… », bob/3223. Voir Brissac 44 (« mon linge [ma femme] était à cran »).
Lingue : n. m. « Autre forme de lingre : couteau. Quelques auteurs disent lingue, c’est une erreur. Lingre est une corruption de Langres, ville renommée pour la fabrication de ses couteaux (argot des voleurs). Lingreur : assassin qui tue à l’aide d’un couteau (argot des voleurs) », Virmaître. Lingrer, linguer, v. tr., (1789) : « poignarder, couper », bob/1789. Être Lingué : être touché d’un coup de couteau, Bauër 281. Linguer son pantriot : Voir pantre.
Localité(s) : n. f. Salle où dorment les bagnards : « À l’heure où les condamnés sortent des localités pour aller au travail… » ; « L’intérieur du bagne de Rochefort est à peu de choses près comme celui de Toulon, excepté toutefois les localités flottantes qui n’y existent pas », Benjamin Appert, Bagnes, prisons et criminels, Paris, Guilbert/Roux, 1836, p. 225 et 142.
Louis XV, louis : n. f., 1876. Prostituée, femme (ou mère), bob/12313. « Louis XV » parce que souvent, dans les maisons de prostitutions, les filles publiques se poudrent la tête et se posent des mouches (Rigaud). Humbert emploie aussi louis dans le même sens, par exemple, poncer une louis. Voir Brissac 44. Baudoux, Comment on s’évadait, op. cit., p. 19 transforme Louis XV en linsquée (avec ellipse pour Louis et largonji pour quinze).
Lourde(s) (casser des) : n. f., 1628. Porte ; porte de prison, bob/257. Casser une lourde, 1894 selon bob : briser une porte, cambrioler, bob/6053.
Lune : n. f., 1847. Le gros écu (pièce d’un franc), bob/74011.
Macchabée, macchabé, machabée, machabé, macabé…mac chabé : n. m., 1856. « Cadavre, cadavre de noyé, mort pour la dissection ; (mort, décédé) », bob/3246. D’après le livre biblique qui raconte le martyre des sept frères Macchabées, la danse macabre était la danse liturgique représentant ce martyre.
Macromancie : n. f., 1899 selon bob. « Relatif à l’étude des souteneurs », bob/34567. Probablement créé de mac (lui-même de maquereau, xiiie siècle : souteneur, proxénète). Baudoux, Comment on s’évadait, op. cit., écrit mac et emploie le verbe être maqué (« avec une belle gonzesse » (p. 18).
Mahomet : n. m. En argot, un mahomet désigne, selon Simon-Mayer 101, « une sorte de porte-monnaie en cuir […] ». L’auteur se demande si c’est « parce que l’argent est partout le dieu » ou « parce que certains Arabes portent leur argent dans un porte-monnaie de cette espèce, c’est-à-dire se suspendant au cou à l’aide de cordons ».
*Main (acheter à la) : locution. Acheter comptant, repris par Delvau (Fustier 1889) qui cite « Mon bagne ».
Majorité : n. f. La majorité générale, c’est-à-dire l’état-major de la Marine (au port de Toulon) commandé par le major, Zaccone2 106.
Mâle, en rapport avec mal(e)fra(t) ? : n. m. « Vaurien, truand, voyou… », bob/14189. Mâle signifierait criminel par orgueil.
Malheur (tomber dans le) : locution, 1841. Être condamné aux galères (ou au bagne), bob/7155. Voir Hollyman qui cite Marc Le Goupils, Les filles du pionnier, Paris, Hachette, 1911 et Alin Laubreaux, J’étais un autre, Paris, Albin Michel, 1930 dans l’expression calédonienne avoir eu des malheurs.
Manger la grenouille : locution, 1793. Vient de la grenouille en bronze, emblème protecteur sur la serrure des coffres-forts des banquiers hollandais, ou des tirelires en forme de grenouille. « Emprunter dans la caisse, dissiper, dilapider, voler les fonds », bob/6429. Voir Simon-Mayer 293.
Manille : n. f.,1830. « Anneau des forçats, partie de la chaîne du bagnard (anneau du pied), anneau [pouvant s’ouvrir] que l’on rive à la chaîne des forçats », bob/4003. Voir Trinquet 54. Tellier, Mes mémoires, op. cit., Jossevel etc. Manicle, Zaccone2 107. Maroteau emploie par dérision l’expression « comte de Manille » pour désigner un condamné.
*Marchand de cirage : Le dictionnaire d’argot de Delvau (Fustier 1889) le définit ainsi « Commandant d’un navire. Argot du bagne » ; il s’appuie justement sur le texte d’Humbert mais ne cite pas d’autres textes. Il semble que ce qualificatif, attribué selon Humbert, par les passagères de la Virginie au commandant Launay est propre à ce dernier, mais pour quelles raisons ?
Marcheuse : n. f., 1799. « Employée de bordel qui escorte les prostituées ou leur tient compagnie à la porte ; prostituée ambulante, prostituée qui fait le trottoir… », bob/3256. Les marcheuses ont été supprimées à la porte des maisons closes par un arrêté de 1881, Virmaître.
*Mariage : n. m. Anneau « d’accouplement », synonyme de manille (Humbert). On emploie le mot mariés pour deux condamnés accouplés.
Mariol(l)(e) : n. m., 1827. Malin, rusé, roublard, fanfaron. Le terme peut être péjoratif : imbécile, mauvais plaisant, stupide. Faire le mariole : faire l’idiot, fanfaronner, être désobéissant, irrespectueux, bob/3260. Marieul (Zaccone1, 315).
Marlou, merlou : n. m., 1823. Serait le nom provincial du matou ou viendrait du vieux mot marlier, (Virmaître). Souteneur, individu qui vit de la prostitution, garçon attaché au service d’une maison de tolérance ; ou bien, en dehors du champ de la prostitution : voyou, filou ; individu propre à rien, fainéant, bob/3261 qui donne la date de 1802 comme plus ancien emploi connu. Adjectif, marlou(e), marloux, marlouse, merlousière, 1821 : « malin (parfois péjoratif), rusé, roué, adroit », bob/1827. Marlousier, marlousien, marloupiat, marloupatte sont d’autres termes pour désigner le souteneur ou maquereau, avec une connotation affective ou péjorative, bob/274, 1827, 4442, 45424, 12883. Marle à la redresse : Allemane 287. Voir mec.
Marquet, marque, marqué, mar(c)k, marquis : n. m., 1829. Mois. Les détenus marquent d’un bâton chaque jour passé. Trente ou trente et un bâtons au mur, rayés, constituaient un marqué, bob/1838. Selon bob/44428, marquet (1901) a le sens plus général d’époques et aussi de menstrues.
Masse noire : 1829. « Somme détournée de la comptabilité officielle(?) ; en prison, part prélevée sur le salaire des détenus pour être placée sur un pécule dit de sortie », bob/22187. Voir aussi Zaccone1 19. Dans l’emploi d’Humbert, le sens est un peu différent : masse noire désigne l’argent prélevé par les surveillants sur les forçats lors des fouilles.
Masser : v., 1844. Allusion au cantonnier qui casse les cailloux avec une masse (Virmaître). Travailler, peiner…, bob/3267, 12884.
*Maupernasse : Déformation du toponyme Montparnasse causée par l’accent de « titi » parisien.
Mec, meg, mèque, méquart : n. m. « Pour Meg : chef, patron, Dieu, le mec plus ultra (argot des voleurs) », Virmaître. Le sens « appellatif familier pour homme » est relevé par bob/46919 qui le fait dater d’une époque récente (1979). Il apparaît que le sens du mot a glissé de souteneur à homme fort puis à tout individu mâle. Mèque à la flan (Humbert) signifie individu « nul, minable » (bob donne pour ce mot la date de 1911) et s’oppose à mec (ou meg pour Humbert) à la redresse : « Tout individu qui en impose par ses qualités et ses vices », Delvau 1883. Hollyman, dans un long article (mec et mac) sur l’emploi du mot en Calédonie, relève meg à la flan (Brissac1 57) traduit par ingénu et opposé à meg à la coule (ibid.). Autre expression dans Brissac1 42, « megs aux gros bras, les forçats les plus redoutés » et 88 « megs de la Tierce, forçats les plus dangereux ».
*Merde de pie : « Pièce de cinquante centimes. Argot du bagne », Delvau (Fustier 1889) qui cite Humbert.
Mettre à table (se) : locution, 1845. « Faire des révélations, avouer, dénoncer, trahir, dire la vérité », bob/4429.
Mise en salle : Elle « consiste à “engraisser” les condamnés afin de leur donner un tempérament assez fort pour supporter la traversée » (définition d’Humbert lui-même lors d’une conférence résumée par Pain, Alphonse Humbert, op. cit., p. 49).
Mistoufle(s) : n. f., 1866. « Misère, pauvreté, situation déprimante ; ennui, problème […] ; faire des misères, causer des désagréments, des ennuis, faire des méchancetés », bob/3286.
*Mocaubocheteau : Ce mot vient de Moc-aux-Beaux, quartier de la place Maubert, Delvau (Fustier 1889) qui cite Humbert. Brissac1 76 note de la Maube : de la place Maubert.
Môme : n. m. ou n. f., 1821. De manière générale, le mot désigne un enfant. Au féminin c’est une femme amante, maîtresse ou prostituée ; au masculin, comme dans « Mon bagne », c’est un jeune homme (condamné) homosexuel passif, bob/1871. « Autour de moi j’entendais dire d’un tel forçat : “c’est un môme !” et de tel autre : “c’est un entreteneur”. On disait d’eux : “ils sont mariés” », Simon-Mayer 29. Voir Môme bastaud.
Monseigneur, pince monseigneur, monseigneur le dauphin : n. m. ou n. f., 1827. « Pince, outil pour fracturer les portes, pince à effraction, outil de cambrioleur (pied de biche) », bob/294. « Cet outil en acier de 45 cm de hauteur et 25 mm de circonférence est connu depuis le xviiie siècle », Virmaître.
Mouise, mouisse, mouïse : n. f., 1821, en rapport avec l’allemand Mus, bouillie. « Soupe, mauvaise soupe, soupe économique, soupe à la rumfort [bouillon maigre à base de déchets de pain, de légumes et d’os, mis au point par Lord Rumfort au début du xixe siècle], bob/1890. Le mot ancien misère aurait été « contaminé » (depuis la fin du xixe siècle) par le mot mouise (mauvaise soupe).
Musique : n. f. Ce mot (polysémique en argot), dans le sens de dénoncer ou en être capable, n’apparaît pas dans les soixante-treize synonymes de dénoncer et trahir relevés par ABC langue française. Cependant, il est signalé par Rigaud (1881) : « Dénonciation, passer à la musique, être confronté avec un dénonciateur ». De plus Delvau (Fustier 1889) cite une phrase de « Mon bagne » d’Humbert pour illustrer le même sens qu’on retrouve dans faire musique ou jouer de la musique. bob/81745 donne pour jouer de la musique la définition suivante et donne la date 2012 : « Rossée infligée au détenu avant de le descendre au mitard ».
Naze de cougne : Nez de con, insulte, en langue occitane, proférée par le surveillant en charge du signalement. De plus nez se dit nase « dans l’argot des faubouriens », Delvau 1867. Ou bien cette expression combine deux insultes : naze désigne au xixe siècle les personnes atteintes de syphilis et cougne vient du mot cunnus, con, sexe de la femme et injure.
Nib(e) : adv., 1846, apocope de l’argot nibergue 1800. Rien ou déformation de bernique : rien, absence de, gratuitement, bob/3310.
*Noune : n. m. Humbert donne cette définition que reprend Delvau (Fustier) : « receleur qui suit le voleur à la tire et reçoit la camelot(t)e à mesure que son associé opère ». Ce mot n’apparaît pas dans les vingt-six synonymes de receleur donnés par abc. Il semble que noune soit identique à nonne que bob/1914 définit ainsi : n. f., 1828, aide du tireur, compère, complice, affidé, acolyte du fourlineur. » Ce mot est en rapport avec faire nonne : « faire la foule. Rien de plus simple : les nonneurs (complices) se regroupent autour de l’un d’eux qui simule un mal subit, de préférence dans une rue barrée. Les badauds s’amassent. Le tireur peut à l’aise explorer les poches et souvent la moisson est féconde. Quand l’un d’eux est pris et qu’il se met à table, on dit qu’il mange sur ses nonneurs », Virmaître.
Paesan : n. m. Patois corse, version abrégée de l’italien paesano, pays, compatriote (patois corse) : ami, frère copain, compatriote. Sens proche de pays (et payse), n. m., 1794 : « Compatriote, homme/femme originaire de la même ville, du même village… », bob/38856, encore utilisé dans ce sens en Nouvelle-Calédonie : « Ça va, mon pays ? ».
Pagne : n. m., 1880. Lit (chambre). Selon Virmaître, c’est une « allusion au pagne qui entoure la taille des sauvages ; les draps cachent également la nudité » ; le verbe pagnoter signifie se coucher.
Pante, pantre, pantre à la dure (faire le) : n. m. « Personne qui n’est pas du milieu et qui a donc la vocation d’une victime, 1820-1840 » selon Hollyman qui cite aussi Brissac1 83 « pantres, ni voleurs ni assassins ». Pantre (argoté) peut aussi signifier imbécile, idiot, dupe, bob/4055. C’est peut-être dans ce sens qu’Humbert emploie le mot pantriot dans linguer son pantriot, mot que Brissac1 83 emploie aussi, comme pante (Brissac2 55), et dans le même sens. La définition de Virmaître « imbécile qui se laisse facilement duper » confirme cette acception. Mais dans l’emploi d’Humbert, pantre à la dure, pantre signifie voyou quelconque, malfrat. À la dure, 1880 : Par la force, agression avec violence, bob/3642. Voir aussi Simon-Mayer 147.
Pantin, Pantinois : n. p.,1815. Paris, Parisien, bob/546. On trouve Pantruche pour désigner Paris dans Baudoux, Comment on s’évadait, op. cit., p. 38.
Paré : part. p. Prêt (Ballière 141), préparé, à l’abri (Tellier, Mes mémoires, op. cit.).
Pat(t)arasse : n. f., 1828. « Bourrelet pour protéger du frottement de fers, pour garantir les jambes, petit coussin qui empêche que la jambe ne soit écorchée par les fers ; petites pelotes dont les forçats se servent pour empêcher le frottement des fers sur la peau », bob/25660. Zaccone1 126. Voir Brissac1 32, Allemane 194, Simon-Mayer 26, Trinquet 134, Boulabert 346… Humbert cite également Patarasse, condamné légendaire qui s’est échappé du bagne et, aimé de la fille d’un grand chef, s’est réfugié dans les tribus insoumises dont les autorités coloniales ne parviennent pas à l’extraire.
Patelin : n. m., 1849. Corruption du vieux mot pasquelin qui signifiait la même chose (Virmaître) : ville, village, bourg, pays, compatriote, bob/3370. Patelin, comme pays, est souvent employé par métonymie dans le sens de compatriote, originaire du même lieu que le locuteur.
Payol, payot, paillol, paillot : n. m, 1828 (Vidocq). « Forçat occupé à des écritures, à des comptes [qui] dresse des états ; il distribue les vivres, fait la paie, exerce les retenues suivant les règlements », bob/333.
Peau : n. f., 1872 (Hollyman). Rien. Bon à peau : bon à rien. Voir Mimande, op. cit., Que peau ! employé abondamment par Baudoux ainsi que Peau de balles. Ces expressions, relevées par Hollyman, restent calédoniennes et sont absentes des autres dictionnaires. Dans la langue d’aujourd’hui, l’expression s’est enrichie : Awa peau ! signifie hélas, rien de rien !
Pègre, pégre : n. m., 1821, du latin piger, paresseux. « Voleur, délinquant, voyou… », bob/3373. « Les pègres forment deux catégories : la haute et la basse pègre », Virmaître. Voir Brissac2 14, Baudoux, Comment on s’évadait, op. cit., p. 31. Au féminin, pègre signifie « milieu des criminels », bob/583.
Pégriot, pégroit : n. m., 1828. Membre de la pègre ; voleur de bas étage, petit voleur, bob/1979.
*Pied (mon) : Part, ma part, ce à quoi j’ai droit, Humbert cité par Delvau (Fustier 1889).
Pied de banc : n. m., 1870 (« une compagnie a quatre sergents comme un banc a quatre pieds », Dauzat). Sergent, sous-officier, bob/12439. Boulabert 348 emploie l’expression « simples pieds de banc » qu’il définit ainsi : « officiers sans avenir »
Pioupiou : n. m., 1838. « Fantassin, soldat d’infanterie, soldat de ligne, jeune soldat (français) », bob/4818. Synonyme : troufion, cnrtl. Le mot pioupiou désigne à l’origine un oiseau ou un jeune poussin. Il apparaît que, lié à l’expression d’Humbert « se tenant par le doigt », il se rapporte sans doute à des enfants plutôt qu’à des soldats.
Planque, en planque, mettre à la planque : n. f., 1830, (de planquer, cacher, 1790, qui viendrait de planter). Cachette ; abri ; sinécure (emploi), bob/2032, 2033.
Plat (être de, camarade de, homme de, chef de) : n. m., 1880 selon bob (Simon-Mayer, Brissac) mais le mot apparaît plus tôt (Ballière 1873). Unité de compte (d’un nombre d’hommes) ; escouade de dix forçats, responsable de la distribution de la nourriture pour dix hommes, bob/70323. Le mot est employé (métonymie) par la plupart des écrivains déportés de la Commune : Trinquet 59, 62. Simon-Mayer 74-76 qui donne sa définition du mot plat et donne la liste des condamnés (quatre-vingts dont trente-neuf condamnés de droit commun) des huit plats de sa cage (bâbord) dont il est chef et a nommé les chefs de plat. Brissac1 83 note camarades de plat. Le plat désigne aussi le seau que suspend le chef d’escouade (de plat) et dans lequel viennent puiser, chacun à son tour, les dix condamnés du groupe : Ballière 53, 64… Allemane 191, 246.
*Poêlons : Métonymie non répertoriée dans les dictionnaires ou lexiques : plats préparés vendus à la cantine.
Poignon, pognon, pougnon : n. m., 1840, du verbe (em)poigner. Argent, de l’argent, bob/3414 qui cite « Mon bagne ».
Ponce, ponse, panse : n. f. Ce mot, absent – dans le sens employé par Humbert – de la plupart des dictionnaires d’argot, est devenu (Hollyman) un mot courant de la langue en Nouvelle-Calédonie : « correction manuelle et verbale ». Le mot (1873) vient de poncer (action des souteneurs) : « rosser ».
Porter malade (se faire) : locution. Porter, dans le sens de mettre par écrit dans les registres militaires. Plus tard, l’expression a évolué sous la forme se faire porter pâle, « expression née au début du xxe siècle dans l’univers des casernes », bob/20546.
Potot, pot(e)au (se dit pote maintenant) : n. m., 1400 (1873, selon dhlf). « Ami, camarade ; associé, complice (malfaiteur ; chef de bande) ; peut être employé en appellatif… », bob/3426.
Poulaine : n. f., désignait antérieurement (xive siècle) des souliers à longues pointes en peau, de Pologne. « Terme de marine. Nom que porte la saillie des pièces de construction qui se trouvent en avant du coltis [points du navire où commence la saillie des bossoirs] et qui sont montées contre l’épave ainsi que sur la muraille de l’avant du navire. L’équipage lave son linge sur la poulaine et y trouve ses latrines », Littré. Le mot est fréquemment employé par les écrivains déportés de la Commune, dans le sens de lieu d’aisance. « Les bouteilles sont les cabinets suspendus de chaque côté, aux flancs du navire et que je désigne quelquefois sous le nom de poulaines. » Ballière 154.
Pousse-cailloux : 1806. « Fantassin, soldat de base, homme de troupe ; terme de mépris (de la part d’un marin) », bob/10969.
*Preme : n. f. Voir grinche de la preme. Ce mot qui paraît absent de tous les dictionnaires d’argot signifie, comme l’indique Humbert, « de première catégorie » ou de premier rang. Il pourrait être assimilé à l’expression pègre de la haute (1821) citée par bob/11651.
Prêter la main : locution, 1831. Aider, s’entraider, bob/50636. On trouve aussi donner la main. Cette dernière expression (d’Humbert) est encore abondamment employée dans le français de Nouvelle-Calédonie.
Quart : n. m. Récipient d’une contenance d’un quart de litre. Le mot est, semble-t-il, d’abord employé par les militaires. Les 23 cl que contenait le quart constituaient la ration journalière pour le bagnard. « La valeur du surplus [c’est-à-dire 2 cl] nous était retenue comme aux marins… pour la caisse de retraite ! » Simon-Mayer 74.
Quine : n. m., 1845. Série de cinq chiffres, notamment au jeu. Jouer le quine sec, 1845 : « à la loterie impériale, renoncer aux chances subsidiaires », bob/24784. En avoir quine, 1953 : en avoir assez, bob/19651.
*Quine : n. f. Employé par Humbert dans l’expression repos de la quine : repos de midi, n’apparaît pas dans les dictionnaires.
Rama(s) : n. m., 1833. Barre de fer placée au pied de chaque lit de camp et qui s’emboîte avec le rama du lit suivant et « fermée à chaque extrémité par un énorme cadenas », Allemane 192. L’anneau de la chaîne du condamné se passe tous les soirs dans le rama (Brissac 2 31 ; Simon-Mayer 26-28), Bob/7175. Humbert fait du rama une description très précise (I, ch. 3)
Rapiéceur : n. m., rare. « Celui qui répare les vêtements en posant des pièces ». La phrase de « Mon bagne » qui contient ce mot est ensuite citée : cnrtl (tlfi).
Ratichon, rastichon(ne) : n. m., 1628 (rastichon : aumônier des prisons, dérivé de rat), rat d’église. « Ecclésiastique, prêtre, curé, abbé, aumônier, séminariste », bob/379. Emploi abondant de ce mot chez Boulabert.
Ration de la marine : Régime alimentaire amélioré que suivent les forçats avant d’embarquer sur les navires de transport à destination de Nouméa ou de Cayenne.
Recorder, récorder : v. tr., 1740. Prévenir, instruire, avertir ; remonter le moral à un désespéré, bob/2124.
Redresse (être à la, mec à la, numéro à la, etc.) : locution, 1875, mélioratif évoquant des qualités physiques. Homme rusé, malin, débrouillard, bob/3477.
Renaud (être à ou en, faire du) ; arnaud : « Colère, mécontentement, faire des reproches à quelqu’un », bob/3480.
*Rencontre (à la) : Vol opportuniste. Parmi les très nombreux « vols à » ou « vol au(x) » répertoriés par bob, on ne trouve pas vol à la rencontre.
Rendez-moi (vol au) : 1836. Vol avec astuce sur monnaie ; vol sur changement de monnaie ou à l’échange de monnaie, bob/2143.
Repincer : v. tr., 1842. « Reprendre, arrêter de nouveau, rattraper… », bob/12137. Dans le texte d’Humbert, repincer est reprendre l’argent volé à un voleur.
Retranchement : n. m. Suppression d’une part de la ration quotidienne (vin ou nourriture). Les punitions sont le retranchement de vin ou de tafia, appliqué en cas de fautes légères : « l’inconvenance », « l’ivresse », « le jeu d’argent », « les infractions aux règlements », « la paresse » ou « la mauvaise volonté au travail » ; la prison de nuit (remplacée par la boucle simple ou double dans les camps) pour les fautes plus graves : « l’insolence envers un agent ou un fonctionnaire », Barbançon, L’archipel des forçats, op. cit., p. 155. De nombreux témoignages sur le retranchement apparaissent dans les dépositions à la commission d’enquête sur le régime disciplinaire des établissements pénitentiaires (1880-1881), présidée par Périn (Goblet, Rapport, op. cit., passim).
Rondier : n. m., 1845. « Surveillant de bagne qui vérifie la solidité des chaînes la nuit » (qui fait des rondes), bob/21659. Voir Allemane 192 par exemple.
Rou(f)fla(c)quette : n. f., 1876. « Mèche de cheveux collée sur la tempe, en forme d’arrache-cœur, en forme de virgule ; attribut du souteneur : cheveux qu’il ramène sur les tempes », bob/5659.
Roulotte : n. f., vers 1800. « Charrette ; camion ; voiture ; roulotte (de colporteur, camelot) ; voiture de saltimbanque ; voiture cellulaire… », bob/2188.
Rupin : n., adj., 1628. Gentilhomme, notable ; individu élégant ; riche ; remarquable, de valeur, bob/407. Voir Brissac2 56 que l’auteur traduit par « beau monsieur ».
Sabot : n. m., 1828. « Petit bateau, barque, canot, navire », bob/3505. « Le condamné que l’on embarque à l’île de Ré, pour la Nouvelle-Calédonie, met le pied dans le sabot », Gustave Armand Rossignol, Dictionnaire d’argot. Argot-français, français-argot, Paris, Ollendorf, 1901.
Saloperie : n. f., 1831. Saleté au sens propre ; et au sens figuré ; ce qui est grossier, déloyal, mauvais, indigne, bob/18490. Dans le texte d’Humbert, le terme est appliqué à une personne : dénonciateur. « Saloperie » reste très usité en français de Nouvelle-Calédonie, dans le même sens que celui que donne Humbert, même si le terme est de plus en plus concurrencé par la forme métropolitaine (et plus moderne) « salaud ».
Savat(t)e (tirer la, tireur de), n. f., 1823. L’emploi d’Humbert ne correspond pas à deux définitions données par bob : 1. Châtiment, punition ; militaire : le puni attaché, le groupe défile devant lui et le bat, bob/49398. 2. Avec les verbes tirer et traîner : avancer sans énergie, tirer la jambe (boiter), bob/46082. En revanche, elle répond à celle-ci : « Espèce de gymnastique qui a pour objet d’appliquer à son adversaire un coup de pied entre le mollet et la cheville […]. Les règles de la savatte », https://fr.thefreedictionary.com/savate. La savatte, pratiquée par les mauvais garçons des barrières de Paris et qui avait séduit Vidocq, a été nommée boxe française par Théophile Gautier (Le maître de chausson, 1840) dans le recueil de nouvelles La peau du tigre, Paris, Michel Lévy, 1866, p. 289-311(chausson est un euphémisme pour désigner la savate).
Semperlot, perlo(t) : n. m., 1878, dérivé de semper-virens (littéralement toujours verdoyant), variété de chèvrefeuille, substitut du tabac. Tabac, bob/3383. Voir Brissac1 56.
Sergent de grille : Surveillant qui commande le poste des gardes-chiourmes. « Les sergents de grille se tiennent au tambour, entre les salles du bagne, ils sont chargés de la surveillance des salles, du ferrement et du déferrement des condamnés, de l’appel nominal, de la visite des fers, de la rentrée et de la sortie des forçats », Poisson, « Du garde-chiourme », art. cité.
Servant : n. m. Mot employé par Humbert dans le sens d’homme de corvée ou chargé des travaux les plus élémentaires, servants de l’hôpital (infirmiers), servants de prison, servants de l’aumônier. « Ceux qu’on appelait les servants étaient, à Toulon, sous la direction des sœurs hospitalières [de la Charité de Saint-Vincent de Paul]. Ils s’occupaient de la cuisine, des bains, avaient des postes à la pharmacie, au laboratoire, au cabinet d’histoire naturelle. » Abigaëlle Marjarie, « La vie de forçat », art. cité.
Service intérieur : Les employés de l’intérieur qu’on a classés un temps parmi les officiers de galère sont employés à des tâches diverses qui ne sont pas particulièrement pénibles (cuisiniers, menuisiers, fourgonniers, (dé)ferreurs, forgerons, perruquiers, bourreaux, écrivains, servants divers…) Cela permet de faire des économies et d’éviter le contact avec l’extérieur. Voir Marjarie, « La vie de forçat », art. cité et Poisson, « Du garde-chiourme », art. cité. Voir Allemane 203 et suiv., 288…, Brissac1 30, Trinquet 37, 170-171. Souvent employé par synecdoque particularisante, l’expression service intérieur désigne une personne qui appartient à ce service.
Sibigeoise, cibigeoise, cibijoite, cibige, cibiche… : n. f., apocope de cigarette avec suffixe argotique, 1872. Cigarette, bob/2806, 39177,39294. Voir Allemane 198 (cibige).
Siffler (il pouvait siffler) : v. Humbert emploie le verbe (ironiquement) dans le sens d’ordonner. Ce sens se rapproche de bob/26473 : Siffler quelqu’un (1747) : « L’instruire de ce qu’il doit dire ou faire en certaines occasions, lui souffler ses réponses ».
Signalement : n. m. « Examen minutieux du corps du forçat suivi d’une description portée sur son dossier. Plus tard dans les bagnes coloniaux, on le désignera sous le nom d’examen anthropométrique. Le bertillonnage [anthropométrie développée par A. Bertillon, appuyée sur une vingtaine de mensurations d’une personne] est une « technique d’identification des malfaiteurs et des personnes soupçonnées d’avoir commis une infraction relevant de la police judiciaire. » Jean-Paul Doucet, Dictionnaires de droit criminel, 21 octobre 2017 (https://ledroitcriminel.fr/dictionnaire.htm, consulté en août 2023)
Slaze, schlass(e), chlasse, cheulasse, slasse : adj.,1883 (« Mon bagne » étant ignoré), de l’allemand et alsacien, schlass, mou, avachi. Ivrogne, saoul, malade d’ivresse, bob/2802.
Soce : n. f., 1872. Société, bande, groupe ; ami, camarade, les amis…, bob/9367.
Sonner : v. « Sonner un individu c’est le saisir par les oreilles ou par les cheveux et lui cogner la tête contre un corps dur », Rigaud 1881 (selon Paul Mahalin, Les monstres de Paris, Paris, E. Dentu, 1880).
Sorgue, sorgne, sargue : n. f., 1628. Nuit, le soir, de nuit, bob/431. Virmaître ajoute : « Sorguer : dormir » ; « Sorgueur, voleur de nuit ». « Sorguer à la paire : dormir à deux ».
Souquer : v. tr. « Ce terme de marine signifie « serrer fortement un amarrage, un nœud, les tours d’un cordage qui lie ensemble deux ou plusieurs objets. Souquer sur la rame, faire force de rames », Littré. Dans l’argot du peuple, souquer signifie « battre ou seulement rudoyer », Delvau. Mot très fréquent dans « Mon bagne » qui signifie, selon bob/9811 qui cite Brissac1 71 comme premier emploi dans ce sens : violenter, mater, battre, frapper, tenir sous un régime sévère de punitions. Ce verbe est employé dans ce même sens par Boulabert 800 et dans le sens de serrer (les entraves d’un prisonnier), par Chevalier dans Goblet, Rapport, op. cit., p. 61. Le mot s’est maintenu dans le parler calédonien. Voir Christine Pauleau, Mots de la Nouvelle-Calédonie, t. 1, Centre de documentation pédagogique de la Nouvelle-Calédonie, Nouméa, 2007, p. 155.
Strapontin : n. m., 1838. « On accorde à ces élus [forçats de la salle des éprouvés] un petit matelas d’étoupe, dit strapontin, pour se coucher sur le lit de camp », Zaccone1 541. Parfois, on rencontre le mot serpentin qui a le même sens, Zaccone2 91. Voir bob/2247.
Tafia : n. m., 1722, abréviation de ratafia, 1659, mot créole. « Alcool, eau-de-vie tirée des mélasses de canne à sucre, rhum, eau-de-vie de basse qualité », bob/6473. Mot fréquent dans les écrits du bagne : Tellier, Mes mémoires, op. cit., Jossevel. « Exécrable tafia venant de la canne à sucre produite dans le pays », Boulabert 755.
Tante : n. f., 1830. « Inverti passif » ; vers 1880, tante a signifié également délateur et aussi policier, bob/15553.
Tapis-franc : n. m., 1798. « Cabaret, hôtel garni, auberge, taverne où se réunissent les voleurs. Cabaret du plus bas étage. Table de jeux autour de laquelle se rassemblent les criminels », bob/2307.
Tas (sur le) : locution, 1815. Au travail en général et aussi dans le domaine de la prostitution et de la criminalité, bob/4449. Humbert emploie le mot après la locution « fait bon », ce qui signifie être pris en flagrant délit.
Tayo : n. m. « Désignait autrefois un Indigène calédonien. C’est un mot de la langue maorie, importé de Tahiti et qui signifie ami et par extension homme », Collectif, Mille et un mots calédoniens, Nouméa, 1982. Humbert écrit souvent tayau(x). Le mot tayo forçat a été employé par les Kanak pour désigner les bagnards. Voir Hollyman, OFP, op. cit., vol. 8 (1994). Le capitaine de vaisseau Bérard atteste l’emploi fréquent de ce mot en Nouvelle-Calédonie dès 1845 (Campagne du Rhin en Nouvelle-Calédonie du 28 septembre au 6 octobre) : « Chaque officier, chaque matelot, avait son tayo (ami), et par un échange de politesse et de petits cadeaux, tout le monde à bord se trouvait pourvu de divers produits de l’île. » [Anon.], « Courrier du soir – Correspondance particulière », Le Mémorial bordelais, 16 octobre 1846, p. 3. Il semble que ce soit Louis-Antoine de Bougainville (1768) qui ait signalé en premier ce mot, employé par les femmes de Tahiti, au sujet des marins. Il s’agit de la déformation du tahitien taioro, une préparation culinaire fermentée, assez malodorante, comme les marins pouvaient l’être eux-mêmes.
Terreur : n. f., 1841. « Qui se fait respecter par la peur et la violence, voyou archétypal de quartier, chef de bande », bob/8216. Au bagne, le mot désigne les « dominateurs » selon la définition de Jossevel qui emploie fréquemment ce terme : les terreurs de jeux, c’est-à-dire « les terreurs du bagne », « les crâneurs, les forts-à-bras », ceux qui dirigent et contrôlent les jeux du bagne pour leur profit et que Tellier oppose à teneurs de jeux. Tellier, Mes mémoires, op. cit.
Têtière : n. f., xiiie siècle. Poutre installée contre le mur sur toute la longueur du tollard (lit) et qui tient lieu d’oreiller, définition d’Humbert. Le mot têtière peut impliquer une idée de soutien : bois qui soutient la tête des plis d’un soufflet d’orgues (Littré) à moins qu’il désigne tout simplement l’endroit où repose la tête, car il peut aussi désigner le coussin fixé sur un fauteuil à l’endroit où l’on appuie la tête (cnrtl).
Tierce, tiercé, thierce : n. f., 1872. Association d’individus dangereux ; bande, bande d’amis ; bande de voyous, bob/3548. Voir Malato 53. Sur certaines fiches matriculaires est mentionnée l’appartenance du condamné à la Tierce. Le roman de Boulabert, Le roi du bagne, est centré sur cette « ténébreuse et criminelle association des Frères de la chiourme (p. 790).
Tiers-point, tire-point : n. m. Lime de section triangulaire qui sert principalement à l’affutage des lames de scie. La prononciation erronée tire-point, de loin la plus courante en Nouvelle-Calédonie, est un héritage probable du bagne.
Titine : n. f. Selon Humbert, type de nourriture vendue à la cantine. En argot, le mot peut être le diminutif d’un prénom (Célestine) ou signifier, par la suite, femme en général (1957) ou mitraillette (1969). bob/ 26059, 77852, 14510.
Tirer, se tirer : v., 1829. Passer son temps (derrière les barreaux) ; arriver à sa fin, bob/25502.
Tireur de savate : voir savate.
Tisane vineuse : Vin dilué dans de l’eau et sucré.
Tollard, tolas, taulat… : n. m., 1830. « Grabat de bagnard ; planche sur laquelle dorment les bagnards, flanc (ou banquette) de bois où couche le forçat », bob/19354. Voir Zaccone1 536. Pour Virmaître, « tollard, dans les prisons centrales, veut dire bourreau. »
Tolle (chef du), tôle, taule, etc. : n. m., 1630. « Bourreau, exécuteur », Raban et Saint-Hilaire, Mémoires d’un forçat ou Vidocq dévoilé, Paris, H. Langlois et Cie, 4 t., 1828-1829. Est-ce dans ce sens que l’emploie Humbert ? Le chef du tolle qu’il décrit a bien une attitude de bourreau, mais il apparaît plutôt comme surveillant-chef. Au féminin, tolle signifie, selon la même source et bob/50402, « couteau de la guillotine ».
Tollé : n. m., xvie siècle. « Cri d’indignation […] tollé général », Littré. « Impératif de tollere : ôte, soulève. Ce mot vient de Tolle hunc que se mirent à crier les Juifs pour qu’on fît mourir Jésus », ibid.
Tombeur : n. m., 1894. « Séducteur, qui séduit facilement les femmes ; homme fort, supérieur à ses adversaires. », bob/5335. C’est manifestement dans le second sens qu’Humbert emploie le mot.
Tortorer (la galette) : v. tr., 1866, du provençal tourtoura. Manger (pour un proxénète, dépenser l’argent gagné par une prostituée), bob/3561. Voir Allemane 286.
Tortorage : n. m. (aussi tortore, n. f.). Nourriture, repas, Delvau (Fustier 1889).
Tortureur : n. m. (au féminin tortureuse). « Celui (celle) qui inflige la torture, bourreau, tortionnaire », cnrtl. Le mot, rare, et le plus souvent adjectif, peut cependant être employé comme substantif masculin ou féminin, dans le sens de tortionnaire.
Transfèrement : n. m. Action de transférer. « C’est au moyen de voitures cellulaires qu’on opère le transfèrement des forçats » (Legoarant), Littré.
Travailler : v., hostilement ou illégalement, 1721. Voler, cambrioler… ; se prostituer (pour une prostituée professionnelle), bob/2191.
Travaux Publics : Nom d’une peine prononcée dans les bagnes militaires. Un travaux publics est un homme qui subit cette peine. Plus tard apparaît l’expression gibier de Travaux Publics qui signifie « fripouille, délinquant, insoumis », bob/77930.
Trique : n. f. Dans le sens d’instrument pour battre. Synonyme : corde, rotin, matraque, nerf de bœuf. Humbert emploie le mot tantôt dans le sens de « gros bâton » (Littré), tantôt dans le sens de corde pour la bastonnade, dans un contexte d’usage de la langue argotique.
*Tronche à l’huile : locution. Pour Humbert, désigne un personnage naïf et trop gentil. Tronche, n. f., 1596 : tête, visage, physionomie, bob/547. À l’huile, locution, (1889) : ne pas être payé (pour un figurant au théâtre), bob/9020.
Turbin (aller au, se mettre au, reprendre le) : n. m., 1821, déverbal de turbiner. Travail légal pénible ; travail illégal (vol, cambriolage) ; prostitution, bob/3592. Voir Hollyman (qui cite Baudoux).
Turne, thurne : n. f., 1800. Maison misérable, peu solide, mal bâtie, taudis…sans air ni lumière, bob/3593. Du renaud dans la turne : de la colère dans la maison. Plus tard (1952) le mot désignera la préfecture de police ou l’ensemble des personnes de la préfecture de police, bob/31849. L’emploi d’Humbert se rapproche pourtant plus de préfecture de police car il désigne l’institution – probablement la prison – devant laquelle se sont exprimés les dénonciateurs.
User le soleil avec une pierre ponce : locution. Être condamné aux travaux forcés à perpétuité, cnrtl qui cite « Mon bagne, p. 25 ».
Vendôme : n. m ou n. f., 1880. Type de jeu – « combinaison du baccara et du lansquenet », Carol, Le bagne, op. cit., pratiqué au bagne, en Nouvelle-Calédonie. Voir Hollyman, Simon-Mayer 286. Allemane 145. La règle de ce jeu est expliquée en détail dans les mémoires de Danval, « Le forçat innocent », chapitre xxiii. La vendôme se pratique sur un tapis aux coins duquel sont quatre figures : la Joie, le Banquier et les (2) Anges. Selon que le joueur tombe dans l’une ou l’autre case avec telle ou telle carte, il perd (donne de l’argent) ou gagne (ramasse la ou les mises des autres). À ce jeu de 52 cartes, « celui qui taille est presque certain de gagner car ses cartes sont marquées d’avance et il a toujours des compères qui le servent. », Zaccone1 239.
Vinasse : n. f., 1836 (au sens péjoratif de mauvais vin). Le mot a d’abord au xviiie siècle le sens de résidu de distillation : vin, et souvent mauvais vin, vin fait avec du bois de campêche ; mauvais alcool en général, bob/3612.
Vingt-deux : n. m., de jouer du vingt-deux, 1828. « Se servir du couteau, jouer du poignard, poignarder », bob/235. Le sens moderne de « vingt-deux », signal de danger « souvent destiné à prévenir de l’arrivée d’une autorité » (notamment gendarmes ou police) date de 1874 selon bob/3613.
Vioc, viocque, vioch… : n. ou adj., m. ou f., 1815, de vieux, et suffixe argotique. Vieux, ancien ; vieillard, vieille femme, vieille prostituée, bob/540.
*Vis anglaise : Outil de cambrioleur, selon Humbert.
*Volaillon : n. m. Petit voyou, selon Humbert.
Vol au bonjour : voir bonjour.
Zéphir, zéphire : n. m., 1861. Soldat des bataillons d’Afrique, soldat des bataillons disciplinaires…, bob/3622.
Zigue, zig : n. m., 1835. « Individu malin, compagnon fiable (parfois délinquant) ; individu, quidam : bon garçon, brave type… », bob/2415. Voir Allemane 317.
Notes de bas de page
1Ces références sont extraites d’une part de sites en ligne : bob et tintin (suivi d’un slash et du numéro de référence pour le terme analysé) émanant de abclf : « abc de la langue française » ; cnrtl : Centre national des recherches textuelles et lexicales, site créé en 2005 par le CNRS ; tlfi : Trésor de la langue française informatisé » ; The Free Dictionnary (https://fr.thefreedictionary.com) ; L’Internaute en ligne (https://www.linternaute.fr/dictionnaire/fr/definition/internaute) ; d’autre part, de divers dictionnaires : de l’Académie française (9e édition), Delessale, Delvau, Larousse, Littré, Rigaud, Robert, Rossignol, Virmaître. Enfin une grande importance est accordée aux lexiques d’Hollyman (qui cite des dictionnaires et des auteurs, noté Hollyman) et aux définitions de Zaccone, tomes 1 et 2 (Zaconne1 et Zaconne2), tandis que quelques références à d’autres lexiques sont données : Mille et un mots calédoniens ; Pauleau ; Guide des termes de marine, préface de J. le Hamp, https://doczz.fr/doc/2410311/le-vocabulaire-de-langue-française. En ce qui concerne les références aux auteurs, nous avons pris le parti de citer le nom de l’auteur suivi de la pagination. Dans le cas de Brissac, Brissac1 se rapporte à Souvenirs de prison et de bagne, op. cit. et Brissac2 à Quand j’étais au bagne. Poésies, Paris, Derveaux, 1887. Pour Allemane la référence est celle de l’édition originale (Librairie socialiste 1906).
2Georges Baudoux (1870-1949), un des premiers écrivains calédoniens, a grandi au bagne auprès d’un père surveillant militaire, d’où sa connaissance de l’argot des forçats et du fonctionnement de l’administration pénitentiaire. Georges Baudoux, Comment on s’évadait de la Nouvelle, Nouméa, Grain de sable, [1913] 2001. Le texte est également paru dans un journal calédonien, Le Bulletin du Commerce, en 1924.
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