Destins d’objets. Circulations entre collections privées, marchés et musées
p. 117-147
Texte intégral
La vente des bijoux du trésor de la cathédrale Nuestra Señora del Pilar de Saragosse (1870)
1Bien qu’elle n’ait lieu que quatre ans plus tard en 1870, John Charles Robinson informe dès 1866 le South Kensington Museum de la volonté des autorités religieuses de vendre les joyaux conservés dans le trésor de la cathédrale Nuestra Señora del Pilar de Saragosse1. Dans une lettre écrite au même moment, Robinson fait part à Henry Cole de son impatience à disposer de fonds pour pouvoir acquérir des objets tant l’instabilité politique de l’Espagne permet d’acheter des œuvres à la moitié de leur valeur. Il indique également être entré en contact avec les plus hautes autorités ecclésiastiques espagnoles, notamment le patriarche des Indes occidentales et l’archevêque de Tolède. Ces derniers lui ont confirmé leur volonté de vendre des œuvres appartenant aux trésors des églises et cathédrales pour pallier leur manque d’argent. Robinson insiste également sur la nécessité d’agir vite tant la concurrence des marchands français, des Rothschild et de leurs agents ne se ferait pas attendre2. Le chapitre de Nuestra Señora del Pilar de Saragosse décide de vendre une partie de son trésor probablement dès 1863, lorsque les autorités religieuses sont dans l’obligation d’entreprendre des travaux de restauration face à l’état de délabrement de certaines parties de la basilique (fig. 17)3. Le gouvernement espagnol, après avoir fait attendre sa décision pendant plusieurs années, refuse finalement de financer les travaux mais autorise le chapitre à vendre une partie de son trésor4.
Fig. 17 Jean Laurent, Iglesia de Nuestra Señora del Pilar, vista desde el puente

Entre 1860 et 1886, Madrid, Fototeca del patrimonio histórico.
© Ministerio de Cultura y Deporte
2La vente des joyaux du trésor de Nuestra Señora del Pilar a un retentissement important dans les milieux européens de la curiosité dans la mesure où elle attire plusieurs collectionneurs et marchands étrangers, principalement français et anglais5. Jusqu’à présent, cette vente a été analysée à partir des archives du South Kensington Museum qui compte parmi les principaux acheteurs. Les objets acquis par le musée londonien ont été étudiés dans plusieurs publications qui n’offrent qu’une vision partielle de leur dispersion6. Davillier fait le récit de cette vente dans L’Espagne, ce qui permet d’attester sa présence à l’événement sans pour autant renseigner sur les objets qu’il y acquiert. Son texte offre un autre point de vue sur les rapports de force qui s’exercent alors entre les différents acheteurs étrangers mais aussi locaux7. La correspondance du baron Davillier permet d’éclairer la provenance de plusieurs pièces de joaillerie aujourd’hui conservées au musée du Louvre ou dans des collections particulières. Il est intéressant de souligner que ce récit introduit le chapitre vingt-huit de L’Espagne intitulé par Davillier « La curiosité au point de vue des objets espagnols », attestant ainsi de l’impact de cette vente sur le marché et la connaissance des arts décoratifs en Espagne8 :
Pendant notre séjour à Saragosse, au printemps de 1870, eut lieu dans cette ville une vente publique des plus intéressantes, qui fit à cette époque grand bruit en Espagne. Il s’agissait des bijoux de Notre-Dame del Pilar que le cabildo (chapitre) s’était décidé à aliéner, afin de se procurer les fonds nécessaires pour la continuation des travaux du temple, interrompus depuis la fin du siècle dernier. Un double catalogue, en bon espagnol et en mauvais français, avait été envoyé dans les principales villes de l’Europe, aussi, le 31 mai, la Sala Capitular, où se faisait la vente, était remplie d’amateurs et de marchands étrangers, accourus des quatre points cardinaux pour se disputer, les bijoux offerts depuis des siècles à la célèbre Vierge del Pilar. Le musée de South Kensington avait même envoyé un représentant, qui acheta un bon nombre d’objets9.
3Davillier souligne d’emblée le caractère international de cette vente dont la diffusion est assurée grâce à la publication d’un catalogue édité en français et en espagnol destiné à convaincre les marchands et collectionneurs étrangers de faire le voyage jusqu’à Saragosse10. Cela n’est pas anodin dans la mesure où, à cette époque, les grandes ventes aux enchères à caractère international sont organisées à Londres et Paris11. La rédaction du catalogue a été confiée à José Ignacio Miró, joaillier et marchand en pierres précieuses, désigné expert de la vente. Miró est connu des collectionneurs. En 1866, Robinson le mentionne dans un de ses rapports et le présente comme le « “diamantaire” de la Reine, une personne qui, en tant qu’“évaluateur” officiel ou expert en bijoux, négociateur de prêts, est un agent confidentiel auprès de la plupart des principales personnalités de la Cour d’Espagne12 ». C’est notamment grâce à lui que Robinson est introduit auprès du patriarche des Indes occidentales. Le choix de José Ignacio Miró apparaît évident puisque son nom est susceptible d’attirer un certain nombre de collectionneurs étrangers et qu’il peut faire circuler l’annonce de la vente au sein de ses propres réseaux. En tant que commerçant spécialisé, il s’impose également à cette époque comme un expert en matière de bijoux et pierres précieuses, capable d’attribuer une valeur à ces objets. La même année paraît d’ailleurs son Estudio de las piedras preciosas qui appuie l’expertise de son jugement13. En revanche, c’est davantage le réseau de connaissances de Miró qui permet d’attirer les acheteurs à la vente que la qualité de son catalogue qui comporte au total cinq cent vingt-trois numéros14 :
Le catalogue comprenait en tout 523 bijoux, parmi lesquels une cinquantaine, tels que pendants, reliquaires, médaillons, croix, etc., dataient du seizième siècle. Le reste se composait d’un grand nombre de bagues, bracelets, colliers, chaînes, montres, chapelets, boucles d’oreille ; épingles, etc. Il y avait même des éventails, des coffrets, des chandeliers, des pommes de canne, et jusqu’à des peignes en or ou en argent, ainsi que toutes sortes d’ex-voto, têtes, jambes, mains, pieds, yeux, bustes, doigts, cœurs, etc. sans compter une vingtaine de Vierges del Pilar15.
4La vente des joyaux de Nuestra Señora del Pilar est l’une des premières ventes d’arts décoratifs comprenant des pièces d’orfèvrerie et de joaillerie civile et religieuse et des ex-voto. Le trésor de Nuestra Señora del Pilar est riche de plusieurs siècles d’offrandes de la part des fidèles, des familles royales et nobles, à la Vierge Marie identifiée sous le vocable populaire de Pilar16. L’essentiel du trésor est d’ailleurs préservé durant la guerre d’Indépendance comme en témoigne un inventaire daté de 1783 resté inédit jusqu’en 199617. Les bijoux qui sont vendus aux enchères en 1870 datent principalement de la Renaissance, du xvie au xviiie siècle. Il n’y a aucune pièce d’époque médiévale, celles-ci ayant probablement été vendues auparavant. À partir de l’étude des Actes du Chapitre de Saragosse, Carolina-Beatriz Naya Franco a démontré que la quasi-totalité des bijoux du trésor est vendue en 1870 et que seuls vingt-sept d’entre eux sont exclus pour des raisons liturgiques18. Les bijoux sont exposés pendant trois jours avant la vente qui débute le 30 mai 1870. Celle-ci est organisée dans le Salón principal del Palacio Arzobispal, une grande salle adossée à la basilique qui, selon Eudel, peut contenir plus de deux mille personnes. D’après le catalogue, les objets sont adjugés un par un, ce qui explique la durée inhabituelle de la vente soulignée par Davillier : « La vente, qui aurait exigé deux jours à Londres, et le double à Paris, dura près de quinze jours à Saragosse, grâce à la lenteur avec laquelle opéraient les membres du chapitre19 ». Le catalogue, dont les descriptions sont certainement peu utiles aux collectionneurs de l’époque pour se rendre compte de la qualité des pièces, est pourtant un document précieux comportant une section intitulée « Objets artistiques », dont les pièces témoignent de tentatives d’attribution à des orfèvres célèbres20. À côté de ces objets figurent plusieurs centaines de numéros renvoyant à des objets plus modestes de la piété populaire. Comme le souligne Letizia Arbeta Mira, en dépit d’une rédaction certainement hâtive, le catalogue de Miró est un document rare sur la composition d’un important trésor marial dans la seconde moitié du xixe siècle21.
5Plusieurs années après l’événement, le récit de la vente est encore complété par Paul Eudel d’après les confidences que lui a faites son ami. Sans doute livrées sur un ton plus libre que celui de Davillier dans L’Espagne, celles-ci sont restituées par la plume caustique et parfois emphatique d’Eudel. Le récit du célèbre chroniqueur de la curiosité offre néanmoins une analyse inédite de cette vente et de ses conséquences sur la circulation des arts décoratifs espagnols ainsi que leur valorisation entre marché, collections particulières et musées22.
6Si elle attire des collectionneurs et marchands étrangers, d’après Eudel, la vente est aussi un événement à l’échelle locale : « Au jour choisi, elle [la Sala Capitular] était pleine de curieux, accourus de tous les points de la province. Ceux qui n’avaient pu entrer se tenaient en masse sur la promenade de Santa Engracia pour apprendre tout de suite les péripéties de ce tournoi mémorable23 ». Comme à son habitude, Eudel fait le récit de cette vente sur un ton épique. Il met en scène les différents acheteurs, au premier rang desquels figurent les envoyés du South Kensington Museum et le baron Davillier dans ce qui s’apparente à une joute chevaleresque. Son récit est également teinté de mépris à l’égard de l’amateurisme des Espagnols dans l’organisation de la vente. Telle qu’elle est décrite dans les diverses sources citées, cette vente semble relever à la fois de l’almoneda, terme usité durant l’Ancien Régime pour désigner les ventes aux enchères de biens personnels, et de la subasta, terme qui s’impose au xixe siècle pour désigner la vente aux enchères moderne24. Nommé commissaire-priseur, le président du Chapitre est chargé de conduire la vente mais semble mal maîtriser les codes des ventes aux enchères : « [il] commençait par demander si l’on donnait le prix de l’estimation : Dan la tasa? Quand il était couvert, il s’écriait : La tasa dan! (on donne le prix), puis pour chauffer les enchères : A la una! (une fois !), A las dos! (deux fois !) Que se va a rematar! (on va adjuger !). Puis enfin : A las tres! (trois fois !). Et en disant ces mots, le président agitait sa sonnette, signal de l’adjudication25 ».
7L’annonce de la vente est efficace et plusieurs acheteurs potentiels se déplacent. À quelques jours d’intervalle, Juan Facundo Riaño et Henry Layard avertissent Henry Cole de l’occasion que celle-ci représente pour l’enrichissement des collections du musée. Cole se trouve justement en Espagne. Il visite d’ailleurs les deux cathédrales de Saragosse le 24 avril 1870 et juge alors qu’il n’y a rien d’utile pour le South Kensington Museum26. À nouveau, Layard est celui qui suggère à Cole d’envoyer Riaño à Saragosse tout en insistant sur l’opportunité d’acquérir à bas prix des bijoux certainement exceptionnels27. Riaño vient tout juste d’être désigné nouvel art referee du musée. Si le South Kensington Museum acquiert effectivement des bijoux intéressants à cette vente, les lettres échangées entre Cole, Layard et Riaño montrent, d’une part, que le musée doit revoir ses ambitions à la baisse et, d’autre part, que ses souhaits en matière d’objets sont très spécifiques. Dans une lettre adressée à Riaño, Cole lui demande de se rendre à Saragosse pour établir une liste d’objets accompagnée d’un prix d’achat recommandé. Le directeur du South Kensington précise d’ailleurs que les bijoux en tant que tels n’intéressent pas le musée qui recherche en priorité des spécimens de fabrication artistique ancienne28. Dans une autre lettre, il indique encore à Layard ne souhaiter acquérir ni bijoux ni objets modernes mais plutôt des émaux s’il y en a parmi les pièces mises aux enchères29. D’après les confidences faites à Layard, Cole aurait préféré envoyer Robinson à Saragosse, certainement parce que ce dernier connaît Miró et qu’il a eu l’occasion de voir le trésor de Nuestra Señora del Pilar. Tenu à l’écart des acquisitions du musée depuis 1867, Robinson est envisagé pour représenter l’institution à Saragosse. Fort d’une intrépidité devenue légendaire, il va même plaider auprès du Premier ministre Gladstone l’obtention d’un crédit de 5 000 £, mais cette démarche est contre-productive et Robinson finalement écarté. La solution proposée par le gouvernement – emprunter de l’argent sur les fonds alloués au musée pour l’année suivante – n’est pas suivie par le comité directeur qui ne parvient ni à lister les objets qu’il souhaite y acquérir, ni à en évaluer les dépenses. La question de la valeur des objets mis aux enchères semble épineuse pour le South Kensington Museum dans la mesure où le catalogue ne signale que quelques « objets artistiques ». Le musée puise ainsi dans les fonds dont il dispose pour l’année 1870 et alloue un crédit de 1 500 £ à Riaño. Cole laisse alors entendre à Layard qu’il souhaite que celui-ci assiste Riaño au cours de la vente. Or, l’ambassadeur ne peut pas représenter officiellement le musée londonien. Même si Cole se fie au jugement de Riaño, la direction du South Kensington Museum semble décidée à ce qu’il soit assisté par un expert marchand qui maîtrise les rouages des ventes aux enchères. Un peu à la dernière minute, le choix se porte sur le marchand William Chaffers, un conseiller régulier en matière d’acquisitions30. Ce dernier, dont le rôle est certainement de seconder Riaño lors des surenchères et de garantir une valeur d’achat acceptable, est un des protagonistes du récit d’Eudel, dans lequel il est quelque peu tourné en ridicule.
8Curieusement, le récit d’Eudel ne fait pas mention de Riaño et identifie Chaffers comme le représentant du South Kensington. Il le met en scène aux côtés du baron Davillier dans un duel pour l’acquisition d’un des objets qui compte parmi les plus précieux du trésor : une grenade en or sertie de rubis, suspendue à l’aide de trois chaînettes, en forme de noix de prière s’ouvrant en deux parties, dans lesquelles sont ciselées une scène de la Visitation et une autre de l’Annonciation31. L’œuvre, attribuée à Benvenuto Cellini, attire toutes les attentions et concentre la concurrence des acheteurs étrangers. L’objet est mis aux enchères au prix de 20 000 réaux, « estimation d’un expert ignorant, José Ignacio Miró », dit Eudel, qui ajoute : « ce n’est pas Charles Mannheim qui aurait commis cette bévue32 ». Les estimations de Miró témoignent davantage de la valeur monétaire des objets, probablement estimée en se fondant sur le prix des métaux et pierres précieuses, que de leur valeur artistique fondée sur des critères esthétiques ou de rareté. Si Eudel semble affirmer rétrospectivement qu’un expert tel que Mannheim aurait estimé à sa juste valeur cet objet, les hésitations des représentants du South Kensington soulignent davantage un manque de repères en la matière au moment de la vente. D’après Eudel, Chaffers tente d’acquérir la grenade pour le compte du South Kensington. Il surenchérit à plusieurs reprises avec l’aide de Davillier, son concurrent devenu allié :
Le musée de Kensington de Londres avait envoyé pour le représenter sir W. Cheffers [sic], un Anglais pur-sang, au flegme britannique, qui ne comprenait rien à la langue française et n’aurait pu dire un mot d’espagnol. Il s’était mis à côté du baron Davillier, comme auprès d’un sauveur, afin qu’il lui servît d’interprète ! Placé dans cette délicate situation d’agir alternativement pour lui et contre lui, il poussait tantôt pour son concurrent, tantôt pour son propre compte. – Nothing for you (rien pour vous), lui disait-il. – Very well (très bien), répondait le représentant britannique. – For me (pour moi). – Very well. Et ainsi de suite.
La situation était nouvelle. À coup sûr elle ne manquait pas de piquant. Dans la salle, une avide curiosité se peignait sur tous les visages. Les Saragossiens se penchaient pour mieux examiner ces deux nobles étrangers qui prenaient ce jour-là un aussi grand rôle dans l’histoire de leur cité. Jamais ils n’avaient vu deux frères ennemis s’entendre si bien et rester en aussi bons termes. Comme nous l’avons déjà fait remarquer, les enchères marchaient donc lentement, avec la majesté habituelle au pays des hidalgos. Il n’y a pas de crieurs en Espagne. Aussi, pour tromper le temps et remplacer la cadence monotone de l’aboyeur ordinaire, après chaque enchère, le président faisait un petit discours bien senti. Arrivé au chiffre suprême de deux cent mille réaux, M. Cheffers [sic], dont le crédit était dépassé, remercia son interprète et lui déclara qu’il abandonnait personnellement la partie. Son voisin, bien décidé à ne pas lâcher prise aisément, continua seul la lutte, répondant, sans hésiter, par mille réaux à chacune des enchères de ses adversaires33.
9Les représentants du South Kensington Museum ne dépensent que 880 £ sur les 1 500 à leur disposition et leur dépense la plus élevée atteint 157 £34. Leurs acquisitions demeurent relativement modestes par rapport aux prix qu’atteignent certains objets à l’instar de celui qui ouvre les enchères décrit comme « une plaque [de] décoration française du Saint Esprit35 » qui, d’après Davillier, est adjugée à 312 500 réaux36. Un collier et un diadème sont également adjugés chacun à environ 100 000 réaux. Une montre avec sa châtelaine en or émaillé, cataloguée dans les « Bijoux artistiques », est acquise par un amateur parisien37. Les acquisitions du South Kensington Museum sont destinées à figurer à l’exposition de bijoux organisée par le musée en 1872 où elles illustreront des spécimens espagnols38. À cette date, le musée londonien est la seule institution à posséder une collection de bijoux espagnols. Au même moment, il cherche à acquérir la collection de bijoux de l’orfèvre italien Alessandro Castellani à laquelle il consacrerait une somme plus importante même si Cole redoute alors que cet achat ne nuise au marché en faisant augmenter les prix39.
10Une lettre de la baronne Davillier nous apprend que son époux se trouve déjà en Espagne au début du mois de mai 187040. La lettre de Léopold Davillier qui lui est attachée informe, quant à elle, qu’il s’y trouve en compagnie d’Isaac Strauss et de Charles Stein41. Davillier est alors soucieux de pouvoir disposer de fonds suffisants. Il semble avoir appris l’annonce de la vente au cours de son voyage et ne peut prendre ses dispositions auprès de ses intermédiaires habituels Auguste de Muller et Stanislas Darthez42. Son frère Léopold lui conseille tout de même de passer par ces derniers qui peuvent l’accréditer de la somme de 75 000 francs auprès de leur banquier à Saragosse. Ces informations donnent une idée de la somme dont Davillier souhaite disposer pour se rendre à la vente. Les acquisitions du baron n’ont encore jamais été mises en lumière même si sa présence attestée à la vente laisse supposer qu’il y achète plusieurs objets. Il est difficile de savoir exactement combien d’objets il acquiert et à quel prix. Néanmoins, plusieurs bijoux aujourd’hui conservés au Louvre sont très certainement acquis par lui à Saragosse (fig. 18). Les objets en question sont d’ailleurs comparables à ceux du South Kensington Museum (fig. 19). Ce sont principalement des pendentifs en forme d’aiguière, de dragon ailé ou de triton, des croix en cristal de roche, des pierres précieuses et émail sur ronde-bosse d’or, ou encore des paires de pendants d’oreille en forme d’ancre. Ces objets datent essentiellement des xvie et xviie siècles et sont considérés pour la plupart comme des productions espagnoles. Les pendentifs en forme de dragon ailé et de triton ont été publiés dans l’ouvrage d’Yvonne Hackenbroch qui ne mentionne pas leur collection d’origine43. Parmi les nombreux joyaux légués par Ferdinand de Rothschild au British Museum en 1898, certains dont la provenance est inconnue peuvent provenir du trésor de Nuestra Señora del Pilar44. Comme l’indique Henry Cole à Layard, il a peu d’espoir pour le South Kensington Museum dans la mesure où les Rothschild ont envoyé leurs agents à Saragosse. La présence des agents des Rothschild, les banquiers Daniel Weisweiller et Ignacio Bauer, est un autre facteur qui contraint le musée londonien à revoir ses ambitions à la baisse. Ignacio Bauer est un habitué des réceptions organisées par les Layard à l’ambassade britannique. Lui-même collectionneur, il a réuni une importante collection exposée dans son palais madrilène où Henry Cole est invité lors de son séjour en avril 187045. De plus, le South Kensington a recours à Weisweiller et Bauer pour ouvrir un compte en vue de la vente. Les prétentions du musée sont donc connues de plusieurs acteurs et concurrents potentiels.
11L’acmé de la vente est pourtant, selon Eudel, le combat que livre le baron Davillier pour l’acquisition de la grenade en or sertie de rubis. Après avoir écarté le marchand William Chaffers, Davillier, que l’on croit envoyé par le Louvre, continue de surenchérir :
Personne ne disait mot. Le moment devenait solennel. Tous les esprits étaient tendus, tous les regards dirigés vers l’amateur français. Il devenait le lion du jour. Alors, le président tenant de la main droite la sonnette qui remplace en Espagne le marteau d’ivoire de maître Chevallier, se leva, réclama le silence et prononça les paroles devenues sacramentelles dans tous les pays du monde : « – A la una! A las dos! Señores, réfléchissez.
Fig. 18 Dragon ailé, pendentif, Espagne, émail sur ronde-bosse d’or, perle baroque, xvie siècle

Paris, musée du Louvre © Photo RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle. https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010098296
Fig. 19 Pendentif dit Le pélican en piété, Espagne, or émaillé, rubis, perles et cristal, vers 1550-1575,

Londres, Victoria and Albert Museum © Victoria and Albert Museum, London. https://collections.vam.ac.uk/item/O72012/the-pelican-in-her-piety-pendant-unknown/
Por Nuestra Señora del Pilar, je vais dire : A las tres! » Malgré toutes ces sollicitations le public gardait un calme profond. On aurait entendu voler un brigand de la Sierra Morena. Le baron tenait la corde. Il touchait le but. Encore un moment et la grenade allait être définitivement à lui46.
12Raconté par Eudel, le dénouement de la vente s’apparente à une mise en scène théâtrale qui voit Davillier vaincu par un justicier masqué après que celui-ci ait fait irruption juste avant l’adjudication. La comparaison avec l’intervention divine est attendue, ce qu’Eudel ne manque pas de souligner dans la mesure où l’homme masqué a été envoyé par un Saragossien47. Carlos María Lafuente Rosales a dépouillé la presse espagnole de l’époque et recensé les articles dédiés à la vente. Paru dans La Época et livré par l’envoyé du journal à Saragosse, un autre récit de l’adjudication de la grenade offre une version plus vraisemblable que celle proposée par Eudel :
Saragosse, 31 mai. Nous avons été témoins d’un épisode très curieux, intéressant et émouvant. Au cours de la vente du bijou historique connu sous le nom de la Grenade, estimée à 20 000 réaux, les enchères entre Français et Anglais avaient atteint la somme de 83 000 réaux. La vente était sur le point de s’achever, et au beau milieu d’un grand silence, se fit entendre une voix offrant 84 000 réaux ; quand on demanda qui était le nouvel enchérisseur, Alberto Urriés s’annonça, et immédiatement, l’assistance immense se mit à applaudir, dire bravo et crier : « Bien pour Saragosse ». Les Anglais et les Français ne poursuivirent pas la surenchère, manifestant avec galanterie qu’ils ne souhaitaient pas mépriser l’enthousiasme public48.
13Alberto Urriés y Bucarelli est un homme politique local, président de la Real Sociedad Económica Aragonesa de Amigos del País, organisateur de l’Exposición Aragonesa de 1868. Il acquiert la grenade avec l’aide de son ami Manuel Nogueras49. D’autres espagnols comptent parmi les acheteurs comme le duc de Medinaceli ou Teodoro Bosch i Estanca dont les noms sont évoqués dans la presse aux côtés de Davillier, Bauer et Charles Stein, confirmant ainsi le contenu de la lettre de Léopold Davillier. La présence de plusieurs orfèvres et bijoutiers, tels John Webb Singer50 ou la maison de joaillerie française Mellerio, atteste également de l’intérêt de cette vente pour les artistes contemporains51.
14Sous la plume d’Eudel, le baron Davillier est le tenant de la morale de cette histoire. Il y est présenté comme un héros courtois, respectueux du désir d’une communauté de garder en son sein un objet lié à son histoire52. La grenade est adjugée au prix de 84 000 réaux, soit quatre fois son estimation53. Présente dans le trésor de Nuestra Señora del Pilar depuis 1577, le joyau reste ainsi à Saragosse grâce à Urriés y Bucarelli qui a empêché son acquisition par un étranger. La vente aux enchères révèle ainsi la façon dont les acheteurs et les objets sont simultanément qualifiés à l’épreuve de celle-ci54. Elle témoigne des diverses formes d’attachement à ces objets dotés d’une valeur nouvelle55. Pourtant, à peine quelques années plus tard, la grenade intègre la collection du baron Davillier. Le collectionneur cherche certainement à l’acquérir dès 1874 à la mort d’Alberto Urriés. D’après Eudel, celle-ci arrive rue Pigalle « sous le manteau d’un Espagnol56 ». Lafuente Rosales suggère que Davillier a pu l’obtenir grâce à José Ybañez, un Saragossien qui propose de lui procurer des objets dès 186657. Il semble plus probable que Miró soit son intermédiaire même si la façon dont Davillier fait l’acquisition de la grenade demeure inconnue. Lady Schreiber, qui se trouve en Espagne à l’époque de la vente, en suit certainement les rebondissements par l’intermédiaire des Layard58. Quelques années plus tard, à l’occasion d’une visite au 18 de la rue Pigalle au cours de laquelle Davillier lui montre ses objets, elle indique le prix que le collectionneur a déboursé pour acquérir la grenade : « et parmi eux, un merveilleux achat que M. Davillier avait fait récemment, pas moins que la célèbre grenade de Nuestra Señora del Pilar de Saragosse, pour laquelle il avait payé 1 200 £. Il ne l’a acquise que récemment et c’est une pièce exquise, de la même famille que notre bijou Charles Quint, mais bien sûr beaucoup plus remarquable à tous points de vue, bien que pas plus intéressante59 ». Comme en témoignent les félicitations reçues de la part d’Enrique Claudio Girbal60 ou du comte de Valencia de Don Juan, l’acquisition de la grenade par Davillier est un événement dans le milieu européen de la curiosité. Valencia de Don Juan se réjouit pour sa part de voir l’objet figurer dans l’ouvrage que Davillier prépare sur l’orfèvrerie espagnole61. Pourtant, la grenade ne reste que peu de temps dans la collection du baron Davillier puisque celui-ci la vend à Gustave de Rothschild. En 1881, Gustave de Rothschild écrit en effet à Davillier qu’il est disposé à lui prêter le certificat délivré par la cathédrale de Saragosse au moment de la vente de la grenade pour que celui-ci en fasse une copie62. La notoriété acquise par la grenade dans le milieu de la curiosité est accentuée par son entrée dans la collection Davillier entre 1874 et 1876. Cependant, comme l’indique Eugène Plon dans l’ouvrage qu’il consacre au célèbre orfèvre Benvenuto Cellini, le collectionneur ne la croit pas de sa main mais penche plutôt pour un travail espagnol postérieur63.
Découvertes archéologiques et constitution des collections
15Gloria Mora rappelle la prédominance des recherches consacrées à la dispersion, aux spoliations et au trafic de la peinture espagnole depuis la guerre d’Indépendance sur les recherches dédiées aux collections archéologiques et antiquaires64. L’auteur se focalise cependant sur le dernier quart du xixe siècle, le Museo Arqueológico Nacional est alors fondé depuis plusieurs années et les collectionneurs américains comptent parmi les acteurs importants sur le marché des antiquités espagnoles. Deux décennies auparavant, au tournant des années 1860-1870, précisément au moment où est créé à Madrid le Museo Arqueológico Nacional, des découvertes archéologiques s’annoncent comme des étapes importantes du développement des études préhistoriques et marquent la naissance de l’archéologie scientifique en Espagne.
16Dans la péninsule Ibérique, les études préhistoriques se font connaître grâce à la mise au jour du sanctuaire du Cerro de los Santos, situé dans la province d’Albacete. Les premières informations relatives au Cerro de los Santos datent du xvie siècle. Cependant, la preuve d’un intérêt notable à son égard remonte à 1860 lorsqu’un habitant d’une commune voisine signale le site à la Real Academia de la Historia. Ce signalement n’est suivi d’aucun effet et, en l’absence d’une législation prohibant l’exploitation du site, des particuliers y fouillent. La mobilisation du Museo Arqueológico Nacional fondé en 1867 met en lumière les rapports de force qui s’établissent entre collectionneurs, marchands, savants et musées. Plusieurs décennies avant l’adoption d’une législation sur les fouilles archéologiques65, la dispersion de ces découvertes archéologiques permet notamment de rendre compte de la diversité des acteurs à l’œuvre et de leurs motivations, parmi lesquels figurent le comte de Valencia de Don Juan et le baron Davillier66.
17Le site est d’abord fouillé par des personnalités locales, puis les découvertes faites au Cerro de los Santos connaissent une diffusion européenne. Parmi ces personnalités figurent les piaristes de Yecla qui rassemblent de nombreuses sculptures ibériques. Elles sont alors conservées et exposées au Colegio de Escuelas Pías dirigé par le Père Lasalde, l’un des premiers à consacrer une étude à ces découvertes67. À partir de 1870, Vicente Juan y Amat – connu comme « l’horloger de Yecla68 » – s’intéresse également, sur les conseils d’un notaire de la ville, au Cerro de los Santos. Décidé de gagner sa vie comme antiquaire, il fouille le site et réunit un grand nombre de sculptures et d’autres vestiges pour en faire le commerce. Les terres sur lesquelles se situe le sanctuaire appartiennent au comte de Montealegre qui, par l’intermédiaire de son administrateur, autorise Amat à y entreprendre des fouilles69.
18À la suite de ses premières découvertes, Amat sollicite l’avis du Père Lasalde qui reconnaît l’importance historique et culturelle de ses trouvailles. Les deux hommes collaborent dès lors pour poursuivre les fouilles, le Père Lasalde interprétant pour sa part les résultats de ces premières découvertes70. Au début des années 1870, ils possèdent les deux plus importantes collections de sculptures ibériques issues du sanctuaire du Cerro de los Santos. La publication des premières études du Père Lasalde conduit à la diffusion de ces découvertes au sein des réseaux antiquaires et savants71. La découverte des premiers vestiges est concomitante de leur dispersion commerciale dont Amat est l’un des principaux artisans72. Le Museo Arqueológico Nacional prend connaissance de la Memoria du Père Lasalde lorsque celle-ci est publiée en février 1871. Plusieurs de ses membres sont autorisés par ordonnance royale à se rendre sur place le mois suivant pour y entreprendre des fouilles et acquérir des objets auprès d’Amat73. Les résultats des fouilles publiés par le Père Lasalde ouvrent la voie à l’étude de la sculpture ibérique et à celle de la romanisation de la Péninsule74. Après avoir réuni les fonds nécessaires, le Museo Arqueológico Nacional forme une commission scientifique composée de Paulino Savirón y Estevan75, chargé des acquisitions pour le musée, et de Juan Arturo de Malibrán y Autet76. Les deux envoyés du musée se rendent à Yecla en septembre 1871. Leurs fouilles donnent lieu à de nouvelles découvertes et, grâce à l’intervention du Père Lasalde qui négocie à la baisse le prix proposé par Amat, ils acquièrent également auprès du marchand un ensemble de cinquante pièces provenant du Cerro de los Santos77. Une seconde commission scientifique est envoyée à Yecla en novembre 1871. Au cours de celle-ci, Savirón acquiert un second lot composé de nombreux fragments de sculptures et de quelques plats mudéjars à reflets métalliques78. Dès 1871, le musée fait d’importantes acquisitions. Il enrichit encore ses collections auprès d’Amat et grâce à des dons importants, à commencer par celui de la collection réunie par le Père Lasalde. José Ignacio Miró, l’expert de la vente des bijoux de Nuestra Señora del Pilar, vend au musée des objets issus du Cerro de los Santos dont la provenance est méconnue79. En 1873, il propose à l’institution trente statues en pierre, des figurines en bronze et diverses céramiques80. Parmi ce premier lot figure notamment la Gran Dama Oferente, l’une des pièces maîtresses de la collection ibérique du Museo Arqueológico Nacional81. Cet ensemble important atteste que les objets issus des fouilles du Cerro de los Santos circulent rapidement au sein des réseaux antiquaires espagnols.
19La richesse du site du Cerro de los Santos est connue en dehors de la Péninsule tant il offre une diversité d’objets allant de la sculpture ibérique à la céramique hispano-arabe. Jusqu’à présent, les liens entre Davillier et les découvertes du Cerro de los Santos demeurent inconnus. Une lettre d’Armand de Brémont, correspondant régulier du baron dans les années 1870, établit une connexion permettant d’éclairer la provenance de sa collection de faïences à reflets métalliques :
Mon cher Monsieur,
J’ai reçu il y a trois jours à mon retour à Valence d’un voyage à Murcie votre lettre du 25 septembre. Il se peut que vous trouviez à Yecla un différent choix de plats comme ceux que vous cherchez. On vend par pièce je suppose les objets. En tout cas je sais qu’à Yecla on a trouvé dans plusieurs endroits un grand nombre de statues phéniciennes ou carthaginoises de la plus haute valeur pour un musée et qui commencent à se disperser à droite et à gauche. On peut les avoir à des prix relativement bas et j’ai entendu dire à M. Brasseur de Bourbourg82 que si l’on réunissait ces trouvailles on pourrait enrichir la France d’un petit musée d’une grande valeur et unique en son genre. Vous pourrez en faire votre profit car ce qui manque à M. de Bourbourg doit être les moyens d’acquérir et vous n’êtes pas dans ces conditions… […] Pour Yecla, il y a un coup de fortune à tenter, gardez pour vous ces renseignements et mettez-les à profit. Parcourez notre musée égyptien et phénicien à Paris, prenez des notes et en venant ici achetez ce que vous trouverez à Yecla. Prenez une liste sur le lieu des personnes qui ont vu ces objets soit à Madrid ou aux environs pour les racheter et je crois que vous ferez une bonne affaire tout en rendant un grand service à l’archéologie et [à l’]ethnographie. Lorsque vous aurez réuni ces objets, il vous sera facile de les classer et leur valeur sera d’autant plus élevée que ces pièces sont, je crois, uniques sur la terre d’Espagne. Il faut aller au Mexique pour trouver quelques objets de ce genre. Comment expliquer alors les trouvailles d’objets identiques entre le nouveau et l’ancien monde à une époque aussi reculée que la domination phénicienne et romaine en Espagne ?83.
20En plus de procéder aux fouilles du site, Vicente Juan y Amat parcourt la région et achète le moindre objet de valeur pour enrichir son fonds de commerce. Les objets qu’il vend au Museo Arqueológico Nacional sont déterminants dans son processus de spéculation. Il faut certainement envisager les fouilles du Cerro de los Santos comme une des sources de l’enrichissement des collections du baron Davillier et du comte de Valencia de Don Juan en matière de céramique dans les années 187084. Dans une lettre non datée, un certain Bayer informe Davillier de son souhait de venir voir chez lui « les derniers objets trouvés au Cerro de los Santos85 ». Il est difficile de savoir quels types d’objets Davillier a pu acquérir mais il est peu probable qu’il acquit des objets ibériques. La plupart des collections particulières qui conservent à cette époque des sculptures issues de fouilles du Cerro de los Santos sont espagnoles86. Davillier a pourtant connaissance des découvertes qui y sont faites. En 1873, Brémont l’alerte sur la découverte des sculptures qu’il décrit alors comme « phéniciennes ou carthaginoises » et sur l’intérêt d’en réunir une collection en France. Certains savants, à l’instar de Charles Étienne Brasseur de Bourbourg, en ont l’ambition même si les musées français méconnaissent encore à cette date les découvertes du Cerro de los Santos87. La collection de statues et de vestiges du Cerro de los Santos rassemblée par le Museo Arqueológico Nacional est dévoilée à l’occasion de l’Exposition universelle de Vienne en 1873 à laquelle le musée madrilène envoie vingt-neuf moulages88. Teresa Chapa Brunet et Julio González Alcalde indiquent que les suspicions à l’égard de l’authenticité des vestiges n’apparaissent qu’en 1875, à la suite du discours d’entrée de Juan de Dios de la Rada y Delgado à la Real Academia de la Historia consacré aux antiquités du Cerro de los Santos89. Dans sa réponse au discours de son collègue, Aureliano Fernández-Guerra, dont un des domaines d’expertise est l’épigraphie, porte une attention particulière aux inscriptions visibles sur les vestiges, émettant de premiers doutes sur l’homogénéité de l’ensemble90. Les vestiges du Cerro de los Santos attisent la curiosité des archéologues européens qui, même s’ils ne doutent pas de leur authenticité jusqu’en 1875, confessent cependant leur incapacité à les interpréter. C’est par exemple le cas d’Henry Layard et d’un conservateur du British Museum qui examinent en 1875 les vestiges acquis par le musée de Madrid91.
21Le second événement déterminant dans la vie sociale de ces objets est l’Exposition universelle de 1878. La polémique qui se forme entre 1873 et 1878 met en doute l’authenticité des objets de la collection du Museo Arqueológico Nacional. Dans la lignée d’Emil Hübner92, plusieurs savants, archéologues et conservateurs de musées étrangers tels Theodor Mommsen93 ou Adrien de Longpérier94 jugent que ces statues sont fausses. L’exposition des sculptures à Paris en 1878 s’annonce délicate et problématique. Nommé président de la huitième section de l’Exposition rétrospective, Davillier fait part à son ami Valencia de Don Juan des inquiétudes des organisateurs, dont Longpérier, au sujet des sculptures du musée madrilène95. Le comte le rassure sur la provenance des objets que le musée archéologique de Madrid avait prêtés : « Qu’ils ne doutent pas de l’authenticité des statues du Cerro de los Santos, quelques-unes de leurs statues ont été extraites d’un terrain dur depuis des siècles par mon ami Savirón, un homme sérieux, peu ami de [Juan de Dios de la] Rada [y Delgado], et une personne d’une formalité entière et de confiance96 ». L’argument du comte est valable dans la mesure où la traçabilité des objets découverts lors des fouilles de Savirón en 1871 est certaine97. Cependant, l’opinion selon laquelle les statues sont fausses s’est bien formée et l’exposition de 1878 porte un coup fatal à leur réputation.
22De son côté, l’horloger de Yecla poursuit son commerce et approche les institutions étrangères en se plaignant du peu de considération que lui accorde le Museo Arqueológico Nacional. En 1877, après plusieurs tentatives infructueuses, il fait parvenir une lettre à Henry Barbet de Jouy98, offrant au Louvre une série d’objets « de première classe » qu’il propose de vendre à un prix plus avantageux que celui qu’il offre en Espagne99. Animé par un désir de reconnaissance que son pays ne semble pas satisfaire, Amat se tourne vers le musée français auquel il donne la possibilité de constituer, à bas prix, une collection capable de concurrencer celle du musée archéologique de Madrid. La lettre d’Amat est certainement transmise par Davillier au conservateur du Louvre. Celle-ci lui parvient en pleine polémique sur l’authenticité des statues du Cerro de los Santos tandis que s’éveillent les suspicions sur le rôle d’Amat dans la commercialisation de faux. En dépit d’une démarche quelque peu maladroite à l’égard des institutions muséales, Amat est un marchand astucieux qui s’impose comme un intermédiaire de premier plan dans la mesure où il parvient à réunir la collection d’objets authentiques la plus importante100. Il est néanmoins le principal artisan du commerce des faux et de leur vente délibérée au Museo Arqueológico Nacional. Les conditions de création de ces faux demeurent énigmatiques, mais leur fabrication commence probablement dès les premières découvertes d’Amat en 1871. Celui-ci retouche lui-même certaines pièces, mais il est plus probable qu’il existât, dans les environs de Yecla, des ateliers dans lesquels des statues étaient créées de toutes pièces101.
23Le commerce d’Amat est lucratif dans la mesure où ses ventes de vestiges authentiques et de faux lui permettent d’acheter d’autres types d’œuvres et de diversifier sa collection. En 1879, Brémont avertit à nouveau Davillier au sujet d’objets dont Amat dispose102. Dans la lettre adressée à Barbet de Jouy, l’horloger évoque notamment l’acquisition par le musée de Madrid d’un « vase arabe » qui appartient à la série des vases dits de l’Alhambra que l’institution lui a « très mal103 » payé (fig. 34). Restées inédites, plusieurs lettres de la correspondance du baron Davillier sont conservées dans les archives de l’Instituto de Valencia de Don Juan. Elles sont d’ailleurs intercalées entre les pages du manuscrit de Davillier consacré à l’histoire de la céramique espagnole. Dans une de ces lettres, le comte confie à son ami le récit officieux de l’acquisition du vase, ainsi que la façon dont il agit comme négociateur entre le vendeur et l’acheteur. Il communique à Davillier des informations sur la provenance et la découverte du fameux vase pour qu’elles figurent dans l’ouvrage qu’il prépare. La présence de ce vase dans les collections du musée archéologique de Madrid résulte de transactions successives qui témoignent des ruses d’un marchand et d’âpres négociations. Le vase est découvert à une date inconnue près d’Hornos dans la province de Jaén par un certain José Mañas Arando qui est en train de labourer un champ. L’anse manquante du vase fut brisée au moment de sa découverte. L’objet suscite l’enthousiasme des habitants du village. Il est transporté dans l’église Nuestra Señora de Hornos où il est remployé comme bénitier104. Le vase sert à cet usage pendant plusieurs années jusqu’à ce que Vicente Juan y Amat ne propose de l’acheter en 1875. L’horloger de Yecla acquiert le vase pour 30 duros, soit 150 pesetas, et offre un nouveau bénitier à l’église dont la valeur est également estimée à 30 duros. Le curé d’Hornos consent à se séparer du vase, car l’argent de la vente lui sert à entretenir la façade de son église.
24Cependant, l’annonce de cette vente suscite un certain émoi parmi les fidèles qui sont décidés à s’y opposer. Avec l’aide du maire, Amat obtient d’être escorté jusqu’à la sortie du village et part avec l’objet dont il est le nouveau propriétaire. Il cherche dès 1875 à le revendre et le propose au musée archéologique de Madrid pour la somme de 22 000 duros, soit plus de sept cent fois son prix d’achat. Or, le musée n’est pas en mesure de payer une telle somme. Paulino Savirón y Estevan tente de négocier le prix auprès du marchand. Il propose de l’acheter pour la somme de 15 000 pesetas et de compléter avec divers objets en double dans les collections du musée. Il promet également à Amat une reconnaissance officielle ainsi que le grade de commandeur dans l’Ordre de Charles III. Le marchand ne cède pas et menace au contraire de se tourner vers le plus offrant en Espagne ou à l’étranger. Dans l’impasse, Savirón sollicite l’aide du comte de Valencia de Don Juan et du Père Lasalde. Dans sa lettre à Davillier, le comte livre les détails des négociations :
Amat l’a vendu au musée archéologique pour 60 000 réaux, le marquis de Orovio étant alors ministre des Travaux publics, actuellement ministre des Finances, on doit à son instruction qu’un objet de céramique hispano--moresque aussi intéressant ait été conservé en Espagne. Jusqu’ici vous pouvez publier, et maintenant, je vous le dis entre nous, Amat m’a offert le vase et j’ai obtenu que le marquis de Orovio négocie son achat. À lui la gloire de dépenser cet argent pour un objet d’art dans un pays aussi pauvre et arriéré que l’Espagne105.
25Les circonstances de ces découvertes révèlent combien Davillier et Valencia de Don Juan sont des intermédiaires de choix dans les négociations parfois difficiles entre les marchands et les musées. S’ils servent leurs propres intérêts et profitent des résultats des découvertes archéologiques pour enrichir leurs collections personnelles, ils sont également des agents parfois officieux au service des musées et soulignent la nécessité pour les collectionneurs de rendre certaines œuvres dignes d’une collection et d’un musée.
Acteurs et réseaux d’échanges
II y a vingt ans, l’anticuario ou recolector de antiguallas106 était représenté dans les Españoles pintados por sí mismos – un recueil de types nationaux – comme un idiot, ou tout au moins un maniaque malpropre et mal vêtu, un fou ridicule vivant complètement en dehors de son siècle. […] Nous doutons fort que ce tableau ait jamais été d’une parfaite exactitude ; il rappelle assez du reste le portrait de l’amateur tel qu’on le représentait chez nous il n’y a pas très longtemps : avec une visière verte, une perruque, une queue, et une grosse loupe à la main. Les choses sont bien changées aujourd’hui, et l’Espagne possède quelques amateurs qui ne ressemblent en rien au portrait ridicule dont on vient de lire la traduction. Nous avons en Espagne des amis qui savent recueillir, avec autant de goût que de discernement, non seulement les produits de l’art national, mais tout ce qui, depuis des siècles, a été apporté de l’étranger. Quant au commerce des curiosités, il a pris depuis quelques années une certaine extension en Espagne, bien qu’il soit loin d’avoir la même importance qu’en France, en Italie et dans d’autres pays. Il n’y a guère de ville aujourd’hui qui n’ait au moins un marchand d’antiquités ; seulement, comme ce commerce ne suffit pas à faire vivre son homme, celui qui l’exerce a la plupart du temps un autre métier : ainsi à Madrid, c’est un aubergiste107 ; à Barcelone, un doreur108 ; à Valladolid, un pharmacien109 et un photographe ; à Tolède, un cordonnier110 ; à Cordoue, un ébéniste111 ; à Séville…, un barbier – naturellement. La plupart de ces merchantes demandent souvent, comme ailleurs du reste, dix fois la valeur de leurs bibelots : aussi ceux qui vont à la recherche des bonnes occasions, – a la caza de gángas, – risquent-ils de n’être pas plus heureux que ceux qui vont chercher de bonnes lames à Tolède112.
26Dans ce passage de L’Espagne tiré du chapitre intitulé « La curiosité au point de vue espagnol », Davillier trace le portrait de l’amateur espagnol tel que le dépeint la presse du xixe siècle et le rapproche de celui donné dans la littérature française du xviiie siècle. Il s’est lui-même intéressé à cette représentation en rééditant deux pièces de théâtre écrites en 1751 et 1764. Celles-ci ont pour protagonistes un amateur et un antiquaire mis en scène sous les traits d’un maniaque pris d’une passion incontrôlée pour la collection113. La réédition de ces deux pièces de théâtre en 1870 lui sert de prétexte pour défendre la place que méritent selon lui l’amateur et l’antiquaire en tant qu’acteurs de la scène artistique114. En soulignant la distanciation avec la figure du maniaque, Davillier propose une sorte de plaidoyer pro domo auquel il associe les amateurs espagnols115. Il insiste également sur l’extension du marché de l’art espagnol et sur l’existence de différents acteurs qui émaillent la Péninsule et définissent une économie de l’art particulière.
27La première lettre du comte de Valencia de Don Juan au baron Davillier est motivée par le souhait du collectionneur espagnol de vendre sur le marché parisien un service à thé en porcelaine de Saxe : « Vous êtes cependant quelque peu coupable si la maudite cupidité est venue troubler la paix de ma tranquille vie de collectionneur de céramique. […] Vous avez eu la bonté de m’ouvrir les yeux sur la valeur véritable à Paris d’une petite théière en vieux Saxe qui fait partie de ma modeste collection116 ». Il demande plus loin à Davillier de bien vouloir lui trouver un acheteur pour ce service dont il souhaite tirer 1 000 francs, tout en se remettant à son jugement pour savoir s’il peut en obtenir davantage. Si la perspective d’une vente échoue, cet échange donne lieu à la naissance d’une relation de confiance entre les deux collectionneurs, Valencia de Don Juan acceptant volontiers d’informer Davillier sur les objets de premier ordre qui sortent sur le marché espagnol et réciproquement117, Davillier en faisant autant sur le marché de l’art en France. La correspondance échangée entre Davillier et Valencia de Don Juan au cours des années 1870 témoigne de l’évolution de leurs rapports de services rendus ponctuellement pour l’achat ou la vente d’un objet vers la structuration d’un réseau d’informateurs et d’intermédiaires qui leur permet d’enrichir leurs collections personnelles et d’alimenter un marché transnational des arts décoratifs. Le recours à la confiance et le besoin d’information constituent les fondements sur lesquels reposent leur réseau118. Son étendue embrasse rapidement le territoire de la Péninsule grâce aux liens noués avec divers acteurs qui se consacrent au commerce de l’art. L’efficacité de ce réseau réside notamment dans l’organisation et la circulation de l’information sur des objets susceptibles d’être vendus. À l’origine de ces informations se trouvent plusieurs intermédiaires qui ont, souvent du fait de leur profession, une proximité avec les autorités ecclésiastiques locales. Dès les années 1860, le comte de Valencia de Don Juan a lui-même tissé des liens similaires qui lui permettent d’enrichir sa collection. Ses notes en témoignent, il a établi des contacts avec des membres du clergé, principalement les évêques de Salamanque, Palencia et Cordoue et les curés de leurs paroisses. Parmi eux, certains sont désignés comme des « ecclésiastiques antiquaires » tels les curés Gurrea et Carreras à Palencia119. À propos de Cordoue, le comte ajoute même qu’en se liant à quelque chanoine, il est possible de mettre la main sur de curieux « azulejos arabes » situés dans les combles de la cathédrale.
28L’ensemble de la correspondance du baron Davillier, et plus particulièrement les lettres du comte de Valencia de Don Juan, permet d’esquisser une sociologie des intermédiaires qui s’affirment comme des acteurs du commerce des arts décoratifs en Espagne à partir des années 1870120. En effet, le marché des arts décoratifs espagnols se structure autour de ces différents acteurs, eux-mêmes rattachés à une économie plus globale de l’art. Le diamantaire et expert en pierres précieuses José Ignacio Miró et d’autres se consacrent au commerce de l’art grâce aux compétences et aux opportunités que leur offre leur profession. Francesc Carreras y Aragó, qui appartient à une célèbre famille d’orfèvres de Barcelone, peut par exemple être rapproché de José Ignacio Miró. Lady Schreiber visite son appartement en 1878. Elle est surprise par la richesse de la décoration et le confort du lieu qu’elle juge dignes de l’intérieur d’un noble anglais121. Un autre acteur important est le peintre et restaurateur Vicente Poleró y Toledo qui, à la manière de Federico de Madrazo, se consacre à la constitution de collections sur demande122. Dans cette même perspective commerciale, Isidro García est l’intermédiaire de collectionneurs désireux d’enrichir leurs collections123. Valencia de Don Juan et Davillier nouent également des liens étroits avec des personnalités moins connues qui sont des agents stratégiques. C’est particulièrement le cas d’Evaristo Cantalapiedra Hernández, un ébéniste établi à Valladolid employé par l’archevêque Juan de la Cruz Ignacio Moreno pour restaurer les sculptures de la chapelle du palais archiépiscopal124. Mariano Pérez Mínguez125, apothicaire de profession, est également proche du clergé de Valladolid.
29Parmi ces différents intermédiaires qui attestent par ailleurs d’une activité marchande foisonnante allant à l’encontre de la vision traditionnellement admise d’un marché de l’art espagnol inexistant, Valencia de Don Juan et Davillier établissent des relations durables avec deux d’entre eux, Evaristo Cantalapiedra et José Bracho. Dans une lettre du 25 février 1873, le comte recommande José Bracho à Davillier et lui indique que ce dernier, en tant qu’homme de confiance, peut agir à la manière d’un commissionnaire qui négocierait pour eux l’acquisition d’objets :
Bracho, que j’apprécie comme vous le savez, et à qui je dois de nombreuses preuves d’honnêteté et de désintérêt, est parvenu à envoyer des tissus et tapisseries à M. M. Vail & Cie, 12 rue Dupetit-Thouars, grâce à une relation que je lui avais indiquée il y a deux ans. Cela va faire un mois qu’il leur a envoyé une partie des tissus et une très belle tapisserie pour lesquelles il leur a demandé en tout 10 000 francs, ils lui ont offert 7 000 francs, mais le prix ne lui convient pas et il leur a dit de confier le tout à mon banquier Alcain & Cie126 qui, en tant que commissionnaire, a convenu de lui trouver un meilleur prix. Bracho cependant, qui connaît votre bonne amitié à mon égard et qui est désireux de nouer des relations profitables avec vous, m’a demandé de vous écrire et de vous prier de récupérer la caisse auprès de Messieurs Alcain et, à la vue de son contenu, s’il ne vous convient pas pour 8 000 francs, d’essayer d’en tirer le meilleur parti possible à l’Hôtel Drouot en misant sur votre connaissance des finesses de l’endroit. […] Bracho est celui qui m’a procuré les meilleurs groupes du Retiro que je possède et je le paye en lui procurant des relations pour ses affaires dans ce domaine. Si vous lui accordez cette faveur, cela pourra être très bon pour nos affaires, il irait alors où je l’envoie comme homme très fiable. Il ne veut pas vous écrire directement, car ce n’est pas vraiment un homme de lettres127.
30Les liens entre Davillier, Valencia de Don Juan et José Bracho se consolident rapidement et ce dernier devient une sorte d’agent au service des deux collectionneurs même s’il n’existe pas de contrat d’exclusivité qui encadre leurs affaires. Au cours des années 1870, Davillier et Valencia de Don Juan nouent des relations destinées à servir leurs intérêts et développent un capital constitué de liens sociaux variés128. Dans le cas de José Bracho par exemple, ce qui s’apparente dans un premier temps à une relation de confiance évolue vers une alliance financière plus concrète dans la mesure où le comte de Valencia de Don Juan s’associe au négoce d’antiquités de ce dernier. Ses archives témoignent qu’en 1878 il possède une part du capital du commerce d’antiquités de José Bracho129. D’après un extrait de livre de compte daté de la fin de l’année 1878, leur commerce distingue des objets destinés à la vente (meubles, bronzes, peintures, porcelaines, tapis, tissus, broderies et objets en fer), d’autres en dépôt à Séville pour restauration en vue d’être vendus par la suite ainsi qu’un groupe d’objets destiné partiellement à la vente.
31Contrairement à Bracho qui n’écrit pas directement à Davillier mais passe par l’intermédiaire du comte de Valencia de Don Juan, Evaristo Cantalapiedra entretient quant à lui une relation épistolaire avec le collectionneur français. Sa profession d’ébéniste lui octroie une connaissance des matériaux artistiques qui se décèle dans la précision de ses descriptions d’objets parfois accompagnées de croquis. Il est un intermédiaire particulièrement précieux et efficace. Ses lettres permettent de suivre les transactions et négociations relatives à l’acquisition de plusieurs œuvres de la collection Davillier aujourd’hui conservées au musée du Louvre. L’une de ces œuvres est, selon Paul Eudel, « célèbre dans le monde des arts qui a salué son apparition sous le nom de la reine des tapisseries130 » (fig. 20). En octobre 1872, Davillier fait l’acquisition par l’intermédiaire d’Evaristo Cantalapiedra d’une tapisserie auprès de Nicolás Duque, un tailleur de Ségovie. Ce dernier est chargé de négocier auprès du tailleur en suivant les instructions de Davillier, l’informant des manigances du vendeur qui, pour faire monter les prix, laisse croire qu’il est sur le point de conclure l’affaire avec un acheteur de Barcelone131. Davillier semble s’être précipité pour acheter l’œuvre en question puisque, trois jours plus tard, Cantalapiedra l’informe de l’envoi à Paris par train à grande vitesse d’une tapisserie emballée et mise en caisse par ses soins132. La « Reine des tapisseries » fait quant à elle l’objet d’une autre négociation qui témoigne de l’implication de Nicolás Duque dans la dispersion sur le marché de l’art de nombreuses tapisseries à la provenance incertaine. Cette acquisition, qui a lieu à peine un mois plus tard, illustre le fonctionnement du réseau d’intermédiaires du baron Davillier et du comte de Valencia de Don Juan. Cantalapiedra avertit les deux collectionneurs que Duque a en sa possession une autre tapisserie de la même qualité mais représentant un autre sujet que celle acquise par Davillier. Dans sa lettre au baron, Cantalapiedra propose de trouver un moyen de l’acquérir à un prix moins élevé que la précédente. L’ébéniste de Valladolid n’a alors aucune idée du caractère exceptionnel de la tapisserie. Il y voit une occasion à saisir car, selon lui, les marchands concurrents de Madrid, « los de Madrid » dit-il, ne sont pas encore en mesure de débloquer une telle quantité d’argent133. Valencia de Don Juan entre en scène à ce moment-là. À l’occasion de l’une de ses fréquentes excursions à Tolède, il se rend chez Claudio Vegué, orfèvre et armurier tolédan dont la renommée est comparable à celle de Carreras y Aragó à Barcelone, auprès de qui Duque a vraisemblablement déposé deux tapisseries. Après avoir indiqué qu’il s’agit de « deux admirables joyaux », le comte en livre une description à Davillier134.
Fig. 20 La Vierge glorieuse, Moïse faisant jaillir l’eau du rocher, Le Christ à la piscine probatique

1485, Flandres, tapisserie, fil d’argent et de soie, Paris, musée du Louvre
© 2011 Musée du Louvre / Philippe Fuzeau
32La composition de la tapisserie acquise par Davillier forme un triptyque figurant au centre une Vierge en gloire encadrée par deux panneaux, l’un représentant le Frappement du rocher, l’autre le Christ à la piscine probatique. Le comte, qui rapproche le dessin de la tapisserie des compositions de Lucas van Leyden, évoque un tissage extrêmement fin et des couleurs très bien préservées. « Je n’ai jamais rien vu de semblable », dit-il. Dans la perspective de réaliser l’acquisition au meilleur prix, José Bracho qui accompagne le comte à Tolède se fait passer pour l’acheteur. Il offre un premier prix de 2 000 douros puis monte jusqu’à 2 500 afin de tester l’ambition du vendeur135. Duque feint à nouveau d’avoir une meilleure offre de la part d’un acheteur de Barcelone et annonce un prix minimum de 60 000 réaux. Le comte consulte alors Davillier pour savoir s’il doit surenchérir jusqu’à 4 000 douros, s’en remettant au baron pour estimer la valeur d’une tapisserie avec un sujet religieux. Il indique toutefois à son ami qu’il payerait 60 000 francs pour ces deux tapisseries plus que pour « deux vases de vieux Sèvres p[âte] t[endre]136 ». Leurs échanges au sujet des négociations pour l’achat de la tapisserie s’arrêtent après cette date mais, dans une lettre du 8 février 1873, Cantalapiedra transmet au baron Davillier une facture de Nicolás Duque d’un montant de 18 500 réaux pour l’achat d’une tapisserie, de quelques broderies et d’une porcelaine137. Comme en témoignent les annotations portées par le comte de Valencia de Don Juan au dos d’une photographie de cette tapisserie conservée dans les archives de l’Instituto Valencia de Don Juan, Davillier l’acquiert pour 16 000 réaux (fig. 21)138. La note indique également que la tapisserie est retouchée par le tailleur de Ségovie qui découpe une inscription en partie détruite. Cette information éclaire la façon dont Duque entra certainement en possession de ces tapisseries : elles lui étaient sans doute confiées par des membres du clergé ou des nobles en vue d’être retouchées ou réparées. Le récit de cette acquisition par Eudel est d’ailleurs très éloigné des informations que fournissent les archives, pour ne pas dire inventé de toutes pièces dans le but de dépeindre un Davillier conquérant qui révèle la valeur de cette tapisserie et l’acquiert après avoir surmonté un certain nombre de péripéties139. En réalité, c’est grâce à son réseau d’intermédiaires et à la fiabilité des informations échangées, notamment sur la qualité de l’œuvre, que l’entreprise de Davillier est couronnée de succès. Il parvient à agir avant que la concurrence ne se manifeste. Parmi ces rivaux réguliers, figure José Fallola, propriétaire de l’Hôtel de Paris à Madrid , disposant de son propre réseau d’agents dont les plus connus sont Cavaletti et Joachim Palmeiro. Lorsque José Bracho est recommandé à Davillier par le comte de Valencia de Don Juan pour leurs affaires, le marchand propose de tenir leurs relations secrètes afin de ne pas attiser la concurrence de Fallola et Palmeiro140. À l’image des alliances entre Bracho, Valencia de Don Juan, Evaristo Cantalapiedra et Davillier, le marché de l’art espagnol s’organise selon les mécanismes des réseaux financiers et selon un fonctionnement proche de celui des sociétés en commandite par action qui se développent alors dans les milieux industriels et marchands. Cette porosité conduit à une uniformisation du marché de l’art qui se traduit dans les années 1880 par des associations pour la fondation de maisons de vente comme, en 1885, celle de José Fallola et Joachim Palmeiro avec l’ancien commissaire-priseur Charles Oudart141.
Fig. 21 Photographie annotée au dos par le comte de Valencia de Don Juan, Madrid, Archivo del Instituto de Valencia de Don Juan

© Instituto de Valencia de Don Juan
33Particulièrement coûteuses sur le marché de l’art, les tapisseries sont souvent présentes chez les collectionneurs fortunés. Elles témoignent de leur statut social autant qu’elles sont prisées pour leur fonction ornementale et leur qualité isolante142. L’acquisition de la tapisserie par Davillier est un événement dans le milieu européen de la curiosité, car l’œuvre, datée de 1485, se distingue par son bon état de conservation et par l’intérêt de sa composition. Elle hisse également la collection du baron Davillier au rang de celles des grands collectionneurs et forge sa réputation d’expert. D’autres acquisitions faites par Davillier en Espagne soulignent la façon dont les négociations et l’implication d’un réseau d’influence valorisent certaines catégories d’objets encore exclues du marché de l’art143. Juste après l’acquisition de la tapisserie dite « de la Vierge glorieuse » par Davillier, Duque avertit Evaristo Cantalapiedra qu’il a en sa possession un objet intéressant décrit comme un « travail en fer ou une sorte de grille gothique » qu’il ne vendrait pas à moins de 1 000 douros144. Cantalapiedra fait part de l’information à Davillier. Il lui écrit quelques jours plus tard qu’il se rend à Ségovie pour examiner l’objet en question ayant appris que Duque a attisé la curiosité des marchands madrilènes145. On apprend par la suite que la grille gothique a été jugée quelconque et que les marchands qui se sont déplacés à Ségovie pour la voir, à l’instar de Rafael Latis, n’ont fait aucune offre. Cantalapiedra informe alors Davillier qu’il renonce à se rendre sur place146.
34Le baron semble avoir manifesté à nouveau son intérêt pour cette grille à la fin de l’année 1873, puisque Cantalapiedra lui suggère de taire à Duque son désir de l’acquérir : immanquablement le marchand proposerait un prix élevé, car aucune offre ne lui avait encore été faite147. L’ébéniste de Valladolid envoie un ami « très connaisseur en matière d’œuvres en fer forgé » qui juge au contraire l’œuvre très intéressante ce qui encourage Cantalapiedra à l’acquérir pour la soumettre à l’examen du baron Davillier lors de sa venue en Espagne. Cantalapiedra propose à Davillier d’acquérir la grille pour 4 000 réaux et de la lui revendre au prix de 5 000 réaux que le collectionneur ne souhaite pas dépasser, ce qui couvre notamment ses frais de déplacement et le coût de l’emballage tout en lui permettant de faire des bénéfices148. À cause de la concurrence de Cavaletti, l’un des agents de José Fallola, Cantalapiedra achète finalement l’objet pour un peu plus de 5 000 réaux quoique très satisfait de sa qualité. Davillier l’acquiert pour 7 200 réaux. Cantalapiedra dégage un bénéfice de 1 800 réaux ainsi que le précise le baron dans une apostille à une lettre de l’ébéniste datée du 9 janvier 1873149. La provenance de cette grille gothique aujourd’hui conservée au musée du Louvre150 est renseignée par Paul Eudel à l’occasion de sa description de l’hôtel particulier du baron Davillier :
Devant la cheminée au bandeau de vieille étoffe, une grille en fer forgé et doré de 1475, dessine ses arabesques de la belle époque du gothique flamboyant. […] Cette grille défendait l’accès du trésor de l’Alcázar de Ségovie où Lesage place Gil Blas et dans lequel la reine Isabelle la Catholique déposait ses objets les plus rares et ses bijoux les plus précieux151.
Notes de bas de page
1 AVA. Robinson reports. MA/3/21. Vol. V. Part II. 10 August 1866-19 December 1866. Report from October 30th 1866.
2 NALA. Henry Cole Correspondence. Box 16. Letter from Robinson to Cole : « Madrid. 6 September 1866. Private. »
3 Catalogue des bijoux de la très sainte vierge del Pilar de Saragosse lesquels avec l’autorisation compétente seront mis en adjudication publique pour la continuation des travaux de ce temple métropolitain, Madrid, C. Moliner y Compañía, 1870. D’après le catalogue, trois millions de réaux ont déjà été dépensés en 1870 et les travaux sont loin d’être achevés.
4 Carlos María Lafuente Rosales, « Un joyel de oro en forma de granada, atribuido a Benvenuto Cellini, en la subasta de las alhajas del Pilar », Ars & Renovatio, 3, 2015, p. 4. Dès 1869, les autorités religieuses forment une commission chargée de lancer une souscription pour la vente.
5 Charles Oman, « The Jewels of Our Lady of the Pilar at Saragossa », Apollo, 85/64, 1967, p. 400. D’après l’auteur, il est possible que certains objets aient été vendus en 1681, année des premiers travaux de restauration.
6 Charles Oman, « The Jewels of Our Lady of the Pilar at Saragossa », art. cité ; Helen Davies, « John Charles Robinson’s Work at the South Kensington Museum, Part I. The Creation of the Collections of Italian Renaissance Objects at the Museum of Ornamental Art and the South Kensington Museum 1853-1862 », Journal of the History of Collections, 10/2, 1998 ; ead., « John Charles Robinson’s Work at the South Kensington Museum, Part II. From 1863 to 1867: Consolidation and Conflict », Journal of the History of Collections, 11/1, 1999 ; Clive Wainwright, « The Making of the South Kensington, Part III. Collecting abroad », Journal of the History of Collections, 14/1, 2002 ; Marjorie Trusted, « “In all Cases of Difference adopt Signor Riaño’s View. Collecting Spanish Decorative Arts at South Kensington in the Late Nineteenth Century », Journal of the History of Collections, 18/2, 2006 ; et Carolina-Beatriz Naya Franco, Alhajas españolas y europeas de época moderna en Aragón: el joyero de la Virgen del Pilar, thèse dirigée par Ana María Ágreda Pino et Carmen Morte García, Saragosse, Université de Saragosse, 2015.
7 Jean-Charles Davillier, L’Espagne, par le baron Ch. Davillier, illustrée de 309 gravures dessinées sur bois par Gustave Doré, Paris, Hachette, 1874, p. 739-741.
8 Ibid., p. 739-749.
9 Jean-Charles Davillier, L’Espagne, op. cit., p. 739.
10 Catalogue des bijoux de la très sainte vierge del Pilar de Saragosse…, op. cit. ; et Catálogo de las alhajas de la Santísima Virgen del Pilar de Zaragoza que con la debida autorización se enajenan en pública subasta para la continuación de las obras del mismo Santo Templo Metropolitano, Saragosse, Don José María Magallón, 1870. Le catalogue en espagnol a été réédité en 1960 (Saragosse, « La Cadiera »).
11 Krzysztof Pomian, « L’art entre le musée et le marché », dans Laurence Bertrand Dorléac (dir.), Le commerce de l’art de la Renaissance à nos jours, Besançon, La Manufacture, 1992, p. 13.
12 AVA. Robinson’s reports. MA/3/21. Vol. 5, Part II, 10 August 1866-19 December 1866. Letter from Robinson to Cole : « Madrid, Hotel de Paris, 13 October 1866. […] the Queen’s “diamantist”, a person, who as official “tasador” or valuer of jewels, negociator of loans, he is a confidential agent of most of the leading personajes of the Spanish court. »
13 José Ignacio Miró, Estudio de las piedras preciosas: su historia y caracteres en bruto y labradas con la descripción de las joyas más notables de la Corona de España y del Monasterio del Escorial, Madrid, C. Moro, 1870.
14 Carlos María Lafuente Rosales, « Un joyel de oro en forma de granada… », art. cité, p. 5. Le catalogue est tiré à 1 100 exemplaires.
15 Jean-Charles Davillier, L’Espagne, op. cit., p. 740.
16 Letizia Arbeteta Mira, « El alhajamiento de las imágenes marianas españolas: los joyeros de Guadalupe de Cáceres y el Pilar de Zaragoza », Revista de Dialectología y Tradiciones Populares, 51/2, 1996, p. 113.
17 Ibid., p. 114.
18 Carolina Naya Franco, « El tesoro dispersado del Pilar: joyas zaragonas en el Victoria & Albert Museum », dans Alberto Castán Chocarro (dir.), La Historia del Arte desde Aragón. Jornadas de Investigadores predoctorales, Zaragoza, Prensas Universitarias de Zaragoza, 2014, p. 88. Certains joyaux réintègrent le trésor, car ils ne sont pas vendus, d’autres sont donnés par les acheteurs à l’issue de la vente.
19 Jean-Charles Davillier, L’Espagne, op. cit., p. 740.
20 Catalogue des bijoux de la très sainte vierge del Pilar de Saragosse…, op. cit., p. 24-29, no 433 à 523.
21 Letizia Arbeteta Mira, « El alhajamiento de las imágenes marianas españolas… », art. cité, p. 117.
22 Paul Eudel, Le baron Davillier, Paris, Motteroz, 1883, p. 15-24.
23 Paul Eudel, Le baron Davillier, op. cit., p. 16.
24 Mari-Tere Alvarez, « The Almoneda: the Second-Hand Art Market in Spain », dans Jeremy Warren, Adriana Turpin (dir.), Auctions, Agents and Dealers. The Mechanisms of the Art Market 1660-1830, Oxford/Londres, The Beazley Archive/Archaeopress/The Wallace Collection, 2007, p. 33-39. L’almoneda (de l’arabe nada qui signifie « crier ») est une vente aux enchères de biens personnels, souvent organisée après un décès et par la municipalité. Plus récent, le mot subasta qui vient du latin sub hasta date du xixe siècle. Comme la vente aux enchères moderne, l’almoneda est précédée d’une annonce publique de l’heure et du lieu où se déroule la vente. L’almoneda est caractéristique du commerce de seconde main très répandu tant dans les régions urbaines que rurales. D’après l’étude de l’auteur, les objets de luxe de seconde main vendus lors des almonedas sont acquis par des personnes issues de catégories sociales, économiques et professionnelles très variées. Au xixe siècle, cette variété laisse place à une uniformisation des acheteurs. L’abandon d’un terme pour l’autre témoigne davantage de l’uniformisation des catégories socio-professionnelles qui achètent au cours de ces ventes que de différences structurelles.
25 Jean-Charles Davillier, L’Espagne, op. cit., p. 740.
26 NALA. Henry Cole Diaries: typed transcripts, 1870. « Sunday, April 24th, 1870 ».
27 NALA. Henry Cole Correspondence. Box 16. Letter from Layard to Cole : « Madrid, 14 May 1870 ».
28 NALA. Henry Cole. Correspondence. Box 16. Letter from Cole to Riaño : « Madrid, 17 May 1870 ».
29 BL. Layard Papers. MS 38997, f. 439, letter from Cole to Layard : « 24 May 1870. South Kensington. Private ».
30 NALA. Henry Cole Diaries: typed transcripts, 1870. « Tuesday, May 24th, 1870 ».
31 Catalogue des bijoux de la très sainte vierge del Pilar de Saragosse…, op. cit., p. 24, no 433.
32 Paul Eudel, Le baron Davillier, op. cit., p. 19. Il faut nuancer ici le propos d’Eudel. La commission chargée par le chapitre d’organiser la vente fait réaliser cent photographies de la grenade pour qu’elle soit diffusée le plus largement possible auprès des amateurs. Voir Carlos María Lafuente Rosales, « Un joyel de oro en forma de granada… », art. cité, p. 8.
33 Paul Eudel, Le baron Davillier, op. cit., p. 19.
34 Voir Charles Oman, « The Jewels of Our Lady of the Pilar at Saragossa », art. cité, p. 405. Pour une étude plus approfondie des vingt-six objets achetés par le musée londonien, voir Carolina Naya Franco, « El tesoro dispersado del Pilar… », art. cité.
35 Catalogue des bijoux de la très sainte vierge del Pilar de Saragosse…, op. cit., p. 9, no 1.
36 Jean-Charles Davillier, L’Espagne, op. cit., p. 740. Davillier indique qu’en 1870 le réal vaut 26 centimes. L’objet atteint donc le prix de 81 250 francs, soit 38 000 £ d’après la conversion proposée dans Charles Oman, « The Jewels of Our Lady of the Pilar at Saragossa », art. cité, p. 403.
37 Ibid., p. 740 et Catalogue des bijoux de la très sainte vierge del Pilar de Saragosse…, op. cit., p. 24, no 434.
38 Catalogue of the Loan Exhibition of Modern and Ancient Jewellery and Personal Ornaments at the South Kensington Museum, 1872, Londres, John Strangeways, 1873.
39 NALA. Henry Cole Diaries: typed transcripts, 1871. « Friday, 13th January 1871 ».
40 BINHA. Archives 27. Lettre d’Élisa Davillier à son mari : « Toucy, ce 6 mai 1870 ».
41 BINHA. Archives 27. Lettre de Léopold Davillier à son frère : « [6 mai 1870] ».
42 Originaire de Reims, Auguste de Muller i de Ruinart de Brimont fonde en 1851 à Tarragone, avec François Hébrard, la société d’exportation de vin A. de Muller, Hebrard y Compañía. À la mort de ce dernier, il s’associe à Stanislas Darthez et fonde la société Muller, Darthez & Co qui possède une succursale à Londres.
43 Yvonne Hackenbroch, Renaissance Jewellery, Londres, Sotheby Parke Bernet, 1979, p. 323, no 845 et p. 324, no 852.
44 Dora Thornton, A Rothschild Renaissance: Treasures from the Waddesdon Bequest, Londres, British Museum Press, 2015. Sur la présence de pièces similaires dans les collections muséales espagnoles, voir Letizia Arbeteta Mira (dir.), La joyería española de Felipe II a Alfonso XIII en los museos estatales, Madrid, Nerea, 1998.
45 NALA. Henry Cole Diaries: typed transcripts, 1870. « Tuesday, April 19th, 1870 ». Connu sous le nom de « Palacio Bauer », la résidence du banquier se situe 44 calle de San Bernardo.
46 Paul Eudel, Le baron Davillier, op. cit., p. 20.
47 Alberto Urriés y Bucarelli a organisé de l’Exposición Aragonesa de 1868.
48 La Época. Periódico político y literario, 3 de junio 1870, p. 3. Cité dans Carlos María Lafuente Rosales, « Un joyel de oro en forma de granada… », art. cité, p. 13 : « Zaragoza 31 mayo [1870]. Hemos presenciado un episodio curiosísimo, interesante y conmovedor. En la venta de la alhaja histórica llamada la Granada, tasada en 20 000 reales, habían llegado las pujas entre franceses e ingleses hasta la suma de 83 000 reales. Ya se iba a cerrar el remate, y en medio de un gran silencio, se oyó una voz ofreciendo 84 000; preguntado quien era el nuevo postor, se dio a conocer don Alberto Urriés, y en el acto, la inmensa concurrencia prorrumpió en vivas y aplausos, bravos y gritos, diciendo: “Bien por Zaragoza”. Los ingleses y franceses no continuaron las pujas, manifestando con galantería que no querían desairar el entusiasmo público. »
49 Ibid., p. 20.
50 John Webb Singer est horloger de profession et s’intéresse à la ferronnerie d’art. En 1851, il fonde la société J. W. Singer & Sons et expose à la Great Exhibition de Londres. Il collectionne également les bijoux, en particulier les anneaux et bagues dont plusieurs sont aujourd’hui conservés au British Museum.
51 Carlos María Lafuente Rosales, « Un joyel de oro en forma de granada… », art. cité, p. 10. La maison Mellerio avait ouvert un établissement de joaillerie à Madrid en 1850.
52 Paul Eudel, Le baron Davillier, op. cit., p. 23.
53 BINHA. Archives 27. Lettre de William Chaffers à Davillier : « 8 January 1872 ». Carlos María Lafuente Rosales, « Un joyel de oro en forma de granada… », art. cité, p. 11. Chaffers est quant à lui monté jusqu’à 63 000 réaux. Deux ans après la vente, dans une lettre adressée à Davillier, il évoque les prix fous qu’ils étaient prêts à donner pour la grenade.
54 Alain Quemin, « L’espace des objets. Expertises et enchères à Drouot-Nord », Genèses, 17, 1994, p. 52-71.
55 Daniel Fabre, « Le patrimoine porté par l’émotion », dans id. (dir.), Émotions patrimoniales, Paris, Éditions de la MSH, 2013, p. 17.
56 Paul Eudel, Le baron Davillier, op. cit., p. 24.
57 Carlos María Lafuente Rosales, « Un joyel de oro en forma de granada… », art. cité, p. 20.
58 Les objets acquis par le South Kensington Museum sont conservés à l’ambassade britannique qui se charge de les expédier à Londres.
59 Montague J. Guest (dir.), Lady Charlotte Schreiber’s Journals. Confidences of a Collector of Ceramics and Antiques throughout Britain, France, Holland, Belgium, Spain, Portugal, Turkey, Austria, Germany from the Year 1869 to 1885, Londres, John Lane, 1911, p. 396-397, vol. 1 : « December 10th, 1876. […] and among them a wonderful purchase M. Danvilliers [sic] had lately made, no less than the celebrated pomegranate of the Nuestra Señora del Pilar at Saragossa, for which he gave £1 200. He has but recently acquired it, and a most exquisite piece it is, of the same family as our Charles V jewel, but of course much more remarkable in every way, though not more interesting. »
60 BINHA. Archives 27. Lettre d’Enrique Claudio Girbal à Davillier : « Gerona, 28 Diciembre 1876 ».
61 BINHA. Archives 27. Lettre du comte de Valencia de Don Juan à Davillier : « Madrid, 19 de Enero 1877 » ; et Jean-Charles Davillier, Recherches sur l’orfèvrerie en Espagne au Moyen Âge et à la Renaissance. Documents inédits tirés des archives espagnoles, Paris, Quantin, 1879. La grenade n’est pas reproduite dans l’ouvrage.
62 BINHA. Archives 27. Lettre de Gustave de Rothschild à Davillier : « Paris, le 4 mars 1872 ».
63 Eugène Plon, Benvenuto Cellini, orfèvre, médailleur, sculpteur. Recherches sur sa vie, sur son œuvre et sur les œuvres qui lui sont attribuées, Paris, Plon & Cie, 1883, p. 251-253. L’ouvrage reproduit pour la première fois la grenade, pl. xxii.
64 Gloria Mora, « Arqueología y coleccionismo en la España de finales del siglo XIX y principios del siglo XX », dans Rebeca Recio Martín (dir.), Museos y Antigüedades. El coleccionismo europeo a finales del siglo XIX, actas del Encuentro Internacional (Museo Cerralbo, 26 de Septiembre de 2013), Madrid, Ministerio de Educación, Cultura y Deporte, 2015, p. 9.
65 La Ley de Excavaciones Arqueológicas est adoptée par Real Orden le 7 juin 1911. Elle donne naissance à la Junta Superior de Excavaciones y Antigüedades.
66 Ana Cabrera Lafuente, « Las Excavaciones en el Cerro de los Santos », dans Alejandro Marcos Pous (dir.), De Gabinete a Museo: tres siglos de historia, Madrid, Artegraf, 1993, p. 318-320.
67 Fernando López Azorín, Yecla y el Padre Lasalde, Murcie, Universidad de Murcia, 1994.
68 La plupart des sources font référence à lui comme « el relojero de Yecla ».
69 Fernando López Azorín, Yecla y el Padre Lasalde, op. cit., p. 62-63.
70 Jorge Maier Allende, « Los inicios de la Prehistoria en España: Ciencia versus Religión », dans José Beltrán Fortes, María Belén Deamos (dir.), El clero y la arqueología española: ii Reunión Andaluza de Historiografía Arqueológica, Séville, Universidad de Sevilla, 2003, p. 99-112.
71 Memoria sobre las notables excavaciones hechas en el Cerro de los Santos por los Padres Escolapios de Yecla, Madrid, Limia y Urosa, 1871. Plusieurs prêtres de l’ordre des piaristes de Yecla participent aux fouilles et collaborent à l’étude réalisée par le Père Lasalde.
72 Fernando López Azorín, Yecla y el Padre Lasalde, op. cit., p. 95. Les prêtres de l’ordre Piariste de Yecla avaient fait dessiner et photographier les vestiges qu’ils avaient exhumés. Aux côtés des recensions dans la presse, ces photographies, qui n’ont pas été conservées, servirent à la diffusion des vestiges au sein de ces différents réseaux.
73 Ibid., p. 103.
74 Mariano Ayarzagüena Sanz, Jesús Salas Álvarez, « La etapa pionera de la arqueología española (1867-1912) », dans Gonzalo Ruiz Zapatero (dir.), El Poder del Pasado: 150 años de arqueología en España, Madrid, Ministerio de Educación, Cultura y Deporte/Acción Cutural Española-Palacios y Museos, 2017, p. 35-36.
75 María Luisa Sánchez Gómez, « Paulino Savirón y Estevan », dans Mariano Ayarzagüena Sanz, Gloria Mora Rodríguez (dir.), Pioneros de la arqueología en España del siglo XVI a 1912, Alcalá de Henares, Museo Arqueológico Regional, 2004, p. 269-274.
76 Juan Arturo de Malibrán y Autet intègre le Museo Arqueológico Nacional en tant qu’archiviste en 1867. Il est chargé de parcourir différentes provinces espagnoles afin d’acquérir des œuvres destinées au nouveau musée.
77 Fernando López Azorín, Yecla y el Padre Lasalde, op. cit., p. 105.
78 Ibid., p. 106-109.
79 Étant donné qu’il n’est pas associé aux fouilles du site, ce dernier a probablement constitué sa collection en rachetant des objets à des particuliers.
80 Fernando López Azorín, Yecla y el Padre Lasalde, op. cit., p. 121.
81 Dama Oferente del Cerro de Los Santos, pierre calcaire, iiie siècle av. J.-C., Madrid, Museo Arqueológico Nacional.
82 Charles Étienne Brasseur de Bourbourg est un missionnaire français considéré comme l’un des pionniers de l’archéologie et de l’histoire précolombiennes.
83 BINHA. Archives 27. Lettre d’Armand de Brémont à Davillier : « Valencia, 9 Octubre 1873 ». Brémont est probablement un négociant ou un employé des compagnies ferroviaires espagnoles résidant à Valence. Comme en témoigne ses lettres à Davillier, il s’intéresse au commerce de l’art et tente par son intermédiaire de vendre sur le marché parisien, à Goupil ou à des collectionneurs anglais, des œuvres de peintres contemporains espagnols.
84 Teresa Chapa Brunet, « El padre Carlos Lasalde y las excavaciones en el santuario ibérico del Cerro de los Santos Montealegre del Castillo, Albacete », dans José Beltrán Fortes, María Belén Deamos (dir.), El clero y la arqueología española : II Reunión Andaluza de Historiografía Arqueológica, Sevilla, Universidad de Sevilla, 2003, p. 113-129, ici p. 124-125.
85 BINHA. Archives 27. Lettre de Bayer [ ?] à Davillier : « [s. d.] 21 novembre ».
86 Fernando López Azorín, Yecla y el Padre Lasalde, op. cit., p. 123.
87 Les premiers vestiges du Cerro de los Santos entrent au Louvre à la toute fin du xixe siècle, lors des fouilles menées par Pierre Paris, dont la Dama de Elche en 1897. Le Louvre est alors le seul musée étranger à posséder des œuvres du Cerro de los Santos.
88 Teresa Chapa Brunet, Julio González Alcalde, « Las esculturas ibéricas del Cerro de los Santos en la Exposición Universal de Viena (1873) », Lucentum, 32, 2013, p. 115-130.
89 Juan de Dios de la Rada y Delgado, Antigüedades del Cerro de los Santos en término de Montealegre, discursos leídos ante la Real Academia de la Historia en la rececpción pública del señor D. Juan de Dios de la Rada y Delgado, el día 27 de junio de 1875, Madrid, Fortanet, 1875.
90 Teresa Chapa Brunet, Julio González Alcalde, « Las esculturas ibéricas del Cerro de los Santos en la Exposición Universal de Viena (1873) », art. cité, p. 127.
91 Javier Miranda Valdés, Helena Gimeno Pascual, Esther Sánchez Medina, Emil Hübner, Aureliano Fernández-Guerra y la epigrafía de Hispania. Correspondencia 1860-1894, Madrid, Real Academia de la Historia, 2011, p. 171.
92 Ève Gran-Aymerich, « Hübner, Emil (1834-1901) », dans ead., Les chercheurs de passé, 1798-1945, Paris, Éditions du CNRS, 2007, p. 881-882.
93 Ève Gran-Aymerich, « Mommsen, Théodore (1817-1903) », dans ead., Les chercheurs de passé, 1798-1945, Paris, Éditions du CNRS, 2007, p. 994-996.
94 Ève Gran-Aymerich, « Longpérier, Henri Adrien Prévost de (1816-1882) », dans ead., Les chercheurs de passé, 1798-1945, Paris, Éditions du CNRS, 2007, p. 952-953.
95 BHVP. Catalogue des manuscrits autographes. Lettres d’Adrien de Longpérier à Davillier, f. 222-231.
96 BINHA. Archives 27. Lettre du comte de Valencia de Don Juan à Davillier : « Madrid, 26 de Mayo 1877. […] Que no duden de la autenticidad de las estatuas del Cerro de los Santos; algunas de sus estatuas las sacó de un terreno duro de siglos mi amigo Savirón, hombre serio, poco amigo de Rada y persona de toda formalidad y confianza. »
97 Longpérier, qui considère que les statues sont fausses, opte pour une solution intermédiaire. Il expose plusieurs d’entre elles achetées par le musée archéologique de Madrid à Amat dans la section moderne, et non rétrospective, de l’exposition.
98 Geneviève Bresc-Bautier, s. v. « Barbet de Jouy, Henry », dans Philippe Sénéchal, Claire Barbillon (dir.), Dictionnaire critique des historiens de l’art actifs en France de la Révolution à la Première Guerre mondiale, 2016 (https://www.inha.fr/fr/ressources/publications/publications-numeriques/dictionnaire-critique-des-historiens-de-l-art/barbet-de-jouy-henry.html).
99 BINHA. Archives 27. Lettre de Vicente Juan y Amat à Barbet de Jouy : « Elda, 8 de Febrero de 1877 ».
100 Fernando López Azorín, Yecla y el Padre Lasalde, op. cit., p. 179.
101 Ibid., p. 176-183. Il est plus surprenant que les agissements d’Amat, qui durent impliquer d’autres antiquaires, n’aient jamais éveillé les soupçons du Père Lasalde. Les hypothèses de ce dernier sur l’interprétation des vestiges sont en effet adaptées par les faussaires qui s’inspirent de motifs mythologiques et de représentations de divinités égyptiennes.
102 BINHA. Archives 27. Lettre d’Armand de Brémont à Davillier : « Valencia, 14 septembre 1879 ».
103 Wade Matthews, Guillermo Rosselló Bordoy, Los jarrones de la Alhambra: simbología y poder, Grenade, Patronato de la Alhambra y Generalife, 2006.
104 La partie inférieure du vase était incrustée dans le sol et son sommet recouvert d’un plateau en laiton.
105 AIVDJ. Caja Apuntes Davillier. Lettre du comte de Valencia de Don Juan à Davillier : « Madrid, 8 julio 1878 » : « Madrid, 8 julio 1878. […] Amat lo vendió al Museo Arqueológico en 60 000 rs siendo Ministro de Fomento el Marques de Orovio actualmente de Hacienda, a cuya ilustración se debe que tan interesante objeto de cerámica hispano-morisca se haya conservado en España. Hasta aqui puede V. publicar y ahora le dice entre nous, que Amat me ofreció el jarrón y yo obtuve que el Marques de Orovio negocie de comprarlo. A él la gloria de gastar ese dinero en un objeto de arte en un país tan pobre y atrasado como España. »
106 L’expression peut se traduire par « l’antiquaire ou collecteur de vieilleries ».
107 Il s’agit de José Fallola.
108 Davillier fait référence à l’orfèvre et joailler Francesc Carreras i Aragó.
109 Il s’agit de Pérez Mínguez.
110 Probablement Vicente de Pablo.
111 Probablement Diego Hernández.
112 Jean-Charles Davillier, L’Espagne, op. cit., p. 739.
113 L’Antiquaire, comédie en trois actes (1751), précédée d’une étude sur les curieux dans les pièces de théâtre, par le baron Charles Davillier, Paris, Aubry, 1870 et L’Amateur, comédie en vers en un acte, par Nicolas-Thomas Barthe (1766), précédée d’un avant-propos par le baron Charles Davillier, Paris, Aubry, 1870.
114 Sur la satire de l’amateur au xviiie siècle, voir Charlotte Guichard, Les amateurs d’art à Paris au xviiie siècle, Paris, Champ Vallon, 2008.
115 Ibid., p. 350.
116 BINHA. Archives 27. Lettre de Valencia de Don Juan à Davillier : « Madrid, 9 de Diciembre 1871. […] Usted sin embargo tiene alguna culpa de que la maldita codicia venga a turbar la paz de mi tranquila vida de coleccionista de cerámica. Usted tubo la bondad de abrirme los ojos sobre el verdadero valor en Paris de una pequeña tetera de vieux Saxe que forma parte de mi modesta colección. »
117 BINHA. Archives 27. Lettre de Valencia de Don Juan à Davillier : « Madrid, 18 de Enero 1872 ».
118 Claire Lemercier, Michel Bertrand, « Introduction : Où en est l’analyse des réseaux en histoire ? », REDES. Revista hispana para el análisis de redes sociales, 21/2, 2011, p. 12-23.
119 AIVDJ. Caja Tapices A. Carnet de notes de Juan Crooke y Navarrot.
120 José María Imízcoz Beunza, Lara Arroyo Ruiz, « Redes sociales y correspondencia epistolar. Del análisis cualitativo de las relaciones personales a la reconstrucción de redes egocentradas », REDES. Revista hispana para el análisis de redes sociales, 21/2, 2011, p. 98-138.
121 Montague J. Guest (dir.), Lady Charlotte Schreiber’s Journals…, op. cit., p. 79.
122 Pedro J. Martínez Plaza, El coleccionismo de pintura en Madrid durante el siglo XIX: la escuela española en las colecciones privadas y el mercado, Madrid, Centro de Estudios Europa Hispánica, 2018, p. 454. Vicente Poleró y Toledo est peintre et écrivain. Proche de la famille Madrazo, il est nommé troisième restaurateur du musée du Prado en 1863.
123 Pedro J. Martínez Plaza, « Federico de Madrazo (1815-1894) y su participación en el mercado nacional e internacional de obras de arte », dans Federico de Madrazo y Carlos Luis de Ribera. Pintores del Romanticismo español, Madrid, Ministerio de Educación, Cultura y Deporte, 2018, p. 138. L’auteur rapproche pour la première fois les activités marchandes de Vicente Poleró y Toledo et d’Isidro García à celles de Federico de Madrazo dont le rôle dans ce domaine est encore peu étudié.
124 Antonio de Nicolás, « La capilla del palacio Arzopisbal de Valladolid », Boletín de la Sociedad Castellana de Excursiones, 27/3, 1905, p. 43. Evaristo Cantalapiedra, qui réside calle Santa Ana, est présenté comme antiquaire associé à l’archêque de Valladolid dans la dispersion et la vente d’objets provenant de la cathédrale.
125 Ildefonso Muñoz Navarro, « Profesiones e industrias de la capital », dans El Pisuerga. Almanaque, guía, indicador y anunciante de Valladolid para 1887, Valladolid, Agapito Zapatero, 1886, p. 37. La boutique de Mariano Pérez Mínguez se situe 22 calle Santiago.
126 Annuaire général du commerce et de l’industrie, Paris, Firmin Didot Frères, 1847, p. 1420. On trouve des Alcain, courtiers de change, banquiers et négociants à San Sebastián.
127 BINHA. Archives 27. Lettre de Valencia de Don Juan à Davillier : « Madrid, 25 de Febrero de 1873 » : « Bracho, a quien sabe Usted aprecio y a quien debo muchas pruebas de honradez y desinterés, ha salido enviar telas y tapices a M. M. Vail & Cie, 12 rue Dupetit-Thouars por relación que yo le proporcioné hace dos años. Hará un mes que les envió una partida de telas y un tapiz muy bonito por todo lo cual les pidió 10 000 frs, ellos le ofrecieron 7 000 frs pero no le conviene el precio y les ha dicho que lo entreguen todo a mi banquero Alcain & Cie, que como comisionistas han quedado en buscarle mejor precio. Bracho sin embargo sabiendo su buena amistad de Usted para mi y deseando entablar relaciones provechosas con Usted me ha pedido escriba a Usted y ruegue recoja el cajón de los S[eño]res Alcain y viendo su contenido, si no conviene a Usted en 8 000 frs, trata de sacar el mejor partido posible en el Hôtel Drouot poniendo en juego su conocimiento de las finesses de l’endroit. Parece que Vail ha abusado del deseo que Bracho tenía de entenderse solo con dicha cosa, obligándole a bajar mucho los precios, hasta ahora que se ha cansado de ellos. […] Bracho es quien me ha proporcionado los mejores grupos que tengo del Retiro y le pago facilitándole relaciones en esa para sus negocios. Si Usted le hace este favor podrá convenirnos mucho para nuestras operaciones, pues irá a donde yo le mande como hombre muy seguro. Él no quiere escribir a Usted por no ser hombre de muchas letras. »
128 Claire Lemercier, « Analyse de réseaux et histoire », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 52/2, 2005, p. 88-112.
129 AIVDJ. Caja 4 Armería varios. Cuenta del capital que en 20 de Noviembre de 1878 tenían invertido en su negocio de antigüedades el conde de Valencia y Don José Gutierrez Bracho, segun estracto del cuaderno inventario de objetos.
130 Paul Eudel, Le baron Davillier, op. cit., p. 52-53.
131 BINHA. Archives 27. Lettre d’Evaristo Cantalapiedra à Davillier : « Valladolid, 18 de Octubre 1872 ».
132 BINHA. Archives 27. Lettre d’Evaristo Cantalapiedra à Davillier : « Valladolid, 21 de Octubre 1872 ». Cette lettre nous apprend que Davillier a fait l’acquisition de plusieurs objets emballés dans une autre caisse dont un bouclier, un échiquier et un fauteuil. La tapisserie n’est pas décrite, il n’est pas possible de savoir si Davillier l’a revendue par la suite ou conservée dans sa collection.
133 BINHA. Archives 27. Lettre d’Evaristo Cantalapiedra à Davillier : « Valladolid, 3 de Noviembre 1872 ».
134 BINHA. Archives 27. Lettre de Valencia de Don Juan à Davillier : « Madrid, 25 Diciembre 1872 ». La deuxième tapisserie décrite dans la lettre est également acquise par Davillier. Il s’agit du Christ mort sur les genoux de la Vierge (Atelier des Flandres), léguée à la manufacture des Gobelins par Davillier en 1878 (GOB-118-000).
135 Un douro équivaut à cinq pesetas.
136 BINHA. Archives 27. Lettre de Valencia de Don Juan à Davillier : « Madrid, 25 Diciembre 1872. […] Confieso, sin embargo, que mejor daría 60 000 francs por estos tapices que por dos jarrones de vieux Sèvres p[âte] t[endre] pero y la moda piensa lo mismo ? That is the question. »
137 BINHA. Archives 27. Lettre de Cantalapiedra à Davillier : « Valladolid, 8 de Febrero 1873 ».
138 AIVDJ. Inventarios fotográficos. Carpeta 372/17. Tapices varios. La photographie porte l’annotation suivante : « Tapiz gótico vendido por D. Nicolás Duque, sastre de Segovia, al baron Davillier en 16 000 reales. Duque le cortó una ancha, inscripción que tenía por debajo algo destruida ». Dans ce même fonds se trouve la photographie d’une autre tapisserie qui est très certainement la seconde décrite par le comte dans sa lettre à Davillier. Elle est également annotée par lui : « Tapiz gótico, de oro, seda y lana de un metro en cuadro proximamente. Adquirido por Don José Bracho del sastre de Segovia, D. Nicolás Duque, y vendido al señor Latis ».
139 Paul Eudel, Le baron Davillier, op. cit., p. 52-59. Il passe sous silence le rôle des différents intermédiaires qui négocient auprès du vendeur pour le compte de Davillier.
140 BINHA. Archives 27. Lettre de Valencia de Don Juan à Davillier : « Madrid, 25 de Febrero 1873. […] Tampoco conviene, dice él [José Bracho] que sepan Fallola y Palmeiro que entra en relaciones con nadie de eso porque le harían guerra aquí en sus compras. »
141 AN. Minutes et répertoires du notaire Ernest Nottin, 18 avril 1883-décembre 1906. MC/ET/CXV/1628. Dépôt des statuts de la Société Oudart et Cie, ayant pour objet la création en Espagne d’une entreprise de ventes publiques aux enchères d’objets mobiliers de toute nature, représentée par Charles Oudart, ancien commissaire-priseur, rue de Maurepas no 36, 11 février 1885-20 mars 1885.
142 Véronique Long, « Collections et intérieurs à Paris de 1850 à 1914 », Hypothèses, 7/1, 2004, p. 26. Les tapisseries d’Aubusson, des Gobelins et des Flandres sont les plus recherchées par les collectionneurs fortunés.
143 Bert De Munck, Lyna Dries, « Locating and Dislocating Value: A Pragmatic Approach to Early Modern and Nineteenth-Century Economic Practices », dans id. (dir.), Concepts of Value in European Material Culture, 1500-1900, Farnham, Ashgate, 2015, p. 1-29.
144 BINHA. Archives 27. Lettre de Cantalapiedra à Davillier : « Valladolid, 2 de Enero 1873. […] es un trabajo en hierro o sea una especie de reja gótica. »
145 BINHA. Archives 27. Lettre de Cantalapiedra à Davillier : « Valladolid, 8 de Enero 1873 ».
146 BINHA. Archives 27. Lettre de Cantalapiedra à Davillier : « Valladolid, 19 de Enero 1873 ».
147 BINHA. Archives 27. Lettre de Cantalapiedra à Davillier : « Valladolid, 22 de Octubre 1873 ».
148 BINHA. Archives 27. Lettre de Cantalapiedra à Davillier : « Valladolid, 27 de Noviembre 1873 ».
149 BINHA. Archives 27. Lettre de Cantalapiedra à Davillier : « Valladolid, 9 de Enero 1873 ».
150 Grille, fer forgé, Espagne (?), fin du xve siècle (?), Paris, musée du Louvre.
151 Paul Eudel, Le baron Davillier, op. cit., p. 59. La grille est reproduite dans Henri Havard, « L’art dans la maison. III. », L’Illustration : journal universel, 48/2088, 3 mars 1883, p. 133 et dans Theodore Child, « The Davillier collection at the Louvre », The Decorator and Furnisher, 6/4, 1885, p. 121-123, ici p. 123.
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