Chapitre 27. Les ambitions d’un affranchi à Nîmes sous le Haut-Empire : l’argent et la famille*
p. 483-499
Texte intégral
1Parmi les inscriptions récemment mises au jour à Nîmes sur l’emplacement du Palais de justice se trouve une base de statue sur laquelle avait été gravé un texte de quatorze lignes, l’un des plus amples qui parvinrent alors à notre connaissance et furent publiés peu après par G. Barruol et J. Gascou1. Le texte est ordonné en lignes continues, sans effort particulier de mise en page, avec coupure syllabique des mots. Seul, à la dernière ligne, l’ultime mot du texte a été détaché au centre du champ épigraphique (fig. 23) :
Ordo sanctissim(us)
Q(uinto) Avilio Q(uinti) f(ilio) Sennio
Palatina (tribu) Comini
ano in honorem pa
tris eius Q(uinti) Avili Hyacin
thi quod is, praeter libera
litates spectaculorum quae
sponte ededit vel postulata
non negavit, velis novis sum
ptu suo in theatro positis cum
suis armamentis, saepe pecunia
mutua quae a magistratibus
petebatur data actum publicum
iuverit.
2« Le très vénérable sénat à Quintus Avilius Sennius Cominianus, fils de Quintus, de la tribu Palatina, en l’honneur de son père Quintus Avilius Hyacinthus parce que, outre les libéralités consistant en spectacles qu’il fit représenter de son propre mouvement ou qu’il n’a point refusées lorsqu’on les lui réclamait, tout en ayant fait installer à ses frais dans le théâtre de nouveaux voiles avec leur appareillage, celui-ci, par l’attribution de prêts sollicités par les magistrats, a fréquemment favorisé le fonctionnement de la vie municipale. »

Fig. 23. L’hommage public au fils de Q(uintus) Avilius Hyacinthus à Nîmes (Cliché Réveillac, centre Camille-Jullian)
3Le texte adopte une formulation assez rare dans ce type d’hommage qui le plus souvent se conforme au schéma suivant : 1) dénomination de la personne honorée au datif, 2) mention de la collectivité qui a décrété les honneurs, ou simple indication decreto decurionum se référant à la procédure de décision2. Mais cette disposition élémentaire s’étoffe parfois de variantes, quand on indique par exemple le motif de la décision ou que l’on résume, d’un mot, d’une expression ou de plusieurs, les longs considérants du décret honorifique qui avait été voté3. Le texte de ce dernier, en effet, se fondait sur le rapport introductif des magistrats et sur les commentaires des membres du conseil municipal, mais il n’était que rarement publié, si bien qu’il n’en reste généralement que les parties intégrées de diverses manières dans l’inscription apposée sur la base qui s’élevait en lieu public. Celle-ci pouvait même s’enrichir lorsque la personne honorée ou l’un de ses proches avait fait part de sa volonté de prendre à sa charge la dépense publique : alors, en même temps qu’il mettait en valeur le bénéficiaire du décret, l’exécutant de l’hommage prenait soin de mentionner la décision publique par l’emploi d’un verbe tel que censere ou decernere. Puis il ajoutait les formules spécifiques de ce type d’évergétisme très intéressé puisqu’en quelque sorte un particulier devenait maître de la publication d’une décision collective concernant l’un de ses proches, parent, ami ou patron4.
4Ici la première place est occupée par l’ordo sanctissimus, le « très vénérable sénat » de la cité de Nîmes5. Cette formulation est très rare : on a peine à trouver des parallèles dans l’épigraphie latine, alors que du côté des cités grecques il est courant de faire commencer le texte gravé en l’honneur d’une personne par les premiers mots du décret, c’est-à-dire par la mention du conseil et du peuple. En Gaule pourrait se rapprocher de notre document – mais dans le déroulement de l’inscription apparaissent bien vite de sensibles différences –, une inscription honorifique de Lyon6 : elle commence par la double indication publice, d(ecreto) d(ecurionum) (« au nom de tous, par décret des décurions ») qui met à sa façon en valeur le conseil municipal. Quoi qu’il en soit, dans le texte de l’inscription de Nîmes le plan est évident : d’abord est mentionnée l’instance de décision, puis vient le nom de la personne honorée, enfin l’exposé des motifs de l’honneur – l’érection d’une statue –, qui utilise une formule indirecte sur laquelle il faudra revenir plus loin. En effet elle associe à l’hommage rendu au fils le propre père de celui-ci, et, à ce propos, plutôt que les mérites du premier nommé, destinataire direct du témoignage de gratitude publique, elle met en évidence ceux de l’autre personne. La formulation retenue projette donc sur le fils les mérites reconnus à son père, comme si le premier risquait d’en être dépourvu.
5Comme dans tous les hommages publics rendus à des évergètes, c’est l’énumération des générosités qui tient la première place par son importance. Mais ici ce sont celles de C. Avilius Hyacinthus et non celles de la personne honorée de la façon la plus directe qui sont en évidence. Elles sont énumérées avec un tel luxe de détails que la liste prend neuf lignes sur les quatorze de l’ensemble. Ce personnage a d’abord offert des spectacles : praeter liberalitates spectaculorum quae sponte ededit vel postulata non negavit7. Comme l’a bien relevé J. Gascou, ces libéralités se sont déployées hors du cadre institutionnel habituel, c’est-à-dire hors de l’obtention des magistratures et de leur accomplissement, hors de toute fonction politico-religieuse comme le sévirat augustal, et même hors de toute distinction honorifique au sens le plus large, telle que l’octroi des ornements de décurion ou des ornements de sévir augustal8. C’est en effet dans ces occasions que le notable ou celui qui aspirait à le devenir ajoutait souvent à la summa honoraria ou legitima, c’est-à-dire à la contribution légale accompagnant la magistrature ou la distinction officielle, une seconde somme (adiecta pecunia, de suo) qui complétait la première, parce qu’il devait exécuter une promesse formulée avant de recevoir l’honneur ou la distinction.
6En revanche tout concourt à montrer la spontanéité de la munificence, délibérément placée hors du cadre des activités civiques contraignantes, celles qui étaient soumises à un fort contrôle social. L’emploi du terme de liberalitates, typique des documents qui mettaient en évidence les assauts de générosité « gratuite » dont faisaient preuve les évergètes pour le financement des spectacles, au risque de susciter les réprimandes des moralistes9, est en lui-même suffisant : l’expression, qui sert aussi à désigner les générosités testamentaires10, a été codifiée par l’usage. Mais ici elle est renforcée par une proposition relative qui ajoute : quae sponte ededit vel postulata non negavit. Ce membre de phrase met en valeur deux façons d’exercer la générosité volontaire, soit par l’offrande spontanée, soit par l’acceptation de demandes qui auraient pu être refusées. Mais il semble bien que le participe postulata doit recevoir son sens le plus fort, car il faut le comprendre par rapport à la vie municipale et à ses usages : il évoque la postulatio populi, la demande des citoyens qui faisait partie des formes admises de la vie civique. Toutefois ce n’est point celle qui s’exprime au moment des élections et qui parvenait, en certains cas, à influencer le jeu politique traditionnel11, quand certains candidats savaient valoriser leurs promesses (pollicitationes). C’est celle par laquelle le peuple sollicite une évergésie pour donner aux fêtes de la cité un éclat particulier : on s’adressait alors aux riches notables ou à ceux qui, bien que riches, n’étaient pas encore admis dans l’élite dirigeante12, appel flatteur qui faisait céder l’envieux mais qui faisait aussi disparaître pour un temps la hiérarchie des dignités entre les hommes ou les familles. La réponse généreuse à ces sollicitations qui se plaçaient hors de la compétition pour les magistratures ou pour les fonctions officielles pouvait susciter en retour un hommage collectif13, mais celui-ci n’était pas de façon nécessaire immédiatement consécutif. C’était plutôt un bon placement. Il pouvait dans quelques cas faciliter à terme l’accès au groupe social le plus élevé soit du bienfaiteur lui-même soit d’un de ses proches, en général son enfant. Dans l’inscription de Nîmes la mise en valeur du mécanisme évergétique renvoie non à la propre volonté du bénéficiaire ou de l’un de ses proches, qui aurait rédigé le texte, mais vraisemblablement à un document officiel, car l’on peut admettre que l’expression de la postulatio provient certainement du décret de l’ordo sanctissimus. C’est dans celui-ci que la mention de la sollicitation populaire avait été revêtue des mots, les plus usuels et les plus significatifs à la fois, de la vie municipale14.
7Une autre générosité concerne le paiement des vela du théâtre. Il s’agit vraisemblablement de l’édifice qui faisait partie du sanctuaire du culte impérial, sis dans la partie occidentale de la ville romaine, autour de la source de la Fontaine15. L’évergète a offert un ensemble de vastes bâches qui, tendues au-dessus des édifices de spectacles, tels les théâtres ou les amphithéâtres, permettaient de protéger les spectateurs des rayons du soleil et de leur offrir ainsi quelque confort. Pour les théâtres le dispositif était constitué de deux parties, un toit pour la cavea, un toit pour la scaena16. À cette couverture il a joint les armamenta, c’est-à-dire l’appareillage permettant d’en assurer la manoeuvre. R. Graefe en fait l’inventaire : mâts et perches, cordages, anneaux17. J. Gascou remarque que ce terme apparaît pour la première fois afin de désigner les appareillages nécessaires au confort des spectateurs, qui augmentaient l’agrément du public et le prestige de l’édifice. C’est pour cela que le terme d’ornatus, dans une inscription d’Abella, en Italie méridionale18, quoique plus large dans cette acception, doit inclure les armamenta : dans cette ville l’augustal N. Plaetorius Onirus vela in theatro cum omni ornatu sumptu suo dederit.
8On doit aussi remarquer que l’expression de cette libéralité apporte la première mention épigraphique du théâtre de Nîmes, connu du temps de l’historien Ménard19, puis réexaminé par A. Pelet lors des fouilles qu’il réalisa dans les jardins de la Fontaine : il en subsistait alors neuf rangées de gradins de 0,74 m de largeur et de 0,34 m de hauteur20. Cet édifice faisait partie intégrante du vaste sanctuaire du culte impérial, longtemps défini comme l’emplacement des thermes de la cité, mais depuis peu réinterprété par P. Gros. Celui-ci a aussi mis en évidence l’abondance des documents relatifs aux représentations « scéniques » qui proviennent de l’endroit : on le suivra quand il estime que ces témoignages doivent être rattachés aux aspects du culte impérial, mais aussi quand il en déduit que le théâtre avait été le lieu privilégié de la célébration des concours de forme grecque, dont l’existence est incontestablement attestée à Nîmes21. C’est pourquoi l’on admettra que les spectacula dont il est question au début du texte pourraient se rapporter tant aux concours du théâtre qu’aux jeux de l’amphithéâtre.
9Du même secteur de la Fontaine provient une seconde mention des vela. En effet on y a trouvé les restes d’un autel, consacré à la victoire impériale, sur lequel un notable, M. Valerius Severus, agissant comme pontife, avait fait mentionner qu’il avait mis en place vela et aram22. Mais on hésitera à identifier les vela de cette inscription avec ceux qu’offrit Q. Avilius Hyacinthus. Ceux dont s’occupa le pontife ne sont pas forcément ceux du théâtre : ce peuvent être « des voiles ou des tentures », ou même « peut-être les rideaux encadrant une statue de la Victoire lors de certaines cérémonies23 ».
10Toutefois ces deux catégories de libéralités, pour aussi importantes qu’elles aient été, sont surpassées, d’après le texte qui fut gravé, par ce que met en valeur l’élément principal de la phrase latine : quod is... saepe, pecunia mutua quae a magistratibus petebatur data, actum publicum iuverit. Là, les responsables de l’inscription ont certainement serré de près le texte même du décret, et comme les rédacteurs de celui-ci ils ont voulu caractériser de la meilleure façon ce qu’ils considéraient comme l’objet fondamental de la reconnaissance publique. Ceci n’efface pas les autres générosités mais les surpasse dans l’échelle des valeurs ou des services rendus. Aussi cette mention devait-elle constituer la chute de la phrase affichée au coeur de la cité. Il s’agit de l’acceptation d’emprunts publics24. Si l’on se réfère à la documentation provenant des cités du monde grec, elle valait à de tels bienfaiteurs des décrets honorifiques25. Nous ne saurons pas pour quel usage ces prêts avaient été sollicités par les magistrats (approvisionnement, fêtes, constructions ?), ni si parfois le bailleur de fonds renonça aux intérêts, voire au principal26. Mais on peut penser qu’à l’occasion il se laissa aller à quelque marque de désintéressement. Q. Avilius Hyacinthus maniait donc de l’argent et pouvait mobiliser des sommes importantes sans que pour autant nous disposions d’une preuve absolue de l’exercice d’une profession bancaire particulière, lui valant l’appellation de « banquier de métier27 » : de toute façon le décret honorifique n’aurait pu le dire ni le texte gravé l’avouer28. L’intention essentielle était de clore l’énoncé des mérites par ce qui devait définir Q. Avilius Hyacinthus comme un optimus civis.
11Il existe de fortes présomptions pour supposer que Q. Avilius Hyacinthus était un affranchi. Il porte en effet un surnom grec, ce qui en la matière pourrait apparaître comme un argument suffisant29. De plus son fils est enregistré dans la tribu Palatina, ce qui apparaît comme un second élément déterminant (la tribu de la cité de Nîmes étant la Voltinia)30. Enfin on relèvera que le fils, destinataire de l’hommage public, est revêtu d’une dénomination entièrement latine : ce passage du surnom grec au surnom latin est aussi à sa façon significatif31.
12D’autre part, dans la dénomination de Q. Avilius Q.f. Sennius Cominianus on doit avant tout mettre en valeur l’adjonction aux éléments familiaux transmis par le père (Q. Avilius) d’un élément complexe constitué d’un nouveau nom de famille (Sennius) et d’un surnom composé d’un gentilice qui a été suffixé32. Q. Avilius Hyacinthus a donc adopté comme fils un dénommé Sennius Cominianus33.
13La gens Avilia est assez faiblement représentée à Nîmes. Dans l’état de la documentation on ne trouve que deux références localement34, mais on ajoutera une nouvelle mention avec C. Valerius Avillius, soldat de la légion VIIa Gemina qui, à Tarragone, rappelle qu’il est issu de Nîmes (Volt(inia) Nemauso)35. Le fastueux évergète appartenait donc à un groupe familial d’origine locale. Mais peut-on pour autant placer la famille de son patron dans le milieu des notables ? Levergétisme éclatant laisserait plutôt entendre que dans ce cas les multiples dépenses tenteraient de compenser un handicap : celui, évident, qui résultait du statut d’affranchi, mais aussi, ce que laisse entrevoir l’analyse onomastique, celui qui résultait du niveau peut-être médiocre de son patron36. N’oublions pas que l’inscription met en valeur les mérites d’une personne qui n’était pas le bénéficiaire direct et premier du décret honorifique. Répondrait-elle alors à quelque secret désir d’apparaître que l’on n’aurait pu jusque-là satisfaire ? En d’autres termes : l’homme puissant par sa richesse mais fragile par son faible enracinement dans le milieu des notables, tel que pourrait être Q. Avilius Hyacinthus, ne se serait-il pas fait tout seul ? N’aurions-nous pas en lui un de ces « affranchis indépendants », mis en scène par P. Veyne, P. Garnsey et J. D’Arms37 ? Quelques-uns des traits caractéristiques mis en avant par P. Garnsey apparaissent déjà : la richesse et l’indépendance dans la réalisation de l’ascension sociale38. D’autres, tout aussi significatifs, apparaîtront par la suite.
14S’il est difficile de considérer la gens Avilia comme une importante famille locale, il n’en est pas de même pour la gens Sennia et pour la gens Cominia. Les Sennii ont une origine indigène39. Ils n’apparaissent pas encore de façon évidente dans la documentation relative aux notables de Nîmes, alors que leurs homonymes de Vienne s’y trouvent40, mais ils constituent quand même dans la cité un groupe familial bien attesté. L’on trouve parmi eux un sévir augustal41 ; une femme, Sennia Hygia, est mentionnée sur un cippe à rinceaux, type de monument cher aux milieux aisés de la cité42. Les attestations montrent aussi que cette famille est bien implantée dans la partie orientale du territoire, au coeur d’une région bien située et orientée vers une production agricole rémunératrice, ici le vin43. On peut donc raisonnablement penser qu’au sein des milieux dirigeants de la cité de Nîmes la gens Sennia avait sa place.
15Les preuves sont en revanche indubitables pour les Cominii. Les attestations de ce gentilice sont assez rares, il est vrai44, mais on doit mettre en avant la personnalité de M. Cominius M. fil. Volt. Aemilianus, chevalier romain, bien en vue dans la cité durant le deuxième siècle ap. J.-C.45 : il parvint au flaminat provincial et reçut de l’empereur la curatelle de la cité d’Aix-en-Provence. Il s’agit donc d’une famille importante de l’aristocratie nîmoise.
16En somme, puisque l’on peut supposer que le niveau social atteint par le patron de Q. Avilius Hyacinthus était médiocre, on estimera que l’adoption par cet affranchi d’une personne du nom de Sennius Cominianus était destinée à attacher le nomen Avilius à celui de familles plus en vue dans la vie locale. La pratique d’un évergétisme d’envergure se doublait d’une stratégie familiale qu’il est aisé de retrouver. On pourrait rapprocher cette dernière des pratiques du même genre que des études approfondies sur l’ordo de Pompéi ont mises en valeur. En effet, P. Castren a relevé que dans cette cité certaines familles, afin de s’assurer de solides appuis pour faire entrer leur nom dans l’ordo decurionum, utilisaient l’adoption d’enfants issus de groupes déjà bien installés au sommet de la hiérarchie sociale46 : les adoptants sont soit des personnes venues de l’extérieur, soit des personnes d’origine ingénue qui n’avaient pas eu encore accès à l’ordo, mais aussi des affranchis qui ainsi trouvaient moyen de s’accrocher au milieu des notables47. En serait-il de même à Nîmes ?
17Toutefois, avant de se laisser entraîner par ce rapprochement suggestif, il importe de tirer le plus possible de la constatation suivante : le surnom de l’adopté, bénéficiaire direct de l’hommage public, n’est autre qu’un gentilice affecté du suffixe -anus48. Dans l’épigraphie de la cité de Nîmes un tel type de dénomination est abondamment représenté. Il apparaît principalement dans les milieux relevés, si l’on en juge par les titres ou honneurs affichés, et dans des milieux d’une aisance certaine, si l’on se réfère au type de monument funéraire choisi, cippe à rinceaux ou autel funéraire de bonne taille.
18On devrait donc s’attendre à trouver dans cet ensemble des aristocrates et des notables. Parmi eux on mettra à part C. Fulvius C.f. Volt. Lupus Servilianus49 et T. Iulius Sex. f. Volt. Maximus Ma[---] Brocchus Servilianus A. Quadronius L. Servilius Vatia Cassius Cam[---]50 : ils appartiennent au monde des sénateurs ou des chevaliers admis dans l’ordre sénatorial ; même si l’on peut penser qu’ils sont issus de l’aristocratie volque, celle-ci a repris, durant le premier siècle ap. J.-C., les usages onomastiques courants à l’époque républicaine dans la haute société. Pour le premier d’entre eux, en particulier, le surnom Servilianus indique certainement que ce personnage était né dans la gens Servilia. Cependant un tel mode de dénomination n’apparaît qu’à sept reprises dans le groupe de ceux qui, chevaliers romains ou non, ont le comportement, local ou provincial, du notable municipal, alors que la documentation relative à ce sous-ensemble s’élève à un peu plus de soixante-dix attestations pour toute la cité51 : cette pratique qui faciliterait la mise en valeur des alliances matrimoniales n’est donc pas particulièrement prisée par les grandes familles de Nîmes.
19Dans le petit groupe dont on vient de parler, il y a quand même quatre chevaliers romains, dont un praefectus fabrum. Dans ce dernier cas52, il s’agit d’un notable parvenu au faîte des magistratures municipales, et peut-être mort avant d’accéder aux plus hauts honneurs, dans sa cité et dans sa province, par l’exercice des prêtrises du culte impérial. Les trois autres personnages sont parvenus aux plus hauts honneurs municipaux et provinciaux, tant M. Cominius M. f. Volt. Aemilianus53, que C. Soillius T.f. Volt. Valerianus54 et L. Sammius L. f. Vol. Aemilianus55. Cependant, à propos de leur statut, on utilise la formule equum publicum habens, qui sert, avec d’autres, à indiquer qu’il s’agit du premier membre de la famille accédant à l’ordre équestre. On a observé à ce sujet que l’expression caractérisait l’ascension sociale de notables provinciaux ou municipaux mais aussi celle de fils d’affranchis56. Aussi on se gardera, dans le cas des Nîmois, de les considérer comme les représentants de familles établies depuis longtemps dans une bonne position sociale et accédant enfin à un degré plus éminent de la notabilité. Il importe en revanche d’explorer l’hypothèse d’ascensions rapides, réalisées sur une seule génération par des individus dont les ascendants subissaient des incapacités, tels les affranchis.
20L’épigraphie de Nîmes apporte ici de bons arguments. Il existe en effet un certain nombre d’inscriptions qui montrent que les enfants d’affranchis pouvaient porter un surnom dérivé du gentilice de la mère57, à tout le moins que cette pratique permettait à un couple d’anciens esclaves de latiniser le surnom des enfants à la génération suivante58. On mentionnera le cas de L. Aemilius Cornelianus et d’Aemilia Corneliana, fils et fille de Cornelia Philaenis et de L. Aemilius Asyncritus, sévir augustal dans sa cité59. On ajoutera celui que fournit un cippe à rinceaux sur lequel le texte funéraire est accompagné d’une épigramme grecque60. On pourra même se référer à celui qu’apporte une épitaphe61 sur laquelle, si l’épouse porte un surnom grec, l’époux s’appelle Communis, assez répandu dans le monde servile62. On enregistrera encore, même s’il est impossible de connaître entièrement la dénomination d’un des membres de la famille, d’autres exemples :
- CIL XII, 3221 : la dénomination de l’épouse est inconnue. Mais le texte mentionne C. Fulvius Nicephorus, sévir augustal et décurion ornamentarius de la cité de Nîmes, père de Fulvia C.f. Cassiana. On en déduira que la mère était vraisemblablement une Cassia.
- CIL XII, 3541 : la dénomination de l’époux est inconnue. Mais le texte mentionne Cornelia Elpis mère de Sergia Corneliane. On en déduira que le père est un Sergius.
- CIL XII, 3644 : la dénomination de l’époux est Sex. Iul. Dionysius, alors que celle de l’épouse est inconnue. Mais le fils est dénommé Sex. Iul. Messianus. On en déduira que la mère était vraisemblablement une Messia.
- ILGN 459 : la dénomination du père est Aelius Cornelius Hermes, alors que celle du fils est L. Cornelius Valerianus. On en déduira que l’épouse était vraisemblablement une Valeria.
21Dans tous ces cas, les gentilices que l’on découvre sont ceux de grandes familles locales. On mettra particulièrement en valeur le rapprochement que l’on peut effectuer entre C. Fulvius Nicephorus et le sénateur nîmois C. Fulvius C. f. Volt. Lupus Servilianus dont il a été question plus haut63, tandis que pour Sergia Corneliane le rapprochement s’impose avec le grand notable que fut C. Sergius Respectas64. La conclusion s’impose donc : dans cette cité provinciale de bonne taille on peut constater que les affranchis des grandes familles, par leurs alliances, auraient pu reconstituer, quoiqu’a un niveau inférieur, le milieu des notables, leurs patrons, vraisemblablement avec l’assentiment de ces derniers65.
22Mais l’enquête ainsi conduite montre que tout ne se résout pas en mariage d’affranchis. Dans plusieurs cas où se manifeste cette pratique de donner à l’enfant un surnom dérivé du gentilice de la mère, seul un des membres du couple était un ancien esclave, tandis que l’autre était d’une extraction ingénue, ou paraissait en être. On mettra ainsi en évidence deux exemples :
- CIL XII, 3457 : M. Aurelius Karus, le père, pourrait être ingénu, tandis que Cassia Charite, son épouse, est plutôt de condition libertine. L’enfant s’appelle M. Aurelius Cassianus.
- CIL XII, 5900 : nous sommes dans le cas inverse. T. Geminius Zethus, le père, est vraisemblablement affranchi, mais la mère, Titia Martialis fil. Paterna, est de condition ingénue. L’enfant s’appelle T. Geminius T. f. Vol. Titianus.
23Avec ce dernier exemple nous pouvons aller plus avant, car nous connaissons le destin de cet enfant. T. Geminius T. f. Vol. Titianus reparaît sur une autre inscription de Nîmes, son épitaphe66. À sa mort il était parvenu à un niveau assez élevé dans la hiérarchie des honneurs municipaux, puisque la préfecture des vigiles et des armes précède le quattuorvirat. Vraisemblablement les notables qui parvenaient à ce rang avaient préalablement exercé la questure ou l’édilité. Mais, de fait, l’on constate l’existence de deux représentations du cursus municipal à travers les inscriptions de la cité. D’un côté la simple mention de la questure ou de l’édilité, c’est-à-dire des magistratures inférieures qui toutefois avaient l’avantage dans cette colonie de droit latin de permettre aux notables qui n’en jouissaient pas encore de gagner le droit de cité romaine67. De l’autre la mention, en règle quasi générale invariablement répétée, des honneurs et prêtrises du plus haut rang : dans l’ordre direct la préfecture des vigiles et des armes, le pontificat, le quattuorvirat (soit iure dicundo soit ad aerarium), enfin, couronnement qu’il n’était pas loisible à tous d’atteindre, le flaminat du culte impérial68. Dans le cas de notre personnage, il est significatif que, même si sa carrière avait été prématurément interrompue69, son épouse ait tenu à montrer, en ne mentionnant que la préfecture des vigiles et des armes, qu’il était vraisemblablement destiné à atteindre les plus hautes fonctions dans la cité. Cet exemple montre à la fois vers quelles hypothèses suggestives peut conduire cette enquête, mais aussi les limites qu’impose la documentation dont on dispose, car celle-ci ne livre que des renseignements réduits sur la composition des familles. L’épouse s’appelle Amulia Epiteuxis : si son surnom grec évoque l’origine servile, son gentilice en revanche, inconnu pour l’instant à Nîmes et en Narbonnaise, ne permet pas de mettre en évidence des relations avec les groupes les plus élevés de la société locale. Toutefois ici se révèle que dans ces familles qui s’installaient peu à peu dans la notabilité les liens n’étaient pas totalement coupés avec le milieu des affranchis. Pourrait le suggérer aussi une autre inscription funéraire de Nîmes qui fait connaître le quattuorvir C. Vireius C. fil. Vol. Virilis, époux de Maria C(h)resime70. Enfin pourrait aussi l’indiquer l’examen des inscriptions qui font connaître des mariages entre personnes dont l’une porte un surnom grec et l’autre un surnom latin : on rencontre souvent des sévirs augustaux71.
24De toute façon, l’usage de donner à l’enfant un surnom tiré du gentilice de la mère oriente vers les milieux d’affranchis des grandes familles, dont on peut mesurer combien ils étaient proches de leurs patrons et peut-être par ceux-ci des autres composantes de l’élite sociale et politique de la cité. C’est pourquoi, même si nous ignorons l’identité et le statut des parents du jeune Sennius Cominianus, on doit être tenté de s’orienter vers les groupes d’affranchis qui gravitaient autour des grandes familles de la société locale. Q. Avilius Hyacinthus est donc allé chercher son fils d’adoption dans ce milieu parce qu’il pouvait en retirer des appuis afin de réaliser son objectif d’ascension sociale, et combler par des concours haut placés l’insuffisance de ses propres garants. Faut-il préciser : de son patron72 ?
25Hyacinthus aurait pu espérer, à un certain moment, recevoir pour lui-même quelque distinction publique, comme le sévirat augustal ; à défaut un témoignage honorifique sous forme d’ornements73, voire un quelconque privilège74, à l’instar de certains de ses compatriotes ou d’homologues italiens. Peut-être même l’honneur eût-il été assorti de la gratuité75. Il avait certainement ajouté à un certain moment de son existence l’envie de faire accéder à l’ordo, sinon aux magistratures, sa descendance, c’est-à-dire son nomen. L’adoption d’un enfant doté d’appuis était la pièce nouvelle de cette stratégie. Malheureusement son espoir fut déçu. Cet hommage rendu au fils en l’honneur du père signifie certainement que l’enfant vient de mourir prématurément, ce qui ruinait le projet de Q. Avilius Hyacinthus. Aussi, faute de compenser la dette accumulée vis-à-vis du père en faisant entrer, le jour venu, le jeune homme dans la société des notables ou en le destinant à en faire partie, l’ordo sanctissimus ne put que prendre un décret de consolation, prévoyant l’érection d’une statue en lieu public76. Voilà pourquoi si l’enfant honoré tient la première place, celle-ci se réduit à la seule dénomination du personnage. En revanche l’occasion était bonne d’adresser indirectement un hommage appuyé à son père : relatio des magistrats, puis décret municipal devaient reprendre dans les considérants la longue comptabilité de ses générosités. On comprend donc mieux pourquoi, issu de l’ordo lui-même, maître de sa rédaction, le texte ait repris rigoureusement termes et expressions significatifs de la vie civique. Cet honneur public montrerait que les ambitions de Q. Avilius Hyacinthus avaient quand même été en partie réalisées. L’essentiel du décret de honoranda morte fut gravé sur le socle de la statue représentant le jeune enfant : de la sorte le nom du père et celui de son fils passaient dans la mémoire collective.
26En somme, l’inscription de Nîmes a le mérite de faire apparaître les deux voies de l’ascension sociale dans une cité provinciale de bonne taille : la fortune et les relations familiales. L’une est évidente, l’autre ne se laisse appréhender que lors d’un détour par l’analyse de la dénomination. Mais celle-ci fait apparaître avec vigueur combien l’accès au milieu des notables était sous la propre coupe de ces derniers, mais aussi combien pouvaient être forts les liens entre les grandes familles et leurs affranchis. Ceux-ci assuraient une part de renouvellement de l’ordo77. L’histoire un peu marginale et exceptionnelle d’apparence de Q. Avilius Hyacinthus ne nous écarte point d’un modèle déjà bien défini, même si elle ne nous informe que sur le mode qualitatif. Pour revenir aux observations de P. Garnsey sur les « affranchis indépendants », si l’on peut présumer que Q. Avilius Hyacinthus fournit de ce groupe une bonne illustration, on ajoutera que l’inscription de Nîmes permet de retrouver ce qui semblait une autre caractéristique de leur comportement : une forte volonté d’intégration par le biais de leur descendance78. Sans qu’il y ait paradoxe, on pourrait même estimer que, en dépit de l’accident qui venait ruiner momentanément ses projets, l’entreprise de cet affranchi nîmois fut bien couronnée de succès. En effet, passé bien vite le nom de son enfant adoptif, ce sont ses propres mérites qui furent inscrits sur la base de la statue, son action qui fut magnifiée. Comme s’ils étaient tout de suite, à l’évidence, devenus la raison de l’hommage public. En définitive lui, l’affranchi, puisque son fils était immortalisé sur la pierre in honorent patris, ne recevait-il pas le véritable témoignage honorifique de la part des membres de l’ordo et n’apparaissait-il pas à ce moment même comme le meilleur des citoyens ?
Notes de bas de page
1 Les fouilles eurent lieu de 1976 à 1978. Leur déroulement est résumé par G. Barruol, « Informations archéologiques », Gallia, 36, 1978, p. 454-455 avec fig. 21-22 ; 37,1979, p. 543-544 avec fig. 14-16 ; 39, 1981, p. 522. C’est alors que fut mise au jour une enceinte d’époque tardive : Dedet-Garmy-Pey 1981. Les inscriptions ont été publiées par Barruol-Gascou-Bessac 1982. La base de statue est monolithe (1,21 x 0,61 x 0,55m) ; le champ épigraphique se trouve sur le dé (0,61 x 0,51). L’inscription a été publiée par G. Barruol, Gallia, 37, 1979, p. 543, par Dedet-Garmy-Pey 1981, p. 158 avec fig. 34-35, par Barruol-Gascou-Bessac 1982, p. 285-290 avec fig. 6 (d’où AE 1982,681).
2 Sur ces formulaires, Christol 1986 d, p. 86-89.
3 On se référera à Sherk 1970, qui en fournit une liste avec les textes.
4 Étienne 1964 ; Dardaine 1980. Un bon exemple se trouve à Nîmes dans un des textes publiés et commentés par Barruol-Gascou 1982, p. 291-293 (d’où AE 1982, 682) : Indelviae T(iti) fil(iae) Valerillae, flaminicae perpetuae, quae pro eo honore statuant argenteam cum basi ex (sestertium) (quinquaginta milibus) (nummum) in basilica posuit, ob quant munificentiam ordo sanctissimus statuant ei ponendam de publico decrevit. Quae honore contenta impendium remisit.
5 Sur ce qualificatif, rarement usité, voir les commentaires de Barruol-Gascou-Bessac 1982, p. 283, qui rassemblent la documentation disponible. On ajoutera, si la restitution proposée peut être maintenue, le témoignage d’une inscription de Nîmes publiée récemment (Christol 1987 b, d’où AE 1987, 752) : (Se) vir a[ug(ustalis)] Sex(tus) Licin[ius] Helicon cui ordo san[ct(issimus) ?] seviralia orna[ment(a)] gratuita dec[rev(it)] v(ivus) s(ibi) et [s(uis) f(ecit) ou p(osuit)]. En revanche on retirera le témoignage d’une autre inscription découverte au même emplacement du Palais de justice et publiée par Barruol-Gascou-Bessac 1982, p. 281 (d’où AE 1982, 680), car la révision du texte montre que l’on ne doit pas lire le mot abrégé [s]a[nc]t. : il s’agit d’un terme collectif désignant la communauté dont l’ordo a décrété les honneurs gratuits pour Attia Patercla (decret(o) ordinis...). Nous nous proposons de revenir ultérieurement sur ce texte important pour l’évergétisme à Nîmes [à présent Christol 2005 c].
6 CIL XIII, 1900 (ILS 7025), à Lyon : Publice d(ecreto) d(ecurionum) [S]ex(to) Vagirio Sex(ti) fil(io) Gal(eria) Martiano... quant statuant cum ordo [s]anctissim(us) ob eius erga remp(ublicam) suam eximiam operant et insignem abstinentiam ex aerario [p]ublico poni censuisse[t]... ; Burnand 1973.
7 Sur la forme incorrecte ededit, Barruol-Gascou-Bessac 1982, p. 288. La nature des spectacula demeure incertaine : à Nîmes ce ne sont pas nécessairement ceux de l’amphithéâtre, cf. infra. Sur la diversité qu’implique le terme lui-même, Cavallaro 1984, p. 13-31.
8 Barruol-Gascou-Bessac 1982, p. 288-289. L’octroi de distinctions comme les ornements de sévir impliquait aussi un versement honorifique, puisque parfois la gratuité l’accompagnait, cf. l’inscription citée supra n. 5 et les commentaires dans Christol 1987 b, p. 393-394.
9 Veyne 1976, p. 436-440.
10 On citera à l’appui l’inscription no 1 publiée par Barruol-Gascou-Bessac 1982, p. 281-285 (d’où AE 1982, 680).
11 Jacques 1984, p. 389-393.
12 Jacques 1984, p. 399-406.
13 C/L X, 4760 (ILS 6296) : C(aio) Titio Chresimo, aug(ustali) (iterum). Huic ordo decurionum, quod pro salute et indulgentia Imp(eratoris) Antonini Pii Felicis Aug(usti) et ex voluntate populi munus familiae gladiatoriae ex pecunia sua diem privatum secundum dignitatem coloniae ediderit, honorent biselli quo quis optimo exemple in colonia Suessa habuit et ut aquae digitus in domo eius flueret commodisque publicis ac si decurio frueretur, et Titio Chresimo filio suo ob merita patris honorem decurionatus gratuitum decrevit. Cf. Jacques, 1984, p. 402-403.
14 Jacques 1984, p. 392-393 et p. 405.
15 Gros 1984, p. 123-124. Remplacement de la Fontaine a longtemps été considéré comme un établissement de bains, au xviiie et au xixe s. : A. Pelet, Essai sur les anciens thermes de Nemausus, Nîmes, 1863. On replacera ces interprétations dans le cadre général des recherches archéologiques et épigraphiques des érudits nîmois, grâce aux éléments qui sont rassemblés dans le catalogue composé par D. Darde, L’épigraphie à Nîmes du xvie s. à nos jours, Nîmes, 1987.
16 Le pluriel vela semble courant (Graefe 1979, p. 189, n. 35), même en grec (cf. au théâtre de Patara en Lycie, ΤΑΜ II, 408,l.15-16), mais cette langue utilise aussi, pour définir la toile de couverture de ce lieu de théâtre le termepétasos, qui désigne le chapeau aux larges bords dont était coiffé Mercure (L. Robert, Hellenica, XI-XII, Paris, 1960, p. 17, n. 3, cf. Bull., 1961, 216 et 659 avec les références).
17 Graefe 1979, p. 22-26 à propos du théâtre d’Orange ; pour l’amphithéâtre de Nîmes, p. 62-67.
18 Barruol-Gascou-Bessac 1982, p. 289 (précisant l’avis de Graefe 1979, p. 10). Il s’agit de l’inscription CIL X, 1217 (ILS 5651). À Narbonne on connaît une inscription qui pourrait se référer aussi à l’embellissement du théâtre, mais sans autre précision (CIL XII, 4445 :[ad t]heatri or[na\ione]m selon Hirschfeld, mais avec un point d’interrogation, cf. aussi dans l’index, p. 958) ; mais les lacunes sont vraisemblablement plus longues que ne le suppose cet auteur : on pourrait donc trouver à la ligne supérieure le mot or[natum...], puis une énumération explicitant la générosité de l’évergète avant de parvenir au début de la ligne inférieure.
19 L. Ménard, Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nîmes, Paris, 1750-1758, VII, p. 69.
20 Louis 1941, p. 103.
21 Gros 1984, p. 130-132. À compléter par les observations du même, Gros 1989, p. 76-79. Nous ne connaissons pas encore le nom de ces concours, même si une inscription découverte depuis quelques années vient attester, comme on pouvait s’y attendre, l’insertion d’un concours dans les fêtes officielles de la cité, puisque le notable C. Sergius Respectus, après avoir pris en charge comme epimeletes ( ?) agonis [—] (le nom manque par suite d’une lacune) une des manifestations, fut un peu plus tard agonothetes, c’est-à-dire président du concours : AE 1969-1970, 376, cf. Wuilleumier 1971 (une révision du texte et de nouveaux commentaires ont été publiés par Christol 1987 a, II, p. 11-18 ; on se référera aussi à Christol 1987 e, p. 115-116 pour le texte révisé, et à Christol 1991 a [voir chapitre 17]). On pourrait se demander si les deux expressions flamen Romae et Augusti et agonothetes ne sont pas juxtaposées et ne signifieraient pas que le flaminat du culte impérial aurait été revêtu lors d’une année de célébration de ce concours au caractère périodique. Il est en effet difficile de penser que leur organisation et leur présidence échappaient normalement au plus haut responsable du culte impérial dans la cité. Quant à la documentation relative aux troupes et aux acteurs, elle est plus abondante : Lavagne 1986. Les théâtres jouaient un grand rôle dans les cérémonies du culte impérial : Price 1984, p. 109 et p. 210-211.
22 CIL XII, 3134 : Victori[a ou ae]|Aug.|M. Valerius|Severus, pontif.|ex stipe| vela et aram [d. ?]. L’inscription fut « trouvée en 1740 dans les décombres des anciens bains bâtis sur le bord de la fontaine, actuellement au temple de la fontaine » selon Ménard. Le texte a été mutilé avec le temps, mais si le bord supérieur du champ épigraphique a disparu, le bord inférieur subsiste en partie, ce qui permet de conclure qu’il n’y avait pas une sixième ligne ou davantage de texte en bas. De plus le texte est remarquablement mis en page. On pourrait donc ajouter une lettre à droite, à la dernière ligne ; en revanche, même si cela entraîne une difficulté pour comprendre le texte, on peut se demander s’il convient de restituer au datif le nom de la Victoire comme le voulait Hirschfeld conformément à une certaine logique.
23 Gros 1984, p. 130, n. 63. Quant à la statue, qui pourrait être de métal précieux, on aurait pu l’exposer lors des fêtes du culte impérial. Cette question mérite un approfondissement.
24 Dans un sens différent Barruol-Gascou-Bessac 1982, p. 290.
25 Migeotte 1984, fournit de nombreux éléments de comparaison et met en valeur un phénomène fondamental dans la vie des cités, le manque fréquent de liquidités de la caisse municipale.
26 On se référera aussi à l’inscription de Corfinium relative à Q. Avelius Q. f. Serg. Priscus Severius Annavus Rufus (AE, 1961, 109, cf. M. Buonocore dans Supplementa Italica, n.s., 3, 1987, p. 144-145, no 2) dans laquelle on indique onera reip. gratuita pecunia saepius iuvit (on relèvera la ressemblance des formulations et la position finale de la mention de ce geste dans la série des mérites qui lui sont attribués).
27 Barruol-Gascou-Bessac 1982, p. 290, estiment à ce propos qu’il « aurait pu être un important banquier ». Jacques 1990, p. 151, va dans le même sens en estimant qu’il est « peut-être un financier professionnel ». Il est certain que son niveau de fortune devait être très élevé, et que la répétition des prêts à la municipalité est un fait incontestable. Toutefois Andreau 1987, p. 583-584, montre bien que le prêt d’argent n’est pas l’apanage des banquiers de métier : à Corfinium le prêteur d’argent est un important notable, patron du municipe et quinquennal (cf. supra n. 26). Même si Q. Avilius Hyacinthus n’est point parvenu à ce niveau de notabilité (cf. infra) et semble s’être fait lui-même, l’incertitude demeure et la prudence s’impose.
28 Nous sommes en effet dans le contexte de la vie municipale. Des termes plus propres à décrire une biographie personnelle n’auraient pu apparaître que dans l’épitaphe du personnage, à condition qu’il ait jugé préférable de faire abstraction de toute référence à des données de caractère civique : sur de tels documents, voir en dernier Panciera-Zanker 1989.
29 Sur cette question qui a été récemment éclaircie par quelques travaux d’ensemble, on se référera à Solin 1971, p. 121-138 ; Duthoy 1974, p. 136-137 ; Duthoy 1970. Sur des cas bien déterminés, concernant les naviculaires d’Arles, nous avions tenté une démonstration similaire : Christol 1971 a. En Narbonnaise Hyacinthus est rarement attesté, mais dans CIL XII, 358 (Riez) il s’agit d’un sévir augustal, M. Iulius Hyacinthus. Les attestations provenant de Rome sont examinées par Solin 1982, II, p. 1107-1108. Barruol-Gascou-Bessac 1982, p. 287-288, utilisent cet argument pour élaborer leur démonstration.
30 Barruol-Gascou-Bessac 1982, p. 288, qui mettent en valeur l’observation d’O. Hirschfeld à propos de CIL XII, 3525. On connaît trois affranchis nîmois inscrits dans la tribu Palatina : M. Colius Ennaei l. Pal. Faustus et M. Colius Fausti l. Pal. Atticus (CIL XII, 3525) ainsi que Cn. Pompeius Cn. Sex. T. l. Pal Lemiso (CIL XII, 3809 ; sur l’origine celtique du personnage on se référera à l’inscription gallo-grecque de Coudoux (Bouches-du-Rhône) dans Lejeune 1988, p. 67-68, L-2). Pour ce qui concerne les fils d’affranchis ou leurs descendants on se référera à Garnsey 1975.
31 Ce phénomène a été depuis longtemps relevé (voir les travaux cités à la note 29) ; une des principales raisons de son importance se trouve dans la connotation servile de la plupart des surnoms grecs : voir, en plus des références citées, Kajanto 1968. On en trouve une illustration très significative dans une cité voisine, à Aix-en-Provence, par l’inscription CIL XII, 527 : elle mentionne deux personnes, le père (C. Veratius Threption) et le fils (C. Veratius Paternus, de la tribu Palatina, chevalier romain et flamine du culte impérial) ; l’intégration du personnage le plus jeune s’accompagne de la latinisation du surnom. Voir déjà sur cette inscription Christol 1988 b, p. 19-20, où est esquissée une comparaison entre les Veratii aixois et les Avillii nîmois.
32 Voir infra.
33 Dans un sens différent, Barruol-Gascou-Bessac 1982, p. 287-288.
34 CIL XII, 3703 et 4078 ; Barruol-Gascou-Bessac 1982, p. 287. Ce gentilice a une origine italique : Schulze 1904-1991, p. 72-73, p. 337 et 348.
35 RIT 223. Le Roux 1982, p. 202 (fin du ier s.-début du iie s. ap. J.-C.).
36 Il convient donc d’insérer le cas de cet affranchi dans la problématique des « affranchis indépendants » (cf. infra n. suiv.). Un des points de la réflexion concerne les liens entretenus avec le patron : ne devrait-on pas considérer également la position sociale du patron ?
37 Sur cette question on se référera en premier à l’article de Veyne 1961 (= Veyne 1991, p. 13-56), souvent repris et discuté. On se référera en particulier à Garnsey 1981, et à D’Arms 1981.
38 Garnsey 1981, p. 368-370. Cet auteur, parmi divers critères, met en avant « wealth and positions of responsability ».
39 Sur ce gentilice, Holder 1896-1904-1907, II, col. 1479-1481. On peut lui rattacher le gentilice Senius, même si Hirschfeld (CIL XII, index p. 881) le rapproche du gentilice Saenius, attesté à Arles (CIL XII, 609-610).
40 CIL XII, 2439, 2493, 2494, 2495, 2592 ; Pflaum 1978 a, p. 251-252.
41 CIL XII, 2818 (Q. Senius Furius) [Furius est à corriger en Euplus].
42 CIL XII, 3902. Sur ce type de monument, Sauron 1983, p. 51-109.
43 Christol 1987 a, II, p. 9-10, cf. p. 117. On se référera aussi aux implantations des ateliers d’amphores gauloises G 1 et G 4 : Laubenheimer 1985, p. 349-351.
44 26 attestations dans CIL et ILGN, dont 9 seulement proviennent de Nîmes : CIL XII, 2827, 3526, 3527, 3528, 4061, et ILGN 454, 546, cf. CIL XII, 3212 et add., 3213 et add. (voir n. suiv.). On ajoutera un emploi de ce gentilice en position de cognomen (CIL XII, 4116 à Saint-Gilles) et le surnom Cominianus (CIL XII, 2733, toujours dans la cité de Nîmes). On observera que la connaissance des Cominii comme notables se réduit, dans la documentation actuelle aux deux bases honorifiques de Nîmes qui montrent l’importance considérable du personnage dans sa cité et dans sa province. Mais sur place rien d’autre ne vient s’ajouter pour mieux connaître l’influence de la famille, même si le chevalier romain est patron des sévirs augustaux nîmois (voir n. suiv.).
45 CIL XII, 3212 et add., 3213 et add. Sur ce personnage, Burnand 1975 a, p. 764-769 ; Pflaum 1978 a, p. 99 et p. 100 ; Jacques 1983, p. 387-388.
46 Castren 1975, p. 93, p. 99-100, p. 123-124.
47 Andreau 1973, p. 223-225.
48 Kajanto 1965, p. 32-35.
49 CIL XII, 3166 ; PIR2 F 548 ; Burnand 1975 a, p. 737-741 ; Pflaum 1978 a, p. 207 ; Burnand 1982, p. 418.
50 CIL XII, 3167 ; PIR2 I 426 ; Burnand 1975 a, p. 754-760 ; Pflaum 1978 a, p. 317-319 ; Burnand 1982, p. 418-419.
51 CIL XII, 3229 ([--] Sex. fil. [I]ulianus) ; 3307 ([---]llius L.f. [---]onianus) ; 3223 (T. Geminius T. fil. Vol. Titianus) ; 3210 (C. Cascellius Vol. Pompeianus) ; 3212 et add.-3213 et add. (M. Cominius M.f. Volt. Aemilianus) ; 3274-3275 (Q. Soillius T.f. Volt. Valerianus) ; 3183 (L. Sammius Aemilianus). Cf. n. 52, 45, 53, 54, 55.
52 CIL XII, 3210 : D(is) M(anibus) C(ai) Cascelli Vol(tinia) Pompeiani, praef(ecti) fabr(um), (quattuor)vir(i) iur(e) dic(undo), praef(ecti) vig(ilum) et arm(orum), Antoniae Titullae uxori. Le texte n’est pas totalement sûr. Burnand 1975 a, p. 773-774 ; Pflaum 1978 a, p. 255 ; Sablayrolles 1984, p. 239-242.
53 Cf. n. 45.
54 CIL XII, 3274 et 3275 ; Burnand 1975 a, p. 775-779 ; Pflaum 1978 a, p. 99-100 ; Jacques 1983, p. 388-389.
55 CIL XII, 3183 et add. ; Burnand 1975 a, p. 769-773 ; Pflaum 1978 a, p. 238-239.
56 Demougin 1988, p. 202.
57 Voir déjà sur cette question Christol 1987 a, II, p. 10-11, p. 14-15.
58 Voir déjà supra n. 29 et 31. Dans larticle de Kajanto 1968, on relèvera, à la p. 522, l’exemple fourni par CIL X, 2109 (Pouzzoles) : L. Asellius L. f Mamilianus y apparaît comme fils de L. Asellius L. lib. Hermes et de Mamilia Lyris.
59 CIL XII, 3192 : D(is) M(anibus) L(uci) Aemil(i) Asyncriti (se)vir(i) Aug(ustalis) ; L(ucius) Aemil(ius) Gamus et Aemil(ia) Silvina et L(ucius) Aemil(ius) Gamicus patrono piissimo. Nous ne savons rien de précis sur le support de l’inscription. AE 1978, 465 = AE 1982, 684 : D(is) M(anibus) (se)vir(i) aug(ustalis) L(ucii) Aemilii Asyncriti ; L(ucius) Aemilius Honoratus et L(ucius) Aemil(ius) Cornelian(us) patri optim(o). L’inscription est gravée sur un cippe à rinceaux, daté par Sauron 1983, p. 85, de la période 117-161 ap. J.-C. AE 1982, 685 : D(is) M(anibus) Corneliae Philaenidis et Aemiliae Cornelian(ae) ; (sevir) aug(ustalis) L(ucius) Aemilius Asyncritus uxori karissimae et filiae piissimae. L(ucius) Aemilius Honoratus et L(ucius) Aemil(ius) Cornelianus matri optim(ae), sorori karissimae. Sur Philaenis, Solin 1982, I, p. 156-157 ; sur Asyncritus, un cognomen rare, Solin 1982, III, p. 1274. L. Aemilius Honoratus devait être l’aîné : voir infra n. 65.
60 CIL XII, 4015 : D(is) M(anibus) C(ai) Vibi Liciniani, ann(orum) XVI, m(ensium) VI ; C(aius) Vibius Agathopus et Licinia Nomas fil(io) optimo piissim(o). Sur Agathopus, H. Solin, Personennamen, I, p. 9-12 ; sur Nomas, Solin 1982, III, p. 1300-1301.
61 CIL XII, 3693 : D(is) M(anibus) L(uci) Kari Aemiliani ; L(ucius) Karius Communis et Aemilia Zosime filio piissimo.
62 Kajanto 1965, p. 256. À Narbonne on trouve P. Granius P. l. Communis (CIL XII, 4499 et add.).
63 Supra n. 49.
64 Supra n. 21.
65 On n’oubliera point, de même, que le premier-né de L. Aemilius Asyncritus cité supra n. 59 s’appelait L. Aemilius Honoratus, comme le seul sénateur nîmois connu au coeur du iie siècle ap. J.-C. (CIL XII, 3165 et add. ; 3165b ; Burnand 1975 a, p. 760-764 ; Burnand 1982, II, p. 417).
66 CIL XII, 3223 = ILGN 422 : D(is) M(anibus) T(iti) Geminii T(iti) fil(ii) Vol(tinia tribu) Titiani, praef(ecti) vigil(um) et armor(um), Acutia Epiteuxis marito opt(imo) et sibi v(iva) f(ecit). Cf. supra n. 51.
67 On se référera au texte de Strabon, Geogr., IV, 1, 12, avec les commentaires de Goudineau 1976 ; en dernier Christol 1988 a, dont les hypothèses sur l’interprétation des textes de Strabon et de Pline ne devraient pas être ébranlées par les critiques de Le Roux 1991, p. 116-120.
68 Burnand 1975 a, p. 739-740, avec surtout n. 6. Christol 1987 d, p. 122-125 (avec les listes).
69 Un cas comparable est fourni par la carrière du chevalier romain C. Cascellius Vol. Pompeianus (C/L XII, 3210) à qui échappe ainsi le pontificat, bien qu’il fût promis aux plus hautes charges : Christol 1987 d, p. 125.
70 CIL XII, 3295.
71 CIL XII, 3188, 3248, 3294 ; voir de même supra le cas de C. Fulvius Nicephorus (CIL XII, 3221) cité et commenté.
72 Cf. supra n. 36-37. Pour le profit que l’on peut espérer gagner d’une recherche sur le patron, Christol 1971 a.
73 Comme les ornements de sévir augustal, cf. supra n. 5 et 8.
74 On pensera à l’honneur du bisellium, fréquemment attesté en Italie, cf CIL XII, index p. 707-708. Quelques exemples dans Jacques 1984, p. 402-403, cf p. 487 et p. 409.
75 Voir l’exemple analysé par Jacques 1984, p. 402-403 et p. 487 (sur ce dernier ; cf. n. 13). On connaît à Nîmes plusieurs exemples d’honneurs obtenus « gratuitement » ; mais ils se rapportent à des notables ayant été ainsi honorés hors de cette cité (CIL XII, 3203 (ILS 6984) et AE 1969-1970, 376, cf. supra n. 21). On pourrait leur adjoindre, en suivant une interprétation différente de celle qu’avancèrent les premiers éditeurs, une inscription provenant du Palais de justice : AE 1982, 680, cf. supra n. 5. On hésitera à utiliser un document récent (cf. aussi n. 5) dont la restitution n’est pas totalement assurée.
76 Sur ces décrets de consolation et leur intérêt pour l’histoire sociale, D’Arms 1981, p. 136 avec la n. 78.
77 Le fait avait été observé en Italie par Gordon 1931, mais dans une optique de conflit social entre les aristocraties municipales traditionnelles et leurs anciens esclaves, et dans la perspective, peu pertinente, du déclin de l’Empire. Plus justes sont les vues de Veyne 1961 (= Veyne 1991, p. 217, p. 220-221, p. 226, p. 240).
78 Garnsey 1981, p. 369.
Notes de fin
* Cahiers du Centre Gustave-Glotz, 3, 1992, p. 241-258.
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