Troubles de la succession royale sous Charles VII et Louis XI
Problematic Royal Successions during the Reigns of Charles VII and Louis XI
p. 169-182
Résumés
Bien loin d’être sujette à des règles intangibles et inexorablement sédimentées comme l’a longtemps voulu l’historiographie téléologique de la construction de l’État monarchique, la succession royale française aux deux derniers siècles du Moyen Âge a connu de nombreux troubles et a traversé de nombreuses épreuves à remettre en lumière. De Philippe VI à Louis XI, la lignée Valois a vécu plusieurs incertitudes et perturbations successorales rarement mises en série. C’est ce qu’entend faire cette contribution à deux voix, en relisant et en reliant des épisodes perdus de vue ou méconnus comme la crise de 1452 entre le déshérité de 1420 (Charles VII) désireux d’exhéréder son héritier (dauphin Louis) et celui-ci, aux prises avec plusieurs tentatives d’exclusion, et plus tard hanté par la succession du futur Charles VIII.
Historians of the Teleological Pro-Monarchy School have long given us a picture of intangible and firmly entrenched rules of succession that were followed without a hitch. This was far from being the case –especially in the last two centuries of the Middle Ages when there were a number of problematic royal successions which need to be highlighted. Between the reigns of Phillip VI and Louis XI the house of Valois experienced a number of doubtful and troubling succession periods which have not often been studied together. This is what the two authors of this article aim to accomplish. They will reread and link up certain episodes of history that are forgotten or little-known. One such episode is the crisis of 1452 in which Charles VII, whose father had attempted to disinherit him in 1420 tried to disinherit his heir, the dauphin Louis. Louis later had to deal with several attempts to exclude him from the throne and was haunted by the succession of his son, the future Charles VIII.
Texte intégral
1Succéder au royaume de France pose, là comme ailleurs, la question du processus de désignation du futur roi : élection ou hérédité ? Et ses questions subsidiaires : quels types d’élection ou d’hérédité ? À la fin du Moyen Âge, ces débats n’étaient pas nouveaux, pas plus que celui de la noblesse de sang ou de vertu, ou celui de nature et culture. Les autorités sic et non ne manquaient, prêtes à être réanimées, adoptées et adaptées aux nécessités du contexte. Bien sûr, les idéaux de continuité et de durée sous-tendaient clairement le choix de l’hérédité comme moyen coutumier de succéder1. Mais la coutume royale fut régulièrement bousculée par des paramètres impondérables, malgré la lente construction d’une doctrine successorale spécifique, constitutive de l’identité du royaume, et qui semble avoir atteint son parachèvement lors de la crise des années 1420, donnant l’illusion d’un système alors fermement établi en droit.
2Pourtant, par la suite, une série de troubles est venue remettre en question un régime successoral en réalité toujours instable et fragile. Ne traduisent-ils pas l’importance encore forte des relations interpersonnelles dans un État royal aux règles rien moins qu’intangibles ? Une autre lecture ne peut-elle pas en être faite, qui subordonne les théories savantes et les principes juridiques aux passions politiques, ce qui dissipe l’illusion téléologique d’un ordre successoral consacré ? Le propos envisagera d’abord la crise du temps de Charles VII, en particulier les tensions mal connues survenues avec le dauphin Louis dans les années 1450, puis il traitera d’autres conflits sous le règne de « l’universelle araigne », en vue d’en mesurer le degré réel d’effectivité et la signification.
Les quatorze points de 1452
3Généralement vite expédiée par l’historiographie2 au motif de son inaboutissement mis sur le compte de sa discordance avec la norme destinée à triompher3, la crise de 1452 révèle pourtant que, trente ans après le déshéritement du futur Charles VII, il n’était apparemment pas inconcevable au roi de déroger à la règle spécifique précisément mise en exergue pour le rendre impossible.
Le précédent de 1420
4Les circonstances de l’exhérédation du dauphin Charles par son père hors de sa raison et sous influence sont trop connues pour mériter autre chose qu’un rappel succinct. La lecture traditionnelle du déshéritement comme une sorte d’anomalie monstrueuse, une aberration juridique vite résorbée, s’est nourrie essentiellement à la source des écrits de Jean de Terrevermeille (1419), visant à démontrer les droits du dauphin à la régence dont il avait été déchu avant même Montereau, puis appliqué à la défense de ses droits à la Couronne, droits perdus pour sanctionner le meurtre du 10 septembre 1419. La succession au trône de France constitue, explique le juriste nîmois, une succession spéciale et « nécessaire ». Elle déroge aux droits existants – ce qui participe de la nature exceptionnelle de la royauté française – en excluant absolument toute intervention paternelle qui viserait à modifier le bénéficiaire de l’héritage4.
5En réalité, l’acceptation par une bonne partie du royaume des clauses du traité de Troyes instituant comme héritier de Charles VI, l’époux de sa fille, Henri V de Lancastre, montre que la coutume successorale n’avait rien d’intangible. Anticipant ce transfert d’héritage, même les partisans du dauphin comme les auteurs, probablement membres du Parlement ou de la Chambre des comptes, de Super omnia et de la Response du bon et loyal François rédigés entre décembre 1419 et mai 1420 – donc dans l’ignorance du traité de Terrevermeille –, admettent la possibilité d’un déshéritement moyennant certaines conditions, qu’ils jugent simplement non réunies à la mort de Charles VI5. L’étaient-elles dans les années 1450 ?
Un exhérédé exhérédant, menace ou invention ? Deux versions d’une crise
6Vers 1450, une « renommée » courait dans le royaume : le monarque voulait transférer la succession royale à son fils cadet, homonyme, né en décembre 1446, aux dépens du dauphin Louis, de vingt-trois ans son aîné, longtemps dépourvu de moyens pour « soutenir son estat » – en 1440, Charles VII s’intitule encore « roy de France, daulphin de Viennoys6 » –, banni temporairement de la cour pour ses intrigues au moment même de la naissance de son cadet, et depuis jamais revenu auprès de son père. La vingtaine de lettres échangées de septembre à décembre 1452 entre le père et le fils illustre l’exacerbation des tensions successorales7.
7En septembre 1452, alors que leurs relations se détériorent à cause de la politique bénéficiale et matrimoniale menée par le dauphin sans le consentement paternel8, le roi alors en Bourbonnais semble sur le point d’envahir le Dauphiné. Un envoyé de Louis, Gabriel de Bernes, fait savoir à son père toute la crainte et le déplaisir qu’inspire au dauphin l’intention prêtée au monarque de le déshériter au bénéfice du « petit seigneur », ainsi qu’on appelait le jeune Charles9. Le souverain « avoit declairié autresfois qu’il y avoit XIIII poins par quoy le pere povoit licitement desheriter son enffant, dont il en avoit desja commis les sept10 ». Charles VII en avait fait d’ailleurs établir la liste11. On ignore à quand remonte cette menace et si cette clause fait allusion aux Novelles12 ou aux Coutumes d’Anjou et de Maine13, mais il est certain que les méfaits du Dauphin n’était pas très difficile à établir, comme il le savait lui‑même.
8Au motif qu’un retour à la cour, exigé par son géniteur, serait synonyme de procès ouvrant la voie à une exhérédation, le primogenitus refuse obstinément de déférer à l’injonction paternelle tout en protestant de sa bonne volonté – il a offert le 25 octobre son concours pour la seconde campagne de Guyenne14. Dans la lettre du 16 novembre 1452, Louis : 1) s’engage à ne rien faire ou laisser faire contre le roi ; 2) promet que dix grands seigneurs garantiront son engagement en donnant leurs scellés et en combattant, à leurs frais, contre le dauphin jusqu’à réparation, s’il était parjure ; 3) point culminant, jure sur les reliques de saint Antoine conservées depuis 1070 à l’abbaye du même nom, en Isère, haut lieu de pèlerinage, qu’« en cas de défaut de sa part, [il] renoncera à tout tel droit qu’il peut avoir en la couronne de France15 ». En décembre 1452, il fait redire à Gérard le Boursier, émissaire de Charles VII auprès de son fils, qu’il présume « qu’il [le roi] a entencion de le desheriter ainsi que autreffoiz lui a esté rapporté16 ». Louis ironise sur le fait qu’il n’est pas raisonnable qu’un roi demande des sûretés à son fils : d’ordinaire, c’est au petit de demander des sûretés à un grand. Mais qu’importe, écrit-il, il sera content de faire ce qui plaît au roi.
9Charles VII s’efforce de démentir les allégations de son fils dans les termes les plus nets, proférés « de bouche » à la mi-septembre 1452 devant l’envoyé de son fils17, puis diffusés dans le royaume. La lettre du 8 novembre 1452 adressée depuis Moulins aux baillis, sénéchaux et autres officiers royaux vise à faire savoir la vérité sur la fama qui court quant à l’intention prêtée au roi de s’emparer du Dauphiné, à sa volonté de traduire son héritier en justice et aux charges à retenir contre lui. Charles VII clame que jamais il n’a conçu de tels desseins et assure ne pas voir à quoi correspondent les quatorze points18. Quatre ans plus tard, aux envoyés de Philippe le Bon venus à Lyon à la fin de 1456 justifier l’hospitalité donnée au dauphin par leur maître, le roi de répondre lui-même le 2 décembre : « si ne pense nul qu’oncques j’eusse ymaginacion ne pensement de le desheriter, fors de le traiter doucement comme bon pere19 ». C’est pourtant, déplore-t-il, ce dont le dauphin « a fait courre la voix », notamment en Dauphiné, pour justifier sa fuite, alors que ce « n’est chose vray semblable », car « ce seroit desnatureement fait »20, formule qui met la question sur le terrain de la nature (l’amour paternel) et non sur celui du droit.
10Ces démentis répétés sont clairement destinés à neutraliser la rumeur entretenue, sincèrement – la menace royale d’écarter le dauphin de sa succession n’est pas totalement imaginaire – ou perfidement, par son héritier. Depuis son refuge de Brabant, celui-ci s’évertue à discréditer un père qu’il tient pour incapable de se départir de l’emprise des « haineux » qui craignent son futur avènement21, au premier chef desquels le comte du Maine Charles d’Anjou (1414-1472), le prince « le plus aimé du roi22 », parrain du « petit seigneur23 ». Il est de ceux qui poussent le roi à ramener de force son fils, quitte à provoquer une guerre avec la Bourgogne24. Antérieurement au bannissement du dauphin, les relations entre celui-ci et son oncle du Maine étaient notoirement détestables à cause des facilités que ce dernier était censé donner aux frasques sexuelles de Charles VII. Son pédigrée angevin pourrait expliquer, aux yeux de Louis, la provenance éventuellement angevine des quatorze points.
De la rumeur aux chroniqueurs, des chroniqueurs aux théoriciens
11Malgré les démentis, la fama ne s’éteint pas et alimente les chroniques. En dehors de celles du parti royal, bien entendu vides de toute allusion à l’affaire, diverses sources narratives en gardent mémoire. Chastellain rapporte qu’à la fin de 1456, Louis entretenait toujours l’idée que son père voulait le déshériter, et ce depuis la venue au monde de son frère25. Jacques du Clercq relate, parmi plusieurs bruits expliquant la fuite delphinale vers le Brabant, celui-ci : « se le roy son pere le olt tenu, le euist mis en tel lieu que jamais on n’en olt ouy parler et euist fait roy de France après luy26… ». Bien énigmatique est la lacune du manuscrit d’Arras, mais il y a fort à parier que c’est le nom du dernier fils de Charles VII qu’on aurait dû lire. Le même du Clercq, racontant le lit de justice de Vendôme tenu en 1458 pour juger le duc d’Alençon, décrit, conformément au frontispice de Fouquet ornant le De casibus de Boccace, le frère du dauphin, « armé et vestu comme roy27 ».
12Assez longtemps après les faits dont cependant ils furent contemporains, des auteurs d’autres horizons signalent les mêmes choses. Thomas Basin deux fois au début de son Historia Ludovici28. Robert Gaguin y consacre un passage de son Abrégé d’histoire de France publié pour la première fois en latin en 149529. Malgré leur qualité de juriste, ni l’un ni l’autre n’usent du moindre argument juridique. Ils expliquent l’avortement du projet par le sens politique de Charles VII ou de ses conseillers. C’est que, excepté le traité de Jean de Terrevermeille au demeurant très peu diffusé au nord du royaume, la réflexion successorale des années 1430-1450 admet toujours bel et bien la possibilité d’une exhérédation.
13Ainsi dans Audite Celi, composé au moment du congrès d’Arras, Jean Juvénal des Ursins démontre par la voix de France l’invalidité de l’exhérédation de 142030. Mais l’évêque de Beauvais indique qu’un juste motif et une procédure adéquate peuvent justifier un écart à la norme31. Certes, dans le Traictié compendieux de la querelle de France contre les Anglais adressé en 1446 au souverain, après avoir rappelé le caractère « nécessaire » de la succession au trône de France du premier-né du roi32, le futur archevêque de Reims n’envisage plus la privation d’héritage qu’infligée à un pair de la Couronne33. Mais Pour ce que plusieurs estime que l’ingratitude filiale est une cause valable de déshéritement34. Même le Registre delphinal que Matthieu Thomassin commence mi-1456 sur l’ordre de Louis, conçoit que le monarque est en droit d’« eslire » un autre fils que son aîné pour succéder au delphinat et à la Couronne35.
14La plus ou moins fausse nouvelle de l’exhérédation du dauphin entre assurément dans le cadre d’une sorte de guerre de la communication entre le roi et son fils. Brandie comme une aberration contre nature par le futur Louis XI, voire comme une marque de déraison paternelle répétant celle de 1420 et démentie avec énergie par son père justement pour cette raison, la perspective d’une remise en cause de sa succession par la volonté de Charles VII peut-être exprimée un jour sous le coup de la colère, et sans doute agitée depuis à l’envi par son fils, n’en appartient pas moins à l’horizon politique sinon juridique, du milieu du xve siècle français. Et la mort de Charles VII ne vient pas la dissiper.
Les successions de Louis XI
15Le fils aîné de l’exhérédé de 1420, a été menacé d’exhérédation quand il était dauphin et de déposition quand il était roi36. Le règne de Louis XI permet d’explorer les différents sens de « succéder » : poursuivre la politique du prédécesseur et préparer la succession de son successeur, le futur Charles VIII.
Louis XI au cœur de questions successorales
16En 1461, l’intronisation de Louis XI est calme malgré le contexte37, avec un sacre quasi immédiat et une plena potestas mise à exécution pour se débarrasser des officiers (armée, administration) de son père38. « Comme il se trouva grand et roy couronné, d’entree ne pensa que aux vengeances39. » Tenir une politique à rebours du prédécesseur, est-ce succéder ?
17La révolte du Bien public, contre le Mal public, incarné par Louis XI aux yeux des ligueurs40, déborde de beaucoup l’année 1465. Elle ne ressemble pas à 1440, même si l’on retrouve un jeune prince, Charles, le frère cadet de Louis XI, placé à la tête de la révolte par les mécontents. L’objectif de la ligue consiste à lutter contre la tyrannie d’exercice de Louis XI (mutations – surtout l’abolition de la Pragmatique sanction, et réformes – surtout fiscales). Les sources attestent l’existence d’au moins trois projets successoraux alternatifs qui, pour avoir échoué, n’en ont pas moins menacé la coutume.
18Le premier a une tonalité normande. Les traités d’octobre 1465 avaient fait de Charles, frère de Louis XI, le duc de Normandie, alors qu’il était l’héritier présomptif de la Couronne, puisque Louis XI n’avait pas de fils. Mais le jeune duc avait du mal à s’imposer et les notables rouennais l’exhortèrent à résister au roi car, « jadis », il y eut un duc de Normandie qui devint roi de France grâce aux Normands41. Qu’un duc de Normandie devienne roi n’avait rien d’impossible pour les Normands, attentifs, peut-être plus qu’ailleurs, à l’histoire « messagère du passé » (nuntia vetustatis)42. Mais cela ne suffit pas à convaincre Charles de son destin royal : en janvier 1466, le duc quitte définitivement la capitale de la Normandie. Pourtant, certains ne se résignent pas à la situation. Guillaume Fichet en 1471, dans une dédicace de sa Rhétorique à Charles, désormais duc de Guyenne, écrit que par l’amour des livres, ses vertus, ses traits, il est le vivant et véritable simulacre de son père ; chaque fois que les Parisiens le voient Charles, ils croient voir son père43.
19Le deuxième projet laisse envisager une organisation politique d’un autre type. Lorsqu’en 1472, Charles le Téméraire déclare qu’il aime le bien du royaume de France « car pour ung roy qu’il y a, je y vouldroye six44 », est-ce une boutade ? Ou une conception politique d’un espace avec six princes et un roi, littéralement empereur en son royaume ? Dans les années 1474-1475, ceux qui restaient les malcontents de la royauté se concertent pour se partager le royaume en sept45 ; et Édouard IV débarque à Calais le 6 juillet 1475. Le projet échoue car Louis XI met fin à l’alliance et à la partition du royaume des lys par le traité de Picquigny (29 août 1475).
20Le troisième projet, connu grâce aux procès du comte de Saint-Pol et du duc de Nemours dans les années 1475-1477, couplait la partition, et un changement dynastique précédé par l’élimination de Louis XI : le duc de Bourgogne aurait été nommé régent en attendant le nouveau roi46. Le règne connaît presque chaque année des projets d’assassinat du roi ou du dauphin.
21L’historiographie débat encore de l’interprétation à donner au Bien public : soubresaut féodal47 ou programme alternatif48 ? Louis XI y voyait un projet politique « contre la Couronne et toute la chose publique d’icelle49 » : avec dépeçage du royaume et abolition des réformes de 1445, soit une remise en cause du règne de Charles VII, que son fils cherchait à pérenniser. Le temps de l’opposition du fils contre son père était donc largement révolu.
Préparer l’accession au trône du futur Charles VIII
22Fort d’une expérience de révoltes menées ou subies, Louis XI a méticuleusement préparé sa succession : délicate, comme toutes les autres, et plus encore, compte tenu de la naissance tardive du dauphin Charles (1470), de sa santé fragile et de l’opposition des princes.
23Pour assurer la survie de l’enfant, Louis XI choisit de l’isoler à Amboise et il lui interdit tout exercice fatigant, y compris l’apprentissage du latin (avant 13 ans). Pour contrebalancer ces interdictions, le roi commande à Pierre Choinet, son médecin et astrologue, un livre de conseils (Le Rosier des guerres, 1480), pondérés par l’histoire, surtout celle de Charles VII, le règne exemplaire à imiter pour assurer la continuité du royaume50.
24Transmettre un livre fondé sur l’expérience est une autre façon de succéder. Le Rosier des guerres n’est pas une narration du passé en plaisant passe-temps, mais une série de leçons politiques pour l’emporter hic et nunc sur les ennemis. Foin de théorie successorale ou de loi salique, mais un entrelacs de générations, et cette loi du royaume de France : « Et n’a jamais esté veu en France que le seigneur souverain n’ait esté finablement maistre et seigneur de celluy qui est dessoubz luy51. » L’essence successorale de cette leçon se trouve dans l’ordonnance divine qui justifie la souveraineté royale et la victoire immanquable sur ceux qui s’opposent car « ung seigneur de paille vaincq ung subgect d’acier52 ». Les leçons principales du Rosier sont reprises dans l’ordonnance-testament du 21 septembre 1482, jurée par le dauphin53.
25Louis XI mène de concert une active politique matrimoniale, destinée à éteindre la lignée de Louis d’Orléans (futur Louis XII) en le mariant (1473) à Jeanne, sa fille contrefaite – une alliance qui réjouissait « le roi marieur », car les « enffans qu’ilz auront ensemble ne leur cousteront gueres à nourrir »54. La même année, Anne, sa fille aînée est mariée au cinquième fils de Jean II de Bourbon, Pierre de Beaujeu. En octobre 1482, le roi confie la tutelle du dauphin aux Beaujeu. Enfin, Louis XI conforte la paix d’Arras (23 décembre 1482) par l’alliance de Charles avec Marguerite d’Autriche, la petite-fille du Téméraire.
26À la mort de « l’universelle araigne » (30 août 1483), Charles VIII a tout juste 13 ans. Le conseil de tutelle confirme le Parlement, baisse la taille d’un quart et fait libérer des prisonniers. En décembre, il annonce également la réunion d’États généraux pour désigner la régence du dauphin : Charles VIII n’ayant pas encore atteint l’âge de la discrétion, il ne pouvait pas contracter ni être sacré. Le roi est encore « en pupillarité », déclare le chancelier Guillaume de Rochefort qui ouvre les États (15 janvier 1484)55. Son jeune âge, sans cesse évoqué lors des séances56, n’est jamais présenté comme un danger – pas de « malheur à la terre dont le roi est un enfant » (Ecclésiaste 10, 16) –, mais comme un gage de pureté et de bon gouvernement. Le chancelier affirme que Charles VIII tient la Couronne par « l’unanime applaudissement de ses sujets57 ». Après négociations avec le duc d’Orléans, et pour lui complaire, « le sire et la dame de Beaujeu » renoncent au soin, à la garde et au gouvernement du roi, et acceptent d’être « auprès de la personne du roi, comme ils y ont été jusqu’à présent, et comme il a été ordonné par le feu roi et la feue reine »58.
27Les États s’achèvent le 14 mars 1484, Charles VIII est sacré le 30 mai 1484. La méthodique préparation de la succession par Louis XI, les Beaujeu et les États n’empêche pourtant pas l’insana militia, la Guerre folle, d’éclater en 148559.
Conclusion
28La succession au trône de France n’indiffère ni les rois ni leurs fils. La littérature politique ne manquait pas de rappeler l’impréparation successorale du roi Salomon, qui aboutit à la perte des dix douzièmes du royaume par son fils Roboam60. Quels que soient les moyens mis en œuvre pour préparer une accession au trône, celle de Charles VIII l’atteste, les successions royales demeurent incertaines61. Trop de paramètres variants ? Ou complexité à concilier coutumes, lois du royaume et dignité de la fonction ? Car pour qu’une loi devienne une coutume, il fallait « long temps » et « accoutumance »62.
29Les autorités canoniques avaient permis aux légistes d’affirmer que la fonction royale était une dignité (dignitas regia) perpétuelle63. Mais le fait que la royauté soit une dignité ne résolvait pas la question de la désignation du roi64 – au contraire, pourrait-on dire, car la continuité de la dignité tendait à assouplir le choix de son titulaire.
30La vaillance reluit dans la lignée des rois de France, affirme le Rosier des guerres, mais « es ungs plus et es autres moins, selon les diversses constellacions de leurs naissances », et s’il existe « quelque difference, ce peut avoir esté à cause des meres ou par la nourriture ou par les mauvais conseillers ou par les fortunes de ce monde qui sont diversses »65. Que pèse la primogéniture face aux mouvements des astres ou à la Fortune ? Et comment atténuer les passions humaines66 ? La colère, la haine, et surtout la peur (metus) envahissent l’histoire successorale : la peur réciproque entre les pères et leurs fils, alors que la succession est naturelle67. Louis a fait peur à Charles VII en 1440 (Praguerie), et il a craint son père en 1452 ; en 1461, le vieux roi appréhendait que son fils « luy diminue » son autorité et puissance ; arrivé à la fin de son règne, Louis XI craignait de voir son fils manipulé contre lui par les grands, comme il l’avait été lui-même dans son jeune âge68. « Nulle creature n’est exempte de passion », explique Commynes : « Si je me vouloye mectre à escripre les passions que j’ay veu porter aux grans, j’en feroys ung livre69. »
Notes de bas de page
1Jacques Krynen, L’empire du roi. Idées et croyances politiques en France, xiiie‑xve siècle, Paris, Gallimard, 1993, p. 128 ; Benoît Grévin, La première loi du royaume. L’acte de fixation de la majorité des rois de France (1374), Paris, Classiques Garnier, 2021, p. 69.
2Exception de Lydwine Scordia, Louis XI. Mythes et réalités, Paris, Ellipses, 2015, p. 178 et Ead., Onze énigmes de Louis XI, Paris, Vendémiaire, 2021, chap. 1 : « Louis XI a-t-il tué son père Charles VII ? », p. 11‑24. Joël Blanchard invite à relativiser la force des règles et à insister sur leur plasticité, La fin du Moyen Âge, Paris, Perrin, 2020, p. 241.
3Jean Barbey, Être roi. Le roi et son gouvernement en France de Clovis à Louis XVI, Paris, Fayard, 1992, p. 41 : avec les écrits de Terrevermeille, « la légitimité héréditaire est désormais irréversiblement acquise. Ni les juristes ni les rois ultérieurs ne s’en émanciperont ».
4Jean de Terrevermeille, Tractatus contra rebelles suorum regum, I, 1, 18, Lyon, 1526, fol. 17v et I, 1, 19, même folio. Voir Jean Barbey, La fonction royale. Essence et légitimité d’après le Tractatus de Jean de Terrevermeille, Paris, Nouvelles Éditions latines, 1983 ; Ralph Giesey, Le rôle méconnu de la loi salique. La succession royale, xive‑xvie siècle, Paris, Les Belles Lettres, 2007, p. 130 et suiv.
5Super omnia et La response d’un bon et loyal François, éd. par Nicole Pons dans L’honneur de la Couronne de France, Paris, Klincksieck, 1990, p. 113‑121 et 122‑133 ; voir p. 128 : « ou est le procés qui, selon ordre de droit, ait fait ou peu faire exheredicacion ? » (sic). Le traité Super omnia écarte certes l’exhérédation mais seulement si elle procède per solum sue voluntatis assensum [regis] (p. 120).
6Recueil de pièces originales relatives principalement aux différends entre Louis XI, alors dauphin, et Charles VII (1420-1500), Paris, BnF, fr. 15537, fol. 12r‑12v (28 juillet 1440).
7Paris, BnF, fr. 15537 ; Dupuy, 762, fol. 19r (orig.) ; Gaston du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles VII, Paris, 1881-1891, 6 vol., t. 5, p. 456‑461.
8Pierre Champion, Louis XI, t. 1, Le Dauphin, Paris, Honoré Champion, 1927, p. 196 : archevêché de Vienne pourvu d’une créature delphinale et mariage savoyard célébré le 8 mars 1452.
9Chronique martiniane. Édition critique d’une interpolation originale pour le règne de Charles VII restituée à Jean le Clercq, éd. par Pierre Champion, Paris, 1907, p. 98 et 111.
10Imputation contenue dans une lettre de Charles VII du 8 novembre 1452, Gaston du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. 5, p. 456, PJ XIV.
11Matthieu d’Escouchy, Chronique, éd. par Gaston du Fresne de Beaucourt, Paris, 1864, t. 1, p. 430, octobre 1452.
12Novelles, 115, 3, Quae sunt justae exheredationis liberorum causae, où l’on trouve soit les quatorze points (Corpus juris civilis academicum, éd. par Charles M. Galisset, Paris, 1830, col. 985‑989, avec l’intitulé sans doute apocryphe du chap. 3 tel qu’il est ici reproduit), soit un point supplémentaire (Corpus juris civilis, t. 3, Novellae, éd. par Rudolf Schoell, Wilhelm Kroll, Berlin, Weidmann, 1904, p. 536‑544, sans cet intitulé).
13Coutumes et institutions de l’Anjou et du Maine antérieures au xvie siècle, éd. par Charles Jean Beautemps-Beaupré, première partie, Coutumes et styles, Paris, Pédone et Lauriel, t. 2, 1878, p. 300‑302, titre 5 de la sixième partie « D’exheredacion d’enfans et successions ». Publiées en 1462, elles figurent notamment dans une copie datée d’entre 1442 et 1447 conservée à la BnF, fr. 11865.
14Escouchy, Chronique, op. cit., PJ 23, t. 3, p. 429 et t. 1, p. 442.
15Ekaterina Nosova, « Chartes et lettres inédites de Louis XI (1441-1483) aux Archives de l’Institut d’histoire de Saint-Pétersbourg », Annuaire-Bulletin de la Société de l’histoire de France, année 2014, 2018, p. 41‑68, ici p. 67‑68 ; Scordia, Onze énigmes, op. cit., p. 14‑15 et n. 7. On trouve cette lettre dans BnF, fr. 15537, fol. 27r (copie avec une écriture du xve siècle), sans date et sans nom du secrétaire.
16Ibid., fol. 22 et BnF, Dupuy, 762, fol. 19r (orig.), secrétaire : Bourré.
17Escouchy, Chronique, op. cit., t. 1, p. 426.
18Beaucourt, Histoire de Charles, VII, t. 5, p. 456, PJ XIV : « le tiers [point] que avions dit qu’il y avoit XIIII points par lesquelz le père poeut desheriter les enfans, dont avoit commis les sept […] Quant au thiers point, que ja soit ce que les enffans porroient bien faire des choses contre leurs peres desquelles porroient cheoir grans correcions, toutes voyes jamais ne avions oy parler de ladicte matiere ».
19Georges Chastellain, Chronique. Les fragments du livre IV révélés par l’Additional Manuscript 54156 de la British Library, éd. par Jean-Claude Delclos, Genève, Droz, 1991, p. 60.
20Ibid., p. 71 ; voir aussi p 70 : le dauphin « fait entendre a ceulx du Daulphiné que je le hez et que je quiers et contens a le desheriter ».
21Georges Chastellain, Chronique, éd. par Kervyn de Lettenhove, dans Œuvres, Bruxelles, F. Heussner, 1863-1866, 8 vol., t. 3, p. 441 : « arguoient raisonnable et chose de faire aussy de déshériter et désappointier le dauphin de sa succession à cause de désobéissance et de créer et constituer Charles, le maisné fils, successeur de la couronne, soubs lequel leur espoir estoit de eux couvrir et sauver… ».
22Thomas Basin, Historia Karoli VII, éd. par Charles Samaran, Paris, Les Belles Lettres, 1933-1944, 2 vol., t. 2, p. 59.
23Jean Chartier, Chronique latine, éd. par Charles Samaran, Annuaire-Bulletin de la Société de l’histoire de France, 63, 1926, p. 215‑273, à la p. 261 (Pie II, Commentarii, éd. par Adrianus Van Heck, Vatican, 1984, 2 vol., t. 1, p. 392).
24Malcolm Vale, Charles VII, Londres, Methuen,1974, p. 170.
25Chastellain, Fragments, op. cit., p. 60, 70. La chronologie de l’apparition de la nouvelle est difficile à établir.
26Jacques du Clercq, Mémoires sur le règne de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, éd. par Frédéric-Auguste Reiffenberg, Bruxelles, A. Lacrosse, 4 vol., 1823, t. 2, p. 224 et Jacques du Clercq, Mémoires, 1448-1467, éd. par Jean Alexandre Buchon, Paris, 1838, t. 3, p. 22 reportent la lacune du manuscrit d’Arras, le seul utilisé. Chastellain, Chronique, éd. par Kervyn de Lettenhove, op. cit., t. 3, p. 192, rapporte que le dauphin craignait d’être jeté à l’eau dans un sac s’il tombait aux mains des gens de son père.
27Jacques du Clercq, Mémoires, op. cit., t. 3, p. 37, 116‑117. Munich, Bayerische Staatsbibliothek, Cod. Gal. 6.
28Thomas Basin, Historia Ludovici XI, éd. par Charles Samaran, Paris, Les Belles Lettres, 1963-1972, 3 t., t. 1, I, 1 et I, 7, trad. par Joël Blanchard, Paris, Pocket, 2018, p. 350‑351 : « Il avait, en effet, un frère appelé Charles, son cadet de quelque vingt ans, donc âgé d’à peu près seize ans, doué des meilleures qualités naturelles, imprégné et instruit de parfaites bonnes mœurs, que son père chérissait particulièrement et le bruit courait qu’il songeait à en faire son héritier et son successeur après avoir déshérité Louis, irrité et dégoûté qu’il était par son comportement » et ibid., p. 373.
29Robert Gaguin, Abrégé d’histoire de France, Paris, 1514, fol. 187 : « Ce fut chose certaine que Charles eust lessé le royaulme a son filz puisné nommé Charles se bonnement l’eust peu faire : mais craignant faire semence de guerre, patientement endura les meurs et l’absence de Loys », traduction du Compendium de origine et gestis Francorum, 2e éd., Lyon, 1497, fol. 107.
30Jean Juvénal des Ursins, Audite Celi, éd. par Peter S. Lewis, dans Écrits politiques de Jean Juvénal des Ursins, Paris, Klincksieck, 1978-1992, 3 t., t. 1, p. 186 : « ne peut quiconcques est mon roy prejudicier a son heritier et successeur ne alyener ou transporter le royaulme en aultre main que en celle ou elle doyt venir par succession hereditale et tellement que se il a filz, il ne le peut exhereder ne faire qu’il ne ayt le royaulme après luy ».
31Ibid., t. 1, p. 188 : « Et mesmement ne pourroit le roy exhereder son filx sans cause juste, saincte et raisonnable et sans le appeler ; et faudroyt que se fust en la presence des troys estatz du royaulme, luy tenant lit de justice, et les XII pers presens et au moins soufisanment appellés ; et si fauldroit que la cause pour laquelle on exherederoit son filx feust par les dessusdis congneue et que par eulx ou leurs deputés informacion en feust faicte et que il fust ouy au long et receu en tout par procès ordinaire. »
32Id., Tres crestien, tres hault, tres puissant roy, dans op. cit., t. 2, p. 55 : « s’il avoit filz comme ou cas present, il ne pourroit faire qu’il ne feust roy après luy ».
33Ibid., t. 2, p. 57.
34Robert Blondel, Pour ce que plusieurs, éd. par Craig Taylor, Cambridge, Cambridge University Press, 2006, p. 82.
35Matthieu Thomassin, Registre delphinal, éd. par Kathleen Daly avec la collaboration de Gilette Labory, Paris, Société de l’histoire de France, 2018, § 434, p. 219 : l’auteur envisage le cas d’un dauphin mal conseillé, qui administre mal le Dauphiné et désobéit à son père : « et treuve que raisonnablement, il le peult priver, pour non venir au royaulme et non estre digne d’avoir l’administracion du Daulphiné et ainsi le fait, et ung autre de ses enfans, bon, saige, et bien disposé pour avoir le gouvernement, il le eslit. » Selon Kathleen Daly (ibid., p. 29‑30), Thomassin aurait finalement moins rédigé son traité sous le contrôle du dauphin, enfui, que sous celui du parlement de Grenoble, attaché avant tout à l’obéissance au roi.
36Lydwine Scordia, « La Praguerie racontée par Louis XI à l’intention du dauphin Charles dans le Rosier des guerres », Annuaire-Bulletin de la Société de l’histoire de France, 2015, 2019, p. 95‑127.
37Voir les échanges de lettres entre Philippe le Bon et Charles VII à propos du départ en croisade du dauphin, Scordia, Louis XI, op. cit., p. 180‑181.
38Philippe Contamine, « Louis XI, la prise de pouvoir, la foire aux places (juillet-septembre 1461) », dans Id., Des pouvoirs en France 1300/1500, Paris, Presses de l’École normale supérieure, 1992, p. 131‑146.
39Philippe de Commynes, Mémoires, éd. par Joël Blanchard, Paris, Livre de Poche (Lettres gothiques), 2001, I, 10, p. 143. Il y aurait profit à distinguer ce qui relevait de la vengeance royale et de sa nouvelle politique.
40Le Procès Jacques d’Armagnac (Bibliothèque Sainte-Geneviève, manuscrit 2000), éd. par Joël Blanchard, Genève, Droz, 2012, p. 306‑308, 315‑316.
41Journal de Jean de Roye connu sous le nom de Chronique scandaleuse, 1460-1483, éd. par Bernard de Mandrot, Paris, Renouard, Société de l’histoire de France, 1894-1896, t. 1, p. 147 et n. 1, p. 147‑148. Sur le contenu exact de la Chronique de Normandie, voir Lydwine Scordia, « Charles, duc éphémère de Normandie », recherche en cours.
42Cicéron, De oratore, II, 9. Sur l’appétence normande pour la préfiguration historique, voir Lydwine Scordia, « Maîtriser le temps pour un jeune prince : le Rosier des guerres de Pierre Choinet, commandé par Louis XI pour le futur Charles VIII », dans Fabien Paquet, Stéphane Lecoûteux (dir.), Maîtriser le temps et façonner l’histoire. Les historiens normands aux époques médiévale et moderne, Caen, Presses universitaires de Caen, 2022, p. 213‑231.
43Henri Stein, Charles de France, frère de Louis XI, Paris, 1919, PJ 124, p. 774‑775 : assimile nomen, assimilior effigies, assimilima virtus […] Carolus rexque merito dici posse videaris. Certes, il n’y a aucune ressemblance entre le Charles VII peint par Fouquet (Louvre) et le Charles de France des Statuts de l’Ordre de Saint Michel du même Fouquet, en 1469 (Paris, BnF, fr. 19189, fol. 1), mais notons que sur l’enluminure, Charles ressemble beaucoup à son aîné, le roi Louis XI, qui était alors dépourvu de fils…
44Commynes, III, 8, p. 255.
45La Normandie au roi d’Angleterre ; Champagne, Brie et le pays de France jusqu’à la Loire au duc de Bourgogne ; Touraine, Poitou et Saintonge au duc de Bretagne ; Anjou au duc de Calabre ; Languedoc pour le duc de Bourbon ; Limousin pour Nemours ; Laon, Compiègne, Noyon et le pays jusqu’à Senlis pour Saint-Pol.
46Quel prince ? Le fils de Louis XI ou le fils de Nemours, né en 1470, que le duc avait projeté d’appeler Charles (prophétie Karolus filius Karoli), ce qu’empêche Louis XI en s’imposant comme parrain et donnant son prénom à l’enfant. Colette Beaune, Nicole Lemaitre, « Prophétie et politique dans la France du Midi au xve siecle », Mélanges de l’École française de Rome – Moyen Âge, 102/2, 1990, p. 597‑616 ; Le procès Jacques d’Armagnac, op. cit., p. lxv‑lxxiv.
47Loïc Cazaux, « Une étude comparée sur la guerre civile au xve siècle : les révoltes princières de la Praguerie, du Bien public et de la Guerre folle », dans Olivia Carpi (dir.), Guerres et paix civiles de l’Antiquité à nos jours. Les sociétés face à elles-mêmes, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2018, p. 75‑88.
48Jacques Krynen, « La rébellion du Bien public (1465) », dans Marie Theres Fögen (dir.), Ordnung und Aufruhr im Mittelalter, Francfort, Klostermann (Ius commune Sonderhefte, 70), 1995, p. 81‑97 ; Id., « 1465 : Louis XI perd le pouvoir », dans Marie-Bernadette Bruguière (dir.), Prendre le pouvoir : force et légitimité, Toulouse, Presses de l’université Toulouse Capitole (Études d’histoire du droit et des idées politiques, 6), 2002, p. 101‑117.
49Lettres de Louis XI, t. 6, 1er octobre 1476, p. 89.
50Pierre Champion est le seul à avoir mis en relation l’absence d’éducation chevaleresque et la rédaction du Rosier des guerres, Louis XI, t. 1, p. 41. Pierre Choinet, Le Rosier des guerres, éd. par Lydwine Scordia, à paraître à la Société de l’histoire de France.
51Pierre Choinet, Le Rosier des guerres, Rouen, BM, 996, fol. 65v.
52Un proverbe non répertorié, à notre connaissance, avant le xvie siècle.
53Ordonnances des Rois de France, t. 19, p. 56‑60.
54Lettres de Louis XI, t. 10, 27 septembre 1473, p. 349‑350.
55Journal des États généraux de France tenus à Tours en 1484 sous le règne de Charles VIII rédigé en latin par Jehan Masselin, éd. et trad. par Adhelm Bernier, Paris, Imprimerie royale, 1835, p. 387.
56Ibid., p. 47, 53, 97, 99, 159, 171, 226, 241, 387, 599, 607, 609, 623, 701.
57Ibid., p. 38‑39 (lex regia). Ce que répète Philippe Pot, en affirmant la réitération nécessaire de la lex regia à chaque succession, p. 150‑151. Notons que ce principe contraste avec la radicalité héréditaire de 1374.
58Ibid., p. 227, 229 et 231.
59Paul Émile, De rebus gestis Francorum libri X (Bâle, entre 1516 et 1529), Paris, 1550, fol. 243r : Is tumultus, insana militia appellatur ; trad. par Jean Regnart, L’histoire des faicts, gestes et conquestes des roys, princes, seigneurs et peuple de France [1581], Paris, 1598, p. 683 (« La Folle guerre »).
60Nicole Oresme, Le Livre des Politiques d’Aristote, éd. par Albert D. Menut, Philadelphie, American Philosophical Society (Transactions of the American Philosophical Review, 60/6), 1970, p. 243b.
61Patrick Arabeyre, Des idées politiques à Toulouse à la veille de la Réforme. Recherches autour de l’œuvre de Guillaume Benoît (1455-1516), Toulouse, Presses universitaires des sciences sociales de Toulouse, 2003, p. 226.
62Gilles de Rome, De regimine principum, Rome, 1556, III, ii, 31, fol. 319v ; et dans la traduction d’Henri de Gauchi : Li Livres du Gouvernement des Rois, a xiiith Century French Version of Egidio Colonna’s Treatise De Regimine Principum, éd. par Samuel Paul Molenaer, New York/Londres, MacMillan, 1899, III, ii, 29, p. 360‑361 : « Quer les lois ont grant vertu et grant puissance par le lonc tens et par la longue acostumance. »
63Jacques Krynen, « “Le mort saisit le vif”. Genèse médiévale du principe d’instantanéité de la succession royale française », Journal des savants, 1984, p. 187‑221, ici p. 204‑208.
64Ibid., p. 207‑216 (accentuation de la position du dauphin).
65Pierre Choinet, Le Rosier des guerres, fol. 19v.
66Carla Casagrande, Silvana Vecchio, Passioni dell’anima. Teorie e usi degli affetti nella cultura medievale, Florence, Sismel/Edizioni del Galluzzo (Micrologus Library 70), 2015.
67La peur (metus) est une cause d’invalidation de tout engagement, selon le Code et le Digeste. Relire les pages consacrées à Thomas Basin : Bernard Guenée, Entre l’Église et l’État. Quatre vies de prélats français à la fin du Moyen Âge, Paris, Gallimard, 1987, p. 301‑435, spécialement aux p. 377‑419 ; Werner Paravicini, « Peur, pratiques, intelligences. Formes de l’opposition aristocratique à Louis XI d’après les interrogatoires du connétable de Saint-Pol », dans Bernard Chevalier, Philippe Contamine (dir.), La France de la fin du xve siècle. Renouveau et apogée, Paris, CNRS Éditions, 1985, p. 183‑196.
68Commynes, VI, 6, p. 450 ; VI, 10, p. 469 ; VI, 11, p. 473.
69Ibid., VIII, 20, p. 642‑643.
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