Un bouleversement éthologique en cascade. Animaux européens et américains dans les missions jésuites des Guarani (Paraguay, xviiie siècle)
p. 83-98
Texte intégral
1Dans les dernières décennies du xviiie siècle, un débat oppose naturalistes européens et américains autour de l’influence des climats sur le comportement des animaux. Au comte de Buffon et à sa théorie de la dégénérescence en milieu tropical, les missionnaires jésuites confrontent leur connaissance du terrain et leur rapport intime à la faune ultramarine1. Sur fond de tensions entre métropoles et colonies, cette « dispute du Nouveau Monde » prend pour objet l’adaptation des bêtes importées par les Ibériques : le bétail devient-il plus frêle, plus peureux, moins fertile ? Les chiens perdent-ils leur capacité à aboyer ? L’Amérique ne se caractérise-t-elle pas par l’absence des gros quadrupèdes, le tapir ne constituant qu’une pâle imitation de l’éléphant africain et le jaguar une sorte de tigre asiatique diminué ?
2Tombé dans l’oubli à l’issue des guerres d’Indépendance, ce dossier a été rouvert, deux siècles plus tard, par les historiens de l’environnement étudiant les modalités de l’« échange colombien » entre deux continents isolés pendant dix millénaires2. Plus que l’évolution des animaux européens et de leurs rapports aux espèces locales, c’est surtout leur rôle d’agents de « l’impérialisme écologique » colonial qui a été mis en avant3. Malgré quelques initiatives, on ne dispose que d’une poignée de travaux sur l’expérience américaine des bêtes issues de la métropole4. Ces analyses sont généralement consacrées aux biographies des chiens et des chevaux « de la Conquête », c’est-à-dire à la première génération d’immigrés, dont les conquistadors ont célébré les mérites5. Or, comme l’a relevé Jean-Pierre Digard, c’est plus à long terme et au-delà du contrôle immédiat des colons que l’Amérique revêt un intérêt, une fois considérée comme une « zone de marronnage6 ». Ce terme désigne le retour à la vie sauvage d’espèces, de groupes ou d’individus autrefois domestiqués, dans des régions où une faible pression humaine et une abondance de pâtures ou de gibier leur permettent d’évoluer de manière autonome, en périphérie des villes coloniales et au contact de groupes amérindiens et afro-descendants.
3En Amérique du Sud, le rapport de force entre les animaux « marrons » (cimarrones) et la société coloniale a varié entre Hautes et Basses Terres. Là où les Andes se singularisaient par de fortes concentrations démographiques et par la domestication du lama ou du cochon d’Inde, l’Amazonie et les pampas méridionales, au peuplement plus diffus, se montraient hostiles à l’élevage et au contrôle de la reproduction de la faune, à l’exception du canard à caroncule7. Dans un contexte anthropozoologique lâche, caractérisé par la présence de prédateurs et de parasites plus nombreux et plus redoutables que dans la Cordillère centrale, le comportement des bêtes européennes a varié plus radicalement que dans les régions plus proches de l’Ancien Monde. L’étude de cette divergence a longtemps été limitée par une implantation coloniale fragile et un milieu très humide, supposant une pénurie de sources écrites et de restes archéozoologiques8.
4De ce point de vue, le Paraguay colonial et ses trente missions jésuites des Guarani (1609-1768) offrent un observatoire privilégié. D’une part, situés à la frontière des actuels Paraguay, Uruguay, Brésil et Argentine, à la lisière des plaines pampéennes et de la forêt atlantique subtropicale, ces établissements ont fondé leur autonomie alimentaire sur l’élevage bovin extensif et, avec lui, sur les chevaux et les chiens nécessaires à cette activité9 (fig. 1). D’autre part, les Guarani, des chasseurs-cueilleurs et horticulteurs semi-nomades convertis au pastoralisme, ont laissé des milliers de pages écrites dans leur langue, témoignant de leur découverte de la domestication. En outre, les missionnaires, en grande majorité européens, ont été les témoins les plus à mêmes de saisir les écarts comportementaux entre les bêtes américaines et leurs parents métropolitains, exacerbés par le fait que les missions constituaient des pôles de concentration démographique et de re-domestication, dans une région caractérisée par la dispersion de l’habitat indien et le primat de la chasse10. Enfin, ce sont bien les jésuites qui, à la fin du xviiie siècle, entrent en controverse avec Buffon11.
Fig. 1. Carte du Paraguay colonial d’après Martín Dobrizhoffer, 1784. John Carter Brown Library, CC-BY-SA 4.0.

5Dès lors, comment les bovins, les équidés et les canidés introduits par les Pères, mais quasiment tous nés au Paraguay, ont-ils réagi à un milieu bouleversé par les progrès de l’évangélisation, l’excès de bétail et le manque de pasteurs ? Pourquoi sont-ils retournés à l’état sauvage, avec quelles conséquences sur leur habitat, leur alimentation et leur sociabilité ? Quelles évolutions ont-ils manifestées dans leurs rapports quotidiens aux humains et aux animaux américains ? Dans quelle mesure ces derniers, notamment le jaguar, se sont-ils adaptés à cette nouvelle donne ? Et qu’en est-il allé des petits commensaux, locaux ou exogènes, tirant profit de ces altérations ?
6Afin de répondre à ces interrogations, le recours au De Abiponibus (1783) du Bohémien Martín Dobrizhoffer (1717-1791) semble constituer un point de départ idéal12. En effet, ce récit de mission parmi les Guarani et les Indiens du Chaco, attentif aux individualités animales et à la comparaison avec l’Autriche et l’Espagne, a connu une importante postérité en Europe, grâce à une traduction anglaise publiée en 1822 et ayant servi de livre de chevet à Charles Darwin lors de l’expédition du Beagle (1832)13. Pour ne pas se limiter à ce seul témoignage, il convient de le croiser avec celui du premier naturaliste laïque du Paraguay, Félix de Azara (1742-1821), dont les Apuntamientos (1802) débattent avec Buffon en s’appuyant sur les animaux marrons14. Enfin, le recours à des sources lexicographiques, historiques, administratives et médicales en guarani permet de confirmer ou d’infirmer les observations établies par les deux explorateurs.
Un gros bétail devenu gibier : bœufs farouches et chevaux craintifs
7Bien que des bovins aient été importés au Paraguay dès 1555, ce n’est que dans le premier tiers du xviie siècle que les jésuites introduisent le bétail dans leurs missions, rapidement pillées par les Portugais15. Évacués à la hâte, les Guarani abandonnent les troupeaux, qui se multiplient en autonomie, formant des groupes de centaines de milliers d’individus nommés vaquerías16. Une fois les missionnaires de retour, ces bœufs sont chassés sans contrôle de leur reproduction jusqu’aux années 1730, lorsque le commerce du cuir entraîne un déclin des cheptels et impose la conversion vers un régime d’estancias où les animaux marrons sont parqués dans des pâtures fermées17. Quoi qu’il en soit, jusqu’à la fin du xviiie siècle, un mélange original de chasse et d’élevage se développe dans la région, qui compte un nombre de bovins bien supérieur à celui des habitants des missions18. Ainsi, en 1768, un inventaire partiel ébauché à l’expulsion des jésuites compte 700 000 bœufs marrons et 50 000 bêtes de labour pour un total de 100 000 Indiens chrétiens19 (tabl. 1).
Tableau 1. Proportion d’humains et de bétail dans les missions jésuites des Guarani d’après l’inventaire de 1768.
| Humains | 100 000 | soit |
| Bétail bovin | 750 000 | 7 bovins pour 1 humain |
| Bétail équin | 110 000 | 1 équin pour 1 humain |
| Bétail ovin | 240 000 | 2 ovins pour 1 humain |
| Total | 1 100 000 | 11 têtes de bétail pour 1 humain |
8C’est sur ce constat d’infériorité numérique que Martín Dobrizhoffer ouvre son chapitre consacré aux bœufs marrons. Plus que leur nombre ou que leur vigueur, c’est bien l’originalité de leur comportement que le jésuite met en avant, en remarquant qu’il se rapproche notablement de celui du gibier à cornes américain :
[Les bœufs], amenés autrefois au Paraguay, s’y sont multipliés merveilleusement en deux siècles, en vertu à la fois de la richesse des pâtures et de la liberté totale dont ils jouissent pour parcourir les plaines en long et en large, jour et nuit, tout au long de l’année. […] Il y a cinquante ans, quand toutes les plaines étaient recouvertes de bœufs sauvages, les voyageurs étaient obligés d’envoyer des cavaliers en éclaireurs pour ouvrir la voie, éloignant les bêtes qui se tenaient sur leur route et les menaçaient de leurs cornes. […] Souhaitez-vous faire la connaissance d’un bœuf paraguayen et de sa constitution ? En hauteur, ils sont comparables à ceux de Hongrie, et les surpassent souvent dans l’extension de leurs corps aux robes variées. Avec une sorte d’arrogance féroce, ils imitent le port altier des cerfs et les égalent presque en vélocité20.
9Cette comparaison avec les cervidés est confirmée par le croisement des sources et se justifie aussi bien en termes d’habitat que de sociabilité ou de rapport à la faune paraguayenne et aux humains. En effet, reprenant l’observation de Martín Dobrizhoffer sur l’âpreté du bétail américain, Félix de Azara l’utilise comme argument contre Buffon, soulignant que les troupeaux marrons ont pris l’habitude de se retirer chaque année dans les forêts pour passer l’hiver, d’où ils ressortent couverts de taons et de tiques. Cette transhumance est dirigée par les taureaux, qui surveillent les environs en plaçant leurs hardes au sommet des collines21. Ils n’hésitent pas à pénétrer dans les estancias pour en extraire les individus domestiqués, au désespoir des jésuites22.
10Une telle vigilance, guidée par les mâles, est liée à un environnement très hostile, avant tout du point de vue du climat puisqu’un grand nombre de bœufs meurent foudroyés, victimes de la grêle ou de feux de prairie23. Ce sont ensuite les jaguars qui harcèlent les troupeaux en plaine. Ils ont appris la méthode la plus efficace pour tuer les bovins, en prenant appui sur leurs cornes afin de leur rompre le cou, quand ils ne se jettent pas sur les veaux24. Face à ces prédateurs, les vaches n’hésitent pas à faire face et à les encorner, avec une fureur décuplée lorsqu’il s’agit de défendre leur progéniture25. Celle-ci est malgré tout décimée par les vautours, qui leur crèvent les yeux, ou par les multiples vers que des nuées de mouches pondent à leur naissance26. Plus tard, ils succombent au venin des serpents, des mygales et des scolopendres, causant des hémorragies27. La nuit, ce sont ensuite les chauves-souris hématophages qui les harcèlent28.
11Confrontés à des ennemis plus divers et plus dangereux qu’en Europe, les bovins sont dans le même temps moins soumis à l’emprise de l’homme. Comme le remarquent Martín Dobrizhoffer et Félix de Azara, le comportement des bœufs marrons diffère très peu de celui des individus domestiques, lesquels réagissent face aux éleveurs comme s’ils étaient confrontés à n’importe quelle autre menace. La documentation en guarani évoque ainsi de nombreux cas de pasteurs encornés par des bêtes indociles29. Félix de Azara ajoute qu’il est nécessaire de couper les cornes des mâles, même castrés, et que ceux-ci sont prompts à s’enfuir30. Pour les dresser, on les affame en les attachant à un arbre trois jours durant, avant de leur faire tirer de lourds rondins31. Dans ces conditions, Martín Dobrizhoffer constate qu’il est périlleux de traire les vaches sans les entraver, raison pour laquelle on se passe de beurre et on lui substitue la graisse32. Les bêtes étant abondantes, les soins vétérinaires sont négligés33.
12Enfin, ces rapports difficiles ne sont pas simplifiés par l’éthos cynégétique des Guarani, qui rechignent à faire paître leurs bœufs, à les abreuver ou à les mettre au repos, quand ils ne les tuent pas immédiatement pour les rôtir avec les araires, crime que les jésuites peinent à réprimer34. C’est que la différence entre élevage et chasse reste ténue, puisqu’il s’agit dans tous les cas de capturer des vaches, à cheval et à l’aide de chiens35. Comme l’écrit Félix de Azara, c’est par abus de langage que l’on nomme « bétail » (ganado) ce gibier cimarrón que les Guarani qualifient pour leur part de hesaite, « aux yeux grands ouverts36 » . Surprenante, cette appellation fait référence aux globes oculaires écarquillés des bovins et des équidés, dont l’éthologie actuelle fait un indicateur du stress37.
13La conversion en gibier agit tout différemment chez les équidés qui, confrontés au même milieu animal et humain, voient la crainte prendre le dessus sur l’agressivité. Débarqués au Paraguay dès 1537 avec les conquistadors, rejoints plus tard par des ânes, les chevaux devenus marrons forment des colonnes de plusieurs centaines d’individus, comparables à des forêts mobiles38. Dirigées par les mâles, elles dépouillent les voyageurs de leurs montures, qui s’enfuient avec ces hardes dont elles sont d’ailleurs originaires39. Comme le déplore Martín Dobrizhoffer et le répètent les sources en guarani, il est impossible de se fier à son équidé40. Les jésuites, éleveurs de mules, sont pourtant de bons cavaliers41. Mais l’équitation américaine suppose pour eux un véritable défi :
Je peux admettre que je n’ai jamais enfourché un cheval paraguayen, quelle que soit sa robe, avec la même confiance et la même sécurité que je ressens en Europe, car la plupart d’entre eux sont prompts à tressailler, à faire preuve d’obstination, à trébucher et à renverser leur cavalier, et presque tous sursautent de peur, terrifiés par tout bruit soudain, la vue de tout objet étrange, raison pour laquelle, si l’on ne tient pas les rennes, ils se cabrent en hissant la tête jusqu’à la poitrine du cavalier, ou bien ils ruent et le jettent à terre42.
14Bien plus qu’à leurs origines sauvages, cette dangerosité tient aux modalités de chasse et de re-domestication de ces bêtes, aussi brutales et précaires que celles des bœufs : capture au lasso, réclusion dans des enclos où on les affame, piégeage à l’issue d’incendies de prairie43 (fig. 2). Les individus ainsi soumis ne se laissent pas approcher par l’humain et ne peuvent être déplacés qu’en groupe, raison pour laquelle il leur est attribué des mules « marraines » (madrinas) pour les guider44. Systématiquement castrés après avoir été épuisés, les mâles sont forcés à trotter par des pierres enveloppées de cuir, que l’on attache à leurs pattes45. Pas plus que les bovins, ils ne sont nourris ni soignés46. En outre, le manque d’eau et de repos est aggravé par les changements incessants de montures, puisque les Guarani chrétiens n’ont pas le droit de posséder un cheval, de peur qu’ils prennent la fuite avec eux47. Les Indiennes chevauchent donc des ânes en piteux état48. Comme les juments, ces derniers jouissent malgré tout d’une plus grande liberté que les chevaux des vaquerías, dont la plupart meurent épuisés ou encornés49. Les mules, quant à elles, s’éreintent à charrier du maté et de l’artisanat sur les contreforts des Andes50.
Fig. 2. Techniques de chasse au cheval des Indiens du Chaco d’après Florián Paucke, 1778-1779 (Banco de Imágenes Florián Paucke).

Cette illustration et les deux suivantes, du jésuite Florián Paucke, représentent des Indiens du Chaco. Toutefois, elles renvoient à des pratiques documentées chez les Guarani chrétiens.
15Martín Dobrizhoffer et Félix de Azara concluent ce sombre tableau en estimant que l’espérance de vie moyenne d’un équidé paraguayen est inférieure de moitié à celle d’un cheval de métropole. S’ils conviennent avec Buffon que les montures sont en général plus maigres et plus petites que celles d’Europe, ils attribuent cet écart à la maltraitance humaine et non au climat51. Toutefois, il est évident que l’hostilité du milieu accentue l’impressionnabilité des chevaux. Le sol est parsemé de termitières et s’effondre quand ils trottent en raison des galeries des rongeurs, tandis que la boue s’accumule sous leurs sabots non ferrés52. De nombreuses herbes sont toxiques et les affaiblissent53. Les moustiques troublent leur repos et les poussent à dormir dans la fumée des feux de camp54. Toutefois, ce sont bien les expéditions en forêt, où résident les Indiens insoumis, qui mettent les bêtes le plus à l’épreuve. Martín Dobrizhoffer narre ainsi trois chutes causées par sa propre mule, terrifiée à deux reprises par un boa, la troisième fois par des piqûres de guêpes55. Dans cet environnement fermé et étouffant, les montures perdent leurs repères et craignent la menace des jaguars :
[Les] mules, quoique plus robustes que tout cheval, et rompues à traverser les forêts, […] sont bien plus redoutables pour leur cavalier, en raison de leur peur constante du danger. Soudain, elles se figent sur la route, sidérées, reniflent l’herbe, tendent leurs oreilles et fixent les objets les plus distants du regard, les yeux perdus dans le vague. La couleur inhabituelle d’une plante, une odeur étrange, le gazouillis des oiseaux, le crissement des arbres, ou l’agitation inaccoutumée des feuilles sous l’effet du vent, leur font suspecter l’arrivée d’un jaguar, en particulier au coucher du soleil ou au cœur de la nuit. Désormais en proie à une terreur soudaine, elles fuient avec leur cavalier qui, s’il ne sait pas faire preuve d’une grande présence d’esprit, est tantôt jeté au sol, tantôt traîné, les pieds pris dans les étriers56.
16Ces appréhensions sont justifiées, car les jaguars ont une prédilection pour les équidés, notamment les ânes, plus solitaires. Ces derniers sont pourtant les seuls à même de leur résister, par la ruse, en s’abritant près d’un arbre ou d’un rocher leur permettant de ruer. Les chevaux et les mules prennent systématiquement la fuite et les juments abandonnent leurs poulains, là où les vaches ont recours à leurs cornes57. Les mules, à l’odorat sensible, sont les premières à sentir le danger et à se sauver58. Plus qu’à la violence des rapports avec les humains, aussi rudes pour les bovins que pour les équidés, il semble donc que ce soit la menace des jaguars, ainsi que la capacité inégale à leur résister, qui détermine les modalités de conversion du bétail en gibier.
Des prédateurs en concurrence : jaguars des villes et chiens des champs
17L’étude des évolutions comportementales des félins américains se révèle de ce point de vue indispensable pour interpréter l’agressivité des bœufs et la panique des chevaux. Toutes les sources missionnaires, en espagnol ou en guarani, soulignent que le Paraguay est infesté de « tigres59 ». Martín Dobrizhoffer et Félix de Azara redoutent leur nombre mais aussi leur taille qui, contrairement aux préjugés de Buffon, serait bien supérieure à celle des fauves de l’Ancien Monde vus dans les ménageries de métropole60. Bénéficiant de l’effondrement démographique causé par l’arrivée des maladies européennes, les jaguars se situent en effet en position de force durant la période coloniale, à tel point que les Pères font d’eux des épouvantails pour vanter la sécurité de la vie en plaine61. Habitant la forêt, près des rivières où ils chassent le gibier d’eau, ces prédateurs solitaires et nocturnes ne devraient théoriquement pas croiser la route des Indiens chrétiens, sédentarisés et libérés de cette menace atavique. Pourtant, le De Abiponibus évoque des attaques ayant lieu de jour, en rase campagne, voire en pleine ville :
Un tigre, parfois, tapi à l’insu de tous dans les herbes hautes ou dans un buisson d’épineux, observe sans coup férir une troupe de chevaux passant devant lui, puis se jette avec impétuosité sur le cavalier qui ferme la marche. Les nuits de pluie et d’orage, ils se glissent dans les habitations humaines, non pas à la recherche d’une proie ou de sang, mais dans le but de s’abriter de la pluie et du vent glacé. Bien que l’ombre seule de cette bête suffise à inspirer la panique, ceux qui sont le plus à craindre sont les tigres qui ont déjà goûté la chair humaine. Ceux-là sont constamment à l’affût des hommes et les poursuivent avec résolution. Ils suivront les traces d’un voyageur des lieues durant, jusqu’à ce qu’ils l’aient rattrapé62.
18Une fois encore, croiser les sources permet de confirmer ces faits, non seulement parce que Félix de Azara a lui aussi assisté à des homicides, mais surtout parce que les ravages des jaguars sont prévus dans les manuels d’administration, correspondent à des soins dans les traités de médecine et sont consignés dans les dictionnaires aussi bien que dans les chroniques63. Les témoignages sont tout aussi nombreux pour souligner, à l’inverse, que les félins n’attaquent pas l’humain, sauf si une femelle doit défendre ses petits ou si un mâle est affamé64. Dans bien des cas, il semble donc que les incursions ont pour motif un morceau de viande oublié sur le feu, quand il ne s’agit pas d’une pièce de cuir ayant servi de couverture à un dormeur mal avisé65.
19C’est que le bétail européen est devenu la proie préférentielle des jaguars et constitue ainsi l’autre facteur de leur prolifération, entraînant une compétition exacerbée entre fauves66. Aucune autre espèce paraguayenne ne s’attaque aux bovins et aux équidés vivant en plaine ou, dans le cas des ânes, à proximité des missions67. Le plus souvent, les jaguars se contentent de leurs carcasses ; quand ils s’attaquent à des individus vivants, ceux-ci sont traînés jusque dans les bois, en dépit de la distance ou des cours d’eau. Le même type d’attaque éclair est appliqué dans les bivouacs, où la victime est unique et choisie par ordre de dangerosité : victuailles, chiens, esclaves africains, Indiens et, en dernier lieu, Espagnols68. Les déprédations subies par les troupeaux manifestent une même prudence méticuleuse, à tel point que Martín Dobrizhoffer a beau multiplier les sentinelles indiennes, ses bêtes disparaissent une à une.
20Cette ruse est motivée par l’extrême vulnérabilité des fauves en ville ou en plaine puisque, une fois repérés, ils sont vite rattrapés par la cavalerie, qui les prend au lasso et les étrangle en les traînant au galop (fig. 3). Les félins les plus vifs se sauvent en grimpant dans un arbre, sur un rocher, ou en plongeant dans les hautes herbes. Il est alors fait recours à des cages piégées avec des restes de bétail en décomposition69. L’incursion des jaguars répond sans doute à la nécessité d’élargir leur territoire de chasse au-delà des forêts où, probablement, règne une trop forte compétition entre prédateurs. De ce point de vue, les plaines représentent un véritable garde-manger, surtout en période de guerre ou d’épidémie, quand la société missionnaire se désagrège et que des Indiens isolés, affamés et malades constituent des proies faciles70. Face à ce danger, les jésuites tâchent de rassurer leurs ouailles en dressant des meutes de chiens de chasse71.
Fig. 3. Techniques de chasse au jaguar des Indiens du Chaco d’après Florián Paucke, 1778-1779 (Banco de Imágenes Florián Paucke).

21Le remède se révèle être pire que le mal, non seulement parce que les jaguars ne craignent pas les chiens, mais aussi parce que la multiplication des molosses engendre un nouveau type de marronnage, lié cette fois à des animaux élevés au cœur des missions. En effet, après avoir subi les assauts des canidés ibériques, les Guarani les ont adoptés avec enthousiasme, au point que chaque foyer possède en moyenne six à huit dogues72. Ceux-ci servent à chasser tapirs, cerfs ou pécaris et à défendre les troupeaux. Malgré leur nombre, ils apparaissent peu dans les sources jésuites, ne figurent pas dans les inventaires et posent problème dans les textes en guarani car, comme l’indiquent Félix de Azara et les dictionnaires, les Indiens emploient un même terme, jagua, pour désigner les jaguars et les chiens73. Cette ambiguïté s’explique par le fait qu’un grand nombre parmi eux s’échappent des villes et forment des hordes en plaine :
Il y a ici beaucoup de chiens au caractère singulier. […]. Comme ces fuyards ne peuvent chasser le petit gibier, car les ruses et la parfaite vision nocturne des renards leur font défaut, ils survivent en se nourrissant de veaux et de poulains. Pour ce faire, ils se déplacent toujours en meutes, lesquelles agressent les vaches et les juments en les faisant courir pour isoler leurs malheureux petits, que d’autres membres de la meute tuent avant que tous ne reviennent les dévorer. La société qui les unit dans la chasse ne leur donne aucun droit à partager le butin, puisque les plus forts se servent en premier, laissant le reste aux autres. Comme ce mode de subsistance exige de la vigueur, tous les marrons sont corpulents. Ils appartiennent selon moi à la race nommée grand danois par Buffon et que, je crois, nous nommons lévrier, mais ils ont à mon avis le poil plus dur, le museau plus long et pointu, les oreilles plus larges et le col plus robuste que les individus domestiques de cette même caste74.
22En effet, les répertoires castillan-guarani indiquent que ces chiens « marrons » (cimarrones) sont des « dogues » (perros alanos) « de grande taille » (jagua rusu), aussi nommés « lévriers » (perros lebreles)75. Ils se nourrissent exclusivement de viande de bœuf ou de cheval, profitent des carcasses issues de l’exploitation intensive des cuirs ou attaquent à l’occasion les troupeaux, en profitant de l’effet de meute. Certains auteurs évoquent des groupes de plusieurs centaines de chiens et redoutent que ceux-ci ne s’en prennent aux humains en cas de manque de bétail76. Effectivement, le récit d’une expédition militaire en Uruguay évoque la mort de deux miliciens guarani, dévorés par des mâtins errants77. Bien que tous les contemporains célèbrent l’absence providentielle de la rage aux Amériques, ce mode de marronnage n’a rien de surprenant si l’on considère que les fugitifs ont été dressés à chasser les vaches, ont été nourris de viande bovine et ont vu leur agressivité cultivée à dessein, au risque de se rebeller contre leurs maîtres78. Quant aux chiens de garde, ils provoquent la fuite du bétail qu’ils terrifient, facilitant le travail des jaguars79. Il est en effet nécessaire de munir leur collier de pièces de bœuf crues, afin que leur appétit insatiable ne les pousse pas à attaquer les troupeaux mêmes qu’ils sont censés protéger80.
23Tout aussi imprévisibles que le bétail marron, les chiens du Paraguay connaissent également des conditions de vie éprouvantes. Couverts de puces et de tiques, ils souffrent des niguas, ces parasites qui épargnent les ongulés mais déciment les canidés, lesquels ont dû apprendre à les extraire à l’aide de leur langue, puisque leurs maîtres ne leur viennent pas en aide. Martín Dobrizhoffer fait exception en sauvant deux de ses dogues en proie à des vers après s’être battus avec d’autres chiens81. La compétition pour l’accès à la nourriture est en effet rude, puisque les Indiens ne contrôlent pas les portées. Subi plus que choisi, le marronnage débouche sur des guerres civiles canines, lorsque les gardiens de troupeaux sont confrontés à leurs congénères82.
24L’homophonie entre jaguar et chien est donc liée à la parenté de leur éthogramme, dans la mesure où tous deux se consacrent à la chasse du bétail et se montrent homicides à l’occasion. Ce constat est valable pour les chiens les plus solitaires qui, à l’image des félins, se réfugient dans des terriers jonchés de restes de bœufs, creusés ou arrachés aux renards et viscaches. Fait remarquable, Félix de Azara note que les jaguars occupent à leur tour les repaires des dogues marrons, après les avoir dévorés83. Loin de juguler l’invasion des félins, le recours à des meutes de chiens de chasse revient donc à multiplier les prédateurs, à accentuer la férocité des bovins et l’insécurité des équidés, mais aussi à offrir aux jaguars un gîte et un couvert supplémentaires.
Une commensalité discrète mais accrue : tatous, rats et serpents opportunistes
25Selon Martín Dobrizhoffer, l’essor conjoint des bœufs, des chevaux, des jaguars et des chiens a fait du Paraguay un « séminaire » animal, doublé d’une « tombe dévorante84 ». Cette métaphore remarquable vaut à plus forte raison pour les moutons, les chèvres, les porcs ou les poules, des espèces plus vulnérables car harcelées par les pumas, les jaguarundis et même par quelques chats marrons85. En résulte une surabondance de carcasses, mentionnée par tous les observateurs et causant un troisième et dernier type de bouleversement éthologique, lié cette fois à des animaux demeurés quasiment invisibles dans la documentation, mais dont l’influence effective a dû être considérable.
26En effet, tant Martín Dobrizhoffer que Félix de Azara mentionnent la présence de diverses espèces américaines accompagnant les jaguars ou les chiens et s’étant spécialisées dans une sorte de commensalisme lié au bétail. Outre les urubus et autres oiseaux charognards, le cas le plus notable est sans doute celui des tatous. Omnivores et fouisseurs, ces xénarthres ont trouvé des solutions inédites afin de tirer un parti discret de la surmortalité des équidés dans les plaines paraguayennes : « J’ai observé [que les tatous] dévorent souvent les cadavres des chevaux. Or, comme ils ne peuvent rompre leur cuir, ils ont pris l’initiative de creuser en dessous, là où la peau pourrit et se ride. Ils s’introduisent ainsi dans la cavité et mangent la putréfaction, laissant les os et la peau extérieure intacts86. »
27Cette trouvaille s’avère payante car, ayant noté ce changement d’orientation alimentaire, les Guarani refusent désormais de chasser les tatous, qu’ils jugent impropres à la consommation en raison de leur nouveau régime nécrophage87. De leur côté, les jésuites sont confrontés à un problème similaire vis-à-vis des rats européens, qu’ils ont involontairement importés dans les missions. En effet, l’approvisionnement des Indiens chrétiens étant fondé sur le bœuf, le cuir servant de vêtement mais aussi de contenant, de matériau de construction et de support d’écriture, les boyaux compensant l’absence de verre et l’éclairage dépendant du suif, les rongeurs ont fait de cette manne bovine la pierre angulaire de leur commensalisme vis-à-vis de l’homme88. Devenus carnivores, ils pillent les villes à la faveur de la nuit, causant des désastres :
En raison du grand nombre de bœufs tués chaque jour, les carcasses abondent, à tel point que les rats, qui dans nos pays n’ont presque rien à manger, se régalent ici jour et nuit, ce qui, bien sûr, doit contribuer merveilleusement à leur multiplication. […] Ces rapineurs importuns ne se contentent pas de voler chaque jour les habitants, mais mettent souvent le feu au maisons. […] Presque toutes les nuits, les rats s’emparent du plat en fer où se trouve la bougie de suif, pour en sucer l’huile refroidie. Afin de restreindre leur audace, il a fallu attacher ce plat à la bougie à l’aide d’une chaînette lestée89.
28Conséquence indirecte de ces déprédations, les villages sont à terme envahis par de nombreuses vipères, attirées par la chaleur des foyers tout autant que par l’abondance de proies. Provoquant une véritable paranoïa, ces serpents inspirent aux colons l’introduction de hérons apprivoisés à la manière indienne et chargés à leur tour de faire la chasse aux ophidiens90. Véritable bouleversement éthologique en cascade, le marronnage du bétail européen dépasse donc de très loin les seuls mammifères et mériterait une analyse systématique à grande échelle.
Je conçois bien que les dispositions locales puissent altérer certaines coutumes, puisque les chevaux des pampas de Buenos Aires, où l’eau est rare, remuent la boue pour y avoir accès, tandis que les vaches font de même avec la neige afin de brouter l’herbe. Le jaguarete [jaguar] et l’aguara cha’i [renard] creusent des terriers là où ils ne trouvent pas de hautes herbes ou de tanières, pratique adoptée par les chiens marrons91.
29Adressant ces remarques aux partisans du comte de Buffon, Félix de Azara rejoint Martín Dobrizhoffer et de nombreuses sources en langue guarani, pour lesquels les animaux marrons des Basses Terres d’Amérique du Sud manifestent une remarquable variabilité comportementale. Parmi ces « dispositions locales » caractérisant bœufs, montures et chiens retournés à la vie sauvage, on retiendra un habitat mixte entre plaine et forêt, un grégarisme exacerbé lié à des hordes dirigées par les mâles, des contacts lâches avec l’homme débouchant sur des attitudes homicides et, en dernier lieu, une divergence face aux prédateurs locaux, notamment les jaguars, avec une plus grande agressivité des bovins, une tendance accrue des équidés à prendre la fuite et une forte émulation dans le cas des canidés.
30Loin de se décliner uniquement d’une espèce à l’autre, ces adaptations divergent suivant les sociabilités et les individualités, comme l’illustrent les stratégies de survie diversifiées des vaches, chevaux, mules et ânes redevenus gibier face aux tactiques de chasse des félins et des chiens marrons, tandis que tatous, rats et serpents tirent invisiblement profit de cette aubaine. À chaque fois, l’hostilité du milieu, combinée à des populations animales en progression et à une faible occupation humaine, font du Paraguay colonial une « zone de variabilité » tout autant qu’une « zone de marronnage » (fig. 4). Ayant suscité l’intérêt de Charles Darwin lors de son passage, cette région offre donc un cas d’étude privilégié pour l’éthologie historique.
Fig. 4. Camp de soldats espagnols d’après Florián Paucke, 1778-1779 (Banco de Imágenes Florián Paucke).

31Les écrits de Martín Dobrizhoffer et de Félix de Azara coïncident cependant avec l’automne de cet âge d’or du marronnage paraguayen, dans le dernier tiers du xviiie siècle92. Comme tous deux le pressentent, l’exploitation dérégulée du cuir puis de la viande salée a ensuite raison des bœufs sauvages, tandis que les hordes de chevaux, jugées nuisibles, succombent à de véritables campagnes d’extermination93. Le règne des jaguars va être fragilisé par le développement du marché des peaux à destination de l’Europe alors que les chiens marrons, affamés par le déclin du bétail sauvage, se font piéger ou empoisonner94. Quant aux tatous, aux rats et aux serpents, ils peuvent poursuivre en silence leur festin souterrain, nocturne ou domestique.
Notes de bas de page
1Antonello Gerbi, The Dispute of the New World. The History of a Polemic, 1750-1900, Pittsburgh, University of Pittsburgh Press, 2010 [1955].
2Alfred W. Crosby, The Columbian Exchange. Biological and Cultural Consequences of 1492, Westport, Praeger, 2003 [1973].
3Alfred W. Crosby, Ecological Imperialism. The Biological Expansion of Europe, 900-1900, Cambridge/New York, Cambridge University Press, 2015 [1986] ; Elinor G. K. Melville, A Plague of Sheep. Environmental Consequences of the Conquest of Mexico, Cambridge/New York, Cambridge University Press, 1994.
4Martha Few, Zeb Tortorici (dir.), Centering Animals in Latin American History, Durham, Duke University Press, 2013.
5Robert B. Cunninghame Graham, Los Caballos de la Conquista [1946], Séville, Espuela de Plata, 2015 ; John Grier Varner, Jeannette Johnson Varner, Dogs of the Conquest, Norman, University of Oklahoma Press, 1983.
6Jean-Pierre Digard, « Un aspect méconnu de l’histoire de l’Amérique. La domestication des animaux », L’Homme, 32/13, 1992, p. 253-270.
7Philippe Descola, « Pourquoi les Indiens d’Amazonie n’ont-ils pas domestiqué le pécari ? Généalogie des objets et anthropologie de l’objectivation », dans Bruno Latour, Pierre Lemonnier (dir.), De la préhistoire aux missiles balistiques. L’intelligence sociale des techniques, Paris, La Découverte, 1994, p. 329-344.
8Felipe Ferreira Vander Velden, « Animais exóticos de origem europeia ou africana entre povos indígenas nas terras baixas da América do Sul : notas para pesquisas futuras », Estudios Latinoamericanos, 38, 2018, p. 141-172.
9Rafael Carbonell de Masy, Estrategias de desarrollo rural en los pueblos guaraníes, Barcelone, Bosch, 1992.
10Julia Sarreal, « Revisiting Cultivated Agriculture, Animal Husbandry, and Daily Life in the Guaraní Missions », Ethnohistory, 60/1, 2013, p. 101-124.
11Miguel de Asúa, « “Names which He Loved, and Things Well Worthy to Be Known”: Eighteenth-Century Jesuit Natural Histories of Paraquaria and Río de la Plata », Science in Context, 21/1, 2008, p. 39-72.
12Martín Dobrizhoffer, Historia de Abiponibus, Vienne, Kurzbek, 1784.
13Id., An Account of the Abipones, trad. par S. Coleridge, Londres, Murray, 1822 ; Peter J. Vorzimmer, « The Darwin Reading Notebooks (1838-1860) », Journal of the History of Biology, 10/1, 1977, p. 107-153 et 118.
14Félix de Azara, Apuntamientos para la historia natural de los cuadrúpedos del Paraguay y Río de la Plata, Madrid, Viuda de Ibarra, 1802.
15Pedro Lozano, Historia de la Conquista del Paraguay, Río de la Plata y Tucumán [1745], éd. par André Lamas, Buenos Aires, Imprenta Popular, 1873-1875, t. 1, p. 273.
16Emilio Á. Coni, Historia de las vaquerías del Río de la Plata, 1555-1750, Buenos Aires, Devenir, 1956.
17José Cardiel, Las misiones del Paraguay [1771], éd. par Héctor Sáinz Ollero, Madrid, Dastin, 2001, p. 79-83.
18María I. Moraes, « Cazadores y pastores: agentes, mercados y derechos de propiedad en la ganadería colonial rioplatense », Mundo Agrario, 21/46, 2020, doi.org/10.24215/15155994e132.
19Ernesto J.A. Maeder, Misiones del Paraguay. Construcción jesuítica de una sociedad cristiano guaraní, Resistencia, Contexto, 2013, p. 292-293.
20Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 218-220, nous traduisons.
21Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 256-257, 260 et 262.
22Pennsylvania Library, ms. coll. 700, item 2156, Anonyme 1, Diálogos en guaraní, s. d., p. 124-129.
23Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 4 et 249 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 260.
24Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 1, p. 93-94 et 110 ; Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 251-253.
25Pedro Lozano, Historia de la Conquista del Paraguay, op. cit., t. 1, p. 277 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 1, p. 259-260.
26Antonio Sepp, « Algunas advertencias tocantes al gobierno temporal de los Pueblos » [1731], éd. par Mansueto Bernardi, Pesquisas do Instituto Anchietano, 2, 1958, p. 35-54 et 37.
27Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 2, p. 311.
28Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 294.
29Anonyme, Guarinihápe tekokue [1705], éd. par Harald Thun et al., Kiel, Westensee, 2015, p. 137-138 ; Pablo Restivo, Vocabulario de la lengua guaraní, Santa María la Mayor, s. n., 1722, p. 68, 106 et 197.
30Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 269.
31José Cardiel, Las misiones del Paraguay, op. cit., p. 76-77.
32Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 218-220.
33Ibid., t. 2, p. 314-315 ; Biblioteca Nacional de España, ms. S/2292, Anonyme, « Pohã ñana », 1725, p. II.36.
34José Cardiel, Las misiones del Paraguay, op. cit., p. 75-77 et 146-151 ; Anonyme 1, « Diálogos », art. cité, p. 129-135.
35Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 265-266.
36Ibid., p. 255-256 ; Pablo Restivo, Vocabulario de la lengua guaraní, op. cit., p. 217 et 457.
37George Waring, Horse Behavior, Amsterdam, Elsevier, 2003 [1983], p. 276 et 278 ; Katrina Merkies et al., « Eye Blink Rates and Eyelid Twitches as a Non-invasive Measure of Stress in the Domestic Horse », Animals, 9, 2019, p. 5-62. Nous remercions vivement Hélène Roche pour ces références éthologiques, ainsi qu’Éric Baratay, Philippe Monbrun, Clotilde Boitard, Nelly Ménard et Fabienne Delfour pour leurs commentaires.
38Pedro Lozano, Historia de la Conquista del Paraguay, op. cit., t. 1, p. 272-273.
39Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 204-206 et 210-211.
40Anonyme, Guarinihápe tekokue, op. cit., p. 3 ; Pablo Restivo, Vocabulario de la lengua guaraní, op. cit., p. 21, 78, 103, 153, 156, 196, 238, 268, 558 et 573 ; Complejo Museográfico Enrique Udaondo, ms. 91.873.241, Anonyme 2, « Diálogos en guaraní », s. d., p. 96-97, 126-128.
41William G. Clarence-Smith, « Jesuits and Mules in Colonial Latin America. Innovators or Managers? », dans Linda A. Newson (dir.), Cultural Worlds of the Jesuits in Colonial Latin America, Londres, University of London, 2020, p. 209-228.
42Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 230, nous traduisons.
43Ibid., p. 224-225.
44Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 206-207, 220-224 et 252-253.
45Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 225-226.
46Ibid., p. 236-240 ; t. 2, p. 314-315 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 224.
47Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 226 et 245-246 ; Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 244-246 ; Archivo General de la Nación, Sala VII, Biblioteca Nacional, leg. 140, Compagnie de Jésus, « Preceptos de nuestros Padres Generales y Provinciales, que tocan inmediatamente a los Padres que viven en las Doctrinas », s. d., f. 29v-30r.
48Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 245-246
49José Cardiel, Las misiones del Paraguay, op. cit., p. 79-80 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 216-217 ; Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 244-246.
50Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 240-241 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 246-247.
51Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 209 et 215-216 ; Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 226-228.
52Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 230-232 ; t. 2, p. 334 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 1, p. 71.
53Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 234-236.
54Ibid., t. 2, p. 321.
55Ibid., p. 293, 296 et 318.
56Ibid., t. 1, p. 241-243, nous traduisons.
57Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 244-246, 259-260.
58Pedro Lozano, Historia de la Conquista del Paraguay, op. cit., t. 1, p. 293.
59Antonio Sepp, Los relatos del viaje y de la misión entre los guaraníes [1696-1721], éd. par Werner Hoffmann, Asunción, Parroquia San Rafael, 2003, p. 87-88.
60Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 251 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 1, p. 108-110 ; Caetano Cattaneo, « Lettres du Père Gaétan Cattaneo » [1729-1730], dans Relation des missions du Paraguay [1743-1749], éd. par Lodovico A. Muratori et trad. anonyme, Paris, Bordelet, 1754, p. 283-389, 359-364 ; Pedro Lozano, Historia de la Conquista del Paraguay, op. cit., t. 1, p. 292.
61Karin Vélez, « By Means of Tigers. Jaguars as Agents of Conversion in Jesuit Mission Records of Paraguay and the Moxos, 1600-1768 », Church History, 84/4, 2015, p. 768-808.
62Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 256, nous traduisons.
63Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 1, p. 108-109 ; Anonyme 2, « Diálogos », art. cité, p. 25-27, 170-173 ; Anonyme, « Pohã ñana », art. cité, p. II.89 ; Pablo Restivo, Vocabulario de la lengua guaraní, op. cit., p. 107, 123, 156, 381 et 467 ; Anonyme, Guarinihápe tekokue, op. cit., p. 47 ; Compagnie de Jésus, Cartas anuas de la Provincia jesuítica del Paraguay [1714-1762], éd. par María L. Salinas, Julio Folkenand, Asunción, Ceaduc, 2017, p. 539, 543, 574, 585-586, 589-590, 593-594, 609-610 et 619-620.
64Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 1, p. 108-109 ; Anonyme 2, « Diálogos », art. cité, p. 173-175.
65Caetano Cattaneo, « Lettres », art. cité, p. 383-384.
66Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 251.
67Ibid., p. 260-261 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 1, p. 120-121.
68Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 1, p. 93-95 ; Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 251-252 et 256-259.
69Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 252-255 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 1, p. 96-97.
70Antonio Sepp, Los relatos del viaje, op. cit., p. 253-254.
71Pedro Lozano, Historia de la Conquista del Paraguay, op. cit., t. 1, p. 294-295 ; Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 253-255 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 1, p. 96 et 108-109.
72Felipe Ferreira Vander Velden, « A mulher tapuya e seu cão. Notas sobre as relações entre indígenas e cachorros no Brasil holandês », Nuevo Mundo Mundos Nuevos, 2019, doi.org/10.4000/nuevomundo.58416 ; Antonio Sepp, Los relatos del viaje, op. cit., p. 78, 220 et 322.
73Pablo Restivo, Vocabulario de la lengua guaraní, op. cit., p. 174, 335 et 460 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 1, p. 91-92.
74Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 279-282, nous traduisons.
75Pablo Restivo, Vocabulario de la lengua guaraní, op. cit., p. 58, 175 et 328.
76Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 221 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 220, 277 et 282 ; Antonio Sepp, Los relatos del viaje, op. cit., p. 20-21 ; Pedro Lozano, Historia de la Conquista del Paraguay, op. cit., t. 1, p. 278.
77Anonyme, Guarinihápe tekokue, op. cit., p. 3 et 127.
78Anonyme 2, « Diálogos », art. cité, p. 173-175.
79Antonio Sepp, Los relatos del viaje, op. cit., p. 213-214.
80Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 277-279.
81Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 69 ; t. 2, p. 325-327, 316, 323 et 331.
82Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 277 et 280.
83Pedro Lozano, Historia de la Conquista del Paraguay, op. cit., t. 1, p. 278 ; Pablo Restivo, Vocabulario de la lengua guaraní, op. cit., p. 395 et 460 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 1, p. 92-93 ; t. 2, p. 128-129 et 282.
84Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 220-223.
85Ibid., p. 246-247 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 1, p. 120-121 et 132-133, t. 2, p. 275-277.
86Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 141, nous traduisons.
87Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 290.
88Antonio Sepp, Los relatos del viaje, op. cit., p. 20-21, 57-58 et 69-70
89Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 2, p. 341-343, nous traduisons.
90Ibid., t. 1, p. 332 ; t. 2, p. 297-299.
91Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 236-237. Fait confirmé par Alexander von Humboldt, Tableaux de la nature [1806], trad. par J. B. B. Eyriès, Paris, Schoell, 1808, t. 1, p. 21.
92Julia Sarreal, « Disorder, Wild Cattle, and a New Role for the Missions. The Banda Oriental, 1776-1786 », The Americas, 67/4, 2011, p. 517-545.
93Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 220-223 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 2, p. 265-266.
94Caetano Cattaneo, « Lettres », art. cité, p. 351 ; Martín Dobrizhoffer, An Account of the Abipones, op. cit., t. 1, p. 259-260 ; Félix de Azara, Apuntamientos, op. cit., t. 1, p. 92 ; t. 2, p. 282-283.
Auteur
-
Thomas Brignon
Thomas Brignon, membre de la Casa de Velázquez et doctorant en études hispano-américaines à l’université Toulouse Jean Jaurès, UMR 5136 Framespa et à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine, prépare une thèse portant sur les relations anthropozoologiques dans les missions jésuites des Guarani au Paraguay (1687-1737). Il a notamment publié « De la différence entre l’âne et le jaguar : la traduction en guarani d’un traité ascétique illustré, entre adaptation linguistique et visuelle (missions jésuites du Paraguay-1705) », Textimage, 2018 ; « L’animal exemplaire au service de l’évangélisation des Indiens d’Amérique : le cas du jaguar et du cheval dans les réductions jésuites des Guarani (Paraguay, ca. 1730) », dans Corinne Beck, Fabrice Guizard (dir.), Les animaux… l’histoire continue. Hommage à Robert Delort (Presses universitaires de Valenciennes, 2022).
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