Résumés
p. 257-260
Texte intégral
1N. Perreaux, Des structures domaniales aux territoires ecclésiaux ? Entités spatiales et dynamique du processus de spatialisation dans les actes diplomatiques (VIIe-XIIIe s.)
Si les entités spatiales médiévales ont fait l’objet de différentes enquêtes ces dernières années, elles n’ont jamais été envisagées globalement, à l’échelle européenne. Grâce au corpus diplomatique des Cartae Europae Medii Aevi (CEMA), l’article propose d’étudier la dynamique d’une trentaine de termes relatifs à ces structures spatiales. Il met ainsi en lumière trois phases de spatialisation, qui conduisent progressivement au renforcement du contrôle ecclésial – et donc à une spiritualisation du système d’organisation spatiale médiéval.
2F. Grollmann, Recht und Raum zwischen Karolinger- und Ottonenzeit: zum Sendhandbuch des Abtes Regino von Prüm
L’enquête juridico-historique se concentre sur les Libri duo de synodalibus causis et disciplinis ecclesiasticis rédigés par l’abbé Réginon de Prüm vers 906. Dans son œuvre, le clerc a principalement compilé des passages de textes normatifs issus de capitulaires et d’actes conciliaires des VIIIe et IXe siècles. Le Sendhandbuch, qui a été largement diffusé en Francie orientale, relie textuellement les périodes carolingienne et ottonienne. À partir de ces sources, l’article aborde différentes facettes de la pensée spatiale de l’époque par le biais de la réglementation des lieux de culte, des informations concernant les distances et des conflits d’appartenance. Apparaît ainsi la coexistence de conceptions polarisées et territorialisées de l’espace.
3N. Schroeder, Des dominations désincarnées ? Dépendants et dépendantes entre l’abbaye de Maroilles et la seigneurie d’Avesnes au milieu du XIIe siècle
L’historiographie francophone récente a mis au premier plan la « lecture spatiale » des sociétés du premier Moyen Âge et la « question ecclésiale » (c’est-à-dire la prise en compte de l’Église comme élément moteur des dynamiques sociales). Sans nier les apports importants de ces paradigmes, il faut souligner qu’ils amènent parfois à considérer comme seuls protagonistes et acteurs sociaux les membres de l’aristocratie ecclésiastique ou laïque. Ce biais semble particulièrement dommageable pour l’étude de la seigneurie, parce qu’il présente comme unidirectionnels les rapports entre élites et mondes paysans. En analysant les rapports entre l’abbaye de Maroilles, le seigneur d’Avesnes et leurs dépendant·e·s au milieu du XIIe siècle, cet article cherche à montrer que l’étude des rapports entre « espaces ecclésiastiques » et « seigneuries laïques » ne peut se comprendre en tenant uniquement compte des « arts de gouverner » de l’aristocratie : il convient de prêter également attention aux « arts de désobéir » des dépendant·e·s, qui contraignent les élites à coopérer au sein même de leurs affrontements, afin de reproduire leur domination.
4T. Martine, Imitatio episcopi ? Le rôle des évêques dans l’émergence de seigneuries laïques polarisées en Lotharingie méridionale (Xe-XIe s.)
Cet article souligne une particularité lotharingienne : si le rôle des monastères dans l’émergence de nouveaux modèles spatiaux est bien connu en Occident, le cas d’un ancrage spatial de l’aristocratie laïque à la fois sur initiative et sur modèle épiscopal ne se retrouve que dans les régions de l’ancienne Francia Media, en l’occurrence en Lotharingie méridionale.
5J. Beaumon, Implantations prieurales et enjeux territoriaux aux confins de la Bretagne et de l’Anjou (XIe-XIIe siècles)
Au XIe siècle, les abbayes angevines et tourangelles participent à la restauration monastique de l’Ouest français. Elles implantent ainsi en Bretagne des réseaux de prieurés qui se situent en partie aux confins de limites diocésaines et seigneuriales souvent en pleine recomposition.
6T. Lacomme, La seigneurie ecclésiastique de Saint-Étienne de Troyes. Approches d’un espace non territorialisé (XIIe-XIIIe siècles)
La collégiale Saint-Étienne de Troyes, fondée par le pouvoir comtal, responsable d’une partie de la vicomté de Troyes après 1264, eut un rôle dans la « territorialisation » du comté de Champagne, alors même que l’espace qu’elle polarise ne semble pas territorialisé.
7P. Chaffenet, Espaces ecclésiastiques et seigneuries laïques en Vermandois occidental (XIe-début XIIe siècles) : complémentarités et distinctions. Le cas du Mont-Saint-Quentin
Du XIe au début du XIIe siècles les sources diplomatiques concernant l’abbaye bénédictine du Mont-Saint-Quentin (diocèse de Noyon) permettent de mettre en lumière des rapports proprement montois à l’espace au moment où s’enracine la seigneurie châtelaine de Péronne, dans le nord-ouest du comté de Vermandois. Notre étude vise à montrer en quoi ces spatialités monastiques et aristocratiques progressivement constituées sont à la fois solidaires et distinctes.
8J. Bachelier, Terre d’Église puis seigneurie laïque en Bretagne : l’exemple de Rannée/La Guerche (XIe-XIIIe siècles)
Implantée au milieu du XIe siècle en limite du diocèse, la seigneurie castrale de La Guerche prend racine sur un ancien domaine de l’Église de Rennes, Rannée. La lignée castrale est issue d’une dynastie épiscopale qui a adapté sa stratégie dans un contexte de diffusion de la réforme grégorienne. Le château concentre les critères de centralité, mais la polarité religieuse demeure à Rannée jusqu’à la Révolution.
9L. Klocke, Die Integration Burgunds in das Kaiserreich. Eine Analyse der Netzwerke burgundischer Bistümer
Après la mort en 1032 du dernier des Rodolphiens, le roi Rodolphe III, la question de l’avenir du royaume de Bourgogne se pose : Conrad II, le premier souverain salien, devient alors candidat au trône de Bourgogne. Cet article examine l’intégration du royaume bourguignon dans l’Empire par le biais de celle des diocèses bourguignons sous le règne de Conrad II.
10C. de Vasselot de Régné, Conflits spatiaux et territorialisation seigneuriale : la famille de Lusignan et les espaces ecclésiastiques
La multiplication des conflits entre châtelains et ecclésiastiques en Poitou, du XIe au XIIIe siècle, révèle une concurrence croissante, née des transformations qui ont affecté l’Église au XIe siècle. Cette compétition finit par provoquer une redéfinition progressive des rapports de force et leur territorialisation, afin de spatialiser les droits sur la terre et les hommes.
11T. P. Jansen, Die Bischöfe von Verden in ottonischer Zeit: Bischöfliches Agieren in Räumen geistlicher und weltlicher Macht
À partir du cas du diocèse de Verden an der Aller, jusqu’à présent peu étudié, cet article examine tout d’abord la formation d’espaces grâce à des échanges entre les grands laïques et ecclésiastiques de Francie orientale pendant la phase missionnaire du IXe siècle, puis l’établissement de centres topographiques dans la région de Verden aux IXe et Xe siècles. Il s’intéresse enfin à la perte du siège épiscopal de Verden par les Billung à la fin du Xe siècle et au début du XIe siècle. Par comparaison avec d’autres diocèses, la question est de savoir comment les caractéristiques des évêques de Verden en tant que relais ont évolué selon des paramètres changeants.
12F. Peloux, Entre diocèse et seigneurie ecclésiastique. Remarques sur l’espace épiscopal en Gévaudan (XIe-XIIe siècles)
En interrogeant sources diplomatiques et hagiographiques, en confrontant espace idéel et espace réel, on s’intéresse ici à la lente construction d’un territoire épiscopal dans l’ancienne cité de Mende (Gévaudan) depuis les premières traces du mouvement de la paix de Dieu jusqu’à l’épiscopat d’Aldebert du Tournel à la fin du XIIe siècle. On aimerait inviter in fine à se demander dans quelle mesure la constitution d’une seigneurie épiscopale a pu contribuer à l’ancrage spatial du pouvoir spirituel de l’évêque et donc à la fabrique du diocèse.
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