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    Plan détaillé Texte intégral De la chasse au jeu ? Le contexte historique d’une possible variation éthologique Trop petit pour chasser, assez grand pour jouer : l’univers ludique et le chien melitaion Notes de bas de page Auteur

    Les animaux historicisés

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    Table des matières

    Variations de comportement et communautés anthropozoologiques dans l’Antiquité gréco-romaine : le cas du chien dit « maltais »

    Marco Vespa

    p. 129-144

    Texte intégral De la chasse au jeu ? Le contexte historique d’une possible variation éthologique Trop petit pour chasser, assez grand pour jouer : l’univers ludique et le chien melitaion Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1La variation comportementale dans le temps et l’espace pour des spécimens appartenant à la même espèce a représenté une catégorie importante de l’enquête naturaliste ancienne, notamment à l’intérieur de l’école péripatéticienne d’Aristote, et il existe quelques cas particulièrement marquants qui soulignent son poids1. L’un des plus célèbres, et des plus discutés en raison des difficultés herméneutiques du texte, se trouve dans le quatrième livre du plus vaste traité sur les animaux de l’Antiquité grecque : l’Histoire des animaux d’Aristote, dans lequel le philosophe discute des différences de voix (phônê) entre les oiseaux, en particulier les oiseaux chanteurs2. C’est précisément chez ce type d’oiseaux que l’articulation des sons acquiert la physionomie d’un véritable langage (dialektos) animal et, chez certaines espèces comme les perdrix, les variations linguistiques sont enregistrées en fonction des lieux (kata tous topous) où vivent les différentes populations et selon lesquels ces animaux se distinguent par un idiome différent.

    2Les changements de comportement, le développement de nouvelles habitudes ou l’introduction de coutumes de groupe différentes dans le monde animal peuvent aussi être le résultat d’une rencontre interspécifique, d’une relation à double sens entre communautés animales diverses, dans laquelle les groupes humains se sont très souvent retrouvés, au cours de l’histoire des vivants, à jouer un rôle capital. Les cultures anciennes étaient pleinement conscientes de ce phénomène, si l’on analyse, à titre d’illustration, les nombreux récits relatifs aux origines de la chasse : au centre de la pratique cynégétique, les textes anciens placent précisément la modification du profil éthologique de certains canidés, qui d’animaux sauvages entrent en relation avec les communautés humaines et acceptent certaines conditions de collaboration, manifestant par exemple leur volonté d’admettre l’imposition de la laisse (primum […] lorum […] ferentem)3. C’est le cas du récit des exploits mythiques du personnage connu sous le nom d’Hagnon4, véritable démiurge de ces types de chiens, les chiens de chasse, qui modifient leur éthogramme pour vivre dans une communauté de collaboration subordonnée avec les êtres humains.

    De la chasse au jeu ? Le contexte historique d’une possible variation éthologique

    3Il existe de nombreuses incertitudes concernant les anciennes races de chiens dans l’Antiquité gréco-romaine ; de nombreux doutes persistent sur la réelle continuité qu’il y aurait entre certains types de chiens du Ier millénaire av. J.-C. et certaines races modernes. Les analyses de l’ADN canin ne donnent pas de confirmation à ce sujet et les études archéozoologiques considèrent très souvent que l’utilisation même du terme « race » est plutôt problématique pour la recherche des morphotypes anciens et de leurs similitudes avec ceux des siècles modernes5. Les mêmes précautions semblent concerner également le profil éthologique des types canins, leurs variations de comportement en fonction des espaces anthropiques partagés avec Homo sapiens et les différentes formes de pression environnementale que l’activité humaine a pu exercer sur la vie des chiens à l’état sauvage ou semi-sauvage.

    4Cependant, dans un cas spécifique, la continuité avec le passé le plus ancien ne semble pas être remise en question, surtout pour la littérature de divulgation et les publications spécialisées au sujet des races et des comportements des chiens : il s’agit du bichon maltais, dont la plupart des descriptions contemporaines racontent une origine ancienne remontant aux marchands phéniciens, aux îles méditerranéennes et au monde grec antique6. Selon la reconstitution la plus courante, il y aurait une véritable continuité morphotypique, voire génétique, entre certains canidés représentés sur des artefacts anciens de plus de deux millénaires et les bichons maltais actuels. Mais une telle continuité entre l’Antiquité et l’époque moderne se retrouverait aussi dans le profil éthologique du chien en question, car les comportements de cet animal auraient été depuis toujours les mêmes, selon une représentation implicite qui voudrait que cet animal ait toujours été engagé dans les mêmes typologies de relation avec les êtres humains. Désigné de manière constitutive comme chien de compagnie, le chien dit « maltais » aurait parcouru depuis les débuts de la culture grecque le foyer domestique en représentant le jouet animé ou l’ersatz d’un enfant pour des hommes qui s’ennuyaient ou pour des femmes des milieux sociaux les plus élevés. Toutefois, il convient de rappeler que cette représentation des relations anthropo-canines dans le monde antique court le risque de cristalliser, pour les multiples contextes historiques et culturels, une élaboration très spécifique qui dérive des conventions de genre discursif d’un traité sur l’interprétation des rêves, écrit au iie siècle ap. J.-C. par Artémidore de Daldis. Le texte propose une tripartition rigide entre chiens de chasse, chiens de garde et chiens d’agrément (terpôlê), en associant, par commodité et économie sémiologique, dans une relation biunivoque un signe à une seule interprétation sans ambiguïté ni zone grise : le chien de compagnie, le melitaion dans ce cas, est emprisonné dans une unique relation interspécifique possible avec l’homme par les besoins de la pragmatique du texte, un manuel d’interprétation des rêves7.

    5Si l’investigation critique sur la première forme de continuité est du ressort des généticiens, des archéozoologues et des iconologues, la constance du comportement, liée à l’éthogramme du chien en question, peut être évaluée dans son cadre culturel et historique à travers les témoignages des textes anciens. Dans l’une des plus anciennes traditions narratives du monde grec antique, celle de la fable ésopique, le chien appelé melitaion (ou melitaios), que l’on interprète comme signifiant « provenant de [l’île de] Mélité » (soit Malte, soit Mljet en Croatie), est présenté comme le compagnon de jeu idéal de l’homme. Dans le récit ésopique, le chien melitaion a un profil bien défini en termes de comportements autorisés et presque exigés par son maître : du point de vue proxémique, les distances qui le séparent de l’homme dans ses interactions sont minimes, voire inexistantes. Le chien melitaion peut non seulement toucher l’homme avec sa queue, mais aussi lui sauter dessus et s’engager dans une relation de contact avec lui qui ne serait pas permise à d’autres animaux domestiques, comme l’âne par exemple. Le rapport privilégié se poursuit avec le comportement et les habitudes alimentaires, puisque le chien melitaion est autorisé à manger certains mets qui proviennent directement du banquet des hommes, deipnon8. C’est vers ce type de chien que l’homme qui part pour un long voyage en mer se tourne pour en faire un compagnon amusant de la traversée9.

    6Une série d’artefacts produits en Attique, entre le milieu du ve et celui du ive siècle av. J.-C., appelés choes, de petits vases à figures rouges très similaires à des petites cruches à vin, témoignent également de la représentation de ce chien dans l’imaginaire grec classique comme un animal domestique constamment engagé dans des activités ludiques avec ses maîtres10 (fig. 1 et 2). Sur ces vases, quelques spécimens de chiens, ayant tous en commun une petite taille, des oreilles pointues, une queue repliée et un poil coulant, ont été reconnus comme les chiens melitaia des textes grecs et, dans certains cas, ils sont représentés par les imagiers attiques dans des activités acrobatiques, ou en plein exercice ludique, en compagnie de leurs petits maîtres, presque toujours identifiables comme des enfants11.

    Fig. 1. Petit chien bondissant et scène de jeu avec un petit garçon. Oenochoé-chous à figures rouges (450-400 av. J.-C.), Musée du Louvre, CA2910.

    © 2005 Musée du Louvre/Daniel Lebée/Carine Deambrosis, https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010260629.

    Fig. 2. Petit garçon avec amulettes et chignon tenant une torche et un gâteau, avec jouet à roulette déposé sur la gauche et chien de Mélité marchant à droite. Oenochoé-chous à figures rouges (400-375 av. J.-C.), Musée du Louvre, CA2929.

    © 2009 RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/Hervé Lewandowski, https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010260645.

    7Les chiens de Mélité deviennent de plus en plus des animaux préférentiellement associés au monde domestique des enfants, précisément en raison de leur comportement sociable envers les petits humains, avec lesquels ils sont constamment engagés dans des activités de jeu commun, devenant ainsi de véritables signes indiciels de l’univers de la fête et du divertissement. La simple mention d’un melitaion, ou sa représentation iconographique, fonctionnent comme des signes efficaces de connotation d’un âge de vie particulier (les enfants en opposition aux adultes), d’une condition sociale (celle de la femme par opposition aux hommes libres) ou encore d’un contexte festif loin des difficultés du travail et de la guerre. Il est possible que la diffusion de petits vases tels que les choes dans les milieux attiques et de la Grande Grèce a joué un rôle dans l’élaboration de cette représentation culturelle de l’animal, et dans la diffusion de pratiques interspécifiques favorisant ces types de comportements chez les petits chiens.

    8Dans le cadre des activités ludiques, au sein de l’univers grec de la paidia, le chien melitaion fait office de partenaire de jeu, se prêtant à tirer un petit chariot rudimentaire dans une simulation ludique de la course de chars normalement pratiquée dans le monde des adultes, aux concours panhelléniques, par exemple. Dans cet agôn simulé, les enfants sont engagés comme spectateurs, organisateurs et acteurs du jeu12.

    9Pourtant, ce type de chien n’a peut-être pas toujours été associé au monde domestique et aux activités ludiques des enfants, et il n’est pas exclu qu’une variation de comportement dans la relation qui unissait ces chiens à leurs maîtres humains ait été judicieusement recherchée par rapport à d’autres domaines d’action dans lesquels les chiens melitaia intervenaient. À ce propos, une attention particulière a déjà été portée dans le passé récent à un témoignage iconographique de l’âge classique, un monument funéraire en marbre provenant de l’île de Rhodes qui présente un schéma iconographique traditionnel pour un jeune homme mort (fig. 3). Dans la mise en scène visant à éterniser l’image du défunt face à la communauté des concitoyens figure aussi un petit chien qui correspond, selon ses critères morphotypiques, au modèle du type spitz italien ou bichon maltais.

    Fig. 3. Jeune homme tenant un lièvre avec chien bondissant. Stèle funéraire de l’île de Rhodes, ive siècle av. J. C, Musée du Louvre, MA805.

    © 2010 RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/Hervé Lewandowski, https://collections.louvre.fr/en/ark:/53355/cl010279101.

    10Le monument représente un jeune homme, mort prématurément, tenant un lièvre dans sa main gauche et, dans sa main droite, un objet qui attire l’attention du petit chien qui se penche vers lui comme s’il le reniflait avant de s’en emparer. L’objet en question, très probablement un petit oiseau, semble être expressément adressé par le jeune homme au chien se trouvant à ses pieds13. Si, d’une part, le jeune homme n’est vêtu que de l’himation, une longue tunique qui laissait une partie de la poitrine découverte et qui avait pour fonction de représenter le jeune homme en tant qu’homme libre dans le plein exercice de ses fonctions politiques de citoyen, d’autre part, certains ont voulu voir aux pieds du jeune homme également une paire de bottines, peut-être ce que les Grecs appelaient epidromides, qui caractériseraient le défunt comme un passionné de chasse14. Si cette hypothèse était valide, la présence du petit chien du type spitz sur cette stèle prendrait des connotations très différentes de celles qui considèrent normalement ce chien comme un indicateur du jeune âge du défunt, ou même un signe connotant l’environnement domestique et familial dans lequel le jeune homme ou la jeune fille aurait vécu avant de mourir et de rejoindre l’âge pleinement adulte15.

    11Une considération de grand intérêt concerne, au-delà des attributs du jeune homme représenté sur la stèle, la disposition proxémique de toute l’interaction entre le chien et le maître. En effet, on retrouve le même schéma dans certaines stèles funéraires où le chien représenté en train de s’approcher de son maître et de la proie tenue par ce dernier est précisément un chien de chasse, très souvent de type lévrier16. La comparaison avec d’autres monuments du même type affichant une relation privilégiée entre maître et chien de chasse permet donc d’évaluer la présence du chien spitz, non seulement comme une référence à l’environnement domestique de la vie familiale, mais aussi comme la mise en scène d’une solide relation de solidarité, dans laquelle la chasse pratiquée en commun a dû jouer un rôle majeur dans la construction du lien interspécifique17.

    12Dans un texte important de la tradition zoologique antique, né à l’époque alexandrine (iiie siècle av. J.-C.) comme épitomé de l’œuvre zoologique d’Aristote et augmenté au cours de la tradition d’autres extraits issus d’auteurs du monde gréco-romain, il est fait mention des chiens de Mélité, melitaiai, dans un discours qui porte sur les différentes espèces de chiens de chasse18. Après avoir rappelé que les chiens de Péonie, en Grèce, sont particulièrement aptes à la chasse aux cervidés, la Sullogê (« Recueil ») de Constantin VII se tourne vers d’autres types de chiens de chasse et affirme que « les chiens hyrcaniens ont des pieds de lion, un beau poitrail et un cou puissant, leurs aboiements sont rauques et ils combattent les lions. Cette espèce originaire d’Inde a été introduite en Hyrcanie ; les chiens de Mélité sont rapides mais nécessitent des soins19 ». Ce n’est pas seulement leur inclusion dans un groupe d’autres espèces de chiens, composant normalement les listes de chiens de chasse dans le monde grec antique, qui amène à intégrer les chiens de Mélité dans l’univers cynégétique20. Cette hypothèse pourrait aussi bien être appuyée par l’appréciation de ce type de chien comme rapide et apte à la course, pros tachos kalai, un trait identifiant, déjà chez Xénophon (ive siècle av. J.-C.), les chiens courants, recherchés notamment pour certaines formes de chasse, comme celle au lièvre21.

    13Ce même rapprochement du chien de Mélité à la vitesse, par laquelle il serait caractérisé, se retrouve dans une épigramme qui célèbre et immortalise la mémoire d’un chien nommé Tauros, littéralement le « taureau22 ». Sans vouloir entrer dans un débat insoluble sur le caractère purement littéraire de ce genre de texte ou au contraire sur son lien étroit avec une évidence culturelle plus complexe composée d’épitaphes réelles pour les animaux23, il est important de noter que, dans cette épigramme, le chien de Mélité est désigné comme « rapide », argos, terme dont le sens n’exclut pas d’ailleurs une référence à la couleur blanche ou argentée de la fourrure du melitaion24. Dans ce texte poétique composé par Tymnès, un poète carien du iie sècle av. J.-C., le chien de Mélité est célébré comme protecteur fidèle et gardien de la sécurité du maître ; il n’y a aucune référence aux activités de jeu ni à un quelconque comportement festif qui aurait marqué la vie de l’animal, mais l’acte mémorial rendu éternel par le texte poétique opère le choix d’honorer, en plus de la rapidité, le courage dans la protection de son maître, et il n’est pas exclu, vu le prénom de l’animal, que le contexte dans lequel Tauros s’illustrait dans la pratique de ces vertus était précisément les parties de chasse25.

    14L’inclusion des chiens de Mélité dans une discussion sur les races de chien portant sur le choix des meilleures d’entre elles pour la pratique de la chasse noble semble également se trouver dans un discours public datant de l’Antiquité tardive, écrit par Thémistios, rhéteur, homme politique et interprète d’Aristote, ayant vécu au milieu du ive siècle ap. J.-C. Dans l’un de ses discours, à savoir Le Philosophe, probablement déclamé à Constantinople, l’auteur énonce, l’un après l’autre, les six critères fondamentaux avec lesquels il serait possible de reconnaître un vrai philosophe et de le distinguer d’un sophiste ou d’un charlatan : le premier de la liste concerne la naissance noble, l’excellence (aristeia) d’une personne résultant d’un mariage parmi les meilleurs (aristoi) de la communauté. Dans ce contexte, le monde naturel des animaux, et plus encore les pratiques zootechniques liées à la sélection des meilleurs spécimens, jouent un rôle de premier plan dans la mise à disposition d’images métaphoriques analogues au processus de production du meilleur philosophe. Avec la délicate opération consistant dans la reproduction et l’élevage de chiots pour la chasse (skulakia thêreutika), Thémistios rappelle à son public que l’éleveur vérifie soigneusement les chiens qu’il cherche à faire reproduire, « s’il s’agit vraiment d’un chien laconien et non pas d’un autre chien de peu de valeur, d’un chien issu d’un renard, venant de quelque autre région, ou d’un chien de Mélité26 ». Le chien tenant du renard, littéralement appelé en grec ancien alôpekis (« le petit renard » ou « vulpin »), est un indice significatif dans le texte, car ce type de race canine est une constante de la tradition cynégétique grecque ancienne et il se retrouve dès le traité de Xénophon (L’art de la chasse) à l’époque classique. Si l’auteur athénien considère l’alôpekis comme l’une des deux races originelles de chiens de chasse, il semblerait cependant qu’il s’agisse d’une race moins parfaite que l’autre, celle des chiens « castors » (kastoriai), que leur inventeur et producteur, le jumeau divin Castor, aurait gardé pure (katharai), autant que possible, empêchant toute bâtardise due à des croisements avec d’autres chiens ou d’autres espèces animales27.

    Trop petit pour chasser, assez grand pour jouer : l’univers ludique et le chien melitaion

    15Malgré la rareté des sources à notre disposition, il est toutefois possible de retrouver dans les textes anciens quelques témoignages relatifs à la recherche de certains types particuliers de chien. Les informations sur l’élevage antique sont très rares, surtout pour la période grecque classique, car la plupart des traités d’agronomie qui nous sont parvenus datent de la période romaine, de Caton l’Ancien à Columelle en passant par Varron. Pour cette raison, un passage portant sur les questions de science naturelle dans le traité aristotélicien des Problèmes est particulièrement intéressant, d’autant qu’il se trouve dans la section dédiée au phénomène du nanisme dans le monde des êtres vivants ; ce phénomène est, en partie, présenté comme le résultat de l’intervention d’une certaine façon eugénique de la part de l’homme sur les espèces vivantes.

    16Ce serait sur la base de deux principes qu’il serait possible de produire des animaux nains, le premier étant constitué par le régime auquel les animaux sont soumis, le deuxième représenté par l’endroit où ils sont élevés :

    […] comme c’est le cas pour les animaux qu’on prend à la naissance et qu’on essaie de rendre petits, par exemple les petits chiens qu’on élève dans les cages à cailles. Donc quand c’est l’espace qui est en cause il naît des pygmées. Ceux-ci ont la largeur et la longueur proportionnées à la taille des parents, mais ils sont tout à fait petits. La raison en est qu’à cause de l’étroitesse de l’espace les lignes droites déformées deviennent des courbes. […]. Et il est possible d’en voir qui sont très petits mais bien proportionnés, comme sont les petits chiens de Mélité ; la raison en est que la nature n’agit pas comme fait le lieu28.

    17Dans ce texte d’Aristote, il est possible de trouver un témoignage presque unique d’expériences zootechniques visant à produire des spécimens de petits chiens, dont les proportions restent bien équilibrées et dont seule la taille change avec un arrondissement progressif des formes en conséquence de l’espace réduit représenté par des cages à oiseaux. Le recourbement des lignes rigides (hai eutheiai kampulai ginontai) et, plus généralement, l’adoucissement des traits et la miniaturisation de ces chiens pourraient suggérer ce phénomène connu sous le nom de « néoténie29 ». Depuis quelque temps, des études en psychologie cognitive et en biologie évolutive ont montré les avantages évolutifs de cette tendance des animaux, y compris l’humain, à présenter des formes infantiles et juvéniles afin d’en tirer parti pour leur survie. Ce phénomène a également joué un rôle important dans la sélection des animaux qui, plus que d’autres, ont partagé, et partagent encore, des espaces avec les humains – les chiens en premier lieu30. Bien qu’Aristote ne l’explicite pas, il est probable que le choix des petits chiens, dont ceux de Mélité seraient des modèles de perfection puisqu’ils étaient des produits de la nature et non de la technique humaine, était déterminé par les besoins particuliers des communautés humaines qui choisissaient de plus en plus ce genre de chien, non pas pour aller à la chasse, mais pour le plaisir d’une relation d’affection domestique se concrétisant à l’occasion des fêtes et des jeux communs entre hommes et animaux. D’ailleurs, c’est encore une fois le traité de cynégétique de Xénophon qui nous informe que la petite taille des chiens n’était pas du tout un avantage, et qu’en raison de leur petitesse (dia to mikron) de nombre d’entre eux étaient normalement écartés et retirés de la chasse31.

    18La recherche particulière de la compagnie des petits chiens de Mélité a été liée à une zone géographique et à une période bien particulières. Un texte très complexe met en scène, dans une fiction littéraire, une série de conversations savantes, Le Banquet des sophistes d’Athénée (iie siècle ap. J.-C.) : le livre douze traite du luxe et de la dilapidation des richesses, deux concepts qui, en grec ancien, peuvent recouper la notion de truphê32. C’est précisément dans ce contexte d’énonciation que, parmi les peuples qui s’illustreraient le plus dans leur quête d’une dolce vita permanente dans toutes les activités, de la vie quotidienne à la guerre, figurent les Sybarites, un peuple qui, à l’époque d’Athénée de Naucratis, constituait plus un produit du discours savant qu’une réalité concrète, d’autant plus que la ville avait été détruite par Crotone et ses alliés en 510 av. J.-C. Le texte d’Athénée rappelle deux fois, en l’espace de quelques lignes, à quel point la population de Sybaris prenait plaisir à se trouver en compagnie des chiens de Mélité (kunaria melitaia), donc à une relation interspécifique qui pouvait se concrétiser dans le comportement affectueux et festif du chien, engagé dans une interaction ludique avec son maître33. La sphère du jeu et de la mise en scène, deux dimensions relevant de la catégorie grecque de la paidia, est d’ailleurs explicitement évoquée dans le même passage par la mention de personnages liés aux spectacles qui se déroulaient lors du banquet dans un contexte domestique : des nains (anthrôparia mikra) et d’autres artistes (des skopaioi ou stilpônes), vraisemblablement des acrobates, des danseurs et des jongleurs34. Des jeunes hommes de la ville de Sybaris, Athénée dit que leur conduite était si particulière par rapport au comportement normalement attendu des éphèbes, qu’ils se rendaient au gymnase non seulement habillés de vêtements d’un luxe extrême, mais aussi accompagnés de leurs propres petits chiens de Mélité avec lesquels ils passaient manifestement une partie de leur journée au gymnase entre les exercices physiques et les compétitions d’entraînement35.

    19Le contexte du passage est particulièrement significatif, car l’attachement des habitants de Sybaris à leurs chiens s’inscrit, comme modèle négatif dans la perspective offerte par Athénée, dans un discours sur les soins, et plus généralement sur l’attention parentale à l’égard des petits, qui doit être accordée de manière privilégiée aux membres de son propre groupe familial (exemple donné par le roi sage de Maures, Massinissa, qui élève personnellement la progéniture de ses propres fils), et secondairement aux autres êtres humains, même s’ils sont de condition très humble (exemple du philosophe Archytas de Tarente s’entretenant avec des esclaves). Ces soins, considérés comme naturels, s’opposent à l’attention excessive que les habitants de Sybaris réservent à des animaux tels que les petits chiens de Mélité. Ce sont les soins parentaux normalement réservés à de très jeunes enfants, de moins de 3 ans, que les hommes de Sybaris accordent aux petits chiens en leur possession.

    20La présence marquée de certains traits de néoténie, de la petite taille à la tête ronde et délicate jusqu’au pelage ondulé et souple, a pu faire des chiens melitaia l’objet d’une attention et d’un soin particuliers plus intenses et prolongés de la part des humains que dans le cas d’autres types de chiens, comme les molossoïdes ou les lévriers. Les petits chiens de Mélité conservaient et présentaient de manière plus saillante et plus tardivement certains des traits typiques des chiots, ce qui favorisait leur intégration dans les environnements domestiques en tant que chiens essentiellement voués au jeu et à la compagnie de leurs maîtres36.

    21Il n’est pas possible d’identifier, si ce processus a été réel, les causes qui ont conduit à une exclusion progressive des chiens melitaia du domaine de l’action de chasse, favorisant ainsi leur intégration dans les environnements humains domestiques à de nouveaux types de relations interspécifiques avec l’intensification de comportements différents par rapport à la recherche de proies, plus orientés vers le jeu avec leurs maîtres humains et le plaisir de leur compagnie. Quelques indices, cependant, peuvent être trouvés dans les textes à notre disposition : le passage de la Sullogê analysé ci-dessus présentait l’excellence de la course des chiens dits melitaiai en légère opposition, signalée par la particule grecque de, avec la dépense d’énergie importante, voire excessive, dans les soins et le dressage (epimeleia) de ce type de chien de la part des êtres humains37. Une confirmation possible de certains des défauts de ces chiens pourrait venir de la description du chien toscan, canis tuscus, faite par le poète africain Némésien (iiie siècle ap. J.-C.) dans son poème didactique sur la chasse38. En décrivant ce chien, qui a été identifié par beaucoup comme un chien de type spitz tout comme les melitaia39, le poète rappelle à quel point le poil excessivement long et la morphologie d’un corps réduit et trapu (dissimilesque… catulis velocibus artus) ont dû représenter des handicaps importants pour ce chien de chasse, des défauts qui auraient pu décourager un chasseur, mais que le tuscus était capable de compenser par une capacité olfactive extraordinaire, qui le rendait parfait pour la chasse au lièvre et au petit gibier se réfugiant dans des terriers étroits et impénétrables40.

    22Mais on peut avancer une autre hypothèse susceptible d’expliquer, d’une part, l’association extraordinaire entre les chiens melitaia et les activités ludiques et, d’autre part, le sens à donner au terme epimeleia, « soin » ou « attention », qui a été déjà évoqué précédemment à propos du melitaion. Si l’on se tourne vers les races de chiens de l’époque moderne récente, à partir du xixe siècle, on constate que bon nombre des chiens de compagnie actuels ont été sélectionnés à l’origine comme des races de chien de chasse, comme l’illustrent bien les chiens du groupe des terriers, tels que le jack russell ou le skye terrier. Ce dernier, en particulier, pourrait représenter un cas exemplaire de comparaison entre différentes cultures et périodes historiques, très utile pour repenser le melitaion sous un autre angle. Le skye terrier, dont le nom dérive d’une île se trouvant au large des côtes du nord-ouest de l’Écosse, est un petit chien (25 cm de haut), caractérisé par une épaisse fourrure et une couleur tendant vers le gris argenté avec des pointes de noir ; il était notamment utilisé au xvie siècle pour la chasse au renard et à la loutre. Ce n’est qu’à partir du xixe siècle, notamment en raison de son poil épais, qu’il est de plus en plus intégré aux milieux domestiques, jusqu’à devenir le prototype du chien de compagnie de l’aristocratie et de la maison royale britannique au cours du siècle41. Ces chiens sont extrêmement agiles et pleins d’ardeur, presque infatigables et très actifs, capables de mouvements très rapides et inattendus grâce à leur petite taille et à la souplesse de leur corps. Leur comportement, en tant que chiens de chasse, a conservé une certaine trace de continuité dans l’exubérance que les skye terriers, malgré leur rareté sur le marché actuel des races canines, continuent d’avoir en incitant continuellement leurs maîtres à jouer ou à courir sur de longues distances, exigeant une attention continue de la part des humains.

    23De ce point de vue, l’association entre les excellentes prestations dans la course et l’attention que les chiens melitaia requerraient davantage et avec plus d’intensité que les autres chiens pourrait s’expliquer par un scénario interspécifique similaire. Ce serait leur profil éthologique particulièrement habitué aux exercices de mouvement et d’endurance dans la course et aux acrobaties dans la poursuite des proies jusque dans leurs tanières qui en aurait fait les chiens les plus aptes à passer des journées entières à jouer avec les enfants de la maison en tirant des chariots ou en poursuivant de petites proies domestiques comme des oiseaux, ou même en sautant sur des petites tables en bois, ou encore avec leurs jeunes maîtres dans les gymnases de Sybaris42. Les études sur la relation complexe entre comportement de prédation, sélection des races et diversité des attitudes et des modes de jeu se sont multipliées et ont évolué ces dernières années sous l’impulsion des éthologues et des généticiens. Si quelques incertitudes demeurent, il n’en reste pas moins que le lien entre le comportement prédateur et cynégétique de certains chiens et le développement de comportements de jeu spécifiques à telle ou telle race de chien ne semble pas pouvoir être remis en doute. Le comportement prédateur des petits chiens, tels que les teckels ou certaines espèces de terriers, spécialisés dans la chasse aux petites proies et dans la pénétration dans leurs tanières, se traduit dans le jeu par une combinaison de moments d’attente et de poursuites fulgurantes, ainsi que par des jeux consistant à fouiller le sol43.

    24Une représentation uniforme, monolithique et atemporelle de la présence et du rôle des animaux, et des chiens en particulier, dans les sociétés anciennes risque souvent d’être une illusion d’optique. Les comportements des animaux domestiques changent et se modifient en fonction d’un contexte relationnel très spécifique dans lequel une partie de l’interaction est dirigée par les choix des humains avec lesquels ces animaux cohabitent44. Le dossier sur le chien melitaion, peut-être l’un des animaux de compagnie les plus célèbres de l’histoire de l’humanité en Occident, a montré que les comportements le plus souvent relatés comme typiques de l’éthologie de ce chien, à savoir sa nature d’animal gai et enjoué, constamment engagé dans des relations de jeu et de tendresse domestique avec ses maîtres humains, n’étaient ni naturels, ni nécessaires. Selon l’environnement anthropique dans lequel s’inscrit la relation avec ce chien, les comportements pouvaient être différents, comme cela a été montré dans les cas où le melitaion semble intégrer l’univers de la chasse45.

    25La variation comportementale ne doit pas seulement être analysée dans une perspective diachronique (la sélection des races au fil du temps) ou diatopique (la diversité entre les différentes cultures pour favoriser tel ou tel comportement chez les animaux). La possibilité que cette variation comportementale fasse partie du profil biographique d’un seul et même individu doit être prise en compte. Dans cette perspective, un exemple concret est fourni par l’histoire de Margarita (« la Perle »), un chien d’origine gauloise dont l’inscription funéraire en distiques élégiaques, datant de l’époque impériale romaine, a été retrouvée au xviiie siècle dans le territoire de la ville de Rome46. Dans la fiction narrative de l’épitaphe, la petite chienne prend la parole et rappelle aux vivants qu’elle est morte à la suite d’un accouchement tragique, mais en revenant sur sa vie, elle choisit de se présenter comme un chien de chasse (audax […] hirsutas atque agitare feras), une experte connaisseuse des forêts les plus impénétrables, et en même temps comme une douce et gentille compagne de vie de ses maîtres humains avec lesquels elle passait beaucoup de temps assise sur leurs genoux (molli namque sinu domini dominaeque iacebam). Bien que la plaque de l’épitaphe ne présente aucun élément iconographique, étant donné la petite taille du chien, et surtout la couleur blanche (niveo corpore) de son pelage que signale le texte, il est raisonnable de penser que Margarita était un petit chien melitaion dont le souvenir gravé dans la pierre célèbre autant la tendresse des relations domestiques avec ses maîtres que son impitoyable caractère de chasseresse.

    Notes de bas de page

    1J’adresse mes remerciements à Christophe Chandezon, Sarah Jeannin, Philippe Monbrun, Emmanuel Porte et Arnaud Zucker pour leur relecture et leurs conseils précieux. Cette recherche a été réalisée dans le cadre du projet ERC Locus Ludi. The Cultural Fabric of Play and Games in Classical Antiquity (n. 741520) basé à l’université de Fribourg (https://locusludi.ch). Sur la variation comportementale comme champ de recherche à part entière dans le discours naturaliste aristotélicien, voir le texte d’Arnaud Zucker dans ce volume.

    2Aristote, Histoire des animaux, IV, 9 (536b), éd. et trad. par P. Louis, Paris, Les Belles Lettres, 1964. Pour une analyse détaillée de ce passage avec discussion des problèmes textuels, voir Jean-Louis Labarrière, Langage, vie politique et mouvement des animaux. Études aristotéliciennes, Paris, Vrin, 2004, p. 49-58.

    3Sur la véritable invention du chien de chasse, voir le récit étiologique fourni par le poète latin Grattius, La chasse, v. 213-252, éd. et trad. par R. Verdière, Wetteren, Universa, 1964.

    4Donncha O’Rourke, « Autorial Surrogates in Grattius’Cynegetica », dans Steven J. Green (dir.), Grattius. Hunting an Augustan Poet, Oxford, Oxford University Press, 2018, p. 193-214.

    5Armelle Gardeisen et al., « Variabilité des morphotypes canins archéologiques et implications sur le statut des chiens dans l’Antiquité », dans Jean-Pierre Brugal et al. (dir.), Prédateurs dans tous leurs états. Évolution, biodiversité, interactions, mythes, symboles, Antibes, APDCA, 2011, p. 225-238.

    6Par exemple, Jean-Marc Luce, « Les chats dans l’Antiquité grecque », dans Claire Bellier et al. (dir.), Chiens et chats dans la préhistoire et l’Antiquité, Treignes, Centre d’études et de documentation archéologiques, 2015, p. 69-77. Voir Sheila White, Simon Hornblower, « Pets », dans Simon Hornblower, Anthony Spawroth (dir.), Oxford Classical Dictionary, 3e éd., Oxford, Oxford University Press, 1996, p. 1150-1151.

    7Artémidore de Daldis, Traité d’interprétation des songes, II, 11, éd. par R. A. Pack, Leipzig, Teubner, 1963. Sur les mécanismes de négociation sémiotique entre traditions culturelles partagées, réalité quotidienne de la relation interspécifique et objectifs rhétoriques caractérisant les traités onirocritiques, voir surtout Cristiana Franco, « Opposizioni di genere e polarizzazioni culturali. Il caso di χήν nell’Onirocritica di Artemidoro di Daldi », Studi Italiani di Filologia Classica, 17/1, 2019, p. 34-60.

    8Pour le comportement alimentaire caractérisant le chien en Grèce classique et l’isolant du reste des animaux domestiques, voir Cristiana Franco, Senza ritegno. Il cane e la donna nell’immaginario della Grecia antica, Bologne, Il Mulino (Antropologia del Mondo Antico, 1), 2003, p. 50-56.

    9Ésope, Fables, 75 et 93, éd. par A. Hausrath et H. Hunger, Leipzig, Teubner, 1959-1970. Sur le petit « chien de Mélité », voir John Busuttil, « The Maltese Dog », Greece and Rome, 16/2, 1969, p. 205-208.

    10Gerard van Horn, Choes and Anthesteria, Leyde, Brill, 1951, pour un catalogue de ce genre de vases miniatures.

    11Nicoletta Cinaglia, « Immaginario di un compagno di giochi e di vita: il cane di razza maltese », Ostraka, 21/1-2, 2012, p. 109-136. Une analyse détaillée et fort intéressante de la valeur symbolique du chien melitaion de tradition grecque dans le contexte culturel de l’Égypte à l’époque gréco-romaine se trouve dans Jérôme Gonzalez, « Maltais, trophè, ktèsios… Remarques autour des figurines de chien en terre cuite d’Égypte », Enim, 4, 2011, p. 158-196.

    12Pour la représentation des jouets à roulette sur les choes attiques dans le contexte festif du jeu des enfants, voir Hanna Ammar, « Greek Children and Their Wheel Carts on Attic Vases », dans Katharina Rebay-Salisbury, Doris Pany-Kucera (dir.), Ages and Abilities. The Stages of Childhood and their Social Recognition in Prehistoric Europe and Beyond, Oxford, Archaeopress, 2020, p. 209-220. La présence des chiens de Mélité comme partenaires de jeu des enfants pratiquant la course aux chars se trouve aussi dans un exemple d’ekphrasis chez Philostrate Majeur, Images, II, 17, éd. par O. Benndorf et C. Schenkel, Leipzig, Teubner, 1893.

    13Pour une étude des représentations animales sur les stèles funéraires grecques archaïques et classiques, voir Daphné Woysch-Méautis, La représentation des animaux et des êtres fabuleux sur les monuments funéraires grecs, Lausanne, Bibliothèque historique vaudoise (Cahiers d’archéologie romande, 21),1982, notamment p. 53-60 pour les représentations des chiens. Sur la valeur symbolique du chien de chasse sur les stèles funéraires grecques contribuant à donner à voir publiquement l’identité des jeunes gens défunts, voir Sylvie Vilatte, « La femme, l’esclave, le cheval et le chien : les emblèmes du kalòs kagathós Ischomaque », Dialogues d’histoire ancienne, 12, 1986, p. 271-294.

    14Jean-Marc Luce, « Quelques jalons pour une histoire du chien en Grèce antique », Pallas, 76, 2008, p. 261-293. Sur les différentes bottes portées dans le monde grec, voir Liza Cleland et al., Greek and Roman Dress from A to Z, Londres/New York, Routledge, 2007, p. 21.

    15Pour ces interprétations traditionnelles de la présence du petit chien sur les monuments funéraires grecs, voir Daphné Woysch-Méautis, La représentation des animaux, op. cit., p. 60.

    16Ibid., pl. 51-52, nos 275 et 278.

    17Voir le texte de Thierry Bedossa, Christophe Chandezon et Sarah Jeannin dans ce volume.

    18Pour l’univers cynégétique romain, en particulier pour les chiens de chasse, voir Jacques Aymard, Les chasses romaines. Essai sur les chasses romaines des origines à la fin du siècle des Antonins, Paris, De Boccard, 1951, notamment p. 236-274 pour les races de chien.

    19Aristophane de Byzance, Excerptorum Constantini de natura animalium libri duo. Aristophanis historiae animalium epitome, 196-197, éd. par S. P. Lampros, Berlin, Reimer, 1885. La traduction du passage est d’Arnaud Zucker. Voir Arnaud Zucker, « Qu’est-ce qu’épitomiser ? Étude des pratiques dans la Syllogé zoologique byzantine », Rursus, 7, 2012, doi.org/10.4000/rursus.961.

    20Pollux, Onomasticon, V, 37-40, éd. par E. Bethe, Leipzig, Teubner, 1900.

    21Xénophon, L’art de la chasse, VII, 7, éd. et trad. par É. Delebecque, Paris, Les Belles Lettres, 1970, où le même adjectif kalos (« apte, bon ») se trouve employé à propos des chiens courants pour la chasse au lièvre.

    22Anthologie grecque, VII, 211 (Tymnès), t. IV, éd. par P. Waltz et trad. par P. Camelot et al., Paris, Les Belles Lettres, 1938.

    23Sur cette question, voir l’étude détaillée de Valentina Garulli, « Gli epitafi greci per animali. Tra tradizione epigrafica e letteraria », dans Antonio Pistellato (dir.), Memoria poetica e poesia della memoria. La versificazione epigrafica dall’antichità all’umanesimo, Venise, Edizioni Ca’ Foscari, 2014, p. 27-64.

    24L’adjectif grec argos renvoie principalement au mouvement rapide d’un corps qui donne l’illusion de générer de la lumière tant il est insaisissable et tournoyant. Les deux valeurs sémantiques, « rapide » et « argenté, lumineux, blanc », peuvent coexister dans la désignation du melitaion comme chien aux teintes claires, voir Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, 2e éd., Paris, Klincksieck, 1999, p. 104.

    25Un autre chien illustre, célébré dans une épigramme funéraire pour avoir défendu son maître de l’attaque d’un sanglier en y trouvant la mort, s’appelait précisément Taurôn et était un chien de chasse de la lignée des chiens indiens, parmi les meilleurs pour la chasse aux grandes proies. Le texte de cette épigramme, datant du iiie siècle av. J.-C. et retrouvé dans la collection de l’archive de Zénon d’Alexandrie, est discuté dans Tiina Purola, « P. Cair. Zen. 4.59532: Two Epitaphs for a Hunting Dog Called Tauron », Arctos, 28, 1994, p. 55-62. Le nom Taurôn dérive de tauros, « taureau », par un processus d’élargissement très souvent utilisé en grec pour les sobriquets et dont une présentation linguistique se trouve dans Pierre Chantraine, La formation des noms en grec ancien, Paris, Klincksieck, 1933, p. 160-161.

    26Thémistios, Le Philosophe (discours 21), 248 c, éd. par G. Downey et al., Leipzig, Teubner, 1971.

    27Xénophon, L’art de la chasse, III, 1. La moindre qualité du type du chien alopêkis serait encore plus confirmée si l’on choisissait de traduire le paragraphe suivant, le 2, à propos des chiens « les plus mauvais [cheirous] et les plus nombreux » en les rattachant précisément à la lignée du chien alôpekis, comme choisit de le faire Édouard Delebecque pour la CUF. Pour un aperçu des sources anciennes traitant le chien « vulpin », voir Sébastien Barbara, « Les chiens de l’Epyllium Diomedis (v. 8-19). Quelques remarques sur la littérature cynégétique à l’époque hellénistique », dans Jean Trinquier, Christophe Vendries (dir.), Chasses antiques. Pratiques et représentations dans le monde gréco-romain (iiie siècle av.-ive siècle ap. J.-C.), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009, p. 163-176. Quelques siècles après Xénophon, la distinction entre ces deux types de chien devient plus fluide et certaines confusions apparaissent, comme celle chez Pollux où, après avoir mentionné les chiens kastoriai, l’auteur du lexique affirme que tous les chiens de Laconie sont aussi appelés « vulpins », car ils seraient le résultat d’un croisement entre chiens et renards, Pollux, Onomasticon, V, 38.

    28Aristote, Problèmes, X, 11 (892a 6-23), éd. et trad. du grec par P. Louis, Paris, Les Belles Lettres, 1991.

    29Catherine Amiot et al., « People and Companion Animals: It Takes Two to Tango », BioScience, 66/7, 2016, p. 552-560.

    30Sur ces questions concernant le lent processus de sélection de la part de l’homme des animaux domestiques et familiers dans les cultures occidentales, voir James Serpell, In the Company of Animals. A Study of Human-Animal Relationships, Cambridge, Cambridge University Press, 1996.

    31Xénophon, L’art de la chasse, III, 3.

    32Pour une étude anthropologique des pratiques savantes mises en œuvre dans l’ouvrage d’Athénée, voir Christian Jacob, The Web of Athenaeus, Harvard, Harvard University Press, 2013.

    33Athénée, Le Banquet des sophistes, XII, 16 (518E-519B), éd. par par S. Douglas Olson, Berlin/Boston, De Gruyter, 2019.

    34Sur les nains comme acteurs dans les spectacles du monde gréco-romain, voir Véronique Dasen, « L’enfant qui ne grandit pas », Medicina nei Secoli, 18/2, 2006, p. 431-452.

    35Pour la préciosité et le luxe ostentatoire des vêtements des Sybarites, en particulier pour les habits intégralement teints en pourpre de mer, les halourgides, voir Daniela Marchiandi, « Riflessioni sulla costruzione del valore dei tessili nell’Atene classica (… ma a partire dallo himation del sibarita Alcistene) », Historika. Studi di storia greca e romana, 9, 2019, p. 39-118.

    36Plutarque, Vie de Périclès, I, 1-2, éd. et trad. par R. Flacelière et É. Chambry, Paris, Les Belles Lettres, 1969. La biographie littéraire de Périclès s’ouvre sur une anecdote au ton moralisateur que Plutarque attribue à l’empereur Auguste et dans laquelle sont stigmatisées des attitudes contraires à la morale traditionnelle et à la nature des relations humaines, contre lesquelles des hommes riches appartenant à l’élite de la société engagent leur argent et leur temps à soigner et élever de petits chiens de compagnie.

    37Pour une discussion sur l’amélioration des attitudes et des comportements des animaux au fil d’un long processus d’application, de soins et d’apprentissage de la part de ces derniers, epimeleia kai didaskalia, voir Plutarque, Sur l’intelligence des animaux, 962C, éd. et trad. par J. Bouffartigue, Paris, Les Belles Lettres, 2012. L’entraînement des chiens courants est d’ailleurs bien attesté dans les textes cynégétiques anciens où l’on parle de renforcer la vitesse et la réactivité de ces chiens par déploiement important de tests et de simulations de chasse, voir Michaël Seigle, « Jouer avec son chien dans le monde antique », Ethnographiques.org, 36, 2018, http://www.ethnographiques.org/2018/Seigle.

    38Némésien, La chasse, v. 231-239, éd. et trad. par Pierre Volpilhac, Paris, Les Belles Lettres, 1975. Sur les grands efforts techniques nécessaires dans l’Antiquité pour le changement du profil morphotypique et éthologique des animaux domestiques, notamment des animaux de la ferme, voir Christophe Chandezon, « Pratiques zootechniques dans l’Antiquité grecque », Revue des études anciennes, 106/2, 2004, p. 477-497.

    39Otto Keller, Die antike Tierwelt, Leipzig, Wilhelm Engelmann, 1909, t. 1, p. 95.

    40Némésien, La chasse, v. 235-236, où une référence directe à la chasse au terrier de la part du petit chien tuscus semblerait présente dans l’expression leporum secreta cubicula monstrant, « ils indiquent les appartements cachés des lièvres ».

    41D. Caroline Coile, Encyclopedia of Dog Breeds, Hauppauge, Barron’s, 2015 ; Sine Threlfall, The World of Dogs. Skye Terrier, Hants, TFH, 1997.

    42Pour une mise en valeur des éléments que l’entraînement et la pratique de la chasse partagent avec le déroulement de certaines activités ludiques (comme le jeu de balle avec les chiens), voir Michaël Seigle, « Jouer avec son chien », art. cité.

    43Metchild Käufer, Canine Play Behaviour. The Science of Dogs at Play, Wenatchee, Dogwise, 2013. Sur le rapport entre différentes typologies de jeu (social, avec objets, etc.) et les caractéristiques de race ou d’âge d’un chien, voir Gordon M. Burghardt et al., « Motivation, Development and Object Play: Comparative Perspectives with Lessons from Dogs », Behaviour, 53/6-7, 2016, p. 767-793.

    44Voir Varron, Économie rurale, II, 9, 5, éd. et trad. par C. Guiraud, Paris, Les Belles Lettres, 1985, où il n’est pas recommandé d’acheter de chiens pour la garde du bétail aux chasseurs (ne a venatoribus […] canes emas), car ils seraient moins attentifs à la garde des animaux et prêts à poursuivre tout animal sauvage à la première occasion (si viderint leporem aut cervum, quod eum potius quam oves sequentur).

    45Denison B. Hull, Hounds and Hunting in Ancient Greece, Chicago, The University of Chicago Press, 1964, p. 35, selon lequel : The little Melitaean table-dog which was never used for hunting anything at any time.

    46CIL VI, 29896. Pour une analyse d’épitaphes dédiées à quelques chiens domestiques dans le monde romain, voir Clara Stevanato, « La morte dell’animale d’affezione nel mondo romano tra convenzione, ritualità e sentimento: un’indagine zooepigrafica », I Quaderni del Ramo d’Oro online, 8, 2016, p. 34-65 ; Gerhard Herrlinger, Totenklage um Tiere in der antiken Dichtung, Stuttgart, Kohlhammer (Tübinger Beitrage zur Altertumswissenschaft, 8), 1930, p. 44-45.

    Auteur

    • Marco Vespa

      Marco Vespa est docteur en philologie classique, chercheur à l’université hébraïque de Jérusalem dans le cadre du projet ERC Atlomy. Il a récemment codirigé Élien en contexte. Rhétorique, pratique de l’argumentation et savoir naturaliste, numéro spécial de Philologia Antiqua, 13, 2020 ; Jouer dans l’Antiquité classique. Définition, transmission, réception (Presses universitaires de Liège, 2021). Il a dernièrement écrit Geloion mimēma. Studi sulla rappresentazione culturale della scimmia nei testi greci e greco-romani (Brepols, 2021) ; « Fin de partie. Les larmes des éléphants et la rupture du pacte ludique chez Pline, Histoire naturelle, VIII, 20-21 », Kentron, 36, 2021, p. 157-181 ; « Tales of Imitation: Palamedes, the Cranes, and Interspecies Learning in Greco-Roman Antiquity », Illinois Classical Studies, 47/1, 2022 [à paraître].

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    2Aristote, Histoire des animaux, IV, 9 (536b), éd. et trad. par P. Louis, Paris, Les Belles Lettres, 1964. Pour une analyse détaillée de ce passage avec discussion des problèmes textuels, voir Jean-Louis Labarrière, Langage, vie politique et mouvement des animaux. Études aristotéliciennes, Paris, Vrin, 2004, p. 49-58.

    3Sur la véritable invention du chien de chasse, voir le récit étiologique fourni par le poète latin Grattius, La chasse, v. 213-252, éd. et trad. par R. Verdière, Wetteren, Universa, 1964.

    4Donncha O’Rourke, « Autorial Surrogates in Grattius’Cynegetica », dans Steven J. Green (dir.), Grattius. Hunting an Augustan Poet, Oxford, Oxford University Press, 2018, p. 193-214.

    5Armelle Gardeisen et al., « Variabilité des morphotypes canins archéologiques et implications sur le statut des chiens dans l’Antiquité », dans Jean-Pierre Brugal et al. (dir.), Prédateurs dans tous leurs états. Évolution, biodiversité, interactions, mythes, symboles, Antibes, APDCA, 2011, p. 225-238.

    6Par exemple, Jean-Marc Luce, « Les chats dans l’Antiquité grecque », dans Claire Bellier et al. (dir.), Chiens et chats dans la préhistoire et l’Antiquité, Treignes, Centre d’études et de documentation archéologiques, 2015, p. 69-77. Voir Sheila White, Simon Hornblower, « Pets », dans Simon Hornblower, Anthony Spawroth (dir.), Oxford Classical Dictionary, 3e éd., Oxford, Oxford University Press, 1996, p. 1150-1151.

    7Artémidore de Daldis, Traité d’interprétation des songes, II, 11, éd. par R. A. Pack, Leipzig, Teubner, 1963. Sur les mécanismes de négociation sémiotique entre traditions culturelles partagées, réalité quotidienne de la relation interspécifique et objectifs rhétoriques caractérisant les traités onirocritiques, voir surtout Cristiana Franco, « Opposizioni di genere e polarizzazioni culturali. Il caso di χήν nell’Onirocritica di Artemidoro di Daldi », Studi Italiani di Filologia Classica, 17/1, 2019, p. 34-60.

    8Pour le comportement alimentaire caractérisant le chien en Grèce classique et l’isolant du reste des animaux domestiques, voir Cristiana Franco, Senza ritegno. Il cane e la donna nell’immaginario della Grecia antica, Bologne, Il Mulino (Antropologia del Mondo Antico, 1), 2003, p. 50-56.

    9Ésope, Fables, 75 et 93, éd. par A. Hausrath et H. Hunger, Leipzig, Teubner, 1959-1970. Sur le petit « chien de Mélité », voir John Busuttil, « The Maltese Dog », Greece and Rome, 16/2, 1969, p. 205-208.

    10Gerard van Horn, Choes and Anthesteria, Leyde, Brill, 1951, pour un catalogue de ce genre de vases miniatures.

    11Nicoletta Cinaglia, « Immaginario di un compagno di giochi e di vita: il cane di razza maltese », Ostraka, 21/1-2, 2012, p. 109-136. Une analyse détaillée et fort intéressante de la valeur symbolique du chien melitaion de tradition grecque dans le contexte culturel de l’Égypte à l’époque gréco-romaine se trouve dans Jérôme Gonzalez, « Maltais, trophè, ktèsios… Remarques autour des figurines de chien en terre cuite d’Égypte », Enim, 4, 2011, p. 158-196.

    12Pour la représentation des jouets à roulette sur les choes attiques dans le contexte festif du jeu des enfants, voir Hanna Ammar, « Greek Children and Their Wheel Carts on Attic Vases », dans Katharina Rebay-Salisbury, Doris Pany-Kucera (dir.), Ages and Abilities. The Stages of Childhood and their Social Recognition in Prehistoric Europe and Beyond, Oxford, Archaeopress, 2020, p. 209-220. La présence des chiens de Mélité comme partenaires de jeu des enfants pratiquant la course aux chars se trouve aussi dans un exemple d’ekphrasis chez Philostrate Majeur, Images, II, 17, éd. par O. Benndorf et C. Schenkel, Leipzig, Teubner, 1893.

    13Pour une étude des représentations animales sur les stèles funéraires grecques archaïques et classiques, voir Daphné Woysch-Méautis, La représentation des animaux et des êtres fabuleux sur les monuments funéraires grecs, Lausanne, Bibliothèque historique vaudoise (Cahiers d’archéologie romande, 21),1982, notamment p. 53-60 pour les représentations des chiens. Sur la valeur symbolique du chien de chasse sur les stèles funéraires grecques contribuant à donner à voir publiquement l’identité des jeunes gens défunts, voir Sylvie Vilatte, « La femme, l’esclave, le cheval et le chien : les emblèmes du kalòs kagathós Ischomaque », Dialogues d’histoire ancienne, 12, 1986, p. 271-294.

    14Jean-Marc Luce, « Quelques jalons pour une histoire du chien en Grèce antique », Pallas, 76, 2008, p. 261-293. Sur les différentes bottes portées dans le monde grec, voir Liza Cleland et al., Greek and Roman Dress from A to Z, Londres/New York, Routledge, 2007, p. 21.

    15Pour ces interprétations traditionnelles de la présence du petit chien sur les monuments funéraires grecs, voir Daphné Woysch-Méautis, La représentation des animaux, op. cit., p. 60.

    16Ibid., pl. 51-52, nos 275 et 278.

    17Voir le texte de Thierry Bedossa, Christophe Chandezon et Sarah Jeannin dans ce volume.

    18Pour l’univers cynégétique romain, en particulier pour les chiens de chasse, voir Jacques Aymard, Les chasses romaines. Essai sur les chasses romaines des origines à la fin du siècle des Antonins, Paris, De Boccard, 1951, notamment p. 236-274 pour les races de chien.

    19Aristophane de Byzance, Excerptorum Constantini de natura animalium libri duo. Aristophanis historiae animalium epitome, 196-197, éd. par S. P. Lampros, Berlin, Reimer, 1885. La traduction du passage est d’Arnaud Zucker. Voir Arnaud Zucker, « Qu’est-ce qu’épitomiser ? Étude des pratiques dans la Syllogé zoologique byzantine », Rursus, 7, 2012, doi.org/10.4000/rursus.961.

    20Pollux, Onomasticon, V, 37-40, éd. par E. Bethe, Leipzig, Teubner, 1900.

    21Xénophon, L’art de la chasse, VII, 7, éd. et trad. par É. Delebecque, Paris, Les Belles Lettres, 1970, où le même adjectif kalos (« apte, bon ») se trouve employé à propos des chiens courants pour la chasse au lièvre.

    22Anthologie grecque, VII, 211 (Tymnès), t. IV, éd. par P. Waltz et trad. par P. Camelot et al., Paris, Les Belles Lettres, 1938.

    23Sur cette question, voir l’étude détaillée de Valentina Garulli, « Gli epitafi greci per animali. Tra tradizione epigrafica e letteraria », dans Antonio Pistellato (dir.), Memoria poetica e poesia della memoria. La versificazione epigrafica dall’antichità all’umanesimo, Venise, Edizioni Ca’ Foscari, 2014, p. 27-64.

    24L’adjectif grec argos renvoie principalement au mouvement rapide d’un corps qui donne l’illusion de générer de la lumière tant il est insaisissable et tournoyant. Les deux valeurs sémantiques, « rapide » et « argenté, lumineux, blanc », peuvent coexister dans la désignation du melitaion comme chien aux teintes claires, voir Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, 2e éd., Paris, Klincksieck, 1999, p. 104.

    25Un autre chien illustre, célébré dans une épigramme funéraire pour avoir défendu son maître de l’attaque d’un sanglier en y trouvant la mort, s’appelait précisément Taurôn et était un chien de chasse de la lignée des chiens indiens, parmi les meilleurs pour la chasse aux grandes proies. Le texte de cette épigramme, datant du iiie siècle av. J.-C. et retrouvé dans la collection de l’archive de Zénon d’Alexandrie, est discuté dans Tiina Purola, « P. Cair. Zen. 4.59532: Two Epitaphs for a Hunting Dog Called Tauron », Arctos, 28, 1994, p. 55-62. Le nom Taurôn dérive de tauros, « taureau », par un processus d’élargissement très souvent utilisé en grec pour les sobriquets et dont une présentation linguistique se trouve dans Pierre Chantraine, La formation des noms en grec ancien, Paris, Klincksieck, 1933, p. 160-161.

    26Thémistios, Le Philosophe (discours 21), 248 c, éd. par G. Downey et al., Leipzig, Teubner, 1971.

    27Xénophon, L’art de la chasse, III, 1. La moindre qualité du type du chien alopêkis serait encore plus confirmée si l’on choisissait de traduire le paragraphe suivant, le 2, à propos des chiens « les plus mauvais [cheirous] et les plus nombreux » en les rattachant précisément à la lignée du chien alôpekis, comme choisit de le faire Édouard Delebecque pour la CUF. Pour un aperçu des sources anciennes traitant le chien « vulpin », voir Sébastien Barbara, « Les chiens de l’Epyllium Diomedis (v. 8-19). Quelques remarques sur la littérature cynégétique à l’époque hellénistique », dans Jean Trinquier, Christophe Vendries (dir.), Chasses antiques. Pratiques et représentations dans le monde gréco-romain (iiie siècle av.-ive siècle ap. J.-C.), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009, p. 163-176. Quelques siècles après Xénophon, la distinction entre ces deux types de chien devient plus fluide et certaines confusions apparaissent, comme celle chez Pollux où, après avoir mentionné les chiens kastoriai, l’auteur du lexique affirme que tous les chiens de Laconie sont aussi appelés « vulpins », car ils seraient le résultat d’un croisement entre chiens et renards, Pollux, Onomasticon, V, 38.

    28Aristote, Problèmes, X, 11 (892a 6-23), éd. et trad. du grec par P. Louis, Paris, Les Belles Lettres, 1991.

    29Catherine Amiot et al., « People and Companion Animals: It Takes Two to Tango », BioScience, 66/7, 2016, p. 552-560.

    30Sur ces questions concernant le lent processus de sélection de la part de l’homme des animaux domestiques et familiers dans les cultures occidentales, voir James Serpell, In the Company of Animals. A Study of Human-Animal Relationships, Cambridge, Cambridge University Press, 1996.

    31Xénophon, L’art de la chasse, III, 3.

    32Pour une étude anthropologique des pratiques savantes mises en œuvre dans l’ouvrage d’Athénée, voir Christian Jacob, The Web of Athenaeus, Harvard, Harvard University Press, 2013.

    33Athénée, Le Banquet des sophistes, XII, 16 (518E-519B), éd. par par S. Douglas Olson, Berlin/Boston, De Gruyter, 2019.

    34Sur les nains comme acteurs dans les spectacles du monde gréco-romain, voir Véronique Dasen, « L’enfant qui ne grandit pas », Medicina nei Secoli, 18/2, 2006, p. 431-452.

    35Pour la préciosité et le luxe ostentatoire des vêtements des Sybarites, en particulier pour les habits intégralement teints en pourpre de mer, les halourgides, voir Daniela Marchiandi, « Riflessioni sulla costruzione del valore dei tessili nell’Atene classica (… ma a partire dallo himation del sibarita Alcistene) », Historika. Studi di storia greca e romana, 9, 2019, p. 39-118.

    36Plutarque, Vie de Périclès, I, 1-2, éd. et trad. par R. Flacelière et É. Chambry, Paris, Les Belles Lettres, 1969. La biographie littéraire de Périclès s’ouvre sur une anecdote au ton moralisateur que Plutarque attribue à l’empereur Auguste et dans laquelle sont stigmatisées des attitudes contraires à la morale traditionnelle et à la nature des relations humaines, contre lesquelles des hommes riches appartenant à l’élite de la société engagent leur argent et leur temps à soigner et élever de petits chiens de compagnie.

    37Pour une discussion sur l’amélioration des attitudes et des comportements des animaux au fil d’un long processus d’application, de soins et d’apprentissage de la part de ces derniers, epimeleia kai didaskalia, voir Plutarque, Sur l’intelligence des animaux, 962C, éd. et trad. par J. Bouffartigue, Paris, Les Belles Lettres, 2012. L’entraînement des chiens courants est d’ailleurs bien attesté dans les textes cynégétiques anciens où l’on parle de renforcer la vitesse et la réactivité de ces chiens par déploiement important de tests et de simulations de chasse, voir Michaël Seigle, « Jouer avec son chien dans le monde antique », Ethnographiques.org, 36, 2018, http://www.ethnographiques.org/2018/Seigle.

    38Némésien, La chasse, v. 231-239, éd. et trad. par Pierre Volpilhac, Paris, Les Belles Lettres, 1975. Sur les grands efforts techniques nécessaires dans l’Antiquité pour le changement du profil morphotypique et éthologique des animaux domestiques, notamment des animaux de la ferme, voir Christophe Chandezon, « Pratiques zootechniques dans l’Antiquité grecque », Revue des études anciennes, 106/2, 2004, p. 477-497.

    39Otto Keller, Die antike Tierwelt, Leipzig, Wilhelm Engelmann, 1909, t. 1, p. 95.

    40Némésien, La chasse, v. 235-236, où une référence directe à la chasse au terrier de la part du petit chien tuscus semblerait présente dans l’expression leporum secreta cubicula monstrant, « ils indiquent les appartements cachés des lièvres ».

    41D. Caroline Coile, Encyclopedia of Dog Breeds, Hauppauge, Barron’s, 2015 ; Sine Threlfall, The World of Dogs. Skye Terrier, Hants, TFH, 1997.

    42Pour une mise en valeur des éléments que l’entraînement et la pratique de la chasse partagent avec le déroulement de certaines activités ludiques (comme le jeu de balle avec les chiens), voir Michaël Seigle, « Jouer avec son chien », art. cité.

    43Metchild Käufer, Canine Play Behaviour. The Science of Dogs at Play, Wenatchee, Dogwise, 2013. Sur le rapport entre différentes typologies de jeu (social, avec objets, etc.) et les caractéristiques de race ou d’âge d’un chien, voir Gordon M. Burghardt et al., « Motivation, Development and Object Play: Comparative Perspectives with Lessons from Dogs », Behaviour, 53/6-7, 2016, p. 767-793.

    44Voir Varron, Économie rurale, II, 9, 5, éd. et trad. par C. Guiraud, Paris, Les Belles Lettres, 1985, où il n’est pas recommandé d’acheter de chiens pour la garde du bétail aux chasseurs (ne a venatoribus […] canes emas), car ils seraient moins attentifs à la garde des animaux et prêts à poursuivre tout animal sauvage à la première occasion (si viderint leporem aut cervum, quod eum potius quam oves sequentur).

    45Denison B. Hull, Hounds and Hunting in Ancient Greece, Chicago, The University of Chicago Press, 1964, p. 35, selon lequel : The little Melitaean table-dog which was never used for hunting anything at any time.

    46CIL VI, 29896. Pour une analyse d’épitaphes dédiées à quelques chiens domestiques dans le monde romain, voir Clara Stevanato, « La morte dell’animale d’affezione nel mondo romano tra convenzione, ritualità e sentimento: un’indagine zooepigrafica », I Quaderni del Ramo d’Oro online, 8, 2016, p. 34-65 ; Gerhard Herrlinger, Totenklage um Tiere in der antiken Dichtung, Stuttgart, Kohlhammer (Tübinger Beitrage zur Altertumswissenschaft, 8), 1930, p. 44-45.

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    Vespa, M. (2022). Variations de comportement et communautés anthropozoologiques dans l’Antiquité gréco-romaine : le cas du chien dit « maltais ». In Éric Baratay (éd.), Les animaux historicisés. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/11ygq
    Vespa, Marco. « Variations de comportement et communautés anthropozoologiques dans l’Antiquité gréco-romaine : le cas du chien dit “maltais” ». In Les animaux historicisés, édité par Éric Baratay. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2022. doi:10.4000/11ygq.
    Vespa, Marco. « Variations de comportement et communautés anthropozoologiques dans l’Antiquité gréco-romaine : le cas du chien dit “maltais” ». Les animaux historicisés, édité par Éric Baratay, Éditions de la Sorbonne, 2022, https://doi.org/10.4000/11ygq.

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    Baratay, Éric (éd.). (2022). Les animaux historicisés. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/11yiv
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    Baratay, Éric, éditeur. Les animaux historicisés. Éditions de la Sorbonne, 2022, https://doi.org/10.4000/11yiv.
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