Une translation de relique au sein du même sanctuaire : Théodora de Thessalonique
p. 319-332
Texte intégral
1Le 29 août 892, dans le monastère Saint-Étienne de Thessalonique, alors dirigé par l’abbesse Théopistè1, s’éteint le rejeton d’une des plus importantes familles aristocratiques de la ville, Théodora2. Elle était la mère de Théopistè. L’un de ses parents, Antoine, avait été métropolite de Dyrrachion3 ; il avait été privé de son siège et envoyé en exil comme iconodoule après 815. Théodora s’était retirée dans le monastère Saint-Étienne dont l’abbesse était sa parente en 837, époque à laquelle sa fille Théopistè était religieuse dans un autre monastère de la ville, Saint-Luc, régi par une autre parente de Théodora.
2Tout ce que nous savons de Théodora vient de sa Vita et de la Translation de sa relique4, écrites par un jeune prêtre, Grégoire5. Les deux textes (Bibliotheca Hagiographica Græca [par la suite : BHG] 1737 et 1739), tels qu’ils se présentent aujourd’hui, sont suivis de miracles. La translation est connue dans un manuscrit du xive siècle, qui contient une réécriture abrégée de la Vie (BHG 1738) ; elle peut donc avoir fait l’objet d’un remaniement, mais, si c’est le cas, celui-ci reste léger et n’altère pas le texte ; la Vie d’origine (BHG 1737) est conservée dans un manuscrit du xiie siècle qui semble être très proche de l’original. Cependant, il est certain que la Vie et la Translation ont été écrites par le même auteur au même moment, puisqu’il se cite lui-même dans les deux textes. Dans le dernier chapitre de la Translation, Grégoire, « le dernier des clercs », explique qu’il écrit « dans la deuxième année de son [de Théodora] départ vers Dieu ». Dans le chapitre introductif de la Vie, il dit déjà qu’il a écrit pour la commémoration annuelle de la sainte, morte le 29 août 892. On peut imaginer qu’il a écrit la Vie pour le 29 août 893. Mais, comme la translation a eu lieu le 3 août 893, il est plus probable qu’il ait écrit les deux textes pour le 29 août 894. Quoi qu’il en soit, le second texte, c’est-à-dire la Translation, était très important, car cette opération était un objet de conflit, comme nous allons le voir.
3Auparavant, il convient de présenter ce que nous pouvons raisonnablement savoir de Théodora d’après sa Vita et donc ce que veut bien nous rapporter Grégoire. Nous devons partir de sa mort. L’hagiographe date celle-ci avec une précision absolue : an du monde 6400, dans sa quatre-vingtième année, dans la sixième année du règne de Léon et Alexandre, dont le 29 août est précisément le dernier jour6 ; il n’y manque que l’indiction ! Elle serait donc née, si la quatre-vingtième année n’est pas un compte rond fautif ou légendaire, entre le 30 août 812 et le 29 du même mois 813. Ses parents l’ont prénommée Agapè (amour). Son père, Antoine7, était alors prôtopresbytéros de l’évêché tout à fait secondaire d’Égine. Dans les évêchés de second ordre, contrairement aux grandes métropoles, les prôtopresbytéroi venaient en général de l’humble clergé local8. Comme Théodora va s’avérer être liée à l’aristocratie de Thessalonique, il est raisonnable de penser que ce lien lui vient de sa mère, appelée Chrysanthè (PMBZ 1148), fleur d’or9. Comme nous l’avons fait remarquer dans une publication précédente10, et pour suivre les observations de Marie-France Auzépy à propos de la famille de Philarète le Miséricordieux, les familles iconoclastes avaient l’habitude de donner des noms de fleurs à leurs filles pour éviter les saints11. Chrysanthè meurt immédiatement après la naissance d’Agapè12, donc en 812-813. Agapè avait un frère diacre (PMBZ 549A) et une sœur (PMBZ 549B) morte jeune et moniale13, évidemment nés avant elle et, pour le frère, assez nettement avant. Chrysanthè devait donc avoir juste pas loin de trente ans à sa mort. Elle était donc née vers 780. Ses propres parents vivaient alors dans un empire iconoclaste et suffisamment convaincus pour donner un tel prénom : ainsi, nous pensons que Chrysanthè provient d’une famille iconoclaste. Au reste, pour qu’ils demeurent en exil après 787, ils devaient être au moins soupçonnés d’iconoclasme. C’est pourquoi ils durent se résoudre pour Agapè à un mariage modeste14.
4Reprenons l’histoire de celle-ci. Grégoire dispose de peu d’informations. Fiancée à l’âge minimum légal (7 ans, en 819) à un jeune homme supposé être de famille illustre (περιφανής)15, mais dont nous ne savons rien, elle aura légalement attendu ses 12 ans pour se marier (824). Bien qu’il joue un rôle important par la suite et jusqu’à sa mort en 837, nous ignorons jusqu’au prénom de son mari. La conquête de la Crète par les Arabes en 826-827 expose Égine à la piraterie. Le frère d’Agapè est tué. Son père et son mari décident de fuir à Thessalonique. À ce stade, Agapè n’a pas encore d’enfants. Quand ils arrivent à Thessalonique, ils sont remplis d’admiration pour la situation de la ville et la tranquillité de la vie qu’on y mène ; protégée par saint Dèmètrios, elle semble imprenable16. Grégoire fait ainsi au passage l’éloge de sa ville, dans des termes d’autant plus remarquables, au moins sur ce point, qu’il écrit exactement dix ans avant le sac par les Arabes de Léon de Tripoli (904) qui va prouver qu’elle est tout sauf imprenable.
5Vers 830 ou peu avant, Agapè et son mari arrivent donc à Thessalonique. Entre cette arrivée et la mort de son mari à 25 ans en 837, Agapè met au monde trois enfants. Les deux plus petits, dont nous ignorons le nom, meurent jeunes17. Les parents, submergés de douleur, décident d’offrir l’aînée, Théopistè18, à Dieu. Ils s’adressent à Catherine (PMBZ 148), parente (συγγενοῦς) de Théodora, abbesse du monastère Saint-Luc19. Agapè, quant à elle, entre au monastère Saint-Étienne après la mort de son mari et prend le nom monastique de Théodora. Peu de temps après, Théopistè sera transférée au monastère Saint-Étienne, rejoignant ainsi sa mère20. Rappelons que nous sommes alors sous le règne de l’iconoclaste Théophile. Pour dédouaner cette bonne famille du soupçon d’iconoclasme, l’hagiographe insère à cet endroit une véritable Vie d’Antoine, oncle de Théodora, métropolite de Dyrrachion déposé par Léon V. Lorsque l’orthodoxie est rétablie, donc en mars 843, Antoine, qui semble être un vieillard, est nommé archevêque de Thessalonique par un décret synodal (ψήφῳ συνοδικῇ). Il succède ainsi à Léon le Mathématicien (PMBZ 4440), déposé, mais pour peu de temps, car il meurt dès le 2 novembre 84321. La correspondance de Théodore Stoudite garantit l’historicité de l’exil d’Antoine, confesseur du second iconoclasme. Grégoire est gêné par cette situation. Il raconte que, si le monastère Saint-Luc de Thessalonique a pu survivre durant l’iconoclasme alors que ses moniales étaient « orthodoxes », donc iconodoules, et que l’abbesse était la propre sœur du confesseur Antoine, c’est vraisemblablement (τάχα) à cause de la petite taille du couvent, qui conduisit les « brûleurs d’images » à le traiter par le mépris22.
6Le choix d’Agapè pour Saint-Étienne vient de ce que l’abbesse est une de ses parentes, (αὐτῆς συγγένετις)23, Anne24. Celle-ci a quelques raisons de faire bon accueil à celle qu’elle qualifie de « mon sang et mon enfant »25 : elle offre 100 nomismata au monastère (ἑκατὸν ἐν χαράγματι χρυσοῦς)26. Anne propose à Agapè d’être novice, ce qui dure en principe trois ans ; Agapè refuse et nous avons vu qu’elle avait des arguments sonnants et trébuchants à faire valoir, que l’hagiographe cache derrière une menace purement spirituelle de responsabilité au jour du Jugement. Anne cède sans délai et fait venir le prêtre qui tonsure la nouvelle moniale désormais appelée Théodora27. Du coup, le monastère reçoit le reste de la fortune et les trois servantes de la nouvelle moniale. Quant à son père, si l’on en croit la Vie, il se fait ermite pour échapper aux iconoclastes, ce qui prouve que, vers 830, une politique iconoclaste active était menée à Thessalonique28 ; ceci n’empêche pas Agapè d’entrer dans un monastère tenu par une prétendue martyre des iconoclastes !
7La mère et la fille étant dans le même monastère, Théodora insiste auprès de l’abbesse pour que sa fille bénéficie d’avantages en matière de vêtements et de nourriture. L’abbesse la morigène. Théodora, arguant des liens indélébiles entre une mère et une fille, que donc elle ne peut cesser de vouloir pour celle-ci le meilleur, supplie en vain l’abbesse de transférer sa fille dans un autre monastère29. Anne refuse, mais Théodora et sa fille continuent à entretenir des liens étroits et à se parler30. Toutefois, l’abbesse finit par obtenir que la mère et la fille observent le même comportement l’une envers l’autre que les autres moniales, une situation qui va durer quinze ans, même quand Théodora fut atteinte d’une maladie qui mettait ses jours en danger31.
8En 868, quand Théodora est dans sa cinquante-sixième année, Anne étant devenue trop âgée pour diriger le monastère32, l’archevêque de Thessalonique Théodore33 et les deux archimandrites des monastères, Hilarion et Dorothée, décident de choisir Théopistè comme abbesse. « Et ainsi la fille de Théodora par la chair devint sa mère spirituelle34. »
9Avant de mourir, la sainte aurait fait connaître sa volonté d’être ensevelie dans l’église de son monastère, mais dans une sépulture différente de la sépulture commune des moniales, « annonçant par avance (προαγγέλουσα) le pouvoir d’accomplir des miracles que lui accorderait le Seigneur »35. Soucieux d’éviter la naissance d’un culte susceptible de concurrencer celui de Dèmètrios, vedette jusque-là incontestée de la sainteté thessalonicienne, le clergé, métropolite en tête, et les autres moines de la cité se sont opposés à cela. « D’une part, Théopistè, voulant exécuter les ordres de sa mère, souhaitait vivement qu’un nouveau tombeau soit construit séparément pour elle, mais les prêtres et les moines présents ont dit qu’il n’était pas juste qu’elle soit séparée de ses compagnes après sa mort. » Théodora a donc été déposée dans le tombeau commun des moniales. « Ainsi, ajoute l’hagiographe avant de passer aux miracles post mortem, l’opinion de la majorité prévalut36. » Notons que le premier des miracles bénéficie à un diacre malade de Saint-Dèmètrios : ami de la sainte, malade depuis neuf mois, il accourt pour assister aux funérailles, arrive à la fin de la cérémonie, dépose un baiser sur la sainte dépouille et se trouve aussitôt guéri ; nul doute que l’hagiographe ait ainsi voulu se concilier le clergé de la grande basilique. Deux autres personnes, des jeunes hommes, sont guéries de la même façon avant la mise au tombeau37. « Vers la sixième heure, des mains des prêtres et pères, la sainte fut glorieusement déposée dans le tombeau de ses compagnes moniales. Le jour où elle quitta son corps était le 29 août, 6400 ans après la création du monde (892) », datation corroborée par la chronologie résumée de sa vie, dont cinquante-cinq comme moniale, et par l’année de règne conjoint des empereurs Léon et Alexandre, sous l’archiépiscopat de Jean à Thessalonique38. Alors débutent véritablement les miracles post mortem, à commencer par l’huile de la lampe qui brille au-dessus du tombeau commun et qui ne s’éteint jamais sans qu’on ait à l’alimenter39. La liste en est relativement limitée dans la Vie écrite par Grégoire.
10Pour autant que l’on puisse s’appuyer sur le texte existant de la Translation, Grégoire a fait figurer parmi les destinataires les clercs et les moines de Thessalonique, précisément ceux qui ont refusé une sépulture séparée à Théodora : les miracles ont été écrits pour prouver qu’ils avaient tort et pour empêcher toute contre-attaque de la part du clergé et des moines en question. Or Grégoire déclare qu’il assistait à la translation à laquelle son père a participé. Si cela est vrai, et rien ne permet d’en douter, son récit est au moins partiellement fiable en ce qui concerne les événements.
11Dix mois après la mort de la sainte, à l’aube du 24 juin 893, « une des plaques de marbre recouvrant les reliques de la bienheureuse Théodora se brisa soudainement » en trois parties avec un grand bruit40 ; au même moment, une femme paralysée originaire de Beroia41, également muette et sourde, fut guérie. Quelques jours plus tard, les deux autres plaques se sont successivement brisées42 ; Théopistè, convaincue par ces événements, fait confectionner un sarcophage en marbre décoré à l’extérieur par diverses sculptures réalisées par un prêtre tailleur de pierre, avec un trou aux pieds pour que l’eau puisse s’écouler43. Comme un homme était arrivé avec une merveilleuse serrure, « ils décidèrent de placer une planche sur le sommet du sarcophage au lieu d’une plaque de pierre, en laissant une ouverture du côté de la tête », avec un couvercle qui pouvait être facilement soulevé44. Ce qui n’est pas dit, c’est l’endroit où le sarcophage a été déposé, mais il est évident, d’après le reste du récit, qu’il n’était pas loin de la tombe commune.
12Ainsi, tout est prêt pour une translation qui est évidemment contraire à la volonté du clergé de la ville. Ici, le récit se déroule de manière très subtile. Grégoire dit que tout est prêt et que « le jour de la translation arriva »45. Il ne dit rien de l’opinion de l’archevêque et de son clergé, mais seulement que « le chef des bergers de notre ville, le trois fois saint Jean, s’était rendu à la Reine des Cités avec tous les archevêques pour l’élection et l’installation du patriarche œcuménique Antoine »46. Ici, il faut lire le texte avec beaucoup d’attention. « Sept prêtres, qui étaient invités à transférer la dépouille du saint, sont arrivés sans fanfare après le coucher du soleil »47. La raison est en fait évidente : comme la translation se fait contre la volonté de l’archevêque et de la majorité du clergé, il est important que seul un petit nombre de personnes soit averti. La translation est clandestine ; moins il y aura de personnes impliquées, mieux ce sera. Dans d’autres circonstances, une procession aurait eu lieu. Selon Grégoire, « pendant environ trois nuits, tout le monde avait déjà veillé dans les endroits voisins, en attendant la translation du saint corps » ; il y a une contradiction évidente dans le texte, car Théopistè et son compagnon ont dû garder la translation secrète pour éviter que la partie du clergé de la ville restée à Thessalonique ne les empêche de procéder. Dès que les prêtres et un certain nombre de fidèles48, dont Grégoire qui accompagnait son père, furent entrés dans le monastère, les portes49 furent sécurisées. Cela permettait d’éviter à la fois l’entrée d’une foule et l’intervention du clergé archiépiscopal encore présent à Thessalonique.
13Ce que rapporte Grégoire est l’exact contraire d’une procession et d’une translation publique. Bien qu’il raconte que lui-même, encore jeune clerc, faisait partie des « nombreux fidèles » assistant à l’évènement, ces derniers devaient être aussi peu nombreux que possible. La suite du récit semble indiquer que seuls les religieuses et les sept prêtres étaient présents, peut-être accompagnés par des clercs de leur famille s’il y en avait : Grégoire est le fils de l’un des sept prêtres qui officient, Jean. Il est impossible de savoir si Grégoire était réellement présent, mais il donne tous les détails des opérations auxquelles il semble avoir assisté, même s’il peut écrire ce que son père lui a raconté. Pour éviter que le cadavre ne se disloque, les prêtres ont demandé un splendide linceul à Théopistè, qui les a convaincus que Théodora aurait préféré un linceul de laine, elle qui ne s’habillait que de haillons50. Comme on pouvait le deviner, le saint corps était resté intact. De ses vêtements funéraires, « seul le tissu du dos avait pourri à cause de l’écoulement des fluides intestinaux décomposés et de l’humidité de la terre »51 : les religieuses étaient enterrées sans cercueil. Mais « les vêtements à l’avant, sur les épaules et la poitrine, et jusqu’aux pieds, je veux dire le sticharion (aube), le koukoulion (capuchon) et son scapulaire, avaient tous été préservés jusqu’à ce moment »52. Même la corde qui maintenait ses mains le long de son corps était intacte. Les participants ont desserré le nœud, mais n’ont pas pu le défaire afin de prendre une eulogie (objet béni) pour servir de relique avec leurs doigts ; par conséquent, ils ont dû le couper avec un couteau pour le diviser. Notons que les prêtres se sont mis à quatre pour soulever le corps, le revêtir du linceul de laine et le déposer dans le sarcophage. Jean, père de Grégoire, tenait les pieds.
14Puis apparaît le myron. « Ce même jour, de l’huile parfumée a commencé à s’écouler par le trou susmentionné dans le sarcophage…, et elle a inondé toute l’église. Et Dieu a fait en sorte que jusqu’à ce jour, elle jaillisse en toute occasion par l’intercession de la bienheureuse [Théodora] pour nous guérir, corps et âme53. » Le myron qui jaillit des lampes illuminant un cercueil contenant des reliques ou une icône, ou d’une icône, est bien sûr fréquent dans l’hagiographie ; le myron s’écoulant du sarcophage, et donc du corps de la sainte est beaucoup plus rare et va valoir à Théodora l’épithète d’osiomyroblytidè, la sainte d’où s’écoule du saint myron. Ce qui est intéressant ici, c’est que cet épisode révèle ce qui n’est pas clairement expliqué dans le récit, comme cela a pu paraître évident à tout le monde : le sarcophage était conservé dans l’église elle-même, probablement près du sanctuaire, ad sanctos. Le récit du transfert suppose que le sarcophage fût placé près du tombeau commun des moniales. Ainsi, les deux, le tombeau commun et le sarcophage, étaient dans l’église, proches l’un de l’autre et proches du sanctuaire.
15Voici les faits, pour autant que l’on puisse croire Grégoire. Mais nous devons aller plus loin et essayer de trouver des explications à certaines questions qui en découlent. Comme nous l’avons déjà remarqué, le clergé de la ville s’est opposé à un enterrement séparé pour Théodora. Ce que la Vie raconte, que la sainte elle-même l’a demandé, ne peut être pris au pied de la lettre. C’est contraire à l’humilité de Théodora, qui est devenue la fille spirituelle de sa propre fille par la naissance, même si, comme tout saint, Théodora était censée prévoir le pouvoir de faire des miracles qui allait être accordé à ses reliques. Il faut rappeler ici que Théodora et sa fille Théopistè sont issues d’une grande famille aristocratique de Thessalonique, mais d’une famille qui a été principalement iconoclaste. C’est une raison supplémentaire pour le clergé officiel de surveiller le monastère de Théodora avec une attention particulière. L’archevêque ne voulait pas en perdre le contrôle, comme pour tout autre monastère. À cet égard, le conflit autour du cadavre de Théodora est somme toute banal. À la fin de la période iconoclaste, les monastères ont souligné à quel point la hiérarchie était impliquée dans ce qui est considéré depuis cette époque comme une hérésie majeure, en essayant d’échapper à l’autorité de l’évêque telle que définie à Chalcédoine en 451. Dans une ville aussi importante que Thessalonique, il était crucial d’éviter l’apparition d’un nouveau culte qui pourrait échapper au contrôle du clergé. Ainsi, l’opposition du clergé au développement d’un culte proprement monastique s’explique aisément.
16Mais le point de vue de la hiérarchie n’est pas isolé. Comme le note Grégoire, l’enterrement séparé est refusé non seulement par le clergé, mais aussi par les moines des autres monastères. On devine sans peine qu’il existe une rivalité entre les monastères de la ville et à quel point les autres moines redoutent la concurrence avec un nouveau sanctuaire à miracles qui pourrait détourner les pèlerins, et donc les aumônes, de leur propre institution. C’est le protectionnisme naturel des personnes en place envers les nouveaux venus.
17Un autre problème se pose alors : pourquoi sept prêtres (et aucun moine), un nombre trop symbolique pour être fiable, se sont-ils rebellés contre la majorité du clergé de la ville ? L’histoire de Grégoire ressemble à une conspiration. Alors que le clergé refuse la tombe séparée, Théopistè fait fabriquer un sarcophage dans son couvent ; bien que Grégoire ne donne pas cette précision, il est tout à fait clair qu’elle l’a fait en secret. Ainsi, dans son monastère, le sarcophage était prêt pour la translation, l’abbesse n’attendant qu’une occasion où elle pourrait désobéir avec succès aux ordres de l’archevêque, c’est-à-dire le moment où l’archevêque est tenu de se rendre à Constantinople pour assister au synode permanent. Et cela a marché.
18Ce que nous ignorons, c’est ce qui s’est passé lorsque l’archevêque est revenu en ville. La translation a eu lieu le 3 août 893 et la Vie et la Translation ont été écrites pour le deuxième anniversaire de la mort de Théodora, un an plus tard. Il est difficile de savoir ce qui s’est passé durant cette année. Et la question est la suivante : une fois le fait accompli réalisé, l’archevêque, rentré à Thessalonique vraisemblablement à la fin du mois d’août 893, pouvait-il vraiment ordonner que le sarcophage soit enlevé et que Théodora soit déposée à nouveau dans la tombe commune ? En fait, nous ne savons pas jusqu’à quel point Théopistè pouvait espérer le soutien d’une partie de la population de la ville. La seule chose que nous savons, c’est le résultat. À la toute fin de son opus, Grégoire s’adresse aux « pères et frères (πατέρες καὶ ἀδελφοί)54 », ce qui signifie que les auditeurs du récit de la Translation sont des clercs et des moines masculins, non les moniales du monastère. Il demande à bénéficier de leurs prières. Pour autant que nous le sachions, l’intrigue grâce à laquelle la relique a été transférée a été conçue par Théopistè et ses moniales et réalisée par sept prêtres et n’a impliqué aucun moine. On peut donc en déduire que les « pères et frères » sont peut-être le clergé et les moines de Thessalonique, précisément ceux qui, au début, ont refusé l’enterrement séparé, mais qui sont maintenant les destinataires de la Vie et de la Translation. Si cette explication est la bonne, cela signifie qu’il n’a pas fallu plus d’un an pour que le fait accompli soit ratifié par ses opposants et Grégoire a écrit son texte non seulement pour Théopistè et ses religieuses, qui étaient bien sûr les donneurs d’ordre, mais aussi pour le clergé et les moines qui ont finalement accepté plus ou moins de leur plein gré la naissance de ce nouveau culte.
19Le culte et son rapide succès sont finalement la question cruciale et peuvent expliquer la méfiance initiale du clergé de Thessalonique. Évelyne Patlagean a écrit l’histoire du culte de Théodora à Thessalonique55 et je m’appuierai sur ce qu’elle a trouvé, avec mes propres explications. Théodora est devenue célèbre sous le vocable d’osiomyroblytidè, la sainte d’où s’écoule du myron, une préoccupation majeure de Grégoire, comme nous l’avons vu. Au reste, le monastère de Saint-Étienne s’est bientôt appelé Sainte-Théodora et une telle église existe encore aujourd’hui dans le Thessalonique moderne. Elle est située près de la cathédrale, Sainte-Sophie, trois cents mètres à l’ouest, mais il s’agit d’une refondation moderne. Un site voisin récemment fouillé est censé avoir révélé la tombe de Théodora, mais il est difficile de rendre cette découverte compatible avec le texte de la translation56.
20Théodora s’est en fin de compte appelée Théodora « de Thessalonique », qualificatif précédemment attribué à Dèmètrios qui le partage rapidement avec la sainte. Cette appellation prouve que les Thessaloniciens la considéraient dès lors comme une sainte majeure de la ville. Ainsi, le but de Théopistè a été atteint : le sarcophage attirait les gens en quête de guérison. Grégoire a introduit les miracles dans son récit, comme il est d’usage dans une vie de saint. Il n’a pas placé de miracles du vivant de Théodora, mais seulement après sa mort, un avant son enterrement, et sept guérisons après. À ces guérisons, il faut ajouter le miracle de la lampe qui illuminait sa tombe, dont l’huile ne manquait jamais, bien qu’elle ne fût jamais remplie. Et un peintre qui ne l’avait jamais vue et à qui l’on a confié le soin de peindre un portrait de la sainte l’a fait à la ressemblance parfaite de la vraie Théodora.
21Après la translation, et grâce au myron, d’autres miracles apparaissent dans le récit de Grégoire « en plus des miracles mentionnés ci-dessus57 ». Ils ne sont que cinq, mais deux d’entre eux sont rapportés de manière très détaillée. Le premier concerne la guérison de la fille de deux ans de l’un des principaux disciples de Théodora lorsqu’elle était encore en vie, Théodotos58. Le second, qui s’étend sur quatre chapitres et cinq pages du texte imprimé, soit près d’un tiers du récit de la translation, est la guérison de la sœur de Grégoire, frappée par une maladie très grave, vraisemblablement la variole ; il a fallu plus de cinquante jours à Théodora pour la guérir59. Ainsi, les gens qui venaient au monastère de Saint-Étienne venaient en fait pour Théodora, dont il prit le nom.
22Saint-Dèmètrios est la principale explication de la réticence du clergé à l’égard de Théodora. Son sanctuaire n’était pas la cathédrale de la ville, mais l’église principale et la plus fréquentée, puisque Dèmètrios en était (et en reste encore aujourd’hui) le saint patron. En tant que saint militaire, il est censé avoir préservé la ville des Avars et des Slaves, comme le racontent ses miracles du viie siècle60. Les gens se rendaient également auprès de saint Dèmètrios, mais il n’était pas encore myroblitidos et le sanctuaire n’était pas un lieu de guérison. C’est pourquoi le clergé de la ville, en charge de Saint-Dèmètrios, a essayé d’empêcher un nouveau culte de voir le jour. Comme nous l’avons vu, il a échoué. Pour reprendre la main, le clergé a organisé une exposition de ses supposées reliques et Dèmètrios est devenu également myroblitidos.
23Ainsi, pendant la période médiévale, Théodora a presque égalé Dèmètrios et cette translation subreptice, grâce à Grégoire, a connu un grand succès. Néanmoins, de nos jours, Théodora est presque oubliée. Son église actuelle est de taille modeste, alors que Saint-Dèmètrios est l’église la plus fréquentée de la ville moderne.
24Toutefois, Théodora n’est pas la seule sainte de cette époque à avoir connu ce type de translation. Une autre native d’Égine et victime de la piraterie arabe connut le même sort : Athanasia61. Veuve d’un soldat tué par les Arabes, elle se remarie, mais elle et son mari se séparent pour vivre dans l’ascèse. Le mari se retire au monastère et elle fonde un monastère dans une ancienne église Saint-Étienne dont elle devient l’abbesse. Puis elle fonde plusieurs églises nouvelles. Elle se retire toutefois durant six ou sept ans62 dans un monastère de Constantinople où elle s’était rendue pour affaires, comme cela arrive aux abbesses. Elle rentre à Égine, tombe malade et meurt douze jours après, la veille de la dormition de la Théotokos, donc le 14 août. Les moniales la mettent dans un cercueil et l’ensevelissent. La nouvelle abbesse la veille nuit et jour près de son tombeau. Athanasia lui apparaît et lui prédit qu’au bout des quarante jours de deuil63, elle recevrait de Dieu son dû. Notons au passage que les moniales allaient laisser passer le quarantième jour sans célébration, ce qui entraîne une nouvelle apparition d’Athanasia auprès de l’abbesse, le soir précédent le quarantième jour64, et les moniales s’exécutent. Le cercueil de la sainte est déposé sous terre, sans aucun doute dans le tombeau commun des moniales, comme pour Théodora. Dès lors, durant tout une année, ce cercueil grince continuellement.
25Le jour anniversaire de la mort de la sainte, deux hommes et une femme possédés par des démons se mettent à danser frénétiquement au-dessus des saintes reliques, puis creusent le sol de leurs mains et sortent le cercueil. La femme est immédiatement guérie. Trois prêtres qui se trouvaient à proximité voient le cercueil suinter de myron exhalant une odeur délicieuse. Ils ouvrent le cercueil et trouvent la sainte semblant être morte récemment. Puis ils ferment le cercueil et décident qu’il sera placé à la vue de tous. Alors qu’on la transférait dans un autre cercueil, celui où la sainte repose désormais, les moniales essaient de changer son vêtement pour un autre de soie grise chamarrée. La sainte résiste mais une moniale d’élite la persuade que, si, de son vivant, elles lui ont obéi, elle doit maintenant obéir aux moniales. La sainte s’exécute et son corps est ainsi déposé dans le nouveau cercueil65. Dès lors, les miracles se succèdent auprès de la relique.
26Le parallélisme entre les deux textes hagiographiques est donc frappant. L’un a-t-il inspiré l’autre ? Ce n’est ni exclu ni nécessaire. Le manuscrit de la Vie d’Athanasia est daté de 916. L’auteur prétend que son écrit repose sur des événements auxquels il a assisté de ses propres yeux et sur le témoignage des moniales qui furent les compagnes de la sainte tout au long de sa vie. Ce pourrait être un éginète qui aurait fini sa vie comme moine au Stoudios. La Vie se situe dans un ménologe du mois d’avril, ce qui est surprenant puisque la sainte est morte en août. Elle a séjourné à Constantinople plusieurs années juste avant sa mort, ce qui peut expliquer la relation avec le monastère de Stoudios ; mais cela ne signifie nullement que la Vie ait été écrite en 916 et donc ne nous permet pas de savoir si l’auteur pouvait avoir connu la translation de Théodora. Au contraire, plusieurs auteurs considèrent que la Vie a été écrite peu après la mort de la sainte, vers 865-87066. Elle pourrait avoir influencé l’hagiographe de Théodora de Thessalonique ; mais la façon même dont Grégoire écrit, en témoin des événements, rend cette influence improbable.
27En dernière analyse, les deux récits semblent indépendants l’un de l’autre. Ils témoignent tous deux du même phénomène : un regain d’intérêt pour la sainteté féminine et surtout l’accès à la sainteté de femmes mariées67. Il convient toutefois que le mari consente à se séparer de son épouse dans le cas d’Athanasia ou que l’époux décède dans celui de Théodora pour que la sainte entame le parcours monastique qui les conduit l’une comme l’autre à une sainteté dont la translation de la relique est une étape essentielle pour la reconnaissance de la sainteté. Notons enfin que la Méditerranée joue un rôle certes extérieur à la problématique de la sainteté mais essentiel dans la vie des deux femmes : celle-ci est bouleversée par la piraterie arabe qui frappe l’île d’Égine dont elles sont l’une et l’autre natives.
Notes de bas de page
1Prosopographie der mittelbyzantinischen Zeit [par la suite : PMBZ]. Erste Abteilung (641-867), éd. par R.-J. Lilie et al., Berlin/New York, De Gruyter, 1998-2011, 6 vol. : PMBZ 8377.
2PMBZ 7285.
3PMBZ 556.
4Vie de Théodora de Thessalonique et Translation de Théodora. La dernière édition de ces deux textes est celle d’A. Paschalidès, Ὁ βίος τῆς ὁσιομυροβλύτιδος Θεοδώρας τῆς ἐν Θεσσαλονίκῃ. Διηγήση περὶ τῆς μεταθέσεως τοῦ τιμίου λειψάνου τῆς ὁσίας Θεοδώρας, Thessalonique (Ἱερὰ Μητρόπολις Θεσσαλονίκης, Κέντρον Ἁγιολογικῶν Μελετῶν 1), 1991. L’édition est accompagnée d’une traduction en grec moderne. Trad. anglaise par A.-M. Talbot dans ead. (éd.), Holy Women of Byzantium: Ten Saints’ Lives in English Translation, Washington, Trusties for Harvard University (Byzantine saints’ lives in translation, I), 1996, p. 159‑237. Sur cette Vie, ead., « Family Cults in Byzantium: The Case of St Theodora of Thessalonike », dans J. O. Rosenqvist (éd), Λειμών. Studies presented to Lennart Rydén on his Sixty-Fifth Birthday, Stockholm, Alqvist et Wissel (Studia Byzantina Upsaliensia, 6), 1996, p. 49‑69 ; ead., « ‘Essere donna e santa’ », dans S. Gentile (éd.), Oriente Cristiano e Santità. Figure e storie di santi tra Bisanzio e l’Occidente, Milan/ Rome, Centro Tebaldi/Ministero per i beni culturali e ambientali, 1998, p. 61‑68. ; N. Delierneux, « The Literary Portrait of Byzantine Female Saints », dans S. Eftymiadis (éd.), The Ashgate Research Companion to Byzantine Hagiography, vol. II, Genres and Contexts, p. 363‑386, ici p. 365‑366, 373, 375, 379.
5Prosopographie der mittelbyzantinischen Zeit. Zweite Abteilung (867-1025), éd. par R.-J. Lilie et al., Berlin/Boston, De Gruyter, 2013, 8 vol. : PMBZ 22370. Sur Grégoire, M. Kaplan, « Le saint byzantin et son hagiographe, ve‑xiie siècle. Esquisse », dans T. Antonopoulou, S. Kotzabassi, M. Loukaki (éd.), Myriobiblos, Essays on Byzantine Literature and Culture, Boston/Berlin/Munich, de Gruyter (Byzantinisches Archiv, 29), 2015, p. 169‑185, ici p. 184‑185.
6Vie de Théodora de Thessalonique, op. cit., c. 45, p. 156‑158.
7PMBZ 549.
8Un siècle plus tard, le dossier du prôtopapas Nicéphore, prôtopresbytéros de l’évêché de Hiérissos en Chalcidique, montre un membre issu de la moyenne paysannerie, en pleine ascension sociale, à l’opposé de l’aristocratie : Actes d’Iviron I, Des origines au milieu du xie siècle, éd. par J. Lefort et al., Paris, Lethielleux (Archives de l’Athos XI), 1985, n° 4 (982), p. 123‑129, n° 5 (982) p. 132‑134, n° 9 (995), p. 163, n° 12 (1001), p. 178‑179.
9Encore un prénom rare : c’est la seule mention dans la PMBZ (pour trois Chrysanthos) et il n’y en a pas dans la PBW (Prosopography of the Byzantine World, https://pbw2016.kdl.kcl.ac.uk/) (un Chrysanthos).
10M. Kaplan, « La Vie de Théodora de Thessalonique, un écrit familial », dans L. Brubaker, S. Tougher (éd.), Approaches to the Byzantine Family, Farnham, Ashgate (Birmingham Byzantine and Ottoman Studies, 14), 2013, p. 285‑301.
11M.-F. Auzépy, « De Philarète, de sa famille et de certains monastères de Constantinople », dans C. Jolivet-Lévy, M. Kaplan, J.-P. Sodini (éd.), Les saints et leur sanctuaire à Byzance. Textes, images et monuments, Paris, Publications de la Sorbonne (Byzantina Sorbonensia, 11), 1993, p. 117‑136 (repris dans ead., Histoire des iconoclastes, Paris, Association des amis du centre d’Histoire et Civilisation de Byzance (Bilans de recherche, 2), 2007, p. 179‑198).
12Vie de Théodora de Thessalonique, op. cit., c. 3, p. 72.
13Frère et sœur cités ibid., c. 6, p. 72. Notons que le frère est diacre et, selon la Vie, considéré comme respectable par tous, donc pas tout jeune.
14Kaplan, « La Vie de Théodora de Thessalonique… », art. cité, n. 10, p. 294‑295
15Vie de Théodora de Thessalonique, op. cit., c. 5, p. 74‑76.
16Ibid., c. 7, p. 78.
17Ibid., c. 8, p. 78‑80. La Vie dit que la mort de ces enfants vient encore ajouter au chagrin de vivre en un lieu inconnu et d’avoir tout perdu. Dans sa traduction (Holy women of Byzantium…, op cit., p. 169), A.-M. Talbot ajoute au texte (« le troisième et celui du milieu moururent bientôt ») qu’ils moururent peu après la naissance ; en réalité, cette conclusion est excessive. La fille aînée survivante entre au monastère à 6 ans (Vie de Théodora de Thessalonique, op. cit., c. 9, p. 82) ; les autres sont visiblement morts peu avant, donc jeunes, mais pas forcément nouveau-nés. Si, comme il paraît vraisemblable, Agapè-Théodora, son père et son mari ont fui Égine vers 830, Agapè étant âgée de 18 ans, Théopistè, qui a 6 ans à son entrée au monastère en 836/837, est née à Thessalonique, et les autres enfants a fortiori.
18C’est le nom qu’elle reçoit lors de son entrée au monastère (ibid., c. 9, p. 82) ; son nom de baptême n’est pas mentionné. Que les petites filles soient élevées au monastère n’est pas une nouveauté ; mais l’âge de consécration comme moniale ne saurait être 6 ans. La Vie dit que la fillette eut les cheveux coupés (ἀπέκειρε) par un homme pieux (εὐλαβής), qui n’est qualifié ni de prêtre ni de moine ; la confusion avec la tonsure définitive est évidemment voulue.
19Vie de Théodora de Thessalonique, op. cit., c. 9, p. 82. La notice de R. Janin, Géographie ecclésiastique de l’empire byzantin, t. 2, Les églises et les monastères des grands centres byzantins (Bithynie, Hellespont, Latros, Galèsios, Trébizonde, Athènes, Thessalonique), Paris, Institut français d’études byzantines, 1975, p. 395 est extrêmement succincte ; localisation par Talbot, Holy women of Byzantium…, op. cit., n. 4, p. 170, n. 47 et 48. La Vie dit que le monastère se trouve sur la grand route (λεωφόρος) qui mène à la porte Kasséandréotique, celle par laquelle la Via Egnatia quitte Thessalonique vers l’est ; il se situe donc à proximité de cette artère majeure, à l’est de la ville. Il n’est pas dit explicitement que Catherine est l’abbesse, mais comme les parents lui offrent (προσφέρουσι) leur fille, cela semble vraisemblable.
20Vie de Théodora de Thessalonique, op. cit., c. 25, p. 114. Quand a lieu ce transfert de Théopistè, cela n’est pas clair. Dans la Vie, il ne s’est écoulé que trois chapitres depuis que, en 837, une fois son mari mort, Agapè s’est faite moniale à Saint-Étienne sous le nom de Théodora (ibid., c. 21 et 22, p. 104‑108). Suit un chapitre sur la bonne conduite de Théodora ; puis, au c. 24, ces qualités la font choisir par l’abbesse, qui est aussi une parente (voir infra), comme ecclésiarque (τὴν τῆς ἐκκλησίας ποιεῖσθαι φροντίδα καὶ ὑπηρεσίαν). Quelques années ont dû s’écouler depuis l’entrée de Théodora au monastère. Pas trop toutefois : Théopistè est qualifiée d’enfant. Comme le fait remarquer A.-M. Talbot, Holy women of Byzantium…, op. cit., p. 185, n. 131, Théopistè est sans doute encore novice, ce qui permet de la transférer sans contrevenir aux canons.
21Vie de Théodora de Thessalonique, op. cit., c. 10‑18, p. 84‑102.
22Ibid., c. 9, p. 82
23L’expression semble signifier qu’il s’agit d’une parente d’Agapè-Théodora, non de son mari.
24PMBZ 455.
25Vie de Théodora de Thessalonique, op. cit., c. 21, p. 106.
26Ibid., c. 20, p. 104‑106. Son époux a donc bien gagné sa vie ; mais Théodora elle-même peut sans doute avoir récupéré une partie de la fortune familiale qui lui revenait. Elle avait au reste trois servantes au moment où elle entre au monastère ; elles y entrent avec elle et Théodora finit par donner ce qui reste de sa fortune, moins la partie donnée aux pauvres pour le salut de l’âme de son époux.
27Ibid., c. 21, p. 106‑108. Sur la durée du noviciat et sa suppression possible pour une adulte, voir Talbot, Holy women of Byzantium…, op. cit. n. 4, p. 182, n. 111. Théodora a donc été tonsurée par un prêtre du clergé de Thessalonique, vraisemblablement iconoclaste.
28Vie de Théodora de Thessalonique, op. cit., c. 7, p. 78.
29Ibid., c. 25, p. 116.
30Ibid., c. 27, p. 120.
31Ibid., c.28‑30, p. 122‑126.
32La chronologie interne à la vie implique que l’abbesse ait alors cent huit ans ; elle aurait vécu jusqu’à cent vingt ans : Ibid., c. 38, p. 140.
33Sur les dates de celui-ci, voir Talbot, Holy women of Byzantium…, op. cit. n. 4, p. 195, n. 179.
34Vie de Théodora de Thessalonique, op. cit., c. 37, p. 138.
35Ibid., c. 40, p. 150.
36Ibid., c. 43, p. 154.
37Ibid., c. 44, p. 154‑156.
38Ibid., c. 45, p. 156‑158. Les années du règne de Léon et Alexandre sont comptées à partir de la mort de leur père Basile Ier (867-886), mort en 886, lui aussi le 29 août. Léon a été associé au trône dès 870 avec son frère aîné Constantin. À la mort de ce dernier en 879, Alexandre a été à son tour associé au trône.
39Ibid., c. 47‑49, p. 160‑166.
40Translation de Théodora, op. cit., c. 2, p. 192.
41Ville de la plaine de Macédoine située au sud-ouest de Thessalonique. Orthographiée avec deux r dans le manuscrit.
42Ibid., c. 3, p. 194.
43Ibid., p. 196.
44Ibid., c. 4, p. 196‑198.
45Ibid., p. 198.
46Ibid. Il s’agit d’Antoine Kauléas (893-901 ; PMBZ 20476) ; il a été consacré en août 893. Il était auparavant higoumène d’un monastère de Constantinople, sans que nous puissions savoir lequel.
47Ibid.
48Ibid., c. 5, p. 198‑200.
49De l’église ou plus vraisemblablement du monastère. Pourtant, l’auteur nous raconte (ibid., c. 8, p. 204‑206) qu’un voisin, Akyndinos, qui dormait chez lui est réveillé par une odeur merveilleuse, réalise que la translation est en cours et pénètre dans l’église pour assister à la fin de l’opération.
50Ibid., c. 6, p. 202.
51Ibid., c. 7, p. 204.
52Ibid.
53Ibid., c. 9, p. 206.
54Ibid., c. 20, p. 234.
55É. Patlagean, « Théodora de Thessalonique. Une sainte moniale et un culte citadin (ixe‑xxe siècle) », dans S. Boesch Gajano, I. Sebastini (éd.), Culto dei santi, istituzione e classi sociali in età preindustriale, Rome, Japadre, 1984, p. 39‑64, repris dans ead., Santità e potere a Bisanzio, Milan, Mondadori, 1992, réimpr. Spolète, Centre Italien d’études sur le Haut Moyen Âge, 2002.
56S. Akrivopoulou, P. Leventeli, « Early Byzantine Thessaloniki: highlights. The early Byzantine layers of an excavation next to the Hagia Theodora monastery » dans M. Rakocija (éd.) Ниш и Византија. Девети научни скуп. Ниш, 3‑5. јун 2011 (Niš et Byzance : dixième symposium, 1‑5 juin 2011), Зборник радова X., Niš, 2012, p. 149‑164.
57Translation de Théodora, op. cit., c. 10, p. 208.
58Ibid., p. 208‑210. Théodotos : PMBZ 27962.
59Ibid., c. 16‑19, p. 224‑230
60P. Lemerle, Les plus anciens recueils des miracles de saint Démétrius et la pénétration des Slaves dans les Balkans, I, Le Texte ; II. Commentaire, Paris, Éditions du CNRS (Le Monde Byzantin), 1979‑1981.
61PMBZ 659. La Vie d’Athanasia d’Égine (BHG 180) est éditée par L. Carras, « The Life of St Athanasia of Aegina: A critical edition with introduction », dans A. Moffatt (éd.), Maistor. Classical, Byzantine and Renaissance Studies for Robert Browning, Canberra, Australian Association for Byzantine Studies (Byzantina Australiensia, 5) 1984, p. 199‑224 et par F. Halkin, « Vie de sainte Athanasie d’Égine », dans Six inédits d’hagiographie byzantine, Bruxelles, Société des Bollandistes (Subsidia Hagiographica, 74), 1987, p. 179‑195. Les deux éditions sont faites sur le même manuscrit, le Vat. Gr. 1660, réalisé au monastère Saint-Jean-Baptiste de Stoudios de Constantinople et daté de 916. Nous citons l’édition d’Halkin. Traduction anglaise par L. F. Sherry, dans Talbot (éd.), Holy women of Byzantium…, op. cit. n. 4, p. 137‑158. Sur cette vie, N. Delierneux, « The Literary Portrait of Byzantine Female Saints », art. cité n. 4, p. 365.
62L’hagiographe anonyme, mais de sexe masculin (au c. 19, p. 194) et qui parle de lui en accordant tous les adjectifs au masculin, ne vise pas à l’exactitude. Il ne donne aucune date, parle d’un édit impérial sans préciser l’Empereur. Selon lui, Iôannikios serait passé par Égine et aurait prédit que l’endroit appelé Timia, où Athanasia a édifié son monastère et ses églises était un endroit « honorable » (c’est le sens de τἁ Τίμια : le lieu des événements honorables) ; le futur saint bénéficiait déjà de la faculté de prévoir l’avenir (προφετικῶς ἀπεφθέγξατο) : Vie d’Athanasia d’Égine, op. cit., c. 11, p. 188. Athanasia a donc vécu au ixe siècle, entre environ 790 et 860.
63G. Dagron, « Troisième, neuvième et quarantième jours dans la tradition byzantine : temps chrétien et anthropologie », dans Le temps chrétien de la fin de l’Antiquité au Moyen Âge, iiie‑xiiie siècle, Paris, Éditions du CNRS (Colloques internationaux du CNRS, 604), 1984, p. 419‑430, repris dans id., Idées byzantines, t. 1, Paris, Association des amis du Centre d’histoire et civilisation de Byzance (Bilans de recherche, 8), 2012, p. 193‑202.
64Vie d’Athanasia d’Égine, op. cit., c. 14, p. 190‑191.
65Ibid., c. 15, p. 191‑192.
66L. Carras, « The Life of St Athanasia of Aegina… », art. cité, n. 61, p. 203‑205 et A. Paschalidès, Ὁ βίος τῆς ὁσιομυροβλύτιδος Θεοδώρας…, op. cit., p. 244‑245.
67Sur la sainteté féminine, N. Delierneux, Saintes de corps et d’esprit : la sainteté féminine dans l’hagiographie mésobyzantine : début viiie-début xiie siècle, thèse de doctorat en histoire dirigée par M. Kaplan (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et J.-M. Sansterre (Université libre de Bruxelles), 2004.
Auteur
-
Michel Kaplan
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – UMR 8167 Orient & Méditerranée
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