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    Plan détaillé Texte intégral Brève histoire des classements universitaires Quelques biais méthodologiques Les critères du pôle recherche : de Shanghai à Londres Le classeur (se) sachant classé, quelques effets pervers Notes de bas de page Auteur

    Examens, grades et diplômes

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Classer les universités et les universitaires ?

    Christophe Charle

    p. 81-100

    Texte intégral Brève histoire des classements universitaires D’une rive à l’autre de l’Atlantique La mondialisation universitaire Quelques biais méthodologiques Les critères du pôle économique Les critères du pôle recherche : de Shanghai à Londres Le classeur (se) sachant classé, quelques effets pervers Normalisation internationale via les classements « Bons » et « mauvais » élèves en France Fake science, citer n’est pas jouer Post-scriptum Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Après avoir concerné en priorité les examens, grades et diplômes ou plus généralement tous modes de certification des compétences, la logique d’examen ou de compétition s’est étendue de proche en proche à de nombreux domaines, dans les sociétés capitalistes comme non capitalistes. Ce phénomène est relativement ancien puisque la peregrinatio academica, les circulations étudiantes du xixe siècle ou les carrières des universitaires allemands ou italiens par exemple suivaient des parcours privilégiés en fonction de l’image symbolique ou de la réputation des divers lieux du savoir. Mais tout cela relevait plus ou moins de la tradition ou de classements informels où intervenaient bien d’autres critères qu’académiques : l’agrément des villes et des régions, le climat de tolérance ou d’intolérance, les considérations financières, les sociabilités de longue date entre espaces intellectuels nationaux. C’est au cours du xxe siècle que ces classements se sont institutionnalisés et étendus de proche en proche, touchant non seulement certaines disciplines, certains pays mais désormais la quasi-totalité des écoles, universités, instituts, organismes de recherche, disciplines, sous-disciplines, revues et les porteurs de ceux-ci et celles-ci, les universitaires et chercheurs eux-mêmes, non plus comme individus singuliers – l’histoire des prix académiques est ancienne – mais comme groupes locaux (laboratoires) ou professionnels (classements disciplinaires).

    2Avec le recul, cet enchaînement paraît quasi inéluctable, comme la spirale du progrès et de la modernité fondée sur la concurrence généralisée et l’ouverture de tous les marchés à tous les vents, depuis le projet saint-simonien de la société industrielle où les savants devaient, avec les artistes et les industriels, être à l’avant-garde de cette nouvelle vision de l’histoire du monde comme course vers le mieux, fondée sur le talent ou le mérite et non plus l’héritage et la rente. Depuis quelques années, des voix discordantes se font entendre pour dénoncer les perversions et perversités de ces classements. Elles questionnent en particulier un certain nombre de présupposés de cette logique de concours ou d’évaluation généralisée avec l’interrogation terminale : qui classera les jurys de classement ? Qui jugera les juges ? Que classe-t-on vraiment quand on classe les universités, les universitaires ou les chercheurs et surtout à qui profite le classement ? Dans une société médiatisée, on sait que toutes les autorités sont soumises, en dernière instance, au jugement médiatique ou plutôt à la capacité médiatique d’attirer l’attention de plus en plus fugace des journalistes, des internautes, voire de l’écho assourdi du buzz produit dans ces espaces sans juge en dernière instance autre que ce bruit de fond à éclipse.

    3Mais surtout, ces inférences du classement à l’excellence ou à la compétence des mieux classés deviennent hautement problématiques quand il s’agit non d’individus, ou de groupes scolarisés ou formés de manière homogène autour d’objectifs identifiables – l’acquisition de connaissances, la maîtrise d’un métier réglé ou d’une profession réglementée – mais de collectifs hétérogènes, eux-mêmes formés de sous-ensembles différenciés, produits d’histoires différentes, agissant dans des conditions économiques, sociales, politiques, culturelles, symboliques et historiques diverses, voire hétéroclites. On tente de les appréhender comme unités discrètes à l’instar des « élèves » ou des « étudiants », à partir de critères universels en apparence ou d’indicateurs quantitatifs globaux. Cependant leur signification est loin d’être stabilisée, étant donné les modèles multiples d’organisation universitaire ou de recherche présents à la surface de la terre.

    4Deux grandes raisons sont avancées pour justifier ces tentatives risquées qui occupent régulièrement, comme les marronniers sur le salaire des cadres ou les prix de l’immobilier, la une des hebdomadaires à grand tirage et de quelques journaux de référence. Certains expliquent cette défaite de l’esprit critique élémentaire par plusieurs facteurs internes et externes. C’est d’abord l’adage classique : any number beats no number. Le chiffre ou le classement rassure par son évidence brute, il participe de toute une culture médiatique de la manipulation des indicateurs statistiques qui touche tous les domaines de la vie sociale, politique et culturelle. L’acceptation de l’adage renvoie aussi à des processus sociaux et psychologiques plus ou moins conscients, qui provoquent des réactions quasi pavloviennes au sein même de la communauté académique, qui devrait pourtant utiliser son esprit critique à ce sujet aussi pour être fidèle à sa fonction. En réalité, en interne, l’habitus académique est le produit lui-même d’un processus d’évaluation par les pairs ou les supérieurs qui a fait intérioriser par les responsables en charge de la production des données nécessaires aux classements la légitimité de l’opération, dans la mesure où eux-mêmes sont issus d’opérations de tri et de promotion similaires tout au long de leur formation et de leur carrière.

    5Sur le plan externe, l’ensemble de la société libérale capitaliste est aussi traversé par la fièvre multiforme des classements, des affaires industrielles au tourisme, de la compétition sportive aux prix littéraires et scientifiques, des jeux télévisés aux sondages d’opinion, tout est prétexte à classement, inférence d’excellence ou de compétence. Les secteurs qui classent en dernier ressort n’ont pu échapper à leur tour aux opérations qu’ils appliquent à une échelle toujours plus large avec la massification de l’enseignement secondaire puis supérieur à des classes d’âge de plus en plus étendues. Le classement ou le déclassement de tel établissement nourrit à la fois l’arrogance de quelques-uns, la Schadenfreude des déçus et le refus de tout classement chez les mal nantis du « cocotier » de la gloire médiatique. Nous essaierons tout d’abord de retracer l’histoire de ce processus d’extension du domaine des classements universitaires, et les fausses évidences sur lequel il repose, avant d’en mesurer les conséquences de plus en plus perverses à tous les niveaux.

    Brève histoire des classements universitaires

    6Des transformations économiques et sociales plus vastes expliquent d’abord comment la certification des universités est devenue un enjeu global. Comme tout bien qui se diffuse largement, l’exigence de distinction ou de qualité au sein des diplômes et des diplômés s’est affirmée contre la banalisation et l’uniformisation qui a accompagné la massification progressive de l’enseignement supérieur. On peut le voir dès la naissance des premiers rankings, ceux établis entre les universités américaines. Ces classements sont bien antérieurs en effet aux processus européens ou internationaux du tournant du xxe-xxie siècle, qui ont rendu ce thème très médiatique avec le classement de l’université Jiaotong, dit de Shanghai, puis les autres classements concurrents du Times Higher Education Supplement ou, plus récemment, la tentative de classement alternatif de l’Union européenne.

    D’une rive à l’autre de l’Atlantique

    7Le premier pays à massifier son enseignement supérieur, les États-Unis, a accompagné cette mutation par l’instauration de multiples compétitions internes, transposées ensuite à l’extérieur à mesure que le modèle américain influençait les autres systèmes universitaires. Aux États-Unis, la compétition opposait d’abord anciennes et nouvelles universités, anciens et nouveaux collèges, ceux à financement privé et ceux à financement public par les États fédérés. Le plus ancien et le mieux connu, même s’il était au départ très différent des ultérieurs, est celui de l’Ivy League. Ce club de huit universités anciennes et privées du Nord-Est (Harvard, Princeton, Cornell, Yale, etc.) a tellement bien construit son image prestigieuse que l’élitisme social ou religieux initial a été transformé en une sélection scolaire et nationale de plus en plus drastique à mesure que des universités plus récentes, moins dotées et moins chères, proposaient des formations homologues dans les différents États. Il est frappant de voir que cette compétition entre un système privé, socialement puis scolairement sélectif et un système public, partiellement calqué maintenant sur le privé et théoriquement plus démocratique (puisque moins cher et plus décentralisé) aboutit dans les classements américains, comme dans les classements internationaux, à préserver l’avantage historique d’une grande partie des établissements de l’Ivy League, renforcés par quelques grandes universités publiques ou privées plus récentes des États de l’Ouest, comme Stanford, mais s’appuyant sur les mêmes atouts : des ressources tirées de leurs alumni bien positionnés dans la société, de bienfaiteurs fortunés ou de contrats privilégiés de recherche avec certains secteurs économiques ou étatiques.

    8Ce processus s’est mis en place de longue date dans l’espace états-unien à partir du moment où les plus grandes universités ont cherché à attirer les meilleurs étudiants, et pas seulement pour l’Ivy League les héritiers de l’élite WASP ou, pour les universités d’État les plus prestigieuses, les aspirants à la mobilité sociale hors des colleges les plus proches. Cette compétition entre les meilleures universités privées et publiques a donné naissance à un premier classement, celui des best colleges de l’US News and World Report au début des années 19801. Cela correspond aussi au moment où les difficultés économiques et les baisses des financements publics poussent les exécutifs universitaires à augmenter les droits d’inscription. Les familles et les étudiant(e)s ont donc besoin de connaître le rapport qualité-prix pour faire face à cette charge croissante des coûts d’éducation supérieure. Mais le classement a un effet pervers, les mieux classés en profitent pour augmenter leurs droits en arguant des qualités reconnues de leur formation, et l’on retrouve comme par hasard les membres de l’Ivy League et les plus grandes universités publiques parmi les plus chères, exclusion économique partiellement atténuée par l’obtention de bourses au mérite.

    9Le plus surprenant est la rapidité avec laquelle les universités européennes ont été progressivement aspirées par ce modèle de classement inventé outre-Atlantique. L’espace universitaire européen, à partir de la décennie 1990, a reproduit en accéléré ce processus de mise en évaluation et de concurrence générale. Tout a commencé avec la mise en place de l’harmonisation des systèmes universitaires en Europe, à la suite de la réunion de la Sorbonne à l’initiative du ministre Claude Allègre (1998), fasciné de longue date comme savant par les campus états-uniens. Cette déclaration est elle-même inspirée par le rapport Attali, Pour un modèle européen de l’enseignement supérieur et prolongé par la déclaration de Bologne (1999) qui met en place le LMD. Il est aujourd’hui généralisé, même au-delà de l’Europe officielle comme certification standard jusqu’en Russie et au Maghreb.

    10À partir du moment où l’on cherche à unifier l’espace européen de l’enseignement, s’instaure une logique d’évaluation transnationale pour pouvoir donner des équivalences entre diplômes, attirer les étudiantes et étudiantes en mobilité, conquérir une réputation non locale. Ce qu’on désigne, dans la novlangue des institutions internationales, par le benchmarking et « l’assurance qualité ». De ce fait, les discours et les objectifs de la politique universitaire européenne ont subi une mutation complète. Aux objectifs initiaux, humanistes et culturels, de création d’un supplément d’âme à une Union européenne fondée principalement sur la construction du marché commun et la marche vers la monnaie unique, s’est substitué, depuis la stratégie de Lisbonne de 2001, l’objectif de construire « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale2 ». La productivité intellectuelle des universités doit donc être à son tour évaluée comme celle de toute autre branche, et l’expression « économie de la connaissance » par son ambivalence est elle-même significative. Cela implique donc, dans les années récentes, une mise en compétition des universités directement calquée sur le monde des entreprises et des échanges commerciaux, mais aussi sur l’espace universitaire états-unien, précurseur en ces matières. La médiatisation des classements universitaires, reprise sans critique par les idéologues du marché universitaire et les politiques soucieux d’apparaître modernes, a joué un rôle central pour l’imposition d’une représentation économiste de l’espace universitaire européen et plus largement mondial.

    La mondialisation universitaire

    11Mais le plus décisif n’a pas été seulement la compétition entre l’ancien et le nouveau monde qui était à l’arrière-plan de la stratégie de Lisbonne et du processus de Bologne. Ce qui a généralisé l’emprise des classements comme outil d’évaluation politique universitaire, c’est la montée en puissance des flux d’étudiants internationaux et la mondialisation universitaire, avec l’émergence de nouveaux pôles académiques en Asie orientale et en Amérique latine. Sans doute, ces flux entre le monde qu’on disait développé et le monde qu’on osait encore appeler naguère sous-développé ne datent pas d’aujourd’hui. Ils dessinaient, dès le xixe siècle comme l’a montré Victor Karady3, une domination de l’Europe occidentale, berceau des plus anciennes universités, sur les élites de l’Europe centrale et orientale, voire plus lointainement sur celles d’Amérique du Sud et du bassin orientale de la Méditerranée. Dans le vieil annuaire Minerva, qui paraissait au tournant du xixe siècle, on classait les universités en fonction du nombre d’étudiants. Les statistiques officielles insistaient aussi sur la part d’étudiants étrangers, signe de leur réputation internationale. Rien de nouveau de ce point de vue par rapport à certains indicateurs actuels. Toutefois, les flux d’alors n’avaient évidemment rien de commun avec ceux des années récentes, et surtout l’enjeu économique, social et culturel change de nature quand les droits payés par ces étudiants internationaux deviennent un moyen de financement pour les systèmes universitaires qui ont adopté une logique de marché et une volonté de transférer la charge des études du contribuable à l’étudiant ou à ses parents, phénomène imité des États-Unis, et de plus en plus dominant aussi bien dans les autres pays anglophones que dans de nombreux pays d’Asie, d’Europe de l’Est ou d’Amérique latine4.

    12Quelques chiffres rapides : dans les années 1960, on évaluait le nombre d’étudiants hors de leur pays d’origine à 238 000, effectif multiplié par six en 1995 (1,5 million) et supérieur à 2,12 millions au début des années 2000 et à 4,6 millions en 2015, soit environ 2 % des effectifs universitaires mondiaux5. Ces flux restent très déséquilibrés selon les régions du monde. En 2005, les quatre principaux pays anglophones (États-Unis, Royaume-Uni, Australie et Nouvelle-Zélande) totalisaient plus d’un million d’étudiants étrangers, soit près de la moitié du total mondial, ce qui ne représentait cependant qu’entre 4 et 17 % de leurs propres effectifs nationaux6. Aux États-Unis, le principal pays d’accueil, l’effectif des étudiants étrangers a été multiplié par 2,3 en vingt ans et même si, globalement, le taux d’étudiants étrangers n’a que légèrement augmenté par rapport au total général, il devient très significatif dans les universités les plus prestigieuses qui en font un argument d’image et d’attractivité pour obtenir soutien des fondations, dons et contrats. Ainsi, en 2010, l’université Columbia à New York annonçait sur son site internet un taux général d’étudiants étrangers de 23 %, mais de 40,7 % pour la School of International and Public Affairs, et même de 58,7 % dans la School of Engineering and Applied Science7. En 2003, aux États-Unis, plus de la moitié des diplômés d’un doctorat étaient nés à l’étranger (contre 27 % en 1973), le pourcentage étant de 50 % en sciences physiques, 67 % en ingénierie et 68 % en sciences économiques8. En 2000, l’apport financier des étudiants étrangers représentait 3,5 % du total des exportations de services, soit 10,28 milliards de dollars et 24 milliards de dollars en 20139.

    13Dans ce nouveau monde émergent, dont la norme est fixée outre-Atlantique, on conçoit que la logique du classement international est autant un enjeu pratique qu’économique et symbolique. Tout comme la professionnalisation du sport a donné naissance à des compétitions de plus en plus larges entre clubs, et à une différenciation entre grands et petits clubs, le nouvel espace de concurrence universitaire instaure une sorte de championnat dont les rankings en compétition dans les médias seraient la coupe du monde annuelle. Comme l’a montré Christophe Strassel dans un article de la revue Hérodote, la multiplication des classements internationaux, émanant le plus souvent de groupes de presse, d’organismes de consultance privée ou de filiales commerciales d’universités dominées par le modèle états-unien est la conséquence logique de ces flux étudiants10. Ils renforcent les images positives et négatives des divers espaces universitaires, visent à conseiller les familles et à orienter les choix éducatifs des futurs diplômés des classes moyennes émergentes des pays en développement rapide dont les universités, même si elles s’efforcent d’imiter les modèles internationaux voire de les importer clé en main (ainsi dans les pays du Golfe ou en Asie du Sud-Est), voient les meilleurs éléments (ou les plus nantis) chercher dans un Occident mythifié les clés d’accès à « l’excellence » académique ou à la meilleure professionnalisation, voire au marché du travail des pays dit riches. Comme le répond l’un des concepteurs de ces classements à un colloque du Sénat intitulé « Oublier Shanghai » :

    En conclusion, nous faisons ceci afin de servir les besoins des jeunes diplômés qui veulent étudier dans les universités de « classe mondiale », partout dans le monde, afin de les aider à trouver la bonne université qui corresponde à leurs besoins spécifiques11.

    Quelques biais méthodologiques

    14Les universités sont donc maintenant assimilées à des firmes ou à des marques qui se partagent un marché de diplômes et de diplômés, dont la valeur sociale est mesurée en fonction des débouchés et des salaires retirés par les diplômés de cet « investissement éducatif ».

    Les critères du pôle économique

    15L’examen critique des biais méthodologiques de ces classements commencera par le secteur le plus acquis à l’esprit de compétition et de rentabilité professionnelle : le pôle économique de l’enseignement supérieur. Les écoles de commerce ont généralisé ces jeux olympiques des classements de filière et plusieurs journaux en proposent désormais de nombreux, dont les variations annuelles sont en réalité très faibles du fait même des critères identiques utilisés : ouverture internationale, avis des recruteurs, production académique des enseignants (tabl. 1).

    Tableau 1. Les classements des écoles de commerce dans différents journaux

    16Les grandes écoles de commerce françaises se flattent aussi de leur place dans les classements internationaux de MBA (Master of Business Administration), bien meilleure relativement que celle des universités françaises dans les autres classements, du fait de l’accord sur les mêmes critères partagés avec le monde des affaires dont elles sont la porte d’entrée. Dans Le Journal du management du 11 octobre 2006, qui reprend le classement du Financial Times, on peut ainsi lire : « Dans les 100 premières business schools, on trouve 57 établissements américains, 27 européens, 7 canadiens, 2 australiens et 2 chinois. » Trois écoles françaises y figuraient alors : l’Insead (8e), HEC (22e) et l’ESCP‑EAP (99e).

    17L’ordre ne correspond pas toutefois, on le voit, à celui des classements internes français. Les principes de ce classement ont le mérite de la simplicité la plus matérialiste : le salaire perçu trois ans après la fin du MBA, la croissance du salaire obtenu grâce au MBA, le taux d’emploi de la promotion trois mois après la fin du MBA, la proportion de femmes par promotion, la proportion d’étudiants étrangers, la mobilité internationale. Comme la réputation de ces établissements repose sur les réseaux d’anciens qu’ils placent et qui facilitent la carrière des nouveaux entrants, on voit comment un tel classement provoque un avantage cumulatif à la façon dont les anciens de l’Ivy league ont construit une image prestigieuse et maintenu les réseaux sociaux garants de la rentabilité du titre décerné. En retour, ces business schools peuvent réclamer des droits supérieurs pour recruter des enseignants réputés, dont les carnets d’adresses faciliteront à leur tour, en principe, les carrières des nouveaux diplômés12. Le droit d’entrée est à la hauteur de l’avantage promis : 69 840 dollars par an pour la Harvard Business School, deuxième du classement mondial, qui assure, d’après le classement cité, le salaire le plus élevé à ses diplômés au bout de trois ans, soit 152 733 dollars par an. Autrement dit, deux années d’études sont remboursées par un an de salaire, le ratio n’est pas mauvais, comme diraient les économistes.

    Les critères du pôle recherche : de Shanghai à Londres

    18Les classements universitaires globaux, eux, gomment cette analyse purement financière en termes de plus-value professionnelle des diplômés, mais la logique comptable y règne indirectement ou y conduit. En fait, ce ne sont pas des universités qu’on classe, dès lors que les universités sont devenues des multiversities, selon le néologisme proposé par Clark Kerr dans les années 196013, agglomérant des niveaux, des formations, des centres de recherche dont les logiques sont multiples et que le trop fameux classement de Shanghai prétend additionner comme si elles représentaient autre chose qu’une fiction administrative. Derrière les universités, dans ce classement qui vise surtout le pôle recherche, ce sont des collections de chercheurs rassemblés une année donnée par hasard sous une étiquette universitaire dont les performances sont évaluées. Que l’on sache, ce n’est pas à l’université de Harvard ou à celle de Cambridge qu’on décerne un prix Nobel ou une médaille Fields. C’est à monsieur X, ou plus rarement à madame Y, qui se trouve travailler là à l’époque de l’observation et qui doit peut-être cette récompense à des idées ou des recherches qu’il ou elle a menées bien auparavant, ailleurs ou en coopération avec d’autres chercheurs dans d’autres équipes ou laboratoires, comme l’indique le fait que les prix Nobel vont de plus en plus à plusieurs individus la même année, et parfois avec des origines nationales bien différentes de leur pays d’accueil. Cette assignation à une alma mater est donc pour le moins hasardeuse. Yves Gingras note ainsi avec humour à propos d’un cas célèbre d’un savant déraciné :

    Albert Einstein ayant été associé à l’université de Berlin au moment de son prix Nobel de physique en 1922, c’est cette université qui obtient les points dans le classement. Cependant à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’université de Berlin s’est en quelque sorte divisée en deux, la partie Est, sous régime communiste, devenant l’université Humboldt, et la partie Ouest créant en 1948 l’université libre de Berlin. Évidemment toutes deux revendiquent Einstein14.

    19Pour l’anecdote, c’est même le bureau des brevets de Berne qui pourrait légitimement réclamer aussi le prix Nobel puisque les premiers travaux d’Einstein publiés sur la relativité l’ont été alors qu’il y travaillait sur de tout autres problèmes, on s’en doute.

    20Il en va de même des autres indicateurs : sont avantagées systématiquement les publications dans les périodiques scientifiques de langue anglaise dont une hiérarchie internationale (impact factor) a été créée dans certaines disciplines normalisées (sciences dures, psychologie, économie) et qui sont recensées dans des bases bibliographiques elles-mêmes restreintes aux langues dominantes, voire à une seule. Autant dire que plus des trois quarts du savoir humain et de la recherche ne sont pas pris en compte dans les classements comme ceux de l’université Jiaotong de Shanghai15. La moitié de la note finale y dépend du nombre des lauréats des prix Nobel et médailles Fields et des articles publiés dans Nature et Science, soit donc un secteur très limité de disciplines. Les sciences sociales et la performance selon la taille de l’institution n’occupent qu’une position très minoritaire. C’est donc une définition très étroite du savoir, de l’enseignement supérieur et de sa reconnaissance qui est proposée, où les livres n’existent pas, ni les humanités !

    21Ce n’est pas un hasard si n’apparaissent donc dans les classements que les établissements français dont le centre de gravité se situe principalement dans ces disciplines et donc visibles à travers ce type de filtre : Paris 6, Paris 11, l’École normale supérieure, en sciences notamment. On peut d’autre part douter que la valeur d’une université en tant qu’université découle de la visibilité internationale d’une fraction très minoritaire de ses enseignants-chercheurs : le gros des étudiants s’arrête en second cycle, et une minorité infime, même chez les apprentis chercheurs, sera en éventuel contact avec les cours et travaux des stars qui font l’essentiel du classement. Malgré ces absurdités évidentes, l’OCDE, la Commission européenne et tous les responsables tirent des enseignements prospectifs d’une évaluation sans rapport avec la question centrale : quels sont les lieux qui forment le mieux les étudiants ?

    22Vexés d’être doublés par les chercheurs chinois, les journalistes du Times Higher Education Supplement ont produit en 2004 un autre classement, avec une méthodologie différente où le biais en faveur de certaines sciences est réduit tandis que les fonctions de formation sont mieux prises en compte (fig. 1)16.

    Figure 1. Méthodologie du classement du Times Higher Education Supplement

    Source : https://www.timeshighereducation.com/world-university-rankings/methodology-world-university-rankings-2018

    23Le classement final dépend de trois grands blocs : l’enseignement qui compte pour 30 %, la recherche pour la même proportion, les citations (idem) et deux fonctions inégalement réparties : la dimension internationale (7,5 %) et les liens avec l’environnement économique (transfert de technologie). Même si l’éventail des activités universitaires est plus complet que pour le classement chinois, ici encore on retrouve des biais présents dans le classement de Jiaotong. La recherche est évaluée principalement à partir de la réputation (tout comme l’enseignement). Mais sur quoi repose cette réputation : les index de citation, l’avis de panels autorisés d’experts ou de milieux universitaires ? Les autres indicateurs reposent sur des a priori parfaitement arbitraires. Par exemple, on nous révèle que sont exclus les établissements qui n’ont pas de premier cycle et pourtant, parmi les universités françaises retenues, on trouve trois écoles qui n’enseignent pas en premier cycle (ENS Paris, ENS de Lyon, École polytechnique), on s’interroge donc sur la rigueur de la méthodologie. De même, il est expliqué que les établissements trop spécialisés sont exclus, ce qui n’a de sens que parce qu’on essaie de comparer à large échelle. Au contraire, du point de vue d’un étudiant ou d’un chercheur spécialisé, ce serait plutôt un avantage d’être dans un environnement hautement spécialisé pour ne pas être entravé par les arbitrages toujours compliqués entre facultés qui freinent en général le changement et l’adaptation aux nouveautés.

    24En matière d’enseignement, l’autre moitié de l’évaluation repose sur différents ratios apparemment « objectifs » : le taux d’encadrement des étudiants, le taux de docteurs par rapport aux licenciés (bachelor), le taux de docteurs par rapport à l’encadrement et les revenus institutionnels. Tous ces taux, apparemment neutres, ne font que traduire la richesse et l’ancienneté de dotation des universités considérées. Plus une université est ancienne, plus elle obtient de donations ou de ressources, plus elle peut créer de postes d’encadrement et de bourses pour des doctorats, et donc améliorer ces ratios. Bref, ces critères sont très exactement calqués sur les fondements des universités à haut patrimoine matériel et symbolique qui composent le cœur des universités anglophones (celles de l’Ivy League, ou Oxford et Cambridge), il n’est donc guère étonnant que tous ces indicateurs les mettent en tête, surtout si l’on ajoute le critère de réputation, lui-même fondé sur ce réseau d’anciens ou d’universités pratiquant les échanges de personnels.

    25Il ne s’agit pas pour autant de récuser ces critères qui ont une certaine pertinence relative pour un secteur limité des activités universitaires. Dans un monde idéal, toutes les universités devraient disposer de ces avantages. Dans le monde réel, elles sont les produits d’une histoire et d’économie politique différentes : d’un côté de la Manche ou de l’Atlantique semi-publique semi-privée et élitiste, de l’autre étatique et démocratique, donc à encadrement médiocre et ressources limitées, globalement par la manne incertaine d’un État qui a toujours d’autres priorités ou arbitrages. Ce qui se rapproche le plus de l’économie politique universitaire sous-jacente aux classements anglophones dans les pays qui ne relèvent pas du modèle en question, ce sont les vieilles universités d’État. Certes, elles n’ont pas les mêmes ressources héritées de l’accumulation séculaire de capitaux propres, mais un capital symbolique transformé en réputation et aidé, de temps à autre, par des donateurs publics ou privés. C’est ce qui rend compte par exemple de la position éminente de l’École polytechnique fédérale de Zurich, de quelques universités allemandes historiques situées dans les régions riches (Heidelberg) ou dans quelques grandes villes dynamiques – les deux universités de Munich, l’université Humboldt à Berlin – et interagissant avec une économie industrielle prospère, tout ce que les pays du Sud, France comprise, ont été incapables de bâtir, sauf dans des niches comme l’université Bocconi de Milan, quelques grandes écoles françaises ou écoles de commerce parisiennes bien dotées grâce à leurs liens avec les entreprises.

    26C’est ce qui explique que, dans certains classements comme celui du Times Higher Education, miraculeusement, les universités françaises remontent un peu des ténèbres extérieures où de cruels mandarins chinois les avaient rejetées. Les deux grandes écoles fondées par la Convention (École polytechnique et École normale supérieure) apparaissent dans les vingt-cinq premières, juste retour de l’empire des concours au premier rang, tandis que les deux plus gros fragments de la vieille Sorbonne (Paris 6 et Paris 1) sont 88e et 121e. La vieille Angleterre aime décidément la tradition, qui redonne ainsi la palme au noyau historique de l’Université napoléonienne. Là aussi, rien de surprenant puisque ce classement est fondé, pour partie, sur un panel d’experts qui restituent l’échelle des prestiges symboliques établis de longue date dans l’opinion publique académique internationale. Ces petits jeux seraient assez dérisoires si la culture médiatico-politique ambiante n’en raffolait pas, pour en tirer des conclusions intéressées ou si les classements ne servaient d’arguments pour engager des politiques universitaires aux effets pervers et cultiver l’effet Matthieu : on ne donne plus qu’aux déjà dotés, comme en France.

    Le classeur (se) sachant classé, quelques effets pervers

    Normalisation internationale via les classements

    27Les candidats qui bachotent un concours le savent, il faut axer son effort sur les épreuves à gros coefficients qui font gagner des places et sur les disciplines où les notes sont les moins aléatoires. Les exécutifs universitaires, obsédés par leur rang comme indice de réussite à faire valoir dans les médias ou en haut lieu pour obtenir des moyens supplémentaires, agissent exactement comme les « bêtes à concours ». Ils ont compris qu’on pouvait manipuler sa place dans les classements en orientant la politique universitaire de façon à améliorer le score pour certains critères qui pèsent plus que d’autres dans la note finale. Pour certaines universités, modifier le taux d’encadrement, pour d’autres, privilégier les disciplines les plus internationales et visibles dans les citations indexes, pour d’autres encore, attirer des prix Nobel, des nobélisables ou des chercheurs à haut potentiel ou des étudiants étrangers de certaines zones, toutes ces politiques pourraient augmenter les notes. Ainsi se met en place une logique comptable qui induit la gestion du personnel, la politique des droits d’inscription, les créations et suppressions d’enseignements, l’appel aux partenariats avec le secteur privé ou les mécènes, la politique d’évaluation des enseignants et des chercheurs associés à l’institution.

    28Ces pratiques sont déjà à l’œuvre depuis longtemps dans les universités américaines d’élite, dans les universités anglaises, australiennes, néozélandaises, néerlandaises, italiennes, japonaises et bientôt aussi en Allemagne et dans nombre de pays d’Europe continentale. On a vu ainsi fleurir de l’Allemagne à la France, jusqu’en Chine et au Japon ou au Brésil, les fameuses « politiques d’excellence », l’excellence étant définie par les classements les plus courants. Dans d’autres pays, les arbitrages sont surtout négatifs. En Italie par exemple, la part d’autofinancement par les ressources propres arrivait en troisième position derrière l’Angleterre et l’Espagne d’après le rapport 2005 de l’OCDE. Une part croissante provient des droits versés par les étudiants et ces droits sont voués à augmenter ou décroître en fonction des classements universitaires nationaux et internationaux, à la fois parce que les nouveaux entrants se dirigeront vers les établissements réputés et parce que l’État aidera d’autant plus les établissements bien classés17.

    29Ces principes sont développés depuis plus de vingt ans en Angleterre et ont été encore accentués par le gouvernement de Tony Blair, depuis la loi de 2004, puis par le gouvernement conservateur de David Cameron. Libres de fixer leurs droits pour les nationaux dans une fourchette située entre 1 150 et 3 000 livres, les universités anglaises ont décidé de demander le maximum (environ 4 500 euros) pour éviter une concurrence du moins-disant. Ayant perdu ainsi l’avantage financier qu’elles auraient pu tirer du nouveau dispositif, les universités les plus prestigieuses sont incitées à rentabiliser leur réputation auprès des étudiants étrangers à qui l’on peut appliquer des frais de scolarité beaucoup plus élevés18 : à Cambridge, en 2018, 19 197 livres dans les disciplines littéraires, 21 411 à 29 217 livres dans les disciplines scientifiques, 50 130 livres dans les disciplines cliniques, plus 3 300 à 4 400 livres d’inscription dans un collège ; tout ceci n’inclut pas les dépenses personnelles pour vivre, estimées par l’université elle-même à 6 750 livres19. Ces étudiants étrangers, issus par définition de familles aisées des pays émergents, arbitreront leurs candidatures entre les universités des pays anglophones, en fonction du rapport coût/efficacité que leur proposent les classements médiatiques entre universités américaines, australiennes et anglaises.

    30À l’aune de cette course mondiale à « l’économie du savoir », et de cette volonté de faire payer le coût des études même en proposant des prêts avantageux remboursables ultérieurement, les débats français récents paraissent des querelles de boutiquiers face aux hypermarchés partis à l’assaut des nouveaux marchés émergents. Toute une série d’indices attestent cependant que les anciennes censures sautent et que bien des présidents, des hauts fonctionnaires, voire des politiques sont persuadés qu’il faut s’inspirer de ces modèles prestigieux qui nous narguent du haut de leurs classements : revendication d’autonomie financière (obtenue partiellement par la loi Pécresse), augmentation des droits (pratiquée plus ou moins franchement selon les secteurs et les types de formation de Sciences Po à Dauphine), regroupement d’universités pour atteindre la taille critique, labellisation unifiée des travaux pour accroître la présence dans les index de citations, rejet des étudiants des pays pauvres au profit des nantis venus d’Asie ou des pays développés, tous ces emprunts à la vulgate internationale diffusée par l’OCDE se sont mis en place depuis 2007 comme remèdes au mal universitaire français20. Pour l’instant, comme on va le voir, sans grands effets sur la position relative des meilleures universités françaises à l’échelle internationale.

    « Bons » et « mauvais » élèves en France

    31Avec le recul d’une décennie, si l’on reprend le thermomètre initial, on ne voit pas de changement majeur dans la position très moyenne des universités françaises, quel que soit le classement utilisé, sauf dans les secteurs qui reposent sur les mêmes principes d’économie politique universitaire que leurs concurrentes les mieux situées. Prenons par exemple le cas de Strasbourg, qui fut l’université la plus en pointe pour être la « bonne élève » des politiques prônées par le ministère en fonction des classements. Dès 2009, est réalisée la fusion entre les trois universités de la capitale alsacienne pour former Unistra, qui espère atteindre la taille critique face à ses concurrentes parisiennes ou européennes. Elle se vante désormais d’être la plus grosse université française avec 50 000 étudiants en 2017 devant Paris 1. Malheureusement le nombre d’étudiants n’est pas un critère pris en compte à l’échelle mondiale ou, du moins, pas dans le sens français : « gros » ne veut pas dire « grand ». Un autre regroupement universitaire français, qui vise lui aussi l’excellence, Paris Sciences et Lettres, argue au contraire de son élitisme (17 000 étudiants) et se compare volontiers à Princeton, au nombre d’étudiants équivalent au niveau recherche. Et, de fait, la fusion et la politique strasbourgeoises, conformes aux directives ministérielles n’ont pas changé grand-chose, sauf sur certaines niches comme la chimie où Strasbourg a déjà produit plusieurs prix Nobel et encore récemment en 2016 (Jean-Pierre Sauvage). Or, l’année suivante, le classement de Shanghai, pour des raisons mystérieuses (compte tenu du poids du prix Nobel dans les critères de ce classement), fait perdre plusieurs dizaines de place à l’alma mater alsacienne (144e), alors qu’auparavant elle se situait dans les cent premières. On ne peut non plus invoquer les défauts spécifiques de ce classement, déjà mentionnés plus haut, puisqu’un autre classement concurrent, QS ranking, fait de même en 2017, la situant beaucoup plus bas encore, à la 303e place au lieu de la 260e précédemment21. Interviewé sur ces contre-performances fortement médiatisées, le président de l’Unistra, Michel Deneken, s’en tire comme les « mauvais élèves » face à une mauvaise note : c’est la faute à l’examinateur, ou bien la question était mal posée22. Au-delà de ce cas, on retrouve une constante des décideurs face aux classements : lorsqu’ils leur donnent une bonne image, ils sont utilisés et loués comme des indices de la réussite de leur politique ; quand ils contredisent leurs objectifs, l’esprit critique et l’analyse fondée de leur biais redeviennent soudain d’actualité.

    32Une troisième attitude se rencontre, celle de manipuler les indices qu’ils fournissent. Pour expliquer le mauvais résultat, le président de Strasbourg, théologien catholique formé à la scolastique, met en cause les effets collatéraux de la fusion. En introduisant les lettres et les sciences humaines et sociales dans le périmètre de l’ancienne université Louis-Pasteur, Strasbourg a perdu en reconnaissance internationale puisque ces disciplines sont très mal ou peu prises en compte dans les classements internationaux. En revanche, si l’on retient les classements par disciplines phares, Strasbourg se situe bien plus haut. Comme l’indique un périodique spécialisé qui parvient ainsi à relativiser la contre-performance alsacienne :

    L’université de Strasbourg, jusqu’alors dans le top 100 (87e en 2015) se retrouve entre la 101e et la 150e place. En 2015, elle se distingue particulièrement dans les catégories scientifiques : 19e mondiale en chimie, et entre la 51e et la 75e place en biologie et entre la 76e et la 100e place en physique23.

    33Enfin chaque mauvais résultat français est l’occasion de rappeler que le jeu n’est pas égal sur le plan financier entre les universités qu’on compare. Alain Beretz, pharmacien de formation, le président de l’Unistra artisan de la fusion en 2009, bien que dans la ligne des politiques officielles de liens étroits entre la recherche et les applications, n’hésite pas à rappeler les lacunes de la politique gouvernementale :

    L’autonomie est présente dans les textes, mais elle ne passe pas dans les faits. C’est parce qu’en France il manque deux ingrédients essentiels à la réussite de l’autonomie universitaire : de l’argent et de la confiance24.

    34Comme exemple de jeu avec les classements, on a le cas presque inverse de Strasbourg, celui de l’École normale supérieure, qui a été à l’origine du regroupement purement artificiel de PSL, où toutes les institutions d’élite correspondant aux critères de Shanghai se sont regroupées et ont assez bien réussi à monter en gamme relativement, alors qu’elles étaient invisibles vues de la métropole chinoise, puisque n’étant pas des universités au sens classique. C’est ce que raconte, avec une pointe d’ironie, Jean-Marc Monteil, l’ancien directeur des enseignements supérieurs devant le Sénat dans le colloque « Oublier Shanghai », déjà cité :

    À l’époque, on se demandait comment on pourrait faire l’année prochaine pour monter brutalement dans le classement. Il y a des gens qui ont réussi à faire cela très bien. Je le dis très tranquillement avec Mme Monique Canto-Sperber, qui est la directrice de l’École normale supérieure. Elle est allée en Chine et elle leur a dit : « Les prix Nobel et les médailles Fields sont presque tous normaliens supérieurs et ils ont été formés à l’École normale. Si vous intégrez ce classement dans le dispositif, il n’y a plus aucun problème, on est devant »25.

    35Le plus étonnant dans cette affaire des classements des universités et des universitaires est que tous feignent d’adopter le point de vue idéaliste d’un monde où l’esprit de recherche et le dévouement à l’enseignement libre seraient des normes universelles et universellement acceptées, c’est-à-dire le transfert des conditions propres à l’univers feutré et scolastique des examens et concours où l’on établit en principe une stricte équité entre candidats et candidates en les isolant partiellement du monde : même lieu, même temps imparti, même programme, même échelle de notes, des entraînements préalables dans les conditions futures d’examen. Il n’est pas besoin d’être un grand spécialiste de l’histoire de l’enseignement supérieur pour savoir que les universités qu’on tente de comparer ne répondent en aucune façon à ce schéma idéal, si bien qu’il est facile, quand le classement ne vous donne pas raison ou les raisons d’y croire, de retrouver toutes les distorsions qui vicient toutes ces comparaisons et renvoient à l’histoire, à l’investissement consenti, aux spécialités, à la position dans l’espace linguistique mondial, à la hiérarchie objective des économies et des sociétés qu’on compare à travers cette loupe grossissante et déformante que seraient les établissements d’enseignement supérieur.

    Fake science, citer n’est pas jouer

    36Dans ce monde froid des rapports de force linguistiques et des hégémonies économiques et médiatiques, on découvre aussi que l’honnêteté (ne pas tricher est le principe à préserver pour l’examen) tend de plus en plus à disparaître. Les affaires de plagiat, les détournements de recherche, les doctorats de complaisance ont envahi l’actualité scientifique puisqu’il faut à tout prix, même si on n’en a pas les moyens intellectuels, rester dans la course aux titres, aux index de citation, à la visibilité internationale. Les sites web de chaque université cultivent la même rhétorique publicitaire de l’excellence, qu’elles soient connues, inconnues ou moyennement reconnues. Le mal est parfois plus grave encore que cette rhétorique plutôt pauvre dont on attend qu’un Flaubert tire un nouveau dictionnaire des idées reçues sur l’université contemporaine. Il prétend séduire les aspirants aux études, mais oublie des contraintes plus terre à terre pesant sur leur choix : distance, coût, origine sociale, nationale, etc.

    37Ces nouveaux discours du meilleur des mondes universitaire ont suscité des pathologies qui vicient à la base la raison d’être même de l’université comme lieu de création du nouveau savoir. Le journal Le Monde consacrait dans son numéro du 20 juillet 2018 (p. 6 et 7) deux pleines pages au « business de la fausse science ». On y apprenait que même les fameux index de citations, qui fondent certains indicateurs des classements, étaient pollués par des références à des articles ou des revues qui ne correspondent nullement aux critères internationaux de l’évaluation préalable et reposent sur une économie politique bien particulière : l’absence d’évaluation réelle, des comités de rédaction purement symboliques, le paiement de droits pour être publié dans des délais rapides afin de gonfler sa bibliographie de références purement fictives, l’utilisation fallacieuse du nom de quelques spécialistes reconnus pour donner du lustre à une revue à laquelle ils ne participent en fait que sur le papier. Vu la masse grandissante des articles publiés à l’échelle mondiale, et étant donné la multiplication des revues spécialisées en ligne que plus personne ne peut réellement lire ou évaluer, cette fausse monnaie scientifique devient difficile à détecter et représente dans certains cas, notamment les pays les plus mal situés dans la compétition internationale, des pourcentages non négligeables de la production (10 % ou plus) ainsi au Nigeria, en Indonésie, au Kazakhstan, en Albanie et même dans un grand pays développé comme la Corée du Sud (5 %).

    38Ce sujet apparemment limité des classements internationaux semble au bout du compte révélateur (comme l’est toujours l’histoire des institutions d’enseignement) des principales contradictions de nos sociétés. Le recul de l’esprit critique, la fausse monnaie médiatique, le suivisme des décideurs intoxiqués par des indicateurs pris à leur valeur faciale, l’exploitation de ces travers des élites y compris universitaires par des intermédiaires, des entreprises de vente de réputation, des bureaucraties de la communication et du faire semblant, bref la capitulation de la république des universités au profit d’un « CAC 40 » des managers académiques, où la circulation financière remplacerait la circulation des idées et où la hiérarchie des prestiges serait directement indexée sur les capitaux gérés ou mobilisés et la manipulation des classements. On ferait ainsi coup double : la suppression du dernier espace critique de l’ordre établi et la légitimation définitive des fractures sociales grandissantes par l’achat et la vente des diplômes, comme sous l’Ancien Régime. On cite beaucoup ces derniers temps les remarquables anticipations qu’Orwell avait proposées dans 1984 à propos de l’intoxication mentale des sociétés de type totalitaire qu’il imaginait devoir régner à la fin du xxe siècle. Au début du xxie siècle, cette intoxication mentale, sans prendre partout la forme dite totalitaire (quoique la Chine actuelle y reste fidèle et bien d’autres pays aussi), a réussi à conquérir de manière insidieuse la plupart des espaces de réflexion sur l’université à travers cette polarisation sur les classements. Un autre anticipateur, membre d’une grande famille universitaire scientifique, Aldous Huxley, imaginait, lui, dans Le meilleur des mondes, que, dans son univers réglé par la biologie et les manipulations génétiques – nous y sommes aussi bientôt –, la science elle-même pourrait devenir suspecte voire reniée par ceux dont elle a produit la puissance26. Là encore, la prédiction se déroule sous nos yeux dans ce qu’on nous permettra d’appeler le « Trumpistan », pourtant si favorisé par les classements, mais qui voit dans le réchauffement climatique un complot « anti‑américain ».

    Post-scriptum

    39Au moment où nous terminions cette étude, l’édition 2018 du classement de Shanghai était commentée dans la presse. Il suscita les mêmes commentaires (désolés) sur la position de la France, le doute sur l’effet des fusions (baisse relative de Paris 6 dans certains secteurs par apport à l’avant-fusion), le choix du classement sectoriel moins défavorable pour certaines universités françaises (ce qui revient à avouer l’absurdité de la fusion) ou le retard dans les effets de la fusion attribué à des causes techniques (tous les chercheurs ne signent pas de façon homogène, ce qui rend invisible une partie de leur production). Enfin, la conclusion revient à Alain Fuchs, président de PSL et ancien directeur général du CNRS : « On ne construit pas une nouvelle université comme PSL pour figurer dans les classements, mais ils sont regardés et c’est un élément de reconnaissance dans le monde que nous ne pouvons négliger27. » Il suffit de consulter le site web de PSL pour voir que, bien au contraire, les classements y sont présents de manière obsédante.

    Notes de bas de page

    1M. Mudry, « Universités du monde : le tropisme américain », Hérodote, 168, 2018, p. 39‑58, en particulier p. 51.

    2Conseil européen de Lisbonne des 23 et 24 mars 2000, cité par M. Gaillard, « De la stratégie de Lisbonne à la stratégie 2020 », Vie publique, 15 mars 2013 (http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/union-europeenne/approfondissements/strategie-lisbonne-strategie-europe-2020.html).

    3V. Karady, « La migration internationale d’étudiants en Europe, 1890-1940 », Actes de la recherche en sciences sociales, 145, décembre 2002, p. 47‑60 ; Id., « Student Mobility and Western Universities: Patterns of Unequal Exchange in the Europe Academic Market, 1880–1939 », dans C. Charle, J. Schriewer, P. Wagner (dir.), Transnational Intellectual Networks. Forms of Academic Knowledge and the Search for Cultural Identities, New York/Francfort, Campus, 2004, p. 361‑399.

    4Le gouvernement français a annoncé, le 20 novembre 2018, des mesures allant dans le même sens.

    5T.-M. Chen, G. A. Barnett, « Research on International Student Flows from a Macro Perspective: A Network Analysis of 1985, 1989 and 1995 », Higher Education, 39/4, juin 2000, p. 435‑453, notamment p. 435 ; N. M. Healey, « Is Higher Education Really ‘Internationalising’? », Higher Education, 55/3, mars 2008, p. 333‑355, ici p. 335, tableau 1 d’après OECD, Education at a Glance, 2005 ; C. Strassel, « Les enjeux géopolitiques de la mondialisation universitaire », Hérodote, 168, 2018, p. 16, d’après le rapport de l’Unesco en 2017.

    6Healey, « Is Higher Education… », art. cité, p. 336 : on en compte 565 039 pour les États-Unis (4 %), 318 395 pour le Royaume-Uni (13 %), 163 930 pour l’Australie (17,7 %), 30 674 pour la Nouvelle-Zélande (14 %).

    7Source : http://www.columbia.edu/

    8S. Vincent-Lancrin, « L’enseignement supérieur transnational : un nouvel enjeu stratégique ? », Critique internationale, 3, 2008, p. 75, d’après J. Bound, S. Turner, P. Walsh, « Internationalization of U.S. Doctorate Education », National Bureau of Economic Research, 2009 (en ligne : http://www.nber.org/papers/w14792).

    9S. Slaughter, G. Rhoades, Academic Capitalism and the New Economy, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2004, p. 62 (http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/mobilite-aux-etats-unis-les-universites-americaines-n-ont-jamais-attire-autant-d-etudiants-etrangers.html).

    10Strassel, « Les enjeux géopolitiques… », art. cité, p. 9‑38.

    11Interview de Nunzio Quacquarelli, directeur de QS world university rankings, dans « Oublier Shanghaï ». Actes du colloque du Sénat du 6 mai 2010 (voir http://www.senat.fr/rap/r09-577/r09-5772.html).

    12« Trois écoles françaises parmi les 100 meilleurs MBA du monde » (en ligne : http://management.journaldunet.com/repere/mba.shtml).

    13C. Kerr, Métamorphose de l’université, Paris, Éditions ouvrières, 1967 ; éd. américaine : The Uses of the University, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1963.

    14Y. Gingras, Les dérives de l’évaluation de la recherche. Du bon usage de la bibliométrie, Paris, Raisons d’agir, 2014, p. 102.

    15Voir les explications méthodologiques dans N. C. Liu, Y. Cheng, « Academic Ranking of World Universities-Methodologies and Problems », Institute of Higher Education, Shanghai, Shanghai Jiao Tong University (http://citeseerx.ist.psu.edu/viewdoc).

    16The Times Higher Education supplement, World University Rankings, par exemple du 5 novembre 2004. Le numéro du 27 octobre 2006 propose un classement spécifique pour les matières littéraires et les sciences sociales (World University Rankings, The Times Higher Education supplement, 27 octobre 2006, p. 8‑9).

    17M. Pitzalis, « L’université italienne entre marché, formations professionnelles et pouvoir politique », dans C. Charle, C. Soulié (dir.), Les ravages de la « modernisation » universitaire en Europe, Paris, Syllepse, 2007, p. 69‑88.

    18C. Deer, « La Grande Bretagne à la croisée des chemins : entre volonté politique et logique économique », dans Charle, Soulié, Les ravages de la « modernisation »…, op. cit., p. 107‑126.

    19http://www.cam.ac.uk/admissions/undergraduate/international/costs.html et https://www.undergraduate.study.cam.ac.uk/sites/

    20Voir, par exemple, les conclusions de la Cour des comptes dans son Rapport public thématique sur la carte universitaire d’Île-de-France : une recomposition nécessaire, décembre 2006 (www.ccomptes.fr/cour-des-Comptes/publications/rapports/carte-universitaire-idf/carte-universitaire.pdf) et, du côté des présidents d’université, les actes du séminaire de la CPU (2005) sur le financement des établissements supérieurs ; J.-R. Pitte, Jeunes, on vous ment. Reconstruire l’université, Paris, Fayard, 2006, ou des journalistes « modernisateurs » : E. Davidenkoff, S. Kahn, Les universités françaises sont-elles solubles dans la mondialisation ?, Paris, Hachette, 2006. Pour une vue d’ensemble équilibrée, voir M. Leroy, Universités, enquête sur le grand chambardement, Paris, Autrement, 2011.

    21https://www.lalsace.fr/actualite/2017/06/10/classement-des-universites-qs-strasbourg-retrograde-de-la-260e-a-la-303e-place

    22Interview de Michel Deneken dans le 7/9h de France Inter, le 16 août 2017 (partiellement citée dans https://www.20minutes.fr/strasbourg/2117775-20170816-pourquoi-universite-strasbourg-relativise-resultat-classement-shanghai).

    23A. Schambil « Classement de Shanghai : Strasbourg 1re de France en génie chimique », 17 août 2016 (http://www.medtech-strasbourg.eu/fr/classement-de-shanghai-luniversite-de-strasbourg-1ere-de-france-en-genie-chimique/).

    24N. Brafman, I. Rey-Lefebvre, « Autonomie des universités : le piège du budget », Le Monde, 19 janvier 2012.

    25« Interview de Jean-Marc Monteil », dans « Oublier Shanghaï »…, op. cit..

    26A. Huxley, Le meilleur des mondes, Paris, Plon, 1933 (Brave New World, 1932), rééd. Press Pocket, 2007, en particulier p. 199‑200.

    27Cité par Alain de Tricornot, « Classement de Shanghai : la France reste en retrait », Le Monde, 16 août 2018, p. 9.

    Auteur

    • Christophe Charle

      Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

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    1M. Mudry, « Universités du monde : le tropisme américain », Hérodote, 168, 2018, p. 39‑58, en particulier p. 51.

    2Conseil européen de Lisbonne des 23 et 24 mars 2000, cité par M. Gaillard, « De la stratégie de Lisbonne à la stratégie 2020 », Vie publique, 15 mars 2013 (http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/union-europeenne/approfondissements/strategie-lisbonne-strategie-europe-2020.html).

    3V. Karady, « La migration internationale d’étudiants en Europe, 1890-1940 », Actes de la recherche en sciences sociales, 145, décembre 2002, p. 47‑60 ; Id., « Student Mobility and Western Universities: Patterns of Unequal Exchange in the Europe Academic Market, 1880–1939 », dans C. Charle, J. Schriewer, P. Wagner (dir.), Transnational Intellectual Networks. Forms of Academic Knowledge and the Search for Cultural Identities, New York/Francfort, Campus, 2004, p. 361‑399.

    4Le gouvernement français a annoncé, le 20 novembre 2018, des mesures allant dans le même sens.

    5T.-M. Chen, G. A. Barnett, « Research on International Student Flows from a Macro Perspective: A Network Analysis of 1985, 1989 and 1995 », Higher Education, 39/4, juin 2000, p. 435‑453, notamment p. 435 ; N. M. Healey, « Is Higher Education Really ‘Internationalising’? », Higher Education, 55/3, mars 2008, p. 333‑355, ici p. 335, tableau 1 d’après OECD, Education at a Glance, 2005 ; C. Strassel, « Les enjeux géopolitiques de la mondialisation universitaire », Hérodote, 168, 2018, p. 16, d’après le rapport de l’Unesco en 2017.

    6Healey, « Is Higher Education… », art. cité, p. 336 : on en compte 565 039 pour les États-Unis (4 %), 318 395 pour le Royaume-Uni (13 %), 163 930 pour l’Australie (17,7 %), 30 674 pour la Nouvelle-Zélande (14 %).

    7Source : http://www.columbia.edu/

    8S. Vincent-Lancrin, « L’enseignement supérieur transnational : un nouvel enjeu stratégique ? », Critique internationale, 3, 2008, p. 75, d’après J. Bound, S. Turner, P. Walsh, « Internationalization of U.S. Doctorate Education », National Bureau of Economic Research, 2009 (en ligne : http://www.nber.org/papers/w14792).

    9S. Slaughter, G. Rhoades, Academic Capitalism and the New Economy, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2004, p. 62 (http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/mobilite-aux-etats-unis-les-universites-americaines-n-ont-jamais-attire-autant-d-etudiants-etrangers.html).

    10Strassel, « Les enjeux géopolitiques… », art. cité, p. 9‑38.

    11Interview de Nunzio Quacquarelli, directeur de QS world university rankings, dans « Oublier Shanghaï ». Actes du colloque du Sénat du 6 mai 2010 (voir http://www.senat.fr/rap/r09-577/r09-5772.html).

    12« Trois écoles françaises parmi les 100 meilleurs MBA du monde » (en ligne : http://management.journaldunet.com/repere/mba.shtml).

    13C. Kerr, Métamorphose de l’université, Paris, Éditions ouvrières, 1967 ; éd. américaine : The Uses of the University, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1963.

    14Y. Gingras, Les dérives de l’évaluation de la recherche. Du bon usage de la bibliométrie, Paris, Raisons d’agir, 2014, p. 102.

    15Voir les explications méthodologiques dans N. C. Liu, Y. Cheng, « Academic Ranking of World Universities-Methodologies and Problems », Institute of Higher Education, Shanghai, Shanghai Jiao Tong University (http://citeseerx.ist.psu.edu/viewdoc).

    16The Times Higher Education supplement, World University Rankings, par exemple du 5 novembre 2004. Le numéro du 27 octobre 2006 propose un classement spécifique pour les matières littéraires et les sciences sociales (World University Rankings, The Times Higher Education supplement, 27 octobre 2006, p. 8‑9).

    17M. Pitzalis, « L’université italienne entre marché, formations professionnelles et pouvoir politique », dans C. Charle, C. Soulié (dir.), Les ravages de la « modernisation » universitaire en Europe, Paris, Syllepse, 2007, p. 69‑88.

    18C. Deer, « La Grande Bretagne à la croisée des chemins : entre volonté politique et logique économique », dans Charle, Soulié, Les ravages de la « modernisation »…, op. cit., p. 107‑126.

    19http://www.cam.ac.uk/admissions/undergraduate/international/costs.html et https://www.undergraduate.study.cam.ac.uk/sites/

    20Voir, par exemple, les conclusions de la Cour des comptes dans son Rapport public thématique sur la carte universitaire d’Île-de-France : une recomposition nécessaire, décembre 2006 (www.ccomptes.fr/cour-des-Comptes/publications/rapports/carte-universitaire-idf/carte-universitaire.pdf) et, du côté des présidents d’université, les actes du séminaire de la CPU (2005) sur le financement des établissements supérieurs ; J.-R. Pitte, Jeunes, on vous ment. Reconstruire l’université, Paris, Fayard, 2006, ou des journalistes « modernisateurs » : E. Davidenkoff, S. Kahn, Les universités françaises sont-elles solubles dans la mondialisation ?, Paris, Hachette, 2006. Pour une vue d’ensemble équilibrée, voir M. Leroy, Universités, enquête sur le grand chambardement, Paris, Autrement, 2011.

    21https://www.lalsace.fr/actualite/2017/06/10/classement-des-universites-qs-strasbourg-retrograde-de-la-260e-a-la-303e-place

    22Interview de Michel Deneken dans le 7/9h de France Inter, le 16 août 2017 (partiellement citée dans https://www.20minutes.fr/strasbourg/2117775-20170816-pourquoi-universite-strasbourg-relativise-resultat-classement-shanghai).

    23A. Schambil « Classement de Shanghai : Strasbourg 1re de France en génie chimique », 17 août 2016 (http://www.medtech-strasbourg.eu/fr/classement-de-shanghai-luniversite-de-strasbourg-1ere-de-france-en-genie-chimique/).

    24N. Brafman, I. Rey-Lefebvre, « Autonomie des universités : le piège du budget », Le Monde, 19 janvier 2012.

    25« Interview de Jean-Marc Monteil », dans « Oublier Shanghaï »…, op. cit..

    26A. Huxley, Le meilleur des mondes, Paris, Plon, 1933 (Brave New World, 1932), rééd. Press Pocket, 2007, en particulier p. 199‑200.

    27Cité par Alain de Tricornot, « Classement de Shanghai : la France reste en retrait », Le Monde, 16 août 2018, p. 9.

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    Charle, Christophe. « Classer les universités et les universitaires ? ». In Examens, grades et diplômes, édité par Thierry Kouamé, Bruno Belhoste, Boris Noguès, et Emmanuelle Picard. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2023. doi:10.4000/13agb.
    Charle, Christophe. « Classer les universités et les universitaires ? ». Examens, grades et diplômes, édité par Thierry Kouamé et al., Éditions de la Sorbonne, 2023, https://doi.org/10.4000/13agb.

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    Kouamé, Thierry, et al., éditeurs. Examens, grades et diplômes. Éditions de la Sorbonne, 2023, https://doi.org/10.4000/13agz.
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