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    Plan détaillé Texte intégral L’impuissance cognitive d’agir globalement L’impuissance politique d’agir globalement Localiser le global Des alternatives à inventer Quel global ? Quel local ? Notes de bas de page Auteurs

    Sciences en récits

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    Table des matières

    L’écologie, du global au local, mais quel global et quel local ?

    Catherine Larrère et Raphaël Larrère

    p. 247-260

    Résumés

    La globalisation de la conscience écologique et des politiques environnementales depuis les années 1970 a fait espérer qu’une solution, elle aussi globale, pourrait être trouvée à la crise qui affecte notre rapport à la nature à l’échelle planétaire. Or, il n’en a rien été et si les conférences sur le climat et la biodiversité se sont multipliées, elles n’ont débouché sur aucune action vraiment décisive. Comment comprendre ce décalage entre les grandes ambitions et les maigres résultats ? La difficulté est peut-être dans la prémisse – c’est-à-dire dans la conviction qu’en abordant les problèmes globalement et non localement, nous ne pouvions qu’être conduits à prendre des mesures de grande portée et à impact planétaire. Le contraire advient – le passage au global nous faisant perdre notre capacité d’agir en rendant la formulation des problèmes plus abstraite, moins ancrée, hors sol. S’agit-il alors de revenir en arrière, de relocaliser les problèmes et la tentative de leur trouver des solutions ? En somme : faut-il choisir entre le global et le local ? On entend montrer qu’au lieu d’osciller entre l’un et l’autre, et de jouer l’un contre l’autre, il s’agit désormais d’inventer de nouvelles manières d’articuler le local et le global.

    The globalisation of ecological awareness and environmental policies since the 1970s has raised hopes that a global solution could be found to the crisis affecting our relationship with nature on a planetary scale. However, while international conferences on climate and biodiversity have multiplied, they have not resulted in any truly decisive action. How can we understand the discrepancy between great ambitions and poor results? The difficulty may be in the premise—that is, the conviction that by addressing problems globally rather than locally, we would be led to take far-reaching measures with a planetary impact? The opposite occurred, the shift to the global reduced our capacity to act by making the formulation of problems more abstract, less grounded, more detached from reality. Should we then move backwards, to local problems, and attempt to find solutions locally? In short, do we have to choose between the global and the local? We argue that instead of oscillating between one and the other and playing one against the other, we must now invent new ways to connect the local and the global.

    Texte intégral L’impuissance cognitive d’agir globalement L’impuissance politique d’agir globalement Localiser le global Des alternatives à inventer Quel global ? Quel local ? Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Les années 1970 marquent une véritable inflexion dans le rapport à l’environnement et dans l’attention portée aussi bien à la façon dont nous affectons notre milieu de vie qu’à celle dont il nous affecte. C’est en effet au début des années 1970 que les problèmes d’environnement se globalisent en une crise environnementale de dimension planétaire. Cela tient à la rencontre de trois types d’acteurs : les scientifiques, les organisations internationales (au tout premier rang desquelles l’Organisation des nations unies (ONU) et différents types d’acteurs de la société civile.

    2En 1971, réunis, sous l’égide de l’ONU à Menton, 2200 scientifiques du monde entier lancent une alerte (« SOS environnement ») diffusée en treize langues par le Courrier de l’Unesco. Ils s’adressent « aux trois milliards et demi de Terriens » pour les avertir d’un « danger sans précédent » pesant sur l’humanité à cause des destructions environnementales, de la pollution et de l’épuisement des ressources, sur fond de croissance démographique, de conflits guerriers et d’inégalités socio-économiques. Conjointement, les instances internationales décident de se mobiliser : en 1972, se tient à Stockholm une conférence des Nations unies sur l’environnement, que l’on a qualifiée de « premier sommet de la planète Terre ». À sa suite est créé le Programme des Nations unies sur l’environnement (PNUE), chargé de coordonner les conférences internationales et d’assister les pays dans la mise en œuvre de politiques environnementales. Toujours en 1972, commandé par le Club de Rome (réunissant des personnalités du monde industriel et politique liées à l’Organisation de coopération et de développement économique [OCDE] ou au Conseil de l’Europe) à des scientifiques du Massachusetts Institute of Technology, spécialistes de la théorie des systèmes, paraît le rapport Meadows (du nom de deux de ses rédacteurs, Donella et Dennis Meadows1). Il obtient une très large audience et crée un véritable choc tant auprès du public que d’un certain nombre d’autorités politiques, comme Sicco Mansholt, ancien président de la Commission européenne2. Mais il est également critiqué par de nombreux économistes, qui affirment la capacité du marché et des innovations technologiques à pallier les défaillances des ressources énergétiques.

    3En 1973, l’Union européenne lance son premier programme d’action en faveur de l’environnement3. Elle adoptera en 1979 une première directive sur la biodiversité : la directive Oiseaux. En lien avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le PNUE va réunir des conférences et susciter des rapports comme le rapport Brundtland (du nom de sa directrice, une ancienne première ministre norvégienne) en 1987. Ayant pris en compte les discussions qui ont suivi le rapport Meadows, il introduit la notion de « développement durable ».

    4Le mouvement n’a cessé de s’amplifier avec la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement durable de Rio en 1992 (suivie par diverses conférences, dont celles de Johannesburg en 2002 et de Rio+20 en 2012) et la multiplication des « Conférences des parties » (COP) sur le climat ou sur la biodiversité. Enfin, à la jonction de la mobilisation politique et des expertises scientifiques, vont être mis en place le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en 1988, puis en 2012, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) – sorte de GIEC de la biodiversité. À cette globalisation des questions environnementales ont de même participé des organisations issues de la société civile, comme le Fonds mondial pour la nature (WWF), Greenpeace ou l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN, organisation qui associe des représentants gouvernementaux et non gouvernementaux mais qui conserve une grande indépendance).

    5L’histoire de la conscience écologique, comme celle des politiques environnementales sont devenues des histoires globales. On ne considère plus les échelles réduites au seul niveau national (d’où l’utilisation du terme « intergouvernemental »). Quant aux niveaux plus proprement locaux (les régions, les communes, les petites régions naturelles, les versants, les zones humides, etc.), ils sont plus ou moins considérés comme anecdotiques.

    6Or, cette histoire globale de l’environnement est celle d’une impuissance. Depuis plusieurs décennies, le savoir scientifique identifie et quantifie les causes de la dégradation de l’état écologique de la planète et lance des alertes sur les conséquences à venir. Conjointement, l’action politique, certes capable de réunir régulièrement des sommets, de constater et de promettre, ne parvient cependant à rien infléchir. Pourquoi tant de rapports sur l’état dégradé de la biodiversité et tant de reports des politiques ambitieuses de sa protection ? Pourquoi tant de données et de réunions internationales sur le changement climatique alors que les résultats se font encore attendre ? Pourquoi la transition écologique semble-t-elle être conçue pour durer éternellement ?

    L’impuissance cognitive d’agir globalement

    7Pour illustrer l’impossibilité d’appréhender au niveau planétaire les problèmes d’environnement dans toute leur diversité et dans toute leur complexité, on peut prendre le cas de l’érosion de la biodiversité.

    8Les inventaires, sous forme de big data, qui forment la base des expertises de l’IPBES, conçoivent la biodiversité comme la répartition géographique d’un stock d’espèces. Trois remarques à ce sujet. Premièrement, même si on la réduit aux effectifs des espèces qui coexistent sur Terre, la biodiversité est indénombrable : les chiffres exhibés ne portent que sur les espèces connues – sans doute guère plus de 20 % de l’ensemble des espèces vivantes. Deuxièmement, cette quantification conduit à se préoccuper essentiellement de l’extinction et des menaces d’extinction d’espèces, comme en témoignent les listes rouges de l’UICN. Or, ce qui rend l’érosion de la diversité biologique plus générale et même plus inquiétante, c’est la diminution des effectifs de presque toutes les populations d’espèces – y compris ceux des espèces communes. Troisièmement, cette évaluation des stocks réduit la biodiversité à une répartition d’espèces. Robert Barbault avait coutume de la définir comme « le tissu vivant de la planète4 ». Cette définition générale présente l’avantage de constater la diversité des formes de vie et d’y voir la propriété fondamentale du vivant. Elle insiste sur la multiplicité quasi inépuisable des interactions entre les organismes qui occupent la biosphère. C’est pourquoi différentes disciplines se sont approprié cette notion, chacune proposant une définition à différents niveaux d’organisation du vivant. La biodiversité se décline au pluriel, en spécifiant différentes diversités biologiques. On distingue ainsi la diversité génétique des populations, la diversité spécifique (c’est-à-dire le nombre et la distribution relative des espèces), que l’on appréhende au niveau des groupes fonctionnels ou des écosystèmes, ou encore la diversité fonctionnelle des écosystèmes (nombre et structure des interactions entre groupes fonctionnels). On peut aussi associer la diversité des écosystèmes à leur assemblage pour étudier le fonctionnement d’une mosaïque paysagère. Si la diversité spécifique est indénombrable au niveau de la biosphère, les différentes biodiversités ne sont pas plus mesurables que ne le sont les interactions qui président à leur évolution.

    9Ce qui importe, ce qui offre un levier d’action pour favoriser le maintien – voire l’enrichissement – de la diversité biologique n’est pas le stock d’espèces présentes dans un milieu donné, mais les interactions entre ces espèces et entre les groupes fonctionnels qu’elles forment. La logique comptable qui préside aux big data ne prend pas en compte les dynamiques naturelles. En ne se focalisant que sur le stock, il est impossible d’élaborer des solutions capables d’enrayer l’érosion de la biodiversité ainsi mise en évidence, ce qui ne peut se concevoir et se réaliser qu’en prenant en considération la diversité des situations particulières5.

    10Il en est de même pour le climat. Quelle que soit la robustesse scientifique des scénarios du GIEC, les modèles globaux utilisés ne sont pas conçus pour discerner les transformations et les dérèglements climatiques des différentes régions de la Terre. Le GIEC ne pouvait pas prévoir que l’Arctique se réchaufferait plus rapidement que l’ensemble de la planète et qu’il pourrait faire 38 °C en Sibérie en 2020. Certes, ces scénarios montrent bien la nécessité de limiter les émissions de gaz à effet de serre, mais cela ne permet pas d’indiquer la stratégie que les différents pays devraient et pourraient adopter pour y contribuer : les situations sont trop diverses et les pays n’ont ni le même niveau de consommation, ni les mêmes structures économiques, ni les mêmes capacités d’investissement. Pour les mêmes raisons, on ne peut pas plus tirer du GIEC des enseignements sur ce qu’il conviendrait de faire pour s’adapter au changement climatique. C’est la raison pour laquelle certaines régions françaises, à commencer par l’Aquitaine, ont mis en place des « GIECs régionaux6 ».

    L’impuissance politique d’agir globalement

    11La mission du GIEC et de l’IPBES n’est pas de prescrire ce qu’il faut faire, mais de fournir aux décideurs politiques les éléments pour prendre une décision. Mais comment parvenir à prendre des décisions au niveau global ?

    12Il y a certes eu de nombreuses conférences internationales (les COP), tant sur le climat que sur la biodiversité. Mais elles ne se sont pas traduites par des inflexions notables de la politique des différents pays : on s’est entendu (et encore pas toujours – en particulier en 2009 sur le climat à Copenhague) sur des objectifs que ceux qui les ont acceptés ou proposés se sont bien gardés d’appliquer. Stéphane Aykut et Amy Dahan ont parlé de « schisme de réalité » pour dire le fossé qui s’agrandit entre des conférences internationales qui tournent en rond – ce qu’ils qualifient de « routine onusienne » – et une réalité inchangée où les autorités publiques sont impuissantes à agir7. Cela tient principalement à ce que les accords signés par les parties prenantes relèvent de la soft law (du « droit mou ») et qu’aucune sanction n’est prévue, si bien que toute nation conserve la liberté de persévérer dans le business as usual, de n’avancer que par petits pas ou même de pratiquer le green washing pour faire croire qu’elle agit. Il semble que l’efficacité toute relative des COP est que, dès qu’un accord est signé, ONG et associations de protection de l’environnement peuvent intenter des procès à leurs gouvernements respectifs, les gagner et obliger juridiquement les pouvoirs publics à s’engager (mollement) dans le sens des engagements qu’ils ont eux-mêmes pris.

    13Étant donné l’impuissance du niveau international, ne conviendrait-il pas de mettre en place un gouvernement mondial de l’environnement ? Mais à ce niveau global il serait tout aussi impossible de déterminer les objectifs précis des différentes régions du monde. En outre, plus on monte en globalité, plus on perd en démocratie. Un gouvernement mondial ne pourrait être que despotique. Telle fut la critique du « gouvernement du monde entier » que l’on appelait « monarchie universelle » aux xviie et xviiie siècles8.

    14Au niveau global, la perte en information et en représentativité affecte aussi bien l’efficacité que la légitimité des décisions qui pourraient être prises, si tant est qu’elles puissent l’être.

    15En adoptant une conception globale, on perd tout autant en capacité de compréhension qu’en capacité d’agir.

    16Pour échapper à la sidération que peut provoquer cette impuissance, il nous faut retrouver confiance dans notre capacité d’agir et donc revenir au local avec en tête les enjeux globaux, ce qui revient à « localiser le global » selon l’expression de Bruno Latour9.

    Localiser le global

    17Localiser le global, c’est s’attaquer aux enjeux planétaires que sont le dérèglement climatique et l’érosion de la biodiversité, là où l’on peut avoir prise sur la trajectoire des relations entre les activités humaines et leur environnement.

    18Le local peut s’entendre à plusieurs échelles géographiques. Il peut s’agir d’un versant, d’une petite région, d’un ensemble urbain ou périurbain : l’essentiel étant d’avoir les moyens conceptuels de savoir, au moins approximativement, ce qu’il faudrait faire pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et/ou pour enrichir la diversité biologique. Il peut aussi se situer à différentes échelles politiques : la commune, le canton, le département, la région, éventuellement l’État, l’essentiel étant de pouvoir espérer conduire ou contraindre les pouvoirs publics à accepter, voire à soutenir l’action des citoyens.

    19Alors que l’on a de bonnes raisons de penser que la capacité de charge du système Terre est saturée, qu’elle ne parvient plus « à absorber l’agir humain10 », au niveau local ce dernier, s’il est judicieux, peut être absorbé, voire être bénéfique. Il est possible au niveau local d’avoir une idée approximative de la diversité des milieux, de leurs interactions, de leur richesse spécifique et des facteurs qui diminuent tant ces diversités que les effectifs des populations d’espèces. On peut alors concevoir ce qui permettrait d’enrayer localement l’érosion de la diversité biologique. Il peut s’agir de limiter drastiquement l’extension des infrastructures urbaines et industrielles. Dans certaines régions rurales, il faudrait parvenir à abandonner l’agriculture productiviste, grande pourvoyeuse d’herbicides et de pesticides. Pour enrayer l’effondrement catastrophique des populations d’insectes dont les conséquences sont déjà dramatiques sur les effectifs d’oiseaux des champs et de chauves-souris11, faut-il rechercher des molécules de pesticides plus spécifiques ? Ou bien employer les manipulations génétiques, facilitées depuis la mise au point de l’édition de génomes par CRISPR-Cas 9, pour substituer à l’utilisation massive d’insecticides, des cultures résistantes aux différents ravageurs ? Ne faut-il pas plutôt substituer à l’agriculture productiviste des formes d’agro-écologie adaptées au contexte naturel dans lequel elles prendraient place12 ?

    20Si l’agriculture productiviste s’emploie, à grand renfort de pesticides et de lutte contre les « nuisibles », à tenir la nature à distance parce qu’elle est source de perturbations, l’agro-écologie consiste, au contraire, à prendre la nature comme partenaire13. Il s’agit de promouvoir des formes de pilotage des processus naturels, ce qui suppose d’étudier les fonctionnements des agrosystèmes en n’oubliant jamais qu’ils s’insèrent dans un complexe d’écosystèmes (le paysage dont ils font partie) avec lesquels ils entretiennent un ensemble d’interactions.

    21Dans les régions où se manifeste une déprise agricole et pastorale, il est enfin possible, et souhaitable, de laisser en libre évolution les milieux qui s’enfrichent et s’ensauvagent, qu’il s’agisse de champs, de pâturages et de parcours abandonnés ou de forêts non exploitées depuis plusieurs décennies… et même de friches industrielles ou urbaines14. La nature laissée à sa spontanéité sait faire de la diversité aussi bien que savent le faire les humains quand ils agissent avec perspicacité.

    22On peut encore, grâce au génie écologique15, réparer des milieux altérés et augmenter leur diversité biologique sur un territoire donné. Alors que tous ceux qui privilégient l’approche globale de la biodiversité sont conduits, à la suite de l’IPBES, à envisager une extinction massive, on se rend compte, si l’on adopte un point de vue local, que l’on dispose de moyens techniques pour enrayer l’érosion de la biodiversité. Il en est de même aux niveaux locaux que l’on peut concevoir de limiter les émissions de gaz à effet de serre : les moyens techniques existent pour se dispenser d’employer massivement des sources d’énergie fossiles, pour utiliser des sources d’énergie reproductibles ou pour faire en sorte que les déchets d’une activité servent de ressources à d’autres.

    23Qu’il s’agisse du dérèglement climatique ou de l’érosion de la biodiversité, l’approche globale tend à généraliser des solutions techniques utilisables à toutes les échelles. On a vu celles qui ont été proposées pour limiter l’érosion de la biodiversité (amélioration de la lutte chimique, génie génétique). En ce qui concerne le changement climatique, ce technosolutionisme16 conduit à préconiser le recours à la géo-ingénierie, avec l’espoir que cela permettra de ne pas faire trop d’efforts pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Dans les deux cas, on se garde bien d’anticiper les conséquences involontaires qu’aurait la généralisation de ces solutions techniques.

    Des alternatives à inventer

    24On a, aux niveaux locaux, le choix entre les façons de faire et de vivre actuelles et des façons de faire et de vivre autrement : il s’agit d’inventer, en associant imaginations technique et sociale, de nouvelles techniques qui, tout en respectant au maximum les processus naturels, prennent en compte les effets non intentionnels qu’il est possible d’anticiper. De telles solutions, spécifiques aux situations locales et aux capacités d’action des citoyens, ne sont pas généralisables. Il s’agit dès lors de s’entendre pour savoir dans quel monde les citoyens voudraient vivre, à quels milieux de vie ils tiennent. C’est à ce niveau qu’ils peuvent délibérer et décider de ce à quoi ils sont attachés parmi les biens et les services qui sont à leur portée, et de ce qu’ils sont prêts à abandonner afin de limiter l’impact de leur mode de vie sur le climat et sur le vivant.

    25Si ces moyens ne sont pas plus largement mis en œuvre, c’est en raison de la pression des lobbies (on peut songer à ceux de l’agro-industrie ou des industries pétrolières), de l’opposition et parfois de la répression de pouvoirs publics obsédés de compétition économique. Pourtant, en dépit des forces et des pouvoirs bien décidés à ne pas déroger au business as usual, des expériences citoyennes se multiplient partout dans le monde, montrant qu’il est possible de vivre autrement, de produire autrement et de façon plus écologique.

    26Certaines s’inscrivent dans des projets réformistes qui peuvent être appuyés (insuffisamment, hélas) par l’État comme l’agriculture bio ; d’autres se déploient dans les marges de liberté que leur laissent les pouvoirs publics. Bien d’autres encore résultent de luttes sociales et politiques pour défendre un mode de vie menacé par l’extension des activités économiques, tout particulièrement les incursions extractivistes sur des terres jusque-là laissées à leurs habitants traditionnels. Les affrontements peuvent alors devenir très violents, comme c’est le cas en Amérique latine ou en Afrique où les grandes entreprises minières empiètent de plus en plus sur les territoires indigènes.

    27Ces mobilisations sont multiples, dans leurs formes comme dans leurs objectifs. On peut songer aux mouvements paysans qui, sur tous les continents, se développent pour promouvoir des formes d’agro-écologie. On peut aussi songer à l’expansion de la permaculture qui se présente et se pratique comme un « art de réhabiter17 » la nature en prenant soin de la terre et des autres humains, ou au mouvement des villes en transitions qui lui est lié18. On peut également se référer à tous les mouvements de justice environnementale que recensent Joan Martinez Alier et son équipe de l’Université libre de Barcelone dans l’Atlas de justice environnementale qui dresse la carte des « conflits de redistribution » liés à la défense du milieu de vie sur l’ensemble du globe19. Il peut s’agir de l’accès à l’eau, souvent privatisée en Amérique du Sud, de conflits concernant les éoliennes et les problèmes fonciers qu’elles entraînent, de luttes contre l’extractivisme et l’appropriation, par des groupes financiers de ressources minières ou forestières et de toutes les mobilisations liées aux pollutions de toutes sortes.

    28Dans ces actions, qui redessinent les rapports des humains entre eux et avec leur milieu de vie, s’esquisse une véritable altérité sociale : on peut parler d’utopies. Mais il s’agit, pour reprendre l’expression d’Erik Olin Wright, d’« utopies réelles20 », d’expériences vécues et de pratiques de relocalisation, chacune différente. L’action ne se sépare pas de son lieu d’expérimentation : à Notre-Dame-des-Landes, on ne vit pas selon un modèle générique (qui serait celui de la ZAD – zone à défendre), « on vit dans un lieu peuplé d’usages sédimentés et ce lieu a un nom21 ». Ce qui compte, c’est la singularité du lieu, pas la mise en pratique d’un modèle abstrait préexistant.

    29La transition écologique, plutôt mal engagée dans les politiques nationales et internationales, s’effectue déjà dans un foisonnement d’expériences collectives qui sont à la fois des façons de vivre autrement et des expériences autonomes et démocratiques. C’est dans la diversité des situations locales que se développent les revendications et les expériences autonomes qui sont autant de formes de lutte contre le changement climatique, ou les initiatives pour protéger la biodiversité dans un souci de justice sociale et environnementale. Dès lors, la question est la suivante : parviendra-t-on à mettre en réseau la multitude de mouvements, d’expériences citoyennes et de luttes qui localisent le global ? Il serait alors possible de globaliser le local : en pensant et en agissant localement on agirait aussi globalement. Mais, en conséquence, on en vient à redéfinir la façon de concevoir ce que l’on entend par global et local ainsi que leurs rapports.

    Quel global ? Quel local ?

    30Pour comprendre la transition écologique et comment s’y articulent le global et le local, on peut suivre la présentation qu’en fait Bruno Latour. Il s’agit, explique-t-il, de se détacher de la Terre « dont nous vivons » pour nous retrouver sur la Terre « où nous vivons ». Il y a bien longtemps que nous – et tout particulièrement nous autres Occidentaux – n’habitons plus là où se produit ce qui nous fait vivre. Il nous faut donc reconnecter ces deux mondes séparés, « rabouter le monde dont on vit avec le monde où l’on vit22 ».

    31D’un côté, la Terre dont nous vivons : c’est la planète entière dont proviennent toutes les marchandises dont nous avons besoin pour vivre, en telle quantité et variété qu’il faudrait quatre Terres pour les satisfaire, si tous les humains partageaient le mode de vie occidental. De cette Terre, celle du marché mondial, on peut dire qu’elle est hors sol, car l’espace n’y figure plus que comme une détermination formelle, un ensemble de données dans le calcul des avantages comparatifs entre les productions des différentes régions du monde. Ce qui compte, c’est l’addition du coût de transport et du coût de production. C’est ainsi que le commerce mondial, au fur et à mesure que les transports se sont développés avec la généralisation des containers, est devenu quasiment hors sol, une combinatoire de variables diverses qui ne sont liées à aucun lieu.

    32De l’autre côté, la Terre où nous vivons a la singularité d’un lieu. « Rabouter » les deux mondes peut s’entendre comme un appel à revenir au local, à le redécouvrir. Relocaliser la production – comme celle du paracétamol, dont la crise sanitaire du covid 19 nous a appris qu’il venait de Chine tout comme nombre d’autres médicaments –, suivre les saisons, en renonçant à manger des cerises importées du Chili à Noël. Manger local, ne pas partir au bout du monde pour passer ses vacances, découvrir le lieu où nous vivons et ses particularités… Au bout d’une telle aspiration à se relocaliser, il y a une idée d’autosubsistance, celle de petites unités autosuffisantes, idée peut-être tentante, mais parfaitement irréaliste. On sous-estime toujours l’importance des connexions entre des groupes locaux, même dans des conditions, volontiers jugées primitives, où le gros de la production se fait sur place : dans Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité, David Graeber et David Wengrow montrent, à partir des résultats d’enquêtes anthropologiques, comment, en des temps fort reculés, les habitants de l’Amérique du Nord précolombienne étaient en contact régulier, les uns avec les autres, d’un bout à l’autre du continent23. L’image de petites unités autosubsistantes, isolées les unes des autres, vole en éclats. Il y a là une caractéristique qui, fait remarquer Bruno Latour, n’est pas propre aux seuls humains, mais à tous les vivants : tous dépendent les uns des autres pour vivre, ils ne sont pas autotrophes, mais hétérotrophes ou « holobiontes24 ».

    33Dès lors, entre la Terre dont nous vivons et la Terre où nous vivons, la différence n’est pas tant celle du global et du local que celle de deux conceptions du global… et du local par voie de conséquence. La Terre dont nous vivons, c’est celle d’un monde complètement ouvert, celui de la révolution scientifique moderne, celle de Galilée et de Newton. Au « monde clos » de la physique aristotélicienne, qui assignait à chaque corps son lieu propre et distinguait le monde supralunaire (parfait, et éternel) du monde sublunaire, celui où toute chose née ici-bas est destinée à périr, la science moderne a substitué « l’univers infini », dans lequel la Terre n’est plus qu’une planète parmi d’autres25. C’est le monde où l’espace sphérique de la Terre peut être parcouru sans qu’on en rencontre les limites : on peut ainsi concevoir une croissance infinie sur une surface finie, une marche en avant sans limite de la valeur. Tel est le modèle de la globalisation économique libérale, il « s’inscrit, remarque Alain Supiot26, dans la philosophie de l’histoire propre à l’Occident qui donne à cette histoire un sens orienté et linéaire, en l’espèce celui d’une conversion du monde entier aux forces du marché et aux valeurs occidentales27 ».

    34Cette vision de l’histoire fait du global et du local des pôles opposés, tels que l’un ne peut exister qu’en dévalorisant l’autre : c’est en s’arrachant au local, à son enracinement particularisant que l’on progresse vers l’infini homogène de la globalisation28. Dans une telle perspective, la valorisation du local ne peut être que réactionnaire ou conservatrice : c’est la vision pétainiste, anti-universaliste, anticosmopolitique. Les forces du progrès et de la vérité sont du côté du global. Or c’est sur le fond de cette globalité, héritée de la modernité scientifique, économique et politique, que s’est opérée la globalisation écologique, celle des institutions internationales, qui est aussi celle de la science. Les rapports du GIEC, comme ceux de l’IPBES, sonnent la fin de l’espoir d’un développement global, promis à tous. Ils disent que cette globalité-là, c’est la hausse continue des températures, l’effondrement des effectifs du vivant. Telle est la vérité du global, aujourd’hui. Mais cela ne suffit pas pour déterminer ce qu’il faut faire : cela suppose non seulement que l’on revienne à une échelle où l’action est possible, mais également que l’on conçoive autrement le global. La célébrissime « planète bleue » a empoisonné durablement la pensée29. Cette image, devenue iconique, de la Terre vue de l’extérieur, correspond bien à cette vision « de nulle part » qui est caractéristique de la vision galiléenne du cosmos. Il nous faut, pour agir, revenir sur Terre, atterrir. « Atterrir, précise Latour, ce n’est pas redevenir local – au sens de la métrique usuelle – mais capable de rencontrer les êtres dont nous dépendons, aussi loin qu’ils soient en kilomètres30. » C’est aussi avoir à l’esprit que partout dans le monde, des humains s’organisent pour améliorer leur milieu de vie et celui des non-humains et se sentir proches de tous ceux qui se sont ainsi engagés pour vivre autrement. Le local, ce n’est pas un point sur une carte, mais une mesure de nos dépendances et de nos solidarités : ce qui est proche, c’est ce qui a des implications pour nous, ce qui est lointain, c’est ce que l’on peut laisser de côté pour le moment.

    35Il ne s’agit donc nullement pour Bruno Latour d’inviter ses lecteurs à se replier sur un isolat autosuffisant, mais, en mesurant leurs attaches avec la diversité du monde, de passer de la Terre « dont on vit » à la Terre « où l’on vit ». La mesure qui convient à la première, c’est celle de la masse (homogénéisée en valeur) des productions, celle qui convient à la seconde nous fait prendre conscience de ceux (humains et non-humains, vivants et non-vivants) avec lesquels nous partageons un même milieu de vie : c’est celle de l’habitabilité du monde.

    36C’est en se globalisant que les questions environnementales ont retenu l’attention des pouvoirs publics comme de la société civile. Mais, ce même mouvement de globalisation a rendu le local inaccessible. Global et local se sont déconnectés. Au niveau global, on diagnostique un état du monde matériel d’autant plus inquiétant que c’est aussi à ce niveau que se constate l’impuissance à agir des différents gouvernements et autorités publiques. Vues depuis le global, les actions locales paraissent négligeables. Elles existent pourtant, multiples, vivaces, inventives. Pour dépasser la scission entre une globalité terrifiante et des localismes éparpillés, il faut réinterroger les notions de global et de local, pour découvrir que l’opposition n’est pas tant celle du global et du local que celle de deux conceptions du global. Deux conceptions qu’Alain Supiot distingue en soulignant le contraste entre la globalisation économique et la mondialisation. La globalisation est celle de données quantifiables qui dessinent un espace homogène et réversible. La mondialisation, elle, ne se projette dans aucune unité posée au préalable, et vers laquelle il faudrait tendre, elle est l’ensemble des processus par lesquels les vivants, humains et non-humains, se lient les uns aux autres, dans la tension conflictuelle de leurs rencontres : attentive à la diversité, elle consiste « à faire de notre planète un lieu habitable31 ».

    37Le mondial est ainsi la vérité d’un global qui ne préexiste pas au local, mais ne peut être saisi qu’à partir du local, c’est-à-dire des mobilisations et des actions en cours. Recomposer le mondial à partir de la diversité du local et des expériences et luttes qui s’y déploient est donc une tâche politique.

    Notes de bas de page

    1Donella Meadows et al., The Limits to Growth, A Report to the Club of Rome, New York, Universe Books, 1972 [trad. fr. Halte à la croissance ?, Paris, Fayard, 1972].

    2Serge Audier, L’âge productiviste. Hégémonie prométhéenne, brèches et alternatives écologiques, Paris, La Découverte, 2019, p. 598-615.

    3Jan-Henrik Meyer, Bruno Poncharel, « L’européanisation de la politique environnementale dans les années 1970 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 1/113, 2012, p. 117-126.

    4Robert Barbault, Jacques Weber, La vie, quelle entreprise ! Pour une révolution écologique de l’économie, Paris, Seuil, 2010, p. 15

    5Sur ce sujet, voir Vincent Devictor, Gouverner la biodiversité – ou comment réussir à échouer, Versailles, Quæ, 2021.

    6Sous des appellations diverses, on compte déjà plusieurs initiatives françaises. La première est née dès 2011 à l’initiative de l’ancienne région Aquitaine. Existent depuis lors les GIEC régionaux en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, en Auvergne-Rhône-Alpes, en Occitanie, en Guadeloupe. Ont suivi la Normandie, Les Pays-de-la-Loire et après l’Île-de-France, la maire de Paris a évoqué un prochain « GIEC Paris ». Les motivations de ces différentes initiatives se recoupent : donner à voir aux acteurs du territoire la réalité du changement climatique actuel et futur, réaliser des cartographies de vulnérabilité et nourrir les politiques locales d’atténuation.

    7Stefan Aykut, Amy Dahan, Gouverner le climat ?, Paris, Presses de Science Po, 2015, p. 399-438.

    8Voir Montesquieu, « Un grand empire suppose une autorité despotique dans celui qui gouverne » dans L’esprit des lois, VIII, 19 et Emmanuel Kant, qui écarte l’idée d’une paix européenne par l’empire au motif que « les lois, en effet, à mesure que le gouvernement acquiert de l’extension, perdent toujours plus de leur force » et que cela conduit à un « despotisme sans âme qui tombe, après avoir extirpé les germes du bien, finalement dans l’anarchie ». Projet de paix perpétuelle, trad. par J. Gibelin, 2e section, 1er supplément, Paris, Vrin, 1975, p. 46.

    9Voir Bruno Latour, Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique, Paris, La Découverte, 2015.

    10Hans Jonas, Le principe responsabilité, Paris, Cerf, 1990 [1979], p. 17-46.

    11Ainsi, de 1989 à 2018, les effectifs d’oiseaux communs des champs ont diminué de 38 % en France. De même a-t-on à déplorer une forte dépression des populations de chauves-souris : de 2006 à 2016 leur effectif aurait diminué de 46 % dans les campagnes françaises.

    12Voir Bernard Hubert, Denis Couvet (dir.), La transition agroécologique. Quelles perspectives en France ?, Paris, Presses des Mines (Académie d’agriculture de France), 2021.

    13Raphaël Larrère, « Prendre la nature pour partenaire », dans B. Hubert, D. Couvet (dir.), La transition agroécologique…, op. cit. p. 369-378.

    14Raphaël Larrère, « La nature férale. Milieux de l’entre-deux du sauvage et du domestique », Multitudes, 86, 2022, p. 225-229.

    15André F. Clewell, James Aronson, La restauration écologique, Arles, Actes Sud, 2010. Voir aussi : Freddy Rey, Frédéric Gosselin, Antoine Doré (dir.), Ingénierie écologique. Action par et/ou pour le vivant ?, Versailles, Quæ, 2014.

    16Une des raisons de la multiplication de telles promesses de solutions techniques tient à une certaine conception de l’Anthropocène. Voir la critique qu’en fait Bernadette Bensaude-Vincent dans Temps-paysage. Pour une écologie des crises, Paris, Le Pommier, 2020 : « Après avoir agi inconsciemment comme une force géologique, les humains se donnent pour objectif de devenir une force géologique active […]. Puisque la modernité est en quelque sorte victime de ses succès technologiques, elle doit continuer sur sa lancée et proposer des remèdes à la hauteur des dommages », p. 134-135.

    17Laura Centemeri, La permaculture ou l’art de réhabiter, Versailles, Quæ, 2019.

    18Rob Hopkins, Ils changent le monde, Paris, Seuil (Anthropocène), 2014.

    19The Global Environmental Justice, Atlas (EJAtlas), http://ejatlas.org/.

    20Erik Olin Wright, Utopies réelles, Paris, La Découverte, 2020 [2010].

    21Geneviève Pruvost, Quotidien politique, féminisme, écologie et subsistance, Paris, La Découverte, p. 197.

    22Bruno Latour, Nicolaj Schultz, Mémo sur la nouvelle classe écologique. Comment faire émerger une classe écologique consciente et fière d’elle-même, Paris, La Découverte, 2022, p. 50.

    23David Graeber, David Wengrow, Au commencement était. Une nouvelle histoire de l’humanité, Paris, Les liens qui libèrent, 2022.

    24Bruno Latour, Où suis-je ? Leçons du confinement à l’usage des terrestres, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 2021, p. 58.

    25Alexandre Koyré, Du monde clos à l’univers infini, Paris, Gallimard, 1973 [1957]

    26Juriste, Alain Supiot est titulaire de la chaire État social et mondialisation au Collège de France.

    27Alain Supiot (dir.), Mondialisation ou globalisation ? Les leçons de Simone Weil, Paris, Éditions du Collège de France, 2019, p. 10.

    28Voir la présentation qu’en fait Bruno Latour dans Où atterrir ? Comment s’orienter en politique ?, Paris, La Découverte, 2017.

    29B. Latour, Face à Gaïa…, op. cit., p. 179-180.

    30Id., Où suis-je ?…, op. cit., p. 96.

    31A. Supiot (dir.), Mondialisation ou globalisation ?..., op. cit., p. 13.

    Auteurs

    • Catherine Larrère

      IdRef : 031327087

      Catherine Larrère, philosophe, professeure émérite à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, a largement contribué à développer en France la philosophie environnementale.

    • Raphaël Larrère

      IdRef : 028734432

      Raphaël Larrère, ingénieur agronome et sociologue, ancien directeur de recherche à l’Inrae, est spécialiste d’éthique environnementale. Il a publié, avec Catherine Larrère, Du bon usage de la nature, pour une philosophie de l’environnement (Aubier, 1997, rééd. Champs Flammarion, 2009), Penser et agir avec la nature, une enquête philosophique (La Découverte, 2015, rééd. 2017), Le pire n’est pas certain. Enquête sur l’aveuglement catastrophiste (Premier Parallèle, 2020, rééd. 2023). La question de l’écologie étant inséparable de celle de la technique (Bulles technologiques, 2017), ils ont collaboré à des recherches sur les bio- et les nanotechnologies avec Bernadette Bensaude-Vincent, à qui les lie une très ancienne amitié. En témoigne leur participation à Bionano-éthique. Perspectives critiques sur les bionanotechnologies, un ouvrage collectif dirigé par Bernadette Bensaude-Vincent, Raphaël Larrère et Vanessa Nurock (Vuibert, 2008).

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    2008

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    Les éthiques environnementales et la question du pluralisme

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    1Donella Meadows et al., The Limits to Growth, A Report to the Club of Rome, New York, Universe Books, 1972 [trad. fr. Halte à la croissance ?, Paris, Fayard, 1972].

    2Serge Audier, L’âge productiviste. Hégémonie prométhéenne, brèches et alternatives écologiques, Paris, La Découverte, 2019, p. 598-615.

    3Jan-Henrik Meyer, Bruno Poncharel, « L’européanisation de la politique environnementale dans les années 1970 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, 1/113, 2012, p. 117-126.

    4Robert Barbault, Jacques Weber, La vie, quelle entreprise ! Pour une révolution écologique de l’économie, Paris, Seuil, 2010, p. 15

    5Sur ce sujet, voir Vincent Devictor, Gouverner la biodiversité – ou comment réussir à échouer, Versailles, Quæ, 2021.

    6Sous des appellations diverses, on compte déjà plusieurs initiatives françaises. La première est née dès 2011 à l’initiative de l’ancienne région Aquitaine. Existent depuis lors les GIEC régionaux en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, en Auvergne-Rhône-Alpes, en Occitanie, en Guadeloupe. Ont suivi la Normandie, Les Pays-de-la-Loire et après l’Île-de-France, la maire de Paris a évoqué un prochain « GIEC Paris ». Les motivations de ces différentes initiatives se recoupent : donner à voir aux acteurs du territoire la réalité du changement climatique actuel et futur, réaliser des cartographies de vulnérabilité et nourrir les politiques locales d’atténuation.

    7Stefan Aykut, Amy Dahan, Gouverner le climat ?, Paris, Presses de Science Po, 2015, p. 399-438.

    8Voir Montesquieu, « Un grand empire suppose une autorité despotique dans celui qui gouverne » dans L’esprit des lois, VIII, 19 et Emmanuel Kant, qui écarte l’idée d’une paix européenne par l’empire au motif que « les lois, en effet, à mesure que le gouvernement acquiert de l’extension, perdent toujours plus de leur force » et que cela conduit à un « despotisme sans âme qui tombe, après avoir extirpé les germes du bien, finalement dans l’anarchie ». Projet de paix perpétuelle, trad. par J. Gibelin, 2e section, 1er supplément, Paris, Vrin, 1975, p. 46.

    9Voir Bruno Latour, Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique, Paris, La Découverte, 2015.

    10Hans Jonas, Le principe responsabilité, Paris, Cerf, 1990 [1979], p. 17-46.

    11Ainsi, de 1989 à 2018, les effectifs d’oiseaux communs des champs ont diminué de 38 % en France. De même a-t-on à déplorer une forte dépression des populations de chauves-souris : de 2006 à 2016 leur effectif aurait diminué de 46 % dans les campagnes françaises.

    12Voir Bernard Hubert, Denis Couvet (dir.), La transition agroécologique. Quelles perspectives en France ?, Paris, Presses des Mines (Académie d’agriculture de France), 2021.

    13Raphaël Larrère, « Prendre la nature pour partenaire », dans B. Hubert, D. Couvet (dir.), La transition agroécologique…, op. cit. p. 369-378.

    14Raphaël Larrère, « La nature férale. Milieux de l’entre-deux du sauvage et du domestique », Multitudes, 86, 2022, p. 225-229.

    15André F. Clewell, James Aronson, La restauration écologique, Arles, Actes Sud, 2010. Voir aussi : Freddy Rey, Frédéric Gosselin, Antoine Doré (dir.), Ingénierie écologique. Action par et/ou pour le vivant ?, Versailles, Quæ, 2014.

    16Une des raisons de la multiplication de telles promesses de solutions techniques tient à une certaine conception de l’Anthropocène. Voir la critique qu’en fait Bernadette Bensaude-Vincent dans Temps-paysage. Pour une écologie des crises, Paris, Le Pommier, 2020 : « Après avoir agi inconsciemment comme une force géologique, les humains se donnent pour objectif de devenir une force géologique active […]. Puisque la modernité est en quelque sorte victime de ses succès technologiques, elle doit continuer sur sa lancée et proposer des remèdes à la hauteur des dommages », p. 134-135.

    17Laura Centemeri, La permaculture ou l’art de réhabiter, Versailles, Quæ, 2019.

    18Rob Hopkins, Ils changent le monde, Paris, Seuil (Anthropocène), 2014.

    19The Global Environmental Justice, Atlas (EJAtlas), http://ejatlas.org/.

    20Erik Olin Wright, Utopies réelles, Paris, La Découverte, 2020 [2010].

    21Geneviève Pruvost, Quotidien politique, féminisme, écologie et subsistance, Paris, La Découverte, p. 197.

    22Bruno Latour, Nicolaj Schultz, Mémo sur la nouvelle classe écologique. Comment faire émerger une classe écologique consciente et fière d’elle-même, Paris, La Découverte, 2022, p. 50.

    23David Graeber, David Wengrow, Au commencement était. Une nouvelle histoire de l’humanité, Paris, Les liens qui libèrent, 2022.

    24Bruno Latour, Où suis-je ? Leçons du confinement à l’usage des terrestres, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 2021, p. 58.

    25Alexandre Koyré, Du monde clos à l’univers infini, Paris, Gallimard, 1973 [1957]

    26Juriste, Alain Supiot est titulaire de la chaire État social et mondialisation au Collège de France.

    27Alain Supiot (dir.), Mondialisation ou globalisation ? Les leçons de Simone Weil, Paris, Éditions du Collège de France, 2019, p. 10.

    28Voir la présentation qu’en fait Bruno Latour dans Où atterrir ? Comment s’orienter en politique ?, Paris, La Découverte, 2017.

    29B. Latour, Face à Gaïa…, op. cit., p. 179-180.

    30Id., Où suis-je ?…, op. cit., p. 96.

    31A. Supiot (dir.), Mondialisation ou globalisation ?..., op. cit., p. 13.

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    Larrère, C., & Larrère, R. (2025). L’écologie, du global au local, mais quel global et quel local ?. In X. Guchet (éd.), Sciences en récits. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/13xno
    Larrère, Catherine, et Raphaël Larrère. « L’écologie, du global au local, mais quel global et quel local ? ». In Sciences en récits, édité par Xavier Guchet. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2025. doi:10.4000/13xno.
    Larrère, Catherine, et Raphaël Larrère. « L’écologie, du global au local, mais quel global et quel local ? ». Sciences en récits, édité par Xavier Guchet, Éditions de la Sorbonne, 2025, https://doi.org/10.4000/13xno.

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    Guchet, X. (éd.). (2025). Sciences en récits. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/13xnq
    Guchet, Xavier, éd. Sciences en récits. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2025. doi:10.4000/13xnq.
    Guchet, Xavier, éditeur. Sciences en récits. Éditions de la Sorbonne, 2025, https://doi.org/10.4000/13xnq.
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