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    Plan détaillé Texte intégral Une distinction fondatrice Les dualités du Cours de philosophie positive Une systématisation paradoxale Théorie et pratique : une tradition à dépasser Notes de bas de page Auteur

    Sciences en récits

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    « Théorie » et « pratique » chez Auguste Comte : variantes et paradoxes

    Annie Petit

    p. 143-160

    Résumés

    Bernadette Bensaude-Vincent a montré combien en chimie la distinction « “Pur” et “appliqué” » est « une invention à dépasser ». Je reviens ici sur l’usage qu’Auguste Comte fait de ce couple de notions en lien avec d’autres comme « théorie et pratique », « sciences et arts », « sciences et techniques », « science et industrie », « spéculation et action », « abstrait et concret ». Ces distinctions sont chez Comte fondatrices. Mais si elles expriment une « séparation », vue parfois comme « opposition », elles signifient aussi une « association » nécessaire et une volonté d’« harmonie », qui ne manque pas de susciter des difficultés, des ambivalences, voire des paradoxes dans l’élaboration systématique de la philosophie positive de Comte, et plus encore lorsqu’il entreprend, dans le positivisme, d’articuler cette philosophie avec une politique. Recherché dans une synthèse systématique, le « concours » harmonieux, en prétendant au réel, cède parfois à l’utopie.

    Bernadette Bensaude-Vincent argued that the distinction between “pure” and “applied” in chemistry is “an invention to be overcome”. Here, I return to Auguste Comte’s use of this pair of notions in conjunction with others such as “theory and practice”, “science and art”, “science and technique”, “science and industry”, “speculation and action”, and “abstract and concrete”. For Comte, these distinctions are fundamental. But if they express a “separation”, sometimes seen as an “opposition”, they also express a necessary “association” and a desire for “harmony”, which give rise to difficulties, ambivalences and even paradoxes in the systematic elaboration of Comte’s positive philosophy, especially when he undertakes, in positivism, to connect this philosophy with a political system. The harmonious “contest” sought in structured synthesis, while claiming to be real, sometimes gives way to utopianism.

    Texte intégral Une distinction fondatrice Les dualités du Cours de philosophie positive Une systématisation paradoxale Théorie et pratique : une tradition à dépasser Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Dans son ouvrage Matière à penser, et dans la partie relative à « L’histoire et ses clichés », Bernadette Bensaude-Vincent traite de « “Pur” et “appliqué” : une invention à dépasser »1. Il s’agit surtout de chimie2 où l’auteure montre que ces notions n’apparaissent en France qu’au cours du xixe siècle et dans le cadre d’un « paradigme » lié à un « schéma linéaire de dépendance de la technique à l’égard de la science » et posant « la filiation : science, techniques et industrie ». L’analyse, riche et convaincante, montre la genèse des catégories « pur » et « appliqué » en lien avec celles de « théorie » et « pratique », et de « sciences » et « arts », voire de « sciences » et « techniques » ou de « science » et « industrie ». Elle dévoile aussi un « paradoxe » car ce « modèle linéaire », « tout en déniant la spécificité des techniques, sert paradoxalement une idéologie technocratique ».

    2Ce chapitre évoque rapidement Auguste Comte dans les paragraphes d’introduction. Il m’a semblé intéressant de revenir sur l’usage que cet auteur fait de ces couples analysés par Bensaude-Vincent dans le cadre de la chimie, car ils sont liés à certains paradoxes du système comtien tout entier.

    3La question des rapports entre « théorie » et « pratique » apparaît fondatrice dans la construction de la philosophie comtienne. Comte articule « théorie » et « pratique » à d’autres duos de concepts opératoires, comme « spéculation » et « action », « pur » et « appliqué », « abstrait » et « concret », « savants » et « ingénieurs ». Dans chacun, Comte établit expressément une hiérarchie, qui, effectivement, contribue à forger le « paradigme » mis à jour par Bensaude-Vincent. Et ces duos sont plus ou moins employés comme équivalents, ce qui crée certaines confusions Pourtant Comte s’est toujours montré soucieux du but pratique, appliqué, concret et actif des connaissances. Ce souci devient même si prégnant et systématique que les priorités semblent s’inverser. Je me propose ici de mettre au jour ces paradoxes.

    Une distinction fondatrice

    4Dès les œuvres de jeunesse, « théorie » et « pratique » apparaissent pour Comte comme des repères indispensables et liés. Cela est à mettre en rapport avec sa collaboration avec Saint-Simon, entre 1817 et 1824. Les relations, d’abord enthousiastes puis conflictuelles, ont fait l’objet de nombreuses études3. Le texte qui a été l’occasion de leur rupture, le « Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société4 » est capital pour l’étude ici engagée. Son intérêt est encore plus clair si on le rapproche d’un texte antérieur, que l’on sait rédigé par Comte, le « Programme d’un travail sur les rapports entre les sciences théoriques avec les sciences d’application », mais que Comte n’a pas jugé bon de reprendre dans la sélection de ses premiers écrits5. Ce texte affirme la répartition des « ensembles de connaissances auxquels on donne le nom de sciences » en « deux parties bien distinctes, la théorie et la pratique ou l’application », thème qui restera directeur dans toute l’œuvre comtienne. Or, d’une part, il est frappant que la « distinction » soit présentée ici en termes d’exclusion6. Mais, d’autre part, il est dit que tous les problèmes viendraient de ce que « les hommes qui jouissent de ces différentes sortes de capacité » se considèrent comme rivaux, alors qu’ils devraient se regarder comme « associés7 ». Il faut donc « unir » et « combiner » les efforts, tout en « conserv[ant] à chacun le genre de travail auquel la tournure de son talent le rend propre8 ». La suite du texte discute de l’« harmonie » à réaliser entre les deux entreprises, proposant d’une part aux « théoriciens de réunir toutes leurs forces pour exécuter une Encyclopédie des sciences théoriques, et, d’autre part, aux praticiens, de se coaliser pour faire une Encyclopédie des sciences d’application » ; ainsi les « industrieux de théorie » et les « industrieux d’application » n’ont pas à être « en lutte » mais à se « coaliser » dans un commun et « simultané » travail de « production9 ». L’auteur plaide alors pour des « rapports directs » nécessaires entre savants et producteurs, ce qui serait plus efficace et « positif », en économisant la médiation d’un gouvernement qui prend à ceux-ci pour payer ceux-là. La conclusion évoque, en termes d’utilité, les gains de cette réorganisation pour le « bien-être de l’individu et de l’espèce » et glisse de la distinction de la théorie et de la pratique à celle de l’abstrait et du concret, et de l’idéal au matériel :

    Les hommes ont primitivement commencé par le concret ; mais bientôt ils se sont élevés à des idées abstraites, et la faculté d’abstraire qui s’est développée en eux leur a paru si belle, a tellement enflé leur amour-propre qu’ils se sont mis à mépriser le monde matériel ou que du moins ils l’ont regardé comme très subalterne au monde idéal. […] Que la faculté d’abstraire ne soit employée que pour faciliter la combinaison des idées concrètes ; en un mot que ce ne soit plus l’abstrait qui domine, mais le positif. Les producteurs peuvent seuls connaître ce qui leur convient. Les savants peuvent seuls donner les moyens de l’obtenir. L’industrie doit donc demander et juger, la science doit exécuter et présenter. Telles sont les fonctions respectives que le bon sens assigne aux hommes qui cultivent les sciences spéculatives et à ceux qui se servent de ces connaissances pour obtenir les produits nécessaires à la satisfaction de nos besoins10.

    5Ce « Programme » de 1817 affiche donc le souci d’une attention égale à donner à la « théorie », rapportée à l’« abstrait » « spéculatif » et à la « pratique », rapportée au « concret » et à la production « matérielle » ; en même temps, il plaide pour l’« industrie » guide, demandeuse et juge, en accord avec l’ensemble saint-simonien dont il fait partie. Ce texte présente certes des thèses dont Comte se dégagera expressément, mais mêlées à d’autres qui resteront présentes, voire directrices.

    6L’« opuscule fondamental » de 182211 permet de repérer les inflexions précisant les points qui, plus tard, soutiendront les déclarations d’incompatibilité. Dans l’« Exposé général », où, pour la réorganisation de la société, l’incapacité des rois et des peuples est déclarée égale, Comte dérive sur la question du rapport de la théorie à la pratique en se référant au modèle scientifique. Il reprend alors le thème de « deux séries de travaux »,

    totalement distinctes par leur objet, ainsi que par le genre de capacité qu’elles exigent. L’une, théorique ou spirituelle […]. L’autre, pratique ou temporelle […] La seconde série étant fondée sur la première, dont elle n’est que la conséquence et la réalisation, c’est par celle-ci que de toute nécessité le travail général doit commencer. Elle en est l’âme, la partie la plus importante et la plus difficile quoique seulement préliminaire12.

    7La séparation des tâches s’accompagne d’une priorité et d’une prééminence de la théorie13. Puis la conception des rapports théorie/pratique est généralisée pour « toute opération humaine » qui requiert une séquence linéaire entre « conception » et « exécution », « spéculation » et « action14 ». La distance est nette par rapport au texte de 1817 qui, lorsqu’il soulignait la distinction des entreprises, demandait leur « simultanéité » : ici les travaux théoriques doivent « diriger » et « précéder » les travaux pratiques, l’histoire étant convoquée à l’appui15. De plus la distinction s’accompagne d’une division des pouvoirs : les « chefs des travaux industriels », détenteurs du pouvoir temporel, sont soigneusement distingués des « savants », porteurs de la « force scientifique » et liés au « pouvoir spirituel ». Il n’est plus question de confier aux premiers des « sciences d’application ». Enfin, la distinction commande la séquence des travaux à effectuer : d’abord assurer la « base » par la « formation du système d’observations historiques de la marche générale de l’esprit humain » ; puis « fonder le système complet d’éducation positive » ; et en troisième étape « l’exposition générale de l’action collective que, dans l’état actuel de toutes leurs connaissances, les hommes civilisés peuvent exercer sur la nature pour la modifier à leur avantage16 ». Après cet « Exposé général », l’opuscule ne traite que de la première série de travaux, ce qui provoque la rupture avec Saint-Simon17.

    8Les textes de jeunesse de Comte comprennent aussi des essais de philosophie mathématique, où se lisent des méditations parallèles sur les rapports théorie et pratique18. Dans les fragments dont on dispose, l’attention à la distinction entre sciences « pures » et « appliquées » est insistante : la « division générale des mathématiques en pures et appliquées » relève de la « charpente de l’ouvrage » programmé19. De plus, énoncé pour la philosophie des mathématiques mais aussitôt élargi à la philosophie de toute science, un autre fil directeur est l’appel à bien distinguer la « technie » et la « méthode », distinction assortie d’un commentaire déplorant qu’« on s’est pressé d’appliquer et personne n’a songé à se demander si les instruments étaient suffisamment solides et durables », et aussitôt relayée par une réflexion sur les rapports entre sciences et arts et métiers20. Enfin, Comte revient sur la distinction générale de la théorie et de la pratique, à propos de la géométrie, où il plaide pour des recherches « vraiment théoriques c’est-à-dire débarrassées de toute idée d’application immédiate21 », et de même en algèbre22. La corrélation est claire entre ces définitions du « vraiment scientifique » indépendamment des recherches d’application, en mathématique, et l’affirmation en matière politique et sociale de la préséance du théorique sur les quêtes pratiques.

    9Les « Considérations philosophiques sur les sciences et les savants », publiées après la rupture avec Saint-Simon23, creusent la distance prise avec l’ex-maître et collaborateur qui optait pour les « industriels ». On ne retiendra ici de ce texte, qui disserte longuement sur l’organisation du « corps scientifique », que les propos finaux sur l’annonce d’une « sous-division importante » : « Elle consistera dans un nouveau perfectionnement de la division générale entre la théorie et la pratique. Cette division est encore incomplète, en ce que le caractère d’ingénieur a toujours été plus ou moins mêlé avec celui du savant, qu’il altère profondément, même aujourd’hui. » « À l’origine », précise Comte, la « confusion » était « sans doute inévitable » ; mais aujourd’hui, il s’agit de bien voir « l’importance philosophique » des « sciences », il faut que les savants aient « le sentiment de leur dignité théorique » et résistent à « l’esprit trop pratique du siècle actuel » qui tend à « les réduire à de simples fonctions d’ingénieurs ». Aussi faudra-t-il « constituer la classe des ingénieurs comme corporation distincte, servant d’intermédiaire permanent et régulier entre les savants et les industriels pour tous les travaux particuliers24 ». De fait, la fonction médiatrice donnée aux ingénieurs contribue à montrer la distance entre les termes médiés, et le programme de leur autonomisation les sépare de la science – des « savants proprement dits » – en les faisant basculer vers les pratiques et « l’action », car Comte les présente comme la classe qui « dans le corps scientifique » donne « la précision de son caractère philosophique », et, par suite, de la « fermeté » à son action politique.

    Les dualités du Cours de philosophie positive

    10Les catégories duales des écrits de jeunesse de Comte et les proximités établies entre les duos organisent alors le premier grand traité, le Cours de philosophie positive.

    11Les premières leçons générales convoquent ces catégories, mais non sans ambiguïtés. La première leçon s’ouvre sur l’exposé des « trois états théoriques différents » par lesquels passent « chacune de nos conceptions principales, chaque branche de nos connaissances », énoncé devenu « loi25 ». Mais tout en explorant le domaine « théorique », Comte a des visées pratiques, puisque la leçon se termine sur l’ambition de refonder le système d’éducation » et de réorganiser la société sur une base solide26. De plus, lorsque Comte met en doute la « science logique » et « l’art logique », il fait un usage valorisé de ce qu’il désigne comme « applications » : pour connaître la méthode positive, « c’est en action qu’il faut la considérer ; ce sont les applications déjà vérifiées que l’esprit humain en a faites qu’il convient d’étudier27 ». Dans la seconde leçon les duos de termes qui nous intéressent sont expressément convoqués, et présentés d’ailleurs avec d’autres avec des rapports de quasi-synonymie28. D’emblée, la distinction des travaux « de spéculation ou d’action » est donnée pour équivalente à la division la plus générale de nos connaissances en théoriques et pratiques », et, d’emblée aussi, Comte inscrit son Cours dans l’exploration des « théoriques ». Il les précise aussitôt comme domaine des « conceptions fondamentales » où « c’est la spéculation qu’il faut considérer et non l’application », formulant précisément ce que Bensaude-Vincent appelle « paradigme de la linéarité » : l’étude de la nature est « destinée à fournir la base rationnelle de l’action de l’homme sur la nature », la connaissance des lois des phénomènes permettant de les prévoir, induisant « en résumé, science, d’où prévoyance ; prévoyance d’où action », ce qui selon lui « exprime, d’une manière exacte, la relation de la science et de l’art29 ». Comte précise aussi qu’il ne s’agit pas pour autant de concevoir les sciences « seulement comme les bases des arts » et il déplore que ce soit souvent le cas, « de nos jours », pour ceux qui ne voient les théories scientifiques qu’en vue des « services rendus à l’industrie » – ce qui, bien sûr, sous-entend une critique de Saint-Simon. Comte défend alors les recherches non susceptibles d’une utilité pratique immédiate et invite à ne pas sacrifier aux visées des « applications » ; il affirme même que « les applications les plus importantes dérivent constamment de théories formées dans la simple intention scientifique30 ». On est bien aux antipodes du texte-programme de 1817 qui demandait à faire marcher de front producteurs de théories et producteurs d’applications afin de s’en tenir aux travaux abstraits qui soient utiles. La seconde leçon du Cours réitère aussi l’appel à la « classe intermédiaire, celle des ingénieurs » en les affectant, plus nettement encore que dans les « Considérations », aux « applications industrielles » et à la charge de « constituer les véritables théories directes des différents arts […] doctrines intermédiaires entre la théorie pure et la pratique directe31 ». Ainsi, ne considérer « que les théories scientifiques et non les applications » devient un fil directeur pour Comte, qui sélectionne l’étude des sciences « abstraites, générales », dites « fondamentales », délaissant ou réservant pour plus tard les autres, « concrètes, particulières, descriptives », dites « secondaires32 ». Des exemples sont donnés d’une distribution principale entre « physique abstraite » et « physique concrète33 ». La construction de l’échelle encyclopédique dans cette seconde leçon privilégie les couples général/particulier et abstrait/concret34.

    12Comment les distinctions annoncées du fondamental, théorique, général et abstrait, et du secondaire, particulier, appliqué et concret sont-elles mobilisées dans les études de philosophie des différentes sciences ?

    13En philosophie mathématique sont distinguées la « mathématique abstraite » et la « mathématique concrète », la première étant le calcul et l’analyse, la seconde comprenant la géométrie et la mécanique35. Celles-ci sont cependant intégrées au Cours, ce qui relativise la rigueur de la distinction. De plus, dans chacune des parties, abstrait et concret sont pris pour opérer des distinctions internes36. Par ailleurs, à la fin des leçons de mathématique, Comte présente toute la suite comme « examen de son application plus ou moins parfaite à l’étude des divers ordres de phénomènes naturels37 ». Ainsi la philosophie mathématique utilise les opérateurs théories pures/applications et abstrait/concret de manière complexe et en les emboîtant. Quelques réserves sont aussi exprimées au cours de ces leçons sur la prééminence à accorder au théorique pur et à l’abstraction : d’une part, Comte admet que les développements du concret ont historiquement précédé ceux de l’abstrait38 ; d’autre part, il ne manque pas de relever les difficultés liées au travail d’abstraction ni d’exprimer certaine méfiance d’un usage trop étendu de celui-ci39. L’usage des critères est donc plus relatif et moins discriminant que le laissaient entendre les directives de l’opuscule fondamental et des leçons générales.

    14Certaines ambivalences se retrouvent dans la suite du Cours. Dans la philosophie astronomique, c’est au nom de « nos vrais besoins » que Comte invite à s’en tenir à l’astronomie solaire et à limiter les prétentions de l’astronomie sidérale40. Tout en faisant l’éloge de la « perfection du caractère scientifique » de l’astronomie, Comte souligne sa « haute utilité pratique » et le fait qu’elle est « l’exemple le plus étendu et le plus irrécusable de l’indispensable nécessité de spéculations scientifiques les plus sublimes pour l’entière satisfaction des besoins pratiques les plus vulgaires41 ». La leçon consacrée aux méthodes d’observation apporte aussi un éclairage qui peut étonner dans un ouvrage qui a installé comme fil directeur l’attention au théorique, car elle présente le perfectionnement des instruments et des procédés pratiques instrumentaux42, c’est-à-dire les « moyens matériels », avant de traiter des « moyens intellectuels », ceux-ci étant concentrés sur les « corrections apportées par la théorie aux indications des instruments43 ». Les leçons de physique présentent également des ambivalences. Comte affirme que « la principale base de son perfectionnement résulte de l’application plus ou moins complète de l’analyse mathématique44 » ; mais il recommande une « extrême circonspection » et critique l’excès d’analyse qui conduit au dédain des études expérimentales45. De surcroît, Comte s’intéresse aux instruments – baromètres, pompe pneumatique, thermomètres, télescopes et microscopes, machines électriques, pile voltaïque et boussole. Il va jusqu’à affirmer que « chaque branche principale de la physique peut être envisagée comme consistant essentiellement tout entière dans la théorie exacte et approfondie de quelque instrument principal46 » ; il espère même de nouveaux instruments – « sonomètres », « instruments photométriques », « électroscopes » et « électromètres47 ». Cependant, il parle peu des techniques de construction des instruments ou de leur mode d’emploi : il en retient la « théorie » et ce qu’ils apportent à la théorie. C’est seulement dans les leçons de chimie48 que Comte souligne l’importance de « pouvoir de l’homme » pour modifier les phénomènes49. Quant à la biologie, où un rapide historique insiste sur la nécessité d’y prendre « le point de vue spéculatif », cette science est l’occasion d’une mise au point capitale sur les relations « des sciences aux arts50 ». Comte y développe un double discours : d’un côté, il dit combien le développement des sciences doit aux arts ; d’un autre côté, il juge « incontestable » que ceux-ci tendent à « ralentir la marche des connaissances spéculatives, une fois parvenues à une certaine extension, en assujettissant la théorie à une trop intime connexion avec la pratique51 ». Il insiste pour distinguer et séparer la biologie de la médecine52. Il fait d’une part l’éloge des « appareils artificiels destinés à perfectionner les sensations naturelles », mais, d’autre part, il met en garde contre les abus. Et Comte tient des propos aussi ambivalents sur l’expérimentation, qu’il juge de moins en moins décisive53.

    15Comte illustre donc bien ce que Bensaude-Vincent désigne comme paradigme linéaire en privilégiant les sciences théoriques sans pour autant dédaigner les techniques appliquées. Il insiste cependant sur le rôle prioritaire et stimulant des pratiques dans l’histoire de la formation des sciences, il veut même que l’on en tienne compte pour ne pas s’égarer dans les abstractions et spéculations inutiles, et il souligne en fait la part de théorique et d’abstrait que comporte toute élaboration d’applications.

    16Les mêmes opérateurs distinctifs de théorique/pratique, pur/appliqué, abstrait/concret, fondamental/secondaire sont à l’œuvre dans la « physique sociale » devenant « sociologie » dans le Cours. Comte rappelle « l’adhérence » entre science et art, au moins quand celle-là est à « l’état naissant », et « d’autant plus intense et plus prolongée qu’il s’agit d’un ordre de phénomènes plus compliqué » ; mais c’est pour rappeler aussitôt que sa « physique sociale » ne prétend « à aucune application actuelle et spéciale54 ». Il attribue la commune impuissance des diverses « écoles », qui s’opposent dans leur prétention de maîtriser « l’art politique55 » : elles cèdent à « la prépondérance toujours croissante du point de vue matériel et immédiat56 », là où seule « l’école positive » a compris la nécessité d’élaborer d’abord une nouvelle philosophie sociale57. La distinction entre la théorie et la pratique est traduite en termes de séparation des pouvoirs, le spirituel éclairant le temporel mais n’y participant pas, sinon par voie d’« influence »58. Tout au long des leçons sociologiques, l’articulation théorie/pratique est un problème récurrent. Ainsi Comte montre combien persistent des aspirations d’action précipitée59 ; il interroge l’équivalence faite « entre les deux idées de développement et de perfectionnement, l’une théorique et l’autre pratique » et opte clairement pour la première60 ; et, dans ses analyses des états, âges et phases de l’évolution humaine, il insiste pour présenter la « sociologie » comme science fondamentale et théorique, chargée de trouver les lois des phénomènes sociaux, en répétant que la « méthode historique » propre à cette science nouvelle n’a rien à voir avec l’histoire restée littéraire et descriptive, stérile érudition et empirisme dispersif61. Comte reprend aussi ses propos de 1825 sur les « ingénieurs intermédiaires entre les savants et les industriels » mais se montre plus critique, en soulignant qu’ils altèrent plutôt les relations entre théorie et pratique, et peuvent devenir un « obstacle essentiel à la systématisation de la philosophie positive62. » Enfin, la question des relations art/science et théorie/pratique occupe une grande partie d’une des leçons conclusives du Cours, où Comte revient sur la spéculation à la base de toute action, sur la « subordination rationnelle de l’art à la science », sur l’« indépendance de la théorie envers la pratique », en fait, sur la « division vraiment capitale […] entre la science abstraite et la science concrète63 ». Mais il met à nouveau en garde contre la tendance à exagérer la « portée de nos moyens théoriques » et affirme les « justes exigences de la pratique64 ».

    17Le Cours montre donc combien les distinctions conceptuelles, théorique/pratique, spéculatif/actif, abstrait/concret, pur/appliqué s’entrelacent pour organiser la réflexion philosophique de Comte. La nécessité de les prendre en compte est constamment affirmée, et chacun des points de vue est dit indispensable, la philosophie positive étant censée en établir l’« harmonie ». Un net privilège est accordé aux considérations spéculatives, théoriques et abstraites, qui tient à la fois à leur priorité chronologique et à leur fonction fondatrice des opérations actives, pratiques et appliquées. Le programme par lequel Comte conclut son premier grand traité est significatif : après deux ensembles théoriques, prévus en deux et quatre volumes65, il envisage « deux ouvrages relatifs à l’application générale du nouveau système philosophique » : un « traité fondamental sur l’éducation positive » et un « traité systématique de l’action de l’homme sur la nature66 ». Mais la rédaction des traités pratiques sera toujours repoussée.

    18Le Discours sur l’esprit positif de 1844 censé être « le manifeste de la nouvelle école », que Comte juge alors fondée, reprend les couples d’opérateurs exploités dans le Cours, mais assez discrètement. Il apprécie d’abord l’aptitude de l’esprit par rapport à la vie spéculative puis « envers la vie active » : « C’est surtout comme base rationnelle de l’action de l’humanité sur le monde extérieur que l’étude positive de la nature commence aujourd’hui à être universellement goûtée », l’action serait même la « destination » de l’esprit positif67. Mais la relation de la théorie vers la pratique fonctionne aussi à l’inverse à l’origine de l’esprit positif qui résulte « d’une réaction spéciale de la raison pratique sur la raison théorique, dont le caractère initial a toujours été modifié de plus en plus68 ». Se retrouve donc le double discours selon lequel la pratique est aux origines du théorique, en même temps qu’elle est appelée à s’en dissocier pour que la théorie puisse être mieux guidée.

    Une systématisation paradoxale

    19Du programme établi à la fin du Cours, Comte retient d’abord l’entreprise du second traité, dit de « philosophie politique ». « Système de politique positive » en est le titre, le même que celui choisi pour la réédition de l’« opuscule fondamental » en 1824. Il pose en fait quelque problème puisqu’il opte pour la « politique » et relègue la mention de la « sociologie » en sous-titre : or la première a été déclarée « art » de la seconde, comme la dernière science fondamentale. La prééminence du théorique et de l’abstrait sur le pratique, et le concret, tient à sa destination d’assurer la rationalité et l’efficience des activités. De plus la mention première du « politique » fait écho à la situation. Après la révolution de 1848, Comte fonde dès le 25 février une « Association libre pour l’instruction positive du peuple », puis, le 8 mars, la « Société positiviste ». Cette société devait être « purement consultative, sans aucun mélange d’intervention temporelle », et il lui donne donc une mission plutôt théorique de conseil, relevant de « l’office du pouvoir spirituel69 ». Pourtant, en sortent des pétitions politiques et des rapports sur des questions précises, qu’il faut bien dire particulières, concrètes et pratiques70, d’autant que les propositions ont des modalités clairement adaptées aux conjonctures71. Le Discours sur l’ensemble du positivisme de 1848 admet clairement en « Préambule » qu’il s’agit de lier la « science sociale » et « l’art » correspondant72. Ce texte fait assez peu usage des duos opératoires qui présidaient si souvent aux exposés précédents. L’approche du Discours sur l’ensemble du positivisme est concrète, de l’aveu même de Comte qui, plus tard, juge que bien des thèmes abordés relèvent de ce qu’il appelle « l’encyclopédie concrète73 ».

    20Plus Comte développe sa politique, plus les pratiques et le concret prennent le pas sur les théories abstraites. Le fait que l’instauration religieuse du positivisme commence comme « culte » est significatif74, et la traduction religieuse de la sociopolitique comtienne prend une importance telle qu’elle est aussi inscrite dans le sous-titre du Traité75. Les propos sur les rapports abstrait/concret dans le nouveau Système deviennent d’ailleurs ambigus, puisque Comte maintient la pertinence de leur distinction en annonçant que « le temps est enfin venu de construire la science concrète puisque les six ordres de théories qui doivent y concourir se trouvent maintenant ébauchés », mais, en même temps, il y renonce, en assurant que « les sciences vraiment concrètes resteront toujours interdites à notre faible intelligence et inutiles à notre sage activité76 ». Il relativise aussi les rapports de l’abstrait et du concret à propos de l’articulation de la statique et de la dynamique, principale distribution de sa sociopolitique77. En tout cas, dans le Catéchisme positiviste, publié en 1852 à la mi-temps du Système, Comte détaille abondamment et fort concrètement les pratiques rituelles et les règles des activités humaines, dans les exposés du « culte » et du « régime ». Davantage de détails sont donnés dans le dernier volume du traité, celui consacré à « L’Avenir humain ». Dans l’attention portée aux plus minutieux agencements des pratiques et des règles d’action, les aspects concrets et temporels l’emportent sur la méditation des spéculations théoriques abstraites78. De plus, Comte opte pour une nouvelle présentation de la religion positiviste donnant la première place au culte79. Avec les précisions accumulées sur les acteurs et activités des deux pouvoirs, et la multiplication des listes et tableaux pour les présenter dans le contenu comme dans la forme de ces développements détaillés, se manifeste une sorte de frénésie qui est à la fois de systématisation et d’organisation pratique.

    21Ainsi le Système exprime le concours du théorique et du pratique autant et plus peut-être que leur division, et rapproche science et art. Dans la réorganisation de la philosophie positive alors proposée, il fait place à une « Encyclopédie concrète80 ». Comte en dit assez peu de choses, dans les deux dernières pages du chapitre. D’une part, il rattache expressément à cette encyclopédie concrète l’éducation, « le premier des arts, le seul pleinement général, celui qui perfectionne l’action en améliorant l’agent81 », ce qui donne un statut équivoque au Système de morale positive ou Traité de l’éducation universelle annoncé comme couronnement de l’encyclopédie abstraite82. L’encyclopédie concrète comprend, d’autre part, la philosophie des « arts spéciaux », programmée comme « système d’industrie positive ou traité de l’action totale de l’Humanité sur sa planète ». Ce projet reprend de plus anciennes promesses, avec une extension du propos à l’action « totale », non plus de « l’homme » mais de « l’humanité », et non plus sur la « nature », mais sur la « planète ». Reste que cet ouvrage, pour lequel Paul Arbousse-Bastide propose l’heureuse expression « synthèse praticienne83 », ne sera jamais écrit. Sa rédaction sans cesse reportée pose question84.

    Théorie et pratique : une tradition à dépasser

    22Au terme de ce parcours, il semble que l’œuvre de Comte fournit effectivement un bon exemple de la manière paradigmatique dont sont mobilisés au xixe siècle les duos conceptuels théorique/pratique, spéculatif/actif, déclinés en diverses dualités, fondamental/secondaire, pur/appliqué, abstrait/concret, jusqu’à la version sociopolitique spirituel/temporel. Mais on voit aussi combien Comte en est souvent embarrassé : parfois il les donne pour équivalents, parfois il les emboîte et, le plus fréquemment, il les relativise. Le concours harmonieux dont il prétend faire la démonstration est ardu à établir. Les difficultés viennent aussi du fait que, d’une part, Comte déclare le particulier et le concret historiquement premiers ; mais, d’autre part, il pense le théorique et l’abstrait comme fondamentaux pour déclarer l’appliqué et le concret secondaires, lesquels restent des visées ou la « destination » de l’entreprise philosophique. Depuis sa jeunesse, Comte cherche à « réorganiser » la société, et pas seulement à la repenser, même si la repenser est une étape obligée. Depuis sa rupture avec l’ex-maître puis associé Saint-Simon, à qui il reprochait de mettre « la charrue avant les bœufs », Comte est resté fidèle au choix d’être « purement et simplement un théoricien85 ». De cette volonté de savoir pour pouvoir, de cette obsession de la maîtrise théorique pour organiser la pratique, relève aussi le combat constant de Comte contre ce qu’il appelle « l’empirisme dispersif », tare si souvent dénoncée des faux savants qui procèdent anarchiquement au lieu d’aller par ordre et progrès. Mais Comte a tout aussi souvent dénoncé ceux qui, se complaisant dans l’intellectuel, se perdent dans les illusions d’une toute-puissance de l’esprit, rêvant de possibles utopiques, méconnaissant ou oubliant les contraintes du réel86. Il a multiplié les critiques de ceux qui cèdent aux séductions des abstractions, et, dans les analyses historiques, il a disqualifié ceux qui en appelaient à la seule rationalité pour la conduite des affaires humaines87. Cependant, en s’appliquant à préciser jusqu’aux infimes détails la réorganisation de la société dont il se veut promoteur, Comte n’a-t-il pas été rattrapé à la fois par « l’empirisme dispersif » et par une prétention à tout penser et rationaliser ? N’a-t-il pas, dans une sorte de frénésie du théorique, voulu régenter les moindres pratiques ? Dans le domaine du politique, où Comte a retraduit théorie et pratique en spirituel et temporel, et dans le domaine du spirituel-théorique auquel il prétend se consacrer, la séparation du théorique/pratique et de l’abstrait/concret est devenue si relative qu’elle tend à s’effacer.

    23Bernadette Bensaude-Vincent a, dans Matière à penser, analysé « “pur” et “appliqué” » comme « une invention à dépasser ». Cette invention procède du traditionnel « “théorie” et “pratique” » dont Comte fait un abondant usage en les déclinant en dualités multiples. Mais, bien qu’il persiste à en faire des concepts opératoires, les difficultés rencontrées ne montrent-elles pas leurs limites ? Ces vieilles catégories ne sont-elles pas « à dépasser » ?

    Notes de bas de page

    1Bernadatte Bensaude-Vincent, Matière à penser, Nanterre, Presses universitaires de Paris-Nanterre, 2008, p. 175-197.

    2Le chapitre reprend en partie l’article « Une ou deux chimies : “pur” et “appliqué” en version française », Culture technique, 23, 1991, p. 16-31.

    3Comte est d’abord le secrétaire de Saint-Simon, appointé quelque temps, puis il reste son collaborateur et ami. Henri Gouhier consacre à l’analyse de ces relations une grande partie de La jeunesse d’Auguste Comte et la formation du positivisme, Paris, Vrin, 3 tomes, 1933, 1936, 1941 ; Mary Pickering fait le point sur les études que ces relations complexes ont suscitées : Auguste Comte, An Intellectual Biography, Cambridge, Cambridge University Press, 1993, vol. 1, chap. 3-5, p. 101-244.

    4Ce texte, publié d’abord en 1822 signé par Comte et loué alors par Saint-Simon, est l’objet de republications disputées en 1824. Comte l’a toujours dit son « opuscule fondamental » et, pour montrer la cohérence de son œuvre, il l’a repris, avec une sélection d’opuscules de jeunesse, dans l’« Appendice » de son second grand traité, Système de politique positive.

    5« Programme… », publié par Saint-Simon dans la revue L’Industrie, 3/1, en septembre 1817. Il est repris dans Auguste Comte, Écrits de jeunesse, Paris, Mouton, 1970, p. 55-61.

    6Ibid., p. 55.

    7Ibid., p. 56.

    8Ibid., p. 57.

    9Ibid., p. 59-60. Cela implique aussi que « industrieux d’application » nourrissent et entretiennent les « industrieux de théorie ». Comte plus tard met cette idée en pratique en acceptant les subsides de mécènes et il la systématise lorsqu’il précise ses programmes de société, dans ce qu’il appelle le « régime ».

    10Ibid., p. 61.

    11« Plan… », cité ici d’après l’« Appendice général » du Système de politique positive, désormais cité S. et tome, I à IV, d’après Œuvres d’Auguste Comte, Paris, Anthropos, 1970, ici S. IV, l’« Appendice » a une pagination propre. Après une « Introduction », p. 47-59, vient l’« Exposé général », p. 60-81, puis la « Première série de travaux », p. 82-136.

    12Ibid., p. 63.

    13Ibid., p. 61-62.

    14Ibid., p. 66 et suiv.

    15Ibid., p. 66-69.

    16Ibid., p. 81 ; je souligne.

    17Auguste Comte, Correspondance générale et confessions, Paris, Éditions de l’EHESS/Vrin, 8 tomes, 1973-1990 : ici voir Comte à d’Eichthal, 1er mai 1824, p. 82 ; et à Valat, 25 décembre 1824, p. 149 : « C’est un des points sur lesquels je suis absolument opposé à Saint-Simon qui voudrait commencer par la réorganisation temporelle, ce qui est le monde renversé et littéralement la charrue avant les bœufs […]. Ainsi, ne perds pas de vue que je suis et veux être purement et simplement un théoricien (mais pas un rêveur) et nullement un praticien, même praticien consultant. »

    18Plusieurs « Essais sur la philosophie des mathématiques » et « de philosophie mathématique » sont écrits par Comte entre 1819 et 1821 : voir Écrits de jeunesse, op. cit., 3e partie, chap. 12-15, p. 491-570.

    19Ibid., p. 507, 508, 544, 561-562.

    20Ibid., p. 535-540, citation p. 537. Comte fait le parallèle entre les sciences et les arts et métiers pour insister sur le fait que « la fabrication des instruments d’invention » doit être « regardée comme une branche distincte, cultivée par des esprits différents », p. 538.

    21Ibid., p. 549, texte de 1824, qui précise « cette manière d’étudier, la seule qui soit vraiment scientifique ».

    22Voir les réflexions sur l’algèbre menées la même année, ibid., p. 556-560.

    23Auguste Comte, « Considérations philosophiques sur les sciences et les savants » [1825], cité d’après l’« Appendice général » du Système de politique positive, op. cit., p. 137-175 ; l’année suivante, les « Considérations sur le pouvoir spirituel » (1826) confirment les choix « théoriques » de Comte.

    24A. Comte, « Considérations… », art. cité, p. 173.

    25Auguste Comte, Cours de philosophie positive [1830-1842] – désormais cité C. dans l’édition en deux volumes, Paris, Hermann, 1975 – ici C. 1re l., I, p. 21.

    26On remarquera que ces visées reprennent celles de la fin de l’« Exposé général » du « Plan… », voir supra.

    27Ibid., p. 35. Cela est lié aux critiques des approches métaphysiques de ceux qui prétendent maîtriser la « psychologie » ou qui croient pouvoir tenir un discours général de la méthode, à quoi Comte rétorque « la méthode n’est pas susceptible d’être étudiée séparément des recherches où elle est employée » ; les discours généraux sont des « rêveries » ; « aujourd’hui, les grands procédés logiques ne peuvent être expliqués avec la précision suffisante séparément de leurs applications ».

    28C. 2e l., I, p. 44-53.

    29Ibid., p. 44-45.

    30Ibid., p. 45-46. Comte poursuit en affirmant que « l’esprit humain doit procéder aux recherches théoriques en faisant complétement abstraction de toute considération pratique », je souligne.

    31Ibid., p. 47.

    32Ibid., p. 48-49.

    33La « physiologie générale » – appellation à laquelle par la suite Comte préfère celle de « biologie » – est distinguée de la zoologie et de la botanique ; la chimie de la minéralogie ; la « géologie » bascule aussi dans les sciences concrètes, particulières, descriptives et secondaires, pour lesquelles Comte parle aussi de « sciences naturelles proprement dites ». L’étude des « généralités de la physique abstraite » est censée permettre la constitution d’une « philosophie première […], base permanente à toutes les spéculations humaines ».

    34Ibid., p. 63-64.

    35Annonce faite dès la 2e leçon ; la 3e leçon, présente les deux grandes sections de la science mathématique comme « mathématique abstraite » et « mathématique concrète » en invitant à renoncer à la « division ordinaire, vicieuse à tant d’autres égards, des mathématiques en pures et appliquées », ibid., p. 75. La distinction est rappelée à la fin de la présentation de la mathématique abstraite, ibid., 9e l., p. 153, et elle conclut toute la partie concernant philosophie mathématique, ibid., 18e l., p. 298.

    36Dans la 4e leçon présentant la « Vue générale sur l’analyse mathématique », Comte distingue les fonctions abstraites et les fonctions concrètes, non sans souligner la « difficulté immense et capitale que nous éprouvons à établir la relation du concret à l’abstrait », C. I, p. 84. Dans la 10e leçon exposant la « Vue générale de la géométrie », celle-ci est présentée comme « application de l’analyse », et il y est montré tout le travail d’« abstraction » fait par l’esprit humain pour construire son approche de l’étendue, ibid., p. 156-157, la géométrie descriptive étant par ailleurs dite « essentiellement d’application », p. 177-179. Les premières pages de la 15e leçon sur les « principes fondamentaux de la mécanique rationnelle » sont pour y étudier la part du concret et de l’abstrait, ibid., p. 226-227, et la présentation de la « vue générale de la statique » comme celle de la « dynamique » ne manque pas d’en évoquer les « applications », 16e l., I, p. 258, et 17e l., p. 280.

    37C. 18e l., I, p. 299.

    38Voir C., 4e l., I, p. 83-85.

    39Voir dans C. 11e l., I, p. 174 dénonçant « l’exagération irréfléchie » de l’analyse, source d’« aberrations », de « vice », en géométrie et en mécanique.

    40C. 19e l., p. 304.

    41Ibid., p. 306.

    42Les instruments évoqués, avec rapide présentation historique, sont les chronomètres, clepsydres, sabliers, horloges à poids, et pendules cycloïdal ou circulaire, ainsi que télescopes, lunettes, verniers et appareils micrométriques.

    43C. 20e l., p. 315 et 322. Sous le chapeau des « moyens intellectuels » sont présentées « la théorie générale des réfractions astronomiques » et « la théorie des parallaxes », ibid., p. 323-328.

    44« Avec l’usage rationnel des méthodes expérimentales » précise Comte, C. 28e l., I, p. 448.

    45Ibid.

    46C. 30e l., I, p 493. Voir aussi sur les baromètres et pompes 29e l. p. 473 ; sur les thermomètres 30e l. p. 484.

    47Voir C. 32e l., I, p. 524-525 ; 33e l., p. 538 ; 34e l., p. 551.

    48Voir C. 35e l. p. 578 : la chimie concrète, « c’est-à-dire l’application méthodique du système des connaissances à l’histoire naturelle du globe » est identifiée à la « géologie » jugée actuellement « informe ».

    49Ibid., p. 586 ; « dans le système général de l’action de l’homme sur la nature, la chimie doit être conçue comme la principale source de pouvoir ».

    50C. 40e l. I, p. 667 pour la première citation et p. 671 pour la suite.

    51Comte précise : « quoique limitée que soit, en réalité, notre force de spéculation, elle a cependant, par sa nature, beaucoup plus de portée que notre capacité d’action, en sorte qu’il serait radicalement absurde de vouloir astreindre la première, d’une manière continue, à régler son essor sur celui de la seconde, qui doit au contraire, s’efforcer de la suivre autant que possible ».

    52Ibid., p. 674, voir aussi p. 702, 741-742.

    53Ibid., p. 690 et suiv. À souligner que Comte parle de « modes d’expérimentation » et d’« art expérimental » et n’emploie pas l’expression « science expérimentale »… que privilégie plus tard un Claude Bernard.

    54C. 46e l., II, p. 14, puis p. 15. Sur la science physique sociale ou sociologie par rapport à l’art politique comparée à la biologie par rapport à l’art médical, voir aussi 48e l., p. 135.

    55L’école qui défend une politique théologique rétrograde au nom de l’ordre et celle qui propose une politique révolutionnaire et anarchique au nom du progrès sont impuissantes pour les mêmes raisons, tout autant que l’école qui croit en une politique stationnaire, C. 46e l., II, p. 18-46.

    56Ibid., p. 56.

    57Ibid., p. 72 et suiv.

    58Ibid., p. 79 et note.

    59Voir C. 48e l., II, p. 105.

    60Ibid., p. 127-131. Comte aborde aussi cette question p. 124 et 49e l. p. 165.

    61Comte ne cesse d’opposer son histoire philosophique et rationnelle à celles faites jusqu’à lui, les plus ou moins littéraires, se contentant de descriptions ou de « nébuleuses théories », ou/et à celles qui ne sont qu’« annales », dépourvues de vues d’ensemble, réduite à l’« érudition bibliographique et biographique », à l’accumulation d’« anecdotes », de « détails trop minutieux » ou d’« incohérente compilation de faits », « inintelligibles subtilités » et qui s’en tiennent à l’accidentel et au particulier : voir II, 47e l. p. 98 ; 48e l., p. 140-141, 149-150 ; 49e l. p. 171-174 ; 52e l., p. 238, 240 ; 53e l., p. 270.

    62Voir C. 57e l. II, p. 662 : voir aussi p. 633-634.

    63C. 58e l., II, p. 734-740.

    64Ibid., p 737.

    65L’un de « philosophie mathématique » ; l’autre « uniquement consacré à la philosophie politique », C., 60e l., II, p. 789-791.

    66La principale partie du traité d’éducation sera, précise Comte, « l’organisation positive de la morale » ; le traité de « l’action de l’homme sur la nature » doit s’occuper de la « science concrète » et « organiser directement la vraie relation qui doit exister, à tous égards, entre la science et l’art » et combattre « vicieux conflits élémentaires où la théorie et la pratique sont également compromises », p. 790.

    67Auguste Comte, Discours sur l’esprit positif, Paris, Vrin, 1995 [1844], § 22, p. 96.

    68Ibid., § 36, p. 131. Comte évoque alors « sur les diverses classes de spéculations abstraites » une « constante impulsion concrète » du « bon sens » qu’il a montré aux paragraphes précédents, « toujours préoccupé de réalité et d’utilité ».

    69Annonce de cette fondation dans Correspondance…, op. cit., IV, « Annexes », p. 265- 271.

    70Comte a dès avril 1848 fait une proposition pour le Gouvernement provisoire, mais l’a ajournée (voir ibid., p. 271-273) ; mais la Société traite en mai de la question du travail (ibid., p. 273-280), en août d’un plan pour un nouveau gouvernement révolutionnaire » (p. 284-304) ; en 1849, elle programme une école positive (Correspondance…, V, « Annexes », p. 275-291), et Comte bâtit un nouveau Calendrier (ibid., p. 292-314).

    71Ainsi le programme de l’école positive de 1849 diffère expressément en fonction de l’urgence, du programme plus long de l’éducation tel que Comte l’avait établi plus généralement dans le Discours sur l’ensemble du positivisme, de juillet 1848. Le Calendrier de 1849 comprend expressément une double présentation de « calendrier abstrait » et de « calendrier concret », celui-ci proposant une liste nominative de héros hiérarchisés.

    72Auguste Comte, Discours sur l’ensemble du positivisme, Paris, Garnier-Flammarion, 1998 [1848], « Préambule » p. 44, 46-47 et 50-51.

    73Voir S. IV, p. 245 et compléments d’analyse infra.

    74Le Discours de 1848 se termine par la promotion du « culte de l’Humanité » ; sa version de 1851 comme « Discours préliminaire » du Système de politique positive conclut sur la « religion de l’Humanité ». Or Comte décline la religion sous trois aspects, « dogme », « culte » et « régime », où le dogme, partie logique et scientifique, a trait à la vie spéculative, et où « culte » et « régime » relèvent de la partie morale et organisent la vie active et affective, voir S. II, chap. 1, p. 20.

    75Système de politique positive ou Traité de sociologie instaurant la religion de l’Humanité.

    76S. I, « Introduction fondamentale », chap. 1, p. 431 et 433.

    77Ibid. p. 23.

    78Comte multiplie les précisions sur la répartition des rôles, le statut de chacun, les règles, les chronologies, les lieux… J’ai développé ces analyses dans ma thèse : Annie Petit, Heurs et malheurs du positivisme comtien, thèse de philosophie sous la direction de François Dagognet, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 1993, chap. 13. Voir aussi Id., « Pouvoir temporel et pouvoir spirituel dans le positivisme comtien », Revue Imprévue, 1998, p. 5-58.

    79Voir S. IV [1854], « Préface ».

    80Terme employé ibid., p. 241, 245, et comme équivalent de la « philosophie troisième ».

    81S. IV, p. 246.

    82Ibid., p. 230-246. Comte reprend ici la promesse faite à la fin du Cours du « traité fondamental sur l’éducation positive ».

    83Paul Arbousse-Bastide, La doctrine de l’éducation universelle, Paris, PUF, 1957, t. 2, p. 578.

    84Voir par exemple François Vatin, « Auguste Comte, Les sciences d’application et la formation du peuple », Revue philosophique de la France et de l’étranger, 4/132, 2007, p. 421-435. Pierre Ducassé, membre de la Société positiviste internationale, a expressément regretté que la place accordée à la technique dans le système positiviste de Comte soit restée insuffisante : voir « Le témoignage d’Auguste Comte et le réveil des espérances positives », Revue positiviste internationale, 31/5-6, novembre 1936, p. 193-200 et « Auguste Comte et la philosophie des techniques », Structure et évolution des techniques, 55-56, août-septembre 1957, p. 11-15.

    85Voir Comte à Valat, 25 décembre 1824, lettre citée supra.

    86Sur les critiques des savants égarés dans l’abstraction, voir Annie Petit, « Des savants revus et corrigés par le positivisme comtien », Science et Vie. 200 ans de science 1789-1989, 166, mars 1989, p. 126-130 et « Le corps scientifique selon Auguste Comte : critiques et propositions », dans Angèle Kremer-Marietti (dir.), Sociologie de la science, Spirmont, Pierre Mardaga, 1998, p. 69-91, et voir aussi Bernadette Bensaude-Vincent, « Les savants au pouvoir », Romantisme, 21-22, 1978, p. 63-75.

    87Comte dénonce ainsi « l’absurdité radicale du prétendu règne absolu de l’esprit, tant poursuivie par les philosophes grecs et par leurs imitateurs modernes », C. 54e l., II, p. 326. Dans le Système, Comte attribue aux Grecs antiques « le délire chronique qui s’efforce de faire prévaloir l’idéalité sur la réalité », S. III, p. 279.

    Auteur

    • Annie Petit

      IdRef : 030375045

      Annie Petit est professeure émérite de philosophie à l’université Paul-Valéry de Montpellier. Elle a eu le même professeur, Michel Serres, elle à Clermont-Ferrand et Bernadette Bensaude-Vincent à Paris. L’amitié s’est renforcée au fil du temps, des colloques et des congrès, des rencontres à Paris, ou dans le Parc des volcans d’Auvergne, puis à Montpellier.

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    1Bernadatte Bensaude-Vincent, Matière à penser, Nanterre, Presses universitaires de Paris-Nanterre, 2008, p. 175-197.

    2Le chapitre reprend en partie l’article « Une ou deux chimies : “pur” et “appliqué” en version française », Culture technique, 23, 1991, p. 16-31.

    3Comte est d’abord le secrétaire de Saint-Simon, appointé quelque temps, puis il reste son collaborateur et ami. Henri Gouhier consacre à l’analyse de ces relations une grande partie de La jeunesse d’Auguste Comte et la formation du positivisme, Paris, Vrin, 3 tomes, 1933, 1936, 1941 ; Mary Pickering fait le point sur les études que ces relations complexes ont suscitées : Auguste Comte, An Intellectual Biography, Cambridge, Cambridge University Press, 1993, vol. 1, chap. 3-5, p. 101-244.

    4Ce texte, publié d’abord en 1822 signé par Comte et loué alors par Saint-Simon, est l’objet de republications disputées en 1824. Comte l’a toujours dit son « opuscule fondamental » et, pour montrer la cohérence de son œuvre, il l’a repris, avec une sélection d’opuscules de jeunesse, dans l’« Appendice » de son second grand traité, Système de politique positive.

    5« Programme… », publié par Saint-Simon dans la revue L’Industrie, 3/1, en septembre 1817. Il est repris dans Auguste Comte, Écrits de jeunesse, Paris, Mouton, 1970, p. 55-61.

    6Ibid., p. 55.

    7Ibid., p. 56.

    8Ibid., p. 57.

    9Ibid., p. 59-60. Cela implique aussi que « industrieux d’application » nourrissent et entretiennent les « industrieux de théorie ». Comte plus tard met cette idée en pratique en acceptant les subsides de mécènes et il la systématise lorsqu’il précise ses programmes de société, dans ce qu’il appelle le « régime ».

    10Ibid., p. 61.

    11« Plan… », cité ici d’après l’« Appendice général » du Système de politique positive, désormais cité S. et tome, I à IV, d’après Œuvres d’Auguste Comte, Paris, Anthropos, 1970, ici S. IV, l’« Appendice » a une pagination propre. Après une « Introduction », p. 47-59, vient l’« Exposé général », p. 60-81, puis la « Première série de travaux », p. 82-136.

    12Ibid., p. 63.

    13Ibid., p. 61-62.

    14Ibid., p. 66 et suiv.

    15Ibid., p. 66-69.

    16Ibid., p. 81 ; je souligne.

    17Auguste Comte, Correspondance générale et confessions, Paris, Éditions de l’EHESS/Vrin, 8 tomes, 1973-1990 : ici voir Comte à d’Eichthal, 1er mai 1824, p. 82 ; et à Valat, 25 décembre 1824, p. 149 : « C’est un des points sur lesquels je suis absolument opposé à Saint-Simon qui voudrait commencer par la réorganisation temporelle, ce qui est le monde renversé et littéralement la charrue avant les bœufs […]. Ainsi, ne perds pas de vue que je suis et veux être purement et simplement un théoricien (mais pas un rêveur) et nullement un praticien, même praticien consultant. »

    18Plusieurs « Essais sur la philosophie des mathématiques » et « de philosophie mathématique » sont écrits par Comte entre 1819 et 1821 : voir Écrits de jeunesse, op. cit., 3e partie, chap. 12-15, p. 491-570.

    19Ibid., p. 507, 508, 544, 561-562.

    20Ibid., p. 535-540, citation p. 537. Comte fait le parallèle entre les sciences et les arts et métiers pour insister sur le fait que « la fabrication des instruments d’invention » doit être « regardée comme une branche distincte, cultivée par des esprits différents », p. 538.

    21Ibid., p. 549, texte de 1824, qui précise « cette manière d’étudier, la seule qui soit vraiment scientifique ».

    22Voir les réflexions sur l’algèbre menées la même année, ibid., p. 556-560.

    23Auguste Comte, « Considérations philosophiques sur les sciences et les savants » [1825], cité d’après l’« Appendice général » du Système de politique positive, op. cit., p. 137-175 ; l’année suivante, les « Considérations sur le pouvoir spirituel » (1826) confirment les choix « théoriques » de Comte.

    24A. Comte, « Considérations… », art. cité, p. 173.

    25Auguste Comte, Cours de philosophie positive [1830-1842] – désormais cité C. dans l’édition en deux volumes, Paris, Hermann, 1975 – ici C. 1re l., I, p. 21.

    26On remarquera que ces visées reprennent celles de la fin de l’« Exposé général » du « Plan… », voir supra.

    27Ibid., p. 35. Cela est lié aux critiques des approches métaphysiques de ceux qui prétendent maîtriser la « psychologie » ou qui croient pouvoir tenir un discours général de la méthode, à quoi Comte rétorque « la méthode n’est pas susceptible d’être étudiée séparément des recherches où elle est employée » ; les discours généraux sont des « rêveries » ; « aujourd’hui, les grands procédés logiques ne peuvent être expliqués avec la précision suffisante séparément de leurs applications ».

    28C. 2e l., I, p. 44-53.

    29Ibid., p. 44-45.

    30Ibid., p. 45-46. Comte poursuit en affirmant que « l’esprit humain doit procéder aux recherches théoriques en faisant complétement abstraction de toute considération pratique », je souligne.

    31Ibid., p. 47.

    32Ibid., p. 48-49.

    33La « physiologie générale » – appellation à laquelle par la suite Comte préfère celle de « biologie » – est distinguée de la zoologie et de la botanique ; la chimie de la minéralogie ; la « géologie » bascule aussi dans les sciences concrètes, particulières, descriptives et secondaires, pour lesquelles Comte parle aussi de « sciences naturelles proprement dites ». L’étude des « généralités de la physique abstraite » est censée permettre la constitution d’une « philosophie première […], base permanente à toutes les spéculations humaines ».

    34Ibid., p. 63-64.

    35Annonce faite dès la 2e leçon ; la 3e leçon, présente les deux grandes sections de la science mathématique comme « mathématique abstraite » et « mathématique concrète » en invitant à renoncer à la « division ordinaire, vicieuse à tant d’autres égards, des mathématiques en pures et appliquées », ibid., p. 75. La distinction est rappelée à la fin de la présentation de la mathématique abstraite, ibid., 9e l., p. 153, et elle conclut toute la partie concernant philosophie mathématique, ibid., 18e l., p. 298.

    36Dans la 4e leçon présentant la « Vue générale sur l’analyse mathématique », Comte distingue les fonctions abstraites et les fonctions concrètes, non sans souligner la « difficulté immense et capitale que nous éprouvons à établir la relation du concret à l’abstrait », C. I, p. 84. Dans la 10e leçon exposant la « Vue générale de la géométrie », celle-ci est présentée comme « application de l’analyse », et il y est montré tout le travail d’« abstraction » fait par l’esprit humain pour construire son approche de l’étendue, ibid., p. 156-157, la géométrie descriptive étant par ailleurs dite « essentiellement d’application », p. 177-179. Les premières pages de la 15e leçon sur les « principes fondamentaux de la mécanique rationnelle » sont pour y étudier la part du concret et de l’abstrait, ibid., p. 226-227, et la présentation de la « vue générale de la statique » comme celle de la « dynamique » ne manque pas d’en évoquer les « applications », 16e l., I, p. 258, et 17e l., p. 280.

    37C. 18e l., I, p. 299.

    38Voir C., 4e l., I, p. 83-85.

    39Voir dans C. 11e l., I, p. 174 dénonçant « l’exagération irréfléchie » de l’analyse, source d’« aberrations », de « vice », en géométrie et en mécanique.

    40C. 19e l., p. 304.

    41Ibid., p. 306.

    42Les instruments évoqués, avec rapide présentation historique, sont les chronomètres, clepsydres, sabliers, horloges à poids, et pendules cycloïdal ou circulaire, ainsi que télescopes, lunettes, verniers et appareils micrométriques.

    43C. 20e l., p. 315 et 322. Sous le chapeau des « moyens intellectuels » sont présentées « la théorie générale des réfractions astronomiques » et « la théorie des parallaxes », ibid., p. 323-328.

    44« Avec l’usage rationnel des méthodes expérimentales » précise Comte, C. 28e l., I, p. 448.

    45Ibid.

    46C. 30e l., I, p 493. Voir aussi sur les baromètres et pompes 29e l. p. 473 ; sur les thermomètres 30e l. p. 484.

    47Voir C. 32e l., I, p. 524-525 ; 33e l., p. 538 ; 34e l., p. 551.

    48Voir C. 35e l. p. 578 : la chimie concrète, « c’est-à-dire l’application méthodique du système des connaissances à l’histoire naturelle du globe » est identifiée à la « géologie » jugée actuellement « informe ».

    49Ibid., p. 586 ; « dans le système général de l’action de l’homme sur la nature, la chimie doit être conçue comme la principale source de pouvoir ».

    50C. 40e l. I, p. 667 pour la première citation et p. 671 pour la suite.

    51Comte précise : « quoique limitée que soit, en réalité, notre force de spéculation, elle a cependant, par sa nature, beaucoup plus de portée que notre capacité d’action, en sorte qu’il serait radicalement absurde de vouloir astreindre la première, d’une manière continue, à régler son essor sur celui de la seconde, qui doit au contraire, s’efforcer de la suivre autant que possible ».

    52Ibid., p. 674, voir aussi p. 702, 741-742.

    53Ibid., p. 690 et suiv. À souligner que Comte parle de « modes d’expérimentation » et d’« art expérimental » et n’emploie pas l’expression « science expérimentale »… que privilégie plus tard un Claude Bernard.

    54C. 46e l., II, p. 14, puis p. 15. Sur la science physique sociale ou sociologie par rapport à l’art politique comparée à la biologie par rapport à l’art médical, voir aussi 48e l., p. 135.

    55L’école qui défend une politique théologique rétrograde au nom de l’ordre et celle qui propose une politique révolutionnaire et anarchique au nom du progrès sont impuissantes pour les mêmes raisons, tout autant que l’école qui croit en une politique stationnaire, C. 46e l., II, p. 18-46.

    56Ibid., p. 56.

    57Ibid., p. 72 et suiv.

    58Ibid., p. 79 et note.

    59Voir C. 48e l., II, p. 105.

    60Ibid., p. 127-131. Comte aborde aussi cette question p. 124 et 49e l. p. 165.

    61Comte ne cesse d’opposer son histoire philosophique et rationnelle à celles faites jusqu’à lui, les plus ou moins littéraires, se contentant de descriptions ou de « nébuleuses théories », ou/et à celles qui ne sont qu’« annales », dépourvues de vues d’ensemble, réduite à l’« érudition bibliographique et biographique », à l’accumulation d’« anecdotes », de « détails trop minutieux » ou d’« incohérente compilation de faits », « inintelligibles subtilités » et qui s’en tiennent à l’accidentel et au particulier : voir II, 47e l. p. 98 ; 48e l., p. 140-141, 149-150 ; 49e l. p. 171-174 ; 52e l., p. 238, 240 ; 53e l., p. 270.

    62Voir C. 57e l. II, p. 662 : voir aussi p. 633-634.

    63C. 58e l., II, p. 734-740.

    64Ibid., p 737.

    65L’un de « philosophie mathématique » ; l’autre « uniquement consacré à la philosophie politique », C., 60e l., II, p. 789-791.

    66La principale partie du traité d’éducation sera, précise Comte, « l’organisation positive de la morale » ; le traité de « l’action de l’homme sur la nature » doit s’occuper de la « science concrète » et « organiser directement la vraie relation qui doit exister, à tous égards, entre la science et l’art » et combattre « vicieux conflits élémentaires où la théorie et la pratique sont également compromises », p. 790.

    67Auguste Comte, Discours sur l’esprit positif, Paris, Vrin, 1995 [1844], § 22, p. 96.

    68Ibid., § 36, p. 131. Comte évoque alors « sur les diverses classes de spéculations abstraites » une « constante impulsion concrète » du « bon sens » qu’il a montré aux paragraphes précédents, « toujours préoccupé de réalité et d’utilité ».

    69Annonce de cette fondation dans Correspondance…, op. cit., IV, « Annexes », p. 265- 271.

    70Comte a dès avril 1848 fait une proposition pour le Gouvernement provisoire, mais l’a ajournée (voir ibid., p. 271-273) ; mais la Société traite en mai de la question du travail (ibid., p. 273-280), en août d’un plan pour un nouveau gouvernement révolutionnaire » (p. 284-304) ; en 1849, elle programme une école positive (Correspondance…, V, « Annexes », p. 275-291), et Comte bâtit un nouveau Calendrier (ibid., p. 292-314).

    71Ainsi le programme de l’école positive de 1849 diffère expressément en fonction de l’urgence, du programme plus long de l’éducation tel que Comte l’avait établi plus généralement dans le Discours sur l’ensemble du positivisme, de juillet 1848. Le Calendrier de 1849 comprend expressément une double présentation de « calendrier abstrait » et de « calendrier concret », celui-ci proposant une liste nominative de héros hiérarchisés.

    72Auguste Comte, Discours sur l’ensemble du positivisme, Paris, Garnier-Flammarion, 1998 [1848], « Préambule » p. 44, 46-47 et 50-51.

    73Voir S. IV, p. 245 et compléments d’analyse infra.

    74Le Discours de 1848 se termine par la promotion du « culte de l’Humanité » ; sa version de 1851 comme « Discours préliminaire » du Système de politique positive conclut sur la « religion de l’Humanité ». Or Comte décline la religion sous trois aspects, « dogme », « culte » et « régime », où le dogme, partie logique et scientifique, a trait à la vie spéculative, et où « culte » et « régime » relèvent de la partie morale et organisent la vie active et affective, voir S. II, chap. 1, p. 20.

    75Système de politique positive ou Traité de sociologie instaurant la religion de l’Humanité.

    76S. I, « Introduction fondamentale », chap. 1, p. 431 et 433.

    77Ibid. p. 23.

    78Comte multiplie les précisions sur la répartition des rôles, le statut de chacun, les règles, les chronologies, les lieux… J’ai développé ces analyses dans ma thèse : Annie Petit, Heurs et malheurs du positivisme comtien, thèse de philosophie sous la direction de François Dagognet, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 1993, chap. 13. Voir aussi Id., « Pouvoir temporel et pouvoir spirituel dans le positivisme comtien », Revue Imprévue, 1998, p. 5-58.

    79Voir S. IV [1854], « Préface ».

    80Terme employé ibid., p. 241, 245, et comme équivalent de la « philosophie troisième ».

    81S. IV, p. 246.

    82Ibid., p. 230-246. Comte reprend ici la promesse faite à la fin du Cours du « traité fondamental sur l’éducation positive ».

    83Paul Arbousse-Bastide, La doctrine de l’éducation universelle, Paris, PUF, 1957, t. 2, p. 578.

    84Voir par exemple François Vatin, « Auguste Comte, Les sciences d’application et la formation du peuple », Revue philosophique de la France et de l’étranger, 4/132, 2007, p. 421-435. Pierre Ducassé, membre de la Société positiviste internationale, a expressément regretté que la place accordée à la technique dans le système positiviste de Comte soit restée insuffisante : voir « Le témoignage d’Auguste Comte et le réveil des espérances positives », Revue positiviste internationale, 31/5-6, novembre 1936, p. 193-200 et « Auguste Comte et la philosophie des techniques », Structure et évolution des techniques, 55-56, août-septembre 1957, p. 11-15.

    85Voir Comte à Valat, 25 décembre 1824, lettre citée supra.

    86Sur les critiques des savants égarés dans l’abstraction, voir Annie Petit, « Des savants revus et corrigés par le positivisme comtien », Science et Vie. 200 ans de science 1789-1989, 166, mars 1989, p. 126-130 et « Le corps scientifique selon Auguste Comte : critiques et propositions », dans Angèle Kremer-Marietti (dir.), Sociologie de la science, Spirmont, Pierre Mardaga, 1998, p. 69-91, et voir aussi Bernadette Bensaude-Vincent, « Les savants au pouvoir », Romantisme, 21-22, 1978, p. 63-75.

    87Comte dénonce ainsi « l’absurdité radicale du prétendu règne absolu de l’esprit, tant poursuivie par les philosophes grecs et par leurs imitateurs modernes », C. 54e l., II, p. 326. Dans le Système, Comte attribue aux Grecs antiques « le délire chronique qui s’efforce de faire prévaloir l’idéalité sur la réalité », S. III, p. 279.

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