2. Une remise en cause par les animaux
Texte intégral
1Il n’est pas étonnant que nombre de concepts anthropisés soient contredits par les animaux eux-mêmes lorsqu’on veut bien examiner les premiers et les seconds en réduisant les réflexes anthropocentriques.
2Gérard Leboucher, éthologue, dresse un portrait des animaux non humains. Il nous montre leur grande diversité, leur porosité avec les plantes et d’autres vivants, qui rend leur délimitation indécise, leur conjugaison particulière de facultés communes aux vivants, leur grande complexité, y compris pour ceux longtemps jugés rudimentaires, et donc la nécessité d’appréhender la pluralité de leurs mondes, de poser de bonnes questions. Il conclut sur la nécessité de ne pas employer des concepts trop simples, c’est-à-dire seulement forgés à l’aune de l’humanité.
3À propos des chevaux et des rennes, Ludovic Orlando, généticien, Hélène Roche, éthologue, et Charles Stépanoff, ethnologue, mènent une critique puissante des concepts d’animal sauvage ou domestique. Ils montrent la diversité des contenus placés derrière les mots, la difficulté à les faire concorder avec le terrain en raison de la pluralité des processus historiques, ainsi que la grande complexité-fluidité des situations, donc des définitions à adopter lorsque les critères sont recherchés auprès des animaux, non dans les représentations humaines. Ainsi, plutôt qu’une habituelle définition essentialiste du domestique, vite démentie par les faits, ils privilégient une spécification par les limites, qui insiste sur les contenus mouvants de ce domestique en fonction de la dynamique des situations, la fluidité de celles-ci entraînant celle du concept.
4Tout cela est renforcé, ce qui justifie un peu plus la pluridisciplinarité et la rend passionnante, par l’approche historique d’Emmanuel Porte et Violette Pouillard, historiens, qui entreprennent de désanthropiser le concept de sauvage par le bas, par les animaux eux-mêmes, et qui montrent que des individus ont sans cesse contredit la répartition sauvages-domestiques. Quand les animaux fournissent des raisons supplémentaires à la désanthropisation !
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