De la réformation à la Réforme : l’historiographie de la « Reichsreform »
p. 277-294
Texte intégral
1Le titre de notre contribution, « De la réformation à la Réforme », renvoie à une différence importante entre la langue et la terminologie scientifique de l’historiographie française1 et allemande sur la reformatio, la terminologie allemande étant pour ainsi dire l’inverse : on parle de « Reichsreform » (« réforme de l’Empire) » et pas de « Reichsreformation ». Le mot « Reformation » (« réformation ») est exclusivement réservé à la Réforme protestante et le terme « Gegenreformation » (« Contre-Réforme »), à la réaction catholique à cette dernière2. Dans les Geschichtliche Grundbegriffe, Eike Wolgast fait le survol de l’évolution terminologique du terme « réforme » : le mot « Reform » apparaîtrait d’abord dans les dictionnaires allemands de la fin du xviie siècle comme traduction du mot français « réforme », tandis que le mot latin reformatio et le mot allemand « Reformation » et ses différentes variantes étaient déjà attestés dans les sources médiévales (y compris sous forme de différentes adaptations en langue vernaculaire)3. Dans les exemples cités par Wolgast, au cours du temps, « Reform » fut tantôt opposé à « révolution », tantôt à « réaction4 », le chef de file de la restauration et de la censure du début du xixe siècle, Metternich, l’employant notamment pour caractériser ses mesures répressives à partir de 18335.
2La « Reichsreform », concept forgé par l’historiographie, désigne traditionnellement, quant à elle, la vaste tentative menée par les empereurs du Saint-Empire, en tant que souverains d’une monarchie élective, pour trouver un nouvel équilibre face au clivage qui opposait l’empereur et les princes territoriaux (et particulièrement le groupe des princes-électeurs issus des grandes dynasties) et les états (« Stände ») d’Empire. Dater le début de ce mouvement est un objet de débat. Traditionnellement, l’historiographie fixe son origine à la fin du Moyen Âge, à des dates variables, mais son apogée est placé entre la diète de Worms de 1495 et la paix religieuse entre catholiques et protestants d’Augsbourg de 1555. Dans l’œuvre législative de la diète de « réforme » de Worms, ces mesures sont généralement présentées comme particulièrement marquantes6 :
la paix territoriale perpétuelle (« Ewiger Landfrieden ») : une défense générale non limitée, perpétuelle de la faide7 ;
l’établissement du « Reichskammergericht8 » comme successeur du « Kammergericht » royal/impérial. Cette cour fut séparée de la cour impériale et reçut un siège permanent, basé à partir de 1527, à Spire et ensuite, à partir de 1689, à Wetzlar. Son président fut nommé par l’empereur, les « Urteiler » (« jugeurs ») et assesseurs par les états9 ; un Reichsfiskal défendit les intérêts de l’empereur10, la moitié des membres devaient être des juristes savants. La cour fut compétente en première instance pour les états (« Stände ») immédiatement soumis à l’empire, pour non-respect de la paix territoriale (« Landfriedensbruch »), déni de justice ; elle fut établie comme instance d’appel suprême de l’empire (si les intéressés ne disposaient pas de privilèges d’exemption tels que le privilegium de non appellando)11 ; elle eut un effet décisif sur la réception et la propagation du droit romain et une fonction d’exemple pour les tribunaux des territoires ;
l’établissement d’un impôt général, le « Gemeiner Pfennig » (qui fut un échec)12.
3Comme réaction à la forte influence des états (« Stände ») dans la nouvelle cour, en 1498, Maximilien Ier promulgua une nouvelle ordonnance sur le « Reichshofrat » qui devint une instance compétente sur les affaires liées aux fiefs et à la justice des territoires héréditaires et ceux de l’empire : en somme, une deuxième haute cour de justice centrale13. En 1500, ces mesures furent complétées par un système d’organisation territoriale en « cercles d’empire » (« Reichskreisverfassung »)14 qui regroupa des territoires voisins : Franconie, Bavière, Oberrhein, Bas-Rhin (Niederrhein)-Westphalie ; Saxe ; en 1512 suivirent quatre autres : Autriche, Bourgogne, Rhénanie électorale (« kurrheinisch ») ; Haute-Saxe (« obersächsisch »)15.
4Comme le programme nous y invitait, il conviendrait de se tourner vers la documentation de l’époque pour observer si le vocabulaire réformateur stricto sensu (« reform* ») apparaît bel et bien au temps de la « Reichsreform » – ainsi que le lexique « réformateur » au sens large, tel qu’identifié au cours de ce programme de recherche sur la Reformatio et dans ce volume (par exemple emendare, renovare, ses traductions et les différentes formes vernaculaires, etc.). À cet effet, il faudrait recourir aux méthodes lexicographiques, mais une telle entreprise se heurte à de nombreuses difficultés. Pour y arriver, il faudrait d’abord disposer d’un corpus de textes disponibles sous format « lisible » par des outils informatiques. Une telle recherche exigerait un cadre institutionnel et les efforts collectifs d’une équipe puisque pour arriver à des résultats représentatifs, il faut disposer d’un grand nombre de textes numérisés et lemmatisés. Les sources issues des longues négociations des diètes pourraient à cet égard faire le bonheur des historiens. Mais, contrairement aux éditions électroniques des MGH16, au moins pour le public scientifique général, de nombreuses éditions de sources ne sont pas encore disponibles sous format numérique ou leur édition est encore en cours. À première vue, la plupart des textes dits « fondateurs » de la Reichsreform ne semblent pas, ou très rarement, recourir au vocabulaire « réformateur ». Est-ce que des recherches lexicographiques pourraient résoudre ce paradoxe ? Y a-t-il éventuellement d’autres « mots de la réforme » significatifs employés à sa place ? Cette enquête reste un défi très prometteur à relever.
5Dans cet article et dans l’attente que de telles recherches soient possibles, nous souhaiterions revenir d’un point de vue purement historiographique sur ce concept de « Reichsreform » et sur ses liaisons avec celui de Réforme. Le point de départ de l’article sera l’analyse de la « Reichsreform » dans les œuvres récentes, allemandes et étrangères. Il exposera ensuite l’histoire de ce concept et ses critiques au fil du temps. La conclusion se référera quant à elle aux perspectives actuelles et aux (très nombreuses) questions encore ouvertes, notamment aux difficultés et aux possibilités de comparaison de cette expérience de gouvernement avec d’autres, en particulier françaises et ibériques.
La « Reichsreform », un concept classique de l’historiographie sur l’empire
6Quoique l’intérêt pour le sujet de la « Reichsreform » semble avoir diminué depuis la réunification allemande, les deux notions de « Reichsreform » et de « Reformation », au sens religieux, figurent encore très souvent dans les manuels scolaires et universitaires, dans les titres des « Handbücher17 », dans ceux des volumes dédiés à l’histoire de la fin du Moyen Âge des « grandes histoires » de l’Empire18, ainsi que dans les entrées des grands dictionnaires consacrés à l’époque médiévale tels que le Lexikon des Mittelalters19 ou le Handwörterbuch zur deutschen Rechtsgeschichte (HRG)20.
7La même observation vaut également pour des manuels et même pour de courtes introductions à l’histoire de l’Empire rédigés hors d’Allemagne. Dans son Saint Empire romain germanique (2000), Francis Rapp consacre un chapitre à « La restauration de l’empire (1125-1190)21 » et une section entière est intitulée « Réforme ou mutation de l’empire (1254-1519)22 ». La partie consacrée à l’époque des Luxembourg porte le titre « Les Luxembourg : la première réforme et ses insuffisances23 ». Elle est suivie par un chapitre sur « La réforme » sous les règnes de Frédéric III (1415-1493) et de Maximilien Ier (1459-1519)24. Dans l’historiographie anglophone, par exemple dans son The Holy Roman Empire. A Very Short Introduction (2018), Joachim Whaley25, également auteur d’une histoire de l’Empire qui fut traduite en allemand26, parle, à propos du règne de Sigismond de Luxembourg (1410-1437), de « Reform of the Reich and the Church c. 1490-c. 151927 » et, dans un titre de chapitre, de « new imperial visions and social and intellectual ferment28 ». Pour le règne de Maximilien Ier29 enfin, il évoque des « Imperial reforms [au pluriel] around 150030 ». D’après lui, la Paix religieuse d’Augsbourg de 1555 consacra le succès de ces « réformes » antérieures qui, d’abord, furent parfois un échec : « the settlement made the agreements of 1495-1500 truly workable31 ». Dans sa récente monographie de 2009, German Histories in the Age of Reformations, 1400-1650, Thomas A. Brady recourt lui aussi au pluriel32.
8Quand on se limite à des recherches d’entrées de titres principaux mentionnant directement la « Reichsreform », dans la bibliographie des Regesta Imperii, on arrive à environ 92 entrées33, dont certaines, dédiées à d’autres époques, sont à éliminer. Quand on inclut en revanche les études consacrées de près ou de loin aux aspirations à la réformation de l’empire, les ouvrages se comptent par centaines, le sujet étant presque systématiquement convoqué dans les recherches sur les « Landfrieden » (paix territoriales), sur la faide et sa délégitimation34, sur la justice médiévale (par exemple sur les cours de justice suprêmes de l’Empire, le « Reichskammergericht » et le « Reichshofrat »)35, sur la genèse de la Réforme protestante36 et sur les diètes impériales37. Dans un même ordre d’idées, on pourrait également ajouter les études portant sur les différentes facettes de ces institutions, sur leur genèse, sur la rhétorique, la communication symbolique, les traités et mémoires théoriques dits « réformateurs », sur les techniques de négociation et de prise de décision dans les conflits de préséance, etc., ainsi que les études respectives sur les rois, empereurs et princes38 dits « réformateurs » : Albert II39, Sigismond40, Frédéric III (pour la Reformatio Friderici de 1442 et la paix territoriale de Francfort-sur-le-Main de 1486)41, Maximilien Ier42, Charles Quint43 ou le prince électeur Frédéric le Sage de Saxe44. En outre, il faudrait ajouter la littérature secondaire sur les conciles « réformateurs » (particulièrement ceux de Constance et de Bâle45), sur la genèse des états princiers, la littérature et la fiscalité médiévales, sans oublier les études consacrées aux acteurs du mouvement « réformateur », dont des auteurs célèbres comme Nicolas de Cues46 ou Enea Silvio Piccolomini (Pie II). Pour cette raison, la suite de l’article se limitera aux études consacrées au débat même sur la notion de la réformation de l’empire et sur sa pertinence.
Aux origines de la « Reichsreform » : le constat d’un échec ?
9La notion de « Reichsreform » fut introduite dans l’historiographie germanophone vers le milieu du xixe siècle par Constantin Höfler (1850)47 et Karl Klüpfel (1853)48, à propos des intentions initiales de la Ligue de Souabe de 1488 qui, instrument de la réforme, se serait transformée plus tard en celui de la réaction. Elle fut reprise par d’autres auteurs tels que Georg von Below (1912)49, Fritz Hartung (1913)50 et Erich Molitor (1921)51. Les définitions et jugements furent fort divergents. La recherche ancienne voyait la « Reichsreform », en particulier les conflits et les négociations de Maximilien Ier avec les états (« Stände »), comme une lutte entre les princes, dont le petit groupe des princes électeurs constitua l’élite, ou autrement dit, comme une lutte entre les états et le roi-empereur. Les princes auraient poursuivi leurs intérêts particuliers et le renforcement territorial de leur principauté, qu’ils essayèrent de soustraire à l’influence du roi-empereur ; tandis que celui-ci aurait surtout défendu les intérêts de sa propre dynastie, de ses territoires héréditaires et, sous Maximilien et Charles Quint, d’un empire supranational, voire même mondial naissant, au profit des Habsbourg. Les deux côtés auraient donc poursuivi des intérêts égoïstes au détriment de l’empire. Par leurs agissements respectifs, ils auraient raté la chance que l’empire ait pu connaitre une évolution comparable au cas français et devenir un état national centralisé.
10Dans cette lignée et pour des auteurs francophones, l’Empire médiéval était une sorte de « monstre » qui se dérobait aux classifications habituelles52. Ainsi, dans Allemagne et Empire au Moyen Âge, Michel Parisse53, qui ne parle au demeurant presque pas de la réforme de l’empire ni de la législation de Worms et utilise le terme « restauration », termine sur des remarques très générales constatant que l’on puisse
s’étonner de la perte incessante du contrôle du souverain sur les princes et comprendre, ou tenter d’expliquer, l’évolution irréversible vers le fédéralisme, à l’opposé du centralisme qui aurait assuré au roi de l’argent, une armée, une autorité respectée. Finalement, on a trop le sentiment que l’histoire des deux derniers siècles du Moyen Âge aurait pu se passer de celle des empereurs, alors même qu’elle en est inséparable. Paradoxe54.
11De même, selon les opinions anciennes des historiens prussiens protestants du xixe et du début du xxe siècle, la « Reichsreform » fut un échec total. Comparé au temps glorieux de l’empire sous les Staufen et les Ottoniens, il s’agissait d’un déclin ou du maintien d’un minimum de cohésion qui assura une survie peu glorieuse de l’empire. Pour conforter cette vue, cette opinion put s’appuyer sur le témoignage des contemporains médiévaux, les auteurs de traités théoriques, qui rêvaient, parfois littéralement, comme dans le Songe de Hans von Hermansgrün de l’époque de Maximilien, du retour d’un empereur mythique Frédéric (amalgame entre Frédéric Barberousse et son petit-fils Frédéric II) qui serait le sauveur de l’empire55. Pour ces auteurs, le temps de Charlemagne, des Ottoniens et des Staufen était l’âge d’or perdu auquel il fallait retourner56.
12L’historien autrichien Hermann Wiesflecker, dont la biographie monumentale sur Maximilien Ier fait encore autorité et qui, à travers les très nombreux travaux de ses élèves, a longtemps dominé la recherche sur cet empereur, place le deuxième volume sous le signe des aspirations à la réformation de l’Empire. Il en souligne lui-aussi l’échec57. La troisième partie du livre s’intitule « Maximilians Reformen in den österreichischen Ländern. Verfassungskämpfe im Reich. Fehlschlag der Reichsreform » (« Réformes de Maximilien dans les pays autrichiens. Conflits constitutionnels dans l’empire. Échec de la réformation de l’empire »)58. D’après son appréciation, le but de l’opposition princière fut une constitution oligarchique (« eine oligarchisch gestaltete Reichsverfassung ») et la défense des intérêts princiers impliqua déjà le refus des projets d’un « Kammergericht » qui était susceptible de s’immiscer dans les affaires internes de principautés territoriales59. Dans les remarques introductives à la partie consacrée aux aspirations de la réformation de l’empire avant 1495, Hermann Wiesflecker fait une remarque révélatrice qui explique son jugement négatif de la politique des princes : face aux grands défis, les associations des princes auraient toujours été inefficaces, et même si pour lui, en tant qu’Autrichien, ce constat était déplaisant, la politique allemande de 1866-1867 et la révolution de 1918 auraient été nécessaires. Il aurait été impossible de résoudre les problèmes sans recours à la violence60.
13L’œuvre de Wiesflecker illustre également un autre aspect : le débat sur l’influence du modèle bourguignon sur la politique de Maximilien et ses réformes. Pour les territoires autrichiens, Wiesflecker arrive à une conclusion positive : Maximilien y aurait introduit des éléments « bourguignons », surtout dans le domaine des finances61. Ce dernier exemple illustre encore une autre dimension de l’approche de la « Reichsreform » par l’historiographie germanophone. Traditionnellement, pour les empereurs dits « réformateurs », elle établit un cloisonnement très prononcé entre leurs territoires héréditaires (« Erbländer ») ou « étrangers » et les parties germanophones centrales de l’Empire : ainsi pour Frédéric II, on sépare sa législation italienne, les célèbres Constitutions de Melfi (1231) de ses activités législatives dans l’empire. Pour Charles IV (*1316-† 1378), empereur et roi de Bohême, on fait la différence entre ses vastes projets législatifs pour la Bohême, la Majestas Carolina (1355)62 et sa politique en tant qu’empereur. À propos de Maximilien Ier, on sépare la réforme administrative de ses territoires autrichiens63 des mesures de la réformation de l’empire promulguées à la diète de Worms.
La « Reichsreform », entre revalorisation d’un processus au long cours et abandon de l’expression
14Paru en 1984, l’ouvrage Die Reichsreform, 1410-155564, de Heinz Angermeier décrivit la « Reichsreform » en tant que cas particulier de la consolidation constitutionnelle (« Sonderfall der Verfassungskonsolidierung »)65. Il y soulignait son caractère conservateur, médiéval et discursif. Son objet serait des questions fondamentales issues de l’évolution constitutionnelle et politique de l’Empire : les relations entre la royauté, l’empereur et les états (« Stände ») ; l’idée même de l’empire et de ses membres ; les relations entre le temporel et le spirituel (c’est-à-dire entre le roi-empereur et l’Église) ; les relations entre les différentes confessions religieuses. Le but aurait été de trouver et d’assurer à travers l’instauration – ou plutôt la restauration – un bon ordre en accord avec les traditions et des particularités de l’empire, bref, d’assurer un certain équilibre, la paix et la justice66.
15Le livre de Heinz Angermeier, devenu un classique sur la question, suscita un débat intense67. Dietmar Willoweit parla de la « Reichsreform » comme « Verfassungskrise » (crise constitutionnelle)68. Peter Moraw développa son modèle de l’évolution de l’empire d’un état à la « constitution ouverte » vers une « consolidation dirigée » (« Von offenener Verfassung zur gestalteten Verdichtung »). Les aspirations à la réforme étaient selon lui des « réponses » à des défis concrets (« Herausforderungen ») et à des menaces étrangères et militaires (par exemple expansion des « Turcs », des Hongrois, des Bourguignons [siège de Neuss, 1474-1475 ; guerres de Bourgogne avec les Suisses, 1474-1477], etc.), qui auraient donné lieu, sur le long terme, à une consolidation des structures étatiques (« gestaltete Verdichtung »). Ainsi, selon sa datation, ces processus de consolidation auraient eu lieu à partir des années 147069.
16Hartmut Boockmann est allé plus loin. Pour lui, la « Reichsreform » est un « fantôme érudit » (« gelehrtes Gespenst »). Pourquoi ? Dans les actes d’un colloque de chercheurs allemands et thèques sur la réforme de l’Église et de l’empire de 1996, cet auteur constate qu’une bonne partie des difficultés intrinsèques à ce sujet résulte du récit national forgé au xixe siècle qui aurait encore des répercussions au xxe, notamment dans la vision très noire de cette expérience de gouvernement qui conduisit inexorablement l’Allemagne vers le fédéralisme. Il en conclut que « la réformation de l’empire du xve siècle en tant que processus continuel qui a duré tout le siècle, est, jusqu’à un certain degré, un fantôme70 ». Dans sa synthèse, Francis Rapp explique ce jugement, qu’il partage :
En Allemagne, le xve siècle a fort mauvaise réputation ; il passe pour avoir été une époque de profonde décadence politique. Clio commence à réviser ce jugement ; elle admet maintenant qu’au creuset des malheurs, des éléments hétérogènes se sont amalgamés et qu’à l’issue de ce processus un ensemble inédit est apparu, suffisamment solide pour résister, tant bien que mal, tant aux épreuves qu’à l’usure du temps71.
17Pour lui, l’époque de Frédéric III (1438-1493) et de Maximilien (1493-1519) est dès lors placée, plus que sous le signe de la « réforme », sous le signe des « fondations d’un État de droit72 ». Parmi les succès de Frédéric (qui, longtemps fut à tort qualifié d’« archibonnet de nuit » de l’empire), Francis Rapp compte néanmoins la Reformatio de 1442, connue sous son nom73, qui ne rendit licite le recours à la « Fehde » (faide) qu’après avoir tenté de régler sans succès le conflit par d’autres moyens (en recourant à la justice ou à la procédure d’arbitrage, etc.). Cependant, comparée aux mesures plus tardives, sa portée était beaucoup plus limitée : ce n’était qu’en 1467, qu’au moins en principe, la guerre privée fut entièrement interdite pour une durée de cinq ans, interdiction renouvelée en 1471 et en 1486.
18Dans sa courte synthèse sur l’histoire du Saint Empire (de la fin du Moyen Âge à sa fin en 1806), Barbara Stollberg-Rilinger n’introduit pas non plus de chapitre sur la réforme de l’Empire, elle préfère de parler d’une « phase de consolidation institutionnelle,1495-152174 » et du « défi de la Réforme, 1521-1555 » (« Die Herausforderung durch die Reformation »)75. À propos du règne de Maximilien Ier (1493-1519), elle constate que cette époque connut des décisions structurelles qui furent décisives pour les trois cents ans à venir76. Cependant, la terminologie même « Reichsreform » serait susceptible, selon elle, de provoquer des erreurs, parce qu’il ne s’agirait pas d’une réforme au sens moderne, mais du point de vue des contemporains médiévaux, d’un retour à un bon ordre ancien : il n’y avait pas là l’idée d’une planification consciente de l’avenir. Il s’était plutôt agi de réactions pragmatiques aux problèmes du moment, de compromis continuels, au jour le jour, mais qui, finalement, auraient donné lieu à une juridicisation et à une institutionnalisation croissantes77.
19Les travaux d’Angermeier suscitèrent enfin un vif débat sur le rôle qu’auraient eu les traités théoriques78. D’après plusieurs auteurs, à cette époque, à cause de leur usage du latin, ils n’auraient pu atteindre qu’une minuscule élite intellectuelle. Pour cette raison, ils seraient restés sans influence tangible sur le mouvement de réformation de l’empire et l’évolution réelle de la législation et du débat mené aux diètes, même si au xvie siècle, plusieurs, dont la Reformatio Sigismundi (rédigée en allemand), furent propagés à l’aide de la nouvelle technique de l’imprimerie et eurent une seconde vie. Dans une première phase en effet, les traités théoriques sur la réformation de l’empire furent écrits par des membres du clergé proches du milieu des conciles de Constance et de Bâle : leurs propositions pour la réformation de l’empire furent souvent une annexe des propositions pour la réforme de l’Église. Cependant pour Boockmann, en dépit de quelques contacts et de la liaison étroite entre le concile de Constance et les diètes du même temps, ces textes de différents auteurs ne furent pas vraiment liés les uns aux autres79.
20À la suite de la publication d’Angermeier, le débat ultérieur consacra néanmoins une sorte de « canon » de 16 textes réformateurs :
Job Vener, Avisamentum sacrorum canonum (1417) ;
Nicolas de Cues, De Concordantia catholica (1433) ;
évêque Johann Schele de Lübeck, Propositions sur la réforme de l’état ecclésiastique et séculier (vers 1436) ;
Heinrich Toke, Consilia wie man die halten soll (« De la manière de tenir concile ») (1442) ;
la Reformatio Sigismundi (vers 1439), d’auteur anonyme, en allemand ;
l’Abschied (résolution) des princes-électeurs ecclésiastiques de l’archevêque Jakob von Sierck (1453) ;
Enea Silvio Piccolomini, Epistola de Ortu et auctoritate Imperii Romani (1442) ;
Id., Germania (1458) ;
Dr. Martin Maier, Proposition d’une réforme de l’empire allemand (1463) ;
Hermann Peter von Andlau, Libellus de Cesarea Monarchia (1460) ;
Le Songe de Hans von Hermansgrün (1495) ;
le Livre des cent chapitres et quarante statuts du Révolutionnaire de l’Oberrhein (auteur anonyme, vers 1510) ;
Martin Luther, An den christlichen Adel deutscher Nation (1520) ;
Friedrich Weigandt, Deux esquisses sur la réformation de l’Empire pour les paysans franconiens (1525) ;
Propositions pour un nouvel établissement de l’empire, probablement rédigées pour le prince-électeur (Kurfürst) de Brandebourg (1546) ;
Julius Pflug, Avis pour le cardinal Granvelle sur la réparation politique et religieuse de l’Allemagne (1547)80.
21Par la suite, cette liste fut élargie, par exemple avec la publication des sources sur la Reichsreform de Lorenz Weinrich qui, ordonnée chronologiquement en suivant l’ordre des règnes à partir de celui de Sigismond, renferme des textes de genres différents : traités théoriques, mesures législatives, actes et rapports issus des diètes impériales81.
22Pour conclure, on l’aura compris, l’appréhension de la Reichsreform a évolué en fonction du temps. Aujourd’hui, l’empire n’est plus perçu comme un « monstre », mais plutôt comme un laboratoire gigantesque de nouvelles formes de gouvernement. En exemple, on peut citer l’idée des Reichsregimenter, qui auraient transféré le pouvoir de décision aux états. Le roi-empereur serait devenu une sorte de président honorifique. Si, aux temps « prussiens », d’une façon anachronique, on avait admiré l’État fort centralisé et son puissant monarque, qui furent érigés en modèle souhaitable, il y eut plus tard d’autres anachronismes : l’empire médiéval devint l’ancêtre direct du fédéralisme ouest-allemand, voire un modèle précurseur pour la constitution de l’Union européenne. Face aux échecs de certaines parties des mesures de réforme (dont l’impôt impérial généralisé du « Gemeiner Pfennig »)82, on commença davantage à voir les effets positifs. Au moins à long terme, les mesures de réforme réussirent finalement à canaliser davantage et à délégitimer définitivement les nombreuses faides : on mit en place des tribunaux suprêmes pour l’empire, etc. La plupart des chercheurs voient même la genèse des diètes comme l’une des conséquences les plus importantes de la « Reichsreform ».
23Les négociations entre empereur, princes et états, qui aboutissent à des formes contractuelles et à des modalités plus horizontales dans la gestion du pouvoir, offrent des possibilités de comparaison à l’échelle européenne, particulièrement avec certaines époques de l’histoire des royaumes de la péninsule Ibérique et d’autres territoires organisés sous forme de « couronnes » regroupant des territoires relativement indépendants83. En revanche, dans le cas de la comparaison entre la France médiévale et l’empire, pour cause d’importantes différences structurelles, elle est plus facile à mettre en œuvre dans le domaine des traités théoriques de réformation qu’à propos des mesures pratiques de réformation de l’État et de la justice – pour lesquelles on ne dispose pas des mêmes types de sources. Faute de moyens, l’empereur, qui avait besoin d’argent pour financer la défense de l’empire (ou pour ses propres ambitions d’expansion territoriale), devait négocier continuellement avec les états (« Stände ») aide contre mesures de réforme. Il fallait constamment renégocier un équilibre fragile. Le jeu de propositions, contre-propositions, modifications et compromis offre des perspectives fascinantes.
24Enfin, on peut se demander en guise d’ouverture vers notre temps si la terminologie « réformatrice » a encore vraiment des connotations positives et si elle est encore tournée vers des planifications d’avenir. Les réformes des dernières années et le débat sur les réformes actuelles (retraites, santé, etc.) impliquent plutôt des sacrifices, dont on ne connaît pas encore l’issue. Comme au Moyen Âge, il s’agit davantage de mesures contre des crises, déficits financiers ou autres manquements. De fait, le but des réformes (au moins par rapport aux résultats souhaités) est encore aujourd’hui plutôt un retour à un âge d’or du passé (le temps du plein emploi, l’essor du « miracle économique », etc.). Aussi, les réformes comportent-elles souvent, tout comme au Moyen Âge, l’idée de « restauration » et celle d’éviter une révolution.
Notes de bas de page
1 Dans l’historiographie française, voir par exemple R. Cazelles, « Une exigence de l’opinion depuis Saint Louis : la réformation du royaume », Annuaire-bulletin de la Société de l’histoire de France, 90, 1962-1963, p. 91-99 ; B. Chevalier, « La réforme de la justice : utopie et réalité (1440-1540) », dans A. Stegmann (dir.), Pouvoirs et institutions en Europe au xvie siècle, Paris, Vrin, 1987, p. 237-247 ; C. Gauvard, « Ordonnance de réforme et pouvoir législatif en France au xive siècle (1303-1413) », dans A. Rigaudière, A. Gouron (dir.), Renaissance du pouvoir législatif et genèse de l’État, Montpellier, Publications de la Société d’histoire du droit et des institutions des anciens pays de droit écrit, 1988, p. 89-98 ; Ead., s. v. « Réforme », dans Ead., A. de Libera, M. Zink (dir.), Dictionnaire du Moyen Âge, Paris, Presses universitaires de France, 2002, p. 1186-1188 ; P. Contamine, « Réformation : un mot, une idée », dans Id., Des pouvoirs en France, 1300-1500, Paris, Presses de l’École normale supérieure, 1992, p. 37-47.
2 Sur la terminologie, voir E. Wolgast, s. v. « Reform, Reformation », dans O. Brunner, W. Conze, R. Koselleck (dir.), Geschichtliche Grundbegriffe, t. 5, Stuttgart, Klett-Cotta, 1984, p. 313-360 ; K. A. Frech, Reform an Haupt und Gliedern, Francfort-sur-le-Main, Lang, 1992.
3 Wolgast, « Reform », art. cité, p. 340 et p. 316 et suiv. ; pour des exemples de la terminologie médiévale, voir « Reformation », dans Heidelberger Akademie der Wissenschaften (dir.), Deutsches Rechtswörterbuch (https://drw-www.adw.uni-heidelberg.de/drw-cgi/zeige?index=lemmata&term=reformation&firstterm=Reform, consulté le 31 août 2020).
4 Wolgast, « Reform », art. cité, p. 341 et suiv.
5 Ibid. p. 354-355.
6 H. Angermeier, Die Reichsreform, 1410-1555, die Staatsproblematik in Deutschland zwischen Mittelalter und Gegenwart, Munich, C. H. Beck, 1984. Les textes sont édités dans id., Deutsche Reichstagsakten (désormais RTA), Mittlere Reihe t. 5, Deutsche Reichstagsakten unter Maximilian, Reichstag von Worms 1495, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1981, no 334, p. 359-373, « Der Ewige Landfriede », Worms, 7 août 1495.
7 Court résumé dans A. Buschmann, s. v. « Ewiger Landfriede », dans HRG, 2e éd., t. 1, col. 1447-1450.
8 Pour l’édition, voir « Reichskammergerichtsordnung », RTA, no 342, p. 379-428.
9 Sur cette cour, voir par exemple B. Diestelkamp (dir.), Das Reichskammergericht. Der Weg zu seiner Gründung und die ersten Jahrzehnte seines Wirkens (1451-1527), Cologne, Böhlau, 2003, particulièrement, P. Schmid, « Die Reformbeschlüsse von 1495 und ihre politischen Rahmenbedingungen », p. 117-144 ; E. Ortlieb, « Vom königlichen/kaiserlichen Hofrat zum Reichshofrat. Maximilian I., Karl V., Ferdinand I. », p. 221-289 ; F. Battenberg, « Die Wormser Kammergerichtsordnung und die Neukonstituierung der königlichen Justiz in Frankfurt 1495: zur Reform des königlichen Kammergerichts », Archiv für hessische Geschichte und Landeskunde, nouv. série 64, 2006, p. 51-83 ; Id., « Königliche Gerichtsbarkeit und Richteramt nach der Kammergerichtsordnung von 1495 : Realisierung eines Reformanliegens oder politischer Kompromiß? », dans S. Dauchy, J. Monballyu, A. Wijffels (dir.), Auctoritates Xenia R. C. van Caenegem oblata, Bruxelles, Wetenschappelijk comité voor rechtsgeschiedenis koninklijke Academie voor wetensschappen, letteren en schone kunsten van Belgie, 1997, p. 91-111.
10 Sur cet office, voir U. Knolle, Studien zum Ursprung und zur Geschichte des Reichsfiskalats im 15. Jahrhundert, thèse, université de Fribourg-en-Brisgau, 1964.
11 Pour l’édition, voir « Reichskammergerichtsordnung », RTA, op. cit., no 342, p. 379-428.
12 Pour l’édition, voir « Der Gemeine Pfennig », ibid., no 448, p. 537-562 ; P. Schmid, Der Gemeine Pfennig von 1495, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1989 ; M. Lanzinner « Der Gemeine Pfennig, eine richtungsweisende Steuerform? Zur Entwicklung des Reichssteuersystems 1422 bis 1608 », dans P. Rauscher, A. Serles, T. Winkelbauer (dir.), Das Blut des Staatskörpers, Munich, Oldenbourg, 2012, p. 261-318.
13 B. Stollberg-Rilinger, Das Heilige Römische Reich Deutscher Nation, 2e éd. Munich, Beck, 2006, p. 41-43.
14 W. Dotzauer, Die deutschen Reichskreise (1386-1806), Stuttgart, F. Steiner, 1998 ; W. Wüst, M. Müller, R. Hindelang (dir.), Reichskreise und Regionen im frühmodernen Europa, Francfort-sur-le-Main, Lang, 2011.
15 Stollberg-Rilinger, Das Heilige Römische Reich, op. cit., p. 49.
16 Monumenta Germaniae Historica, édition électronique (https://www.dmgh.de/, version provisoire, consulté le 23 février 2021).
17 H. Boockmann, H. Dormeier, Konzilien, Kirchen und Reichsreform 1410-1495, Gebhardt Handbuch der Deutschen Geschichte, 10e éd., t. 8, Stuttgart, Klett-Cotta, 2005 ; W. Reinhard, Probleme deutscher Geschichte 1495-1806: Reichsreform und Reformation 1495-1555, Gebhardt Handbuch der Deutschen Geschichte, 10e éd., t. 9, Stuttgart, Klett-Cotta, 2001 ; Oldenbourg Enzyklopädie Deutscher Geschichte, t. 14, K.-F. Krieger, König, Reich und Reichsreform im Spätmittelalter, 2e éd., Munich, 2005, p. 49-50.
18 Sans mentionner la « Reichsreform » dans son titre, l’œuvre de P. Moraw, Von offener Verfassung zu gestalteter Verdichtung, 1250-1490, Francfort-sur-le-Main, Berlin, Propyläen, 1985 (Propyläen Geschichte Deutschlands, t. 3) est une contribution importante au débat scientifique critique sur ce concept.
19 H. Boockmann, s. v. « Reichsreform », dans Lexikon des Mittelalters, Munich, Artemis & Winkler, 1995, t. 7, col. 634-635.
20 A. Laufs, s. v. « Reichsreform », dans HRG, 1re éd., t. 4, Berlin, Schmidt, 1990, col. 732-739.
21 F. Rapp, Le Saint Empire romain germanique, Paris, Tallandier, 2000, p. 153-183.
22 Ibid., p. 221-354.
23 Ibid., p. 252-292.
24 Ibid., p. 292-335.
25 J. Whaley, The Holy Roman Empire. A Very Short Introduction, Oxford, Oxford University Press, 2018.
26 Id., Germany and the Holy Roman Empire, 2 vol., Oxford, Oxford University Press, 2012, trad. allemande par M. Haupt (vol. 1) et M. Sailer (vol. 2) : Das Heilige Römische Reich und seine Territorien, 2 vol., Darmstadt, P. von Zabern/WBG Academic, 2018 [2014].
27 Id., Germany and the Holy Roman Empire, t. 1, op. cit., titre de la section 2, p. 59 et suiv.
28 Id., The Holy Roman Empire, op. cit., p. 77. Le chapitre couvre l’époque du règne de l’empereur Maximilien Ier à la guerre de Trente Ans, p. 77-98.
29 Ibid., p. 77-78.
30 Ibid., p. 81.
31 Ibid., p. 87. Whaley dresse le constat d’échec suivant à propos de Sigismond : « Proposals for reforming the empire, made at diets in 1414 and 1417, led nowhere, which generated further demands for a general review » (ibid. p. 71).
32 T. A. Brady, German Histories in the Age of Reformations, 1400-1650, Cambridge, Cambridge University Press, 2009.
33 Fonction de recherche des Regesta Imperii, entrée « Reichsreform » (http://opac.regesta-imperii.de/lang_de/suche.php?qs=&ts=Reichsreform&ps=&tags=&sprache=&objektart=alle&pagesize=20&sortierung=d&ejahr=, consulté le 27 août 2020). Sur l’aspect terminologique, voir également l’article de N. Perreaux dans ce volume.
34 Voir par exemple J. Eulenstein, C. Reinle, M. Rothmann (dir.), Fehdeführung im spätmittelalterlichen Reich, Affalterbach, Didymos, 2013 ; C. Reinle, « Legitimation und Delegitimierung von Fehden in juristischen und theologischen Diskursen des Spätmittelalters », dans G. Naegle (dir.), Frieden schaffen und sich verteidigen im Spätmittelalter/Faire la paix et se défendre à la fin du Moyen Âge, Munich, Oldenbourg, 2012, p. 83-122 ; Ead. « Fehde », dans HRG, 2e éd., t. 1, Berlin, Schmidt, 2008, col. 1515-1525 ; E. Isenmann, « Warum wurde die Fehde im römisch-deutschen Reich seit 1467 reichsgesetzlich verboten? Der Diskurs über Fehde, Friede und Gewaltmonopol im 15. Jahrhundert », dans Eulenstein, Fehdeführung, op. cit., p. 335-474.
35 Voir par exemple M. G. Fischer, « Reichsreform im Reichsinteresse? Die Diskussion über eine Reorganisation der Reichsjustiz und die Gründung des Reichskammergerichts im Spannungsfeld kaiserlicher und reichsständischer Interessenpolitik », dans A. Bauer, K. H. L. Welker (dir.), Europa und seine Regionen, Cologne, Böhlau, 2007, p. 263-286.
36 Voir par exemple H. Angermeier, Reichsreform und Reformation, Munich, Stiftung Historisches Kolleg, 1983 ; M. Heckel, Martin Luthers Reformation und das Recht, Tübingen, Mohr Siebeck, 2016.
37 G. Annas, Hoftag - Gemeiner Tag - Reichstag. 2 vol. et CD-Rom, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2004 ; P. Moraw (dir.), Deutscher Königshof, Hoftag und Reichstag im späten Mittelalter, Stuttgart, Thorbecke, 2002 ; Id., « Versuch über die Entstehung des deutschen Reichstages », dans H. Weber (dir.), Politische Ordnungen und soziale Kräfte im Alten Reich, Wiesbaden, Steiner, 1980, p. 1-36 ; T. M. Martin, Auf dem Weg zum Reichstag. Studien zum Wandel der deutschen Zentralgewalt 1314-1410, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1993.
38 Voir par exemple O. Auge, « “Kleine” Fürsten als Verlierer der spätmittelalterlichen Reichsreform », dans A. Bihrer, D. Schiersner (dir.) Reformverlierer 1000-1800, Berlin, Duncker & Humblot, 2016, p. 133-158.
39 G. Hödl, Albrecht II. Königtum, Reichstag und Reichsreform 1438-1439, Vienne, Böhlau, 1978.
40 Voir par exemple I. Hlaváček, « Sigismund von Luxemburg und sein Anteil an der Reichsreform », dans Id., A. Patschovsky (dir.), Reform von Kirche und Reich zur Zeit der Konzilien von Konstanz (1431-1449) und Basel (1431-1449), Constance, Universitätsverlag Konstanz, 1996, p. 61-77.
41 Sur ce texte, voir infra et H. Koller, « Zur Beurteilung der Reformatio Friderici », dans K. Herbers, H.-H. Kortüm, C. Servatius (dir.), Ex ipsis rerum documentis. Beiträge zur Mediävistik. Festschrift für Harald Zimmermann zum 65. Geburtstag, Sigmaringen, Thorbecke, 1991, p. 591-606.
42 Voir par exemple R. Seyboth, « Reichsreform und Reichstag unter Maximilian I. », dans J. Helmrath, U. Kocher, A. Sieber (dir.), Maximilians Welt. Kaiser Maximilian I. im Spannungsfeld zwischen Innovation und Tradition, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht (Unipress), 2018, p. 227-258. L’abondante littérature sur Maximilien Ier ne peut pas être présentée ici. Le jubilé de 2019 a donné lieu à de nombreuses publications et colloques dont par exemple M. Debertol, M. Gneiss et al. (dir.), « Per tot discrimina rerum ». Maximilian I. (1459-1519), Vienne/Cologne, Böhlau, 2022. Voir également H. Wiesflecker, Kaiser Maximilian I., 5 vol., Vienne/Cologne, Böhlau, 1971-1986 ; M. Hollegger, Maximilian I. (1459-1519), Stuttgart, Kohlhammer, 2005 ; G. Schmidt-von Rhein (dir.), Maximilian I. Bewahrer und Reformer, Ramstein, Paqué, 2002.
43 Voir par exemple M. Salomies, Die Pläne Kaiser Karls V. für eine Reichsreform mit Hilfe eines allgemeinen Bundes, Helsinki, Suomalainen Tiedeakatemian toimituksia, series B, 83,1.
44 A. Kohnle, « Kaiser, Reichstag, Reichsreform: Friedrich der Weise und das Reich », dans D. Syndram, Y. Fritz, D. Zerbe (dir.), Kurfürst Friedrich der Weise von Sachsen (1453-1525), Dresde, Sandstein, 2014, p. 20-27.
45 Voir par exemple Patschovsky, Reform von Kirche und Reich, op. cit. ; H. Boockmann, « Über den Zusammenhang von Reichsreform und Kirchenreform », dans ibid., p. 203-214 ; H. Heimpel, Studien zur Kirchen- und Reichsreform des 15. Jahrhunderts, t. 1, Eine unbekannte Schrift Dietrichs v. Niem über die Berufung der Generalkonzilien (1413/1414), Heidelberg, Winter, 1929 ; t. 2, Zu zwei Kirchenreform-Traktaten des beginnenden 15. Jahrhunderts: die Reformschrift De praxi curiae Romanae (Squalores Romanae curiae, 1403) des Matthäus von Krakau und ihr Bearbeiter ; das Speculum aureum de titulis beneficorum (1404/05) und sein Verfasser, Heidelberg, Winter, 1974.
46 Voir par exemple T. Frank, N. Winkler (dir.), Renovatio et unitas – Nikolaus von Kues als Reformer. Theorie und Praxis der ‚reformation‘ im 15. Jahrhundert, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht (Unipress), 2012.
47 [K. A.] C. [von] Höfler, Ueber die politische Reformbewegung in Deutschland im xv. Jahrhunderte und den Antheil Bayerns an derselben (discours prononcé le 28 mars 1850), Munich, Weiß, 1850 (http://mdz-nbn-resolving.de/urn:nbn:de:bvb:12-bsb10336314-0, consulté le 28 août 2020).
48 K. Klüpfel (dir.), Urkunden zur Geschichte des Schwäbischen Bundes, 2 vol., Stuttgart, Literarischer Verein, 1846-1853, t. 2, p. 235.
49 G. von Below, « Die Reichsreform », dans J. von Pflugk-Harttung (dir.), Im Morgenrot der Reformation, Hersfeld, 1912, Vertriebsanstalt christlicher Kunstwerke, 1912, p. 121-162 (plusieurs rééditions dont Herget, Stuttgart, 1928 à l’occasion des 400 ans de la Réforme protestante). Sur Below, voir O. G. Oexle, « Ein politischer Historiker. Georg von Below (1858-1927) », dans N. Hammerstein (dir.), Deutsche Geschichtswissenschaft um 1900, Wiesbaden/Stuttgart, Steiner, p. 283-312.
50 F. Hartung, « Die Reichsreform von 1485-1495. Ihr Verlauf und ihr Wesen », Historische Vierteljahrschrift, 16, 1913, p. 24-53 et 181-209.
51 E. Molitor, Die Reichsreformbestrebungen des 15. Jahrhunderts bis zum Tode Friedrichs III., Breslau, Aalen, Scientia, 1969 [1921].
52 H. Carl, « Landfrieden als Konzept und Realität kollektiver Sicherheit im Heiligen Römischen Reich », dans Naegle, Frieden schaffen, op. cit., p. 121-138, ici p. 121 ; G. Braun, La connaissance du Saint-Empire en France du baroque aux Lumières (1643-1756), Munich, Oldenbourg, 2010 ; C. Duhamelle, « Das Alte Reich im toten Winkel der französischen Historiographie », dans M. Schnettger (dir.), Imperium Romanum - Irregulare Corpus - Teutscher Reichs-Staat, Mayence, von Zabern, 2002, p. 207-219 ; G. Naegle, « Cités-États ou simples sujets ? Villes rebelles et villes fidèles dans la constitution du Saint-Empire (xive-xvie siècle) », dans F. Foronda, J.-P. Genet (dir.), Des chartes aux constitutions. Autour de l’idée constitutionnelle en Europe (xiie-xviie siècle), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2019, p. 99-117, ici p. 100.
53 M. Parisse, Allemagne et Empire au Moyen Âge, Paris, Hachette, 2008.
54 Ibid., p. 313.
55 Sur ce texte, voir C. Märtl, « Zum ‚Traum‘ des Hans von Hermansgrün », Zeitschrift für Historische Forschung, 14, 1987, p. 257-264.
56 Sur ce type de textes voir par exemple G. Naegle « À la recherche d’une parenté difficile : miroirs des princes et écrits de réforme (France médiévale et Empire) », dans F. Lachaud, L. Scordia (dir.), Le Prince au miroir de la littérature politique de l’Antiquité aux Lumières, Mont-Saint-Aignan, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2007, p. 259-275 ; Ead., « D’une cité à l’autre : bien commun et réforme de l’État à la fin du Moyen Âge (France/Empire) », Revue française d’histoire des idées politiques, 32/2, 2010, p. 325-338.
57 H. Wiesflecker, Kaiser Maximilian I., t. 2, Reichsreform und Kaiserpolitik. 1493-1500. Entmachtung des Königs im Reich und in Europa, Vienne/Munich, Verlag für Geschichte und Politik/Oldenbourg, 1975.
58 Ibid., p. ix, 175-201 et 313.
59 Ibid., p. 224.
60 « Die fürstenbündische Organisation des Reiches hat bei größeren Prüfungen meist versagt. […] so wenig angenehm gerade einem österreichischen Betrachter die ‚Blut- und Eisenlösungen‘ der Jahre 1866/67 sein mögen, so klar ist ihm die historische Erkenntnis, dass das deutsche Fürsten- und Bundesproblem eben doch nur auf diesem Wege zu lösen war ; endgültig überhaupt erst durch die Revolution von 1918. Große politische Umbrüche können der Gewalt eben nicht völlig entbehren » (ibid., p. 225).
61 « Aber Maximilian brachte aus Burgund eine Fülle von neuen Grundsätzen und Ideen mit, mit denen er in den österreichischen Ländern ein in vieler Hinsicht neues Verwaltungssystem formte, ohne daß er deswegen das niederländische Modell genau nachgebildet hätte. Es handelte sich zweifellos um sehr starke burgundische Beeinflussung, nicht aber um völlige Nachahmung burgundischer Einrichtungen. Übernommen wurden vor allem die ‚Praktiken‘ der burgundischen Verwaltung, der burgundische ‚Cameralismus‘ » (ibid., p. 201).
62 Sur ce texte, voir B. U. Hergemöller (dir.), Maiestas Carolina. Der Kodifikationsentwurf Karls IV. für das Königreich Böhmen von 1355, Munich, 1995 (édition) ; H. Lück, s. v. « Maiestas Carolina », dans HRG, op. cit., t. 2, 2014, col. 1171-1174.
63 Sur les pays autrichiens, voir par exemple M. Hollegger, « Burgundische Regierungs-, Verwaltungs- und Finanztechniken in Österreich? Zum Institutionentransfer um 1500 », dans J.-M. Cauchies (dir.), Publications du Centre européen d’études bourguignonnes, 46, 2006, p. 91-103 ; Id., « Das burgundische Vorbild (le “modèle bourguignon” et sa “réception” dans les principautés habsbourgeoises : arguments et perplexité », dans ibid., p. 77-90.
64 Angermeier, Die Reichsreform, 1410-1555, op.cit.
65 Ibid., p. 13.
66 Id., s. v. « Die Reichsreform », HRG, t. 4, col. 732.
67 D. Willoweit, « Reichsreform als Verfassungskrise. Überlegungen zu Heinz Angermeier, Die Reichsreform 1410-1555 », Der Staat, 26, 1987, p. 270-278 ; P. Moraw, « Organisation und Funktion von Verwaltung im ausgehenden Mittelalter (ca. 1350-1500) », dans K. G. A. Jeserich, H. Pohl, G.-C. von Unruh (dir.), Deutsche Verwaltungsgeschichte, Stuttgart, Deutsche Verlags-Anstalt, 1983, t. 1, p. 58-65.
68 D. Willoweit, « Reichsreform », art. cité, p. 270-278.
69 P. Moraw, « Reichsreform und Gestaltwandel der Reichsverfassung um 1500 », dans R. C. Schwinges (dir.), Über König und Reich, Sigmaringen, Thorbecke, 1995, p. 277-292.
70 Boockmann, « Über den Zusammenhang », art. cité, p. 203.
71 Rapp, Le Saint Empire romain germanique, op. cit., début du chapitre sur « La réforme », p. 292.
72 Ibid., p. 316.
73 Édition : H. Herre (dir.), RTA, Ältere Reihe, t. 16, Deutsche Reichstagsakten unter Kaiser Friedrich III., 2. Abteilung, 1441-1442, Stuttgart/Gotha, Perthes, 1928, p. 396-407.
74 Stollberg-Rilinger, Das Heilige Römische Reich, op. cit., chap. 3 : « Die Phase der institutionellen Verfestigung (1495-1521) », p. 36-50.
75 Ibid., p. 50-63.
76 Ibid., p. 39-40.
77 « Man spricht vom ‚Zeitalter der Reichsreform‘ – was aber irreführend ist. Es handelte sich nicht um eine Reform im modernen Sinne. Reformatio verstand sich als Rückkehr zur ‚guten alten Ordnung‘, nicht als programmatische Zukunftsgestaltung. Das politische Handeln der Beteiligten war kein planmäßiges, groß angelegtes Vorgehen auf ein gemeinsames Ziel hin, sondern eher ein pragmatisches Reagieren auf die jeweils sich stellenden Probleme, ein Suchen nach Kompromissen von Tag zu Tag. Im Effekt wuchsen daraus aber tatsächlich neue, zukunftsträchtige politische Strukturen. Die Reformmaßnahmen bewirkten einen Institutionalisierungs- und Verrechtlichungsschub. Auch wenn die Reichsglieder weiterhin ihre vielfach konkurrierenden Partikularinteressen verfolgten, so arbeiteten sie doch seither auf der zentralen Ebene des Reiches als Gesamtverband in relativ festen institutionalisierten Formen zusammen » (ibid., p. 40).
78 Moraw, « Organisation und Funktion von Verwaltung », art. cité, p. 59.
79 Boockmann, « Reichsreform », art. cité, col. 634-635.
80 Liste d’après Angermeier, Die Reichsreform, op. cit., p. 84-85.
81 L. Weinrich (dir.), Quellen zur Reichsreform im Spätmittelalter, Darmstadt, WBG, 2001.
82 Schmid, Der Gemeine Pfennig, op. cit. ; Lanzinner, « Der Gemeine Pfennig », art. cité.
83 Voir par exemple F. Foronda, A. I. Carrasco Manchado (dir.), Du contrat d’alliance au contrat politique, Toulouse, Presses universitaires Toulouse-Le Mirail, 2007 ; Eid. (dir.), El contrato político en la Corona de Castilla, Madrid, Dykinson, 2008 ; E. Fuentes Ganzo, « Pactismo, cortes y hermandades en León y Castilla. Siglos XIII-XV », dans ibid., p. 415-452 ; F. Foronda (dir.), Avant le contrat social, Paris, Publications de la Sorbonne, 2011 ; M. Diago Hernando, « Die politische Rolle der Städtebünde im spätmittelalterlichen Kastilien (13.-16. Jh.) », dans Naegle, Frieden schaffen, op. cit., p. 139-159.
Auteur
-
Gisela Naegle
Justus-Liebig-Universität, Giessen
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