Chapitre 6. Le retour au flottement (1992-1997)
p. 183-210
Texte intégral
1La sortie de la livre du mécanisme de change fut vécue comme une catastrophe. L’appellation de « Mercredi noir », attribuée au 16 septembre 1992 et toujours gravée dans les esprits, rend compte du traumatisme subi. L’humiliation ressentie fut comparable à celle qui accompagna la suspension de la monnaie britannique du Serpent monétaire européen en 1972. Le gouvernement de John Major, aux commandes depuis presque deux ans, fut naturellement tenu pour responsable du fiasco. Aujourd’hui encore, il y est directement associé. Pourtant, et c’est là le dernier paradoxe constaté, ce même gouvernement sut rebondir à partir de l’effondrement de la politique monétaire et fut l’auteur de l’instauration du ciblage direct de l’inflation, une innovation efficace et pérenne. Le présent chapitre se propose de faire toute la lumière sur ce dernier paradoxe.
2Il mettra premièrement en évidence l’exagération des effets économiques potentiels du Mercredi noir, qui anéantit la crédibilité du gouvernement, et celle du conflit germano-britannique. Il analysera ensuite l’échec du gouvernement à présenter la sortie de la livre du mécanisme à son avantage, alors même que Norman Lamont la préparait. Il soulignera aussi l’incapacité du gouvernement à mettre en avant, d’une part, sa compétence monétaire lors de l’instauration du ciblage direct de l’inflation et, d’autre part, sa compétence politique lorsqu’il obtint que la liberté de décision monétaire soit garantie au Royaume-Uni dans le traité de Maastricht. Enfin, il montrera que les bonnes performances macroéconomiques des gouvernements de John Major pendant la période de flottement furent masquées par la division politique du gouvernement et du Parti conservateur sur les questions monétaires européennes.
Les lendemains du Mercredi noir
3Les conditions de sortie de la livre du mécanisme de change eurent pour conséquence politique interne immédiate d’anéantir la crédibilité gouvernementale si difficilement recouvrée, tandis que, d’un point de vue économique, le chancelier était plutôt soulagé de la fin de l’expérience. Sur le front diplomatique, elles ne firent que mettre le feu aux poudres du conflit germano-britannique.
La perte de crédibilité du gouvernement
4Lorsque la livre revint au flottement le 16 septembre 1992, un vent de panique exagéré souffla sur le Royaume-Uni en réaction à la chute libre de la monnaie. Dès le 17 septembre, le quotidien Financial Times fit part de la fuite alarmante des capitaux à l’extérieur du Royaume-Uni1 et du désarroi de l’industrie face au déséquilibre monétaire2. Le 22 septembre, The Independent s’alarma de la conséquence inflationniste de la dépréciation responsable d’une hausse des prix des importations3. La panique fut aussi due aux taux d’intérêt anormalement hauts à 15 %. L’industrie, comme les particuliers endettés à des taux variables, et notamment ceux ayant contracté des crédits immobiliers, craignirent le maintien de ces taux4. L’hystérie fut telle que la population « terrifiée »5 cessa de consommer. Enfin, le pays fut plongé dans l’incertitude, car le gouvernement semblait soudain sans politique économique et monétaire6. Les réactions incontrôlées face au décrochage de la livre étaient compréhensibles en regard du désastre économique consécutif à la dévaluation de 1967. Elles furent toutefois aussi disproportionnées que celles qui avaient fait suite au crack boursier de 1987. Les taux d’intérêt reprirent une pente descendante dès le lendemain de la sortie de la livre du mécanisme de change.
5En dépit de l’assouplissement rapide de la politique monétaire, la monnaie cessa de se déprécier moins d’un mois après sa sortie du mécanisme de change. Quant à la crainte d’une absence soudaine de politique économique et monétaire, elle n’aurait été justifiée que si le gouvernement avait eu comme objectif dominant la stabilité de la livre lors de la période de participation au mécanisme de change.
6Certes, depuis sa nomination, le chancelier n’avait cessé d’affirmer que le mécanisme de change était la « pierre d’angle » de sa politique, ce qui était exact dans la mesure où la stabilité de la livre forte était l’instrument principal de la politique. Cependant, la participation au mécanisme de change n’était pas l’objectif de la politique qui était dédiée à la relance économique sans conséquences inflationnistes. De plus, elle n’était qu’un instrument parmi d’autres de la politique de lutte contre l’inflation et finalement le gouvernement n’en avait plus autant besoin qu’en 1990. Le taux d’inflation avait reculé à 3,6 % et le Royaume-Uni sortait enfin du marasme économique. Au fond, la stabilisation de la livre au taux pivot fixé en 1990 était devenue aussi superflue et coûteuse en regard de l’amélioration des conditions que, en 1983, le traitement de choc de la SFMT telle qu’elle avait été conçue en 1980. Mais à l’instar du gouvernement Thatcher de 1983, le gouvernement Major, pris par surprise, ne réussit pas vraiment à exprimer ce message. Il ne parvint pas à se retrancher derrière l’évolution des conditions économiques et monétaires pour valoriser l’aspect positif de la modification forcée de sa politique. Il fut d’abord interdit par les conditions déplorables et la rapidité de la sortie de la livre du mécanisme de change. Ensuite, il ne lui fut pas possible d’affirmer que la stabilisation de la livre était devenue insoutenable par rapport aux besoins réels du Royaume-Uni. Cela serait revenu à confirmer la surévaluation soupçonnée de la monnaie et à condamner l’idéologie conservatrice du refus d’une dévaluation salvatrice. Rétrospectivement, on ne peut que condamner de nouveau le refus britannique d’un réalignement antérieur. Une dévaluation volontaire et concertée, présentée à l’avance comme la continuité de l’engagement à stabiliser la livre à une nouvelle parité plus réaliste, aurait peut-être altéré la crédibilité gouvernementale. Mais de toute évidence, la perte de crédibilité aurait été moindre qu’avec une modification intempestive de la politique monétaire en grande partie régie de l’extérieur. Le gouvernement, contraint et forcé par les défauts de fonctionnement du mécanisme de change et par ses propres erreurs, fut perçu comme incompétent.
7Cette impression d’incompétence fut d’abord due à ce que, jusqu’au dernier moment, le chancelier réaffirma l’engagement gouvernemental pris en octobre 1990. « [Le Royaume-Uni] prendra toutes les mesures nécessaires pour maintenir la parité de la livre fixée par le mécanisme » (notre traduction)7, affirma-t-il encore dans la journée du 16 septembre. Aussi l’annonce, quelques heures plus tard, du décrochage et de la dépréciation, parut-elle totalement incohérente. Ensuite, le gouvernement essaya maladroitement de sauver les apparences en insistant sur le fait que la livre n’avait pas été dévaluée volontairement, mais que sa dépréciation était la conséquence naturelle de sa libération des contraintes du mécanisme de change8. Le message était peu convainquant. Le résultat était peut-être le même en terme de perte de valeur, quoiqu’il soit permis d’en douter. Il était pire en terme de responsabilité gouvernementale, puisqu’il dénotait l’impuissance ou l’incapacité du gouvernement à maintenir la livre aux alentours de la parité fixe choisie par John Major en octobre 1990. De plus, les relèvements puis les diminutions hâtifs des taux d’intérêt donnèrent l’impression d’une absence de contrôle des événements9. Enfin, des propos contradictoires du chancelier et du Premier ministre sur le retour de la livre dans le mécanisme de change traduisirent un désaccord des autorités sur la politique à suivre. La presse se fit alors l’écho d’un profond sentiment de chaos total exprimé de toute part. Furent cités les propos du député conservateur Malcom Griffiths qui estimait que les membres du gouvernement ne comprenaient pas ce qui se passait10, et ceux de l’économiste Bill Martin11 et du conseiller économique en chef à la CBI, Douglas McWilliams12, pour lesquels les autorités ne savaient pas ce qu’elles faisaient.
8Le gouvernement britannique s’était tourné en ridicule. Il se heurta alors à des attaques d’origines diverses. Le Parti travailliste, pourtant favorable à une dévaluation de la livre ou – si besoin était – à la sortie de la livre du mécanisme de change13, se servit des événements du 16 septembre pour tenter de le déstabiliser. Le 24 septembre 1992, John Smith, le nouveau leader du Parti travailliste, proposa à la Chambre des communes de condamner la politique économique du gouvernement, politique qui s’était effondrée à la suite du retrait humiliant de la livre du mécanisme de change après avoir, selon lui, plongé l’économie britannique dans une récession profonde et l’avoir rendue vulnérable aux attaques spéculatives (House of Commons, 1992 : col. 11).
9À l’issue d’un débat d’un peu moins de dix heures, le groupe parlementaire conservateur se mobilisa. La motion du Parti travailliste fut rejetée par 330 « non » contre 288 « oui ». 329 députés conservateurs votèrent contre, aucun ne vota pour14. La motion que présentait John Major, et qui demandait à la Chambre des communes d’exprimer son soutien à la politique gouvernementale, fut finalement adoptée par 322 « oui » contre 296 « non ». 321 conservateurs appuyèrent la motion et aucun ne vota contre15. Le groupe parlementaire conservateur obéit ainsi au devoir de loyauté envers son gouvernement. Mais il ne faudrait pourtant pas croire qu’il n’était pas sensible à l’incohérence gouvernementale. Réuni le 8 octobre suivant à Brighton pour son congrès annuel, le Parti conservateur offrit une véritable ovation à Margaret Thatcher et réclama son retour au pouvoir, manifestant ainsi sa désapprobation du gouvernement Major.
Le soulagement du chancelier
10Le chancelier, pour sa part, fut plutôt soulagé du décrochage de la livre. Dans les jours précédant la décision du flottement, la stabilisation de la livre était devenue un véritable cauchemar. D’après le Financial Times, Norman Lamont serait arrivé tout guilleret le lendemain à son bureau et aurait confié que c’était la première fois depuis un moment qu’il avait bien dormi sans se faire de souci pour la livre16. En effet, dans son ouvrage (Lamont, 1995 : 36), Norman Lamont révèle que les marchés, en forçant la livre hors du mécanisme de change, n’avaient fait que précipiter un événement que le chancelier était en train de préparer, afin de mettre un terme à une politique monétaire devenue trop restrictive. Cela signifie que le décrochage de la livre ne posa pas un réel problème de politique au gouvernement. Norman Lamont s’était déjà fait à l’idée du retour imminent au flottement, même s’il n’avait certainement pas imaginé un scénario de ce type. Cela explique le sang-froid dont le chancelier fit preuve lorsqu’il dut annoncer la sortie de la livre du mécanisme de change. Norman Lamont essaya de faire partager son soulagement et présenta l’événement comme un bienfait. Il souligna le retour à la liberté de décision et d’action du gouvernement britannique. Dès le lendemain du décrochage de la livre, il déclara fièrement : « Nous sommes revenus au flottement et nous allons fixer la politique monétaire de ce pays de façon à réaliser nos objectifs. Ce sera une politique économique britannique et une politique monétaire britannique » (notre traduction)17. Ses propos devaient éveiller un sentiment de regroupement autour du gouvernement détenteur de la souveraineté nationale.
11Cependant, Norman Lamont fut quand même déstabilisé par la rapidité et les circonstances du décrochage de la livre, comme en atteste son annonce précipitée, le 16 septembre au soir, de réintégrer la livre dans le mécanisme de change à l’issue du référendum français. Prenant exemple sur son chancelier, le Premier ministre déclara, lui aussi, le 17 septembre, que la livre réintégrerait le mécanisme de change dès que les conditions le permettraient18. John Major avait cependant un jour de décalage par rapport au message d’indépendance monétaire auquel Norman Lamont était déjà passé. Un doute s’ensuivit sur l’entente réelle des deux hommes au sujet de la politique envisagée.
12Le Premier ministre se reprit bien vite pour exprimer son accord total avec le chancelier dès le lendemain, en affirmant que la politique du chancelier était bien la sienne et celle du Cabinet19.
La détérioration des relations germano-britanniques
13Les conditions de sortie de la livre du mécanisme de change furent le révélateur d’une querelle germano-britannique latente soudain disproportionnée. Les représentants des autorités monétaires britanniques avaient été les premiers à s’insurger contre le refus de la Bundesbank d’abaisser ses taux d’intérêt. Revenant sur le Conseil européen de Bath de début septembre, le chancelier accusa la Bundesbank de ne jamais avoir clairement exposé sa proposition d’un réalignement généralisé. Il semblerait toutefois que chacun ait fait semblant d’ignorer ce que l’autre suggérait20.
14Dès le lendemain de la sortie du mécanisme de change, Norman Lamont se remit à accuser Helmut Schlesinger, le gouverneur de la Bundesbank, en exposant toute une liste de nouveaux griefs. La Bundesbank n’aurait premièrement que peu respecté le principe de l’intervention bilatérale. Il est vrai que la Bundesbank n’intervint que tardivement le 28 août 1992, mais elle en avait parfaitement le droit puisque les accords du SME n’imposaient pas à la banque centrale de la monnaie la plus forte d’effectuer des interventions intramarginales. Ensuite, Norman Lamont trouva les interventions allemandes de dernière minute très limitées. Certes, le 11 septembre 1992, le chancelier allemand Helmut Köhl autorisa la Bundesbank à suspendre ses interventions de soutien à la lire italienne et accorda rapidement une autorisation similaire concernant l’achat de livres britanniques. Néanmoins, la Bundesbank, dont la monnaie fut utilisée comme monnaie de réserve à la place de l’Écu, dépensa un total de 92 milliards de marks (environ 33 milliards de livres) pour redresser les monnaies faibles du mécanisme (Nölling, 1993 : chap. 7). La Banque d’Angleterre ayant dépensé un peu plus de 11 milliards de livres en interventions pour soutenir sa propre monnaie, les autorités britanniques pouvaient difficilement maintenir leurs accusations, même si la Bundesbank accroissait ses réserves en devises alors que la Banque d’Angleterre épuisait les siennes.
15Le chancelier britannique accusa alors Helmut Schlesinger de n’avoir pas soutenu la livre officiellement. La Bundesbank n’aurait pas publiquement annoncé son engagement à freiner la dépréciation de la monnaie britannique. Elle aurait fait beaucoup plus cas de ses interventions pour lutter contre la dépréciation du franc français après la crise21. Norman Lamont aborda ainsi un thème récurent à la construction européenne : la coalition franco-allemande. La presse rappela alors les anciens conflits entre Margaret Thatcher et le chancelier Helmut Köhl au moment de l’unification allemande22. Le Financial Times remonta même jusqu’aux tensions de 1987, mais tempéra ses écrits en rappelant que c’était grâce à l’Allemagne que le Royaume-Uni s’était vu octroyer la possibilité de bénéficier d’une clause d’exemption concernant les deux dernières étapes de la marche vers l’UEM23.
16La querelle atteignit son paroxysme lorsque Norman Lamont accusa Helmut Schlesinger de sabotage. Cette accusation reposait sur une entrevue que le gouverneur de la Bundesbank avait accordée à la revue économique allemande Handelsblatt le 15 septembre au soir. Helmut Schlesinger aurait alors affirmé que la dévaluation de la lire italienne ne suffisait pas et qu’il fallait un réalignement plus large impliquant toutes les monnaies faibles du mécanisme de change. Ces propos diffusés immédiatement soulevèrent un vent de panique et de spéculation et auraient donc largement contribué à la déstabilisation finale de la livre, comme Norman Lamont ne manqua pas de le souligner (House of Commons, 1992 : col. 103). Ils furent cependant toujours démentis par le gouverneur de la Bundesbank qui, interloqué, ne voyait pas de quoi il s’agissait. En essayant de se justifier – maladroitement – Helmut Schlesinger relança la polémique24. Ce furent Helmut Köhl et John Major qui mirent un terme définitif à cette querelle en rappelant à chacun de s’en tenir strictement à des rapports diplomatiques et professionnels25.
Le virage monétaire du Royaume-Uni
17La sortie de la livre du mécanisme de change ne bouleversa pas, dans un premier temps, la politique monétaire du Royaume-Uni. Mais, dans un second temps, le gouvernement trouva enfin la clef de la politique monétaire stable et fiable que les conservateurs recherchaient depuis leur retour au pouvoir en 1979. Malheureusement, il ne sut pas tirer le parti politique de cette compétence économique.
Le retour à la politique monétaire des années Thatcher
18La perte d’un instrument devenu encombrant n’altéra pas le double objectif de la politique économique et monétaire de relance économique et de maîtrise de l’inflation. Au cours de ses différents entretiens médiatiques, Norman Lamont répéta plusieurs fois que l’objectif de réduction de l’inflation restait au cœur de ses politiques26. Le 21 septembre, John Major confirma que l’objectif du gouvernement demeurait une inflation modérée et une économie vigoureuse27.
19Lors du débat parlementaire du 24 septembre sur « La politique économique » (House of Commons, 1992), John Major, qui ouvrit le débat, et Norman Lamont, qui le clôtura, s’exprimèrent d’une seule voix. Ils tinrent des propos similaires sur les motivations de l’intégration de la livre au mécanisme en 1990, sur l’amélioration des résultats économiques et monétaires enregistrés au cours des deux années d’adhésion, sur les raisons de la crise du SME, sur les objectifs prioritaires du gouvernement et sur la politique à suivre à l’avenir. Ils furent d’accord sur le fait qu’il était hors de question de réintégrer le mécanisme de change sans une réforme préalable du SME. Norman Lamont fut plus précis en invoquant la révision des règles d’intervention, des procédures de coopération et des obligations imposées aux monnaies fortes et aux monnaies faibles. Il ajouta qu’un retour au mécanisme de change ne se ferait qu’à la condition d’une accalmie des marchés monétaires, d’une convergence des économies britannique et allemande et d’une réduction des taux d’intérêt fixés par la Bundesbank.
20Les deux hommes s’accordèrent ensuite sur le caractère crucial de la maîtrise de l’inflation. Le Premier ministre plaça l’inflation modérée en tête des conditions nécessaires au succès économique britannique (House of Commons, 1992 : col. 2). Le chancelier déclara que la sortie de la livre du mécanisme de change ne changeait rien à la détermination du gouvernement à réduire l’inflation pour qu’elle soit d’un niveau comparable à celui des pays européens ayant les taux d’inflation les plus faibles (House of Commons, 1992 : col. 105). Il présenta à nouveau le décrochage de la livre comme l’occasion de retourner à l’application d’une politique discrétionnaire dans l’intérêt du Royaume-Uni. Le gouvernement allait suivre une nouvelle stratégie expansive indépendante pour stimuler la croissance, tout en gardant une politique stricte de lutte contre l’inflation. Cette politique, dont la présentation comportait un caractère contradictoire indéniable28, ressemblait fort à ce que les autorités britanniques n’avaient cessé de pratiquer tout au long de la période de participation au mécanisme de change.
21John Major et Norman Lamont en précisèrent tour à tour le versant restrictif. Ils énoncèrent la prise en compte de différents indicateurs des conditions monétaires tels que la croissance de l’agrégat monétaire étroit, l’évolution de l’agrégat large et celle des prix du capital et des taux de change. Norman Lamont rappela le maintien de l’objectif de croissance de M0 entre 0 % et 4 % fixé en mars 1992. Tous deux insistèrent sur le fait que le flottement n’était pas une option facile. Le Premier ministre dit qu’il ne fallait pas s’attendre à ce que les taux d’intérêt soient abaissés à un taux très faible. Le chancelier renchérit en déclarant qu’il n’hésiterait pas à procéder à des relèvements des taux si les objectifs de contrôle de l’inflation menaçaient de ne pas être atteints. Enfin, les deux collègues mentionnèrent la politique complémentaire de réduction du besoin d’emprunts publics par la restriction des dépenses de l’État.
22Afin de faciliter cette restriction, Norman Lamont prit deux mesures. Le Budget consistait alors à annoncer, au mois de mars, les mesures fiscales destinées à financer les dépenses que l’Autumn Statement avait prévues au mois de novembre précédent. À partir de 1993, le chancelier décida que les projets de dépenses et de modifications fiscales seraient réunis en un seul nouveau Budget présenté en novembre.
23Par ailleurs, les différents ministères évaluaient jusque-là leurs dépenses et leurs besoins individuels réunis ensuite dans un projet global. À partir de décembre 1993, Norman Lamont choisit d’appliquer un principe inverse. Le montant des dépenses publiques totales serait d’abord plafonné de façon à correspondre à un projet de financement réaliste, puis chaque ministère recevrait une autorisation de dépense en fonction de ses besoins réels.
La nouvelle politique de ciblage direct de l’inflation
24Dès octobre 1992, influencé par l’exemple de politiques monétaires appliquées depuis peu dans d’autres États anglophones comme la Nouvelle-Zélande et le Canada, Norman Lamont opéra ce qui allait être un virage déterminant dans la politique monétaire du Royaume-Uni. Il l’annonça dans une lettre (Lamont, 1992b) qu’il adressa le 8 octobre à John Watts, le président du Comité de la Chambre des communes relatif aux affaires du ministère des Finances (House of Commons Treasury Committee). Puis, il procéda à une annonce plus publique lors du congrès du Parti conservateur d’octobre 1992.
25L’idée, alors révolutionnaire mais aujourd’hui évidente, consistait à ne plus essayer de maîtriser la croissance des prix en se fixant des objectifs intermédiaires, comme les taux de croissance d’agrégats monétaires ou les taux de change, mais en visant directement un taux d’inflation. L’instrument de la nouvelle politique restait le taux d’intérêt. Il s’agissait de se projeter dans l’avenir (forward looking) et, en tenant compte du décalage temporel entre une modification du prix de l’argent et l’effet de cette modification sur la croissance des prix (time lag), d’essayer d’atteindre demain un certain taux d’inflation en modifiant aujourd’hui les taux d’intérêt.
26C’est ainsi que Norman Lamont annonça, en octobre 1992, que l’objectif du gouvernement allait devenir la réduction du taux d’inflation sous-jacente à une valeur située entre 1 % et 4 % à court terme, et à 2 % ou moins à long terme. Dans le Budget de mars 1993, il confirma que M0 gardait un objectif de croissance entre 0 % et 4 % pour 1993-1994 et fixa un objectif de croissance entre 3 % et 9 % pour M4. Il avait toutefois décidé, dans sa lettre à John Watts, que le rôle de ces deux agrégats serait limité à celui de guides du comportement de l’économie. Fort de l’expérience des gouvernements Thatcher, il rajouta la prise en compte d’autres indicateurs tels que le taux de change29 et les prix des actifs. Mais le véritable objectif auquel le gouvernement devait s’attacher était maintenant de limiter l’inflation sous-jacente, mesurée par le RPIX (l’indice des prix de détail hors paiement des intérêts hypothécaires) au taux cible de 1 % à 4 % (Lamont, 1993a : col. 173).
27Le Royaume-Uni bascula ainsi discrètement vers le ciblage direct de l’inflation, idée que les autorités monétaires couvaient depuis décembre 1989. Le ministère des Finances, alors en quête d’une politique monétaire fiable, avait envisagé le ciblage direct de l’inflation parmi d’autres possibilités. Il avait de nouveau soulevé cette idée en décembre 1990, mais avait renoncé en raison d’un risque d’altération de la crédibilité de l’engagement gouvernemental à maintenir la livre dans le mécanisme de change30. Ayant entièrement recouvré sa liberté de décision et d’action à l’automne de 1992, il n’eut comme souci que de choisir entre taux cible et fourchette cible, et entre différentes mesures de l’inflation. Le gouvernement considéra que la conjoncture et les performances passées en matière de contrôle de l’inflation ne permettaient pas d’envisager avec confiance qu’un taux cible précis puisse être atteint. Or, tout écart par rapport à ce taux cible serait présenté comme un échec. Mieux valait cibler une fourchette laissant plus de marge d’erreur possible. Le gouvernement envisageait de toute façon des dépassements occasionnels des objectifs en raison de facteurs indépendants de son contrôle, mais il s’engageait à expliquer le phénomène, ainsi qu’à préciser comment et en combien de temps il redresserait la barre. Quant à la mesure de l’inflation, ce fut le RPIX qui fut choisi car il était disponible chaque mois et ne présentait pas la réaction contre-productive d’augmenter à chaque hausse des taux d’intérêt.
28Le passage au ciblage direct de l’inflation en 1992 se fit, à tort, sans effet d’annonce, et demeura tout d’abord relativement inaperçu. La politique anti-inflationniste annoncée lors de la présentation du Budget de 1993 fut surtout comprise comme une discipline monétaire et budgétaire, teintée de monétarisme par la fixation d’objectifs de croissance d’un agrégat représentatif de la quantité de monnaie en circulation, et qui tenait compte de l’évolution de différents indicateurs des conditions monétaires sous-jacentes. Vue sous cet angle, elle fut considérée comme un retour à la politique appliquée par les gouvernements Thatcher de mars 1982 à mars 1987, puis de mars 1988 à octobre 1990. Ce retour en arrière apparent suscita plusieurs critiques acerbes. En mai 1993, Howard Davies, ancien vice-gouverneur de la Banque d’Angleterre, nouvellement promu directeur général de la CBI, déclara :
Il n’y a pas de politique monétaire clairement définie. Le gouvernement nous dit qu’il veut maintenir l’inflation entre 1 et 4 %. Comment ? En surveillant une batterie d’indicateurs dont le taux de change. Et si le taux de change évolue ? On continue de surveiller. Je connais. Je viens moi-même du Trésor. Tout cela ne veut strictement rien dire. C’est la célèbre formule de Nigel Lawson : « Le taux d’inflation est juge et jury ». On confond l’objectif de la politique économique et l’un de ses instruments31.
29Malgré son innovation formidable, mais trop discrète, en matière de politique monétaire et le redressement de l’économie britannique, Norman Lamont dut quitter le poste de chancelier de l’Échiquier en mai 199332 et fut remplacé par Kenneth Clarke.
30En 1994, le nouveau chancelier se concentra davantage sur l’objectif du taux de l’inflation sous-jacente que sur des objectifs de croissance d’agrégats monétaires. Il maintint l’objectif d’inflation sous-jacente entre 1 % et 4 % pour 1994-1995 (Clarke, 1994 : col. 1081). En 1995, Kenneth Clarke constata que l’inflation décélérait depuis septembre 1992 et se maintenait même en dessous de 3 % depuis septembre 1993. Certes, il y avait eu une exception en septembre 1995, mais le chancelier de l’Échiquier considéra qu’il s’agissait d’un événement temporaire dû à une accélération de l’inflation à l’échelle internationale en 1994. En novembre 1995, il descendit donc l’objectif gouvernemental à un taux cible d’inflation d’une valeur de 2,5 % ou moins pour 1995-1996 (Clarke, 1995 : col. 1057). En 1996, il conserva ce nouvel objectif pour 1996-1997 (Clarke, 1996 : col. 156).
31Il est à souligner que l’innovation de Norman Lamont ne fut pas seulement adoptée par son successeur. À son arrivée au poste de chancelier de l’Échiquier en 1997, le travailliste Gordon Brown maintint, en la renforçant, la politique de ciblage de l’inflation, passant d’une fourchette cible à un taux cible symétrique. Par ailleurs, il convient également de remarquer que la Banque centrale européenne suit, elle aussi, une politique de ciblage direct d’une fourchette de taux d’inflation.
La position du gouvernement vis-à-vis des institutions monétaires européennes
32Une fois la crise de septembre 1992 passée, le gouvernement britannique dut se prononcer sur une réintégration de la livre au mécanisme de change. Le gouvernement choisit de prolonger le flottement de la livre, ce qui garantit le maintient du Royaume-Uni hors de l’Union monétaire, du moins tant que les conservateurs seraient au pouvoir, conformément à la promesse de Margaret Thatcher.
L’évolution du Système monétaire européen
33La crise la plus grave que le SME traversa en septembre 1992 fut un véritable choc pour les Européens. Sans compter les nombreuses dévaluations de dernière minute, le mécanisme de change venait de perdre l’Italie, participante depuis la création du système, et le Royaume-Uni, dont l’adhésion s’était tant fait attendre. Par ailleurs, le mark finlandais, la couronne suédoise et la couronne norvégienne avaient finalement tous trois été décrochés de l’Écu. En cela, la crise de 1992 ressembla fort à celles expérimentées par le Serpent monétaire européen. C’était d’autant plus troublant que les partenaires s’étaient évertués à renforcer leur système pour éviter une répétition de l’histoire. Le bon fonctionnement du système avait été fondé sur les principes d’une meilleure convergence économique, d’une plus grande flexibilité, d’un système d’alarme amélioré et d’un partage plus égalitaire des responsabilités d’intervention. Par la suite, les participants avaient opéré, en 1987, une refonte du système de façon à faciliter la stabilisation des monnaies et à prévenir le choc hypothétique de la libération des mouvements de capitaux avec l’entrée en vigueur du Marché unique en 1992. Les adhésions s’étaient multipliées à la fin de la décennie.
34Soudain, la crise de septembre 1992 agit comme le révélateur d’un dysfonctionnement ignoré ou sous-évalué. Lors de la réunion d’urgence du Comité monétaire dans la nuit du 16 au 17 septembre 1992, John Major proposa que les accords du SME soient suspendus jusqu’au référendum français. Apparemment, cette suggestion permettant de minimiser le cas britannique fut refusée par l’Allemagne33. Une fois la tempête apaisée, les Européens s’interrogèrent plus sérieusement sur la marche à suivre. John Major réclama une modification totale du système34, mais il dut retirer sa demande le 28 septembre face à l’opposition massive des partenaires européens35.
35Les causes de la crise étaient notoirement multiples, mais il était clair que, alors que la convergence de leurs économies faisait défaut, les États membres avaient forcé une stabilité intenable en situation de déséquilibre en refusant les ajustements de parités requis par les divergences économiques. En effet, le dernier réalignement majeur, impliquant la réévaluation simultanée du Deutsche Mark, du florin néerlandais et du franc belge et luxembourgeois, datait de janvier 1987. Depuis, seule la lire avait été dévaluée en janvier 1990, à la suite de l’abandon des marges larges de fluctuations à ± 6 % pour l’adoption des marges étroites à ± 2,25 %. La première mesure concrète fut donc le retour au principe des réalignements. En janvier 1993, l’Irlande consentit à dévaluer sa livre de 10 %. En mai suivant, ce fut le tour de la peseta et de l’escudo d’être de nouveau dévalués, de 8 % et 6,5 % respectivement. La situation parut alarmante. Au total, quatre réalignements avaient été effectués depuis septembre 1992, c’est-à-dire dans un laps de temps de neuf mois seulement, et leur ampleur attestait de la difficulté à stabiliser les monnaies dans un contexte de trouble économique.
36En conséquence, le système fut assoupli le 2 août 1993. Les marges maximales de fluctuations furent élargies à ± 15 % pour les monnaies des États les plus en difficulté. Cette seconde mesure visa à faciliter temporairement le recouvrement de l’équilibre. Le 6 mai 1994, lorsque les turbulences monétaires parurent calmées, le Parlement européen adopta une résolution prodiguant plusieurs conseils aux États membres. Il recommanda notamment la limitation des fluctuations à court terme des taux de change et le retour aux marges prévues en 1979. Il proposa aussi une réforme du SME prévoyant, entre autres, que les décisions relatives aux conditions d’adhésion au système et aux réalignements soient du ressort communautaire36. Rétrospectivement, il est probable que cette dernière proposition ait été motivée par l’indépendance de décision dont le gouvernement britannique avait fait preuve lors de l’entrée de la livre dans le mécanisme de change en 1990. L’équilibre monétaire revint progressivement et dès septembre 1994, le Comité économique et social de l’UEM se félicita du retour aux marges originelles de fluctuations37.
37Le SME fut ensuite refondu à l’entrée en vigueur de l’UEM. Il ne disparut pas avec la fixité irrémédiable des monnaies nationales, puis leur remplacement par l’euro. Les États de la zone euro n’oublièrent pas que la stabilité entre leur nouvelle monnaie et celles des États tiers de l’Europe est cruciale. D’abord, cette stabilité doit permettre la pérennité du développement des échanges intra-européens. Ensuite, si les États tiers souhaitent un jour se joindre à la zone euro, il leur faut d’abord stabiliser leurs monnaies par rapport à l’euro à moyen terme, tout comme les monnaies européennes furent stabilisées entre elles avant la fixation définitive des taux de change. Dès lors, quoi de plus efficace que l’appartenance à un système de taux de change fixes ajustables pour faciliter la stabilisation monétaire externe plus difficile à obtenir en cavalier seul.
38Le Conseil européen réuni à Dublin les 13 et 14 décembre 1996 décida donc d’un « SME bis » définissant cette fois les relations de change entre l’euro et les monnaies des États européens ne participant pas pleinement à l’Union monétaire. Ce nouveau SME repose sur trois nouveaux principes : il n’est pas obligatoire d’y adhérer (comme pour l’ancien mécanisme de change), les interventions stabilisatrices sur les marchés des changes sont limitées par l’impératif de stabilité des prix, et la flexibilité y est plus grande encore qu’avec l’ancien SME38.
39Le gouvernement britannique exprima sa réticence dès le projet de création du SME bis ou SME II. Par la voix de son sous-secrétaire David Davies, le ministère des Affaires étrangères britannique proposa à la place des objectifs d’inflation39. La Banque d’Angleterre appuya le projet défendu par son vice-gouverneur Howard Davies40. Mais la proposition ne fut pas retenue par les partenaires européens.
La question de la réintégration de la livre dans le mécanisme de change
40Le lendemain de la sortie de la livre du mécanisme de change, pris dans la tourmente, John Major avait fait part de son souhait d’une réintégration rapide. Puis, avec la satisfaction rapidement ressentie du retour à une indépendance monétaire totale, et en l’absence d’une refonte véritable du SME, que les autorités britanniques réclamaient, le projet de réintégration fut abandonné. Lors du congrès annuel du Parti conservateur d’octobre 1992, Norman Lamont déclara que la livre serait replacée dans le mécanisme « au moment opportun pour la Grande-Bretagne »41, message identique à celui proféré de 1979 à 1990 par les gouvernements Thatcher. Le 3 janvier 1993, le Premier ministre exclut une adhésion au cours de l’année en raison d’un déséquilibre entre les taux de change et les taux d’intérêt européens et ceux pratiqués aux États-Unis et au Japon42. La nomination de Kenneth Clarke, de l’aile proeuropéenne du Parti conservateur, au poste de chancelier le 27 mai 1993, raviva l’espoir de réintégration. En effet, à la fin de septembre 1992, The Independent avait placé Kenneth Clarke dans la liste des membres du gouvernement demandant un engagement britannique clair à réintégrer la livre dans le mécanisme de change43. Le 16 mai 1993, Kenneth Clarke avait marqué sa volonté de voir un jour la livre de nouveau dans le mécanisme de change, même s’il avait exprimé son doute sur une réintégration effective avant 199744. Dès sa nomination, le nouveau chancelier se prononça en faveur d’une relative stabilité et contre les dévaluations compétitives45. Mais cette stabilité ne requérait pas nécessairement une participation au mécanisme de change.
41Rapidement, Kenneth Clarke repoussa la réintégration au-delà de 1997. Malgré sa tendance proeuropéenne, il estimait, à l’instar de son Premier ministre, que les défauts structurels du mécanisme de change étaient trop nombreux46. Le 9 février 1995, Kenneth Clarke fit allusion à l’adhésion d’octobre 1990 comme à une « erreur qui consista à rejoindre en retard des structures conçues par d’autres que nous », ce qui, à ses yeux, avait pleinement justifié la participation du Royaume-Uni aux négociations menant à la réalisation de l’UEM47. En revanche, le nouveau chancelier refusait d’accréditer la thèse selon laquelle le décrochage de la livre en septembre 1992 portait les lauriers de la croissance britannique. Il préférait considérer que le redressement économique du Royaume-Uni était le résultat d’une politique fiscale et monétaire rigoureuse amorcée avant même de rejoindre le mécanisme de taux de change48.
Le Royaume-Uni hors de la zone euro
42À l’échelle européenne, le projet d’Union économique et monétaire avait suscité un nouvel intérêt de la part de pays tiers à la CEE. Les candidatures à une adhésion à la Communauté avaient fusé. L’Autriche avait présenté sa demande officielle d’adhésion en juillet 1989, suivie de Chypre et de Malte en 1990, de la Suède en 1991, de la Finlande en mars 1992 et de la Suisse en mai 1992. La crise du SME de septembre 1992 ne découragea pas les candidatures. La Norvège se porta volontaire en novembre 1992, suivie de la Hongrie et de la Pologne en 1994, de la Roumanie, de la Slovaquie et de l’Estonie en 1995, et de la République tchèque et de la Slovénie en 1996. Sur ces quatorze pays candidats, seules l’Autriche, la Finlande et la Suède accédèrent à l’UEM en janvier 1995, transformant l’Europe des Douze en Europe des Quinze.
43Afin de pouvoir satisfaire au quatrième critère de convergence énoncé par le traité de Maastricht, le schilling autrichien intégra le mécanisme de change en janvier 1995, le mark finlandais en octobre 1996 et la lire fit son retour en novembre de la même année. L’Autriche, la Finlande et l’Italie furent intégrées à la zone euro dès sa création.
44Les autorités monétaires grecques décidèrent un peu tard, en mars 1998, d’adhérer au SME bis. La drachme ne put donc pas se prévaloir d’avoir rempli le quatrième critère le 1er janvier 1999. Ce fut en juin 2000 que le Conseil des ministres des Finances puis le Conseil des chefs d’État et de gouvernement des pays de la zone euro autorisèrent la Grèce à se joindre au club à partir du 1er janvier 2001.
45Le Danemark était très récalcitrant à l’idée de pleine participation à l’UEM, ce qu’il manifesta par son refus de ratification du traité de Maastricht exprimé lors du premier référendum de juin 1992. En décembre de la même année, il négocia, comme le Royaume-Uni, une clause d’exemption lui permettant de ne pas participer en même temps que les autres à la troisième étape de la création de l’Union monétaire. Cette clause encouragea le peuple consulté une seconde fois à accepter la ratification qui fut effective en mai 1993. La couronne danoise resta intégrée au mécanisme de change du SME, puis fut stabilisée par rapport à l’euro dans le mécanisme du SME bis49.
46La Suède ne demanda pas qu’une clause d’exemption la concernant fût rajoutée au traité de Maastricht. Mais très vite, il apparut clairement qu’elle ne participerait pas à l’Union monétaire, notamment en raison de l’action de deux partis politiques, appuis du gouvernement, qui n’hésitaient pas à réclamer le retrait pur et simple du pays de l’Union européenne50.
47Restait le Royaume-Uni. Lors des négociations sur l’élaboration du traité de Maastricht, John Major avait obtenu une clause d’exemption permettant de signer et de ratifier le traité sans s’engager immédiatement à passer à la troisième étape de l’UEM. Cette clause était la garantie de la conservation de l’autonomie en matière de politique monétaire (Conseil des Communautés européennes, 1992 : 191). Cela ne signifiait pas que le Royaume-Uni n’entrerait jamais dans l’Union monétaire. Le protocole inclus à la fin du traité le précisait bien : « Si le Royaume-Uni ne passe pas à la troisième phase, il peut modifier sa notification à tout moment après le début de cette phase » (Conseil des Communautés européennes, 1992 : 193). Le Conseil déciderait alors si le pays satisfaisait aux conditions d’entrée. En décembre 1991, lorsqu’il avait annoncé l’obtention de la clause d’exemption à la Chambre des communes, John Major avait d’ailleurs signalé que le protocole laissait aux Britanniques la possibilité d’adopter la monnaie unique en même temps que les autres membres s’ils le désiraient51. Mais avec le retour fracassant de la livre au flottement en septembre 1992, la donne avait changé. Le Royaume-Uni ne satisfaisait plus l’un des critères de stabilité monétaire externe requis et cette situation, qui l’empêchait de postuler à une intégration dans la zone euro, fut prolongée par les conservateurs jusqu’à leur départ, comme le montre le tableau suivant.
Tableau 6.1. Le Royaume-Uni et les critères de convergence de l’Union monétaire en 1997

* En pourcentage du PIB.
Sources : d’après les statistiques de base in Office for National Statistics (1999).
48En 1997, les autres critères étaient donc remplis ou en passe de l’être. C’est ainsi qu’en maintenant le flottement de la livre jusqu’au terme de son mandat, le gouvernement Major garantit que le Royaume-Uni ne se dirigeât pas vers un abandon de sa monnaie nationale pendant au moins deux ans encore. Il avait, en fait, peu de raisons de s’inquiéter puisque, à la date d’aujourd’hui, le flottement de la livre persiste. Le New Labour semble toujours douter de la décision à prendre.
49D’un point de vue européen, en 1997, le Royaume-Uni paraissait de plus en plus isolé. C’était l’un des deux seuls États de l’Union des Quinze à ne pas participer au mécanisme de change, et donc à ne pas avoir encore fait un pas encourageant vers une intégration dans la zone euro. D’un point de vue britannique, cette indépendance monétaire était positive, mais le gouvernement sortant ne sut pas mettre en valeur qu’il en était l’auteur.
Le bilan économique et monétaire
50La sortie de la livre du mécanisme de change coïncida avec la fin de la croissance négative que le Royaume-Uni enregistrait depuis octobre 1990. Malgré l’installation du ciblage direct de l’inflation, le gouvernement Major reprit un pilotage à vue de l’économie, ce qui aboutit à la répétition des cycles de Stop and Go déjà expérimentés. Toutefois, la tendance générale fut celle de la croissance.
Le comportement de la livre
51Immédiatement après sa sortie du mécanisme de change, la livre continua de s’effondrer pour atteindre une valeur minimale de 2,38 marks le 5 octobre 1992. Elle s’éleva ensuite progressivement et dépassa la barre des 2,5 marks au premier trimestre 1994. Après une dépréciation la menant aux alentours de 2,25 marks au deuxième, troisième et dernier trimestres 1995, elle s’apprécia de nouveau jusqu’à plus de 2,9 marks au troisième et dernier trimestres 1997.
52Deux observations suggèrent que la livre n’en était pas très instable pour autant. Premièrement, de l’été 1993 à l’été 1994, la livre s’éleva à un maximum de 2,563 marks au premier trimestre 1994 et descendit à un minimum de 2,421 marks au troisième trimestre 1994. Sa fluctuation maximale fut donc inférieure à 6 %, soit 24 points de moins que la marge exceptionnelle (± 15 %) permise provisoirement, au cours de cette période, aux monnaies faibles du mécanisme de change. Deuxièmement, une comparaison des fluctuations trimestrielles de la livre en marks, avant l’adhésion britannique au mécanisme de change et après la sortie de la monnaie du mécanisme, sur trois périodes d’une longueur équivalente de 21 trimestres, montre plutôt une amélioration de la stabilité.
53Pour la première période, du troisième trimestre 1980 au troisième trimestre 1985, la livre atteignit un maximum de 4,814 Deutsche Marks au premier trimestre 1981 et un minimum de 3,628 Deutsche Marks au premier trimestre 1985, soit une dépréciation maximale de 1,186 Deutsche Mark. Pour la deuxième période, du troisième trimestre 1985 au troisième trimestre 1990, la livre enregistra un taux maximal de 3,920 Deutsche Marks au troisième trimestre 1985 et un minimum de 2,800 marks au premier trimestre 1990, soit une dépréciation maximale de 1,120 mark. Au cours de la dernière période analysée, du dernier trimestre 1992 au dernier trimestre 1997, le taux de change de la livre descendit à un minimum de 2,222 marks au dernier trimestre 1995 et grimpa à un maximum de 2,935 marks au troisième trimestre 1997. Il effectua ainsi une fluctuation maximale de 0,713 mark. L’ampleur des fluctuations de la livre s’était donc considérablement réduite après l’expérience du mécanisme de change.
54Toutefois, il convient de noter que pour la dernière période, le taux de change de la livre en marks s’apprécia de 32 % entre les deux valeurs extrêmes relevées. On était bien loin de la marge large totale de 12 % (± 6 %) dont la livre avait bénéficié pendant sa participation au mécanisme de change.
Les taux d’intérêt et l’inflation
55Une fois la livre sortie du mécanisme de change, le gouvernement revint à l’utilisation mixte des taux d’intérêt comme instruments de relance économique et de contrôle de l’inflation. Malgré son engagement au ciblage de l’inflation à moyen terme, il appliqua en fait à nouveau le pilotage à vue de l’économie et le Royaume-Uni replongea dans une période de Stop and Go.
56Go : les taux d’intérêt furent abaissés à 10-12 % dès le lendemain du flottement de la livre. Le jour suivant, 18 septembre 1992, ils furent ramenés à leur valeur d’avant la crise. Ils reprirent presque aussitôt leur pente descendante enclenchée en octobre 1990, passant à 9 % le 22 septembre 1992, 8-9 % le 16 octobre, 8 % le 19 octobre et 7 % le 13 novembre. Les diminutions continuèrent ensuite à un rythme moins effréné. En février 1994, ils étaient descendus à 5,25 %.
57Parallèlement, en raison de l’action conjointe de la récession de 1990-1992 et de la valeur relativement élevée des taux d’intérêt, conservée pendant toute la période de participation de la livre au mécanisme de change, le taux d’inflation mesuré par le RPI recula de 9,2 points entre octobre 1990 et janvier 1993. Il s’éleva à seulement 1,7 % en fin de période. Le taux d’inflation mesuré par le TPI chuta aussi de 10,3 points sur la même période. Il devint presque nul en janvier 1993.
58À partir de février, les deux indices reprirent une pente ascendante plus soutenue consécutive à la reprise économique et à l’abaissement des taux d’intérêt. Pourtant, afin d’assurer la pérennité de la relance, le gouvernement maintint une politique monétaire souple. Mais les taux de croissance du RPI et du TPI s’élevèrent respectivement à 2,4 % et 2,8 % en août 1994, ce qui finit par faire réagir le gouvernement. And Stop : les taux d’intérêt furent donc relevés par paliers de septembre 1994 à février 1995 pour atteindre 6,75 %. L’inflation résista jusqu’en septembre 1995, puis ralentit jusqu’en novembre de la même année, passant de 3,9 % à 3,1 % pour le RPI et de 4,3 % à 3,4 % pour le TPI.
59And Go : dès décembre 1995, le gouvernement en profita pour rabaisser les taux d’intérêt par paliers d’un quart de point. À l’exception de décembre 1995, l’inflation continua de suivre une pente décroissante régulière jusqu’en juin 1996, date à laquelle les taux d’intérêt furent ramenés à 5,75 %. Après une courte hésitation, la tendance de l’inflation s’inversa d’août à octobre. And Stop : les 30 et 31 octobre le gouvernement releva donc les taux d’intérêt d’un total d’un quart de point.
60Les taux d’intérêt demeurèrent à 6 % jusqu’à l’élection législative de mai 1997. L’inflation resta relativement stable : en avril 1997, le taux de croissance du RPI et celui du TPI étaient respectivement à 2,4 % et 1,5 %.
La croissance et le commerce
61Après la récession de 1990-1992, la relance économique fut donc encouragée par les abaissements des taux d’intérêt jusqu’en septembre 1994. De 0,11 % en 1992, la croissance mesurée par l’augmentation du PIB s’éleva au taux exceptionnel de 4,4 % en 1994. Lorsque les taux d’intérêt furent relevés, la croissance ralentit mais se maintint toujours à plus de 2 % et passa même la barre des 3,5 % en 1997 (FMI, 1999 : F811).
62Le recul spectaculaire de l’inflation, conjugué à la faiblesse de la livre, entraîna une amélioration de la compétitivité des produits britanniques mesurée par le seul facteur prix. Le résultat fut un allégement notable du déficit commercial entre 1992 et 1997.
Tableau 6.2. État annuel de la balance commerciale en biens du Royaume-Uni, 1992-1997

* En millions de livres. ** En pourcentage.
Source : d’après les statistiques de base in Office for National Statistics (1999 : 98) et Annual Abstract of Statistics, 1999, no 135 : 308-309.
63L’évolution des exportations et des importations de biens suivit scrupuleusement celle de la croissance jusqu’en 1994. Lorsque la croissance s’accéléra, les exportations de biens de l’industrie britannique florissante et les importations de biens répondant à la demande nationale accrue augmentèrent. En revanche, les taux de croissance des exportations et des importations continuèrent de s’élever en 1995 malgré le recul de la croissance.
64En 1993, 1994 et 1995, le taux de croissance des exportations de biens dépassa celui des importations, ce qui permit une réduction du déficit commercial des biens. Ce phénomène se reproduisit lorsque la croissance s’accéléra de nouveau en 1997. Parallèlement, le solde positif de la balance commerciale des services à 5 674 millions de livres en 1992 fut multiplié par deux en 1997. En conséquence, la balance commerciale déficitaire en 1992 afficha un solde positif de 504 millions de livres en 1997. Après la soustraction des transferts, le déficit du compte courant de 10 082 millions de livres en 1992 se transforma en un surplus de 6 623 millions de livres en 199752.
65Enfin, le chômage recula considérablement au Royaume-Uni, passant de 10,4 % en 1993 à 5,7 % en 1997 (FMI, 1999 : F807). Soulignons cependant que ces statistiques ne rendent pas compte des modifications de la définition des bénéficiaires de l’allocation chômage qui ont pu permettre d’exclure des statistiques certaines catégories de la population pourtant sans emploi.
66Globalement, le bilan économique et monétaire des cinq dernières années de pouvoir conservateur fut positif, ce qui fut finalement une surprise. L’ampleur et la longueur de la récession avaient mis en doute la capacité du gouvernement de John Major à provoquer la relance. À cela s’était ajoutée la sortie de la livre du mécanisme de change qui avait détérioré la crédibilité du gouvernement dans la conduite de la politique économique en général. Tout portait à croire que le Royaume-Uni serait condamné à la stagnation, mais il n’en fut rien. Deux hypothèses s’affrontent concernant les raisons exactes des bons résultats économiques enregistrés après la sortie de la livre du mécanisme de change. La première considère que le nouveau gouvernement de John Major, nommé en juillet 1993, sut profiter de la reprise mondiale pour redresser le pays, à l’aide d’une politique monétaire et économique efficace relayée par une politique budgétaire conciliant la réduction des dépenses publiques à des mesures de relance. La seconde hypothèse attribue la croissance à l’importante dépréciation de la livre53. Quoi qu’il en soit, les bons résultats économiques enregistrés ne suffirent pas à assurer la réélection du gouvernement Major en mai 1997, car ils ne firent pas le poids face au bilan politique désastreux.
Les conséquences politiques de long terme
67Après le choc du Mercredi noir, la vie économique du Royaume-Uni reprit donc un cours prospère, mais il n’en fut pas de même de la vie politique, et particulièrement de celle du gouvernement et du Parti conservateur. Ces derniers ne parvinrent jamais à se remettre de leur perte de crédibilité et de leur division sur la question de réintégration de la livre au mécanisme de change, puis sur celle de l’intégration du Royaume-Uni à l’Union monétaire.
La démission de Norman Lamont
68Si le Premier ministre n’avait pas été épargné par la critique au moment du décrochage de la livre54, c’est surtout le chancelier qui avait été la cible des attaques, sa démission ayant été réclamée par des députés conservateurs dès le 17 septembre55, puis jusqu’à la réunion de la Commission des Finances du Parlement le 12 octobre 199256. Les deux principaux membres du gouvernement avaient alors fait preuve d’une unité remarquable. John Major avait défendu Norman Lamont face à la presse et devant le Parlement. Il avait souligné qu’il prenait l’entière responsabilité des actions et mesures prises par le chancelier57. Il n’avait pas envisagé de renvoyer son collègue. Une telle mesure aurait été dangereusement perçue comme une reconnaissance de l’échec de la politique menée par le chancelier et décidée par John Major en octobre 1990.
69De son côté, Norman Lamont n’avait pas proposé sa démission. Lorsqu’il y fut contraint en 1993, il exposa trois raisons d’être resté au gouvernement malgré la sortie de la livre du mécanisme de change (Lamont, 1993b : col. 281-285). Premièrement, le fâcheux Mercredi noir n’avait pas été une crise de la livre mais une crise de l’ensemble des monnaies du mécanisme de change, ce qui amoindrissait la responsabilité du chancelier. Deuxièmement, la participation au mécanisme de change avait été décidée avant que Norman Lamont soit chancelier. Le ministre des Finances sortant indiqua qu’à la place de John Major, il n’aurait pas instigué cette participation, mais que, en ayant hérité, il l’avait appliquée avec le meilleur de lui-même. Norman Lamont se retrancha ainsi derrière la convention de la responsabilité collective et, tout en insistant sur sa loyauté vis-à-vis du Premier ministre, condamna sans vergogne le choix de ce dernier. Dans son ouvrage, Norman Lamont s’explique en écrivant que l’adhésion avait été décidée pour les « mauvaises raisons », c’est-à-dire essentiellement en vertu de considérations de politique intérieure et extérieure (Lamont, 1995 : 37). Troisièmement, John Major n’avait pas souhaité la démission du chancelier. Norman Lamont précisa que le 16 septembre, le Premier ministre lui avait stipulé par écrit que ni l’un ni l’autre ne devaient démissionner. Il se félicita d’ailleurs d’avoir fait preuve de loyauté en restant aux côtés du Premier ministre au plus fort de la crise politique consécutive au retrait de la livre du mécanisme de change. Il est à noter qu’en rédigeant ses mémoires en 1995, l’ancien chancelier avait changé d’avis et regrettait d’être resté pour se voir remercié quelques mois après (Lamont, 1995 : 35).
70Le gouvernement avait fait preuve d’intégrité en tentant de démontrer que la sortie de la livre du mécanisme de change avait été le fait d’une pression extérieure insoutenable. Dans son discours de démission à la Chambre des communes, Norman Lamont souligna encore que la non-responsabilité du gouvernement dans la crise de 1992 avait été prouvée par la restauration rapide de la confiance des marchés (Lamont, 1993b). Dans son ouvrage, il insiste sur la responsabilité de la réunification allemande aux conséquences sous-estimées. Il refuse de reconnaître que le gouvernement britannique aurait dû maintenir des taux d’intérêt plus élevés. Il estime qu’une telle mesure était irréalisable au moment où le Royaume-Uni sortait à peine de la récession (Lamont, 1995 : 35).
71La querelle rapidement engagée entre Norman Lamont et Helmut Schlesinger avait provisoirement détourné l’attention des critiques, mais le compte à rebours avait commencé pour le chancelier. À la fin de mai 1993, le Premier ministre procéda à un remaniement ministériel et proposa à Norman Lamont de lui attribuer un autre poste au Cabinet. Norman Lamont estima que son maintien au gouvernement ne lui serait pas plus bénéfique qu’à John Major et démissionna. S’il avait pu y avoir un doute quelconque sur les raisons du remaniement ministériel, le chancelier sortant le leva en consacrant plus des trois quarts de son discours de démission (Lamont, 1993b : col. 281-285) à la sortie de la livre du mécanisme de change le 16 septembre précédent. Ainsi, la question épineuse de la pleine participation britannique au SME fit sa quatrième victime.
72Norman Lamont défendit la décision du gouvernement d’avoir maintenu la livre dans le mécanisme de change aussi longtemps que possible, sans avoir eu recours à une dévaluation par le biais d’un réalignement de parité ou à une augmentation des taux d’intérêt. Mais il critiqua la propension du gouvernement à décider en fonction des sondages et des pressions émanant de l’élite du Parti conservateur. Norman Lamont proposa de remédier à ce défaut en instaurant l’indépendance de la Banque d’Angleterre, ce qui dépolitiserait totalement les décisions monétaires. Le chancelier sortant ne fut pas entendu par le Premier ministre sur ce dernier point58.
La division exacerbée du Parti conservateur
73Très provisoirement, au lendemain de la crise du SME, les conservateurs avaient été détournés de leurs querelles intestines au sujet de la participation de la livre au mécanisme de change. Ils s’étaient en effet davantage appliqués à accuser le reste des États membres, et particulièrement l’Allemagne traîtresse, de leurs maux. Les eurosceptiques avaient toutefois scandé le refrain du « on vous l’avait bien dit ! ».
74Mais très vite, la division du parti et du gouvernement entre les partisans du retour au mécanisme de change, et les avocats du décrochage de la livre, refit surface. Les propos contradictoires du Premier ministre et du chancelier sur ce sujet le 17 septembre 1992 ne furent pas pour apaiser le débat. Le jour même, les députés conservateurs John Carlisle, John Townend, Nicholas Budgen et Lord Nicholas Ridley condamnèrent la décision d’adhérer en 1990 et l’élévation désespérée des taux d’intérêt à 15 % pour essayer de soutenir la livre dans le mécanisme59. Dès le lendemain, Nicholas Budgen rédigea un long article dans lequel il s’appliqua à démontrer que la livre devait continuer à flotter60. Le député conservateur Kenneth Baker rejoignit le groupe des opposants au mécanisme de change. En fait, la sortie humiliante de la livre du mécanisme convainquit une grande majorité des conservateurs des bienfaits du flottement, même si une minorité d’irréductibles continuèrent d’invoquer une pleine participation britannique au SME. Ainsi, le ministre du Commerce et de l’Industrie, Michael Heseltine, et le député Hugh Dykes se prononcèrent en faveur d’une réintégration rapide au mécanisme61. Le conservateur Leon Brittan exprima une opinion similaire62.
75La querelle s’envenima ensuite autour des négociations et de la signature du traité de Maastricht. Pourtant, John Major avait obtenu une clause d’exemption garantissant une certaine liberté de décision monétaire63. La ratification du traité par la Chambre des communes ne demanda pas moins d’un an de débat64. La discussion générale du texte du traité des 21 et 22 mai 1992 avait été close par le vote de la motion acceptant la poursuite de la procédure d’examen article par article. 22 conservateurs s’étaient prononcés pour l’abandon du traité. En septembre, le choc des conditions de sortie de la livre du mécanisme de change raviva les sentiments antieuropéens et les doutes concernant l’adhésion, même partielle, du Royaume-Uni à une Union monétaire. Au début de novembre 1992, John Major présenta une motion de confiance invitant la Chambre à réaffirmer l’engagement britannique à l’Europe et à poursuivre l’étude du traité. L’opposition était telle que le Premier ministre menaça de démissionner si le vote s’avérait négatif. La motion fut adoptée de justesse avec 319 « oui » contre 316 « non »65. 26 conservateurs votèrent contre, mais les libéraux démocrates soutinrent le projet gouvernemental. Le 20 mai 1993, l’ensemble du texte du traité de Maastricht fut adopté par 229 votes pour et 112 votes contre grâce à l’abstention des travaillistes. Le nombre des conservateurs récalcitrants passa à 41. Le traité fut finalement ratifié le 23 juillet 1993.
76À partir de ce moment-là, les conservateurs ne cessèrent plus de s’opposer sur la question de l’adoption de la monnaie unique, question restée ouverte grâce au protocole du traité de Maastricht. Une pleine participation du Royaume-Uni à l’UEM étant conditionnée par la fixité de la livre par rapport aux monnaies de la future zone euro, la controverse portait implicitement sur un retour de la livre dans le mécanisme de change. Les eurosceptiques, menés entre autres par John Redwood, ancien ministre du Pays de Galles et candidat écarté du poste de leader du Parti conservateur en 1995, n’eurent de cesse de réclamer un retrait total et définitif du Royaume-Uni de l’Union européenne. Leur ténacité fut accrue par l’embargo européen sur les viandes bovines britanniques. Ils se firent alors les propagateurs d’un véritable « virus antieuropéen »66 à l’échelle nationale. Quelques rares eurofanatiques continuèrent de prôner l’adoption de la monnaie unique. Partagé entre les deux tendances, le gouvernement Major fit preuve d’une indécision que les eurosceptiques surent exploiter, au grand profit des travaillistes. Sa situation était des plus délicates. Il se voulait modéré et favorable à une Europe à plusieurs vitesses qui favoriserait l’intégration des Pays de l’Europe centrale et réduirait le côté fédéraliste de l’Union. Mais il apparut soudain comme europhobe pendant la crise de la vache folle. Surtout, John Major ne parvenait pas à dégager un compromis permettant de réconcilier les membres de son gouvernement et du parti en général. Les querelles intestines devinrent telles que l’ancien Premier ministre Margaret Thatcher intervint elle-même pour ramener chacun à la raison. Le 22 novembre 1996, elle défendit John Major et conseilla aux conservateurs eurosceptiques de concentrer leurs attaques sur le programme européen du Parti travailliste au lieu d’exacerber la division interne au Parti conservateur67.
La victoire travailliste de 1997 et la révocation de John Major
77D’un point de vue purement économique, 1994 aurait été l’année la plus favorable à la réélection du gouvernement conservateur grâce au taux élevé de croissance économique alors enregistré. Mais demander la dissolution de la Chambre des communes un an après la résolution du problème de la ratification du traité de Maastricht et deux ans après l’élection législative précédente aurait discrédité le gouvernement coupable d’un opportunisme politique outrancier. Or, cette occasion passée, l’impopularité du gouvernement ne cessa de croître en raison de sa division flagrante sur les questions européennes et de sa perte de crédibilité consécutive supplémentaire. Probablement par crainte d’un échec à la prochaine élection, John Major conserva le pouvoir jusqu’à ce que le délai légal pour appeler le peuple aux urnes soit atteint.
78Le programme du Parti conservateur pour l’élection de mai 1997 fut d’une présentation très attrayante : il comportait pour la première fois de nombreuses photos en couleurs. Il devait ainsi refléter la prospérité économique résultant des politiques efficaces du dernier gouvernement. Ce programme fut intitulé « Vous ne pouvez être sûrs qu’avec les conservateurs » (notre traduction)68. Mais en matière de politique européenne, les Britanniques ne pouvaient être sûrs de rien, puisque le programme restait très flou sur le sujet de l’Union monétaire.
79Les conservateurs affirmaient qu’ils entendaient participer à toute négociation au sujet du passage à la dernière étape de l’UEM. En revanche, il était impossible de savoir s’ils s’engageraient ou non dans cette dernière étape. Le programme se retranchait derrière l’idée que la convergence économique des États membres serait trop insuffisante au 1er janvier 1999 pour que le calendrier de l’UEM soit respecté. Il insistait sur le fait que les conservateurs n’adopteraient pas la monnaie unique sans une convergence de long terme. Enfin, les conservateurs promettaient qu’aucune décision ne serait prise concernant l’adoption de la monnaie unique sans consultation préalable du peuple par référendum. Le SME et le mécanisme de change furent prudemment passés sous silence.
80Le Parti conservateur, ne fixant aucune ligne de conduite précise, laissa libre cours à chacun de s’exprimer sur une éventuelle participation à l’Union monétaire et un retour au mécanisme de change, ce qui entraîna une certaine cacophonie. En dépit de la déclaration du Cabinet de refuser la monnaie unique, Stephen Dorrell, ministre de la Santé, proposa le 2 mars 1997 l’entrée du Royaume-Uni dans l’étape finale de l’UEM dès 1999. À l’inverse, un mois plus tard, près de 180 candidats conservateurs aux élections législatives s’opposèrent publiquement à l’adoption de l’euro. Devant un tel fiasco interne, les travaillistes n’eurent même plus besoin d’intervenir pour convaincre l’électorat du peu de valeur de la politique monétaire européenne des conservateurs.
81Dans le programme du Parti New Labour (New Labour, 1997), Tony Blair rappela que les intérêts du Royaume-Uni primaient. Il souligna que nombreux étaient les obstacles à l’entrée du Royaume-Uni dans l’UEM, si la dernière étape de l’Union commençait vraiment le 1er janvier 1999. Il rappela aussi que ce qui importerait surtout serait la convergence des économies. Puis, il insista sur le fait que quoi qu’il arrivât, le Royaume-Uni ne devait pas s’exclure des débats sur une Union qui le concernait, même s’il n’en faisait pas pleinement partie. Enfin, Tony Blair promit que si le futur gouvernement travailliste décidait de faire participer le Royaume-Uni à l’étape finale de l’UEM, le peuple serait consulté par référendum. Il n’y avait absolument rien concernant le retour de la livre dans le mécanisme de change. Le New Labour, lui aussi, avait été échaudé par la crise de septembre 1992.
82Il était aisé de reconnaître dans le programme travailliste chaque point du programme conservateur, ce qui tend à montrer que l’idéologie elle-même des partis au sujet de l’Union monétaire influença peu l’électorat. En revanche, l’électorat aurait pu se formaliser de ne pas être consulté, ce qui aurait peut-être donné du poids au Referendum Party de Sir James Goldsmith. C’est sans doute la raison pour laquelle les deux principaux partis politiques britanniques s’engagèrent à consulter le peuple, du jamais vu depuis le référendum de 1975.
83Le New Labour remporta sans difficulté l’élection législative du 1er mai 1997. Avant tout, les Britanniques avaient envie de changement, un sentiment bien compréhensible après dix-huit années de gestion par un même parti. Ils tenaient notamment le Parti conservateur pour responsable du creusement de la fracture sociale. En effet, en dépit des bons résultats statistiques des principaux indicateurs économiques (inflation modérée, diminution du taux de chômage, PIB en hausse), 17 % des foyers britanniques vivaient en dessous du seuil de pauvreté et le PIB par habitant était inférieur de 20 % à celui des autres États membres de l’Union européenne. En plus de ces résultats socio-économiques mitigés, la division du Parti conservateur sur la question de l’Union monétaire influença considérablement l’électorat, bien que celui-ci ne semblât pas avoir d’idées bien arrêtées sur la nécessité ou l’impossibilité de participer à la dernière étape de l’UEM.
84En réalité, ce ne fut pas la nature de l’idéologie européenne qui prima, mais plutôt l’image d’unité autour d’une politique.
85Avant même le résultat des élections, la presse spéculait sur le successeur éventuel de John Major au poste de leader du Parti conservateur. Dès le 1er mai 1997, les candidats ne manquèrent pas. Le parti décida cependant de ne pas précipiter les choses. Peut-être cette décision venait-elle du score même des conservateurs à l’élection générale ? Seul le groupe parlementaire conservateur de la Chambre des communes élit le leader du parti. Avec la réduction du nombre de députés à 164, c’était une petite élite très minoritaire qui devait choisir le chef de tout un parti. Il valait donc mieux faire un tri préalable soigneux des candidats.
86Cinq candidats furent inscrits au premier tour de l’élection du nouveau leader le 10 juin 1997, dont le chancelier de l’Échiquier Kenneth Clarke, dauphin du Premier ministre John Major, et William Hague, au gouvernement depuis 1993 et au Cabinet depuis 1995, en tant que ministre chargé des relations avec le Pays de Galles. Il ne fallut pas moins de trois tours pour départager ces deux principaux candidats. Le retrait de la course de John Redwood permit une victoire sans équivoque de William Hague.
87Le Parti conservateur avait probablement besoin de sang neuf face au dynamisme du jeune travailliste Tony Blair. Mais surtout, le bruit courait qu’il n’y aurait pas de place à la fois pour les eurosceptiques et pour les modérés au sein du Parti conservateur. Chaque groupe menaçait de devenir indépendant et de provoquer une scission irréversible. Il fallait donc un leader susceptible de restructurer et d’unir le Parti conservateur, autour ou en dépit des questions monétaires européennes. William Hague toucha juste en faisant de la restructuration et de l’unité ses ambitions principales qu’il développa lors de sa campagne. La question de l’intégration du Royaume-Uni à la zone euro, héritière directe de celle de la participation britannique au mécanisme de change, tira ainsi les ficelles de l’élection du nouveau leader du Parti conservateur.
88Les conservateurs devinrent plus radicaux concernant une adoption possible de l’euro à partir de leur retour dans l’opposition. En 1998, ils organisèrent un referendum interne pour demander à leurs membres s’ils seraient d’accord pour rejeter l’adoption de l’euro jusqu’à au moins la fin de la législature en cours. 84.4 % des membres du parti qui s’exprimèrent furent d’accord avec cette proposition69. Lors des campagnes pour les élections législatives de 2001 et 2005, les programmes du Parti conservateur promirent de garder la livre sterling de façon à conserver la possibilité de fixer les taux d’intérêt en fonction des besoins de l’économie du Royaume-Uni. Ils s’engagèrent également à renforcer l’indépendance de la Banque d’Angleterre. Il ne fut pas question d’une intégration de la livre dans le mécanisme de change du SME bis (Conservative Party, 2001, 2005).
89En décembre 2005, David Cameron fut élu leader du parti. Tout en essayant de faire de la question européenne une force positive au sein du parti70, il est resté fermement contre l’adoption de l’euro71.
Notes de bas de page
1 Tracy Corrigan, Emma Tucker & Norman Cohen, 17 September 1992, “Massive Outflow of Funds”, Financial Times.
2 Financial Times, 17 September 1992, “Alarm and Disbelief in Industry”.
3 The Independent, 22 September 1992, “Policy by Pique”.
4 Philip Coggan & Robert Peston, 17 September 1992, “Uncertainty for Homeowners until AfterVote”, Financial Times.
5 “terrified”, Financial Times, 17 September 1992, “Alarm and Disbelief in Industry”.
6 The Economist, 26 September 1992, “What Now? For the Moment Britain is Without an Economic Policy, It Had Better Get One Quickly”: 16-17; “Blowing Bubbles. Britain Is on a New Economic Course. The Chancellor Is Steering Policy by a Galaxy of Indicators. They Could Lead Him to the Next Inflation”: 26, 30, 32.
7 “[Britain] will take whatever measures are necessary to maintain Sterling’s ERM parity.”, Norman Lamont in The Economist, 26 September 1992, “Blowing Bubbles. Britain Is on a New Economic Course. The Chancellor Is Steering Policy by a Galaxy of Indicators. They Could Lead Him to the Next Inflation”: 26, 30, 32.
8 Anthony Bevins & Nicholas Timmins, 18 September 1992, “Major Fights For Lamont”, The Independent.
9 Paula Dwyer, 2 November 1992, “Britain’s Major Is Stumbling Toward a Fall”, Business Week, no 3279-609 : 25.
10 David Owen & Chris Tighe, 18 September 1992, “Tory MPs Fight Shy of the ERM”, Financial Times.
11 Paula Dwyer, 2 November 1992, “Britain’s Major Is Stumbling Toward a Fall”, Business Week, no 3279-609 : 25.
12 Barry Hillenbrand, 30 November 1992, “Britain”, Time, no 48.
13 The Economist, 12 September 1992, “Hard Pounding”: 34.
14 Sir James Kilfedder du Parti irlandais Ulster Popular Unionist Party (UPUP) fut le 330e opposant à l’amendement.
15 Sir James Kilfedder fut le 322e député à soutenir la motion. Les députés conservateurs Nicholas Budgen, John Carlisle, William Cash, Mme Teresa Gorman, Richard Shepherd, Sir Teddy Taylor, Mme Ann Winterton et Nicholas Winterton quittèrent la Chambre à l’issue du premier vote et ne furent pas présents pour le second qui prolongea la séance parlementaire jusqu’à dix heures et demi du soir.
16 Stephen Fidler (dir.), 20 September 1992, “How Chancellor Lamont Lost the Battle for Sterling”, Financial Times.
17 “We are floating and we will set monetary policy in this country to meet our objectives. It will be a British economic policy and a British monetary policy.”, Norman Lamont in The Economist, 26 September 1992, “Blowing Bubbles. Britain Is on a New Economic Course. The Chancellor Is Steering Policy by a Galaxy of Indicators. They Could Lead Him to the Next Inflation”.
18 Philip Stephens, 18 September1992, “Major Attempts to Salvage Britain’s Economic Strategy”, Financial Times.
19 Anthony Bevins & Robert Chote, 19 September 1992, “Major Attacks ERM Bias”, The Independent.
20 Peter Norman & George Graham, 22 September 1992, “Bundesbank Says UK Must Bargain on Re-entry of Sterling”, Financial Times.
21 Financial Times, 1 October 1992, “The UK Treasury Again Denies Frankfurt’s Version of Events”.
22 Le Monde, 19 septembre 1992, « Le dépit de Mr Major ».
23 Financial Times, 1 October 1992, “The UK Treasury Again Denies Frankfurt’s Version of Events”.
24 Financial Times, 1 October 1992, “Schlesinger Rebuts British Criticism”; “The UK Treasury Again Denies Frankfurt’s Version of Events”.
25 Pour des extraits des propos indirectement échangés au cours du conflit entre Norman Lamont et Helmut Schlesinger, voir l’encart in Financial Times, 1 October 1992, “What They Said”.
26 The Economist, 26 September 1992, “Blowing Bubbles. Britain Is on a New Economic Course. The Chancellor Is Steering Policy by a Galaxy of Indicators. They Could Lead Him to the Next Inflation”.
27 Nicholas Timmins, 22 September 1992, “Battle Against Inflation ‘Still Top Priority’”, The Independent.
28 Sur cet aspect contradictoire, voir TUC, 4 November 1992, “Economic Assessment and Policy Options”, Trade Union Congress publications, London, TUC.
29 Le taux de change n’était cependant pas un simple indicateur que le gouvernement choisit de laisser flotter librement. En juillet 1993, la Banque d’Angleterre empêcha discrètement la livre de s’élever au-dessus de la parité de 2,60 marks (Nava F. Dahan, 13 septembre 1993, « Livre sterling : le bilan d’un an de flottement », La Tribune Desfossés). La monnaie britannique était donc cette fois maintenue à une valeur faible. Au total, entre mi-septembre 1992 et mi-septembre 1993, la livre se déprécia de 11 % en termes réels vis-à-vis du mark allemand.
30 “Inflation Targeting”, letter dated 1 October 1992, on http://www.hm-treasury.gov.uk./media/F/5/foi_dis_3_inflation_targeting_011092.PDF consulté fin février 2009.
31 Propos de Howard Davies, traduits de l’anglais in Thierry Arnaud, 17 mai 1993, « Howard Davies : La sortie du SME est un échec pour la Grande-Bretagne », La Tribune Desfossés.
32 Voir même chapitre § La démission de Norman Lamont, infra.
33 Europolitique, 19 septembre 1992, « SME : la livre et la lire suspendues, la peseta dévaluée », no 1796.
34 Anthony Bevins & Robert Chote, 19 September 1992, “Major Attacks ERM Bias”, The Independent ; T. A., 25 septembre 1992, « John Major réclame une remise à plat du SME », La Tribune de l’Expansion.
35 Lionel Barber & Andrew Hill, 29 September 1992, “Lamont Says UK Is “Not Isolated” in EC; Britain Retreats over Demand for Reform of ERM”, Financial Times.
36 Commission de l’Union européenne, mai 1994, « Système monétaire européen », Bulletin officiel de l’Union européenne, Bruxelles, Commission de l’Union européenne, § 1.2.6.
37 Commission de l’Union européenne, septembre 1994, « Avis d’initiative du Comité économique et social sur la politique monétaire », Bulletin officiel de l’Union européenne, Bruxelles, Commission de l’Union européenne, § 1.2.10.
38 Boris Durande & Daniel Vigneron, 15 avril 1996, « “SME bis” : la solidarité ne sera plus un dû », La Tribune Desfossés.
39 Thierry Arnaud & Daniel Vigneron, 12 avril 1996, « Opposé au “SME bis”, Londres prône un contrôle de l’inflation », La Tribune Desfossés.
40 Le Monde, 31 août 1996, « Londres propose des objectifs d’inflation plutôt qu’un SME bis ».
41 Propos de Norman Lamont, traduits de l’anglais in Jacques Duplouich, 9 octobre 1992, « Norman Lamont sur tous les fronts », Le Figaro.
42 Laurent Zecchini, 5 janvier 1993, « Mr Major exclut un retour de la livre au sein du SME en 1993 », Le Monde : 14.
43 Tim Jackson & Colin Brown, 29 September 1992, “Lamont Setback on ERM Reform”, The Independent : 1.
44 Colin Brown, 17 May 1993, “Clarke Lays Claim to Be Next Chancellor”, The Independent : 1.
45 D. B. & I. G., 2 août 1993, « Sortie du SME il y a onze mois, la Grande-Bretagne hésite entre satisfaction politique et craintes économiques », Les Échos.
46 Thierry Arnaud, 15septembre 1993, « Pas question d’y rentrer au moins d’ici à 1997… », La Tribune Desfossés.
47 Propos de Kenneth Clarke, traduits de l’anglais in Michel Roland, 10 février 1995, « Kenneth Clarke : les critères de Maastricht sont insuffisants », La Tribune Desfossés.
48 Thierry Arnaud & Michel Roland, 18 novembre 1994, « Kenneth Clarke : Londres doit aussi conduire l’Europe », La Tribune Desfossés.
49 En septembre 2000 toutefois, le peuple danois consulté par référendum se prononça contre une intégration du pays dans la zone euro.
50 Les Suédois refusèrent effectivement l’entrée de leur pays dans la zone euro par référendum en septembre 2003.
51 House of Commons, 1991, “European Council (Maastricht)”, Hansard reports, London, HMSO, session 1991-1992, vol. 200, 11 December : col. 859.
52 Statistiques de base non ajustées aux variations saisonnières (Office for National Statistics, 1999 : 98).
53 Kenneth Clarke réfuta cette seconde hypothèse. Avec beaucoup d’humilité, il affirma que la croissance était le fruit d’une politique entamée avant même que la livre n’intègre le mécanisme.
54 The European, 4 October 1992, “Dr Jekyll and Mr Major”.
55 David Owen, 17 September 1992, “Tories Call for Lamont to Resign”, Financial Times.
56 Patrick De Jacquelot, 13 octobre 1992, « Le chancelier de l’Échiquier pâtit d’une crise de confiance », Les Echos.
57 John Major in House of Commons (1992 : col. 3).
58 L’indépendance opérationnelle fut finalement accordée à la Banque d’Angleterre en 1997, par le chancelier travailliste Gordon Brown.
59 David Owen, 17 September 1992, “Tories Call for Lamont to Resign”, Financial Times.
60 Nicholas Budgen, 19 September 1992, “Britain Won’t Rejoin the ERM”, The Wall Street Journal.
61 Ivo Dawnay, 20 September 1992, “Cabinet Divided Over Speed of Re-entry to System”, Financial Times : 1, 26.
62 Nicholas Timmins, 9 October 1992, “Britain ‘Will Have to Return to ERM’”, The Independent.
63 Voir chapitre 6 § Le Royaume-Uni hors de la zone euro, supra.
64 Sur la ratification difficile du traité, voir Alexandre-Collier (2002, 71-80).
65 Daniel Pedersen, 16 November 1992, “Major Wins His Waterloo”, Newsweek, vol. CXX, no 20 : 46.
66 Alain Dauvergne, 15 juin 1996, « Royaume-Uni : Le virus antieuropéen », Le Point.
67 Colin Brown, 23 November 1996, “Thatcher Warns Euro-sceptics, The Former Prime Minister Tells Tory Rebels to Reject Blair and Says Socialism is ‘Visibly Stirring’”, The Independent.
68 “You Can Only Be Sure with the Conservatives” (Conservative Party, 1997).
69 http://www.psr.keele.ac.uk/area/uk/eurovote.htm consulté fin février 2009.
70 Nick Assinder, 6 March 2007, “Cameron looks to new Europe”, BBC News website.
71 Catherine Mayer, 24 January 2007, “Q & A with David Cameron: Why Britain Needs a Compassionate Conservative”, Time.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
La Beauté et ses monstres
Dans l’Europe baroque (16e-18e siècles)
Gisèle Venet, Tony Gheeraert et Line Cottegnies (dir.)
2003
Le Lierre et la chauve-souris
Réveils gothiques. Émergence du roman noir anglais (1764-1824)
Élizabeth Durot-Boucé
2004
Médecins et médecine dans l’œuvre romanesque de Tobias Smollett et de Laurence Sterne
1748-1771
Jacqueline Estenne
1995
