Chapitre 3. L’écrit, enjeu de la guerre des princes (1407-1435)
p. 135-176
Texte intégral
1En avril 1419, un peu plus d’un an avant le mariage entre Henri V d’Angleterre et Catherine de France dans l’église Saint-Jean, Catherine de La Garmoise, fille et sœur de maîtres particuliers de la Monnaie de Troyes1, et belle-sœur d’Huet Léguisé, fidèle du duc de Bourgogne2, y épouse Pierre Gorremont, receveur général du royaume depuis 14183. Lors de la cérémonie, ce dernier est récompensé pour ses services rendus au roi et au duc de Bourgogne4.
2Quelques années plus tard, la famille de La Garmoise cesse de soutenir le duc de Bourgogne. François, le frère de la mariée, est l’un des rares bourgeois troyens à ne pas avoir prêté serment d’obéissance au traité de Troyes et dès la mort du roi, le père et le fils quittent leurs fonctions5. Lorsque la Monnaie de Troyes travaille pour Henri VI, en 1424, François s’installe à Paris, peut-être pour s’éloigner du parti bourguignon6. En 1429, il fait partie de la petite coalition qui accueille le dauphin devant la ville, alors même que les portes lui sont fermées. Il est accompagné par le fils de Huet Léguisé et Guillemette de La Garmoise, Jean Léguisé, évêque de Troyes depuis 1426, qui joue également un rôle majeur dans la reddition de la ville au dauphin. Deux ans plus tard, la famille est anoblie par Charles VII en raison des bons services rendus au roi par Jean Léguisé7.
3En dix ans, l’élite troyenne, au cœur de la guerre des princes8, assiste à la signature du traité de Troyes, puis à la chevauchée du futur Charles VII vers Reims. Elle ne reste pas passive face à ses événements. Si Troyes est le lieu où « la majesté de Charles VII a été détruite le 21 mai 1420 », lors du « honteux traité9 », elle est aussi celui où une partie des habitants ont permis au dauphin de marcher vers le sacre. La première moitié du xve siècle confirme l’alliance entre les officiers royaux et certains membres des élites troyennes. S’ensuivent une importance nouvelle donnée à la mise par écrit des actes et décisions de la municipalité ainsi qu’une attention plus forte portée à la conservation des documents, devenus preuves et garants durables de la relation fondée sur la fidélité entre la « bonne ville » et le roi. L’analyse détaillée du premier registre de délibérations municipal conservé se révèle particulièrement éclairante à cet égard. La ville sort de cette période avec des institutions renouvelées et une documentation davantage normalisée et contrôlée.
I. Le moment bourguignon : influences documentaires et ambiguïtés mémorielles
[…] Et avec ce avons voulu et ordonné, voulons et ordonnons que lesdites chambres se tiengnent doresenavant en cestedite ville de Troyes par ceulx qui, de l’autorité, avis et deliberacion dessus dites, y avons esleuz, preposez et commis, ou eslirons, proposerons et commettrons toutes fois que mestier sera […]10.
4Par ces mots, écrits en février 1418, la reine Isabelle de Bavière, tout en confiant le gouvernement du royaume au duc de Bourgogne Jean sans Peur, prend la décision de transférer une partie des institutions royales parisiennes à Troyes, le Parlement et la Chambre des comptes11. Depuis le 23 décembre 1417, devant l’avancée des Anglais vers Paris, la reine et le duc ont installé un gouvernement provisoire à Amiens, Chartres et Troyes, cette dernière ville s’étant ralliée aux Bourguignons en juillet 141712. Il y est établi jusqu’au 4 avril 141813. À la fin du mois de mai 1418, les Bourguignons reprennent le contrôle de Paris, poussant les Armagnacs à se réfugier avec le dauphin au sud de la Loire. La reine et le duc de Bourgogne quittent alors Troyes, le 8 juillet, pour entrer dans Paris le 14. Ils reviennent dans la capitale champenoise en avril 1419, face à la menace des troupes anglaises dirigées par Henri V. « Aveques tout leur estat […] et avecques eulx plusieurs seigneurs », ils y célèbrent les fêtes de Pâques le 15 avril 141914. Charles VI réside ensuite à Troyes d’août 1419 à juin 1420. Quelques jours après la célébration du mariage du roi d’Angleterre et de la fille du roi de France, le 2 juin 1420, et à la suite du traité de Troyes signé le 21 mai, la cour quitte définitivement la ville.
5Quelque temps, Troyes devient donc un des pôles de décision du royaume, lieu d’accueil d’une partie des institutions et des cours ducales et royales. Les chroniqueurs de sensibilité bourguignonne ne cessent de décrire l’enthousiasme des Troyens devant la présence de grands personnages bourguignons dans la ville : dès leur arrivée à l’hiver 1417, la reine et le duc « furent grandement et honnorablement receuz par les habitans et officiers de ladite ville », et lors de l’entrée du duc de Bourgogne, le 21 mars 1420, « partout où il passoit, avoit grant multitude de peuple qui pour sa venue crioient “Noël” ! »15. Pourtant, la lettre d’Isabelle de Bavière, conservée en deux exemplaires dans une layette distincte des archives municipales16, n’est pas copiée dans le grand cartulaire de la ville, alors même que le traité de Troyes et l’acte décidant de la destruction du château de Montagu daté du 3 juin 1420 y sont ajoutés dans les années 142017. Il faut attendre 1497 pour que cette lettre soit mentionnée dans un inventaire de la ville de manière évasive18.
6De façon générale, cette période n’est jamais évoquée dans la mémoire de la ville pour revendiquer le statut de capitale de sa province. Plus étonnant encore, les traces de ce moment sont extrêmement ténues dans la documentation municipale. Toutefois, la consultation d’autres sources de documentation comme les archives royales et celles de la chancellerie, éclaire, bien que de façon encore fragmentaire, les bouleversements vécus par les Troyens lors de ces mois mouvementés19.
1. Troyes, lieu d’accueil propice d’un « contre-gouvernement » ?
7Pour quelles raisons la ville de Troyes est-elle choisie pour accueillir ce nouveau gouvernement ? La question est légitime : au début du xve siècle, Troyes a grandement souffert de cinquante années de guerre intermittente, de famine et de peste ; de 10 000 habitants au début du xive siècle, la ville est passée à environ 6 00020. Elle a perdu le rôle de centre économique majeur qu’elle tenait sous les comtes de Champagne.
8La situation géographique de la ville, sur la route reliant le duché de Bourgogne et les possessions bourguignonnes en Flandre et aux Pays-Bas, en est une explication21, mais elle n’est en rien suffisante. Troyes est d’abord perçue comme un refuge pour Philippe le Bon, une « place plus arriere desdis ennemis » où la famille royale pourra être en sécurité22. La ville entretient des contacts soutenus avec le duc dès les années 1360 et des lettres témoignent d’une communication directe entre Philippe le Hardi et le capitaine de la ville, Henri de Poitiers23. En 1390, le conseil de ville affrète des messagers pour porter requête devant le roi et devant le duc de Bourgogne24. À partir de 1408, les quittances témoignent d’envois directement et uniquement au duc de Bourgogne25. Avec Paris et Dijon, Troyes est une des villes où Philippe le Hardi préfère se rendre pour acquérir des biens de luxe26. Plusieurs séjours des ducs et de seigneurs bourguignons à Troyes peuvent être recensés au début du xve siècle27. En 1417, le chambellan du duc donne directement ses ordres au receveur de la ville28.
9De surcroît, le parti bourguignon est déjà bien établi dans la cité. L’épisode de la lettre de Hesdin illustre ce soutien populaire : lorsqu’en 1417 le bailli Simon de Bourmont, partisan des Armagnacs, refuse de publier la lettre de Jean sans Peur dénonçant le gouvernement armagnac, une partie de la population œuvre pour que les officiers bourguignons puissent entrer dans la ville29. Le rôle de certaines familles influentes à Troyes, proches des Bourguignons, est connu, selon l’exemple de la famille des de Vitel, déjà rencontrée : apparenté à Jean de Vitel, drapier à Troyes en 1361, receveur des aides et des fortifications dans la ville en 1358-1359, Dimanche de Vitel est receveur de Champagne entre 1350 et 1352, avant de prendre la tête des finances ducales de 1352 à 136730. C’est sans doute sur sa recommandation qu’est nommé à sa suite Robert d’Amance, bourgeois de Troyes qui est aussi marguillier de Saint-Urbain31, avant que la fonction ne revienne à Nicolas de Fontenay. Les familles de Nicolas puis Pierre de Fontenay ou de Jean de Courcelles, beau-frère de ce dernier, sont d’autres exemples de cette proximité. Ces deux derniers rendent de grands services à Jean sans Peur et prennent une part active dans la lutte entre Armagnacs et Bourguignons. Possessionnés dans la région, ils jouent alors un rôle significatif dans la soumission d’une partie de la Champagne au duc de Bourgogne : le 30 avril 1417, Pierre de Fontenay est présent lors de la reddition de Troyes, il participe aux réunions aboutissant à la nomination de Jean II de Toulongeon au poste de gouverneur de Champagne et de Brie, et le lendemain, il passe en revue les compagnies du duc32.
10Enfin, une raison pratique explique peut-être aussi ce choix : la ville a l’habitude d’accueillir les Grands Jours de Troyes, moment où les échanges avec Paris se font nombreux. La dernière session s’est tenue en 1409, moins de dix ans avant l’arrivée d’Isabelle de Bavière dans la ville. Troyes dispose ainsi des infrastructures nécessaires à l’accueil de la cour, avec différents hôtels ainsi que l’ancien palais comtal, devenu palais royal, dans la grande salle duquel le bailli a l’habitude de réunir ses plaids ; c’est dans ce palais que la reine s’installe à l’hiver 141733.
2. « Que lesdites chambres se tiengnent doresenavant en ceste ville » : une présence curiale en demi-teinte
11Dans les archives troyennes, les traces des nouvelles institutions présentées dans l’acte d’Isabelle de Bavière sont rares, et il semble que, pour certaines, elles tiennent en un ou deux représentants seulement34.
A. Accueillir la cour et les institutions royales
12Selon le Religieux de Saint-Denis, le duc de Bourgogne se rendit à Troyes, « où il établit à l’instar du Parlement, une cour composée de présidents, d’avocats, de conseillers et autres officiers35 » : l’installation de ces nouvelles institutions est avant tout marquée par la nomination d’un nouveau personnel administratif, à l’exemple du chancelier Eustache de Laître ou de Pierre de Gorremont, nommé en janvier 1418 receveur général des finances36. Le 4 février, la reine nomme Guy Armenier et Hugues de Chassaigne pour présider le parlement troyen. Ces deux hommes sont des serviteurs du duc de Bourgogne, originaires de Franche-Comté, étrangers au milieu parisien. Leur nomination révèle peut-être une volonté de rupture, ou, du moins, le faible soutien des parlementaires parisiens qui ne sont que quelques-uns à rejoindre Troyes37. On retrouve néanmoins des spécialistes parisiens pour les charges plus techniques : Gilles des Champs est nommé greffier civil et Jean de Rinel, greffier criminel.
13Un sceau a été conservé, sans doute créé spécifiquement pour les actes émis par le parlement de Troyes38. Toutefois, les traces du fonctionnement de ce nouveau gouvernement (ou « contre-gouvernement39 ») sont ténues et il semble avoir toujours été considéré comme provisoire, dans l’attente d’un retour à Paris. Les affaires qui y ont été traitées ont laissé peu de témoignages : « le parlement tenu à Troyes » est évoqué lors d’un accord du parlement de Paris concernant un contentieux entre un certain Martin Croissant et les monnayers de Troyes40. Dès juillet 1418, la reine se réconcilie avec son fils et revient à Paris.
14Le retour à Troyes du duc de Bourgogne41 ainsi que du couple royal à partir d’août 1419 a donné lieu à une documentation plus fournie. L’analyse des registres JJ170, JJ171 et JJ172 révèle pour ces années le fonctionnement d’une chancellerie troyenne en parallèle de la chancellerie parisienne ; on y trouve des lettres du duc de Bourgogne à ses partisans, et surtout, 49 rémissions issues de la cour troyenne, 14 octroyées entre août et octobre 1419 et 35 de février à mai 142042. Le roi est mentionné comme signataire d’août à septembre 1419 et de février à mai 1420, alors que dans le même temps, les lettres issues de la chancellerie parisienne sont données en son absence. La reine, elle, n’est citée qu’une seule fois43. Outre l’origine champenoise des suppliants, la chancellerie troyenne se montre plus sévère que la chambre parisienne opérant au même moment ; l’octroi de peines en sus, qui conditionnent la grâce royale à une pénitence religieuse et/ou judiciaire, y est plus fréquent. Peut-être est-ce ici le signe d’une influence de la chancellerie bourguignonne44 ?
15On y voit aussi le duc de Bourgogne s’assurer des soutiens auprès de soldats et fidèles, surreprésentés dans les lettres émises par la chancellerie troyenne45. Dès ces premiers mois à Troyes, il se consacre aux affaires diplomatiques : du 23 décembre 1417 au 4 avril 1418, Jean sans Peur reçoit les ambassadeurs du roi de Castille, de Marguerite de Hainaut, de Jean Ier de Portugal et de Jean V de Bretagne et il envoie une ambassade aux États de Languedoc dont il espère le ralliement à sa cause46.
16Ces registres révèlent ainsi une intense activité de chancellerie, avec 15 notaires et secrétaires du roi présents à Troyes entre août 1419 et mai 142047. Parmi les fidèles du duc de Bourgogne, on compte Baudes des Bordes, qui accompagne la reine dès février 141848, Guillaume Gence, nommé secrétaire du duc en 1415, Jean Drosay, chargé en 1417 de négocier la réconciliation entre Jean sans Peur et Isabelle de Bavière, Jean Milet, signataire de la rédaction du traité de Troyes et qui avait été banni de Paris par le roi et le dauphin en 1417 comme partisan de Jean sans Peur, ou encore Jean de Rinel, à qui Philippe le Bon confie la mission de négocier des trêves en son nom avec le roi d’Angleterre le 7 décembre 1419. La chancellerie royale à Troyes est donc composée de notaires de première envergure.
17En outre, l’observation des registres de la chancellerie donne à voir la présence de 12 conseillers à Troyes, dont certains gardent un ancrage local, comme Jean de Courcelles. Surtout, le conseil royal est en grande partie dominé par les ducs de Bourgogne, notamment à partir de l’entrée dans la ville de Philippe le Bon, le 23 mars 1420. On y trouve Charles de Savoisy, qui fut prisonnier à Azincourt, Pierre de Luxembourg et Jean de Roubaix, qui assistent tous les deux au mariage d’Henri V et de Catherine de France en l’église Saint-Jean de Troyes en juin 1420. Ces membres du conseil royal sont également des conseillers du duc de Bourgogne. Jean Leclerc et Jean Mercier, grands fidèles du duc, sont aussi mentionnés, ainsi que Girart de La Perriere, conseiller au parlement de Paris49 et Guillaume Leclerc, maître de la Chambre des comptes de Paris50, gouverneur général des finances et conseiller du roi.
18La conclusion du traité de Troyes apparaît comme l’acmé de cette présence curiale dans la ville51. En mai 1420, le roi d’Angleterre arrive à Troyes, entouré de proches : le duc de Clarence, frère d’Henri V, Thomas de Lancastre et le duc d’Exeter, oncle d’Henri V52. Selon Enguerrand de Monstrelet, ces seigneurs dorment dans des hôtels troyens53 tandis que leurs hommes d’armes demeurent dans les villages alentour54. En effet, chaque seigneur est bien accompagné : l’hôtel de la reine compte alors 212 personnes. Les comptes de la cathédrale témoignent de cette présence en recensant les décès de personnalités importantes qui ont lieu à Troyes et dont il faut alors célébrer les obsèques en 1420 : celles de maître Jean Camus, secrétaire du duc de Bourgogne, et de maître Robert de Saint-Germain, médecin de la reine55.
19Les Troyens sont réunis le lendemain du traité de Troyes pour jurer sur les Évangiles de respecter ce dernier. Au nombre d’environ 1 500, les noms de 70 notables présents ont été enregistrés, dont les principaux membres du conseil municipal tels que les Hennequin, les Le Tartrier et les Léguisé. Le dernier nommément cité est Pierre d’Arantières, procureur des habitants56.
B. La présence curiale à Troyes, entre festivités et contraintes financières
20Qu’a dû représenter pour Troyes l’installation de la cour dans la ville champenoise et ses environs ? Les archives municipales, ducales et royales le laissent deviner à plusieurs reprises. Le 11 août 1419, le couple royal et leur fille, Catherine de France, s’établissent à l’hôtel de la Couronne57. Isabelle de Bavière et sa fille déménagent ensuite au couvent des Cordeliers à l’arrivée du roi d’Angleterre, la veille de la signature du traité de Troyes. L’ancien palais comtal sert toujours de lieu de décision pour les officiers royaux et, lorsque Charles VI ordonne la démolition du château de Montaigu, en 1420, il précise que les matériaux de celui-ci serviront « en la reparacion et emparement de nostre sale et hostel de Troyes58 ».
21La vie de la cité est marquée par des festivités liées à la présence de la cour : on donne devant la reine et le duc, lors des fêtes de Pâques, « Le Mystere de la Resurrection nostre Seigneur59 ». Le comte de Brienne y fait baptiser son fils le 18 juin 142060. Fin avril 1420, la messe du Saint-Esprit est suivie par « la procession et sermon pour la paix du royaulme » et la reine fait à cette occasion un don à la cathédrale Saint-Pierre61. L’argentier de la reine, Robert Cistelle, signale quelques dépenses auprès de marchands troyens : ici achète-t-il au marchand Jean de Valières de la soie et des fils d’or et d’argent pour les offrir à Catherine de France et pour « reffaire le ciel de drap d’or a fleur de lis de la chapelle de ladite dame62 », là à Bernard de Caen, « trois douzaines de petiz oiselles chantans » pour « la plaisance et l’esbattement » de la reine63.
22Toutefois, ces dépenses restent épisodiques, la majeure partie des achats effectués par l’argentier de la reine se faisant toujours auprès de marchands parisiens. La documentation municipale est, quant à elle, plus laconique sur cette présence, qui semble alors représenter avant tout des contraintes financières pour les Troyens64 : dès octobre 1417, Jean II de Toulongeon leur demande 300 livres pour aider le duc de Bourgogne65. De surcroît, depuis le 6 janvier 1418, les profits de l’atelier monétaire sont reversés au duc. Isabelle de Bavière, par lettres patentes du 12 avril 1418, prescrit la levée d’une aide de 2 000 francs sur la ville de Troyes, pour servir à sa sécurité66. Les habitants protestent et l’aide est ramenée à 1 000 livres.
23En outre, dès février 1418, plusieurs dons sont présentés au duc de la part de la ville67. Les cadeaux offerts à de nombreux personnages, principalement sous forme de vin et de toiles de lin, constituent ainsi une part importante des dépenses consignées dans le registre du receveur de la ville, Pierre d’Arantières, en 1419 et 1420 : une cinquantaine d’entrées les concernent, pour un coût total de plus de 650 livres, entre mai 1419 et octobre 142068. Le conseil de ville ordonne également de nombreux déplacements pour se tenir informé dans ce contexte mouvementé. On lit ainsi dans ce codex que 40 sous sont octroyés à un messager « pour avoir aportees a Troies, le xxixe jour de juillet, les lettres royaulx de la paix de nos seigneurs de France69 », c’est-à-dire les lettres de la paix de Ponceau, signée le 11 juillet 1419 entre le duc de Bourgogne et le dauphin Charles. La mention raturée à sa suite évoque le cadeau fait à un chevaucheur du comte de Charolais, héritier du duc de Bourgogne, « pour avoir aportees a Troies les premières lettres dudit de Charolais, aprés la mort de feu monsieur de Bourgogne » : c’est par ces lettres que la ville apprend la nouvelle de l’assassinat de Jean sans Peur le 10 septembre 1419, brisant cette courte période de paix. Très peu de temps après, le roi et le duc de Bourgogne se rendent dans la ville et les habitants leur présentent deux tonneaux de vin de Beaune, pour la dépense fort élevée de 124 livres, à un moment où on craint aussi un retour de la peste dans la ville70.
24En plus de ces frais, la présence de la cour entraîne aussi des embarras : dans ce même compte sont évoqués « les gens oiseux de la court du roy » mis hors de la ville manu militari71. Ces charges provoquent des oppositions dans la ville et, en 1422, les habitants écrivent au roi pour se plaindre des monnayeurs qui, depuis deux ans, refusent de participer à la garde de la ville et de payer de nouveaux impôts72.
25Cependant, au-delà de la gestion quotidienne de la présence de cette cour à Troyes, et des frais qu’elle engendre, cette présence semble bien avoir eu des conséquences durables sur les liens noués par l’élite troyenne avec les membres de la cour et sur les pratiques de gouvernement73.
3. Des conséquences à long terme
A. La formation de liens entre la cour et les élites
26La cour participe à la vie urbaine. On relève ainsi dans les archives municipales des relations directes entre les acteurs curiaux et le personnel municipal, voire de simples bourgeois.
27Les comptes de Pierre Gorremont contiennent la rémunération de nombreux messagers envoyés vers Troyes et la Bourgogne. Le sergent du roi en la prévôté de Troyes, Socin Léguisé, est employé pour porter des messages à divers destinataires en août 1419, de même que le messager de la ville Jean Clément en mai 142074. Quant à Huet Léguisé, il est remercié pour des prêts d’argent et pour « le aydier a relever aucunement de pluseurs grans et inreparables dommaiges qu’il avoit supporté et soustenus de la partie des ennemis de mondit feu seigneur pour avoir tenu et porté son party et le favourisié de tout son povoir, en ladite ville de Troyes et aultrement75 ». Le duc de Bourgogne peut clairement s’appuyer sur de fidèles partisans au sein de la ville.
28La période est aussi marquée par les changements d’officiers, liés au changement de parti76. L’avocat et licencié en lois Simon Fourny, proche des Bourguignons, remplace le bailli armagnac de Belloy en 1417. Lieutenant du bailli depuis 1409, il est officiellement institué bailli le 19 juillet 1418. Il prête serment au traité de Troyes le lendemain de sa conclusion. Nommé commissaire réformateur général du royaume, bénéficiaire de nombreux dons pour services rendus77, il décède à l’été 1420 et est remplacé par l’écuyer Jean de Dinteville, soutenu, lui aussi, par le duc de Bourgogne et le roi d’Angleterre. Il occupera cette fonction jusqu’à la reddition de Troyes devant Charles VII. De même, Pierre d’Arantières, prévôt de Troyes depuis 1413 et fidèle des Bourguignons, est nommé clerc, procureur et receveur de la ville de Troyes le 20 mai 1418. Le moment le plus paradigmatique de ces liens entre la cour et la ville est certainement le mariage de Pierre Gorremont et de Catherine de La Garmoise en avril 1419. Pierre de La Garmoise reçoit des dons substantiels du receveur général du royaume lors du mariage de sa sœur, notamment pour avoir servi le roi au sujet des monnaies78, alors que la fortune familiale est déjà considérable79.
29Ces liens politiques entre Troyes et le gouvernement bourguignon ont des effets scripturaires. Ainsi, en 1419-1420, le receveur de la ville rémunère plusieurs secrétaires royaux pour leur travail en faveur de Troyes : Jean Milet pour une copie des lettres sur l’octroi de la monnaie et Jacques Ysambart « pour l’escripture et le registre80 ». Des contacts se créent et persistent bien après le départ de la cour. Pour le mariage d’Anne de Bourgogne, fille de Jean sans Peur, et du duc de Bedford, célébré à Troyes le 13 mai 1423, le receveur de la ville Pierre d’Arantières paie 30 sous au secrétaire du roi Jean de Rinel, « pour la facon et seel de la lectre de licence et congié du roy nostre seigneur pour faire taille et impost desdites despenses sur les habitans de Troyes81 ». Deux ans plus tard, le receveur le rémunère encore pour plusieurs lettres demandant au conseil de diminuer la taille levée sur les habitants, et il est précisé que, « pour l’amour de la ville », Jean de Rinel « demoura audit Abbeville toute la journee et jusques lesdites lettres furent faictes, dont il se mist en grant peril car il convenoit qu’il alast aprés mondit seigneur le Regent audit Roan [Rouen]82 ».
30Ces échanges ont certainement eu des effets sur l’administration de la ville et il semble bien qu’on observe à Troyes, à cette époque et dans les années qui suivent, toujours agitées83, plusieurs innovations institutionnelles.
B. Évolution des pratiques documentaires et institutionnelles
31Par les circulations et les changements de personnel qu’elle induit, la présence anglo-bourguignonne à Troyes entraîne des renouvellements dans plusieurs domaines. L’atelier monétaire en est un premier exemple : après la mort de Charles VI, alors que l’atelier doit monnayer au nom d’Henri VI d’Angleterre, plusieurs monnayeurs s’enfuient, à commencer, comme nous l’avons vu, par Pierre et François de La Garmoise. Ce sont alors des hommes étrangers à la cité, souvent forts d’une expérience antérieure, qui les remplacent84.
32L’écriture de chancellerie constitue un autre exemple de ces renouvellements.
Des interventions directes dans le domaine de l’écrit
33Le rôle des Bourguignons dans la diffusion de certaines pratiques documentaires a déjà été mis en lumière par différentes études, notamment sur la ville d’Amiens85. Plusieurs traces d’intervention directe du receveur général du royaume dans le domaine de l’écrit à Troyes sont visibles à la lecture de son compte. Des clercs sont rémunérés par celui-ci pour diverses écritures, tel Guillaume Belin, tabellion juré à Troyes, qui, le 11 mars 1419, reçoit 100 livres pour avoir rédigé des obligations, vidimus, lettres, rôles, registres « et autres écritures de finances, par ordre du receveur general et autres officiers du roi86 ». De même, Jaquet le Bret, clerc demeurant à Troyes, ainsi que quatre autres clercs, sont rémunérés pour avoir, dans la hâte, durant quatre jours et nuits, écrit un grand nombre de mandements et de lettres closes envoyés à d’autres villes du royaume et à des vassaux, officiers et sujets du roi87.
34Il n’est pas exclu que les clercs de la cour de Bourgogne aient eu un droit de regard sur les archives de la ville, au moins comptables. Les comptes du receveur général du royaume, Pierre Gorremont, mentionnent ainsi un paiement à destination du clerc des offices du duc de Bourgogne, Jean Morreau, pour être allé de Troyes à Provins et aux environs afin d’inspecter les états des receveurs, grènetiers et autres officiers, et de pouvoir ainsi contrôler leur activité financière88.
Une influence sur la tenue des premières délibérations champenoises89
35Cette influence est aussi perceptible à Châlons et à Reims où l’époque de la domination bourguignonne est celle de la tenue des premiers registres de délibérations, débutant respectivement en 1417 et 1422. Si le registre de Troyes ne commence qu’en 1429, la première minute de délibération conservée date, elle, de 1425. Elle pourrait découler de la décision de faire élire par les « trois estaz de la ville » des représentants, distincts du conseil de ville existant depuis le milieu du xive siècle.
Premiers que depuis le commencement de ces presentes guerres, pour le gouvernement et la pollice de ladite ville, la fortifficacion et emparement d’icelle, et pour ce que, a chascune fois, l’en ne povoit pas assembler tous ou la plus grant partie des notables et communaulté de ladite ville pour avoir leur conseil et advis sur les matieres que chascun jour povoient survenir en icelle ville, tant a l’occasion de ladite guerre comme autrement, pour assister avec justice toutes fois que mestier en seroit, et aussi pour eschever le travail desdis notables et communaultés, furent esleuz de par les trois estas de ladite ville en assemblee generalle xxx personnes notables devant eulx, tant d’Eglise comme seculiers, ausquelz ilz donnerent povoir et puissance de assister avec justice et representer le corps de la ville, traictier et besongner, deliberer et conclure, sur les affaires communes d’icelle ville90.
36On assiste avec ce texte au passage d’un gouvernement municipal des notables à un gouvernement représentatif par élection, dans le contexte d’un conflit autour du curage des fossés et des cours d’eau91. Les 30 représentants élus du corps de ville ne remplacent pas systématiquement la communauté, mais complètent, assistent et achèvent « le travail desdis notables et communauté ». Déjà en juillet 1419, le bailli réunit plus de 130 chefs de feu pour instituer des procureurs dans une affaire judiciaire. L’acte mentionne les noms de 132 individus, appartenant à l’élite de la ville, ecclésiastique et laïque, mais aussi exerçant des métiers plus modestes (feurre, couturier, paupeleur, peletier, royer)92.
37À Amiens, Édouard Maugis a aussi observé un renouvellement de la participation populaire les dix premières années de la période bourguignonne de la ville93. Si la vision d’une « victoire populaire94 » a été depuis battue en brèche, il n’en reste pas moins le constat d’un changement dans les institutions amiénoises et leurs productions documentaires. À Châlons, l’époque bourguignonne est aussi celle de la tenue d’assemblées d’habitants particulièrement fournies : le 5 avril 1418, une assemblée générale de plus de 500 habitants est réunie pour écouter la lecture de lettres de la reine95.
38Plus qu’une dynamique strictement bourguignonne, cette attention à la documentation urbaine de la part des autorités semble exacerbée par la guerre de Cent Ans. Claude Gauvard cite ainsi l’exemple d’Aleaume Cachemarée, ancien clerc criminel au Châtelet, devenu substitut du procureur du roi au bailliage d’Amiens, chargé d’enquêter sur une affaire d’abus de gestion à Amiens, en 1402-1403 : « son premier souci consiste en ce que la ville tienne désormais des registres et qu’ils soient conservés dans un lieu approprié96 ». On retrouve d’ailleurs ce même individu en contact avec la ville de Troyes en 1408, en tant qu’huissier de Parlement, rémunéré pour son aide dans le procès que les habitants mènent contre leur capitaine, Jean de Courcelles97. À Paris, en septembre 1410, Nicolas de Baye fait murer la porte de la Tourelle, craignant que les registres des procès ne soient détruits par les gens d’armes qui les auraient « embrouillez, fouillez, adirez et perduz… », ce « qui seroient dommage inestimable à tous de quelques estat que ce soit de ce royaume »98. Aux yeux de la monarchie, et notamment des théoriciens réformateurs influents sous les règnes de Charles V et de Charles VI, la bonne gestion passe par l’écrit99.
39À Troyes, l’impératif de tenir des registres est réaffirmé lors de cette période et concerne des acteurs plus nombreux qu’auparavant. Ainsi, dans l’ordonnance sur les cordonniers donnée en 1420, il est précisé que les officiers du roi doivent dorénavant « enregistrer [la présente ordonnance] es papiers et registres de leurs auditeurs, ad ce que nul n’en puist pretendre ignorer et de perpetuel memoire ». En 1425, dans l’affaire des moulins neufs, il est ordonné aux quatre élus de mettre par écrit toutes les décisions prises avec les ouvriers et experts à propos des travaux100.
40Le souci de tenir un registre de délibérations se retrouve en 1433 à la cour de Philippe le Bon lorsqu’il ordonne à ses secrétaires de préparer des actes après la tenue de son conseil ordinaire, et de tenir un « bel registre des besoignes et matieres qui se demeneront ». Treize ans après la réforme du conseil, Philippe signale qu’un secrétaire devra enregistrer les délibérations du conseil dans « un registre en papier pour la seurté des matiere ». Une fois écrit, le registre devra être montré au conseil, « afin de corriger ledit registre si besoing estoit »101.
41Cette préoccupation rejoint celle de la chancellerie royale de la même époque. Dès le xive siècle, des ordonnances royales stipulent la nécessité de tenir des registres pour les municipalités102 et le terme même de « registre », issu du vocabulaire de la chancellerie royale, est plus généralement associé aux registres de délibérations municipaux débutant après 1400103.
42Ce sont ainsi la pression de l’idéologie réformatrice, les nécessités de la guerre et l’influence de la chancellerie royale qui expliquent la tenue du premier registre de délibérations municipal troyen.
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43La ville reste bourguignonne jusqu’en 1429, et voit, par intermittence, revenir la cour, comme le 13 mai 1423 lorsqu’est célébré dans l’église Saint-Jean de Troyes le mariage du duc de Bedford et d’Anne de Bourgogne, fille de Jean sans Peur. De nombreux contacts se nouent de nouveau entre les fidèles bourguignons et les acteurs municipaux troyens, liens qui ne seront pas tous dénoués lors du passage de la ville sous le contrôle du dauphin en 1429.
44C’est sans doute ce changement de parti qui explique que les actes donnés par Isabelle de Bavière en 1418 n’aient pas été recopiés postérieurement dans le cartulaire de la ville. Quant aux copies dans ce registre des traités de Troyes et de la charte de Charles VI ordonnant la démolition du château de Montaigu, datées des années 1420, elles se distinguent des autres entrées par l’absence de titres à l’encre rouge ajoutés après 1429 (fig. 6).
Figure 6. Copie du traité de Troyes dans le grand cartulaire

AMT, Delion, layette 1, 1, fol. 62v.
45Ces deux chartes ne sont ni copiées ni mentionnées dans les cartulaires et inventaires postérieurs.
46Toutefois, si la mémoire troyenne que constituent les cartulaires de la ville n’a pas retenu la courte présence des institutions parisiennes à Troyes, laquelle fut sans doute postérieurement assombrie par la victoire du dauphin, cette mémoire n’a eu de cesse de revenir sur le privilège d’arrêt obtenu de Charles VI en février 1420, privilège accordé aux Troyens pour les remercier de leur accueil et de leur soutien. Par cet octroi, les officiers royaux, sur la requête des habitants de Troyes, peuvent juger directement les contractants et marchands dans la ville. Sans doute l’auteur est-il ici déterminant : ce privilège étant un privilège royal, il n’est pas remis en cause par la défaite des Bourguignons. Surtout, il fait l’objet d’une nouvelle confirmation par Charles VIII en 1483, un peu avant la rédaction du petit cartulaire. Il est un des jalons illustrant la fidélité de la ville au roi, tout comme l’est la prise de la ville par le dauphin en 1429.
II. 1429 : une domination de la ville placée sous le signe de l’autorité royale
[…] comme noz bien amez les gens d’eglise, bourgois et habitans de nostre ville et cité de Troyes ayent le jourduy envoyé solennelment et en tout reverence par devers nous leur evesque, acompaigné d’autres bien notables gens d’eglise et seculiers de ladite ville en bon nombre, qui pour eulx et de par eulx en nous recongnoissant comme faire doivent leur seigneur souverain et naturel, nous ont, en tout humilité, fait et rendu plaine obeissance, supplians et requerans que les choses avenues et passees au regart d’eulx a cause des divisions qui ont esté longuement et encores sont en cestui nostre royaume, pour lesquelles et pour la salvacion de leurs corps et biens leur a convenu adherer et converser tant avecques les Bourguignons, a nous desobeissans, que aussi avecques les Anglois noz anciens ennemis, et leur faire obeissance, nous pleust mettre en obly et tout pardonner et abolir en les recevant et recueillant en nostre bonne grace comme nos vraiz et loyaulx subgiez qu’ilz desirent estre perpetuellement104.
47L’exposé de la lettre de pardon accordée à la ville par Charles VII le 9 juillet 1429, jour même de son entrée, donne à voir le ralliement des personnalités dirigeantes de la ville menées par l’évêque, alors même que les villes voisines restent majoritairement fidèles au parti bourguignon (fig. 6).
48L’acte ne cache rien des difficultés qui se posent : pour Charles VII, il s’agit de « gérer l’oubli et abolir le passé105 » et de faire de ses bénéficiaires des « vraiz et loyaulx subgiez » afin de conforter la paix, alors même que plusieurs centaines d’hommes d’armes bourguignons ou anglo-bourguignons sont présents dans la ville106. Les lettres de pardon, jalons discursifs et juridiques de cette réconciliation, précédant l’amnistie générale de toutes les affaires survenues promulguée entre les deux partis en 1435, ont été bien étudiées107, mais les dispositions pratiques mises en place dans les villes restent, quant à elles, encore dans l’ombre. En effet, si à Troyes comme à Paris, le roi n’exerce pas de représailles contre la ville, la confiance qu’il accorde à ses bourgeois paraît, à bien des égards, limitée, et Charles VII prend immédiatement des mesures pour surveiller leur conduite108. La tenue du registre de délibérations, commencé au moins en septembre 1429, permet de revenir sur le rôle de l’élite troyenne au sein des institutions municipales après la reddition de la ville. La plupart des membres du gouvernement municipal semblent rester en place après 1429 mais celui-ci est contrôlé de près par les officiers royaux et c’est bien au renouvellement de l’accord entre le roi et ses sujets que travaille Charles VII à partir de juillet 1429.
49Le souverain, dès sa première entrée, entend souder la communauté urbaine autour de sa personne, par l’usage du serment, acte crucial du processus de paix109.
Et premierement. Que leurs corps et biens, et un chacun d’eux, en quelque part qu’ils soient, donnez et non donnez, seront saufs a eux, en faisant serment de nous estre doresnavant et a tousjours bon et loyaux subjects110.
50Le second article précise les conditions de ce serment.
Item, que si aucun des manans et habitans de la ville ou autres estans en icelle, ne veulent demeurer ne faire ledict serment, ils auront delay de vuider, et eulx departir d’icelle ville jusques a huict jours, et auront sauf-conduit pour aller ou bon leur semblera, avecques temps et induce de deux mois pour transporter leurs biens meubles, et faire leur profit et alienation de leurs heritages et biens immeubles111.
51Quelques mois plus tard, en octobre, le roi confirme aux habitants le droit de pêche dans les fossés de la ville, contre le procureur général et les officiers royaux, « pour les bons et loyaulx services que esperons que de plus en plus nous facent, en parsistant en leur bonne loyaulté envers nous comme nos bons et vrais subgetz112 » ; la décision résonne comme une promesse sur l’avenir. Enfin, le 12 novembre, lorsque la franchise de la navigation sur la Seine est donnée aux marchands troyens, elle est présentée comme un remerciement et comme un encouragement à maintenir la fidélité de la ville envers le roi : « Considerans aussi la bonne et entiere obeissance desdis exposans a nous derremerement faicte ou voyage par nous fait a Reims pour nostre sacre et couronnement, voulans de plus en plus les obliger a perseverez en leurs loyautez envers nous […]113. »
52Pourtant, à en croire les chroniqueurs, si, le 1er août 1417, l’entrée des Bourguignons s’était déroulée dans l’enthousiasme de la foule, une décennie plus tard, lors de l’entrée du dauphin, l’assistance semble réduite à quelques individus, animés pour certains par la peur114. Le roi demande à des hommes de traits de se déployer « au long des rues » sur son passage115. Une lettre du bailli armagnac nouvellement nommé, Guillaume Bellier, écrite vingt jours après la reddition de la ville au sujet d’un impôt à lever, prévoit des mesures « en cas d’opposicion, debat, reffuz ou delay », proposant de faire venir devant lui ou son lieutenant les « opposans et contredisans », afin qu’ils exposent « leurs causes d’opposicion, debat, reffuz ou delay », pour ainsi « repondre sur ce audit procureur, proceder et aler avant en alant par raison »116. À bien des égards, le gouvernement de la ville après 1429 s’apparente davantage à une reprise en main autoritaire qu’à une libération unanimement saluée, contrairement à ce que l’historiographie a pu présenter117.
1. Un renouvellement institutionnel contrôlé par les officiers royaux
53« A vous bailli principalement appartient plus que a autre a savoir l’estat, police et gouvernement de ladite ville118 » : c’est ainsi que le roi exprime sa conception du gouvernement troyen dans une lettre de janvier 1430 sur les auditeurs des comptes, introduisant une nouveauté par rapport aux lettres antérieures du même type. Cette prédominance des officiers royaux, et en premier lieu du bailli, apparaît dans les différentes institutions de la cité, à commencer par le conseil de ville. Néanmoins, ces officiers n’agissent jamais seuls : leur ancrage dans la ville s’appuie sur une élite locale dévouée.
A. L’omniprésence des officiers royaux
54Le cas du bailliage de Troyes confirme les études approfondies menées sur le renouvellement des officiers royaux durant la guerre de Cent Ans119 : le bailli change dès la reddition de la ville, Jean de Dinteville laissant la place pour un mois à Antoine de Chabannes, puis à Guillaume Bellier, nommé par le roi le 29 juillet 1429120. Ce dernier, fidèle du dauphin, occupe depuis 1418 la charge de capitaine du château de Chinon, où il devient grand veneur puis maître d’hôtel du roi, fonction qu’il conserve en exerçant en parallèle le poste de bailli de Troyes121.
55Une grande latitude est accordée à ces officiers, et notamment au bailli, chargés de diriger le gouvernement de la ville. Cette situation n’est pas neuve et semble caractéristique de l’administration des villes pendant la guerre civile : à Troyes, les assemblées étaient déjà placées sous surveillance lors de la domination bourguignonne122, notamment par un capitaine en 1417-1418123. Toutefois, le rôle du bailli se renforce à partir de 1429. Il nomme les receveurs et le roi lui confie de manière plus explicite qu’auparavant l’exécution de l’audition des comptes, selon le principe du contrôle de l’affectation des deniers levés grâce aux octrois royaux. En outre, les modalités d’entrée en charge du prévôt de Troyes sont modifiées par le traité du 9 juillet 1429 : la prévôté et les mairies ne sont dorénavant plus affermées, renforçant le contrôle de ces institutions par le roi ou ses représentants124. C’est alors Antoine Guerry, écuyer, qui est nommé prévôt, fonction qu’il occupe jusqu’en 1461. Membre de la petite troupe qui se rend au-devant du roi avant la reddition de la ville, il est licencié en lois et possède également des compétences militaires puisqu’en 1437, il participe à la reprise de la ville de Montereau aux Anglais125.
56Les premiers mois, les réunions, voire certainement toutes les décisions municipales, dépendent des officiers royaux, chargés de mener au mieux la transition entre les fidélités bourguignonne et delphinale. Dans le premier cahier du registre de délibérations, ces officiers ne sont jamais accompagnés de gens élus mais plutôt de notables à l’identité variable qui forment le « conseil » de la ville. Un conseil du bailliage semble exister en parallèle, à qui le conseil de ville doit en référer, notamment en matière de justice126. À partir du deuxième cahier, on lit que « messires du conseil de Troyes » sont présents aux délibérations. Dès le troisième cahier et la date du 3 octobre 1431, des élus « avec auctorité de justice » sont fréquemment mentionnés lors de la présentation de la séance. Ce n’est qu’à compter du 1er octobre 1432 que toutes les délibérations sont menées « par messires les esleuz de la ville de Troies », pour les « affaires et choses communes de ladite ville ». On ne connaît pas précisément les modalités d’élection des conseillers, la seule précision donnée étant qu’ils sont « esleuz en grant assemblee pour ce faicte »127. Aussitôt après leur élection, les nouveaux membres du conseil prêtent serment entre les mains du lieutenant du bailli. L’avocat du roi prend une part active dans les délibérations et est souvent cité en tête de liste des participants.
57Dans le premier cahier du registre troyen, les délibérations ne sont retranscrites qu’en présence du bailli ou de son lieutenant, caractéristique qui se retrouve ailleurs en Champagne : les délibérations rémoises se tiennent toutes sous la supervision du lieutenant ou du capitaine128. De telles évolutions ne sont pas spécifiques à cette région : à Tours, le 13 avril 1420, après le siège de la ville par le dauphin et sa reconquête, une nouvelle commission, composée de douze laïcs et six clercs, est solennellement constituée pour agir « comme se tous les autres gens d’Eglise, bourgeois et habitans de ladite ville et banlieue estoient assemblez129 ». Un processus similaire est observé à Amiens, où Édouard Maugis note, à partir de 1429-1431, un contrôle accru sur les assemblées : les participants sont désormais convoqués et sélectionnés et leurs noms sont consignés, alors qu’auparavant seul leur nombre était indiqué130. Si cette présence des officiers royaux lors des délibérations municipales est attestée dans d’autres contextes urbains131, les officiers troyens semblent avoir en sus un réel rôle municipal, et encadrer la mise en place d’une organisation politique dans la ville. Ainsi, en juillet 1431, des mesures sont prises pour leur accorder davantage de pouvoir, avec l’élection d’agents et de clercs chargés d’assister le bailli et le prévôt dans les domaines administratifs et judiciaires132. Il arrive même que les deniers de la ville soient utilisés pour des affaires relevant uniquement du bailliage133. Reste alors à préciser les modalités de cette relation du bailli au conseil et aux assemblées des habitants : domination d’un acteur royal reprenant une ville récemment infidèle ou coopération avec une autorité municipale en pleine reconstruction134 ?
B. Sociologie du conseil de ville
58Les liens et les intérêts qui unissent les puissantes familles troyennes font du soutien à Charles VII une nécessité vite comprise135. La majorité des membres de l’élite se rangent derrière lui et se retrouvent associés au gouvernement de la ville à partir de 1429, comme en témoigne le très faible renouvellement des dirigeants municipaux après la reddition de la ville : sur les 30 participants au conseil en 1425, 28 sont toujours présents dans celui de 1429136. Dans la plupart des cas, les responsables restent les mêmes, y compris parmi les proches des officiers du duc de Bourgogne, selon l’exemple du maître de la Monnaie de Troyes, Huguenin Le Muet, conservant cette charge entre 1428 et 1432.
59Dans le registre de délibérations municipal troyen, chaque compte rendu de séance s’ouvre par la copie de la liste des participants, sur deux ou trois colonnes, permettant d’analyser finement la sociologie des conseillers élus et présents137.
Des familles puissantes et fortunées
60La participation au conseil est à la fois assidue et fluctuante, avec une moyenne de 30 présents par séance138. Si le nombre de conseillers élus est théoriquement de 37, d’autres Troyens peuvent y assister en fonction des sujets ou de leurs fonctions. Les officiers du roi et les clercs et procureurs ne sont pas élus, mais sont bien présents aux séances, ce qui explique la longueur des listes de présents. Sur 232 séances tenues par le conseil, 13 rassemblent un grand nombre d’habitants, jusqu’au nombre de 300 personnes. Les officiers royaux sont les plus assidus, ainsi que certains ecclésiastiques qui représentent en général le quart de l’effectif total139. Le lieutenant du bailli et le procureur du roi assistent à toutes les séances. Les présents au conseil appartiennent aux familles les plus puissantes et les plus fortunées de l’époque140, dont environ la moitié est issue de la noblesse141. L’étude de leurs profils confirme les liens consolidés depuis la seconde moitié du xive siècle entre l’élite troyenne et les officiers royaux. La puissante famille Hennequin, qui a fait sa fortune dans la draperie et dont la noblesse a été reconnue en 1356 pour services rendus lors de la guerre, est très présente et compte dans ses rangs de nombreux officiers royaux et parlementaires. Maître Jean Hennequin est licencié en lois et conseiller du roi. Il prête de l’argent à la ville en juillet 1429 pour la sécurité de celle-ci142. Maître Oudart Hennequin, son père, est avocat du roi et figure également parmi les membres les plus présents et influents du conseil143.
61La participation aux charges municipales s’observe souvent sur plusieurs générations et conduit à l’occupation successive de divers postes. La guerre civile ne semble pas remettre en question ces trajectoires, Charles VII reconnaissant dans sa lettre d’abolition que les bénéficiaires d’offices obtenus durant la guerre civile « seront et demourront en leurs offices144 ». Pierre Le Tartrier, lieutenant du bailli en 1429, en est un exemple. Né dans les années 1370, issu d’une famille de drapiers, licencié en lois de l’université d’Orléans, il cumule les expériences d’administrateur et acquiert la confiance de diverses institutions locales. Il vérifie les comptes de la ville et recherche les débiteurs de 1404 à 1406, est commis à la maladrerie en 1407 puis élu de 1411 à 1418145. À cette date, il est celui devant lequel les chanoines de Saint-Étienne apportent leurs comptes pour vérification146. En janvier 1413, il devient procureur du roi147, puis conseiller de ce dernier et commissaire en 1418-1419. Il est mentionné comme monnayeur en 1422148. La même année, il exerce comme lieutenant du bailli, mais aussi comme bailli de l’évêché en 1424-1426, et en 1427, il est également garde du sceau de la prévôté149. Sa carrière est à la fois municipale et royale, s’adaptant sans accroc aux changements politiques.
62Au-delà de ces parcours individuels, une comparaison entre les présents au conseil et les individus mentionnés dans un registre fiscal établi à l’occasion de la paix d’Arras, daté de l’hiver 1435-1436, permet de situer socialement ces conseillers parmi les habitants, six ans après la reddition150 de Troyes. L’appartenance à l’élite marchande de la ville et les solidarités familiales qui innervent le groupe des participants au conseil se retrouvent chez les gouvernants de nombreuses villes151. Toutefois, au sein de ce conseil, la fidélité au roi lors de la reddition de la ville confère à certains individus et métiers une place privilégiée, proportionnelle à la confiance que leur accordent le souverain et ses officiers. On l’a vu, la lettre de pardon adressée aux Troyens est concédée, selon Charles VII, suite à l’intervention d’un petit groupe de puissants troyens, au premier rang desquels figure l’évêque. Dès 1429, ces hommes constituent le noyau du premier conseil de ville qui, les années suivantes, domine la scène politique troyenne.
L’accord entre Charles VII et les élites marchandes de la ville
63L’évêque Jean Léguisé, fils d’un marchand teinturier152 et fidèle de Charles VII, est connu pour avoir contribué à l’entrée du prince et de Jeanne d’Arc dans la ville en juillet 1429153. Nommé par le chapitre sur le siège épiscopal à la suite d’Étienne de Givry, contre l’avis du duc de Bedford154, il continue dès 1426 à mener la résistance contre le parti bourguignon. Son sceau reflète son engagement : saint Pierre, au centre de deux niches latérales, n’est plus accompagné, comme sur le sceau de son prédécesseur, de deux anges, mais des figures de saint Loup et de sainte Mâtie, saints protecteurs de Troyes dont les reliques sont vénérées dans la cathédrale. L’ancien évêque saint Loup (426-479) a protégé la ville des Tricasses devant l’avancée des Huns et a mené une campagne d’évangélisation en Angleterre. Il est traditionnellement figuré en train de terrasser le dragon, symbole à la fois de l’hérésie et d’Attila. Dans le contexte des années 1420, c’est contre les Anglais que son aide désormais est requise. Quant à sainte Mâtie, elle tient dans sa main droite non plus la palme de son martyre mais une fleur de lis, emblème du roi capétien. Par ses sceaux, Jean Léguisé exprime ainsi son attachement au roi légitime et son espoir de le voir reconquérir le trône155.
64Lorsque le dauphin arrive devant les murailles de Troyes, c’est l’évêque qui conduit devant le futur Charles VII la petite troupe de notables composée du maître de l’Hôtel-Dieu, de bourgeois et d’habitants156. Jean Léguisé participe à la moitié des assemblées transcrites dans le registre et il devient particulièrement assidu lorsque les troupes ennemies sont proches : il est présent lors d’une assemblée sur trois en 1431 (pour un total de 84 assemblées), une sur deux en 1432 (60) et neuf sur dix en 1433 (62). Son avis est attendu pour prendre certaines décisions et l’hôtel épiscopal accueille 14,4 % des réunions du conseil copiées dans le registre157.
65À bien des égards, son rôle fait écho à celui de l’ancien évêque et capitaine Henri de Poitiers : il correspond avec des chefs de guerre, se fait porte-parole des Troyens158 et exerce un rôle militaire stratégique puisqu’il est alors responsable des garnisons de son château de Saint-Lyé, situé près de Troyes159. Le 16 octobre 1429, lorsque le bailli doit s’absenter de la ville, il précise qu’il laisse Troyes sous la garde de son lieutenant « pour le fait de la guerre », mais, « pour lui et la ville conseiller », c’est à « monseigneur l’evesque et maistre Francois de la Grange, conseilliers du roi » qu’il s’en remet160. Quand un capitaine accepte de servir Troyes, il spécifie « qu’il rendra et mettra ladite place [de Saint-Lyé] es mains de monseigneur l’evesque et de messieurs de ceste cité touteffois que requis en sera161 ». C’est encore lui qui est nommé comme représentant de la ville pour rencontrer le légat du pape ou le capitaine Jean de La Roche162. En remerciement, il est anobli par lettres royales datées de mars 1430, enregistrées en juin 1431.
66De même, les familles de La Garmoise, Hennequin, Bareton, de Mesgrigny, de Pleurre et Le Tartrier, favorables au dauphin dès la prise de la ville, sont largement représentées au conseil. Antoine Guerry fait aussi partie de la petite troupe qui se rend au-devant du roi avant la reddition de la ville, comme Guillaume Jouvenel, dont la famille est connue pour son soutien à la cause royale. À cinq reprises, Guillaume Jouvenel participe au conseil. Fils de Jean Jouvenel, prévôt des marchands en 1389, avocat du roi, magistrat, avocat général, enfui auprès du roi, Guillaume est le frère du célèbre Jean Jouvenel des Ursins, défenseur des droits de Charles VII163. Ce dernier est installé à Paris, mais conserve des relations avec Troyes où il participe aux Grands Jours de 1402-1403164 et siège ponctuellement au conseil de ville. La présence de Guillaume Jouvenel aux séances du conseil à partir de 1430 jusqu’en juillet 1431 est remarquée puisqu’il est toujours cité en tête de la liste des noms (ou juste après l’évêque et le bailli), parfois accompagné de la qualification de « chevalier ». Ce passage à Troyes n’est qu’éphémère, et il est surtout connu pour sa brillante carrière parisienne de parlementaire : en 1445, il est nommé chancelier de France.
67Pour quelques autres dont le soutien aux Bourguignons demeure malgré la reddition de la ville, cette résistance signifie la ruine. Ainsi en est-il pour Gilles Le Gras : après sa décapitation pour haute trahison, son hôtel est confisqué puis racheté par Jean de Mesgrigny. Un autre de ses hôtels, situé à Chauchigny, est offert par le roi à Guillaume Jouvenel165. Sa famille comptait pourtant plusieurs piliers du conseil de ville au xive siècle. Quant à Pierre d’Arantières, qui conserve également ses attaches bourguignones, il n’appartient pas aux grandes familles marchandes de Troyes. Il paye relativement peu d’impôts166 et occupe principalement des fonctions municipales. Peut-être garde-t-il fidélité à ceux sous lesquels il a construit sa carrière167 ?
2. « Recongnoissant leur seigneur souverain et naturel » : la promotion de la fidélité au roi
A. Communication et prédication
68Les officiers royaux et les conseillers municipaux utilisent plusieurs moyens pour promouvoir le soutien royal à travers la ville. Soulignons tout d’abord le rôle de la prédication et des ecclésiastiques, déjà observé dans d’autres villes168. Apparaissent dans le registre les efforts déployés par le conseil de ville pour retenir sur place un prêcheur particulièrement efficace, frère Léonard Breton, dominicain. Ses prédications sont d’autant plus encouragées qu’elles prônent la nécessité d’aimer le roi. Ainsi, le 29 janvier 1433, le conseil de ville est unanime :
et qui plus est, [il] avoit le fait du roy nostre seigneur et de sa seignorie en toutes ses predicacions moult notablement recommandé, et exhorté le peuple a le aimer et a soy tenir en sa bonne et vraye obeissance ; et pour ce tous les dessus dis furent et ont esté d’un commun accord qu’il demeure, senz soy departir hors de ceste ville, et qu’ilz aimeroient mieulx que frere Didier et frere Estienne et dix autres de leur religion soient deboutez de ceste ville que ledit frere Lyonnart169.
69Jean Léguisé semble également être un acteur clé de cette incitation à la fidélité, associée à une répression à l’encontre des traîtres. Il est poussé à encourager la délation auprès de ses fidèles170. Ici, l’excommunication est appelée en renfort pour favoriser la fidélité royale. À l’exclusion de la communauté urbaine s’ajoute la menace de l’exclusion de la communauté des croyants171.
70L’évêque joue aussi un rôle de diffusion des informations politiques, rôle clé en période de conflit, et le conseil se doit de contrôler ses discours. Lors de l’annonce de la mort du gouverneur de Champagne et grand fidèle du roi, le seigneur de Barbazan, le conseil élabore une stratégie de communication circonstanciée, insistant sur le fait qu’il « n’a pas esté mort en la guerre ne pour le fait du roy, mais a esté mort en Lorraine et pour la querelle de monsieur le duc de Bar172 ».
71En outre, les nombreux courriers reçus et envoyés par la ville participent de cette promotion. Souvent, les autorités municipales ordonnent la lecture des lettres royales par un crieur en ville. Elles sont aussi lues lors des assemblées générales, où jusqu’à 300 personnes sont parfois rassemblées. C’est l’occasion de donner des nouvelles du roi et de sa famille, de leur bonne santé, mais aussi de réaffirmer le fait que, si les ennemis arrivaient, « le roy les secoureroit en sa personne »173.
B. L’insistance sur la fidélité au roi
« Pour le bien du roy nostre seigneur et de ladite ville » : un destin lié
72L’appartenance au parti du roi est concrétisée dans la ville par le port d’une croix blanche. Ainsi, le 1er août 1431, le conseil de ville « [ordonne] que doresenavant chacun porte la croix droitte cousue en sa robe et que chacun ait l’euil a son compaignon en rapportant a justice la faulte qu’il y congnoistra174 ». La ville de Troyes n’échappe pas à l’accroissement général des signes visuels et politiques dans ce contexte de guerre civile175. Cette appartenance vient aussi marquer l’espace. Le 4 juillet 1433, le duc de Bourgogne approche après avoir passé la nuit dans un bourg proche de Troyes. On décide alors que « soient faictes quatre banieres armoyees des armes du roy nostre seigneur qui seront mises sur les portes de ceste cité176 ». L’espace urbain adopte les armes royales tandis qu’autour de la ville, jusqu’à 12 kilomètres en aval, on démolit les ponts, on coupe les gués et on démonte les moulins pour freiner l’ennemi.
73La figure du roi occupe une place prépondérante dans le registre : 33 % des procès-verbaux le mentionnent, et particulièrement dans les deux premiers cahiers, composés sous l’autorité du bailli. Cela paraît cohérent avec le rôle des officiers royaux : représenter le roi et relayer ses paroles. La fidélité au roi est affirmée clairement par le conseil, comme le demande le bailli le 13 mars 1430, alors qu’il revient d’un voyage auprès du souverain : « messieurs ont respondu qu’ilz estoient tous au roy, prés d’obeir a ses commendemens, et que, en gardent leurs loiaultez envers lui, ils garderoient trés bien ceste cité, et, a l’aide de Dieu, lui en rendront bon compte177 ».
74Les intérêts du roi et de la ville sont liés dans les délibérations, les mesures étant prises « pour le bien du roy nostre seigneur et de ladite ville ». Les sizainiers, chargés de faire le guet, doivent prêter serment au bailli de « garder le bien et honneur du roy nostre seigneur et les clefz de la ville178 ». Les cris prononcés sur ordre du conseil sont placés sous l’autorité royale179. De même les citadins sont assimilés aux « subgez du roy », cette formule revenant à de multiples reprises180.
Les élites fidèles au roi : une position consolidée dans la ville
75Enfin, on a vu que les privilèges accordés par le roi à la ville ont comme objectif explicite de remercier et d’encourager la fidélité des Troyens. Cette législation s’adresse particulièrement à certains individus et groupes sociaux dans la ville. Dès le 9 juillet 1429, le dauphin précise dans son acte de pardon que la forteresse de Saint-Lyé, appartenant à l’évêque, sera exemptée de garnison. De même, la liberté de commercer, notamment avec le duché de Bourgogne, est inscrite dans le traité, au grand soulagement des marchands de la ville qui siègent au conseil181. Ils sont également avantagés par les deux lettres patentes accordées à la ville par le roi en novembre 1429. D’une part, l’octroi d’une imposition sur les denrées vendues en la ville de Troyes, pour être employée aux réparations des fortifications, prévoit l’exemption des ventes de pièces de draps en gros et de sextiers de guède réalisées par des marchands troyens182, exemption qui n’est pas appliquée aux ventes de bêtes et de vins dans la ville par les bouchers et les vignerons183. D’autre part, le privilège sur la navigation de la Seine, donné le 12 novembre 1429 et destiné aux marchands, est présenté comme un remerciement et un encouragement à tenir la fidélité de la ville au roi : « Considerans aussi la bonne et entiere obeissance desdis exposans a nous derrnerement faicte ou voyage par nous fait a Reims pour nostre sacre et couronnement, voulans de plus en plus les obliger a perseverez en leurs loyautez envers nous […]184. »
76Pour appartenir à la hanse, ils sont tenus non seulement de payer 60 sous 1 denier, à employer aux fortifications de la ville, mais aussi de prêter serment, une fois de plus, au bailli185. Après cette décision, des travaux sont immédiatement entrepris pour favoriser le passage des embarcations sur la Seine. En 1432, cet octroi est renforcé par des lettres patentes autorisant le conseil à rendre le cours de la Barse, un affluent de la Seine, apte à la navigation186. C’est une décision importante pour l’économie troyenne : elle permet l’approvisionnement de la ville par son arrière-pays, compensant quelque peu la perte des foires de Champagne187. Lorsque le contexte change, en février 1438, et que Paris et Rouen se rallient à la cause royale (ou sont sur le point de le faire), le roi se montre bien moins prodigue avec les marchands troyens : il restreint les privilèges de la hanse et laisse sans réponse, voire refuse les demandes que lui présentent « ses humbles subgez bourgois et habitans de la ville de Troyes188 ». Charles VII n’a plus besoin de consolider son union avec les élus troyens.
77La reddition de la ville en 1429 contribue plus généralement à enrichir et à accroître le pouvoir des familles ayant fait le choix du parti du dauphin en leur donnant une place centrale dans le gouvernement de la ville et en éloignant d’autres familles de la scène publique, voire de l’économie troyenne. Certains noms majeurs de la seconde moitié du xive siècle disparaissent ainsi des archives, tels ceux des de Premierfait189. D’autres, comme le bailli Simon de Bourmont, Guillaume Drapperie ou les gardes et notaires des foires, qui avaient fui devant les Bourguignons en 1417, voient leurs biens spoliés190.
78Arrimer l’action municipale à l’accord entre le roi et l’élite troyenne qui l’a soutenu en 1429 implique alors de fermer les yeux sur certains abus ayant eu lieu lors de la décennie précédente. La question des biens confisqués à ceux qui ont fui devant les Bourguignons reste en suspens tout au long du xve siècle. Or, la charte de pardon de Charles VII n’impose pas la restitution de ces biens à ceux qui lui sont pourtant restés fidèles191. Les documents des années 1430 ne reviennent pas sur ces confiscations, mais une lettre de 1483 y fait référence, laissant penser que les tensions ont perduré longtemps après 1429 :
feux messires Simon de Bourmont, chevalier, bailli de Troyes, Guillaume Drapperie, procureur du roy nostredit seigneur, la garde et chancellier des foires de Champaigne et Brye et autres officiers dudit seigneur, ont esté, pour garder leurs loyaultez envers ledit seigneur et tenir la vraye obeissance qu’ilz lui devoient, expulsez de ladite ville et leur bien prins par aucuns particuliers qui vouloient avoir auctorité et dominacion en icelle ville, dont il ensuivit grant inconveniant audit seigneur, comme pluseurs scevent192.
79Les lettres d’abolition et de pardon, aussi généreuses soient-elles, ne sont qu’une des facettes de la politique royale après la division et Charles VII fait plus que compter sur des soutiens à l’intérieur de la ville en promouvant dans ses discours l’amour et l’obéissance : il les encourage et réprime fortement les oppositions par des dispositions concrètes. Dans cette politique de contrôle des villes, certains membres de l’élite urbaine et marchande jouent le rôle de cheville ouvrière. Le conseil, entre 1429 et 1431, apparaît donc comme le lieu de la réélaboration de l’accord entre la royauté et une partie de l’élite de la ville. On les voit occupés à promouvoir la fidélité au roi, auprès de Troyens peut-être moins impliqués.
3. Un ralliement contesté ?
80Le registre de délibérations révèle en creux les signes d’une certaine opposition de la part des Troyens : la rumeur et le débat sont évoqués au détour de certaines décisions, et les habitants rejoignent parfois les conseillers pour s’opposer à des mesures royales transmises par le bailli ou son lieutenant193. Dès la première séance rapportée dans le registre, le conseil doit statuer sur le retard pris dans la levée de l’impôt, « pour plusieurs opposicions et debaz survenuz a cause du paiement et impost d’icellui par aucuns particuliers194 ». De même, au début de l’année 1430, des collecteurs d’impôts refusent de rendre leurs comptes à la ville et des contribuables contestent le paiement de cet impôt195. Un procès a lieu en juillet 1430 entre le collecteur d’impôt et plusieurs particuliers, le premier étant alors obligé de rappeler que
ledit impost a esté fait du consentement de messires les clergié, bourgois et habitans de ladite ville et par pluseurs, tant de mesdis seigneurs de clergié comme desdis bourjois et habitans, par quoy appert clerement que ad ce il [le particulier, Jean Maillet] est tenu, actendu que c’est et estoit pour le cler et evident proffit de ladite ville196.
81L’insistance contredit ici l’évidence. Les comptes des deniers communs gardent aussi les traces de manouvriers ayant refusé de travailler : même si le motif n’est pas connu, la vie troyenne est agitée197.
82À la fin de cette même année, un complot visant à faire revenir les Bourguignons à Troyes est découvert. Parmi les conspirateurs figurent desmembres du conseil de ville, détenant les clés de certaines portes198. Un des principaux instigateurs en est l’ancien procureur et receveur de la ville, Pierre d’Arantières, accompagné de Gilles Le Gras. Leur investissement bourguignon perdure après la prise de la ville par le dauphin : en 1430, ils sont jugés et exécutés pour conspiration en faveur du duc de Bourgogne. La sévérité et la publicité de leur jugement incitent à croire que leur choix n’était pas celui d’individus isolés.
83Le 30 juin 1431, alors que le duc de Bourgogne se trouve non loin de la ville, les opposants se font plus bruyants et les autorités redoublent de vigilance199. Une semaine plus tard, la menace se rapproche et les membres du conseil de ville décident que si les ennemis viennent devant la ville, « nulz ne parlemente a eulx a peine de la hart » ; de même, « que chascun porte l’ensaigne du roy »200.
84Le 22 novembre 1431, le conseil supprime les gardes des portes et les remplace par des personnes jugées dignes de confiance. Dans le même esprit, le conseil présidé par le bailli ordonne que les laissez-passer (« passe-portes ») seront dorénavant signés uniquement par le lieutenant du bailli, « car trop d’inconveniens se peuvent ensuir pour ce que plusieurs en signent201 ». Plus encore, la division de la ville en quatre circonscriptions pour assurer la garde se révèle trop ambitieuse au vu du peu de personnes fiables pouvant y procéder ; par exemple il est fait « trés mauvaise garde et petite diligence » au quartier Saint-Jacques, l’un des plus pauvres de la ville202. On préfère diviser pour un temps la ville en trois secteurs pour confier leur garde à des hommes sûrs203.
85Quelques mois plus tard, en janvier 1432, la venue dans la ville des épouses du prévôt de Crosne, de Jean de Valentigny et de Simonnet de Marisy indispose les élus au conseil ; le prévôt de Crosne n’a-t-il pas « juré et fait serement d’estre loial au roy nostre seigneur » avant de rejoindre ses ennemis et de « se [réjouire] des entreprinses faites contre le roy et ses subgiez » ? On les laisse finir de vacquer à leurs occupations dans la ville en leur demandant de partir au plus tôt. Le lendemain, un conseil élargi est réuni pour évoquer la garde de la ville « qui est moult envaÿe des ennemis du roy nostre seigneur, lesquelz, comme l’en dit, font grandes et secretes assemblees pour faire entreprises contre aucunes places et forteresses estans a l’environ de ceste cité204 ».
86En 1433, la proximité des Bourguignons donne lieu au renforcement des mesures de sécurité par le conseil de ville, mais l’unité de la cité reste fragile. Que penser en effet de cette lettre au roi évoquée en réunion municipale, dénonçant les agissements du lieutenant du bailli, Pierre Le Tartrier, et signée des « habitants de Troyes », qui ne semble pas émaner du conseil ? Il est impossible de savoir si son origine est à chercher du côté d’un concurrent jaloux ou d’un groupe d’opposition dans la ville. Les conseillers jugent le fait assez grave pour prendre des mesures afin d’authentiquer les futurs courriers envoyés par le conseil : ils décident que les lettres adressées au roi seront dorénavant scellées d’un « seel commun » et d’un « petit signet armoirié des armes de la ville », ainsi que de seings « de ung ou deux notaires », se prémunissant ainsi d’une possible concurrence scripturaire au sein de la ville205.
87La haute main des officiers royaux sur la politique urbaine s’explique alors par la nécessité de réprimer les oppositions, comme se souvient le procureur du roi une cinquantaine d’années plus tard, rare voix discordante conservée parmi les récits sur l’obéissance et la loyauté sans faille des Troyens :
Et que [Troyes] a tousjours esté regie et gouvernee de son auctorité et par ses gens et officiers […] et quant aucuns particuliers habitans se sont le temps passé efforcez d’eulx desloïaulter envers le roy leur souverain et naturel seigneur, lesdicts gens et officiers dudit seigneur y ont pourveu et remedié et en ont fait de grandes pugnicions qui sont notoires a chascun206.
88Des procédures d’enquête contre les traîtres sont mises en place par les officiers royaux et la délation est encouragée. Ainsi, le 13 mars 1430, le bailli regrette « qu’il y en avoit plusieurs en ceste ville qui estoient affectez au party contraire » et déclare « que se il en y avoit encores, qui se voulsissent departir de ceste ville, que sceurement s’en allassent ». Les décisions peuvent être radicales, comme celle prise le 19 avril 1430 : « deliberé que la maisonnette estans aupres la porte du Beffroy, en laquelle demeure Moslé, soit démolie, et ledit Moslé bouté hors d’icelle, pour aucuns rapports faiz de sa personne qui sont mauvaiz207 ».
89Vers 1415, à Troyes, les sizainiers se chargeaient de la gestion des armes et de l’équipement militaire au sein des connétablies208. En 1431, face à la progression des Anglais en Champagne occidentale, le conseil municipal décide avec le bailli de Troyes, devant une centaine d’habitants assemblés, d’interdire le port de toute arme et l’approche des portes à toute personne ayant trouvé retraite dans la ville. Les hôteliers et taverniers doivent fournir par écrit les noms de ceux qui viennent séjourner dans leurs hôtels. Les individus « souspeçonez » doivent également être écartés du guet209. Or, le registre de délibérations est en lui-même le témoin de ce contrôle puisqu’il s’agit d’une des finalités de sa production210. Cette sévérité fait écho à celle de la justice rendue par l’officialité troyenne entre 1430 et 1450 dont les registres gardent la trace des peines exemplaires211.
*
90À l’issue de ce chapitre, la « guerre des princes » semble bien être un moment particulièrement déterminant dans la production de l’écrit à Troyes : une nouvelle documentation émerge et les pratiques scripturaires se consolident. Ces évolutions témoignent de renouvellements institutionnels mais aussi de pratiques dont l’existence s’inscrit dans un temps plus long.
91La place que tient la ville de Troyes dans les campagnes militaires joue un rôle certain dans ces transformations majeures. Comme au temps des Grands Jours, l’installation de la cour dans la ville favorise les circulations, notamment scripturaires, entre pouvoirs curiaux et municipaux. Elle contribue à introduire de nouvelles pratiques documentaires chez les élites troyennes. Les liens noués par ces dernières avec les gens de la cour facilitent par la suite les échanges entre Troyes et Paris.
92Surtout, outre les besoins militaires qu’elle crée, nécessitant de lever et de gérer des prélèvements sur les sujets, la guerre des princes, en tant que guerre civile, rend indispensable la mise en place de moyens de communication pour diffuser des informations choisies, ainsi que l’instauration de moyens de surveillance des individus et des discours. La tenue de registres de délibérations, contrôlés par les officiers royaux, s’inscrit dans cet objectif, et cela également à l’échelle plus générale de la Champagne. Ces registres attestent du renforcement du rôle des officiers royaux dans le gouvernement municipal, dont le fonctionnement du conseil de ville troyen est une des manifestations. Ce constat remet en question la fonction et la représentativité de ces registres et, plus généralement, d’une partie de la production écrite conservée par la municipalité pour cette période. L’enjeu n’est pas de gérer des flux d’informations de plus en plus nombreux et complexes, mais de contrôler et de réguler des pratiques politiques dont l’écrit apparaît dès lors comme un réel instrument de légitimation. Sources parmi d’autres de l’histoire des villes et de la pratique délibérative, les registres de délibérations ont peut-être conduit, par leur existence même, à une surestimation historiographique de la place des institutions qui les ont produits.
93Loin de l’image homogène d’un gouvernement urbain se résumant au conseil de ville, une observation plus fine de la documentation, et notamment des registres de comptabilité, révèle pourtant, au-delà du renforcement du contrôle sur ces écrits comptables, l’existence d’une multitude de pouvoirs aux compétences bien délimitées.
Notes de bas de page
1AMT, Boutiot, F21 : en 1418, Pierre de La Garmoise paie 6 livres de taille. En 1418-1419, Pierre et son fils, François, paient 40 livres (F22). Pierre meurt avant 1425 et à cette date, c’est sa veuve qui acquitte une taille de 8 livres (F33). En 1428, elle paie 17 livres et François paie 18 livres (F42). Sur le parcours des générations suivantes, entre la Champagne et le royaume de France, voir BnF, ms. fr. 29850 (dossiers bleus 305) et 31037 (Cabinet de d’Hozier 156). Ils sont parmi les seize changeurs du royaume qui prennent à bail pour six mois les huit monnaies relevant encore de Charles VI en 1420.
2Huet Léguisé est remercié par le duc de Bourgogne pour « avoir tenu et porté son party et le favourisié de tout son povoir en ladite ville de Troyes et aultrement ». Michel Mollat du Jourdin, Robert Favreau et Robert Fawtier (dir.), Comptes généraux de l’État bourguignon entre 1416 et 1420, Paris, C. Klincksieck, 1965, t. 1, no 1334.
3Il a prêté serment entre les mains du duc de Bourgogne en janvier 1418 comme « receveur general de toutes les finances ». Sur le personnage, voir Barthélemy-Amédée Pocquet du Haut-Jussé, « Le compte de Pierre Gorremont, receveur général du royaume (1418-1420) », Bibliothèque de l’École des chartes, 98/1, 1937, p. 66-98.
4Barthélemy-Amédée Pocquet du Haut-Jussé, La France gouvernée par Jean sans Peur, Paris, Presses universitaires de France, 1959, no 1021 à 1024.
5Monseigneur l’abbé Garnier, « La monnaie de Troyes de 1422 à 1434 », Mémoires de la Société académique de l’Aube, 57, 1893, p. 271-301, ici p. 274.
6Comptes du domaine de la ville de Paris, éd. par Paul Dupieux, Léon Le Grand et Alexandre Vidier, Paris, Imprimerie nationale, 1948, t. 1, fol. 12.
7Sur son rôle dans la reddition de la ville, voir Philippe Contamine, Charles VII. Une vie, une politique, Paris, Éditions Perrin, 2017, p. 215.
8J’emprunte ce terme pour qualifier le conflit entre Armagnacs et Bourguignons à B. Bove, La guerre de Cent Ans, op. cit., p. 189.
9Colette Beaune, « Rois de France, rois de la fève », dans Colette Beaune et Henri Bresc (dir.), Royautés imaginaires (xiie-xvie siècles). Actes du colloque organisé par le Centre de recherche d’histoire sociale et culturelle (CHSCO) de l’université Paris X-Nanterre (26 et 27 septembre 2003), Turnhout, Brepols, 2005, p. 75-88, en particulier p. 83.
10AMT, Delion, layette 14, 1 et 2. Voir aussi ORF, t. 10, p. 436.
11Sur cet épisode, voir récemment Ph. Contamine, Charles VII, op. cit., p. 43-46.
12Bertrand Schnerb, Armagnacs et Bourguignons. La maudite guerre, 1407-1435, Paris, Perrin, 2009, p. 242.
13Françoise Autrand, Charles VI. La folie du roi, Paris, Fayard, 1986, p. 542‑543.
14La chronique d’Enguerran de Monstrelet : en deux livres, avec pièces justificatives 1400-1444, éd. par Louis Douët-d’Arcq, Paris, Veuve J. Renouard, 1859, t. 3, p. 316.
15Ibid., p. 240 et 378.
16AMT, Delion, layette 14, 1 et 2.
17AMT, Delion, layette 1, 1, fol. 50v-56v. Elles sont les dernières à être copiées avant un abandon de la rédaction du registre jusqu’à la fin du xve siècle.
18AMT, Boutiot, AA4, 8e liasse, 10 : « unes lectres de la reyne Isabel donnees a Troyes au mois de fevrier mil IIIIc XVII contenant pluseurs ordonnances et autres que le parlement de Paris fut mis a Troyes ».
19La partie qui suit reprend en détaillant les conclusions exposées dans Cléo Rager, « La cour de France à Troyes », dans A. Baudin et V. Toureille (dir.), Troyes 1420, op. cit., p. 72-77. Sur la guerre en Champagne pendant la décennie 1420 et le traité de Troyes, voir A. Baudin, V. Toureille et J.-M. Yante (dir.), Guerre et paix en Champagne à la fin du Moyen Âge. Autour du traité de Troyes, Gand, Snoeck, 2024.
20Estimation d’après le nombre de 1 160 feux, comptée par Françoise Bibolet, « Les métiers à Troyes aux xive et xve siècles », dans Champagne et pays de la Meuse. Actes du 95e congrès national des sociétés savantes (section de philologie et d’histoire jusqu’à 1610), Paris, Bibliothèque nationale, 1974, t. 2, p. 113-132.
21Bertrand Schnerb, Jean sans Peur. Le prince meurtrier, Paris, Payot & Rivages, 2005, p. 662.
22AD Côte d’Or, B 11897, instructions données par Philippe le Bon à deux de ses émissaires à destination de sa mère Marguerite de Bavière et aux membres de la noblesse bourguignonne. Sur ce document, voir Alain Marchandisse, « Philippe le Bon demande l’installation de la famille royale à Troyes », dans A. Baudin et V. Toureille (dir.), Troyes 1420, op. cit., p. 106-107.
23AMT, Boutiot, AA48, 3e liasse, 4 et 5.
24AMT, B6, fol. 9.
25AMT, Boutiot, AA2, 4e liasse, 1, 3 et 4.
26Peter Stabel, « For Mutual Benefit? Court and City in the Burgundian Low Countries », dans Steven Gunn et Antheun Janse (dir.), The Court as a Stage: England and the Low Countries in the Late Middle Ages, Woodbridge, Boydell Press, 2006, p. 101-114, ici p. 110. Dans les années 1370, Troyes est le principal domicile des fournisseurs de vin à Paris pour le duc de Bourgogne ; Fl. Berland, La Cour de Bourgogne à Paris, op. cit., p. 528.
27Selon les sources municipales, en juin 1408 et en août 1417 (AMT, Boutiot, AA45, 1re liasse, 1 et BB8, 1re liasse, 6) et selon les sources ducales en mai 1409, en novembre 1415 et à l’hiver 1417 ; Ernest Petit, Itinéraires de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur, ducs de Bourgogne (1363-1419) d’après les comptes de dépenses de leur hôtel, Paris, Imprimerie nationale, 1888, passim.
28AMT, Boutiot, BB8, 1re liasse, 7 et 8. Voir supra.
29« […] Mais aprés sa response et son departement [au bailli] de là, trouvasme maniere d’entrer gracieusement dedans ledit faubourg de Croncel et par la porte d’ycelluy, et venisme avec certains autres chevaliers et escuyers de nos compaignies rendre devant la porte dudit Troyes, laquelle ledit bailli avoir fait incontinent fermer et lever les ponts et plance d’ycelle. Et pour raison du grand peuple qui estoit dedans ladite ville, et au plus prés de ladite porte, qui avoit oy parler desdites lettres de nostredit seigneur et desiroit sçavoir le contenu d’ycelle, en voye de desmouvoir pour ceste cause contre ledit bailly et aultres de sa partie, contraire a mon dit seigneur, par le bon moyen d’aucuns particuliers des grands d’ycelle ville, amans de luer le bien de nostredit seigneur, vinrent les aucuns de ladite ville, parlementer a nous et tellement que dedens une heure aprés entrasmes en ladite ville de Troyes, et devant le peuple d’ycelle, ou il pouvoir avoir par commune extimation de VI à VIIm personnes, furent par moy Fraignot, lues en la presence dudit bailli, à haute voix, en la plus grant et haulte place de Troyes, appellé le marché au blé, aprés laquelle lecture ledit peuple fut trés joyeux et content, criant à haulte voix : Noël ! Vive le roy et monseigneur de Bourgoigne ! […] », 1er août 1417, lettre adressée de Troyes à la duchesse de Bourgogne Marguerite de Bavière par Jean Fraignot, receveur général du duché, et [Antoine] de Toulougeon, chambellan du duc, BnF, Bourgogne 55, fol. 248, cité dans E. Petit, Itinéraires de Philippe le Hardi, op. cit., p. 610‑612.
30B.-A. Pocquet du Haut-Jussé, « Les chefs des finances ducales », art. cité, p. 14-15.
31Ibid., p. 29.
32L. Mirot, « Notes sur un manuscrit », art. cité, p. 305-320.
33La chronique d’Enguerran de Monstrelet, op. cit., t. 3, p. 240.
34La « chambre des comptes » aurait, selon Vincent Boulet, un unique membre, son président Dreue Mareschal ; Vincent Boulet, Un grand corps de l’État à l’épreuve du « schisme royal ». Le parlement de Paris durant la période anglo-bourguignonne (1418-1436), thèse de l’École des chartes, 2006, p. 180.
35Chronique du religieux de Saint-Denys contenant le règne de Charles VI de 1380 à 1422, trad. par Louis Bellaguet, Paris, Imprimerie de Crapelet, 1839, t. 6, p. 641. Pierre Cochon est moins dissert : « Et à Troies mena le duc de Bourgogne la royne ; qui là assist ung parlement et Maistre Eustace de l’Estre constitua chancellier de France. » Pierre Cochon, Chronique de la Pucelle ou Chronique de Cousinot, éd. par Auguste Vallet de Viriville, Genève/Paris, Slatkine/Honoré Champion, 1859.
36Sur le personnage, voir B.-A. Pocquet du Haut-Jussé, « Le compte de Pierre Gorremont », art. cité.
37V. Boulet, Un grand corps de l’État, op. cit., p. 179.
38Martine Dalas-Garrigues, « Origine et naissance des sceaux de parlement », Bibliothèque de l’École des chartes, 146/1, 1988, p. 164-165.
39Terme employé par Philippe Contamine, « Maître Jean de Rinel (vers 1380-1449), notaire et secrétaire de Charles VI puis de Henry [VI] pour son royaume de France, l’une des “plumes” de l’“union des deux couronnes” », Annales de Normandie, 35/1, 2009, p. 225-234.
40AN, X1C 120, no 75 et 76. Accord du 7 novembre 1420, cité par V. Boulet, Un grand corps de l’État, op. cit., p. 181.
41Sur la présence du duc de Bourgogne à Troyes, voir H. Vander Linden, Itinéraires de Philippe le Bon, op. cit., p. 12-13 et 21-22.
42Leur étude a été menée par Nicolas Valli, La chancellerie face aux criminels à Paris et à Troyes de 1418 à 1422 d’après les lettres de rémission des registres JJ170 à JJ172, mémoire de maîtrise dirigée par Claude Gauvard, université de Reims, 1992.
43AN, JJ170, no 250, août 1418.
44Rudi Beaulant a montré que le nombre de compensations à la rémission augmentait fortement dans les lettres de rémission ducales à partir du principat de Jean sans Peur. Rudi Beaulant, Les pratiques de la grâce des ducs et duchesses de Bourgogne à la fin du Moyen Âge, Paris, Classiques Garnier, 2024, p. 149 et suiv.
45Chevaliers, écuyers, hommes d’armes ou serviteurs de grands seigneurs représentent 31,5 % des destinataires des lettres données à Troyes, contre 5 % des lettres données par la chancellerie parisienne sur la période allant de 1418 à 1419 : AN, JJ171, nos 116, 117, 119 et JJ172, nos 15, 25, 31. N. Valli, La chancellerie face aux criminels, op. cit., p. 26-27.
46B. Schnerb, Jean sans Peur, op. cit., p. 664.
47N. Valli, La chancellerie face aux criminels, op. cit., p. 150‑151.
48En janvier 1420, il est signalé comme « secretaire du Roi, commis ou fait de l’Audience du Roi à Troyes », B.-A. Pocquet du Haut-Jussé, « Le compte de Pierre Gorremont », art. cité, p. 249. Il était déjà venu à Troyes en 1389 et avait reçu plusieurs cadeaux de la part de la ville, AMT, Boutiot, B5, fol. 15.
49AN, JJ172, nos 24 et 25, avril 1420.
50AN, JJ171, no 85, mai 1420.
51Sur le déroulement de la cérémonie, voir Nicolas Offenstadt, Faire la paix au Moyen Âge, Paris, Odile Jacob, 2007, p. 278-279 et les chapitres sur le traité de Troyes dans A. Baudin, V. Toureille et J.-M. Yante (dir.), Guerre et paix en Champagne à la fin du Moyen Âge, op. cit.
52AN, JJ171, no 185, mai 1420.
53M. Mollat du Jourdin, R. Favreau et R. Fawtier (dir.), Comptes généraux de l’État bourguignon, op. cit., t. 1, no 656, 963 et 965.
54La chronique d’Enguerran de Monstrelet, op. cit., p. 389.
55Comptes de l’œuvre de l’église de Troyes, éd. par Alexandre Assier, Troyes, Bouquot, 1855, p. 31.
56Françoise Bibolet, « Guerre de Cent Ans : les derniers fidèles au traité de Troyes en 1430 », La Vie en Champagne, 44, 2005, p. 14. Je n’ai pu retrouver la trace de cette liste et je me fonde ici sur l’article de F. Bibolet.
57Nos 12-14 de la rue Juvénal des Ursins actuelle.
58AMT, Delion, layette 1, 1, no 44.
59BnF, Bourgogne 104, fol. 194-208, cité dans E. Petit, Itinéraires de Philippe le Hardi, op. cit., p. 614. Les comptes de la cathédrale de Troyes portent aussi la trace des « jeux de personnaiges fais en la court de monseigneur l’evesque de la resurrection nostre Seigneur, devant la royne et monsieur de Bourgogne, en la sepmaine devant Quasimodo de l’année [1419] ». Registre 345, cité dans Comptes de l’œuvre de l’église de Troyes, op. cit., p. 42.
60AMT, Boutiot, B10. La municipalité offre quatre pots de vin au comte pour l’occasion.
61Comptes de l’œuvre de l’église de Troyes, op. cit., p. 30.
62AN, KK44, fol. 5. Cette dépense rejoint l’importance nouvelle donnée par Isabelle de Bavière à sa propre chapelle, « choix politique et curial » selon Étienne Anheim, « La chapelle d’Isabelle de Bavière (1370-1435), reine de France », dans Murielle Gaude-Ferragu et Cécile Vincent-Cassy (dir.), « La dame de cœur ». Patronage et mécénat religieux des femmes de pouvoir dans l’Europe des xive-xviie siècles, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2018, p. 37‑49.
63AN, KK44, fol. 9v.
64Avec quelques exceptions : l’abbaye Notre-Dame en l’Isle perçoit, elle, le versement des amendes ordonnées en échange des rémissions.
65AMT, Boutiot, BB1, 2e liasse, 13.
66AMT, Delion, layette 68, 5.
67La chronique d’Enguerran de Monstrelet, op. cit., t. 3, p. 2-19.
68AMT, Boutiot, B10.
69AMT, Boutiot, B10, fol. 25v.
70ADA, 6 G 6, fol. 47 : en août 1419, dans la même entrée sont cités le logement du roi dans son hôtel troyen et le souci de la peste signalée aux environs de la ville.
71AMT, Boutiot, B10, fol. 35.
72AMT, Boutiot, AA14, 1re liasse, 9.
73Ce qui fait relativiser les inconvénients que représente la présence de la cour pour Paris, inconvénients développés dans P. Stabel, « For Mutual Benefit? », art. cité, p. 101-117.
74Ibid., p. 1480 à 1482 et 1559.
75M. Mollat du Jourdin, R. Favreau et R. Fawtier (dir.), Comptes généraux de l’État bourguignon, op. cit., t. 1, no 1334.
76Sur ces changements d’officiers lors de la guerre civile, voir A. Demurger, « Guerre civile et changement du personnel », art. cité.
77M. Mollat du Jourdin, R. Favreau et R. Fawtier (dir.), Comptes généraux de l’État bourguignon, op. cit., t. 1, no 1287.
78B. A. Pocquet du Haut-Jussé, La France gouvernée par Jean sans Peur, op. cit., nos 1021 à 1024.
79AMT, Boutiot, F21, F22, F33 et F42.
80AMT, Boutiot, B10, fol. 38, 39 et 42v.
81AMT, Boutiot, BB8, 1re liasse, 11.
82AMT, Boutiot, AA29, 3e liasse, 35.
83On craint dans la ville une victoire des Armagnacs, comme les habitants s’en plaignent dans un mémoire : « Item que lesdis ennemis ont par pluseurs fois publié et fait publier oudit païs que le dalphin, leur maistre, venroit assieger a toute puissance icelle ville et la metteroit en tel estat que l’en diroit : “ycy fut Troyes” », « mémoire sur les moulins neufs » de 1425, AMT, Boutiot, AA29, 3e liasse, 29. Des mesures sont mises en place pour rechercher les soutiens armagnacs. Auguste Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, Paris, Veuve J. Renouard, 1862-1865, t. 1, p. 237.
84Sylvestre le Cheriat qui, en 1425, prend à bail les monnaies d’or et d’argent de Troyes a dirigé l’atelier monétaire d’Auxerre entre juin 1425 et juillet 1425 ; Monseigneur l’abbé Garnier, « La monnaie de Troyes », art. cité, p. 275.
85Édouard Maugis, Recherches sur les transformations du régime politique et social de la ville d’Amiens des origines de la commune à la fin du xvie siècle, Paris, A. Picard et fils, 1906, p. 190.
86B. A. Pocquet du Haut-Jussé, La France gouvernée par Jean sans Peur, op. cit., p. 1591.
87Ibid., p. 1598.
88Ibid., no 306.
89Cléo Rager, « Les premiers registres de délibérations municipales tenus dans les villes champenoises : enjeux politiques et innovations documentaires (xve siècle) », Médiévales, 76, 2019, p. 93-112.
90AMT, Boutiot, AA29, 3e liasse, 29, « Mémoire sur les moulins neufs » de 1425.
91Henry V a en a exempté les chanoines de Saint-Pierre le 20 octobre 1425, ADA, G 3449, 5. Sur l’histoire des différents moulins et ouvrages hydrauliques sur la Seine, voir Amédée Chaumonnot, Études sur la dérivation de Troyes, Troyes, Dufour-Bouquot, 1868.
92AMT, Delion, layette 41, 4.
93É. Maugis, Recherches sur les transformations, op. cit., p. 190.
94B. Chevalier, Tours, ville royale, op. cit., p. 88.
95AM de Châlons, BB37, no 6.
96AN, X1C 85B, pièce 266, citée par Claude Gauvard, « Les humanistes et la justice sous le règne de Charles VI », dans Monique Ornato et Nicole Pons (dir.), Pratiques de la culture écrite en France au xve siècle. Hommages à Gilbert Ouy, Turnhout, Brepols, 1995, p. 217-244, p. 222.
97AMT, Boutiot, AA2, 4e liasse, 5.
98Journal de Nicolas de Baye, op. cit., 1885, t. 1, p. 335, cité par Cl. Gauvard, « Les humanistes et la justice », art. cité, p. 222.
99« Le résultat est clair : au Parlement comme au Châtelet, mais aussi dans les justices seigneuriales parisiennes, le besoin se fait sentir de tenir de mieux en mieux les registres judiciaires. Un souci d’exhaustivité et de rationalité anime dès lors les rédacteurs », Cl. Gauvard, De grace especial, op. cit., p. 43‑44.
100AMT, Boutiot, AA29, 3e liasse, 29. Pour les détails de ce procès, voir Fr. Bibolet, « Guerre de Cent Ans », art. cité, p. 15-16.
101G. Small, « Municipal Registers of Deliberations », art. cité, p. 43. À ce sujet, voir également Pierre Cockshaw, Le personnel de la chancellerie de Bourgogne-Flandre sous les ducs de Bourgogne de la Maison de Valois : 1384-1477, Kortrijk-Heule, UGA, 1982, p. 189‑191 et Ernest Champeaux, Les ordonnances des ducs de Bourgogne sur l’administration de la justice du duché : avec une introduction sur les origines du parlement de Bourgogne, Paris, Picard fils, 1908, p. 233.
102Et dans d’autres institutions. Pensons à l’ordonnance du Viviers-en-Brie de 1320 sur la Chambre des comptes du roi de France : « 3. Item, un tiers pour tenir un livre que on appellera “Journal” lequel nous voulons dés maintenant avoir en ladite chambre, ouquel registre, nous voulons que toutes choses qui y seront faites soient enregistrees, chacun jour, par lequel livre on puisse sçavoir toutes choses qui fait y seront, dont il convient avoir mémoire […]. » Élisabeth Lalou, « La Chambre des comptes du roi de France », dans Philippe Contamine et Olivier Mattéoni (éd.), Les chambres des comptes en France aux xive et xve siècles, Paris, CHEFF, 1998, p. 1-18.
103À ce sujet, je me permets de renvoyer à Cléo Rager, « Qu’est-ce qu’un registre de délibérations municipal dans la moitié nord de la France ? Éléments pour une typologie », dans François Otchakovsky-Laurens et Laure Verdon (dir.), La voix des assemblées. Quelle démocratie urbaine au regard des registres de délibérations ? Méditerranée-Europe, xiiie-xviiie siècle, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 2021, p. 35-49. Le terme le plus souvent et le plus précocement employé dans les incipit de registres de délibérations municipaux est celui de « papier », calqué sur le mot latin papirus au sens général de journal ou de livre de papier ; la majeure partie des manuscrits qui sont qualifiés de « registre » dans leur incipit sont produits au xve siècle.
104AMT, Delion, layette 2, liasse 7, 2, je souligne. Sur ce type de documents et sur les enjeux de la fin de la guerre de Cent Ans pour Charles VII, voir Claude Gauvard, « Pardonner et oublier après la guerre de Cent Ans. Le rôle des lettres d’abolition de la chancellerie royale française », dans Reiner Marcowitz et Werner Paravicini (dir.), Vergeben und Vergessen? Pardonner et oublier ?, Munich, R. Oldenbourg, 2009, t. 94, p. 27-55.
105L’expression est de Claude Gauvard, dans ibid., p. 27. Comme elle l’écrit aussi à propos des lettres de rémission, « la paix et le pardon sont étroitement imbriqués », Cl. Gauvard, De Grace especial, op. cit., p. 528. Sur l’importance de l’oubli et de la rémission dans les rituels de paix, voir N. Offenstadt, Faire la paix au Moyen Âge, op. cit., p. 50-56.
106Ph. Contamine, Charles VII, op. cit., p. 203.
107André Bossuat, « Le règlement des confiscations sous le règne de Charles VII », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles lettres, 91/1, 1947, p. 6-16 ; André Bossuat, « Le rétablissement de la paix sociale sous le règne de Charles VII », Le Moyen Âge, 60/1-2, 1954, p. 137-152.
108Cette partie reprend ici une idée présentée et approfondie dans Cléo Rager, « Entre Bourguignons et Armagnacs, communauté urbaine et fidélités politiques (Troyes, 1429-1433) », Questes. Revue pluridisciplinaire d’études médiévales, 32, 2016, p. 123-138 et surtout dans Id., « “Recongnoissant leur seigneur souverain et naturel” : élites troyennes et fidélité royale à la fin de la guerre de Cent Ans », Revue historique, 699, 2021, p. 765-790.
109Sur l’importance du serment dans les villes au bas Moyen Âge, voir les contributions au no 39 de la revue Histoire urbaine parue en 2014, consacrée à ce thème. O. Richard montre comment la pratique du serment, loin d’être une pratique vieillie à la fin du Moyen Âge, est renouvelée par le recours à l’écrit : Olivier Richard, « Le serment comme technique de gouvernement dans les villes du Rhin supérieur à la fin du Moyen Âge », dans Gouverner les hommes, gouverner les âmes. XLVe congrès de la SHMESP (Montpellier, 28-31 mai 2015), Paris, Publications de la Sorbonne, 2016, p. 199-210. Le serment est à la base de l’autonomie politique des villes et plus généralement, pour reprendre Bernard Guenée, le « fondement de l’ordre social » : Bernard Guenée, « Non perjurabis. Serment et parjure en France sous Charles VI », Journal des savants, 3/1, 1989, p. 241-257. Voir aussi Nicolas Offenstadt, « Guerre civile et espace public à la fin du Moyen Âge. La lutte des Armagnacs et des Bourguignons », dans Laurent Bourquin et Philippe Hamon (dir.), La politisation. Conflits et construction du politique depuis le Moyen Âge, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010, p. 111-129.
110Nicolas Camusat, Meslanges historiques ou recueil de plusieurs actes, traictez, lettres missives, et autres mémoires qui peuvent servir en la déduction de l’histoire, Troyes, N. Moreau, 1619, p. 214-216. Je souligne.
111Ibid.
112ORF, t. 13, p. 158.
113Il s’agit de récompenser l’attitude méritoire de Troyes mais aussi de punir les autres villes possédant auparavant ce privilège : « Ains pour consideracion des desloyautez et autres manieres qu’ont tenues et tiennent envers nous les habitans d’icelle ville de Paris, de Rouen et autres… », AMT, Delion, layette 2, liasse 7, 1. Copie comportant quelques différences dans le cartulaire : AMT, Delion, layette 1, 1, fol. 20v-21.
114Ceci est décrit par B. Léthenet, « Comme l’on se doit gouverner », op. cit., p. 666 et suiv. Le déroulement du siège devant Troyes et de l’entrée de Charles VII dans la ville font l’objet de versions contradictoires. Le 4 juillet, les Troyens écrivent aux Rémois que la lettre de Jeanne la Pucelle leur enjoignant d’ouvrir les portes de la ville « n’a ni rime ni raison » et qu’elle-même n’est qu’une « cocarde », une « folle pleine du diable », Archives administratives de la ville de Reims, éd. par Pierre Varin, Paris, Imprimerie de Crapelet, 1839, t. 1, p. 596 et Ph. Contamine, Charles VII, op. cit., p. 191. Il est certain que ceux qui vinrent au-devant du roi ne furent pas très nombreux et appartiennent à l’élite de la ville ; le récit de frère Richard évoque « l’evesque avecques aucunes gens de bien, tant de guerre comme citoyens », « Journal du siège d’Orléans et du voyage de Reims », dans Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d’Arc, éd. par Jules Quicherat, Paris, Jules Renouard, 1847, t. 4, p. 183. Les témoignages du procès disent la prédominance de la peur : Simon Charles, président à la Chambre des comptes interrogé à Paris en mai 1458, raconte comment, devant les préparatifs du siège entrepris par Jeanne d’Arc, « les habitants de Troyes, craignant l’assaut, envoyèrent au roi pour négocier leur composition », Procès en nullité de la condamnation de Jeanne d’Arc, éd. par Pierre Duparc, Paris, C. Klincksieck, 1977, t. 1, p. 399-402. Dunois ne dit pas autre chose : Jeanne d’Arc « travailla si bien cette nuit-là que le lendemain l’évêque et les citoyens de la cité firent leur obéissance au roi, frémissants et tremblants », ibid., t. 1, p. 316-325. Je souligne.
115« Journal du siège d’Orléans », art. cité, t. 4, p. 253.
116AMT, Boutiot, BB1, 2e liasse, 54.
117Comme l’écrit Théophile Boutiot à propos de Troyes : « Le chapitre que nous achevons a montré les habitants de Troyes attachés à leur roi. Ils ne subirent dans leurs murs le pouvoir étranger que parce que la ruse et la fourberie les avaient placés sous le joug des ennemis de la France et de leur naturel et souverain seigneur. […] Aussitôt que les circonstances le permirent, les Troyens répudièrent une autorité que la contrainte seule avait pu leur faire subir », dans Théophile Boutiot, Guerre des Anglais, 1429-1435. Un chapitre de l’histoire de Troyes, Paris, Techener, 1861, p. 64.
118AMT, Boutiot, B11, fol. 58v et E8, fol. 2.
119A. Demurger, « Guerre civile et changement du personnel », art. cité.
120G. Dupont-Ferrier, Gallia regia, op. cit., t. 6, p. 66, no 22 524. Guillaume Bellier a ainsi le parcours exemplaire d’un fidèle du dauphin. Le lieutenant, lui, ne change pas : il s’agit toujours de Pierre Le Tartrier, pourtant omniprésent dans les affaires bourguignonnes.
121Gaston du Fresne de Beaucourt, Histoire de Charles VII, Paris, A. Picard, 1881, t. 2, p. 35.
122AMT, Boutiot, AA7, 3e liasse, 2.
123G. Dupont-Ferrier, Gallia regia, op. cit., t. 6, p. 95, no 22 735.
124AMT, Delion, layette 1, 1, no 55, fol. 83.
125AMT, Boutiot, F55, fol. 1 et BB8, 1re liasse, 1, fol. 4v.
126AMT, Boutiot, A1, fol. 53 ; la justice de la ville est détenue par le bailli qui la délègue à son lieutenant le 16 octobre 1429, ibid., fol. 8v. Ce registre est édité dans Le plus ancien registre des délibérations du conseil de ville de Troyes (1429-1433), éd. par Alphonse Roserot, Troyes, L. Lacroix, 1886.
127AMT, Boutiot, A1, fol. 105.
128Registre de délibérations du conseil de ville de Reims, éd. par Sylvette Guilbert, Reims, Travaux de l’académie nationale de Reims, 1993.
129B. Chevalier, Tours, ville royale, op. cit., p. 91‑92. C’est sans doute le même Guillaume Bellier, bailli de Troyes à partir de 1429, qui joue un rôle favorable au dauphin en Touraine, notamment à Chinon, dans la décennie 1420.
130É. Maugis, Recherches sur les transformations, op. cit., p. 190‑191.
131K. Weidenfeld, Les origines médiévales du contentieux administratif, op. cit., p. 42. La présence d’officiers royaux lors des conseils de ville fait même l’objet d’une législation spécifique par Charles VI à Toulouse en 1389. Albert Rigaudière, « Réglementation urbaine et “législation d’État” dans les villes du Midi français aux xiiie et xive siècles », dans Id., Gouverner la ville, op. cit., p. 113-165, ici p. 141.
132AMT, A1, fol. 53.
133AMT, Boutiot, AA3, 9e liasse, 1, 2 septembre 1431.
134C’est avant tout sur le mode de l’entraide et de la coopération pour parer aux difficultés de la guerre que F. Bibolet envisage ce rapport. Fr. Bibolet, « Les fonctionnaires royaux », art. cité.
135Ici encore, l’intérêt pour les familles dominant la ville à entretenir de bonnes relations avec la monarchie, tant pour leur commerce que pour leur prestige et leur autorité locale, se retrouve dans de nombreux contextes urbains, comme on le voit à Paris au xive siècle : Boris Bove, Dominer la ville. Prévôts des marchands et échevins parisiens de 1260 à 1350, Paris, Éditions du CTHS, 2004.
136Comparaison du feuillet de délibération de 1425 (AMT, Boutiot, AA7, 1re liasse, 1), avec les listes du premier registre de délibérations municipal troyen (AMT, Boutiot, A1).
137Sur l’étude et la signification de ces listes de noms, voir Christian D. Liddy, « Who decides? Urban councils and consensus in the late Middle Ages », Social History, 46/4, 2021, p. 406-434.
138La médiane est à 21.
139Fr. Bibolet, Les institutions municipales à Troyes, op. cit., p. 160.
140La rémunération peu élevée de certaines charges municipales est une des explications de la sociologie des conseillers et contribue à leur réputation ; ils doivent être suffisamment riches pour pouvoir exercer une activité sans rémunération, ainsi que l’explique Pierre Le Tartrier, le lieutenant du bailli en 1429, se défendant après la réception d’une lettre anonyme calomnieuse : « [Il] se complaigny disant que jasoit ce qu’il feust natif de ceste cité et que par tout son temps, et mesmement des son jeusne aaige qu’il vint d’Orleans, il s’est emploié au service de la ville et a fait plusieurs voiaiges et vacquacions pour ycelle et pour la chose publique senz en avoir eu remuneration ne quelconque paiement, et si avoit comme lieutenant dudit monseigneur le bailli, presidé et assisté a tous les consaulx qui pour le fait de la ville et de la chose publique s’estoit tenus, et y avoit diligemment vaqué, senz pour ce avoir aucuns gaiges ne aucuns paiement ou satiffacion », AMT, Boutiot, A1, fol. 127v-128. Cette description n’est d’ailleurs pas tout à fait juste : dans les archives de la ville, on trouve de nombreux certificats de paiements qui lui sont faits par la ville en dédommagement de ses missions. À la maladrerie des Deux-Eaux, il touche par exemple des gages de 40 livres par an en 1409-1410 (AMT, Boutiot, E2ter). Lors d’une mission comme messager auprès du roi en mai 1408, il est indemnisé 20 sous par jour (AA2, 4e liasse, 1).
141Françoise Bibolet, « Réunions du conseil de ville de Troyes aux xive et xve siècles », Mémoires de la Société académique de l’Aube, 101, 1946-1953, p. 31-41, ici p. 34.
142AMT, Boutiot, AA61, 1re liasse, 6.
143Fr. Bibolet, Les institutions municipales à Troyes, op. cit., p. 164.
144AMT, Delion, layette 2, liasse 7, 2.
145AMT, Boutiot, B9 et E2bis à E5.
146ADA, 6 G 6, fol. 17.
147Alphonse Roserot, Dictionnaire historique de la Champagne méridionale des origines à 1790, Langres-Troyes, Imprimerie champenoise, 1942, t. 4, p. 1531.
148AMT, Boutiot, AA14, liasse 14.
149ADA, G 287 et G 2744.
150AMT, Boutiot, F48, 66 fol. : « Livre de la taille 1633 livres 16 sous 10 deniers receue par Jehan Paaillon et Nicolas de Chaumont l’an de grace 1435 ». Une mention est ajoutée sur la couverture : « pour la paix d’entre le roy et monseigneur de Bourgogne ». Pour une étude plus détaillée de la sociologie des présents au conseil à partir de ce registre de taille, voir C. Rager, « “Recongnoissant leur seigneur souverain” », art. cité.
151Élisabeth Crouzet-Pavan, « Les élites urbaines : aperçus problématiques (France, Angleterre, Italie) », dans Les élites urbaines au Moyen Âge. XXVIIe congrès de la SHMES (Rome, mai 1996), Paris, Publications de la Sorbonne, 1997, p. 9‑28, p. 15 : « d’une ville à l’autre, tous les patriciens participent au commerce des produits alimentaires, des grains, du vin, tous sont engagés dans de fructueuses opérations financières. […] Tous ont acquis des biens immobiliers et fonciers ».
152Sur ce personnage, voir Christelle Walravens, L’officialité épiscopale de Troyes à la fin du Moyen Âge (1390-1500), thèse de l’École des chartes, 1995, t. 1, p. 53 ; S. Legendre, Fasti Ecclesiae Gallicanae, op. cit., p. 185-195 ainsi que les travaux récents d’Aurélie Gauthier sur les évêques de Troyes à la fin du Moyen Âge.
153Il est d’ailleurs le seul Troyen à être nommé par Thomas Basin racontant l’entrée de Charles VII dans la ville, Thomas Basin, Histoire des règnes de Charles VII et de Louis XII, éd. par Jules Quicherat, Paris, Société de l’histoire de France, 1855, t. 1, p. 75.
154Il fait saisir ses possessions parisiennes. Chr. Walravens, L’officialité épiscopale de Troyes, op. cit., p. 54.
155Arnaud Baudin, « Les sceaux des évêques de Troyes au Moyen Âge. Regards sur quelques pratiques diplomatiques et iconographiques », Mémoires de la Société académique du département de l’Aube, 140, 2016, p. 453-512, ici p. 468-49 et Id., « Les sceaux de Jean Léguisé, évêque de Troyes (1426-1450) », dans A. Baudin et V. Toureille (dir.), Troyes 1420, op. cit., p. 174-175.
156Dans le récit (postérieur) du « greffier » de La Rochelle, il apparaît comme le principal acteur du revirement des Troyens : « Et le lendemain l’evesque de ladite ville vint devers le Roy lui faire la reverance et pour excuser ceux de ladite ville en disant qu’il ne tenoit pas à eux que le Roy n’y avoit entré à son plaisir […] ; mais qu’il luy plust avoir patience jusques à ce que ledit evesque eust parlé à ceux de la ville, et qu’il esperoit, sitost qu’il auroit parlé à eux, qu’ils feroyent ouverture et donneroyent toutte obeissance en manière que le Roy seroit bien content d’eux. Dont le Roy fut d’accord : et lors ledit evesque retourna en la ville et remonstra à ceux de dedans comment le Roy leur souverain seigneur estoit en personne devant la ville, […] et qu’il estoit d’opinion et leur conseilloit qu’ils luy allassent faire ouverture et lui faire et donner toutte obeissance, ainsy que raison estoit et qu’ils y estoyent tenus », Jules Quicherat, « Relation inédite sur Jeanne d’Arc », Revue historique, 4, 1877, p. 327-344, ici p. 342
157M.-C. Bertiaux, Les résidences des évêques de Troyes, op. cit., p. 81‑82.
158AMT, Boutiot, A1, fol. 35.
159Henri d’Arbois de Jubainville, Voyage paléographique dans le département de l’Aube, Troyes, Bouquot, 1855, p. 142. Les courriers destinés à la ville peuvent lui être directement adressés : AMT, Boutiot, A1, fol. 151.
160AMT, Boutiot, A1, fol. 8v.
161AMT, Boutiot, A1, fol. 150 puis 153v et 156v.
162AMT, Boutiot, A1, fol. 52.
163Plus connu sous le nom de Jean Juvénal des Ursins, il apparaît dans les sources troyennes sous le nom de Jouvenel, comme ceux de sa famille.
164Les habitants lui présentent des dons, AMT, Boutiot, B8.
165François du Chesne, Histoire des chanceliers et gardes des sceaux de France, Paris, chez l’auteur, 1680, p. 493.
166En 1418, il doit 10 sous mais est mentionné comme « non solvit », AMT, Boutiot, F21, quartier de Comporté. En 1427, il est taxé à 20 sous alors que l’impôt le plus élevé est de 4 livres 10 sous, F40. Mais il habite le luxueux hôtel de Chaumont, peut-être en remerciement de sa fidélité au duc de Bourgogne.
167J. B. Courcelles, Dictionnaire universel de la noblesse de France, op. cit., p. 304.
168À Reims, par exemple : Julien Briand, « Foi, politique et information en Champagne au xve siècle », Revue historique, 653, 2010, p. 59-97.
169AMT, Boutiot, A1, fol. 129v. Déjà en juin 1432, la ville lui a donné une chappe et une aumône « en recongnoissance [des] excellantes, bonnes et saintes predicacions que ledit religieux a pluseurs fois faictes », AMT, Boutiot, AA3, 11e liasse, 1.
170AMT, Boutiot, A1, fol. 46.
171Les secours de la religion sont utilisés depuis les débuts de la guerre de Cent Ans, et dès 1338, Philippe VI demande à l’évêque de Nîmes d’intégrer dans les messes des oraisons spécifiques pour la paix et la défense du royaume. Philippe Contamine, Guerre, État et société à la fin du Moyen Âge. Étude sur les armées des rois de France, 1337-1494, Paris, Éditions de l’EHESS, 2004 [éd. orig. 1972], p. 4.
172AMT, Boutiot, A1, fol. 48v.
173AMT, Boutiot, A1, fol. 68 et 50v.
174AMT, Boutiot, A1, fol. 54v, ou encore le 15 septembre 1433, fol. 158v : « a esté ordonné que chacun porte la croix droitte pour ensaigne ». Symbole du parti du roi, elle est le pendant de la croix de saint André adoptée par les Bourguignons.
175Sur la « guerre des signes », voir Simona Slanička, Krieg der Zeichen. Die visuelle Politik Johanns ohne Furcht und der armagnakisch-burgundische Bürgerkrieg, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2002 ; sur l’usage de signes distinctifs par les Armagnacs et Bourguignons, voir Nicolas Offenstadt, « Armagnacs et Bourguignons. L’affreuse discorde », dans Christopher Allmand (dir.), La guerre de Cent Ans. L’Angleterre et la France en guerre, 1300-1450, Paris, Payot, 2013, p. 120 et Id., « Guerre civile et espace public », art. cité, p. 111-129.
176AMT, Boutiot, A1, fol. 152v.
177AMT, Boutiot, A1, fol. 18v ; voir aussi fol. 8-8v, 18 et 95.
178AMT, Boutiot, A1, fol. 6v.
179AMT, Boutiot, A1, fol. 29-29v.
180Par exemple AMT, Boutiot, A1, fol. 21, mai 1430 : « Item des pilleries, appatissements, entreprinses et roberies que font les gens de guerre souffrir aux povres subgez du roy […] ». Aussi au fol. 27, février 1431 : « les povres subgez du roy » volés par les larrons.
181AMT, Delion, layette 1, 1, fol. 82v-83.
182Seules les ventes de ces marchandises réalisées à Troyes « par gens autres que de ladite ville » sont taxées.
183AMT, Delion, layette 51, 1re liasse, 19. Et cela alors même que les approvisionnements en viande de boucherie se raréfient avec la guerre : en avril 1431, le conseil mène l’enquête pour connaître le nombre de vaches à Troyes. En juin 1432, il se préoccupe des maladies liées à la consommation de viande de chat, devenue fréquente dans la ville.
184AMT, Delion, layette 2, 7e liasse, 1 et layette 1, 1, fol. 20v-21.
185Théophile Boutiot, Notice sur la navigation de la Seine et de la Barse, Troyes, Bouquot, 1856, p. 10.
186AMT, Delion, layette 2, 9e liasse, 1.
187Brice Collet, « L’approvisionnement en pierres des chantiers troyens de fortification au début du xvie siècle », dans Gilles Blieck et al. (dir.), Les enceintes urbaines (xiii-xvie siècle), Paris, Éditions du CTHS, 2004, p. 165-180.
188AMT, Boutiot, AA38, 2e liasse, 4.
189On trouve une unique mention de Jacquinot de Premierfait dans le registre de délibérations municipal, à la date du 16 octobre 1432 : AMT, Boutiot, A1, fol. 109.
190AMT, Boutiot, AA1, 3e liasse, 7.
191AMT, Delion, layette 1, 1, fol. 83.
192AMT, Boutiot, AA1, 3e liasse, 7.
193Sur la rumeur et son importance dans la politique des gouvernants, voir Claude Gauvard, « Rumeurs et stéréotypes à la fin du Moyen Âge », dans La circulation des nouvelles à la fin du Moyen Âge. XIVe congrès de la SHMES (Avignon, 1993), Paris, Publications de la Sorbonne, 1994, p. 157-177. Voir aussi X. Nadrigny, Information et opinion publique, op. cit., p. 157-197, ou encore l’étude que donne Benoît Léthenet des formes que prennent les rumeurs à Mâcon, pendant la guerre civile, dans Benoît Léthenet, Espions et pratiques du renseignement. Les élites mâconnaises au début du xve siècle, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2019, p. 128-141. La rumeur peut aussi être un moyen de gouvernement, comme le montre Élodie Lecuppre-Desjardin, Le royaume inachevé des ducs de Bourgogne (xive-xve siècles), Paris, Belin, 2016, p. 44-45.
194AMT, Boutiot, A1, fol. 1v-2.
195AMT, Boutiot, F45, fol. 8.
196AMT, Boutiot, BB1, 2e liasse, 66.
197AMT, Boutiot, B11, fol. 16v : levée d’amendes pour « certain reffuz et deffaulx par luy faiz a aller aux corvuees qui se sont faictes en ceste annee ». Je n’ai pas trouvé de trace de situation similaire dans les comptes des autres années.
198AMT, Boutiot, A1, fol. 54v. Fr. Bibolet, « Guerre de Cent Ans », art. cité, p. 17.
199AMT, Boutiot, A1, fol. 45.
200AMT, Boutiot, A1, fol. 48v.
201Ibid., fol. 60.
202Quartier où l’on trouve nombre de manœuvres, d’hommes de bras et de clercs, souvent favorables au parti anglo-bourguignon, selon Fr. Bibolet, « Les métiers à Troyes », art. cité, p. 116.
203AMT, Boutiot, A1, fol. 64.
204AMT, Boutiot, A1, fol. 75v-76.
205AMT, Boutiot, A1, fol. 128.
206AMT, Boutiot, AA1, 3e liasse, 7, 8 avril 1483.
207AMT, Boutiot, A1, fol. 18-19.
208Al. Roserot, Dictionnaire historique, op. cit., t. 1, p. 181‑182.
209AMT, Boutiot, A1, fol. 29-29v.
210C. Rager, « Les premiers registres de délibérations municipales », art. cité.
211Christelle Walravens, « Insultes, blasphèmes ou hérésie ? Un procès à l’officialité épiscopale de Troyes en 1445 », Bibliothèque de l’École des chartes, 154, 1996, p. 485-507, ici p. 486.
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