Chapitre 1. Éléments biographiques
p. 29-54
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I. Les dates et lieux de naissance
Les années de naissance
1Les dates de naissance de 113 militaires ont été identifiées, soit 60 % du corpus étudié. Ils sont nés entre 1911 et 1953. Khelifa Aït Hamlat1 dont l’année de naissance, 1911, est approximative puisque calculée à partir de sa nécrologie2, fait figure d’exception, il est le seul individu du corpus né avant 1920. La moitié des individus sont nés entre 1932 et 1942. L’année de naissance moyenne, qui est la même que la médiane – valeur qui partage un effectif en deux parts égales – est 1936, quant à l’année modale, c’est-à-dire l’année de naissance la plus fréquente, il s’agit de 1934. On observe une distribution assez symétrique. Cette moyenne est le reflet assez fidèle de la démographie algérienne de l’époque : en 1954, les moins de 20 ans représentent plus de 52 % de la population dite « indigène3 ».
2Deux populations se dégagent (voir graphique). Une première née entre 1920 et 1941 et une seconde entre 1942 et 1953. La première population peut être partagée en deux sous-groupes situés de part et d’autre de l’année moyenne, 1933 (tandis que la médiane est 1934). Le premier sous-groupe s’étend de 1920 à 1933, le second couvre le reste de la période (1934-1942). Globalement on trouve les premiers maquisards au sein du premier ainsi que des anciens militaires de l’armée française de « première génération4 ». Au sein du second sous-groupe, figurent les jeunes formés à l’étranger durant la guerre et les anciens de l’armée française de « seconde génération ». La deuxième population constitue un groupe à part entière (1942-1953), plus jeune, et concerne les militaires ayant intégré l’ANP après l’indépendance.
Répartition des individus par année de naissance

3Ces caractéristiques de la répartition des années de naissance des individus laissent clairement apparaître trois groupes au sein de l’ANP, assez régulièrement répartis sur trois décennies. Ces éléments invitent à examiner les particularités de ces groupes à la fois dans leur composition et dans leurs spécificités.
4Concernant les individus nés après 1942 et qui n’ont donc pas, ou très peu, participé à la guerre5, le biais des sources renseignant les informations liées à leur état-civil est très important. Les dates de naissance de 27 des 31 individus nés à partir de 1943 sont connues grâce aux archives de l’armée française. Il s’agit de militaires ayant suivi une formation en France à la fin des années 1960, ce qui entraîne une sous-représentation des individus n’y ayant pas été formés. Des documents retraçant leur état-civil, mais aussi leur formation scolaire, se trouvent dans ces dossiers et permettent d’établir des fiches biographiques assez précises. Les sources renseignant les individus plus âgés sont plus variées bien que, là encore, les archives françaises, essentiellement celles du Service historique de la défense (SHD), soient très représentées. Cependant, la presse, le mensuel de l’armée El Djeich, et les mémoires de militaires compensent en partie cette surreprésentation des sources françaises qui a pour effet que les individus les mieux renseignés sont passés par une école militaire française.
5Ces données aboutissent à un premier constat : c’est par des hommes plutôt jeunes que l’ANP est édifiée après l’indépendance, les plus âgés ayant à peine la quarantaine.
6On peut émettre plusieurs hypothèses quant à cette situation.
7La sortie de guerre est toujours complexe, « la guerre n’est pas une simple parenthèse mais une césure forte dans la vie des sociétés6 ». Cela est d’autant plus vrai en Algérie où l’on passe d’une société coloniale à un État indépendant. Plus qu’une césure, la guerre d’indépendance algérienne est un véritable bouleversement. Au cours de ces sept ans et demi de conflit, on peut présumer que les hommes engagés dans l’ALN se forgent progressivement une identité combattante forte, identité probablement d’autant plus prégnante que nombre d’entre eux sortent à peine de l’adolescence. Aussi, plutôt que de (re)construire une nouvelle identité civile au sein de la jeune société algérienne nouvellement indépendante dans laquelle ils appréhendent peut-être de trouver leur place7, on peut supposer que ces hommes préfèrent réinvestir les compétences acquises dans les maquis ou aux frontières dans la nouvelle armée nationale qui a par ailleurs grand besoin d’eux. Toutefois, l’intégration à l’ANP comme un choix positif doit être nuancée. Pour certains, notamment les « perdants » de la crise de l’été 1962, l’intégration à l’armée est plus un choix par défaut. Un ancien combattant de la wilaya IV, Mohamed Téguia, écrit que les seuls – au sein de sa wilaya – qui restent dans l’armée à la fin de la guerre sont « ceux qui n’entrevoyaient aucun autre débouché dans l’existence8 ». Enfin, même si l’intégration à l’ANP est le plus souvent un choix, il apparaît que des jeunes recrues, formées militairement pendant la guerre, ont été largement incitées à rester dans les rangs de l’armée alors qu’elles envisageaient un retour à la vie civile.
8En ce qui concerne les combattants les plus âgés qui, eux, avaient une vie et une place au sein de la société, voire les combattants jeunes qui avaient déjà trouvé leur « voie » avant le 1er novembre 1954, il est possible que ces hommes soient retournés à leurs occupations antérieures9, laissant la place à la jeune génération constituée durant la guerre. En effet, si l’on considère l’âge moyen des individus étudiés au déclenchement de la guerre, il est d’à peine 18 ans et donc de 26 au moment du cessez-le-feu. Leur passage à l’âge adulte se fait donc dans un environnement guerrier, dans les maquis, aux frontières ou en formation. C’est là qu’ils font leur apprentissage. Il n’est pas étonnant qu’une fois l’indépendance acquise, ils s’orientent vers une carrière militaire à laquelle les années passées les ont conduits et qu’ils y réinvestissent le capital militaire acquis au cours de la guerre. Ce capital est d’autant plus important qu’en 1962 tout est à construire. Après presque huit ans d’une guerre qui a entraîné le déplacement de plus de deux millions d’Algériennes et d’Algériens, soit près d’un quart de la population, le pays est exsangue. L’ALN, bien que parcourue par de nombreuses fractures, est la seule institution solide. L’État reste largement à construire et le départ précipité de centaines de milliers d’Européens entraîne une désorganisation de l’administration et des services, de sorte que seule l’armée, qui s’est construite aux marges du pays, présente une structure plus ou moins organisée et unifiée. Rapidement rebaptisée ANP, elle forme alors la colonne vertébrale de l’État naissant. Même si la victoire est davantage politique, et plus précisément diplomatique, que militaire, comme le montrent les travaux de Matthew Connely10, puisqu’il n’y a jamais eu de « Dien Bien Phu algérien », l’ALN retire un immense prestige de ses huit ans de combat inégal face à l’une des plus grandes puissances militaires du monde. Ce prestige se trouve rapidement réinvesti dans l’ANP, héritière directe de l’ALN.
9Si l’âge moyen des militaires étudiés est de 26 ans à l’indépendance, il est de 56 en 1992. Aussi la majorité d’entre eux a passé l’essentiel de sa vie active au sein de l’armée qu’ils ont construite et progressivement modernisée. Ces éléments montrent en quoi le processus de construction de l’armée est inextricablement lié aux carrières des officiers algériens.
A. Des origines géographiques conformes à la répartition de la population ?
a) Les lieux de naissance des officiers algériens
10Le lieu de naissance de 121 militaires a été retrouvé11, soit 64 % de l’effectif. L’examen des lieux de naissance de ces hommes permet de voir si au niveau des officiers supérieurs de l’ANP, on constate une surreprésentation de certaines régions de l’Algérie. Bien que cet échantillon ne soit pas représentatif de l’ANP dans son ensemble, il permet néanmoins d’interroger l’idée selon laquelle l’organisation de l’armée algérienne répondrait à des critères géographiques particuliers.
11Pour être analysées et traitées, ces données ont été regroupées. Afin de comparer les lieux de naissance des militaires avec les données de la population générale « indigène » de l’Algérie, les lieux de naissance ont été regroupés d’après le découpage territorial colonial de 1936, selon les départements et arrondissements. Les données récoltées peuvent alors être comparées avec les statistiques de la population du recensement de la même année. La médiane de l’effectif se situant en 1936, la confrontation des données avec celles du recensement de cette même année rend la comparaison cohérente.
Répartition des lieux de naissance des militaires en l’Algérie et à l’étranger
Département de naissance | Nombre d’individus | Pourcentage d’individus par lieu de naissance |
Alger | 19 | 15,7 % |
Oran | 20 | 16,5 % |
Constantine | 72 | 59,5 % |
Sud12 | 3 | 2,5 % |
Nés à l’étranger13 | 7 | 5,8 % |
Répartition de la population « indigène » d’après le recensement de 193614
Département | Population « indigène » | Pourcentage de la population par département |
Alger | 1 875 407 | 30 % |
Oran | 1 223 682 | 19,6 % |
Constantine | 2 514 647 | 40,3 % |
Territoires du Sud | 633 696 | 10,1 % |
Population totale | 6 247 432 | 100 % |
12Le département d’Alger est très largement sous-représenté, tout comme les territoires du Sud et, dans une moindre mesure, le département d’Oran. A contrario, les trois cinquièmes des militaires sont nés dans le département de Constantine qui concentre 40 % de la population « indigène » en 1936.
13Plusieurs facteurs peuvent expliquer ces disproportions. En premier lieu l’histoire, et plus précisément l’implantation du mouvement national Algérien. C’est en effet dans l’est du pays que le Parti du peuple algérien (PPA) s’implante et se développe le plus, ainsi « le Parti est présent et agissant dans les zones rurales de Kabylie, de l’Algérois et du Nord-Constantinois15 ». Bien que présent à l’ouest, le PPA y est moins organisé. Le mouvement nationaliste algérien s’implante donc dès le départ dans l’est à partir d’où est principalement déclenchée la guerre en novembre 1954. Au début de l’insurrection, les forces de l’ALN se concentrent essentiellement dans les Aurès et la Kabylie qui, par conséquent, regroupent le plus de combattants. Finalement, « la composition régionale du F.L.N. est déséquilibrée, mais reflète d’une manière fidèle l’histoire du mouvement nationaliste. On constate une prépondérance très nette dans les organismes centraux des cadres de l’Est algérien et de la Kabylie16 ». L’ANP étant l’héritière de l’ALN, il est logique que sa composition reflète celle de l’ALN.
14La légère sous-représentation de l’Oranie peut s’expliquer en partie par l’influence historiquement importante du messalisme dans cette région, influence qui aurait limité du même coup celle du FLN17. Une autre explication de la sous-représentation des officiers nés dans l’ouest au sein de l’ANP m’a été donnée par un ancien officier de la marine18, sans que je n’aie, pour l’instant, pu trouver d’éléments pouvant corroborer ses dires. Cependant, cette explication paraissant largement plausible, elle mérite d’être exposée. L’origine de cette disproportion résiderait dans le processus de démobilisation de l’armée mis en place au lendemain de la guerre. Il indique que les combattants de l’armée des frontières ouest auraient largement demandé à être démobilisés en 1962 ce qui n’était pas le cas des combattants de l’est. Il appuie son développement par des arguments liés aux disparités socio-économiques entre ces deux régions. D’après lui, les combattants de l’ouest avaient reçu une meilleure instruction et disposaient de meilleures ressources en vue de leur intégration sociale, tandis que ceux de l’est venaient de milieux plus modestes et voyaient dans leur intégration à l’armée indépendante une opportunité de carrière et d’obtenir un statut social qu’ils n’auraient pu atteindre autrement.
15Ces éléments ne permettent pas de comprendre la sous-représentation majeure de l’Algérois. On peut néanmoins émettre une hypothèse qui l’éclaire en partie. À la fin de la guerre, lors de la crise de l’été 1962, les wilayas III et IV, à savoir la Kabylie et l’Algérois, s’opposent plus ou moins frontalement à l’armée des frontières. Ces deux zones ne recouvrent pas exactement le département français d’Alger puisqu’une partie de la wilaya III se trouve dans le département de Constantine. Cependant, on peut supposer que les combattants de ces wilayas, s’étant opposés à l’armée des frontières qui devient ensuite le noyau de l’ANP, n’ont pas été intégrés à la nouvelle armée ou seulement de façon marginale, ce qui expliquerait pourquoi très peu d’officiers de l’ANP viennent du département d’Alger eu égard à son poids démographique.
16La surreprésentation du Constantinois doit être nuancée par une analyse diachronique. En effet, en reprenant les trois classes d’âge établies précédemment, on constate au cours du temps une nette diminution de la proportion de militaires issus de cette région.
Répartition des lieux de naissances par classe d’âge
Alger | Constantine | Oran | Sud | Total | |
1920-1933 | 3 (soit 9,1 %) | 24 (soit 72,7 %) | 4 (soit 12,1 %) | 2 (soit 6,1 %) | 33 |
1934-1942 | 9 (soit 19,2 %) | 27 (soit 57,4 %) | 10 (soit 21,3 %) | 1 (soit 2,1 %) | 47 |
1943-1953 | 7 (soit 29,2 %) | 12 (soit 50 %) | 5 (soit 20,8 %) | 0 | 24 |
17Ces données paraissent valider l’explication de la surreprésentation de l’est par le facteur historique dans la mesure où les maquisards appartiennent à la première classe d’âge. Sur une plus longue durée, les origines géographiques des militaires s’équilibrent au sein de la dernière classe d’âge. Les militaires nés dans le département de Constantine ne représentent plus que 50 % de la classe.
18La répartition des lieux de naissance des officiers de l’ANP montre que ces derniers viennent plutôt de villes moyennes ou de villages. Très peu sont nés dans les grandes villes algériennes, par exemple aucun des officiers étudiés ne vient d’Oran, du moins d’après les sources consultées. Cela confirme que c’est pour l’essentiel dans la paysannerie que l’ALN recrute ses combattants, comme en témoigne Abderrezak Bouhara. À la tête d’un bataillon à la frontière tunisienne à la fin de la guerre, il écrit au sujet des hommes sous ses ordres : « la proportion de citadins djounouds était infime : Ils représentaient moins de 5 % des effectifs19 ». Toutefois, on ne peut transposer directement ce constat aux officiers de l’ANP dans la mesure où ceux qui ont occupé des postes haut placés dans la hiérarchie militaire après 1962 n’étaient pas de simples djounoud quelques années avant l’indépendance mais occupaient déjà des postes importants. Néanmoins, cela atteste que, dans une certaine mesure, ce sont des campagnes que sont issus pour une bonne part les officiers de l’ANP, ce qui n’a finalement rien d’étonnant puisqu’en 1950 la population « indigène » est rurale à plus de 75 %20.
19L’Est est surreprésenté au sein des officiers algériens mais plusieurs éléments tant historiques que démographiques éclairent ce phénomène ; cependant existe-t-il dans cette région une zone de recrutement privilégié ?
b) Le « BTS » : mythe ou réalité ?
20BTS : Batna. Tébessa. Souk-Ahras. Un triangle formé par trois villes d’où proviendrait l’essentiel des officiers de l’ANP. Un vivier de recrutement. Cette expression est tellement récurrente tant chez les journalistes que chez les chercheurs et parfois même chez certains militaires21 qu’il m’a semblé nécessaire de la mettre à l’épreuve des faits. Pour en illustrer l’usage, prenons quelques exemples de citations dans la presse :
Liamine Zeroual, à l’instar de tous les chefs de l’État Ahmed Ben Bella excepté et de l’écrasante majorité des dirigeants de ce pays, est originaire de l’Est, précisément du « BTS », le fameux triangle Batna-Tebessa-Souk Ahras22.
Source du pouvoir depuis le putsch de 1965, le sommet de la hiérarchie militaire elle-même a été longtemps le monopole quasi exclusif d’officiers originaires, en particulier, du triangle « BTS », Batna-Tébessa-Souk Ahras23.
21Ou encore dans la recherche :
Avec l’ascension du général Mohamed Lamari – né à Alger – et le départ des généraux Khaled Nezzar, Liamine Zeroual, Abdelmalek Guenaïzia et Abbas Gheziel, le pouvoir militaire s’est éloigné des Aurès, du triangle Batna-Tébessa-Souk Ahras (le fameux BTS), pour se rapprocher du centre24.
La plupart des véritables décideurs politiques algériens sont originaires du triangle géographique situé dans l’Est du pays, Biskra-Tebessa-Skikda (BTS), où les villes de Khenchela et Batna sont surreprésentées25.
Tébessa est l’angle droit du fameux triangle « BTS » (Batna-Tébessa-Souk Ahras) dans lequel se recrutait une bonne partie de l’élite dirigeante des années 1980 et 199026.
22Certains militaires algériens eux-mêmes évoquent ce triangle :
Les premiers clans ont commencé à se constituer autour de ces alliances familiales. […] ils se regroupaient en lobbies régionaux, Kabyles, Chaouias BTS (Batna-Tebessa-Souk Ahras), TNT (Tiaret-Nedroma-Tlemcen)27.
Commandée des années durant par le « clan BTS », l’ANP a longtemps fonctionné selon des critères régionalistes voire tribaux. Le sigle BTS désigne la région du triangle Batna-Tebessa-Souk-Ahras, trois villes de l’Est du pays d’où sont originaires de nombreux militaires de hauts rangs28.
23Par trois fois l’adjectif « fameux » est employé pour qualifier ce triangle. Pourquoi ce triangle est-il donc si « fameux » ? Il est difficile de trouver l’origine de cette expression pourtant très usitée. Après en avoir discuté avec plusieurs spécialistes de l’Algérie contemporaine, l’explication la plus récurrente est la suivante : c’est une expression d’origine populaire, née dans les années 1970-1980, désignant le « pouvoir réel ». Examinons-la.
24La première occurrence de cette expression identifiée date de 1991. Elle se trouve dans l’ouvrage coécrit par Louis Blin, Nourredine Abdi et Benjamin Stora : Algérie, 200 hommes de pouvoir29. Il y est écrit : « Le facteur régionaliste ne se limite pas aux kabyles ou aux mozabites. Pour faire partie de l’élite politique ou surtout militaire algérienne, une règle est rarement enfreinte : être originaire de l’Est du pays, le fameux “triangle TBS” (Tébessa Batna Skikda) ». Remarquons d’abord que l’un des sommets du triangle n’est pas le même que dans l’expression la plus usitée par la suite puisque le « S » désigne ici la ville côtière de Skikda. On retrouve la ville de Skikda sommet du triangle quelques années plus tard chez Benjamin Stora (voir la quatrième citation), mais cette fois le « B » ne désigne plus Batna mais Biskra. Si la ville de Tébessa est une constante, les deux autres sommets varient.
25On peut d’ailleurs suivre, dans certains cas, le parcours de cette expression. Ainsi, deux journalistes qui ont vraisemblablement lu Benjamin Stora mais également d’autres articles ou ouvrages mentionnant le « BTS », ne sachant par quels sommets nommer leur triangle, écrivent : « La plupart des véritables “décideurs” sont en effet originaires du “BTS”, le fameux triangle géographique Biskra (ou Batna)-Tébessa-Skikda (ou Souk-Ahras), situé à l’Est du pays et où se trouvent les villes de Batna et de Khenchela30 ». On le voit clairement sur la carte31, les triangles formés sont largement différents, les villes de Skikda et Souk-Ahras étant distantes de plus de 100 kilomètres et celles de Batna et Biskra de presque 90.
26Un autre élément remarquable dans ces citations est que le « BTS » désigne tantôt l’élite politique algérienne, tantôt le sommet de la hiérarchie militaire et parfois les deux. En ce qui concerne l’élite politique, qui n’est pas l’objet de cette recherche, on note que parmi les 11 premiers ministres qui se sont succédé de 1979 à 2000, seuls deux32 proviennent de ce triangle. De même, parmi les 46 hommes qui ont occupé un poste de ministre régalien33 à cette période, seuls sept sont originaires de cette zone. Enfin, sur les trois présidents du FLN de 1980 à 2000, un seul vient de Souk-Ahras, les deux autres étant originaires de Cherchell et Constantine. On est donc loin de la surreprésentation décrite par de nombreux auteurs au niveau de l’élite politique algérienne de la fin du xxe siècle. Au sujet de l’élite militaire, on peut objecter que Chadli Bendjedid est originaire de l’extrême est de l’Algérie – dans l’actuelle wilaya d’El Tarf – qui n’est donc pas située au sein du « BTS » quelles que soient les villes choisies pour sommets du triangle ; quant à son bras droit, Larbi Belkheir, qui fut secrétaire général de la Présidence puis directeur de cabinet du président dans les années 1980, il vient de l’Oranie, plus précisément de Frenda. Pour ce qui est de ses trois chefs d’État-major successifs, seul un, Abdallah Belhouchet, est né dans une ville située à l’intérieur du BTS.
27L’examen précis des lieux de naissances des militaires appartenant au corpus permet de voir si le « BTS » recouvre une certaine réalité au niveau des officiers de l’armée. Sept d’entre eux (sur 121) sont nés à Batna, un ou deux (les sources divergent quant au lieu de naissance d’un militaire) à Tébessa et trois à Souk-Ahras, ce qui représente, sur l’effectif maximum, moins de 5 % de l’effectif total et 7.5 % des lieux de naissance connus. Ces villes font partie des dix plus importantes du département de Constantine en 193634, qui lui-même regroupe près de 45 % de la population des trois départements du nord de l’Algérie à la même période.
28Deux cent trente-neuf mille « indigènes », pour reprendre les termes de l’époque, vivent dans l’une des 11 communes de plein exercice situées dans le département de Constantine. Soixante-huit individus sont nés dans ce même département. Statistiquement, la seule commune réellement surreprésentée est celle de La Calle (El Kala) puisqu’elle ne regroupe que 1 % de la population totale des communes tandis que presque 6 % des individus issus du Constantinois y sont nés. On remarque, il est vrai, une légère surreprésentation de Batna (7 % des individus pour 4 % de l’effectif total des communes), mais cet écart n’est pas suffisamment important pour être significatif. A contrario, on observe une sous-représentation des grandes villes telles que Constantine (moins de 6 % de l’effectif quand la ville représente presque un quart de la population des communes), Annaba ou Bône pour reprendre la toponymie de l’époque (5 % des individus contre 15 %) ou bien encore Skikda / Philippeville et Béjaïa / Bougie, puisque seuls trois individus y sont nés, alors que ces deux communes représentent quasiment un quart de la population communale du département.
29Cette analyse plus approfondie des origines des militaires dans le département de Constantine confirme que les officiers algériens viennent plutôt de villes moyennes ou de la campagne que des grandes agglomérations, mais ne corrobore pas l’idée selon laquelle la majorité des officiers de l’ANP viendrait de la zone comprise entre les villes de Batna, Tébessa et Souk-Ahras.
30On ne peut nier qu’une part prépondérante des officiers de l’ANP est née dans l’Est algérien, c’est un fait. Néanmoins, dire qu’ils viennent du « BTS » est un raccourci un peu trop simpliste qui permet certes de proposer une grille de lecture attractive car très schématique, d’autant plus que ce sigle sonne bien et se retient facilement, mais qui s’avère être, une fois passée l’épreuve des faits, beaucoup trop réducteur. L’étude minutieuse des origines géographiques des officiers de l’ANP montre en effet que le postulat d’une élite militaire venant majoritairement du triangle « BTS » est finalement une idée fausse puisque cette expression couramment usitée ne recouvre pas de réalité et présente, de par sa polysémie, de nombreuses incohérences. Aussi, l’expression « groupe de l’Est », employée par exemple par Hubert Michel dans l’Annuaire de l’Afrique du Nord de 198435, apparaît éventuellement plus pertinente. Mais il faudrait encore démontrer en quoi il existe un « groupe » venant de cette région, cette expression impliquant implicitement qu’il existe à la fois une certaine cohésion entre ses membres et une étanchéité, au moins relative, à des individus qui viendraient de l’extérieur. Moins réductrice, cette expression est malgré tout sujette à caution puisqu’elle ne semble pas se vérifier complètement au vu de l’entourage de Chadli Bendjedid dont le bras droit vient de l’ouest, de même que les inamovibles commandants de la gendarmerie et de la SM sous Boumediene, respectivement Ahmed Benchérif (qui quitte son poste en 1977) qui est originaire de Djelfa sur les hauts plateaux, et Kasdi Merbah qui, bien que né dans la région de Tizi-Ouzou36, a grandi au Maroc à partir d’où il a intégré l’ALN, en wilaya V.
31Une autre définition de ce sigle, complètement différente puisque n’ayant aucun rapport avec la géographie de l’Algérie, m’a été donnée par un ancien diplomate37. Celui-ci m’a raconté qu’un jour qu’il employait cette expression au cours d’une conversation avec un militaire, ce dernier l’avait corrigé : « détrompe toi, tu es dans l’erreur, “BTS” ce n’est pas régional, ce sont trois grosses têtes » et lui avait expliqué que ces trois lettres ne faisaient pas référence à un triangle formé par trois villes de l’est algérien mais aux initiales des militaires les plus importants de l’ANP à la fin des années 1980.
32Il s’agirait de l’initiale de Mohamed Betchine, colonel bientôt promu général, qui prend la tête de la Direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA) fin 1987 avant de prendre celle de la Délégation générale à la prévention et à la sécurité (DGPS) de 1988 à 1990, et de celle du futur général de corps d’armée Mohamed Mediène, dit Toufik, qui lui succède à la tête de la DCSA avant que ces deux entités soient de nouveau fusionnées sous l’appellation de Département du renseignement et de la sécurité (DRS) dont il prend la direction en 1990. Le « S » correspondrait à l’initiale du prénom du général-major Smaïn Lamari, directeur de la Direction du contre-espionnage (DCE, service du DRS), et en tant que tel numéro deux du DRS. Dans cette perspective, « BTS » signifierait Betchine. Toufik. Smaïn. Notons que le « B » pourrait également renvoyer à Larbi Belkheir, bras droit du président Chadli Bendjedid et directeur de son cabinet au tournant des années 1990, dont l’influence au sein de l’État était telle qu’il a parfois été qualifié de « faiseur de rois38 ».
33Abdelkader, ancien officier de l’ANP, conteste cette analyse39. Il a entendu cette expression avant que les trois hommes précités n’accèdent aux postes de direction des services de renseignement algériens à la fin des années 1980. D’après lui, cette interprétation de ce sigle « est une traduction que l’on peut très bien comprendre, et éventuellement envisager mais l’origine même de la notion de “BTS”, telle que je l’ai connue dans l’armée, c’était vraiment géographique ».
34Cette (ré)interprétation contestable de ce sigle est toutefois intéressante. Elle révèle en creux l’obession des Algériens à identifier et localiser ceux qui exercent le pouvoir dans le pays ce qui amène, dans le cas présent, à des adaptations a posteriori de ce sigle.
35Les sources ne permettent pas de trancher définitivement la question du sens. Toutefois, il est fort probable que le « BTS » désignait au départ une zone géographique avant de voir son sens dériver, expliquant du même coup sa polysémie. Quoi qu’il en soit, dans son acception géographique, cette expression ne recouvre pas de réalité bien qu’elle soit largement usitée.
36L’étude des lieux de naissances des officiers algériens en comparaison de la démographie, et associée aux éléments historiques liés au développement du mouvement nationaliste, explique la surreprésentation de l’Est algérien au sein de l’ANP. Il n’est donc pas nécessaire de recourir à des sigles dont l’origine est obscure, la véracité plus que contestable, et qui laisseraient penser que l’origine géographique serait surdéterminante pour l’accès aux cercles supérieurs de l’armée. D’après ces premiers éléments, on ne peut établir de liens généraux pertinents entre les lieux de naissances des officiers algériens et leur intégration puis leurs positions dans l’ANP.
II. Origines familiales et formation scolaire
37Le biais des sources est ici patent. Les données sur les origines familiales des maquisards sont extrêmement fragmentaires tandis que celles concernant les anciens officiers de l’armée française sont très bien renseignées du fait de la consultation de leurs dossiers de carrière40. Au sujet des maquisards, les informations proviennent essentiellement des quelques mémoires qu’ils ont écrits et de leur nécrologie. Le premier point, qui leur est consacré, est donc très factuel et parfois quelque peu descriptif du fait de l’absence de sources sur cette question.
A. Les origines familiales des maquisards
38Sont considérés ici les militaires nés avant 194341 et n’ayant pas appartenu à l’armée française, soit 123 hommes. Des éléments relatifs à la famille ascendante de 20 d’entre eux ont pu être rassemblés, ce qui représente 16 % de l’effectif concerné.
39Mohamed Benmoussa, Tahar Zbiri, Salah Boubnider, Hocine Benmaalem et Houari Boumediene viennent de familles modestes, voire pauvres, travaillant dans le domaine agricole qui, en 1954, concentre plus de 87 % de la population active totale42. Le père de Houari Boumediene était métayer, celui de Mohamed Benmoussa et de Hocine Benmaalem agriculteur ; Salah Boubnider est également issu d’une famille paysanne. Le père de Tahar Zbiri enseignait le Coran et travaillait comme fellah43. Son frère, instruit, a travaillé dans les mines de la région d’Ouenza, dans l’Est algérien, puis est devenu secrétaire. Membre du PPA, son engagement est très vraisemblablement à l’origine des premiers contacts de son frère cadet avec la chose politique ; celui-ci se souvient : « Mon frère Belgacem était membre du Parti du peuple algérien […]. De temps à autre, je l’accompagnais au bureau du mouvement à Tébessa44 ».
40D’autres viennent de familles citadines modestes, à l’image de Smaïn Lamari dont le père était chauffeur de taxi45 ou encore Mohamed Amir issu d’une famille de commerçants46 de l’ouest algérien.
41Quatre militaires viennent de familles aisées. Medjedoub Lakehal Ayat, directeur de la SM au début du mandat de Chadli, est issu d’une famille de gros propriétaires fonciers qui possèdent des milliers d’hectares de terres dans la région d’Oued Zenati47, dans l’est algérien. Chadli Bendjedid a pour sa part un oncle qui était khodja et un cousin maternel caïd. Plus généralement sa famille a « acquis de vastes terres cultivables48 » à Sebaâ, dans l’est algérien également. Au sujet de sa famille, Chadli écrit : « nous sommes, donc, une famille de nobles, dans le sens que confèrent à ce mot les Algériens49 ». Il a un frère, Malek, qui a également intégré l’ANP. M’Hamed Bencherchali, l’un des premiers aviateurs de l’ANP vient quant à lui d’une famille bourgeoise de Blida opérant dans l’industrie du tabac ; son frère aîné est mort au maquis en 195750. Rachid Aïssat qui fut attaché militaire dans plusieurs pays est le fils d’un notable de Boudjelil51 qui a été membre de l’association des Oulémas.
42Parmi les 11 officiers supérieurs dont les origines sociales viennent d’être décrites, quatre sont issus de familles aisées, deux de familles citadines qui, au vu de la situation générale des Algériens durant la colonisation, avaient très certainement un niveau de vie supérieur à la majorité de leurs compatriotes, et enfin cinq de familles modestes voire pauvres. Cette répartition, même lacunaire, montre que les origines sociales de ces officiers sont loin de refléter la situation socio-économique de la majeure partie des Algériens des années 1930-1940 qui sont pour beaucoup des journaliers52, et donc dans une situation extrêmement précaire.
43Je n’ai pu collecter que très peu d’informations au sujet des attaches politiques des familles de militaires. El Hachemi Hadjerès est le cousin de Sadek Hadjerès, militant engagé au PPA en 1944 avant de rejoindre le Parti communiste algérien (PCA) en 1951. Hocine Benmaalem indique dans ses mémoires que son père était abonné au journal de l’association des Oulémas et qu’il était « complètement engagé53 » dans le mouvement de libération. Celui de Chadli Bendjedid a adhéré, rapidement après sa création, à l’Union Démocratique du Manifeste Algérien (UDMA), le parti de Ferhat Abbas ; il en fut ensuite le candidat lors d’élections communales54. Il semble que les sympathies de Chadli Bendjedid, tout du moins rétrospectivement, allaient plutôt vers le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) puisqu’il raconte dans ses mémoires avoir participé à la collecte de cotisations au profit de celui-ci.
B. Les militaires issus de l’armée française, une carrière héritée ?
44Les militaires ayant appartenu à l’armée française sont couramment55 désignés par l’acronyme DAF, qui signifie « déserteur de l’armée française ». D’après Charles-Robert Ageron, l’emploi de ce terme serait contemporain des désertions de ces hommes56. Je n’emploierai pas ce terme. D’une part parce que les militaires ayant appartenu à l’armée française avant d’intégrer l’ANP ne sont pas tous des déserteurs ; certains, bien que minoritaires, l’ont quittée à la fin de leur contrat d’engagement, d’autres l’ont désertée, mais ne sont pas qualifiés de DAF. D’autre part, parce que pour beaucoup cette expression est devenue le synonyme de ce hizb frança, ou parti de la France, terme vague et polémique qui désigne un groupe d’hommes qui aurait accaparé ou accaparerait encore le pouvoir en Algérie.
45Trente-cinq des militaires étudiés ont servi sous le drapeau français. Seuls quatre d’entre eux ne sont absolument pas renseignés quant à leurs origines familiales. Vingt-huit dossiers de carrières d’officier ont été dépouillés et les informations y figurant sont assez disparates. Pour la moitié de ceux-ci, les informations sont relativement exhaustives. Les données recueillies concernent le métier du père et/ou d’un autre membre masculin de la famille, celles concernant la mère se limitant toujours à son patronyme, ce qui s’explique par le fait qu’« au recensement de 1954, seules 2 % des femmes de 15 à 69 ans travaillaient hors de l’espace domestique ou des exploitations agricoles familiales57 ». Implicitement, les femmes sont cantonnées à leur rôle domestique58. On questionnera ici l’influence des origines familiales des militaires sur leur carrière afin de comprendre s’il existe un lien entre le métier exercé par leur père ou un proche parent et le choix d’embrasser une carrière militaire.
46Sept militaires viennent de familles ayant eu des fonctions d’autorité durant la colonisation, à savoir caïd ou bachagha. Larbi Belkheir, Abdelhamid Benabdelmoumène, Abdallah Belhouchet59, les frères Mohamed et Abdelmadjid Alahoum et Rabah Boutella sont fils de caïd. Ce dernier a deux frères dans l’armée française dont l’un, Abdallah, sergent, a déserté le 16 janvier 1957 et « est supposé avoir rejoint les rebelles dans le massif de Bugeaud [Edough] où il comptait un ami » ; l’autre, Tounsi, « fait preuve de sentiments nettement anti-français » ; enfin son dernier frère, instituteur, est « au moins un sympathisant rebelle60 ». Quant à leur père, il a servi vingt-huit ans dans l’armée française avant de prendre sa retraite avec le grade de lieutenant. Au cours de la guerre, il a apparemment caché des armes dans sa maison, action lui qui a valu d’être inculpé de « participation en toute connaissance de cause à une entreprise de démoralisation de l’Armée ».
47Ahmed Benchérif et Mustapha Cheloufi61, futurs directeurs de la gendarmerie – de l’indépendance à 1977 pour le premier, de 1977 à 1985 pour le second –, sont fils de bachagha. Ahmed Benchérif est un cas particulier. Il vient d’une grande famille de tradition militaire de la région de Djelfa. Près de six membres de sa famille ont servi dans l’armée française62. L’un de ses frères est officier de réserve, il a deux cousins officiers dont l’un est capitaine d’active, un de ses oncles par alliance est également capitaine d’active dans Arme blindée et cavalerie (ABC) et enfin deux de ses parents éloignés sont officiers en retraite – commandant et lieutenant. Son beau-père, quant à lui, n’est autre que le grand bachagha Ahmed Lahrèche63.
48D’autres officiers sont également issus de familles de militaires professionnels. C’est le cas d’Abdallah Belhouchet64, de Mohamed Zerguini dont deux aïeux ont combattu durant la Première Guerre mondiale65 et de Mohamed Bouzada dont cinq parents ont servi dans l’armée française entre 1919 et 1948, quatre comme sous-officiers et un comme lieutenant. Certains ont un père qui a eu une brillante carrière dans l’armée française à l’image des frères Chabou, Abdeslam et Abdelkader, le second étant le futur secrétaire général du ministère de la Défense nationale au début de la période Boumediene. Leur famille est décrite par l’armée française comme « chérifienne de la plus haute noblesse marocaine, celle des Idrissistes [sic][…]. Cette famille possède jusqu’à présent les titres de noblesse […] signés de plusieurs sultans du Maroc […]. Le père capitaine en retraite depuis [19]37 après 36 années de service effectif dont 20 ans de campagne en occupation entre Maroc, France, Orient et Rhénanie est actuellement père de 7 enfants, dont l’aîné sous les drapeaux est le candidat en question. Famille maraboutique très influente66 ».
49Certains militaires tels Benabbès Gheziel ou Salim Saadi67 ont un père qui a servi dans l’armée française mais dont la carrière ne fut pas aussi brillante. Celui de Salim Saadi a servi comme sous-officier durant la Première Guerre mondiale au cours de laquelle il a été mutilé.
50Au total, au moins 14 officiers de l’ANP ayant servi dans l’armée française ont au minimum un membre de leur famille qui a exercé des fonctions d’autorité durant la colonisation ou a été militaire.
51Quant aux autres militaires ayant appartenu à l’armée française pour lesquels des informations relatives à leur famille ont pu être recueillies, on sait que trois d’entre eux ont un père travaillant la terre. Abderrahmane Bensalem est fils de paysans pauvres68, Habib Khelil est le fils d’un fellah, vraisemblablement analphabète69, quant au père d’Abdelmalek Guenaïzia, il est cultivateur. Deux autres sont fils de propriétaires terriens aisés, Slimane Bouchouareb70 et Rabah Boutella.
52On distingue deux types d’ascendance chez les officiers algériens ayant appartenu à l’armée française. Pour certains, le choix d’une carrière militaire s’inscrit dans la continuité d’une tradition familiale, pour d’autres il est plus pragmatique. Abderrezak Bouhara explique par exemple l’engagement d’Abderrahmane Bensalem sous le drapeau français de la manière suivante : « fils de paysans pauvres, chômeur à vingt ans comme la majorité des Algériens, [il] trouve dans un engagement dans l’armée française la seule issue pour gagner son pain et aider sa famille71 ». Dans certains cas, intégrer l’armée française est un moyen d’assurer sa subsistance. Les motifs d’engagement de Mohamed Zerguini sont assez semblables. Il rejoint l’armée en 1941, en partie pour des raisons financières puisqu’il est l’aîné d’une famille nombreuse ; son père est un simple tailleur et, étant donné les circonstances économiques liées à la guerre, l’armée devient rapidement une solution puisqu’il « étai[t] complètement pris en charge72 ».
53Savoir quelles ont été les motivations d’engagement au sein de l’armée française de ces hommes est une tâche complexe car même si cette question peut être abordée dans le cadre d’entretiens, elle fait forcément l’objet d’une reconstruction a posteriori, l’engagement remontant à une soixantaine d’années et parfois davantage. Toutefois pour un individu, Mustapha Cheloufi, il est possible de connaître l’état d’esprit dans lequel il s’est engagé grâce à un document extrait de son dossier de carrière73. Il s’agit « d’une page d’écriture » qui était soumise au jeune militaire avant son entrée à l’école de Cherchell dans laquelle on trouve quelques exercices – dictée et opérations arithmétiques – dont l’un, intitulé narration, consiste à répondre à la question suivante « dans quel but avez-vous souscrit un engagement dans l’armée ? » Sa réponse est la suivante :
J’ai contracté un engagement dans l’armée pour faire une carrière militaire dont le but devra m’emmener a [sic] avoir une situation dans l’avenir, de mener une vie active, d’acquérir certaines connaissances techniques et pratiques dont le point essentiel est d’être un homme capable de diriger des soldats et de défendre la patrie.
54Ce document, malheureusement unique74, est tout à fait remarquable, même si l’on ne peut écarter l’hypothèse d’une réponse convenue. On y voit très clairement que l’armée est perçue comme un moyen de promotion sociale dans un contexte politique et socio-économique où la condition d’« indigène » limite le champ des possibles.
55Cet aperçu des origines familiales et des motivations de l’engagement des individus au sein de l’armée française permet de distinguer trois profils différents qui ne s’excluent pas nécessairement. D’une part, et ce sont les plus nombreux, les hommes pour qui l’armée française est une carrière logique au vu de leurs antécédents familiaux, d’autre part ceux pour qui elle est un moyen de subsistance comme un autre, et enfin ceux qui peuvent a priori être issus d’une des catégories suscitées, pour qui c’est un moyen de promotion sociale ou tout du moins un moyen de s’assurer un « bon » avenir. Ainsi, « les fils de nombre d’“officiers indigènes” seront des cadres militaires de l’ALN puis de l’ANP75 ».
C. Les liens familiaux entre les officiers algériens
56Plusieurs militaires se sont mariés à des étrangères. C’est le cas de trois anciens de l’armée française. Deux sont mariés à des Allemandes76 qu’ils ont très probablement rencontrées quand ils étaient en garnison dans l’ouest de la RFA. Un autre militaire est marié à une Belge77. Un autre encore a épousé une Tchèque rencontrée alors qu’il recevait des soins en Tchécoslovaquie durant la guerre78. Un dernier enfin, qui n’est pas un cas à part, a convolé avec une Soviétique au grand dam de Boumediene qui « avait déjà fait savoir, sans que cela ait fait l’objet d’une interdiction formelle, qu’il était opposé au mariage des officiers de l’ANP et de certains fonctionnaires avec des étrangères. Aussi a-t-il marqué un vif dépit en apprenant le mariage de trois officiers stagiaires en Russie avec des Soviétiques79 ». Le mariage de cet individu a été contracté pendant un stage de cinq ans qu’il suivait en URSS80. Nombreux sont les Algériens formés en URSS dans les années 1960-1970 qui ont épousé une Soviétique. Aussi, étant donné le grand nombre de militaires envoyés en formation en URSS après 1962, on peut supposer que plusieurs officiers de l’ANP se sont mariés à des Soviétiques. Suite aux difficultés que ces dernières ont rencontrées pour s’intégrer dans la société algérienne, elles ont parfois établi des liens entre elles, notamment au travers de la fréquentation de l’école russe où elles scolarisaient parfois leurs enfants ou participaient tout simplement aux activités proposées par le centre81. Il est possible que ces femmes, débarquées dans un pays complètement différent de celui où elles sont nées, aient créé des liens entre elles qui, par extension, ont entraîné la formation de liens entre leurs maris respectifs. Il se serait alors formé un tissu de relations plus ou moins formel entre ces hommes ayant pour point commun la nationalité de leurs épouses respectives et la pratique de la langue russe.
57Des liens familiaux existent également entre des officiers de l’ANP. Liamine Zeroual et deux autres officiers seraient mariés à trois sœurs82. Mohamed Bouzada est marié à une sœur des frères Chabou83. Larbi Belkheir a un beau-frère, Mustapha Lehbiri, qui est colonel dans l’ANP. Ali Bouhadja serait membre de la famille de Chadli Bendjedid par alliance84. Ahmed Benchérif a un beau-frère, lieutenant en 1965, qui aurait appartenu à cette date à la SM85. Smaïn Lamari avait un frère, Tayeb, plus jeune, dans l’aviation.
58Il existe des relations entre les enfants de ces hommes. Un gendre d’Abdelkader Chabou86 a été responsable de la logistique et des munitions au sein d’une région militaire. Mohamed Touati aurait un fils marié à la fille d’un colonel retraité87. Ahmed Djenouhat a une fille mariée à un militaire de l’ANP et un fils lui-même militaire, comme Mohamed Betchine qui a deux fils officiers dans l’armée de l’air88 et Mohamed Salah Yahiaoui dont un fils appartient également à ce corps89. Mohamed Lamari avait un fils, Mourad, officier de l’ANP. Ces quelques exemples, certes fragmentaires, laissent présumer qu’il ne s’agit pas de cas isolés. De même qu’il existait des lignées de militaires au sein de l’armée française, il en existe au sein de l’ANP où les fils suivent le chemin de leurs pères. Ce schéma de reproduction au sein de l’armée n’est pas spécifique à l’ANP ; en France, par exemple, à Saint-Cyr, « un bon tiers [des] recrutements s’opère parmi les fils de militaires90 ».
59L’étude des ascendances et descendances des officiers algériens indique qu’un vaste tissu de relations familiales s’est constitué entre ces hommes ; soit à leur propre niveau en ce qui concerne le choix de leur épouse puisque certains ont épousé des femmes issues de la même famille ou encore la sœur d’un collègue, soit au niveau de leurs descendants puisque plusieurs militaires sont unis indirectement via les mariages contractés entre leurs enfants respectifs. Autant les liens familiaux ascendants sont « subis », autant ceux créés entre leurs enfants relèvent de choix délibérés, de sorte que les officiers algériens mettraient en place des stratégies matrimoniales destinées à unir leurs familles respectives. Par ailleurs, les quelques éléments concernant les trajectoires des fils des officiers étudiés suggèrent que des lignées d’officiers se sont mises en place dans l’ANP. Toutefois, pour confirmer cela, il faudrait poursuivre cette recherche après 1991.
D. L’instruction des officiers de l’ANP
60Le niveau scolaire de 66 militaires est renseigné, soit un tiers de l’effectif. Ces informations sont rarement complètes. Il manque très souvent les dates des formations. Ces données sont pourtant essentielles, surtout pour les formations universitaires puisque cela permet de savoir si elles se sont déroulées à la période coloniale ou après l’indépendance.
61Au sein de l’effectif considéré ici, 17 individus sont nés à partir de 1943 et ne sont donc pas considérés comme maquisards. Au regard de l’effectif général ils sont légèrement surreprésentés, c’est pourquoi le nombre d’individus appartenant à cette catégorie est précisé entre parenthèses dans le tableau ci-dessous
62Les anciens de l’armée française sont largement surreprésentés avec 22 individus, soit plus d’un tiers de l’effectif tandis qu’ils représentent moins de 20 % du corpus. Leur effectif est indiqué entre crochets. Plusieurs militaires ayant appartenu à l’armée française ont reçu une formation scolaire au sein d’établissements à vocation militaire qui seront abordés dans le chapitre suivant.
63Le niveau scolaire des militaires étudiés se répartit comme suit.
Niveau d’instruction
Niveau scolaire | Nombre d’individus |
Primaire | 1 |
CEP | 6 [4] |
3e | 3 (1) [1] |
BE / BEPC91 | 12 [9] |
Seconde | 2 (2) |
Première | 6 (3) |
BAC 1re partie | 9 (4) [4] |
BAC / niveau BAC | 11 (4) [3] |
Études universitaires | 16 (3) [1] |
64Certaines catégorisations opérées afin de classer les informations relatives au niveau scolaire doivent être explicitées. Si un individu est classé dans « primaire » et non « CEP » c’est probablement parce qu’il a interrompu ses études avant de passer le diplôme. De même, six individus sont répertoriés comme ayant un niveau de première mais pas la première partie du baccalauréat. Pour trois d’entre eux, j’ai repris l’indication donnée dans leur fiche de renseignements de l’armée française lors de leur formation au sein d’une école militaire à la fin des années 1960 sans qu’il soit possible de savoir ce qu’elle recouvre exactement. Enfin, l’un des individus du corpus a quitté le lycée pour rejoindre les maquis sans avoir le temps de passer son diplôme.
65Les jeunes militaires nés après 1943, qui appartiennent à la troisième classe d’âge, et les anciens de l’armée française sont surreprésentés parmi les individus ayant fait des études secondaires, ce qui n’est guère surprenant étant donnée la faible scolarisation des Algériens durant la période coloniale. Francos et Sérini avancent qu’« en 1944, seul un enfant sur 20 était scolarisé en Algérie92 ». D’après d’autres estimations, le taux de scolarisation était de l’ordre de 15 % en 195493. Cela explique pourquoi, bien après l’indépendance, on trouve des officiers analphabètes ou illettrés à des postes élevés de la hiérarchie militaire.
66Au sein du corpus, trois militaires au moins seraient illettrés voire analphabètes – ce qui n’exclut pas qu’ils puissent avoir des compétences dans d’autres domaines plus techniques –, dont deux sont parvenus au grade de général-major et un à celui de général. Ainsi, il apparaît que, dans un contexte particulier de pénurie de cadres, un faible niveau d’instruction scolaire n’était pas un frein dans l’avancement d’une carrière. Les archives françaises témoignent de cette situation. Dans un document datant de 1965, l’attaché militaire français en poste à Alger écrit à propos « des cadres anciens issus de la révolution » qu’ils sont « pour une très large part inaptes à tout progrès technique. Un nombre non négligeable d’entre eux est illettré94 ». On retrouve cette idée en filigrane chez Mohamed Lemkami lorsqu’il écrit à propos du général Yahia Rahal : « il fera beaucoup parler de lui dans la future armée nationale populaire de l’Algérie indépendante, dont il deviendra l’un des premiers généraux ayant un certain niveau95 », sous-entendant très clairement qu’une large part d’officiers supérieurs possède un très faible niveau scolaire.
67Ces quelques éléments attestent qu’un bon niveau d’instruction scolaire n’est pas une condition sine qua non pour parvenir à un grade élevé et à un poste important au sein de la hiérarchie militaire durant les premières décennies qui suivent l’indépendance. De façon extrême, cette situation est bien représentée par le cas du colonel Chadli Bendjedid, troisième président de la République algérienne, dont le niveau scolaire était faible. Cet homme est un personnage qui divise. De ce fait, les avis et les témoignages à son sujet sont souvent très contradictoires. Il m’a été décrit au cours de plusieurs entretiens tantôt comme illettré, au moins en français, et avec un faible niveau primaire en arabe, tantôt comme un homme ayant une faible instruction mais sachant tout de même lire et écrire dans les deux langues. Cette dernière assertion est a priori la plus proche de la réalité, au moins pour ce qui concerne le français, puisque dans un cahier de recensement consulté à Pau où figure son nom il est indiqué qu’il « sait lire et écrire en français », et qu’il n’y a, a priori, pas de raison de douter de la véracité de cette information. Quoi qu’il en soit, le fait qu’il soit souvent décrit comme illettré voire analphabète, que l’on puisse écrire à son sujet « lui qui “n’est pas instruit ni en arabe ni en français, un analphabète bilingue, mais qui occupe néanmoins la fonction de chef de l’État”96 », révèle à quel point il est un personnage clivant et dénigré.
68Parmi les formations universitaires suivies, le droit est largement prépondérant97. Cette surreprésentation des études juridiques s’explique par les débouchés de ce cursus, notamment à la période coloniale puisque trois militaires ont entamé leur formation avant 1954. En effet, ce type d’étude conduit à des professions socialement valorisées qui, en période de colonisation, permettent de travailler à l’écart de l’administration coloniale. Certains officiers tels que Salah Soufi, maquisard de la wilaya I, ont repris des études universitaires après 1962, en droit pour ce qui concerne cet officier98.
69Outre les études universitaires « classiques », certains militaires, avant le déclenchement de la guerre, se destinaient à devenir instituteur, profession là encore socialement valorisée. À ce sujet, Mohamed Zerguini écrit d’ailleurs « dans le temps, un instituteur était un notable très respecté99 », lui-même se destinait à cette profession mais dut interrompre ses études pour rejoindre l’armée française. Mohamed Salah Yahiaoui était instituteur avant de rejoindre les maquis de même que, semble-t-il, Yahia Rahal qui, aux dires de l’un de ses anciens collègues de l’aviation, avait même fait une première année de médecine avant d’intégrer l’ALN100.
70Il faut aussi relever un dernier type d’études, non recensé dans les tableaux précédents. Il s’agit de l’instruction « religieuse ». Plusieurs militaires ont fréquenté l’école coranique dans leur jeunesse. C’est le cas de Chadli et de Tahar Zbiri. D’autres ont étudié au sein de prestigieuses écoles religieuses à l’image de Boumediene qui fréquenta la Kettania à Constantine où « plusieurs dirigeants du FLN y [ont fait] leur classes101 », puis la Zitouna de Tunis et, enfin, la prestigieuse université d’Al-Azhar du Caire, qui dispensait, à cette époque, en plus de l’enseignement religieux, un enseignement classique profane.
71Plusieurs constats peuvent être faits au regard du niveau d’instruction des militaires. La jeune génération possède un niveau scolaire supérieur à celui des maquisards et des anciens de l’armée française. Par conséquent, « d’innombrables individus, dotés au départ de talents ordinaires, mais bien servis par les circonstances et éventuellement par d’efficaces et zélés auxiliaires, [ont] pu accéder dans un domaine ou un autre à des positions de pouvoir sans commune mesure avec leurs compétences effectives102 ». Dans ce cadre, la guerre est la circonstance clef, tout comme l’indépendance qui suivit, puisque l’État algérien naissant avait besoin de combattants pour bâtir et former sa jeune armée. La transition de l’ALN à l’ANP, du combattant au militaire, s’est donc a priori faite de façon assez aisée pour ceux qui le désiraient, même s’ils disposaient d’un faible niveau d’instruction.
*
72Grâce à l’examen attentif des années de naissance des militaires appartenant au corpus, on peut dégager trois classes d’âge. La première est formée par les maquisards de la première heure et les anciens de l’armée française de « première génération ». Ils sont majoritairement nés dans l’est de l’Algérie et, pour les premiers, ont souvent un faible niveau d’étude. On trouve au sein de la deuxième classe d’âge de jeunes Algériens souvent mieux instruits que leurs aînés et des anciens de l’armée française de « seconde génération ». Ils rejoignent l’ALN plus tard. Enfin, les hommes appartenant à la dernière classe d’âge n’ont généralement pas combattu durant la guerre et ont intégré l’armée après 1962. Ils sont globalement les plus instruits et ont une provenance géographique plus dispersée sur l’ensemble de l’Algérie. Ces classes forment des groupes distincts, non homogènes, mais dont la carrière militaire des hommes qui les constituent connaît de nombreuses similitudes.
73L’étude des origines géographiques des officiers algériens montre d’une part, que la surreprésentation de l’est s’explique par des facteurs historiques et démographiques, et d’autre part que cette tendance diminue au fil du temps, puisqu’au sein du groupe d’officiers les plus jeunes, un équilibre entre les différentes régions de l’Algérie se rétablit progressivement. Les origines sociales de ces hommes sont variées même si la représentation des classes moyennes et supérieures est plus élevée que dans la population du pays. Chez les hommes provenant de l’armée française, l’héritage familial explique bien souvent ce choix de carrière comme en attestent les lignées de militaires identifiées. Ce schéma de tradition familiale militaire se reproduit ensuite au sein de l’ANP.
74Ces hommes ont donc des profils variés au regard de l’analyse des divers éléments biographiques récoltés. Fils de paysan ou de propriétaire terrien, analphabètes ou universitaires, tous sont devenus officiers de l’ANP, tout en empruntant des voies différentes.
Footnotes
1 Au cours de mes recherches, j’ai parfois rencontré des difficultés liées à la translitération des noms. Face à ce problème, j’ai décidé d’utiliser l’orthographe la plus récurrente du Journal officiel.
2 Hamdi, Mohamed, « Le commandant Khelifa n’est plus », El Djeich, 78, novembre 1969.
3 Kateb, Kamel, Européens, indigènes et Juifs en Algérie, 1830-1962 : représentations et réalités des populations, préface Benjamin Stora, Paris, INED, 2001, p. 279.
4 Sur les questions de « première » et « seconde » génération de militaires issus de l’armée française, voir infra, chap. 2. I.
5 Seul un militaire, né en 1944, Azzedine Tabtab a de façon certaine rejoint l’ALN. Toutefois, les données recensées n’étant pas exhaustives il est possible que d’autres aient été membres de l’ALN. Cependant, étant donné l’âge qu’ils auraient eu à cette période, cela est peu probable.
6 Cabanes, Bruno, « Le retour du soldat au xxe siècle », Revue historique des armées, 245, 2006, p. 4-15.
7 La question de la démobilisation des soldats après un conflit a notamment été analysée par Bruno Cabanes dans le cas de la Première Guerre mondiale, il explique à ce sujet que « la grande angoisse des soldats démobilisables, telle qu’elle apparaît dans des carnets de guerre, et parfois même dans des lettres, c’est de ne pas retrouver leur place dans la société civile », dans « Le retour du soldat au xxe siècle », art. cité.
8 Teguia, Mohamed, L’Armée de libération nationale en Wilaya IV, Alger, Casbah, 2002, p. 209.
9 On peut citer exemple du colonel Youcef Khatib de la wilaya IV qui interrompt ses études de médecine pour rejoindre l’ALN suite à la grève de mai 1956 et les reprend après l’indépendance. Toutefois sa position lors de la crise de l’été 1962 pourrait également expliquer en partie ce retour à la vie civile.
10 Connely, Matthew, L’arme secrète du FLN, comment De Gaulle a perdu la guerre d’Algérie, Blida, Media-Plus, 2012, [2002].
11 Voir carte, p. 342.
12 Les territoires du Sud sont divisés en quatre mais ont été regroupés dans un seul et même ensemble puisque seuls trois militaires sont nés dans ces zones.
13 Trois sont nés en Tunisie, deux au Maroc, un en Allemagne et un en France.
14 Algérie, Service de la statistique générale, Gouvernement général de l’Algérie. Direction des services économiques. Service central de statistique. Répertoire statistique des communes de l’Algérie, répartition, par commune ou fraction de commune et par race ou nationalité, de la population algérienne recensée le 8 mars 1936, décembre 1936.
15 Harbi, Mohammed, Le FLN, mirage et réalité. Des origines à la prise de pouvoir (1945-1962), Paris, Éditions Jeune Afrique, 1980, p. 50.
16 Ibid., p. 315.
17 Ibid.
18 Entretien avec Ali, ancien général de la marine à la retraite, 17 mai 2016, Alger. Une explication du même type, quoiqu’avec des arguments légèrement différents, m’a également été donnée par un ancien colonel de l’aviation lors d’un entretien (entretien avec Nacer, ancien aviateur de l’ANP, colonel à la retraite, Alger, 3 mai 2018).
19 Bouhara, Abderrezak, Les viviers de la libération, Alger, Casbah, 2001, p. 245.
20 Kateb, Kamel, Européens, indigènes…, op. cit., p. 301.
21 Les militaires algériens employant cette expression ont souvent un positionnement particulier vis-à-vis de cette institution qu’ils ont très souvent quittée de façon brutale voire conflictuelle.
22 Garcon, José, « Du maquis des Aurès au sommet de l’État. Président désigné par l’armée en 1994, Zeroual a peu à peu organisé son pouvoir », Libération, 8 novembre 1995. C’est l’auteure qui souligne. Les citations sont toutes reproduites à l’identique. La police et la casse sont respectées, c’est pourquoi on trouve parfois des mots en majuscules au milieu d’une citation, ou encore des citations en milieu de phrase commençant par une majuscule. Les fautes d’orthographe, quand elles existent, ont été conservées.
23 Baki, Mina, Pasquier, Sylvaine « La revanche de l’Ouest algérien », L’Express, 29 avril 1999.
24 Addi, Lahouari, « L’armée algérienne se divise », Le Monde diplomatique, 540, mars 1999.
25 Stora, Benjamin, Histoire de l’Algérie depuis l’indépendance, 1962-1988, Paris, La Découverte, 2004 (4e éd.), [1994], p. 79.
26 Hachemaoui, Mohammed, Clientélisme et patronage dans l’Algérie contemporaine, Paris, Karthala, 2013, p. 21.
27 Aboud, Hichem, La mafia des généraux, Paris, JC Lattès, 2002, p. 48.
28 Souaidia, Habib, La sale guerre, Paris, La Découverte, 2001, p. 28.
29 Paris, Indigo publications, 1991, p. 12.
30 Garcon, José, Affuzi, Pierre, « L’armée algérienne : le pouvoir de l’ombre », Pouvoirs, 86, septembre 1998, p. 45-56.
31 Voir dans le cahier photos.
32 Rédha Malek (21 août 1993-11 avril 1994), né à Batna et Mokdad Sifi (11 avril 1994-31 décembre 1995), né à Tébessa.
33 Ont été comptabilisés les postes de ministres : de la Défense, de l’Intérieur, de la Justice, des Affaires étrangères, des Finances et de l’Énergie (étant donné l’importance de ce poste en Algérie, il a été inclus dans les fonctions régaliennes).
34 Algérie, Service de la statistique générale, Gouvernement général de l’Algérie. Direction des services économiques. Service central de statistique. Répertoire statistique des communes de l’Algérie, répartition, par commune ou fraction de commune et par race ou nationalité, de la population algérienne recensée le 8 mars 1936, décembre 1936.
35 Hubert, Michel, « Chronique Algérie (Chronologie et documents en annexe) », dans Annuaire de l’Afrique du Nord, CNRS, Centre de recherches et d’études sur les sociétés méditerranéennes (CRESM), Paris, CNRS Éditions, 1986, p. 795.
36 Cheurfi, Achour, La classe politique algérienne de 1900 à nos jours, Dictionnaire biographique, Alger, Casbah, 2001, p. 266 ; le lieu de naissance de Kasdi Merbah n’est pas certain puisque les sources à ce sujet sont souvent contradictoires ; certaines le faisant naître en Kabylie et d’autres au Maroc.
37 Entretien avec Othmane, diplomate algérien à la retraite, Paris, 18 mars 2014.
38 Ouali, Hacen, « Décédé jeudi des suite d’une longue maladie Larbi Belkheir enterré hier par les siens », El Watan, 30 janvier 2010.
39 Entretien avec Abdelkader, ancien capitaine de l’ANP, 2014.
40 Essentiellement la série 8Ye au SHD.
41 Le choix de cette date est arbitraire. Il est motivé par l’article 87 de la Constitution qui impose à tout candidat souhaitant se présenter à l’élection présidentielle de « justifier de la participation à la Révolution du 1er Novembre 1954 pour les candidats nés avant juillet 1942 ». Ainsi, les individus nés avant 1943 sont considérés comme de potentiels maquisards.
42 Kateb, Kamel, Européens, indigènes…, op. cit., p. 269.
43 Zbiri, Tahar, Mémoires du dernier chef historique des Aurès (1929-1962), Alger, ANEP, 2010, p. 21.
44 Ibid., p. 31.
45 Verdier, Isabelle, Algérie : les hommes de pouvoir, Paris, Indigo Publications, 2002, Fiche B-130.
46 SHD, 10T555, Rapport mensuel, octobre 1970, 26 octobre 1970, « Fiche personnalité » du lieutenant-colonel Mohamed Amir.
47 Chalabi, El-Hadi, L’Algérie, l’État et le droit : 1979-1988, Paris, Arcantère, 1989, p. 43.
48 Bendjedid, Chadli, Mémoires, t. 1, 1929-1979, Alger, Casbah, 2012, p. 29.
49 Ibid., p. 32.
50 Nezzar, Khaled, Sur le front égyptien. La 2e brigade portée algérienne 1968-1969, Alger, Alpha, 2010, p. 44.
51 Verdier, Isabelle, Algérie : les hommes…, op. cit., Fiche B-7.
52 D’après Kamel Kateb, 75 % des hommes travaillant dans l’agriculture sont des journaliers ; Kateb, Kamel, Européens, indigènes…, op. cit., p. 269.
53 Benmaalem, Hocine, Mémoires du Général-Major Hocine Benmaalem…, op. cit., p. 30-31.
54 Bendjedid, Chadli, Mémoires, t. 1, op. cit., p. 56.
55 Tant dans la presse que dans les ouvrages de seconde main, voire par les acteurs eux-mêmes.
56 Ageron, Charles-Robert, « Les militaires algériens dans l’armée française de 1954 à 1962 », dans Jauffret, Jean-Charles (dir.), Des hommes et des femmes en guerre d’Algérie, Paris, Autrement, 2003, p. 358.
57 Kateb, Kamel, Européens, indigènes…, op. cit., p. 255.
58 D’ailleurs, quand dans un document officiel figure une ligne relative à la profession du père, aucune n’est prévue pour y inscrire la profession de la mère.
59 CAPM, Numéro d’immatriculation : 45.930.CLM.149, Pièces annexes, Abdallah Belhouchet.
60 SHD, 1R333, Fiche de renseignements concernant la famille du capitaine Boutella, Rabah, 17 janvier 1958.
61 SHD, 10T555, Rapport mensuel, octobre 1970, 26 octobre 1970, « Fiche personnalité » du commandant Mustapha Cheloufi.
62 SHD, 1H1676, Renseignements d’archives au sujet d’Ahmed Benchérif.
63 Cherif, Mahdi, « Pourquoi et comment le colonel Chaabani a été exécuté ? », Le Soir d’Algérie, 21 février 2012.
64 Meynier, Gilbert, Histoire intérieure du FLN, Paris, Fayard, 2002, p. 150.
65 Zerguini, Mohamed, Une vie de combats et de lutte : témoignages et appréciations, Alger, En Nahdha, 2000, p. 28.
66 Anom, 3H16, Fiche individuelle de Moulay Abdeslam Chabou.
67 SHD, GR8Ye135 596, Dossier de carrière, Salim Saadi, carte de combattant de son père, Abdelkader ben Salah, 2 octobre 1935.
68 Bouhara, Abderrezak, Du djebel aux rizières, Alger, ANEP, 2004, p. 42
69 SHD, GR8Ye141640, Dossier de carrière, Habib Khelil, procès-verbal d’enquête de la gendarmerie nationale, 19 décembre 1960.
70 Mesbah, Mohamed Chafik, « Hommage au colonel Slimane Bouchouareb », Le Soir d’Algérie, 15 octobre 2009.
71 Bouhara, Abderrezak, Du djebel…, op. cit., p. 42.
72 Zerguini, Mohamed, Une vie de combats…, op. cit., p. 21.
73 SHD, GR8Ye134975, Dossier de carrière, Mustapha Cheloufi.
74 Seuls deux autres documents similaires ont été trouvés : un dans le dossier de carrière de Mahmoud Ouartsi, à Vincennes, mais dans celui-là la question posée était vraisemblablement – la question ne figure pas sur le document qui ne contient que la réponse – « qu’est-ce qui vous a le plus frappé en arrivant à la caserne ? » ; et un deuxième dans le dossier d’Ahmed Ben Bella à Pau où il s’agissait de « raconter un acte de courage ».
75 Meynier, Gilbert, L’Algérie révélée : la guerre de 1914-1918 et le premier quart du xxe siècle, préface Pierre Vidal-Naquet, Paris, Minard, 1981, p. 419.
76 SHD, 10T555, Rapport mensuel, octobre 1970, 26 octobre 1970, « Fiche personnalité » du commandant Mustapha Cheloufi. SHD, GR8Ye139032, Dossier de carrière, Abdelkader Moulay Chabou, bulletin de mariage, 6 décembre 1956.
77 SHD, GR8Ye128773, Dossier de carrière, Slimane Hoffman, autorisation de mariage, 10 décembre 1951.
78 Entretien avec Omar, ancien officier de l’ANP, Alger, 16 janvier 2014.
79 SHD, 10T564, document intitulé « Projet de mariage de Boumediene », 2 février 1966 ; par la suite d’autres unions seront contractées en URSS, notamment dans les années 1980. Certains militaires ayant épousé une Soviétique seront exclus de l’armée (entretien avec Abdelkader, ancien capitaine de l’ANP, 2014).
80 SHD, 10T553, Rapport mensuel, décembre 1964, 15 janvier 1965.
81 Voir la communication de Labdelaoui, Hocine, « Natacha et les autres. L’intégration des épouses d’Algériens diplômés des universités de l’ex-URSS et des pays de l’Europe de l’Est », colloque ELITAF, 25-26 octobre 2013, Mohammedia. Communication en ligne : http://riae.hypotheses.org/category/colloques/mohammedia-2013, dernière consultation le 1er novembre 2016.
82 Lors de plusieurs entretiens, un lien de parenté entre les épouses de Liamine Zeroual et de deux autres officiers m’a été mentionné sans pour autant que ces deux officiers aient été identifiés avec certitude (on m’a évoqué Zine Labidine Hachichi). On m’a aussi rapporté à plusieurs reprises que la femme de Liamine Zeroual était la soeur d’Abdelmadjid Chérif.
83 SHD, GR8Ye136414, Dossier de carrière, Mohamed Bouzada, acte de naissance de sa femme née Chabou Chérifa, patronyme du père identique à celui des deux frères Chabou.
84 Ali Bouhadja est selon certaines sources le beau-frère de Chadli (Cheurfi, Achour, La classe politique algérienne…, op. cit., p. 120), son gendre selon d’autres. Enfin, selon certains, ils n’auraient aucun lien de parenté, et Ali Bouhadja serait marié à une maquisarde originaire de Skikda.
85 SHD, 10T564, Renseignements divers sur l’ANP, 23 juillet 1965.
86 Zbiri, Tahar, Un demi-siècle de combat…, op. cit., p. 274.
87 Verdier, Isabelle, Algérie : les hommes…, op. cit., Fiche B-186.
88 Ibid., Fiche B-48.
89 Ibid., Fiche B-192.
90 Cailleteau, François, Bonnardot, Gérard, « Le recrutement des généraux en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne », dans Suleiman, Ezra, Mendras, Henri (dir.), Le recrutement des élites en Europe, Paris, La Découverte, 1995, p. 163.
91 Le BEPC se substituant au BE à partir de 1947, ces deux catégories sont confondues.
92 Francos, Ania, Sereni, Jean-Pierre, Un algérien nommé Boumediene, Paris, Stock, 1976, p. 22.
93 Yefsah, Abdelkader, La question du pouvoir en Algérie, Alger, ENAP, 1990, p. 375.
94 SHD, 10T552, Rapport annuel de 1965, 22 décembre 1965.
95 Lemkami, Mohamed, Les hommes de l’ombre, mémoires d’un officier du MALG, Alger, ANEP, 2004, p. 51.
96 Rouadjia, Ahmed, Grandeur et décadence de l’État algérien, Paris, Karthala, 1994, p. 236.
97 Ce qui correspond au choix de nombre d’étudiants de l’époque. Guy Pervillé écrit à ce sujet : « De toutes les professions libérales, les plus recherchées par les étudiants indigènes étaient les professions juridiques », d’ailleurs en 1954 près de 35 % des diplômés musulmans exerçaient une profession juridique, Les étudiants algériens de l’université française, 1880-1962, Alger, Casbah, 2009, [1984], p. 39.
98 Chalabi, El-Hadi, L’Algérie, l’État et le droit…, op. cit., p. 290.
99 Zerguini, Mohamed, Une vie de combats…, op. cit., p. 17.
100 Entretien avec Nacer, ancien aviateur de l’ANP, colonel à la retraite, Alger, 3 mai 2018.
101 Francos, Ania, Sereni, Jean-Pierre, Un algérien…, op. cit., p. 34.
102 Accardo, Alain, Introduction à une sociologie critique, Marseille, Agone, 3e éd., 2006, p. 107-108.
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