Chapitre 1
Des lieux de construction textuelle
p. 27-56
Texte intégral
1L’idée de constituer un corpus de prologues, auxquels se sont ajoutés par la suite des épilogues, m’est venue lors de la lecture d’un ouvrage paru en 1999, The Idea of Vernacular1, une anthologie de textes, dont de nombreux prologues sur lesquels Ruth Evans a émis l’hypothèse suivante, qui m’avait alors frappée :
These Middle English Prologues, then, can be thought of as sites where foundations are laid, which have a ritual quality, which mark out a sphere of operations for the text that follows them, and which act as prefaces to an essentially militaristic enterprise of conquering, perhaps of the conquering of intellectual spaces and social narratives2.
2Cette notion de « sites » fondateurs m’est apparue comme un bon point de départ pour étudier les contacts entre langue et société anglaise (ce qui n’empêche pas d’en retrouver des échos réguliers au cœur même des textes). L’unité de ces prologues tient en effet à ce qu’ils constituent les lieux privilégiés d’une réflexion sur nombre de thèmes fondamentaux : la construction et l’usage du vernaculaire – ici de l’anglais –, le rapport aux autorités et plus généralement à la connaissance, le rapport aux institutions ou encore le public visé3. Certes, ces thèmes ne sont pas entièrement nouveaux à la fin du Moyen Âge : certains sont présents dans la littérature latine antérieure, mais aussi, pour rester dans le domaine britannique, dans la littérature en français dès le XIIe siècle ou dans des prologues anglais du XIIIe4. Toutefois, cela ne diminue en rien leur importance pour analyser une langue en développement et en interaction avec la société dans laquelle elle se forme.
3Certes, cette unité ne saute pas forcément aux yeux, j’y reviendrai dans le deuxième point de ce chapitre. Car les prologues et épilogues retenus pour cette étude encadrent des textes variés composés entre le milieu du XIVe siècle, moment où l’on constate les prémices d’une homogénéisation de l’anglais écrit accompagné d’une explosion de la production littéraire dans cette langue, et la fin du XVe siècle, période marquée par le développement de l’imprimerie et l’introduction plus large de l’humanisme en Angleterre. Il ne s’agit pas de nier la fécondité de la période couvrant la fin du XIIIe siècle et la première moitié du XIVe. Toutefois, la production s’accroît de manière considérable après 1350 et c’est cette différence d’échelle (autant que la faisabilité d’une telle étude) qui m’a conduite au choix de cette périodisation.
I. Un corpus hétéroclite ?
4J’ai organisé ce corpus en trois ensembles selon des critères généraux, qu’ils soient externes ou internes5. Les premiers relèvent de la critique externe du texte – date, auteur, forme générale du texte introduit (v. ou prose, parfois vers et prose), ou encore lectorat. La détermination de la nature des textes a été délicate, dans la mesure où elle a été compliquée, d’une part par le flou générique consubstantiel à de nombreux textes médiévaux, j’y reviendrai, et, d’autre part, par la porosité des frontières entre « traductions » et compositions « originales » qui sera envisagée dans le deuxième chapitre. Si la plupart des œuvres retenues sont bien connues des médiévistes anglophones, leur présentation, ainsi que celle de leurs auteurs, m’a semblé nécessaire pour un public français moins rompu à la littérature anglaise de la fin du Moyen Âge6.
1. Les textes « informatifs »
5Un premier ensemble est constitué par des textes que l’on pourrait qualifier d’« informatifs » dans la mesure où ils ont pour objectif explicite de transmettre un savoir spécifique. Il comprend deux prologues de traductions de la Bible (source du savoir par excellence), celui de l’adaptation de la Consolatio de Boèce par John Walton, ceux de John Trevisa à sa traduction du Polychronicon de Ranulf Higden, de deux chroniques des années 1460-1470 (John Hardyng et John Capgrave) et de deux textes alchimiques des années 1470. Les clercs sont plus nombreux dans ce groupe, mais on compte trois laïcs : Geoffrey Chaucer, John Hardyng et Thomas Norton.
6John Trevisa (v. 1342-v. 1402), clerc au service de Thomas Berkeley (1353-1417), a traduit plusieurs œuvres majeures7, dont le Polychronicon, une chronique universelle de Ranulf Higden composée vers 1350, le De Proprietatibus Rerum, une des plus importantes encyclopédies médiévales composée par Barthélemy l’Anglais ou encore le De regimine principum de Gilles de Rome, le miroir au prince sans doute le plus célèbre de la fin du Moyen Âge, dans l’optique d’un véritable programme de vulgarisation des savoirs contemporains en anglais, comme l’a souligné Ralph Hanna :
Trevisa provided Thomas with a complete analysis of the created world, which placed man among all “things” (Properties) ; a complete depiction of human activity (in Higden’s universal history) ; and a model for the exercise of control over the world (De regimine)8.
7Le Dialogue between a clerk and a knight, composé en 1387 et accompagné dans la plupart des manuscrits par une épître à Thomas, forme le prologue de la traduction du Polychronicon. Le seigneur y expose les arguments en faveur de la traduction, alors que le clerc tente bien faiblement de s’y opposer.
8Geoffrey Chaucer (v. 1343-1400) est l’auteur le plus connu de cette période, souvent comparé à Dante par les Anglais9. Les Canterbury Tales constituent son œuvre la plus célèbre mais il a composé bien d’autres textes, et pas seulement de la poésie : il a notamment traduit des œuvres majeures, telles la Consolatio et une partie du Roman de la Rose10. Son Treatise of the Astrolabe (v. 1390), inachevé, est une adaptation de plusieurs traités réalisée par un connaisseur11. Le prologue s’adresse à son fils, Lewis et justifie les vertus de la traduction en anglais.
9La « Bible wycliffite » est la première traduction intégrale de la Bible en anglais, probablement réalisée à Oxford dans les années 1380-139012 ; elle est d’autant plus remarquable que c’est la seule traduction intégrale de la Bible en vernaculaire à avoir connu une large diffusion à cette époque13, bien au-delà des milieux hérétiques, puisqu’il en reste aujourd’hui environ 250 manuscrits plus ou moins complets. Le long prologue général de la Bible anonyme n’apparaît cependant que dans une quinzaine de manuscrits (dont huit dans son intégralité)14. Probablement composé après la traduction, il expose à la fois la structure de la Bible, le résumé de l’Ancien Testament, des réflexions sur l’interprétation et les justifications de la traduction.
10Les wycliffites n’ont, à la fin du XIVe siècle, pas été les seuls à s’intéresser à la traduction de la Bible et c’est peut-être en réponse à leur travail qu’une version d’origine monastique – qui ne comprend qu’une partie du Nouveau Testament, les épîtres et l’évangile de Matthieu – a vu le jour. Le prologue de cette Bible reflète les tensions de l’époque, car l’auteur prend bien soin d’affirmer son orthodoxie et son humilité, tout en affirmant l’importance de son travail. Outre ses justifications, il livre une réflexion sur l’Ancien Testament et son utilité pour les chrétiens. Cette œuvre n’a cependant pas connu le succès de la Bible wycliffite : elle n’est conservée que dans quatre manuscrits.
11John Walton (m. vers 1410 ?), chanoine augustin vivant à Oseney, près d’Oxford, a traduit la Consolatio (Boethius) dans la première décennie du XVe siècle, sans doute à la demande d’Élisabeth Berkeley, fille de Thomas Berkeley et femme de Richard Beauchamp, comte de Warwick15. Contrairement à Chaucer, Walton a choisi une adaptation en vers. Cette dernière a connu une plus grande diffusion que la version chaucérienne. Si le prologue de Walton justifie la nécessité de cette nouvelle traduction par la demande qui lui a été faite, il suggère également qu’elle est plus « chrétienne » que celle de Chaucer.
12John Hardyng (1377 ou 1378-1464) est un laïc originaire du nord de l’Angleterre et ce que l’on connaît de lui provient essentiellement de son œuvre16. Il fut d’abord au service de plusieurs nobles anglais et participa à la bataille d’Azincourt, avant de servir la couronne sur la bordure écossaise afin de soutenir les revendications anglaises sur l’Écosse, y compris en forgeant des documents. Après s’être retiré au prieuré augustin de South Kyme (Lincolnshire), il composa une première version de sa chronique en vers, dédicacée à Henri VI en 1457, conservée dans une seule copie. Mais il la révisa peu après : dans le contexte des troubles politiques du temps, le cœur de Hardyng penchait du côté des Yorkistes. Cette seconde version, plus courte mais aussi plus diffusée, est dédicacée à Richard d’York, mais n’a été terminée qu’après la mort de ce dernier en 1460 puisque l’épilogue présent dans plusieurs manuscrits est adressé à Édouard IV et Élisabeth Woodville, mariés en 1464. Le premier prologue est une pétition au ton amer destinée à Henri VI afin d’être payé pour son travail fourni sur l’Écosse. Dans le second prologue, Hardyng défend à la fois les droits de Richard d’York et l’importance des chroniques pour le bon gouvernement du royaume. Il justifie également le choix de la forme et de la langue de son œuvre. L’épilogue reprend les mêmes thèmes.
13John Capgrave (1393-1464) était un frère augustin du prieuré de Lynn (Norfolk) – il en fut le prieur17. Formé à l’université de Cambridge et maître en théologie, il a composé de nombreux commentaires bibliques en latin, perdus pour la plupart, ainsi que plusieurs traités théologiques18. L’Abbreuacion of Chronicles est, avec sa vie de Catherine d’Alexandrie, une de ses rares œuvres composées en anglais, à la fin de sa vie. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un abrégé de deux sources principales, le Chronicon Pontificum et Imperatorum du dominicain allemand Martin de Pologne (m. 1278), connu en Angleterre19, et les chroniques du bénédictin anglais Thomas Walsingham (m. vers 1422)20. Le prologue expose l’origine de l’œuvre mais aussi la justification des prétentions d’Édouard IV d’York au trône, alors même que nombre de ses œuvres furent auparavant adressées à des princes lancastriens. Selon Joni Henry, il est d’ailleurs probable, la chronique ayant sans doute été commencée avant 1460, qu’elle a d’abord été destinée à Henri VI21.
14George Ripley (v. 1415-v. 1488), issu d’une famille de la gentry du Yorkshire22, était un chanoine régulier augustin à Bridlington (Yorkshire). Selon Jonathan Hughes, il fut d’abord au service de George Neville, archevêque d’York, avant de rejoindre la household d’Édouard IV comme médecin23. Le Compound of Alchemy, qui date de 1471, est une de ses œuvres les plus diffusées. Le texte est précédé d’un prologue mettant l’accent sur les vertus nécessaires qu’un prince doit nécessairement connaître et d’une préface présentant l’œuvre elle-même.
15Thomas Norton (v. 1433-v. 1513), laïc issu de la gentry, occupa un certain nombre de fonctions administratives importantes et fut probablement, comme Ripley, membre de la household du roi. En 1477, il dédicace à Édouard son traité, l’Ordinal of Alchemy. Dans son prologue, Norton établit les critères permettant d’étudier l’alchimie et évoque les raisons qui l’ont conduit à composer son opus : éclairer pour ceux qui le méritent les obscurités de la science alchimique. Dans l’épilogue, il revient sur l’utilité de son traité et justifie sa composition en anglais.
2. Poèmes et traité poétique
16Le deuxième groupe est constitué par des poèmes et un traité poétique souvent nimbés d’une dimension politique. Ils ont presque tous été composés par des laïcs, à l’exception de John Lydgate, et certains sont considérés comme des œuvres majeures de la période : la Legend of Good Women de Chaucer, la Confessio amantis de John Gower, le Regement of Princes de Thomas Hoccleve, le Troy Book et la Fall of Princes de Lydgate. J’y ai ajouté le roman oriental de John Metham, Amoryus and Cleope, l’Active Policy of a Prince de Georges Ashby, le Testament of Love de Thomas Usk et la traduction de l’Epistre Othea de Christine de Pizan par Stephen Scrope.
17La Legend of Good Women (v. 1380-1387)24, inachevée, est une des dream-visions25 de Chaucer et narre les histoires d’une dizaine de femmes de l’Antiquité, en dialogue constant avec Ovide, une de ses sources majeures26. Le prologue, qui subsiste dans deux versions dites F et G27, justifie ce projet poétique par les réprimandes du dieu Amour et par la demande de la reine Alceste qui s’est fait l’avocate du narrateur. Certains chercheurs ont avancé l’hypothèse d’une commande de la reine Anne de Bohême (m. 1394), femme de Richard II, mais aucune preuve formelle ne subsiste, mêle si le prologue F y fait référence28.
18Le Londonien Thomas Usk (v. 1350-1388) a connu un destin tragique : d’origine mercantile et scribe pour la compagnie des Goldsmiths, il fut conseiller du maire de Londres John Northampton (m. 1398) mais se retrouva impliqué à la fin des années 1380 dans la tourmente des rivalités politiques londoniennes et nationales, ce qui lui valut d’être accusé de trahison29. Emprisonné, il fut exécuté en 1388, année du Merciless Parliament30. C’est donc, au moins en partie, en prison qu’il a composé son Testament of Love, un traité en prose sur l’amour, la grâce et la libre volonté, fortement inspiré par les idées de la Consolatio de Boèce, mais aussi par le De concordia d’Anselme et d’autres sources moins précisément identifiables. Le prologue justifie l’idée même de l’œuvre, ainsi que le style et la langue employés. On ne connaît ce texte que par une édition de 1532, imprimée par William Thyne.
19John Gower (v. 1330-1408), ami de Chaucer et autre grande figure littéraire, était un membre de la gentry, probablement un homme de loi31. Il a composé des œuvres dans les trois langues alors en usage en Angleterre32. Les principales sont le Mirour de l’Omme en français, la Vox clamantis en latin et la Confessio amantis en anglais. Ces poèmes s’intéressent de près aux problèmes contemporains de l’époque. La Confessio, son texte de loin le plus diffusé, est une œuvre complexe, dans laquelle le narrateur Amans, se confesse à Genius, le prêtre de Vénus, ce qui est l’occasion pour Gower de présenter une multitude d’exempla couvrant les sujets les plus divers. Si les six premiers livres et le livre VIII ont chacun pour thématique structurante un des péchés capitaux, le livre VII constitue un véritable miroir au prince influencé par le Trésor de Brunetto Latini33. Dans le prologue et l’épilogue, Gower explique, entre autres, pourquoi il a ressenti la nécessité d’écrire ce livre – d’abord dédicacé à Richard II puis à Henri IV de Lancastre – tout en se livrant à une critique nourrie34.
20Thomas Hoccleve (v. 1368-v. 1426) était un clerc de l’office du Sceau privé du roi, office où les lettres et les décisions du roi et de son Conseil étaient mises au net et authentifiées35. Il a composé des ballades politiques, des poèmes dévotionnels et des textes que d’aucuns qualifient d’autobiographiques. Le Regement of Prince, composé vers 1411-1412 pour le futur Henri V, est son œuvre la plus célèbre. Elle compte deux parties pratiquement d’égale longueur. Le prologue est constitué par un dialogue entre le narrateur – qui se présente comme étant Hoccleve lui-même – et un vieil homme qu’il rencontre alors qu’il erre dans la ville, déprimé parce qu’il ne gagne pas correctement sa vie et qu’il est inquiet pour ses vieux jours. Le vieil homme tente de le réconforter, et leur dialogue devient le lieu d’une réflexion sur nombre de sujets politiques, sociaux et religieux. Finalement, ce dernier conseille au narrateur d’écrire un miroir pour le prince Henri qui saura, dit-il, l’écouter.
21John Lydgate (v. 1370-v. 1449) est l’auteur le plus prolifique de la première moitié du XVe siècle : plus de 145 000 vers lui sont attribués36 ! Moine bénédictin de l’importante abbaye de Bury St Edmunds, il fut proche de la position de poète officiel de la cour lancastrienne, même si le titre n’existait pas à l’époque37 : il a écrit des œuvres de toutes sortes pour les Lancastre et bien d’autres grands nobles, mais aussi pour la ville de Londres, pour certaines de ses compagnies, ou encore pour des membres de la gentry, hommes et femmes, sans oublier les œuvres composées pour son abbaye qui révèlent son attachement à cette dernière38. Le Troy Book, adaptation de l’Historia destructionis Troiae de Guido delle Colonne (v. 1287)39 qui emprunte également à la version française de Benoît de Sainte-Maure (Le Roman de Troie, 1165)40 et au Troilus and Criseyde de Chaucer, a été commandé par Henri V avant son couronnement. Achevé en 1420, c’est l’une de ses principales œuvres. Le prologue général insiste sur le rapport de Lydgate à l’autorité royale et à ses principales autorités intellectuelles. Dans le prologue du livre II, il s’excuse de son manque d’éloquence et en appelle au soutien du prince et aux corrections de ses lecteurs. Dans l’épilogue (livre V), il revient sur la commande royale et sur l’exemplarité de l’histoire troyenne.
22La Fall of Princes est une autre œuvre majeure de Lydgate, composée pour Humphrey de Gloucester entre 1421 et 142841. C’est à la fois une traduction et une adaptation versifiée du De casibus virorum illustrium de Boccace, par l’intermédiaire de la traduction française de l’humaniste Laurent de Premierfait (début du XVe siècle)42. Le texte de Lydgate est le poème anglais le plus long du Moyen Âge (plus de 35 000 vers), bien diffusé. Le prologue du livre I, qui reprend en partie celui de Laurent, retrace le parcours de l’œuvre tout en louant certains auteurs, dont Chaucer, et son commanditaire, Humphrey. Le prologue du livre II insiste sur l’exemplarité de l’œuvre et fait état de l’ajout d’envois demandés spécifiquement par le duc, tandis qu’au début du livre III, Lydgate évoque la difficulté d’écrire. Dans le prologue du livre IV, l’importance de l’écrit, des livres et des grands auteurs est rappelée. Dans l’épilogue, enfin, l’auteur s’adresse au duc et passe en revue le travail accompli.
23L’Epistle of Othea (ou Boke of Chivalry) est une traduction du texte de Christine de Pizan43, réalisée dans les années 1440 par Stephen Scrope (1397-1472), gendre de Sir John Fastolf, membre éminent de la gentry d’East Anglia ayant longtemps servi en France. Fastolf entretint un cercle intellectuel important, comprenant notamment William Worcester, considéré comme un des premiers humanistes anglais44. L’Epistle est conservée dans trois manuscrits qui contiennent chacun une dédicace différente, dont un prologue original en prose adressé à Fastolf, premier commanditaire, et un prologue en vers traduit du français, mais adapté pour Humphrey Stafford, duc de Buckingham45. Dans le premier, Scrope explique l’origine de sa traduction, les raisons de sa composition et expose sa conception de la chevalerie. La dédicace en vers est constituée pour l’essentiel par un panégyrique de Buckingham et une protestation d’humilité de l’auteur.
24On ne connaît de John Metham que ce qu’il a bien voulu nous en dire. Il fut un laïc, probablement originaire de la gentry du Yorkshire, au service de Sir Miles Stapleton et de sa seconde femme, Catherine de la Pole, auxquels Amoryus and Cleope est dédicacé en 144946. Ce roman en vers, longtemps négligé par l’historiographie, est adapté de l’histoire de Pyrame et Thisbé, tirée des Métamorphoses d’Ovide47. Dans le prologue, Metham raconte comment il a trouvé un manuscrit magnifiquement enluminé de cette histoire, mais en grec, et ses tribulations pour la faire traduire en latin. L’épilogue revient sur ses patrons, les Stapleton, ainsi que sur sa dette envers Chaucer et Lydgate.
25George Ashby (v. 1385 ?-1475), dont on ne connaît pas les origines, fut durant une grande partie de sa vie un des clercs du Signet Office d’Henri VI et un fidèle lancastrien – il fut emprisonné au début des années 1460 pour ses sympathies. C’est là, sans doute, qu’il commença à écrire, comme en témoigne sa Complaint of a Prisoner in the Fleet (1463), réflexion d’inspiration boécienne48. Peut-être fut-il précepteur du prince Édouard, le fils d’Henri VI et de Marguerite d’Anjou. C’est pour lui, en tout cas, qu’il a composé vers 1461-1462 The Active Policy of a Prince, le dernier miroir au prince poétique de la période lancastrienne49. Dans le prologue, il se présente comme d’autres en homme âgé et use à grands frais du topos d’humilité.
3. Textes dévotionnels et théologiques
26Le dernier groupe, numériquement le plus important et dominé par des clercs, englobe les poèmes et traités dévotionnels, théologiques et hagiographiques, dont certains, comme The Prick of Conscience, ont connu une immense diffusion. Certains textes appartenant à cette catégorie sont assez fortement genrés : outre « l’autobiographie » de la très controversée Margery Kempe, sont inclus des textes composés pour les nonnes de l’abbaye brigittine de Syon, une abbaye mixte fondée en 1415 par Henri V à quelques encablures de Londres50.
27The Prick of Conscience est un long poème dévotionnel anonyme, bien qu’autrefois attribué au mystique Richard Rolle51, originaire du nord du pays et datant du milieu du XIVe siècle. Composé de 9624 vers octosyllabiques, il porte sur le péché, la mort et l’au-delà et, de manière générale, constitue une véritable encyclopédie chrétienne. Son succès fut immense : plus d’une centaine de manuscrits ont été conservés, ce qui rend d’autant plus étonnant la rareté des études sur ce texte52. La complexité de sa tradition textuelle en constitue sans doute une raison majeure53 – après une édition parue en 1863, il a fallu attendre 1997 pour une nouvelle édition54. Le prologue porte sur la nécessité d’aimer et de connaître Dieu – ce qui justifie la composition du poème. Dans l’épilogue, l’auteur revient sur son objectif : enseigner à ceux qui ne connaissent que l’anglais à s’amender pour leur salut.
28The Cloud of Unknowing est un traité mystique anonyme en prose d’une grande sophistication. S’il a peut-être été écrit pour un ermite dans les années 1380-139055, sa diffusion suggère un lectorat moins restreint. L’auteur a d’ailleurs écrit d’autres textes de ce type, souvent associés au Cloud, en particulier The Book of Privy Counselling. Le prologue donne surtout des instructions au lecteur pour lire correctement le texte et insiste sur le fait que ce dernier est d’abord destiné aux contemplatifs.
29Nicholas Love (m. v. 1410 ?) était un chartreux et fut le premier prieur de la chartreuse de Mount Grace (Yorkshire), fondée en 1397 par Thomas Holland, neveu par alliance de Richard II56. Il a composé vers 1409 The Mirror of the Blessed Life of Jesus Crist, une adaptation en anglais des Meditationes vitae christi du pseudo-Bonaventure (un franciscain nommé Johannes de Caulibus), composées au début du XIVe siècle, et l’un des traités dévotionnels les plus influents de la fin du Moyen Âge sur la vie du Christ57. Love l’a beaucoup remanié, le destinant à un large lectorat. Sa démarche s’inscrit en grande partie dans la lutte contre le wycliffisme : le texte aurait d’ailleurs été approuvé par l’archevêque Thomas Arundel et diffusé de manière organisée58. Le prologue porte sur l’usage de l’anglais, sur la validité des éléments de la vie du Christ qui ne se trouvent pas dans les évangiles mais qui ont été canonisés par l’institution et sur les vertus de l’« imagination », propice à la dévotion.
30Le Speculum devotorum ou Myroure to Devout Peple, composé entre 1415 et 1425, est un autre texte inspiré des Meditationes, légèrement postérieur au précédent. Mais ses sources sont multiples – le Nouveau Testament, bien sûr, mais aussi la Postilla super totam bibliam de Nicolas de Lyre ou la Legenda aurea de Jacques de Voragine et bien d’autres. L’auteur a sans doute appartenu à la chartreuse de Sheen, fondé par Henri V en 1414 à côté du palais du même nom. Dans son prologue, l’auteur mentionne le traité de Love mais justifie la nécessité d’en composer un nouveau tout en donnant des conseils de lecture. Seuls deux manuscrits sont conservés, mais l’œuvre a sans doute fait partie d’un ensemble d’ouvrages destiné aux nonnes de Syon, de même que les deux textes suivants.
31The Orchard of Syon est une adaptation de la version latine du Dialogue visionnaire de la célèbre mystique italienne Catherine de Sienne (m. 1378), effectuée par un clerc anonyme (peut-être un prêtre ou un chartreux) dans les années 1420-144059. Le prologue explique le titre de l’ouvrage puis le contenu du texte et insiste enfin sur la difficulté de l’entreprise.
32The Mirror of our Lady est une traduction de l’office brigittin accompagnée de nombreux commentaires, réalisée dans le deuxième quart du XVe siècle par un clerc anonyme, peut-être un membre de Syon60. Le prologue général insiste sur l’importance de la compréhension de l’office pour mieux vénérer la Vierge, donne de nombreux conseils de lectures et, comme beaucoup d’autres, s’étend sur les difficultés de la traduction. Le prologue du livre II constitue un véritable guide de bonne lecture pour ces dames.
33Margery Kempe (v. 1373-v. 1440), fille et femme de marchands aisés de Lynn (Norfolk), s’est consacrée au Christ après avoir reçu des visions, alors qu’elle était déjà d’âge mûr61. Femme longtemps considérée comme atypique62, fascinée par le rite eucharistique et à la dévotion extravertie, elle a consigné ses mémoires dans les années 1430, à la fin de sa vie. Ce n’est cependant pas elle qui a rédigé son texte : une première version a peut-être été écrite par son fils63, puis reprise par un clerc anonyme. Le seul manuscrit subsistant a été retrouvé en 1934. Le prologue raconte ses difficultés et les persécutions qu’elle a subies, y compris pour mettre ses visions par écrit. Il reflète également les inquiétudes du prêtre, qui s’est dérobé maintes fois avant d’accepter de rédiger la biographie de Margery.
34Reginald Pecock (v. 1392-v. 1459) était un clerc séculier formé à l’université d’Oxford64. Il fut recteur à Londres entre 1424 et sa nomination comme évêque de St Asaph (pays de Galles) en 1444, puis comme évêque de Chichester en 1450 ; en bon clerc non résident, il continua à passer le plus clair de son temps à Londres. Il a composé une œuvre ambitieuse, se proposant de fonder une nouvelle théologie cohérente en anglais au sein de laquelle l’usage de la raison joue un rôle-clé65. Un de ses objectifs premiers, mais non le seul, était de contrer les lollards sur leur propre terrain. En 1457, il a cependant été lui-même accusé d’hérésie et a dû renier son œuvre, condamnée à l’autodafé66. Les prologues de la Reule of Cristene Religion et du Donet, qui font partie de ses premiers écrits et sont moins radicaux que les suivants, sont complémentaires. Ils insistent tous deux sur la validité de l’œuvre de Pecock et exposent les grands principes de sa doctrine. Quant à l’introduction de la Reule, sorte de second prologue donnant un cadre plus « littéraire » à l’œuvre de Pecock, elle explique comment ce dernier tira son inspiration d’allégories des vérités, qui lui demandèrent de leur faire justice67.
35Osbern Bokenham (v. 1392-v. 1464) était, de même que John Capgrave, un frère augustin, du couvent de Clare (Suffolk), dont le patron était le duc Richard d’York (m. 1460)68. Il a traduit en anglais la présentation des îles Britanniques tirée du premier livre du Polychronicon de Higden et, pour le duc, le De consulatu Stilichonis de Claudien (m. vers 408). Mais la plupart de ses écrits sont de nature hagiographique. Il est en particulier l’auteur d’une adaptation de la Legenda aurea, dont le manuscrit a été découvert en 2003 dans les papiers de Walter Scott69. Certaines de ses biographies de saintes ont été regroupées dans les Legendys of Hooly Women70, composées à la demande de femmes de la noblesse ou de la gentry, bien que dans le premier prologue, Bokenham insiste sur le fait qu’il dédicace son recueil à un autre frère augustin (non identifié). Le prologue de la vie de Marguerite reprend la structure d’un prologue académique classique ; ceux des vies d’Anne et d’Agnès brodent pour l’essentiel sur le topos d’humilité. Le prologue de la vie de Marie-Madeleine, le plus long, met en scène un échange entre l’auteur et Isabelle Bourchier (m. 1484), comtesse d’Eu et sœur de Richard d’York, au cours d’une fête. Celui de Catherine d’Alexandrie, enfin, explique les raisons de cette nouvelle adaptation malgré l’existence d’une version récente, celle de John Capgrave.
36Ce dernier a en effet composé dans les années 1440, en rimes royales, une longue vie de Catherine d’Alexandrie, sainte (fictive) très populaire en Angleterre71. Le prologue narre un récit rocambolesque de la transmission textuelle de l’hagiographie. L’auteur a également inséré des prologues au début de chaque livre. Il y insiste sur les modalités de transmission ainsi que sur l’importance de l’exemplarité.
II. Conjonctions
37L’idée d’analyser un corpus de paratextes, exposée en introduction de ce chapitre, a été confortée lorsque j’ai commencé à réfléchir à la question cruciale de la définition, qui se pose naturellement, surtout si l’on considère la multiplicité des mots latins pour désigner un prologue : prologus, praeambulum, principium, introitus, accessus… Il s’agit certes d’un texte introductif, mais en rester là serait un peu court. Heureusement, cette question a fait l’objet d’un certain nombre d’éclaircissements ces dernières années. Parmi les analyses entreprises, le livre désormais classique d’Alastair Minnis, Medieval Theory of Authorship, le volume de la Cambridge History of Literary Criticism sur le Moyen Âge, les actes du colloque intitulé les Prologues médiévaux édités par Jacqueline Hamesse, ainsi que, plus récemment, l’ouvrage d’Elizabeth Dearnsley sur les traducteurs anglais de prologues français, m’ont été d’un précieux secours72.
38Alastair Minnis a étudié les prologues en tant que textes associés à la culture cléricale et pratiquement canonisés sous la forme des accessus ad auctores73. Ces derniers, qui introduisaient une œuvre ou le commentaire d’une œuvre, se sont développés durant le Moyen Âge sous différentes formes, de plus en plus sophistiquées. Au XIIe siècle, la forme la plus commune, appelée « type C » et peut-être dérivée de Boèce, comportait différents points dont l’ensemble permettait une présentation systématique de l’œuvre et de son auteur : titulus libri, nomen auctoris, intentio auctoris, materia libri, modus agendi (modus scribendi ou modus tractandi), ordo libri, utilitas, cui parti philosophiae supponitur.
39Au XIIIe siècle, ce type d’accessus a connu des transformations radicales avec l’application des quatre causes aristotéliciennes. Ces dernières reprenaient en grande partie les points précédents, mais selon une autre organisation : la causa efficiens (l’auteur), la causa materialis (la matière), la causa formalis (l’organisation) comprenant la forma tractandi (procédures ou méthodes de traitement) et la forma tractatus (arrangement ou organisation de l’œuvre) et la causa finalis (signification morale ou philosophique de l’œuvre).
40Ces accessus, très répandus, ont constitué une des formes majeures de la critique littéraire de l’époque et il en a existé des formes dérivées pour toutes sortes de textes. Certains sont connus des auteurs vernaculaires de la fin du Moyen Âge, même si ces derniers ne les reprennent généralement pas tels quels. C’est d’ailleurs à partir des prologues de traités théologiques puis de poèmes anglais qu’Alastair Minnis a analysé l’évolution et les développements de la notion d’auteur qui, à la fin du Moyen Âge, ne renvoie plus seulement à Dieu, mais aussi à des humains : en premier lieu les auteurs bibliques, à commencer par David, puis les Pères de l’Église, suivis par les commentateurs et, enfin, les laïcs74.
41Le recueil d’actes intitulé Les prologues médiévaux interroge pour sa part la notion de prologue à travers des œuvres de natures très variées – des chartes lorraines aux traités dévotionnels français de la fin du Moyen Âge. Selon Jacques Dalarun, les prologues fonctionnent un peu comme un vestibulum, « un sas entre la vie courante et l’univers du texte75 ». Il souligne également que « le prologue est le champ privilégié de la confrontation de la norme et de l’écart, aussi nécessaires l’un que l’autre à l’écriture et à ses modes76 ». Il en ressort que les prologues sont bien un lieu de construction textuelle, complément souvent indispensable de la production que constitue le texte lui-même.
42Au cours de mes recherches, quelques épilogues sont venus s’ajouter à mon corpus. Moins souvent évoqués que les prologues (mais moins fréquents), ils peuvent s’avérer aussi précieux, car ils reprennent souvent des éléments évoqués dans ces derniers et peuvent en ajouter. On y retrouve régulièrement, par exemple, un envoi au dédicataire mais aussi, parfois, un adieu au livre. Ils sont complémentaires des prologues et participent, lorsqu’ils existent, à l’achèvement de la construction textuelle entreprise par les auteurs.
43Les facteurs d’unification de ce corpus sont donc chronologiques et spatiaux, mais aussi conceptuels, ce qui n’exclut pas l’hétérogénéité. Les œuvres introduites par ces prologues (ou closes par les épilogues) sont en effet – au premier regard au moins – de nature très différente, ce qui renvoie, on l’a vu en introduction, aux problèmes généraux de définition de la littérature médiévale et à la porosité des genres textuels. La pratique assidue des textes anglais de la fin du Moyen Âge m’a confortée dans l’idée que même les genres intrinsèques – chroniques, hagiographies, etc. – apparemment bien définis ne sont en réalité jamais dénués d’ambivalence. Que dire alors des genres mouvants par essence, tels les poèmes qualifiés de « politiques » ? Selon les classifications habituelles77, les prologues et épilogues retenus encadrent des poèmes politiques ou hagiographiques, des traités dévotionnels, des ouvrages historiques, didactiques et scientifiques. Mais les frontières ne sont que rarement aisées à définir. Certains textes sont à la fois dévotionnels et didactiques : Prick of Conscience, par exemple, est un poème qui constitue une véritable somme théologique traitant des grandes questions sur le salut. Le Troy Book et la Fall of Princes de Lydgate sont des poèmes à la fois historiques et didactiques, à connotation politique. Inversement, la Chronique de John Hardyng emprunte des motifs et des formulations aux romans arthuriens ou à des poèmes plus contemporains, comme le Troilus and Cryseide de Chaucer78. Les exemples de croisements et de mélanges peuvent être multipliés, nous y reviendrons au chapitre 7, et ce d’autant plus que la plupart des auteurs de textes « profanes » (qui comprennent d’ailleurs des éléments « religieux79 ») ont également écrit des œuvres dévotionnelles. La plupart montrent à quel point il peut être trompeur de ranger ces productions dans des cases génériques. Même l’adaptation de la théorie bourdieusienne des champs par Jean-Philippe Genet, pourtant précieuse, trouve parfois ses limites80. Un texte comme la Life of St Katherine de Capgrave, par exemple, relève certes du champ religieux, mais doit également être rattaché aux champs transversaux du politique et du littéraire. Il est donc essentiel de saisir les chevauchements et les points communs, mais aussi les différences entre ces productions textuelles81. Encore faut-il le démontrer et établir une grille de travail, afin de confronter des textes habituellement classés dans des cases séparées et rarement traités ensemble.
III. Typologies
44Afin de bénéficier d’une vue générale, mais précise, du corpus, deux approches complémentaires ont été privilégiées : une typologie interne construite à partir d’une lecture « linéaire » et une analyse textométrique.
1. Essai de typologie interne
45La définition d’une typologie fondée sur le contenu des textes fut un exercice complexe, étant donné la diversité des thèmes abordés. Les principes d’organisation des prologues académiques ont fourni un appui précieux, de même que les typologies établies par Geneviève Hasenhor pour les prologues des textes dévotionnels en français de la fin du Moyen Âge et plus récemment par Elizabeth Dearnsley pour les prologues d’œuvres traduites du français entre le XIIe et le XIVe siècle82. Selon la première, le contenu des œuvres introduites est primordial pour les auteurs français et les éléments qui apparaissent le plus fréquemment concernent la récapitulation et/ou l’annonce du plan, les justifications du style (avec la prise en compte du couple vers/prose) et de l’usage du vernaculaire, les recommandations sur l’art et la manière de lire et enfin la dédicace. La typologie de Dearnsley recoupe en partie ces observations mais elle est plus complexe – elle distingue quatorze éléments dont, par exemple, le fait de se nommer, l’usage des sources ou encore l’affirmation de la vérité. Elle insiste également sur les logiques de traduction et leurs justifications.
46À partir de ces éléments et d’une analyse systématique du contenu des paratextes eux-mêmes, j’ai retenu deux grands ensembles recouvrant une dizaine de catégories : ce qui relève de la transmission elle-même d’une part, et ce qui relève du contenu à transmettre d’autre part.
• Ce qui relève de la transmission
47« L’auteur et son statut » regroupe ce qui concerne l’auteur lui-même et la manière dont il se positionne, par rapport à son texte mais aussi aux autorités.
48« Le texte et son statut » concerne ce qui renvoie au statut du texte lui-même et à ses justifications – notamment l’utilité de l’œuvre.
49La rubrique « Langage et traduction » porte sur la validité de l’anglais par rapport au latin, au français et parfois à d’autres langues.
50Le « Style » renvoie à la forme – vers ou prose –, et plus généralement à l’élaboration rhétorique et poétique.
51La rubrique « Destinataires » concerne toutes les remarques sur le public induit.
52Certains prologues offrent enfin un « Résumé » plus ou moins précis de l’œuvre. La présence ou l’absence de cet élément est importante pour l’étude lexicale car cela peut introduire des distorsions dans l’analyse. Cela a aussi des implications pour la perception de l’œuvre.
• Ce qui relève du contenu à transmettre
53Les « Autorités » regroupent ce qui porte sur les auteurs antérieurs, qu’ils soient classiques ou chrétiens.
54La « Connaissance » englobe les remarques sur la connaissance en général, de son utilité ou au contraire de son inutilité.
55Les « Savoirs chrétiens » regroupent les prescriptions et les recommandations en la matière, ainsi que les connaissances basiques.
56Les savoirs concernant la « Bible » ont été placés dans une catégorie à part.
57Trois types de savoirs plus précis ont par ailleurs été dégagés : les savoirs historiques, scientifiques et politiques, qui regroupent également les critiques de tous ordres.
58Les tableaux 1a et 1b indiquent la présence – ou non – de ces différents éléments dans les textes.
Tableau 1a. Typologie de la transmission
| Titre abrégé | L’auteur et son statut | Le texte et son statut | Langage et traduction | Style | Destinataires | Résumé ou plan |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Dialogue | oui | oui | oui | oui | ||
| Astrolabe | oui | oui | oui | |||
| WBible | oui | oui | oui | oui | ||
| MBible | oui | oui | oui | |||
| Boethius | oui | oui | oui | oui | oui | |
| Hardyng | oui | oui | oui | oui | ||
| Abbreuacion | oui | oui | ||||
| Compound | oui | oui | ||||
| Ordinal | oui | oui | oui | oui | ||
| LGW | oui | oui | oui | oui | ||
| Testament | oui | oui | oui | oui | ||
| Confessio | oui | oui | ||||
| Regement | oui | oui | oui | oui | oui | |
| TroyB | oui | oui | oui | oui | ||
| Fall | oui | oui | oui | oui | oui | |
| Othea | oui | oui | oui | oui | oui | |
| Amoryus | oui | oui | ||||
| Policy | oui | oui | ||||
| Prick | oui | oui | oui | |||
| Cloud | oui | oui | oui | |||
| MChrist | oui | oui | oui | |||
| Speculum | oui | oui | oui | oui | ||
| Orchard | oui | oui | oui | |||
| MLady | ||||||
| Kempe | oui | oui | ||||
| Reule | oui | oui | oui | |||
| Donet | oui | oui | oui | oui | ||
| LHW | oui | oui | oui | oui | oui | |
| Katherine | oui |
Tableau 1b. Typologie du contenu à transmettre
| Titre abrégé | Autorités | Connaissance | Bible | Savoirs chrétiens | Connaissance de soi | Savoirs historiques | Savoirs scientifiques | Savoirs politiques |
| Dialogue | oui | oui | ||||||
| Astrolabe | oui | |||||||
| WBible | oui | oui | oui | oui | ||||
| MBible | oui | oui | oui | |||||
| Boethius | ||||||||
| Hardyng | oui | oui | ||||||
| Abbreuacion | oui | oui | ||||||
| Compound | oui | oui | oui | |||||
| Ordinal | oui | oui | ||||||
| LGW | oui | oui | oui | oui | ||||
| Testament | oui | oui | ||||||
| Confessio | oui | oui | oui | oui | ||||
| Regement | oui | oui | oui | oui | oui | |||
| TroyB | oui | oui | oui | oui | ||||
| Fall | oui | oui | oui | oui | ||||
| Othea | oui | oui | oui | oui | oui | |||
| Amoryus | oui | oui | ||||||
| Policy | oui | |||||||
| Prick | oui | oui | oui | |||||
| Cloud | oui | oui | ||||||
| MChrist | oui | oui | oui | oui | ||||
| Speculum | oui | oui | ||||||
| Orchard | oui | oui | oui | |||||
| MLady | oui | oui | ||||||
| Kempe | oui | oui | oui | |||||
| Reule | oui | oui | oui | |||||
| Donet | oui | oui | ||||||
| LHW | oui | oui | ||||||
| Katherine | oui |
59Si presque tous les textes s’intéressent aux questions de l’auteur et de son statut, du langage et du public, deux points sont remarquables. D’une part, peu nombreux sont les textes du premier groupe, celui des textes informatifs, qui traitent du texte lui-même, notamment en ce qui concerne ses modalités de lecture. Ces dernières se rencontrent davantage dans les deux autres groupes, même si elles peuvent grandement varier. D’autre part, les textes dévotionnels se préoccupent assez peu du style et de la forme, à l’exception notable des Legendys d’Osbern Bokenham, qui prend explicitement le contrepied de la Legend de Chaucer, même s’il cède parfois aux délices de la rhétorique. En revanche, ces préoccupations apparaissent dans plusieurs textes du premier groupe, ceux de Trevisa, Walton et Hardyng par exemple. Pour ce qui relève du contenu à transmettre, les auteurs se soucient tous, à des degrés divers, de la connaissance et de sa définition. La question des autorités est surtout abordée par les textes du deuxième groupe. En revanche, ces derniers n’offrent pas de résumés. Quant aux différents types de savoirs, ils ne sont pas toujours associés à la nature du texte, nous le verrons dans la troisième partie.
2. Approche statistique
60Ces observations doivent être mises en parallèle avec l’étude textométrique du corpus83. L’analyse factorielle des correspondances permet une première appréhension de la constitution du lexique en dégageant les principales attirances et oppositions et donc des lignes de force entre les textes. Les différences de taille doivent toutefois être gardées à l’esprit, même si elles sont en partie pondérées par les modes de calculs statistiques. La taille totale du corpus est de 174 804 occurrences ; il compte environ 6 000 lemmes différents (dont un tiers d’hapax).
Tableau 2. Taille des textes par rang décroissant
| WBible | 45 353 | Katherine | 4 791 |
| Regement | 19 588 | Compound | 2 426 |
| Reule | 13 082 | MChrist | 2 255 |
| Fall | 10 768 | Kempe | 2 205 |
| MBible | 9 833 | Amoryus | 1 973 |
| Confessio | 8 822 | Speculum | 1 804 |
| TroyB | 6 841 | Othea | 1 703 |
| Orchard | 6 438 | Ordinal | 1 609 |
| LHW | 5 806 | Testament | 1 496 |
| MLady | 5 231 | Abbreuacion | 1 261 |
| LGW | 4 972 | Astrolabe | 958 |
| Hardyng | 4 660 | Cloud | 706 |
| Prick | 3 779 | Policy | 631 |
| Dialogue | 2 633 | Boethius | 557 |
| Donet | 2 623 |
61L’analyse factorielle des correspondances a été construite à partir des fréquences totales supérieures ou égales à 25 occurrences des lemmes à l’exclusion des mots-outils, après élimination des termes les plus spécifiques à chaque texte, par exemple certains noms bibliques uniquement présents dans le prologue de la Bible wycliffite. Le tableau comprend 29 colonnes, les textes, et 478 lignes, les mots. Les mots ayant une racine commune ont également été regroupés (par exemple : le verbe et le substantif desire). Il s’agit bien d’avoir une vision générale des principales oppositions relatives dans le corpus. Seuls les deux premiers facteurs ont donc été retenus (graphique 1)84.
62Le premier facteur représente 15,28 % de la variance. Il fait apparaître une opposition assez nette entre d’une part la Bible wycliffite et, dans une moindre mesure, la Bible monastique, et d’autre part tous les autres textes visibles sur les deux premiers facteurs, à commencer par les poèmes de Lydgate et de Hoccleve. Les mots associés aux traductions bibliques (à l’ouest du graphique) relèvent d’abord des fondamentaux du christianisme : God, Christ, scripture, holy, charity ou sin ; on trouve également un vocabulaire plus spécifique à l’Ancien Testament : Israel, Jerusalem, Moses, tabernacle, hest (commandement), mais aussi des termes renvoyant à son contenu narratif (king, realm, people, host{army}, kill, slay, etc.). De fait, les deux textes l’évoquent beaucoup, pour le résumer et en expliquer l’utilité. Il y a enfin des termes relevant de l’institution cléricale comme deacon, prelate ou priest, ainsi que des noms d’autorités majeures, tels Augustin, Jérôme et Salomon.
63Du côté des poèmes (au sud-est du graphique), les termes en forte opposition avec le reste du lexique sont d’abord associés aux œuvres de Lydgate, avec des thèmes au cœur de son œuvre comme la mémoire (remember), la renommée (fame) et la fortune ou la chute. Pour l’ensemble des textes à l’est, le vocabulaire relevant de l’aristocratie laïque et de ses valeurs est assez prégnant, avec des termes comme prince, knyght, royal, noble ou worthy. Plusieurs termes renvoient également au processus d’écriture et plus généralement à un contexte littéraire : enditen (écrire, composer), write, story, matter (la matière d’une œuvre), entente (intention), poet mais aussi flower, qui renvoie surtout à l’éloquence. Dans la même veine, on trouve des qualificatifs comme fresh, clear, new ou, à l’inverse, plain et rude. Certains mots renvoient, enfin, à un lexique des émotions : grieve, woe ou joy par exemple.
Graphique 1. Analyse factorielle des correspondances

64C’est donc une opposition assez nette entre textes sacrés et poésie « profane » qui est soulignée, cette dernière se trouvant fortement ancrée dans une interrogation sur la création et la transmission littéraire dans un décorum aristocratique. Mais remarquons que, du côté des poèmes, on trouve bon nombre des autres textes, y compris dévotionnels, même si ces derniers participent moins, on l’a vu, à la constitution de ces oppositions relatives.
65Le second facteur (9,5 % de la variance) oppose cette fois une littérature plutôt profane (Lydgate, Hoccleve, mais aussi Hardyng) aux traités dévotionnels et théologiques, tels les textes de Pecock et les ouvrages destinés aux nonnes de Syon, à peu près contemporains ainsi que, dans une moindre mesure, le Mirror de Love. Là encore, l’opposition n’est pas vraiment chronologique. Du côté des textes du deuxième groupe, au sud-est, on retrouve le même type de vocabulaire que précédemment, ainsi que différents termes évoquant le monde d’ici-bas (estate, rich, poor), les élites (knight et royal encore, mais aussi king, prince, lord, duke et crown). Plusieurs termes évoquent les âges de la vie (age, young, old), très présents chez Hoccleve. Le lexique des émotions est également plus fourni (glade, please, sore…).
66De l’autre côté (au nord-est du graphique), se déploie un lexique spirituel important (contemplation, devout, ghost, soul, faith…). Les textes religieux semblent par ailleurs inscrits dans une relative indifférenciation sociale puisqu’il s’agit d’abord de s’adresser au chrétien ou aux créatures de Dieu. Sur le plan de la construction textuelle, de nombreux termes renvoient à la transmission plus qu’à un processus créatif soucieux de la forme, avec des verbes comme know, learn, show, understand, teach. On observe, en outre, la présence d’un lexique relevant de l’organisation de l’œuvre : part, chapter, capitulum… Les auteurs de ces textes se soucient davantage du contenu et de la clarté de la transmission que de la forme. On trouve d’ailleurs plus fréquemment, on l’a vu, des résumés des œuvres dans ce groupe. Sont également présents des termes comme necessary et profit qui évoquent la question de la nécessité et de l’utilité de la connaissance, mais aussi un autre lexique des émotions, avec des mots comme love, desire ou stir.
67Le graphique des deux premiers facteurs a donc une structure triangulaire avec une homogénéité plus marquée du côté de la Bible wycliffite.
68Si l’on observe la classification ascendante hiérarchique (CAH, graphique 2), on voit bien qu’elle s’oppose au reste du corpus de manière appuyée – et ce d’autant plus que c’est le texte le plus long. La CAH montre également des regroupements que l’on retrouve dans l’analyse factorielle, mais avec des nuances. Outre la Bible wycliffite, la Reule et l’Orchard sont également en opposition avec le reste du corpus, y compris entre eux (notons que cette opposition apparaît dans le troisième facteur de l’analyse factorielle). Le Regement et les poèmes de Lydgate sont en revanche assez éloignés – ces derniers étant plus proches de textes plus tardifs comme Amoryus et la Chronique de Hardyng, tandis que le premier est à proximité de la Legend of Good Women ou de la Confessio. L’opposition est ici plus nettement chronologique. Mais apparaît aussi un groupe de textes dévotionnels plus thématique (le Mirror de Love, le Mirror of Our Lady…). Cela étant, d’autres regroupements ne sont pas aisément explicables, en particulier en ce qui concerne des textes qui ne participent pas aux oppositions des trois premiers facteurs de l’analyse factorielle.
69Au total, il existe bien des convergences, renforcées par la relative faiblesse des oppositions : le vocabulaire de la connaissance et de la transmission ainsi que l’attention portée au contenu et aux intentions sont bien présents et, à l’exception des traductions bibliques, il n’y a pas d’opposition à ce niveau dans le premier facteur : des termes comme know, learn, understand et book y sont neutres. Et parmi les mots neutres dans les deux premiers facteurs, on trouve des termes comme english, language, study ou encore letter.
Graphique 2. Dendrogramme de la CAH

70L’analyse factorielle, corrigée par la CAH, fait donc ressortir des oppositions thématiques plus que chronologiques et semble dans une certaine mesure renforcer l’opposition traditionnelle entre textes dévotionnels et poésie profane, notamment en ce qui concerne la connaissance du monde et la connaissance de dieu et du christianisme. Mais elle fait également apparaître des correspondances : il existe bien un socle commun à la plupart des textes, hormis la traduction wycliffite de la Bible et, dans une moindre mesure, la version monastique, elles-mêmes en partie rapprochées alors qu’elles s’opposent sur le plan doctrinal.
71Ces analyses ne constituent qu’une première approche. Il faut multiplier les angles d’attaque pour analyser, dans un premier temps, la manière dont les écrivains négocient l’acte même d’écriture et se considèrent comme des auteurs.
Notes de bas de page
1J’en ai repris de nombreux textes, mais dans leur version intégrale, puis en ai ajouté d’autres.
2Ruth Evans, « An Afterword on the Prologue », dans IV, p. 371-378, p. 376. Pour une réflexion théorique sur les paratextes – dont font partie les prologues et les épilogues –, voir Gérard Genette, Seuils, Paris, Seuil, 1987 ; et, pour des relectures stimulantes de cet ouvrage, Andrea del Lungo, « Seuils, vingt ans après. Quelques pistes pour l’étude du paratexte après Genette », Littérature, 155, 2009, p. 98-111 ; Charlotte E. Cooper, « What is Medieval Paratext ? », Marginalia, 19, 2015, p. 37-50. Cette dernière a toutefois soulevé plusieurs difficultés concernant l’application de la définition de Genette au Moyen Âge, en particulier par rapport aux illustrations, mais aussi aux frontières, point toujours tranchées, entre le prologue et le texte lui-même.
3Voir également les réflexions de Vincent Gillespie sur les accessus ad auctores, qu’il considère comme the most significant locus for abstract thinking about literary texts and their effect on a reader : Vincent Gillespie, « The Study of Classical Authors. From the Twelfth-Century to c. 1450 », dans CHLC, p. 145-236, ici p. 146; et celles de Danielle Bohler qui évoque l’image d’une « manufacture pour la production du texte »: Danielle Bohler, « Frontally and in Profile: The Identifying Gesture of the Late Medieval Author », dans Virginie Greene (dir.), The Medieval Author in Medieval French Literature, Basingstoke, Palgrave, 2006, p. 173-187, p. 175.
4Sur le français, voir Jocelyn Wogan-Browne et al., Vernacular Literary Theory from the French of Medieval England. Texts and Translations, c. 1120-c. 1450, Cambridge, D. S. Brewer, 2017 ; sur les prologues anglais antérieurs (uniquement ceux de traductions du français), voir Elizabeth Dearnsley, Translators and their Prologues in Medieval England, Cambridge, D. S. Brewer, 2016.
5Ce corpus ne prend pas en compte l’ensemble des paratextes en anglais de la fin du Moyen Âge, car il m’a fallu faire des choix pour des raisons de faisabilité ; sa trentaine d’éléments me paraît représentative.
6Sur les auteurs, on pourra consulter avec profit la base Studium Parisiense qui inclut le Dictionnaire des auteurs anglais de Jean-Philippe Genet, http://studium.univ-paris1.fr/, ainsi que l’ONB. Pour les éditions et les traductions des textes, voir la liste des abréviations et la bibliographie.
7Voir Ralph Hanna, « Sir Thomas Berkeley and his Patronage », Speculum, 64/4, 1989, p. 878-916. Sur Trevisa, voir David C. Fowler, John Trevisa, Aldershot, Variorum, 1994 ; Jane Beal, John Trevisa and the English Polychronicon, Tempe/Turnhout, ACMRS/Brepols, 2012 ; Juliette Dor, « Quelle faute l’anglais a-t-il donc commise pour qu’il soit interdit de traduire en anglais ? », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 29, 2015, p. 181-198. On y trouvera les références aux éditions de l’ensemble de ses traductions.
8Hanna, « Sir Thomas Berkeley », art. cité, p. 898.
9La bibliographie sur Chaucer est pléthorique. Il existe deux bibliographies en ligne : celle de Mark Allen et John Fisher, The Essential Chaucer : An Annotated Bibliography of Major Modern Studies, Boston, G. K. Hall, 1987 pour les années 1900-1984 ; et la Chaucer Bibliography Online publiée par la revue SAC depuis 1975. Sur l’homme, la biographie de référence est celle de Derek Pearsall, The Life of Geoffrey Chaucer : A Critical Biography, Oxford, Blackwell, 1992. Le parallèle entre Chaucer et Dante est ancien : selon John Lydgate, dans la Fall of Princes, Chaucer est Dante in Inglish (prologue du livre I, v. 303).
10La Consolatio de Boèce est l’une des œuvres les plus traduites en langue vernaculaire à la fin du Moyen Âge – nous y reviendrons au chapitre 7. Quant au Roman de la Rose, il était manifestement bien connu en Angleterre, si l’on s’en tient aux références littéraires car je n’ai pas trouvé d’études sur la réception manuscrite de cette œuvre. Pour quelques mentions de possesseurs anglais, voir toutefois Pierre-Yves Badel, Le Roman de la Rose au XIVe siècle. Étude de la réception de l’œuvre, Genève, Droz, 1980, p. 56-60.
11Pour les aspects scientifiques du traité, voir notamment Catherine Eagleton, « Chaucer’s own Astrolabe : Text, Image and Object », Studies in History and Philosophy of Science 38/2, 2007, p. 303-326.
12Ces dernières années, les travaux se sont multipliés sur la Bible wycliffite ; voir en particulier Mary Dove, The First English Bible : the Text and Context of the Wycliffite Versions, Cambridge, CUP, 2007 ; Elizabeth Solopova (dir.), The Wycliffite Bible : Origin, History and Interpretation, Leyde, Brill, 2017. En réalité, il y a eu deux traductions : une première traduction littérale et difficilement compréhensible (Early Version), puis une seconde traduction, moins littérale mais plus claire (Late Version) : voir Charles Lindberg, « The Alpha and Omega of English Bible », dans Helen Barr, Ann M. Hutchison (dir.), Text and Controversy from Wyclif to Bale. Essays in Honour of Anne Hudson, Turnhout, Brepols, 2005, p. 191-200. Selon Mary Dove, il s’agirait en fait de deux versions indépendantes : Dove, The First English Bible, op. cit., p. 137-148.
13Au XIVe siècle, on trouve également des traductions de la Bible sur le continent, en particulier dans les domaines français et germaniques. Mais en France, la seule version réellement diffusée fut une adaptation, la Bible historiale, tandis que dans les pays germaniques, les entreprises de traductions ont suscité une grande suspicion. Voir Geoffrey W. H. Lampe (dir.), The Cambridge History of the Bible, t. 2, The West from the Fathers to the Reformation, Cambridge, CUP, 1969, p. 338-491; Aude Mairey, « La Bible wycliffite », dans Boucheron (dir.), Une histoire du monde, op. cit., p. 458-463.
14Plusieurs auteurs ont été pressentis, dont John Trevisa, mais rien n’a jamais pu être prouvé : Dove, The First English Bible, op. cit., p. 68-82 ; Hudson, « The Origin and Textual Transmission », art. cité, p. 153-159.
15Voir Douglas Gray, « Walton, John (fl. 1410) », ONB ; Ian R. Johnson, « New Evidence for the Authorship of Walton’s Boethius », Notes and Queries, 43/1, 1996, p. 19-21.
16Henry Summerson, « Hardyng, John (b. 1377/8, d. in or after 1464) », ONB; Sarah Peverley, John Hardyng’s Chronicle: A Study of the Two Versions and a Critical Edition of Both for the Period 1327-1464, PhD, université de Hull, 2004.
17Sur Capgrave, voir les travaux de Karen Winstead, en premier lieu, John Capgrave’s Fifteenth-Century, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2007.
18Pour la liste, voir Peter J. Lucas, « Capgrave, John (1393-1464) », ONB.
19Voir Wolfgang-Valentin Ikas, « Martinus Polonus’ Chronicle of the Popes and Emperors. A Medieval Best-Seller and Its Neglected Influence on English Medieval Chroniclers », EHR, 116/466, 2001, p. 327-341.
20Sur Walsingham, voir Antonia Gransden, Historical Writing in England, t. 2, C. 1307 to the Early Sixteenth Century, Londres, Routledge and Kegan, 1982, p. 118-156; James G. Clark, « Thomas Walsingham Reconsidered: Books and Learning at Late Medieval St Albans », Speculum, 77/3, 2002, p. 832-860.
21Joni Henry, « Capgrave’s Dedications: Reassessing an English Flunkey », Studies in Philology, 110/4, 2013, p. 731-761. Voir également Rory G. Critten, « The King’s Historiographer: John Capgrave, Austin identity, and the Pursuit of Royal Patronage », Viator, 46/3, 2015, p. 277-300.
22Pour une présentation en français, voir Aude Mairey, « Entre littérature, science et politique : les œuvres alchimiques de Thomas Norton et George Ripley », Revue historique, 658/2, 2011, p. 243-263.
23Jonathan Hugues, Arthurian Myths and Alchemy. The Kingship of Edward IV, Stroud, Sutton Publishing, 2002, p. 56-57.
24Pour une première approche, voir Julia Boffey et A. S. G. Edwards, « The Legend of Good Women », dans Piero Boitani, Jill Mann (dir.), The Cambridge Companion to Chaucer, Cambridge, CUP, 2e éd., 2003, p. 112-126; Carolyn P. Collette (dir.), The Legend of Good Women: Context and Reception, Cambridge, D. S. Brewer, 2006; Ead., Rethinking Chaucer’s Legend of Good Women, Woodbridge, D. S. Brewer, 2014.
25Voir Anthony Spearing, Medieval Dream-Poetry, Cambridge, CUP, 1976 ; Aude Mairey, Une Angleterre entre rêve et réalité, op. cit., p. 43-45.
26Cléopâtre, Thisbé, Didon, Hypsipyle, Médée, Lucrèce, Ariane, Philomène, Phyllis et Hypermnestre. Pour une comparaison de ce texte avec le De claris mulieribus de Boccace et la Cité des Dames de Christine de Pizan, voir Carol M. Meale, « Legends of Good Women in the European Middle Ages », Archiv für das Studium der neueren Sprachen und Literaturen, 229, 1992, p. 55-70.
27À l’exception de John Eadie, qui place la composition du prologue G en premier (« The Author at Work : The Two Versions of the Prologue to the Legend of Good Women », Neuphilologische Mitteilungen, 93, 1992, p. 135-143), il existe un consensus sur l’antériorité du prologue F. Ce dernier aurait été écrit vers 1386, alors que le prologue G serait un remaniement datant du début des années 1390 (voir par exemple Michael C. Seymour, « Chaucer’s Revision of the Prologue to The Legend of Good Women », Modern Language Review, 92, 1997, p. 832-841). La trame narrative est identique mais, comme le souligne Florence Percival, le prologue G insiste davantage sur the poet’s professional standing, his social role, his responsibility for choice of subject matter, his poetic integrity (Chaucer’s Legendary Good Women, Cambridge, CUP, 1998, p. 10). C’est pourquoi je l’ai choisi pour l’analyse textométrique, même s’il ne subsiste que dans un seul manuscrit, sans pour autant négliger la version F.
28Chaucer, Legend, prologue F, v. 496-497 : And whan this book ys maad, yive it the quene, / On my behalf, at Eltham or at Sheen (« Quand ce livre sera terminé, donne-le à la reine / De ma part, que ce soit à Eltham ou à Sheen », trad. par Juliette Dor, Contes de Canterbury, p. 1390). Pour une discussion de cette dédicace, voir Andrew Taylor, « Anne of Bohemia and the Making of Chaucer », SAC, 19, 1997, p. 95-119. Joyce Coleman a également avancé l’hypothèse d’une implication, au moins indirecte, de Philippa de Lancastre, la fille aînée de Jean de Gand, dans la composition du poème de Chaucer : Joyce Coleman, « The Flower, the Leaf, and Philippa of Lancaster », dans Collette (dir.), The Legend of Good Women, op. cit., p. 33-58.
29Voir par exemple Paul Strohm, « Politics and Poetics: Usk and Chaucer », dans Lee Patterson (dir.), Literary Practice and Social Change in Britain: 1380-1530, Berkeley, University of California Press, 1990, p. 83-112; Marion Turner, « Usk and the Goldsmiths », NML, 9, 2007, p. 139-177. Pour le contexte londonien, voir notamment Pamela Nightingale, « Capitalists, Crafts and Constitutional Change in the Late Fourteenth-Century London », Past and Present, 124, 1989, p. 3-35. Cette accusation de trahison a rejailli sur l’évaluation de l’œuvre de Usk : voir Isabel Davis, Writing Masculinity in the Later Middle Ages, Cambridge, CUP, 2007, p. 38 et suivantes.
30Lors de ce parlement, les opposants à Richard II, les Appellants, mirent le gouvernement royal en accusation et entamèrent une véritable purge : voir Harriss, Shaping the Nation, op. cit., p. 461-468.
31La bibliographie sur Gower n’est pas aussi pléthorique que celle sur Chaucer, mais elle reste imposante. Il existe une bibliographie en ligne, tenue par la John Gower Society et l’université du Texas. Pour un panorama général, voir Siân Echard (dir.), A Companion to Gower, Cambridge, D. S. Brewer, 2004. Pour de nouveaux éléments concernant sa profession, voir Sebastian Sobecki, « A Southwark Tale : Gower, the 1381 Poll Tax, and Chaucer’s The Canterbury Tales », Speculum, 92/3, 2017, p. 630-660.
32Sur le multilinguisme de Gower, voir Elisabeth M. Dutton, John Hines et Robert F. Yeager (dir.), John Gower, Trilingual Poet : Language, Translation and Tradition, Cambridge, D. S. Brewer, 2010 ; Tim Machan, « Medieval Multilinguism and Gower’s Literary Practice », Studies in Philology, 103/1, 2006, p. 1-25 ; Aude Mairey, « John Gower ou le multilinguisme en action », Médiévales, 68, 2015, p. 57-72.
33Brunetto Latini, Li Livres dou Tresor, éd. par P. Chabaille, Paris, 1863 ; Id., Le livre du Trésor. Livre I, trad. par Bernard Ribémont et Sylvère Menegaldo, Paris, Honoré Champion, 2013. Sur la réception de Latini en Angleterre, voir Julia Bolton Holloway, « Brunetto Latini in England », Manuscripta, 31, 1987, p. 11-21.
34Il existe des variations dans la tradition textuelle de la Confessio qui, à la suite de George Macaulay, a longtemps été divisée en trois recensions : la première, dédicacée à Richard II, aurait été composée entre 1386 et 1390 ; la deuxième aurait été une révision effectuée au début des années 1390 ; et la troisième, adressée à Henri de Lancastre, daterait de 1392. J’ai retenu pour l’analyse lexicale la version dédicacée à Henri IV. Toutefois, les débats sur la chronologie des dédicaces et, plus généralement, sur la tradition textuelle de la Confessio, sont nourris, en lien avec la question de l’adhésion de Gower à l’usurpation d’Henri IV. Cette division en trois recensions est de plus en plus contestée: voir notamment Peter Nicholson, « The Dedications of Gower’s Confessio amantis », Mediaevalia, 10, 1984, p. 159-180; Joel Fredell, « The Gower Manuscripts: Some Inconvenient Truths », Viator, 41/1, 2010, p. 231-250; Terry Jones, « Did John Gower Rededicate his Confessio Amantis before Henry IV’s Usurpation? », dans Simon Horobin, Linne Mooney (dir.), Middle English Texts in Transition. A Festschrift dedicated to Toshiyuki Takamiya on his 70th birthday, York, York Medieval Press, 2014, p. 40-74. Même un homme aussi prudent que Derek Pearsall est sceptique sur la réalité de ces trois recensions (« The Manuscripts and Illustrations of Gower’s Works », dans Siard [dir.], A Companion to Gower, op. cit., p. 73-97, p. 94).
35Pour une introduction en français, voir Aude Mairey, « Thomas Hoccleve ou l’ambiguïté de l’autorité poétique », dans Genet (dir.), La légitimité de l’implicite, op. cit., t. 1, p. 337-355. Pour une biographie détaillée, voir John Burrow, Thomas Hoccleve, Authors of the Middle Age, t. 4, Aldershot, Variorum, 1994; Helen K. Killick, Thomas Hoccleve as Poet and Clerk, PhD, université d’York, 2010. Il a été suggéré que Hoccleve était le fils d’un drapier londonien: Linne R. Mooney, Estelle Stubbs, « A Record Identifying Thomas Hoccleve’s Father », Journal of the Early Book Society, 14, 2011, p. 233-237.
36Pour une première approche, voir Derek Pearsall, John Lydgate, Londres, Routledge, 1970; Id., John Lydgate: A Bio-Bibliography, Victoria, University of Victoria, 1997; Larry Scanlon, James Simpson (dir.), John Lydgate: Poetry, Culture and Lancastrian England, Notre Dame, Ind., University of Notre Dame Press, 2006.
37Voir Robert J. Meyer-Lee, Poets and Power from Chaucer to Wyatt, Cambridge, CUP, 2007, p. 174.
38Voir par exemple Jacob Riyeff, « “Tenlvmyne” the Laetabundus: John Lydgate as Benedictine Poet », Journal of English and Germanic Philology, 115/3, 2016, p. 370-393 ; Mark Faulkner, W. H. E. Sweet, « The Autograph Hand of John Lydgate and a Manuscript from Bury St. Edmunds Abbey », Speculum, 87/3, 2012, p. 766-79.
39Guido delle Colonne, Historia destructionis Troiae, éd. par Nathaniel E. Griffin, Cambridge, Mass., 1936.
40Benoît de Sainte-Maure, Le Roman de Troie, 6 vol. , éd. par Léopold Constans, Paris, 1904-1912. La version latine de Guido delle Colonne est en fait une adaptation du Roman de Benoît, même s’il a effectué des emprunts à d’autres sources.
41Selon Derek Pearsall, elle aurait peut-être été suggérée au duc par l’abbé de Saint-Albans, John Whethamstede (John Lydgate, op. cit., p. 226). Jennifer Summit, pour sa part, a suggéré que la composition de l’œuvre pouvait également être replacée dans le contexte d’une révolte lollarde réprimée en 1431 par Humphrey : Jennifer Summit, Memory’s Library. Medieval Books in Early Modern England, Chicago, University of Chicago Press, 2008, p. 31-33 et infra, p. 195, n. 17 Pour une présentation en français de cette œuvre, voir Aude Mairey, « Boccace en Angleterre : la Fall of Princes de John Lydgate (1421-1428) », dans Barbara Fleith, Réjanne Gay-Canton, Géraldine Veysseyre (dir.) en collaboration avec Aude Mairey et Audrey Pérard, De l’(id)entité textuelle au cours du Moyen Âge tardif (XIIIe-XVe siècle), Paris, Classiques Garnier, 2018, p. 163-182. Voir également Nigel Mortimer, John Lydgate’s Fall of Princes: Narrative Tragedy in its Literary and Political Contexts, Oxford, OUP, 2005.
42Giovanni Boccacio, De casibus virorum illustrium, éd. par Pier Giorgio Ricci et Vittorio Zaccaria, Milan, Mondadori, 1983. Seul le premier livre de la traduction a fait l’objet d’une édition : Laurent de Premierfait’s Des cas de nobles hommes et femmes, Book I, Translated from Boccaccio, éd. par Patricia Gathercole, Chapel Hill, University of North Carolina, 1968. Mais Lydgate a utilisé bien d’autres sources.
43Christine de Pizan, Epistre Othea, éd. par Gabriella Parussa, Genève, Droz, 1999. Sur la réception de Christine en Angleterre, voir Aude Mairey, « Christine de Pizan dans l’Angleterre du XVe siècle : une autorité en matière de bon gouvernement ? », Revue historique, 679/3, 2016, p. 491-511.
44Voir Jonathan Hugues, « Stephen Scrope and the Circle of Sir John Fastolf: Moral and Intellectual Outlooks », dans Christopher Harper-Hill, Ruth Harvey (dir.), Ideals and Practice of Medieval Knighthood, t. 4, Woodbridge, Boydell, 1992, p. 109-146. Sur Worcester et les débuts de l’humanisme anglais, voir Wakelin, Humanism, Reading, and English Literature, op. cit.
45La troisième dédicace, à une « princesse » non identifiée, n’a pas été publiée et je n’ai pu avoir accès au manuscrit (New York, Pierpont Morgan Library, M 775).
46Voir Chloe Morgan, « For my poyntel so rude ys […] yt can nought grave : John Metham’s Amoryus and Cleopes and the Stapletons of Ingham », Cahiers électroniques d’histoire textuelle du LaMOP, 6, 2013 [1re éd. en ligne 2014].
47Cette histoire apparaît également dans la Legend de Chaucer, mais avec des différences importantes. Outre la référence précédente, voir Roger Dalrymple, « Amoryus and Cleopes: John Metham’s Metamorphosis of Chaucer and Ovid », dans Phillipa Hardman (dir.), The Matter of Identity in Medieval Romance, Cambridge, D. S. Brewer, 2002, p. 149-162; Jamie C. Fumo, « John Metham’s “Straunge Style”: Amoryus and Cleopes as Chaucerian Fragment », CR, 43/2, 2008, p. 215-237.
48Sur les liens entre emprisonnement et inspiration boécienne, également présents chez Usk, voir Joanna Summers, Late-Medieval Prison Writing and the Politics of Autobiography, Oxford, OUP, 2004.
49Selon Sebastian Sobecki, qui suit là John Scattergood, une autre œuvre d’Ashby, les Dicta et opiniones diversorum philosophorum, serait en fait une composante de l’Active Policy : Sebastian Sobecki, Last Words. The Public Self and the Social Author in Late Medieval England, Oxford, OUP, 2019, p. 159-160.
50L’ordre mixte des Brigittines a été fondé au milieu du XIVe siècle par Brigitte de Suède (m. 1373) et impose une clôture stricte et une vie de méditation aux nonnes et d’étude aux frères : voir Tore Nyberg, « Brigitte (sainte) et Brigittines (1303-1373) », dans André Vauchez (dir.), Dictionnaire encyclopédique du Moyen Âge, 2 vol. , Cambridge/Paris/Rome, James Clarke/Cerf/ Città Nuova, 1997, vol. 1, p. 226. Sur la fondation de l’abbaye de Syon, qui est rapidement devenue un foyer majeure de la dévotion anglaise, voir Edward A. Jones et Alexandra Walsham (dir.), Syon Abbey and its Books : Reading, Writing and Religion, c. 1400-1700, Woodbridge, Boydell Press, 2010, en particulier l’introduction ; Tekla Bude, « The Myth of Retrospection : Syon Abbey and the Futurity of Lancastrian Legitimation », CR, 51/2, 2016, p. 227-247.
51C’est John Bale (m. 1563) qui est à l’origine de cette attribution : voir Richard Morris’s Prick of Conscience. A Corrected and Amplified Reading Text, éd. par Ralph Hanna et Sarah Wood, Oxford, OUP (EETS, o.s. 342), 2013, p. XXXIV-XXXVIII. Voir également Wolfgang Riehle, « The Authorship of Prick of Conscience reconsidered », Anglia, 111/1-2, 1993, p. 1-18. Le texte a également été attribué à plusieurs reprises à Robert Grosseteste.
52Voir Howell Chickering, « Rhetorical Stimulus in the Prick of Conscience », dans Stephanie Hayes-Healey (dir.), Medieval Paradigms. Essays in Honor of Jeremy Duquesnay Adams, 2 vol. , New York, Palgrave Macmillan, 2005, t. 1, p. 191-230; Moira Fitzgibbons, « Enabled and Disabled “Myndes” in the Prick of Conscience », dans Seeta Chaganti (dir.), Medieval Poetics and Social Practice, op. cit., p. 72-94; Ellen K. Rentz, Imagining the Parish in Late Medieval England, Columbus, Ohio State University Press, 2015.
53Il existe deux grandes versions du poème : la version principale, originaire du Nord et la recension du Sud, en provenance des Midlands.
54The Pricke of Conscience (Stimulus Conscientiae): A Northumbrian Poem by Richard Rolle of Hampole, éd. par Richard Morris, Berlin, 1863, réimpr. New York, 1973; The Prick of Conscience, éd. par James H. Morey, Kalamazoo, TEAMS, 2012. L’édition de Morris a été rééditée, avec des enrichissements, en 2013 : voir Richard Morris’s Prick of Conscience, éd. par Hanna et Wood, op. cit.
55La datation du Cloud et des textes qui lui sont associés reste difficile à établir précisément : voir Annie Sutherland, « The Dating and Authorship of the Cloud Corpus : A Reassessment of the Evidence », MÆ, 71/1, 2002, p. 82-100.
56Sur l’importance des Chartreux dans l’Angleterre de la fin du Moyen Âge, voir pour une première approche Glyn Coppack et Michael A. Aston, Christ’s Poor Men : the Carthusians in England, Stroud, Tempus, 2003.
57Johannes de Caulibus, Meditationes Vitae Christi, éd. par M. Stallings-Taney, Turnhout, Brepols, 1997. Sur l’importante tradition anglaise des Meditationes, voir notamment Ian R. Johnson, Allan F. Westphall (dir.), The Pseudo-Bonaventuran Lives of Christ : Exploring the Middle English Tradition, Turnhout, Brepols, 2013, ainsi que le site Geographies of Orthodoxy.
58Il existe cependant des débats sur ce point, et plus précisément sur la nature de la licence qui aurait été accordée à ce texte et sur les liens entre Nicholas Love et Thomas Arundel: voir Susan Powell, « Evidence fo the Licensing of Books from Arundel to Cromwell », dans Horobin, Mooney (dir.), Middle English Texts in Transition, op. cit., p. 134-158; Michael G. Sargent, « Bishops, Patrons, Mystics and Manuscripts: Walter Hilton, Nicholas Love and the Arundel and Holland Constitutions », dans ibid., p. 159-176; Id., « The Holland-Takamiya Manuscript of Nicholas Love’s Mirror of the Blessed Life Of Jesus Christ », dans Takami Matsuda, Richard A. Linenthal, John Scahill (dir.), The Medieval Book and a Modern Collector, Essays in Honour of Toshiyuki Takamiya, Cambridge/Tokyo, D.S. Brewer/Yushodo Press, 2004, p. 137-147.
59Sur Catherine de Sienne, voir Carolyn Muessig, George Ferzoco et Beverly Mayne Kienzle (dir.), A Companion to Catherine of Sienna, Leyde, Brill, 2012.
60The Myroure of Our Lady, éd. par James Blunt, Londres (EETS, e.s. 19), 1873; IV, p. 258-265. Voir en premier lieu Ann Hutchison, « The Myrroure of Our Lady: A Medieval Guide for Contemplatives », dans Hogg (dir.), Studies in St. Birgitta and the Brigittine Order, op. cit., t. 2, p. 215-227.
61La bibliographie sur Margery Kempe est immense. Pour une première approche, voir John H. Arnold, Katherine J. Lewis (dir.), A Companion to The Book of Margery Kempe, Cambridge, D. S. Brewer, 2004.
62Les débats sur le degré de dissidence de Margery Kempe ont été (et sont encore) houleux. Pour un résumé des discussions, voir Fiona Tolhurst, « The Radical, yet Orthodox, Margery Kempe », dans Robert W. Epstein, William R. Robins (dir.), Sacred and Profane in Chaucer and Late Medieval Literature. Essays in Honour of John V. Fleming, Toronto, University of Toronto Press, 2010, p. 179-204.
63Voir Sebastian Sobecki, « “The Writyng of This Tretys”: Margery Kempe’s Son and the Authorship of her Book », SAC, 37, 2015, p. 257-283.
64Voir Wendy Scase, « Pecock, Reginald (b. c.1392, d. in or after 1459) », ONB ; Ead., Reginald Pecock, Authors of the Middle Ages, t. 3, Aldershot, Variorum, 1996.
65Sur l’œuvre de Pecock, voir notamment Charles W. Brockwell, Bishop Reginald Pecock and the Lancastrian Church: Securing the Foundations of Cultural Authority, Lewiston, Edwin Mellen Press, 1985; et surtout Kristy Campbell, The Call to Read. Reginald Pecock’s Books and Textual Community, Notre Dame, Ind., University of Notre Dame Press, 2010.
66Les raisons qui présidèrent à sa mise en procès furent toutefois en partie politiques: voir Jeremy Catto, « The King’s Government and the Fall of Pecock, 1457-1458 », dans Rowenna Archer, Simon Walker (dir.), Rulers and Ruled in Late Medieval England, Londres, Hambledon Press, 1995, p. 201-222; R. M. Ball, « The Opponents of Bishop Pecock », Journal of Ecclesiastical History, 48, 1997, p. 230-262; et infra, p. 104.
67Voir Misthooni Bose, « The Annunciation to Pecock: Clerical imitatio in the Fifteenth-Century », Notes and Queries, 47, 2000, p. 172-176.
68Voir Sheila Delany, Impolitic Bodies: Poetry, Saints and Society in Fifteenth-Century England, the Work of Osbern Bokenham, Oxford, OUP, 1998; pour une interprétation différente des allégeances de Bokenham, plus centrée sur son appartenance à son ordre ou sur son cercle culturel, voir Simon Horobin, « Politics, Patronage and Piety in the work of Osbern Bokenham », Speculum, 82/4, 2007, p. 932-949; Cynthia Turner Camp, « Osbern Bokenham and the House of York revisited », Viator, 44/1, 2013, p. 327-352.
69Horobin, « Politics, Patronage and Piety », art. cité.
70Les saintes sont : Marguerite, Anne, Christine, les 1 000 Vierges, Fides, Agnès, Dorothée, Marie-Madeleine, Catherine, Cécile, Agathe, Lucie et Élisabeth.
71Sur cette sainte, voir Jacqueline Jenkins, Katherine J. Lewis (dir.), St Katherine of Alexandria: Texts and Context in Western Medieval Europe, Turnhout, Brepols, 2003.
72Alastair J. Minnis, Medieval Theory of Autorship. Scholastic Literary Attitudes in the Later Middle Ages, Londres, Scholar Press, 1984; CHLC; Jacqueline Hamesse (dir.), Les prologues médiévaux, Turnhout, Brepols, 2000; Dearnsley, Translators and their Prologues, op. cit., passim. Voir aussi Emmanuelle Baumgartner, Laurence Harf-Lancner (dir.), Seuils de l’œuvre dans le texte médiéval, 2 vol. , Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2002.
73Minnis, Medieval Theory of Authorship, op. cit., p. 9 et suiv.; voir également Winthrop Wetherbee, « The Study of Classical Authors. From Late Antiquity to the Twelfth-Century », dans CHLC, p. 99-144, p. 119 et suiv.
74Minnis, Medieval Theory of Authorship, op. cit., passim.
75Jacques Dalarun, « Conclusion », dans Hamesse (dir.), Les prologues médiévaux, op. cit., p. 639-661, p. 652.
76Ibid., p. 654.
77Voir pour les textes en anglais Albert Hartung et J. Burke Servers (dir.), A Manual of the Writings in Middle English, 1050-1500, 10 vol. , Connecticut, Connecticut Academy of Arts and Sciences, 1967-1998.
78Voir Sarah Peverley, « Chronicling the Fortunes of Kings: John Hardyng’s use of Walton’s Boethius, Chaucer’s Troilus and Cryseide, and Lydgate “Kyng Henry VI’s Triumphal entry into London », dans Juliana Dresvina, Nicholas S. Sparks (dir.), The Medieval Chronicle, VII, Amsterdam, Rodopi, 2011, p. 167-204.
79Pour un exemple de réflexion sur le flou et la mixité des genres, voir, à propos de la Confessio de Gower, Andrea Schutz, « Absent and Present Images : Mirrors and Mirroring in John Gower’s “Confessio Amantis” », CR, 34/1, 1999, p. 107-124.
80Genet, La genèse de l’État moderne, op. cit., p. 263-269. Pour la définition de cette théorie des champs par Pierre Bourdieu, voir Raisons pratiques. Sur la théorie de l’action, Paris, Seuil, 1994, p. 62-71.
81Pour une réflexion sur la nécessité de prêter attention aux genres définis par les médiévaux eux-mêmes, mais aussi aux œuvres qui brouillent consciemment ces catégories, voir Paul Strohm, « Middle English Narrative Genres », Genre, 13, 1980, p. 379-387.
82Geneviève Hasenohr, « Les prologues des textes de dévotion en langue française (XIIIe-XIVe siècle) : formes et fonctions », dans Hammesse (dir.), Les prologues médiévaux, op. cit., p. 593-638 ; Dearnsley, Translators and their Prologues, op. cit., p. 63-65 et 249-259.
83Voir en annexe « Outils textométriques, mode d’emploi » pour le « mode d’emploi » des outils utilisés pour les analyses statistiques.
84Pour le détail des résultats, voir l’annexe en ligne. Dans le graphique, les termes en bleu n’apparaissent que dans le premier facteur, ceux en noir apparaissent dans les deux facteurs et ceux en vert, uniquement dans le second facteur. Les mots dont la contribution moyenne est inférieure à 3 % (la moyenne étant de 2,2 %) n’apparaissent pas dans ce graphique pour des raisons de lisibilité, mais certains d’entre eux sont signalés dans le commentaire.
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