Les chimistes du xviiie siècle et leur histoire : une enquête à travers les cours, les traités et les dictionnaires
p. 53-70
Résumés
Au xviiie siècle, les traités de science débutent généralement par une introduction historique et, à l’exception des cours dispensés oralement, les traités de chimie n’échappent pas à cette règle. Quel est le but de ces présentations chronologiques ? En rappelant que la chimie est une histoire humaine avec ses avancées, ses hésitations et ses erreurs, ces histoires ont tout d’abord un rôle pédagogique. Elles ont aussi un enjeu épistémologique en présentant la chimie comme une science rationnelle, c’est-à-dire comme une chimie qui, tout en reconnaissant sa dette envers l’alchimie, en rejette le savoir occulte. Quand il s’agit, enfin, de dater la naissance de la science chimique, c’est-à-dire le passage qui permet de la différencier de l’alchimie, la réponse des auteurs dépend de la personnalité de chacun, mais le critère généralement reconnu est la clarté de l’exposé. Ces introductions historiques servent ainsi l’indépendance de la chimie et sa légitimation comme science autonome, rigoureuse, libérée de son passé trouble et digne de figurer comme science académique.
Eighteenth-century scientific treatises generally began with an historical introduction, and apart from oral teachings, chemistry textbooks are no exception. What was the purpose of these chronological introductions? By reminding the reader that chemistry is a human activity, with its advances, hesitations and mistakes, these historical accounts had first and foremost a pedagogical role. They also had an epistemological aim in presenting chemistry as a rational science, i.e. a chemistry that acknowledged its debt to alchemy but rejected its occult aspect. Finally, when authors attempted to give a to the birth of chemical science—i.e. the epochal break with alchemy—the answer depended on the author’s personality, but the usual criterion was the clarity of the exposition. These historical introductions thus served to establish the independence of chemistry and its legitimacy as an autonomous, rigorous science, freed from its troubled past and worthy of being considered as an academic science.
Texte intégral
1Les progrès de la minéralogie, l’influence des travaux de Newton, l’interprétation mécaniste des phénomènes chimiques proposée par Nicolas Lemery ou la théorie du phlogistique de Stahl offrent, au seuil du xviiie siècle, de nouvelles perspectives aux chimistes. Ceux-ci entreprennent alors une « refondation » de leur science et mettent en avant son historicité. Mais cette tradition n’est pas réservée aux seuls chimistes car on retrouve une histoire des mathématiques dans les ouvrages de Jean Étienne Montucla (1725-1799) ou de l’astronomie dans ceux de Jean Sylvain Bailly (1736-1793)1. Elle n’est d’ailleurs pas une spécificité française. Marco Beretta a en effet relevé plus de quarante textes imprimés au xviiie siècle traitant de l’histoire de la chimie non seulement en France, mais aussi en Allemagne, en Suède, en Grande-Bretagne ou en Italie2. L’histoire serait-elle devenue indispensable à tout discours de chimie et plus généralement de science ?
2En France, quelques traités de chimie du xviiie siècle commencent par un récit historique de la chimie comme les Elemens de Chymie de Johann Juncker (1679-1759), le Cours de chymie suivant les principes de Newton et de Stahll, attribué au médecin Jean-Baptiste Sénac (1693-1770), ou le Plan d’un cours de chymie expérimentale et raisonnée avec un discours historique sur la chymie de Pierre Joseph Macquer (1718-1784) et Antoine Baumé (1728-1804)3. D’autres, comme le Traité de chimie de Pierre Jacques Malouin (1701-1778) ou le Dictionnaire de Chymie de Macquer, y consacrent leur premier chapitre4.
3L’inclusion de l’histoire n’est cependant pas systématique et dépend du professeur. En effet Macquer n’introduit pas d’histoire de la chimie dans ses Elémens de Chymie théorique ou de Chymie pratique. Dans le discours préliminaire de leurs cours de chimie au Jardin du Roi, Louis Claude Bourdelin (1696-1777) souligne la très grande ancienneté de la chimie alors que Macquer se limite à une timide allusion à son développement tardif5. À Édimbourg, Joseph Black (1728-1799) consacre deux de ses leçons à l’émergence progressive de la chimie et à sa position par rapport aux anciennes croyances alchimiques6. Dans ses Elemens de chymie, Herman Boerhaave (1668-1738) commence aussi son cours par une introduction historique7. On ne trouve pas, en revanche, d’introduction historique dans les cours publics donnés au Jardin du Roi par Guillaume François Rouelle (1703-1770) ni dans les cours privés donnés par Gabriel François Venel (1723-1775) à Montpellier. Venel se défend de parler d’histoire et renvoie ses auditeurs à l’Encyclopédie :
Je ne vous expliquerai donc point l’histoire de la naissance et des progrès de la chymie, la notice des principaux ouvrages de chymie, et la succession chronologique des auteurs, […] si on veut s’en instruire, il faut voir le mot chymie dans l’Encyclopédie par Mr Venel8.
4La transmission orale des cours de Rouelle et de Venel, orientés vers un enseignement pratique et théorique, ne laisse donc pas de place à l’histoire à l’inverse de la tradition écrite, comme celle des traités, pour lesquels une histoire semble indispensable. Ce qui peut expliquer l’ajout par Denis Diderot (1713-1784), ou par Jean Darcet (1724-1801), d’une introduction historique au cours de Rouelle en vue de sa publication9. C’est aussi le fait des traducteurs, ou des traductrices, à l’instar de Marie Geneviève Thiroux d’Arconville (1720-1805) qui ouvre sa traduction des Leçons de Chymie de Peter Shaw (1694-1763) par un très long discours préliminaire d’une centaine de pages10.
5Quel est le contenu de ces histoires de la chimie telles qu’elles sont présentées dans l’Encyclopédie, les ouvrages de chimie du xviiie siècle, ou évoquées dans leurs cours par les professeurs ? Est-ce une histoire des personnes ou une histoire des arguments ? Est-ce une histoire narrative de la chimie ou la présentation de vignettes destinée à mettre en relief un personnage clé fondateur de la chimie ? L’analyse de ces récits permettra de définir la finalité de cette histoire : son rôle pédagogique, la quête des origines et enfin sa fonction épistémologique dans la refondation d’une chimie qui, libérée de l’alchimie, fonde sa scientificité sur des faits historiques.
Une utilité pédagogique
6Pour quelles raisons l’histoire de la science appartient-elle davantage à la tradition écrite qu’à l’enseignement oral ? Il faut noter que ces « discours historiques », lorsqu’ils sont présents dans les traités comme celui attribué à Sénac, celui de Macquer et Baumé ou celui du Dictionnaire de Chymie, ne font pas vraiment partie intégrante du corpus chimique car les pages sont numérotées en italique. L’enjeu de ces introductions historiques n’est donc pas de même nature que celui de la science elle-même. Lavoisier va même plus loin en jugeant qu’elles n’ont pas leur place dans un traité scientifique.
Ce n’est ni l’histoire de la science, ni celle de l’esprit humain qu’on doit faire dans un traité élémentaire : on ne doit y chercher que la facilité, la clarté ; on en doit soigneusement écarter tout ce qui pourrait tendre à détourner l’attention11.
7Ces récits historiques font remonter l’origine de la chimie aux temps bibliques, ou à l’Égypte ancienne, et on y retrouve la longue tradition des alchimistes qui tentaient d’établir l’antiquité de leurs connaissances afin de donner une plus grande autorité à leurs écrits. Mais la fonction de légitimation, ou d’appel à l’autorité des Anciens, disparaît dans les traités du xviiie siècle. L’histoire conserve certes sa fonction éducative mais seulement parce qu’on peut tirer enseignement des erreurs du passé. Elle a pour mission de préparer le lecteur, ou l’auditeur, à l’apprentissage scientifique afin de le mettre en condition et de fixer les objectifs de son apprentissage. Ainsi Macquer précise-t-il dans son cours :
L’histoire des sciences est en même tems celle des travaux, des succès, & des écarts de ceux qui les ont cultivés ; elle indique les obstacles qu’ils ont eu à surmonter, & les fausses routes dans lesquelles ils se sont égarés : elle ne peut dès lors manquer d’être très utile à ceux qui s’engagent dans la même carrière. C’est sans doute la principale raison qui a introduit l’usage de mettre à la tête des traités ou des cours de chymie un discours historique sur cette science12.
8Quelques années plus tard, à la fin du xviiie siècle, Antoine François Fourcroy (1755-1809) justifie le discours historique pour les mêmes raisons :
Quand on veut étudier une science, il serait ridicule de ne pas dessiner au moins les grands traits de son histoire, puisqu’en faisant connaître les principales phases par lesquelles elle est passée, elle fixe la date des découvertes, elle expose les erreurs, donne les moyens de les éviter, empêche de recommencer des essais déjà faits avec succès, indique ce qui reste encore à faire, et trace le chemin pour trouver ce que l’on cherche13.
9L’histoire a donc valeur d’initiation pour préparer le futur chimiste à entrer dans « cette histoire » et à y jouer un rôle. Elle montre que la chimie n’est pas une science désincarnée, c’est une histoire humaine avec ses avancées, ses hésitations et ses erreurs. L’histoire rattache alors le chimiste débutant à cette longue chaîne d’hommes qui l’ont précédé.
10De plus, cette longue geste permet à la chimie émergente du xviiie siècle de postuler au statut de science indépendante car elle a sa propre histoire. L’idée d’une évolution cumulative de la science, liée à l’idée générale de progrès, prédomine chez la majorité des auteurs. Le terme « progrès » figure d’ailleurs souvent dans les titres d’ouvrages comme celui attribué à Sénac ou dans l’introduction du Dictionnaire de Macquer. On le retrouve dans le titre de l’introduction de Darcet au cours de Rouelle14 et lors de sa première leçon, Boerhaave expose aussi la marche progressive, l’émergence continue de la science chimique :
Dans la première partie, j’exposerai l’origine de la Chymie, les progrès qu’elle a faits, la manière dont elle a été cultivée, les différents sorts qu’elle a eu ; j’indiquerai les auteurs qui ont écrit les premiers sur cet Art en suivant l’ordre des tems dans lesquels ils ont vêcu ; j’aurai soin de remarquer en peu de mots en quoi ils ont été de même avis, & en quoi ils ont différé15…
11L’histoire chronologique de la discipline est donc un point commun de toutes les histoires racontées par les chimistes du xviiie siècle. Ces historiens chimistes établissent, d’une part, le lien entre les origines de la chimie et les expériences techniques exécutées par les anciens et se positionnent tous, d’autre part, par rapport aux pratiques alchimiques.
À la recherche des origines
12Même s’ils ne la placent pas au même endroit de leur exposé, tous les auteurs sans exception s’interrogent sur l’origine du nom « Chimie » et la comparaison sémantique permet de faire le point sur les différences. Boerhaave insiste sur le caractère « de caché, d’occulte, de mystérieux, de secret » à l’origine du mot ; la science à laquelle il s’applique s’appelle indifféremment Chemie, Chymie, Alchymie, Alkumie, Art spagyrique et hyssopique. Elle sépare le pur d’avec l’impur16. Sénac donne sa signification dans toutes les langues : en arabe « être caché », en hébreu « soleil ou chaleur », en grec « suc ou coquille », on l’appelle aussi « philosophie hermétique » à cause du philosophe Hermès, ou « spagyrique » parce qu’elle apprend à rassembler les principes. Paracelse l’appelle hyssopique parce qu’elle purge les corps des matières étrangères. Pour Darcet, « chimie » est synonyme d’« Égypte » à qui elle doit son origine. Elle est alors un art révélé aux seuls prêtres, ce qui explique son caractère occulte17. Cette analyse sémantique s’accompagne d’une autre question primordiale posée par Sénac, et reprise par Venel : « A quel tems faut-il rapporter la naissance de la chimie ? »
Les origines lointaines de la chimie
13On peut s’étonner que les auteurs remontent aux livres de la Genèse, à l’Apocalypse ou aux traditions de l’Égypte ancienne pour situer l’origine du savoir chimique. Cette quête des origines antiques de la chimie, pour reprendre le terme de Venel, renvoie à des controverses ouvertes au xviie siècle entre Hermann Conring (1606-1681), dit Coringius, et Ole Borch (1626-1690), plus connu sous son nom latin d’Olaus Borrichius ou Borrrichus.
14Coringius, médecin allemand, galiéniste et aristotélicien, est un des savants les plus érudits et les plus respectés d’Europe. Il dénie toute antiquité à la chimie et, dans les cours qu’il donne à l’université d’Helmstedt, s’oppose à la médecine chimique de Paracelse. Il nie aussi l’existence historique d’Hermès Trismegiste car il estime que la doctrine hermétique originale, entachée de magie, a été tellement altérée par le temps qu’elle n’est plus digne de confiance ; quant au savoir égyptien, il est impie car rempli de rites superstitieux. À l’inverse, Borrichius, chimiste danois, fait remonter l’origine de la chimie longtemps avant le Déluge : ni la chimie ni la médecine ne sont originaires de l’Égypte car à l’origine des deux est Hermès, le Mercure grec, et c’est avec vigueur que Borrichius défend l’origine antédiluvienne de la chimie dans son traité De ortu & progressu chemiae Dissertatio publié en 1668. Ce débat entre le médecin Coringuius et le chimiste Borrichius s’étend rapidement à toute l’Europe. Les Philosophical Transactions s’en font l’écho en 1668 et 1674, puis le Journal des sçavans en 167518. Les historiens de la chimie du xviiie siècle ne sont pas non plus indifférents à cette controverse que l’on retrouve à travers leur attitude ambivalente à l’égard de cette quête des origines19. Cette histoire lointaine, avec ses allures d’érudition, est en effet toujours maintenue, fût-ce pour être rejetée.
15L’auteur présumé du cours de Chymie selon les principes de Newton et de Stahll critique la recherche stérile et la frustration des chimistes, insatisfaits de « l’utilité et des connoissances curieuses et étendues » de leur science, et s’insurge contre l’étalage d’érudition qui accompagne cette recherche : « dans un livre scavant hérissé de grec et d’hébreu elles ont leur mérite ; pourquoi tant de citations dans un livre de chimie20 ? ». Black dénonce aussi en quelques mots l’absurdité de la recherche de ces origines lointaines : « Certains chymistes ont été très extravagants dans leurs désirs d’établir la grande ancienneté de leur science et beaucoup de leurs arguments sont frustes et absurdes. Ils prétendent que […] les détails de tout cela sont trop absurdes et insignifiants pour que nous y consacrions notre temps21. » Quant à Venel, il trouve « assommante » et non convaincante la recherche des antiquaires chimistes. Il propose d’explorer cette histoire érudite comme un « amusement philosophique ». Et de conclure : « Ce sera dans cette vûe, […] que nous allons exposer aux autres & nous représenter à nous-mêmes le labyrinthe des antiquités chimiques22. » Effectivement, Venel développe amplement les fables anciennes, cite de longs passages de Borrichius et emprunte même des passages entiers au livre attribué à Sénac23. Mais il ne prend pas parti et reste très extérieur au débat. Il prévient : « Voici le précis des preuves sur lesquelles on établit la grande ancienneté de la Chimie : il est assez indifférent de les admettre ou de les rejetter24. » Cet exposé lui a permis de faire preuve de son érudition, il a détaillé les textes anciens, les anciennes théories, mais Venel rassure le lecteur réticent, celui-ci n’est pas obligé de s’y arrêter : « Ceux qui trouveront que nous nous sommes trop étendus […] en commençant cette histoire peuvent aisément nous abréger, en ne lisant de tout ce qui précède que ce qui leur conviendra. »
16Boerhaave, qui affirme dans son premier discours : « Je serai sur mes gardes pour me conformer, en tout ce que je dirai, aux régles que doit suivre un historien », ne s’engage pas dans la controverse. Il reconnaît cependant la très grande ancienneté de la chimie métallurgique, qui a pris naissance en Asie avec Vulcain, puis en Égypte avec Moïse, et il en déduit : « Je ne crois pas qu’il puisse rester aucun doute sur l’antiquité de notre Art, non plus que sur son nom. » Il en est de même pour Macquer qui ne recherche pas non plus les origines antédiluviennes de la chimie :
Tout ce qu’on peut dire de vrai et de raisonnable sur cette matière, c’est que l’invention de plusieurs arts qui dépendent de la chymie, et dont l’objet est de nous procurer les choses les plus nécessaires, est effectivement de la plus grande antiquité25.
17Le mot « art » dans ces deux citations laisse présumer qu’un consensus s’établit non plus sur les origines lointaines de la chimie mais sur l’antiquité d’un savoir-faire artisanal.
La chimie, une science ou un art ?
18Tous reconnaissent l’existence très ancienne de l’exploitation des mines, du travail des métaux, de l’art de la teinture, de la fabrication du verre, des émaux, des faïences, de la production d’essences et de parfums. En effet, « ces différentes parties de la Chymie existoient, mais la Chymie n’existoit point encore26 ». Pour Macquer la signification du mot « chimie » change alors de sens : « Le plus ancien chimiste est donc Vulcain, titre qu’on peut lui donner non comme une science mais comme un art et un métier. » Malouin, pour qui le forgeron Vulcain n’est pas un philosophe chimiste, partage cette distinction entre « artiste » et « scientifique » et si les Grecs connaissaient l’art des métaux c’était « un métier non une science27 ».
19Mais dans quelle limite l’art de ces artisans peut-il être considéré comme une science ? Venel conteste par exemple cette connotation du mot « chimie » synonyme du mot « art ». Il convient qu’on a travaillé les métaux avant le Déluge mais nie que ces métallurgistes fussent chimistes. Pour lui, l’art ou le savoir-faire technique ne sont pas des sciences. Presque toutes les inventions sont dues à des ignorants et « ce n’est point un chimiste réfléchissant sur les propriétés des corps qui a découvert la Teinture, la verrerie, la poudre à canon, le bleu de Prusse, l’imitation des pierres précieuses, &c. ces inventions nous viennent de manœuvres non chimistes, ou de chimistes manœuvrans28 ». Reste donc à définir ce qu’est la « science chimie », et ce qu’elle n’est pas, avant de s’interroger sur son origine.
20En effet, les rapports entre la théorie et la pratique de la chimie ne sont pas partout pensés comme « science » et « art ». En Suède, par exemple, le chimiste Johan Gottschalk Wallerius (1709-1785), premier titulaire de la nouvelle chaire de chimie, médecine et pharmacie de l’université d’Uppsala en 1750, est le premier à distinguer la « chimie pure » de la « chimie appliquée »29. Il libère ainsi la chimie de la connotation négative liée à sa pratique manuelle qui l’empêche d’accéder pleinement à la reconnaissance académique au même titre que les mathématiques. Cette chimie appliquée, liée à l’industrie métallurgique et minière dans les pays du Nord, Allemagne et Suède, est intimement liée au développement économique du pays. Mais il s’établit aussi en France et en Grande-Bretagne un rapprochement entre chimie et économie par le biais des manufactures sans cependant exclure les catégories « science » et « art ».
Enjeu épistémologique : la chimie, une science raisonnable
21Macquer construit son histoire de la chimie à partir d’une collecte de savoirs et de faits d’expérience. La comparaison de ces résultats et l’apparition de liens entre les différentes observations permettent de tirer des généralités et de construire un corps de doctrine dans lequel « science » et « art », ou « théorie » et « pratique », ne peuvent se concevoir l’un sans l’autre :
La théorie ne peut être utile qu’autant qu’elle nait des expériences déjà faites, ou qu’elle nous montre celles qui sont à faire… Si l’expérience qui n’est point dirigée par la théorie est toujours un tâtonnement aveugle, la théorie sans l’expérience n’est jamais qu’un coup d’œil trompeur et mal assuré. Aussi est-il certain que les plus importantes découvertes que l’on ait faites dans la Chymie ne sont dues qu’à la réunion de ces deux grands secours30.
22Cette profession de foi conclut l’introduction historique du Dictionnaire de chimie et traduit l’esprit qui anime son auteur. La théorie se déduit des observations expérimentales mais induit aussi de nouvelles expériences nécessaires à sa validation et ce n’est qu’à partir de ce cheminement que la chimie devient « raisonnable ». Pour Macquer, la science implique donc une pensée rationnelle, c’est-à-dire l’existence de liens théoriques entre les faits expérimentaux.
Il est certain que ce que nous appelons science, est l’étude et la connoissance des rapports que peuvent avoir ensemble un certain nombre de faits, ce qui présuppose l’existence & la découverte de ces mêmes faits31.
23Diderot fait écho à cette opinion quand il associe la naissance de la science à l’organisation des connaissances amorcée par les alchimistes32. Cette vision diderotienne de la chimie se retrouve dans l’organisation des planches de chimie de l’Encyclopédie33. La planche première qui représente le laboratoire de chimie et la table des rapports allie, dans l’esprit de Diderot, la pratique de la chimie comme art – travail manuel et savoir-faire pratique – et la science, symbolisée par la table des rapports entre les différentes substances34. Mais la dette de cette chimie du milieu du xviiie siècle envers l’alchimie s’affirme dans la dernière planche représentant « l’emblême du travail de la pierre philosophale tiré de Libavius35 ». Diderot n’oublie pas que « les premiers chymistes ont été alchymistes ».
Chimie versus alchimie, des frontières diffuses
24Dans l’Encyclopédie, Venel définit la chimie comme « la science qui s’occupe des séparations et des unions des principes constituans des corps » alors que l’alchimie n’est que « l’art de la transformation des métaux36 ». On retrouve ici l’opposition entre « science » et « art » qui établit la hiérarchie selon laquelle la chimie, rigoureuse et science académique, se distingue de l’alchimie restée aux mains des charlatans.
25L’abandon de l’alchimie résulte en fait d’un lent changement de mentalité que Lawrence Principe qualifie de « révolution passée inaperçue37 ». En effet, jusqu’à la fin du xviie siècle, les deux termes sont synonymes, les frontières sont diffuses et il n’y a pas de discontinuité38. La rupture apparaît dans les différentes éditions du Cours de chimie de Nicolas Lemery édité la première fois en 1675 et réédité à plusieurs reprises dans toutes les langues, avec au moins une vingtaine d’éditions françaises, jusqu’à la dernière réédition en 1757 par Théodore Baron d’Hénouville (1715-1767)39. Le discours évolue au cours des rééditions. Il n’apparaît en effet aucune distinction dans les deux premières éditions dans lesquelles Lemery suit la tradition. Ce n’est qu’à la troisième qu’il amorce une attaque visant à exclure la chrysopeia de la chimie40. Lemery se concentre alors sur l’or et ceux qui le recherchent en écrivant par exemple, en 1679, que « c’est proprement travailler en tenebres, que de travailler à faire de l’or ». C’est donc à partir de Lemery que les auteurs datent cette exclusion de l’alchimie41. Quelques chimistes académiciens, à l’instar de Wilhelm Homberg, poursuivent cependant leurs activités alchimiques en dépit du rejet officiel de Colbert42. Lors de la création de l’Académie des sciences en 1666, ce dernier interdit en effet toute recherche sur la pierre philosophale. Il est suivi par son successeur Louvois qui, en 1686, interdit à l’assemblée tous les travaux concernant « l’extraction du mercure des métaux, la transmutation des métaux et leur multiplication43 ». Ces interdictions traduisent la préoccupation des administrateurs. Il faut en effet tout oublier du passé et donner un nouveau visage à la chimie en rejetant l’alchimie. Ce lent changement de mentalité ne s’achève qu’avec le mémoire d’Étienne-François Geoffroy (1672-1731), lu lors de l’assemblée publique du 15 avril 172244. Geoffroy y révèle les différentes astuces et les tours de passe-passe des alchimistes pour mieux les condamner, condamnation sans merci reprise par Fontenelle dans le commentaire qui accompagne la présentation de ce mémoire45. Prendre position vis-à-vis de la tradition alchimique semble donc être une fonction essentielle des évocations historiques et à chacun de clarifier la position de la chimie vis-à-vis des sciences occultes. Les alchimistes ne sont pas rejetés dans leur ensemble et la présence dans la bibliothèque royale de manuscrits des premiers alchimistes, comme Geber et Zozime, leur confère une légitimité certaine. Il est cependant de bon ton d’affirmer que la chimie en est détachée tout en reconnaissant les apports des alchimistes et en blâmant la mauvaise organisation de leur savoir46.
La dette envers l’alchimie
26Tous les auteurs reconnaissent que les recherches des alchimistes sur la transmutation des métaux ont permis une riche collecte de faits, bien que leur tentative de découvrir la pierre philosophale ou l’élixir universel soit jugée insensée. Sénac les considère comme des visionnaires, des fourbes, il critique l’inutilité de leur travail et leur entêtement, mais loue leur persévérance. Black les plaint d’avoir été trompés et d’avoir gâché leurs vies en recherches inutiles, mais il reconnaît leurs apports comme la découverte de la préparation de l’esprit de vin, de l’eau forte, de l’alkali volatil, de l’acide vitriolique et de la poudre à canon. La médecine aussi a profité des recherches sur la pierre philosophale qui devait guérir toutes les maladies. Les alchimistes ont en effet introduit l’usage de l’opium, considéré alors comme un poison, et mis au point des cures à base de médicaments mercuriels contre les maladies vénériennes. Macquer les voit comme « une espèce moyenne entre les savans & les artisans » et rejette « ce moyen âge de la Chymie qui est la partie la plus humiliante et la plus ténébreuse de son histoire ». Il constate cependant que c’est à partir du travail de Paracelse que la vraie chimie a pu se développer et considère ses adeptes comme « les inventeurs d’un nouvel art chymique, qui avoit pour objet la préparation des médicaments : ils écrivirent leur art, parce qu’ils n’étoient point artisans, & l’écrivirent clairement parce qu’ils n’étoient point Alchymistes47 ». Quant à Venel, il considère les alchimistes comme des « savans, des philosophes, des raisonneurs &c.48 ».
27Le récit historique fait donc commencer la chimie par l’apparition d’un art utile49. La science chimique, c’est-à-dire la doctrine qui accompagne ces premiers arts, n’est ainsi que l’aboutissement d’une longue gestation. Macquer reconnaît la grande importance historique des anciens sans lesquels la naissance, puis le développement de la science n’aurait pas été possible. Pour Black aussi le savoir chimique et les arts font partie d’un même corps de connaissances et ce savoir émerge comme les autres sciences d’un commencement limité pour atteindre lentement son extension.
Les héros fondateurs
28La naissance de la chimie ne s’est donc pas faite en une fois. Elle se constitue dans la durée car il n’y a pas d’acte ponctuel ou de geste fondateur. Chaque auteur tente cependant de dater le passage du fait alchimique au fait chimique. Le critère de sélection retenu est souvent la clarté de l’exposé. Macquer désigne Agricola (début du xvie siècle) comme le premier auteur de chimie pour sa description de la docimasie et juge ses écrits « aussi clairs que ceux de Paracelse sont inutiles et obscurs ». Pour Venel, c’est Geber (viiie siècle) qui est le premier chimiste digne de ce nom : « C’est proprement le père de la Chimie écrite » ; son but était alchimique mais il a très bien décrit, et avec beaucoup de précision, les opérations chimiques et proposé une suite de connaissances, liées et ordonnées, sur les minéraux. « C’est donc à Geber que commence pour nous la Chimie philosophique ou raisonnée50. » En Grande-Bretagne, c’est Francis Bacon qui est cité comme fondateur de la chimie. En combattant la philosophie stérile et abstruse de son époque, il montre qu’il est nécessaire de collecter un grand nombre de faits expérimentaux, de découvrir leurs causes communes et les circonstances dans lesquelles il est possible de les relier, et recommande de ne pas se limiter comme les chimistes de son temps à quelques opérations particulières sur les métaux.
29On voit donc que la question : « A quel tems faut-il rapporter la naissance de la chimie ? », fournit une occasion d’exposer quelques présupposés épistémologiques. À cet égard, un consensus semble se former entre tous les auteurs sur un point. Bien que la métallurgie, la minéralogie, la pharmacologie et les autres arts connus des anciens aient fourni des données factuelles, la science chimique ne commence qu’avec la liaison de ces arts en un corps de discours cohérent.
À chacun son histoire pour une renaissance de la chimie
30Ces textes historiques écrits par les chimistes du xviiie siècle permettent d’appréhender une histoire de la chimie vue de l’intérieur à partir de laquelle les auteurs participent à la « refondation » de leur science. Grâce à ce travail de ressourcement, la chimie du xviiie siècle fait partie d’une science en marche, en évolution permanente, elle peut ainsi valider son titre de science indépendante. Le contraste entre la « noirceur délirante » de l’alchimie et la sagesse de la chimie expérimentale est aussi un autre thème consensuel. Une étude plus fine montre toutefois que ces déclarations anti-alchimiques dissimulent des styles historiographiques fort divers.
31Boerhaave adopte par exemple un ton neutre dépourvu de tout jugement de valeur. Son histoire se résume à une courte biographie de chaque auteur, suivie de la liste et de la localisation de ses écrits. Il ne s’écarte pas de la fidélité au texte qu’il a promise au début de son ouvrage. Avare de jugements personnels, le texte de Boerhaave se présente comme une vaste bibliographie des textes alchimiques et chimiques répertoriés à la bibliothèque de Leyde et classés chronologiquement. À l’inverse Venel, tout en citant par ordre chronologique les différents alchimistes et les chimistes qui ont marqué l’histoire de la discipline, accompagne chaque biographie d’un commentaire personnel51. Paracelse est qualifié de « visionnaire, superstitieux, crédule, crapuleux, entêté des chimères de l’Astrologie, de la cabale, de la magie, mais hardi, présomptueux, enthousiaste, fanatique, extraordinaire en tout52… ». Il est reconnu comme l’auteur de la plus grande révolution qui ait changé la face de la médecine et, pour Venel, il est à la chimie ce qu’Aristote est à la philosophie. En passant ainsi tour à tour en revue les auteurs, Venel met l’accent sur l’apport de chacun dans la construction du grand édifice de la chimie du xviiie siècle sans condamner les écrits obscurs, ou les erreurs, qu’il considère comme liées aux doctrines du moment. Ce long panorama se termine avec l’éloge de Stahl et du Specimen Becherianum considéré comme le code de la Chimie ou « l’Euclide des chimistes53 ».
32D’un autre côté, tout en adoptant le même schéma, l’auteur du Cours de chymie selon les principes de Newton et de Stahll laisse transparaître une certaine affinité pour l’alchimie. Il invoque la difficulté des opérations chimiques, le tour de main, le savoir-faire et consacre trois pages de son texte à décrire les termes obscurs des alchimistes54. Cependant, tout en décourageant les apprentis alchimistes de s’engager dans cette perte de temps et d’argent, ces recherches vaines et cet épuisement incessant et sans issue, Sénac ne résiste pas au plaisir de livrer des recettes utiles pour donner aux métaux l’aspect de l’or et imiter les pierres précieuses55.
33Black et Macquer ont une approche assez similaire de l’histoire de la chimie. Ils ne jugent ni les écrits, ni les découvertes56. Dans la structuration de la science chimique et sa séparation difficile d’avec l’alchimie, Black note l’importance de l’institutionnalisation de la science et le rôle joué par la création des Académies. Ces lieux d’échanges rompent l’isolement du chimiste et participent à sa socialisation. Les communications doivent être claires et compréhensibles par tous, on s’éloigne alors du monde du secret et de l’occultisme57. Black relève le rôle positif de la création de la Royal Society dans le développement des sciences, et plus particulièrement celui de la chimie, exemple bientôt suivi en France et en Allemagne avec une orientation différente dans les deux pays. En France, l’Académie a porté ses efforts dans le sens d’une rationalisation des sciences. En Allemagne, pays minier, l’accent a été porté sur les métaux et a donc laissé se poursuivre une culture davantage reliée à l’alchimie.
34Pour Macquer les premiers manipulateurs, inspirés par la nécessité de répondre à leur besoin, ne sont pas des scientifiques. Seul en effet le raisonnement peut donner naissance à une science. Macquer rejette la période noire de l’alchimie et distingue à partir de Paracelse deux classes de chimistes : ceux qui continuent à écrire des livres d’alchimie et les autres comme Crollius, Béguin, Le Febvre, Glaser, Lemery qui décrivent de nouveaux médicaments tirés de la chimie. Puis vient la dernière époque avec Becher, Stahl et Boerhaave où les différentes parties de la chimie commencent à être réunies en un corps de doctrine. Pour décrire son histoire, Macquer utilise un style littéraire proche du poème épique dans lequel les héros sont l’artisan et le philosophe, ouverts sur le monde58. Ils participent tous les deux à une économie d’échanges : de biens matériels et d’outils pour le premier, de langage ou de corpus écrit de connaissances pour le second. À l’inverse, le « méchant », sous les traits de l’alchimiste, vit reclus, replié sur lui-même, dans un monde clos sans communication avec l’extérieur. Les figures allégoriques de la peste qui impose la quarantaine ou de la lèpre qui défigure, choisies par Macquer pour décrire l’alchimie, renforcent l’impression de réclusion. L’aveuglement, la folie, l’attitude excessive et antisociale des alchimistes, tout comme l’obscurité de leurs écrits, sont mis en scène pour faire valoir une image positive de la « belle et nouvelle science » dont le but est humanitaire et qui, par sa clarté et sa méthode, est accessible à tous. Macquer, comme Venel, relativise les connaissances en fonction de leur époque, mais plus que Venel, il analyse leur importance sans exagérations ou atténuations inutiles, et sans considérer le passé comme un assemblage d’erreurs et de superstition. Il tente au contraire de comprendre la chimie dans sa signification historique.
35Tous les auteurs des textes analysés ci-dessus sont médecins et partagent les mêmes vues. Mais qu’en est-il du philosophe Diderot ? Ce dernier attache une importance toute particulière à l’ancrage historique de la chimie puisque, quand il rédige les notes prises au cours de Rouelle, il introduit une partie d’histoire, assez semblable et quelquefois au mot près, à celle qu’esquisse Venel dans l’Encyclopédie59. Ce texte de l’Encyclopédie, paru en 1753, est antérieur à l’ajout de Diderot qui reprend et réécrit le cours de Rouelle en 1757 et 175860. Cette antériorité permet de supposer que l’auteur de la partie histoire de l’article « Chymie » est bien Venel. Diderot en a probablement fait la demande lors de la commande de l’article « Chymie » et il en aurait retenu de larges passages pour son introduction du cours de Rouelle. Par ailleurs, dans l’article « Encyclopédie », Diderot distingue l’histoire d’un art de celle d’une science. La première peut n’être qu’approximative et romancée alors que la science ne peut se contenter d’à peu près et exige un récit exact des faits61. La première partie de l’histoire de la chimie, composée de légendes anciennes et de descriptions des arts antiques, exige moins de précision et a pu être proposée par Diderot. Le récit des apports scientifiques successifs qui ont permis la naissance d’un savoir chimique constitué est du ressort de la science et ne peut se contenter d’à-peu-près. Il appartiendrait alors à Venel. Travail commun, échanges ou écriture personnelle ? Le doute subsiste et la comparaison des deux écrits – l’article « Chymie » et l’introduction historique du cours de Rouelle – reste troublante62. On peut noter cependant que, malgré la variété de style, tous ces discours écrits par des chimistes, ou par le philosophe Diderot, tendent vers le même but : faire renaître la chimie et l’établir comme science.
36Ainsi, les récits historiques, sans faire nécessairement partie d’un enseignement oral, donnent aux chimistes l’occasion de faire le point sur l’identité de leur science et leur permettent de se positionner vis-à-vis de l’alchimie. Ils en rejettent tous unanimement l’aspect occulte mais ils valorisent les travaux des alchimistes dont ils reconnaissent le savoir-faire qui leur a permis de progresser.
37L’analyse de ces récits fait en outre émerger un schéma intellectuel qui structure la méthode et la théorie de la science « chimie ». L’histoire permet ainsi une prise de conscience de l’historicité des connaissances. Elle sert un projet d’indépendance de la chimie et d’émancipation à l’égard des arts et des autres formes du savoir comme la physique ou les mathématiques. Elle assure aussi la légitimation de la chimie sur la scène académique comme une science autonome, indépendante et libérée d’un passé trouble. Ainsi, au terme d’une longue geste dont l’origine se perd dans la nuit des temps, la chimie est en train de se ressourcer et ces récits historiques invitent le lecteur du xviiie siècle à participer à cette renaissance.
Notes de bas de page
1Jean Étienne Montucla, Histoire des mathématiques, Paris, Jombert, 1758, 2 vol. et Jean Sylvain Bailly, Histoire de l’astronomie ancienne, depuis son origine jusqu’à l’établissement de l’École d’Alexandrie, Paris, Debure, 1775 ; Id., Histoire de l’astronomie moderne depuis la fondation de l’école d’Alexandrie jusqu’à l’époque de 1730, Paris, Debure, 1778-1783, 2 vol.
2Marco Beretta, « The Historiography of Chemistry in the Eighteenth Century. A Preliminary Survey and Bibliography », Ambix, 39, 1992, p. 1-10.
3Johann Juncker, Elemens de Chymie suivant les principes de Becker et de Stahl, traduit du latin sur la 2e edition avec des notes par Jean-François Demachy, Paris, Hardy, 1757, t. 1, chap. 2, p. 23-63 ; Id., Cours de chymie suivant les principes de Newton et de Stahll avec un discours historique sur l’origine & les progrès de la chymie, Paris, Vincent, 1737. L’introduction historique est identique dans l’édition de 1723 ; Pierre Joseph Macquer, Antoine Baumé, Plan d’un cours de chymie expérimentale et raisonnée avec un discours historique sur la chymie, Paris, Herissant, 1757.
4Paul-Jacques Malouin, Traité de chimie contenant la manière de préparer les remèdes qui sont le plus en usage dans la pratique de la médecine, Paris, Cavelier, 1734 ; Pierre Joseph Macquer, Dictionnaire de Chymie, Paris, Cavelier, 1766, t. 1. Le texte du Dictionnaire et le même que celui du Plan d’un cours de chymie.
5Cours de Chymie par Messieurs Ruelle de l’Academie Royale des Sciences, Apoticaire Demonstrateur en Chymie & Bourde-Lin de la meme Academie Docteur Professeur en Medecine, ecrit Par P. J. Theophile Carion de Maubeuge. A Paris. Au Jardin du Roi. L’an de Grace 1758, Bibliothèque du Muséum, ms. 2542 ; Notes du cours de chimie de P.-J. Macquer, BNF, ms. fr. 9133, fol. 179.
6Douglas McKie, « On some Ms Copies of Black’s chemical Lectures-III », Annals of Science, 16, 1960, p. 1-9. McKie reproduit le texte de la seconde et de la troisième leçon de Joseph Black à l’université d’Édimbourg pendant l’année 1785-1786. La tradition d’une introduction historique établie par son maître William Cullen est analysée par John R. R. Christie, « Historiography of Chemistry in the Eighteenth-Century: Hermann Boerhaave and William Cullen », Ambix, 41, 1994, p 4-19.
7Herman Boerhaave, Elemens de chymie, Paris, Durand, 1754.
8Gabriel François Venel, Cours de Chimie (1761), transcription par Christine Lehman, Corpus des œuvres de philosophie en langue française, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2010, p. 18 et 386.
9Cours de chimie ou leçons de Mr Rouelle recueillies pendant les années 1754 et 1755, rédigées en 1757 et 1758, Bibliothèque de l’Académie de médecine, Paris, mss 72-50 et 73-51, manuscrit de Jean Darcet.
10Peter Shaw, Leçons de Chymie propres à perfectionner la Physique, le Commerce et les Arts, Paris, Jean Thomas Herissant, 1759 ; Patrice Bret, Brigitte Van Tiggelen (dir.), Madame d’Arconville. Une femme de lettres et de sciences au siècle des Lumières Paris, Hermann, 2011.
11Lavoisier, Traité élémentaire de chimie, Paris, Cuchet, 1789, t. 1, p. xvii-xviii. La nécessité pour Lavoisier de défendre son choix confirme la tradition de la présence quasi obligatoire d’un récit historique dans les traités de chimie. Sur l’attitude de Lavoisier vis-à-vis de l’histoire de la chimie, voir Marco Beretta, « Lavoisier and the History of Chemistry », Ambix, 71, 2024, p. 1-16.
12Pierre Joseph Macquer, Antoine Baumé, Plan d’un cours de chymie…, op. cit., p. 1.
13Antoine François Fourcroy, Système des connaissances chimiques et leurs applications aux phénomènes de la nature et de l’art, Paris, Baudouin, an IX (1793).
14« Introduction contenant l’histoire des progrès de cet art », Académie de médecine, ms. 72-50, p. 1-53.
15Herman Boerhaave, Elemens de chymie, op. cit., p. xiij.
16Ibid., p. 6.
17Bibliothèque de l’Académie de médecine, ms. 72-50, p. 12.
18Philosophical Transactions, 39, 1668, p. 779-784 et ibid., 113, 1675, p. 296-309 ; Journal des sçavans, 1675, p. 118-119.
19Juncker avoue même emprunter à Borrichius, et à d’autres auteurs qu’il ne cite pas, tout ce qu’il dit sur « l’origine et les progrès de la chymie ».
20Sénac, 1723, p. iij et xj.
21Some Chymists have been very extravagant in their Desires to establish the great Antiquity of their Science, & many of their Arguments are wild & absurd. They pretend … The particulars of all this is absurd & trifling to take up our time with. D. McKie, « On some Ms Copies… », art. cité, p. 1. Black reproduit ici le rejet de son maître Cullen : J. R. R. Christie, « Historiography of Chemistry… », art. cité, p. 13.
22Venel, s. v. « Chymie », dans Encyclopédie, p. 421 (b).
23Ibid., p. 423 (b).
24Ibid., p. 424 (b).
25P. J. Macquer, Dictionnaire de Chymie, op. cit., p. vi.
26Ibid., p. xx.
27Paul-Jacques Malouin, Traité de chimie, op. cit., p. 7.
28Venel, s. v. « Chymie », art. cité, p. 424 (b).
29Johan Gottschalk Wallerius, Bref om chemiens rätta Beskaffenet, Nytta och Wärde, til N. N. öfwersand, och af honm til trycket befordradt, Stockholm, Uppsala, 1751 ; Christoph Meinel, « Theory or Practice? The Eighteenth-Century Debate on the Scientific Status of Chemistry », Ambix, 3, 1983, p. 121-132.
30P. J. Macquer, Dictionnaire de Chymie, op. cit., p. xxv.
31Ibid., p. vij.
32Charles Henry, Introduction à la Chymie, manuscrit inédit de Diderot, Paris, Dentu, 1887, p. 29 ; Diderot, s. v. « Art », dans Encyclopédie, 1751, t. I, p. 713(b).
33Planche 1re et planche XVIII, Encyclopédie, Planches de chimie, vol. 3, 1763.
34Cette table des rapports est celle de Geoffroy (1718) modifiée par Rouelle dont Diderot a suivi les cours en 1754-1755. Voir Étienne-François Geoffroy, « Table des differens Rapports observés en Chimie entre differentes substances », Mémoires de l’Académie royale des sciences, 1718 [1741], p. 202-212, Pl. 8, p. 212.
35Commentariorum Alchemiæ Andreæ Libavii, Pars seconda, Francfort, 1606, p. 55. Faut-il déceler ici l’influence de Rouelle qui intitule sa dernière leçon « de l’alchimie » ?
36Venel, s. v. « Chymie », art. cité, t. III, p. 425 (a).
37Lawrence M. Principe, « A Revolution Nobody Noticed? Changes in Early Eighteenth-Century Chemistry », dans Id. (dir.), New Narratives in Eighteenth-Century Chemistry, Dordrecht, Springer, 2007, p. 1-22.
38William R. Newman et Lawrence M. Principe, « Alchemy vs Chemistry », Early Science and Medicine, 3, 1998, p. 32-65, 44.
39Nicolas Lemery, Cours de chymie contenant la manière de faire les operations en usage dans la Médecine par une méthode facile, nouvelle édition revue, corrigée et augmentée par un grand nombre de notes… par M. Baron, Paris, D’Houry, 1757. Voir Michel Bougard, La chimie de Nicolas Lemery, Turnhout, Brepols, 1999.
40Principe ne propose pas d’explication à ce revirement. John Powers en revanche attribue ce changement d’attitude à l’exode de Lemery en Angleterre après la révocation de l’édit de Nantes et à sa conversion au catholicisme : John C. Powers, « “Ars sine arte”: Nicholas Lemery and the End of Alchemy in Eighteenth-Century France », Ambix, 45, 1998, p. 163-189, ici p. 165.
41En Suède, ce rejet semble plus tardif et se situe vers le milieu du xviiie siècle : Hjalmar Fors, « Speaking about the Others Ones: Swedish Chemists on Alchemy, c. 1730-70 », dans 6th International Conference on the History of Chemistry, Neighbours and Territories. The Evolving Identity of Chemistry, p. 283-289.
42Lawrence M. Principe, The Transmutations of Chemistry. Wilhelm Homberg and the Académie Royale des Sciences, Chicago/Londres, University of Chicago Press, 2020.
43Id., « Transmuting History into Chemistry: Eighteenth-Century Chrysopoeia and its Repudiation », 6th International Conference on the History of Chemistry, Neighbours and Territories. The Evolving Identity of Chemistry, p. 21-34, 24 ; Id., « Transmuting History », Isis, 98, 2007, p. 779-787 ; Bernard Joly, « À propos d’une prétendue distinction entre la chimie et l’alchimie au xviie siècle. Questions d’histoire et de méthode », Revue d’histoire des sciences, 60-61, 2007, p. 167-183.
44Étienne-François Geoffroy, « Des supercheries concernant la pierre philosophale », Mémoires de l’Académie royale des sciences, 1724 [1722], p. 61-70 ; PV du 15 avril 1722, t. 41, 116r-121r.
45Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Histoire de l’Académie royale des sciences, 1724 [1722], p. 37-39. Nombre de manuscrits alchimistes continuent cependant à circuler au cours du xviiie siècle en dépit de cette condamnation. Voir Didier Kahn, Le fixe et le volatil. Chimie et alchimie de Paracelse à Lavoisier, 2016, p. 103-125, https://hal.science/hal-03196707.
46Christine Lehman, « Alchemy Revisited by the Mid-Eighteenth-Century Chemists in France. An Unpublished Manuscript by Pierre-Joseph Macquer », Nuncius, 28, 2013, p. 165-216.
47P. J. Macquer, Dictionnaire de Chymie, op. cit., p. xviii.
48Venel, s. v. « Chymie », art. cité, p. 425 (a). Venel ne donne pas ici sa position par rapport à l’alchimie qu’il réserve à l’article « Philosophie hermétique ».
49Sénac, 1723, p. xivii.
50Venel, s. v. « Chymie », art. cité, p. 429 (a).
51Fourcroy qui reprend l’intégralité de l’article « Chymie » dans l’Encyclopédie méthodique en critique l’étalage biographique, Encyclopédie méthodique, 1796, an IV, t. 3, p. 303 (b).
52Venel, s. v. « Chymie », art. cité, p. 431.
53Ibid., p. 434 (b).
54Sénac, 1723, p. xxiv, xxv, xvj.
55Ibid., p. xxx-xxxi et xxxiii-xxxvi.
56D. McKie, « On some Ms Copies… », art. cité, p. 7-8 ; J. R. R. Christie, « Historiography of Chemistry… », art. cité, p. 15-16.
57Cet apport positif de la publication des mémoires au sein des Académies est aussi reconnu par Johann Juncker dans Elemens de Chymie…, op. cit., t. I, p. 61, et par Venel dans « Chymie », art. cité, p. 437 (a).
58Voir l’étude de ce style littéraire par Wilda C.Anderson, « Rhetorical and Chemical Figures », Between the Library and the Laboratory: The Language of Chemistry in Eigthteenth-Century France, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1984, p. 19-34.
59D’après Charles Henry, Rouelle ne possède pas l’érudition nécessaire à un tel travail, Charles Henry, Introduction à la Chymie…, op. cit. ; Id., « Le cours de chimie de Rouelle avec des pages inédites de Diderot », Revue scientifique, 26, 1885, p. 801-804.
60Charles Henry, Cours de chymie ou Leçons de M. Rouelle recueillies pendant les années 1754-1755, et rédigées en 1756, revues et corrigées en 1757 et 58 par M. Diderot (copié sur l’original et écrit de la propre main de Diderot), 1887, p. 9.
61Denis Diderot, s. v. « Encyclopédie », Encyclopédie, p. 647r.(a) ; Thierry Ottaviani, « L’histoire chez Diderot », Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie, 30, 2001, p. 81-92, 90.
62. Seuls diffèrent un classement des traités de chimie du xviie siècle et une mention de la chimie de Boerhaave présents chez Diderot et non chez Venel. Diderot note aussi l’apport de la chimie à la physique, largement emprunté à la première leçon de Rouelle.
Auteur
-
Christine Lehman
IdRef : 104453893
Christine Lehman. Quand, après de longues années d’enseignement de physique et de chimie, il a rencontré Bernadette pour lui demander de diriger une thèse d’histoire de la chimie, elle lui a généreusement proposé un sujet qui lui tenait à cœur. La thèse soutenue en 2006 s’intitule Gabriel-François Venel (1723-1775) : sa place dans la chimie française du xviiie siècle. Ce choix a déterminé la suite de ses recherches qui portent sur la chimie du xviiie siècle.
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