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    Plan détaillé Texte intégral Les saint-simoniens avant la retraite de Ménilmontant La retraite et la vie à Ménilmontant d’avril à août 1832 La fin de la retraite : du procès aux assises à novembre 1832 Notes de bas de page Auteur

    Les religions des Parisiens

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Les apôtres saint-simoniens à Ménilmontant

    Pierre Musso

    p. 357-370

    Texte intégral Les saint-simoniens avant la retraite de Ménilmontant La retraite et la vie à Ménilmontant d’avril à août 1832 La fin de la retraite : du procès aux assises à novembre 1832 Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1Fin avril 1832, alors qu’à Paris sévit une épidémie de choléra qui durera jusqu’en septembre faisant 18 500 morts, les saint-simoniens se retirent à Ménilmontant durant six mois pour élaborer une nouvelle religion. Ces disciples du philosophe Henri Saint-Simon (1760-1825)1 suivent « le Père Enfantin », chef de leur « Église ». Prosper Barthélemy Enfantin (1796-1864) annonce la « sainte retraite » dans sa maison de famille située au 145 rue de Ménilmontant. Il est suivi par une quarantaine de retraités dont un quart de polytechniciens qui s’isolent dans une vaste maison entourée d’un grand et beau jardin, doté d’une allée de tilleuls longue de plus de cent mètres, maison que la mère d’Enfantin, victime du choléra, a léguée à son fils. À l’époque, Ménilmontant était un village des faubourgs de Paris appartenant à la commune de Belleville. Si la maison n’existe plus aujourd’hui, on en trouve quelques traces au Square et au Passage des saint-simoniens dans le 20e arrondissement.

    Figure 1. Pierre Emonts, Maison habitée par les saint-simoniens au 145, rue de Ménilmontant à Paris

    Bibliothèque nationale de France, Département des estampes et photographies (Réserve QB-370 (96)-FT4). © BnF.

    Les saint-simoniens avant la retraite de Ménilmontant

    2Les saint-simoniens se réclament de la pensée de Saint-Simon qu’ils ont contribué à faire connaître. Il fut l’auteur notamment de nombreux opuscules et ouvrages souvent coécrits avec de jeunes secrétaires parmi lesquels l’historien Augustin Thierry « son fils adoptif », le philosophe Auguste Comte et le mathématicien Olinde Rodrigues (1795-1851) qui participe à la fondation de la Caisse hypothécaire qu’il dirigera. Les principaux livres et brochures de philosophie politique et morale de Saint-Simon, publiés entre 1814 et 1825, sont De la réorganisation de la société européenne, L’industrie, Le politique, L’organisateur, Du système industriel, Le catéchisme des industriels, Opinions littéraires, philosophiques et industrielles et le Nouveau christianisme (1825), son dernier texte demeuré inachevé qui va servir de bréviaire aux disciples. En effet Saint-Simon est considéré par les saint-simoniens comme le fondateur, voire le Messie, d’une nouvelle religion qu’ils vont s’employer à formuler et à diffuser. Cette religion séculière, destinée à rénover le christianisme, est une religion industrielle2 que Saint-Simon résumait ainsi : « J’ai reçu la mission de faire sortir les pouvoirs politiques des mains du clergé, de la noblesse et de l’ordre judiciaire pour les faire entrer dans celles des industriels3. »

    3Dès la mort de Saint-Simon en mai 1825, un petit groupe d’amis et de disciples s’est formé à la sortie du cimetière du Père-Lachaise. Olinde Rodrigues, le dernier secrétaire et confident de Saint-Simon, le poète, dramaturge et journaliste Léon Halévy, lui aussi proche du maître à la fin de sa vie, le docteur Étienne Marin Bailly et l’avocat Jean-Baptiste Duvergier. Rejoints dès le lendemain des funérailles par Enfantin, et peu après par Saint-Amand Bazard (1791-1832), un ancien responsable de la Charbonnerie française, ils fondent le 1er juin le journal que Saint-Simon avait envisagé de créer, Le Producteur, journal philosophique de l’industrie, des sciences et des beaux-arts. Ce journal permit de poser quelques-uns des fondements de la doctrine mais il cessa de paraître en octobre 1826. Forts de ces premières publications, les saint-simoniens se constituent en « École », livrant de 1828 à 1830 une trentaine de conférences publiques rue Taranne dans le quartier Saint-Germain-des-Prés. Ces conférences recueillies, étudiées collectivement et réécrites notamment par Bazard, donnent lieu à la publication en 1830-1831 de L’exposition de la doctrine de Saint-Simon, ouvrage souvent considéré comme un résumé de la pensée de leur maître alors qu’il s’agit d’une œuvre originale. Les saint-simoniens poursuivent leur propagande et, en juillet 1829, lancent un nouveau journal intitulé L’Organisateur. Journal de la doctrine saint-simonienne. Le titre choisi est un hommage à l’ouvrage de Saint-Simon, L’Organisateur, qui comprenait une célèbre « Parabole4 » confrontant les effets de deux suppositions : d’un côté, la disparition de 3 000 « hommes de génie » – savants, artistes et artisans de France – qui « sont réellement la fleur de la société », sans lesquels « la nation deviendrait un corps sans âme » et d’un autre côté, la disparition de 30 000 dirigeants de l’État dont la disparition n’entraînerait « aucun mal politique pour l’État5 »…

    4Le jour de Noël 1829, l’École se transforme en « Église » et à cette occasion, le « Collège » saint-simonien – l’instance délibérative formée des premiers adeptes – élit Bazard et Enfantin « Pères suprêmes, tabernacle de la loi vivante, chefs suprêmes de la religion saint-simonienne ». La Doctrine avait fixé les objectifs de l’École, l’Église va formuler et célébrer la foi industrialiste :

    L’objet de l’industrie est l’exploitation du globe, c’est-à-dire l’appropriation de ses produits aux besoins de l’homme, et comme en accomplissant cette tâche, elle modifie le globe, le transforme, change graduellement les conditions de son existence, il en résulte que par elle l’homme participe, en dehors de lui-même en quelque sorte, aux manifestations successives de la Divinité, et continue ainsi l’œuvre de la création6.

    5La religion saint-simonienne défend une seule et unique croyance terrestre ou « intramondaine » qui distingue le dogme (la science) et le culte (l’industrie) : « Tout est donc préparé […] pour l’avènement religieux et politique de l’industrie ». Enfantin se sent investi d’une vocation pour l’apostolat religieux : « un nouveau monde, écrit-il, va naître soumis à la voix de Dieu […] la terre, c’est l’atelier de l’association universelle où l’homme accomplit l’œuvre de Dieu »7. À Paris, la Famille s’installe en mars 1830 rue Monsigny où elle tient des réunions privées trois fois par semaine et des soirées ouvertes au public le jeudi. Puis en octobre, elle va ouvrir le dimanche dans une grande salle rue Taitbout des conférences publiques qui attirent un public nombreux et choisi venu écouter les six « prédicateurs » saint-simoniens, notamment Émile Barrault (1799-1869), ancien professeur de rhétorique au collège de Sorèze dans le Tarn, qui connaît un très grand succès avec ses allocutions passionnées. D’autres enseignements sont faits place de la Sorbonne, à la salle de l’Athénée, devant un public plus populaire de plusieurs centaines de personnes. La propagande donne à plein. En novembre 1830 le journal libéral Le Globe, installé lui aussi rue Monsigny et dirigé par Pierre Leroux, bascule en faveur du saint-simonisme : Enfantin et Bazard appellent alors l’ingénieur polytechnicien Michel Chevalier (1806-1879) à sa direction pour en faire le Journal de la doctrine de Saint-Simon. Ainsi toutes les prédications peuvent être publiées dans Le Globe pour diffuser la nouvelle foi : « Notre religion n’est pas un de ces obscurs ruisseaux dans lesquels va se perdant le fleuve immense qui s’appela le christianisme, déclare Barrault […]. Désormais la loi du progrès, loi d’amour et d’espoir est la seule religieuse8. »

    6Mais à partir de 1831 les scissions vont apparaître à l’intérieur de l’Église qui multiplie des cérémonies religieuses de la Famille sous l’influence d’Enfantin, comme « une communion générale » salle Taitbout le 8 juillet. De son côté Bazard défend une vision plus rationnelle et politique de la doctrine et s’oppose à cette orientation mystique. Cette divergence entre les deux « Pères » s’accentue jusqu’à une séance solennelle tenue fin novembre qui marque un véritable « schisme » dans l’Église avec le retrait de Bazard. Enfantin devient alors le seul chef, « Père suprême » du mouvement, et lance son appel à la Femme-Messie à laquelle il attribue un don de prophétie : elle est « la sybille de l’avenir ». Un mois plus tard, le 27 décembre, Enfantin annonce à ses fidèles dans Le Globe, « notre mission est une mission d’apôtres, notre foi est une religion » dont le culte exige de « présenter à tous un projet large d’exécution industrielle dont nous aurions la direction ». Peu après, Michel Chevalier esquisse ce programme de politique industrielle dans les derniers numéros du Globe de février-mars 1832, sous le titre « Le Système de la Méditerranée » :

    Aux yeux des hommes qui ont la foi que l’humanité marche vers l’association universelle, et qui se vouent à l’y conduire, les chemins de fer apparaissent sous un tout autre jour […]. Dans l’ordre matériel le chemin de fer est le symbole le plus parfait de l’association universelle. Les chemins de fer changeront les conditions de l’existence humaine9.

    7Et en avril 1832, Enfantin annonce la « sainte retraite » :

    J’ai parlé, je veux agir. […] je prends quarante de mes fils avec moi… et je me retire […]. Il faut que nous sortions de cette retraite en noyau compact et imbrisable et que chacun de nous soit plus fécond d’engendrement à la vie nouvelle que ne l’ont été toutes nos belles paroles de rhétorique10.

    8En février 1832 intervient un second « schisme » majeur dans la Famille : Olinde Rodrigues qui avait accompagné Saint-Simon durant les deux dernières années de sa vie, s’oppose à son tour à l’orientation d’Enfantin et de Chevalier et quitte le mouvement, entraînant plusieurs défections dont celle des frères Pereire. Rodrigues déclare que la religion industrielle de la Famille ne pourra plus se réaliser sous l’autorité du « Père » et se proclame seul chef de cette religion : « Enfantin a cru pouvoir déclarer immoral le premier disciple de Saint-Simon… Cet acte inexplicable est pour moi le signal d’un nouveau progrès, l’industrie est appelée dans ma personne à constituer définitivement la religion nouvelle11. »

    9C’est un véritable choc pour beaucoup de saint-simoniens d’autant qu’il coïncide avec la cessation du Globe, diffusé gratuitement depuis quelques mois et placé dans une situation financière catastrophique. De plus le ministère de l’Intérieur et la Préfecture de police de Paris avaient entamé dès l’automne 1831 des poursuites judiciaires contre la Famille pour les prédications de la salle Taitbout qui avaient selon le procureur, « provoqué les citoyens à commettre des crimes et délits et notamment à se révolter contre l’autorité ». Les salles Taitbout et de l’Athénée furent fermées par les autorités en janvier 1831. Dans ce contexte, il fallait d’urgence éviter la désagrégation du mouvement et se regrouper dans un nouveau « Temple », d’où la retraite de Ménilmontant.

    La retraite et la vie à Ménilmontant d’avril à août 1832

    10La retraite qui commence au lendemain des obsèques de la mère d’Enfantin, le 23 avril répond à plusieurs objectifs : d’abord, à un « besoin de repos et de silence », dit Enfantin, ensuite aux difficultés financières du mouvement, sans doute aussi à une volonté de s’isoler en période d’épidémie de choléra, et enfin et surtout à un changement d’orientation après les départs de Bazard et de Rodrigues. Les disciples sont « venus ici pour constituer définitivement le noyau de la famille universelle et l’apostolat qui doit la prêcher au monde12 ».

    11Le Père Enfantin part avec une bonne quarantaine de retraités. Les « apôtres » qui sont les « membres du Collège » sont au nombre de huit : Émile Barrault, le brillant orateur qui joue un rôle majeur lors de la retraite, l’avocat et juriste, ancien substitut du procureur du roi, Edmond Talabot qui mourra du choléra à Ménilmontant le 17 juillet, l’écrivain et helléniste, fils de banquier, Gustave d’Eichthal, l’avocat, fils d’un baron d’Empire, Charles Duveyrier, et quatre polytechniciens dont trois ingénieurs des Mines, Pierre Denis Hoart, Charles Lambert, Henri Fournel et Michel Chevalier directeur du Globe depuis deux ans et qui rejoint Ménilmontant le 3 juin, car il devait s’occuper rue Monsigny de la correspondance avec les missions en région.

    12Quant aux « fils », ils sont moins de quarante car quelques-uns rejoignent la retraite après ses débuts et plusieurs la quittent avant la fin. Par ordre alphabétique, il y a : Pierre-Marie Bergier, soldat puis ouvrier-carreleur, le peintre paysagiste Raymond Bonheur, Sébastien Bottiau un ancien tapissier qui quitte la « famille » le 25 mai, le journaliste Auguste Broet (Broë), le polytechnicien et capitaine d’artillerie Michel Bruneau, l’avocat Henri Cavel qui sera exclu de Ménilmontant le 17 juin, le professeur de physique Auguste Chevalier, frère de Michel, qui deviendra secrétaire général de l’Élysée sous Napoléon III, le compositeur et musicien Félicien David, le voyageur de commerce Louis Desessarts, l’ancien garçon boucher qui avait travaillé aux bureaux du Globe, Michel Desloges, l’avocat Charles Antoine Duguet, l’ingénieur civil Stéphane Flachat qui quitte Ménilmontant le 4 juin, le médecin Ferdinand François, le fils d’un colon de Cayenne Adolphe Franconi qui s’en va le 1er juillet, Jean-Joseph André Henry, le polytechnicien Pierre Denis Hoart, le négociant et industriel René Holstein qui arrive à Ménilmontant le 20 mai, l’ingénieur Husson, le docteur Jallat qui quitte la retraite le 22 mai, le peintre et instituteur Paul Justus, l’artiste peintre et dessinateur Philippe-Joseph Machereau, l’officier du génie, puis journaliste, Marie-Alexandre Massol, l’ouvrier et poète Jules Mercier ex-employé au Globe, l’agronome et riche propriétaire Antoine Ollivier, le chirurgien de la marine Charles Pellarin, l’ouvrier et courtier en librairie Charles Pennekère, le « riche oisif » Alexis Petit, l’étudiant et poète Édouard Pouyat, critique au Globe, Léonard Moïse Retouret, un des principaux prédicateurs du Globe, les médecins François Ribes et Adolphe Rigaud, l’ancien clerc et professeur de rhétorique Paul Rochette, le violoncelliste à l’orchestre de l’Opéra-Comique Dominique Tajan-Rogé, le fils d’un riche propriétaire René Achille Rousseau, le docteur et écrivain Léon Simon, l’ancien prêtre catholique, ouvrier Jean Terson qui appréciait de se trouver en « communion réelle (et non mystique) avec la classe la plus infime de l’ordre social13 », le propriétaire terrien Jules Toché, l’ingénieur polytechnicien Félix Tourneux, le journaliste et interprète Ismayl (Thomas) Urbain qui entre en juillet à Ménilmontant comme « novice » et s’y lie d’une solide amitié avec Gustave d’Eichthal.

    13Dans cette communauté les règles de vie sont strictes : abstinence, vœu de pauvreté et d’entraide, obligation de demeurer à l’intérieur de la maison ou dans son enceinte et de travailler « manuellement ». Les femmes ne sont pas admises, suivant une règle établie par Enfantin et par Chevalier. Les retraités sont ainsi soumis à un vœu de « célibat provisoire pour couper court aux rumeurs qui circulent sur les mœurs saint-simoniennes » et pour démentir les interprétations calomnieuses de l’appel du « Père » à l’affranchissement des femmes.

    14Ils organisent leur vie de façon minutieuse comme dans un monastère ou un « couvent ». Le lever se fait à 4 h 30 ou 5 heures du matin au son du cor ; ensuite bains de pieds, appel et travaux ; puis à 7 h 30 ou 8 heures, petit déjeuner avec en général un seul plat (de la soupe au lard) et un demi-verre de vin. Après des exercices corporels et de la gymnastique, commencent les travaux et à 10 h 30, une séance de lecture. Le déjeuner est pris à midi et consiste en un morceau de pain. Ensuite se déroulent des cours et des travaux jusqu’à 17 heures. Le souper est alors servi, composé d’un potage, de la viande, des légumes, du fromage et du vin. Après le souper, des chants et chœurs sont organisés sous la direction de Tajan Rogé, suivis à 20 heures des chansons et d’un appel de Félicien David. Le coucher se fait à 21 h 30 ou à 22 heures.

    15Les fonctions de chacun sont réglées selon ce rythme quasi monastique et selon une règle qui est l’abolition de toute hiérarchie sociale. Ainsi, écrit Terson,

    Un spectacle assez singulier, c’est de voir les maîtres servir ceux qui furent leurs serviteurs. […]. Desloges, un ancien garçon boucher chargé de la buanderie, a sous ses ordres M. Franconi, fils d’un riche colon américain et M. Bertrand, ancien étudiant. À table, Desloges reçoit la nourriture de M. Holstein au service duquel il était auparavant14.

    Figure 2. Les moines de Ménilmontant ou Les capacités saint-simoniennes

    Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et Photographie (Réserve QB-370 (96)-FT4). © BnF.

    16Tous doivent donc travailler et les fonctions sont réparties comme suit. Le chef de cuisine est le docteur Léon Simon assisté de Paul Rochette et les cuisiniers sont l’ingénieur Husson et le médecin François. Le chef d’office est Alexis Petit chargé du nettoyage des chaudières et des chandeliers, de fournir la maison en chandelles et de l’enlèvement des ordures. Émile Barrault, aidé d’Auguste Chevalier et Duguet, est chargé du cirage des bottes. Le balayage des cours et de la rue est fait par d’Eichthal et Machereau. La buanderie est confiée à Bruneau et Terson, Franconi étant adjoint. Terson est chargé d’éplucher les légumes, de mettre le couvert, ranger la vaisselle et du menu détail de la maison. Bruneau s’occupe de l’entretien du linge, des vêtements, de la police générale, de la surveillance de la maison et du service de propreté. Edmond Talabot est chef de l’habillement et à ce titre, il s’occupe de créer le fameux habit des saint-simoniens dessiné par Raymond Bonheur. Le service de table est assuré par Toché, Desessart et Mercier. Le service du Père suprême, Enfantin, est confié à Auguste Chevalier. Fournel est chargé du jardin, assisté de Bonheur et Tajan Rogé, sachant qu’« Enfantin, le père suprême, travaille au jardin, manie la pioche, la bêche et le râteau avec une vigueur peu ordinaire ». Les appartements sont frottés par Rigaud, Holstein, Duveyrier, Pouyat et Broë. Le chef de musique est Duveyrier qui a brodé sur sa tunique, le titre de « Poète de Dieu ». Les cireurs frotteurs sont d’Eichthal et Lambert ; Duguet et Justus sont les laveurs de vaisselle et le sommelier est Desloges ; Rigaud est le mécanicien. Les ravitailleurs sont Ollivier et Pennekère. « La police générale et surveillance » est confiée à trois apôtres Barrault, Fournel et Michel Chevalier.

    17La répartition des tâches tourne de temps à autre comme le montre cette lettre de Michel Chevalier qui décrit la vie quotidienne au début du mois de juillet :

    Parmi nous pas de domestiques, pas un. Simon est le cuisinier, Pouyat son aide. Alexis Petit vient de passer chef d’office en place de Rochette qui devient archiviste ; Bruneau et Terson lavent les pantalons ; Toché, Desessarts, Mercier servent à table. Auguste, mon frère, fait le service du Père ; Fournel, Ollivier, Ribes, Rousseau sont jardiniers. Je dirige le service de la table, assisté de Rigaud et Holstein ; Duveyrier est chef de musique ; D’Eichthal travaille comme un possédé à cirer, frotter, bâcher, déblayer, remblayer. Duguet, aidé du peintre Justus, lave la vaisselle. Talabot est chef d’habillement, Desloges est sommelier, Rigaud est mécanicien ; Lambert a ciré et frotté jusqu’à ce jour. Ollivier et Pennekère vont les matins à 9 h, acheter des légumes à la halle et les portent sur leur dos. Retouret est maintenant à des travaux de déblai. La direction de l’ordre est confiée à Barrault, Fournel et moi15.

    18À Ménilmontant, la symbolique est essentielle puisqu’il s’agit, selon « Le Père », d’un temple et d’un lieu de culte religieux. L’emblème saint-simonien est fait de trois bandes : blanche pour symboliser l’amour, violette pour la foi et rouge pour le travail. Le saint-simonien s’appuie sur l’amour, il fortifie son cœur par le travail et il est enveloppé par la foi16. Ces trois couleurs sont aussi les symboles du prêtre, du savant et de l’industriel. La symbolique est faite aussi de signes extérieurs portés par chacun : la barbe, la chevelure, le collier et surtout l’habit qui se boutonne par-derrière pour signifier la fraternité car il nécessite un proche pour être revêtu. Il est fait d’une tunique de drap bleu ouverte en cœur sur la poitrine pour permettre de lire son nom brodé en grosses lettres rouges sur un gilet blanc agrafé par-derrière, d’un pantalon blanc l’été et bleu l’hiver, d’un béret basque rouge, d’une ceinture en cuir noir, d’une écharpe flottante brodée avec le nom de l’apôtre. À Ménilmontant, c’est donc la production de symboles qui est recherchée et non la construction d’une contre-société ou d’un modèle de nouvelle société, comme peut l’être le phalanstère fouriériste. Enfantin l’affirme nettement : « Ménilmontant n’est pas un phalanstère17. »

    19Alors que, du 5 au 7 juin 1832, a lieu à Paris l’insurrection républicaine à la suite du décès du général Lamarque, grande figure de l’opposition au régime, député républicain, et que s’ensuivent une violente répression et l’état de siège, les retraités de Ménilmontant restent à l’écart de ce mouvement qui secoue la capitale. Les insurgés retranchés rue du Cloître-Saint-Merri sont en grande partie massacrés par la garde nationale, comme l’immortalisera, trente ans plus tard, Victor Hugo dans Les Misérables. La Famille prend toutefois deux initiatives : Enfantin envoie Hoart les représenter au faubourg Saint-Antoine, et un manifeste intitulé « Les Saint-Simoniens » signé de Charles Lemonnier est affiché dans Paris pour rappeler leur projet pacifique et industrialiste.

    20À Ménilmontant, les saint-simoniens sont affairés ce même 6 juin à organiser la cérémonie de « la prise d’habit » apostolique, signe de l’égalité entre eux et de la fraternité ; ils ouvrent les portes de leur maison pour la première fois afin de se présenter devant le peuple. Enfantin revêt le premier le costume pour symboliser le « nouveau monde » et déclare que « ce gilet est le symbole de la fraternité, on ne peut le revêtir à moins d’être assisté par l’un de ses frères… il a l’avantage de rappeler chaque fois au sentiment de l’association ». Par la suite, l’ouverture de la communauté deux fois par semaine au public, le mercredi à quelques-uns et le dimanche à tous, va attirer des milliers de Parisiens qui viennent observer ces curieux retraités. Ménilmontant devient même un but de promenade. Ces foules – on compte certains jours jusqu’à 10 000 visiteurs – attirent aussi l’attention des autorités qui les surveillent de près depuis le début de la retraite.

    21L’intérêt qu’ils suscitent est accentué par les caricatures qui se multiplient dans la presse, parfois suggérées aux journalistes par les saint-simoniens eux-mêmes car ils veulent frapper les esprits par leurs signes et leurs activités : « nos cérémonies ont pris un caractère de solennité religieuse très élevé18 », écrit Michel Chevalier. La production symbolique des saint-simoniens va susciter les critiques et les quolibets. Il en est résulté jusqu’à aujourd’hui une image d’Épinal du saint-simonisme réduit à ces caricatures de l’épisode de Ménilmontant.

    22Le dimanche 1er juillet est organisée devant une foule de 2 000 curieux l’« ouverture des travaux du Temple » : les saint-simoniens organisent des chœurs et entament des travaux de terrassement d’un petit amphithéâtre. Mais le même jour, le commissaire de police de Belleville qui se nomme Maigret (!) leur rend visite pour dissoudre la famille accusée « d’immoralité, d’escroquerie, d’attentat à la propriété et de provocation au renversement du gouvernement ».

    23La symbolique religieuse est si puissante que les saint-simoniens veulent aussi se doter d’un nouvel évangile avec ce qu’ils appellent « Le Livre Nouveau » qui doit recueillir leurs diverses contributions. C’est à partir du 14 juillet qu’Enfantin et sept de ses disciples se réunissent la nuit, formés en croix, pour élaborer cet ouvrage qui devra fixer le dogme et l’expression de la religion nouvelle. Les sept disciples élus sont les « apôtres » Michel Chevalier, Henri Fournel, Charles Lambert, Edmond Talabot, Émile Barrault, Charles Duveyrier et Gustave d’Eichthal. Lors de la première séance destinée à la rédaction du Livre Nouveau, Enfantin déclare : « Pour compléter notre vie nous nous réunirons une partie des nuits… Nous poserons ici les fondements du catéchisme et de la genèse, des deux grands livres de l’humanité et du monde, du testament définitif et toujours progressif que Dieu donne aux hommes, de la bible nouvelle19. » Mais ce projet de livre n’aboutit pas et se résume finalement à quelques conversations et à une série de poèmes demeurés manuscrits, qui ne seront rassemblés et publiés qu’un siècle et demi plus tard.

    Figure 3. Cérémonie publique au Temple du jardin de Ménilmontant

    Recueil de dessins du saint-simonien Philippe Joseph Machereau, Paris, Bibliothèque nationale de France, Bibliothèque de l’Arsenal (Ms.-13910). © BnF.

    La fin de la retraite : du procès aux assises à novembre 1832

    24Après la visite du 1er juillet, la police menace toujours de fermer la maison. Le commissaire de police se présente à nouveau le 4 ; Michel Chevalier proteste et l’assigne au Tribunal qui, le 6 juillet, tient une audience en référé au terme de laquelle il se déclare incompétent. Mais, deux jours plus tard, a lieu une première intervention de la police, et le commissaire revient le 11 avec un détachement de gardes nationaux. Malgré ces menaces, la vie de la famille continue. Elle est à nouveau perturbée par le décès de Bazard le 29 juillet à Courty, un village de Seine-et-Marne, où il s’était retiré. Enfantin décide de s’y rendre avec la famille qui va défiler en ordre et en uniforme de Ménilmontant à Courty, via Romainville, Bondy et Livry, pour participer à l’enterrement ; toutefois, arrivée à Livry, elle doit rebrousser chemin car sa présence n’est pas souhaitée par les proches de Bazard.

    25De son côté, la police poursuit son action et exige que la retraite de Ménilmontant cesse. Le 3 août, le commissaire se présente pour poser les scellés sur trois des portes du jardin et revient le lendemain procéder à l’inventaire de la maison en présence de Michel Chevalier. Finalement des poursuites sont lancées par la justice contre Enfantin et Michel Chevalier, mais aussi contre Barrault, Duveyrier et même Rodrigues pour les réunions de la salle Taitbout, et un premier procès en assises est convoqué le 27 août. Ce jour-là, la famille descend solennellement en cortège et en chantant de Ménilmontant au Palais de justice de Paris. Le 28 août, la Cour ordonne la dissolution de la société saint-simonienne et condamne Enfantin, Chevalier et Duveyrier à un an de prison et cent francs d’amende chacun. Les trois condamnés présenteront peu après un pourvoi en cassation. Rodrigues et Barrault sont condamnés à 50 francs d’amende chacun. Sitôt le verdict prononcé, la famille retourne en ordre et en chansons à Ménilmontant. Mais après ce procès, la dispersion de la famille se profile. Début septembre, les sorties des saint-simoniens se font plus rares et la famille s’occupe de travaux matériels : « La retraite est finie, déclare Chevalier, nous allons déborder sur le monde ! » Il quitte la direction de la famille qui est confiée à Duveyrier, Lambert et d’Eichthal. Un dernier procès pour escroquerie contre Enfantin et Rodrigues se tient le 19 octobre en correctionnelle où ils sont acquittés. Enfantin retourne à Ménilmontant et confirme peu après que la retraite va s’achever : « Ce qui nous préoccupe maintenant, c’est d’instituer sur une grande échelle ce que nous avons fait sur une petite… Avec quarante hommes vigoureux nous avons ouvert le passage20. » Début novembre Duveyrier et d’Eichthal, Auguste Chevalier, Broet, Pouyat et Bonheur quittent Ménilmontant et annoncent que désormais ils sont « indépendants du Père » ; ils sont suivis peu après par Lambert et le docteur Simon. Le 15 décembre, la Cour de cassation devant statuer sur le recours présenté par Enfantin et Chevalier, le Père adresse un appel à tous les saint-simoniens pour se retrouver au cimetière du Père-Lachaise avant de passer une dernière nuit à Ménilmontant. La Cour rejette leur pourvoi et les deux leaders sont conduits à la prison de Sainte-Pélagie dans le 5e arrondissement de Paris. Depuis sa cellule, deux jours plus tard, Enfantin abdique toute autorité sur la famille, mais déjà du fond de sa cellule, il dit entendre « l’Orient qui s’éveille » et pressent « que la grande communion se prépare » entre l’Orient et l’Occident. Pendant leur incarcération, Enfantin et Chevalier, qui se côtoient quotidiennement, rompent leur relation en mars 1833. Chevalier coupe sa barbe, manifestant qu’il abandonne la famille saint-simonienne. Il signifie officiellement le 5 mai sa rupture avec Enfantin en ces termes : « Père, c’est aujourd’hui l’anniversaire de la mort de Napoléon et j’ai choisi ce jour pour vous annoncer ma détermination de cesser toute espèce de relation avec vous. » Le 8 avril a lieu un second procès en cour d’assises à propos des procès-verbaux dressés par la police en juillet à Ménilmontant : cette fois-ci les deux prévenus sont acquittés. Amnistiés le 1er août 1833, tous deux sont libérés : Enfantin se retire à Ménilmontant où sont restés Holstein et Ollivier comme « aides de camp » et il organise sa nouvelle mission en Orient, visant à réaliser le canal de Suez qui doit devenir « le centre de notre vie de travail ».

    26Après la retraite de Ménilmontant, et pendant l’incarcération des leaders, les saint-simoniens avaient commencé à se disperser. Dès le 15 décembre 1832, Barrault quittait Paris pour rejoindre Hoart et Bruneau à Lyon afin de créer une association nommée Les Compagnons de la Femme – la femme symbolisant l’Orient – autour de laquelle se regroupent vingt-quatre saint-simoniens. Puis Barrault, voulant préparer la grande aventure « industrielle » du canal de Suez, partait pour Constantinople avec Rigaud, Toché et David, alors qu’Urbain et Cayol se rendaient au Caire. À l’automne 1833, Enfantin arrive en Égypte pour « passer à l’acte », alors que de son côté, Chevalier part pour l’Amérique du Nord, missionné par Thiers, pour y étudier le développement économique et industriel. Les deux principaux animateurs de la retraite de Ménilmontant se retrouvent ainsi très éloignés : d’un côté, sur l’autre rive de la Méditerranée, et de l’autre, outre-Atlantique. Ils se retrouveront vingt ans plus tard, quand Enfantin est devenu administrateur de plusieurs grandes entreprises, notamment la grande société de chemins de fer de Paris à la Méditerranée alors que Chevalier, professeur d’économie au Collège de France et académicien, est, lui, le conseiller économique de Napoléon III élaborant sa politique industrielle, notamment la promotion des réseaux de télégraphie et de voies ferrées. Les deux ex-retraités de Ménilmontant avaient ainsi, et chacun à sa manière, accompli le rêve industrialiste de leur jeunesse. Enfantin résume ainsi à la fin de sa vie le parcours accompli depuis Ménilmontant : « Nous avons enlacé le globe de nos réseaux de chemin de fer, d’or, d’argent, d’électricité ! Répandez, propagez, par ces nouvelles voies dont vous êtes en partie les créateurs et les maîtres, l’esprit de Dieu, l’éducation du genre humain21. »

    27La maison de Ménilmontant, dont le dernier habitant saint-simonien fut son gardien, le fidèle Michel Desloges, l’ex-garçon boucher promu sommelier de la Famille, avait été vendue en 1835. Un siècle plus tard, en 1937, elle cédera sa place au square des Saint-Simoniens.

    Notes de bas de page

    1Sur les saint-simoniens et le saint-simonisme, voir Sébastien Charléty, Histoire du saint-simonisme (1825-1864), Paris, Paul Hartmann, 1931 [éd. orig. 1896] ; réédition en poche chez Gonthier en 1964 ; Nathalie Coilly, Philippe Régnier (éd.), Le siècle des saint-simoniens. Du nouveau christianisme au canal de Suez, catalogue d’exposition de la Bibliothèque de l’Arsenal (28 novembre 2006-25 février 2007), Paris, BnF, 2006 ; Henry René d’Allemagne, Les saint-simoniens. 1827-1837, Paris, Gründ, 1930 ; Juliette Grange, Pierre Musso, Exposition de la doctrine de Saint-Simon. Extraits, Lormont, Le Bord de l’Eau, 2020 ; Pierre Musso, Saint-Simon et le saint-simonisme, Paris, Presses universitaires de France, 1999, et nouvelle édition revue et augmentée, Paris, Manucius, 2020 ; Pierre Musso, La religion industrielle. Monastère, manufacture, usine, Paris, Fayard, 2017 ; Antoine Picon, Les saint-simoniens. Raison, imaginaire et utopie, Paris, Belin, 2002.

    2P. Musso, La religion industrielle, op. cit.

    3Henri Saint-Simon, Du système industriel, dans Œuvres complètes de Saint-Simon, éd. par J. Grange, P. Musso, P. Régnier et F. Yonnet, Paris, Presses universitaires de France, 2019, t. 3, p. 2421.

    4Cette formule est due à Olinde Rodrigues.

    5H. Saint-Simon, L’Organisateur, dans Œuvres complètes, op. cit., t. 3, p. 2020-2021.

    6Émile Barrault, Doctrine de Saint-Simon, première année, 9e séance. 1829.

    7Lettre d’Enfantin du 17 août 1828.

    8Émile Barrault, Le Globe, 18 janvier 1831.

    9Michel Chevalier, Le Globe, 12 février 1832.

    10BnF/Bibliothèque de l’Arsenal [Arsenal], ms. 7646, f. 30, lettre d’Enfantin à l’ingénieur Capella, 30 avril 1832.

    11Arsenal, ms. 7861, lettre d’Olinde Rodrigues aux saint-simoniens, 13 février 1832.

    12Saint-Simon, Œuvres, Paris, Dentu, 1866, t. 6, p. 242.

    13Jean Terson cité dans « Terson Jean », Maitron, Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, revue et complétée par Philippe Régnier, https://maitron.fr/spip.php?article38138, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 29 août 2019.

    14Arsenal, ms. 7787, Jean Terson, Mémoires.

    15Arsenal, ms. 7814, lettre de Michel Chevalier à Eugène Humann, 2 juillet 1832.

    16Maxime Du Camp, Souvenirs littéraires, Paris, Hachette, 1882-1883, t. 2, p. 90.

    17Lettre d’Enfantin à Capella, 30 avril 1832, déjà citée.

    18Lettre de Chevalier à Humann déjà citée.

    19Le Livre Nouveau des saint-simoniens. Manuscrits d’Émile Barrault, Michel Chevalier, Charles Duveyrier, Prosper Enfantin, Charles Lambert, Léon Simon et Thomas-Ismayl Urbain (1832-1833), éd. par Philippe Régnier, Tusson, Du Lérot, 1992, p. 63.

    20Arsenal, ms. 7621, lettre d’Enfantin à Thérèse Nugues, 24 octobre 1832.

    21Prosper Enfantin, Le crédit intellectuel, Paris, Dentu, 1866, p. 7.

    Auteur

    • Pierre Musso
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    1Sur les saint-simoniens et le saint-simonisme, voir Sébastien Charléty, Histoire du saint-simonisme (1825-1864), Paris, Paul Hartmann, 1931 [éd. orig. 1896] ; réédition en poche chez Gonthier en 1964 ; Nathalie Coilly, Philippe Régnier (éd.), Le siècle des saint-simoniens. Du nouveau christianisme au canal de Suez, catalogue d’exposition de la Bibliothèque de l’Arsenal (28 novembre 2006-25 février 2007), Paris, BnF, 2006 ; Henry René d’Allemagne, Les saint-simoniens. 1827-1837, Paris, Gründ, 1930 ; Juliette Grange, Pierre Musso, Exposition de la doctrine de Saint-Simon. Extraits, Lormont, Le Bord de l’Eau, 2020 ; Pierre Musso, Saint-Simon et le saint-simonisme, Paris, Presses universitaires de France, 1999, et nouvelle édition revue et augmentée, Paris, Manucius, 2020 ; Pierre Musso, La religion industrielle. Monastère, manufacture, usine, Paris, Fayard, 2017 ; Antoine Picon, Les saint-simoniens. Raison, imaginaire et utopie, Paris, Belin, 2002.

    2P. Musso, La religion industrielle, op. cit.

    3Henri Saint-Simon, Du système industriel, dans Œuvres complètes de Saint-Simon, éd. par J. Grange, P. Musso, P. Régnier et F. Yonnet, Paris, Presses universitaires de France, 2019, t. 3, p. 2421.

    4Cette formule est due à Olinde Rodrigues.

    5H. Saint-Simon, L’Organisateur, dans Œuvres complètes, op. cit., t. 3, p. 2020-2021.

    6Émile Barrault, Doctrine de Saint-Simon, première année, 9e séance. 1829.

    7Lettre d’Enfantin du 17 août 1828.

    8Émile Barrault, Le Globe, 18 janvier 1831.

    9Michel Chevalier, Le Globe, 12 février 1832.

    10BnF/Bibliothèque de l’Arsenal [Arsenal], ms. 7646, f. 30, lettre d’Enfantin à l’ingénieur Capella, 30 avril 1832.

    11Arsenal, ms. 7861, lettre d’Olinde Rodrigues aux saint-simoniens, 13 février 1832.

    12Saint-Simon, Œuvres, Paris, Dentu, 1866, t. 6, p. 242.

    13Jean Terson cité dans « Terson Jean », Maitron, Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, revue et complétée par Philippe Régnier, https://maitron.fr/spip.php?article38138, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 29 août 2019.

    14Arsenal, ms. 7787, Jean Terson, Mémoires.

    15Arsenal, ms. 7814, lettre de Michel Chevalier à Eugène Humann, 2 juillet 1832.

    16Maxime Du Camp, Souvenirs littéraires, Paris, Hachette, 1882-1883, t. 2, p. 90.

    17Lettre d’Enfantin à Capella, 30 avril 1832, déjà citée.

    18Lettre de Chevalier à Humann déjà citée.

    19Le Livre Nouveau des saint-simoniens. Manuscrits d’Émile Barrault, Michel Chevalier, Charles Duveyrier, Prosper Enfantin, Charles Lambert, Léon Simon et Thomas-Ismayl Urbain (1832-1833), éd. par Philippe Régnier, Tusson, Du Lérot, 1992, p. 63.

    20Arsenal, ms. 7621, lettre d’Enfantin à Thérèse Nugues, 24 octobre 1832.

    21Prosper Enfantin, Le crédit intellectuel, Paris, Dentu, 1866, p. 7.

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    Musso, P. (2024). Les apôtres saint-simoniens à Ménilmontant. In M. Aynié, L. Croq, N. Lyon-Caen, M. Sot, & D. Tartakowsky (éds.), Les religions des Parisiens. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/11xee
    Musso, Pierre. « Les apôtres saint-simoniens à Ménilmontant ». In Les religions des Parisiens, édité par Marie Aynié, Laurence Croq, Nicolas Lyon-Caen, Michel Sot, et Danielle Tartakowsky. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2024. doi:10.4000/11xee.
    Musso, Pierre. « Les apôtres saint-simoniens à Ménilmontant ». Les religions des Parisiens, édité par Marie Aynié et al., Éditions de la Sorbonne, 2024, https://doi.org/10.4000/11xee.

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    Aynié, M., Croq, L., Lyon-Caen, N., Sot, M., & Tartakowsky, D. (éds.). (2024). Les religions des Parisiens. Paris: Éditions de la Sorbonne, Comité d’histoire de la ville de Paris. https://doi.org/10.4000/11xeu
    Aynié, Marie, Laurence Croq, Nicolas Lyon-Caen, Michel Sot, et Danielle Tartakowsky, éd. Les religions des Parisiens. Paris: Éditions de la Sorbonne, Comité d’histoire de la ville de Paris, 2024. doi:10.4000/11xeu.
    Aynié, Marie, et al., éditeurs. Les religions des Parisiens. Éditions de la Sorbonne, Comité d’histoire de la ville de Paris, 2024, https://doi.org/10.4000/11xeu.
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