Chapitre 31. De la Catalogne à Narbonne : épigraphie amphorique et épigraphie lapidaire
Les affaires de Veiento*
p. 555-575
Note de l’éditeur
Cette étude, qui résulte d'un échange d'informations avec R. Plana-Mallart, à présent professeur d'archéologie à l'université Montpellier III, et qui fut écrite en étroite collaboration avec elle, a reçu une version en langue catalane dans la revue Faventia, 19, 1997. Le dossier s'est développé, notamment quand il s'enrichit des compléments d'épigraphie tégulaire, transmis par G. Fédière [Christol 1999 e, Christol 2000 d, ici chapitre 25]. Les remarques faites par J. Gascou dans AE 1998, 932 et AE 1999, 1036, conduisent à conforter une chronologie haute pour la carrière municipale du fils de Veiento et donc pour le floruit des affaires de ce dernier : voir la note additionnelle au chapitre 21. Dans la récente publication de la carte archéologique de la ville de Narbonne, une nouvelle inscription, vraisemblablement relative à P(ublius) Usulenus Veientonis f(ilius) [—], a été signalée. Mais elle est mutilée. Voir Dellong 2002, p. 445 avec fig. 564.
Texte intégral
1À propos de l’essor progressif des vignobles d’Occident, on a mis récemment en évidence les conséquences économiques qu’avaient pu entraîner dans les relations entre l’Italie et les provinces l’apparition, puis la croissance de lieux de production détachés de la péninsule. Élimination des vins italiens et remplacement rapide de ceux-ci par des vins produits dans les provinces, puis même inversion et renversement des flux commerciaux vers l’Italie, telles sont, tirées à grands traits, quelques-unes des caractéristiques de ce chapitre d’histoire économique rédigé récemment par A. Tchernia1, mais amplement développé avant et après lui par de nombreux auteurs, attachés à apprécier les données fournies par l’archéologie2.
2À les suivre, ce changement prend sa source sur la côte catalane. Le traceur en est fourni par l’archéologie amphorique, qui montre l’essor mesurable de la production des conteneurs, sa précocité aussi, puis la diffusion de ces emballages, et naturellement celle d’une production agricole de qualité, d’abord sur l’axe aquitain, à partir de Narbonne, puis sur d’autres voies du grand commerce en Occident3. Sur /274/ le trajet vers Toulouse et Bordeaux, à l’époque de Fonteius les vins italiens détenaient un monopole. Une concurrence s’établit peu après le milieu du ier siècle av. J.-C. avec les vins de Léétanie, et en quelques décennies ces produits, emballés dans les amphores appelées Pascual 1, écartèrent progressivement ceux qui provenaient de la péninsule4.
3Au point de départ se trouvent donc la Léétanie, une région qui s’étend à l’Est de la Catalogne actuelle, sur la Méditerranée, et plus au Nord l’Ampurdan. On y a mis au jour de nombreux fours dont les débuts de la production peuvent être datés de la transition entre la fin de l’époque républicaine et les débuts du Principat5. C’est là que des types d’amphores, nouveaux par rapport aux amphores dites républicaines, ont été rapidement mis au point : il s’agit d’amphores dites de Tarraconaise, des amphores Pascual 1, et d’un type qui s’inscrit dans la diversité des Dressel 2/4 (fig. 25).
4C’est dans ce contexte qu’il faut placer l’activité de l’établissement romain de Llafranc, situé dans la partie centrale de la côte ampurdane. Celui-ci jouissait d’une situation excellente, pouvant profiter à la fois des avantages portuaires qu’offrait sa baie et de la proximité d’un riche arrière-pays agricole. Ces conditions expliquent l’essor que connut le site dès le début de l’époque augustéenne.
5Les campagnes de fouilles qui ont été menées ont mis au jour un ensemble de structures appartenant à un atelier de potiers6. L’atelier, dont l’activité commença dès la fin du ier s. av. n. è. et se poursuivit jusqu’au milieu du iiie s. de n. è„ a produit essentiellement des amphores vinaires (Tarraconaise ?, Pascual 1, Dressel 2/4, Dressel 30), /275/ mais aussi des matériaux de construction, des dolia et de la céramique commune. Détendue des structures découvertes jusqu’à ce jour – dépotoirs, ensemble de tegulae mises à sécher, bassins, fours et magasins – est évaluée à 7 500 m2, ce qui montre l’envergure de l’officine, les fouilles restant encore très partielles.
6L’espace occupé par ce complexe artisanal s’est modifié légèrement dans le temps. Les premiers vestiges de fonctionnement de l’atelier, représentés notamment par une quantité importante d’amphores Pascual 1, montrent que l’activité se localisait d’abord dans une zone /276/ proche de la mer. En effet, un très grand nombre de fragments d’amphores de ce type a été découvert dans ce secteur à l’occasion de travaux de construction, puis, en 1988, un petit sondage a permis de vérifier la présence presque exclusive de ce type amphorique dans cette zone7. Quant aux structures qui ont produit majoritairement les amphores Dressel 2/4 et Dressel 20, elles se trouvent un peu plus vers l’intérieur, sans qu’il existe pour autant une forte discontinuité entre les deux zones, qui sont contiguës. Mais les fouilles ont seulement concerné ce deuxième secteur, c’est-à-dire la partie la plus récente du complexe artisanal. On ne connaît donc pas l’organisation de l’atelier dans sa première phase de production, celle des amphores Pascual 18. Or c’est précisément le moment initial qui concerne notre étude.

Fig. 25. De part et d’autre des Pyrénées : Narbonne et Llafranc (carte R. Plana-Mallart)
7Les résultats des fouilles réalisées en 1988 et 1989 à l’intérieur de la zone dont l’activité était la plus récente, dans un secteur occupé par trois fours, un dépotoir et une aire de stockage, apportent toutefois un certain nombre de données sur la fabrication des amphores Pascual 1. /277/ Le pourcentage de ce type amphorique est ici réduit, face à une très forte quantité d’amphores Dressel 2/4, mais la présence des deux formes dans les niveaux les plus anciens qui y apparaissent, atteste que les deux conteneurs ont été utilisés conjointement. Le remplacement des conteneurs vinaires ne s’est donc pas fait d’un seul coup. Les deux types ont coexisté pendant quelques décennies.
8Le début de l’activité de ce secteur doit être placé dans les premières décennies de n. è., et même un peu plus tard, bien que la production de ces amphores connaisse déjà à ce moment une forte concurrence de la part du type Dressel 2/4.
9Au Sud de l’espace occupé par l’atelier céramique, deux fouilles, réalisées en 1987 et 19919, ont mis au jour des structures du ier s. de n. è. qui ont une fonction de production ou de stockage. La présence importante de dolia suggère que ce secteur a pu être utilisé pour stocker les produits agricoles (le vin ?). Là, les structures les plus anciennes ont été datées du premier tiers du ier s. de n. è., plus précisément vers l’année 2010. Dans le premier niveau d’occupation les amphores Pascual 1 sont nombreuses, ce qui atteste à nouveau que ce type amphorique a encore été produit dans les premières décennies du ier s. de n. è., sinon pendant toute la première moitié de ce siècle.
10De fait il importe toujours de savoir à quel moment a commencé sur le site de Llafranc la fabrication des amphores Pascual 1, et donc quand se plaça le début du fonctionnement de l’atelier de potiers. Le manque de fouilles dans le principal secteur de production ayant fabriqué ce type amphorique – celui qui est le plus proche du rivage –, empêche de répondre avec précision à la question, mais il ne paraît pas hasardeux de penser, à partir de ce que nous savons du développement du secteur plus tardif qui a été bien fouillé, que la fabrication du modèle a pu commencer, au plus tôt, dans les deux dernières décennies du ier s. av. n. è. On peut ainsi proposer pour l’ensemble de la production des Pascual 1 une fourchette chronologique de 40 ou 50 ans, probablement davantage, étant donné le flou qui pèse actuellement sur les débuts et la fin de l’activité de l’atelier.
11L’amphore Pascual 1 a commencé à être fabriquée en Tarraconaise vers les années 40-30 av. n. è., peut-être même un peu avant, /278/ comme le montre l’exemple de Baetulo11. Ce conteneur vinaire a connu dès ce moment une forte commercialisation en Gaule, d’abord dans l’axe Aude-Garonne et dans la vallée du Rhône pour se répandre un peu plus tard dans l’ensemble de la Gaule12. Le rôle commercial des amphores Pascual 1 se substitue à celui des Dressel 1, ce qui indique l’ampleur de leur circulation. Cette amphore catalane est la plus répandue en Gaule à l’époque augustéenne, avant le développement de l’économie viticole gauloise13.
12C’est donc dans le contexte de la commercialisation du vin catalan dans les Gaules qu’il faut placer le démarrage de Llafranc et l’implantation d’un atelier qui a produit principalement des amphores vinaires, sans qu’il soit actuellement possible d’établir l’ampleur de la production, puisque les fouilles n’ont pas concerné la totalité de l’atelier. À titre indicatif, les exemplaires recensés montrent cependant une nette majorité d’amphores Dressel 2/4 face au type Pascual 1 ; ce qui peut être lié au fait que le trafic précoce des Pascual 1 restait encore « à petite échelle », en comparaison avec la grande diffusion des Dressel 2/4 de Tarraconaise. Les épaves à amphores Pascual 1 correspondent en effet à de petits bateaux à faible tonnage, ce qui contraste avec le trafic postérieur des Dressel 2/414.
13Autre donnée qui ressort de la documentation archéologique : l’atelier de potiers de Llafranc a été, dès le début, indépendant des centres de production agricole. Il est né comme complexe artisanal autonome. La tendance à lier systématiquement les ateliers aux domaines ruraux est très répandue en Catalogne, mais on observe souvent une séparation nette entre la production agricole et la production artisanale, comme à Llafranc. Le caractère du lieu où l’atelier s’ins-/279/-talle, puis la diversification de la production de l’atelier, répondent à une demande variée.
14La méconnaissance des sites archéologiques de l’arrière-pays ne permet pas, pour le moment, d’aborder les effets de l’extension de la vigne dans les campagnes, ni la transformation des structures agraires. Il serait pourtant indispensable, pour mieux comprendre la circulation des amphores vinaires, de pouvoir évaluer la production de vin dans cette partie du Nord-Est catalan. Une meilleure connaissance des unités d’exploitation agricole permettrait également de mieux cerner le lien entre la production agricole et sa commercialisation. Dans l’arrière-pays de Llafranc15, les sites repérés en surface, avec une occupation qui va du Ier s. av. n. è. au ier s. ap. n. è., semblent plutôt correspondre à de petites unités agricoles, qui ont dû assurer la production viticole. Cette constatation n’a rien d’étonnant, puisque l’on sait que très souvent la petite propriété est associée au développement de la viticulture16. Ce qui pose le problème de la commercialisation de leur production.
15Un certain nombre d’amphores du type Pascual 117 portent la marque VSVL • VEIENT. Elle apparaît en relief dans un cartouche imposé en creux sur la lèvre de l’amphore, mais les bords latéraux n’ont pu être imprimés, en sorte que l’on peut supposer que le prénom P, qui apparaît sur une tuile, qui sera présentée plus bas, devait se trouver aussi sur le poinçon. Cette marque a été également découverte sur des tegulae produites dans le même atelier18 : on peut lire très nettement sur ces dernières la dénomination complète du personnage P • VSVL • VEIENT. Du point de vue graphique la ressemblance entre les deux marques est évidente.
16Le nombre d’amphores marquées est pourtant très faible en comparaison du volume total d’amphores recensées. Cet aspect n’est pas exclusif de Llafranc, puisqu’il caractérise la plupart des ateliers connus. La signification de cette pratique n’est guère expliquée, peut-être le marquage d’un petit nombre de conteneurs était-il suffisant pour l’identification d’un gros lot d’amphores ? Ceci paraît l’interprétation la plus vraisemblable. /280/
17La signification des estampilles sur amphores a été très largement débattue. Cependant il existe actuellement un certain consensus pour considérer que l’estampille est en relation directe avec le processus de fabrication du produit d’emballage, ce qui nous rapproche du fabricant ou du propriétaire de l’officine19. Cette hypothèse ne doit pas /281/ pour autant négliger la possibilité que dans certains cas l’estampille fasse référence au commerçant et rien alors n’interdit d’estimer que le personnage ainsi mentionné ait pu occuper une place importante dans le développement de l’artisanat, puisqu’il fallait assurer avant tout l’emballage des marchandises, ici du vin. Ne faut-il donc pas supposer que la production d’amphores est en réalité davantage liée au commerce qu’à l’exploitation agricole ?
18À Llafranc, la présence de la même marque sur des amphores Pascual I et sur des tegulae suggère que le personnage mentionné, P(ublius) Usulenus Veiento, puisqu’on peut le dénommer de la sorte, était le propriétaire de l’atelier céramique. À tout le moins, il jouait un rôle très important pour orienter son activité. Mais on doit supposer aussi que son rôle ne se limitait pas à ceci, puisqu’il était probablement l’un des commerçants, sinon le seul à l’époque de fabrication des amphores Pascual 1, à participer à la commercialisation en Gaule du vin de cette région de l’Ampurdan. En revanche, aucun indice ne permet d’envisager que le personnage ait possédé des terres dans les environs de Llafranc. /282/
19Dans un dépotoir utilisé pendant les deux premiers siècles de n. è. ont été trouvées d’autres marques sur tegulae : PRI, MVL, SEC et QVIETI20. Ces produits ont aussi pu être fabriqués à Llafranc, bien que la plupart des timbres ne soient connus qu’en un seul exemplaire. Mais, étant donnée la chronologie du dépotoir, ces productions sont vraisemblablement beaucoup plus tardives que celles de Publius Usulenus Veiento. Cette marque n’a d’ailleurs pas été constatée dans ce secteur. Il faut noter que, à l’exception des amphores Pascual 1 à marque VSVL • VEIENT, il n’y a pas à Llafranc d’autres amphores timbrées, qu’il s’agisse de Dressel 2/4 ou de Dressel 30. Ce fait peut dériver autant d’un changement dans les usages de fabrication que d’une nouvelle forme de fonctionnement de l’atelier de potiers.
20L’intérêt de la découverte de cette marque amphorique est de rattacher à un dossier épigraphique dense cette production archéologique et de faire de P(ublius) Usulenus Veiento tout autre chose qu’un inconnu. En effet un des noms de famille les plus originaux de Narbonne est le gentilice Usulenus. Il est peut-être moins bien connu que ceux des grands naviculaires du iie siècle ap. J.-C., mentionnés sur les amphores du Testaccio, mais il est important car il fait entrer dans le cercle des grandes familles locales de l’époque augustéenne. C’est un gentilice d’origine italienne, peu attesté, ce qui a pu faire douter parfois de cette provenance21. Mais en dépit d’une grande rareté hors de Narbonne22, il est évident que c’est vers l’Italie qu’il faut se tourner pour en rechercher le foyer initial de la diffusion. En effet les gentilices en -enus (Titisenus, Histumenus, etc.), en -ulenus ou en -iolenus (Statulenus, Vettulenus, Usulenus, Sariolenus, etc.) appartiennent incontestablement au vieux fonds onomastique italien23. On ne s’étonnera pas que les attestations soient concentrées essentiellement à Narbonne, car cette cité, qui reçut à deux reprises des bans de colons, fut /283/ aussi le réceptacle d’une forte immigration provenant de la péninsule durant le dernier siècle de la période républicaine. La documentation épigraphique qui provient de ses nécropoles constitue un remarquable conservatoire de noms italiens, en général très peu attestés24.
21Ce gentilice est attesté par plusieurs inscriptions qu’il importe de présenter rapidement.
221) CIL XII, 5265 et add. (non revue) ; HGL XV, 932 (d’après une copie d’Allmer)25. Sur un bloc qui se trouvait dans la muraille de la ville, et qui était décoré d’une rosette. Il se trouvait ensuite au musée Lamourguier, quand il fut copié par Allmer, mais le texte est très effacé (HGL). Nous n’avons pu le retrouver, ni en découvrir une photo dans les archives du centre Camille-Jullian (Aix-en-Provence).
Usulena P(ubli) l(iberta) Ursa
sibi et suis de sua fecit,
[-] Herennio Rufioni con[iugi]
[P(ublio)] Usuleno Acasto fra[tri]
23Hirschfeld a repris le texte de l’érudit narbonnais Lafont, mais il n’a pu revoir l’inscription. Il place à droite une lacune à la ligne 1, ce qui ne paraît pas justifié d’après la copie de Lafont (VR[SA], dans HGL, car les lettres sont effacées). À la ligne 3 Lafont a lu CONIVGI et Séguier CONIVX, d’où CON[I] pour Hirschfeld, mais le texte est très effacé. Nous proposerons de restituer CON[IVGI], lu par Lafont, mais cet érudit peut avoir été tenté de transcrire une restitution de l’abréviation. Pour la lacune du bord gauche, voir ci-dessus. À la ligne 4 seul Lafont a lu les trois dernières lettres (FRATER). Pour la restitution de la lacune du bord gauche, voir ci-dessous.
24Le texte devait commencer sur un autre bloc jointif à gauche, car il est bien évident qu’il faut restituer le prénom du dernier personnage, certainement P(ublius), là où Hirschfeld renonçait à retrouver /284/ une dénomination complète, d’où la simple dénomination Usulenus Acastus dans l’index du CIL, p. 885. En conséquence, s’offre une solution pour retrouver le gentilice de l’époux d’Usulena Ursa. Lafont a lu à cette ligne HERENNIO, aussi Hirschfeld propose de retrouver une ligature de H et E. À notre avis cette solution ne s’impose pas : la première haste de la lettre H devait se trouver sur le bloc jointif à gauche, ainsi que le prénom de ce personnage.
25L’inscription nous place dans le milieu des affranchis narbonnais. Il est évident que P(ublius) Usulenus Acastus est lui-même un affranchi, même si sa dénomination n’affiche pas clairement ce statut : le surnom Acastus, dans les deux autres attestations qui apparaissent à Narbonne, est celui d’affranchis26. On pourrait le retrouver dans le texte d’une autre inscription du dossier épigraphique, qui établit sa situation d’affranchi (inscr. no 3).
26L’époux, [-] Herennius Rufio, porte un gentilice essentiellement attesté à Narbonne. Sur les sept attestations en épigraphie lapidaire provenant de Narbonnaise (CIL, HGL, ILGN), cinq proviennent de cette cité27. On lui attribuera avec une forte vraisemblance le statut d’affranchi, car le surnom Rufio est fort révélateur en la matière28.
27Quoi qu’il en soit nous avons ici l’attestation de l’existence d’un groupe d’affranchis d’un certain P(ublius) Usulenus, dont le surnom pour l’instant est inconnu.
282) CIL XII, 5263 (non revu par Hirschfeld ; d’après une copie d’Allmer) ; HGL XV, 933 (copie d’Allmer). Sur un bloc qui se trouvait dans la muraille de la ville. Il se trouvait ensuite au musée Lamourguier quand il fut copié par Allmer. Nous n’avons pu le retrouver, mais nous disposons d’une photographie, provenant des archives du Centre Camille-Jullian (cliché CNRS, A. Chéné). La première édition du texte fut fournie par un érudit narbonnais, Berthomieu, /285/ qui avait rédigé un article intitulé « Notice sur le Musée lapidaire de Lamourguié et sur son développement pendant l’année 1875 », paru dans le Bulletin de la Commission archéologique de Narbonne, 1, 1876-1877, p. 584. Nous reproduisons d’abord le texte reproduit par Hirschfeld (et qui concorde pour l’essentiel avec celui qu’ont apporté les auteurs de HGL).
P(ublio) Usuleno
P(ubli) l(iberto) Celado
Primae libert(ae)
[i]n a(gro) p(edes)XV
et
Primae mat[ri]
[---]RI[-]A
[---
29Par rapport à l’édition de Hirschfeld, il n’existait qu’une variante dans HGL : à la ligne 3 le mot LIBERT était inscrit de façon incomplète, et suivi d’un point de séparation, mais nous verrons plus bas ce qu’il faut penser de ces lectures. Les dernières lignes sont très effacées.
30Les reproductions du texte que nous fournissent ces ouvrages suggèrent que l’inscription se présenterait sous forme d’une épitaphe allongée en hauteur. Mais la photographie dont on dispose permet de considérer toutefois ces deux éditions comme peu satisfaisantes. Il est en effet difficile d’éliminer la lecture faite par Berthomieu à la ligne 3 ; Hirschfeld la reléguait dans l’apparat critique, HGL l’ignorait tout simplement. Or cet érudit lisait à la fin de cette ligne la lettre I. On peut vérifier la justesse de sa lecture d’après la photo et l’on peut même sur celle-ci relever quelques traces de la lettre S, qui avait été gravée à la suite. Nous retrouverions ainsi le mot LIBERTIS à la fin de la ligne 3. Il est également curieux de ne retrouver, sur les éditions du CIL et de HGL, que la mention de la profondeur de la concession funéraire, sans celle de la largeur de la façade. De plus le datif Primae, à la fin de la ligne 3, ne peut revêtir un sens très clair dans le texte qui est établi dans CIL et HGL.
31On se demandera donc si ce qui subsiste, et qui fut publié comme une inscription complète, tant à droite qu’à gauche, correspond vraiment au texte intégral de celle-ci. N’aurait-on pas seulement la partie droite d’un texte très largement étalé sur la façade d’un enclos funéraire ? Les observations que nous devons faire sur la lecture de la ligne 3 indiquent que celle-ci comportait la fin d’une énumération de personnes, dont le dernier anthroponyme était une personne appelée /286/ Primae, et qu’après cette indication se trouvait un mot au datif pluriel (libertis), précisant le statut des personnages cités précédemment. On /287/ relèvera qu’une autre inscription de ce dossier des Usuleni, malheureusement introuvable, fournit aussi une dimension de 15 pieds (ci-dessous no 3). N’apporterait-elle pas le moyen de découvrir des compléments au texte que nous sommes en train d’examiner ? Quoi qu’il en soit, on ne peut tenir pour totalement assurées les éditions communes (CIL, HGL).
32Nous retrouvons, comme précédemment, un milieu d’affranchis. Une fois de plus il faut postuler l’existence d’un patron s’appelant P(ublius) Usulenus, comme dans le texte précédent. Cette inscription nous place dans le même groupe familial. Si le raccordement de blocs que nous suggérons pouvait être vérifié, ce serait encore plus évident.
333) CIL XII, 4542 (d’après une copie d’Allmer) et add. (Hirschfeld lui-même) ; HGL XV, 934 (d’après des copies de Barry et Lebègue, puis d’Allmer). Bloc qui se trouvait dans la muraille de la ville. Il se trouvait ensuite au Musée Lamourguier. Nous n’avons pu le retrouver, ni retrouver une photo dans les archives du centre Camille-Jullian.
---]
P(ubli) l(iberto) Acas[to]
et P(ublio) Usuleno
Isochryso.
In [-] p(edes) XV
34Hirschfeld hésita d’abord, sur les lettres AGA copiées par Allmer, entre le surnom Acastus et le surnom Agathemerus, puis il établit lui-même la lecture Acas[to], d’où l’index des surnoms à la p. 886. Nous avons envisagé qu’il s’agisse d’un élément à raccorder à l’inscription précédente. La seule hésitation à faire apparaître, d’après ce que l’on sait du texte, concerne la ligne correspondant aux dimensions de la concession funéraire : elle semble gravée en caractères plus gros que ceux des premières lignes de l’inscription. Quoi qu’il en soit, les caractéristiques d’ensemble de la gravure montrent des concordances (T surplombant la ligne par exemple).
35De toute façon, une fois de plus nous sommes dans un milieu d’affranchis. Le premier personnage doit très vraisemblablement s’appeler P(ublius) Usulenus P(ubli) l(ibertus) Acas[tus]. Hirschfeld qui, dans l’addendum, propose un rapprochement avec P(ublius) Usulenus Acastus de CIL XII, 5265 (ci-dessus no 1), maintient cependant une séparation entre les deux personnes dans l’index des gentilices (p. 885) /288/ et dans celui des surnoms (p. 886), peut-être parce que l’une des dénominations comporte la mention du patron et l’autre non. L’autre personne citée s’appelle (ou doit s’appeler, s’il faut raccorder les deux blocs comme cela a été envisagé) P(ublius) Usulenus Isochrysus, et l’on peut aussi le tenir pour un affranchi. Le surnom d’origine grecque permettrait à Rome d’avancer une telle hypothèse29, et s’il est difficile de se prononcer à partir de la documentation provenant de la Narbonnaise, on remarquera toutefois qu’à Nîmes un sévir augustal porte ce surnom30.
364) CIL XII, 4479 (d’après une copie d’Allmer) et add. (revue) ; HGL XV, 184 (copies d’Allmer et de Lebègue). Cippe de forme quadrangulaire, décoré d’une rosace, qui devait faire partie d’un enclos funéraire. Déposé au Musée Lamourguier. Revu. Photographie au centre Camille-Jullian (CNRS, Ph. Foliot).
Vivit
P(ublius) Usulenus Hila[rae]
l(ibertus) Anoptes, gypsa[rius]
(obitus) et Communi fil[io]
v(ivae) Usulenae P(ubli) l[ib(ertae)]
Hilarae uxso[ri]
In fr(onte) p(edes) XII
37L’inscription, comme celle que nous avons examinée ci-dessus, était gravée sur ce cippe qui, comme les merlons d’une muraille, devait avec d’autres rythmer la façade de l’enclos, et sur les blocs voisins qui se raccordaient à lui. Ce fait est bien visible à gauche, où la première lettre des lignes 2, 4 et 5, ne se trouve qu’en partie sur ce bloc en forme de pilier. Il en était de même sur le bord droit, où les terminaisons de lignes devaient être un peu plus importantes (deux à trois lettres en général).
38Encore une fois nous restons dans le cercle des affranchis de cette gens. On peut penser que P(ublius) Usulenus Anoptes est l’époux et l’affranchi de Hilara. C’est pourquoi nous restituerons le surnom féminin Hilara /289//290/à la ligne 2 à la place de Hilarus, que préfèrent tant Hirschfeld que les auteurs de HGL. Ce type d’union est courant dans le monde des affranchis. Mais une fois de plus nous devons, à travers la dénomination de la femme, supposer l’existence d’un patron s’appelant P(ublius) Usulenus.
39Tous ces personnages sont dénommés d’une façon concordante, qui renvoie à un maître unique P(ublius) Usulenus, soit de façon directe en étant ses affranchis, soit de façon indirecte en étant les affranchis de ses affranchis. Ensemble ils représentent les diverses ramifications d’un groupe familial, ordonné en plusieurs strates. On peut les placer à une haute époque, car certains éléments épigraphiques sont significatifs, surtout l’emploi de la formule Vivit, et l’inscription du theta nigrum31.
40Mais il y a d’autres Usuleni à Narbonne, qui se différencient des précédents par le recours dans leur dénomination à un autre prénom.
415) CIL XII, 5264 (d’après d’anciennes copies) ; HGL XV, 931 (d’après d’anciennes copies). Inscription perdue.
(obita)
Usulena T(iti) f(ilia) Procula
sibi et suis parentibus
[q]uorum nomina scripta
[sunt ---]
42Dans le texte de cette inscription, qui aussi se place à une haute époque, apparaît une personne, de condition ingénue. Comme l’indique le prénom de son père, Titus, elle appartient à une branche familiale voisine du groupe dont on vient de parler.
436) CIL XII, 5370 ; HGL XV, 148. Dans l’inscription de Moux, dont on parlera plus bas, se trouve un M(arcus) Usulenus M(arci) l(ibertus) Charito. Sa position est comparable à celle de P(ublius) Usulenus Veientonis l(ibertus) Phileros, qui est mentionné peu avant lui dans ce texte : ils sont tous les deux membres du collège des magistri du pagus. Mais son patron porte le prénom Marcus. Dans l’énuméra /291/ tion il est en quatrième position, après un ingénu, placé en tête, et deux autres affranchis, dont Phileros affranchi de Veiento.
44Ces deux textes montrent combien ce groupe familial était à la fois bien implanté et bien ramifié à la fin de l’époque républicaine et à l’époque augustéenne. On pourrait ainsi faire remonter l’installation de cette famille, si son origine narbonnaise dépend d’un personnage unique, à une date encore plus haute, vers le milieu du ier siècle avant J.-C. au moins.
45On ajoutera que cette gens est encore attestée au iie siècle sur une épitaphe.
467) CIL XII, 5266 (d’après une copie d’Allmer) ; HGL XV, 935 (d’après une copie d’Allmer). Autel funéraire, qui se trouve au musée Lamourguier. Revu. Photographie au centre Camille-Jullian (cliché CNRS, A. Chéné).
D(is) m(anibus)
Usuleniae
Lupae
Usulenius Ge-
[min]ianus pa
[tron]ae et Voco
[n]ius Eutychi
[a]nus coniugi
[s]anctissimae
47Nous sommes alors à une époque bien plus tardive. Le gentilice s’est transformé en Usulenius. À ce moment-là, au iie s. vraisemblablement, les activités économiques de Narbonne sont dans les mains d’autres familles : on ne trouve pas en effet le gentilice Usulenus parmi ceux des naviculaires attestés par les inscriptions du Monte Testaccio à Rome32. Néanmoins cette inscription montre le maintien d’un nom de famille par-delà les vicissitudes de celle-ci.
48Le personnage important, dans ce dossier épigraphique, est P(ublius) Usulenus Veiento. Il est d’abord connu par deux de ses affranchis. L’un P(ublius) Usulenus Veientonis l(ibertus) Phileros, est un personnage important du pagus attesté par une des inscriptions de Moux sur /292//293/ les frontières de la cité, telles quelles ont été redessinées à l’époque impériale, après la création de la colonie de Carcassonne33.
498) CIL XII, 5370 (d’après diverses copies) ; HGL XV, 148 (copies de Barry, Allmer et Lebègue). À Moux, à l’Ouest de Narbonne, au pied de la Montagne d’Alaric(fig. 19, chap. 25).
T(itus) Valerius C(ai) f(ilius) Senecio
P(ublius) Usulenus Veientonis l(ibertus)
Phileros
T(itus) Alfidius T(iti) l(ibertus) Stabilio
M(arcus) Usulenus M(arci) l(ibertus) Charito
magistri pagi ex reditu fani
Larrasoni cellas faciund(as)
curaverunt idemque probaverunt
50Cet affranchi indique sa dépendance par le surnom de son patron. À Narbonne un tel usage était répandu parmi les affranchis, sur les inscriptions d’époque augustéenne ou de peu postérieures34. Mais en général c’était par rapport à un patron lui-même affranchi que ceux-ci se désignaient, car alors apparaissaient comme noms de patrons Celadus, Olympus, Bargates, tous noms d’esclaves ou d’affranchis. Est-ce à dire que Veiento est un nom d’affranchi aussi ? Certainement pas. Le surnom, comme Veientanus, Calenus, etc. indique une provenance35, plus ou moins lointaine, ce qui confirme l’origine italienne de la famille du personnage. Mais ce n’est pas un nom d’esclave ou d’affranchi. On retrouve ainsi une seconde raison d’invoquer le surnom du patron : c’est qu’il s’agit d’un grand personnage, d’un notable, d’un individu appartenant à une grande famille locale. Est-ce pour cette raison que Phileros, affranchi de Veiento, a été placé, dans l’énumération des personnages, en second rang, devant tous les autres affranchis ? Mais ce n’est pas le seul exemple qui mette ainsi en évidence Veiento : on connaît une seconde affranchie qui se dénomme de cette façon (inscr. no 9).
51On a déduit de l’inscription de Moux l’indication que Veiento possédait des biens dans ce secteur du territoire de la cité, et que Phileros était là pour s’occuper du domaine de son patron. Sa situation devait être comparable à celle que connut dans la colonie d’Arles le sévir /294/ augustal Q(uintus) Cornelius Marcelli l(ibertus) Zosimus36. Celui-ci est honoré par les pagani pagi Lucreti, parce que, vraisemblablement, il résidait ou avait résidé pour le compte de son patron dans cette partie du territoire fort éloignée du chef-lieu, et qu’il était devenu pour les habitants de l’endroit un personnage important37. Phileros, peut-être intendant de son maître, était aussi pour les habitants du vicus un personnage de poids. Mais cette inscription montre aussi qu’il y avait un second membre de cette famille qui était possessionné au même endroit38. Un second magister, M(arcus) Usulenus M(arci) l(ibertus) Charito, dépend pour sa part d’un patron prénommé Marcus : frère ? cousin ? On ne sait.
529) CIL XII, 4892 (revue) et add. ; HGL XV, 597 (copies de Barry, Lebègue et Allmer). Au musée Lamourguier. Revue. Photographie au centre Camille-Jullian (cliché CNRS, A. Chéné). /295/
[C(aius)] Iulius Licini l(ibertus)
Inachus sibi et
Usulenae Veientonis l(ibertae)
Quartae coniugi
53Quarta, affranchie de Veiento, est elle-même l’épouse d’un affranchi Inachus, lui-même affranchi de C. Iulius Licinus, un Gaulois dont le nom individuel a été latinisé (Licnos). On peut penser que ce personnage est l’affranchi d’un affranchi impérial, et donc un personnage d’importance39.
54Enfin nous arrivons à un personnage qui nous rapproche de l’homme clef du dossier. Il s’agit d’un notable de Narbonne dont le nom et la carrière sont en partie connus par un bloc d’entablement provenant d’un monument funéraire élevé par son affranchi Plocamus.
5510) CIL XII, 4426 (revue) et add. ; HGL XV, 96 (copies d’Allmer et Lebègue). Au Musée archéologique. Revue. Photographie au centre Camille-Jullian (cliché CNRS, Réveillac). Nous /296/ transcrivons le texte, tel qu’il convient de la faire à notre avis, en nous séparant des éditions habituelles (fig. 17, chap. 22).
[P(ublio)] Usuleno Veiento[nis f(ilio) ---]
(duo)viro, q(uaestori), flamini primum [---]
Plocamus l[ib(ertus) posuit]
56On constate que la mise en page de l’inscription, avec les larges vacat aux lignes 2 et 3, impose d’envisager une composition du texte très équilibrée et très soignée. Donc nous ne disposons vraisemblablement que d’une moitié du texte, sinon moins encore, ce que montre la restitution de la ligne 3. Une restitution courte imposerait d’ajouter le seul mot libertus soit en abrégé (LIB), soit en toutes lettres (LIBERTVS). Mais il n’est pas impossible qu’à cette ligne 3 la partie manquante soit encore plus longue, s’il s’y trouvait par exemple un verbe (posuit, curavit, etc.) ou l’indication ex testamento. De toute façon on doit admettre que la première ligne ne s’arrêtait pas à brève distance des lettres VEIENTO parfaitement lisibles. D’autres mots devaient être inscrits dans la partie manquante. Dans l’hypothèse de la restitution la plus courte, c’est au moins une dizaine de lettres qui ont disparu. C’est pourquoi l’on conclura que le surnom Veiento n’est pas celui du personnage principal de l’inscription comme on l’affirmait habituellement. Veiento n’est pas le patron de Plocamus, mais le père du patron de ce dernier. Il est mentionné comme père du défunt, parce qu’il convenait de se rattacher à sa personne ou à sa mémoire. Quant au défunt qu’honore Plocamus, ce n’est pas un affranchi. Nous entrons à présent dans le groupe des aristocrates municipaux, comme l’indiquent les mentions du duumvirat et du flaminat, qui sont l’aboutissement d’une carrière municipale. On doit alors pour le personnage décédé restituer la dénomination suivante : P. Usulenus Veiento[nis f(ilius + tribu + surnom]. Veiento appartient à la génération précédente.
57Le rédacteur de l’inscription a transcrit une partie du cursus, en se contentant vraisemblablement des fonctions supérieures. En premier lieu, dans cette séquence, se trouvait le duumvirat. Puis suivait vraisemblablement la questure municipale, comme l’avaient déjà postulé Herzog40, puis Hirschfeld41, contre Lebègue42 qui préférait développer /297/ q(uinquennalis) : elle avait été gérée, d’une façon assez rare, après le duumvirat43.
58Enfin venait la mention du flaminat. Celle-ci est assortie d’un adverbe temporel primum. On a d’habitude interprété ce mot comme l’équivalent de l’adjectif primus, et l’on a considéré ce personnage comme le premier flamine du culte impérial dans la colonie de Narbonne44. Aussi estimait-on pouvoir le placer à une date haute, puisqu’il fallait le situer aux origines du culte de Rome et d’Auguste à Narbonne. S’il en était ainsi on serait vraisemblablement lors du voyage d’Auguste en 27 av. J.-C.45 ou peu après, même si l’on ne parvient à cette conclusion que par hypothèse : l’installation d’un culte à Rome et Auguste fut en effet précoce dans la colonie d’Arles46, et il est difficile de supposer que Narbonne, chef-lieu de la Narbonnaise, ait été en reste, comme d’ailleurs bien d’autres cités provinciales47. Nous disposerions ainsi d’un repère chronologique important pour situer dans le temps non seulement le magistrat narbonnais, mais encore son père Veiento.
59Mais il n’est pas sûr qu’il convienne d’interpréter ainsi cet adverbe, ni même que l’on doive suggérer qu’il annoncerait une itération du flaminat du culte impérial48. Remploi de l’adverbe primum indique que le flaminat fut exercé à deux reprises. Mais le recours à ce mot, qui appelle à sa suite un deinde, ou un adverbe de même sens, n’indique pas qu’il y eut itération de la prêtrise du culte impérial à Narbonne, /298/ car une telle situation serait indiquée autrement, comme pour une magistrature. On doit plutôt envisager soit l’exercice de deux flaminats dans des cités différentes, soit l’exercice de deux flaminats de nature différente. La première hypothèse nous entraînerait dans d’autres hypothèses sur un éventuel changement de cité, comme il advint à L. Aufidius Vinicianus Epagatinus de Fundi49. La seconde hypothèse orienterait vers deux sacerdoces, dont le desservant portait le titre de flamine, et dont l’un serait vraisemblablement le flaminat du culte de Rome et d’Auguste. Malheureusement nous ne connaissons pas, à Narbonne, d’autre flamine comparable au flamen Iuventutis de Vienne, ou au flamen Martis de la même cité50. Mais dans une ancienne colonie d’époque républicaine comme Narbonne on pourrait supposer l’existence d’une telle prêtrise51 : encore faut-il en apporter la preuve, et sur cette question l’épigraphie est muette. Pourquoi donc ne pas envisager qu’après le flaminat de Rome et d’Auguste le fils de Veiento ait pu revêtir une prêtrise comparable, vouée au culte d’un autre membre de la famille impériale ? Nous connaissons à Nîmes et à Vienne des notables qui joignirent au flaminat de Rome et d’Auguste celui de Germanicus et celui de Drusus52. À Narbonne on a proposé de restituer dans le texte d’une inscription relative à un personnage important cette même fonction de flamen Germanici Caesaris. Mais cette solution, même si elle apparaît comme très vraisemblable, est loin d’être assurée. Est-on sûr d’ailleurs que l’exercice de cette prêtrise se serait produit dans la capitale provinciale53 ? Mais comme nous l’avons écrit plus haut, c’est /299/ encore faire la part belle à l’hypothèse, même si, en raison des rapprochements possibles avec tous les témoignages provenant des autres cités de la province, cette solution apparaît pour l’instant comme la plus raisonnable.
60Toutes ces observations conduisent en définitive à envisager que le personnage était un grand notable de sa cité, qui côtoyait les gens de statut équestre54. Elles permettent de placer son floruit dans les deux premières décennies du ier siècle ap. J.-C., si l’on retient la dernière hypothèse qui s’est présentée, ou même un peu plus tôt (l’extrême fin du ier s. av. J.-C.) si l’on se rallie à tout autre parmi celles que nous venons de formuler. Le floruit de son père, le célèbre Veiento, dont on pouvait se réclamer avec honneur, se placerait donc environ vingt ans auparavant, c’est-à-dire, si l’on préfère la première des solutions envisagées, dans la dernière décennie du ier siècle av. J.-C. approximativement, et pourrait s’étendre soit un peu avant soit un peu après. C’est également l’époque de l’apogée de la production des amphores Pascual 1 en Tarraconaise du Nord-Est. Cette reconstruction chronologique n’est pas contredite par ce que nous savons de l’activité de l’atelier de Llafranc.
61Il existait donc un P(ublius) Usulenus Veiento, antérieur au notable connu par cette inscription. Sa fortune était bien assurée dans la Narbonne d’époque augustéenne. Il appartenait à un groupe familial bien ramifié, et bien possessionné dans la terre, si l’on admet l’interprétation habituelle de l’inscription de Moux. Mais ce que l’on apprend par l’épigraphie sur les proches de Veiento, gens de sa génération, montre à la fois cet enracinement foncier et l’orientation dans les grandes affaires commerciales. C’est pourquoi nous ne le rattacherons pas au ban des colons césariens de 45-44 av. J.-C., certes possessionnés, mais sûrement moins intégrés dans la vie commerciale que leurs prédécesseurs dans la colonie. Il semble préférable de faire de Veiento un Italien d’Occident, qui plongeait ses racines dans la cité de Narbonne tardo-républicaine, car, si nous pouvons placer son floruit dans la dernière décennie avant notre ère, il pouvait être né vers 60-50 avant J.-C. peut-être même un peu plus tôt, mais guère plus tard55. On peut donc placer son activité économique dans une fourchette chro /300/ nologique correspondant aux deux ou trois dernières décennies du ier siècle avant J.-C., et son floruit à l’approche du changement d’ère.
62Il reste maintenant à examiner l’intérêt pour l’histoire économique de ce rapprochement entre épigraphie amphorique et épigraphie lapidaire. Avec le cas de Veiento nous disposons d’une indication incontestable sur l’intervention de personnages narbonnais dans le trafic du vin catalan. Par le profil social qui se dégage du dossier épigraphique, et par la puissance que peuvent révéler ces multiples activités, Veiento peut être défini comme un negotiator, c’est-à-dire comme quelqu’un qui était entré dans le grand commerce : il traitait à partir de Narbonne de grandes affaires, qui s’ajoutaient à ses revenus fonciers. Mais il ne perdait pas pour autant sa notabilité56.
63Sa position sur le site de Llafranc peut être assez précisément définie. Il a vraisemblablement assuré la commercialisation des produits du territoire, et pour lui le site devait apparaître comme le lieu de magasinage, d’emballage et de commercialisation du vin par la voie maritime. Il a pu profiter des ressources viticoles offertes par cette région pour créer un trafic commercial qui devait assurer au vin ampurdan un débouché sur le marché gaulois. Il a probablement été conduit à développer une activité artisanale sur une assez grande échelle afin de garantir l’emballage des amphores, et peut-être même a-t-il été tenté de profiter de toutes les occasions offertes par le marché pour élargir la production de ce site en vue de satisfaire des demandes plus locales. Il avait fait imprimer sa marque sur des amphores fabriquées sur la côte de l’Ampurdan, vraisemblablement dans un atelier qui se consacrait à diverses productions céramiques. C’est pourquoi, si les terres productrices du vin ne semblent pas avoir été en sa possession, il en va autrement du contrôle de l’atelier de production céramique. De toute façon il achetait le produit commercialisable, assurait l’emballage, et peut-être aussi le transport, à tout le moins le surveillait, c’est-à-dire le commanditait57. Sur ce dernier point le doute subsiste, car on n’est point du tout sûr qu’il ait possédé des bateaux : il devait /301/ plus vraisemblablement utiliser les services de transporteurs. Quant à la destination du produit, on estimera que ce vin catalan de Veiento devait suivre la même route que les autres amphores Pascual 1 : il transitait par Narbonne vers l’intérieur de la Gaule occidentale et peut-être au-delà. À Narbonne, Veiento faisait transborder le produit et surveillait son écoulement commercial. Mais il nous manque les découvertes d’autres témoignages de sa marque58.
64Cette reconstruction des affaires de P(ublius) Usulenus Veiento permet de mettre en évidence le rôle de Narbonne comme plaque tournante des grands trafics commerciaux de l’Occident au cœur du principat d’Auguste, à un moment où les vins de la péninsule Ibérique remplacent les vins d’Italie sur les routes de l’isthme aquitain. Mais on savait depuis longtemps, par un faisceau de sources littéraires (Strabon) et archéologiques, quelle était l’importance de cette ville. Toutefois le dossier de Veiento apporte plus que cette confirmation, parce qu’il enracine en un point précis le nom du responsable de la fabrication des amphores, de l’acheteur du vin, et du bénéficiaire de son commerce, et qu’il permet de mettre en évidence quelques modalités de ce trafic. Celles-ci révèlent que l’expansion du commerce du vin hispanique ne s’explique pas seulement par le développement propre d’un vignoble provincial, mais elles suggèrent qu’il faut tenir compte des sollicitations du marché et du rôle de ceux qui, dans quelques points névralgiques du grand commerce méditerranéen, faisant des affaires, assuraient la fonction entre production et consommation, tirant au passage l’essentiel des profits, puisqu’ils assumaient les principaux risques59. C’étaient des Italiens qui géraient ces affaires, car ils étaient les seuls à maîtriser véritablement à cette époque les grands marchés méditerranéens. Les activités de Veiento indiquent de plus que ce pouvaient être des Italiens d’Occident.
65Le développement du site de Llafranc s’éclaire aussi dans ce contexte. L’organisation de l’établissement répond à des modèles nouveaux, issus de la participation de plus en plus active des provinces occidentales au grand commerce international. Son expansion à l’époque /302/ augustéenne est en rapport étroit avec l’essor de la viticulture et de la commercialisation du vin catalan. Nul doute que c’est la position maritime qui valorisa fortement le site. On peut envisager que P(ublius) Usulenus Veiento ait été le premier propriétaire de l’officine céramique, mais cette fonction a dû rester secondaire, sa véritable qualité étant celle de grand entrepreneur de commerce. Son implantation à Llafranc put se faire dans les deux dernières décennies du ier s. av. n. è. Puis il marqua l’activité de l’atelier jusqu’au premier quart du ier s. de n. è.60. Mais Llafranc n’était pas le centre de ses affaires ni de celles qui enrichissaient sa famille.
66On peut à présent élargir la perspective et poser d’autres questions. D’abord se demander si les Usuleni narbonnais ne s’engagèrent dans les affaires qu’à l’époque de Veiento. Peut-être n’avons-nous avec ce personnage qu’une des dernières étapes de l’aventure commerciale d’une famille : quand, alors, avait-elle commencé ? Il convient aussi de se demander si le dossier que nous venons d’examiner a une valeur d’exemple ou d’exception : les mêmes mécanismes commerciaux peuvent être mis en évidence par d’autres cas. L’un concerne plus particulièrement les Voltilii, eux aussi très bien représentés dans les inscriptions de Narbonne et sur les marques d’amphores catalanes61. Ainsi d’autres rapprochements onomastiques, moins incontestables que celui que l’on vient d’examiner, mais quand même suffisamment précis, peuvent être effectués entre deux séries documentaires. Ils éclairent un large pan de ce grand commerce du vin hispanique, en attirant l’attention sur le rôle de l’emporion, le lieu de l’animation économique62. On a souvent évoqué le rôle des propriétaires fonciers, attentifs aux innovations et aux profits63. Ne négligeons pas toutefois les interventions des grands negotiatores.
Notes de bas de page
1 Tchernia 1986, p. 125-195, dans le chapitre III : « De grands changements entre la mort de César et celle d’Auguste ». Nous avons pu bénéficier de renseignements inédits, transmis par F. Laubenheimer, que nous remercions bien sincèrement : il s’agit d’éléments présentés lors d’un séminaire à la Casa de Velâzquez sous le titre « Des Espagnes vers la Gaule, mouvements d’amphores », qui sont en cours de publication.
2 Beaucoup d’entre eux sont rassemblés dans le livre récent intitulé El vi a l’Antiguitat. Economia, producció i comerç al Mediterrani occidental, Badalona 1987 (« Museu de Badalona, Monografies Badalonines », num. 9).
3 Tchernia 1986, p. 142-145, avec la carte p. 403, bâtie surtout d’après l’article de Mayet-Tobie 1982 ; Roman 1983, p. 240-244 ; Miró 1987 (avec carte p. 257).
4 Sur les routes de l’isthme aquitain les productions de Bétique n’ont pas eu la même importance : Tchernia 1986, p. 86-89. Confirmation par F. Laubenheimer (documentation inédite, en cours de publication, sur Narbonne, Saint-Bertrand-de-Comminges, Bordeaux).
5 Pascual Guasch 1962 ; Tchernia 1971, Pascual Guasch 1977. Les divers articles sur de nouvelles découvertes, rassemblés dans les actes du colloque El vi a l’Antiguitat, confirment cette chronologie.
6 Nolla-Canes-Rocas 1982 ; Barti-Plana 1993.
7 Barti-Plana 1993, p. 91-94.
8 Sur la typologie de ces amphores, voir la bibliographie citée n. 5.
9 Barti-Plana 1987 ; Llinas-Sagrera 1993.
10 Llinas-Sagrera 1993, p. 107-108.
11 Comas 1987.
12 Miró 1987 ; Miró 1988, p. 183-197 ; Galliou 1991. Confirmation par les données inédites fournies par F. Laubenheimer (en plus des sites mentionnés plus haut, à la n. 4, fouilles de Besançon, Lyon, Argenton, etc.).
13 1986, p. 140-146, p. 179-195 ; Laubenheimer 1989 ; Laubenheimer 1990, p. 111-115.
14 Liou 1987.
15 Espadale-Rocas 1989.
16 Vandermersch 1994, p. 93-121 ; Tchernia 1986, p. 114-116.
17 Badia 1966, p. 265-266 ; Barto-Plana 1993, p. 91 et p. 96.
18 Barti-Plana 1987, p. 141 ; Llinas-Sagrera 1993, p. 127.
19 Manacorda 1989 ; Rico 1993, p. 58-62 ; Tchernia 1993, p. 183-185 ; Manacorda-Panella 1993 ; Liou-Tchernia 1994.
20 Nolla-Canes-Rocas, 1982, p. 158-160.
21 Schulze 1904-1991, p. 261-262, p. 429-434.
22 Avec le temps le gentilice Usulenus est devenu Usulenius. Outre les témoignages fournis par l’épigraphie narbonnaise, qu’on examinera plus bas, il existe deux attestations provenant de Barcino, qui datent du iie s. de n. è. : CIL II, 4594 et 6161.
23 Usulenus est considéré comme italien par Gayraud 1981, p. 442. Mais on trouve l’hypothèse d’une origine indigène, à notre avis peu probable, chez M. Tarpin dans Laubenheimer 1993, p. 274, p. 442. On trouve aussi à Narbonne le gentilice Sariolenus (CIL XII, 5119), voir Gayraud 1981, p. 439.
24 Sur l’originalité de l’onomastique de Narbonne par rapport à Fltalie, voir Christol 1995 e, repris et développé dans Christol 1995 a [chapitre 23]
25 Il faut ajouter au volume XII du CIL le recueil des inscriptions de Narbonne qui se trouve dans Histoire générale de Languedoc, XV, Toulouse, 1982 (Recueil des inscriptions antiques de la province de Languedoc, préparé par E. Barry et E. Germer-Durand, publié par A. Lebègue, Fr. Germer-Durand et A. Allmer).
26 En tout, en Narbonnaise (CIL, HGL, ILGN) trois attestations, provenant de Narbonne : en plus de celle-ci CIL XII, 4538 (HGL XV, 681) et 4542 et add. (HGL XV, 934). Mais cette dernière pourrait se rapporter au même personnage.
27 En plus du document dont il est ici question : CIL XII, 4850 (HGL XV, 538) ; CIL XII, 4849 (HGL XV, 969) ; CIL XII, 4848 (HGL XV, 537) ; CIL XII, 5170 (HGL XV, 842).
28 Sur les cinq exemples provenant de Narbonne, trois se rapportent à des affranchis : CIL XII, 4477 (HGL XV, 223) ; CIL XII, 5011 (HGL XV, 692) ; CIL XII, 5210 (HGL XV, 877). Sur la valeur péjorative du suffixe -io, Kajanto 1965, p. 37 et 121. Sur Rufio en particulier, p. 121, p. 124 et p. 229
29 Solin 1982, I, p. 89.
30 CIL XII, 4168 (HGL XV, 351).
31 Friggeri-Pelli 1980. Pour Narbonne voir les travaux cités n. 24.
32 Gayraud 1981, p. 532-536.
33 Gayraud 1981, p. 188 et p. 327-328.
34 Ce phénomène de dénomination a été examiné pour la Narbonnaise par Pflaum 1981 a.
35 Kajanto 1965, p. 119, p. 189-190.
36 CIL XII, 594 et 595.
37 Sur l’affaire qu’il doit défendre Constans 1921, p. 70-71 ; Jacques 1990, p. 63-64. On peut sans hésiter insérer ces textes dans la documentation relative aux relations des notables avec le territoire des cités. Sur les Cornelii arlésiens, en dernier Christol 1991 b, p. 356-357 et p. 359-360. [Le dossier s’est épaissi dès lors de Gascou 2000 a, d’où AE 2000,883, et de Christol 2004 f, p. 85-102, avec des nuances d’interprétation.]
38 Gayraud 1981, p. 347, p. 367, p. 467.
39 Faut-il rapprocher son maître du fameux Licinus, affranchi d’Auguste, qui trompa effrontément les Gaulois ?
40 Herzog 1864, Append. epigr., no 22, p. 11.
41 Hirschfeld dans CIL XII, p. 935.
42 Lebègue, commentaire de HGL XV, 96. Gayraud 1981, p. 332, hésite entre les deux solutions ; voir aussi p. 339, n. 154.
43 On éclairera cette question à l’aide de Jacques 1984. Cette position de la questure au sein des magistratures municipales se retrouve dans les colonies de la Catalogne septentrionale : Mayer 1989.
44 État de la question dans Gayraud 1981, p. 367.
45 Sur le voyage d’Auguste, Demougeot 1968, p. 48-49 et p. 56.
46 Demougeot 1968, p. 51-53 ; Gros 1987 [voir aussi chapitre 21].
47 Il en est sûrement de même dans la colonie voisine de Béziers. Là le premier flamine du culte impérial peut être daté de la dernière décennie du ier siècle avant J.-C. Il s’agissait d’un notable de l’ordre équestre, comme dans la colonie d’Arles. Mais on doit admettre un décalage entre l’installation du culte et la première attestation d’un desservant [chapitre 21].
48 Comme dans la péninsule Ibérique : Étienne 1958, p. 236 n. 7. L’inscription de Béziers (CIL XII, 4241) invoquée par Gayraud 1981, p. 367 n. 362, ne peut apporter confirmation, car l’itération concerne la questure.
49 CIL XII, 4357 ; HGL XV, 47. Mais il n’exerça aucune responsabilité publique à Narbonne, semble-t-il.
50 Flamen Martis : CIL XII, 1899, etc [voir chapitre 20] ; flamen Iuventutis : CIL XII, 1783, etc. Ce sont de grands personnages dans la cité.
51 On trouvera des références dans Dessau ILS III, 1 (index VIII), p. 571-572, en rapport avec les cultes des cités d’Italie.
52 À Nîmes CIL XII, 3180 : flamen Rom[ae et] Divi Aug. item Dr[usi] et Germ(anici) Caes(arum) ; à Nîmes, CIL XII, 3207 : [flamen Roma]e et Divi Au[g. item Drusi et Germa]nici Caesar[um]. À Vienne, un notable de rang équestre, C. Passerius Afer, a été successivement flam(en) Divi August. d(ecreto) d(ecurionum) et flam(en) Germ(anici) Caes(aris).
53 CIL XII, 4363. Le personnage, dont l’inscription est mutilée, est par son père originaire d’Aix-en-Provence. La mention éventuelle de [flamen Germanici Caes]aris est fondée sur une longue restitution. On pourrait aussi envisager la restitution [flamen Romae et Augusti Caes]aris, comme pour le chevalier romain d’Arles (AE 1954, 104) [voir chapitre 21]. Gayraud 1981, p. 366-367, le considère comme flamine de Germanicus à Narbonne, en suivant ainsi l’avis de Hirschfeld. Voir aussi Pflaum 1978 a, p. 251, qui adopte le même point de vue. On pourrait aussi envisager qu’il ait été préfet d’un membre de la famille impériale nommé à la magistrature municipale suprême.
54 Tous les flamines de Germanicus et de Drusus que nous avons évoqués plus haut appartenaient à l’ordre équestre : Pflaum 1978 a, p. 200, p. 209, p. 225-226, p. 253, p. 265-266.
55 Cette observation chronologique ne permet pas de le considérer comme un colon césarien.
56 On éclairera la personnalité de Veiento grâce aux réflexions de J. Andreau sur les relations entre les gens d’affaires et les manieurs d’argent et la propriété foncière : Andreau 1987, p. 370-371.
57 Les conditions du transport de ce vin hispanique ont été mises en évidence par Liou 1987, p. 306-307, qui insiste sur la réduction des quantités d’amphores Pascual 1 par rapport au Dr 1, et sur les risques du cabotage entre la côte catalane espagnole et le port de Narbonne.
58 F. Laubenheimer nous fait savoir qu’elle n’a pas retrouvé d’autre témoignage dans les documents qu’elle a étudiés en divers points du territoire gaulois. Mais le nombre d’amphores marquées était minime.
59 On éclairera ces remarques par les réflexions de Tchernia 1987, p. 329-330.
60 La fouille menée en 1991 dans un secteur à usage industriel, au Sud de l’atelier céramique, a permis de constater que, dans la construction de murs datés de la deuxième décennie du ier s. de n. è., ont été utilisées des tegulae dont certaines sont timbrées au nom de P•VSVL•VEIENT. Ceci pourrait témoigner qu’au moment où ces constructions ont été entreprises, il contrôlait encore l’officine (Llinas-Sagrera 1993, p. 127).
61 Les Voltilii/Volteilii sont bien représentés dans l’épigraphie de Narbonne : CIL XII, 5256 (avec le prénom Lucius), 4516, 5253, 5254, etc. (avec d’autres prénoms). Pour les amphores portant la marque L•VOLTEIL : Miró 1987, p.251, p. 261-263.
62 On se référera aux commentaires de R. Étienne, P. Rouillard et P. Counillon dans Bresson-Rouillard 1993, p. 23-34, p. 35-46, p. 47-57.
63 Cette approche a été chère à R. Syme : Syme 1977 (= Syme 1984, III, p. 976-985).
Notes de fin
* Epigrafia romana in area adriatica. Actes de la IXe rencontre franco-italienne sur l’épigraphie du monde romain (Macerata, 10-11 novembre 1995), (en collaboration avec R. Plana-Mallart), Macerata, 1998, p. 273-302.
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