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    Plan détaillé Texte intégral Se mettre dans la peau d’un animal Voir à travers ses yeux Éprouver ce qu’il éprouve Notes de bas de page Auteur

    Aux sources de l’histoire animale

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Le point de vue des vaches ou l’animisme pris au sérieux

    Sources pour l’observation participante d’un troupeau

    Florent Kohler

    p. 239-250

    Texte intégral Se mettre dans la peau d’un animal Voir à travers ses yeux Éprouver ce qu’il éprouve Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1C’est Viveiros de Castro1 qui, dans un article séminal publié en 1996, a renouvelé l’anthropologie des sociétés dites « animistes2 » en observant que, chez ces sociétés, l’opposition nature/culture n’existe pas, la nature étant incluse dans le cercle des relations sociales. Les sociétés humaines, entre elles aussi bien que vis-à-vis des sociétés non humaines (qu’il s’agisse d’animaux sociaux, solitaires, ou d’esprits), entretiennent des rapports fondés sur l’échange, la réciprocité, le don ou la prédation. Le monde environnant est ainsi « animisé », chargé d’une logique universellement partagée, les corps seuls créant les différentes perspectives. L’animisme se présente donc comme le symétrique inverse du naturalisme3, mode de classement des existants qui pose d’une part l’incommensurabilité de l’humain et du non-humain, et d’autre part utilise la culture comme opérateur de classement des sociétés humaines.

    2Mais peu d’anthropologues se sont essayés à déterminer si, réellement, la vision du monde contenue dans l’animisme était fondée, préférant décrire cette vision de l’extérieur ou, plutôt, cherchant à décrire la vision sans se soucier du monde qui la sous-tendait. Peu d’anthropologues – si l’on excepte Eduardo Kohn4 – sont allés vérifier si, réellement, les sociétés de pécaris ou de singes hurleurs entretenaient des relations sociales conscientes avec les humains. En d’autres termes, l’anthropologie ne considère pas que les animaux seraient, eux-mêmes, une source5.

    3Pourtant, si nous cherchons à repenser les rapports hommes/animaux, cette ontologie animiste constitue le meilleur point de départ. En posant l’humanité comme condition universelle, l’animisme permet d’appréhender la multiplicité des points de vue – ou « perspectives » – et donc d’élargir la notion anthropologique du « point de vue de l’indigène » aux êtres sociaux phylogénétiquement proches de notre espèce. Elle rend caduque l’accusation d’anthropomorphisme, dans la mesure où l’anthropomorphisme est au fondement même de l’animisme. Il s’agit de vérifier si une telle position a une valeur opératoire. Or l’animisme, s’il est pris au sérieux, présente deux dimensions qu’il vaut la peine d’explorer.

    4Ce qui crée la différence de perspective entre différentes espèces, c’est le corps et ses fonctionnalités. Viveiros de Castro éclaire cet aspect de l’animisme en usant d’une métaphore : dans une perspective animiste, la peau du jaguar fonctionne à la manière de l’équipement d’un homme-grenouille. Le plongeur reste humain sous sa combinaison, tout comme le jaguar lorsqu’il retire sa peau. Le corps constitue donc une entrée par laquelle on peut saisir la perception d’un individu non humain. Afin d’explorer cette hypothèse, nous avons mené, entre 2010 et 2017, plusieurs campagnes (six mois au total) au sein d’un troupeau bovin, de race blonde d’Aquitaine. Ainsi, avant toute observation d’un troupeau, il faut imaginer en quoi la corpulence, les attributs corporels (sabots, pattes, queue, cornes…) et le champ visuel jouent un rôle dans le fait d’être une vache.

    5La deuxième dimension est relationnelle : par quel biais la communication est-elle possible, qu’elle soit intra ou interspécifique ? Plus précisément, comment appréhender par l’observation ce qui franchit la barrière individuelle pour affecter quelqu’un d’autre ? La question ici posée est celle des affects, de leur expression et de leur décodage, considérés comme source. Ce sont ces deux dimensions que cette contribution propose d’exposer.

    Se mettre dans la peau d’un animal

    6Pour qu’une société se maintienne, génération après génération, il faut que les codes qui la régissent, et qui permettent aux individus qui la composent de vivre ensemble, de coopérer, de répondre aux mêmes affects, soient transmis culturellement6. C’est en partant de ce principe que nous pouvons accomplir le programme de l’anthropologie fixé par Malinowski7 : percevoir « le point de vue de l’indigène », non sous forme de cosmologies exprimées verbalement, mais d’un monde dont les émotions délimitent les contours. La principale difficulté de cette approche est le fait que les non-humains ne produisent pas de discours à leur propre sujet. On peut contourner cette difficulté en considérant que les émotions et leur expression constituent un langage susceptible d’être déchiffré, certaines se prêtant d’ailleurs à la photographie.

    7La survalorisation du discours au détriment des vérités qu’ils recèlent ou dissimulent est un biais académique très ancré. Elle trouve son origine dans le fait que la science est transmise par le langage, et que les écrits et actes de parole sont des éléments objectifs grâce auxquels les sciences humaines et sociales peuvent prétendre à une vérité scientifique. Peu importent les sentiments dissimulés par Saint-Simon dans ses Mémoires, la mauvaise foi disséminée par Schopenhauer dans ses écrits philosophiques et moraux, ou le contexte dans lequel fut raconté le mythe du dénicheur d’oiseau analysé par Lévi-Strauss.

    8Pourtant, depuis l’aube de l’humanité, l’expression des émotions est un des fondements de la cohésion sociale. Citons d’abord le langage chorégraphique, où les corps des danseurs récitent une palette de mouvements destinés à générer de l’émotion chez le spectateur. Le spectateur participe en éprouvant et marquant le rythme – il fait alors corps avec la danse et, de ce fait, y participe. C’est encore plus patent dans la danse classique : le spectateur d’un ballet ne marque pas la mesure en battant des mains ou du pied, mais déchiffre le déroulement de l’action à travers la musique et les corps en mouvement, chaque émotion étant lisible, non sur l’expression du visage, mais dans la codification des mouvements de bras, de tête, du rythme, des couleurs des costumes, du décor, etc.

    9Plus proche de nous, c’est le cinéma muet, dérivé des pantomimes, qui nous offre un exemple du pouvoir que les émotions exercent sur ceux qui les regardent se déployer. Charles Chaplin n’a pas besoin d’être véritablement amoureux, ni apeuré, ni indigné, pour peu que ces émotions soient lisibles sur son visage et ses attitudes corporelles. L’art de conter une histoire à travers des émotions codifiées a atteint, avant l’avènement du parlant, des sommets que nous avons tendance à oublier. Ainsi, nous disposons de l’équipement émotionnel requis pour lire et déchiffrer des sentiments complexes, sans parler des émotions-réflexes dont l’évolution nous a dotés – la peur ou la panique, par exemple.

    10Ces exemples nous permettent d’affirmer qu’une société animale peut faire l’objet d’une ethnographie. C’était déjà l’entreprise de Jane Goodall, en dépit des pressions qu’elle subissait pour désincarner ses observations. La crédibilité d’une telle ethnographie repose sur la capacité du chercheur à percevoir et transcrire non des comportements, mais des émotions. Jeanne Favret-Saada déplorait que l’anthropologie ne se soit pas consacrée davantage aux affects et aux modes d’« être affecté8 », et ne se soit donc pas dotée d’une terminologie adaptée. C’est pourtant là que réside la genèse de notre vie sociale, en même temps que notre capacité, ou non, à transcender l’appartenance à une espèce particulière.

    11C’est la position et la démarche que nous avons adoptée durant notre enquête de terrain menée entre 2010 et 2011, puis en 2017, dans un troupeau de vaches en Vendée, en partant de prémisses simples – la vie en groupe, chez les animaux sociaux, résulte d’un processus évolutif convergent. Autant les modalités de cette vie sociale sont complexes à appréhender chez des espèces appartenant à un autre ordre (par exemple, les arthropodes ou les crustacés), autant les mammifères, dont nous sommes, doivent avoir répondu aux mêmes défis et résolu les mêmes difficultés. Nous parlons évidemment d’une vie sociale où les individus se connaissent et interagissent quasiment en permanence, ce qui ne saurait être valide dans une métropole où les individus se côtoient, mais ne se connaissent ni ne se fréquentent.

    12En quoi un troupeau de vache est-il une source ? Comment « fait-il source », selon une formulation coutumière de l’anthropologie ? Dans le monde de l’élevage – excepté quelques rares élevages traditionnels comptant très peu d’individus –, les troupeaux sont aléatoirement constitués par l’éleveur au printemps et dissous en hiver (de fin avril à mi-octobre, approximativement). Le nombre d’individus qui les composent dépend de la taille des pâturages où on les fait tourner, soit entre quinze et trente. Les individus doivent, en un temps restreint, former un groupe où les conditions d’existence répondent au mieux à leurs exigences et à leur bien-être.

    13Il y a donc deux périodes relativement distinctes : la première est la recherche d’équilibre, où les relations sont parfois conflictuelles et très instables (sauf si des individus se sont déjà fréquentés). La deuxième débute lorsque le groupe adopte une routine qui montre qu’il est stabilisé. La source n’est donc pas « les bovins » en général, pas plus que « les bovins d’élevage », mais un groupe sui generis qu’il faut observer et décrire comme tel.

    14Ce groupe ne commence à former sens que lorsque les individus sont bien identifiés. Les éleveurs jouent ici un rôle crucial dans la mesure où eux seuls connaissent peu ou prou le parcours individuel de leurs vaches, leurs préférences et particularités et éventuellement l’historique de leurs répulsions et de leurs amitiés. Toutefois, les observations des éleveurs ciblent souvent ce qui affecte ou facilite la bonne marche de l’élevage ; de très rares fois, on peut entendre des anecdotes relevant davantage de l’intime, et qui sont fort précieuses.

    15Une autre question se pose : l’observation des faits et gestes permet-elle une compréhension exhaustive de ce qu’est une vie de groupe ? La réponse est évidemment négative. Chez les humains, une bonne part du travail de terrain repose sur des entretiens et la participation à certaines activités sociales où la parole joue un rôle (d’où l’expression « observation participante »). A priori, cela est un obstacle rédhibitoire lorsqu’il s’agit d’observer des non-humains. Toutefois, on peut creuser cette question. En effet, on ne peut restreindre la parole aux mots prononcés. La fameuse question de Bourdieu (« d’où parlez-vous ? ») est pertinente en ceci qu’elle est également pourvoyeuse d’indices de position sociale, de seconde intention, d’émotions positives ou négatives, etc. Considérés séparément, ces indices peuvent trouver une autre forme d’expression. De manière caricaturale, un coup de corne équivaut à un « tu m’énerves » ou « ôte-toi de là » ou « c’est moi le chef ». Mais, précisément, c’est cette caricature de communication qui est la plus facilement observable, et donc décrite. Or l’observation et une dose d’empathie nous permettent d’aller beaucoup plus loin.

    Voir à travers ses yeux

    16Le corps et le mouvement sont, depuis la naissance de l’éthologie, conçus comme une manière alternative de surmonter la barrière inter-espèces. On trouve ainsi chez Darwin9 l’idée que les individus jeunes et âgés d’espèces différentes expriment le même état d’esprit par les mêmes mouvements. Konrad Lorenz construisait déjà une forme d’« être avec » en intégrant le comportement d’une jeune oie pour mieux l’apprivoiser10. Temple Grandin11 connut un grand succès par sa capacité à restituer la perception et le ressenti des bovins depuis le champ jusqu’à l’abattoir. Donna Haraway12 a développé le concept de symbiogenèse en montrant comment la perception par le corps constitue un « savoir positif ». Se dessinent ainsi les contours d’une perception de l’animal à partir du mouvement et de la corporéité13. C’est ainsi que Shaun Ellis14, pour vivre parmi les loups, s’est fait loup, adoptant toutes les postures et les gestes liés à la sociabilité au sein d’une meute.

    17Sans prétendre aller aussi loin, on peut se demander ce que voit une vache lorsqu’elle est au champ, pour comprendre notamment ce qu’un herbivore susceptible d’être attaqué par un prédateur a besoin de voir et d’interpréter dans son champ visuel. Un tableau publié par le Syndicat national des ophtalmologistes de France15 permet de comprendre le lien entre champ visuel et besoins spécifiques. Ainsi, le champ de vision panoramique d’un humain est-il assez réduit, et se confond presque avec son champ de vision binoculaire (principe commun aux primates et aux prédateurs), soit entre 170 et 190° pour le premier et de 110 à 120° pour le deuxième. Chez les bovins, en revanche, le champ de vision panoramique atteint 360° cependant que la vision binoculaire est limitée à 25-50°. En d’autres termes, la priorité pour un bovin est de contrôler les alentours cependant que l’herbe, immobile, ne nécessite pas d’effort oculaire particulier (ce sont le mufle, l’odorat et la langue qui sont impliqués dans la détection et la préhension de la nourriture).

    18La figure 1 offre un exemple de visions panoramiques partielles (il faudrait inclure la voûte du ciel jusqu’à la verticale) qui nous permettent, bien imparfaitement, de comprendre que le regard d’une vache embrasse tout l’horizon ou presque.

    Fig. 1. Prises de vue panoramiques d’un champ.

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    19Pour voir à travers les yeux d’une vache, il faut se représenter non un rectangle allongé mais un orbe très vaste englobant presque tout l’horizon. La vision binoculaire n’embrasse que le centre de l’image. Photographies : Florent Kohler.

    20Ce champ de vision révèle donc qu’une vache peut à tout instant se situer par rapport aux autres, ce qui facilite les déplacements en groupe ou la surveillance d’un veau ; ensuite, que le champ de vision binoculaire, s’il est restreint, suit les mouvements de la tête : la vache peut ainsi fixer son regard sur un objet tel qu’un intrus. Enfin, le cône d’ombre dont la pointe se situe à un mètre en avant du museau pour se projeter vers l’arrière rend la vache particulièrement vulnérable à l’attaque d’un prédateur survenant par l’arrière. Raison pour laquelle, on peut le supposer, elles apprécient rarement qu’on leur flatte la croupe ou le dos.

    21Quant aux mouvements perçus par une vache, ils sont plus difficiles à déterminer. Selon le Syndicat national des ophtalmologistes, déjà cité, la vision du mouvement perçu chez les bovins est une vision décomposée : un bras agité dans tous les sens est vu comme une série de bras occupant différentes positions dans l’espace, un bras démultiplié ; c’est la raison pour laquelle les bovins réagissent vivement face à des gestes brusques. Ces éléments ont permis à Temple Grandin, dans les années 1970, de contribuer au bien-être des animaux d’élevage en mettant en évidence la lenteur des ajustements oculaires des bovins et la panique que provoquaient chez eux les passages brusques de l’ombre à la lumière16.

    Éprouver ce qu’il éprouve

    22Prétendre que nous ne saurions déchiffrer le code de communication émotionnel d’une autre espèce équivaudrait à dire que nous ne pouvons comprendre un individu parlant une langue étrangère. Or, contrairement à l’hypothèse Sapir-Whorf, les langages humains ne sont pas incommensurables, même s’ils révèlent d’autres visions du monde, d’autres hiérarchies de normes ou de valeurs. Dans le cas où nous ne parlerions pas une langue étrangère, une communication face à face nous permet de comprendre la teneur ou la substance du discours, bien mieux que si nous conversions au téléphone.

    23Appliquée aux vaches, cette propriété des émotions à être transmises et interprétées nous permet d’envisager que la familiarité débouche sur une capacité à interpréter, avec une marge tolérable d’erreur, les signaux qui nous sont transmis, aussi subtils soient-ils. La source se trouve ici inversée : c’est en nous-même qu’il faut rechercher, comme dans un dictionnaire, l’équivalent émotionnel de ce qui nous est montré. C’est par l’inférence même que l’enquête peut progresser. Cette position est évidemment hétérodoxe, d’autant que les bovins, contrairement aux chiens, ont une palette d’expressions faciales très réduite. Leurs expressions passent davantage par les positions corporelles, les mouvements du corps, de la tête, des oreilles et de la queue, par la voix et le souffle des naseaux. Il est donc difficile d’affirmer sans risquer d’être contredit que telle position des oreilles ou fixité de regard correspond à une émotion donnée.

    24Lorsqu’une vache est agitée par des émotions contradictoires, celles-ci se traduisent par une posture corporelle tout à fait inhabituelle et plus facilement déchiffrable. Ainsi, figure 2, peut-on observer Cristina, partagée entre la crainte et la curiosité. Sa position trahit en effet plusieurs intentions ; la position du mufle, le regard de côté et l’attitude corporelle tendue expriment un compromis sensoriel entre l’odorat et la vision (qui, à cette distance, est latérale), cependant que le museau tendu vers l’avant mais le corps arqué en arrière traduisent à la fois la curiosité et le souci de se ménager une possibilité de fuite.

    Fig. 2. Cristina, partagée entre la crainte et la curiosité.

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    Photographie : Florent Kohler.

    25Dans la figure suivante (fig. 3), on voit le taureau Basilic irrité de me voir au pied de son arbre favori. Si des vaches s’étaient trouvées à proximité, il aurait chargé, comme il l’avait fait en une autre occasion. Mais, seul face à moi, sa timidité reprend le dessus, raison pour laquelle il cherche à m’impressionner tout en se tenant à l’abri.

    Fig. 3. Basilic partagé entre la timidité et le désir de m’éloigner de son arbre favori.

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    Photographie : Florent Kohler.

    26Ces illustrations montrent des émotions simples (dites « primaires », telles la peur, la joie, la colère…). Comment appréhender des émotions plus complexes, celles qu’on appelle « secondaires », ou « sociales », telles que l’amitié, l’amour, la haine, la honte, l’envie… ? C’est ici que la récurrence des observations peut nous aider.

    27C’est un fait connu de la science : les vaches vivent en troupeau. Leur coordination est assez lâche ; tout juste peut-on observer un parcours collectif consistant à brouter continûment sur toute la longueur d’un champ, puis remonter par un sentier tracé le long de la clôture, pour réemprunter le champ dans le même sens. On distingue parfois des agrégats de vaches du même âge, des vaches solitaires (souvent les plus vieilles) ou des vaches apparentées (mère-fille)17.

    28Toutefois, le troupeau fait corps lorsque survient un événement inopiné. Lorsqu’un inconnu s’approche du champ, le troupeau se masse le long de la clôture, formant une barrière. Mais c’est aussi le cas lorsque survient l’éleveur, ce que celui-ci explique par le fait que les vaches espèrent passer dans un autre champ. Lorsque j’approchais moi-même, ce troupeau, me connaissant, ne prenait plus la peine de m’accueillir de la sorte. Dans ce cas, il se pourrait que ce regroupement soit dû non pas à la prévention d’une attaque mais à la curiosité. Cette interprétation permet de comprendre pourquoi, alors qu’elles n’avaient pas soif, les vaches ont formé une file indienne lorsque la citerne du tracteur a déversé l’eau dans les abreuvoirs (fig. 4).

    Fig. 4. Le troupeau forme une file indienne lorsqu’on remplit leur abreuvoir, même si aucune vache ne va boire.

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    Photographie : Florent Kohler.

    29Cette dernière figure tend à confirmer une intuition : en réalité, les vaches s’ennuient lorsqu’elles sont au champ. Toute distraction est bonne à prendre. Le passage d’un inconnu suscite l’effervescence et, lorsque les vaches sont d’humeur à jouer, on les voit se pousser l’une l’autre comme des enfants réunis poussent un camarade vers l’avant pour lui jouer un tour, trahissant une joie teintée de crainte ou de timidité. Et si l’on se met à courir, s’ensuit une cavalcade qui stoppe brusquement lorsque l’on s’arrête pour faire face, ad libitum.

    30On observe aussi, rarement mais régulièrement, des vaches broutant de conserve, cela sur de longues distances (fig. 5). Cette coordination est-elle involontaire ? Difficile de trancher, sauf si des observations similaires viennent confirmer qu’il s’agit d’un parallélisme recherché.

    Fig. 5. Vaches broutant de manière synchronisée.

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    Plusieurs observations de ce phénomène nous amènent à penser qu’il n’est pas le résultat d’une formation aléatoire.

    Photographies : Florent Kohler.

    31Enfin, un phénomène longtemps négligé (sans doute du fait que l’éleveur remanie régulièrement ses troupeaux) est celui de l’amitié que peuvent se porter différents individus. J’ai observé des inimitiés féroces, confirmées par les éleveurs. Mais ceux-ci ne s’intéressent pas (ou préfèrent ne pas s’intéresser) à des gestes traduisant l’affection que deux vaches peuvent se porter. Surprendre ainsi l’intimité de leurs bêtes leur poserait un problème moral que tout l’art de l’élevage consiste à évacuer18. Or, si l’on regarde les photographies suivantes (fig. 6), on ne peut s’empêcher de penser – à raison – qu’Eva (à gauche) et Marta (à droite) éprouvent de l’amitié l’une pour l’autre.

    Fig. 6. Eva et Marta au crépuscule, près de l’abreuvoir.

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    Photographies : Florent Kohler.

    32Ce que ces photographies illustrent, c’est qu’il y a, dans la coordination du troupeau ou d’individus, dans les liens que tissent les vaches, un potentiel émotionnel important, lié à la grégarité. La cohésion du groupe ne naît pas seulement de la coexistence : il s’agit d’un but recherché, d’une démarche construite, fondée sur le parallélisme des corps, leur disposition les uns par rapport aux autres, et à travers les interactions affectueuses.

    33Pour un anthropologue, étudier un troupeau de vache est une gageure. Le cœur de l’enquête anthropologique consiste, outre l’observation participante, en le recueil d’informations, récits, légendes, de la part d’interlocuteurs capables de structurer un discours. Les photographies prises sur le terrain sont destinées à illustrer certains moments de l’enquête : rituel, portrait d’informateurs, pratiques quotidiennes.

    34Lorsqu’on observe un troupeau de vache, outre le surcroît de patience demandé, c’est la photographie même qui est la source. Souvent, la photo est prise au moment où l’action est terminée ou quand elle n’a pas encore débuté. D’autres fois, le cliché révèle des choses qu’on aurait eu du mal à comprendre. Si nombre de vaches sont reconnaissables à l’œil nu, il est parfois très difficile d’en identifier certaines, surtout à distance. C’est alors l’agrandissement de la boucle auriculaire qui nous permettra d’additionner deux et deux, en observant qu’une même vache, comme Eva (fig. 6), est très souvent engagée dans des manifestations affectueuses.

    35Les notes de terrain sont souvent trop imprécises pour décrire par le menu l’ensemble des indices corporels signifiant une humeur ou une émotion particulière. De même, on ne sait transcrire les sons émis par les vaches, meuglements ou souffle accéléré. Les primatologues, en revanche, ont élaboré une terminologie complexe pour décrire les sons émis par les chimpanzés, les singes vervets, les lémuriens, etc.19. Il faut se trouver immergé pour comprendre les intentions que ces sons recèlent, y compris lorsqu’un éternuement volontaire signifie qu’une vache veut vous encorner.

    36Venons-en au point central de cette réflexion. Les prémisses selon lesquelles la vie sociale des mammifères répond à des processus évolutifs convergents permettent de défendre cette hypothèse : la vie sociale d’un troupeau de vaches, si elle diffère par nombre d’aspects de celle d’une communauté humaine, doit forcément répondre à des contraintes similaires. L’observation attentive et participante d’un troupeau de vache permet d’élargir le potentiel heuristique d’une telle source : les interprétations se fortifient à mesure que les observations s’accumulent. C’est leur caractère récurrent, et non le fait qu’elles soient reproductibles, qui leur donne leur valeur.

    37Ce que notre enquête nous a enseigné est que le lien social et la cohésion du groupe ne peut se faire au détriment du bien-être des individus. Se focaliser sur la dominance, la hiérarchie, les interactions agressives, ne permettent pas de comprendre ce qui fait qu’une société se maintient dans le temps. Les vaches formées aléatoirement en troupeau, chaque printemps, et dispersées à l’automne, se trouvent d’une certaine manière contraintes à forger une société transitoire, et à faire en sorte que cette société soit vivable. J’ai eu la chance d’observer la fabrique de liens sociaux qu’est un troupeau de vaches, sorti de nulle part et livré à lui-même. Les sources photographiques nous permettent de capturer l’expression d’émotions individuelles et sociales qui recèlent l’essence de la vie en société : le fait qu’elle ait du sens.

    38Enfin, nous pensons avoir montré que l’animisme, qui pose la symétrie des relations entre humains et non-humains, peut être pris au sérieux : il suffit de considérer une société animale comme une source directe, plutôt que de s’en tenir aux discours que l’on peut tenir sur elle. Analyser la relation qu’entretiennent la société formée par la famille des éleveurs et celle des troupeaux qu’ils dirigent20 est la conséquence logique de ce que nous venons d’exposer ; nous espérons avoir fourni les données et les exemples de sources nécessaires à cette ultime étape.

    Notes de bas de page

    1 Eduardo Viveiros de Castro, « Os pronomes cosmológicos e o perspectivismo ameríndio », Mana, 2/2, 1996, p. 115-144.

    2 « Animisme » vient du latin anima, « âme » mais aussi « animé » – d’où le mot « animal ». Les premières observations remontent au début du xxe siècle, en Sibérie. Dans un premier temps, ce terme générique s’appliquait à toutes les sociétés semblant attribuer une âme aux êtres animés ou inanimés. Aujourd’hui, on ne raisonne plus en termes d’âme mais de perspective et d’agentivité.

    3 La question des relations homme-animal, et plus globalement de l’homme à l’environnement, a connu un tournant avec la publication en 2005 de la somme de Philippe Descola. Le public non averti découvrait ainsi différentes ontologies, ou mode de production des existants, dont certaines diffèrent radicalement de notre approche occidentale, dite « naturaliste », et qui consiste à séparer les domaines respectifs de la nature et de la culture, cette dernière caractérisant l’humain. Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.

    4 Eduardo Kohn, How Forests think: Toward an Anthropology beyond the Human, Berkeley, University of California Press, 2013. L’enquête a été menée parmi les Runa d’Équateur, en Amazonie occidentale. Eduardo Kohn, partant du vocabulaire runa, étend la notion d’histoire, de parcours et d’agentivité aux animaux, plantes, mais aussi phénomènes et entités naturelles, telles que le cycle de l’eau.

    5 Parmi les exceptions, on peut citer Marion Vicart, Des chiens auprès des hommes. Quand l’anthropologue observe aussi l’animal, Paris, Petra, 2014, et Cinthia Moreira de Carvalho Kagan, Les Indiens Pitaguary et leurs chiens : une société hybride ?, thèse d’anthropologie, Paris 3 Sorbonne nouvelle, 2016. Par ailleurs, les sociologues Dominique Guillo (Des chiens et des humains, Paris, Le Pommier, 2015), Jocelyne Porcher et Tiphaine Schmitt (« Les vaches collaborent-elles au travail ? », Revue du MAUSS, 2010, p. 235-261), les philosophes comme Dominique Lestel (Les amis de mes amis, Paris, Seuil, 2007) et Vinciane Despret (« The Body we Care for: Figures of Anthropo-zoo-genesis », Body and Society, 10/2-3, 2004, p. 111-134) ont posé le principe de réciprocité et de co-construction des relations entre les humains et les animaux dont ils sont proches. Dans le monde anglo-saxon, en revanche, sont pratiquées depuis quelque temps déjà les ethnographies multi-espèces (multispecies ethnography). On peut se référer à l’ouvrage remarquable de Marcus Baynes-Rock, Among the Bone-eaters. Encounters with Hyenas in Harare, Philadelphie, The Pennsylvania State University Press, 2015.

    6 Pour une approche fondée sur une « synthèse moderne étendue » de la théorie de l’évolution, qui intégrerait les traits culturellement transmis, voir Étienne Danchin et al., « Beyond DNA: Integrating Inclusive Inheritance into an extended Theory of Evolution », Nature Reviews Genetics, 12/7, 2011, p. 475-486.

    7 Bronislaw Malinowski, Les Argonautes du Pacifique occidental, Paris, Gallimard, 1963.

    8 Jeanne Favret-Saada, Désensorceler, Paris, L’Olivier, 2011.

    9 Charles Darwin, L’expression des émotions chez l’homme et les animaux [1877], Paris, Rivages, 2001.

    10 Vinciane Despret, « The Body we Care for », art. cité.

    11 Temple Grandin, Catherine Johnson, Animals in Translation: Using the Mysteries of Autism to Decode Animal Behaviour, New York, Scribner, 2005.

    12 Donna Haraway, When Species Meet, Minneapolis/Saint Paul, Minnesota University Press, 2008.

    13 Henry Buller, « “One Slash of Light, then Gone.” Animals as Movement », Études rurales, 189/1, 2012, p. 139-153.

    14 Shaun Ellis, The Man who Lives with Wolves, New York, Crown, 2009.

    15 Disponible sur http://www.snof.org/encyclopedie/la-vision-des-bovins, consulté le 28 juin 2018.

    16 Temple Grandin, Catherine Johnson, Animals in Translation, op. cit. Paradoxalement, Grandin attribuait à son autisme sa capacité d’empathie à l’égard des non-humains. Nous ne souscrivons pas à cette opinion, qui reflète trop souvent l’idée que les animaux seraient des humains dysfonctionnels.

    17 Ce cas de figure ne se présentait pas dans l’élevage où j’ai travaillé, les veaux étant séparés de leur mère à l’âge de 3 mois. Rosamund Young (The Secret Life of Cows, Preston, Farming Books and Videos, 2003) a observé la solidité des liens mère-fille sur plusieurs générations, dans son propre élevage où les veaux n’étaient pas sevrés de force.

    18 J’ai ainsi observé que les bêtes parquées dans les boxes d’engraissement sont désignées non plus par « elle » ou « lui » mais par « ça ». De plus, chaque individu est réputé se trouver là à cause de problèmes de comportement (bête agressive, mauvaise mère, etc.). L’éleveur voit ainsi la sélection des bêtes à abattre non selon une logique économique mais comme résultant de comportements inadéquats, voire immoraux, qu’il est de son devoir de sanctionner. Il m’a été impossible de déchiffrer ce que les vaches pensaient d’une telle morale.

    19 Voir, par exemple, Robert M. Seyfarth, Dorothy L. Cheney, « Meaning and Emotion in Animal Vocalizations », Annals of the New York Academy of Sciences, 1000/1, 2003, p. 32-55, ou Jessica C. Flack, « Animal Communication: Hidden Complexity », Current Biology, 23/21, 2013, p. R967-R969.

    20 Lorsque cette enquête a été menée, son objectif était d’appliquer des outils anthropologiques à l’observation d’une société animale. Les rapports mutuels qu’entretiennent les éleveurs et leurs vaches n’ont pas été approfondis à l’époque. Ce sera l’objet d’une recherche à venir.

    Auteur

    • Florent Kohler

      Florent Kohler, anthropologue, maître de conférences, université de Tours, a notamment publié L’animal qui n’en était pas un, Paris, Sang de la terre, 2012, et, en collaboration, Réhabiliter la nature ordinaire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016.

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    1 Eduardo Viveiros de Castro, « Os pronomes cosmológicos e o perspectivismo ameríndio », Mana, 2/2, 1996, p. 115-144.

    2 « Animisme » vient du latin anima, « âme » mais aussi « animé » – d’où le mot « animal ». Les premières observations remontent au début du xxe siècle, en Sibérie. Dans un premier temps, ce terme générique s’appliquait à toutes les sociétés semblant attribuer une âme aux êtres animés ou inanimés. Aujourd’hui, on ne raisonne plus en termes d’âme mais de perspective et d’agentivité.

    3 La question des relations homme-animal, et plus globalement de l’homme à l’environnement, a connu un tournant avec la publication en 2005 de la somme de Philippe Descola. Le public non averti découvrait ainsi différentes ontologies, ou mode de production des existants, dont certaines diffèrent radicalement de notre approche occidentale, dite « naturaliste », et qui consiste à séparer les domaines respectifs de la nature et de la culture, cette dernière caractérisant l’humain. Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005.

    4 Eduardo Kohn, How Forests think: Toward an Anthropology beyond the Human, Berkeley, University of California Press, 2013. L’enquête a été menée parmi les Runa d’Équateur, en Amazonie occidentale. Eduardo Kohn, partant du vocabulaire runa, étend la notion d’histoire, de parcours et d’agentivité aux animaux, plantes, mais aussi phénomènes et entités naturelles, telles que le cycle de l’eau.

    5 Parmi les exceptions, on peut citer Marion Vicart, Des chiens auprès des hommes. Quand l’anthropologue observe aussi l’animal, Paris, Petra, 2014, et Cinthia Moreira de Carvalho Kagan, Les Indiens Pitaguary et leurs chiens : une société hybride ?, thèse d’anthropologie, Paris 3 Sorbonne nouvelle, 2016. Par ailleurs, les sociologues Dominique Guillo (Des chiens et des humains, Paris, Le Pommier, 2015), Jocelyne Porcher et Tiphaine Schmitt (« Les vaches collaborent-elles au travail ? », Revue du MAUSS, 2010, p. 235-261), les philosophes comme Dominique Lestel (Les amis de mes amis, Paris, Seuil, 2007) et Vinciane Despret (« The Body we Care for: Figures of Anthropo-zoo-genesis », Body and Society, 10/2-3, 2004, p. 111-134) ont posé le principe de réciprocité et de co-construction des relations entre les humains et les animaux dont ils sont proches. Dans le monde anglo-saxon, en revanche, sont pratiquées depuis quelque temps déjà les ethnographies multi-espèces (multispecies ethnography). On peut se référer à l’ouvrage remarquable de Marcus Baynes-Rock, Among the Bone-eaters. Encounters with Hyenas in Harare, Philadelphie, The Pennsylvania State University Press, 2015.

    6 Pour une approche fondée sur une « synthèse moderne étendue » de la théorie de l’évolution, qui intégrerait les traits culturellement transmis, voir Étienne Danchin et al., « Beyond DNA: Integrating Inclusive Inheritance into an extended Theory of Evolution », Nature Reviews Genetics, 12/7, 2011, p. 475-486.

    7 Bronislaw Malinowski, Les Argonautes du Pacifique occidental, Paris, Gallimard, 1963.

    8 Jeanne Favret-Saada, Désensorceler, Paris, L’Olivier, 2011.

    9 Charles Darwin, L’expression des émotions chez l’homme et les animaux [1877], Paris, Rivages, 2001.

    10 Vinciane Despret, « The Body we Care for », art. cité.

    11 Temple Grandin, Catherine Johnson, Animals in Translation: Using the Mysteries of Autism to Decode Animal Behaviour, New York, Scribner, 2005.

    12 Donna Haraway, When Species Meet, Minneapolis/Saint Paul, Minnesota University Press, 2008.

    13 Henry Buller, « “One Slash of Light, then Gone.” Animals as Movement », Études rurales, 189/1, 2012, p. 139-153.

    14 Shaun Ellis, The Man who Lives with Wolves, New York, Crown, 2009.

    15 Disponible sur http://www.snof.org/encyclopedie/la-vision-des-bovins, consulté le 28 juin 2018.

    16 Temple Grandin, Catherine Johnson, Animals in Translation, op. cit. Paradoxalement, Grandin attribuait à son autisme sa capacité d’empathie à l’égard des non-humains. Nous ne souscrivons pas à cette opinion, qui reflète trop souvent l’idée que les animaux seraient des humains dysfonctionnels.

    17 Ce cas de figure ne se présentait pas dans l’élevage où j’ai travaillé, les veaux étant séparés de leur mère à l’âge de 3 mois. Rosamund Young (The Secret Life of Cows, Preston, Farming Books and Videos, 2003) a observé la solidité des liens mère-fille sur plusieurs générations, dans son propre élevage où les veaux n’étaient pas sevrés de force.

    18 J’ai ainsi observé que les bêtes parquées dans les boxes d’engraissement sont désignées non plus par « elle » ou « lui » mais par « ça ». De plus, chaque individu est réputé se trouver là à cause de problèmes de comportement (bête agressive, mauvaise mère, etc.). L’éleveur voit ainsi la sélection des bêtes à abattre non selon une logique économique mais comme résultant de comportements inadéquats, voire immoraux, qu’il est de son devoir de sanctionner. Il m’a été impossible de déchiffrer ce que les vaches pensaient d’une telle morale.

    19 Voir, par exemple, Robert M. Seyfarth, Dorothy L. Cheney, « Meaning and Emotion in Animal Vocalizations », Annals of the New York Academy of Sciences, 1000/1, 2003, p. 32-55, ou Jessica C. Flack, « Animal Communication: Hidden Complexity », Current Biology, 23/21, 2013, p. R967-R969.

    20 Lorsque cette enquête a été menée, son objectif était d’appliquer des outils anthropologiques à l’observation d’une société animale. Les rapports mutuels qu’entretiennent les éleveurs et leurs vaches n’ont pas été approfondis à l’époque. Ce sera l’objet d’une recherche à venir.

    Aux sources de l’histoire animale

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    Kohler, F. (2019). Le point de vue des vaches ou l’animisme pris au sérieux. In Éric Baratay (éd.), Aux sources de l’histoire animale. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.107433
    Kohler, Florent. « Le point de vue des vaches ou l’animisme pris au sérieux ». In Aux sources de l’histoire animale, édité par Éric Baratay. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2019. doi:10.4000/books.psorbonne.107433.
    Kohler, Florent. « Le point de vue des vaches ou l’animisme pris au sérieux ». Aux sources de l’histoire animale, édité par Éric Baratay, Éditions de la Sorbonne, 2019, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.107433.

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    Baratay, Éric (éd.). (2019). Aux sources de l’histoire animale. Paris: Éditions de la Sorbonne. https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.107207
    Baratay, Éric, éd. Aux sources de l’histoire animale. Paris: Éditions de la Sorbonne, 2019. doi:10.4000/books.psorbonne.107207.
    Baratay, Éric, éditeur. Aux sources de l’histoire animale. Éditions de la Sorbonne, 2019, https://doi.org/10.4000/books.psorbonne.107207.
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