L’Institut musulman-mosquée de Paris dans l’entre-deux-guerres
Un islam d’empire à Paris
p. 143-150
Texte intégral
1En juillet 1926, l’inauguration largement médiatisée de l’ensemble architectural de la mosquée de Paris marque l’aboutissement d’un projet formulé trois décennies plus tôt et lancé pendant la Grande Guerre. Il devait manifester l’association de l’islam et de la France à la fois pour mieux mobiliser les populations musulmanes de l’empire colonial et honorer leur engagement.
2Il s’agissait de répondre à la proclamation du jihâd par le sultan ottoman en novembre 1914 et à la politique de l’Allemagne envers les soldats musulmans, symbolisée par la construction d’une mosquée dans le camp de prisonniers de Wünsdorf, aux environs de Berlin1. En juin 1916, la sédition de la garnison de Médine et la révolte du chérif Hussein de La Mecque contre les Ottomans, permirent d’organiser le pèlerinage d’une délégation de notables des trois possessions françaises d’Afrique du Nord, et de promouvoir le financement d’hôtelleries pour accueillir dignement les Maghrébins dans les deux villes saintes du Hijâz2. Parallèlement, la commission interministérielle des Affaires musulmanes, fondée en 1911, soutint la création en octobre 1916 d’une association, le Comité de l’Institut musulman de Paris, qui se donnait pour but « d’offrir un centre intellectuel et moral, en toute indépendance, dans la capitale de la France à ses enfants musulmans par l’édification d’un Institut musulman et d’une mosquée3 ». La mosquée en bois rapidement construite au printemps 1916 à proximité de l’hôpital de Nogent-sur-Marne, et décorée grâce à des envois du bey de Tunisie et du sultan du Maroc, ne pouvant suffire, on réactiva le projet défendu en 1895 par le Comité de l’Afrique française, puis, à partir de 1906, par le directeur de la Revue indigène Paul Bourdarie, avec l’appui de milieux coloniaux libéraux. Dans un climat révolutionnaire d’après-guerre qui rappelait aux autorités françaises l’importance d’une manifestation de reconnaissance envers les musulmans de l’Empire qui avaient contribué à la victoire, le projet resta d’actualité. Édouard Herriot, rapporteur pour la commission des finances du projet de loi décidant l’ouverture au ministère des Affaires étrangères d’un crédit de 500 000 francs pour la création de l’Institut musulman, le présentera comme une marque de libéralisme, « le meilleur moyen de calmer cette fermentation dans l’islam » qu’on observe4, attisée par la politique française de mise à bas de l’Empire ottoman et d’opposition à la constitution d’un royaume arabe en Syrie. Il insiste sur le fait qu’une « œuvre pareille doit, pour réussir, être confié à des musulmans et dirigée par eux5 ». La loi, votée en août 1920, affecte la somme à la Société des habous des lieux saints de l’Islam, constituée en 1917 pour l’organisation du pèlerinage vers La Mecque6. Son président, Kaddour ben Ghabrit (v. 1868-1954), un Algérien de l’Ouest devenu chef du protocole du sultan du Maroc, se voit confier la charge d’assurer la direction de la future « Maison d’islam » à Paris7. Si le gouvernement obtient d’importantes contributions financières de la part du Maroc (100 000 francs) et de la Tunisie (60 000 francs), les élus algériens des Délégations financières algériennes refusent dans un premier temps de voter la subvention de 100 000 francs qui leur est demandée : Dominique Luciani, ancien directeur des affaires indigènes au Gouvernement général de l’Algérie, n’y voit aucun intérêt « au point de vue politique musulman algérien8 ». En juillet 1921, la ville de Paris vote les subventions (au total 1 795 000 francs) permettant d’acheter le terrain qui sera accordé « à titre gratuit et perpétuel » à la Société des habous9. Pour que l’opération soit juridiquement viable sans déroger au principe de séparation des Églises et de l’État, la Société des habous est transformée en association selon la loi de 1901 et ses buts sont élargis à la création de la mosquée et de l’Institut musulman à Paris10. Au cours des années qui suivent, les tournées organisées par Ben Ghabrit pour collecter des fonds auprès des musulmans des différentes possessions françaises permettent de rassembler des sommes importantes11.
3Le terrain de près de 7 500 m2, acheté à l’Assistance publique, faisait partie de l’ancien hôpital Notre-Dame-de-la-Pitié, démoli en 191212. Ce n’est donc pas du côté des Invalides, dans le quartier des ambassades, jusque-là envisagé, qu’est érigé l’édifice, mais à la lisière du Quartier latin, à proximité du Museum d’histoire naturelle et du Jardin des plantes.
4Après une première proposition dessinée à Rabat le 20 octobre 1920 sous la direction de Maurice Tranchant de Lunel13, ce sont deux architectes ayant aussi travaillé au Maroc, Robert Fournez et Maurice Mantout, qui signent le plan définitif daté de mai 1923, qui sera légèrement modifié en 192514.
5L’ensemble se démarque de son environnement urbain par son architecture et son décor, censé rappeler aux musulmans maghrébins leur terre natale, et offrir aux Parisiens et aux touristes l’expérience d’un dépaysement. Enfermé derrière des murs, le lieu est facile à contrôler et à surveiller (Lyautey ne manque pas de le noter15). On s’explique ainsi que le caractère traversant qu’avait initialement la cour d’honneur sur le côté nord de la parcelle ait été abandonné16. Les bâtiments empruntent à la fois aux formes de l’architecture religieuse et profane, avec pour modèles explicites la médersa Bû ‘Inâniyya à Fès et le palais de l’Alhambra à Grenade qu’évoquent les jardins – la surélévation de l’ensemble par rapport à la rue permet de leur réserver une place importante sur des terrasses étagées –, en particulier celui sur lequel ouvre l’entrée principale. L’empreinte du Maroc prédomine : la plupart des matériaux (tuiles vertes, faïences, mosaïques, grilles en fer forgé) en proviennent et on a fait venir des artisans de Fès et de Meknès pour la réalisation des boiseries et des stucs et la mise en place du décor de zelliges17.
6L’édifice symbolise cependant l’unité de l’Afrique du Nord française, avec l’apport de matériaux venus d’Algérie (bois de cèdre des Aurès) et de Tunisie (carreaux du hammam et offerts par le bey)18 et en intégrant des éléments néo-mauresques inspirés de différents bâtiments. La forme du minaret, haut de 26 m, associe le bâtiment à l’islam maghrébin malékite, distingué de la tradition ottomane hanéfite19. La presse se fait l’écho des contributions de différents souverains musulmans : pour la salle de prière, un grand lustre en fer forgé et cuivre réalisé à Fès a été envoyé par le sultan20, un minbar reproduisant celui de la mosquée de Kairouan par le bey de Tunis21, puis, en 1927, des tapis par le chah de Perse22 et en 1929 un second minbar par le roi Fouad d’Égypte. Discrets sur le ciment armé des colonnes et le béton armé de la superstructure et des terrasses sous lesquelles sont installés salle mortuaire, « blanchisserie mécanique » et locaux techniques23, les reportages insistent sur le savoir traditionnel des « ouvriers d’art » marocains placés sous la direction de Paul Valroff, inspecteur des arts indigènes qui a séjourné plus de dix ans au Maroc et « parle admirablement la langue des indigènes24 ». Elle couvre très largement, avec la production de nombreuses images, fixes et animées, les cérémonies qui marquent le début des travaux (avec en mars 1922 l’orientation du mihrab en direction de La Mecque puis en octobre la pose de la première pierre), et leur achèvement en 1926, en présence du sultan du Maroc et du président de la République Gaston Doumergue.
7Le plan répartit dans des bâtiments distincts les différentes activités de l’Institut, en séparant les espaces de la pratique cultuelle, avec la salle d’ablutions et un grand patio conduisant à une salle de prière carrée de 500 m2, conçue pour accueillir de 500 à 600 fidèles, à proximité desquels se trouvent la bibliothèque et les logements du directeur et de l’imam ; les espaces de réception (pouvant servir à des conférences) et de logement des hôtes de passage (des « notables25 ») et ceux destinés à la détente (restaurant, café et hammam) et au commerce d’objets orientaux fabriqués dans l’Afrique du Nord française (« souks »). Ces derniers sont directement accessibles à partir de la rue Geoffroy-Saint-Hilaire26. Les premiers sont réservés aux musulmans27. La sanctuarisation de l’espace de prière, décidée par les autorités françaises dans les protectorats de Tunisie et du Maroc pour mieux y faire accepter la domination étrangère, est ainsi importée à Paris, même si en 1925 Alfred Merlin pouvait envisager que la mosquée soit accessible « dans les intervalles du culte […] : ce contact avec l’Islam aurait un résultat précieux, s’il inspirait le désir de s’initier plus intimement à la civilisation musulmane28 ». Une porte ouvragée donne accès à cette « partie sainte, où les Européens ne pourront entrer que par faveur spéciale et rarement accordée29 ». Les dénominations choisies (le directeur est qualifié de mufti, la salle de prière, de masjed, des vestiaires sont prévus pour que « les musulmans vêtus à l’européenne puissent prendre la tenue de prière selon le Rite30 » et les images les plus largement diffusées par la carte postale et la presse, reprises jusqu’aux années 197031, inscrivent dans une tradition immuable la mosquée de Paris – le terme s’impose rapidement dans l’usage pour nommer l’ensemble (on parlera plus tard de Grande Mosquée).
8La dimension intellectuelle du projet d’Institut musulman, avec sa bibliothèque et sa salle d’étude et de conférences, est mise en sourdine. C’est que les autorités coloniales veillent à ce que l’Institut ne devienne pas le lieu d’une effervescence contestataire. Dès 1922, Lyautey mettait en garde : il ne fallait pas que l’institut conduise à livrer « de jeunes musulmans marocains […] à toutes les influences mondiales et sociales qui se concentrent dans la capitale32 ». À l’été 1929, l’aménagement de la bibliothèque n’est pas encore achevé et un premier programme de conférences en arabe, avec des traductions en français, sur l’art, la littérature, la poésie et l’histoire, reste à l’état de projet33.
9La mosquée de Paris sert pour les visites officielles de souverains – Rober-Reynaud, secrétaire général de l’Institut musulman, Français né en Algérie, est un agent du ministère des Affaires étrangères –, pour les mariages et les obsèques de personnalités34, et pour les fêtes religieuses – commémoration de la naissance du prophète (mouloud), du sacrifice d’Abraham (aïd el-adha ou aïd el-kebir) et fin du mois de ramadan (aïd el-fitr ou aïd el-seghir) –, qui rassemblent un grand nombre de fidèles, y compris des ouvriers venus des banlieues. En 1929, Kaddour ben Ghabrit estime qu’une centaine de fidèles fréquentent le lieu chaque jour, six à sept cents le vendredi, plus encore pour les grandes fêtes, malgré l’obstacle que constituent « les grandes distances à Paris35 ». Ordinairement, il est probable qu’elle soit surtout fréquentée par une certaine élite (étudiants, étrangers visitant Paris), même si des populations pauvres habitent encore les quartiers avoisinants, et si elle a une action d’assistance aux plus démunis, avec la création en 1930 d’un dispensaire placé sous l’égide du Service des affaires nord-africaines (SAINA) et géré par l’Office public d’hygiène sociale36. Le café et le restaurant ont une fréquentation mixte, mais sans doute limitée à une certaine élite : les étudiants musulmans nord-africains y organisent en 1935 leur banquet annuel, à l’occasion de la fin du ramadan37.
10Contestée par les communistes qui y voient une « supercherie38 » et dénoncent les pressions exercées sur les ouvriers nord-africains pour qu’ils contribuent à son financement39 et par l’Étoile nord-africaine40, la mosquée de Paris suscite des positions plus ambivalentes de la part des réformistes musulmans. En février 1937, si l’on en croit un rapport des renseignements généraux, l’émir Chekib Arslan de passage à Paris s’y rend pour assister à la fête de l’aïd el-kebir avant de déjeuner au siège de l’association des étudiants musulmans nord-africains, en présence du néo-destourien Habib Thameur ; il dînera ensuite avec Messali Hadj, le leader de l’Étoile africaine frappée d’interdiction41. La même année, les dirigeants du Cercle de l’éducation, fondé en 1936 par des militants de l’Association des oulémas pour assurer la transmission de la langue arabe et de la pratique religieuse parmi les émigrés en métropole, réclament de pouvoir organiser des cours dans l’enceinte de la mosquée42. Leur demande est réitérée l’année suivante, avec l’appui de l’Association franco-musulmane, liée au Parti communiste : « La mosquée ayant été construite en partie avec des souscriptions faites parmi les musulmans, ces derniers devaient pouvoir en disposer, non seulement pour l’exercice de leur religion, mais encore pour l’amélioration de leur instruction en langue arabe43. » Ils décident de boycotter les cérémonies de l’aïd el-seghir à la mosquée. La préfecture leur ayant refusé le droit de se réunir dans le bois de Vincennes, ils auraient été environ 900 à se retrouver dans le local du Cercle à Belleville, pour les prières rituelles44.
11À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la situation de la mosquée de Paris est ambiguë. C’est une institution coloniale par définition, mais aussi un lieu qui a acquis une force symbolique incontestable, dont la légitimité est admise par le plus grand nombre, aussi bien dans le public français qu’au sein de la communauté musulmane. Cela tient sans doute à l’habileté de la gestion de Kaddour ben Ghabrit, et à la magnificence du complexe architectural, qui reflète une image de richesse et de beauté, peut-être superficielle, mais puissante. Après avoir traversé la guerre en ménageant les différents partis45, Kaddour ben Ghabrit restera en fonction jusqu’à sa mort en 1954, relayé par son neveu Ahmed ben Ghabrit. En mai 1957, alors que la Tunisie et le Maroc ont accédé à l’indépendance et que la guerre fait rage en Algérie, l’importance politique de l’institution du point de vue des affaires intérieures françaises conduit le gouvernement français à nommer à sa tête un agrégé d’arabe et député socialiste du Sahara algérien, Hamza Boubakeur. Une nouvelle période s’ouvre, marquée par la décolonisation et l’affirmation d’un islam de France.
Notes de bas de page
1Inaugurée en juillet 1915, cette mosquée dont le style éclectique combine des références ottomanes, andalouses et indiennes, sera détruite en 1930. Gerhard Höpp, « Die Wünsdorfer Moschee. Eine Episode islamischen Lebens in Deutschland, 1915-1930 », Die Welt des Islams, 36, 1996, p. 204-218 ; Martin Gussone, « Die Moschee im Wünsdorfer “Halbmondlager” zwischen Gihad-Propaganda und Orientalismus », dans Markus Ritter, Lorenz Korn (éd.), Beiträge zur Islamischen Kunst und Archäologie, Reichert, Wiesbaden, 2010, p. 204-231.
2Luc Chantre, « Une menace venue d’Orient. Un siècle de pèlerinages à La Mecque dans l’Algérie coloniale (1840-1940) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 63, 2016, p. 84-109, § 14-15.
3Déclaration de l’association à la Préfecture de police de Paris, 20 octobre 1916, citée par Alain Boyer, L’Institut musulman de la mosquée de Paris, Paris, La Documentation française, 1992, p. 21.
4Journal officiel de la République française. Débats parlementaires. Chambre des députés : compte rendu in extenso, 1re séance du 30 juin 1920, p. 2577.
5Rapport publié dans le Journal officiel de la République française. Documents parlementaires. Chambre des députés, annexes aux procès-verbaux des séances, p. 1900, annexe no 1178 et reproduit dans A. Boyer, L’Institut, op. cit., annexe 1, p. 85-87.
6Loi du 19 août 1920 (Journal officiel de la République française. Lois et décrets, 21 août 1920).
7L’expression est utilisée par Herriot dans son rapport.
8Procès-verbal de la séance du 15 novembre 1920, Délégations financières algériennes, Alger, Imprimerie officielle, 1920, p. 207-209.
9Antony Goissaud, « L’Institut musulman et la mosquée de Paris », La construction moderne, revue hebdomadaire d’architecture, 40, 1924, no 5 p. 50-55 et n° 6, p. 51.
10Dalil Boubakeur, La Grande Mosquée de Paris. Un message et une histoire, Paris, Kero, 2014, p. 19. En Algérie, le décret d’application de la loi de 1905 daté de septembre 1907 permet de maintenir un clergé musulman, en énonçant dans son article 11 que le gouverneur général de l’Algérie pourra « dans un intérêt public et national, accorder des indemnités temporaires de fonction aux ministres désignés par lui et qui exercent le culte public en se conformant aux prescriptions réglementaires ». Raberh Achi, « L’Algérie coloniale ou la confrontation inaugurale de la laïcité avec l’islam », dans Abderrahmane Bouchène, Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari Tengour, Sylvie Thénault (éd.), Histoire de l’Algérie à la période coloniale. 1830-1962, Paris, La Découverte, 2014, p. 206-212.
11L’ensemble des sommes collectées est estimé à la fin de 1926 à près de 9 millions de francs, dont seulement 0,8 million proviennent de subventions publiques ou des institutions étatiques de l’empire colonial français. Pascal Le Pautremat, La politique musulmane de la France au xxe siècle. De l’Hexagone aux terres d’Islam, espoirs, réussites, échecs, Paris, Maisonneuve & Larose, 2003, p. 340.
12A. Goissaud, « L’Institut musulman », art. cité, p. 52.
13On en connaît, via des photographies de presse de l’agence Rol conservées dans le fonds de la BnF, un plan et une vue perspective datée, accessibles sur Gallica (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b53062505w/f1.highres et https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530624957/f1.highres).
14Le plan de 1923 a été publié sous forme de planche en annexe de l’article d’Antony Goissaud dans La construction moderne, 1924, celui de 1925 en illustration de l’article signé A. Merlin [Alfred Merlin], « La Mosquée de Paris », L’Architecture. Journal hebdomadaire de la Société centrale des architectes français, vol. 38, no 20, 1925, p. 354.
15Lyautey, résident général au Maroc, à Poincaré, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, 24 mai 1922, Archives diplomatiques, série Afrique 1918-1940, sous-série Affaires musulmanes, vol. 11, Mosquée de Paris, fol. 242-244, cité par P. Le Pautremat, La politique musulmane, op. cit., p. 238.
16Sur le plan de 1923 (voir note 14), le jardin d’entrée reliait une entrée pour les piétons, rue Geoffroy Saint-Hilaire et une entrée pour les véhicules, en face de la place du Puits de l’Hermite. En 1925, seule cette dernière est marquée, confirmant l’insularité du lieu, et la rampe d’accès automobile abandonnée, sans doute pour respecter l’apparence ancienne du décor.
17L’importance du Maroc dans la genèse et les débuts de l’Institut musulman a été rappelée par Jillali el Adnani (Mosquée de Paris. Œuvre marocaine et patrimoine mondial, Rabat, La Croisée des chemins, 2016) par opposition à une historiographie interne à l’institution, tentée d’étendre au passé la prééminence algérienne. La mosquée de Paris et son histoire constituent en effet aujourd’hui encore un enjeu symbolique et matériel fort dans les relations entre les États algérien et marocain, et celles qu’ils entretiennent avec l’État français et les musulmans de France.
18A. Goissaud, « L’Institut », art. cité, p. 53 et 68.
19Alfred Merlin parle d’une « silhouette trapue propre aux édifices du rite malékite », différente de celle des minarets des mosquées de rite hanéfite, « plus minces » (« La Mosquée de Paris », art. cité, p. 356).
20A. Boyer, L’Institut, op. cit., p. 28. Il a été photographié par l’agence Rol (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b531772643?rk=1287560;0).
21Georges Leygues, ministre de la Marine, l’évoque le 12 août 1926, dans le discours qu’il prononce à l’occasion de l’inauguration de la salle de conférences de l’Institut musulman, en présence du bey Mohammed el-Habib (JORF, 22 août 1926, p. 9570).
23A. Goissaud, « L’Institut », art. cité, p. 67-68.
24Ibid., p. 52. Paul Valroff continuera à faire équipe avec Ben Ghabrit après 1926.
25A. Merlin, « La Mosquée de Paris », art. cité, p. 360.
26En 1925, il est prévu que l’accès au hammam soit réservé aux musulmans certains jours (dont le vendredi) et qu’il soit ouvert à tous quatre jours par semaine (ibid., p. 363).
27A. Goissaud, « L’Institut », art. cité, p. 53.
28A. Merlin, « La Mosquée de Paris », art. cité, p. 363.
29A. Goissaud, « L’Institut », art. cité, p. 53.
30A. Merlin, « La Mosquée de Paris », art. cité, p. 67.
31En témoignent les cartes postales éditées en couleur sous la marque Yvon.
32Lyautey au président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, 24 mai 1922, Archives diplomatiques, série Afrique 1918-1940, sous-série Affaires musulmanes, vol. 11, Mosquée de Paris, f. 242-244, cité par P. Le Pautremat, La politique musulmane, op. cit., p. 238.
33C’est ce dont témoigne un reportage d’A. Robert Labbé. « La Mosquée de Paris », Le mutilé de l’Algérie, 5 janvier 1930, p. 97.
34On peut citer le mariage en mai 1940 du journaliste Mohamed el Aziz Kessous avec une Française qui s’est convertie à l’islam (« Mariage franco-musulman à la mosquée de Paris », L’Écho d’Alger, 6 mai 1940) ou en décembre 1929 les obsèques du peintre Étienne Dinet.
35A. Robert Labbé, « La mosquée », art. cité, p. 96.
36Organisation des services du département de la Seine et de la municipalité de Paris, mai 1930, p. 19 ; Jalila Sbaï, La politique musulmane de la France. Un projet chrétien pour l’islam ? 1911-1954, Paris, CNRS Éditions, 2018, p. 93. Sur l’activité policière du SAINA, voir Emmanuel Blanchard, La police parisienne et les Algériens (1944-1962), Paris, Nouveau Monde éditions, 2011 (« Le Service des affaires nord-africaines [SAINA] : d’une genèse contestée à une dissolution imposée [1925-1945] », p. 52-70).
37ANOM, GGA, 9H 35, note des renseignements généraux, 3 janvier 1936.
38El Djazaïri, « Question coloniale et religion », L’Humanité, 2 février 1924.
39« Un minaret dans Paris. Par le chantage et la menace, les “caïds” drainent l’argent », L’Humanité, 3 novembre 1925.
40« Le Meeting de protestation des travailleurs indigènes », L’Humanité, 15 juillet 1926.
41ANOM, GGA 9H 35, note des renseignements généraux, 24 février 1937.
42Ibid., 4 octobre 1937.
43Ibid., 11 avril 1938.
44Ibid., 6 décembre 1937. Le local est situé 7 bis cité Bisson.
45Ahmed ben Ghabrit travaille en collaboration étroite avec Joseph Rageot, chargé en 1940 de suivre les affaires de la mosquée au ministère des Affaires étrangères, et avec Rober-Raynaud. Suspecté de reconnaître trop facilement les conversions de juifs maghrébins à l’islam, il répond aux questions du Commissariat général aux questions juives et reçoit les dirigeants allemands venus visiter la mosquée en avril 1941. L’aide discrète qu’il apporte à des résistants lui vaut de se voir décerner en 1947 la médaille de la Résistance française avec rosette. Jean Laloum, « Cinéma et histoire. La mosquée de Paris et les Juifs sous l’Occupation », Archives juives, 45, 2012, p. 116-128, n. 4.
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