Des énergies fossiles aux actifs épuisables, une histoire de l’analyse économique (1865-1931)
p. 299-310
Texte intégral
1Pour la plupart des observateurs1, l’économie des énergies fossiles serait née en 1931 avec la publication d’un article de Harold Hotelling intitulé « The Economics of Exhaustible Resources2 ». Il est vrai que beaucoup de développements théoriques ultérieurs, dans les années 1960 et 1970, ont pris appui sur l’article de Hotelling3. Aujourd’hui encore, ces travaux sont mobilisés4. Néanmoins, comme cela a parfois été souligné5, Hotelling est loin d’avoir été le premier économiste à s’intéresser aux ressources énergétiques épuisables (charbon, pétrole, gaz). Le véritable avènement de ce sous-champ d’analyse peut être daté de la publication en 1865 de l’ouvrage de W. Stanley Jevons, The Coal Question. Cet ouvrage a ouvert de nombreux chantiers de recherche qui ont été explorés avec plus ou moins de succès à la fin du xixe siècle et au début du xxe siècle. Hotelling est en réalité intervenu à l’issue de ces débats. Son rôle pionnier dans l’histoire de l’économie des ressources naturelles est donc à nuancer.
2Entre les années 1860 et les années 1930, comme nous allons le montrer, les énergies fossiles ont occupé une place ambiguë au sein de l’analyse économique. Jevons a mis l’accent sur un objet analytiquement nouveau : les ressources naturelles épuisables, incluant les énergies fossiles6, sont en quantité finie, comme un stock de machines en statique, mais elles ne peuvent pas être produites par le travail, contrairement aux machines ; elles sont naturelles, mais non renouvelables contrairement à la fertilité du sol. Ces nouveautés appelaient la mise au point de concepts et d’outils théoriques inédits. À la suite de Jevons, de nombreux économistes ont tenté d’amender la théorie économique à coups d’innovations conceptuelles. Dans le même temps, d’autres ont opté pour une stratégie opposée, consistant à rendre intelligibles les spécificités des ressources épuisables dans un cadre analytique déjà éprouvé. L’innovation a alors fait place au conformisme, et les énergies fossiles ont perdu peu à peu leurs caractéristiques propres pour être finalement considérées comme un simple type d’actif7. De nos jours, cette analogie ressources-capital est si ancrée dans la théorie économique qu’elle n’est quasiment plus discutée. Pourtant, l’examen de ses racines historiques est susceptible d’interroger certaines dimensions des travaux contemporains.
3Cette contribution a pour ambition d’explorer l’histoire de l’économie des énergies fossiles sur la période 1865-1931, pour comprendre comment les économistes, en particuliers anglo-saxons, sont passés d’une vision systémique et complexe des dynamiques énergétiques à une vision essentiellement capitalistique, centrée sur l’optimisation des comportements d’exploitation. Deux exemples seront étudiés. Le premier concerne les fondations théoriques de la rente minière telles qu’elles ont été construites des années 1880 aux années 1900. À ce moment-là, de nombreuses innovations conceptuelles ont été proposées, via l’usage d’outils marginalistes8. Mais l’influence du marginalisme a finalement été telle qu’elle a fini par gommer les spécificités des ressources minières. Le second exemple concerne le rapprochement de deux champs de recherche dans les premières années du xxe siècle, à savoir l’analyse des ressources naturelles et la théorie du capital. Rétrospectivement, force est de constater que ce rapprochement a profondément marqué la façon dont les économistes se sont ensuite mis à considérer la question énergétique.
4Avant d’en venir à ces deux exemples (sections 2 et 3), une première section revient plus en détail sur les apports de W. Stanley Jevons, et sur sa vision systémique des enjeux énergétiques (section 1). La conclusion du chapitre met en miroir ce regard systémique avec l’approche beaucoup plus réductrice de Harold Hotelling.
La question charbonnière de W. Stanley Jevons (1865)
5C’est à W. Stanley Jevons que l’on doit les premiers travaux économiques approfondis sur la question des énergies fossiles9, via la publication de The Coal Question en 1865. Dans cet ouvrage, Jevons décrit la dépendance énergétique de l’économie britannique, et les craintes que l’épuisement du charbon pourrait faire peser sur le développement futur. Cet avertissement n’a rien de surprenant à l’époque et s’inscrit à la suite de travaux de géologues exprimant la même inquiétude10. Mais Jevons innove dans la façon dont il traite le sujet, avec un vocabulaire et des préoccupations précisément économiques. Il distingue épuisement physique et rareté économique, les défis à relever ne concernant pas des risques de pénurie, mais des risques de pertes de compétitivité de l’industrie face à un minerai toujours plus cher car toujours plus difficile à extraire. Selon lui, le succès de l’économie britannique est profondément ancré dans l’exploitation d’un charbon de qualité et bon marché (essentiellement l’anthracite gallois). Sans cet atout décisif, le risque de déclin relatif par rapport aux puissances émergentes, en particulier les États-Unis, lui semble sérieux11.
6L’accent mis par Jevons sur les problèmes de coûts d’extraction et de prix du minerai suggère une émancipation du discours économique à l’égard des débats géologiques courants à l’époque. La plupart des géologues s’intéressaient au montant des réserves et aux contraintes physiques limitant l’extraction profonde. Les propos de Jevons sont différents, car le problème de l’épuisement du charbon n’est pas qu’un problème d’offre. C’est aussi et surtout un problème de demande : « […] the exact quantity of coal existing is a less important point […] than the rate at which our consumption increases, and the natural laws which govern that consumption12. »
7Cette émancipation à l’égard de la géologie est complétée par une seconde émancipation, à l’égard de l’ingénierie. En termes d’analyse économique, l’ouvrage de Jevons est essentiellement connu pour avoir posé les bases de l’effet rebond13. Cet effet reflète un paradoxe selon lequel les gains d’efficacité énergétique se traduisent non pas par une baisse de la quantité d’énergie consommée, mais par une hausse. Pourquoi ? Parce que les gains d’efficacité se traduisent le plus souvent par des baisses de coûts unitaires, et donc la multiplication des usages énergétiques. En se focalisant sur ce mécanisme de demande, le discours de Jevons14, sceptique sur la technique, se distingue de celui des ingénieurs, à l’époque confiants dans le progrès des machines pour retarder l’épuisement des ressources15.
8En plus de cette double émancipation (géologie et ingénierie), l’ouvrage de Jevons offre une description assez exhaustive des problématiques énergétiques fossiles, croisant regards microscopique (pratiques du secteur minier, enjeux locaux) et macroscopique (développement industriel, solidarité intergénérationnelle, finances publiques), ainsi qu’approches théorique et empirique. Certes The Coal Question contient de nombreuses études statistiques, et son objet – le développement britannique au milieu du xixe siècle – est très historicisé. Néanmoins, ces aspects empiriques ne doivent pas faire oublier les dimensions proprement théoriques de l’analyse. L’effet rebond est un exemple : Jevons ne se limite pas à décrire le paradoxe de l’efficacité énergétique dans les données qu’il possède, il en fournit également un mécanisme explicatif. Autre exemple : les conséquences de l’épuisement du charbon pour le développement britannique sont décrites à travers un cadre théorique mobilisant la balance commerciale et la compétitivité-coût16. Certes The Coal Question n’est pas l’ouvrage le plus théorique de Jevons, mais ce n’est pas non plus une simple collection de faits empiriques.
9Avec Jevons, l’économie des énergies fossiles s’émancipe des autres domaines du savoir, et prend des traits multidimensionnels. À l’instar de l’effet rebond, de nouveaux concepts et outils sont appelés à surgir. Comment gérer les ressources épuisables ? Comment rémunérer le propriétaire de minerai ? Comment concilier équité intergénérationnelle et efficacité économique ? Ces questions ont formé autant de nouveaux chantiers de recherche explorés par les économistes à la fin du xixe et au début du xxe siècle, dans des directions souvent sinueuses.
Rente minière et marginalisme
10La principale théorie économique du xixe siècle mettant en scène des ressources naturelles était celle consacrée à la rente foncière par David Ricardo17. La terre était alors supposée fournir une rente différentielle aux propriétaires, ceux possédant les meilleures parcelles obtenant une rente calculée par la différence entre prix de marché (unique pour tous) et coûts de production (variables d’une terre à l’autre, avec un avantage pour les meilleures terres).
11La plupart des économistes investis dans les débats énergétiques de la fin du xixe siècle (Einaudi, Marshall, Percy, Sorley) ont souligné avec vigueur l’inadéquation de la théorie ricardienne avec les réalités minières. Quand la population augmente, la demande croissante de denrées implique de mettre en culture de nouvelles terres. Chaque année, chacune des terres fournit des récoltes à des coûts différents, ce qui explique l’apparition de la rente. Dans l’industrie minière, les logiques théoriques sont différentes. Si les besoins augmentent, il n’y a pas de raison de mettre en exploitation une nouvelle mine tant que la plus productive n’est pas vide. L’enjeu premier est d’accroître l’extraction dans cette mine, et il n’y a pas de raison a priori pour que cet accroissement soit techniquement limité18. Passer à la deuxième mine signifie que la première est épuisée. À chaque instant, il n’y a donc qu’un seul type de mine qui est exploité, à des coûts d’extraction qui correspondent au prix de marché. En d’autres termes, d’un point de vue théorique, il ne peut y avoir de rente différentielle dans les mines car il n’existe jamais plusieurs coûts de production à un même instant, et donc pas de différentiels justifiant l’existence d’une rente déterminée sur le mode ricardien.
12Les économistes de la fin du xixe siècle sont partis à la recherche de nouveaux outils pour comprendre les ressorts de la rente minière. Cette recherche s’est opérée dans un contexte profondément marqué par l’avènement du marginalisme. Or, le marginalisme a lui-même procédé à un « éclatement du concept unique de rente19 », en généralisant le principe de détermination différentielle à l’ensemble des rémunérations (salaires, profits). C’est à John Bates Clark que l’on doit les principaux apports dans ce domaine20. Selon lui, dès lors que des travailleurs ou des entreprises sont plus efficaces que d’autres, l’idée de détermination différentielle des salaires et des profits a un sens : « Both are differential gains, completely amenable to the Ricardian law21. » La multiplication des raisonnements de ce type à la fin du xixe siècle a marqué le climat intellectuel dans lequel les économistes des énergies fossiles ont développé leurs propres théories.
13L’enjeu premier était cependant à l’époque de ne pas limiter la compréhension de la rente minière à un simple mécanisme différentiel, pour tenir compte du caractère épuisable des ressources. À partir des années 1880, plusieurs auteurs, comme Edmund K. Muspratt22 et Cornelius M. Percy23, ont souligné la différence fondamentale entre propriété du sol agricole et propriété du sous-sol minier. Dans le premier cas, le propriétaire vend un droit d’usage du sol, avec l’assurance de retrouver en fin de contrat son sol dans un état intact24. Dans le second cas, le propriétaire ne vend pas un droit d’usage, mais un droit sur le contenu du sous-sol qui est extrait une fois pour toutes. En fin de contrat, ce propriétaire ne peut pas retrouver son sous-sol dans l’état initial. Conceptuellement, la rente du sol ne peut donc pas être la même que la rente du sous-sol. Dans le premier cas, c’est un loyer pour un usage ; dans le second cas, c’est une compensation pour une perte sèche25. Dès lors, toutes les mines doivent offrir une rente (dite absolue, par contraste avec la rente différentielle), contrairement au cas agricole où, dans la logique ricardienne, la terre marginale (i. e. la moins fertile) ne paie pas de rente.
14Sous hypothèse de non-saturation technique, la théorie de la rente minière n’avait aucune chance de rencontrer les tentatives marginalistes d’expansion du principe différentiel. Mais en pratique, cette hypothèse, sans être nommée ainsi, est rapidement apparue comme irréaliste face au constat que des mines de qualité variable étaient exploitées en même temps. Avec l’existence de coûts différents pour un prix unique, la question du principe différentiel était amenée à refaire surface. Plusieurs économistes, au tournant du xxe siècle, ont alors essayé de construire une synthèse entre spécificités des ressources épuisables (compensation, rente absolue) et principe différentiel. William R. Sorley et Luigi Einaudi ont joué un rôle déterminant dans cette synthèse.
15De son côté, Sorley insiste sur la compensation : certes, des mines de qualité variable sont exploitées simultanément, mais cela signifie que si une rente différentielle peut parfois apparaître, une rente absolue vient s’y ajouter et se forme aussi sur la mine marginale (i. e. la moins productive)26. Pour Sorley, la rente minière absolue est constitutive du prix, ce qui marque une différence avec la rente foncière ricardienne, par définition non constitutive du prix. Cette caractéristique joue un rôle important dans le cadre des politiques énergétiques, car si la rente est partiellement constitutive du prix, la réguler peut avoir un effet sur les prix énergétiques27. En s’appuyant sur l’expérience britannique, Sorley remarque que la composante absolue de la rente minière est en réalité négligeable par rapport à la composante différentielle. La régulation publique de la rente minière n’aurait donc pas d’effet décisif sur les prix énergétiques, elle ne ferait que créer des transferts entre les agents économiques : « The reduction of royalty [i. e. la rente minière] would simply have the effect of enabling the entrepreneur to keep 4d. a ton in his own pocket, which he would otherwise have had to transfer to the landlord’s28. » Dans l’analyse de Sorley, la compensation d’une part, et le principe différentiel d’autre part, sont réunis dans une seule grille de lecture – point d’équilibre entre innovation conceptuelle et mobilisation d’outils marginalistes a priori extérieurs à l’étude des énergies fossiles.
16En 1900, Luigi Einaudi est un jeune économiste pas encore lancé en politique29. Son ouvrage sur la rente minière, La Rendita mineraria30, aurait pu rester confidentiel s’il n’avait pas reçu d’écho dans le monde anglo-saxon, via une recension de Wesley C. Mitchell31 et quelques références chez Frank W. Taussig32. Selon Einaudi, il est nécessaire de développer une « théorie pure de la rente minière » (« theorica pura della rendita mineraria »)33, ce qui inscrit clairement sa démarche dans l’héritage marginaliste34. Son principal apport réside dans la distinction entre une rente marginale et une rente différentielle. Parce qu’il existe dans l’industrie minière des coûts irrécouvrables, et parce que le minerai est une ressource épuisable (incertitude sur le moment effectif de l’épuisement), l’offre d’énergies fossiles est soumise à des inerties qui empêchent tout ajustement rapide à la demande35. Si la demande augmente, l’offre ne peut pas s’adapter immédiatement, et les prix croissent. Cette augmentation des prix n’est pas forcément suffisante pour entraîner l’ouverture de nouveaux gisements. Résultat : un surprofit temporaire, qu’Einaudi nomme rente marginale, apparaît. Si les prix continuent d’augmenter, de nouveaux gisements seront mis en production, et cette rente marginale deviendra une rente différentielle (entre les coûts de production des deux gisements). Si la hausse se poursuit, une combinaison de composantes marginale et différentielle pourra apparaître. L’analyse d’Einaudi articule un objet conceptuellement nouveau (la rente minière) avec une série d’outils empruntés au marginalisme : le principe différentiel bien sûr, mais aussi le mécanisme de quasi-rente (pour la composante marginale) hérité de Marshall. Einaudi fait peu de place à la question de la compensation, indiquant simplement qu’une rente absolue doit exister sur tous les gisements36. Mais son insistance sur certaines caractéristiques de l’industrie des énergies fossiles (coûts irrécouvrables, inertie) tend à souligner la nécessité de nouveaux outils théoriques, parfois importés d’autres corpus conceptuels.
17L’histoire de la rente minière aurait pu s’arrêter là, ou se poursuivre dans la même direction. Mais quelques économistes, dans les premières décennies du xxe siècle, ont opté pour une incorporation du marginalisme dans l’analyse des énergies fossiles sous un angle différent. En réalité, plutôt que d’amener le marginalisme vers la prise en compte des réalités énergétiques, ils ont plutôt fait entrer les réalités énergétiques dans le cadre marginaliste.
18Comme cela a été souligné, l’idée de compensation occupait une place importante dans les débats miniers. Pourtant, elle a fini par être contestée de façon décisive par un acteur important de ces débats, à savoir l’économiste américain Frank W. Taussig37. Pour lui, nombreux sont les objets économiques qui existent en quantité finie, au moins à court terme. Les énergies fossiles, ou ressources minières, ne sont qu’un cas parmi d’autres. L’existence d’une rente absolue est un non-sens. Même si les minerais sont épuisables, ils ne sont pas rares par rapport aux besoins de l’économie. Si certains propriétaires ne veulent pas faire exploiter leurs sous-sols, l’entrepreneur minier trouvera toujours d’autres propriétaires, ailleurs, prêts à le faire. Pour Taussig, si rente minière il y a, ce ne peut être qu’une rente différentielle, déterminée selon le schéma ricardien38.
19Si l’attitude de Taussig est surprenante d’un point de vue théorique, elle ne l’est pas d’un point de vue pratique. Au moment où il écrit, dans les années 1910, les réserves prouvées de combustibles fossiles semblent plus importantes que par le passé39. En insistant sur l’abondance du minerai plutôt que sur son caractère épuisable, Taussig ne fait qu’adapter sa théorie au monde qui l’entoure. Néanmoins, cette explication d’ordre factuel n’est pas suffisante. La question du marginalisme occupe également une place dans le choix théorique de réduire la rente minière à un cas classique de rente foncière. Si Taussig en dit peu sur le marginalisme, il défend l’idée d’un principe différentiel élargi à l’ensemble des facteurs de production, comme Clark avant lui. Cela l’amène à gommer les spécificités minières à l’égard de la rente, pour inclure la rémunération du sous-sol dans la même grille d’analyse que la rente foncière, les salaires et les profits. C’est un paradoxe, car cela amène la modernité marginaliste à réduire la rente minière à la vieille rente foncière ricardienne, sans réelle nouveauté contrairement au sillon creusé par Jevons.
20Taussig a été suivi dans sa réhabilitation de Ricardo par d’autres observateurs des sujets miniers à l’époque40. Ce qui peut surprendre, rétrospectivement, c’est de voir que cette position l’a emporté dans l’histoire de la pensée économique, jusqu’à aujourd’hui41. La capacité du modèle ricardien à rendre compte totalement des enjeux miniers reste pourtant sujette à interrogations42. À cet égard, les positions de Sorley et d’Einaudi méritaient sans doute mieux que le coup de grâce porté par Taussig.
21L’histoire de la rente minière au tournant du xxe siècle fournit plusieurs indications sur les rapports entre énergies fossiles et théorie économique après le travail fondateur de Jevons en 1865. Tout d’abord, de nombreux auteurs semblent avoir cherché à innover, en proposant de nouveaux outils, ou en adaptant certains instruments marginalistes. Mais les réalités historiques et les arrière-plans théoriques ont finalement eu raison de ce mouvement d’innovation, avec un effacement, in fine, des spécificités minières. Le marginalisme a finalement tant investi les sujets énergétiques que les ressources fossiles ont fini par prendre place au sein des mêmes grilles d’analyse que les autres facteurs de production. Et ce ne fut que la première étape. Après avoir été considérées comme un facteur parmi d’autres, ces ressources se sont peu à peu fondues dans un des autres facteurs, à savoir le capital.
Ressources naturelles et théorie du capital
22La théorie du capital a pris son envol dans le dernier tiers du xixe siècle, sous l’impulsion d’économistes autrichiens, au premier rang desquels Eugen Böhm-Bawerk43. La conception autrichienne du capital repose sur l’idée que le futur n’a pas la même valeur économique que le présent. Cette question de l’actualisation, ancienne chez les économistes44, est traitée par Böhm-Bawerk de façon approfondie. Selon lui, elle trouve ses origines dans différents motifs45, et elle constitue une loi générale à laquelle tous les agents économiques se plient, par choix ou sous l’influence des autres agents46. Dès lors, comme les biens présents ont plus de valeur que les biens futurs, l’origine de l’intérêt sur le capital est à trouver dans le sacrifice de temps que les propriétaires de biens présents sont prêts à concéder pour transformer ces biens en biens futurs moins valorisés – c’est le détour de production47. Le taux d’intérêt permet de mesurer la préférence pour le présent. Quand il est élevé, l’actualisation est élevée, et vice versa. La mobilisation du taux d’intérêt pour comprendre les choix inter-temporels (entre biens présents et futurs) est l’un des principaux apports de la théorie autrichienne du capital. Les économistes investis dans l’étude des ressources épuisables (et des énergies fossiles) vont hériter de cet enseignement au moment où ils vont se mettre à assimiler ressources et actifs.
23Une telle assimilation n’a pu se produire qu’en raison d’un élargissement des débats sur le capital dans le monde anglo-saxon. À partir des années 1890, les propositions autrichiennes ont été largement discutées. Philip H. Wicksteed48, acteur important des débats économiques de l’époque49, se dit par exemple peu convaincu par la définition du capital fournie par Böhm-Bawerk, mais il admet que le taux d’intérêt est un indicateur de l’actualisation. Sa propre définition du capital est plus large, et renvoie en réalité à la notion générale de richesse (présente ou future). Cette vision extensive caractérise le monde anglo-saxon à l’époque, de John Bates Clark50 à Irving Fisher51. Fisher va d’ailleurs encore plus loin que Wicksteed, en indiquant que la distinction présent/futur n’a qu’un intérêt limité pour définir le capital. Certes, le choix entre présent et futur dépend du taux d’intérêt, mais pour définir le capital, le futur est secondaire : le capital correspond simplement à un stock de richesses à un instant donné ; par contraste, les revenus sont définis comme des flux52. Cette vision conduit Fisher à offrir une théorie très générique du capital, pouvant s’appliquer à tout type de richesses. Et si le capital n’est qu’un stock de richesses à un instant donné, alors les ressources naturelles et réservoirs d’énergies fossiles peuvent potentiellement entrer dans la catégorie « capital ».
24Cette brèche n’a pas échappé aux protagonistes des débats miniers à l’époque, Lewis C. Gray53 étant l’exemple le plus significatif. Au tournant des années 1910, il hérite des controverses sur le capital : d’un côté, l’idée autrichienne d’actualisation et de taux d’intérêt permettant l’optimisation des comportements inter-temporels ; de l’autre, l’idée fisherienne de construire une théorie très extensive du capital, au-delà des seuls biens de production. Ainsi, il explique en 1913 que l’exploitation des ressources épuisables se résume à un choix entre présent et futur. Dans la mesure où les ressources se raréfient, toute extraction aujourd’hui implique une extraction moindre demain54. À première vue, Gray couvre un large spectre, aussi bien au niveau sectoriel que systémique, dans la tradition de Jevons. Mais si la justice sociale et la conservation des ressources sont brièvement abordées55, son objet principal est celui de l’optimisation inter-temporelle des comportements d’extraction pour l’exploitant individuel. Aucune trace de réflexion sur les conséquences de l’épuisement, seule l’allocation des ressources est étudiée. L’exploitant individuel choisit entre extraire aujourd’hui ou demain, selon le niveau du taux d’intérêt et l’importance des rendements décroissants56. Il se place sur un point d’équilibre en maximisant la valeur actualisée de ses profits, les réservoirs d’énergies fossiles étant désormais uniquement perçus sous l’angle de leur valeur capitalistique (« capital value57 »). Avec Gray, on assiste à une véritable traduction analytique qui conduit à assimiler les énergies fossiles à de simples actifs épuisables. Cette démarche n’aurait sans doute pas été possible sans la prise en compte des différentes controverses sur le capital : définition fisherienne permettant d’inclure les ressources dans la catégorie « capital », et mobilisation des questions d’actualisation via la tradition autrichienne.
25Après Gray, quelques théoriciens ont continué d’explorer les rapprochements possibles entre analyse des ressources naturelles et théorie du capital. Ralph H. Hess58 s’est mis à parler d’investissement pour caractériser la préservation des ressources. Gustav Cassel59 a poursuivi l’assimilation entre ressources minières et actifs, en mobilisant lui aussi le taux d’intérêt, et en levant certaines hypothèses de Gray pour intégrer des anticipations dans les arbitrages. Il n’apparaît ainsi pas surprenant que Harold Hotelling ait construit dans les années 1920 sa propre analyse en s’intéressant lui aussi à l’optimisation inter-temporelle des comportements d’extraction – point d’aboutissement d’un long cheminement depuis Jevons.
Conclusion : de Jevons à Hotelling
26Les sections qui précèdent indiquent bel et bien que l’article « The Economics of Exhaustible Resources » (1931) de Harold Hotelling ne constitue pas le point de départ de l’histoire de l’économie des énergies fossiles. De nombreuses contributions l’ont précédé. En réalité, il n’y a pas chez Hotelling d’idée radicalement nouvelle par rapport à Gray ou Cassel, mais seulement des modes d’exposition différents, avec un usage avancé des mathématiques, via le calcul des variations60. L’article de 1931 a pour ambition de décrire le sentier optimal d’exploitation des ressources par un entrepreneur, en mobilisant le taux d’intérêt. Comme Cassel avant lui, Hotelling insiste sur la trajectoire des prix des minerais, en énonçant sa célèbre « règle » : les ressources doivent être extraites de façon à ce que leur prix net croisse à un taux égal au taux d’intérêt de marché, qui est aussi le taux d’actualisation61. S’il explore différentes situations concurrentielles (monopole, oligopole, libre marché), ce que ne faisait pas Gray, il opte en revanche pour un regard tout autant sectoriel que ses prédécesseurs, avec seulement une brève allusion aux débats systémiques sur la conservation des ressources62. Comme Gray également, il mobilise sans nuance les concepts et outils hérités de la théorie du capital.
27Dans la mesure où l’article de Hotelling a profondément orienté la suite des débats économiques sur les ressources naturelles dans les années 1960 et 1970, et jusqu’à aujourd’hui, l’histoire rappelée ici se trouve aux racines de l’économie de l’énergie contemporaine. L’appel initial de Jevons pour l’innovation conceptuelle a été suivi d’une façon singulière. Certes, de nouvelles analyses, inédites, ont permis de fournir de nouvelles compréhensions de la rente minière et de l’exploitation inter-temporelle des ressources. Mais ces analyses ont également procédé à une intégration du marginalisme et de la théorie du capital dans l’analyse énergétique. Il en a résulté un changement de regard des économistes sur les ressources épuisables : Jevons insistait sur le développement économique, le progrès social intergénérationnel et les investissements publics, en confrontant ses propositions aux faits ; ses lointains successeurs se sont concentrés plutôt sur l’optimisation théorique des comportements miniers, et l’allocation des ressources (a contrario de l’épuisement), sans véritable égard pour les réalités statistiques. Dans cette tradition, il n’est peut-être pas surprenant que les problématiques énergétiques occupent une place si modeste dans la plupart des modèles macroéconomiques d’aujourd’hui.
Notes de bas de page
1Voir notamment M. L. Cropper, W. E. Oates, « Environmental Economics: A Survey », Journal of Economic Literature, 30/2, 1992, p. 675-740 ; S. Devarajan, A. C. Fisher, « Hotelling’s “Economics of Exhaustible Resources”: Fifty Years Later », Journal of Economic Literature, 19/1, 1981, p. 65-73 ; C. Gopalakrishnan, « Classic Papers in Natural Resource Economics: An Overview », dans Classic Papers in Natural Resources Economics, Londres, MacMillan, 2000, p. 1-10.
2H. Hotelling, « The Economics of Exhaustible Resources », Journal of Political Economy, 39/2, 1931, p. 137-175.
3Voir P. S. Dasgupta, G. Heal, Economic Theory and Exhaustible Resources, Londres, James Nisbet/Cambridge University Press, 1979 ; R. L. Gordon, « Conservation and the Theory of Exhaustible Resources », Canadian Journal of Economics and Political Science, 32/3, 1966, p. 319-326 ; R. L. Gordon, « A Reinterpretation of the Pure Theory of Exhaustion », Journal of Political Economy, 75/3, 1967, p. 274-286 ; M. Gaffey (éd.), Extractive Resources and Taxation, Madison, Milwaukee/Londres, University of Wisconsin Press, 1967.
4Voir U. Chakravorty, B. Magné, M. Moreaux, « A Hotelling Model with a Ceiling on the Stock of Pollution », Journal of Economic Dynamics and Control, 30/12, 2006, p. 2875-2904 ; J. A. Krautkraemer, « Nonrenewable Resource Scarcity », Journal of Economic Literature, 36/4, 1998, p. 2065-2107.
5T. J. C. Robinson, Economic Theories of Exhaustible Resources, Londres/New York, Routledge, 1989.
6La plupart des travaux examinés ici assimilent ressources épuisables et énergies fossiles. Les deux termes sont considérés dans la suite comme interchangeables.
7Plusieurs indices dans la correspondance de Hotelling suggèrent d’ailleurs que les brouillons de l’article de 1931 s’intitulaient « The Economics of Exhaustible Assets ». Voir M. Gaspard, A. Missemer, « An Inquiry into the Ramsey-Hotelling Connection », European Journal of the History of Economic Thought, 2019 [à paraître].
8Le marginalisme est apparu dans la discipline économique dans les années 1870 sous l’impulsion de C. Menger, L. Walras, W. S. Jevons. En mettant l’accent sur le raisonnement à la marge, en particulier via l’utilité marginale, les marginalistes ont orienté l’analyse économique dans une direction nouvelle (théorie de la valeur utilité, équilibres de marché, etc.), empruntée par l’immense majorité des économistes jusqu’à aujourd’hui.
9David Ricardo (1817), Jean-Baptiste Say (1828), John R. McCulloch (1830 ; 1835), Nassau Senior (1836), John Stuart Mill (1848) et A. Augustin Cournot (1863) ont également abordé le sujet, mais sans examen approfondi, ni définition claire des énergies fossiles. Voir A. Missemer, L’analyse économique face à l’épuisement des ressources naturelles, de W. S. Jevons à H. Hotelling (1865-1931). Le cas des énergies fossiles, thèse de doctorat, université de Lausanne/université Lyon 2, 2014, chap. 1.
10E. Hull, The Coal-Fields of Great Britain: Their History, Structure, and Resources, Londres, Edward Stanford, 2e éd., 1861.
11Voir A. Missemer, « La peur du déclin économique face à l’épuisement des ressources naturelles, de W. Stanley Jevons à Herbert S. Jevons (1865-1915) », Revue économique, 66/5, 2015, p. 825-842.
12W. S. Jevons, The Coal Question, Londres, MacMillan, 2e éd., 1866, p. 26.
13B. Alcott, « Jevons’ Paradox », Ecological Economics, 54/1, 2005, p. 9-21 ; B. Clark, J. B. Foster, « William Stanley Jevons and The Coal Question: An Introduction to Jevons’s “Of the Economy of Fuel” », Organization & Environment, 14/1, 2001, p. 93-98 ; A. Missemer, « William Stanley Jevons’ The Coal Question (1865), beyond the Rebound Effect », Ecological Economics, 82, 2012, p. 97-103 ; M. Robine, « La question charbonnière de William Stanley Jevons », Revue économique, 41/2, 1990, p. 369-394.
14W. S. Jevons, The Coal Question, op. cit., p. 132-133, 136, 316-317 ; W. S. Jevons, « On Coal », dans R. D. C. Black (éd.), Papers and Correspondance of William Stanley Jevons, Londres, MacMillan, 1981 [1867], vol. 7, p. 18-28.
15Voir A. W. Rücker, « Coal as a Source of Power », dans T. E. Thorpe (éd.), Coal: Its History and Uses, Londres, MacMillan, 1878, p. 258-291.
16Voir A. Missemer, « La peur du déclin… », art. cité.
17D. Ricardo, Principles of Political Economy and Taxation, Londres/New York, Dent & Dutton, 3e éd., 1911 [1821].
18Il s’agit là d’une hypothèse de non-saturation technique (i. e. aucun obstacle technique ne vient gêner l’accroissement de l’extraction dans un gisement donné). Cette hypothèse peut sembler peu réaliste, mais elle est cohérente par comparaison au cadre ricardien, qui repose sur une hypothèse relativement similaire concernant la fertilité constante de la terre au cours du temps (pour plus de détails, voir A. Missemer, Les économistes et la fin des énergies fossiles (1865-1931), Paris, Classiques Garnier, 2017, chap. 3).
19J. L. Guigou, La rente foncière. Les théories et leur évolution depuis 1650, Paris, Economica, 1982, p. 404.
20J. B. Clark, « Distribution as Determined by a Law of Rent », Quarterly Journal of Economics, 5/3, 1891, p. 289-318.
21Ibid., p. 300.
22E. K. Muspratt, « Preface », dans C. M. Percy (éd.), Mine Rents and Mineral Royalties, op. cit., p. 1.
23C. M. Percy, Mine Rents and Mineral Royalties, Liverpool, Financial Reform Association, 1888.
24Sous hypothèse de non-érosion, bien entendu.
25J. B. Clark, « Capital and Its Earnings », Publications of the American Economic Association, 3/2, 1888, p. 9-69 ; A. W. Flux, Economic Principles. An Introductory Study, New York, Dutton, 1905 ; A. Marshall, Principles of Economics, Londres, MacMillan, 8e éd., 1920 ; A. Marshall, M. Paley Marshall, The Economics of Industry, Londres, MacMillan, 1879.
26W. Sorley, « Mining Royalties and their Effect on the Iron and Coal Trades », Journal of the Royal Statistical Society, 52/1, 1889, p. 60-98, ici p. 76.
27Sur ce point, voir aussi E. Cockburn, « The Strike in the Coal Trade: Mineral Royalties », dans J. Benson, Q. Outram (éd.), Coal in Victorian Britain, part. 1, vol. 3, Londres, Pickering & Chatto, 2012 [1885], p. 73-74 ; C. M. Percy, Mine Rents…, op. cit.
28W. Sorley, « Mining Royalties… », art. cité, p. 79.
29Einaudi fut président de la République italienne de 1948 à 1955. Pour plus de détails sur ses contributions économiques, voir F. Forte, R. Marchionatti, « Luigi Einaudi’s Economics of Liberalism », European Journal of the History of Economic Thought, 19/4, 2012, p. 587-625.
30L. Einaudi, La Rendita mineraria, Turin, Unione Tipografico Editrice, 1900.
31W. C. Mitchell, « Review of La Rendita Mineraria, by Luigi Einaudi », Journal of Political Economy, 8/3, 1900, p. 423-424.
32F. W. Taussig, Principles of Economics, New York, MacMillan, 1911, vol. 1 et 2.
33L. Einaudi, La Rendita…, op. cit., p. 395-407.
34La construction de théories pures était un objectif des économistes walrassiens (en référence à Léon Walras, initiateur du marginalisme) à l’époque. Einaudi explique (p. vii de son ouvrage) avoir été influencé par Enrico Barone pour la construction de sa théorie pure de la rente minière. Or, Barone faisait partie de cette famille walrassienne puis parétienne (en référence à l’économiste Vilfredo Pareto, successeur de Walras).
35L. Einaudi, La Rendita…, op. cit., p. 395-396.
36Ibid., p. 41.
37F. W. Taussig, Principles of Economics, op. cit. ; Id., « Exhaustion of the Soil and the Theory of Rent », Quarterly Journal of Economics, 31/2, 1917, p. 345-348.
38Id., Principles of Economics, op. cit., vol. 2, p. 92 ; Id., « Exhaustion of the Soil and the Theory of Rent », art. cité, p. 347.
39Voir H. S. Jevons, The British Coal Trade, Londres, Norwich Press, 1915 ; voir aussi M. Auzanneau, Or noir. La grande histoire du pétrole, Paris, La Découverte, 2015.
40Voir, par exemple, J. E. Orchard, « The Rent of Mineral Lands », Quarterly Journal of Economics, 36/2, 1922, p. 290-318.
41G. Gaudet, « Rente minière, prix et marchés des ressources naturelles non renouvelables », Cahiers de recherche du GREEN, 82/7, 1982, p. 1-25 ; H. D. Kurz, N. Salvadori, « Classical Economics and the Problem of Exhaustible Resources », Metroeconomica, 52/3, 2001, p. 282-296 ; T. J. C. Robinson, « Classical Foundations of the Contemporary Economic Theory of Non-Renewable Resources », Resources Policy, 6/4, 1980, p. 278-289.
42Voir A. Missemer, Les économistes et la fin des énergies fossiles (1865-1931), op. cit., chap. 3.
43E. Böhm-Bawerk, Capital and Interest. A Critical History of Economical Theory, Londres/New York, MacMillan, trad. angl. W. Smart, 1890 [1884] ; Id., The Positive Theory of Capital, New York, G. E. Stechert, trad. angl. W. Smart, 1930 [1891] ; Id., « Une nouvelle théorie du capital », Revue d’économie politique, 3, 1889, p. 97-124.
44Voir S. Frederick, G. Loewenstein, T. O’Donoghue, « Time Discounting and Time Preference: A Critical Review », Journal of Economic Literature, 40/2, 2002, p. 351-401 ; M. Gaspard, Fondements et enjeux de la théorie mathématique de l’épargne de Frank P. Ramsey (1928), thèse de doctorat, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2002, p. 77.
45E. Böhm-Bawerk, « Une nouvelle théorie du capital », art. cité, p. 111-114.
46Id., The Positive Theory of Capital, op. cit., p. 281.
47Ibid., p. 285.
48P. H. Wicksteed, An Essay on the Co-Ordination of the Laws of Distribution, Londres, MacMillan, 1894 ; Id., The Common Sense of Political Economy. Including a Study of the Human Basis of Economic Laws, Londres, MacMillan, 1910.
49Il est l’un des concepteurs de la fonction de production.
50J. B. Clark, « Capital and Its Earnings », art. cité ; Id., The Distribution of Wealth. A Theory of Wages, Interest and Profits, New York, MacMillan, 1899.
51I. Fisher, « What is Capital ? », Economic Journal, 6/24, 1896, p. 509-534 ; Id., « The Role of Capital in Economic Theory », Economic Journal, 7/28, 1897, p. 511-537 ; Id., The Nature of Capital and Income, Londres/New York, MacMillan, 1906.
52Id., « What is Capital ? », art. cité, p. 514 ; Id., « The Role of Capital in Economic Theory », art. cité, p. 511, 537 ; Id., The Nature of Capital and Income, op. cit., p. 52.
53L. C. Gray, « The Economic Possibilities of Conservation », Quarterly Journal of Economics, 27/3, 1913, p. 497-519 ; Id., « Rent under the Assumption of Exhaustibility », Quarterly Journal of Economics, 28/3, 1914, p. 466-489.
54Id., « The Economic Possibilities of Conservation », art. cité, p. 501.
55Ibid., p. 499.
56Ibid., p. 504-505 ; Id., « Rent under the Assumption of Exhaustibility », art. cité, p. 474.
57Id., « Rent under the Assumption of Exhaustibility », art. cité, p. 468.
58R. J. Hess, « Conservation and Economic Evolution », dans R. T. Ely, R. T. Hess, C. K. Leith, T. N. Carver (éd.), The Foundations of National Prosperity, New York, MacMillan, 1918, p. 93-184.
59G. Cassel, The Theory of Social Economy, New York, Augustus M. Kelly, 5e éd., révision de la traduction anglaise par S. L. Barron à partir de la 5e édition allemande, 1967 [1918].
60Voir M. Gaspard, A. Missemer, « Mathematical Economics… », art. cité.
61M. Gaspard, A. Missemer, « An Inquiry into the Ramsey-Hotelling Connection », art. cité, p. 140.
62Ibid., p. 137-138.
Auteur
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Antoine Missemer
Antoine Missemer est économiste, chercheur CNRS au CIRED–Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (UMR 8568). Ses travaux portent essentiellement sur l’histoire de l’économie de l’environnement, de l’énergie et des ressources naturelles. Il est l’auteur de Nicholas Georgescu-Roegen, pour une révolution bioéconomique (ENS Éditions, 2013) et de Les économistes et la fin des énergies fossiles (Classiques Garnier, 2017).
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